Formation
ŒUVRES
DE
SAINT FRANCOIS DE SALES
ÉVÊQUE ET PRINCE DE GENÈVE
ET
DOCTEUR DE L' EGLISE
ÉDITION COMPLÈTE (EDITION D'ANNECY)
D'APRÈS LES AUTOGRAPHES ET LES ÉDITIONS ORIGINALES
ENRICHIE DE NOMBREUSES PIÈCES INÉDITES
DÉDIÉE A SA SAINTETE LE PAPE LÉON XIII
ET HONORÉE DE DEUX BREFS PONTIFICAUX
PUBLIÉE SUR L'INVITATION DE Mgr ISOARD, ÉVÊQUE D'ANNECY
PAR LES SOINS DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION
DU Ier MONASTÈRE D'ANNECY
OPUSCULES - VOLUME I
Op1 = TOME XXII
ANNECY
MONASTERE DE LA VISITATION
ANNECY, IMPRIMERIE J. ABRY & Cie
MCMXXV
Table des matières Glossaire Index historique Fac similé 1 Fac
similé 2
PRÉFACE
Avec ce volume commence la dernière partie de l'Edition des Œuvres
de saint François de Sales, que nous désignons sous le titre général
d'Opuscules. Elle se composera d'une collection d'écrits variés se
rapportant aux diverses pé¬riodes de la vie du Saint, et répartis en
six Séries :
I) Etudes et Vie intime ;
II) Apostolat ;
III) Controverse ;
IV) Administration épiscopale ;
V). Fondations et réformes ;
VI) Ascétisme et mystique.
Le volume qui paraît aujourd'hui comprend les deux premières Séries
; il contient des documents extrêmement précieux et de la plus haute
importance. En effet, on ne peut connaître saint François de Sales
d'une façon exacte et complète si on ne consulte que ses œuvres
destinées au public. La Correspondance, il est vrai, nous permet
déjà de pénétrer plus avant dans son âme et dans son cœur ; il reste
néanmoins un dernier progrès à réaliser, c'est de le surprendre dans
son intimité la plus profonde, lorsqu'il est seul avec lui-même, ou
plutôt avec Dieu qui lui est toujours présent. Dans son souci de
perfection, il avait coutume de prendre en notes les événements les
plus mar¬quants de sa vie spirituelle, ses aspirations, ses
résolutions, ses angoisses et ses luttes. C'est ainsi qu'il trace
son règle¬ment d'étudiant et d'évêque et qu'il établit le programme
de ses rapports avec les hommes et avec Dieu. Il lui arrive d'entrer
dans les plus petits détails, rien ne lui paraissant insignifiant,
puisqu'en toute chose, jusque dans ses moin¬dres paroles, son
attitude, son habillement, il se propose l'édification du prochain
et la gloire de son divin Maître. Cette préoccupation ne l'abandonne
jamais ; si bien que même en rédigeant, à Padoue, les notes prises à
ses cours de Droit, il quitte un instant le commentaire des
Pandectes pour confier au papier une pieuse pensée qui se présente à
son esprit. De plus, lors du Procès de Canonisation, tous ceux qui
l'avaient approché et qui lui survivaient appor¬tèrent sur sa vie
intime quantité de témoignages d'une très grande valeur que nous
citerons abondamment.
Bon nombre de ces documents sont publiés ici pour la première fois :
par eux seront corrigées plusieurs erreurs, éclaircies plusieurs
difficultés, comblées plusieurs lacunes. C'est dire l'intérêt de
premier ordre que présente ce volume pour tous ceux qui veulent
connaître à fond la vie, le cœur et l'âme de saint François de
Sales.
I
PREMIÈRE SÉRIE : ETUDES ET VIE INTIME
Cette Série est subdivisée ainsi : A) Période d'études à Paris,
octobre 1580-1588 - B) Période d'études à Padoue, novembre
1588-janvier 1592 - C) Période du Chablais et d'Annecy, 1592-1622.
A) Période d'études à Paris (1580 – 1588)
Dom Mackey l'a définie dans l' Introduction générale placée en tête
de notre 1er tome (Controverses p.14 sq) ; nous renvoyons le lecteur
à ces pages si intéressantes. Nous y ajouterons seulement quelques
précisions touchant deux Manuscrits autogra¬phes du cours de
Philosophie suivi par le saint Etudiant ; ensuite, nous parlerons de
la grande épreuve qui devait avoir une influence si profonde sur la
vie spirituelle et sur l'enseignement du futur Docteur de l'Eglise.
§ 1. - Les Manuscrits
Le premier Manuscrit se conserve à Paris, au presby¬tère de
Saint-Sulpice ; nous en devons communication à M. le chanoine
Letourneau, curé de cette paroisse, que nous tenons à remercier ici.
Sans la reliure, le format du volume est de 21 cm. x 16, et son
épaisseur, de 4 cm. ; la reliure est de basane brune, avec vignettes
dorées au dos. Un filet également doré encadre les plats ; au milieu
de chacun d'eux, une couronne de laurier est gravée au fer chaud,
formant un écusson ovale ; l'écusson du plat supérieur porte le nom
FRAN-CIS-CUS, et celui du plat inférieur, les mots: DE SALES. Il
reste une partie de deux fermoirs en cuivre ; la reliure est
évidemment de la même époque que le Manuscrit..
Celui-ci se compose de 241 feuillets chiffrés par le Saint ; plus,
deux au commencement et trois à la fin, non chiffrés et laissés en
blanc. L'attestation de Mgr Charles¬-Auguste de Sales, écrite au bas
du fol. l, dans la marge qu'elle remplit entièrement, nous apprend
qu'il avait offert ce précieux recueil à M. Raymond Bonal, chanoine
de la Collégiale de Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue, et
fondateur de la Société des Prêtres de la Visitation et de saint
François de Sales,dits communément Bona¬listes
Voici le texte de l'attestation :
Haec Philosophica scripta propria manu scripta Venerabilis Servi Dei
Francisci de Sales Epi Gebenn., dum Lutetiœ Parisio¬rum in scholis
versaretur, dono dabam Reverendo Domino Ray¬monda Bonal, Presbytero
et Congregationis Presbyterorum B. M. Directori, Viro Amatissimo,
rogans ilIum ut mei in suis sacri¬ficiis et orationibus recordetur.
Annessii Gebenn., vigesima septima Septembris, millesimo
sexcentesimo quinquagesimo secundo.
CAROLUS AUGUSTUS DE SALES, Eps Gebennen.
L'écriture du saint Etudiant est gothique ; plus fine et plus serrée
que celle de sa lettre du 26 novembre 1585, elle présente par
ailleurs des caractères identiques. A partir du douzième feuillet,
ils deviennent de plus en plus menus et les lignes de plus en plus
rapprochées ; à certaines pages, on en compte jusqu'à 45, 48, 50 et
56 sur une hauteur de 16 cm. ½ ou 17 ½, et chaque ligne contient de
100 à 105 lettres sur une largeur de 11 cm. Les abréviations sont
fréquen¬tes ; la netteté et la régularité de l'écriture sont partout
admirables. Dans les titres, d'ordinaire en grosse et belle
gothique, on remarque les deux extrémités et les majus¬cules souvent
ornées de traits à la plume ; un cul-de-lampe du même genre est
dessiné parfois à la fin de l'une des grandes divisions du cours, ou
du résumé d'un traité. Il arrive aussi qu'en tête d'un de ces
traités une page blanche est réservée pour le titre ; celui-ci est
alors enjolivé plus que les autres et précédé de l'oraison
jaculatoire : Laus Deo Virginique Matri.
Dans ce volume, on rencontre cinq dates. La première, inscrite au
bas du folio 132, est ainsi rédigée : Finis eorum quœ in 3 ttt. (tractatu)
log[icœ] qui de antepredicamentis, Predicamentis et
Postpredicamentis dicta sunt. | Die 2. feb. anni a Partu Virg. 1586.
La même date est indiquée au bas du folio 133 : Paris. die 2 feb.
an. 1586. – Les autres dates sont les suivantes : fol. 146, verso :
15 feb. ; fol. 156 : 29 feb. ; fol. 167 : Anno a Deo data 1586. |
Laus Deo et Deiparœ Virgini. Enfin, au verso du folio 235 : Finis
disputationum et quœstionum in universam Lo¬gicam. | Anno 1586. Le
titre de la page qui suit est : ln lib. Topicorum Aristotelis.
Lorsque le jeune François traçait la première de ces dates, il avait
dépassé la moitié du volume ; le début de la rédaction remonte donc,
selon toute vraisemblance, aux derniers mois de l'année précédente,
peut-être à octobre 1585, date probable de l'ouverture des cours.
Le second Manuscrit, gardé au Grand-Séminaire de Grenoble, nous a
été communiqué par M. le Supérieur qui voudra bien trouver ici
l'expression de notre reconnais¬sance. Ses dimensions sont de 17 cm.
3 mill. x 9 cm. 1/2, et de 2 cm. d'épaisseur, sans tenir compte de
la reliure en basane jaune marron. Un encadrement rectangulaire,
for¬mé par un double filet doré avec coins, orne les plats ; un
troisième filet suit le bord du petit livre qui a, au dos, cinq
nervures en relief avec cinq losanges dorés, et, en haut, le nom du
Saint, aussi en or : F.-DE-SALES.
Des 131 feuillets qui constituent le volume, les quatre du
commencement ne sont pas chiffrés ; les autres ont été paginés par
le jeune Etudiant, le 124e et le 125e ont dis¬paru. Le verso du
quatrième feuillet porte, de la main de Mgr Charles-Auguste de
Sales, la dédicace suivante à l'Evêque du Puy, l'un des historiens
du bienheureux Evê¬que de Genève :
Hoc volumen, Manu propria scriptum Beati Francisci de Sales EPi
Gebennen., dum in scholis Parisiensibus ageret jam tum sanctissimus
Juvenis ; donavit, ut sacras reliquias, Illus¬trissimo et
Reverendissimo Dno, D. Henrico de Maupas, Epo Aniciensi, in œternœ
observantiœ monumentum, servus ejus obedientissimus et humillimus.
CAROLUS AUGUSTUS, Eps Gebennen.
Annessij, 24 Martij 1654.
Sur le premier feuillet numéroté figure ce titre, en belle gothique
et surmonté d'une petite croix: In lib. Arlis (Aristotelis)
Ethicorum ad Nicomachum. Et plus bas: Disputatio I. continens |
quœstiones Prologi.
L'écriture est semblable à celle du Manuscrit de Paris: même
netteté, même régularité, mêmes abréviations ; les titres généraux
sont de moins gros caractères, mais tracés avec autant de soin ;
ceux des grandes divisions et la fin des traités sont disposés et
ornés artistiquement, sans vi¬gnettes toutefois, ni culs-de-lampe.
Deux fois nous trouvons la date 1586 ; d'abord, au fol. 6, au milieu
de la page et au-dessous d'un enjolivement : Finis quœstionum
Prologi ad | lib. Ethicorum Arlis. | Sequitur expositio textus Arlis.
| Anno ab Incarnaone Verbi, seu Partu | Virginali, 1586. Die Mart. 1
septima. La seconde indication de date est au fol. 24: Finis Disp.
in I. et X libros | Ethicorum Arlis anno | 1586. Ce recueil a donc
été commencé au début de mars 1586 et, par conséquent, fait suite
immédiate à celui de Paris.
Notons enfin que le traité des Vertus (fol. Hg) se termine par ce
souhait écrit en gros caractères : Faxit Deus ut et ipsas et
reliquas omnes (virtutes) comparemus, conser¬vemus, augeamus
finemque earum adepti QUIESCAMUS IN SION. AMEN.
Voir page suivante le fac-similé 1 , Manuscrit du cours de
Philosophie
Fragment d'un Manuscrit du cours de Droit de Philosophie de saint
François de Sales à Paris
(1586)
Ces Manuscrits ne sont que la rédaction des cours suivis par le
jeune homme : c'est uniquement la parole du maître qui s'y trouve ;
si, par hasard, saint François de Sales y ajoute quelque chose qui
lui soit personnel, il est impossible de s'en apercevoir. Qu'on
lise, par exemple, le Proemium que nous reproduisons à titre de
spécimen dans les premières pages de notre texte ; ce n'est pas
l'œuvre d'un élève qui raisonne et commente, c'est le pro¬fesseur
qui parle et ouvre son cours. Voilà pourquoi ces deux recueils ne
sauraient trouver place dans l'Edition des Œuvres de notre Saint ;
aussi nous sommes-nous bornés à la reproduction de quelques pages,
sans ajouter ni réfé¬rences, ni traduction; nous donnons ces pages
seulement comme document sur la manière dont travaillait le jeune
François à Paris. - Evidemment, ces Manuscrits si soi¬gnés n'ont pu
être écrits sous la dictée : les notes prises au cours avec grande
exactitude et, pour ainsi dire, sténogra¬phiées, furent ensuite
recopiées avec une netteté et une élégance qui tendent à égaler
celles des plus belles impres¬sions.
Le fils de M. de Boisy avait dix-neuf ans quand il com¬mença ces
recueils, d'autant plus précieux qu'ils sont uni¬ques pour cette
période de sa vie, les lettres à ses parents ne nous ayant pas été
conservées. Que nous apprennent- ¬ils ? Quiconque s'est occupé, par
devoir soit de famille, soit de profession, d'étudier l'esprit des
jeunes gens, sait ce qu'un cahier de ce genre peut contenir
d'indications à cet égard : le caractère de celui qui l'a composé
s'y révèle en partie. Or, les Manuscrits de François de Sales ne
portent pas seulement la marque du travail le plus consciencieux,
mais ils nous découvrent chez leur auteur un souci de per¬fection
qui le suivra à tous les âges : cette régularité de l'écriture, ces
colonnes réservées pour les sommaires et les annotations, ces dates
consignées à plusieurs reprises indi¬quent la préoccupation de ne
rien laisser au hasard. L'ordre le plus parfait se remarque dans la
division des chapitres, la rédaction des titres, la disposition des
pages ; pas de ratures ni de retouches : tout est préparé
diligemment, et définitif. Aucune trace de hâte, de négligence,
d'ennui ; mais bien au contraire, la bonne grâce, l'élégance, l'orne¬ment.
Les feuillets sont encadrés, les titres entourés de flexibles traits
de plume, de vignettes, de déliés qui s'en¬lacent avec souplesse ;
la reliure est rehaussée d'écussons et de filets dorés : tout cela,
comme pour corriger ce que ces austères traités de logique et de
scolastique auraient de trop sévère ; tout cela inspiré,
semble-t-il, par l'amour de l'étude, et surtout par celui de la
Sainte Vierge et du Christ dont les noms reparaissent souvent dans
ces pages. C'est pour eux, pour leur complaire que le saint jeune
homme apporte tant de soin à ce travail : or, ce qui est inspiré par
l'amour n'est-il pas incomparablement plus parfait que ce qui est
seulement accompli par devoir ? Voilà, du moins, ce que nous avons
cru deviner quand nous tenions en main ces deux volumes, et la
description que nous en donnons produira peut-être sur le lecteur
une impression semblable. Ainsi sera justifié ce mot que
Char¬les-Auguste écrivait en tête du second Manuscrit : Dum in
scholis Parisiensibus ageret, jam sanctissimus Juvenis.
§ 2. - La grande épreuve
Nous arrivons aux documents qui se rapportent à ce qu'on est convenu
d'appeler la tentation de désespoir.
C'est assurément l'épisode le plus tragique et, sans doute, le plus
décisif de la vie de saint François de Sales, car il aura pour
conséquence de fixer l'attitude définitive du grand Docteur sur la
question primordiale de la Prédesti¬nation, autant dire sur la bonté
de Dieu. Y eut-il là une véritable tentation, ou simplement une
crise de l'âme et de l'intelligence ? C'est à quoi nous répondrons
après l'examen des textes, dont beaucoup étaient inconnus jusqu'ici
; en attendant, nous emploirons le mot de tentation qui sera
justifié dans la suite. Mais tout d'abord deux questions se posent.
Celle de la date : pour les raisons exposées dans notre note (2),
page 14, nous inclinons à croire qu'on doit adop¬ter l'année 1587.
Comment connaissons-nous les détails de cette crise in¬time qui
semble n'avoir eu d'autre témoin que Dieu ? Si nous nous appuyons
sur le témoignage de Mgr Camus, cité par M. Henri Brémond , nous
conclurons avec le savant historien que le Saint ne s'ouvrit à
personne de son douloureux secret. Mais on verra dans la déposition
du P. de Quoex , que M. Déage, précepteur du gentilhomme, fut au
courant de l'épreuve, ainsi que d'autres personnes, selon le rapport
du chanoine Gard. Celui-ci, après avoir parlé de la tentation et du
vœu de chasteté qui la suivit, ajoute : " Ledit sieur Deage, qui a
veu tout ce que dessus, me l'a raconté de la sorte, et je l'ay encor
apris des sieurs Paquelet et Amé de Sales qui m'ont asseuré aussy de
l'avoir apris du Pere François Suares, Jesuiste, qui estoit leur
Regent et qui leur proposoit le Serviteur de Dieu pour exemple . " -
Nous avons enfin le témoignage de la présidente Amelot , fille
spirituelle du saint Evêque de Genève. Elle tenait le fait " de la
bouche mesme de ce Bien-Heureux, " dit-elle, " qui me le descouvrit
une fois par rencontre pour le soulagement de mon ame."
Quant aux Oraisons jaculatoires qu'exhalait le saint Etudiant pour
implorer le secours de Dieu, elles nous ont été conservées comme il
est dit dans notre note (2), page 14.
Résumons maintenant les circonstances de la crise. On sait qu'en
1580 ou 1581 au plus tard, le jeune François, âgé de treize à
quatorze ans, fut envoyé par son père à Paris pour y continuer ses
études et se préparer ainsi à faire bonne figure dans le monde. A
tout autre collège, il préféra celui de Clermont, fondé en 1563 et
dirigé par les Jésuites . Il y étudie d'abord la rhétorique et la
philoso¬phie pour obéir à son père, puis la théologie, pour se
plaire, comme il le dit, à lui-même . Son précepteur le fait aussi
assister aux disputes théologiques de la Sorbonne, et le voilà
initié à cette grande querelle de la Prédestination qui passionnait
alors, non seulement Paris, mais l'Europe entière.
En 1559, dans la rédaction définitive de son : De lnsti¬tutione
Christiana , en 1560, dans la traduction française de ce livre,
Calvin avait défini la théorie qu'il imposait sur ce sujet à ses
sectateurs : " Nous appelons Prédestina¬tion le conseil éternel de
Dieu par lequel il a déterminé ce qu'il vouloit faire d'un chascun
homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais
ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à éternelle
damnation... Le Seigneur a une fois constitué en son conseil éternel
et immuable, lesquelz il vouloit prendre à salut, et lesquelz il
vouloit laisser en ruine. " Cette doctrine, déjà exprimée par
Luther, avait été condamnée en 1520 par le Pape Léon X, dans la
Bulle Exurge. Mais, dans le sein même du catholicisme, l'Université
de Louvain devint le centre d'un semi-protestantisme ; Baius, chef
de ce mouvement, est censuré en 1559 par la Faculté de théologie de
Paris, en 1567 par Pie V, en 1579 par Grégoire XIII. Il y a plus :
sans suivre Luther, ni Calvin, ni Baius, la Sorbonne don¬nait à ce
sujet un enseignement qui, à tort ou à raison, prétendait s'appuyer
sur les autorités de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, et
qui était bien de nature à troubler l'âme tendre du jeune Etudiant :
Dieu " n'a pas décrété le salut de tous. Il faut donc conclure que
ceux qui sont privés du salut, le sont, non par suite de leur
pro¬pre refus, mais par le refus de Dieu lui-même . " ¬-- " Dieu
prédestine ses saints à la gloire uniquement par son bon plaisir,
indépendamment de la prévision de leurs œuvres, et, en vertu de ce
décret a priori, leur conférant les grâces nécessaires pour qu'ils
puissent mériter cette gloire . "
Que ces doctrines soient exactement, la première de saint Augustin,
l'autre de saint Thomas, nous n'avons pas à l'examiner ici; il
suffit qu'elles fussent alors enseignées sous le nom de ces deux
Docteurs. On comprend que Fran¬çois en fût bouleversé : ainsi, lui
qui aimait Dieu de tout son jeune cœur, si ardent et si tendre,
était peut-être prédestiné à la damnation ! Sans doute aussi ne
pensait-¬il pas à lui seul, mais à tant d'autres âmes exclues par
avance de tout espoir de salut en vertu d'un décret inin¬telligible
et injustifiable, au moins pour la raison humaine. Et cependant,
quelle autorité pouvait-il opposer à celle de ces deux grands
maîtres de la théologie ? On lisait peu alors les Pères grecs qui
auraient pu le rassurer, et Molina ne devait publier sa Concordia
qu'en 1588, c'est-à-dire un ou deux ans plus tard, selon que l'on
place la crise de notre Saint en 1586 ou en 1587.
Cette crise fut terrible ; suivons-en les étapes à l'aide de
témoignages authentiques. Le plus important est la déposition du P.
Claude-Louis-Nicolas de Quoex, Prieur du monastère bénédictin de
Talloires, près Annecy .
" Voici quelle fut cette tentation, d'après ce que j'ai appris des
témoins susnommés, " Déage, Paquellet et Antoine Bouvard . " Par un
artifice abominable, l'ange de Satan, transformé en ange de lumière,
essaya de lui persuader que, quoi que dorénavant il se proposât de
faire, soit en bien, soit en mal, il serait enfin au nombre des
réprouvés et destiné à être précipité pour l'éternité dans le
gouffre éternel, avec les maudits qui blasphèment le nom de Dieu ;
sa damnation éternelle était décidée dans cet arrêt divin qui ne
peut être changé. Ce terrible décret du jugement était irrévocable
parce qu'il est éternel, décidé par Celui qui est toujours le même,
dont les voies et jugements sont insondables, abîme profond qui, de
la même masse de boue, peut faire soit un vase d'honneur, soit un
vase de honte, ignominie éternelle, et briser le juste, même sans
motif. Aussi, c'était en vain qu'il em¬ployait tant de zèle et de
sollicitude pour tâcher de vivre saintement ; il ne devait pas
essayer plus longtemps, par de si consciencieux efforts, d'acquérir
la vertu, puisque, au jour du jugement redoutable, il serait enfin
abandonné de Dieu, pour être précipité dans le gouffre des maudits,
quoi qu'il entreprît à l'encontre, car la sentence fixe et immuable
de la volonté éternelle ne pouvait être en défaut.
Or, dans cette très grave tentation, où son salut éter¬nel était en
jeu, les susnommés Déage, Bouvard, Paquellet et Amédée de Sales
m'ont appris quel fut son tourment. Tous les jours il défaillait,
et, à force de pleurer, semblait en agonie; versant des larmes jour
et nuit et redoublant ses tristes sanglots, il fatiguait l'air de
ses lamentations, en frappait le Ciel à coups redoublés et essayait
de toucher le cœur de Dieu, soit pour être délivré de toute
tentation, soit pour que, réconforté par Lui, il résistât
courageusement dans la foi, et qu'enfin l'espérance immuable qu'il
avait placée en sa miséricorde [ne fût pas vaine]. Dans son
découragement, il pleurait amèrement durant la nuit et ses larmes
couvraient ses joues ; on l'entendait gémir et crier vers le
Seigneur, et répéter d'ardentes oraisons jaculatoires extraites des
divers Psaumes du Roi-Prophète ; il en avait couché par écrit toute
la suite, comme je l'ai appris du dit sieur Déage qui en prit copie
sur l'original même du Serviteur de Dieu; il me l'a communiquée et
c'est la copie même de ces prières que je présente .
Par ces oraisons jaculatoires tirées de tous les Psaumes et
Cantiques du Roi-Prophète que, grâce à la très heureuse mémoire dont
il était doué, il retenait au plus profond de son âme, il calmait
les angoisses de son cœur désolé, et, pour ainsi dire, perçait le
cœur de Dieu par toutes ces flèches d'amour et de douleur, et
émouvait les entrailles de sa miséricorde. Jour et nuit, sa bouche
exhalait des sen¬timents de ce genre, et, répandant devant le
Seigneur, tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, parfois [même] plusieurs
[ensemble], il méditait sur eux jour et nuit. Je le sais parce que
je l'ai appris des témoins susdits, et surtout de Déage qui,
ins¬piré par le dévouement et l'admiration, en avait réuni par écrit
la série entière.
Je sais que le Serviteur de Dieu, battu par cette tem¬pête, recourut
à la Très Heureuse Vierge, dirigea sa prière vers elle comme
Consolatrice des affligés, s'écriant souvent : " 0 la plus belle des
filles de Jérusalem, Mère de Dieu, Reine du monde, Refuge des
pécheurs, Consolatrice des affligés, Mère de miséricorde, notre vie,
notre douceur, notre espoir, salut ..." - J'ai appris cela des
susdits témoins: Déage principalement, Amédée de Sales, Paquel¬let,
qui ont entendu souvent le Serviteur de Dieu exhaler en pleurant les
susdites oraisons.
Un mois presque et demi se passa dans ces langueurs, Dieu le
permettant ainsi, afin que son Serviteur apparût très fidèle au
milieu de la tentation et que, la tempête grandissant de plus en
plus, sa plus qu'admirable confiance fût éprouvée comme l'or dans la
fournaise. Je sais qu'il se prescrivit intérieurement cette seule
résolution que tous les amants du Christ devraient graver dans leur
cœur avec une pointe de diamant : " Quoi qu'il arrive, ô Seigneur, "
etc. Ici, le Père de Quoex donne l' " Acte d'aban¬don héroïque "
reproduit plus loin dans notre texte , et il ajoute : " Tel fut, au
milieu des tourments, des soucis, des tribulations extrêmes, le vœu
plus qu'admirable de son âme. Déage l'a également consigné par écrit
; je l'ai fidèlement confié à ma mémoire et retenu sûrement. C'est
là, et ce fut toujours le bruit constant, l'opinion commune, la
renommée publique... ; personne n'y contredit, personne n'en doute."
A ce témoignage d'un détail si précis et si émouvant, il faut
joindre celui de la présidente Amelot, dont nous avons déjà cité le
début. Elle continue ainsi : " Pendant qu'il faisoit ses estudes en
ceste ville de Paris, il fut saisy d'une furieuse tentation contre
l'esperance de son salut, laquelle le poussoit a croire qu'il estoit
du nom¬bre des reprouvez et de ceulx qui n'auroient point de part a
la gloire eternelle. Ceste violente imagination qui ne luy donnoit
aucun relasche, et d'horreur qu'il avoit, plus de devoir estre
eternellement ennemy de Dieu que des tour¬mens de l'enfer,
altererent tellement son interieur qu'il en pensa tomber malade ;
car, plus il se roidissoit contre ceste tentation et tacheoit de
s'attacher a la misericorde divine, plus ceste imagination entrait
avant dedans son ame. Enfin, ayant esté quelque temps dans ce
furieux combat, un jour que ceste importune pensee le pressoit plus
que de cous¬tume, comme il estoit fort devot a la sacree Vierge, a
la¬quelle il avoit une particuliere confiance, il s'en alla a l'eglise
des Peres de Saint Dominique, en la chappelle de la Vierge ; et la,
humblement prosterné devant son image, il ouvrit son cœur en la
presence de Dieu. Et renonçant a tout ce qui concernoit son interest
particulier, il resigna purement et entierement son ame et ses
intentions entre les mains de la divine Providence, sans se plus
vouloir mettre en peine de son propre salut, se resolvant et
pro¬testant de vouloir desormais se comporter au service de Dieu et
a la vertu avec aultant d'affection comme s'il eust eu des
asseurances infaillibles de devoir estre sauvé; et que si Dieu
devoit estre plus honoré en sa condemnation qu'en son salut, qu'il
aymoit mieux estre dans l'enfer pour l'ac¬complissement de la
volonté divine, que parmy les esleuz en diminution de ses decretz
eternelz. Et sur ceste pensee il prit une tablette, qui estoit pres
des baleustres de la chappelle, sur laquelle il y avoit une petite
oraison a la sacree Vierge; laquelle lisant devotement, il se sentit
tout en un moment accoisé en son cœur, et affranchy d'une si cruelle
et facheuse tentation, laquelle il ne ressentit onc¬ques plus."
Sainte Jeanne de Chantal reçut aussi confidence de cette grande
épreuve; voici comment elle s'en explique : " Ce Bienheureux me
raconta une fois, pour me conforter en quelque trouble que j'avois,
qu'estant escolier a Paris, il tomba en des grandes tentations et
extremes angoisses d'esprit. Il luy sembloit absolument qu'il estoit
reprouvé et qu'il n'y avoit point de salut pour luy ; dont il
transissoit, sur tout au souvenir de l'impuissance que les damnez
ont d'aymer Dieu et de voir la tres sainte Vierge. Non obstant l'exces
de ce travail, il eut tousjours, au fond de son esprit, ceste
resolution d'aymer et servir Dieu de toutes ses for¬ces durant sa
vie, et d'autant plus affectionnement et fidel¬lement qu'il luy
sembloit qu'il n'en auroit le pouvoir pour l'eternité. Ce travail
luy dura trois semaines pour le moins, ou environ six, selon qu'il
me peut souvenir, avec telle violence qu'il en perdit quasi tout le
manger et le dormir, et devint tout maigre et jaune comme de cire,
dont son precepteur en estoit en tres grande peyne.
Or, un jour qu'il pleust a la divine Providence de des¬livrer ce
Bienheureux, comme il retournoit du Palais, et passant par devant
une esglise, le nom de laquelle j'ay oublié , il y entra pour faire
son orayson. Il s'alla mettre devant un autel de Nostre Dame, ou il
trouva une orayson qui estoit collee sur un ais, qui se commence :
Souvenez vous, 0 glorieuse Vierge Marie, que jamais personne ne
s'est addressé a vous, etc. Il la dit tout du long, puis se leva, et
en ce mesme instant se trouva parfaitement et en¬tierement gueri ;
et il luy sembla que son mal estoit tombé sur ses pieds comme des
escailles de lepre. "
Tels sont les documents sur lesquels on doit se fonder pour l'étude
de cette crise terrible : on voit combien ils sont circonstanciés et
authentiques. Celui que nous devons au P. de Quoex provient de
témoins qui ont suivi des yeux et, pour ainsi dire, épié tous les
tourments du jeune Saint pendant cette période de martyre moral ;
les deux autres reproduisent les confidences de François lui-même :
tous trois sont d'accord et se complètent. Laissant aux histo¬riens
le soin de les analyser, nous voudrions insister sur deux points.
D'abord, y eut-il, comme nous l'avons dit, une vraie tentation, ou
seulement une crise intellectuelle produite par le contact soudain
d'une âme jeune et tendre avec une doctrine impitoyable destinée à
renaître bientôt sous la forme du jansénisme ? Le secret des cœurs
et l'action du démon sont choses si obscures que parfois Dieu seul,
semble-t-il, peut en pénétrer le mystère ; nous ne saurions alors
que former des conjectures. Mais ce qui paraît certain à l'examen
des textes cités ici, c'est que, pour les témoins et pour le Saint
lui-même, il y eut réellement tentation : " Voici, " dit de Quoex, "
quelle fut cette tentation, d'après ce que j'ai appris des témoins."
Le mot revient à plusieurs reprises dans sa déposition, et deux fois
dans celle de la présidente Amelot ; il se trouve aussi dans celle
de la Mère de Chantal, et l'acte d'abandon du Saint contient ces
pa¬roles : " Malgré tout ce que l'ange de Satan ne cesse de
m'inspirer là-contre . " Quelque opinion que nous puis¬sions nous
faire à cet égard, la conviction de celui-là même qui subit
l'épreuve ne saurait être douteuse.
Comment cette crise s'est-elle développée, et quelle en a été
l'évolution ? Elle dura " un mois presque et demi, " dit le P. de
Qouex. Il est permis d'admettre que, au cours de ces cinq ou six
semaines, l'angoisse, l'obsession déses¬pérante ne firent que
grandir et que le dénouement arriva soudain au moment où la torture
intime atteignait son paroxysme : le témoignage de Mme Amelot semble
bien le prouver. D'ailleurs, d'après sa déposition, ce dénouement
lui-même peut se décomposer en plusieurs moments : ce jour-là,
François est pressé " plus que de coustume " par " ceste importune
pensee " ; il s'en va à l'église et se rend tout droit à la chapelle
de la Sainte Vierge ; prosterné devant sa statue, il commence par un
acte de renoncement à tout propre intérêt et de résignation parfaite
à la divine Providence ; ensuite il prend la " tablette " où se
trouve le Memorare et le récite de tout son cœur. C'est alors
qu'arrive la délivrance, instantanée, imprévue, la paix de l'âme,
l'affranchissement subit et pour toujours.
Quant à la prière Quidquid sit, fut-elle composée du¬rant la
tentation, ou bien jaillit-elle de l'âme du Saint au moment de sa
visite à Notre-Dame des Grès ? et alors, il l'aurait rédigée de
mémoire par la suite. Les deux hypo¬thèses peuvent être soutenues ;
cependant, la première est plus vraisemblable. La déposition du
Prieur de Talloires indique, en effet, que cette résolution d'aimer
Dieu ici¬-bas sans espoir de pouvoir l'aimer dans l'autre vie fut
conçue à la fin de la crise, mais pendant que celle-ci durait encore
: " Tel fut, au milieu des tourments,... le vœu de son âme." Si Mme
Amelot, en le résumant, le donne comme prononcé à l'église, aux
pieds de la Sainte Vierge, cela n'empêche nullement de croire que la
pensée et les termes en aient été arrêtés précédemment. Enfin, le
témoignage de sainte Jeanne de Chantal confirme cette opinion, car
la vénérable déposante place le résumé de la prière Quid¬quid sit au
cours de la tentation même : " Non obstant l'exces de ce travail, il
eut toujours, au fond de son esprit, la resolution d'aymer et servir
Dieu de toutes ses forces durant sa vie, " etc.
Notre jeune Etudiant vient donc d'être délivré, comme par miracle,
de ses débats angoissants au sujet de la Prédes¬tination. Quelle va
être désormais sa doctrine sur ce pro¬blème capital ? Nous le
saurons par l'étude des Fragments théologiques qu'il rédigea peu
après à Padoue.
B) Période d'études à Padoue
A l'aperçu donné par Dom Mackey sur l'ensemble de cette période , il
faut ajouter quelques observations de détail.
Dans la note 57, nous établissons la date exacte de l'arrivée du
Saint à Padoue : automne de 1588. Il y resta jusqu'en janvier 1592,
soit trois ans et deux ou trois mois. .
Les documents publiés ici et remontant à cette époque sont: des
Exercices spirituels ; des Notes de Théologie ; des Extraits d'un
Manuscrit autographe du cours de Droit suivi à l'Université ; la
Harangue prononcée par le jeune lauréat lorsqu'il y fut reçu
docteur, le 5 septembre 1591.
Il serait superflu de nous arrêter au texte déjà connu des Exercices
spirituels : quiconque l'a lu avec attention a pu en apprécier la
valeur au double point de vue ascétique et psychologique ; il a vu
aussi avec quelle minutieuse circonspection le saint Etudiant
surveillait toutes les dé¬marches de sa vie intérieure, depuis les
plus importantes jusqu'aux plus minimes : la perfection, la sainteté
étaient déjà son principal souci.
Les Notes de Théologie et le Manuscrit de Droit de¬mandent quelques
explications nouvelles.
§ I. - Les Notes de Théologie
On a lu dans l'Introduction générale, qu'en 1648, lors du Procès de
non cultu, six cahiers autographes furent présentés, qu'on en prit
seulement quelques extraits et que le reste fut perdu. Nous croyons
devoir donner en note le texte contenant la description de ces
Manuscrits si importants, description que nous allons résumer ici .
Le 4 septembre 1648, les Religieuses du 1er Monastère de la
Visitation d'Annecy remettent à Mgr Charles-Auguste de Sales, leur
Evêque et Juge apostolique délégué, une cassette renfermant
plusieurs paquets. L'un d'eux, " re¬couvert en carton à la façon
d'un livre, " porte cette inscrip¬tion en italien: Manuscrits de
Théologie et de Droit du Serviteur de Dieu François de Sales,
pendant qu'il était à Paris et à Padoue, avec quelques indices de sa
main qui témoignent de son attachement à la très sainte Eglise
Catholique, Apostolique et Romaine et au Saint-Siège Apostolique.
Ils sont partagés en neuf cahiers in-4° ordi¬naire, d'une écriture
très fine ; trois de Droit civil, six d'Observations théologiques.
Juge et témoins en recon¬naissent l'authenticité.
On compulsa d'abord les Manuscrits de Droit, qui furent copiés en
entier au volume IX du Procès de non cultu ; nous y reviendrons
tout- à- l'heure. Les six autres cahiers, " décousus ", furent
examinés ensuite ; le Notaire aposto¬lique Ducrest a indiqué les
premiers et les derniers mots de chacun, ajoutant qu'à la fin du
sixième, trois feuillets ont été laissés en blanc. Plus loin, il
précise davantage : " L'Evêque, en parcourant ces recueils, arrive
au second, où le Vénérable Serviteur de Dieu a traité de la grâce et
des secours de la grâce, question théologique très difficile à
laquelle il a joint seize annotations. Enfin, à la ligne 25e du
cinquième feuillet, marquée par le numéro 114, il fait sa soumission
en ces termes : Atque hœc tremens etc. C'est la solennelle
protestation d'obéissance à l'Eglise que l'on trouvera à la page 46
du présent volume.
Sans rien dire du troisième cahier, le Notaire passe au quatrième
dont il détache le second de ces graves docu¬ments sur la
Prédestination ; il l'a rencontré à la 20e ligne du sixième
feuillet, précédé de "seize autres annotations ". Ce fragment, qui
débute par les mots : Hœc ita si fidei, est reproduit ci-après, page
37/38.
Le Rme Juge commence à feuilleter le cinquième cahier qui " traite
encore de la Prédestination et de la réproba¬tion " ; au neuvième
feuillet, ligne 27, il lit le texte de la célèbre " Protestation "
Ad pedes beatorum Augustini et Thomœ provolutus, que René Favre,
Jean-Baptiste Gard et tous les historiens du Saint font remonter à
l'époque de la tentation de désespoir à Paris, et qu'il faut, de
toute évidence, rapporter maintenant à la période de Padoue, en 1591
. Nous la donnons à la page 44.
Charles-Auguste termine l'examen du cinquième et du sixième cahiers
; mais, ajoute le Notaire, " ils contiennent tant de choses que,
s'il fallait en tirer in extenso tout ce qui s'y trouve, il
suffirait à peine de six mois... Le Juge fut d'avis de n'en pas
prendre copie dans la présente compul¬sation, à moins que, par la
suite, un ordre du Saint-Siège Apostolique ou de la Sacrée
Congrégation des Rites n'en décide autrement."
Des manuscrits de Notes théologiques, deux pages auto¬graphes nous
restent : elles portent aussi sur le sujet de la Prédestination et
sont conservées à l'Oratoire de Naples. Le texte authentique, revu
sur l'original, est donné ci¬-après, page 39 .
Quand on a lu ces quelques fragments, on éprouve un amer regret pour
la perte irréparable des recueils d'où ils furent tirés. Pour avoir
reculé devant un long travail de transcription, les Commissaires
apostoliques du Procès de non cultu ont à jamais privé la postérité
de documents d'une inappréciable valeur. Que de révélations
nouvelles sur la vie intellectuelle et intime du saint Etudiant nous
auraient apportées ces " choses " qu'il " méditait, plaçant dans le
Seigneur tout son «espoir " (p.38) !... Les pages que nous possédons
suffisent cependant à nous fixer sur l'attitude que ce jeune homme
de vingt-quatre ans adopta en face du grand problème de la
Prédestination.
Dès " l'adolescence ", sa " façon de penser " lui " a paru vraie ";
il s'y est " affermi " (p.37). Depuis lors, il a étudié, médité,
sondé l'impénétrable mystère ; il a prié surtout, avec une humilité
profonde, Celui " qui donne la sagesse aux petits (p.37). " Enfin,
un jour, à Padoue, et en 1591 ¬donc quatre ou cinq ans après la rude
tempête qui boule¬versa tout son être à Paris, François de Sales
prend nettement position et fait sienne une doctrine qui le sépare,
sur un point capital, des grands maîtres de la théologie ; saint
Augustin et saint Thomas. Tremblant d'émotion, mais sur un ton viril
et plein d'assurance, il fixe à jamais sa pensée dans une page
admirable où vibre toute son âme. Sa détermination prise, il ne
changera plus ; jusqu'à la fin de sa vie, il sera l'apôtre du Dieu
de bonté et de misé¬ricorde qui " ne hait rien de ce qu'il a fait
(p.45), " mais qui veut le salut de tous ; du Père très aimant qui
toujours prend pitié, pardonne et sauve.
§ 2. - Le Manuscrit de Droit
Nous avons dit plus haut (note 8 et p.13) que les trois cahiers de
Droit soumis en 1648 à l'examen du Juge apostolique, furent copiés
intégralement dans le neuvième volume du Procès de non cultu :
l'Autographe en existe encore. Il appartient à M. le comte de
Buffières, qui le garde en la chapelle de son château de
Milliassière (Isère) et qui a bien voulu le laisser entre les mains
des éditeurs pendant plu¬sieurs mois. A l'analyse des Pandectes, du
Digeste et du Code Justinien, rédigée entre la fin de 1590 et les
derniers mois de 1591, se mêlent des notes personnelles que nous
publions pour la première fois , Dans son Introduction générale , le
savant Dom Mackey a insisté sur leur importance, il a dit combien
elles sont précieuses pour la Vie de saint François de Sales ; nous
n'y reviendrons pas.
Le Manuscrit, relié sous une couverture de carton mou, couleur de
parchemin , se compose de 120 pages non chiffrées ; la seconde et
les deux dernières sont restées blanches. A l'extérieur, se lit
cette inscription qui paraît être du XVIIe siècle : " de la propre
main de S. Fran. de Sales " ; la même indication est répétée en
caractères dif¬férents, bien que de la même époque, en haut de la
pre¬mière page du texte.
Le papier a 20 cm. 9 mill. x 14 cm. ; une marge de 32 mm. d'un côté
et de 25 mm. de l'autre réduit à 9 centi¬mètres environ la partie
écrite. Les pages ne sont pas encadrées par des filets, comme dans
les Manuscrits de Paris, mais les marges restent aussi nettes et
régulières. En confrontant les deux fac-similé donnés en tête du
présent volume, on verra qu'à Padoue, saint François de Sales
abandonne les caractères gothiques pour adopter une écriture cursive
très arrondie qu'il conservera désor¬mais, et dont la lecture est
beaucoup plus facile quand on a la clef des abréviations alors en
usage. Sauf les dix dernières pages et la première, toutes sont d'un
caractère très fin ; on compte jusqu'à 54 lignes en une page et 80
lettres dans une ligne. Ici, plus d'enjolivements ni de lettres
ornées ; les titres sont le plus souvent de mêmes caractères que le
texte, mais un peu plus gros ; on en rencontre cependant
quelques-uns en capitales.
Lorsque le comte de Buffières fit relier en maroquin rouge le
précieux Manuscrit, il eut soin de joindre au volume trois pièces
qui en attestent l'authenticité : la première, écrite sur un fort
papier qui enveloppa l'Autographe jus¬qu'au mois de juin 1850, est
du Fr. Antoine Périer, Correc¬teur général des Minimes, résidant à
Lyon, et datée du 1er mai 1691 ; la seconde est du cardinal de
Bonald (7 juin 1850), et la troisième, de Mgr Coullié (13 avril
1896), l'un et l'autre archevêques de Lyon.
A la lecture attentive du recueil que nous venons de décrire, une
pensée se présente : l'étude du Droit dut être souvent pénible à
saint François de Sales, non pas en tant que matière ardue et
travail difficile, mais pour une raison supérieure. En effet, si
d'une part la rectitude de son esprit lui fit trouver des charmes
dans l'acquisition de cette science, de l'autre, l'essor de son être
spirituel se sentit plus d'une fois comprimé au milieu de ces
froides formules de lois qu'il avait sous les yeux et qu'il
résumait, cependant, avec le plus grand soin. Quand il termine ses
notes sur les Pandectes, il les dit " assez pénibles et laborieuses
pour lui " , et à la fin du Manuscrit, il s'avoue " fatigué de ses
efforts " . Ailleurs, - et ici perce même une cer¬taine lassitude
physique - il écrit : " Mais, attendu que ces questions ont vieilli,
il ne paraît pas utile de consacrer à les examiner ce temps de la
canicule, trop chaud pour s'accommoder à des discussions froides et
qui refroidis¬sent ." Et encore : " On traite ici longuement de la
disci¬pline militaire... Je ne pense pas non plus qu'il soit utile
de suer sur ces questions, vu qu'en ces temps on a assez à
transpirer ."
L'âme du saint jeune homme éprouve alors le besoin de s'affranchir;
déployant ses ailes, elle monte par une en¬volée, facile à
surprendre dans la prière qu'il trace ou dans les vœux qu'il
exprime. C'est ainsi qu'un tremblement de terre lui inspire des
réflexions sur le triste état de l'Europe et lui arrache de
douloureux gémissements qui sont un appel à la pénitence .
C) Période du Chablais et d'Annecy
Des notes très brèves, Souvenirs de faveurs surnatu¬relles reçues,
quelques Essais de poésie, ébauches de pieux cantiques, le Règlement
épiscopal et les deux Testaments de saint François de Sales : c'est,
en dehors de ses Lettres, tout ce que nous possédons de documents
ayant rapport à sa vie intime depuis son sacerdoce jusqu'à sa mort.
Ils sont dispersés suivant l'ordre chronologique ; les
renseignements utiles sont donnés dans les notes.
Nous nous bornerons donc à signaler l'intérêt très grand que
présentent les annotations jointes au Règlement épis¬copal. En
lisant le texte de celui-ci et, au bas des pages, le supplément
d'informations fourni par les déposants au Procès de Canonisation de
notre Saint, on pourra restituer avec une précision parfaite sa
figure, ses habitudes quoti¬diennes, son costume, ses appartements,
le mobilier de sa chambre, le nombre de ses domestiques, l'office de
chacun d'eux. On y verra, avec une exactitude inconnue jusqu'ici, le
saint Prélat célébrer la Messe, prier, officier dans sa cathédrale,
recevoir les visites, s'entretenir avec les siens, établir autour de
lui cet ordre, ce calme, cette amabilité, cette douce joie qui
régnaient dans son âme et qu'il faisait rayonner sur tout ce qui
l'approchait. C'est le saint Evêque de Genève portraituré ad vivum
par ceux-là mêmes qui furent les témoins de toutes ses actions et de
ses paroles les plus familières.
Si révélateurs que soient ces documents, nous n'en re¬grettons pas
moins la perte de quelques autres ; celle, par exemple, d'un
Manuscrit in-12, intitulé : Itinéraire du voyage fait à Rome en 1598
et 1599, par Fran¬çois de Sales, Prévôt de l'Eglise de Genève, et
par François de Chissé, vicaire général du Diocèse, contenant des
observations intéressantes, et toutes leurs démarches faites en Cour
de Rome pour le rétablissement des bénéfices du Chablais, de Ternier
et de Gex .
Les recherches faites pour le retrouver n'ont pas abouti. Peut-être
contenait-il des détails qui eussent comblé les lacunes du texte et
enrichi les notes de cette première Sé¬rie et de la deuxième dont
nous allons parler.
II
DEUXIÈME SÉRIE: APOSTOLAT
Cette Série est composée de documents relatifs à l'apos¬tolat de
saint François de Sales : A) dans le Chablais - ¬B) dans le pays de
Gex. On y a joint un Mémoire qui regarde la conversion des
hérétiques en général.
L'étude de ces pièces complètera la figure du Saint en le montrant
sous un aspect spécial: celui de l'Apôtre. Nous l'y voyons à l'œuvre
pour l'accomplissement de la tâche la plus ardue et parfois la plus
ingrate qu'il ait jamais assumée ; car il lui faut lutter tantôt
contre l'hostilité que sa doctrine soulève chez les réformés et
leurs pasteurs, tantôt contre l'indifférence ou la timidité de ceux
dont le devoir serait de le seconder. Il est alors contraint de
multi¬plier mémoires et requêtes pour obtenir les ordres ou les
faveurs nécessaires au rétablissement du culte catholique, et de
revenir infatigablement à la charge, sans succès, au moins apparent.
Même lorsque sa mission semble être depuis longtemps terminée,
lorsqu'il occupe le trône épis¬copal, il se voit obligé de
renouveler ses démarches pour la restauration encore incomplète du
catholicisme dans ces pays toujours divisés : c'est pourquoi les
documents pu¬bliés dans ce volume s'étendent jusqu'à l'année 1621.
A) Documents relatifs au Chablais
On sait que la mission proprement dite du Chablais, commencée le 14
septembre 1594, dura jusqu'en octo¬bre 1598, c'est-à-dire jusqu'au
moment où saint François de Sales quitta Thonon pour se rendre à
Rome : si depuis lors il revint dans le bailliage, ce ne fut que par
intervalles.
Sur les dix-sept pièces que nous reproduisons et qui se rapportent à
cette mission, les quatorze premières s'éche¬lonnent de 1595 à 1599
; les trois autres, si elles ne s'y rattachent pas directement, en
sont pourtant la suite né¬cessaire. Toutes sont déjà connues ; mais,
dispersées dans les éditions de Vivès et de Migne, elles prendront
un intérêt nouveau à être présentées ici en groupe et dans leur
ordre chronologique. De plus, quelques-unes, dont la publication est
due à Charles-Auguste de Sales, ont été remaniées par lui, ainsi que
l'on pourra s'en convaincre en consultant les notes (1) des pages
145, 158 et 218 ; on les trouvera ici restituées dans leur texte
authentique et dégagées des éléments étrangers introduits par le
biographe. D'autres sont accompagnées des variantes inédites des
diverses ré¬dactions. Enfin, toutes sont commentées par des notes
destinées à éclaircir les allusions, à préciser les faits, à
expliquer les circonstances parfois obscures et compli¬quées : ainsi
la personne et l'action de l'Apôtre seront mises en meilleure
lumière.
B) Documents relatifs au pays de Gex
Ils sont au nombre de seize, dont le premier est de la fin de
décembre 1601, et le dernier, du 17 décembre 1621. Trois seulement
avaient été publiés jusqu'ici, les treize autres sont inédits : on
voit de quelle importance ils sont pour l'étude de l'apostolat,
moins connu, de notre Saint dans le pays de Gex et de sa mission à
Paris en 1602. Sa correspondance de cette époque et sur ce sujet est
fort incomplète ; les notes qui accompagnent les nouveaux do¬cuments
combleront, du moins en partie, ces lacunes. Mais comme cette
histoire est assez compliquée, il ne sera peut-¬être pas inutile de
résumer dans quelles conditions se trou¬vait le pays de Gex lorsque
le jeune Coadjuteur de Mgr de Granier entreprit de s'occuper de sa
restauration reli¬gIeuse.
Ce petit bailliage, situé entre le canton de Vaud au nord, le lac
Léman à l'est, le Rhône et la Savoie au sud, la Fran¬che-Comté à
l'ouest, était destiné par là même à être convoité par ses voisins
plus puissants. D'abord dépen¬dant du Comté de Genève, il fut
conquis en 1535 par Charles III, duc de Savoie. Mais, en janvier
1536, les Gene¬vois et les Bernois y rentrèrent en vainqueurs, y
imposèrent le calvinisme, brûlèrent les églises et s'emparèrent des
biens ecclésiastiques. " Il fallait choisir entre l'exil ou la
Bible... c'était l'ultimatum des guerriers de Berne et de Ge¬nève .
"
En 1564, le 30 octobre, le traité de Lausanne ou de Nyon, ratifié le
23 août 1567, rend le pays au duc de Sa¬voie, Emmanuel-Philibert,
successeur de Charles III, à condition que le libre exercice du
culte réformé y sera maintenu. Le duc souscrit à cette clause, dans
l'espoir qu'avec le temps elle pourra être modifiée . Il meurt en
1580 et Charles-Emmanuel 1er lui succède. Neuf ans après (1589), le
bailliage ayant été envahi par les troupes alliées du roi de France
et des Suisses, la ville de Gex capitula et obtint que les habitants
de toute la province fussent main¬tenus "en l'exercice de leur
religion " réformée, " ainsi qu'il en avait été sous le gouvernement
du prince de Savoie ; " que leurs ministres, maîtres d'école, etc.,
seraient " payés et entretenus comme ils l'étaient ci-devant . " Or,
quelques mois plus tard, Charles-Emmanuel reprend le pays par le
second traité de Nyon (11 octobre 1589) et n'autorise le culte
calviniste qu'en trois paroisses, avec les traitements donnés
jusqu'alors. Mais en janvier de l'année suivante, les Genevois
s'emparent encore une fois du bail¬liage et la France les soutient :
c'est ainsi que, depuis mars 1591 jusqu'au traité de Vervins (2 mai
1598), Genève gouverna le pays au nom de Henri IV, et de¬puis lors
en son propre nom jusqu'en 1601. Le roi contraignit, cette année-là,
le duc de Savoie à conclure le traité de Lyon (17 janvier) par
lequel celui-ci lui céda le pays de Gex en même temps que le Bugey,
le Valromey et la Bresse. Cette nouvelle frontière permettait à
Henri IV de donner la main à " ses alliés et bons compères ", les
Suisses.
En conséquence, le baron de Lux, au nom du roi, prit possession du
bailliage le 30 juin et reçut le serment des habitants le 5 août.
Il déclara l'intention de rétablir le culte catholique au moyen d'un
Intérim semblable à celui qui faisait loi en France. Cet Intérim
voulait, nous dit le Saint dans une lettre du 20 août 1601 , que "
les biens ecclésiastiques et les églises " fussent " rendus aux
prêtres, aux évêques et autres. " Les Genevois, qui détenaient dans
le pays de Gex les terres et les revenus de leur Prince-Evêque, de
son Chapitre et des autres églises, réclamèrent. Le baron en référa
au roi, et Mgr de Granier, de son côté, écrivit à Henri IV qui
répondit, le 17 octobre, (cf L2, note 91). Cette lettre, ainsi qu'on
le verra par la note de la page 241 du présent volume, pro¬voqua de
la part du Prélat quelques démarches auprès du Saint-Siège, et le
Nonce de France lui demanda un délégué capable de l'instruire à fond
des difficultés. Nul, mieux que saint François de Sales, alors
coadjuteur, ne pouvait remplir cette mission. Elle fut ardue et
donna peu de résultats : on en jugera par les lettres qu'il
adressait de Paris à son Evêque et à M. de Quoex (février-avril
1602) , et par la note qu'on trouvera plus loin .
Les documents postérieurs à cette mission, publiés dans le présent
volume, témoignent encore des difficultés ren¬contrées par l'Apôtre
devenu Evêque pour rétablir l'exer¬cice du culte catholique dans le
bailliage de Gex et pour¬voir à l'entretien des prêtres qui
desservaient les paroisses ayant fait retour à l'Eglise : le Clergé
était pauvre et les Genevois multipliaient les obstacles.
A l'Appendice figurent des pièces, dont plusieurs iné¬dites, qui
complètent les renseignements au sujet de l'a¬postolat du Saint en
Chablais et à Gex ; d'autres ont rap¬port à ses voyages à Rome et à
Paris. Le Mémoire du P. Chérubin de Maurienne offre un intérêt
spécial: en révélant quelques traits caractéristiques de son zèle,
il fait apprécier davantage encore celui non moins intré¬pide, mais
plus éclairé, plus prudent, plus doux de " mon¬sieur de Sales ".
Par ce qui précède on voit tout ce que le volume que nous présentons
au public contient d'important et de nou¬veau. Saint François de
Sales étudiant, apôtre, mission¬naire, diplomate, évêque, y
apparaîtra, croyons-nous, avec plus de précision, grâce à de
nombreux détails sur des points encore mal connus, ou même inconnus.
On y appré¬ciera mieux que jamais sa vie de labeur et d'activité
inces¬sante, sa science approfondie en matière de droit aussi bien
que de théologie, ses tourments intimes, ses fatigues apos¬toliques,
son zèle tantôt héroïque et tantôt prudent selon que l'exigent les
circonstances, la paix qui, depuis la crise décisive et douloureuse
de 1587, s'établit pour toujours dans son âme, son inépuisable amour
pour tous " ses prochains ", pour l'Eglise et pour Dieu.
LES EDITEURS.
Annecy,
en la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge,
15 août 1925.
AVIS AU LECTEUR
Des documents publiés dans ce volume, la plupart ont été revus sur
les originaux ou sur les Procès de Canonisation de saint François de
Sales ; leur provenance est indiquée à la fin de chacun.
Les Pièces qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont,
à défaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter
le texte à quelques-unes des anciennes Vies du Saint ou à d'autres
ouvrages.
Les Editeurs sont seuls responsables des titres, adresses et dates
qui précèdent chaque pièce ; la date est répétée à la fin quand elle
figure sur l'original, ou qu'elle est authentique, quoique fournie
par les textes imprimés.
Quand la date attribuée à un document n'est pas absolument sûre,
elle est insérée entre [] Ces signes sont également employés pour
les mots qu'il a fallu suppléer.
Les divergences qui existent entre les différentes leçons d'une même
pièce sont données au bas des pages. Le commencement de la variante
est indiqué par la répétition, en italique, des mots qui la
précèdent immédiatement au texte ; sauf de rares excep¬tions, la fin
est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les mots biffés
dans les Autographes sont enchâssés entre [].
Des points placés au commencement ou à la fin d'un document
indiquent qu'il est incomplet, excepté toutefois ceux qui se
trouvent dans les Extraits du Manuscrit du cours de Droit (pp. 6g-8I
et go-IOO), où ils ne signalent pas une lacune, mais une omission
faite à dessein par les Editeurs. (Voir ci-après, note (I), p. 68.)
Dans l' Index qui suit le Glossaire, on a jugé à propos de fondre
les noms des destinataires des pièces de la IIeme Série et de
l'Appendice avec les titres des notes historiques et biogra¬phiques.
Les initiales R. E. mises à la suite d'une note avertissent qu'elle
est tirée des Registres de l'ancien diocèse de Genève.
OPUSCULES
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
PREMIÈRE SÉRIE
ETUDES ET VIE INTIME
A – PÉRIODE D'ÉTUDES A PARIS
OCTOBRE 1580-1588
- I -
EXTRAITS DE DEUX MANUSCRITS AUTOGRAPHES
DU COURS DE PHILOSOPHIE
1 - PREMIER MANUSCRIT (octobre 1585-février 1586)
‡ ‡
I H S † MAA
BREVIS PRAEFATIO lN UNIVERSAM PHILOSOPHIAM
Quae de singulis difficultatibus dici possunt, ea omnia tradere
discipulis neque brevitas temporis ad totam Phi¬losophiam
percurrendam nobis concessi patitur, neque utilitas auditorum
exposcit. Ideo semper quoad fieri potest studebimus brevitati,
milita veluti solum attin¬gentes ut occasionem demus acutis ingeniis
inde multa alia deducendi ; alia quae bene tradita reperiemus in
authoribus quorum omnibus communiter est copia solum citantes, ut in
propriis originibus videntur ; alia tandem, tanquam inutilia
relinquentes, conabimur tamen ea quae utilia videbuntur exacte
examinare et omnia ea claritate explanare qua facillime a discipulis
percipiantur.
Hoc autem ut melius assequi possem, hunc ordinem statui servare, ut
libros in tractatus, tractatus demum dis¬putationes, si opus erit,
plures ponere, ae demum disputa¬tiones in questiones, prout rerum
tractandarum diversitas postulaverit dividam. Eas autem sententias
ubi diversitas erit opinionum, eligam quae et authoritate et
rationibus et consonantia eum rebus fidei examinatis videbuntur
preponendae. Omnia vera quae dixero, correctioni SS. Matris
Eeclesiae et melius sentientium judicio submitto, petendo. ab O. M.
Deo ut ipse, quemadmodum de infi¬nita ejus misericordia et de
obedientiae virtute quae hoc nobis munus imposuit confidimus et
speramus, specia¬lissime nobis semper auxilietur et ad prosperum
concedat finem pervenire.
………………………………………………………..
TRACTATUS 18 IN LOGICAM / DE QUAESTIONIBUS PROOEMII
Disputatio prior : De essentia et existential Logicae
Quaestio 1a : An Logica sit et quomodo fuerit juncta, et a quo ?
2 - SECOND MANUSCRIT (MARS 1586)
Quaestio 3 :An Beatitudo praesentis vitae hominis existentis in
puris naturalibus consisteret in aliquo bono creato ?
……………………………………………………………….
Quaestio 4 : In quo actu consistat beatitudo formalis praesentis
vitae hominis existentis in puris naturalibus ; ubi etiam breviter
dicemus in quo consistat essentialiter beatitudo nostra
supernaturalis altrius vitae
………………………………………………………………
Revu sur l'autographe conservé au Grand-Séminaire de Grenoble
- II -
RÈGLES POUR LA RÉCEPTION
DE LA
SAINTE COMMUNION
LA COMMUNION SPIRITUELLE
[Avant 1580 ]
Je tascheray par tous moyens de recevoir reverem¬ment le plus
souvent que fayre se pourra le tres auguste et tressaint Sacrement
de l'autel, me resouvenant qu'il est institué pour la reparation de
l'[humeur ] radical spirituel de nostre ame, et a iceluy est
attribuee la conser¬vation et perseverance de la vie spirituelle
militante, jusques a ce qu'on soit en la spirituelle triomphante. Et
considereray de pres mon imbecillité et neantise, laquelle j'ay
experimenté tant de foys que je n'ay poinct besoin d'autres preuves
; et partant je confirmeray sou¬ventesfoys mon cœur de ceste sainte
viande, selon ce qui est escrit : Le pain qui fortifie le cœur de
l'homme (Ps 103, 15).
2. Que si je ne peux plus souvent, au moins tous les moys je ne
failliray poinct, estimant que les douze signes du zodiaque ne
m'advisent et signifient autre sinon de me preparer, a fin qu'une
foys je puysse arriver la haut, sur cest arc du pont celeste sous
lequel le fleuve des mutations de ce monde passe, qui s'appelle
vanité.. Et communieray encores chaque moys a fin de loüer Dieu de
chaque revolution de la lune, et a fin que, par ce nombre
d'université, je consacre mon universel aage a Dieu. Et chaque
Communion me remettra en memoyre la vie et mort de quelqu'un des
bienaymés douze Apos¬tres, et quelqu'un des douze articles de la
foy.
3. Je n'estimeray pas legitime empeschement de ceste sainte devotion
toute sorte d'incommodité, mays seule¬ment celle qui sera telle
qu'avec icelle on ne puysse communier ; sçachant que ce n'est pas
grand service celuy que l'on faict seulement quand on en a
commodité, par maniere d'inadvertance et occurrence.
4. Que si je ne puys, par quelque legitime empesche¬ment, aller a la
table de Nostre Seigneur et me refec¬tionner de ceste sainte viande
quand sera le tems ordinaire, je feray quelque extraordinaire bonne
œuvre en contreschange : comme sera quelque effort de prieres, de
misericorde tant spirituelle que corporelle, d'auste¬rité,
d'humilité et abjection, et autres semblables ; imitant en cecy ceux
lesquelz en hyver n'ont pas du feu pour se garder du froid, qui
s'advisent de fayre d'autant plus d'exercices et mouvemens : ainsy,
ne pouvant m'appro¬cher du Saint Sacrement, qui est le feu que
Nostre Seigneur vint mettre au monde (Lc 12,49) je feray d'autant
plus d'exercice et mouvement en la vertu, a fin que le froid et vent
de bize d'où vient tout mal (Jn 1,14), qui est le peché, ne me gele
interieurement ; et particuliere¬ment je feray a la façon des
François, qui passent la faim en chantant, car je passeray la faute
de ce Pain celeste faysant d'autant plus de prieres.
Item, je me conforteray en la Communion spirituelle, c'est a dire au
desir des Sacremens : comme ceux qu'on nourriroit quelque espace de
tems avec l'odeur des choses aromatiques et vaporeuses, m'enivrant a
l'odeur seule d'un si puyssant et fort vin qu'est celuy la ; et, ne
recevant l'onction, je ne lairray de courir à l'odeur des parfums du
Seigneur (Ct 1,3).
Revu sur le texte inséré dans le IId Procès de Canonisation.
- III –
FRAGMENTS D' ÈCRITS INTIMES
SE RAPPORTANT
A LA TENTATION DE DÈSESPOIR
1580 ou 1587
1 – RECUEIL D'ORAISONS JACULATOIRES TIRÉES DES PSAUMES
Dieu oubliera-t-il d'avoir pitié ? ou retirera-t-il, dans sa colère,
ses miséricordes ? (Ps 76,8,10)
Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés ; et que ceux
qui le haïssent fuient devant sa face. Comme s'évanouit la fumée,
qu'ils s'éva¬nouissent ; comme la cire fond à la face du feu,
qu'ainsi périssent les assauts du démon à la face de Dieu. (Ps
67,2,3)
Dieu est notre refuge et notre force, notre aide dans les
tribulations qui nous ont assailli très violemment. C'est pour cela
que nous ne crain¬drons pas, tandis que la terre sera bouleversée et
que des montagnes seront transportées au cœur des mers. (Ps 45,2,3)
Ayez pitié de moi, ô Dieu, parce que l'ennemi m'a foulé aux pieds ;
tout le jour m'attaquant, il m'a tourmenté. Contre la puissance du
démon, je craindrai ; mais j'espérai en vous. O Dieu, je vous ai
exposé ma vie ; vous avez mis mes larmes en votre présence. (Ps
55,2,4,9)
Ils ont préparé un lacs pour mes pieds et ils ont courbé mon âme ;
ils ont creusé devant ma face une fosse, afin que j'y tombe. (Ps
56,7)
Arrachez, Seigneur, mon âme à la mort et mes pieds à la chute, afin
que je me rende agréable devant vous dans la lumière des vivants.
(Ps 55, fin)
Ayez pitié de moi, ô Dieu, ayez pitié de moi parce que mon âme s'est
confiée en vous ; et à l'ombre de vos ailes, j'espérerai jusqu'à ce
que l'iniquité soit passée. Je crierai au Dieu très-haut. au Dieu
qui m'a fait du bien. Il enverra du ciel et il me délivrera ; il
donnera en opprobre ceux qui me foulaient aux pieds. Dieu enverra sa
miséricorde et sa véri¬té et il arrachera mon âme du milieu des
petits des lions ; j'ai dormi tout troublé. (Ps 56,2-5)
Sauvez-moi, ô Dieu, parce que les eaux sont entrées dans mon âme. ]e
suis enfoncé dans une boue profonde et sans consistance ; je suis
venu dans la profondeur de la mer, et une tempête m'a submergé. Pour
moi, je vous adresse ma prière, Seigneur ; c'est le temps de votre
bienveillance, ô Dieu. Selon la grandeur de votre miséricorde,
exaucez-moi, selon la vérité de votre salut. Retirez-moi de la fange
afin que je n'y demeure pas enfoncé ; délivrez-moi de ceux qui me
haïssent, et du fond des eaux. Qu'une tempête d'eau ne me submerge
pas, qu'un abîme ne m'engloutisse pas, qu'un puits ne referme pas sa
bouche sur moi. Exaucez-moi, Sei¬gneur, parce que votre miséricorde
est bienfaisante ; selon la multitude de vos bontés, jetez un regard
sur moi et ne détournez pas votre face de votre serviteur ; parce
que je suis tourmenté, exaucez-moi promptement. Approchez-vous de
mon âme et délivrez-la ; à cause de mes ennemis, délivrez-moi. (Ps
63,2,3 14-19)
Moi j'ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi, guérissez mon âme parce
que j'ai péché contre vous.(Ps 40,5)
O Dieu, songez à me secourir ; Seigneur, hâtez-vous de me venir en
aide. Qu'ils soient confondus et qu'ils soient couverts de honte,
ceux qui cherchent mon âme. Pour moi, je suis indigent et pauvre ; ô
Dieu, aidez¬-moi. C'est vous qui êtes mon aide et mon libérateur ;
Seigneur, ne tardez pas.(Ps 69,2,3,6,7)
Ne livrez pas aux bêtes féroces mon âme qui vous loue ; et l'âme de
votre pauvre serviteur, ne l'oubliez pas à jamais. Jusques à quand,
ô Dieu, l'ennemi se livrera-t-il à l'outrage ? et mon adversaire
irritera-t-i! toujours votre nom ?(Ps 73,19,10)
Donnez-nous, Seigneur, du secours pour nous retirer de la
tribula¬tion, parce que vain est le salut de l'homme. En Dieu nous
ferons preuve de valeur, et lui-même réduira au néant ceux qui nous
tourmentent. (Ps 107,13,14)
Est-ce que mon âme ne sera pas soumise à Dieu ? car c'est de
lui¬-même que vient mon salut, car lui-même est mon Dieu et mon
Sauveur ; mon soutien, je ne serai plus ébranlé. Cependant, sois
soumise à Dieu, ô mon âme, puisque de lui vient ma patience. Parce
que lui-même est mon Dieu et mon sauveur ; mon aide, je n'émigrerai
pas. En Dieu est mon salut et ma gloire : il est le Dieu de mon
secours, et mon espérance est en Dieu. (Ps 61,2,3,6-8).C'est en
vous, Seigneur, que j'ai espéré; je ne serai pas confondu à jamais.
(Ps 30,2).
Revu sur le texte inséré dans le IIe Procès de Canonisation.
2 - ASPIRATIONS ET PRIÈRES
…………………………………………………………………………………
Moy, miserable, helas ! seray je donques privé de la grace de Celuy
qui m'a faict gouster si soüefvement ses douceurs, et qui s'est
monstré à moy si aymable ? O Amour ! O Charité ! O Beauté a laquelle
j'ay voüé toutes mes affections, hé, je ne jouyray donques plus de
vos delices, et je ne seray plus enyvré de l'abondance de vostre
mayson, et vous ne m'abbreuveres plus du torrent de vostre volupté ?
(Ps 35,9) O les bienaymés tabernacles du Dieu des vertus (Ps 83,2),
hé donques, je ne passeray jamais au lieu de ce tabernacle
admirable, jusques en la mayson de Dieu ? (Ps 41,5).
O Vierge, aggreable entre les filles de Hierusalem, des delices de
laquelle l'enfer ne peut estre resjouy, hé, je ne vous verray
donques jamais au royaume de vostre Filz, belle comme la lune et
esleuë comme le soleil ? (Ct 6,9).
Et jamais donques je ne seray faict participant de cest immense
benefice de la Redemption ? ... Et mon doux Jesus n'est il pas mort
aussi bien pour moy que pour les autres ?.. Ah! quoy qu'il. en soit,
Seigneur, pour le moins que je vous ayme en ceste vie, si je ne puis
vous aymer en l'eternelle, puysque personne ne vous loüe en enfer
.(Ps 6,6 ; Is 38,18).
3 - ACTE D'ABANDON HÉROIQUE
(INÉDIT)
Quidquid sit, O Domine, in cujus manu cuncta sunt posita et cujus
omnes viœ justitia et veritas ; quidquid de illo œterno
prœdestinationis ac reprobationis arcana cujus judicia abyssus multa
circa me statutum a te fuerit, qui semper es justus Judex et
misericors Pater, diligam te, Domine, saltem in hac vita, si
diligere non dabitur in œterna (a) ; et saltem, te hic amabo, O Deus
meus, et in misericordia tua semper sperabo, et semper adjiciam
super omnem laudem tuam (Ps 70,14), quidquid in oppositum angelus
Satanee (2 Co 12,7) suggerere non desinat. O Domine Jesu, tu eris
semper spes mea et salus mea in terra viventium (Ps 141,6). Si meis
exigentibus meritis maledictus de maledictorum numero sum futurus
qui faciem tuam suavissimam non videbunt, da mihi saltem ut ex
numero eorum non sim qui maledicent nomini sancto tuo.
Quoi qu'il arrive, Seigneur, vous qui tenez tout dans votre main, et
dont toutes les voies sont justice et vérité (Ps 24,10) ; quoi que
vous ayez arrêté à mon égard au sujet de cet éternel secret de
prédesti¬nation et de réprobation ; vous dont les jugements sont un
profond abîme, vous qui êtes toujours juste Juge et Père
miséricordieux, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie,
s'il ne m'est pas donné de vous aimer dans la vie éternelle; au
moins je vous aimerai ici, ô mon Dieu, et j'esérerai toujours en
votre miséricorde, et toujours je répéterai toute votre louange,
malgré tout ce que l'ange de Satan ne cesse de m'inspirer là-contre.
O Seigneur Jésus, vous serez toujours mon espérance et mon salut
dans la terre des vivants. Si, parce que je le mérite
nécessairement, je dois être maudit parmi les maudits qui ne verront
pas votre très doux visage, accor¬dez-moi au moins de n'être pas de
ceux qui maudiront votre saint nom.
Revu sur le texte inséré dans le IId Procès de Canonisation.
(a) Quidquid, Domine Jesu, in tremendo illo ac inscrutabili
sapientiae " ac justitiae decreto, cujus investigabiles viae. ac
judicia abyssus multa quae igno¬rare nos expedit propter altitudinem
divini secreti tui et humiliationem ingenii nostri, statutum fuerit,
diligam te, Domine, saltem in hac vita, si diligere non dabitur in
reterna.
( O Seigneur Jésus, quel que soit l'arrêt porté dans ce redoutable
et impé¬nétrable décret de votre sagesse et de votre justice, dont
les voies ne peuvent être scrutées (Rm 11,33) et dont les jugements
sont un profond abîme, car il nous est bon de les ignorer à cause de
la profondeur de votre divin secret et pour l'humiliation de notre
esprit, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie, s'il ne
m'est pas donné de vous aimer en l'éternelle.)
B – PÉRIODE D'ÉTUDES A PADOUE
NOVEMBRE 1588 - JANVIER 1592
IV
EXERCICES SPIRITUELS
1590
1 - EXERCICE DE LA PRÉPARATION
Je prefereray tousjours a toute autre chose l'Exercice de la
Preparation, et je le feray au moins une foys le jour, c'est a
sçavoir le matin ; que s'il se presente quelque occasion
extraordinaire, je m'en serviray particulierement et la prendray
pour sujet de ce mien Exercice. Et pour ce que la Preparation est
comme un fourrier a toutes nos actions, je m'y occuperay selon la
diversité des occurrences et tascheray, par le moyen d'icelle, de me
disposer a bien et loüablement traitter et prattiquer mes affayres.
La premiere partie de cest Exercice est l'invocation ; partant,
reconnoissant que je suis exposé a une infinité de dangers,
j'invoqueray l'assistance de mon Dieu et diray : Domine, nisi
custodieris animam meam, frustra vigilat qui custodit eam (Ps 126,1)
; Seigneur, si vous n'aves soin de mon ame, c'est en vain qu'un
autre en aura du soin. De plus, reconnoissant que la conversation
m'a autresfoys faict tomber en beaucoup d'imperfections et de
manquemens, je m'escrieray : Sœpe expugnaverunt me a iuventute mea,
dicat nunc anima mea (Ps 128,1,2) ; O mon ame, dites hardiment: des
mon bas aage on m'a gran¬dement et fort souvent persecutee. Et de
plus : Domine, esto mihi in Deum protectorem, et in domum refugii,
ut salvum me facias (Ps 30,3) ; O mon Dieu, soyes mon protecteur,
soyes moy lieu de refuge, sauves moy des embusches de mes ennemis.
Domine, si vis, potes me mundare (Mt 8,2).. Seigneur, pourveu que
vous le voulies vous me pouves rendre net. En somme, je le prieray
de me fayre digne de passer la journëe sans l'offencer ; a quoy
servira ce qui est escrit au Psalme cent quarante troysiesme (Ps
143,8-11) : Notam fac mihi viam in qua ambulem, quia ad te levavi
animam meam. Eripe me de inimicis meis, Domine, ad te confugi ; doce
me facere voluntatem tuam, quia Deus meus es tu. Spiritus tuus bonus
deducet me in terram rectam ; propter nomen tuum, Domine,
vivificabis me in œquitate tua. J'ay eslevé mon cœur a vous ; pour
cest effect, delivres moy, O mon Dieu, de mes adversaires, apprenes
moy a fayre vostre volonté, puysque vous estes mon bon Dieu ; vostre
bon esprit me conduira par la main au bon chemin, et vostre divine
Majesté me donnera la vraye vie par son indicible amour et par son
immense charité.
La seconde partie est l'imagination, qui n'est autre chose qu'une
prevoyance ou conjecture de tout ce qui peut arriver le long de la
journée. Donques, je penseray serieusement aux incidens qui me
pourront survenir, aux compaignies ou, possible, je seray contrainct
de me trouver, aux affayres qui peut estre se presenteront, aux
lieux ou je seray sollicité de me transporter ; et ainsy, avec la
grace de Nostre Seigneur, j'iray sagement et prudemment au devant
des difficultés et des occasions dangereuses qui me pourroyent
surprendre et prendre.
La troysiesme partie est la disposition. C'est pourquoy, apres avoir
discrettement conjecturé les divers labirinthes ou aysement je
m'esgarerois et courrois risque de me perdre, je considereray
diligemment et rechercheray les meilleurs moyens pour esviter les
mauvais pas ; je dispo¬seray aussy et ordonneray a part moy de ce
qu'il me conviendra fayre, de l'ordre et de la façon qu'il faudra
observer en telz et telz negoces, de ce que je diray en compaignie,
de la contenance que je tiendray, de ce que je fuyray ou
rechercheray.
La quattriesme partie est la resolution, en suitte de¬quoy je feray
un ferme propos de ne jamais plus offencer Dieu, et specialement en
ceste presente journëe. Pour ceste fin je me serviray des paroles du
Prophete royal David (Ps 61,2) : Nonne Deo subjecta eris, anima mea
? ab ipso enim salutare meum ; eh bien, mon ame, n'obeyres vous pas
de bon cœur aux saintes volontés de Dieu, veu que de luy depend
vostre salut ? Ah, que c'est une grande lascheté de se laisser
persuader et conduire a mal fayre, contre l'amour et desir du
Createur, par crainte, amour, desir et hayne des creatures, quelles
qu'elles soyent ! Certainement, ce Seigneur d'infinie majesté estant
reconneu de nous digne de tout honneur et service, ne peut estre
mesprisé qu'a faute de courage. A quel propos contrevenir a ses
equitables loix pour eviter les dommages du cors, des biens et de
l'honneur ? Que nous peuvent fayre les creatures ? Or sus, consolons
nous et fortifions nous tout ensemble, sur ce beau verset du
Psalmiste (Ps 98,1) : Dominus regnavit, irascantur populi ; qui
sedet super Cherubim, moveatur terra ; Que les meschans facent du
pis qu'ilz pourront contre moy, le Seigneur est puyssant pour les
tous royalement sub¬juguer ; que le monde gronde tant qu'il voudra
contre moy seulement, il ne m'en chaut, puysque Celuy qui domine sur
tous les Espritz angeliques est mon protecteur.
La cinquiesme partie est la recommandation ; voyla pourquoy je me
remettray, et tout ce qui depend de moy, entre les mains de
l'eternelle Bonté et la supplieray de m'avoir tousjours pour
recommandé. Je luy laisseray absolument le soin de ce que je suys et
de ce qu'il veut que je sois ; je diray de tout mon cœur : Unam
petii a te, Domine Jesu, hanc requiram, ut faciam volunta¬tem tuam
omnibus diebus vitœ meœ (Ps 26, ; 39,9); Je vous ay demandé une
chose, O Jesus, mon Seigneur, et derechef je vous la redemanderay :
a sçavoir, que l'accomplisse, fidelement vostre amoureuse volonté
tous les jours de ma pauvre et chetifve vie. ln manus tuas, Domine
commendo spiritum meum (Ps 30,6 ; Lc 23,46) ; Je vous recommande, O
benin Seigneur, mon ame, mon esprit, mon cœur, ma memoyre, mon
entendement et ma volonté ; hé, faites qu'avec et en tout cela je
vous serve, je vous ayme, je vous playse et honnore a jamais.
Revu sur le texte inséré dans le II" Procès de Canonisation.
DE LA PREPARATION
L'Exercice de la Preparation sera preferé tousjours a tous autres,
et se doit faire au moins une foys le jour, c'est a sçavoir le
matin; et s'il se presente quelque extraordinaire occasion
(occupation), il sera bon de le fayre particulierement pour icelle.
Or, j'appelle Preparation, en cest endroit, un Exercice particulier
par lequel on se dispose a bien et loüablement prattiquer, converser
et fayre les affayres ; et iceluy a plusieurs parties.
La premiere est l'invocation de Dieu, laquelle se fera connoissant
les dangers esquelz journellement nous sommes, qui nous fera dire :
Domine, nisi custodieris animam meam, frustra vigilat qui custodit
eam. Item, connoissant les pechés et imperfections que la .
conversation nous a apporté autresfoys, nous pourrons dire: Sœpe
expugnaverunt me a juventute mea, dicat nunc anima mea : Domine, .
esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii, ut salvum me
facias ; Domine, si vis, potes me mundare.
La seconde : apres avoir ainsy invoqué Dieu et l'ayant prié de nous
fayre dignes de passer la journëe sans l'offencer (a quoy
pourra encores servir l'orayson " Actiones nostras, " (Samedi Quatre
temps Carême) et fort commodement les versetz du Psalme 142, 8-16 :
Notam fac mihi viam in qua ambulem ; Eripe me ; Spiritus tuus bonus
), alhors l'on fera l'ima¬gination, ou prevoyante conjecture, se
representant et discourant sur ce qu'en toute la journëe nous
pourrons penser nous devoir advenir : c'est a dire, les lieux ou
nous nous devons trouver, les compaignies, les affayres que nous
devons traitter, allant recher¬chant ce qui nous pourra survenir.
La troysiesme sera l'advis et disposition providente, c'est a dire
la diligence que nous prendrons a considerer quel meilleur moyen,
ordre et façon nous pourrons tenir a fayre ce que nous penserons
devoir fayre, disposant ce que nous pourrons dire, quelle
conte¬nance tenir, quoy fuyr, quoy chercher.
La quattriesme sera la discretion et separation, par laquelle, de
tout ce qui se pourra presenter a fayre, nous rejetterons ce qui est
contre l'honneur de Dieu et la charité du prochain, ce qui est
scandaleux et vituperable.
La cinquiesme sera la resolution et ferme propos de ne jamais
offencer Dieu, et particulierement en toute ceste journëe, disant a
bon escient a l'ame : Nonne Deo subjecta eris, anima mea ? ab ipso
enim salutare tuum ; et pensant combien c'est grande lascheté, par
crainte, amour, desir et hayne des creatures, quelles qu'elles
soyent, se laisser persuader et conduire a mal fayre, contre l'amour
et desir du Createur, lequel, estant reconneu pour digne de tout
service, ne peut estre mesprisé que par faute de courage de resister
au mal du cors et de l'honneur que nous peut fayre la creature. Et a
ce propos, faudra dire : Dominus regnavit, irascantur populi : qui
sedet super Cherubim, moveatur terra (Ps 98,1).
Sixiesmement : apres il faudra recommander tout l'affayre a Dieu,
disant : Unam petii a te, Domine Jesu, hanc requiram, ut faciam
voluntatem tuam omnibus die bus vitœ meœ. ln manus tuas, Domine,
commendo, etc.
Or, quant a la Preparation, estant icelle comme un fourrier a toutes
actions, il la faudra fayre selon la diversité des occurrences,
principalement selon les poinctz qui s'ensuyvent, esquelz est
traitté de ce qui se doit observer (que je dois observer en
plusieurs particulieres occasions).
2 - CONDUITE PARTICULIÈRE POUR BIEN PASSER LA JOURNÉE
Premier article. - Le matin, aussy tost que je seray esveillé, je
rendray graces a mon Dieu avec ces parolles du Psalmiste royal David
(Ps 62,7,8) : ln matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus
; c'est a dire : Des l'aube du jour vous seres le sujet de ma
meditation, d'autant que vous aves esté ma sauvegarde. Par apres, je
penseray a quelque sacré mistere, signamment a la devotion des
pasteurs qui vindrent sur le lever de l'aurore adorer le divin
Poupon (Lc 2,15) ; a l'apparition qu'il fit a Nostre Dame, sa douce
Mere, le jour de sa triomphante resur¬rection, et a la diligence des
Maries, lesquelles, esmeües de pieté, se leverent de bon matin (Mc
16,2) pour honnorer le sepulchre du vray Dieu de la vie, trespassé.
En suitte de¬quoy je considereray que nostre amoureux Sauveur est la
lumiere des Gentilz et la lumiere qui dissipe les tenebres du peché
(Lc 2,32 ; Jn 8,12) ; sur quoy, faysant une sainte resolution pour
toute la journëe, je chanteray avec David (Ps 5,5) : Mane adstabo
tibi et videbo, quoniam non Deus volens iniquitatem tu es ; Je me
leveray de bonne heure, et me mettant en vostre presence, je
considereray que vous estes le Dieu auquel desplait l'iniquité ;
par¬tant je la fuyray de tout mon possible, comme chose
souverainement desaggreable a vostre infinie Majesté.
Second article. - Je ne manqueray tous les jours d'oüyr la sainte
Messe, et a fin d'assister convenablement a cest ineffable mistere,
j'inviteray les facultés de mon ame d'y faire leur devoir, avec cest
excellent verset : Venite et videte opera Domini quœ posuit prodigia
super terram (Ps 45,9) ; Venes voir les œuvres du Seigneur, venes
admirer les merveilles qu'il daigne fayre en nostre terre.
Transeamus usque Bethlehem, et videamus hoc verbum quod factum est,
quod Dominus ostendit nabis (Lc 2,15) ; Allons a l'eglise, car c'est
la ou l'on faict le pain super substantiel (Mt 6,11) avec les
saintes parolles que Dieu a mises en la bouche des prestres pour
nostre con¬solation,
Troysiesme article, - Comme le cors a besoin de prendre son sommeil
pour delasser et soulager ses membres travaillés, de mesme est il
necessaire que l'ame ayt quelque tems pour sommeiller et se reposer
entre les chastes bras de son celeste Espoux, a fin de restaurer par
ce moyen les forces et la vigueur de ses puyssances spiri¬tuelles,
aucunement recreües et fatiguëes ; partant je destineray tous les
jours certain tems pour ce sacré sommeil, a ce que mon ame, a
l'imitation du bienaymé Disciple, dorme en toute asseurance sur
l'amiable poi¬trine (Jn 13,23 ; 21,20), voire dans le cœur amoureux
de l'amoureux Sauveur. Or, tout ainsy que par le sommeil corporel
toutes les operations corporelles se resserrent tellement dans le
cors qu'elles ne s'estendent rien pour tout au dela d'iceluy, aussy
donneray je ordre que mon ame, en ce tems la, se retire tout a faict
en soy mesme, et qu'elle ne face autre fonction que de ce qui luy
touchera et appar¬tiendra, obeyssant humblement au dire du Prophete
(Ps 126,2) : Surgite postquam sederitis, qui manducatis panem
doloris ; O vous qui manges volontier le pain de douleur, ou en la
doleance de vos fautes, ou en la condoleance de celles du prochain,
ne vous leves pas, n'alles pas aux occupations exterieures de ce
siecle labo¬rieux, que vous ne vous soyes au prealable suffisamment
reposés en la contemplation des choses eternelles.
Quatriesme article. - Que si, comme il advient souvent, je ne puis
trouver autre heure pour ce repos spirituel, a tout le moins
desrobberay je une partie du repos corporel pour l'employer
fidellement en un si vigi¬lant sommeil. Voyci donques comme je feray
: ou je veilleray, mesmement dans le lict, quelque peu apres les
autres, si autrement je ne puis fayre, ou je m'esveille¬ray apres le
premier sommeil, ou bien le matin je me leveray devant les autres,
et me resouviendray de ce que Nostre Seigneur a dict a ce propos :
(Mt 26,41 ; Lc 22,40) Vigilate et orate, ne intretis in tentationem
; Veilles et faites orayson, de peur que vous ne soyes vaincuz parla
tentation.
Cinquiesme article. - Si Dieu me faict la grace de m'esveiller parmy
la nuict, je resveil1eray incontinent mon cœur avec ces paroles :
Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit, exite obviam ei
(Mt 25,6) : Sur la minuict, on a crié : Voyla l'Espoux qui vient,
alles au devant de luy. Puys, par la consideration des tenebres
exterieures entrant dans la consideration de celles de mon ame et de
tous les pecheurs, je formeray ceste priere : llluminare his qui in
tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros in
viam pacis (Lc 1,79) : Hé, Seigneur, puysque les entrailles de
vostre misericorde vous ont faict descendre du Ciel en terre pour
nous venir visiter (Lc 1,79), de grace, illumines ceux qui gisent
estenduz de leur long dans les tenebres d'ignorance et dans l'ombre
de la mort eternelle, qui est le peché mortel ; conduises les aussy,
s'il vous plaist, au chemin de la paix interieure. Je tascheray
encores de m'exciter, prononçant ces paroles du saint Prophete Roy
(Ps 133,2) : ln noctibus extollite manus vestras in sancta, et
benedicite Dominum ; Esleves et estendes de nuict vos mains vers le
Ciel, et benisses le Seigneur. Je mettray peyne d'effectuer son
commandement (Ps 4,5) : Quœ dicitis in cordibus vestris, in
cubilibus vestris com¬pungimini ; Ayes repentance, mesme dans le
lict, des pechés que vous commettes avec la seule pensee : ce que
pour deüement accomplir, a l'imitation de cest harmo¬nieux cygne
penitent, lachrimis meis stratum meum rigabo (Ps 6,7) ; je baigneray
ma couche de mes larmes.
Sixiesme article. - Parfoys je me retourneray a mon Dieu, mon
Sauveur, et luy diray : Ecce non dormi¬tabit neque dormiet, qui
custodit Israel (Ps 120,4) ; Non, vous ne dormes ny ne sommeilles
poinct, O vous qui gardes l'Israel de nos ames. " Dum medium
silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet,
omni¬potens Sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus venit (Introït
Nativité). " Les plus sombres tenebres de la minuict ne peuvent
donner aucun obstacle a vos divins effectz ; à ceste heure la, vous
naquistes de la Vierge sacree vostre Mere, a ceste heure la aussy
vous pouves fayre naistre vos celestes graces dans nos ames et nous
combler de vos plus cheres faveurs. Ah ! Redempteur pitoyable,
illumina oculos meos ne unquam obdormiam in morte ; nequando dicat
inimicus meus : Prœvalui adversus eum (Ps 12,4). Illu¬mines
tellement mon pauvre aveuglé cœur des beaux rayons de vostre grace,
que jamais il ne s'arreste en fa¬çon quelcomque en la mort du peché
; hé, ne permettes pas, je vous prie, que mes ennemis invisibles
puissent dire : Nous avons eu barre dessus luy. En fin, apres avoir
consideré les tenebres et les imperfections de mon ame, je pourray
dire les parolles qui sont en Esaie (Is 21,11) : Custos, quid de
nocte ? custos, quid de nocte ? c'est a dire : O surveillant,
surveillant, reste il encores beaucoup de la nuict de nos
imperfections ? Et j'entendray qu'il me respondra : Venit mane et
nox, le matin des bonnes inspirations est venu ; pourquoy est ce que
tu aymes plus les tenebres que la lumiere (Jn 3,19) ?
Septiesme article. - D'autant que les nocturnes frayeurs ont
accoustumé d'empescher telles devotions, si par fortune je m'en
sentois saysy, je m'en deslivreray avec la consideration de mon bon
Ange gardien, disant : Dominus a dextris est mihi, ne commovear (Ps
15,8), Mon Seigneur est a mon costé droict afin que je ne craigne de
rien ; ce qu'aucuns docteurs ont expliqué du bon Ange (1). Je me
souviendray encores de ce verset : Scuto circumdabit te veritas
ejus, non timebis a timore nocturno (Ps 90,5); L'escu de la foy (Ep
6,16) et ferme confiance en Dieu me couvrira, c'est pourquoy je ne
dois avoir peur de chose quelcomque. D'abondant, je me serviray de
ces saintes paroles de David (Ps 26,1) : Dominus illuminatio mea et
salus mea, quem timebo ? qui est autant que si on disoit : Le soleil
ny ses rayons ne sont pas ma lumiere principale, ny la compaignie ne
me sauve pas, mays Dieu seul, lequel m'est aussy propice la nuict
comme le jour.
1. Tous les jours je ne failliray d'oüyr Messe tant que je pourray,
disant a mes autres occupations et encores a mes compaignons :
Venite et videte quœ posuit Dominus prodigia super terram (Ps 14,9).
Transeamus usque Bethlehem, et videamus verbum quod factum est nobis
a Domino (Lc 2,15) ; c'est a dire : Allons a l'eglise, la ou on
faict ce pain substantiel avec ces divines (saintes) parolles que
Dieu a donné en la bouche des prestres pour nostre consolation.
2. Item : comme le cors a besoin de son sommeil pour delasser et
soulager les membres travaillés, aussy prendray je tous les jours
quelque tems pour le repos et sommeil de mon ame, a fin que si,
comme par le sommeil corporel toutes les operations corporelles se
resserrent dans le cors, ne s'estendant rien plus loin qu'iceluy,
ainsy en ce tems la, l'ame estant retirëe en soy mesme, ne face
autre operation que de ce qui luy touche et appartient, obeyssant au
dire du Prophete (Ps 126,2) : Surgite postquam sederitis.
3. Que si, comme il advient souvent, je ne puys trouver autre heure
pour ce repos spirituel, je desrobbetay quelque partie du repos
corporel, veillant (mesme dans le lict, si autrement on ne peut)
quelque peu apres les autres, ou s'esveillant apres le pre¬mier
sommeil, ou bien le matin avant les autres, me resouvenant a ce
propos de ce que disoit Nostre Seigneur : Vigilate et orate, ne
intretis in tentationem.
4. Mays si je me puys esveiller parmy la nuict, je m'exciteray avec
ces parolles : Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit,
exile obviant ei (Mt 25,6), dressant ces parolles a mon ame. Et
puys, par la consideration des tenebres exterieures venant a
considerer les interieures de mon ame premierement, puys celles de
tous les pecheurs. je crieray en l'amertume de mon cœur : Illuminare
his qui in tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes
nostros (Lc 1,79) obeyssant en cela au Prophete qui dict : Et in
cubilibus vestris compungimini ; ln noctibus extollite manus vestras
in sancta, et benedicite Dominum ; lachrimis meis stratum meum
rigabo.
5. Ou bien je m'exciteray disant : " Dum medium silentium cuncta
teneret, omnipotens Sermo tuus, Domine, factus est (Messe Nativité).
Illumina oculos meos ne unquam obdormiam (Ps 12,4), etc, (in morte)
; ou disant : Et tenebrœ factae sunt super universam terram (Mt
28,45); et inclinato capite, Jesus tradidit spiritum (Jn 19,30).
6. Parfoys encores, me retournant a mon Dieu, mon Sauveur, lequel ne
dort point ni ne sommeille gardant l'Israel de nos ames, apres avoir
consideré les tenebres de l'imperfection de mon cœur, je pourray
dire les paroles qui sont en Esaïe : Custos, quid de nocte ? custos,
quid de nocte ? Et j'entendray quil me dira : Venit mane et nox ;
c'est a dire, le matin de mes inspirations et de ma grace est venu ;
pourquoy est ce que tu aymes mieux les tenebres que la lumiere ?
7. Le matin, m'esveillant, je pourray remercier Dieu avec ces
parolles : In matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus
(Ps 62,7). Et puys, penser a quelque saint mistere, signamment a
l'apparition que fit Nostre Seigneur a Nostre Dame apres sa
resurrection, et a la diligence des Maries qui se levoyent orto iam
sole (Mc 16,2) ; puys aux pasteurs qui vindrent la mattinëe adorer
l'Enfant (Lc 2,15). Et lhors, considerant que Nostre Seigneur est la
lumiere pour revelation des Gentilz (Lc 2,32) et la lumiere qui
destruit les tenebres de peché (Jn 8,12) faysant resolution pour
toute la journëe, m'imaginant d'assister a
quelqu'un des saintz misteres, je diray avec devotion et crainte :
Mane adstabo tibi et videbo, quoniam [non] Deus valens iniquitatem
tu es (Ps 5,5), a fin que, considerant que le peché desplaist a ce
grand Dieu, je me garde la journëe d'en fayre.
8. D'autant que les frayeurs nocturnes ont accoustumé d'em¬pescher
les exercices, si par fortune je m'en sentois saysy, je m'en
deslivreray avec la consideration de mon bon Ange protecteur, disant
: Dominus a dextris meis, ne commovear (Ps 15,8), qu'aucuns
doc¬teurs ont entendu de l'Ange ; et considereray encores que scuto
circumdabit me veritas eius, nec timere debeo a timore nocturno
(Ps.90,5), qui est l'escu de la foy et confiance. Dominus
illu¬minatio mea et salus mea, quem timebo ? comme disant : Le
soleil ny ses rayons ne sont pas ma lumiere principale, ny la
compaignie ne me sauve pas, mays Dieu seul, qui m'est aussy propice
la nuict comme le jour.
L'Exercice quant au tems ( [Ces mots, qui se lisent dans le 1er
Procès à la fin des articles précé¬dents, semblent se rapporter à
l'Exercice du Sommeil ou Repos spirituel, très incomplet dans les
deux Procès ; peut-être manquait-il à l'Autographe un feuillet où le
Saint traitait du temps à choisir pour cet Exercice.] ).
3 – EXERCICE DU SOMMEIL OU REPOS SPIRITUEL
Premierement : ayant pris le tems commode pour ce sacré repos, avant
toute autre chose je tascheray a raf¬fraischir ma memoyre de tous
les bons mouvemens, desirs, affections, resolutions, projetz,
sentimens et dou¬ceurs qu'autresfoys la divine Majesté m'a inspiré
et faict experimenter en la consideration de ses saintz misteres, de
la beauté de la vertu, de la noblesse de son service et d'une
infinité de benefices qu'elle m'a tres liberalement departi ; je
mettray ordre aussy a me ramentevoir de l'obligation que je luy ay
de ce que, par sa sainte grace, elle a quelquefoys debilité mes sens
en m'envoyant cer¬taines maladies et infirmités lesquelles m'ont
grandement prouffité . Apres cela je conforteray et confirmeray le
plus qu'il me sera possible ma volonté au bien et au propos de ne
jamais offencer mon Createur.
Secondement : cela faict, je me reposeray tout bellement en la
consideration de la vanité des grandeurs, des richesses, des
honneurs, des commoditées et des voluptés de ce monde immonde ; je
m'arresteray a voir le peu de durëe qui est en ces choses la, leur
incertitude, leur fin, et l'incompossibilité qu'elles ont avec les
vrays et solides contentemens ; en suitte dequoy mon cœur les
desdaignera, les mesprisera, les aura en horreur et dira : Alles,
alles, O diaboliques appas, retires vous loin de moy, cherches
fortune ailleurs ; je ne veux poinct de vous, puysque les plaisirs
que vous promettes appartiennent aussy bien aux folz et abominables
qu'aux hommes sages et vertueux.
Troysiesmement : je me reposeray tout doucement en la consideration
de la laydeur, de l'abjection et de la deplorable misere qui se
retrouve au vice et au peché, et aux miserables ames qui en sont
obsedëes et possedëes ; puys je diray, sans me troubler et inquieter
aucunement : Le vice, le peché est chose indigne d'une personne bien
nëe et qui faict profession de merite, jamais il n'apporte
contentement qui soit veritablement solide, ains seule¬ment en
imagination ; mais quelles espines, quelz scru¬pules, quelz regretz,
quelles amertumes, quelles inquie¬tudes et quelz supplices ne
traisne il quant et soy ! Voire, et quand tout cela ne seroit pas,
ne nous doit il pas suffire qu'il est desaggreable a Dieu ? Oh, cela
doit estre plus que suffisant pour le nous faire detester a toute
outrance.
Quatriesmement : je sommeilleray souëfvement en la connoissance de
l'excellence de la vertu ; vertu qui est si belle, si gratieuse, si
noble, si genereuse, si attrayante, si puyssante. C'est elle qui
rend l'homme interieurement, et encor exterieurement, beau; elle le
rend incompara¬blement aggreable a son Createur; elle luy sied
extremement bien, comme propre qu'elle luy est. Mays quelles
consolations, quelles delices, quelz honnestes playsirs ne luy donne
elle pas en tout tems ! Ah, c'est la chrestienne vertu qui le
sanctifie, qui le change en ange, qui en faict un petit dieu, qui
luy donne des icy bas le Paradis.
Cinquiesmement : je m'arresteray en l'admiration de la beauté de la
rayson que Dieu a donné a l'homme, a fin qu'esclairé et enseigné par
sa merveilleuse splen¬deur, il haïsse le vice et ayme la vertu. Hé,
que ne suyvons nous la lumiere brillante de ce divin flambeau,
puysque l'usage nous en est donné pour voir ou nous devons mettre le
pied ! Ah ! si nous nous layssions conduire au dictamen d'icelle,
rarement chopperions nous, difficilement ferions nous jamais mal.
Sixiesmement : je peseray -attentivement la rigueur de la divine
Justice laquelle, sans doute, ne pardonnera pas a ceux qui se
trouveront avoir abusé des dons de nature et de grace ; telles gens
doivent concevoir une tres grande apprehension des divins jugemens,
de la mort, du Purgatoire et de l'enfer. Je feray en sorte de
m'exciter et de resveiller ma paresse, en repetant souvent ces
parolles : En morior, quid mihi proderunt primo ge¬nita (Gn 25,32),
sive omnia ista ? Voyla que tous les jours je m'en vay mourant ;
dequoy est ce que me serviront les choses presentes et tout ce qui
est d'esclattant et de spectable en ce monde ? Il vaut beaucoup
mieux que je les mesprise courageusement et que, vivant en crainte
filiale sous l'observance des commandemens de mon Dieu, j'attende
avec accoysement d'esprit les biens de la vie future.
Septiesmement : je contempleray, en ce repos, la sapien¬ce infinie,
la toute puyssance et l'incomprehensible bonté de mon Dieu, et
particulierement je m'occuperay a voir comme quoy ses beaux
attributz reluisent aux sacrés misteres de la vie, mort et passion
de Nostre Seigneur Jesus Christ, en la tres eminente sainteté de
Nostre Dame la bienheureuse Vierge Marie, et aux imitables
perfec¬tions des fidelles serviteurs de Dieu. De la, passant jusques
dans le Ciel empyree, j'admireray la gloire du Paradis, la felicité
perdurable des angeliques Espritz et des ames glorieuses, et combien
la tres auguste Trinité se monstre puyssante, sage et bonne aux
loyers eternelz dont elle recompense ceste benite trouppe.
Huictiesmement : finalement, je m'endormiray en l'amour de la seule
et unique bonté de mon Dieu ; je gousteray, si je puys, ceste
immense bonté, non en ses effectz, mays en elle mesme ; je boiray
ceste eau de vie (Jn 4,10), non dans les vases ou fioles des
creatures, mays en sa propre fontayne ; je savoureray combien ceste
adorable Majesté est bonne en elle mesme, bonne a elle mesme, bonne
pour elle mesme ; voire, comme elle est la bonté mesme et comme elle
est la toute bonté, et bonté qui est eternelle, intarissable et
incomprehensible. O Seigneur, diray je, il n'y a que vous de bon par
essence et par nature, vous seul estes necessairement bon ; toutes
les creatures qui sont bonnes, tant par la bonté naturelle que par
la surnaturelle, ne le sont que par participation de vostre aymable
bonté.
DE LA MATIERE
Ce que je feray en ce Sommeil et Repos sera de considerer :
[1.] La bonté de Dieu en quelque mistere chrestien, de la vie de
Nostre Seigneur et passion, de Nostre Dame, des Saintz ; la gloire
du Ciel, la creation.
2. Sa puyssance et toute sagesse en iceux mesmes.
3. Sa justice en l'enfer, mort, jugement et Purgatoire.
4. Combien la vertu est digne de l'homme et combien elle le rend
beau et aggreable, comme luy estant propre; combien est. grande la
consolation qu'elle luy donne en tout tems.
5. Et au contraire, combien le vice est indigne d'un .homme bien né
et qui faict profession de merite ; comme le vice n'apporte jamais
contentement solide, mays seulement en imagination.
6. Combien sont vaynes toutes les grandeurs, richesses, hon¬neurs,
commodités et voluptés de ce monde, pour le peu de leur durëe,
l'incertitude d'icelles, le bout et terme, l'incomposslbilité
qu'elles ont avec les vrays et solides contentemens, la
participation d'icelles, qui appartient autant aux folz et
abominables qu'aux honnestes et vertueux.
7. Que la beauté de la rayson et usage d'icelle nous est donné a fin
que nous la suyvions.
Item, je tascheray a raffraischir ma memoyre de tous les bons
desirs, mouvemens, affections, resolutions et projetz, suavités et
douceurs que Dieu m'a inspiré autresfoys en la consideration de ses
saintz misteres, de la vertu et de son service, avec tous ses autres
benefices, principalement lhors qu'il avoit, de sa grace, debilité
les sens par maladies (repetant souventesfoys : En morior, quid mihi
pro¬derunt primogenita, [sive] omnia ista ?)
Item, je conforteray et confirmeray le plus quil me sera possible ma
volonté au bien et au propos de ne jamais offencer Dieu.
Et cecy se fera plus briefvement ou longuement, selon la commodité.
4. - RÈGLES POUR LES CONVERSATIONS ET RENCONTRES
Premier poinct. - Il y a difference entre rencontre et conversation
; car le rencontre se faict fortuitement et par occasion, la ou la
conversation est de choix et d'es¬lection. Au rencontre, la
compaignie n'est pas de durëe, on ne s'y familiarise gueres, on ne
s'y engage trop d'affection ; mays en la conversation on se void
souvent, on use de privauté, on s'affectionne aux personnes
choysies, on les frequente pour vivre loüablement et s'entretenir
ensemblement.
Second poinct. - Je ne mespriseray jamais ny mons¬treray signe de
fuyr totalement le rencontre de quelque personne que ce soit,
d'autant que cela donne bruict d'estre superbe, hautain, severe,
arrogant, scindiqueur, ambitieux et contrerolleur. Je me garderay
soigneu¬sement, aux rencontres, de fayre le compaignon avec
personne, ny mesme avec les familiers, s'il s'en rencon¬troit
quelqu'un parmy le reste de la trouppe ; car ceux qui considereront
cela l'attribueront a legereté. Je ne me donneray licence de dire ou
fayre chose qui ne soit bien reglëe, parce qu'on pourroit dire que
je suys un insolent, me layssant transporter trop tost a trop de
familiarité. Sur tout je seray soigneux de ne mordre, picquer ou me
mocquer d'aucun, veu que c'est une lour¬dise de penser se mocquer
sans hayne de ceux qui n'ont poinct de sujet de nous supporter.
J'honnoreray particu¬lierement chacun, j'observeray la modestie, je
parleray peu et bon, a fin que la compaignie s'en retourne plustost
avec appetit de nostre rencontre qu'avec ennuy.. Si le rencontre est
brief et que quelqu'un ayt desja pris la parole, quand je ne dirois
autre chose que la salutation, avec une contenance ny austere ny
melancholique, ains moderement et honnestement libre, ce ne seroit
que le mieux.
Troysîesme poinct. – Quant a ma conversation, elle sera de peu, de
bons et honnorables, d'autant qu'il est malaysé de reuscir avec
plusieurs, de n'apprendre de se corrompre avec les mauvais, et
d'estre honnoré sinon des personnes honnorables ; specialement je
garderay, pour le regard du rencontre et de la conversation, ce
precepte : Amy de tous et familier a peu (De Imit.Christi 1,8).
Encores me faudra il par tout exercer le jugement et la prudence,
puysqu'il n'y a regle si generale qui n'aye quelquefoys son
exception, sinon celle ci, fondement de toute autre : RIEN CONTRE
DIEU. Donques, en conversation,
DE LA CONVERSATION [Ce premier titre ne se trouve que dans le II''
Procès.]
Des personnes avec lesquelles il faut faire conversation
Il ne faut jamais mespriser le rencontre de personne, ni monstrer
signe de fuyr totalement et rejetter aucun, pource que cela donne
bruict de superbe, hautain, severe, arrogant, ambitieux,
contre¬rolleur. Mays il y a difference entre un rencontre et la
conver¬sation ; car la conversation doit estre d'eslite et de choix,
mays le rencontre se faict par fortune et occasion ; le rencontre
estant une compaignie faicte a cas, sans aucune familiarité, ny
affection, ny durêe, et la conversation estant une frequentation,
avec familiarité, de personnes choysies, pour loüablement vivre et
s'entretenir..
La conversation donques doit estre de peu, de bons et honno¬rables,
d'autant quil est malaysé de reuscir avec plusieurs, de n'apprendre
a se corrompre avec les mauvais, et estre honnoré
sinon de personnes honnorables; gardant en la conversation et
rencontre ce qui doit estre gardé en la familiarité et amitié: Amy
de tous, familier a peu.
De la maniere comme il se faut comporter es rencontres
Le rencontre est une partie de la conversation generale, lequel
estant sans familiarité, il se faut garder d'y fayre le compaignon
avec personne, ny mesme avec les familiers, s'il s'en rencontroit.
un parmy le reste du rencontre ; car ceux qui le considerent pensent
cela estre legereté.
Estant rare et de peu de durëe, il ne se faut donner licence de dire
ny fayre chose qui ne soit bien reglëe ; autrement on pourroit dire
que celuy qui se laysse transporter en peu de tems en conver¬sation
doit estre insolent. Garder sur tout d'y mordre et pic¬quer, ny se
mocquer de personne, car c'est vrayement une lour¬dise de penser se
mocquer sans hayne de ceux qui n'ont poinct d'occasion de vous
supporter.
Honnorer particulierement chacun du rencontre, et monstrer grande
modestie, et parler peu et bon, a fin qu'il s'en retourne plustost
avec appetit de vostre rencontre qu'avec ennuy. Et si le rencontre
est brief et quelqu'un autre a pris la parole, quand on ne diroit
autre que la salutation, avec une contenance ny austere ny
melancholique, mays modeste et honnestement libre, ce ne sera que le
mieux.
je seray modeste sans insolence, libre sans austerité, doux sans
affectation, souple sans contradiction, si ce n'est que la rayson le
requist ; cordial sans dissimulation, parce que les hommes se
playsent de connoistre ceux avec lesquelz ilz traittent; toutesfoys
il se faut ouvrir plus ou moins, selon que sont les compaignies.
Quatriesme poinct. - Puysque l'on est souvent quasi contrainct de
converser avec personnes de differentes qualités, il faut que je
sçache qu'à certains il ne faut monstrer que l'exquis, aux autres
que ce qui est bon, aux autres que l'indifferent, mais a personne ce
qui est mauvais. Aux superieurs, ou d'aage, ou de profession, ou
d'authorité, il ne faut fayre paroystre que ce qui est exquis ; aux
semblables, que ce qui est bon ; aux inferieurs, que ce qui est
indifferent. Quant a ce qui est mauvais, il ne le faut jamais
descouvrir a qui que ce soit, d'autant qu'il ne peut qu'offencer les
yeux qui le voyent et rendre laid celuy auquel il est. Et de faict,
les grans et sages n'admirent que l'exquis ; les esgaux
l'attribueroyent a affectation et les inferieurs a trop de gravité.
Il y a bien certains melancholiques qui se playsent qu'on leur
des¬couvre les vices que l'on a : toutesfoys, c'est a ceux la qu'il
les faut davantage cacher, car ayant l'impression plus forte, ilz
rumineront et philosopheront dix ans sur la moindre imperfection. Et
puys, a quel propos descou¬vrir les imperfections ? ne les voit on
pas asses ? ne se descouvrent elles pas asses d'elles mesmes ? Il
n'est donques nullement expedient de les manifester, mays il est bon
de les advoüer et confesser. Or, nonobstant ce que nous avons dict,
on peut, conversant avec les supe¬rieurs, les esgaux et inferieurs,
temperer parfoys l'entre¬tien de ce qui est exquis, bon et
indifferent, pourveu que le tout se fasse discrettement. En fin, il
se faut accommoder a la diversité des compaignies sans preju¬dicier
neantmoins aucunement a la vertu.
Cinquiesme poinct. - S'il me convient converser avec personnes
insolentes, libres ou melancholiques, j'useray de ceste precaution :
aux insolentes, je me cacheray tout a faict ; aux libres, pourveu
qu'elles soyent craignantes Dieu, je me descouvriray tout a faict,
je leur parleray a cœur ouvert ; aux sombres et melancholiques, je
me monstreray seulement, comme on .dict en commun proverbe, de la
fenestre : c'est a dire, qu'en partie je me descouvriray a elles,
parce qu'elles sont curieuses de voir les cœurs des hommes, et si on
faict trop le rencheri elles entrent incontinent en soupçon ; en
partie aussy je me cacheray a elles, a cause qu'elles sont sujettes,
ainsy que nous avons desja dict, a philosopher et remarquer de trop
pres les conditions de ceux qui les frequentent.
Comme il se faut comporter es conversation
Il faut par tout exercer le jugement et la prudence, ne se faysant
regle si generale qui ne doive avoir son model d'exception, sinon
ceste regle, fondement de toute autre : RIEN CONTRE DIEU. Si est ce
que la conversation doit estre modeste, sans aucune inso¬lence ;
libre, sans austerité ; douce et souëfve, sans monstrer affec¬tation
ny effort, et souple, sans contredite sans rayson ; ouverte et
cordiale, d'autant que les hommes se playsent de connoistre ceux
avec lesquelz ilz traittent. Mais il se faut ouvrir plus ou moins,
selon que sont les compaignies : car aux personnes insolentes ils se
faut cacher du tout ; aux libres, se monstrer du tout ; aux
melan¬choliques et sombres, se monstrer seulement de la fenestre:
ausquelz il se faut bien monstrer en partie, d'autant que ceste
sorte de gens se playsent de voir le cœur des hommes, et partant
sont volontier soupçonneux ; il ne se faut toutesfoys du tout
monstrer, d'autant quilz se playsent a philosopher et vont
remar¬quant trop au pres les conditions des hommes.
Et pour autant qu'il nous faut converser hommes et femmes,
superieurs et inferieurs, il est bon de sçavoir qu'a certains il ne
faut monstrer que l'exquis, aux autres le bon, aux autres
l'indifferent, mais a personne le mauvais. Aux superieurs, ou
d'aage, ou de pro¬fession, ou d'authorité, l'exquis ; aux
semblables, le bon ; aux femmes et inferieurs, l'indifferent : car
les grans et sages n'admirent que l'exquis ; les semblables
appelleroyent affectation la monstre de l'exquis seulement ; les
moindres et les femmes se playsent plus en l'indifferent. Non quil
ne faille par tout mesler l'exquis, le bon et l'indifferent, mays
pour autant quil faut s'accommoder a le mesler selon la diversité
des personnes.
Mays quant au mauvais, il ne le faut jamais monstrer, pour familier
qu'on soit, d'autant quil ne peut qu'offencer les yeux qui le voyent
et rendre laid celuy auquel il est. Il y a certains melan¬ choliques
qui se playsent qu'on leur descouvre les vices qu'on a ; mays c'est
a ceux qu'il les faut plus cacher, car ilz ont l'impression plus
forte, et rumineront dix ans la moindre imperfection. Quant aux
imperfections, on n'a que fayre de les descouvrir, car on les
descouvre tousjours asses, mays il est bon de les confesser.
Avec les grans il faut estre plus modeste, et neantmoins
entre¬mesler un'honneste liberté ; car il faut estre avec eux comme
Sixiesme poinct. - Si la necessité me force de converser avec les
grans, c'est alhors que je me tiendray soigneusement sur mes gardes,
car il faut estre avec eux comme avec le feu : c'est a dire, qu'il
est bien bon parfoys de s'en approcher, mais ne faut pas aussy que
ce soit de trop pres ; partant, je me comporteray en leur presence
avec beaucoup de modestie, meslëe neantmoins d'une honneste libèrté.
Ordinairement, les grans seigneurs se playsent d'estre aymés et
respectés. L'amour, certaine¬ment, engendre la liberté, et le
respect la modestie ; il n'y a donques poinct de mal d'estre en leur
compaignie un peu libre, pourveu qu'on ne s'oublie poinct du
respect, et pourveu que le respect soit plus grand que la liberté.
Entre les esgaux, il faut estre esgalement libre et respec¬tueux ;
avec les inferieurs, il faut estre plus libre que respectueux ; mais
avec les grans et superieurs, il faut estre beaucoup plus
respectueux que libre
avec le feu, ny trop pres ny trop loin, et si, ilz se playsent de
voir qu'on les respecte et ayme : or, le respect engendre modestie
et l'amour liberté. Le mesme doit estre avec les esgaux, sinon
qu'avec iceux la liberté doit estre esgale avec le respect, comme
avec les moindres et femmes elle doit estre plus grande.
5 – COMMUNION FRÉQUENTE - PRÉPARATION ET ACTION DE GRACES
[1590 ]
Premier poinct. - De si loin que je verray une eglise, je la
salueray par ce verset de David (Ps 86,2) : Je vous salue, eglise
sainte, dont Dieu a mieux aymé les portes que tous les tabernacles
de Jacob. De la, je passeray a la consideration de l'ancien Temple,
et compareray combien est plus auguste la moindre de toutes nos
eglises que n'estoit le Temple de Salomon, parce que, sur nos
autelz, le vray Aigneau de Dieu (Jn 1,29) est offert en hostie
paciftique (Lev 3,6) pour nos pechés. Si je ne peux entrer dans
l'eglise, j'adoreray de loin le tressaint Sacrement, mesme par
quelque acte exterieur, ostant mon chapeau et fleschissant le genou,
si l'eglise est proche, sans me soucier qu'en diront mes
compaignons.
Second poinct. - Je communieray le plus souvent que je pourray, par
l'advis de mon Pere confesseur. Au moins ne lairray je poinct passer
le Dimanche sans manger ce pain sans levain (Ex 12,8), vray pain du
Ciel (Jn 6,33 etc); car, comme, pourroit le Dimanche m'estre un jour
de sabbat et de repos (Lev 23,3), si je suis privé de recevoir
l'Autheur de mon repos eternel ?
Troysiesme poinct. - La veille du jour de ma Com¬munion, je mettray
hors de mon logis toutes les immon¬dices de mes pechés par une
soigneuse confession, a laquelle j'apporteray toute la diligence
requise pour n'estre poinct troublé des scrupules ; mays, d'autre
part, j'esviteray l'inutilité des recherches curieuses et
empres¬sëes.
Quatriesme poinct. - Si je m'esveille la nuict, je donneray de la
joye a mon ame, disant, pour la consoler dans les frayeurs nocturnes
qui me travaillent: Mon ame, pourquoy es tu triste ? pourquoy me
troubles tu (Ps 42,fin) ? Voyci ton Espoux, ta joye et ton
salutaire, qui vient ; allons au devant (Mt 25,6) par une sainte
allegresse et amoureuse confiance.
Cinquiesme poinct. - Le matin estant venu, je medi¬teray la grandeur
de Dieu et ma bassesse, et d'un cœur humblement joyeux je chanteray
avec la sainte Eglise (Sacris solemniis) : " O chose admirable !. le
pauvre et vil serviteur loge son Seigneur, le reçoit et le mange. "
La dessus, je feray divers actes de foy et de confiance sur les
parolles du saint Evangile (Jn 6,59) : Si quelqu'un mange ce pain,
il vivra eternellement.
Sixiesme poinct. - Ayant receu le tressaint Sacre¬ment, je me
donneray tout a Celuy qui s'est tout donné a moy ; j'abandonneray
d'affection toutes les choses du Ciel et de la terre, disant : Que
veux je au Ciel ? que me reste il a desirer sur la terre, puysque
j'ay mon Dieu qui est mon tout (Ps 72,25) ? Je luy diray simplement,
respec¬tueusement et confidemment tout ce que son amour me
suggerera, et me resoudray de vivre selon la sainte volonté du
Maistre qui me nourrit de luy mesme.
Septiesme poinct. - Finalement, quand je me sen¬tiray sec et aride a
la sainte Communion, je me serviray de l'exemple des pauvres, quand
ilz ont froid ; car, n'ayant pas dequoy fayre du feu, ilz marchent
et font de l'exercice pour s'eschauffer : je redoubleray mes prieres
et la lecture de quelque traitté du tressaint Sacrement que, tres
humblement et d'une ferme foy, j'adore.
V
BEAUREGARD
Fin juillet-août 1590
(INÉDITE)
De Beauregard voyait ceste ronde machine
N'avoir de beauregard, n'estre que vanité (Eccles 1,14 ; 2,1) ;
Il vit que d'icy bas i! n'avoit origine,
Et mont' au beauregard de la Divinité.
Pendant quil fust cy bas, la jeunesse il dressa
D'un grand Conte, aux vertus, a lhonneur, a la gloyre .
Ce Conte, tres faché, par apres luy dressa
Ce tombeau, par honneur quil porte a sa memoyre.
Revue sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
VI
NOTES DE THÉOLOGIE
(FRAGMENTS EN LATIN)
1
15 décembre 1590
Avec une humilité profonde, François de Sales s'affermit dans
l'opinion adoptée dès l'adolescence, mais proteste d'être prêt à
tout sacrifier pour se soumettre à l'Eglise.
……………………………………………………………………
J'ai noté ceci avec crainte et tremblement, l'an 1590, le 15
décembre, pour ne pas avoir peut-être à en regretter la perte, si
dans la suite cette façon de penser, dans laquelle je me suis
affermi quand j'eus atteint l'adolescence et quand j'eus acquis plus
d'expérience par l'âge et par la science, continue à paraître vraie
selon le jugement et la décision de l'Eglise, comme elle m'a paru
vraie alors, dans mon enfance. Car dès cette époque, en m'y
affermissant, j'ai médité tout ce qui paraît serrer de près la
ques¬tion ; mais dans ces études spéculatives, il arrive souvent en
un instant ce qui n'était pas arrivé en un an.
Ces choses, donc, je les ai écrites très humblement, étant tout prêt
à abandonner non seulement les conclusions que j'ai prises ou
prendrai, mais la tête même qui les a conçues, et cela, même si
toute mon intelligence y répugne, pour embrasser l'opinion qui est
ou qui sera à l'avenir adoptée par l'Eglise Catholique, Apos¬tolique
et Romaine, ma Mère et la colonne de vérité (2 Tm 3,15). Et jamais
je ne dirai aucune chose, tant que Dieu me donnera l'intelligence,
que ce qui sera le plus conforme à la foi catholique, car j'ai cru,
c'est pourquoi j'ai parlé (Ps 115,1), et non j'ai parlé parce que
j'ai cru ; ce qui revient à. Dire : la foi doit être la règle de la
croyance ; mais que l'humilité soit la conclusion de tout: et je
suis grandement humilié (id). Amen, amen.
Le premier mois du Pontificat de notre très saint Seigneur Grégoire
XIV .
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte.
2
Janvier-juin 1591
(INEDIT EN LATIN)
Précaution prise contre l'erreur possible. - Dans la crainte de se
tromper, le jeune homme s'en remet à l'Esprit Saint qui gouverne
l'Eglise.- ¬Doctrine de la prédestination. - Hommage à Jésus-Christ.
- Choses entendues et choses méditées.
……………………………………………………………………………………….
Que ces choses soient ainsi, si elles sont conformes à la foi de la
sainte Eglise Romaine ; sinon, que ces écrits périssent et ne soient
pas conservés avec les autres. Ceci dit par surcroît de pré¬caution
; car l'opinion paraît si conforme aux Ecritures, aux Pères, à la
façon adoptée par l'Eglise pour traiter ces sujets, aux Docteurs de
notre siècle, que je peux la recevoir sans trouble et sans aucune
crainte. Cependant, comme je peux me tromper, de telle sorte que ce
qui paraît ne soit pas, je me remets en tout à l'Esprit Paraclet qui
gouverne les intelligences par notre Eglise. C'est lui qui donne la
sagesse aux petits, (Ps 18,8 ; 118,130) non aux orgueilleux ; c'est
lui qui est la " Lumière des cœurs, " le " Père des pauvres, " le "
Distributeur des» lumières" , dans la lumière de qui nous verrons la
lumière (Ps 35,10). A lui gloire dans les siècles des siècles, avec
le Père et le Fils. Qu'il en soit ainsi, qu'il en soit ainsi. Et à
notre Bienheureuse Dame, Marie, Mère de Dieu; étant Mère du Verbe,
qu'elle daigne par ses prières diriger mes paroles selon le Verbe,
son Fils; aux bienheureux Pierre et Paul, Augustin, Thomas, au divin
Bonaventure, Docteur illustre, et de même au bienheureux Joseph.
Qu'il en soit ainsi, qu'il en soit ainsi.
Et j'ai noté toutes ces choses pour l'honneur de Dieu et la
consolation des âmes . Or, Dieu lui-même est le Père de toute
consolation (2 Co 1,5), et nous ne devons pas nous glorifier comme
si quoi que ce soit venait de nous comme de nous (2 Co 3,5),
puisque, comme je l'ai montré ailleurs, toute notre suffisance vient
de Dieu ; car si la doctrine de la prédestination dit que nos
actions sont prévues, ce n'est pas au préjudice de la grâce du libre
arbitre, mais il est toujours besoin de la prévision de la grâce du
Seigneur, par la miséricorde de qui nous irons dans sa maison (Ps
121,1), si, en cette vie, nos pieds ont été dans tes parvis,
Jérusalem, car, sans le Christ, nous ne pouvons rien faire (Jn
15,5).
" Vous, Roi de gloire, ô Christ; vous êtes le Fils éternel du Père ;
afin de revêtir la nature de l'homme pour le délivrer, vous n'avez
pas dédaigné le sein d'une Vierge;" ô Jésus, fils de David, hosanna,
hosanna (Mt 21,9). Amen.
……………………………………………………………………….
Les choses comprises entre ces signes ", je les ai entendues du Père
Gesualdi ; les autres, je les méditais, plaçant dans le Sei¬gneur
tout mon espoir (Ps 72,fin), prêt à penser le contraire si l'Eglise
déclarait vrai le contraire : cela, peut-être. Heureux l'homme que
vous avez instruit, Seigneur, et à qui vous avez enseigné votre loi
(Ps 93,12). Vos témoigna¬ges sont admirables, Seigneur; c'est
pourquoi mon âme les a scrutés (Ps 118,129). Eclairez mes yeux, de
peur qu'ils ne s'endorment dans la mort, ou que l'ennemi ne dise..
j'ai triomphé contre lui (Ps 12,4). Envoyez votre Esprit, et ils
seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre (Ps 103,30).
Amen.
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte.
3
FRAGMENT EN LATIN SUR LA PRÉDESTINATION
Janvier-juin 1591
La prédestination, fondée sur les mérites prévus ; auteurs cités en
faveur de cette opinion. - Preuves qui la confirment: Dieu qui
ordonne la fin, ordonne aussi les moyens ; il ne réprouve que par
justice et en prévision du péché; textes de l'Ecriture à l'appui de
cette doctrine. - Autre argument qui la corrobore. - Réfutation de
l'opinion contraire par neuf remarques. - Sentiment de Tolet et de
trois théologiens éminents entendus par saint François de Sales.
…………………………………………………………………………….
Les enseignements que nous avons tirés de nombreux auteurs, au sujet
de la prédestination fondée sur les mérites prévus, ensei¬gnements
exposés aux pages XV, LXII et LXX, peuvent être confirmés par
l'autorité de Pierre Emotte, docteur en théologie de Paris. Dans son
excellente Confession de foi, sous le titre en question, il affirme
expressément la même chose que nous : à savoir, que non seulement la
réprobation a lieu par suite des démérites prévus, mais aussi que la
prédestination se fonde sur les mérites prévus, et il prouve cela
avec force . En outre, Tartaretus cite en faveur de cette thèse
Henri , in Reportatis , et aussi Occam , et il affirme que cette
opinion est probable et ne contre¬dit pas Scot. Du reste, en
supposant comme très sûre l'opinion qui admet comme base de la
réprobation la prévision des démé¬rites, l'opinion ci-dessus est
facilement confirmée. Or, la suppo¬sition en question peut se
prouver avec évidence.
En premier lieu : A celui à qui appartient le droit d'ordonner la
fin, appartient aussi celui d'ordonner les moyens à cette fin. Dieu
ordonne la fin, à savoir la damnation ; c'est donc lui qui ordonne
les moyens à cette fin,. à savoir les péchés. Le conséquent est tout
a fait absurde, donc l'antécédent demande à être expliqué. En effet,
dans l'opinion contraire, la damnation n'est pas la fin et n'est pas
voulue absolument pour elle-même, mais elle est un moyen pour
châtier les méchants, et est voulue pour des êtres supposés
méchants. Exemple : Je veux absolument un remède ; s'il était
défendu à quiconque n'est pas malade de recevoir un remède, je
devrais vouloir la maladie comme moyen d'avoir ce remède : sans
quoi, je ne le veux pas efficacement. Autre exemple : Je veux, moi
juge, condamner quelqu'un ; comme je ne pourrais le condamner sans
le faire citer, je dois lui envoyer une citation . Si cependant
quelqu'un ne voulait pas d'une manière absolue le remède, mais le
voulait seulement pour regagner la santé, il ne serait nullement
nécessaire qu'il voulût la maladie en vue du remède, car il voudrait
plutôt le remède à cause de la maladie. Même raisonnement pour des
exemples semblables.
Deuxième preuve : La damnation ou réprobation ne plaît pas à Dieu
comme telle, surtout en tant qu'elle dit privation, mais elle lui
plaît seulement en tant qu'elle est juste ; par ailleurs, elle ne
peut évidemment être juste sans relation avec la faute. Donc, Dieu
ne réprouve personne sans relation avec la faute ; non avec la faute
non prévue, rien ne pouvant être ordonné à quelque chose de non
prévu : donc, avec la faute prévue. La majeure est évidente, d'abord
parce que Dieu, étant de sa nature communicable, ne peut avoir pour
agréable sa propre privation prise en elle-même ; ensuite, parce
qu'autrement l'on irait contre les expressions de l'Ecriture qui
partout présentent Dieu comme ayant soif de notre glorifica¬tion et
compatissant à notre condamnation, tout prêt qu'il est à détourner
cette dernière si seulement nos péchés disparaissent. De son côté,
le Psalmiste dit : Ce ne sont pas les morts, Seigneur, qui vous
loueront, ni tous ceux qui descendent en enfer (Ps 113,17).
En troisième lieu, [ces textes] : Ta perte vient de toi-même, ô
Israël (Os 13,9); j'ai planté une vigne, j'attendais qu'elle
porterait des raisins, elle a donné des fruits sauvages (Jer 2,21 ;
Is 5,3). Il fit appeler tout le monde au festin (Lc 14,16) ; Il veut
que tous soient sauvés (1 Tm 2,4) ; Venez à moi, vous tous (Mt
11,28), sont certes des expressions qui ne peuvent être proprement
et convenablement comprises, si l'on suppose que Dieu avait tout
d'abord déterminé de ne pas accorder la gloire à certains individus
: ce serait, en effet, se moquer de quelqu'un que de l'inviter à un
repas de noces, tout en ayant résolu de l'exclure à cause de
l'absence de mérites de sa part. Et cependant les expressions
ci-dessus sont couramment employées par l'Eglise ; en sorte que si
on les expliquait dans le sens si caché et si décevant des
adversaires, ce serait accuser l'Eglise de tromper les gens simples,
elle qui à tout bout de champ les présente à tous également dans les
prédications, les Offices et les prières. Et puis, que signifie cet
adage : Dieu ne te fait pas défaut si tu ne te fais pas défaut
(Conc.Trente 6,11) ? En vérité, pourrait-on dire, il m'a fait défaut
au commencement, alors que je ne pouvais ni m'être utile, ni m'être
nuisible, si nous supposons que l'opinion ci-dessus, plus dure que
le fer, est vraie. Enfin, Dieu n'a-t-il pas créé l'homme pour jouir
de sa vue ? pourquoi donc a-t-il pu déterminer qu'il ne le verrait
pas, et cela en dehors de toute cause préalable ? En outre, toutes
les fois que deux causes sont en de telles relations entre elles que
l'une étant posée elle ne peut obtenir son effet en l'absence de
l'autre, celui qui n'a pas l'une des deux en son pou¬voir ne peut
être dit en mesure d'obtenir l'effet voulu, et celui qui écarte
l'une d'elles écarte par le fait même l'effet voulu. Mais sans la
volonté de Dieu nous ne pouvons rien ; par conséquent, une fois
cette volonté de Dieu écartée, nous ne pouvons être sauvés, et une
fois cette volonté de Dieu écartée et enlevée, ou refusée par Dieu,
son effet parait refusé, c'est-à-dire la gloire : ce qui est
par¬faitement absurde. Tandis que dans notre opinion ce raisonnement
n'a pas de force, attendu que nous ne supposons pas le refus de la
volonté de Dieu avant la prévision de nos péchés.
Mais prouvons clairement la même vérité par un nouvel argu¬ment. Si
Dieu en a destiné certains à la peine avant la prévision de la
faute, pourquoi a-t-il été dit : Comme chacun aura agi dans son
corps, soit en bien soit en mal (2 Co 5,10) ? Comment peut-il se
faire qu'à une peine ordonnée par Dieu sans aucune relation avec la
faute, cor¬responde aussi justement cette faute provenant de notre
libre arbitre ? Il a fallu certainement, ou que Dieu ordonnât la
faute pour qu'elle répondît à la peine déjà ordonnée, ou bien qu'il
aban¬donnât à notre libre arbitre le soin de décider si nous
devrions être condamnés sans faute, comme cela est clair. Or, tout
cela est blasphématoire ; donc, Dieu ne réprouve pas en dehors de la
pré¬vision des péchés. Exemple : si un roi voulait mettre à mort un
individu et ne voulait cependant pas le faire injustement, il
fau¬drait, ou qu'il prévît sa faute, ou qu'il l'obligeât à la
commettre, sans quoi il se mettrait dans le cas de ne pas faire
mourir justement, comme il l'avait décidé, l'individu en question.
Et ici, j'entends le mot justement, selon les apparences.
Au sujet de la même opinion + ( ) , il faut noter : Premièrement,
cette opinion, étant que la prédestination a lieu sans la prévision
des œuvres, mais non la réprobation, pourrait peut-être s'expliquer
en ce sens que Dieu tout d'abord donne à tous les hommes un secours
suffisant ; qu'ensuite, voyant que beaucoup n'en usent pas, il
réprouve ceux-ci, et que les autres, soit qu'ils usent, soit qu'ils
n'usent pas de ce secours, il les sauve par des moyens efficaces :
en sorte que parmi ceux qui n'usent pas du secours suffisant, Dieu
en damne certains, et les autres, il les retire efficacement du
chemin de damnation où ils se précipitent. L'opinion ci-dessus ne
peut être comprise autrement. Telle que nous venons de la présenter,
elle est suffisamment intelligible, et ainsi le Seigneur ne fera
tort à personne ; car ceux qu'il damnera, il les damnera à cause de
leurs démérites, et ceux qu'il sauvera, il les sauvera par sa
miséri¬corde, et à celui qui se plaindra il répondra : Mon ami,
prends ce qui te revient ; si je veux donner quelque chose à
ceux-ci, que t'importe (Mt 20,13)?
Mais il faut remarquer, en second lieu, que l'opinion des
adver¬saires ne s'accorde pas avec cette parole du Seigneur : Est-ce
que si tu fais le bien, tu n'en recevras pas la récompense (Gn 4,7)
? car il faudrait plutôt dire : Est-ce que, si tu reçois la
récompense, tu ne feras pas le bien ?
Troisième remarque. Cette opinion n'est basée sur aucun témoi¬gnage
de l'Ecriture. Comme, en effet, elle doit s'accorder avec l'autorité
de Paul dans son Epître aux Romains (Rm 11)et que cette autorité ne
prouve pas davantage une thèse que l'autre, il faut avouer qu'elle
ne favorise directement ni l'une ni l'autre des deux thèses.
Quatrième remarque. Ainsi, la décision ou opinion en question doit
être comptée parmi celles dont les jurisconsultes disent que la loi
ni ne s'y oppose, ni ne les favorise (quoique d'une certaine façon
elle s'oppose, et fortement, à ce que notre sentence puisse être
ultérieurement prouvée).
Cinquième remarque. Si Dieu sauve ceux qui autrement auraient dû
être damnés, où est la justice ? Comment rendra-t-il à chacun selon
ses œuvres (Eccli 11,28), puisqu'il faudrait dire plutôt que chacun
agira suivant ce qu'il recevra ? Et puis, pourquoi Dieu a-t-il prévu
les péchés des futurs damnés, et non ceux des autres ? pourquoi en
a-t-il vu certains faire le bien, plutôt que d'autres ? et s'il a
tout vu, pourquoi dirons-nous qu'il a préordonné le châtiment
d'après les péchés, plutôt que la récompense d'après les mérites ?
Sixième remarque. Comment peut-il y avoir prix, salaire,
récom¬pense, triomphe, sans relation avec un travail accompli ? Ce
sera de la libéralité, mais non un prix, et nos travaux seraient une
compensation offerte à la munificence de Dieu, mais ne seraient pas
proprement méritoires.
Septième remarque. Il est probable que Dieu, dans sa très grande
bonté, en a ordonné plusieurs à la gloire en leur accordant un moyen
plus puissant, lesquels, s'il leur en avait concédé seulement un
moindre et ordinaire, n'auraient pas agi convenablement. Cela
convient, en effet, à la bonté de Dieu (bien qu'il ne convienne pas
à la justice de Dieu de damner quelqu'un en lui refusant les moyens,
à lui, dis-je, nécessaires : en effet, qu'importe si ces moyens
suffisent à d'autres, non à ceux dont il s'agit ? Cela ne convient
pas davantage à sa puissance, attendu que la puissance de Dieu se
manifeste tout autant, et même davantage, en sauvant qu'en damnant).
Mais on ne peut supposer que tous aient été appelés de la façon dont
nous parlions tout-à-l'heure.
Huitième remarque. La damnation (plus encore que le salut) de
quelqu'un en dehors de démérites de sa part ne convenant ni à la
justice de Dieu ni à sa puissance, il est déraisonnable d'admettre
le mode de réprobation que certains admettent.
Neuvième remarque. On peut très bien faire davantage ressortir la
force de tout ce qui a été dit jusqu'ici, en faveur de l'opinion
admettant que les hommes, et aussi les anges, sont damnés et sauvés
suivant la prévision de leurs démérites et de leurs mérites. Si, en
effet, il est vrai que les hommes ne sont pas damnés en dehors de la
prévision [de leurs démérites], comme d'un autre côté il faut, [pour
les adversaires,] pouvoir répondre à l'autorité tirée de l'Epître
aux Romains (Rm 11,2), il reste que l'opinion que nous avons énoncée
est inébranlable. Ce qui la renforce considérablement, c'est ce que
j'ai noté à la cinquième remarque, ci-dessus, que si l'une des
pro¬positions est vraie, l'autre l'est également, et aussi
d'innombrables preuves qui pourraient être apportées. Or, le P.
Gesualdi, + ( ) de l'Ordre des Mineurs Conventuels, homme savant et
pieux (note 68), a enseigné que la damnation n'a pas lieu sans la
prévision des péchés. Je me souviens aussi qu'Alphonse Carrillo, de
la Compa¬gnie de Jésus , très grand théologien, très attaché aux
thomistes, et aussi fort pieux, a soutenu cette opinion. Presque
tous les auteurs à notre époque concèdent cela, comme beaucoup parmi
les anciens…………………..
Revu sur l'Autographe conservé à l' Oratoire de Naples.
4
PROTESTATION AU SUJET DE LA RÉPROBATION DES MÉCHANTS
1591
……………………………………………………………………………
Est locus uspiam in Scriptura Veteri, in quo praedi¬cens Propheta
futuram Christi redemptionem, ait non dicendum amplius eo tempore,
comedisse patres uvas non bonas, et dentes filiorum obstupuisse ;
quia, inquit, Christo veniente, filius non portabit iniquitatem
patris, sed anima quae peccaverit, ipsa morietur (Jer 31,29 ; Ez
18,2 et 20) .
…………………………………………………………………………
Hœc omnia forsan.
Ad pedes beatorum Augustini et Thomœ provolutus, paratus omnia
ignorare ut illum sciam qui est scientia Patris, Christum crucifixum
(1 Co 2,2), quanquam enim quae scripsi non dubito vera esse, quia
nihil video quod de eorum veritate solidam possit facere
dubitationem ; quia tamen non omnia video et tam reconditum
misterium est clarius quam fixe ab oculis meis victicoracis inspici
possit , si postea contrarium appareret (quod nunquam futurum
existimo) ; imo, si me damnatum (quod absit, Domine Jesu !) scirem
voluntate illa quam ponunt Tho¬mistae in Deo (Ia qu 23 art 3 ad 3um)
ut ostenderet Deus justitiam suam (Rm 9,22), . libenter,
obstupescens et suspiciens altissimum Judicem, post Prophetam
dicerem : Nonne Deo subjecta erit anima mea (Ps 61,2) ? Amen, Pater,
quia sic placitum est ante te (Mt 11,26) ; fiat voluntas tua (Mt
6,10 ; Lc 22,42). Et haec, in amaritudine animae meae toties
dicerem, donec Deus mutans vitam meam et sententiam suam responderet
mihi : Confide, fili (Mt 9,2) ; nolo mortem peccatoris, sed magis ut
convertatur et vivat (Ez 33,11). Non mortui laudabunt me, neque
omnes qui descendunt in infernum (Ps 113,17). Te feci, ut caetera
omnia, propter meipsum, imo etiam impios qui ad diem malum sua culpa
destinati sunt, feci propter meipsum (Pr 16,4). Non est voluntas mea
nisi sanctificatio tua (1 Th 4,3), nihilque odivit anima mea eorum
quae fecit (Sg 11,25). Quare tristis est anima tua et quare
conturbatur ? Spera in Deo, quia adhuc confiteberis ei, salutare
vultus tui et Deus tuus (Ps 42,5). Non descendes, sed ascendes ad
montem Domini, tabernaeulum Dei Jacob (Is 2,3). Non es mortuus, sed
dormis (Mt 9,24) ; infirmitas non est ad mortem, sed ut conversus
glorifices Deum (Jn 11,4). Euge, serve parve, indigne quidem, sed
fidelis ; quia sperasti in me, confidens de miserieordia mea, et
quia in pauca (scilicet in glorificando me pa¬tiendo et per
damnationem, si ita mihi placeret) fuisti fidelis, supra multa te
constituam (Mt 25,21) ; et quia voluisti magnificare nomen meum,
etiam patiendo, si opus esset (quandoquidem in eo parva est
magnificatio et glorifica¬tio nominis mei, qui non est damnator, sed
JESUS (Mt 1,21), supra multa te constituam, ut beatitudine perpetua
laudes me, in qua multa est gloria nomini meo. Per memetip¬sum
juravi : quia fecisti rem hanc, id est, praeparasti cor tuum in
obsequium justitiae meae, et non pepercisti tibi, aequiescens
voluntati mere etiam usque ad gehennam propter me, benedicam tibi
benedictione perpetua (Gn 22,16) , et intres in gaudium Domini tui
(Mt 25,21).
Nec tunc aliter respondere deberem quam prius : Amen, Pater, quia
sic placitum est ante te. Paratum cor meum, Deus, ad pœnam propter
te ; paratum cor meum (Ps 56,8 ; 107,2) ad gloriam propter nomen
tuum, JESU. Quasi jumentum factus sum coram te, et ipse, Domine, sis
semper mecum (Ps 72,23). Nonne tibi subjecta erit anima mea ? a te
enim salutare meum. O Domine, quia ser¬vus tuus (Ps 115,16), fiat
mihi secundum verbum tuum (Lc 1,38) ; Nolo mortem peccatoris, sd
magis ut convertatur et vivat. ln nomine ergo tuo levabo manus meas
in sancta (Ps 62,5 ; 133,2). Amen, JESUS, MARIA. (1)
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte et dans le IIe
Procès de Canonisation.
Il y a un passage quelque part dans l'Ancien Testament, où le
Prophète, prédisant la future rédemption du Christ, affirme qu'il ne
faudra plus dire alors que les Pères ont mangé de mauvais raisins et
que les dents des fils en ont été agacées ; parce que, dit-il, le
Christ arrivant, le fils ne portera pas l'iniquité du Père, mais
c'est l'âme pécheresse qui mourra d'elle-même.
………………………………………………………………………………
Tout cela, peut-être.
Prosterné aux pieds des bienheureux Augustin et Thomas, je suis prêt
à tout ignorer pour connaître Celui qui est la science du Père, le
Christ crucifié. En effet, quoique je ne doute pas que les choses
que j'ai écrites ne soient vraies, parce que je n'y vois rien qui
puisse former un doute solide au sujet de leur vérité ; cependant,
parce que je ne vois pas tout et qu'un mystère si profond est trop
brillant pour pouvoir être regardé en face par mes yeux de chouette,
si, dans la suite, le contraire apparaissait (ce qui, je pense,
n'arrivera jamais) ; bien plus, si je me savais damné (que cela
n'arrive pas, Seigneur Jésus !) par cette volonté que les thomistes
placent en Dieu afin que Dieu montre sa justice, frappé de stupeur
et levant les yeux vers le Juge suprême, volontiers je dirais avec
le Pro¬phète : Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ? Amen,
Père, parce qu'il vous paraît bon ainsi ; que votre volonté soit
faite, Et je dirais cela tant de fois dans l'amertume de mon cœur,
jusqu'à ce que Dieu, changeant ma vie et sa sentence, me réponde :
Aie confiance, mon fils, je ne veux pas la mort du pécheur, mais
plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive. Les morts ne me loueront
pas, ni tous ceux qui descendent dans l'enfer. Je t'ai fait, comme
toutes les autres choses, pour moi-même ; bien plus, même les impies
qui, par leur faute, sont destinés au jour de malheur, je les ai
faits pour moi-même. Ma volonté n'est autre que ta sanctification,
et mon âme ne hait rien de ce qu'elle a fait. Pourquoi ton âme
est-elle triste, et pourquoi se trouble-t-elle ? Espère en Dieu,
parce que tu le loueras encore ; il est le salut de ta face et ton
Dieu. Tu ne descendras pas, mais tu monteras à la montagne du
Seigneur, au tabernacle du Dieu de Jacob. Tu n'es pas mort, mais tu
dors ; ton infirmité n'a pas pour but la mort, mais que, converti,
tu glorifies Dieu. Courage, petit serviteur, indigne certes, mais
fidèle ; puisque tu as espéré en moi, ayant confiance en ma
misé¬ricorde, et parce que tu m'as été fidèle en peu de choses (à
savoir, en me glorifiant par la souffrance et par la damnation, s'il
me plaisait ainsi), je t'établirai sur beaucoup ; et parce que tu as
voulu glorifier mon nom, même en souffrant, s'il en était besoin
(bien qu'en cela, cette glorification et l'exaltation de mon nom qui
n'est pas " dam¬nateur ", mais " SAUVEUR", soient petites), je
t'établirai sur beau¬coup, afin que tu me loues dans la perpétuelle
béatitude où la gloire rendue à mon nom est abondante. Par moi-même
j'ai juré : parce que tu as fait cela, c'est-à-dire, parce que tu as
préparé ton cœur à obéir à ma justice, et que tu ne t'es pas
épargné, acquiesçant à ma volonté, même jusqu'à la géhenne à cause
de moi, je te bénirai d'une perpétuelle bénédiction, et tu entreras
dans la gloire de ton Seigneur.
Alors non plus je ne devrai pas répondre autrement qu'auparavant :
Amen, Père, parce qu'il vous paraît bon ainsi. Mon coeur est prêt, ô
Dieu, à la peine à cause de vous ; mon cœur est prêt à la gloire à
cause de votre nom, JÉSUS. Je suis devenu comme une bête de somme
devant vous, et vous-même, Seigneur, soyez toujours avec moi. Mon
âme ne vous sera-t-elle pas soumise ? car c'est de vous que vient
mon salut. O Seigneur, parce que je suis votre serviteur, qu'il me
soit fait selon votre parole : Je ne veux pas la mort du pécheur,
mais plutôt, qu'il se convertisse et qu'il vive. En votre nom, donc,
je lèverai mes mains vers les saintes hauteurs. Amen, JÉSUS, MARIE.
¬
VII
EXTRAITS D'UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DU COURS DE DROIT
22 février - 20 novembre 1591
(INÉDITS EN LATIN)
1 - POÉSIE LIMINAIRE
FRANC. DE SALES
Invigilate, viri, subito nam tempora cursu
Prœtereunt, nulloque sono dilabitur annus.
Sus, veilles compagnons, car les tems a la foule
Vont passant, et l'annee, sans bruict fayre, s'escoule.
Vidi jam juvenem premeret cum serior aetas,
Mœrentem tardas prœteriisse dies.
Un jadis juvenceau, pressé de sa viellesse,
Je vis pleurer les jours ja passés en paresse.
Hac animadversione percutitur peccator, quod
moriens obliviscitur sui qui vivens oblitus est Dei.
Ah ! l'ame du pecheur doit bien estre advertie
En ce poinct, que mourant c'il soymesme s'oublie
Qui n'avoit de son Dieu souvenance en sa vie.
FOI SANS DES-CALER
2
22 février 1591
Indissolubilité du mariage chrétien. - Louange à la Trinité, à la
Sainte Vierge et à des Saints protecteurs.
Titre II. DIVORCES ET RÉPUDIATIONS
…………………………………………………………………
Le mariage pouvait être annulé chez les Gentils à cause de la
légèreté de mœurs du paganisme ; mais aujourd'hui il est
indisso¬luble, en ce qui concerne le lien, un très petit nombre de
cas étant exceptés. En ce qui concerne la cohabitation, il est très
difficilement dissous, parce que ce qui était un pur contrat chez
ces nations qui n'ont pas connu Dieu et n'ont pas invoqué le saint
nom de Dieu (Ps 78,6 ; Jer 10,fin), et ce qui n'était consenti que
par un simple engagement, est au¬jourd'hui un très auguste Sacrement
par le Christ notre Seigneur (Ep 5,32), à qui, ainsi qu'au Père et à
l'Esprit-Saint, soit louange, honneur, puissance (1 Tm 6,16) ; et à
notre Bienheureuse Dame la Vierge Marie, Mère de Dieu, aux saints
Apôtres Pierre et Paul, dont aujourd'hui même la mémoire est
célébrée dans toute l'Eglise, à raison de la chaire de
saint Pierre [à Antioche]; aux saints Fabien et Sébastien, martyrs ;
aux saints Joseph, François et Bonaventure, confesseurs . Amen.
En l'année chrétienne 1591, le 22 février.
3
24 mars 1591
Echo des sentiments du jeune homme en la vigile de l'Annonciation.
TITRE XVIII. POUR LE SÉNATUSCONSULTE TERTYLLIEN ET ORPHITIEN
…………………………………………………………………….
Et ainsi nous mettons fin à notre course à travers tous les titres
de l'lnfortiat .
Gloire à Dieu très bon, très grand, au Christ Jésus et à Notre¬ Dame
la Vierge Marie, sa très puissante Mère (nous avons commencé à
célébrer la solennité et la Vigile de son Annonciation et de sa
salutation par l'Ange), aux saints Pierre, Paul, Fabien, Sébastien,
François, Bonaventure, mais spécialement au grand saint Joseph et à
l'archange Gabriel qui annonça que le Verbe s'était resserré(S2 serm
157 p.129) dans le sein très sacré de la Vierge; gloire à lui !
Amen.
4
DE LA SIGNIFICATION DES MOTS ET DES CHOSES. [TITRE] XVI
Les compilateurs des Digestes ayant aperçu dans les différentes lois
ci-dessus recueillies et réunies beaucoup d'obscurités prove¬nant de
l'ignorance ou de l'ambiguité soit des noms soit des termes, ont mis
en note ici, à la fin de tout l'ouvrage, pour l'explication des
choses et des mots, quelques éclaircissements tirés de ces mêmes
jurisconsultes chez lesquels ils avaient pris les lois. Et cela,
avec tant de précision et de concision, que j'ai trouvé inutile de
recueillir les principales de ces notes, car toutes sont principales
et aucune n'est inutile ; d'autant plus qu'à ce travail minutieux,
j'ai, au début de notre apprentissage, consacré de bonnes heures.
5
10 juillet 1591
Dieu, règle infaillible de toute justice. - Encore un hommage à
Marie et aux Saints. - Un tremblement de terre et les
bouleversements de l'Eu¬rope. - Cri de douleur sur la France. - La
voix du Pape écho de celle du Roi des rois.
RÈGLES DU DROIT. TITRE XVII
…………………………………………………………………………
A l'infaillible, très droite, première et éternelle Règle de tout
bien et justice, au DIEU TRIPLE ET UN, louange et action de grâces
(Ap 7,12). Sans sa grâce et lumière, tout est confus et sans ordre.
Bénie soit la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Honneur au
bienheureux Gabriel et à mon Ange gardien, à Jean-Baptiste, Pierre,
Paul et à Jean l'Evangéliste, aux saints Etienne, Fabien, Sébastien,
Joseph, François, Bonaventure et à Anne et à Marie¬-Madeleine. Amen.
J'ai achevé, par la volonté de Dieu et avec la protection de la Très
Sainte Mère de Dieu et de mes saints Patrons, ces petites notes sur
les ff Pandectes , très légères par elles-mêmes, mais assez pénibles
et laborieuses pour moi, novice, l'an 1591 après le salutaire
Enfantement de la Vierge, au mois de juillet, le dixième jour,
mémorable par le tremblement de terre que nous avons perçu à cinq
heures et demie de l'après-midi , et par la solennité des sept
Saints Frères .
Et véritablement, les nations ont été troublées et les royaumes ont
chancelé; il a élevé sa voix, et la
Voir page suivante fac similé 2 , Manuscrit du cours de Droit
Fac-similé du texte De Regulis Juris Tit XVII : "Absolvi, Deo
volonte……Deo Laus.Amen", La finale appartient au titre XI cf note
98.
terre a été remuée (Ps 45,7). Les Princes Italiens et Germains
lèvent des troupes guerrières ; déjà l'Anglais, l'Espa¬gnol, le
Français, ayant tiré le glaive, troublent l'air et la terre de
gémissements et de sang ; les royaumes d'Ecosse, d'Angleterre, de
Danemarck sont tombés dans l'horrible gouffre des hérésies, ainsi
que ceux de Pologne, de Hongrie, de Bohème ; et, ce qui est
au¬-dessus de toute douleur, nous voyons et contemplons avec larmes
la couronne autrefois très chrétienne de France prête à se placer
sur la tête d'un hérétique, ou plutôt penchée vers un désastre
la¬mentable !
Dieu, Roi des rois (Ap 19,16), très bon et très grand, crie par la
voix de Grégoire , accuse, gourmande (2 Tm 4,2) : Evite l'hérétique
(2 Tm 2,1). Qui n'est pas avec moi est contre moi (Mt 12,30) ; et
Bélial n'est pas avec moi (2 Co 6,15). Pourquoi aimez¬-vous la
vanité, disant : Qui nous montre le bien (Ps 4,3) ? Je ne suis pas
le renardeau qui saccagera les vignes (Ct 2,15). Pourquoi aimez-vous
le mensonge connu par l'expérience de la promesse non gardée ?
Pourquoi re¬cherchez-vous et aimez-vous le mensonge (Ps 4,3) qui
vous causera tant de déceptions dans l'avenir ? que reste-t-il donc
? Et la terre a été remuée. Cherchez donc d'abord le royaume de
Dieu, et tout vous sera donné par surcroît (Mt 6,33), afin qu'un roi
soit établi par Dieu sur la sainte montagne de Sion, un roi qui
proclame sa loi (Ps 2,6), qui croie en son nom et ne soit pas né de
la chair, mais de Dieu (Jn 1,12).
GLOIRE A DIEU. AMEN.
6
DE LA SOUVERAINE TRINITÉ ET DE LA FOI CATHOLIQUE
QUE PERSONNE NE DOIT SE PERMETTRE D'EN DISCUTER EN PUBLIC
TITRE PREMIER
Etant donné que tout pouvoir appartient à Dieu et s'appuie avec
raison sur le Dieu de sagesse comme sur un fondement, selon ce mot
du Sage : C'est par moi que règnent les rois (L. IV- Pr 8,15), et
celui-ci : " De Jupiter vient le principe du pouvoir (Virg. Egl
3,60), " et que d'autres preuves majeures puissent être mises en
avant, c'est avec raison que l'Empereur commence par cette
considération le texte qui contient les constitutions destinées à
maintenir et sanctionner in¬tégralement la dignité de la vraie foi.
Mais parce que, à cette époque, la foi catholique au sujet du très
auguste mystère de la Trinité était attaquée par les hérétiques, et
que ces mêmes hérétiques méprisaient l'autorité du Saint-Siège
Apostolique et des Conciles catholiques, il pose comme premier titre
du premier Livre : " DE LA SOUVERAINE TRINITÉ ET DE LA FOI
CATHOLIQUE. " Et il donne à cette Trinité le nom de "Souveraine"
parce que, comme il y a plusieurs trinités dans les choses créées
(car trinité désigne non l'unité, mais la réelle distinction des
trois parties), il emploie le mot " Souveraine" quand il parle de la
Trinité divine, parce que les autres sont infimes en comparaison de
celle-ci. (Ecclés.1,8) : Le Très-Haut est unique.
Or, la foi appelée " catholique " est celle qui, en raison tant des
lieux que des hommes et des temps, est universelle et sans limites,
c'est-à-dire, qui à toutes les époques, depuis qu'elle a commencé,
et en tous lieux, fut enseignée et confessée par tous les Chrétiens
(car la différence du catholique de l'hérétique existe seulement
parmi ceux qui professent la loi chrétienne).
Quant à ces paroles ajoutées : " QUE PERSONNE NE SE PERMETTE D'EN
DISCUTER EN PUBLIC," voici comment il faut les entendre : il n'est
pas permis de discuter de la foi, puisqu'il nous est défendu d'être
contentieux, c'est-à-dire de nous attacher à notre opinion
personnelle avec obstination et verbeusement. Il est permis, en
effet, de disserter sur les mystères de la religion avec humilité et
soumission, même quelquefois en public, dans des conférences contre
les hérétiques, dans des discussions et cours publics; car cela
n'est pas mettre la foi en cause, mais échanger ses pensées pour
éclairer la foi.
Donc, tout homme " doit appartenir " à cette " religion " que
professe le successeur de Pierre et qu'il est prouvé que Pierre a
transmise aux Romains : elle consiste à vénérer la Trinité dans
l'Unité et l'Unité dans la Trinité. Seuls, les chrétiens " qui
suivent cette loi " doivent être appelés Catholiques ; les autres ne
méri¬tent que le nom d'insensés et de " fous." De même, que les
hérétiques soient appelés " infâmes ", et qu'ils soient punis par le
Prince selon l'occurrence. (1re Loi).
" Que nulle occasion ne soit donnée aux hérétiques d'exercer la
folie de leur esprit obstiné ; qu'il ne soit accordé aucun ministère
aux hérétiques ; " combien moins la dignité royale. Tout ce qu'ils
obtiennent est non avenu et nul ; ainsi, ce serment obtenu des
nobles Français est nul en lui-même.
Que la foi du Concile de Nicée " soit honorée partout." Donc, ce
Concile proclame " le Christ Fils de Dieu, Dieu de Dieu " et "
Lumière sortie de la Lumière," et il honore de même et vénère le
Saint-Esprit. Or, les mots de l'Empereur : " Lui que nous espé¬rons
et que nous recevons du souverain Père de toutes choses, " ne
confirment pas cette opinion des Grecs, que le Saint-Esprit procède
du Père seulement, puisqu'elle n'est apparue que plusieurs siècles
après ; mais il parle de la réception de la grâce du Saint¬Esprit,
car il est dit ainsi, que l'Esprit-Saint est donné aux hommes par le
Père au moyen du Fils, que le Père enverra en mon nom (Jn 14,26).
Enfin, il faut entièrement croire " indivise la substance de la
Trinité pure," c'est-à-dire parfaite. (L. II.)
La troisième Loi interdit entièrement les contentions au sujet de la
foi, parce que l'homme contentieux est perfide et cherche à briser
l'unité de la foi. Sont interdites aussi les discussions publi¬ques
devant les foules, ce qui pourrait donner occasion ou de scandale,
ou de profaner les mystères en offrant les perles de la philosophie
chrétienne à cette courbe confuse de porcs, Juifs et infidèles. (L.
III)
Le pouvoir s'appuie sur la religion ; l'Eglise Romaine est " la tête
des Eglises." Ce qui est dit dans les Lois I, II, III, et même tous
les décrets compris sous ce Titre, tout cela a été confirmé par
l'autorité du Souverain Pontife. (L. IV.).
Il professe que " le Fils de Dieu est consubstantiel au Père selon
la Divinité, et à nous selon l'humanité ; " et aussi que la
bienheu¬reuse Vierge Marie est vraiment et proprement la Mère de
Dieu, car c'est d'elle que le Fils de Dieu, " né du Père avant les
siècles, s'est incarné " dans le temps " par le Saint-Esprit.".
……………………………………………………………………………………
" Il est juste que " ceux qui n'obéissent pas aux décisions du
Souverain Pontife " soient considérés par l'Eglise comme bannis ; "
cependant, " l'Eglise ne ferme jamais son sein à ceux qui
revien¬nent." (L. VI.)
Ce Titre est précieux et tout à fait auguste, et digne d'être lu
souvent contre les novateurs, les demi-savants et les politiques ;
c'est pourquoi j'ai pris ces notes avec plus de précision, en les
extrayants de chaque Loi une à une.
7
Témoignages de la haine de François de Sales pour l'hérésie, de sa
vénération pour la sainte Croix et de la bonté de son cœur.
DES HÉRÉTIQUES, MANICHÉENS ET SAMARITAINS. TITRE VIII
………………………………………………………………………………
Un hérétique peut être accusé par n'importe qui; L. IV. Les
seigneurs temporels détruisant les hérétiques, les biens de ceux-ci
peuvent être enlevés par n'importe quel catholique ; si un seigneur
d'un rang supérieur, comme un roi, veut s'y opposer, il sera
lui-¬même privé du pouvoir.
…………………………………………………..
Que les écrits des hérétiques soient brûlés ; L. VIII. Que le nom
dont on désigne les hérétiques soit tiré du nom de l'auteur de
l'hérésie et non de celui du Christ; comme on dit Calvinistes, du
nom de Calvin. L. VI.
Ce Titre est précieux comme de l'or.
II. N'EST PERMIS A PERSONNE DE SCULPTER OU DE PEINDRE LE SIGNE DU
CHRIST SAUVEUR A TERRE, OU DANS LA PIERRE, OU DANS LE MARBRE. TITRE
XI L.I (cf Défense Estendart..note 130)
Car il ne semble pas assez respectueux de peindre un signe si grand,
à savoir la Sainte Croix, et de le représenter en un endroit où il
pourrait être foulé aux pieds. - Venez, briseurs d'images ! - Que
celui qui contrevient à cette Loi soit condamné à la peine capitale.
………………………………………………………………………..
EST PRÉCIEUSE COMME DE L'OR ET DIGNE DE LETTRES MAJUSCULES LA IXe
LOI, L III, tit 26 , où l'on trouve ceci : QUE SOIENT PUNIS DU FEU
LES FAMILIERS DU PRINCE, S'ILS PERSÉCUTENT LES HABITANTS DES
PRO¬VINCES. ………………………………………………………
8
HARANGUE
DE REMERCIMENT AUX DOCTEURS DE PADOUE
5 septembre 1591
Bien que je me rende assez compte en moi-même de quelle importance
il est pour ma réputation de vous adresser autant que je le puis les
très vifs remercîments qu'exige de moi le saint et sacré bienfait
que vous m'accordez aujourd'hui, Révérendissime Vicaire général ,
vénérable Prieur , Pères conscrits : cependant, ne me sentant pas
capable de vous les présenter tels qu'il le faudrait et connaissant
les graves occupations qui vous empê¬chent d'y prêter une longue
attention, plus soucieux de vos inté¬rêts que de ma .propre
renommée, je me serais volontiers abstenu de ce devoir de
reconnaissance. Mais j'estime que mon silence, en ce lieu et dans
cette circonstance qui le condamneraient, serait de tel effet qu'il
nuirait autant à votre réputation qu'à la mienne. Si, en effet,
cette très noble assemblée me jugeait trop négligent, ingrat et
faible d'esprit pour ne point reconnaître une faveur si actuelle et
si grande, que penserait-elle des juges qui ont porté de moi, à
l'instant, un si glorieux jugement ?
J'irai donc au devant de ces pensées que l'on pourrait former à
votre sujet et au mien. Je reconnais, honorables Auditeurs, que ce
bienfait qui m'a été conféré par ces Pères éminents est de telle
sorte qu'on n'en peut attendre de plus grand en cette vie. En effet,
les autres avantages ne sont que les ornements de la fortune ou de
la personne ; mais seul celui du doctorat est l'ornement du mérite
lui-même, qui d'ailleurs est, de soi, fort glorieux ; et j'estime
cet honneur d'autant plus grand et éclatant que ce n'est pas
.seulement une couronne de laurier que ce Collège m'a conférée, mais
le lau¬rier lui-même : car il ne m'a pas fait docteur seulement,
mais il m'a rendu digne de le devenir et d'en porter le titre.
Certes, ma très chère patrie a ajouté en moi à la nature les
commencements des belles-lettres , et lorsqu'il m'en vit pour¬vu,
mon excellent père, dans l'espoir de me voir de jour en jour plus
docte, m'envoya en l'Université de Paris , très florissante alors et
très fréquentée. Mais aujourd'hui, hélas, quel changement !
Cette école de Paris, mère illustre des lettres, est désolée par les
terreurs de la guerre et, à première vue (que Dieu écarte ce
mal¬heur !), est sous la menace de devenir déserte . C'est là que je
me suis appliqué d'abord aux belles-lettres, puis à toutes les
parties de la philosophie, avec d'autant plus de facilité et de
fruit que ses toits, pour ainsi dire, et ses murailles semblent
philosopher, tant elle est adonnée à la philosophie et à la
théologie.
Jusqu'alors, je n'avais consacré aucun travail à la sainte et sacrée
science du Droit : mais lorsque, ensuite, j'eus résolus de m'y
em¬ployer, je n'eus aucunement besoin de chercher où je devais me
tourner, où je devais me porter ; ce Collège de Padoue m'attira
aussitôt par sa célébrité , et sous les plus favorables augures,
car, en ce temps, il avait des docteurs et des lecteurs tels qu'il
n'en eut et n'en aura jamais de plus grands : Guido Panciroli,
prince de la juris¬prudence, votre lumière et votre gloire, Pères,
et qui ne périra ja¬mais . Il me fut encore permis d'entendre les
paroles vivantes de Jacques Menocchio dont tout le monde admire et
révère les paroles mortes, je veux dire ses admirables écrits , et
dont la retraite aurait apporté grand dommage à cette Académie, si
Ange Matteazzi, maître consommé en toutes sortes de sciences, n'eût
été mis en sa place après mûre délibération et par un très juste
échange . Quoi de plus beau ? Il m'était permis de puiser la science
du Droit canon à la source dérivée de cette colline dont, sans aucun
doute, les muses habitent le sommet comme un autre Parnasse.
Ensuite, cette Université eut le très docte Otellio qui sait si bien
assaisonner d'agrément la science la plus solide, qu'il semble,
sachant " unir l'utilité à la douceur, " avoir " emporté tous les
suffrages." Un autre maître était le très excellent Castellano dont
l'enseignement, à mon avis, n'est si extraordinaire que parce que sa
science est, comme son enseignement, en dehors et au¬-dessus de
l'ordre et de l'intelligence ordinaires. Enfin, car je dois omettre
un fort grand nombre d'autres noms, le Trevisan posait excellement
les premiers fondements de la jurispru¬dence .
Grâce à presque tous ces maîtres, Pères, tout ce que je possède de
science civile est dérivé de votre Collège jusqu'à moi, et vous
l'avez jugée telle que, par votre sentence, vous l'avez déclarée
suffisante pour m'acquérir la couronne de laurier, et cette sentence
devient un jugement définitif. J'ai donc reçu deux bienfaits de
cette école, et je ne sais quel est le plus grand, mais je n'ignore
pas que tous deux sont très grands; c'est à savoir, que je suis
docteur et que j'ai eu le moyen de le devenir.
Aussi, cette circonstance et ce lieu exigeraient-ils de moi la plus
vive démonstration de gratitude ; mais puisque pour un bienfait si
grand et si précieux, il nous manque, à moi l'éloquence, et à vous
le loisir, à la place d'un plus long discours, recevez avec
indulgence et bienveillance cette protestation de mes sentiments
devant cette très noble assemblée. Tel que je suis, je me dois tout
entier, honorables Auditeurs, à ce très célèbre et savant Collège:
je l'atteste, je le proclame.
A vous, Christ, Dieu immortel; à votre très glorieuse Mère; à l'Ange
gardien, à saint François dont je suis heureux de porter le nom,
louange, honneur, bénédiction et action de grâces (Ap 7,12). O Loi
éter¬nelle, Règle de toutes lois, donnez-moi pour loi le chemin de
vos justi¬fications au milieu de mon cœur(Ps 18,31 ; 39,9) ; car,
bienheureux est celui que vous avez instruit, Seigneur, et à qui
vous avez enseigné votre loi (Ps 93,12).
Pour ce qui reste, faites-le, s'il vous plaît, très illustre
Panciroli, mon très honoré maître, et, de vos mains si pures et
bienfaisantes, décorez-moi de ces ornements dont cette Université a
coutume d'honorer, avant de les congédier, les élèves auxquels elle
a conféré la dignité qu'elle m'acccorde .
C'est, en effet, des mains de Panciroli que notre Saint reçut, avec
la couronne de laurier, l'anneau et le bonnet, insignes des
docteurs. (Voir Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. l, pp. 32,
35.)
EXTRAITS
DU MANUSCRIT DU COURS DE DROIT (note 99)
(SUITE EN LATIN)
9
17 septembre - 20 novembre 1591
Travail interrompu. - L'itinéraire et les périp2ties d'un voyage à
Rome ; pourquoi il a été manqué. - Mort de Grégoire XIV et élection
du nou¬veau Pontife. - Vœux du saint jeune homme à cette occasion. -
Une " porte plus grande que tout l'édifice ".
………………………………………………………………….
Ainsi je détachais quelques extraits des Titres du troisième Livre,
l'an 1591 ; au mois de septembre, le 17me jour, jour rendu mémorable
par les Stigmates du saint Père François, je fus forcé d'abandonner
ce travail, et je l'abandonne jusqu'à ce que Dieu me donne loisir et
commodité. Gloire à lui et à sa Mère.
LIVRE QUATRIÈME
DES CRÉANCES ET DU SERMENT
TITRE PREMIER
Comme le 8 octobre 1591, nous étant embarqués à Venise à la première
heure de nuit, nous avions mis à la voile, le 18 du même mois, jour
consacré à saint Luc, après une navigation très pénible, d'ailleurs
nullement périlleuse (ce qui est un bienfait de Dieu), nous
abordions dès l'aurore à Ancône , De là, le même jour, nous entrâmes
à Lorette, et le 19, après avoir reçu les Sacrements de Pénitence et
d'Eucharistie, nous répandîmes nos prières à Dieu et à sa Mère dans
la sainte chambre habitée par eux-mêmes. Le len¬demain, ayant
entendu le saint Sacrifice de la Messe, comme nous avions résolu de
nous diriger vers Rome, par crainte des brigands qui, disait-on,
avaient élevé leur nombre jusqu'à mille et dévastaient terriblement
toute la plage d'Ancône, principalement les chemins menant à Rome,
nous retournâmes, bien malgré nous, à l'endroit d'où nous étions
venus; puis, grâce à un léger détour, nous vîmes à Sirolo l'image du
Christ Notre-Seigneur suspendu vi¬vant à la Croix, que l'on dit
peinte par saint Luc . Bientôt [nous atteignions] Ancône, nous étant
servis du même navire sur lequel nous avions été précédemment portés
; et toujours sur la même heureuse embarcation de Chioggia , mais
par une traversée beaucoup plus pénible, après avoir bien payé les
frais du voyage, nous débarquâmes le 5 novembre, vers le soir, aux
colonnes de la grande place de Saint-Marc . A notre chagrin d'avoir
dû interrompre notre voyage à Rome, que nous regrettions beaucoup,
se mêlait la joie de pouvoir poser le pied, sains et saufs, sur la
terre ferme .
Ce qui surtout rendit incommode et périlleux notre voyage à Rome par
le territoire d'Ancône, c'est que le Souverain Pontife Grégoire XIV,
longtemps victime d'une longue et dangereuse maladie, avait dit
adieu à la vie ; nouvelle que nous apprîmes d'abord par un rapport
certain au moment même où nous entrions à Ancône . En effet, n'ayant
plus à craindre de sou¬verain ni de maître, une foule infâme de
brigands se leva fu¬rieuse, et l'élection du nouveau Pontife ne
paraissait pas devoir se produire bientôt; aussi fallut-il penser au
retour. De plus, monsieur Jean Déage, mon vénérable précepteur , mon
frère Gallois et moi, nous n'avions l'habitude de voyager qu'à
cheval : or, à nous trois, il ne nous restait que la somme de
vingt-huit cou¬ronnes, et les courriers, ainsi que les guides,
refusaient de nous accorder des montures à moins de trente couronnes
. C'est pour¬quoi, obligés de retourner, au port de Césène nous
apprîmes, au milieu des applaudissements universels, bien que la
nouvelle ne fut pas encore certaine, l'élection au souverain
Pontificat, du Cardi¬nal des Quatre-Couronnés, ou Facchinetti,
bolonais. La chose nous fut ensuite confirmée à Chioggia, en partie
par la joyeuse sonnerie des cloches, en partie par ce que disaient
les habitants, et, à Venise, nous sûmes qu'il avait pris le nom
d'Innocent IX .
Fasse le Dieu très bon et très grand que, sous ses auspices pour
longtemps désirés, l'Eglise catholique universelle, et surtout celle
de France, éprouve cette tranquillité qui lui permette de vivre si
bien et si heureusement, que les peuples catholiques, délivrés du
bras de leurs ennemis, puissent, dans la sainteté et la justice,
servir tous les jours de leur vie (Lc 1,74) Celui " à qui servir
c'est régner ". Le peuple et le royaume qui ne le serviront pas
périront.
J'écrivais ceci à un moment de loisir, le 20 novembre 1591.
A ce moment, reprenant la course que j'avais commencée de faire
précédemment à travers tous les Titres du Droit, je suis tombé sur
celui qui est mentionné plus haut : Des créances et du serment,
L'ayant parcouru et n'ayant rien trouvé qui se rapportât aux
créances, car tout y traite uniquement du serment, j'ai été étonné
de voir que la porte était plus grande que tout l'édifice , J'ai
décidé alors de ne plus prendre en note ce qui se trouve sous des
titres semblables (livre XII des Pandectes) : sinon ceci, que
peut-être cette partie du titre : Des créances, a été ajoutée, de
peur, sans doute, que le Code du seigneur Justinien, privé d'un
titre si noble, ne semblât inférieur, du moins en apparence, aux
livres des Pan¬dectes de nos jurisconsultes.
10
Souvenir de l'examen subi par le nouveau docteur. - Un titre à
relire souvent. - Les usuriers et le fisc.
POUR LE SÉNATUSCONSULTE VELLÉIEN TITRE XXIX Liv IV
La femme ne reçoit pas de secours [du Sénatusconsulte Velléien ] si
elle paye pour autrui sans s'être obligée ; Loi 1re. Or, elle n'est
pas obligée, même pour son fils, le Sénatusconsulte Velléien ne lui
permettant pas de s'obliger ; Loi III. Elle n'en reçoit pas non plus
de secours quand elle promet de doter sa fille; Loi XII. C'est cette
Loi que, par voie de tirage au sort, m'attribua pour mon examen
solennel le Collège de Padoue, en cette année, le 5 septembre,
messire Quarantotto étant Prieur (note 102).
…………………………………………………………………………………………
Et il y a d'autres cas dans la glose de la dernière Loi, glose que
j'ai rapportée en expliquant la Loi dans mon examen.
DES SECONDES NOCES
Liv V tit IX……………………………………………………………………..
Ces quelques notes sont prises parmi les nombreuses matières
traitées dans tout le Titre ; c'est pourquoi il sera très utile de
le lire et relire, à cause du sujet si particulier et d'une
application si fréquente. MAIS IL FAUT ÉCRIRE EN LETTRES MAJUSCULES
CE QUI EST DIT DANS LA 1re LOI : " DANS CES CHOSES MỆMES OU NOUS
INTRO¬DUISONS UNE RÉFORME DES MŒURS, NOUS NE DEVONS PAS TENIR COMPTE
DE LA QUESTION D'ARGENT." L'observation de cette Loi n'est pas d'une
nécessité urgente aujourd'hui, car les usuriers et les prêteurs à
gages les plus sordides, lorsqu'ils ont réduit à l'indi¬gence une
province jusqu'alors intacte, s'ils se laissent saisir, tous leurs
biens reviennent au fisc ; pour quelle raison, je l'ignore, car ces
biens ne sont pas ceux des usuriers, mais ceux des débiteurs
pauvres.
11
[Fin novembre-décembre] 1591
Mm. de Boisy. - Importance de la loi de l'inventaire ; le signe de
la Croix.- Pourquoi le jeune docteur met fin à son travail.
DES DONATIONS ENTRE MARI ET FEMME ET DE CELLES FAITES PAR LES
PARENTS
A LEURS ENFANTS, ET DE LA RATIFICATION
TITRE XVI Liv V
……………………………………………………………………………..
La mère, pendant le mariage, peut donner à son fils, pourvu
toutefois que rien ne soit acquis au mari. C'est ce qu'avait fait
pour moi ma très bonne et très chère mère lorsqu'elle n'avait encore
que moi comme seul et unique fils ; dans la suite, pourtant, cette
donation fut révoquée, non par une diminution de son amour maternel,
mais parce qu'il m'était survenu des frères, que Dieu bénisse :
notre commune et très sage mère a jugé que, de même qu'elle ne les
préférait pas à moi, ainsi elle ne me préférait pas à eux.
Que le Tout-Puissant lui accorde, selon sa grande miséricorde (Ps
1,3), la bénédiction du ciel en haut (Gn 49,25), la grâce et la
gloire.
………………………………………………………………
DU DROIT DE DÉLIBÉRATION. DE L'ACCESSION A L'HÉRITAGE ET DE SON
ACQUISITION
TITRE XXX Liv VI
La dernière Loi est celle que l'on appelle 3 bienfaisante 3. Elle
contient le droit de faire l'inventaire, de peur que l'héritier ne
soit obligé au-delà de ses capacités d'hoirie. Cette Loi très
importante prescrit la façon de procéder à l'inventaire, le moment,
la mé¬thode, etc. ; c'est pourquoi il faut la voir à sa source. Mais
tu observeras que l'inventaire doit être précédé du vénérable signe
de la Croix.
DE L'APPLICATION DE L'ÉDIT DE L'EMPEREUR ADRIEN, ET COMMENT CELUI
QUI EST
INSCRIT HÉRITIER EST ADMIS A LA POSSESSION
TITRE XXXIII Liv VI
Fatigué de mes efforts et de l'étude de chaque Titre, j'ai renoncé à
continuer la course commencée, et je l'interromps, jusqu'à ce que
Dieu me fasse de nouveaux loisirs; et j'aurais passé au Titre des
Novelles si, de la même façon, Jacques Cujas n'avait fait pour cette
partie du Droit des remarques très brèves, selon sa cou¬tume .
LOUANGE A DIEU ET A LA VIERGE-MERE .
C - PÉRIODE DU CHABLAIS ET D'ANNECY
1592 - 1622
VIII
1 - MOURIR POUR VAINCRE
[1592-1594
(INÉDITE)
Samson, pour accables (sic) l'assemblee ennemie
Des chefz Philistinoys, ne pouvant accraser
Leur hostel dessus sans y perdre sa vie,
Pour les vaincre voulut luymesme trespasser.
Ainsy, si vous voules en ce brave combat
Dessus vos ennemis emporter la victoyre,
Il faut, bien resouluz, de mourir fayre estat;
Et, telz qu'un viel phœnix qui, sa vielle foiblesse,
Sur un mont debattant, change en gaie jeunesse, (Pline Hist Nat
10,2)
Vous prendres en la mort un vif estre immortel.
Aussy, si vous moures en combattant, la gloyre
Du combat vous demeure ; vous aures la victoyre,
Vous seres triomphans d'un triomphe [im]mortel.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
2 - QU'EST-CE QUE COMBATTRE L'EN1\'EMI SPIRITUEL ?
[1592-15941
(FRAGMENT INÉDIT)
Combattre l'ennemy spirituel et mortifier ses inclina¬tions n'est
autre que les rejetter et n'en fayre nomplus d'estat que si elles
estoit (sic ] mortes ou n'estoit poinct ; a quoy chascun doit mettre
grand peyne, nostre nature estant tellement corrompue qu'elle nous
va quasi tous¬jours mouvant au mal fayre en toutes sortes de
vaca¬tions que nous puyssions suyvre ; et partant, chascun la doit
vaillamment combattre et mortifier ses mouvemens.
Dequoy je vous ay bien voulu escrire ce mot, affin de respondre [au
commun] .
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
IX
SOUVENIRS DE FAVEURS REÇUES SURNATURELLES
1 - RETRAITE PRÉPARATOIRE AUX SAINTS ORDRES
19 mai 1593
François, tu te dois souvenir que Dieu t'a faict beau¬coup de
misericordes le dix neufviesme de may 1593, par les intercessions du
glorieux saint Celestin, protec¬teur de ta retraitte preparatoire
aux Ordres.
Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé
au 1er Monastère d'Annecy.
2 - PENDANT LA MISSION DU CHABLAIS
19 avril [1595 ou 1596
Amor meus furor meus ! Mon amour est toute ma fureur. Il me semble,
en effect, que mon zele se soit changé en une fureur pour mon
Bienaymé; et je dois redire souvent ces petitz vers :
Est ce l'amour ou la fureur
Qui me presse, 0 divin Sauveur ?
Ouy, mon Dieu, ce sont tous les deux,
Car je brusle quand je vous veux.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte de la
Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
3 - EN LA FÊTE DU SAINT-SACREMENT
25 mai 1595
" Le vingt-cinquiesme de may 1595, jour auquel l'Eglise solem¬nise
la feste du Corps de nostre Sauveur et Redempteur Jesus¬Christ, à
trois heures du matin, comme il meditoit profondement sur le
tres-sainct et tres-auguste Sacrement de l'Eucharistie, il se sentit
ravy à une si grande abondance de suavité par le Sainct Esprit,...
que son cœur se laissant aller par trop de delices, il fut en fin
contrainct de se jetter par terre... Il y " demeura assés de temps
prosterné de son long et criant ; Retenez, Seigneur, les flots de
votre grâce ! Seigneur, éloi¬ gnez-vous de moi, parce que je ne puis
soutenir la grandeur de votre douceur ; c'est pourquoi je suis
contraint de me prosterner."
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
X
ESSAIS DE POÉSIE
1 - LA TRANSFIGURATION ET LE COEUR DE JÉSUS
6-15 août 1598
(INÉDITE)
Nous avons veu, Seigneur, ceste face si claire,
Plus claire mille fois que n'est le beau soleil (Mt 17,2)
Lhors qu'en son plein mydi le plus fort il esclaire
Et que cest univers il regarde a plein œil.
Mais, si tel est le cors, combien est plus luysante
La gloire de ton cœur, de ton cœur tout heureux
D'une fœlicité sur tout autre abondante,
Qui, des son premier point, le rendit glorieux.
Cœur si plein de splendeurs, que mesme il les espanche
Dessus tous tes habitz, que mesm'il a fait voir
Si blancz et radieux, qu'une neige si blanche
De monstrer a nos yeux le ciel n'a le pouvoir (Mt 9,2).
Hé, qui doutera donq qui (sic) ne rayonne encore
Dessus son serviteur qui le sert humblement
Et parmi les travaux de ce monde l'honnore,
Demeurant joint a luy comme son vestement ?
Sus donq ! vous qui voyes quelle gloire environne
Le chef de vostre Dieu plein de felicité,
Remarques que le pris d'une telle couronne
Ne peut estre gaigné que par l'humilité (c).
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
2 - EN L'HONNEUR DU SAINT-SACREMENT
6-15 août 1598
(INÉDITE)
Nous confessons, O Seigneur Dieu,
Que ton cors est [en] ce lieu.
Ta parole
N'est frivole,
Ni ton Eglise aussi,
Laquelle le croit ainsy.
Nous admirons ta bonté
Adorans ta majesté
Qui, presente,
Se contente
En ces bas lieux se ranger
Pour mieux se faire manger.
O Pain cœleste et vivant,
Tout esprit t'aille adorant,
L'homme et l'Ange
Qui te mange :
L'homme, au Sacrement, couvert,
Et l'Ange, au Ciel, descouvert.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
3 - LA CROIX
Septembre ou octobre 1598
(FRAGMENT INÉDIT)
……………………………………………
Mais, quand a moy, j'estime asses puissante
Du grand Sauveur l'amere Passion,
Pour bien graver en vostre affection
Quil faut aymer tous ce que represente
Ce livre cy, lequel je vous presente.
En aymant tous, j'en auray portion.
[A utre ébauche]
Mais, quand a moy, j'estime asses puissante
La Passion de Jesus, vostre Espoux,
Pour bien graver quil vous faut aymer tous
En vostre cœur ce que vous represente
Ce livre cy, qu'en don je vous presente.
Or sus, aymant tous, si m'aymeres vous.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.
4 - AU PIED DE LA CROIX
1605-1608
(FRAGMENT INÉDIT)
Regarde tout au tour de toy
La sainte compaignie
Qui adore……………………
Voy, pres de ce saint Crucifix,
La douce compaignie
De………………………………
Tu n'y seras seul ; Dieu y est
Pour t'y donner sa vie,
Son Mignon et Celle quil sçait.
Quelle douceur - O Dieu le sçait ¬
Sous cett'arbre (sic) de vie
Ou tu verras Celle qui est
Ta sainte et digne amie,
N'oserait on dire qui c'est.
………………………………………………..
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XI
NOTE INTIME TOUCHANT UNE FAVEUR SURNATURELLE
REÇUE A ROME
le 25 mars 1599
Ayant receu la sainte Eucharistie de la main du Sou¬verain Pontife
le jour de l'Annonciation, mon ame fut fort consolee interieurement;
et Dieu me fit la grace de me donner de grandes lumieres sur le
mistere de l'In¬carnation, me faisant connoistre d'une maniere
inexpli¬cable comme le Verbe prit un cors, par la puissance du Pere
et par l'operation du Saint Esprit, dans le chaste sein de Marie, le
voulant bien luy mesme pour habiter parmy nous (Jn 1,14), des qu'il
seroit homme comme nous (Ph 2,7).
Cest Homme Dieu m'a aussi donné une connoissance eslevee et
savoureuse sur la Transsubstantiation, sur son entree en mon ame et
sur le ministere des Pasteurs de l'Eglise.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte de la
Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
XII
RÈGLEMENT ÉPISCOPAL
Fin novembre - 8 décembre 1602
Et premierement, quant a l'exterieur, FRANÇOIS DE SALES, Evesque de
Geneve, ne portera point d'habitz de soye ni qui soyent plus
pretieux que ceux qu'il a portés par cy devant ; toutesfois ilz
seront netz et bien proprement accommodés autour de son cors.
Il ne portera point a ses piedz d'escarpins avec les mules ou
galoches, tant parce que cela ressent la vanité du monde, que parce
qu'il est defendu par les Statutz de son Eglise .
Jamais il n'ira en point d'eglise sans rochet et camail, ni par la
ville, et mesme observera cela par la mayson, quant au camail,
autant qu'il se pourra faire. En la mayson, en l'eglise et par la
ville, autant que la commo¬dité le luy permettra, il portera
tousjours son bonnet carré.
Il ne portera au doigt que le seul anneau qu'on appelle pastoral, et
que les Evesques doivent porter pour marque de l'alliance qu'ilz ont
contractee, et qui les tient liés et obligés a leur Eglise non moins
estroittement que les maris a leurs espouses.
Il ne portera point de gans qui soyent parfumés ou de grand prix, ni
de manchons de soye et fourrés ; mays il prendra ce qui sera de la
civilité, honnesteté et necessité. Sa ceinture pourra estre de soye,
non pas toutesfois pretieuse, et en icelle il portera son chappelet
attaché. Les attaches de ses souliers ne seront point de soye, ni
ses bas de chausses .
Sa tonsure sera tousjours en estat d'estre fort bien reconneüe, sa
barbe ronde, non pointue, et sans aucunes moustaches qui passent la
levre superieure.
Il taschera de n'avoir point de serviteurs inutiles et superflus. Il
y en aura deux ecclesiastiques, l'un desquelz aura charge de toutes
les affaires , et l'autre luy assis tera aux Offices . Et encor
suffiroit il d'un ; mais main¬tenant il en prend deux en
consideration d'André de Sauzea, docteur en droit canon et bachelier
en theolo¬gie, lequel estant bon predicateur, pourra faire beaucoup
de prouffit en ceste diocese . Ilz seront habillés a la Romaine,
s'il se peut faire, avec toute sorte de modestie, ou bien comme les
prestres du Seminaire de Milan, parce que ceste sorte d'habillement
couste moins et est plus commode . Un secretaire , deux valetz de
chambre, l'un pour soy et l'autre pour la famille ; un cuisinier
avec son garçon , et un laquay qui sera vestu de tanné avec les
bords violetz . Point de ses serviteurs ne portera de pennaches, ni
d'espee, ni des habitz de couleur esclatante, ni de grans cheveux,
ni des moustaches par trop relevees.
Ilz se confesseront et communieront tous les seconds Dimanches du
moys, selon les Statutz de la Confrerie des Penitens de la Sainte
Croix , en laquelle ilz s'en¬roolleront, et communieront a la Messe
de l'Evesque. Ilz entendront tous les jours la Messe, et les
Dimanches et festes tout le divin Office en l'Eglise cathedrale. Ilz
se leveront tous du lict a cinq heures de matin ; mais les jours
solemnelz, quand il faudra aller a Matines, a quattre heures. Ilz se
coucheront a dix heures du soir, mais ilz s'assembleront au
prealable en la salle pour reciter les Litanies : le Dimanche, du
Nom de Jesus ; le lundy, de tous les Saintz ; le mardy, des Anges ;
le mercredy, de saint Pierre Apostre, Patron de l'Eglise de Geneve ;
le jeudy, du tressaint Sacrement ; le vendredy, de la Passion de
Nostre Seigneur ; le samedy, de la glorieuse Vierge Marie Nostre
Dame ; sinon qu'a l'occa¬sion de quelques festes ces Litanies
doivent estre transferees. L'Evesque dira l'orayson, on fera
l'examen de conscience, et apres cela, tous se retireront.
En chasque chambre il y aura un oratoire, et en iceluy de l'eau
benite avec quelque devote image et Agnus Dei. Deux chambres seront
tapissees: une pour les estran¬gers et l'autre pour recevoir les
affayres, c'est a sçavoir la salle .
Il y aura tousjours quelqu'un qui aura soin de recevoir et
introduire ceux qui viendront, et celuy la sera courtois et
gratieux, taschant de ne fascher personne, quelle qu'elle soit.
C'est une trop grande audace aux serviteurs d'un Prelat de mespriser
les ecclesiastiques inferieurs : tous ceux qui serviront l'Evesque
de Geneve seront advertis et accoustumés de traitter honnestement
avec tous, mays principalement avec les prestres .
Quant a la table, elle soit moderee et, comme dit le Concile (Trente
25 de Ref 1), " frugale, " mays toutesfois propre et nette. Les
prestres y seront assis et, autant qu'il se pourra faire, tiendront
les premieres places. Chacun benira la table a son tour et dira
pareillement les Graces, excepté les festes solemnelles ; car alhors
l'Evesque fera la benediction et l'action de grace, comme aussi tous
les jours il dira l'orayson : " Seigneur, benisses nous, " parce que
le moindre doit recevoir la benediction du plus grand (He 7,7). On
lira quelque livre de devotion jusques a moytié disner ou souper ;
le reste sera donné a des dis¬cours honnestes . L'heure du disner
sera a dix, celle du souper a six. Les jours de jeusnes on ne
s'assira point a la collation ; et alhors le disner sera a onze
heures sonnees, la collation a sept.
Quant à l'aumosne, il faudra observer les jours que feu Monseigneur
le Reverendissime avoit choysis, affin qu'elle se fasse publiquement
; il faut tascher qu'elle soit plus grosse en hiver qu'en esté,
principalement despuis la feste des Roys, car alhors les pauvres en
ont plus de besoin ; et pour ce, l'on distribuera des legumes. Je ne
sçay s'il seroit expedient que l'Evesque baillast l'aumosne de sa
main propre, quand il verroit que cela se pourroit faire commodement
: comme le mercredy de la grande Semayne, ou le Jeudy Saint et le
Vendredy Saint de la Passion. Le Jeudy Saint, au Mandat, on baillera
a disner aux pauvres devant que leur laver les piedz, ou bien apres,
si le Mandat se fait de matin , comme feu Monseigneur le
Reverendissime le faysoit. Il faudra tascher que les aumosnes qu'on
distribuera aux Freres Mineurs , aux Jacobins , aux Capucins
(L5,note 734), aux Religieuses de Sainte Claire (L3, note 101) et a
l'Hospital (L6,note 255 ) soyent remarquees, tant pour l'exemple que
pour une plus grande efficace envers le peuple . Quant aux aumosnes
particulieres et extraordi¬naires, l'onction enseignera ce qu'il
faudra faire (1 Jn 2,27).
Quant aux divins Offices, toutes les festes de comman¬dement
l'Evesque assistera aux premieres Vespres, aux secondes, a la Grande
Messe et a l'Office qui se fait devant ou apres ; mays les jours
solemnelz, outre cela, a Matines. Il celebrera et fera l'Office la
nuict et le jour de la Nativité de Nostre Seigneur, a la feste des
Roys, le Dimanche de Pasques, le Dimanche de Pentecoste, a la Feste
Dieu, a la feste de saint Pierre et saint Paul, a la feste de saint
Pierre aux Liens, Patron de l'Eglise de Geneve, a la feste de
l'Assomption de Nostre Dame, a la feste de Toussaintz et le jour
anniversaire de son sacre. - Toute l'octave de la Feste Dieu il
assistera a l'Office, et preschera le Dimanche praecedent pour
ad¬vertir le peuple de son Office, affin qu'il gaigne les
Indulgences. Le jour de la feste, le Dimanche dans l'oc¬tave et le
jour de l'octave il fera la Benediction dans l'e¬glise des
Religieuses de Sainte Claire, tant affin de les consoler, que parce
que ceste eglise est coustumiere¬ment toute pleyne de peuple, et que
c'est la derniere Benediction qui se fait en la ville.
Il assistera, autant quil se pourra faire, le plus souvent aux
Offices et exercices des Confreres de la Sainte Croix, du tressaint
Sacrement, du saint Rosaire, du Cordon, mays principalement de la
Sainte Croix, a cause de la Communion qui s'y fait et qu'il taschera
de faire le plus souvent . Voyla quant a l'exterieur.
Maintenant, quant a l'interieur, et premierement quant a l'estude,
il fera en sorte qu'il puisse apprendre quelque chose tous les
jours, utile neanmoins et qui soit convenable a sa profession.
Ordinairement, il pourra avoir pour estudier les deux heures qui
sont entre sept et neuf de matin ; apres souper, il fera lire
quelque livre de devotion l'espace d'une heure, qui sera en partie
pour l'estude, en partie pour l'orayson.
Le matin, apres l'action de graces accoustumee, l'in¬vocation de
l'ayde de Dieu et dedication de soy mesme, il meditera l'espace
d'une heure, selon qu'il aura aupa¬ravant disposé. Il se tiendra
tousjours en la presence de Dieu et l'invoquera a toutes occasions.
Quant aux oraysons jaculatoires, il les tirera ou de la meditation
du matin, ou des divers objectz qui se presenteront ; elles seront
ou vocales ou mentales, selon qu'il sera incité du Saint Esprit, et
il s'en fera un brief recueil pour aspirer a Dieu, a la Vierge, aux
Anges, aux Saintz auxquelz il aura une particuliere devotion .
Il recitera ordinairement l'Office debout ou a genoux : Matines et
Laudes sur le soir, apres la lecture de devo¬tion ; Prime, Tierce,
Sexte et None entre six et sept heures de matin, c'est a sçavoir
apres la meditation ; Vespres et Complies devant souper, et le
Chapelet apres Vespres, avec les meditations, d'autant qu'il est
obligé par vœu de le reciter . Quand il preverra quelque urgente
affaire, il pourra prevenir l'heure des Vespres et du Chapelet. Les
jours de feste recitera les Heures et Vespres avec le chœur, et le
Chapelet pendant la Grande Messe.
Il sortira le matin a neuf heures pour offrir le tressaint Sacrifice
de la Messe, laquelle il celebrera tous les jours, sinon qu'il soit
empesché par quelque extreme necessité; et affin de la celebrer avec
plus de devotion, il fera un recueil et abbregé de diverses
considerations et affections par lesquelles la pieté peut estre
excitee envers ce grand mystere, et s'y occupera et entretiendra en
sortant de sa chambre et en allant a l'autel. Quand il sera arrivé a
la sacristie, il fera la preparation ni trop courte ni trop longue,
pour n'attedier ni attiedir ceux qui attendront ; l'action de graces
sera de mesme . Apres la Messe, en laquelle il se comportera avec
une douce gravité, ne parlera avec personne ; au moins en allant a
la Messe, et principalement d'affaires seculieres, affin que
l'esprit soit entierement recueilly en soy mesme. Il ne sera point
mal a propos que les jours qu'on appelle de devotion, il celebre la
Messe es eglises ou elle sera, affin que le peuple y venant treuve
tous jours son Evesque en teste : comme les festes solemnelles de
ces eglises et quand il y a des Indulgences .
Le soir, il fera l'Exercice avec le reste de la famille. Il se
confessera de deux en deux ou de troys en troys jours, sinon que la
necessité portast autrement, vers le plus capable confesseur qu'il
pourra commodement avoir et lequel il ne changera sans necessité .
Il se confes¬sera quelquefois en l'eglise, a la veüe de tous, pour
servir d'exemple a tous.
Outre les jours de jeusne que l'Eglise a commandé, il jeusnera
toutes les veilles des festes de Nostre Dame et tous les jours de
vendredy et samedy .
Tous les ans, par l'espace de huict jours, et davantage quand il
pourra, il fera la recollection et purgation de son ame, et ce tems
pendant, examinera ses succes et progres despuis l'annee passee ; et
apres avoir marqué les principales offences, il les accusera a son
confesseur, avec lequel il conferera de ses mauvayses inclinations
et difficultés au bien. Quoy fait, il fera beaucoup de prieres,
principalement mentales, avec application de Messes, qu'il celebrera
et fera celebrer en ce tems, pour obtenir de Dieu la grace
necessaire a son regime et de son Eglise. Et renouvellera tous les
bons propos et desseins que Dieu luy avoit baillés ; et pour cest
effect, il relira, devant que se presenter a la confession, les
memoyres de toutes ses resolutions et les remarquera derechef, affin
qu'il puisse adjouster ce que l'experience luy aura appris. Le tems
de ceste recollection ne peut pas bonnement estre determiné, sinon
que les semaynes de carnaval semblent y estre propres, tant pour
n'estre pas tesmoin de l'insolence et dissolution du peuple, que
pour sortir du desert a la praedication et aux grandes œuvres, a
l'imitation de nostre Sauveur et Redempteur Jesuschrist (Mt 4,1 ; Lc
4,1) et de son Praecurseur saint Jean Baptiste (Lc3,2). Si
toutesfois il y avoit esperance de retirer le peuple de ceste
dissolution par quelque notable exercice (dont il sera parlé es
articles de la republique , alhors il faudra choysir pour ceste
recollection quelqu'une des semaynes qui sont entre Pasques et
Pentecoste, affin que l'Esprit de Dieu que l'on y aura acquis, opere
le bien de ces festes solemnelles et Octave du tressaint Sacre¬ment
; pour ce encor, qu'alhors on est moins pressé d'affaires, et que la
sayson est fort propre pour la purgation de l'ame aussi bien que du
cors, voyre que la purgation du cors pourra servir de praetexte a la
purga¬tion de l'ame.
……………………………………………….
FRANÇOIS DE SALES.
Jean FORIER, de la Compagnie de Jesus.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
2.
FRAGMENT DU MÊME DOCUMENT
………………………………………………………………………….
C'est pourquoy je finis mon occupation avec un grand desir de
m'advancer en ceste pretieuse dilection. Et pour m'y disposer :
Le matin, apres que j'auray invoqué Dieu, et m'y seray dedié, je
feray une heure de meditation, selon que je l'auray premedité. Je
produiray force oraysons jacula¬toires pendant la journee, selon que
le Saint Esprit m'inspirera. Comme aussi, pour celebrer plus
devote¬ment la sainte Messe, je m'occuperay, jusques a ce que je
sois a l'autel, dans toutes les considerations et affec¬tions par
lesquelles la pieté peut estre excitee envers ce grand mystere.
Je feray tous les ans huict ou dix jours de retraitte pour examiner
les progres de mon ame, ses inclinations, ses difficultés, ses
defautz. C'est en ceste retraitte ou on regarde le Ciel de bien pres
et ou on trouve la terre bien esloignee de ses yeux et de son goust
; et lhors que les saintes ames qui sont engagees pour le publiq ne
peuvent jouir de ceste felicité, elles font un cabinet dans leur
cœur, ou elles vont estudier la loi de leur Maistre et la reçoivent
de sa propre main. De plus, en ceste montai¬gne, qui est si eslevee
qu'on n'y entend point le bruict des creatures, on gouste, comme dit
le Prophete (Ps 23,9), que Dieu est doux et suave. C'est par la
prattique de cest exercice que nous apprenons si nous advançons a la
ver¬tu ; en un mot, c'est en ce tems et en ce lieu ou l'on prend les
saintes et solides resolutions de vivre selon les lois de la
veritable et eternelle sagesse.
XIII
PREMIER TESTAMENT
29 novembre 1617
1 - Texte
Je soussigné, FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu Evesque et
Prince de Geneve, voulant manifester et faire sçavoir a tous quil
appartiendra ma derniere vo¬lonté et faire mon testamen t:
Prie premierement Dieu tout puissant de recevoir mon ame a merci et
luy faire part de l'heritage eternel que nostre Redempteur nous a
aquis en son sang.
2nt J'invoque la tres glorieuse Vierge Marie Nostre Dame et tous les
Saintz, affin qu'ilz implorent la miseri¬corde de Dieu sur moyen ma
vie et en ma mort.
3nt Sil playsoit a la Providence divine que la tressainte et
uniquement veritable religion Catholique, Apostoli¬que et Romaine
fut restablie en la cité de Geneve lhors de mon trespas, j'ordonne,
qu'en ce cas la, mon cors soit enterré en mon Eglise cathedrale .
Que si, en ce tems¬la, ladite sainte religion ny est pas restablie,
j'ordonne que mon cors soit enterré au milieu de la nef de l'eglise
de la Visitation que j'ay consacree en cette ville ; sinon que je
mourusse hors de mon diocaese, auquel cas je laisse le choix de ma
sepulture a ceux qui lors seront aupres de moy, a ma suite .
4nt Appreuvant de tout mon cœur les sacrees ceremo¬nies de l'Eglise,
j'ordonne qu'a mon ensevelissement treze cierges allumés et flambans
soient portés et mis autour de mon cercueil, sans autres escussons
que ceux du nom de JESUS, pour tesmoigner que, de tout mon cœur,
j'embrasse la foy preschee par les Apostres. Mais d'ailleurs,
detestant les vanités et superfluités que l'es¬prit humain a
introduites es sacrees ceremonies, je de¬fens tres expressement
toute sorte d'autre luminaire, quel quil soit, estre fait en mes
obseques ; priant mes amis et parens, et ordonnant a mes heritiers
de ne rien y adjous¬ter, et employer leur pieté envers moy a faire
des prie¬res et aumosnes, et sur tout a faire celebrer les
tressain¬tes Messes pour moy.
5nt Je fais, cree et institue mes heritiers universelz en tous les
biens immeubles, noms et actions qui m'appar¬tiennent ou peuvent
appartenir, procedés et parvenus a moy de la part de mes Pere et
Mere , de messire Bernard de Sales, mon frere , de dame Marie Aymee
de Rabutin, ma belleseur , a sçavoir : Messire Jean François de
Sales, mon frere, chantre et chanoyne de mon Eglise, et mon Vicaire
general , pour la tierce part ; les enfans masles de feu Galois de
Sales, mon frere, en son vivant seigneur de Boysi et du Villars
Roget , pour la tierce part ; et messire Louys de Sales, Baron dudit
lieu et de Thorens, seigneur de la Thuille, Chevalier au ma¬gnifique
Conseil de Genevois (L2, note 104), pour l'autre tierce part : les
trois faysans le tout, a condition que mesdits haeri¬tiers ni les
leurs ne viendront jamais a conte ni deconte, ni ne
s'entredemanderont jamais aucune chose les uns aux autres pour les
substitutions faites entre eux et moy par feu nos Pere et Mere.
6nt Je laisse et donne par praelegat et institution par¬ticuliere au
susnommé messire Jean François de Sales, mon Vicaire general, tous
mes autres biens meubles et tous mes autres moyens de quelle nature
qu'ilz soyent, a la charge neanmoins qu'il les distribue et departe
exactement comme je luy ordonne par un memorial que je luy en ay
fait a part , chargeant de cela sa conscience en laquelle je me fie.
Fait Annessi, le XXIX novembre mille six cens dix sept.
FRANÇs, E. DE GENEVE. J'ay fait les ratisseures
et corrections de ma main propre.
FRANÇs, E. de Geneve.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Roussy de Sales,
au château de Thorens-Sales (Annecy).
2. ENVELOPPE DU TESTAMENT
29 novembre 1617
La carte ci incluse et tout ce qui est en icelle escrit, est mon
testament ; et, ainsy quil est contenu, je legue, donne, institue et
teste. Vous, Messieurs, en porteres, sil vous plait, tesmoignage,
vous ayant expressement a ce prié, appellé et requis.
FRANçs, E. DE GENEVE.
En foy dequoy ay signé ce que dessus et apposé mon seel accoustumé,
ce vint et neuf novembre mille six cens dixsept.
Nous soubsignés, certifions a tous quil appertiendra, que nous avons
estés priés, appellés et requis de Monseigneur le Reveren¬dissime
François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, de signer et sceller
cette carte qui est son testament solemnel et par escrit.
Annessi, au palais de mondit Seigneur le Reverendissime et mayson de
monsieur Favre, premier President de Savoye, ce vint neuf novembre
mil six cens et dixsept.
E. DE LA COMBE, ay scellé du seel du Sr Rogex.
CHARLES GROSSET, scellé de mon seel.
PHILIPPE DEQUOEX, scellé de mon seel.
ROLLAND, scellé de mon seel.
FLOCARD, scellé du seel du Sr Roges. DE CHAVANES, sellé du sieur
Roger.
DELESPINE, scellé de mon seel.
Nous Philibert Roges, docteur en theologie, Chanœnne de Geneve,
Vicayre et Official substitut de l'Eveché de Geneve, certifions a
tous qu'il appartiendra, qu'en l'an et jour et lieu sus escript, a
comparu par devant nous Monseigneur le Reverendissime FRANÇOYS DE
SALES, Evesque et Prince de Geneve, lequel, en presence des tesmoins
sus nommés et signés, nous a did et declaré avoir faict son
testement et ordonnance de derniere volonté, comm'ell'est dans la
presente carte escripte de sa main et soubsigné, comm' il nous a
declayré en presence desdits tesmoins, vouliant et entendant que
sadite volonté escripte en cette ditte carte sorte son plain et
entier effaict a l'adve¬nir, par tous meilleurs moiens qui se
peuvent faire, de droict et de coustume ; priant lesdits tesmoins
vouloir estre recors par cy appres, si besoingt est, de ladite
declaration par luy faicte, nous requerant de mesme luy vouloir
octroier acte de ses requisions (sic) : ce que luy avons accordé.
En tesmoignage dequoy avons signé et faict contresigné par Jacque
Maurice Dumont, secretayre et greffier de ladite Eveché , et faict
apposer le seel ordinayre d'icelle, le vingtneufviesme Novem¬bre mil
six centz dixsept, dans le palais de mondict seigneur et maison
susdicte.
ROGES Vicarii generalis substitutus.
DUMONT.
Revu sur l'original appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz,au château
de Montpont, près Alby (Haute-Savoie).
XIV
SECOND TESTAMENT
DE SAINT FRANÇOIS DE SALES, FAIT CONJOINTEMENT
AVEC JEAN-FRANÇOIS, SON FRÈRE ET COADJUTEUR
6 novembre 1622
Nous, FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege
Apostolique Evesque et Prince de Geneve, et JEAN FRANÇOIS DE SALES,
Evesque de Chalcedoyne et Coadjuteur en l'evesché dudit Geneve,
voulant ma¬nifester et faire sçavoir a tous qu'il appartiendra
nostre derniere volonté et faire nostre testament :
Prions premierement Dieu tout puissant de recevoir nos ames a mercy,
et leur faire part de l'heritage eternel que nostre Redempteur nous
a acquis en son sang.
Secondement, Nous invoquons la tres glorieuse Vierge Marie Nostre
Dame et tous les Saintz, qu'ilz implorent la misericorde de Dieu sur
Nous en nostre vie et en nostre mort.
Troysiesmement, s'il playsoit a la Providence divine que la
tressainte et uniquement veritable religion Ca¬tholique et
Apostolique Romaine fust restablie en la cité de Geneve lhors de nos
trespas, Nous ordonnons qu'en ce cas nos cors soyent enterrés en
nostre Eglise cathe¬drale. Que si en ce tems laditte sainte religion
n'y est pas restablie, Nous ordonnons que nos cors soyent enter¬rés
au milieu de la nef de l'eglise de la Visitation (que Nous, Evesque
de Geneve, avons consacree en cette ville) ; sinon que nous
mourussions hors du diocese, auquel cas Nous laissons le choix de
nostre sepulture a ceux qui pour lhors seront aupres de Nous, a
nostre suitte .
Quatriesmement, appreuvans de tous nos cœurs les sacrees ceremonies
de l'Eglise, Nous ordonnons qu'a nostre ensevelissement treize
cierges seront allumés, portés et mis autour de nos cercueilz, sans
autres escus¬sons que ceux du nom de JESUS, pour tesmoigner que de
tous nos cœurs Nous embrassons la foy preschee par les Apostres.
Mais d'ailleurs, detestans les vanités et superfluités que l'esprit
humain a introduites es sacrees ceremonies, nous defendons tres
expressement toute sorte d'autre luminaire, quel qu'il soit, estre
fait en nos obseques, priant nos parens et amis et ordonnant a nos
heritiers de ne rien y adjouster, et employer leur pieté envers Nous
a faire des prieres et aumosnes, et sur tout a faire celebrer les
tressaintes Messes pour Nous.
Cinquiesmement, Nous leguons : a Frere Janus de Sales, Chevalier en
la sacree Religion de Malte, nostre frere (L5,note 691), la somme de
deux cens florins de pension annuelle et perpetuelle, pendant sa vie
naturelle.
A damoyselle Gasparde de Sales, femme de noble Melchior de
Cornillon, seigneur de Meyrens (L4,note 216 ; L7, note 632), la
somme de cinquante escus pour une fois, ou bien deux de nos bagues,
au choix de nostre heritier ou heritiers substitués.
A nobles Sebastien, Amé, Louys, Jean Anthoyne et Bernard, enfans de
feu messire Gallois de Sales, seigneurs de Boysi et de Villaroget,
nos neveux , la somme de deux mille escus d'or sol, ensemble tout ce
que Nous pouvons pretendre sur les biens qu'ilz pos¬sedent.
Moyennant quoy, lesditz legataires ne pourront de¬mander aucune
chose, quelle qu'elle soit, et particulierement lesditz sieurs de
Boysi, ni sur nos heritages, ni sur les biens de La Thuille, Sales,
Thorens et leurs dependances, sous pretexte d'aucun partage
definitif, allegation de moindre lot, payement d'aucune somme a
laquelle Nous leur soyons obligés, ou autrement comme que ce soit ;
ordonnons qu'ilz nous en tiennent quittes a nostre heritier
sousnommé, et que les partages provi¬sionnelz faitz entre nos
freres, de nos biens et des leurs, a forme qu'ilz les ont ci devant
possedés a part et pos¬sedent encor a present, tiennent
definitivement et perpe¬tuellement, et qu'ilz ne viennent jamais a
conte ni deconte, ni s'entredemandent jamais aucune chose les uns
aux autres pour les substitutions faittes entr'eux et Nous par feu
nos Pere et Mere. Lesquelz legatz Nous ordonnons estre payés une
annee apres le deces du dernier mourant de Nous deux, et les deux
cens florins de nostre frere le Chevalier tous les ans, par
semblable jour que le dernier de Nous mourra ; sauf que, quant au
payement desditz deux mille escus legués a nos neveux, il sera
loysible au sieur Baron de Thorens, nostre frere et heritier , d'en
faire payement par la cession et transport de semblable somme qui
luy est deuë et qui luy doit estre payee apres la mort du seigneur
Baron de Cusy son beaupere ; laquelle cession lesditz lega¬taires
seront tenus d'accepter pour payement, leur main¬tenant ledit sieur
Baron de Thorens semblable somme luy estre bien deuë et exigeable,
ou autrement il de¬meurera chargé dudit legato
Sixiesmement, Nous faisons et instituons heritier uni¬versel l'un de
l'autre, et le survivant de Nous institue son heritier universel
messire Louys de Sales, seigneur et Baron de Sales et de Thorens et
de La Thuille, conseiller et Chevalier au Conseil de Genevois,
nostre frere, et apres luy ou a son deffaut, l'aisné de ses enfans
masles , Voulans et entendans que nos biens soyent conservés, et
parviennent entierement et sans detraction de trebellianique, que
Nous prohibons, aux enfans masles qui descendront par loyal mariage
de nostre dit frere heritier jusques a l'infini, preferant
tous-jours l'aisné d'iceux pour le tout ; esperans que nostre dit
frere fera semblable disposition pour ce qui est a son pouvoir, pour
la conservation de nostre famille; et ainsy Nous substi¬tuons
vulgairement et par fidecommis perpetuel, pour la faveur du masle
aisné descendant de nostre dit frere heritier. Et s'il arrivoit que
la ligne masculine de nostre dit frere defaillist, Nous substituons
l'aisné des enfans masles susnommés, descendans jusques a l'infini,
dudit feu seigneur de Boysi nostre frere; sauf que nos meubles, de
quelque espece qu'ilz soyent, demeureront a la libre disposition du
survivant de Nous deux. .
Voulons que ceci soit nostre dernier testament ; a ces fins
revoquons tous autres que Nous pourrions avoir faitz et tout leur
contenu ; et s'il ne vaut a present ou a l'advenir comme testament,
qu'il vaille comme codicille, et par tous meilleurs moyens. Que si
l'evenement des affaires faisoit que l'un de Nous changeast de
volonté et fist par ci apres un autre testament, le present
neanmoins demeurera sur pied, valable, entant que concerne la
disposition de l'autre qui ne la changera point.
Si avons prié les tesmoins signés sur le repli de cette carte, de
porter tesmoignage que son contenu est nostre derniere volonté.
Fait a Annessi, le sixiesme jour du mois de novembre, l'an mille six
cens vingt et deux.
FRANçs, Evesque de Geneve.
JEAN FRANçs, Evesque de Chalcedoyne.
DEUXIÈME SÉRIE
APOSTOLAT
A - DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
1
MÉMOIRE ADRESSÉ AU DUC DE SAVOIE CHARLES-EMMANUEL 1er
POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE
(MINUTE INÉDITE)
Triste situation religieuse du Chablais. -Sur la demande du duc de
Savoie, l'Evêque de Genève y a envoyé deux missionnaires. - Leurs
travaux et leurs insuccès. - Causes de ceux-ci et remèdes proposés.
- Projet d'une lettre à écrire par Son Altesse au corps de Ville de
Thonon ; le Saint sug¬gère au prince d'en adresser une autre au
gouverneur du bailliage et une troisième au juge-maje de Thonon.
Mai ou juin 1595 .
Le balliage de Thonon est environ de cinq lieuës de long et quattre
de large. Il fut faict haeretique par la violence des Bernois, il y
a environ 60 ans, sans que les habitans eussent ny loysir ny moyen
de considerer ce qu'ilz faysoyent abandonnant l'Eglise catholique .
Plusieurs eglises y furent reconciliees, et plusieurs personnes
aussy, quand Son Altesse y fut au commence¬ment des guerres ; mays
despuis, tous les lieux y ont estés pillés et violés par l'ennemy,
et les personnes retombees en l'erreur par crainte : si qu'en tout
le balliage il n'y a qu'un autel, tout nud et sans aucune commodité
pour y celebrer, qui est en la paroisse des Alinges. Et de
personnes, il n'y en est demeuré de catholiques qu'environ 80, dont
il y en a cinquante, ou environ, en la ville de Thonon ; le reste,
espars ça et la. Tout le reste est haeretique, laissant a part le
fort des Alinges, ou les soldatz sont la pluspart catholiques .
Or Son Altesse, l'annee passee, declaira par une lettre a
Monseigneur le Reverendissime de Geneve, que son intention estoit
que l'Eglise catholique fut restablie en ce balliage par la
praedication et autres exercices . Et des lhors y furent envoyés
deux praedicateurs par Monseigneur le Reverendissime , qui ont
preeché ordi¬nairement en la ville de Thonon et en la parroisse des
Alinges des le mois d'octobre en ça, n'y ayant point eu de moyen ny
commodité ailleurs d'y faire le mesme .
Mays le fruict que jusqu'a prœsent ilz y ont faict n'a esté que de
consoler le peu de Catholiques qui y estoyent et donner a penser a
la plus part des autres, qui ne croyoyent pas que personne parlast
ou entendist la rayson de l'Escriture que les ministres huguenotz ;
n'ayant peu reduire que cinq personnes, entre lesquelles il y a un
advocat nommé Pierre Poneet, le mieux entendu de tout le balliage .
Et ce qui a empesché le bon succes de l'entrepri¬se a esté, en
partie, la crainte que les habitans ont que Geneve et Berne ne les
maltraitte en cas de romp[ement] de trefves , s'ilz prestoyent
l'oreille aux Catho¬liques ; qui a faict qu'ilz ne sont du tout
point venuz aux sermons, si ce n'est deux ou trois fois que quattre
ou cinq y ont assisté . En quoy ilz se sont d'autant plus resoluz,
qu'ilz n'ont jamais voulu croire que Son Altesse desire leur
reduction, par ce que, comme plusieurs ont dict, si ell'eust eu cest
œuvre a cœur, elle eust faict inviter les habitans a la prendre, par
quelque declara¬tion de son intention. Outre ce, que ne voyant rien
d'es¬tably pour ce peu de gens d'Eglise qui reside, on ne leur peut
pas lever l'opinion que ce ne soit une boutade de l'Evesque pour
aggrandir son authorité, sans aucun adveu ou volonté du Prince.
Si donq il playsoit a Son Altesse favoriser cest œuvre d'une sienne
lettre addressee a la ville de Thonon, par laquelle elle declarast
son desir en ce faict, il ne faut pas douter qu'une grande partie
des bourgeois et habitans ne vint a la prœdication, ou peu a peu ilz
se pourroyent instruire de la verité. Et quant aux villageois, ilz
protes¬tent ordinairement n'avoir point d'autre regle pour leur
religion que la volonté du Prince, qui est, ce disent ilz, plus
entendu qu'eux.
Or, la substance [de la lettre a] envoyer au cors de Ville de Thonon
pourroit estre telle :
Nous avons sceu, avec nostre grand contentement, que, des quelques
mois en ça, vous aves eu continuelle¬ment pardela, et mesme en la
ville, la prœdication de nostre sainte foy catholique. Esperant
qu'avec ceste commodité vous pourres reconnoistre le bon chemin de
vostre salut, le mesme zele qui Nous a poussé a vous procurer ce
bien Nous faict encor vous inviter et exhor¬ter par ce mot a bien
user d'iceluy, oüyant diligemment les raysons qui vous sont
proposees, les pesant et consi¬derant de pres, et proposant les
difficultés que vous y trouveres aux prœdicateurs, ne Nous pouvant
estre chose plus aggreable que d'entendre vostre advancement et
prouffit en nostre sainte religion catholique .
Que s'il playsoit, outre ceste vostre, en faire une autre a monsieur
le Baron d'Hermance, gouverneur du duché de Chablaix , et une
troysiesme a monsieur le Juge maje de Thonon , par lesquelles il
leur fut commandé de remonstrer en une generale assemblee de Ville
l'obligation que tout le pais a de seconder une si douce et
charitable invitation de son Prince, il y a dequoy esperer en Dieu
que bien tost tout le Chablaix, et peu a peu tout l'entour de
Geneve, se reunira a l'Eglise catho¬lique : qui ne sera pas peu de
chose, ny de peu d'impor¬tance, à la gloire du Christ notre Dieu et
de toute la Cour céleste. Ainsi soit-il.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
II
AUTRE MÉMOIRE ADRESSÉ AU MÈME
Débuts de la mission. - Pourquoi l'un des prédicateurs a dû se
retirer. - Espérance de succès, mais il faut des missionnaires. -
Nécessité de réta¬blir un certain nombre de curés dans les paroisses
et plusieurs prêtres à Thonon. - Comment pourvoir à leur entretien.
- Le ministre et le maître d'école. - Dans quel but François de
Sales propose à Son Altesse de déléguer un sénateur. --
Recommandations en faveur de quelques catho¬liques pauvres et âgés,
et de la paroisse de Mesinge. - Remplacer l'ancien " Consistoire"
huguenot. par un Conseil composé de prêtres et de laïques.
MEMOYRES POUR ESTRE PRESENTEES A SON ALTESSE, SUR LE RESTABLISSEMENT
DE LA RELIGION CATHOLIQUE EN SON DUCHÉ DE CHABLAIX
Turin, octobre 1596 .
L'annee 94, Son Altesse fit sçavoir par une sienne lettre tres
expresse a Monseigneur l'Evesque de Geneve, que son intention estait
que l'exercice catholique fut restably en Chablaix (note 194) ; et
par ce, y furent envoyés deux praedicateurs, desquelz l'un commença
au mois de septembre a praecher dans Thonon, et l'autre en la
parroisse des Alinges (note 196). Et affin qu'ilz peussent
continuer, Leurs Altesses commanderent a diverses fois qu'on
deli¬vrast quelque somme pour leur nourriture : ce que n'ayant esté
faict, les habitans n'ont peu croire que ces praedicateurs fussent
la par la volonté de Leurs Altesses, et lesdits praedicateurs ont
estés contraints de se reduire a un seul qui praechast en deux
lieux, pour ne charger trop les particuliers qui avançoyent la
despense .
1.Playse donq a Son Altesse commander que la despense faite jusqu'a
praesent en deux ans soit payee:
L'annee 94, Son Altesse fit sçavoir a Monseigneur l'Evesque de
Geneve, par une sienne lettre, que son intention estoit que
l'exercice catholique fut remis en Chablaix, et partant y fut envoyé
le Prevost de Saint Pierre de Geneve, avec le chanoine de Sales,
pour voir comme on pourroit donner commencement ; et ce pendant, il
pourrait consoler le peu de catholiques qui y restoyent, de quelques
praedications. Le dict Prevost commença au mois de septembre de
praecher a Thonon, et le chanoine de Sales aux Alinges ; et despuis
fut commandé d'y continuer, par l'advis mesme de feu monsieur le
Baron d'Hermance, gouverneur de Chablaix. Ce qu'entendant Leurs
Altesses, elles commanderent a diverses fois aux officiers de dela
de faire delivrer deux cens vaysseaux de froment pour
l'entretenement de ces deux praedicateurs.
Or, ne s'estant delivré de ladicte somme que 12 couppes ou environ,
il s'en est ensuivy : premierement, que les habitans n'ont pas voulu
croire que lesdits praedicateurs fussent la au sceu de Leurs
Altesses, ne voyant point d'entretenement pour eux; secon¬dement,
que ces deux se sont reduitz a un, de peur de charger trop les
particuliers qui avançoyent les frais. Et du despuis, n'y a eu aucun
moyen de conduire a ceste besoigne nombre suffisant de praedicateurs
et autres pasteurs necessaires.
Maintenant donq, y ayant ja quelque bonne esperance de bon succes,
et mesme y ayant plusieurs parroisses qui demandent l'exercice
catholique, seroit requis pour ce commencement :
Premierement : l'entretenement pour huict praedicateurs qui soyent
debrigués de toutes autres charges ; pourroit venir a cent escus
d'or pour homme, chacune annee.
Monseigneur, Je respondis dernierement à Vostre Altesse Serenissime
sur ce qu'elle desiroit de sçavoir de moy pour l'affaire de la
conversion du Chablais, et luy dis franchement ce qu'il m'en
sembloit. Maintenant qu'elle m'a appellé pour m'expliquer plus
amplement, je redis encore qu'il est necessaire absolumcnt
d'assigner des revenus certains pour entretenir les predicateurs;
qu'il faut restaurer les eglises, appeller et establir des curez,
bailler de la terreur aux habitans par de bons edicts, lever les
offices aux heretiques, bailler de l'occupation à la jeunesse
catholique par armes, chas¬ser les ministres, et sur tout celuy de
Tonon, fonder un college de Jesuites, honorer de charges et dignitez
les catholiques, et se monstrer un peu liberal envers les nouveaux
convertis.
J'adjouste maintenant, si V. A. desire que je luy particularise
l'affaire, qu'il est necessaire d'avoir a present huict
predicateurs, pour le moins, qui soyent libres et debriguez de toute
autre charge ; et faudrait pour l'entretien d'un chacun cent escus
d'or tous les ans.
qui peut revenir a trois cens escus. Et des ores y ayant certaine
esperance de bon succes, et mesme plusieurs parroisses demandant
l'exercice catholique , il fau¬droit y acheminer environ huict
prredicateurs debrigués de tout'autre charge, pour precher de lieu
en lieu selon la necessité ; et leur entretenement pourroit venir a
cent escus pour homme, dequoy il (sic) ne manieront rien, mais sera
delivré selon le besoin par qui il sera advisé.
2. Seroit requis encores de restablir des curés en toutes les
parroisses, qui sont environ 45 . Mays parce qu'il y a beaucoup
d'eglises ruinëes qui cousteroyent infiniment a redresser, il
faudra, pour ce commencement, joindre plusieurs parroisses en une :
et ainsy suffiroit quil y eut de seze a dixhuict grandes parroisses,
lesquel¬les, pour estre bien servies, devront avoir des curés qui
aye (sic) moyen d'entretenir avec eux un vicaire et qui, partant,
devront avoir huict vins escus d'or annuelz, avec les maysons des
cures .
3. En quoy ne faut comprendre la ville de Thonon, laquelle, pour
estre le rapport de tout le duché, auroit besoin que l'Office s'y
fit a haute voix et decemment, et mesme, s'il se pouvait, qu'il y
eut des orgues, pour appri¬voyser, avec cest' exterieure decence, le
simple peuple. Et partant serait requis que le curé fut au moins
accom¬paigné de six prestres, pour lesquelz et pour luy il au¬rait
besoin de quattr' a cinq cens escus annüelz .
Secondement : seroit requis de restablir des curés en toutes les
cures. Mays parce qu'il y a beaucoup d'eglises ruinëes et
renver¬sëes qui cousteroyent infiniment a redresser, il sera
necessaire de joindre plusieurs parroisses en une ; et ainsy
suffiroit qu'il y eut environ quinze parrochiales grandes, avec
leurs curés, lesquelz, pour pouvoir entretenir un vicaire qui les
soulage en l'administra¬tion des Sacremens, veu que les parrochiales
seront fort loin les unes des autres, devront avoir une bonne
pension et entretien comme pour deux, et encor pour avoir moyen de
recevoir les prœdicateurs qui les visiteront ordinairement et faire
quelques aumosnes, tant pour le devoir que pour l'exemple : pourrait
venir a huict vins escus d'or, avec les maysons et terrages des
cures.
'l'roisiesmement : en quoy ne faudra comprendre la ville de Thonon,
laquelle, pour estre le .rapport de tout le duché, requerrait que
l'Office s'y fit a haute voix et decemment ; et pour ce faudrait que
le curé fut accompaigné de six prestres, et que partant il eut
quatre cens escus d'or pour luy et ses vicaires, et pour
l'entrete¬nement des luminaires et semblables choses.
Quattriesmement : mais avant toutes choses, faut payer ce qui s'y
[est] frayé(e) jusqu'a present : 200 V. escus.
Cinquiesmement : Item, parer l'eglise, avoir un cimetiere.
Sixiesmement : avoir maistre d'escole catholique, attendant un
college des Jesuites.- Quant a ce que j'ay dit des Jesuites, si on
ne peut pas les avoir si tost, au moins il faut avoir cependant un
maistre d'escale catholique.
Quant à ce qui regarde les cures et les eglises, parce qu'il y en a
beaucoup de ruinées et renversées, il cousteroit infiniment si l'on
les voulait toutes redresser ; partant il sera necessaire de
joindre... [Reprendre à la 2" leçon.]
4. Or, pour trouver tant de revenu, il est expedient que messieurs
les Chevaliers de Saint Lazare et autres qui y tiennent les revenuz
d'Eglise, se contentent de payer ces sommes par forme de pension,
attendant qu'au¬trement soit prouveu et que tous les benefices curés
soyent laissés a cest effect .
5. Et outre ce, les pensions assignëes jadis aux minis¬tres
huguenotz sur les benefices , pourront maintenant estr'appliquëes a
l'entretenement des precheurs, sans toucher aucunement a celles qui
estoyent prises sur les deniers de Son Altesse.
Et pour pouvoir commencer promptement l'exercice catholique a
Thonon, reparer l'eglise, avoir les pare¬mens necessaires, peut
estre pourroit il suffire qu'il pleut a Son Altesse accorder les
aumosnes de Ripaille et de Filliez, retardees et non payëes , et
semblablement les pensions des ministres non payëes cy devant, qui
ne se trouveront point avoir esté rapportees au prouffit de
Messieurs de Saint Lazare ou au service du Prince : aussi bien,
autrement, sont ce choses perdues. Que si cela ne suffisoit, on
pourroit encores loysiblement se servir des aumosnes futures,
jusques a suffisance.
Seroit aussi requis esloigner le ministre de Thonon et le mettr'en
lieu qui soit hors de commerce, tel quil sera avisé, si on ne peut
le lever du tout . Et encores de lever le maistre d'escole
haeretique et en mettr' un catho¬lique, attendant d'y pouvoir loger
des Jesuites qui y seroyent tres a propos . Et pour le bien de cest'
escole, il seroit bon y employer un legat faict par François
Echerny, de douze cens florins annuelz, pour l'entrete¬nement de
quelques pauvres escoliers .
Et affin qu'en l'execution de ces choses il ne se com¬mette point
d'abus et n'en soit tiré aucune chose au prou¬fit d'aucun
particulier, il seroit requis qu'un ou deux des messieurs du Senat
de Savoye fussent deputés pour y tenir main.
Et pour attirer ceux de Thonon plus aysement a se rendre capables de
la raison, il seroit expedient que l'un de ces seigneurs du Senat
convocast le Conseil general de la ville de Thonon, et invitast les
bourgeois a bien oüyr et sonder les raysons catholiques, et de la
part de Son Altesse, avec paroles qui ressentent et la charité et
l'authorité d'un tres bon Prince vers un peuple desvoyé ; car ce
leur seroit une douce violence, et un bon exemple aux voisins .
Plays' aussy a Son Altesse user de quelque liberalité a l'endroit de
sept ou huict personnes, vielles et de bonne reputation, qui ont
vescu fort catholiques et fort longue¬ment parmi les hœretiques,
avec une constance admira¬ble et en grande pauvreté. Et se pourroit
faire ceste liberalité, leur assignant a chascun certaine portion
des aumosnes qui se doivent chasqu'annëe a Filliez e (sic) Ripaille
.
Plays' encor a Son Altesse user de sa liberalité vers une petite
parroisse nommee Mezinge, voysin' aux Alin¬ges, laquelle se reduid
maintenant tout' entier' a la foy catholique, et qui fut toute
bruslëe par les gens de Son Altesse affin qu'elle ne servit aux
embuscades des enne¬mis ; comm' il appert par l'attestation que leur
en a faicte le sieur Juge maje de Chablaix . Et partant, demandent
grace a Son Altesse de toutes tailles et subsides pour cinq ans .
En fin, sera necessaire, dans quelque tems, priver les hœretiques de
tous offices publicz et y favoriser les Catholiques. Au reste, il y
avait parmi les huguenotz un Consis¬toire, composé pour le plus et
presque tout de gens laicz, ou praesidoit un homme laiz et assistoit
un des seigneurs officiers de Son Altesse, sans y avoir voix
decisive ; et la estoyent corrigés, repris et censurés de paroles et
de quelque legere peyne, les vices que le magistrat n'a pas
accoustumé de punir : comme ivroigneries, jeuz, noy¬ses, luxures ;
en quoy le peuple se tenait en discipline, non sans autant de fruict
que le mauvais fondement de leur religion le peut permettre . Et
partant semblerait bon de leur en laisser quelque forme, avec ce
change¬ment: que puisque telles corrections se doivent faire a la
forme de l'Evangile, ce praesident serait l'un des praedicateurs,
constitué par l'Evesque ; les conseillers, des plus apparans dela
autour, moitié ecclesiastiques, moitié lais, entre lesquelz le
premier seroit un des sei¬gneurs officiers de Son Altesse, avec voix
decisive. La seroit (sic) corrigés telz vices que ceux qui y
estoyent corrigés parmi les huguenotz, et la peyne, tant pecu¬niaire
que corporelle, pourra estre limitee par Son Altesse comm' elle
l'estoit au Consistoire des huguenotz.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
Conseil de la correction (Au lieu de ce titre, Charles-Auguste donne
cette phrase : J'ay un autre advis, outre cela. )
Il y a parmi les huguenotz un Consistoire, composé pour la pluspart
et quasi tout de gens laicz, ou praeside un homme laiz et y assiste
l'un des seigneurs officiers de Son Altesse, sans y avoir aucune
voix decisive ; et en ce Consistoire sont corrigés, repris et
censurés de paroles et de quelque legere peyne, les vices desquelz
le magistrat n'a pas coustume de chastier : comme ivroigneries,
exces de balz, danses, jeuz, vestemens, banquetz, noyses entre mary
et femme, desobeyssance du filz au pere, mau¬vais traittemens du
pere au filz, luxures, adulteres, parolles deshon¬nestes, chansons
lascives, juremens et blasphemes, et telles des¬bauches de jeunes
gens ; en quoy le peuple se tient en discipline, non sans autant de
fruict que le mauvais fondement de la religion sur laquelle ilz
s'appuyent le peut permettre. Et partant sembleroit qu'il sera bon
de laisser quelque forme de ce Consistoire au peuple nouvellement
converty à la religion catholique, mays avec ce changement: parce
que ces corrections se doivent faire par parolle et remonstrance a
la forme de l'Evangile, le praesident sera l'un des praedicateurs,
tel qu'il plaira a l'Evesque de deputer ; aura pour conseillers les
plus notables de la ville et lieux de la autour, moitié
ecclcsiastiques, moitié laiz, vieux, graves et de reputation, et
entre les laiz assistera tousjours l'un des seigneurs et le premier
officier de Son Altesse, qui y aura voix decisive. La seront
chastiés de parolle et reprehension et, s'il y eschoit, de quelque
peyne legere, les mesmes vices qui le sont au Consistoire huguenot.
Et quant a la peyne pecuniaire, Son Altesse la pourra limiter a
quelque somme, et sera tousjours toute appliquee aux pauvres [du
lieu] et a la reparation de l'eglise, par l'advis de l'assemblee ;
et la peyne cor¬porelle, elle pourra aussy estrc limitee par sadicte
Altesse a quelques jours de jeusne qui se passeront es prisons de
sadicte Altesse, sans note d'infamie.
Item, faut lever les ministres, si faire se peut ; si moins, les
chan¬ger de lieu, notamment celuy de Thonon .
Ce sont là les choses qui pressent, Monseigneur, et a l'execution
desquelles il ne faut point de delay. Que si Vostre Altesse veut
passer plus oultre et remettre entierement sa province de Chablais
en son premier estat, elle doit sçavoir qu'il y avoit autresfois,
depuis la riviere de la Durance jusques a Geneve, cin¬quante deux
eglises parroissiales, et au balliage de Ternier dix-neuf, sans
compter les abbayes, prieurez, convents et chappelles. Les biens
stables de tous ces benefices ont esté presque tous alienez par les
Bernois. Quelques personnes ecclesiastiques en possedent quelques
uns legitimement ; les autres fruicts ont esté unis à la Milice de
l'Ordre des saincts Maurice et Lazare par le Pape Gregoire
treiziesme, le treiziesme jour du mois de juin, l'an mil cinq cens
septante neuf, et de son Pontificat le huictiesme ; et d'iceux
quel¬ques commanderies ont esté érigées. Monseigneur, Vostre Altesse
voit bien ce que je veux dire et ce qu'il faut faire : il est
necessaire de prendre de ces fruicts pour nourrir les curez et
predicateurs, et pour restaurer les eglises ruinées ; car, quel
moyen autrement ? Vous avez en cela la souveraine puissance et
authorité, comme Grand Maistre de ceste Milice.
Et tel est l'estat de vostre Chablais, Monseigneur: quand je diray
que c'est une province ruïnée, je ne mentiray pas. Il touche à
Vostre Altesse d'y pourvoir. Quant à moy, j'ai des-ja employé
vingtsept mois à mes propres despens en ce miserable pays , à fin
d'y espancher la semence de la parolle de Dieu, selon vostre volonté
qui fust signifiée à Monsieur l'Evesque de Geneve : mais diray-je
que j'ay semé entre les espines ou bien sur les pierres (Mt 13,5) ?
Certes, outre la recouverte de monsieur d' Avully et de l'advocat
Poncet , ce n'est pas trop grand cas des autres ; mais je prie Dieu
qu'il nous baille une meilleure fortune. Et Vostre Altesse, selon sa
pieté, ne permettra point que tous ces desseins et tous ces efforts
soyent en vain ; mais plustost, puis qu'elle s'est des-ja acquise la
grandeur par la pieté mesme, elle preferera ceste victoire qu'elle
peut r'em¬porter sur la cruauté de l'heresie à toutes les autres qui
sont preparées à sa vertu.
III
REQUÊTE AU MÊME
EN FAVEUR DU CHAPITRE DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE
(FRAGMENT)
Le duc a déjà déclaré sa volonté touchant la restitution des biens
ecclésias¬tiques du Chablais ; prière d'étendre cette ordonnance en
faveur du Cha¬pitre, afin qu'il puisse rentrer en possession de ses
anciens bénéfices, celui d'Armoy en particulier. - Pauvreté des
Chanoines. - Concessions que trois Papes leur ont faites pour les
soulager. - Somme qui leur est due, et comment elle pourrait leur
être payée.
[Octobre 1596-septembre 1598 ]
………………………………………………………………
Ces années passées, Monseigneur, que Vostre Altesse estoit venuë en
Savoye pour faire la guerre aux hugue¬nots, selon son zele à la
religion catholique , elle avoit déclaré par lettres patentes que sa
volonté estoit que tous les biens d'Eglise fussent restituez,
speciale¬ment à l'Eglise cathedrale de Geneve, qui est des
prin¬cipales de vos Estats, et, entre les principales, la plus
illustre et plus ancienne ; et ceste volonté vostre a esté enterinée
par vos cours souveraines du Senat et de la Chambre des Comptes de
Savoye . Maintenant que la tres-saincte foy catholique a de l'entrée
en Chablais, nous supplions tres-humblement Vostre Altesse qu'il luy
plaise d'estendre le mesme commandement, à fin que ce pauvre
Chapitre puisse r'entrer dans les biens qui luy appartiennent
d'ancienneté, et principalement dans le benefice curé de l'eglise
d'Armoy .
Si Vostre Altesse ne le sçavoit pas, je luy raconterois les miseres
que ces pauvres Chanoines souffrent tous les jours. Privez de tout
secours humain et chassez de leur cité comme des larrons, ils sont
contraincts de celebrer leurs Offices dans une eglise mendiée , que
toutesfois ils font si bien, par la grace de Dieu, qu'il n'y a point
d'eglise en l'Europe (et que cecy soit dit sans envie) où les divins
Offices soyent celebrez avec plus de solemnité, ayant esgard à leur
pauvreté, qui est presque extreme .
Le Pape Paul III , en consideration de leurs miseres, leur avoit
concedé la moitié des fruicts de chaque be¬nefice du diocese,
vaquant la premiere année, à fin que les autres eglises
secourussent, au moins en quelque façon, leur matrice. Le Pape Pie
IV et le Pape Gre¬goire XIII les avoyent exemptez du payement des
decimes, quelque grande que fust la necessité ; neant¬moins, les
années passées, huictante neuf, nonante et no¬nante une, toutes les
graines de ceste Eglise furent enle¬vées par les officiers de Vostre
Altesse, de sorte que les Chanoines furent contraincts de mendier
leur vie chez leurs parens et amis.
Toutesfois, la souveraine Chambre des Comptes a jugé que pour ces
graines ainsi enlevées on devoit au Chapi¬tre plus de deux mille et
six cens florins : c'est pour¬quoy, Monseigneur, Vostre Altesse est
ires-humblement suppliée de vouloir ratifier les volontez des
Souverains Pontifes; et, pour le payement de ces deux mille et six
cens florins, s'il luy plaisoit de faire faire des habits à l'usage
de l'Eglise, elle imiteroit glorieusement la pieté et liberalité de
ses serenissimes ancestres, specialement de ce tres-sage prince
Amedée, Duc premier, lequel, aprés avoir cedé la Papauté pour la
tranquillité de tout le Christianisme, se contenta de demeurer
Evesque de Geneve, et mourut sous l'auguste mittre de ceste Eglise .
………………………………………………………………………..
IV
PROJET D'UN MÉMOIRE A PRÉSENTER AU DUC DE SAVOIE
D'APRÈS LES CONCLUSIONS ADOPTÉES A ANNEMASSE
le 29 juillet 1597
La restitution des bénéfices ecclésiastiques est indispensable. - De
quelle utilité serait l'établissement à Thonon d'un collège dirigé
par les Jésuites ; le prieuré de Saint-Hippolyte pourrait lui être
attribué.- La collégiale de Viry et union projetée. - Mesures à
prendre pour une conférence avec les ministres de Genève. - Charges
du curé d'Annemasse; comment l'en dédommager.
Pour introduire entierement la tres sainte religion catholique en
Chablaix, il est grandement necessaire de prier Son Altesse
Serenissime qu'elle remette tous les benefices curés qui ont esté
possedés jusques a present par les Chevaliers des Saintz Maurice et
Lazare, aux pasteurs qui ont esté et qui seront establis par
l'Evesque de Geneve, affin que les exercices et Offices sacrés y
soyent deüement observés, les Sacremens administrés aux peuples
(notes 208,210).
Rien ne peut arriver de plus utile a ceste province de Chablaix que
si l'on construit et erige un college de la Compaignie de Jesus en
la ville de Thonon ; car d'iceluy, non seulement maintenant
plusieurs Religieux pourroyent aller par tous les autres lieux du
diocese, mais encores, comme d'un Seminaire, plusieurs prestres et
jeunes hommes pourroyent sortir par cy apres, qui porteroyent
l'Evangile par toutes les villes et villages du voysinage. Et ainsy
ce serait une bonne forteresse de laquelle on combattrait
vaillamment, comme a l'op¬posite, contre les insolentes attaques de
Geneve et de Lausanne : car la ville de Thonon est entre l'une et
l'au¬tre, de sorte que, s'il y avait un soldat qui peust joüer de la
droitte et de la gauche, il combattrait facilement l'une et l'autre
; outre qu'elle n'est pas beaucoup esloi¬gnee de la forteresse des
Alinges, suffisante pour sous¬tenir le siege d'une armee royale ,
affin qu'en cas de necessité elle peust servir de refuge aux Peres.
Mays affin que ce college puisse subsister, il faut ceder le prieuré
de Saint Hippolite, situé au milieu de la ville et [avec] commodité
de beaux et grans bastimens, de revenu annuel de mille et deux cens
escuz (L8, note 160), uni par cy devant a l'eglise parroissiale de
Viry par le Pape Sixte cinquiesme; laquelle eglise collegiale en
fera vo¬lontier la cession pour une chose si sainte et de si grande
importance, et luy suffira si, a ceste consideration, il plaist a Sa
Sainteté de luy unir quelque autre bene¬fice .
Et affin que le peuple de Thonon soit porté d'une plus grande
affection d'embrasser la religion catholique, il faut remonstrer a
Son Altesse qu'elle fera beaucoup si elle relasche en leur faveur
quelque chose des contribu¬tions ordinaires et extraordinaires.
Quant a ce qui regarde l'eglise collegiale de Viry, au balliage de
Ternier, affin qu'elle soit restituee en son premier estat, selon la
teneur de la Bulle de son erec¬tion, il faut prier Son Altesse qu'en
compensation du prieuré de Thonon, il luy playse de consentir a
l'union des eglises de Saint Julien et de Thoiry, comme encores
qu'elle puisse percevoir les dismes des lieux voysins de Beaumont et
de Bernex, appartenantes au prieuré de Saint Jean hors les murs de
Geneve et maintenant possedees par les Chevaliers des Saints Maurice
et Lazare, de la valeur annuelle de cinq cens florins, avec une
pension de trente couppes de froment de la mesure de Chaumont, ou de
vingt couppes de la mesure de Chamberi ; a rayson de laquelle
pension ceste eglise collegiale fournira d'un aumosnier aux soldatz
du fort de Sainte Catherine .
Et parce que les Genevoys ont si souvent dit par cy devant qu'ilz
vouloyent conferer avec les theologiens catholiques, quoy qu'ilz
semblent d'avoir manqué de courage, neanmoins il faut les
contraindre a ce faire ; et pour ce, escrire au ministre Perrat
qu'il fasse avoir la response dont il s'est chargé. Que s'il ne veut
pas res¬pondre, il faudra derechef escrire aux scindiques de la
ville ; et si ceste conference se fait, il faudra obtenir de la
ville un sauf conduit pour les Peres, docteurs, secretaires et
tesmoins (Ministre Goulard )
Et parce que le curé d'Annemasse doit supporter plu¬sieurs charges
pour ce fait, tant a recevoir les predica¬teurs, secourir les
energumenes, qu'a reparer les ruines de son eglise, il faut supplier
Son Altesse qu'elle consente a l'union des dismes que les
Religieuses de Bellerive percevoyent autresfois riere la parroisse
d'Annemasse, maintenant possedees injustement par un heretique de
Geneve, achetees d'une Religieuse.
FRANçs DE SALES,
Prevost de l'Eglise cathedrale de St Pierre de Geneve.
JEAN SAUNIER, de la Compagnie de Jesus.
LOUYS DE SALES, chanoyne de l'Eglise de Geneve.
FR. CHERUBIN [DE MAURIENNE], Capucin.
FR. ESPRIT [DE BEAUME] , Capucin.
BALTHAZARD MANIGLIER, Curé d'Annemasse.
BARON DE VIRY, tesmoin.
V
AVERTISSEMENT AUX HÉRÉTIQUES
QUI DÉSIRENT RENTRER DANS LE SEIN DE L'EGLISE
( EN ITALIEN)
Retour de quelques âmes à la foi catholique. - Ce qui en arrête
beau¬coup d'autres dans leur désir de conversion. - Calomnie contre
l'Eglise. ¬François de Sales déclare que nul, après l'abjuration, ne
sera soumis aux peines encourues par le fait de l'hérésie.
Annecy, 21 octobre 1597.
Nous, FRANÇOIS DE SALES, docteur en droit, professeur de théologie
et Prévôt de l'Eglise cathédrale du diocèse de Genève, pour la
consolation de tous ceux qui désirent savoir les choses écrites
ci-après :
Salut et paix dans le Christ Notre-Seigneur.
Quelques personnes vertueuses, touchées de la miséricorde de Dieu,
sont retournées à lui avec un humble repentir, et, quittant les
ténèbres de l'hérésie calviniste, sont venues à la vraie lumière (Ac
26,18 ; Jn1,9 ; 8,12 ; 9,5) du Christ Jésus, notre vrai Soleil (Ml
3,2) ; puis, par notre entremise, en vertu de l'autorité qui nous a
été accordée par le Saint-Siège Apostolique , elles ont été admises
au baiser de paix de la sainte Eglise Catholique, Apostolique,
Romaine . Or, nous souhaitons ardemment que beaucoup d'autres
viennent également à pénitence ; mais nous avons appris avec un
profond étonnement qu'un grand nombre sont retenues dans l'erreur
par la fausse crainte et la vaine frayeur de ne pas être en
assurance pour leur vie et leurs personnes parmi les catholique,
malgré les absolutions données par l'auto¬rité du Siège Apostolique.
En l'Eglise Romaine, dit-on, la règle en usage est celle-ci : Avec
les hérétiques, on n'est pas tenu à garder sa parole ; invention
vraiment diabolique pour empêcher les âmes de s'élancer vers le
Christ.
C'est pourquoi, à la prière des personnes susdites, nous avons fait
la présente, afin d'assurer chacun du plus ample pardon Apos¬tolique
et de la sécurité qu'il obtiendra lorsqu'il abandonnera l'hé¬résie
non seulement de Calvin, mais de tout autre fauteur. Nous lui
donnons l'assurance que, revenant au vrai bercail du Christ, il sera
reçu et traité avec bonté, et qu'avec une loyauté parfaite, il sera,
comme il est dit ci-dessus, affranchi et libéré de toute peine
infligée pour cause d'hérésie et aux hérétiques par n'importe quel
juge ecclésiastique ou séculier.
En foi de quoi, nous avons écrit la présente de notre propre main,
et l'avons signée de notre propre seing et avec notre sceau.
Donnée à Annecy , aujourd'hui 21 octobre 1597.
FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de Saint-Pierre de Genève.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Pistoie (Italic).
VI
ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE
EN FAVEUR DE LA RELIGION CATHOLIQUE
ET RÉPONSES DE SON ALTESSE
Restitution et destination des bénéfices ecclésiastiques du
Chablais. - Le maître d'école de Thonon et les écoliers. - Priver
les hérétiqucs des charges publiques. - Pourquoi le ministre doit
être éloigné de la ville. - Droit de bourgcoisie pour les habitants
catholiques.
Thonon, fin septembre-4 octobre 1598 .
1.Que Son Altesse baille entiere mainlevee du revenu de tous les
benefices de Chablaix, pourl'entretenement des curés et autres
ecclesiastiques necessaires pour l'ins¬truction des peuples et pour
les autres exercices catho¬liques.
S. A. l'accorde.
2. Et a tout evenement, qu'au moins les revenuz des cures y soyent
employés, avec une ample et perpetuelle provision; et quant aux
revenuz des autres benefices non cures, que pour troys [ans] ilz
soyent levés pour la res¬tauration des eglises, autelz et autres
choses necessaires pour les exercices de pieté, a quoy la pauvreté
des peu¬ples ne sçauroit prouvoir a ce commencement
S. A. l'accorde.
3. Lever le maistre d'escole heretique (note 214) de ceste ville,
avec rafraischissement des inhibitions et defences portees par les
statutz de Savoye, qu'aucun subject ne puisse envoyer a l'estude ses
enfans hors les Estatz de Son Altesse sans expres congé d'icelle .
Pour le particulier du maistre d'escole, S. A. l'accorde ; et quant
a mander les enfans dehors, elle y a prouveu par son Edict gene¬raI
,
4. Et au lieu du maistre heretique en loger un catho¬lique, et
donner une expresse commission a messieurs les Gouverneur, Juge maje
et Procureur fiscal (note 225), de restablir et faire representer un
legat laissé par Fran¬çois Echerny et sa femme, destiné a
l'entretenement de douze pauvres escoliers, pour estre employé,
selon l'intention du legateur, pour la nourriture de ces douze
escoliers, qui soyent catholiques .
S. A. l'accorde.
5. Que les heretiques soyent privés de toutes charges publiques,
offices et estatz, non seulement qui depen¬dent immediatement du
service de Son Altesse, mais encores des charges et offices
dependans des jurisdic¬tions inferieures et subalternes, sur tout de
la comté des Alinges, et autres biens des sieurs Chevaliers de Saint
Lazare .
S. A. l'accorde.
6. Que le ministre soit esloigné le plus qu'il se pourra faire de
ceste ville, puysque, selon les conventions faites a Nyon, elle a
esté nommement exceptee pour n'y avoir jamais aucun exercice
heretique , et que l'approche que le ministre a fait n'a aucun congé
de Son Altesse, mais seulement une simple connivence des officiers ;
ce qui fait encores pour une juste rayson de lever le maistre
d'escole.
S. A. l'accorde; et de plus, conformement a sa résolution prinse
desja de longue main, entend et veut que l'exercice de la religion
contraire soit du tout defendu, tant en general qu'en particulier
7. Que les Catholiques, habitans de ceste ville, soyent faitz
bourgeois d'icelle, supportans les charges ordinai¬res et
accoustumees a l'entree de la bourgeoisie, avec pouvoir d'entrer et
d'assister aux Conseilz de la Ville, y avoir voix deliberative et en
fin participer a tous les pri¬vileges. .
S. A. l'accorde.
Donné à Thonon, le 5 d'octobre 1598.
CHARLES EMANUEL.
BOURSIER .
VII
AUTRES .ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE
POUR LA CONSERVATION ET PROPAGATION DE LA RELIGION CATHOLIQUE
EN CHABLAIS
ET RÉPONSES DE SON ALTESSE
Mesures à prendre à l'égard des habitants du Chablais et de Ternier
qui ne professent pas la vraie foi. - A quelles conditions sont
permises les dis¬putes en matière religieuse. - Ne pas détourner les
catholiques de l'as¬sistance aux Offices. - Ordonnances diverses
touchant l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, les
livres hérétiques, la sanctifi¬cation des jours de fète et
l'instruction religieuse. - Confirmation de l'Edit qui exclut des
charges publiques les " reformés". - Réparations et restitutions. -
Règlement pour la distribution des aumônes en " graines". - Les
cloches. - Prière au duc de prendre sous sa protection l'Evêque, le
clergé, les prédicateurs et leurs familiers. - Injonction aux
magistrats du Chablais d'avoir à faire observer les instructions
susdites.
Thonon, vers le 15 octobre 1598.
1. Qu'il playse a Son Altesse d'ordonner que les habi¬tans riere
Chablaix et Ternier vivront selon la religion Catholique,
Apostolique et Romaine, donnant a ceux qui tiennent autre forme de
religion delay competent, ou pour se cathechizer, ou vuider les
Estatz, avec permis¬sion de pouvoir vendre leurs biens aux
Catholiques pen¬dant ledit tems ; lequel escheu, lesditz biens
soyent tenuz pour confisqués, et pourra on proceder contre leurs
per¬sonnes a forme du droict.
Il y a Edict dressé pour interdire, tant en general qu'en
particu¬lier, la pretenduë religion , la publication duquel se
pourra faire dans sept ou huict jours, dont est donné charge au Juge
mage ; lequel aura lieu encores pour n'aller hors de nos Estats a
l'exercice d'icelle, deffendant a toutes personnes, de quelque
qualité qu'elles soyent, de n'absenter le pays, ny transporter ou
faire transporter leurs biens directement ou indirectement, a peine
de confiscation de corps et de biens ; et a mesmes peines est
enjoinct a ceux qui auront absenté, de retourner dans huict jours
apres.
2. Qu'il ne sera permis a quelque personne que ce soit de
dogmatizer, ny disputer de la foy, sinon devant des theologiens
catholiques ou autres personnes ecclesiasti¬ques, pour estre
instruitz tant seulement; a telle peyne qu'il plaira a Son Altesse.
Comme aussi de ne divertir ny empescher en quelque maniere que ce
soit de fre¬quenter les divins Offices et autres exercices
catholiques.
Pour le premier chef, il est respondu comme en l'article precedent.
Quant a l'autre, qui est de ne divertir les personnes de la religion
Catholique directement ni indirectement, Son Altesse en charge et
enjoinct aux officiers de chastier exemplairement ceux qui feront le
contraire ,
3. Que tous ceux qui habitent riere lesditz Estatz observeront les
festes, jeusnes, vigiles, Caresme et au¬tres commandemens de
l'Eglise, et assisteront aux pro¬cessions ; aux peynes qu'il plaira
a Son Altesse.
Son Altesse treuve bon que le Reverendissime Evesque de Geneve
dresse, tant pour ce regard que pour toutes autres choses concernant
le service de Dieu, police ecclesiastique et correction des mœurs,
tels ordres et reglemens qu'il verra estre necessaire ; lesquels
sadicte Altesse veut, entend et commande d'estre gardez d'un chacun
; ordonne a ses magistrats de les faire observer. Et d'autant qu'il
y a plusieurs choses esquelles la justice ne met la main, comme
dissen¬sions, inimitiez, concubinages, ivrogneries et semblables
excez, S. A. veut qu'on establisse un magistrat des mœurs, qui sera
d'aucuns ecdesiastiques, y assistans tousjours ou le sieur
Gouverneur, ou le Juge mage, ou bien le Procureur fiscal, et
quelqu'un du corps de la Ville, qui auront pouvoir de faire
emprisonner et faire payer amende jusques a soixante sols, donner
des penitences salutaires . Et a ces fins, ils establiront des
censeurs et surveillans, tant à la ville qu'aux champs, et feront
tout ce qu'ils verront estre neccssaire pour l'ad¬vancement de la
pieté et reformation des mœurs, sans formalité de procedure ou
d'opposition, cecy n'estant que pour maintenir les per¬sonnes au
devoir de bon Chrestien.
4. Qu'il soit defendu a toutes personnes de lire ou tenir livres
heretiques, censurés et prohibés, et faict com¬mandement a ceux qui
en ont de les remettre dans le moys es mains du Reverendissime
Evesque ; lequel moys expiré, pourront lesditz deputés en faire
recherche par¬ticuliere par les maysons, et y proceder par censures
ecclesiastiques et autres peynes de droit, assistés des officiers
locaux pour leur faire main forte et y proceder, non obstant
opposition et appellation.
Les Edicts de S. A. y prouvoyent, lesquels seront publiez. De
nouveau sera faict Edict general touchant tous les livres prohibez
qui sont portez par sus l'Estat de Savoye ; defence a tous d'en
transmarcher ça et la, a grosse peine .
5. Qu'es jours des festes chacun assistera aux divins offices de
l'Eglise, mesme de la Grande Messe, Vespres, presche, processions,
et y seront a ce contraintz par les officiers locaux; a telle peyne
qu'il playra a Son Altesse.
S. A. l'accorde pour le regard des Catholiques. Et quant à ceux qui
ne sont catholisez, sadicte Altesse veut et commande, pour obvier a
un atheisme, que tous les hommes et femmes assisteront aux presches
catholiques, et ordonne a tous ses officiers d'y tenir main, et y
contraindre les defaillans par toutes voyes possibles et necessaires
; et que tous peres et meres et chefs de famille feront venir leurs
enfans au catechisme, defendant de porter baptizer, ins¬truire et
faire mariages autre part qu'en l'Eglise Catholique, a peine de son
indignation et amende arbitraire.
6. Qu'il ne sera permis a personne de se monstrer en public, ni
demeurer dans les tavernes, moins de danser, ni ouvrir les
boutiques, es jours des festes, pendant les Grandes Messes, Vespres,
processions et presches; a peyne portee par les Editz de Son Altesse
.
Son Altesse le treuve bon, en conformité de ses Edicts cy devant
publiez, qu'Elle veut estre observez, voulant qu'on depute en la
ville et villages des personnes idoines pour censeurs, qui
visiteront les places et maisons pour reveler les contrevenans et
les faire chastier, ayant esté prouveu en l'article troisiesme. L'on
pourra bien appliquer aux censeurs quelque peu de l'amende qu'on
imposera aux contre¬venans.
7. Que les peres et meres de famille envoyeront leurs enfans,
filles, serviteurs, chambrieres et autres domesti¬ques a l'eglise es
jours deputés, pour ouyr le cathe¬chisme; et a ces fins, seront
commis par les ruës des villes et villages des parroisses des
dizainiers pour les enrooller, et accuser aux peres spirituelz
l'absence de ceux qui ne s'y trouveront, pour y estre procedé contre
les desobeyssans par telles peynes qu'il playra a Son Altesse.
S. A. l'accorde, entendant specialement que ceux qui ne sont encore
catholisez y soyent comprins, et les defaillans punis.
8. Que l'Edit de la privation de tous offices publiez contre ceux
qui demeurent obstinés en leur heresie sera observé selon sa forme ,
avec declaration qu'ilz ne pourront exercer lesditz offices ni
fermes par interposites personnes, moins y participer ; a peyne de
l'Edit pour ceux qui les associeront.
C'est l'expresse intention de S. A. Pour ce, Elle ordonne au Juge
mage et Procureur fiscal de faire defence en particulier a ceux
qu'il sera de besoing, de ne s'ingerer d'aucuns offices et charges,
directement ou indirectement, pendant qu'ils demeureront en la
preten¬düe religion.
9. Qu'il playse a Son Altesse de deputer des commis¬saires pour
informer contre ceux qui ont demoli les egli¬ses et maysons des
curés, vendu, acheté et emporté les tuilles, bois, pierres d'autelz,
des baptisteres et eau-benis¬tiers, affin qu'outre les peynes de
droict portees contre telz, ilz soyent contraintz a rebastir les
eglises et may¬sons des curés a leurs despens, et les meubler
d'orne¬mens necessaires.
S. A. commet le Juge mage de Chablaix, et ordonne au Procureur
fiscal de tenir main a l'entiere execution du contenu de cet
article.
10. Que ceux qui possedent les biens des eglises soyent contraintz
de les relascher, sçavoir : des parrochiales, au Reverendissime
Evesque ou a ses deputés, et des autres, entre les mains de celuy
qu'il playra a Son Altesse ordonner, pour estre remises auxdites
eglises.
Il est accordé.
11. Que ceux qui ont des tiltres, papiers, livres de reconnoissance,
extraitz et autres documens concernans les revenuz des eglises, les
remettront dans le moys entre les mains de tel commissaire qu'il
plaira a Son Altesse, pour estre puys apres delivrés a ceux ausquelz
ilz appartiendront.
Les droicts et tiltres requis seront remis es mains du sieur
d'An¬geville , œconome deputé par sadicte Altesse, et du Procureur
fiscal, qui s'en chargeront par inventaire. Et a ce, seront
contraincts ceux qui les auront riere eux, nonobstant opposition ou
appellation quelconque.
12. Qu'il playse a Son Altesse de remedier a l'abus qui se commet
aux graines des aumosnes destinees pour les pauvres villageois et
reservees par les baillafermes, affin qu'elles soyent employees
ainsy qu'il appartient ; et par ce moyen en faire declaration
expresse, deputant des commissaires pour ouyr les contes des
precedens fer¬miers sur le faict des aumosnes, et commander au Senat
de contraindre ceux qui les ont retirés, de les rendre et tenir
conte, suyvant ce qui sera ordonné par le Reveren¬dissime Evesque.
Se fera la reddition des comptes desdicts bleds des aumosnes de
trois en trois mois en presence du seigneur Reverendissime Eves¬que
de Geneve, ou de son Official ; present le Juge mage, ou Procu¬reur
fiscal, appellez les deux syndiques de Tonon ; auquel Juge mage est
mandé de faire observer ce qui sera resolu, nonobstant opposition ou
appellation, par ledict seigneur Evesque, tant pour le regard de la
distribution desdictes aumosnes que pour reddition desdicts com¬ptes
de ce qui est escheu pour le passé et n'a esté distribué par les
fermiers, que pour les aumosnes du temps a venir.
13. Que les cloches qui sont aux Alinges seront res¬tituees aux
eglises ausquelles elles appartiendront ; et le metail de celles de
Thonon, Filly et autres, qui est audit lieu, sera remis au
Reverendissime Evesque ou a ses deputés, pour estre employé a faire
des cloches aux eglises de Thonon, ainsy qu'il verra estre plus
expe¬dient ; le tout dans quinze jours.
S. A. l'accorde, et ordonne au sieur de Lambert de le faire ce qui
s'entend encore des cloches des villages, qui seront entieres ou en
pieces.
14. Qu'il playse a Son Altesse de mettre sous sa sau¬vegarde et
protection particuliere le Reverendissime Evesque, ses chanoines,
curés, prescheurs, prestres et autres ecclesiastiques, leurs
familiers et domestiques, a ce qu'il ne leur soit fait ni donné
aucune fascherie en leurs personnes et biens ; et partant, les
remettre en garde et charge, tant aux seigneurs Gouverneur de
Chablaix et Ternier, que magistratz et scindiques des villes et
parroisses, affin qu'ilz y tiennent main, qu'il ne leur soit fait
aucun tort ou violence; a peyne de s'en prendre a leur privé nom.
Il est accordé, et sont remis tous les ecc1esiastiques a la charge
des habitans de la ville de Thonon et des parroisses, ausquelles
l'on fera prester le serment.
15. Et que, tant lesditz seigneurs Gouverneur que magistratz,
tiendront main a l'observation de ce que dessus, et, en ce qui
concerne la jurisdiction spirituelle, assisteront aux officiers par
toutes voyes de justice deuë et raysonnable, a la forme du droict,
et suyvant les Editz de Son Altesse et son intention.
S. A. enjoint tres expressement aux sieurs Gouverneur de ce pays,
Juge mage et Procureur fiscal, de tenir main a l'observation de tout
ce que dessus, en tant qu'ils desirent luy obeyr.
Faict à Tonon, le douziesme jour de novembre, mille cinq cens
nonante huict.
CHARLES EMANUEL.
Veu, BERLIET , pour le seigneur Chancelier . BOURSIER.
VIII
MÉMOIRE PRÉSENTÉ A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE INÉDITE EN ITALIEN)
L'Evêque de Genève demande au Saint-Siège, pour lui, l'autorisation
d'assi¬gner des prébendes monacales vacantes, à l'entretien de
théologaux et de curés : pour ses chanoines, celle de posséder des
bénéfices avec leur canonicat. - Il sollicite, à cause de ses
charges, l'exemption du payement des décimes au duc de Savoie. -
Avantages qu'i! y aurait à libérer de diverses servitudes certains
sujets de l'évêché. - Pourquoi il serait bon que le Prélat et
plusieurs ecclésiastiques désignés par lui, eussent d'am¬ples
pouvoirs pour absoudre les hérétiques. - Nécessité de la réforme des
Monastères; moyen à prendre pour y arriver.
Octobre 1598 ,
[2.]……………………………………………………………………………
qui les veuille accepter, on demande pour l'Evêque de Genève le
pouvoir de supprimer, dans les monastères et prieurés conven¬tuels
de son diocèse, une prébende monacale, vacante ou à vaquer, et
d'assigner à chaque théologal deux de ces prébendes supprimées,
comme il sera jugé à propos; et que, à leur défaut, on puisse
supprimer quelques bénéfices simples des églises mêmes où l'on
constituera la prébende théologale, afin de les lui appliquer. Ainsi
le feu évangélique s'allumera plus intense autour des Genevois pour
chasser le vent du Nord qui les glace.
3. Mais ce n'est pas seulement la provision pour les théologaux qui
est nécessaire (L2, notes 431,432) ; il faut aussi donner aux curés
moyen de vivre et de desservir convenablement leurs paroisses,
puisque ce sont eux qui portent le poids du jour et de la chaleur
(Mt 20,12). C'est pourquoi, comme nombreux sont les curés si pauvres
qu'ils sont contraints d'abandonner leurs enfants spirituels, on
demande que l'Evêque puisse, chaque fois qu'il en sera prié, même en
dehors de la visite générale (L2, note 4), leur assigner une portion
congrue sur les dîmes, pré¬mices et oblations de leurs paroisses,
possédées par les Abbés, Prieurs et autres ecclésiastiques; et cela,
nonobstant n'importe quelle opposition ou appel.
4. Parce que parmi les corps [ecclésiastiques] nécessaires à un
diocèse, le Chapitre cathédral est un des principaux, [on
repré¬sente] que les chanoines de la Cathédrale de Genève étant
tous, d'après leurs Statuts , ou docteurs, ou nobles, et leurs
canoni¬cats n'excédant pas soixante ducats, ils ne peuvent en aucune
façon, en ces temps malheureux surtout, vivre avec bienséance, et
selon leur qualité (L9, note 326). Aussi on demande qu'ils puissent
obtenir et retenir, avec leur canonicat, des églises paroissiales,
en y mettant des vicai¬res capables et les visitant à certains temps
; car il ne peuvent aspirer à d'autres bénéfices, puisque presque
tous, étant soumis au droit de patronage, sont conférés suivant le
gré des patrons. Sans l'autori¬sation désirée, les chanoines,
n'ayant pas de quoi vivre, se disper¬seront, non sans grand
préjudice du diocèse qu'ils servent par leurs prédications et en
prêtant leurs concours aux affaires de l'évêché.
5. Les revenus de la mense épiscopale sont si modiques qu'à peine
suffisent-ils au convenable entretien de l'Evêque, maintenant
surtout qu'il lui faut faire de grands frais en allant consacrer et
bénir les églises, les cimetières et les autels des convertis, et
confirmer ceux-ci. Partant, on supplie Sa Sainteté de l'exempter de
tout paye¬ment des décimes concédées au Duc de Savoie (L2,note 301),
reportant la part qui lui échet sur d'aures bénéficiers de Savoie
qui n'ont pas tant de charges et sont plus à leur aise.
6. Bien des sujets ou taillables de l'évêché sont astreints à
d'in¬nombrables servitudes qui sentent plutôt le paganisme que le
chris¬tianisme : s'ils meurent sans enfants, ils ne peuvent tester,
mais leurs biens reviennent à l'Evêque ; ils doivent imposer silence
aux grenouilles pendant que le Prélat dort, et telles autres choses
ridi¬cules qui n'apportent qu'un mince avantage à l'Evêque ; car ces
gens demeurent, pour l'ordinaire, abjects et misérables, se privant
même d'acheter à cause de leur triste condition. On demande donc que
l'Evêque puisse affranchir et libérer ses sujets de ces servitudes,
moyennant une somme d'argent qui sera employée à l'évidente utilité
de la mense épiscopale, pour donner d'autant plus de facilité à
l'Evêque et aux autres de travailler à l'œuvre du Sei¬gneur.
Secours spirituels
7. (L2, lettre 269) Par suite des guerres passées, nombreux sont les
hérétiques, même relaps, qui, originaires ou habitants de ce
diocèse, désirent rentrer dans le sein de l'Eglise; toutefois, ils
ne peuvent s'y résou¬dre, surtout les femmes, les vieillards, les
domestiques et tels autres, parce qu'ils ne veulent pas se rendre
chez l'Evêque. Aussi supplie-t-on Sa Sainteté que, ayant compassion
de la faiblesse de ces brebis égarées, Elle accorde à perpétuité,
tant à l'Evêque et à son Vicaire, qu'à dix ou douze hommes doctes et
capables choisis par le Prélat, le pouvoir et la permission
d'absoudre ces hérétiques, même relaps, de n'importe quelle hérésie;
et, pour cet effet, et afin de pouvoir répondre à leurs mensonges,
qu'Elle les autorise tous à garder et lire les livres défendus,
notamment ceux que les [calvinistes] font paraître tous les jours.
On demande cette permis¬sion à perpétuité, à cause des nombreux
empêchements qu'on peut avoir de recourir à Rome, parfois même quand
le besoin en est plus grand, comme maintenant; et d'autant plus que,
jusqu'ici, les pouvoirs accordés à l'Evêque ont été, par la grâce de
Dieu, employés heureusement et avec fruit.
Il serait bon aussi que l'Evêque pût communiquer la faculté de bénir
les ornements et les nappes d'autel, vu la grande quantité qui en
sera nécessaire et la notable incommodité qu'il aurait à tout faire
par lui-même.
8. Les Monastères de Savoie, d'hommes et de femmes, donnent à tous
d'incroyables scandales par la mauvaise vie de, ceux qui les
habitent : c'est pourquoi, et parce que le mal est invétéré, on
demande qu'un Prélat ultramontain, ou un autre des Etats de Savoie,
comme mieux informé de ce qui est requis, reçoive com¬mission de
visiter tous les Monastères, assisté de deux Pères Jésuites,
Capucins ou autres, selon qu'il sera expédient ; de les réformer et
corriger de par l'autorité Apostolique, sans appel ni opposition
quelconque ; et cela d'autant plus que tel est le désir du
Sérénissime Duc de Savoie qui, à cet effet, prêtera tout secours du
bras séculier là où il sera nécessaire.
…………………………………………………………………………………..
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
IX
AUTRE MÉMOIRE PRÉSENTÉ AU MÊME PONTIFE
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE EN LATIN)
Une Bulle de Grégoire XIII concernant les revenus ecclésiastiques
des pro¬vinces de Gex, du Chablais et de Ternier. - La conversion
des deux derniers bailliages exige que l'union de ces bénéfices à
l'Ordre des saints Maurice et Lazare soit annulée. - Prébendes
théologales à constituer, et par quel moyen. - Comment subvenir à la
pauvreté des prêtres.- ¬Divers pouvoirs demandés. - L'Evêque implore
l'exemption du payement des décimes au souverain, l'autorisation
pour ses chanoines de posséder d'autres bénéfices et
l'affranchissement de certaines servitudes pour les sujets de
l'évêché. - Mesures proposées pour la réforme urgente des
Monastères.
Octobre 1598.
1
Très Saint Père,
Expose très humblement à Votre Sainteté Claude de Granier, Evêque de
Genève, comme autrefois, à l'instance d'Emmanuel¬ - Philibert, alors
duc de Savoie , ont été unis à l'Ordre mi¬litaire des Saints Maurice
et Lazare tous les bénéfices simples, cures, monastères, prieurés et
autres, des pays de Gex, Ternier et Chablais, sous prétexte que les
habitants de ces bailliages étaient luthériens ou calvinistes, et
que pour cette raison le culte divin n'y pouvait être exercé ; cette
union fut limitée avec une clause, par laquelle le Pape Grégoire
XIII, d'heureuse mémoire , dé¬clara que si les habitants de ces
bailliages venaient à se convertir à la sainte foi, les Chevaliers
de Saint-Lazare devraient donner à cha¬cun des curés que nommerait
l'Evêque cinquante ducats par an , Or, comme ces jours derniers, par
le moyen de prédications con¬tinuelles, tous les habitants de
Ternier et du Chablais sont revenus au giron de la sainte Eglise, au
nombre de soixante-quatre parois¬ses, il faudra y établir des curés
capables et savants ; et en outre, dans l'église de Thonon,
principale ville de ces bailliages, huit prêtres au moins seront
nécessaires, tant pour entendre les confessions que pour administrer
les Sacrements, ainsi que trois prédicateurs ro¬bustes pour exercer
sans discontinuer le ministère apostolique de la prédication. Et
d'ailleurs il faudra restaurer les édifices sacrés, presque tous
ruinés, et supporter d'autres charges, non sans de grandes dépenses.
Supplie humblement Votre Sainteté qu'Elle daigne relâcher et annuler
complètement cette union, en sorte que tous ces béné¬fices, de
quelque nature qu'ils puissent être, soient appliqués à l'en¬tretien
des curés, recteurs, prédicateurs, aux réparations et autres charges
nécessaires à la conservation de la sainte religion. Le Sérénissime
Duc de Savoie, qui est le Grand-Maître de cet Ordre militaire, y
donne son consentement, accordant audit Evêque pouvoir d'établir des
curés dans les paroisses et de distribuer les bénéfices, selon qu'il
le verra nécessaire, aussi bien que de choisir trois robustes
prédicateurs, de quelque Ordre ou Religion qu'ils soient.
2
Expose très humblement à Votre Sainteté Claude de Granier, Evêque de
Genève : A cause de la pauvreté de la province et de la modicité des
fruits des prébendes théologales, on ne trouve pas de théologiens
qui veuillent les accepter ; néanmoins, pour répandre la semence de
la parole divine dans ce diocèse, ils seraient très nécessaires.
(note 273) Supplie donc Votre Sainteté qu'Elle daigne concéder la
permis¬sion de supprimer une prébende monacale dans les monastères
et prieurés conventuels de son diocèse, vacante ou à vaquer, en
sorte qu'il puisse assigner à chaque théologien deux prébendes,
selon qu'il paraîtra expédient; et, à défaut de prébendes, de
pouvoir supprimer quelques bénéfices simples des églises dans
lesquelles sera constituée une prébende de cette sorte, et d'en
appliquer les fruits à cette théologale ; puisque, par ce moyen,
dans lesdits monas¬tères, prieurés et églises le culte divin ne sera
pas du tout diminué, mais au contraire prendra de jour en jour un
nouvel accroisse¬ment.
3
(cf art 3 p.103) Expose très humblement Claude de Granier, Evêque de
Genève, comme les curés de la majeure partie de son diocèse se
trouvent si pauvres, que très souvent ils sont contraints
d'abandonner leurs fils dans le Christ, au grand détriment des âmes
:
Supplie donc Votre Sainteté, qu'Elle daigne lui donner permis¬sion
d'assigner une portion congrue à ces curés, même en dehors de la
visite générale sur les dîmes, prémices et oblations possé¬dées par
les Abbés, Prieurs et autres ecclésiastiques, selon qu'il le jugera
nécessaire, nonobstant toute opposition ou appellation quelconques.
4
Expose très humblement ledit Evêque, qu'en plusieurs lieux de son
diocèse les habitants ont des liens de consanguinité et d'affinité ;
et cependant, parce qu'ils sont très pauvres et qu'ils n'ont a
atten¬dre que des dots très modiques, ne peuvent que très
difficilement contracter mariage au dehors, car il leur faudrait
prendre sur cette dot exiguë pour faire des visites à l'épouse et
pour supporter les charges des noces ; et d'autre part, ils n'ont
pas moyen de recourir à Rome pour obtenir dispense du Siège
Apostolique.
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne lui accor¬der
permission de dispenser du quatrième degré de consanguinité ou
d'affinité, et d'absoudre ceux qui jusqu'à ce jour, nonobstant ce
quatrième degré, ont contracté mariage, avec le pouvoir de décla¬rer
légitimes les enfants issus de ces unions, et cela au moins au for
de la conscience ; attendu qu'ils sont empêchés par leur pau¬vreté
de recourir à Rome, et qu'ils sont contraints par la petitesse du
lieu de contracter ensemble.
5
(cf art 7 p.104) Expose très humblement, comme il y a dans son
diocèse beaucoup de luthériens, de calvinistes, ou de relaps, qui,
désirant revenir à la lumière de la vraie foi, diffèrent une œuvre
si pieuse et si salutaire parce qu'ils ne veulent pas venir devant
l'Evêque :
Supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne concéder non seulement à
lui-même et à son Vicaire général, mais encore à dix ou douze hommes
doctes et habiles, qu'il aura à choisir, la permission d'absoudre de
toute hérésie ces hérétiques ou ces relaps; et pour cet effet, et
afin de répondre à leurs objections, la faculté pour ces prêtres de
pouvoir posséder et lire, sans scrupule de conscience, le_ livres
défendus, et surtout ceux que chaque jour les hérétiques mettent en
lumière; attendu qu'on ne peut pas si facilement les convaincre
autrement. Et cette permission est demandée pour tou¬jours, parce
que lorsqu'elle est donnée pour un temps, quand celui-ci est écoulé
et qu'on ne peut obtenir sur le champ une permission nouvelle, la
plupart deviennent non seulement tièdes, mais encore froids et
retournent à leur vomissement (Pr 26,11 ; 2 P 2,21) ; ou bien,
pen¬dant qu'on attend cette permission ils meurent, non sans grand
détriment pour leurs âmes.
6
(cf art 5 p.104) Expose très humblement: les revenus de la mense
épiscopale sont si modiques, qu'à peine peuvent-ils suffire à la
décente sus¬tentation de l'Evêque, surtout en ce temps malheureux où
il doit nécessairement porter le poids de grandes dépenses, en
allant et venant pour consacrer ou bénir églises et autels.
Supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne l'exempter de tout paye¬ment
quelconque de décimes concédées au Duc de Savoie, repor¬tant la part
qui lui incombe sur les autres Evêques et bénéficiers de Savoie,
beaucoup plus riches et moins chargés que lui.
7
(cf art 4 p.103) Supplie très humblement Votre Sainteté Claude de
Granier, Evêque de Genève, qu'Elle daigne en ce qui concerne les
chanoi¬nes de son Eglise cathédrale, accorder dispense pour qu'ils
puissent obtenir et retenir, avec leurs canonicats, des églises
paroissiales, en y mettant des vicaires capables et suffisants pour
exercer charge d'âmes ; attendu que tous sont ou nobles ou docteurs,
et ne peuvent avec les revenus de leur canonicat, qui ne dépassent
pas la somme de soixante ducats, vivre décemment, ni ne peuvent
aspirer à d'autres bénéfices, puisque presque tous sont soumis au
droit de patronage et ne sauraient, par conséquent, être obtenus
sans la présentation du patron. Autrement, il arrivera que ces
chanoines se disperseront et cesseront de travailler à la vigne du
Seigneur, parce qu'ils n'ont pas de quoi vivre.
8
(cf art 6 p.104 )Expose très humblement à Votre Sainteté l'Evêque de
Genève, qu'il a plusieurs sujets ou taillables, astreints à
d'innombrables . servitudes qui sentent plus le paganisme que le
christianisme : ainsi, lorsqu'ils meurent sans enfants, ils ne
peuvent faire de testa¬ment en faveur de personne ; ils ne peuvent
se vêtir de drap noir, ni porter le moindre ourlet de drap de
couleur. Il y en a même quelques-uns dont la servitude consiste à
prendre soin durant la nuit, alors que le seigneur dort, d'empêcher
les grenouilles de coasser ; il n'y a personne qui ne voie combien
de telles choses sont indi¬gnes d'un chrétien.
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'il lui plaise donner
permission de libérer ces hommes moyennant une somme d'ar¬gent,
selon qu'il aura été convenu entre eux ; et que ces sommes soient
employées à l'évidente utilité de la mense épiscopale, ou que les
fiefs de cette nature soient convertis en biens d'emphy¬théose.
9
(cf art 8 p.104 ) Expose très humblement, que presque tous les
Monastères et Prieurés conventuels, tant d'hommes que de femmes,
dans la Savoie, le Genevois, ou autres possessions et régions
au-delà des monts appartenant au Sérénissime Duc de Savoie, sont
tellement déchus de la discipline régulière et antique, qu'à peine
peut-on discerner les Réguliers des séculiers ; les uns, en effet,
vagabondent sans cesse çà et là, et les autres qui demeurent dans
leurs cloîtres causent parmi le peuple un très grand scandale. .
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne donner
commission à quelque Prélat, d'au-delà des monts, bien instruit de
toutes choses, qui, avec deux Pères de la Société de Jésus, ou de
l'Ordre des Capucins, s'adjoignant même, s'il en est besoin, l'aide
du bras séculier, ait le devoir et le pouvoir de visiter librement
et absolument ces Monastères, de corriger les désobéissants et de
châtier les rebelles, selon qu'il le verra expédient au salut de
leurs âmes et à la consolation du peuple, sans tenir compte d'aucun
appel ou opposition quelconques ; attendu que les Supérieurs de ces
Monastères souffrent et endurent de tels désordres, puisqu'ils n'y
apportent nul remède.
FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de l'Eglise cathédrale de Genève.
X
SUPPLIQUE DU PRÉVÔT ET DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE
DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE
AU MÊME PONTIFE (note 276)
(MINUTE EN LATIN)
Projet du transfert du Chapitre à Thonon : François de Sales et ses
confrè¬res demandent au Pape de l'autoriser, et d'unir à la mense
capitulaire l'an¬cienne église des Augustins avec leur couvent
ruiné. - Ordre à donner au sujet des autres ecclésiastiques attachés
au service de la Cathédrale.
Octobre 1598.
Très Saint Père,
Les très dévots suppliants de Votre Sainteté, Prévôt, Chapitre et
Chanoines de l'Eglise cathédrale de Saint-Pierre de Genève, lui
exposent très humblement, comme depuis soixante ans ils ont été
chassés de la ville de Genève, et se sont retirés avec l'Evêque dans
la ville d'Annecy pour y résider et y célébrer les Offices divins
(L6, note 210). Or, il est arrivé que les mois derniers, par la
vertu du Saint-Esprit et par les prédications continuelles de la
parole de Dieu qui ont été faites, presque tous ceux qui habitent
les contrées du Chablais et de Ternier en Savoie, ont embrassé la
sacrosainte foi catholique, et surtout ceux qui habitent Thonon,
ville principale de la province, avec soixante-quatre paroisses qui
s'étendent tout à l'entour. C'est pourquoi, pour affermir les
convertis et réduire les autres, tant l'Evêque lui-même que les
Prévôt et Chanoines ont décidé de se transporter en cette ville de
Thonon, et là de travailler dans la vigne du Seigneur avec une
activité si grande de leurs âmes, qu'en peu de temps des fleurs et
des fruits puissent paraître.
Mais ils n'ont pas de quoi vivre décemment, car aucun de leurs
canonicats n'atteint soixante ducats. A Thonon, d'autre part, il y
avait autrefois une église avec un couvent de l'Ordre des Ermites de
Saint-Augustin, d'une valeur annuelle de cent écus environ , unie à
l'Ordre militaire des saints Maurice et Lazare par le Pape Grégoire
XIII, d'heureuse mémoire, sous prétexte que ce peuple était loin de
la conversion ; or, ce couvent est détruit et l'église souffre de
ruines nombreuses, en sorte qu'il serait presque im¬possible à ces
Frères de la rebâtir.
Supplient donc très humblement Votre Sainteté, qu'il lui plaise, en
cassant et relâchant cette union, la renouveler en faveur de la
mense capitulaire et lui appliquer les fruits et revenus du couvent,
imposant même un perpétuel silence aux Chevaliers, attendu que le
Sérénissime Duc de Savoie consent et .que les Chanoines en majeure
partie sont docteurs et puissants prédicateurs. Par ce moyen ils
pourront se transporter à Thonon, restaurer l'église, et produire le
fruit que l'on peut attendre de l'effet de la parole divine ; en
decrétant, toutefois, que tous ceux qui possèdent des bénéfices
quelconques fondés dans l'Eglise de Genève, principalement les douze
prêtres de la chapelle des Saints Machabées, qui, d'après la
fondation, sont obligés de faire résidence en cette cha¬pelle ,
soient tenus, sans aucune opposition ni exception, de suivre et
accompagner les Chapitre et Chanoines, sous peine d'être retranchés
de ce même Chapitre ; auquel cas, d'autres seront élus en leur
place. Que si personne ne se trouve qui veuille s'obliger à cette
résidence, alors les fruits et revenus de cette chapelle seront
appliqués à la mense capitulaire .
………………………………………………………………………………………….
FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de l'Eglise cathédrale de Genève.
¬
XI
MÉMOIRE CONCERNANT DIFFÉRENTES AFFAIRES DU DIOCÈSE
DE GENÈVE
ADRESSÉ A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE
AU NOM DE L'EVÊQUE
(EN ITALIEN)
Les requêtes de Mgr de Granier touchant les décimes et les
taillables de l'évêché, renvoyées au Nonce de Savoie. - Oubli
persévérant du car¬dinal Aldobrandini. - La question des prébendes
théologales en suspens. - Abus des prébendes laïques dans les
Monastères. - Situation particu¬lière du prédicateur d'Evian. - Une
clause nuisible dans les pouvoirs d'absoudre concédés au Prévôt de
Genève.
Turin, fin avril 1599 .
Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Une supplique a été adressée à Sa Sainteté au nom de l'Evêque de
Genève :
1. Afin qu'Elle daignât dispenser ledit Evêque des décimes qu'il
doit payer au Sérénissime Duc de Savoie (art 6 et 7 p.107 ; note
274)notes , vu la modicité de la mense épiscopale dont il a même été
spolié en grande partie pendant ces dernières guerres Malgré cela,
il est obligé de soute¬nir de fortes dépenses pour se rendre en
plusieurs lieux récemment convertis, où doivent se faire des
consécrations. Cette partie des décimes pourrait être facilement
payée par d'autres bénéficiers moins chargés et plus riches.
2. De plus, l'évêché de Genève a un grand nombre de sujets appelés
taillables, qui sont astreints à beaucoup de servitudes bar¬bares,
telles que celles-ci : lorsqu'ils meurent sans enfants, ils ne
peuvent tester ni disposer de ce qui leur appartient, pas même en
faveur des pauvres, des églises, de leurs femmes ou de leurs frères,
ni en autre façon quelconque, mais tous leurs biens meubles et
immeubles passent à l'Evêque ; item, ils doivent imposer silence aux
grenouilles pendant que l'Evêque dort, et choses semblables. D'où il
résulte que ces gens-là demeurent pour l'ordinaire dans un très
grand avilissement d'esprit et de corps ; aussi ne peuvent-ils
jamais bien réussir en leurs mariages. S'ils ont quelque bonne
aubaine, ils changent de résidence et s'en vont en Allemagne ou en
d'autres provinces, afin qu'à leur décès l'Evêque leur seigneur ne
puisse avoir aucun droit sur leurs biens. Que s'ils meurent dans
leur patrie, ils font tout ce qu'ils peuvent à leur mort et pendant
leur vie, pour priver leur seigneur, à force de précautions et de
fraudes, de l'héritage qui lui est dû ; de là s'ensuivent mille
incon¬vénients non seulement pour le temporel, mais aussi pour le
spiri¬tuel. Partant, on a également supplié le Saint-Siège de
permettre à l'Evêque d'affranchir et libérer ses sujets de ces
servitudes et de la misérable condition où ils sont réduits,
moyennant une somme d'argent, selon qu'il sera jugé à propos, pour
l'employer à l'évidente utilité de la mense épiscopale. On
procurerait ainsi un grand avantage spirituel et temporel aux
sujets, et l'on augmenterait la mense épiscopale d'un revenu
régulier et assuré, plus utile sans comparaison que ce qui se peut
retirer de ces héritages éventuels qui tous se réduisent à très peu
de chose ou sont accompagnés de chicane.
Pour ce qui concerne ces deux articles, Sa Sainteté a chargé le
cardinal Aldobrandini d'en écrire à Votre Seigneurie Illustrissime
et Révérendissime , afin qu'ayant une plus entière connais¬sance des
raisons apportées, Elle prît les moyens convenables pour mettre à
exécution ce qui a été demandé (L2, note 4). Or, bien qu'on ait
recouru par plusieurs Mémoires à M. le Cardinal et qu'on en ait fait
souvent ressouvenir son Secrétaire pour qu'il daignât écrire
conformément à l'intention de Sa Sainteté, on nous a toujours
répondu que la chose se ferait, mais jamais qu'elle avait été faite.
Si donc Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime n'a pas
encore reçu l'ordre requis pour cette affaire, Elle est suppliée de
la rappeler à M. le Cardinal , afin que l'Evêque jouisse des effets
de la faveur accordée par le Saint-Siège.
3. De plus, on a encore supplié Sa Sainteté de daigner appli¬quer et
assigner sur chaque monastère ou prieuré du diocèse de Genève, une
prébende monacale vacante ou à vaquer, pour l'en¬tretien des
chanoines théologaux qui sont très nécessaires en plu¬sieurs lieux
et ne peuvent autrement y être établis, vu l'exiguité des prébendes
théologales . On n'a pas répondu d'une manière absolue à cette
requête, mais le décret en est demeuré en suspens. Il est permis de
croire, cependant, que si Votre Seigneurie Illus¬trissime et
Révérendissime avait la bonté d'écrire en faveur de cet article, la
concession d'une grâce si importante serait bien facilitée.
4. Et pour lui ouvrir encore plus la voie, on expose ce qui suit :
Il y a, dans bon nombre de monastères, abbayes et prieurés,
plusieurs prébendes dites laïques que l'on donne à des personnes
très inutiles, et à des serviteurs non des monastères, mais des
Abbés et Prieurs commendataires, en rétribution de leurs services :
telles, les prébendes des bûcherons, des portiers, des cuisiniers,
des intendants de cuisine. Comme les moines ne vivent ni en
communauté ni en clôture, ils n'exercent pas ces emplois ; dès lors,
on en distribue les prébendes à de simples laïques qui habitent en
dehors et souvent loin des monastères. On pourrait donc sans
difficulté prendre au moins celles-ci; et si l'on ne peut obtenir
davantage, qu'on l'obtienne au moins pour la Cathédrale.
5. En outre, il faudrait un ordre définitif qui autorisât à
préle¬ver sur l'abbaye d'Abondance , comme on le faisait auparavant,
une prébende égale à celle des Religieux pour le prédicateur et
théologal d'Evian ; actuellement, fermiers et administrateurs font
des difficultés, et encore la payent-ils mal. On pourrait plus
facilement réussir en rappelant que Grégoire XIII, d'heureuse
mémoire, à la requête du R. P. François Papard, Dominicain,
pré¬dicateur à Evian , ordonna que cette prébende lui fût payée ; ce
qui s'est fait jusqu'à présent, même après la mort du P. Papard,
pour d'autres prédicateurs (L1, note 261).
De plus, le pouvoir d'absoudre les hérétiques a été accordé au
Prévôt de Genève avec cette clause: " S'ils ont verbalement détesté
leurs erreurs en confession sacramentelle;" et plus bas : "
seulement au for de la conscience." Ces clauses empêcheront une
grande partie du fruit que sans cela on pourrait retirer, moyen¬nant
la grâce de Dieu et les travaux dudit Prévôt, qui ne pourra suffire
à confesser tous ceux qui voudront se convertir. Plusieurs sont bien
disposés à embrasser la vraie foi, mais ne le sont point encore à se
confesser ; quelques-uns, pour diverses raisons, désire¬raient
s'adresser à d'autres confesseurs qu'au Prévôt. C'est pourquoi on
supplie Votre Seigneurerie Illustrissime d'interposer son autorité,
afin d'obtenir l'extension de cette faveur du Saint-Siège et des
pouvoirs plus étendus, pour la consolation des âmes et pour leur
aplanir le chemin de la pénitence. Ces pouvoirs seraient
néces¬saires non seulement au Prévôt, mais encore à ceux qui seront
délégués sous peu par l'Evêque de Genève, à cause de l'abondance de
la moisson et de la pénurie des moissonneurs.
Revu sur une copie conservée à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di
Savoia, vol. 36, fol. 183 et 457).
XII
RÉPONSE A UNE REQUÊTE
DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE
(MINUTE)
Fière protestation. - Le Bref de Clément VIII, rapporté de Rome par
le Prévôt, est de tous points conforme à celui de Grégoire XIII
qu'allèguent les Chevaliers. - Des " motz considerables ". - Ce que
la Milice trouve dur. - Pourquoi elle n'avait pas le droit d'être
consultée avant que le Bref fût rendu. - Les raisons qu'elle apporte
ne doivent pas en retarder l'exécution. - Prix de la moindre des
âmes et d'une seule Messe. - Le salut du peuple avant tout. -
Instante supplication au Duc et aux Che¬valiers.
Turin, 1er ou 2 mai 1599 ,
Premierement, le Prevost de Sales proteste n'avoir ni pretendre
aucun droict sur les biens mentionnés en la Requeste, et partant ne
vouloir en aucune façon se por¬ter pour partie contre les supplians.
2. Que le Brief rapporté par luy du Saint Siege a esté demandé,
accordé et obtenu pour le service de Dieu, de l'Eglise et de Son
Altesse, a laquelle il touche de le soustenir, et non a celuy qui,
comme simple serviteur, le porte et produit, et qui n'a en cest
affaire autre interest que le general de l'advancement du royaume de
Dieu.
3. Que neanmoins, s'il plaist a Son Altesse que ledit Prevost, comme
serviteur, rende rayson de la volonté du Pape portee par le Brief
par luy obtenu, il dira :
4. Le Brief de nostre Saint Pere Clement huictiesme est en
conformité de celuy de Gregoire treiziesme alle¬gué par les
supplians , auquel ledit Gregoire, prou¬voyant au cas heureusement
advenu en nos jours sous l'authorité de Son Altesse, baille les
benefices des bal¬liages a la Milice (comme inutiles alhors a leur
naturel usage, qui estoit indubitablement le maintien des gens
d'Eglise), avec ceste condition
(a) De telle sorte cependant, (ou ces motz sont considerables ) que
les églises paroissiales et autres lieux ecclésiastiques propres à
l'exercice du soin des âmes.
Deuxièmement : " par les Ordinaires des lieux."
Troisièmement : " avec une non moindre dotation." Ceste clausule non
minore est apposee en faveur de nostre cause
(b) Quatrièmement : " des propriétés." il ne veut que ce soit
pensions.
(c) Cinquièmement : " à un nombre juste et convenable ; " ce nombre
est laissé au jugement des Ordinaires.
Sixièmement : et, par ces mêmes Ordinaires, [les lieux susdits]
seront pourvus de recteurs et de pasteurs, suivant le Concile de
Trente (De Reform Sess 7, 5 et 7 ; 21,4 ; 25, 16) et autres décrets
canoniques.
5. Et quand audit Brief de Gregoire treiziesme telle condition ne
seroit apposee, le Pape du jourd'huy, qui peut en cest endroict
absolument disposer, dispose en faveur des peuples et de
l'advancement de la religion chrestienne, comme il appert par son
Brief.
6. Auquel neanmoins il n'y a aucun point prejudicia¬ble a la Milice
plus qu'en la condition inseree en celuy de Gregoire, delaquelle il
n'est qu'une declaration pour lever toutes occasions de douter.
7. Car, ce qu'il semble que la Milice trouve de dur au Brief
posterieur, selon les parolles de leur Requeste, est :
Premierement, que la Religion est spoliée de tous les bénéfices,
quelle qu'en soit la na¬ture. Mais la condition De telle sorte
cependant, dit indistinctement : des pro¬priétés des mêmes biens ;
et le Concile de Trente (De Reform Sess 21,5 ; 24,13), par le droit
lui-même, donne pouvoir des portions congrues sur tous benefices.
Secondement, que cela se face sous pretexte de l'en¬tretenement.
Mais cela n'est en aucune façon pretexte, car c'est une pure et
sainte realité, a laquelle non seule¬ment Clement, mais Gregoire
prouvoit : Ita tamen.
Troysiesmement, que la determination de l'entretene¬ment soit remise
a l'Evesque, par ces parolles : en ce que raisonnablement et
facilement. Mais, et le Concile de Trente expres, et la condition
Ita tamen de Gregoire, remet cela a la connoissance des Evesques.
Quatriesmement, du nombre des gens necessaires, voulant que cela se
fasse selon le nombre establi, Son Altesse estant a Thonon . Mays on
ne le surpasse pas, et a malepeyne y aura il qui suffise. Et si
l'experience avoit apprins qu'il en fallust davantage, faudroit il
l'em¬pescher ? on ne peut pas accorder tout a coup toutes cho¬ses.
Mesmement, qu'on avoit reduit au moindre nombre, pour laisser, s'il
estoit possible, quelque moyen pour rebastir, faire paremens et
autres choses necessaires ; lesquelles choses faites et le peuple
accreu, on s'atten¬doit de multiplier les curés ou vicayres.
Cinquiesmement, que le Brief ayt esté accordé ainsy, sans que ladite
Milice aye esté ouye. Mais la condition apposee par Gregoire, a
laquelle ilz ont consenti, relevoit de ceste peyne. Et quelle rayson
pouvoit elle apporter pour empescher ce Brief ? Toute sa rayson
seroit ou en fait, ou en droict. En droict, c'est la production du
Brief de Gregoire ; mais le Pape l'insere presque tout en son Brief
et n'ignoroit rien de ce qu'il contient, ayant pro¬cedé avec
certaine science. En fait, niant la reduction de ces peuples ; mais
cela ne se pouvoit, et de plus, quand il n'y en eust eu que dix de
chasque parroisse avec liberté en leur faveur, le Pape eust
tousjours disposé comme il fait.
8. Mais la Milice allegue deux raysons : l'une, crainte d'abus en
l'execution. Mays a cela on respond qu'il luy demeurera tousjours
lieu de s'en plaindre, sans qu'il soit necessaire de retarder le
cours d'une si necessaire execution.
L'autre, ou seconde : elle craint le droict de nomina¬tion. Mais ce
seront serviteurs et sujetz de Son Altesse. La moindre ame ou Messe
vaut plus que toutes les nomi¬nations, pour la conservation de Son
Altesse. Et au reste, c'est un ordre du Concile* de prendre les
portions congrues sur tout.
9. Quant aux revenuz, il n'y en a pas asses pour faire ce qu'il
faudroit.
10. Il eust mieux valu ne rien faire que de faire frau¬dement.
11. La Religion ne sçauroit mieux faire pour sa pro¬fession.
12. Enfin, " le salut du peuple est la suprême loi "
Pas un particulier n'en prend pour soy, ni Monsieur de Geneve, ni
moy. On fera exactement le calcul de tout le revenu, en l'assistance
d'un officier de Son Al¬tesse ou de plusieurs .
Partant ledit Prevost, comme tres humble sujet et orateur de Vostre
Altesse, supplie pour l'amour de Dieu que l'execution ne soit
aucunement retardee, ains avan¬cee, maintenue et soustenue par les
graces necessaires a icelle.
Et comme humble serviteur et orateur de la Milice, la supplie de se
contenter avoir l'œil ouvert s'il se fera abus, et ne prendre pour
estre fait contre son service ce que ledit Prevost a fait pour
servir la cause de la religion, sans aucune mauvaise affection
contre l'honneur et ser¬vice qu'il leur doit.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
XIII
REQUÊTE
AU DUC DE SAVOIE, CHARLES - EMMANUEL 1er
(MINUTE)
Le Sénat et la Chambre des Comptes entravent l'exécution d'un ordre
de Son Altesse, et celle-ci enjoint de surseoir à un ordre du Pape.
- Moyen suggéré par François de Sales pour acheminer heureusement la
restitution des revenus ecclésiastiques du Chablais, sans léser les
droits des Cheva¬liers des saints Maurice et Lazare. - A quelles
règles s'obligera l'Evêque en l'exécution du Bref Apostolique.
Turin, [vers le 15] mai 1599 ,
Monseigneur,
Vostre Altesse avoit donné mainlevee, par maniere de provision (vr
attendant la declaration du Saint Siege), du revenu de tous les
benefices de Cha¬blaix et Ternier pour l'entretenement des
ecclesiastiques necessaires pour l'exercice de la religion
Catho¬lique nagueres restablie en ce pais par le zele de Vostre
Altesse. Son Senat et sa Chambre des Comptes n'ont voulu interiner
les patentes expediees a cest effect .
Sa Sainteté, suyvant la sainte intention de Vostre Altesse, a donné
plein pouvoir au Rme Pere en Dieu, l'Evesque de Geneve, de desunir
et des-membrer des benefices unis a la Milice des Saints Maurice et
Lazare (laquelle tient la pluspart, ains presque tous ceux de
Chablaix) autant quil verra expedient pour l'instruc¬tion de ces
ames nouvellement converties, et reparation des eglises, paremens
d'autelz ( et autres necessités. Vostre Altesse commande au Praevost
de Sales, par un decret du 29 avril 99, qu'on sursoye a
tout'execution : si que ce pauvre païs demeure tout nud et
desprouveu de tous les moyens requis a la continuation de la
reli¬gion sainte quil a embrassé, avec tant de satisfaction de
Vostre Altesse et de bon exemple pour tous les catho¬liques (vr ces
pauvres convertis demeurent desprouveuz et privés de tous les moyens
requis a la continuation de la sainte religion qu'i!z ont embrassé
par la sainte conduitte de V. A., avec tant de bons exemples pour
tous ceux qui en ont eu les advis.).
Dont le Praevost de Sales, auquel Vostre Altesse a com¬mandé
d'attendre et demander sa bonne volonté sur cela, la supplie tres
humblement de faire consideration sur la qualité de l'affaire, qui
ne peut estre retardé sans estre ruyné. Et partant, quil (vr que,
faisant consideration sur la qualité de l'af¬faire, qui ne peut
estre retardé sans estre ruyné, il) luy playse, ou de commander
absolument, purement et efficacement que le Brief de Sa Sainteté
soit mis en execution sans dilation, sauf a la ditte Milice de
recourir en cas d'abus et se prouvoir comme et vers qui elle verra a
faire ; ou de commander expressement a l'un des seigneurs de son
Senat ou Chambre des Comtes de Savoye d'assister a laditte execution
qui se fera par ledit Reverendissime Evesque de Geneve, a laquelle
pourra aussi entrevenir un deputé par le Conseil de la susditte
Milice, affin que toute accusation d'abus soit evitee. Et que cela
soit fait tout promptement, sans aucune dilation, eu esgard a
l'importance de la chose, s'asseurant ledit Praevost que, en
l'execution dudit Brief, le Rme Evesque de Geneve observera tres
etroittement ces regles :
1.De n'outrepasser pas le nombre juste et competent des personnes
necessaires a l'œuvre, lequel neanmoins ne se peut pas precisement
determiner sans par¬ticuliere connoissance des lieux et des
personnes.
2. De faire un gros de tous les benefices de Chablaix, tant ci
devant affectés a la Milice de Saint Lazare qu'autres quelcomques
(sauf ceux desquelz Vostre Al¬tesse auroit autrement prouveu) , a ce
que du tout soit levée la legitime portion requise (vr des la
conversion de ces peuples, a ce que de tous soyent levees les
parties necessaires) pour le service de Dieu.
3. De faire juste estimation de chasque benefice.
4- Et de n'outrepasser l'usage requis et deüe emploitte desdits
biens, tant en l'assignation des portions con¬grues qu'autres œuvres
necessaires a l'establissement de la sainte Eglise.
Et bien que tout le revenu ecclesiastique de Chablaix qui est en
estre et n'a esté aliené, malaysement peut suffire a ce quil seroit
besoin faire en ce commencement, auquel on ne peut jamais faire que
trop peu, si est ce que ledit Evesque, quand a ce qu'il luy touche,
se con¬tentera simplement de ce qui est necessairement necessaire,
layssant au surplus a la pieté de Vostre Al¬tesse de prouvoir et au
college des Jesuites (notes 214,238), ja conclud et destiné par elle
avec le Pere General de l'Ordre , et aux autres œuvres qui sont de
telle importance qu'elle sçaura tres bien juger (vr et autres
amplifications du service de Dieu, qui sont de telle impor¬tance que
son zele luy sçaura bien representer.).
Playse donq a Vostre Altesse renvoyer promptement ledit Prœvost de
Sales depeché sur ce sujet, et ell' atti¬rera sur elle et sur ses
desseins les benedictions cœ¬lestes (vr la benediction divine que
luy souhaitteront perpetuel¬lement tant d'ames faittes et maintenues
catholiques par son soin et pre¬voyance chrestienne).
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XIV
MÉMOIRE ADRESSÉ A MONSEIGNEUR RICCARDI
NONCE DE SAVOIE
Un meurtre à Talloires et une prébende vacante. - Pour établir des
cha¬noines théologaux dans les Collégiales d'Annecy, Sallanches et
La Roche, d'autres prébendes pourraient se prélever sur quelques
prieurés et abbayes. - Evian, Rumilly et Seyssel ont besoin du même
secours, et pour quelles raisons. - Faut-il s'inquiéter des
réclamations des Religieux ?
MÉMOIRE TOUCHANT LES PRÉBENDES THÉOLOGALES A ÉRIGER
DANS LE DIOCÈSE DE GENÈVE
Annecy, vers le 15 novembre 1599 ,
Les prébendes de l'Eglise cathédrale consistent en distributions
quotidiennes qui n'excèdent pas, une année dans l'autre, soixante
écus ; c'est pourquoi il serait néce ssaire de joindre à la prébende
théologale une prébende monacale du prieuré de Talloires . Et bien
que tous les Religieux vivent encore, néanmoins la veille de la
Toussaint il s'est produit parmi eux un fait qui, si je ne me
trompe, nous ouvre la voie à cette union. Le moine appelé, de son
office, Ouvrier , blessa à coups de stylet et avec une masse d'arme
deux gentilshommes de l'endroit et un autre pauvre homme ; les coups
furent tels et si nombreux que deux des trois blessés sont à
l'article de la mort et l'autre est estropié. A la vérité, ledit
Ouvrier est blessé lui même, mais légèrement et sans danger de mort.
Cet excès, commis à cause d'une certaine débauchée, rend vacante la
prébende de l'Ouvrier qui est la plus riche du monas¬tère (il est
vrai que le moine qui en est pourvu a en charge la fabrique de
l'église). Partant, on pourrait, avec cette prébende, ménager à la
Cathédrale une bonne théologale qui monterait à 200 écus par an,
tout en restant chargée de la fabrique .
La Collégiale d'Annecy mérite elle aussi un chanoine théologal,
comme principale église de cette ville, populeuse, capi¬tale du
Genevois et siège du tribunal de justice de la province ; mais les
revenus de ces canonicats n'atteignent pas les cinquante écus. On
pourrait y joindre une prébende, s'entend la première vacante, des
douze des Chanoines réguliers de Saint-Augustin du prieuré du
Sépulcre d'Annecy , et une de Bellevaux, de l'Ordre de Cluny (L2,
note 301), où vaque une prébende ; les deux ensemble ne monteront
pas à soixante-dix écus annuels. Les Chanoines réguliers du Sépulcre
portent un habit pareil à celui du Prieur de Tarentaise et suivent
la même Règle . La Collégiale d'Annecy est connue sous le nom de
Notre-Dame de Liesse, Lœtœ.
La Collégiale de Saint-Jacques de Sallanches a également besoin d'un
théologal ; il serait facile de lui en ménager un avec une prébende
de l'abbaye de Sixt (L1, note 293) et une encore du prieuré de
Peillonnex (L2, note 265.) ; tous deux appartiennent aux Chanoines
réguliers de Saint-Augustin, les mêmes que ceux de Tarentaise. Ces
deux prébendes monacales n'arriveront pas à cent vingt écus avec
celle de Sallanches. Cette localité, distante d'Annecy de plus d'une
jour¬née, est assez peuplée. A Sixt, une prébende est vacante (il
est vrai qu'on traitait d'y pourvoir) ; à Peillonnex, aucune ne
vaque.
La Collégiale de Saint- Jean-Baptiste de La Roche (L3, note 171), à
trois lieues de Genève, a grand besoin d'un théologal. Ses prébendes
n'atteignant pas les vingt-cinq écus par an, on pourrait leur en
ajouter une de l'abbaye d'Entremont, ou Intermontium, des Cha¬noines
réguliers blancs (L2, note 263), qui n'existent pas, que je sache,
en Italie, et une autre du prieuré de Contamine, de l'Ordre de Cluny
(L2, note 262) ; ces deux prébendes montent à cent écus. A Entremont
il y a une prébende vacante, mais non pas à Contamine.
Il faut un théologal à Evian, cette ville étant située sur les bords
du lac de Genève, en face de Lausanne et sur les frontières du
Valais. En effet, Grégoire XIII lui accorda une prébende, mais
actuellement le théologal, Dominicain, n'est guère payé, et par
suite ne peut y faire sa résidence (note 291). Partant il sera bon
que l'on pourvoie cette église d'une nouvelle prébende, la prélevant
sur les douze d'Abondance, dont six sont vacantes depuis bien des
années. Elles sont de cent écus annuels, et la Règle de l'abbaye est
celle des Chanoines réguliers, les mêmes que ceux de Tarentaise.
Bien qu'il n'y ait pas d'église collégiale à Evian, mais seulement
deux églises paroissiales , le Saint-Siège jugea néanmoins à propos
de lui accorder un théologal aux frais de cette abbaye.
A Rumilly aussi, quoi qu'il n'y ait, dans une même église , qu'un
Curé, un Prieur, et un Religieux de l'Ordre de Cluny, toute¬fois, vu
l'importance de cette localité, qui est proche de Genève et où Son
Altesse réside quelquefois, il serait très avantageux d'y entretenir
un théologal avec une prébende d'Hautecombe, de l'Ordre de Cîteaux,
et un prieuré rural de l'Ordre de Cluny, voisin de la ville, appelé
prieuré de l'Aumône ; celui-ci, avec la prébende d'Hautecombe,
pourra monter à cent vingt écus annuels.
A Seyssel, un théologal est encore très nécessaire, car la ville
étant sur le Rhône, il y a là un concours de marchands qui, de
Genève et d'Allemagne, transportent leurs marchandises à Lyon ;
c'est donc un lieu de passage pour les hérétiques et pour les
catho¬liques. On y trouve deux prieurés, dont l'un rural, de l'Ordre
de Saint-Benoît, fut anciennement uni au Chapitre cathédral de
Genève ; c'est là que demeure le curé avec quelques vicaires ;
l'autre appartient aux Frères Ermites de Saint-Augustin (L4, notes
32,33). Une prébende théologale pourrait s'y établir au moyen de
deux prében¬des monacales : l'une, de l'abbaye de Chézery, l'autre,
du prieuré de Talissieu, ou bien de celui de Chindrieu, de l'Ordre
de Saint¬ Benoît ; l'abbaye de Chézery en a une vacante.
De cette manière, on constituerait dans ce diocèse sept théolo¬gales
moyennant lesquelles on pourrait rétablir toujours davantage la
religion, jusqu'à ce que Dieu nous envoie des bénédictions plus
abondantes. Quant au prieuré de Talloires, il me reste seulement à
dire que si on ne juge pas à propos de traiter de la prébende de
l'Ouvrier, on pourrait songer à la première vacante ou à vaquer.
J'ai quelque doute pour celle de l'Ouvrier, parce qu'il n'était pas
seul quand il commit le crime [dont j'ai parlé] ; d'autres moines
employés au même office étaient avec lui.
Je crois avoir répondu à toutes les questions posées touchant
l'érection des prébendes théologales. Il en faudrait sept, mais s'il
y en avait davantage, ce ne serait que mieux . Toutes ne peu¬vent
pas être canonicales, car il n'y a dans le diocèse que cinq églises
avec des chanoines séculiers ; et encore n'a-t-on pas fait mention
de l'une d'elles, comme n'étant pas très nécessaire . Celles des
autres localités pourront se nommer théologales, au lieu de
canonicales.
On a indiqué les monastères et prieurés qui ont des prébendes
vacantes ; mais, en accordant la provision, il me semblerait
beaucoup plus sûr de le faire en ces termes : les premières vacantes
ou à vaquer, parce que, pendant que l'on propose et délibère, celles
qui actuellement se trouvent vacantes pourraient être pour¬vues par
les Abbés ou Prieurs.
Les Religieux seront-ils satisfaits, je ne saurais le dire ; mais je
crois qu'lls se soucient fort peu de ce que deviendront leurs
pré¬bendes après leur mort, pourvu qu'ils en jouissent jusque là. Et
lors même qu'ils s'en soucieraient, je pense qu'on ne devrait guère
s'inquiéter de leurs prétentions ; il suffit que leurs prébendes
soient appliquées à la plus grande gloire de Dieu ; car, pour ce qui
est de la majorité, ils donnent de tels scandales qu'il faudrait
mille prédi¬cateurs pour restaurer ce qu'ils détruisent. Leurs
abbayes sont situées en des lieux inhabités, sauf Talloires qui est
une bourgade peu éloignée d'Annecy ; de sorte que, quand même ils
auraient parmi eux des théologaux (et ils sont loin de les avoir),
si une autre réforme n'intervient, ils seront toujours de peu
d'utilité aux populations.
Son Altesse Sérénissime m'a dit qu'aussitôt son retour de France,
elle écrira à Rome pour la réforme de ces Monastères ; et vraiment,
la chose est indispensable, car sous prétexte de leurs exemptions et
privilèges, les Religieux ne respectent ni Dieu ni les hommes. Ce
que je dis sans aucun autre intérêt que celui de leur salut et de
l'édification du peuple.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di
Savoia, vol. 36 fol. 455).
XV
MÉMOIRE ADRESSÉ
AUX CHEVALIERS DES SA1NTS MAURICE ET LAZARE
[1607-1608 ]
(a) Outre tout ce que les ecclesiastiques tiennent maintenant,
l'Evesque de Geneve demande :
Les censes de Bellerive, pour deux ans (note 245).
Les praetentions que lesdits sieurs Chevaliers pour¬royent avoir sur
Vullionnex, avec tout ce qui depend dudit Vullionnex ou en dependoyt
.
Pouvoir de rachetter tous les biens dependans des cures et
chapelles, de quelle nature quilz puissent estre.
Et par ce que les sieurs Chevaliers rachettant les biens des autres
benefices pourroyent, ou par mesgarde ou autrement, prendre les
biens des cures en guise des autres, seront obligés monstrer les
contractz aux deputés de l'Evesque, par lesquelz il sera regardé si
lesdits biens sont ou aux cures ou aux autres benefices.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de la Grande
Maîtrise des saints Maurice et Lazare
(a) Une minute autographe de cette pièce se conserve à la Visitation
d'Annecy; nous en reproduisons le texte ci-dessous. :
DEMANDES DE L'EVESQUE DE GENEVE A MESSIEURS LES CHEVALIERS
Outre tout ce que les ecclesiastiques possedent maintenant,
l'Evesque de Geneve demande :
Les censes de Bellerive pour Tonnay, deux annees durant.
Les prœtentions que lesdits sieurs Chevaliers pourroyent avoir sur
Vul¬lionnex.
Pouvoir de rachetter tous les biens ecclesiastiques des balliages de
Gaillart et. Ternier, dans deux ans ; et passé lesdits deux ans, ne
pourront plus lesdits eeclesiastiques rachetter que les biens
dependans des cures.
XVI
REQUÊTE AU PRINCE DE PIÉMONT VICTOR-AMÉDÉE
EN FAVEUR DES CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT
(MINUTE)
Cession aux Genevois des bénéfices d'Armoy et Draillant, malgré un
Arrêt contraire du Sénat. - Les cent écus annuels assignés aux deux
curés en dédommagement n'ont été payés que trois ans. - La piété et
la justice exigent qu'il soit désormais pourvu à leur entretien.
[Avant avril ? 1618 ]
Il y a dix et sept ans, qu'a la poursuite de l'Evesque de Geneve fut
obtenu un Arrest du Senat par lequel les cures d'Armoy et de
Draillans furent adjugees a leurs curés et legitimes titulaires
(var: et, en execution d'Arrest, leur furent remises). Mays soudain
apres, par commandement expres et absolu de Son Al¬tesse
Serenissime, pour certaines justes et extraordi¬naires
considerations (var : a la poursuite des sieurs scindiques et
Conseil de la ville de Geneve, lesdites cures...), lesdites cures
furent remises a la ville de Geneve, les curés en demeurant privés .
Et par ce que Son Altesse, selon sa pieté, voulut que neant¬moins
l'exercice catholique fut continué es dittes deux parroisses, a ces
fins ordonna que cent escus d'or seroyent delivrés annuellement aux
deux prestres qui feroyent ledit exercice, assignation donnee sur la
gabelle a sel; delaquelle somme, neanmoins, on n'a jamais peu estre
payé (var : quoy que S. A. ayt, par plusieurs iteratifz
commande¬mens, ordonné le payement, et la Chambre des Comtes, par
Arrestz et plusieurs decretz, inculqué les commandements de S. A..)
que pour troys ans , de sorte que les ecclesiastiques deservans es
ditz benefices ont esté contraintz de s'entretenir d'empruntz faitz
tant par eux que par ledit Evesque .
Et parce que la pieté, l'equité et la justice requerans que, a
l'advenir, ledit exercice catholique soit continué, et par
consequent les prestres entret'enuz, Son Altesse est suppliee en
toute humilité de faire poser ce payement au bilan, pour cette annee
et les suivantes, comme encor pour les arrerages………….
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVII
AUTRE REQUÊTE AU MÊME
MINUTE POUR LES CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT
(INÉDITE)
Un Arrêt du Sénat contre les détenteurs des revenus d'Armoy et de
Drai1lant, annulé par le duc de Savoie. - Maigre compensation
accordée aux curés " sur la gabelle a sel du Chablaix." -
Insouciance des gabeliers et sollicitations inutiles des prêtres. -
Pourquoi la déclaration récente d'un agent à l'Evêque de Genève ôte
aux suppliants tout espoir. - Humble exposé de leur misère et appel
pressant à Son Altesse.
[Avril ou mai 1621 ?]
A MONSEIGNEUR LE SÉRme PRINCE DE PIEMONT.
Supplient en toute humilité, les pauvres orateurs de Vostre Altesse,
curés des parroisses d'Armoy et Draillans en Chablaix, disans
qu'apres avoir, par un tres juste Arrest de vostre Senat de Savoye,
et duquel ilz ont payé un grand emolument, otenu (sic) contre ceux
de Geneve, detenteurs et tres injustes occupateur (sic), la pleine
possession et jouissance des dixmes et revenus dependans de leurs
cures, il pleut a Son Altesse, pour certaines raysons a Elle
conneues, leur commander absolument de quitter lesdits revenus
ausdits de Ge¬neve (note 328). Et pour, d'un costé, reparer
aucunement l'evi¬dente et grand (sic) perte des supplians causee par
ledit commandement, comm' aussi, d'autre part, pour ne laisser les
eglises et peuples desditz Armoys et Draillans destitués de
pasteurs, et par consequent de Sacremens et de religion, Son Altesse
assigna pour l'entretenement desditz pauvres curés, a chacun
cinquante escus sur la gabelle a sel dudit Chablaix ; sommes
petites, mais des¬quelles lesdits curés, tres humbles sujetz de Son
Altesse, demeuroyent contentz, si elles leur eussent esté deli¬vrees
an par an (note 329). Ce qu'il n'a onques esté possible d'obtenir,
se passant maintenant la sixiesme annee sans que lesditz pauvres
supplians ayt (sic) jamais peu avoir un seul liart des gabeliers,
non obstant toutes les pour¬suites, sollicitations, supplications et
remonstrances faites tant par les supplians que par le seigneur
Evesque de Geneve, leur Praelat, et non obstant encor plusieurs
ordres donnés par Vostre Altesse a diverses fois, et plusieurs
Arrestz et sinceres diligences faitz par la Chambre des Comtes de
Savoye qui n'a rien obmis en cela, jusques a ne vouloir clorre les
comtes des gabe¬liers ; en sorte que le sieur Velasque, dernierement
a Chamberi , declara audit Evesque que lesditz curés n'en auroit
(sic) onques rien, les gabelles estant toutes espuysees et employees
pour les. maysons de Vos Altes¬ses et autres assignations praecises,
et que jamais nul ordre, quel qu'il fut, ne seroit suffisant pour
cela .
Si que finalement, Monseigneur, les supplians ayans tant employé de
peines, tant fait de frays et tant em¬prunté pour faire ces inutiles
poursuites et continuer au moins mal qu'ilz ont peu le service
esdites eglises, reduitz en extreme misere, recourent finalement a
Vostre Altesse, la suppliant tres humblement, au nom de Dieu, de
vouloir donner autre ordre a ce que effectivement ilz soyent payés
et pour le passé et pour l'advenir, estant chose de si grande et
evidente justice, equité, pieté et conscience.
Et ilz persevereront a prier et faire prier leurs pau¬vres
parroissiens pour la prosperité de Son Altesse et de la Vostre,
Monseigneur, et de tous ses Estatz.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
B—DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX
1
MÉMOIRE REMIS A MONSEIGNEUR DEL BUFALO NONCE DE FRANCE
POUR LE RÉTABLISSEMENT DU CULTE CATHOLIQUJl
(MINUTE INÉDITE)
Deux choses demandées au Roi. - Réponses aux objections prévues,
contre le rétablissement du culte catholique dans tout le pays de
Gex - Pourquoi certaines appréhensions n'ont pas de fondement. -
Exposé des difficultés que présente la restitution des revenus
ecclésiastiques du bail¬liage : les unes, insurmontables ; la
justice de Sa Majesté peut triompher des autres. - Celle-ci et les
droits de l'Eglise doivent l'emporter sur la crainte de mécontenter
les Genevois.
[20 décembre 1601-fin janvier 1602 .]
On demande deux choses à Sa Majesté: l'une, qu'on l'établisse
l'exercice du culte catholique dans toutes les localités du pays de
Gex ; l'autre, que les revenus ecclésiastiques soient rendus aux
hommes d'Eglise.
Quant à la première, il ne peut y avoir de difficulté du côté des
habitants du pays; l'exercice de leur culte demeurant libre et
assuré, ils n'auront pas à se plaindre si on établit le culte
catholique pour ceux qui ne voudront pas du leur. On ne doit pas
redouter les séditions, soit parce que, la plus grande partie de la
noblesse étant catholique, les magistrats sont des hommes de marque
, soit parce qu'il n'y a aucune forteresse ni aucun château-fort .
Les Bernois et Genevois n'ont rien à voir en cette affaire, car Sa
Majesté n'est pas obligée de contraindre les sujets de la Couronne à
vivre de la même manière qu'eux. Il est vrai qu'ils désirent voir
leur religion s'étendre et se conserver ; mais ce désir n'est pas
digne de considération, puisque, au contraire, les Bernois eux-mêmes
qui savent combien vivement Sa Majesté souhaite la propagation de la
foi catholique, l'entravent néanmoins, et tâchent de faire surgir
des obstacles non seulement parmi leurs sujets, mais encore parmi
les sujets des autres. Il ne faut pas craindre que pour cela ils se
révoltent ; le duc de Savoie a bien établi le culte catholique dans
les autres bailliages, et cependant ils n'ont pas bougé, quoique,
pressés par leurs ministres, ils s'en soient plaints . A plus forte
raison ne se soulèveront-ils pas contre Sa Majesté, à qui ils ne
sauraient songer à faire la loi sur le mode de gouverner les sujets
du royaume. On doit en dire autant de Genève.
Quant à la seconde chose qu'on demande, c'est-à-dire, que les biens
de l'Eglise soient restitués, il peut y avoir plus ou moins de
difficulté, suivant l'état où ils se trouvent. Quelques-uns ont été
vendus et aliénés par les Bernois : la restitution de ceux-ci serait
bien difficile, parce qu'en les vendant, ils ont promis d'en
maintenir la possession à ceux qui les ont achetés ; aussi la seule
requête qu'on fait au sujet de ces revenus, c'est qu'on puisse les
recouvrer en faveur de l'Eglise quand les ecclésiastiques seront en
mesure de payer en argent le prix exact donné aux Bernois.
D'autres bénéfices sont situés dans le bailliage de Gex; ils
appartenaient jadis à l'Evêque de Genève, et maintenant ils sont
détenus par les Genevois . Ici, la difficulté serait encore plus
grande, parce que les Genevois estiment et croient que l'Evêque
était Prince suprême de ces lieux ; dès lors, eux aussi se
consi¬dèrent là comme maîtres et seigneurs absolus, sans reconnaître
aucun supérieur. C'est pourquoi, bien que ces revenus soient dans le
pays de Gex, on n'en espère rien, sinon par la Providence de Dieu.
D'autres sont occupés par les ministres et par des laïques, sans
aucun titre légitime ; et quant à ceux-ci, il n'y a point de
difficulté, puisqu'ils sont dans le domaine du Roi et sous sa
juridiction. Les Bernois, ni personne quelconque, sauf les ministres
et gens sem¬blables, n'y ont donc aucun intérêt ; de sorte que Sa
Majesté peut et doit faire justice aux ecclésiastiques.
D'autres enfin sont aussi sous la juridiction de Sa Majesté, mais
détenus par la prétendue République de Genève ; ceux-ci
appar¬tiennent principalement à l'Eglise cathédrale, au Chapitre et
à la chapelle dite des Machabées qui est unie à la même Cathé¬drale
. Touchant ces derniers, toute la difficulté consiste en ce que les
Genevois seraient mécontents et auraient de la peine si on en
faisait justice ; mais jamais on ne fait justice sans causer du
mécontentement à la partie qui a tort, et l'on ne doit pas avoir
moins d'égard à l'injure qui se ferait à l'Eglise refusant de lui
rendre justice, qu'au déplaisir qui reviendrait aux détenteurs en la
lui rendant.
Sa Majesté, rétablissant l'exercice du culte catholique et
resti¬tuant ces deux dernières parties des revenus, pratique la
justicc, accroît la sainte religion, fait du bien à l'Eglise,
multiplie ceux qui prieront pour sa prospérité. De plus, puisqu'Elle
a déclaré vouloir que son Edit fût observé dans les pays récemment
unis en ce qui est favorable à l'hérésie , il semble que,
réciproquement, Elle doive le faire observer en ce qui est favorable
à l'Eglise.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
II
REQUÊTE AU ROI DE FRANCE, HENRI IV
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE INÉDITE)
Le calvinisme dans le pays de Gex. - Mgr de Granier a déjà imploré
le secours du Roi pour le rétablissement de la religion catholique
et la res¬titution, pour l'entretien des prêtres, des revenus
confisqués. - Ce qu'a fait le baron de Lux, délégué par Sa Majesté.
- Pourquoi l'Evêque s'adresse de nouveau à elle. - Il réclame le
libre exercice du culte dans toute la province, suivant la teneur de
l'Edit de Nantes. - Un traité passé entre Emmanuel-Philibert, duc de
Savoie, et les Bernois, annulé.¬ Trois bailliages où fleurit le
catholicisme. - Les détenteurs des revenus n'ont aucune raison à
alléguer contre la justice et le droit.
Annecy, 20-25 décembre 1601 .
Sire,
Claude de Granier, Evesque de Geneve, avec tout son Clergé,
remonstre tres humblement a Vostre Majesté, que, par la misere des
troubles advenuz a l'occasion du schisme et division de religion,
l'exercice de la reli¬gion Catholique, Apostolique et Romaine a esté
entie¬rement expulsé du balliage de Gex, et les saintz temples,
maysons et patrimoines de l'Eglise occupés et detenuz violemment;
les prestres et pasteurs dechassés . Ce qui aurait meu le suppliant
implorer 1'ayde, secours et bras seculier de Vostre Majesté, affin
que, selon sa bonté et pieté chrestienne, justice et equité royale,
il luy pleut restablir l'exercice de la sainte religion audit
bal¬liage ; reintegrer les prestres, pasteurs, comm' aussi le
Chapitre de l'Eglise cathedrale Saint Pierre de Geneve, et tous
doyens, prieurs, abbés, chapellains et autres personnes
ecclesiastiques, es eglises dediees de tout tems au saint service,
et en leurs maysons, domeynes, terres, dixmes et revenuz affectés a
leur entretenement.
A laquelle juste supplication Vostre Majesté s'es¬tant inclinee, a
renvoyé le suppliant par devers le sieur Baron de Lux , son
lieutenant general es gouver¬nemens de Bourgoigne, Bresse, Bieugey,
Valromey et Gex ; lequel, donnant commencement a l'execution (var :
pour sous son assistence et main forte, procéder à l'exécution )
d'un si saint œuvre, a restably l'exercice catholique en trois cures
et parroisses, remettant par mesme moyen les trois pasteurs (var :
seulement restably ledit exercice de la sainte religion en trois
cures et parroisses et remis les trois curés ) constitués en icelles
en l'actuelle jouyssance et possession des terres, maysons, fondz et
autres revenuz dependantz des dittes cures, et des dismes (var :
temples, maysons, fonds, terres labourables, prés, bois, censes,
rentes et autres revenuz, dismes, dependantz desdites cures, et )
qui proviennent es confins des territoires des dittes parroisses,
selon les limites qui souloyent estre au paravant l'expulsion du
Clergé : et ce, tant seu¬lement.
Mays pour le regard de la restitution requise, tant de l'exercice de
la sainte religion en tous autres lieux anciennement dediés a cest
usage, qu'aussi des autres benefices et biens d'Eglise aux personnes
ecclesiasti¬ques, ledit sieur de Lux a renvoyé ledit suppliant a
Vostre Majesté et a son Conseil, pour luy estre par icelle fait
droit et son bon playsir déclairé. Ce qui fait a pre¬sent recourir
ledit suppliant a Vostre Majesté, a ce que, selon sa justice et
equité, il luy playse ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et
restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex ou
l'usage d'icelle a esté intermis, pour y estre paysiblement et
librement exercee, sans aucun trouble ou empechement ; defendant
tres expres¬sément a toutes personnes, de quelqu'estat, qualité et
condition qu'elles soyent, de ne troubler, molester ni inquieter les
ecclesiastiques en la celebration du divin service, jouissance et
perception des dixmes, fruitz et revenuz de leurs benefices, et
autres droitz et devoirs qui leur appartiennent ; et que tous ceux
qui, durant les troubles, se sont emparés des eglises, maysons,
biens et revenuz appartenans ausdits ecclesiastiques et qui les
detiennent et occupent, leur en delaissent l'entiere pos¬session et
jouissance paysible, en telz droitz, libertés et seurtés qu'ilz
avoyent auparavant qu'ilz en fussent desaissis (sic). Le tout a la
forme de l'Edit publié a Paris le 25 febvrier I599 , lequel le
suppliant requiert tres humblement estre observé pour la
conser¬vation des droitz de l'Eglise audit balliage de Gex,
puis¬qu'il est maintenant uni a la royale couronne de Vostre
Majesté, et que l'ors mesme que l'Edit sus mentionné fut publié, il
estait des-ja reduit sous son obeissance, tenu, administré et
possedé au nom d'icelle ; et qu'Elle mesme a declairé estre de son
bon playsir " que l'Edit soit observé es pais eschangés, " selon sa
forme et teneur, touchant l'establissement " de la religion
prae¬tendue reformee ": dont on peut conclure que son intention est
que le mesme Edit soit aussi gardé se¬lon sa forme et teneur, et
reciproquement, en ce qui concerne le restablissement de la religion
et Eglise Catholique.
N'estant au reste considerable le traitté jadis passé entre le
s.eigneur Duc de Savoye d'une part, et les Sei¬gneurs de Berne
d'autre part, touchant ledit balliage de Gex et autres, au prejudice
de la religion et Eglise Ca¬tholique ; d'autant que ledit traitté a
esté entierement rompu, cassé et annullé par les guerres
subsequen¬tes . En suitte dequoy, ledit Seigneur Duc a despuis
restably et remis l'exercice de la sainte religion es trois autres
balliages comprins au mesme traitté et sous mesme article, a sçavoir
: de Chablaix, Ternier et Gail¬lard, ou l'Eglise Catholique fleurit
maintenant et les benefices sont en mains des ecclesiastiques. Et en
parti¬culier, le mesme Seigneur Duc restablit au balliage de Gex,
dont il est question, la religion Catholique l'an 1590, rendant les
benefices aux ecclesiastiques , bien que, par la misere de la
continuation des guerres, ledit restablissement dura fort peu et fut
rendu presque inu¬tile (var : Catholique es trois autres balliages
comprins au mesme traitté et en mesme forme, ayant restitué les
temples, maysons et biens eccle¬siastiques aux prestres, pasteurs et
autres personnes legitimement pourveües ; et entr' autres, la cure
d'Armoy et prieuré de Draillans, occupés des le commencement des
troubles par les scindiques de la ville de Geneve.)
Si que il ne demeure aucune rayson ni apparence aux detenteurs et
occupateurs des eglises et benefices de Gex, pour laquelle, le
balliage estant uni a la Couronne, ilz ne doivent estre contraintz
de subir le droit, justice et equité portée par l'Edit de
pacification, au prouffit des ecclesiastiques ; lequel Edit, le
suppliant implore, avec la pieté et zele de Vostre Majesté. (var :
pour la prosperité de laquelle 11 priera tous-jours, avec tout son
Clergé, Nostre Seigneur Jesuschrist.)
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
III
AUTRE MINUTE DE LA MÊME REQUÊTE
(INÉDITE)
Paris, [fin janvier ] 1602
Au Roy.
Sire,
Vostre Majesté s'estant inclinee a la juste supplication de son tres
humble et tres-obeissant serviteur et orateur l'Evesque de Geneve,
pour obtenir le restablissement de la religion Catholique et la
restitution des biens ecclesiastiques au balliage de Gex, elle a
renvoyé ledit suppliant au sieur Baron de Lux, son lieutenant
gener'al au gouvernement de Bourgoigne et dudit balliage ; lequel
donnant commencement a l'execution d'un si saint œuvre, a restabli
la sainte religion en trois eglises et parroisses du dit balliage,
et remis les pasteurs eccle¬siastiques constitués es dittes
parroisses en l'actuelle joüissance des biens appartenans aux cures
d'icelles, selon les anciennes limites .
Mays pour le regard du restablissement de la religion, requis et
supplié pour tous les autres lieux qui sont en grand nombre (note
334), et de la restitution des autres biens, ledit sieur de Lux a
renvoyé le suppliant a Vostre Majesté et a son Conseil, pour luy
estre, par icelle,fait droit et son bon plaisir declairé. En vigueur
duquel ren¬voye, ledit Evesque suppliant recourt en toute humilité a
la justice et equité de Vostre Majesté, a ce quil luy playse
ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et
restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex ou
l'usage d'icelle a esté inter¬mis, pour y estre paysiblement et
librement exercee, et que tous ceux qui, durant les troubles, se
sont emparés des eglises, maysons, biens et revenuz appartenans aux
ecdesiastiques, et qui les detiennent et occupent, leur en
delaissent l'entiere possession et paysible jouissance, en telz
droitz, libertés et seurtés quilz avoyent aupara¬vant quilz en
fussent desaisis : qui sont les termes de l'Edit publié à Paris, le
25 febvrier 1599, lequel ledit suppliant requiert tres humblement
estre observé en ce qui concerne l'advancement de la foy catholique.
Puisque, reciproquement, le mesme Edit sera observé, en ce qui
concerne l'exercice de la religion praetendue reformee, es pais
eschangés comm' es autres du royaume, ainsy que Sa Majesté a
declairé en la responce faitte aux Articles praesentés par les
deputés de Beugey et Valromey, qui supplioyent que l'exercice de
laditte religion praetendue ne fut introduit es confins des dittes
provinces ; et que, au tems de la publication de l'Edit, le balliage
de Gex estoit sous l'obeissance de Vostre Majesté, tenu, possedé et
administré au nom d'icelle.
N'estant en ce fait considerable (sic) les traittés faitz entre le
Seigneur Duc de Savoye et les sieurs de Berne touchant ledit
balliage, au praejudice de la religion Ca¬tholique, d'autant que
ledit traitté a esté entierement annullé par les guerres
subsequentes ; en suitte dequoy, ledit Seigneur Duc a despuis
restably et remis l'exercice de la religion Catholique es trois
autres balliages com¬prins au mesme traitté, en mesme forme et sous
mesme article, ou l'Eglise fleurit maintenant et les ecclesiastiques
jouissent paysiblement de leurs biens, sauf de cer¬taine partie
delaquelle ilz sont en proces ordinaire, [poursuivant] la jouissance
par devant le Senat de Savoye .
Si que il ne demeure aucune rayson aux detenteurs et occupateurs des
eglises et benefices dudit balliage de Gex, pour laquelle ilz ne
doivent subir l'equité et jus¬tice portee dans l'Edit sus mentionné,
touchant le resta¬blissement de la religion et restitution des biens
eccle¬siastiques : qui est ce que le suppliant et son Clergé
requiert tres humblement, avec deputation de commis¬saires pour
l'entiere et totale execution de l'Edit touchant ce chef .
Et il continuera de prier Dieu pour la prosperité de Vostre Majesté
et de sa royale Couronne.
Revu sur l'Autographe qui appartenait en I893 à Mm. Doroz, née
d'Arcine, à Besançon.
¬
IV
REQUÊTE AU ROI HENRI IV ET A SON CONSEIL PRIVÉ
(MINUTE INÉDITE)
Même sujet.
Paris, [commencement de février] 1602 .
Au ROY ET A NOSSEIGNEURS DE SON CONSEIL.
Sire,
L'Evesque de Geneve, avec tout son Clergé, remonstre tres humblement
a Vostre Majesté, que par la misere des troubles advenuz par le
schisme et division de reli¬gion, l'exercice de la foy Catholique,
Apostolique et Romaine a esté entierement expulsé du balliage de Gex
; les saintz temples, maysons et patrimoine de l'Eglise, occupés et
detenuz violemment ; les prestres et pasteurs dechassés. Ce qui
auroit meu le suppliant implorer l'ay¬de, secours et bras seculier
de Vostre Majesté, affin que, selon sa bonté et pieté chrestienne,
justice et equité royale, il luy pleut restablir l'exercice de la
religion Catholique audit balliage, reintegrer les personnes
eccle¬siastiques es eglises dediees de tout tems au saint ser¬vice,
et en leurs maysons, domeynes, terres, dixmes et revenuz affectés à
leur entretenement.
A laquelle juste supplication Vostre Majesté s'estant inclinee, a
renvoyé le suppliant par devers le sieur Baron de Lux, son
lieutenant general es gouvernemens de Bour¬goigne, Bresse, Beugey,
Valromey et Gex; lequel don¬nant commencement a l'execution d'une si
sainte œuvre, a restably l'exercice catholique en trois cures et
parrois¬ses, avec provision pour l'entretenement des pasteurs
establis en icelles.
Mays pour le regard de la restitution requise, tant de l'exercice de
la sainte religion en tous autres lieux anciennement dediés a cest
usage, qu'aussi des autres benefices et biens d'Eglise aux personnes
ecclesiastiques, ledit sieur de Lux a renvoyé le suppliant a Vostre
Ma¬jesté et a son Conseil, pour luy estre par icelle fait droit et
son bon playsir dec1airé. Ce qui fait a present recourir ledit
suppliant a Vostre Majesté, a ce que, selon sa jus¬tice et equité,
il luy plaise ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et
restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex, ou
l'usage d'icelle a esté intermis, pour estre paysiblement et
librement exercee, sans aucun trouble et empechement; defendant a
toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soyent,
de ne troubler, molester ni inquieter les ecclesiastiques en la
celebration du divin service, jouissance et perception des dixmes,
fruitz et revenuz de leurs benefices, et autres droitz et devoirs
qui leur appartiennent; et que tous ceux qui, durant les troubles,
se sont emparés des eglises, maysons, biens et revenuz appartenans
ausditz ecc1esias¬tiques, et qui les detiennent et occupent, leur en
delaisse¬ront l'entiere possession et jouissance paysible, en telz
droitz, libertés et seurtés qu'ilz avoyent auparavant qu'ilz en
fussent desaisis. Le tout selon l'Edit publié a Paris le 25 febvrier
1599, le benefice duquel le suppliant im¬plore, avec le zele et
pieté de Vostre Majesté, pour la prosperité de laquelle il priera
tousjours Dieu Nostre Seigneur.
FRANÇs DE SALES.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
V
MÉMOIRE PRÉSENTÉ A MONSIEUR DE VILLEROY
POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE
(MINUTE)
Rétablir la religion catholique dans le pays de Gex, c'est mettre à
exécution l'Edit de Nantes. - Il serait injuste de respecter les "
reformés " plus que les autres et d'excepter de la règle générale "
ce seul coin du royaume ". - Traités entre les ducs de Savoie et les
Bernois. - Usurpation par ceux-ci des revenus ecclésiastiques ;
quels sont ceux qui peuvent être restitués à leurs propriétaires
légitimes.
Paris, [vers le 8] février 1602
On fait tres humblement deux demandes a Sa Majesté, de la part de
l'Evesque et Clergé de Geneve, touchant le balliage de Gex :
L'une est que l'exercice de la religion Catholique soit restably en
tous les lieux dudit balliage ou il estait avant les troubles
survenuz par le schisme et division de reli¬gion ; et ce, selon les
termes et teneur de l'Edit . En quoy, aucun n'aura rayson de se
lamenter, puisque ce sera traitter ledit balliage comme tous les
autres sujetz du royaume, le laissant en mesme liberté ; n'estant
ray¬sonnable que les pretenduz .reformés d'iceluy soyent plus
respectés que les autres, et que ce seul coin du royaume soit
excepté de la regle generale de l'Edit, tous traittés faitz au
contraire ayans esté cassés par les guer¬res subsequentes ; n'y
ayant mesme pas si long tems que l'exercice de la sainte religion y
a esté, d'autant que l'an 1590 il y fut restably par le Duc de
Savoye, apres que les Bernois eurent violé le traitté fait avec le
pere dudit Duc . En suitte de quoy, bien tost a pres se fit un autre
traitté en la ville de Nyon , entre ledit Duc et les Bernois, auquel
il fut convenu qu'audit balliage de Gex l'exercice des deux
religions seroit libre ; en sorte nean¬moins que celuy de la
prœtendue ne seroit qu'en trois lieux, celuy de la Catholique en
tous les autres. Mais ledit traitté fut encor rompu et demeura sans
force (note 353) ; si que il n'y a rien pour ce regard qui empesche
ledit bal¬liage d'estre reduit sous la loy generale de l'Edit, comme
ont esté tous les autres païs eschangés.
L'autre demande est que les biens ecclesiastiques soyent restitués
selon le mesme Edit. En quoy il est besoin de distinguer les divers
estatz esquelz lesditz biens ecclesiastiques se retrouvent
maintenant ; car la difficulté sera, de mesme, diverse et
differente. Les uns donq desditz biens ont esté alienés par les
Bernois, des¬quelz partant ilz sont evictionnaires ; et touchant
ceux ci, on ne demande sinon qu'il soit loysible aux
ecclesiasti¬ques de les repeter, en rendant les deniers donnés par
les acheteurs " (note 338).
Autres sont possedés par ceux de Geneve, mays en tiltre de
souveraineté ; et de ceux ci on n'en parle point, puisque, bien
qu'ilz soyent riere les terres du Roy, si ne sont ilz pas sous son
obeyssance. Et telz sont les biens de l'Evesque (note 339).
Autres sont possedés par ceux de Geneve, mays sous l'obeissance du
Roy. Et pour ceux cy, attendu qu'ilz sont occupés sans autre tiltre
que de pure usurpation, Sa Majesté est suppliee d'en faire justice.
Telz sont les biens du Chapitre de Geneve, a present residant a Neci
(note 340).
Autres sont possedés par les ministres, sujetz du Roy, et riere son
obeyssance, touchant lesquelz il n'y a nulle difficulté .
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2d Procès de
Canonisation.
VI
MÉMOIRE
ADRESSÉ AU CONSEIL PRIVÉ DU ROI DE FRANCE
(MINUTE INÉDITE)
Le bailliage de Gex, incorporé à la France, doit jouir de tous les
privilèges du royaume. - Comment Henri IV répondit-il une requête de
l'Evêque de Genève. – Nouveau recours de celui-ci au Roi. - Réponse
à une objection de quelques membres du Conseil de Sa Majesté. -
Concessions faites aux Bernois par Emmanuel-Philibert et
Charles-Emmanuel, ducs de Savoie. - Restitution du culte catholique
et des biens de l'Eglise dans les bailliages soumis au second. - On
espère du Roi de plus grandes faveurs pour les prêtres qui seront
installés dans le pays de Gex. - Une raison pressante.
Paris, vers la fin de mars 1602 .
………………………………………………………………………………………………..
Que par les articles de la paix du Roy et du Duc de Savoye , le
balliage de Gex fut inseparablement
uni a ceste Couronne ; au moyen de quoy il doit, comme membre du
royaume, jouïr de tous les privileges d'ice¬luy. De façon que le
dernier Edit du Roy, de l'annee 99 , fait sur les Editz praecedens,
doit estre observé aussi exactement audit balliage de Gex quil l'est
en tout ce royaume.
Si tost que l'Evesque de Geneve sceut ladite union, il supplia le
Roy de vouloir comprendre ledit balliage de Gex au benefice du dit
Edit, puys quil avoit lhonneur d'estre incorporé a son royaume . A
quoy Sa Majesté inclinant, remit l'execution de ceste requeste a
mon¬sieur le Baron de Lux , son lieutenant general audit balliage de
Gex, lequel neanmoins, l'on ne sçait pour¬quoy, ne fit qu'entamer et
donner commencement a ce saint œuvre, renvoyant le surplus a Sa
Majesté et a Messieurs de son Conseil ; mondit sieur de Lux s'estant
contenté de restablir seulement l'exercice de la religion Catholique
en la ville de Gex et es parroisses des vi¬lages de Farges et
Asserens, quoy que ces trois lieux ne facent pas la dixiesme partie
du balliage. C'est pourquoy l'Evesque de Geneve a esté contraint
d'avoir recours a la justice et pieté du Roy, pour l'execution du
surplus.
Et par [ce] que quelques uns de Messieurs du Conseil ont objecté que
ledit balliage de Gex estant au Duc de Savoye il ni auroit pourtant
pas restabli l'exercice de la religion Catholique, l'on respond que
la verité est telle ; mays il faut entendre pourquoy :
Le Duc de Savoye estant contraint par le traitté de paix quil fit il
y a fort long tems avec les Bernois, de leur permettre que le
balliage de Gex demeureroit en l'exercice de la religion praetendue
reformee qui s'y estoit nouvellement introduitte par leur moyen , il
a pensé quil ne devoit contrevenir, pour le bien de son Estat, a
ceste promesse, laquelle pourtant il gardoit fort envis et contre
son inclination. Ce quil monstra bien despuis, car les Bernois luy
ayant suscité la guerre l'an quatre vingt et dix, et en icelle
conquis le balliage de Gex, le Duc de Savoye l'ayant repris, y remit
a l'instant l'exercice de la religion Catholique, lequel y demeura
jusques a ce que monsieur de Sanci reconquit ledit baillage sur
ledit Duc de Savoye .
Est aussi a considerer que le Roy tient le baillage de Gex a
pareilles conditions que le Duc de Savoye tient les autres baillages
qui confinent les Bernois, ou le Duc de Savoye a restabli l'exercice
de la religion Catholi¬que sen (sic) que les Bernois s'en soyent
offencéz, non plus que de l'ordre que le Duc de Savoye a mis aux
biens ecclesiastiques des dits baillages qui est tel, que il a
permis aux ecclesiastiques de rachepter ce qui en a esté aliené par
les Bernois, selon la forme du droit.
Quant a ce qui estoit occupé par les ministres, il l'a. entierement
remis aux ecclesiastiques ; et pour le regard de ce qui est occupé
par ceux de Geneve, il en a renvoyé la connoissance a sa Justice
ordinaire .
Mays la difference qui est entre le Roy et le Duc de Savoye fait
aussi esperer beaucoup plus de grace aux ecclesiastiques qui seront
installés au balliage de Gex, que le Duc de Savoye n'a osé ouctroyer
a ceux qui sont maintenant aux balliages susdits ; en quoy ilz se
treu¬vent bien fondés, tant pour la grandeur de Sa Ma¬jesté tres
chrestienne, que pour ce quilz esperent estre compris au nombre de
tous les autres ecclesiastiques de France qui ont esté remis en
l'entiere jouissance de tous et chascuns leurs biens, droitz et
privileges.
Et pour faire mieux connoistre la rayson que l'Eves¬que de Geneve a
de promptement poursuivre l'enterine¬ment de sa requeste, Messieurs
du Conseil seront advertiz que la noblesse du balliage de Gex estant
catholique, comm' aussi plusieurs autres des principaux dudit
bal¬liage (note 335), ilz sont contraintz de rechercher avec des
incommodités tres grandes l'exercice de leur religion. …………………….
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.
VII
CONVENTIONS RELATIVES A LA CESSION DU PRIEURÉ D'ASSERENS
AU CURÉ DE FARGES
(MINUTE INÉDITE)
10-20 août 1603 .
ARTICLES ACCORDÉS, EN PRESENCE DE MONSIEUR LE BARON DE LUX ET
MONSIEUR LE PRESIDENT JANIN , ENTRE L'EVESQVE DE GENEVE ET LE
CHASTELAIN PASSERAT AGISSANT POUR LE SIEUR BONFlLZ OU MONSIEUR DE
I.A BASTIE.
Premierement : Que ledit sieur Bonfilz cedera et resignera le
prieuré d'Asserens, avec toutes ses depen¬dences, au prouffit du
curé de Farges et Asserens, pour estre, icelluy prieuré avec ses
dependences, uni a la cure dudit Farges et Asserens pour
l'entretenement du curé et autre prestre qui y fera le service .
2. Et moyennant, l'Evesque de Geneve fera reserver une pension
annuelle sur ledit prieuré, de la somme de quarante escus trois
francz piece, au prouffit, sa vie durant. ,dudit sieur Bonfilz .
4. (sic) Mais pour la presente annee, l'Evesque de Geneve laissera
les fermiers quil a mis pour les diesmes provenus dans les confins
et territoires des parroisses d'Asserens et Farges selon les
anciennes limites, a la forme de l'establissement fait par monsieur
le Baron de Lux . Et le reste du revenu du dit prieuré d'Asserens,
qui se treuvera hors lesdites parroisses et les fillioles,
de¬meurera, pour le payement de ladite pension, au sieur Bonfilz; au
moyen dequoy, il se contentera sans plus, avec la rente .
4. Et pour le regard des prises des deux annees escheües, le sieur
Bonfilz remettra les actes et papiers es mains de l'Evesque de
Geneve, qui font pour repeter des ministres ce quilz en ont
injustement perceuz (sic), et contre le reiglement de monsieur de
Lux et confirma¬tion du Roy ; moyennant quoy, l'Evesque se
conten¬tera des deux prises passees.
Les procureurs quil faut constituer sont le sieur Jean Reydet,
notaire de la Chambre Apostolique (L2, note 97), et le sieur... de
Ratti, procureur en Pœnitenterie de Rome , l'un des deux ayant plein
pouvoir.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
VIII
REQUÊTE A MONSIEUR FRANÇOIS BRIET
(INÉDITE)
L'Evêque réclame, pour le curé de Gex, le presbytère et le jardin
attenant, encore occupés par le ministre hérétique.
Gex, 11 mai 1604 ,
Expose humblement Messire François de Sales, Eves¬que et Prince de
Geneve, comme du dernier novembre 1601, suyvant le bon playsir de Sa
Majesté, il avait esté, par monsieur le Baron de Lux, mis en
possession, saysie et jouissance tant de l'eglise Saint Pierre de
Gex que des maysons presbiterales et biens dependans du doyenné et
cure de laditte eglise, comme plus a plein est contenu par ledit
establissement sur ce fait lesditz an et jour, duquel il est prest
faire apparoir .
Or est il que le ministre, qui pour lhors habitoit en la mayson de
la cure, auroit continué, tant luy que autres ses successeurs, la
possession de laditte mayson et d'un jardin au derriere d'icelle
situé . Dequoy le seigneur exposant informé, desireroit par vostre
authorité, ce que dessus consideré, vous playse, en ensuyvant la
teneur de la commission qu'aves de saditte Majesté, de remettre ce
qui a esté establi par le sieur Baron de Lux en deu estat ; ordonner
que tres expres commandement sera fait au ministre qui jouit a
present de laditte mayson de la cure et jardin, que dans brief delay
(que pour ce faire prefigeres) il ayt a en vuider, avec injonction
de restituer les fruitz qu'il en a perceu : le tout en suitte dudit
esta¬blissement, et sur ce, luy prouvoir remede convenable,
implorant humblement vostre benigne justice.
FRANÇS, Evesque de Geneve.
A Monsieur
Monsieur Briet,
Conseiller de la Cour souveraine du Parlement de Bourgoigne,
Commissaire en cette partie, deputé par Sa Majesté.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de
Canonisation.
IX
AUTRE REQUÊTE AU MÊME
(INÉDITE)
Plaintes et demandes au sujet du cimetière de Gex disputé aux
catholiques et violé par les protestants.
Gex, 11 mai 1604.
Expose humblement Messire François de Sales, Eves¬que et Prince de
Geneve, comme par l'establissement fait par monsieur le Baron de Lux
le dernier novembre 1601, il auroit esté mis en possession de
l'eglise parroissiale de Gex, cimetiere, cure et droitz appartenans
et dependans de laditte eglise, avec inhibition a tous de ne le
troubler, ni attenter aucune chose au prejudice dudit
establissement. Il auroit esté limité lieu joignant au cimetiere,
pour la sepulture des cors mortz de ceux de la pretendue reli¬gion
reformee dudit Gex ; ce neanmoins, se seroyent de leur authorité
absolue et sans aucun pouvoir, du moins qui luy ayt apparu, saysis
et emparés du cimetiere de laditte eglise, et illec sousterré
lesditz cors mortz : chose qui est directement contrevenante audit
establissement, et par consequent a la volonté de Sa Majesté. Qu'est
la cause qu'il requiert playse a vous, Monsieur, en ensuy¬vant la
portee de vostre commission de saditte Majesté , le reintegrer de
plus fort en la jouissance et possession du susdit cimetiere, par
les susnommés indeuement occupé, avec inhibition et defense tres
expresses de par ci apres ne commettre semblables abus, sous peyne
d'estre punis selon la rigueur des ordonnances, comme vrays
pertur¬bateurs du repos publiq, et sous autres peynes qu'il vous
plaira leur imposer : et sur ce, luy prouvoir et faire justice.
FRANÇS, E. de Geneve.
A Monsieur
Monsieur Briet,
Conseiller de la Cour souveraine du Parlement de Bourgoigne,
Commissaire en cette partie, deputé par Sa Mté.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de
Canonisation.
X
REQUÊTE AUX DÉPUTÉS DU CLERGÉ DE FRANCE
(MINUTE INÉDITE)
Quelle partie du diocèse de Genève est soumise au roi de France
depuis le traité de paix de Lyon. - Dans le pays de Gex, quelques
paroisses seule¬ment ont été rendues au culte catholique. - Les
"mille traverses" des ministres contraignent l'Evêque à des recours
fréquents aux autorités de la province, au Parlement de Dijon, et
même à Sa Majesté. - La présence ordinaire des députés de Genève à
la cour complique les difficultés. ¬- Découragement des convertis. -
Saint François de Sales demande l'union de cette partie de son
diocèse au corps du Clergé du royaume. - La situa¬tion topographique
du bailliage de Gex augmente l'intérêt que la chrétienté entière, et
surtout la France, doivent avoir pour sa conversion. - A quoi seront
tenus les procureurs généraux du Clergé députés à la cour.
Juillet-août 1605
A MESSEIGNEURS ET TRES ILLUSTRES
ET TRES REVERENDS DEPUTÉS DU CLERGÉ.
Supplie humblement Messire François de Sales, Evesque et Prince de
Geneve, disant que son evesché, quy estait aultrefois tout enclos
dans les Estatz de l'Altesse de Monseigneur le Duc de Savoye, sauf
ce qui est detenu et usurpé par les heretiques, se treuve
main¬tenant, et despuis la paix de Lyon de l'an mil six centz et
ung, en partie riere les terres de Sa Majesté : a sçavoir, tout le
pays de Verromey, une partie du Bieu¬gey et toutte la terre et
baronnie de Gex, que sont en¬vyron soixante parroysses ; dont
quelques unes, qui sont en laditte terre de Gex, ont obtenu
naguieres, par la grace et bonté de Dieu et du Roy, l'exercice de
nostre saincte foy et religion Chatollique , demeurant neanl¬moins
le seul exercice de la religion pretendue en tout le reste dudit
pays de Gex, ou, pour ceste cause, plusieurs ministres, faisantz
leur ministere a l'acoustu¬mee, jouissent des revenus
ecclésiastiques et font jornel¬lement mille traverses aux pauvres
Chatoliques et aux curés que le sieur suppliant y a establis.
A cause dequoy, ledit sieur suppliant se treuve con¬trainct de
recourir a tous coups aux magistratz et offi¬ciers du Roy, lesquelz,
quoy quilz monstre (sic) de n'estre mal affectionnés aux
Chatoliques, neanlmoins, pour fere profession de la religion des
ministres, ne peuvent leur estre si favorables que l'on desireroyt.
De sorte que le sieur suppliant est contrainct bien souvent de se
porter pour appellant par devant la court de Dijon, et recourir en
oultre, pour diverses occations, tant a mon¬sieur le Grand,
gouverneur de Bourgoingne, de Bresse, Beugey, Verromey et Gex , qu'a
monsieur le Baron de Lux, lieutenant du Roy au dit gouvernement,
comme en¬cores, par foys, a Sa Majesté ; non sans beaucoup de
dif¬ficulté et de despens, tant pour ne pouvoir ledit sieur
suppliant abandonner son evesché, qui n'est que trop pleyne
d'affaires, pour fere les poursuittes qui seroyent necessaire (sic)
a faire pres de sadite Majesté pour obtenir une finale resolution
sur lesdites difficultés (var : restant d'allieurs les plus grands
et principaulx revenus de son evesché detenus par ceulx de la ville
de Geneve, ainsy que est notoyre), qu'aussy pour les vives
solicitations que font continuel¬lement au contraire les scindicques
et deputés de ladite pretendue religion demeurantz ordynairement en
cour . Par le moyen de quoy, l'avancement de nostre saincte religion
et de l'exercice d'icelle est beaucoup retardé, au grand scandalle
et prejudice des pauvres convertys de ladite terre de Gex, lesquelz
sont tellement eston¬nés et degouttés, quil est a craindre que
plusieurs d'entreux ne soyent contrainctz de regarder en arriere (Lc
9, 62) silz ne sont retenus et confirmés par quelque espërance quil
leur naisse de veoir la religion Chatolique favorizee, supportee et
avancee audit pays plus qu'elle n'a esté jusques a present.
A quoy desirant le sieur suppliant pourveoir ainsy quil doibt et le
mieulx quil luy sera possible, il luy semblé que le mellieur et
unique remede seroyt de recourir a Voz Reverences, pour obtenir de
leur charité que, comme lesdits pays de Beugey, Verromey et Gex sont
unis et incorporés a l'Estat et Coronne du royaume, aussy son
evesché, pour la part qui est dans l'obeissance de Sa Majesté, fust
unie (sic) et incorporé au corps du Clergé de la France et, par ce
moyen, rendu partici¬pant des faveurs, graces, benefices dont
jouissent touttes les aultres personnes, dignités et biens
ecclesiasticques,
C'est pour quoy, estant informé de ceste solennelle assemblee quy se
faict pour entendre l'estat et les neces¬sités de tout le Clergé de
France, afin d'y apporter les remedes et provisions convenables, il
recourt a Voz Reve¬rences, a ce qu'en consideration des choses
susdites et en commiseration de tant de pauvres ames, les unes ja
converties, les aultres encores captives dans les liens de l'eresie,
comme encores au grand interest qu'a toutte la Chrestienté, et
particullierement la France, de veoir toutte ladite terre de Gex,
qui confine et aboutit aux portes de la ville de Geneve, entierement
convertie et reunie a nostre saincte foy et religion Chatolique, il
vous plaise, mes Seigneurs, declayrer et ordonner que ledit evesché
de Geneve, pour toutte la part qui est dans les terres de l'
obeissance du Roy, sera par cy appres et des a present unie et
incorporé au corps gene¬ral dudit Clergé de la France, et que, en
telle quallité, ledit evesché, pour ladite part, jouira des ores des
privi¬leges et immunités dont jouit le reste dudit Clergé . En ce
faisant, que les seigneurs scindicz et procureurs gene¬raulx dudit
Clergé, qui sont et seront cy appres deputés pour demeurer en court
pour traitter avec Sa Majesté les affaires dudit Clergé sellon les
occurrences, seront tenus de prendre en main les memoyres, requestes
et aultres poursuittes quy leur seront addressés par le sieur
sup¬pliant, pour en obtenir les provisions necessaires, soit de Sa
Majesté, ou du corps mesmes du dit Clergé.
Et le sieur suppliant, avec tout sont (sic) Clergé et tant d'ames
qui implorent et attendent se ( sic) secours de voz charités, seront
tant plus obligés de prier Dieu, comme il faict continuellement,
pour la santé et prosperité de voz, mes Seigneurs, en general et en
particulier, et pour l'avancement de nostre saincte foy et religion
Chatoli¬que, Apostolique, Romaine.
Revu sur l'original conservé à la Visitation d'Annecy.
XI
MÉMOIRE ADRESSÉ AUX MÊMES
(MINUTE INÉDITE)
Périipéties du bailliage de Gex au cours de soixante-dix ans.- La
guerre l'a privé du culte catholique ; le traité de paix doit le lui
rendre. - Trois paroisses rétablies depuis quatre ans ; les
habitants de quatre autres ont demandé l'exercice de la vraie
religion, toujours différé cependant, malgré l'autorisation du Roi.
- Les revenus ecclésiastiques affectés à l'entretien des adversaires
de l'Eglise. --. Une saisie et un procès.
Juillet-août 1605.
MEMOIRE DE L' ESTAT DES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES DE GEX, SUR LEQUEL
ON PEUT JUSTEMENT SUPPLIER SA MAJESTÉ DE RENDRE L'EGLISE JOUISSANTE
DU BENÉFICE DES EDITZ DE PACIFICATION EN CE QUI REGARDE LE
RESTABLI5SEMENT DE L'EXERCICE CATHOLIQUE ET RESTITUTION DES BIENS
ECCLESIASTIQUES.
Il y a septant' ans justement, que les Bernois occupe¬rent le
balliage de Gex, et tout aussi tost ilz chasserent les
ecclesiastiques et exterminerent l'exercice catholique. Despuys, ilz
rendirent ledit balliage au Serenissime sei¬gneur Duc de Savoye
Emmanuel Philibert, il y a envi¬ron 40 ans, par traitté fait avec
luy, par lequel, entr'au¬tres conditions, il fut arresté que
l'exercice huguenot y seroit entretenu ; lequel traitté fut rompu,
il y a seize ans, par les mesmes Bernois qui, au prejudice d'iceluy
et contre leurs promesses, se saysirent de laditte baronnie pour la
seconde fois, les armes au poing. Mays ilz n'en demeurerent maistres
que pour peu, parce que le Sere¬nissime seigneur Duc de Savoye la
reprit avec vive force tout incontinent apres, et l'ayant ainsy
reprise, ne se treuvant plus engagé dans l'obligation des conditions
precedentes, il restablit par tout les eglises et l'exercice
catholique .
De quelque tems apres, ceux de Geneve, appuyés des forces du Roy, se
saysirent du mesme balliage et ren¬verserent tout ce qui y estoit de
catholique (notes 336,349). Et en cest estat demeura ledit balliage
jusques a la paix de Lyon, par laquelle il fut laissé a Sa Majesté
pour une partie de l'eschange du marquisat de Saluces ; et par ce
moyen a esté ledit balliage uni et incorporé a la Cou¬ronne et au
royaume. Dont on peut tirer ces conclusions :
Que servant d'une partie de l'eschange du marquisat de Saluces, le
Clergé y doit avoir les privileges et jouis¬sances qu'il avoit au
marquisat ; que les Serenissimes seigneurs Ducs de Savoye y ayant
remis par tout l'exer¬cice catholique, lequel n'en a point esté osté
que par la guerre, il y doit estre restabli par les articles de paix
qui reduisent toutes choses a l'estat auquel elles estoyent avant
les guerres. Et si bien les Bernois en avoyent osté l'exercice, cela
n'est pas considerable en cest endroit, d'autant que les articles de
paix ne regardent pas leur guerre (de laquelle ilz s'estoyent
accommodés aupara¬vant, sans rien excepter, au prejudice de la
religion Catholique), mais ont lieu seulement pour la guerre faitte
entre les deux Princes qui faisoyent la paix ; si que Sa Majesté
ayant uni et incorporé ledit balliage au royau¬me, il n'y a rien qui
puisse empescher que les Editz de pacification n'y soyent executés
pour ce qui concerne l'exercice catholique et les biens
ecclesiastiques.
En suite dequoy Sa Majesté commit, il y a quattr' ans, monsieur le
Baron de Lux, son lieutenant general au gouvernement de Bourgoigne,
Bresse, Beugey, Valro¬mey et Gex, pour restablir audit Gex
l'exercice catholi¬que, mais seulement en trois lieux : Gex,
Asserens et Farges, desquelz lieux les revenuz ecclesiastiques
furent assignés pour l'entretenement des curés. Despuys, en quattr'
autres- parroisses du mesme balliage : Peron, Sessy, Versonnex et
Challex, plusieurs habitans deman¬derent l'exercice catholique par
requestes addressees a Sa Majesté, laquelle le leur ouctroya, et
renvoya l'exe¬ cution au seigneur Baron de Lux; laquelle neanmoins
n'a pas esté faitte , et ainsy tous les revenuz eccle¬siastiques des
cures, si ce n'est de ces trois premieres, sont appliqués a
l'entretenement des adversaires de l'Eglise, et outre cela, encor
prennent ilz des portions sur les prieurés et autres benefices dudit
balliage. De¬quoy non contente l'audace d'iceux, ilz ont despuys peu
fait saysir les revenuz ecclesiastiques de Gex et Asse¬rens
appliqués aux gens d'Eglise, pour suppleer certai¬nes pensions
qu'ilz estiment n'estre pas asses grasses ; dequoy s'ensuyt un
proces entre l'Evesque de Geneve et eux par devant la cour de
Bourgoigne .
On peut donques justement desirer, demander et sol¬liciter que les
biens ecclesiastiques soyent remis aux gens d'Eglise, et l'exercice
catholique restabli par tout ou il se treuvera des personnes qui en
supplieront.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de
Canonisation.
XII
REQUÊTE
AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII
Les commissaires royaux au pays de Gex pour l'exécution de l'Edit de
Nan¬tes. - Oppositions des réformés et voyage infructueux de
l'Evêque. - Deux autres délégués remettent celui-ci en possession
des églises et des revenus. ecclésiastiques du bailliage. -- Une
requête à laquelle ils n'ont pas fait droit. - Renvoyé au Roi pour
ce qui regarde les biens de l'évê¬ché et du Chapitre, injustement
usurpés par Genève, saint François de Sales expose ses raisons et
demande qu'ils soient rendus à leurs proprié¬taires légitimes.
Annecy, aoû t-septembre r6r2.
AU ROY ET MESSEIGNEURS DE SON CONSEIL.
Sire,
Le sieur de Sales, Evesque et Prince de Geneve, remonstre tres
humblement a Vostre Majesté, que sur la deputation des commissaires
par tout vostre royaume pour l'execution de l'Edit de l\antes, iceux
estans au balliage de Gex, ledit suppliant, au mois de decembre
1611, se pourveut par devant eux pour estre reintegré en la
possession de toutes ses eglises, cimetieres, may¬sons
presbiterales, revenuz et domaines ecclesiastiques ; ou ceux de la
religion pretendue reformee formerent tant d'oppositions, que son
voyage fut infructueux pour la Catholique, et furent contraintz les
ditz commissaires ordonner que des dittes oppositions et
remonstrances rapport en seroit fait en vostre Conseil, pour y
pourvoir selon vostre bon playsir .
Et lesditz sieurs commissaires ayans esté ouys en vostre Conseil,
sans avoir esgard aux oppositions for¬mees par ceux de laditte
religion pretendue reformee, par Arrest du mois de may dernier ,
auries commis les sieurs Milletot, conseiller en vostre Parlement de
Di¬jon , et de Brosses, lieutenant civil et criminel de vostre dit
balliage , pour l'execution dudit Edit; les¬quelz, reellement et
actuellement, auroyent remis tous les ecc1esiastiques du dit
balliage en la possession de leurs eglises, revenuz et domaines
ecclesiastiques .
Mays pour le regard du suppliant en son particulier, et du Chapitre
de son Eglise cathedrale [et] de Saint Victor , sur la demande qu'il
aurait faitte pour estre reintegré en la possession des domaines
ecclesiastiques usurpés par la ville et cité de Geneve en ce qui est
dans la souveraineté de Vostre Majesté, et a cest effect ayant
presenté requeste ausditz sieurs Milletot et de Brosses,
commissaires, au lieu de luy faire droit conformement a vos Editz et
commission particuliere a cest effect a eux decernee, neanmoins ilz
ont rcnvoyé ledit suppliant par devers Vostre Majesté pour luy estre
pourveu .
A ces causes, Sire, [on remontre] que ledit suppliant ne doit estre
de pire condition que tous les autres eccle¬siastiques de vostre
royaume, duquel il a l'honneur d'es¬tre l'un des Prelatz et en cette
qualité luy a fait le serment de fidelité ; et attendu qu'il ne
possede autre domaine en tout vostre royaume que ce qui luy est
usurpé par lesditz de Geneve, joint que, injustement, ilz luy
detien¬nent presque tout le surplus de ses revenuz qui sont dans
l'Estat et territoire dudit Geneve, et que du dit renvoy il vous
appert par les pieces cy attachees : il playse a Vostre Majesté
ordonner qu'il sera reintegré et restabli, tant en [sonJ particulier
que dudit Chapitre de son Eglise cathedrale, et du Chapitre de Saint
Victor et des autres ecclesiastiques, en la reelle possession et
jouissance des eglises, maysons presbiterales, biens et revenuz
eccle¬siastiques occupés par laditte ville et cité de Geneve, dans
la souveraineté de Vostre Majesté ; avec defenses a tous detenteurs
et occupateurs de ne le troubler ni molester, a peyne d'estre
declarés perturbateurs du repos publiq .
Et le suppliant continuera de prier Dieu pour la pros¬perité et
santé de Vostre Majesté.
G. RUOLLÉ .
Soit la presente Requeste communicquee au Sr Anjorant, scindic de la
Seigneurie de Geneve , et les parties ouyes pardevant les Srs de Vic
et Le Mazuier ; et soit signiffié.
Faict au Conseil d'Estat du Roy tenu a Paris, le XVIIe jour de
novembre 1612.
Signé : DE FLECELLES.
XIII
REQUÊTE
A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT
ARCHEVÊQUE DE BOURGES
(MINUTE)
Réclamation de mandats pour le paiement d'une pension assignée au
curé de Gex.
[Vers la fin de 1612 ]
Monseigneur l'Archevesque de Bourges avoit ordonné a ses fermiers du
doyenné de Gex quilz eussent a payer cent escus de pension annuelle
au curé de Gex, pendant que ledit doyenné seroit entre leurs mains.
Lesdits fer¬miers n'ont payé qu'une partie de ladite pension, et le
reste leur est demeuré entre les mains. On ne le peut retirer qu'en
vertu des accensemens et mandatz de mon¬dit seigneur de Bourges.
Qui fait recourir a luy et le supplier tres humblement quil luy
playse faire deslivrer les ditz accensemens et mandatz au curé,
affin quil puisse exiger lesdites (sic) restes [d']argent pour les
employer a la reparation des bastimens ecclesiastiques ; a quoy les
revenuz presens dudit doyenné, entierement remis audit curé par la
cha¬rité de mondit seigneur, avec quelques autres aumos¬nes donnees
a cett' intention, ne peuvent nullement suffire.
Revu sur l' Autographe conservé à la Visitation de Turin
XIV
ORDONNANCES
POUR LE SERVICE DIVIN A GEX
ET DANS LES AUTRES PAROISSES DU BAILLIAGE
Annecy, 20 novembre 1613
L'ordre appreuvé sera suivi des le jour ORDRE POUR LE SERVICE DIVIN
de Noel prochain inclusi¬vement, DU BALLIAGE DE GEX, ESTABLY
et les sommes mention¬nees s'entendent PAR MONSEIGNEUR LE
REVEREN¬DISSIME
monnoye a la course presente de Gex. EVESQUE ET PRINCE DE GENEVE
1. Les lieux parroisseaux ou se fera le
service divin seront, a cause de la paucité des
Catho¬liques, pour le present seule¬ment les
Soit, attendant mieux huict suyvantz : Gex, Farges, Peron, Chalex,
Sessiez, Divone, Thoiry et Sacconex ; et,
avec le tems, les quattr'au¬tres .
2.Tous les curés feront re¬sidence au lieu ou
Le droit sera observé pour ce regard ilz seront institüés, et ne les
pourront
et par conse¬quent la residence observee abandonner sans licence de
l'Ordinaire, sous
d'autant plus estroittement que le lieu [la] peyne d'estre privés de
leurs portions a
requiert plus entiere ; et les contrevenans proportion de leurs
absences ; et continuant,
estans deferés, seront punis de la privation seront deposés
proposee.
3. Seront tenus celebrer la sainte Messe
Quant aux heures de la celebration, a huict heures, attendant neufz,
les
Nous ordon¬nons selon l'article propo¬sé; Dimanches et festes de
commandement,
et pour le regard des Messes chantees, devotion ; et les autres
jours, selon leur
sursean¬ce, sauf a Gex, ou il y a des devotion et necessité de leurs
parroissiens.
bons chantres. Et ceux qui auront des vicaires deservi¬ront
les annexées a sept heures, les Dimanches
et festes, par eux ou leurs vicaires, affin
que tous deux assistent aux Grandes Messes au
lieu de leur residence.
4. Seront tenus faire sonner les Messes et
Sauf a Gex, dont il y a article a part . l'Ave Maria a tems deu ;
fournir vin, hosties et
lu¬minaires a leur propre coust et despens.
Appreuvé, sauf de suivre les rubriques 5. Ne celebreront qu'il n'y
aie deux chandelles du Messel nouveau pour le regard de cire,
hon¬nestes et decentes, et une troi¬siesme du tems que la troysiesme
chandelle pour l'Elevation jusques appres la Communion, doit estre
allu¬mee et les festes solennelles quattre.
6. Auront une petite clo¬chette pour sonner a
Appreuvé. l'Elevation ; feront le cathechisme toutes les
Dimanches.
7. Le curé de Gex, qui tient le premier lieu de
tout le bal¬liage pour la decoration du service
divin, observera ce qui. s'ensuit :
Appreuvé, sauf pour le regard de 8. Sera tenu d'avoir un vi¬caire a
ses propres la pension des deux assistans, qui conti¬nueront coustz
et despens ; mais parce que celuy
a deux centz li¬vres pour un chacun, d'aujourduy a tous-jours
fidel¬lement et avec atten¬dant que l' œconomie soit deschargee prou
peyne servy aux faitz de nostre religion
de la multitude des frais qu'il luy , luy sera assisté par les deux
prestres institués convient supporter maintenant , avec la pension
de six centz florins, le tems
qu'il jouyra de sa cure.
9. Tous les jours se celebre¬ront deux Messes Appreuvé. basses en
son eglise : la premiere a l'aube, la
seconde a huit, attendant neufz.
10. Les Dimanches et festes de commandement, la
seconde Messe se celebrera a haute voix, et les
Appreuvé. estes solennelles : Pasques, Penthecoste, Ascen¬sion,
Feste Dieu, Saint Pierre aux liens, Assomption et
quattre festes de Nostre Dame, Noel et la
Dedicace, sera avec le dia¬cre et sous-diacre,
quand commodement faire se pourra, et autres
principales.
Attendu que pour le pre¬sent il n'y a pas 11. Toutes les Dimanches
se fera la procession des de tum¬bes et sepultures de me¬moire
d'homme mortz, l'eau beniste et la predication au milieu dans le
cimetiere, on fera un respons de la Messe.
devant le maistre autel ; et pour le reste,
appreuvé.
Appreuvé. 12. Les Laudes se chanteront aux testes solennelles
cy dessus nommées.
13. La Feste Dieu et durant l'octave, None a midy,
et Com¬plies appres soupée ; et Complies se diront Appreuvé. les
jours du Caresme. Complies se chanteront tous
les sammedis, veilles des festes qu'on celebre ; et
les jours des di¬tes festes et Dimanches, Vespres
sans Complies.
Appreuvé. 14. Les Gaudés, les sammedis au soir .
15. Les processions : la Feste Dieu, tres
Seront suivies les rubri¬ques solennellement, les Rogations et
autres coustumieres, du Messel et du Ri¬tuel . et extraordinaires
selon les occasions
et necessité des tems.
16. La Semaine Sainte se fera la procession des
Appreuvé Rameaux, se chanteront Matines les trois jours, et
autres ceremonies, se¬lon les rubriques et coustumes
de l'Esglise.
Appreuvé, sauf que les Dimanches 17. La lampe sera allumée
continuellement, fors
et festes com¬munes il suffira de deux durant qu'il y aura autre
luminaire. Les Dimanches cierges sur l'autel ; les festes
solemnelles et festes com¬munes, a la Grande Messe, quattre secundae
classis et aux festes solem¬nelles chandelles, et a Vespres deux ;
les festes
primae classis, six. solennelles, six par tout, et deux a
l'Elevation. A la
procession de la Feste Dieu, six flambeaux d'une
livre l'un, et a Pasques, le cierge paschal de quattre
livres.
Appreuvé. 18. Le cathechisme se fera toutes les Dimanches
appres Vespres.
19. A toutes ces charges sera tenu le curé de Gex,
comme aussy au vin, hosties et au¬tres ordinaires ; et Le venerable
sacristain fournira le luminaire percevra les fruitz de la cure et
doyenné (notes
con¬venable, et tiendra conte des frais 329,330), fors le cinq pour
cent des biens desdites cure qu'il fera pour ce regard, luy et
doyenné aliénés. Et parce qu'il y a charges
estant nean¬moins donné par avance ce qui ex¬traordinaires, tant a
cause des PP. Capucins qui sera jugé necessaire ; et se celebrent a
ladite esglise , et autres pas¬santz, et que prendra [sur] l'
œconomie generale, a ledit sieur curé est œconome, Monseigneur le
de¬claire laquelle sera contribué de la pension exempt du luminaire,
vin, hosties, et depute monsieur de Bonmont ce qui sera jugé
raysonnable. Ja¬quin (note 410) pour avoir charge de cela et de la
Et pour le reste, appreuvé. sacristie ; et a ces fins luy est
decerné cent francs a
trois florins piece, a prendre sur la pension de
Bomont
20. Sera aussy audit lieu de Gex estably un
maistre d'escole, avec neuf centz florins de gage
Le maistre d'escole se pourra contenter apprendra a lire et escrire
aux enfans, et les
de huit centz florins, et sera des¬chargé rudimens ; nour¬rira et
apprendra a chanter a deux
de la sonnerie qui ne luy pourroit estre enfans telz quilz luy
se¬ront donnés par Monseigneur,
que de grande distraction ; et ladite et assistera a chanter les
Offices divins et sonner
sonnerie se fera par le sieur curé . l'Ave Maria et les Messes
parrochiales.
21. Le curé de Farges tiendra un vicaire capable Appreuvé qui fasse
quelques exhortations, et de bonne vie,
deservira les cures de Farges et de Peron, et
percevra les revenus d'Asseran et de Peron, fors
les cinq pour cent.
22. Le curé de Thoiry deservira audit lieu, et Appreuvé prendra par
les mains de l'œconome sept centz
florins, outre ce peu de terrage qui est annexé a
l'esglise, a condition toutesfois qu'il restablira la
maison de la cure.
23. Le curé de Chalex de¬servira audit lieu, et Appreuvé prendra par
les mains de l'œconome la som¬me
de six centz florins.
24. Les curés de Sessiez et Divone
Appreuvé deserviront ausditz lieux et percevront les
pensions ordinaires deües par Messieurs les
Religieux de Saint Claude .
25. Le curé de Sacconay de¬servira audit lieu, et Appreuvé. prendra
par les mains de l'œconome la som¬me
de douze centz florins, de¬meurant tout le
terrage, rente et revenu de ladite cure et
chapel¬les unis a l'œconomie, fors son jardin
. Sera tenu faire ferme residence.
Pour les Chapelles
26. Les chapelles rentées se¬ront deservies par Appreuvé, sauf que,
pour le regard des chapelles les institués (celles qui seront en
estre) ; les de nomination, sera affigé a la porte de l'eglise
ruinées qui seront de la nomina¬tion d'autruy, le decret de la
future privation des patrons. seront restablies du revenu dans dix
ans, a
faute dequoy seront les patrons des¬cheuz de
leurs droitz et lesditz revenus annexés a
l'œconomie, comm' aussy tout revenu
depen¬dant des chapelles qui ne seront
d'aucune nomination.
27. Ne sera permis a aucun d'avoir Appreuvé chapelle ou eriger autel
sil ne l'a renté
ou doté.
Œconomie
28. Le sieur Dunant, curé de Gex, est
dec1airé œconome par Arrest du Appreuvé Roy en son privé Conseil ,
entre les
mains du¬quel seront redui tz tous les
biens ecc1esiastiques dependantz de
l'authorité de Monseigneur de Geneve,
fors les nommés cy dessus.
29. Payera les pensionnaires et curés
establis, ou leur delivrera mandat, sans Appreuvé qu'il soit permis
a aucun d'iceux de se faire
paier par autres voyes sans son sceu, sous
peine de perdre autant de leur pension
qu'ilz en auront perceu. Et pour sa ….
Conseil
Sera traitté plus a plein sur cest article 30. pour les choses
ardues et difficiles, le important, et ce pendant le sieur Œco¬nome
sieur Œconome prendra l'advis des curés de prendra l'advis du
Superieur des Peres Capu¬cins ; Far¬ges et Sacconnay, et monsieur
Jaquin, du et pour le reste, est remis a sa prudence de Superieur
des Capu¬cins ; et pour les faire selon les occurrences. seculiers,
de monsieur le baillif , monsieur
de Siccard et monsieur de la Bastie .
Procureur de l'Œconome et solliciteur
Appreuvé, pourveu qu'il soit catholique, Sera institué un personnage
pour agent et
et s'il s'en treuve de capables qui solliciteur des af¬faires de
l'œconomie, veuillent accepter ladite charge. avec les gages de
trois centz florins, a condition
qu'il ne retirera rien des contratz faitz
au proffit des l'œconomie, luy estant permis
de retirer des autres.
Le sieur Œconome, outre les charges sus escrittes, fournira bled et
vin aux Reverens Peres Capucins selon leur necessité, et luy sera
alloüé sur les comptes.
Fait Annessi, le xx novembre 1613.
FRANÇB, E. de Geneve ,
Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à la
Visitation d'Annecy.
XV
MANDAT A MONSIEUR CLAUDE JACQUIN
POUR LE PAYEMENT D'UNE SOMME
(INÉDIT)
Annecy, 30 octobre 1617.
Monsieur Jaquin,
Vous delivreres a M. Poncet, curé de Sessi , la somme de cent
florins pour l'annee mille six cens et seze ; et rapportant quitance
d'iceluy, vous sera par Nous alloüee.
Annessi, le xxx octobre 1617.
FRANÇs, E. de Geneve.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVI
DÉLÉGATION DE M. CLAUDE DE NAMBRIDE
CURÉ DE DIVONNE
A L'ADMINISTRATION D'UNE PARTIE
DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES DU BAILLIAGE DE GEX
(INÉDITE)
Annecy, 17 décembre 1621.
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege
Apostolique Evesque et Prince de
Geneve.
Nous commettons par ces presentes venerable mes¬sire Claude de
Nambruide, curé de Divone, a l'adminis¬tration et œconomie des biens
ecc1esiastiques du balliage de Gex non appliqués ny assignés aux
eglises de Farges, Gex, Thoyri, Grilly, Chalex, Versoix, Divone,
mais destinés aux autres eglises qui, pour le present, ne sont encor
pourveues de pasteurs, a fin que [ledit messire Claude de Nambruide
] en donne les admodiations et fermes ainsy qu'il vera a faire ;
puis retire, exige et distribue les revenus procedenz des dites
fermes, selon qu'il sera requis, ainsy qu'il est porté par l'ordre
esta¬bly du jour d'hyer , et autrement selon les mandaz qui luy
seront faitz de nostre part : le [tout nean]tmoins en l'assistance
et avec l'advis de venerable messire [Claude] Jacquin, curé de
Grilly . Luy assignons pour gage et l'entretenement de son cheval la
somme de trois centz florins annuelz, monnoye de ce païs la.
Fait a Annessi, le dix septieme decembre mil six centz et vint un.
FRANÇs, Evesque de Geneve.
M. FAVRE .
Revu sur l'original conservé à la Visitation de Montélimar.
C – MÉMOIRE
POUR LA CONVERSION DES HÉRÉTIQUES
ET LEUR RÉUNION A L'ÉGLISE
(MINUTE EN ITALIEN)
Prédication que fit l'Evêque de Genève à Sion; réflexion d'un
auditeur.- Comment ramener à la foi les provinces où ne peuvent
pénétrer les prê¬tres, où l'hérésie devient raison d'Etat. - Lutter
contre le mal avant qu'il soit incurable. - François de Sales
propose une ligue pacifique entre les princes catholiques et en
montre les avantages. - Afin de la réaliser, convoquer des conciles
nationaux, non pour argumenter sur les questions de controverse,
mais pour discuter les moyens de conversion. - Rôle du Saint-Siège.
- Conduite à tenir avec les ministres. - Tenter au moins cette
entreprise en Suisse. - Par quels moyens surtout obtenir cette
union.
Annecy, vers la fin de 1615 ,
J'étais l'année dernière dans le Valais à l'occasion du sacre de Mgr
l'Evêque et Prince de Sion (Sedunensis). Sur l'ordre des
Révé¬rendissimes Seigneurs qui firent l'Office , je donnai le sermon
solennel, dans lequel je traitai de la succession Apostolique en la
sainte Eglise, exhortant la population (en partie hérétique, mais
elle vint à cette assemblée par curiosité, à l'amour de sa sainteté,
unité et succession. Plusieurs se sentirent touchés et l'un d'entre
eux vint conférer avec moi.
A mon départ, ayant été député par la ville , il accompagna
jusqu'aux frontières de l'Etat du Valais Mgr l'Archevêque de Vienne,
Prélat consécrateur, et moi, qui revenions dans ce pays. Pendant le
voyage il parla presque toujours avec moi et me dit entre autres
choses : " Monsieur, vous avez fait ce qui ne s'était pas fait dans
la ville de Sion depuis bien des années ; car il n'a jamais été
permis aux prédicateurs catholiques de traiter en chaire d'aucune
matière de controverse. Toutefois, la solennité et votre qualité ont
fait pren¬dre en bonne part votre sermon, et je crois qu'il sera
profitable à beaucoup de catholiques qui en demeureront bien
affermis. Mais vous avez exhorté les autres à rentrer dans le sein
de l'Eglise : cela est bon pour les particuliers. Et pour les
villes, si nombreu¬ses, pour les républiques entières, où il n'est
pas permis aux prédi¬cateurs catholiques de se faire entendre, ni de
demeurer et parler, quel moyen de les ramener à la foi ? Car
désormais, chez nous autres Suisses et en toute l'Allemagne, voire
même dans plusieurs parties de la France, des villes entières sont
hérétiques et l'hérésie passe en raison d'Etat ; on ne voit pas le
moindre espoir de leur conver¬sion ; les choses vont même si avant,
que les hérétiques ne sont pas inquiétés le moins du monde, et c'est
sans remède.¬
Ces paroles pénétrèrent tellement mon cœur qu'il ne m'a ja¬mais été
possible de me les ôter de l'esprit, et en somme, voici la pensée
qui m'est venue : Il est vrai que si on laisse ainsi les Suisses de
Zurich, Bâle, Berne et autres cantons (on peut en dire tout au¬tant
de l'Angleterre et des autres pays hérétiques), jamais ils ne se
convertiront; au contraire, leur religion parvenant à l'Etat, ils
éta¬bliront l'une dans l'autre. Et comme " on ne se passionne pas
pour les choses devenues familières , " ainsi, en vieillissant,
cette héré¬sie à la vérité, ne fera pas plus de progrès (2 Tm 3,4),
mais, ce qui importe, elle ne diminuera pas non plus et demeurera
comme une paralysie incura¬ble dans ces très nobles parties de
l'Europe. Or, quel sera le remède ?
J'ai pensé à beaucoup de choses, et je n'ai trouvé que ce seul moyen
: Il faudrait que notre Très Saint Père et Seigneur, ou le
Saint-Siège Apostolique, engageât tous les princes catholiques et
toutes les républiques non pas à prendre les armes extérieures, mais
les intérieures ; c'est-à-dire, à proposer la réunion des
héréti¬ques à la sainte Eglise. Cette proposition devrait se faire
simultanément par tous, avec des arguments solides et clairs
prouvant l'avantage public qui en reviendrait à la Chrétienté, très
affaiblie par la division, et qui, par l'union, serait grandement
fortifiée contre les Turcs et autres. On tâcherait ainsi de former
une ligue ou croisade entre les catholiques, non point, comme je
l'ai dit, pour courir aux armes, mais pour concourir dans le zèle à
sollici¬ter cette union.
Reste à proposer le moyen de la conclure et la voie à prendre pour
la préparer ; le suivant me paraîtrait très utile :
Premièrement: les princes devraient convoquer pour ce seul but un
concile national, c'est-à-dire, un en France et un en Alle¬magne, et
tâcher, par tous les efforts possibles, d'y faire intervenir
quelques délégués des princes et des républiques hérétiques, pour
qu'ils puissent ouïr les propositions relatives à cette union, non
point pour disputer ou argumenter, mais seulement pour conférer sur
la façon de la ménager.
2. Dans ces conciles, il ne faudrait pas l'autorité Apostolique
antécédente, mais seulement conséquente ; c'est-à-dire, pour ne pas
engager le Saint-Siège, ils ne devraient pas se tenir en son nom,
mais ils devraient promettre la ratification des résolutions prises.
3. Afin que cette ratification pût sûrement se promettre, il serait
nécessaire que le Saint-Siège fût averti de temps en temps des
diverses propositions et qu'il se tint toujours en mesure de
répon¬dre promptement ; ou bien, qu'on eût auparavant des mémoires
des choses qui doivent être traitées.
4. Ensuite, on pourrait beaucoup faciliter la réunion à la sainte
Eglise en abandonnant tous les biens ecclésiastiques, ou du moins
une bonne partie, à ceux qui les détiennent, se bornant à leur
de¬mander le vivre et le vêtement pour les prêtres qu'on y
introduira. Item, ou encore, en laissant aux princes et aux
républiques la nomination aux bénéfices les plus considérables,
voire même à tous, comme on laisse au Roi de France celle des plus
importants ; et il n'y aurait pas en cela, semble-t-il, plus de
danger de mauvai¬ses conséquences qu'en la coutume de France.
5. Il faudrait promettre aux ministres hérétiques le même
trai¬tement qu'ils ont pour leurs familles, et même encore plus de
moyens temporels ; car, c'est la vérité, la plupart, pour ce morceau
de pain, demeurent dans l'hérésie. Quant aux clercs apostats, on les
dispenserait de leur vœu de continence, surtout s'ils ont des
enfants, sans toutefois jamais plus les admettre aux fonctions de
leurs Ordres, ni leur laisser porter l'habit clérical. Et semblables
propositions qui écarteraient les obstacles.
6. Mais si, par hasard, on trouvait que les conciles nationaux ne
sont pas à propos, les princes pourraient alors convoquer seule¬ment
quelques Prélats et quelques hommes de bon jugement pour traiter de
cette sainte affaire en exposant leurs pensées. Cepen¬dant, il ne
faudrait en aucune façon argumenter, mais seulement proposer les
moyens à prendre, afin que tous pussent voir que, la foi catholique
sauve, la sainte Eglise est prête à prodiguer pour cette réunion,
les revenus et autres choses qui seront jugées nécessaires.
Et quand même ce remède ne devrait avoir autre resultat qne
d'ébranler les esprits et d'être comme un moyen d'empêcher les
hérétiques d'alléguer le soi-disant droit qu'ils s'attribuent de
n'être pas appelés et sommés de venir à résipiscence, l'avantage ne
serait pas petit.
7. Mais si l'on ne jugeait pas à propos de tenter cette entreprise
dans tous les pays excommuniés, divisés ou séparés de la sainte
Eglise, il conviendrait au moins de le faire pour les Suisses
héré¬tiques, et on pourrait y employer l'autorité de l'Espagne, de
l'Em¬pereur, du Roi de France, du sérénissime Duc de Savoie, leur
voi¬sin, avec l'action et l'industrie des cantons catholiques, même
du Valais. S'il était besoin de distribuer un peu d'argent, cela
pourrait se faire au moyen de quelques décimes prélevées sur les
bénéfices plus opulents.
8. Et quant à Genève, pour la contraindre à laisser au moins la
liberté de conscience et à laisser établir dans un ou deux en¬droits
l'exercice du culte et les sermons catholiques, il suffirait de
l'autorité et de l'intervention de notre sérénissime Duc et des
Suisses catholiques ; on proposerait aux Genevois de leur
abandon¬ner les revenus ecclésiastiques ou de leur en donner tout
autant, on leur distribuerait un peu d'argent. Au surplus, il
suffirait que le Roi de France se joignît à ces deux autorités et
que l'on mit de la persévérance à activer l'affaire.
9. Peut-être serait-il difficile maintenant d'unir les cœurs des
princes catholiques que nous voyons, excités par des tentations si
multiples, se livrer en proie à la division. Toutefois, cette grâce
pourrait s'obtenir de Dieu notre Seigneur par la prière, et la main
sacrée du Saint-Père s'y employant sincèrement, pourrait opérer ce
miracle, comme jadis on fit les croisades et autres entreprises
belliqueuses et périlleuses, tandis que celle-ci serait toute
pacifi¬que et sans péril.
Voilà mes pensées. Tant d'hérétiques et de républiques héréti¬ques
sont si proches de moi, que mon esprit ne peut se défendre d'y
songer souvent et de prendre en pitié une telle désolation, non
seulement présente, mais future ; puisqu'avec le temps, ces enne¬mis
de l'Eglise oublient d'autant plus qu'ils ont été jadis ses enfants,
qu'ils naissent en des pays où l'on ne parle d'elle qu'avec
exécration.
Que le Seigneur nous envoie son secours d'en-haut (Ps 19,3) et que
les tentes d'Israël soient élargies par le Seigneur ! (Is 54,2)
Revue sur une copie faite par M. Michel Favre conservée à la
Visitation d'Annecy.
APPENDICE
A
DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
ET AU VOYAGE DE SAINT FRANÇO!S DE SALES A ROME
I
LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er
DUC DE SAVOIE (L1,note 175)
AUX SYNDICS ET BOURGEOIS DE THONON
CHARLES EMANUEL, par la grace de Dieu, Duc de Savoye. A nos bien
amez et feaux les Scindiques et bourgeois de nostre ville de Tonon.
(note 200).Nous avons appris avec un grand contt'mtemenr que; vous
avez ouy les predicateurs de la parolle de Dieu et de nostre saincte
foy Catholique, que vous avez heu continuellement despuis quelques
mois. Or, esperant que ceste commodité vous ouvrira le chemin de
vostre salut, avec le mesme zele que Nous vous avons procuré ce
bien, Nous vous exhortons aussi d'en bien user ; et vous en userez
bien, si vous prenez garde aux raysons qui vous seront exposees, si
vous les pesez esgalement, et si vous proposez les difficultez qui
vous surviendront aux predicateurs ; car Nous n'avons rien tant a
souhait, ny qui Nous soit plus aggreable, que quand Nous entendons
que vous proffitez en la saincte Religion Catholique.
Ainsy Dieu vous aye en sa garde.
[De Turin, vers la fin d'octobre 1596 ]
II
LETTRE DE Mgr JULES-CÉSAR RICCARDI
ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
AU CARDINAL PIERRE ALDOBRANDINI
………………………………………………………………………..
(note 203) Il Prevosto di Geneva si è affaticato doi allai continovi
prT la conversione delli heretici che sono nel Ducato di Ciables in
Sa¬voia, et finalmente è piacciuto a Dio benedetto d'illuminar molti
di loro, che mostrano ottima dispositione di voler tornare alla fede
cattolica ogni volta che siano provisti di curati. È venuto a posta
a Torino per trattarne con Sua Altezza et con me, che, per animarlo
tanto più, non solamente l'ho voluto in casa mia, ma ho procurato di
farli tutte le carezze possibili.
Il trattar della reintegratione delle parrocchie porta qualche
tem¬po peril raguaglio che bisogna darne a Nostro Signore e per la
contradittione de' Cavallieri di San Lazaro ; et perô, per venire a
qualche expediente presentaneo, habbiamo trattato con Sua Altezza
che si degni di far dare un stipendio honesto alli curati, il qual
da i Cavallieri non si puô ricusare, perchè Papa Pio Quarto, santa
memoria (note 233) nella suppressione delle sudette parocchie,
aggiun¬ge nella Bolla, che ogni volta che quelli populi tornassero
alla fede cattolica, essi fussero obligati a sostentar i curati . Et
perchè le parocchie supprcsse furono quaranta cinque, si contenta
per adesso il Prevosto che se ne eriggano dodeci, et si mandino
insieme quattro o sei predicatori, con l'opera de' quali si possano
tanto più instruire quelli che tornaranno alla fede cattolica.
Sua Altezza ha sentito gran contento di questa buona speranza che ha
portato il Prevosto, et ha promesso in ogni modo di voler che queste
parocchie si eriggano, se ben dovesse sostentarle del suo. Ma perchè
le essecucioni vanno molto in lungo, essendo medesima¬mente risoluto
il Signor Duca di voler intendere li Cavallieri di San Lazaro, mi è
parso di supplicar V. S. Illma che si degni di scrivere una lettera
efficace a Sua Altezza, o vero a me che si possa mostrare, nella
quale laudi il sua zelo come conviene, et l'essorti efficacemente in
nome di Sua Santità ad esseguirlo quanto prima, perchè dove si
tratta di conversione di heretici ogni dila¬tione puô portare
grandissimo nocumento.
Il medesimo Prevosto mi ha ricercato che io supplichi Nostro
Signore, per mezo di V. S. IIlma, a degnarsi di mantenere il
privi¬legio antico che tiene il Capitolo di Geneva, che nessun
canoni¬cato o dignità si possa dare a persone che non siano nobili,
o vero dottori et graduati (note 274)..
Et le baccio humilissimamente le mani..
Di V. S. Illma et Revma,
Humilissimo et divotissimo servitore,
G. CESARE, Arcivescovo di Bari ,
Di Torino, a' 28 di Ottobre 1596.
Revu sur l'original inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vol. 33, fol. 659).
III
MÉMOIRE
DU PÈRE CHÉRUBIN DE MAURIENNE, CAPUCIN
MEMOIRES A MONSIEUR LE PREVOST DE GENEVE POUR TRAITTER TANT AVEC SA
SAINCTETÉ QU'AVEC MONSr L'ILLme NONCE A TURIN ET LES ILLUSTRISSmes
CARDINAUX A ROME
Qu'il importe sur tout abattre Geneve
CHAPITRE l
En surmontant une seule ville de Geneve, on donnera un esbran¬lement
estrange à tout le reste de l'heresie en l'Europe, car elle est
jugée sedes Sathanœ. Et faut sçavoir plusieurs poinctz, comme ceste
ville seule advance l'heresie per universum orbem.
1° Geneve est caput calvinismi, nam in ea Calvinus et Beza sedem
domicilii elegerunt.
2° Toutes les eglises de France, ez poincts de doctrine, se
rap¬portent aux ministres de Geneve, comme aussy en plusieurs autres
choses de la police.
3° Toutes les villes des heretiques la respectent comme azile de
leur religion et ville saincte. Ceste année vint un homme de
Lan¬guedoc pour visiter Geneve, comme feroit un Catholique Rome.
4° Il n'y a aucune ville en l'Europe ou il y aye tant de commo¬dités
d'entretenir l'heresie : 1- L'assiette et situation de la ville a la
porte de France, de Flandres, d'Allemagne, d'Italie, Espagne et
autres provinces ; elle est sy commode qu'en icelle se treuvent
habitants de toutes sortes de nations, voire mesme d'Angleterre ;
elle est comme le centre des autres provinces, et par icelle tout
passe. 2- Il y a des ministres en tres grand nombre, des plus doctes
de leur secte, de toutes nations. L'annee passee ils en envoyarent
20 en France ; un' autre annee, en Angleterre, et ainsy provoient a
tous les heretiques. 3.- Il y a de belles et magnificques
imprime¬ries, dont ils emplissent le monde de livres heretiques ; et
ceste annee ils envoioient 40 charges des ditz livres en France. Le
livret de Roche Chandiou fut imprimé a en donner pour 700 escus ;
car ils en font distribuer, expensis publicis, par les villes. La 4e
commodité ce sont les estudes, car la commodité de la situation de
la ville et le grand exercice des lettres attirent ires grand nombre
d'enfants de bon lieu : de France, tesmoin Desponde quy y a estudié
; d'Allemagne, comme le P. Ludovic, le Capucin, filz du Chancellier
de Saxe, qu'a aussy estudié audict Gene¬ve . 5e commodité : ils font
de grands exercices de predications, lectures, conferences,
disputes, compositions de livres et autres choses semblables qui
conservent l'heresie, et infinies autres commodités qu'il serait
trop long de dire.
5° Il faut considerer que dans Geneve se brassent et traittent
toutes les entreprinses contre la Chrestienté et le Saint Siege
Apos¬tolique, et les font exequuter avec grande diligence; et cecy
s'est veriffié en une infinité d'entreprinses descouvertes. Et n'y a
rien qu'il leur est venu un personnage de Levant qui, a leur
solicitation, a cherché des moyens d'empoisonner Sa Saincteté et
tous les Car¬dinaux, ou engendrer certaines vapeurs pestiferes à
Rome par certaine poussiere : tesmoin monsr le chanoine de la
Biollée qui a sceu cecy par un espion secret quil y a dans Geneve.
6° Il n'y a ville en tout le monde ou l'on reçoive tant d'apos¬tats,
de toutes sortes d'ecclesiastiques et de toutes nations : res seipsa
patet.
7° Ceste ville, en faict de conservation des heresies, a une
mer¬veilleuse correspondance avec toutes les parties infectes de
l'Alle¬magne, de la France, de l'Angleterre, de la Pologne et
jusques en Danemarch, etc.
Bref, d'une seule Geneve surmontée despend la ruyne de l'he¬resie ez
autres lieux : voila pourquoy il faut employer contre ceste source
d'heresie toutes ses forces.
De plusieurs moyens particuliers pour la confusion des heresies de
Geneve
CHAPITRE 2
1er. La continuation des bons predicateurs, Jesuistes et autres ;
mais sy [Sa] Saincteté ne commande absolute, ilz ny persevereront
poinct : experientia magistra. Pour le moins six, pour estre
distribués ou est de besoin, et les PP. Jesuistes pour la
confession. Un college de Jesuites à Thonon (notes 214,238).
2. Avoir un bon imprimeur à Necy pour publier à tous coups livrets,
escrits, papiers contra hœreticos ; cecy est un bon moyen. Desja il
y a des moyens, mais il faudroit encores une pension de 100 escus
que Sa Saincteté pourroit bailler sur quelque abbaye (L1, p.140),
comme sur Talloeres (L2, note 261 ; L4, note 246 ; L6, note 272) ;
il y a une pension qui vacque, qui est pour une personne laicque
appellé le chapte boys.
3. Plusieurs voudroient se convertir, mais la pauvreté les retarde,
comme l'experience l'a faict voir. Donc, il seroit de besoin avoir
une Maison de pitié Annessy pour ceux qui travaillent aux arts
mechanicques, et un Seminaire pour ceux qui estudieroient . Cela se
pourroit faire par Sa Saincteté, en appliquant quelque abbaye ou
benefice ecclesiastique a ces bonnes œuvres, ou pren¬dre autres
moyens. Et par faute d'argent et de moyens, on laysse a fere de
grands biens qu'on feroit pour la saincte foy Catholique ; et
soudain qu'on aura des moyens on en verra beaucoup sortir de Geneve,
et peut estre des mesmes ministres.
Outre cecy, il y a plusieurs autres beaux moyens desquels vous estes
adverty, et que pourres advancer comme mieux vous verres a propos.
Du moyen de faire donner une eglise dans Geneve pour la foy
Catholique et recevoir l' Interim
CHAPITRE 3
La crainte de la guerre et le désir de paix faict fere plusieurs
choses qu'on ne feroit ; dont, ayants S. A. sur les bras, ilz
accorde¬ront paradventure quelque chose qu'on ne feroit autrement.
Vous raconteres ce que S. A. pretend de faire propter fidem ; mais
cela a besoin d'ayde et de secours pour mieux reussir, lequel Sa
Saincteté peut facilement nous fere avoir. Et c'est pour ces
considerations :
Voyants qu'ils seront pressés de tant de costés, facilement ilz
pourroient consentir a quelque chose, desirants le repos. Surtout
ayants la protection du Roy de France pour leur principal appuy,
quand ils se verront par luy solicités a recevoir l'Interim, ils
diront : De quel costé que nous regardions, nous avons tousjours
ceste poursuitte de l'Interim ; et facilement accorderont au Duc de
Savoye plusieurs choses pour la commodité de la foy Catholique,
qu'ils n'accorderoient jamais. Donc, il importe beaucoup qu'au mesme
temps qu'on parlera de ceste paix avec S. A.. ils soyent priés du
Roy de France de prendre l'Interim .
Puys, qu'on face entendre audit Roy et Cardinal d'Austriche que,
traittant la paix, Geneve n'y soit comprinse s'ilz ne prennent l'
Interim ; ils trembleront de peur, sur tout sy le Roy les menasse de
quicter leur protection. Et le Roy peut tres bien s'excuser qu'il
est solicité de Sa Saincteté de cest affaire.
De ce qu'il faut adjouxter afin que la paix reussisse acceptantz l'
Interim
CHAPITRE 4
1er secours. Une lettre bien ample du Roy de France a la Sei¬gneurie
de Geneve, en laquelle il les prie d'accepter l'Interim. Et n'y a
rien de plus facile que d'avoir ladite lettre par ce moyen : c'est
que le sieur Conte de Saconay a un amy secretaire du Roy, voire des
premiers ; il s'appelle monsieur Ruzé, seigneur de Beaulieu , lequel
facilement dresserait la lettre a ceux de Geneve en bonne forme. Et
faut noter que ce secretaire est catholique ; et sy on s'adresse a
d'autres, il y a du danger, car ils sont heretiques. Et par ladite
lettre le Roy commanderoit audit de Saconay, qui se tient a Lyon,
d'aller a Geneve avec quelques personnes honorables qu'il
choysiroit. Et icy il faut adviser que ceux qui viendront à Geneve
soient encor es amys de Son Altesse ; autrement, l'un gas¬tera
l'autre, pour plusieurs raysons qu'on ne peut icy coucher. Pour ce,
estant ledit sr Conte de Saconay bien zelé et au gré de S. A., il y
pourroit venir ; mais il est necessaire que Sa Saincteté le luy
commande, ou prye par une Lettre ou Brief Apostolique, tant pour
aller à la court de France vers Monsr le Legat , vers le Roy et vers
ledit secretaire pour negocier, et autres solicitations qu'il faudra
fere ; luy promettant, Sa Saincteté, qu'on n'obliera de le remunerer
des frays qu'il y fera. Il faut aussy un autre Brief ou Lettre au
secretaire du Roy, par lequel Sa Saincteté le prye de s'y emploier
comme bon catholique, et luy promettant une belle recompense sy la
chose reussit. Ces deux Lettres ou Briefz sont necessaires
soudainement, car l'affere presse; et pour iceux il faut encores
employer Monsr le Nonce .
Ils ont une loy a Geneve, qu'on ne peut parler de recevoir la Messe,
a peinne de la vie. Pource, il faut un estranger qui en ouvre le
propos, pour donner confiance au peuple de parler.
Sy le Roy les menasse de quicter leur protection, ils y penseront a
bon escient ; mesmes remonstrant qu'il a accordé aux autres
here¬tiques liberté de conscience en tant de villes de France. Et
quand bien ils ne feroient rien pour le Roy, il suffit qu'on aye
ouvert le propos, car cela facilitera a traitter la paix avec
l'Interim. En somme, on ne demande au Roy de France, qu'une simple
lettre et feullie de papier.
Mais il est tres-asseuré, comme font foy les lettres qu'aves et les
attestations , que dans Geneve les uns desirent d'y avoir la Messe,
comme disposez Catholiques. Autres, comme heretiques, disent que sy
le Roy le commande, on le fera ; d'autres disent que cela ne leur
importe rien, pourveu qu'ilz ayent leur presche et liberté de
conscience. Et est tres vray que ces dispositions s'y treu¬vent ;
donc, ce serait peché de ne les ayder quand on le peut faire si
facilement.
2e secours. Ce serait par le moyen des cantons des Suysses
Catho¬liques, leurs voisins, qui s'ayderoit (sic) a prier ceux de
Geneve d'accepter l'Interim, et que ne le faisants, s'il survient
une guerre ilz ne les ayderoit, voire donneroit secours, car Sa
Saincteté les en prye. Cecy se pourroit negocier par Monsr le Nonce
ou Legat qui est en Suysse, auquel Sa Saincteté le recommanderoit.
3e secours. Que l'Empereur escrivit à Geneve, qui est ville
imperialle, qu'ilz doivent prendre l'Interim comme les autres villes
d'Allemagne, et que, ne condescendantz, ils seroient privéz de tous
honneurs, droits, privileges, mesmes du commerce en ses villes ; et
que sa lettre fut portée par homme qui fit bien sonner le faict.
L'Empereur dirait que sa conscience l'oblige a le faire et qu'il en
est pryé de Sa Saincteté. Et au plus tost faudroit avoir ceste
lettre.
4e secours. Parler avec Sa Saincteté, s'il luy plait asseurer qu'on
aydera au payement des debtes de leur ville, acceptants l'exercice
de la religion Catholique ; et qu'aux particuliers qui feront
reussir on donnera, a l'un 4 mil, a l'autre 10 mil escus, ou choses
sem¬blables : cecy est une belle amorce pour eux. On pourrait fere
une levée sur toute la Chrestienté.
5e secours. Que la ou tant de belles offres ne vaudroient pour les
ranger au debvoir, que Sa Saincteté fit un peu de semblant de
vouloir ayder S. A. et menassa d'inciter tous les princes
catholi¬ques contre eux. Encores que de facto cela n'advint,
neantmoins cela feroit grand peur, et pourroit estre que le peuple
dans Geneve hausseroit la voix pour demander la Messe.
Ces choses non seulement se peuvent traitter avec Sa Saincteté, mais
avec les Illustrissimes Cardinaux et Ambassadeurs des Princes, pour
prendre encores de nouvaux moyens sur le faict.
[Avril-Octobre 1597.]
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation d'Annecy.
IV
LETTRE DE Mgr CLAUDE DE GRANIER
ÈVÊQUE DE GENÈVE (L1, note 114)
A Mgr RICCARDI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
( EN ITALIEN- NON NUMÉRISÉE)
………………………………………………………………………………..
D'Annessi, alli 20 di Novembre 1597.
All' Illmo et Rmo Sr mio oss.,
Monsigr l'Arcivescovo di Bari,
[Nunzio A] postolico apresso di S. A.
Turino.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di
Savoia, vol. 34, fol. 766).
V
LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er
DUC DE SAVOIE
A M. PIERRE-JÉRÔME DE LAMBERT, GOUVERNEUR DU CHABLAIS (L3, note 255)
LE DUC DE SAVOIE.
Tres cher, bien amé et feal Conseiller d'Estat et Chambellan,
(note 216) Nous avons reeeu vostre lettre du XXIIII du present et
joinct a ycelle le double de la requeste que Nous a esté presentee
par ceulx de Tonon, et vous disons, en responce, que Nostre
intention aiant tous jours esté de donner l'avancement possible au
service de Dieu et l'exaltation de son Eglise generalement riere noz
Estatz, et particulierement de remettre riere le Chablais la mesme
foy et vraye Religion que Noz predecesseurs y avoint si sogneusement
plantee avant que les usurpateurs du peys en heussent desbouché Noz
bien amez subjectz: Nous avons, sur ceste consideration, volontiers
presté l'oreillie a ceulx qui Nous ont proposé leur soing, leur
talent et leur industrie pour la perfection d'un si bon euvre ; et
telz ayant esté le Pere Cherubin et le President Favre, Nous
apreuvasmes le zele qui les poulsoit d'y volloir fere quelque
notable fruict.
Il est bien vray que Nous estimions que ce deubst estre par le moien
de bonnes exortations et par la voye des presches, et non par
commination ny menaces, pour ne donner aulcun subject d'om¬brage aux
circonvoisins, ny subject d'alteration ausdictz de Thonon, bien
sacheantz que la conjuncture du temps present ne portoit pas que
l'on procedast aultrement, et que la procedure rigoureuse estoit mal
convenable a la disposition des aultres affaires que Nous avons sur
les bras, encores que bien deue a l'obstination de quel¬ques
particuliers dudict Thonon qui se rendent les plus difficilles. Mais
silz ont en cecy un peu oultrepassé Nostre intention et Noz bons
advis, leur zele et leur affection au service de Dieu les en rendent
excusables. Et cependant, pour remedier aux inconve¬nientz qui en
pourroint resulter, Nous escrivons audict President de ne proceder
plus avant a la declaration des peines par luy impo¬sees, et au Pere
Cherubin d'y fere valloir par cy apres sa doctrine, sans y adjouster
les menaces, jusques a ce que Nous voions quelque aultre temps plus
propre pour ce fere.
Et cependant, en vous laissant dextrement entendre a ces gens que
Nostre intention n'est pas de les forcer ny contrevenir aux
provisions quilz disent avoir de feu nostre Sr et Pere et de Nous,
vous ne lairrez de les induire et persuader, en tant que vostre
pouvoir se pourra estendre, de Nous donner ceste satisfaction que
d'ouyr et frequenter les presches qui peuvent servir a les desabuser
de leur faulce opinion. ……………………
Et Nostre Seigneur vous ayt en sa ste garde.
De Aultecombe, ce 31 xbre 1597.
C. EMANUEL .
RONCAS .
A nostre trescher, bien amé et feal Conseiller d'Estat
et Chambellan,
Chevallier au Senat, Gouverneur de Chablais, Baron de Ternier,
le Sr de Lambert.
Revu sur l'original conservé à Annecy, à la Bibliothèque de
l'Académie Florimontane.
VI
LETTRES PATENTES DU MÈME
A M. CLAUDE MARIN, PROCUREUR FISCAL DU CHABLAIS (L1, note 287)
(note 252) CHARLES EMANUEL, par la grace de Dieu Duc de Savoye,
Chablais, Aouste et Genevois, Prince de Piedmont, à nostre cher,
bien-amé et feal Procureur fiscal de Chablais, noble Claude Marin,
salut.
Desirans de faire prouvoir promptement à la reparation et
res¬tauration des eglises, autels et autres choses necessaires pour
les exercices de pieté et devotion, tant en ceste ville de Tonon
qu'aux lieux circonvoisins : A ceste cause, et autres Nous mouvans,
vous mandons, ordonnons et commandons par ces presentes qu'ayez à
saisir et reduire sous Nostre main, et par bon et loyal inventaire,
tous et un chacun les revenus, biens, fruicts, argens, appartenances
et dependances des benefices riere le bailliage de ceste ville, et
particulierement du prieuré de Sainct Hyppolite (L8, note 160), qui
n'auront charge d'ames, pour le temps de trois ans prochains advenir
; et lesquels fruicts et autres choses sudittes, Nous voulons estre
employez à la reparation et restauration des eglises, autels et
autres choses necessaires pour les exercices de piete et devotion,
ainsi que Nous avons dit. Vous defendans tres-expressement de
delivrer, mettre ou employer aucun desdicts fruicts et revenus à
autre usage qu'à ce que dessus, et suivant les ordres qui vous en
seront faicts par Reverendissime Claude de Granier, Evesque de
Geneve, Reverend messire François de Sales, Prevost de l'eglise
Cathedrale de Sainct Pierre de Geneve, et Reverend messire Claude
d'Ange¬ville, Primicier de l'eglise collegiale de Sainct Jean
Baptiste de La Roche (L1, note 158 ; L7, note 165) :ausquels, en
tant qu'il Nous concerne et peut appar¬tenir, leur en avons donné et
attribué tout pouvoir et authorité ; et à vous, de contraindre et
faire contraindre tous ceux qui seront à contraindre, par toutes les
voyes de justice deuë et raisonnable, d'y obeyr et obtemperer.
Nonosbtant appellations et oppositions quelconques, attendu le cas
dont il s'agit, ne voulans, ny pouvans, ny devans en retarder
l'execution.
Commandans à tous Nos magistrats, ministres, justiciers, officiers
et subjects ausquels il appartiendra, d'observer ces presentes et,
pour l'execution d'icelles, prester toute aide, faveur et assistance
necessaire, en tant que chacun d'eux craint de Nous desplaire.
De ce faire vous donnons pouvoir, authorité, commission et
mandement, car telle est Nostre volonté.
Donné à Tonon, le cinquiesme jour du mois d'octobre 1598.
VII
AUTRES LETTRES PATENTES DU MÊME
(FRAGMENT)
………………………………………………………………………………………
(notes 256,262,266) Desormais il ne sera plus permis aux personnes
qui ont charge et cause des biens et revenus ecclesiastiques, tant
des Chevalliers de la Religion des Saincts Maurice et Lazare que des
autres quel¬conques, aux bailliages de Chablais et Ternier, de les
bailler di¬rectement ou indirectement à loüage, ferme, exaction ou
recepte, à d'autres personnes qu'à celles qui font profession de la
vraye Religion Catholique, Apostolique et Romaine; à peine de
confis¬cation.
Qu'il soit defendu à toutes personnes, de quelque qualité et
conditions qu'elles soyent, de menacer les Catholiques ou desireux
de la Religion Romaine, à parolles ou actions, ou de les mal
traic¬ter en façon que ce soit, leur faire des reproches, ou les
estonner ; à peine de milles livres et autre arbitraire.
Que les personnes de la religion pretenduë ne puissent plus
do¬resenavant exercer aucunes charges publiques, ny estre promeus,
receus et admis à aucuns offices ou dignitez : de sorte qu'ils ne
puissent point estre juges, ny advocats, ny chastellains, ny
curiaux, ny procureurs, ny notaires, ny commissaires ; et que
l'exercice de ces dignitez, charges et offices soit entierement
defendu à tous ceux qui ont eu quelque chose de semblable jusques à
present, avec abrogation, abolition et revocation des Lettres
patentes, ou constitutions qu'ils ont, comme contrats et autres
actes; sous peine de faux.
……………………………………………………………………………..
Donné à Tonon, le douziesme jour du mois d'octobre 1598.
VIII
BREF DE SA SAINTETE CLÉMENT VIII
A Mgr CLAUDE DE GRANIER, ÈVÊQUE DE GENÈVE
Venerabili Fratri Claudio, Episcopo Gebennensi,
CLEMENS PAPA VIII.
(EN LATIN)
Le Pape Clément VIII au Vénérable Frère Claude, Evêque de Genève,
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction Apostolique
(note 278) Comme nous l'avons reçu jadis du Pape Grégoire XIII,
notre Prédécesseur d'heureuse mémoire, et en partie de l'exposé du
Duc de Savoie Emmanuel-Philibert de bonne réputation, le dit (note
277) Emmanuel Philibert avait repris aux Bernois certains
bailliages, à savoir Ternier, le Chablais et Gex, sous son autorité
temporelle et y avait rétabli son ancienne juridiction ; bien qu'il
ait pensé que pouvaient être guéris les esprits des populations,
pervertis par des idées fausses et par la malice de la perfide et
invétérée hérésie, plus tardivement que ne le souhaitait mon
prédécesseur Grégoire, ce dernier, très heureux de la foi catholique
du Duc et de l'église locale, estimait profitable que les biens
religieux de ces bailliages passés à l'usage profane et ne pouvant
être rétablis dans leurs usages et fonctions antérieurs, puissent
être utiles d' une certaine façon aux Chevaliers des Saints Maurice
et Lazare dont le Duc était le Grand Maître. C'est pourquoi il fut
demandé à ce même Grégoire d'unir et d'incorporer à la dite
Chevalerie les bénéfices et autres œuvres pies des dits bailliages.
Le même Grégoire, poussé par les supplications, a uni, annexé et
incorporé pour toujours à la Chevalerie pour qu'ils servent en
quelque façon à la propagation de la foi chrétienne : tous les
bénéfices ecclésiastiques, avec ou sans ministère, séculiers et
réguliers de tous Ordres, existant dans ces bailliages, même s'ils
étaient séculiers, canoniaux et prébendiers, honorifiques même
principalement, personnels, administratifs, portions monacales et
canoniales, fonctionnels même ministériels, attribués et choisis,
hospitaliers, léproseries et maisons d'accueil ; et tous les autres
biens religieux et leurs membres, granges, possessions et domaines,
où aucune fonction ecclésiale, séculière ou régulière ou
hospitalière n'était exercée, ni ne pouvaient être restitués, du
moins quant aux églises paroissiales et aux bénéfices
ecclésiastiques curiaux ; ceux qui n'étaient attribués à personne,
ou canoniquement ou par commande ou par vente ; ceux qui n'étaient
pas unis ou supprimés à l'avantage ou en faveur d'églises,
monastères, hôpitaux et autres lieux charitables, même hors des
bailliages, ni ne dépendaient d'églises, de monastères, de
chapitres, de bénéfices, d'hôpitaux comme s'ils leur étaient unis ou
bien leur appartenaient comme membres ; le même Grégoire avait voulu
que tout cela demeure sauf et intact en nom, titre, dénomination,
ordre, état, essence, même régulier, et, comme ils étaient, les
particuliers supprimés définitivement ou éteints, avec leurs
églises, maisons, biens, juridictions, droits, revenus, taxes, et
tous les intéressés ou ayants-droit.
(note 295) De telle manière, cependant, que, dès que les hommes des
bailliages et récupérateurs des lieux auront reçu la lumière de la
vérité, par la miséricorde de Dieu, il soit rétabli dans tous leurs
villages des églises et des locaux propres à l'exercice du ministère
des âmes, par les Ordinaires dont dépendent ces endroits, munis
d'une pension de pas moins de cinquante ducats par an prises sur les
propriétés, et qu'à ceux-ci soient fournis par ces mêmes Ordinaires
un nombre juste et convenable de recteurs et pasteurs capables selon
la disposition du Concile de Trente et les autres règles canoniques,
et de plus selon les dispositions des Lettres Apostoliques en forme
de Bref, sous l'anneau du Pêcheur donné le 13 juin 1579, en la
neuvième année de son Pontificat, (note 223)dont nous voulons
pleinement respecter le contenu..
Mais comme, ainsi que nous venons de l'apprendre, le cher et noble
Fils Charles Emmanuel, nouveau Duc de Savoie s'est employé, avec Ta
Fraternité, à envoyer des prédicateurs de la parole de Dieu,
remarquables docteurs, dans ces bailliages, il est enfin arrivé,
après plusieurs mois, que presque tous les hommes de douze des
bailliages, de Ternier et du Chablais, qui appartiennent à ton
diocèse, ont été arrachés à la gueule des hérétiques. Bien que leurs
cœurs soient restés jusqu'ici bien endurcis, pourtant adoucis par
les prédications remarquables, convertis à la vérité et la lumière
de la foi orthodoxe, tous et chacun en particulier, ils se sont
redressés grâce à Dieu, par l'abjuration et la détestation de leur
vie antérieure entre tes mains, en présence du Duc Charles Emmanuel
et de l'assemblée des nobles de son Etat, et ont été reçus et
agrégés au sein de l'Eglise Catholique et Apostolique.
Comme il ne suffit pas d'avoir acquis tant d'âmes à l'Eglise
Catholique si l'on ne trouve pas un moyen de les garder et
accompagner, "un fait qui ne dure pas n'est pas un fait", même le
fait de l'union susdite, de l'annexion et l'incorporation dans les
églises paroissiales, je tiens à ce que mes dispositions contenues
dans cette lettre ou les précédentes favorisent clairement le retour
à la foi catholique et l'unité de l'Eglise, et que des recteurs
soient nommés dans les églises paroissiales des bailliages qui se
montent à environ quarante cinq,(note 207)qu'ils s'attachent à
garder et à affermir dans la foi les personnes de ces lieux et à
ramener à la foi catholique les autres tombés dans l'hérésie ; ce
sera une belle publicité pour la propagation de la foi.
Mais parce qu'une honnête rétribution doit être assignée aux
recteurs ainsi nommés pour qu'ils remplissent leur charge
soigneusement et sans souci matériel, et que si les recteurs
affluaient, soutenus par les Chevaliers de la Milice, ou par la
subvention de cinquante ducats,(note 279) si l'on préfère, attribuée
à eux par les Chevaliers, ces recteurs, sans aucun doute, parce que
le nécessaire à leur subsistance est assurée ou par l'attribution
des cinquante ducats procurés par les Chevaliers, consacreraient
plus de temps à l'exercice de leur charge et office ; si l'union à
la Chevalerie, faite par Grégoire, mon prédécesseur, était pour
toujours totalement dissoute, révoquée, annulée, les fruits des
bénéfices unis de cette manière, pour l'utilité et la réparation des
églises dites paroissiales et autres, l'entretien convenable des
recteurs, selon toi ; et aussi trois ou plus des prédicateurs de la
parole de Dieu, séculiers insignes ou réguliers de tout Ordre, se
consacreraient aux tâches matérielles dans ces bailliages ; alors la
source de la persévérance des convertis dans la foi catholique, du
salut de leur âme, pour l'exécution et le progrès du culte divin
pour que la plupart soient satisfaits, et, sur l'indication du
Seigneur, un autre bailliage de Gex, par la permanence des bonnes
œuvres serait de plus en plus invité à cette même conversion : c'est
pourquoi, tu nous as humblement supplié de daigner en préliminaire
prendre les dispositions pour l'avenir, en toute bénignité
apostolique.
Nous donc qui ne cessons de promouvoir la propagation de la foi,
autant que nous le pouvons avec l'aide du Seigneur, tenant compte
dans les présentes des lettres de Grégoire, incité par les demandes,
au nom de l'Autorité Apostolique, nous concédons et accordons par
les présentes à Ta Fraternité les permissions et droit de dissoudre,
démembrer, révoquer et annuler, par Autorité Apostolique, l'union,
l'annexion et l'incorporation, l'extension, l'ampliation et le
décret contenus dans les lettres de Grégoire, notre prédécesseur,
avec l'accord du Duc Charles-Emmanuel ; et aussi de restituer les
églises paroissiales en question, ou d'en ériger et instituer de
nouvelles, et d'attribuer leurs revenus et produits aux réparations
et à leurs recteurs ; et aussi d'appliquer et attribuer, dans ces
bailliages pour la pension et la provision des huit prêtres
séculiers qui s'appliquent aux offices divins et à l'administration
des sacrements dans la célèbre ville de Thonon et d'au moins trois
prédicateurs de la parole de Dieu, (notes 208,209,211) plus savants,
séculiers ou réguliers, à choisir selon ton jugement. Nous te
donnons aussi le droit de décider que les Chevaliers des Saints
Maurice et Lazare, ou leur Grand Maître actuel, ne peuvent plus
exiger ou prétendre posséder les bénéfices ni les fruits, revenus et
provisions unis, en général et en particulier, des recteurs
d'églises, ou des Abbés des monastères, ou des Prieurs ou de
quiconque, ni de pouvoir les déplacer par quels contestation
suprême, cause, prétexte ou argument que ce soit : Tu as le droit de
leur imposer un silence perpétuel. Tu as le doit de disposer, en vue
du bien prévu, librement, pour tout et en tout, comme si l'union,
l'annexion et l'incorporation à la Chevalerie n'avait jamais été
faite et la pleine disposition de ces bénéfices te regarde pour
cette première fois.
Néanmoins, pour que soient installés, comme il est nécessaire, des
recteurs capables et des pasteurs attentifs dans les églises
paroissiales et les bénéfices de ce genre, qui veillent
infatigablement à l'important soin des âmes nouvellement converties,
nous te donnons le droit pour cette première fois d'organiser et de
pourvoir de personnes dévouées, intelligentes et capables selon toi
ces églises paroissiales, chapelles, églises perpétuelles et autres
bénéfices de ce genre même si elles existent par un patronage de
droit, laïc ou noble, ou une quelconque donation ou fondation, de
quelque manière qu'elles soient vacantes par dévolution hérétique ou
autre cause. Nous te donnons le droit d'écarter ceux qui jusqu'à
aujourd'hui ont été nommés dans ces églises paroissiales et qui se
démontrent incapables d'exercer le ministère, sans bruit ni procès,
et de confier ces églises paroissiales à d'autres plus capables.
(note 276) Et également, vu la pénurie de prêtres, nous te donnons
le droit d'accorder dispense aux chanoines de l'Eglise de Genève,
capables d'exercer ministère des âmes, pour qu'ils puissent obtenir
et retenir avec leurs canonicats des églises paroissiales pourvu
qu'ils puissent être fidèles à leurs deux obligations, ceci pendant
leur vie ou temporairement, selon ton jugement.
En outre, nous Te donnons le droit d'assigner aux curés de ces
églises et des autres églises paroissiales de ton diocèse une
portion congrue sur les dîmes, prémices et oblations perçues sur ces
paroisses par les Abbés, Prieurs même en dehors de la visite
générale, nonobstant toute opposition ou appellation quelconques. ;
de même nous T'accordons et permettons le droit de déplacer les
curés des autres églises paroissiales du diocèse, plus habiles et
capables, volontaires pour cela pour une année ou une autre durée
selon ton jugement, mais pas au-delà de deux ans, qui assurent le
ministère des âmes à partir de leurs propres églises quittées ou par
des vicaires capables et approuvés pour cela : de sorte que ces
curés ne soient pas tenus à résidence dans les dites églises pendant
une année, ou une autre durée fixée, soient transférés à des églises
du bailliage pour le temps décidé, compte tenu de la pénurie de
prêtres compétents et suffisamment pourvus.
Tout ceci, nonobstant nos préliminaires et règles sur les unions à
faire…. les unions, annexions et incorporations perpétuelles du
récent Concile du Latran, sauf pour les cas permis par le droit et
devenus prohibés, et n'importe quels édits Apostoliques, provinciaux
et synodaux, constitutions et dispositions spéciales ou générales,
et toutes autres choses contraires.
Donné à Rome, à Saint Pierre, sous l'Anneau du Pêcheur, le 23 mars
1599.
M. VESTRIUS BARBIANUS
Revu sur le texte inédit, inséré dans le Registre de 1596-1601 de
l'Ancien Evêché de Genève
IX
REQUÊTE
DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE
AU DUC DE SAVOIE (note 294)
Dans leur Requête, les Chevaliers " narroyent qu'ils s'estoyent
apperceuz que le Prevost de Sales, Esleu de Geneve, avoit apporté du
Souverain Pontife des Lettres par lesquelles la Milice de leur Ordre
estoit entierement spoliée non seulement des benefices curez, mais
encore de tous autres des bailliages de Chablais et de Ternier,
contre la teneur des Lettres obtenues du Pape Gregoire treiziesme,
sous pretexte de l'entretenement necessaire des Pres¬tres qui y
estoyent des-ja establis, ou qu'on devoit y establir. (notes
278,296)
Ils disoyent de ne vouloir en façon quelconque troubler ny empescher
une affaire si saincte protestans plustost d'estre prests de faire
tout ce qui serait raisonnable ; mais qu'il sembloit estre contre la
raison si, aprés avoir baillé aux Curez la portion congrüe, et plus
que congrüe, ils estoyent spoliez des autres revenuz, et
principalement des abbayes et prieurez, où il n'y a point de charge
d'ames.
Ils adjoustoyent que cela apportoit un grand prejudice aux droicts
de S. A. et de ses successeurs, à raison du patronage et de la
nomination ; concluans, qu'il fust du bon plaisir de S. A. de
commander qu'on sursoyast à toute execution, jusques à ce qu'ils
fussent appelez à voir faire la discussion de tous les revenus, et
que les Lettres Apostoliques r'apportées par le Seigneur Esleu de
Geneve leur fussent communiquées."
……………………………………………………………………..
" Le Duc, par son decret, commanda que la Requeste fust inti¬mée au
Prevost de Sales, pour y respondre dans deux jours ; et jusques à
tant et qu'il fust autrement prouveu, de sursoyer à toute execution
; avec commandement de bailler copie à la Reli¬gion du Bref
Apostolique et des raisons pretenduës contre icelle, à fin d'y
pouvoir respondre, et aprés, estre prouveu ainsi que de raison.
" Faict à Turin, le vingt neufviesme d'avril, l'an mil cinq cens
nonante neuf.."
X
LETTRES DE Mgr JULES-CESAR RICCARDI
ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
AU CARDINAL PIERRE ALDOBRANDINI
(EN ITALIEN - NON NUMÉRISÉES)
1
Il s'agit des différends au sujet du marquisat de Saluces qui se
terminèrent seulement le 17 janvier 1601, par le traité de Lyon.
Dans sa lettre du 1er septembre suivant, Mgr Riccardi annonce à
saint François de Sales que le Pape, "pour commencer à aider l'œuvre
de Thonon, a résolu d'y entretenir à ses frais six jésuites. "
G. CESARE , Arcivesco. Di Bari
Di Chieri, a' 14. di Maggio 1599.
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 135).
2
Voir notes 273, 276,284,289
Di Chieri, a' 25. di Giugno 1599.
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 182).
3
Voir note 289 ; L2, lettre 128
Di Mondovi 27 Luglio 1599
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 237).
4
Voir notes 276,284, 306 sq ; L2, notes 43,46
Di Mondovi a' 6 di decembre 1599
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 445).
XI
REQUÊTE DES CURÉS D'ARMOY ET DRAILLANT A LA CHAMBRE DES COMPTES DE
SAVOIE
ET ARRÊT DE CELLE-CI
A NOZ SEIGNEURS DES COMPTES.
(notes 327,330,332) Supplient humblement les pauvres Aulmosniers
d'Armoy et de Draillans, disants : quil est plus que notoire a la
Chambre la pention quil a pleu a S. A. Sme leur establir vers le Sr
Gabellier general, de cinquante escus annuels a chacung d'eulx, pour
estre les biens desdits curés occupés par les Seigneurs de Geneve ;
dallieurs, les divers voiages, frais et despens quil a convenu faire
et supporter pour estre paiés d'une partie d'icelle, appres tant de
decretz, arrests et jugement de ceans contre les ja dits Gabelliers.
A raison de quoy, ils ont plus consumé et faict de despence que
receu, et quils ne peuvent plus supporter, daultant que ce de quoy
ils se doibvent nourrir et allimenter il fault quils le despence
(sic) aux courses et poursuittes qu'il faut fere pour en obtenir le
paie¬ment ; et, que pis est, ils sont contraincts de laisser le
service divin; a leur grand regret, le plus souvent pour chercher
leur pauvre vie.
A quoy la Chambre est tres humblement suppliee de fere
consi¬deration et prouvoir une fois pour toutes ; et, [ce]
consideré, nos Seigneurs, vous plairra ordonner au sieur moderne
Gabellier general leur continuer la dite pention, quartier par
quartier. a la forme de leur provision, patentes de S. A. et Arrests
de ceans portant veriffication d'icelles, et leur fere rescription
une fois pour toutes vers le commis du grenier a sel de Chablais
(note 329), pour eviter aux voyages quil convient de fere pour ce
regard, et a ce que le service de Dieu ne vienne a manquer : et sur
ce, plaira leur prouvoir.
Et ils continueront leurs prieres a la prosperité de vous, nos
Seigneurs, tant en general que particulier.
DE PASSIER , pour le Procureur.
Soit monstré au Procureur patrimonial. - Faict a Chambery, au bureau
des Comptes, le vingthiesme novembre 1622.
BENOIT .
Le Procureur patrimonial n'empesche les fins de la requeste, attendu
le faict duquel s'agist.
A Chambery, le dit jour.
DIVOLEY ,
ARRÊT DE LA CHAMBRE DES COMPTES
La Chambre ayant esgard au faict privillegié duquel s'agist, et que
ce sont charges ordinaires sur la gabelle, suivant les diverses et
reiterees jussions et commandements de S. A., et au consentement sur
ce presté par le Procureur patrimonial: a ordonné et mande au
moderne Gabellier general, de fere rescription aux Reverends Curés
suppliants sur son commis a la vente du sel en Chablais, que servira
une fois pour toutes pendant le temps de sa ferme. Et cest, pour le
paiement de la pention a eulx establie par S. A., par Patentes
veriffiees par Arrest de ceans, du vingt neufviesme may 1610,
l'estraict desquelles rappor¬tant et du dit Arrest, ensemble du
present et quictance, et leurs quictances aux aultres paiements ; et
[ce] qu'aura esté payé en ceste conformité sera entré et alloué sur
le pris de sa ferme, sans difficulté.
Faict a Chambery, aux bureaux des Comptes, le vingthuict novembre
mil six cens vingt deux.
MILLET .
LANGLOIS .
D'après l'original inédit, conservé à Turin, Archives Camérales
(Arrestz, Reg. n° 45, vol. 1622).
B
DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX
ET A LA MISSION DE SAINTFRANÇOIS DE SALES A PARIS EN 1602
I
LETTRES DU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE
A Mgr CLAUDE DE GRANIER, ÉVÊQUE DE GENÈVE
1
Monseigneur,
(note 364) J'esperois que la premiere lettre que j'aurais a vous
escrire en response de celle dont il vous a pleu m'honorer vous
serait rendue par monsieur le Prevost mon frere, pour l'esperance
que me donnoyent ses diligences quil pourroit estre depeché avant
les festes. Mais, outre l'incommodité que luy a causé l'absence du
Roy et de tous ceux de son Conseil avec lesquelz il avoit negocié,
qui ne sont de retour en ceste ville que des peu de jours en ça, il
a treuvé sa negociation tant espineuse pour les traverses que luy
font les uns et les autres (les uns, pour estre declairés tout
oultre ennemys de nostre foy ; les autres, pour n'en estre amys que
fort froidement, et presque tous pour estre gens d'Estat) , que si
sa prudence et dexterité, assistee de la grace de Dieu et de vos
merites, n'avoyent combattu la malice du temps, il aurait esté
contraincts des le commencement, d'abandonner l'affaire et le
remettre a un autre temps. Mais j'espere que Dieu le favorisera de
telle sorte, quil surmontera en ce voyage non pas peut estre toutes
les difficultés, mais du moins un bonne partie, et quil s'en
retournera pour le moins a demy content, si son contentement n'est
du tout empeché par le desplaysir quil aura de n'avoir pas
entierement satisfaict a ce que vous desirez (L2, note126). Ce n'est
pas peu qu'en une si malheureuse conjoncture, une partie, et la
principale, se face bien, et qu'une autre fois l'autre se face, et
que, des a present, ceux la mesme qui ne favorisent guere l'affaire
en donnent presque asseurance. Mon¬sieur de Lux (L2, note 88) est
arrivé icy bien a poinct pour y faire de tres bons offices, comme
Vostre Seigneurie Reverendissime entendra plus a plein quelque jour,
car il serait trop long et difficile de vous en representer par
lettre toutes les particularités.
Cependant monsieur mon Frere, parmy tant d'embarrassemens, ne laisse
de se faire admirer par les doctes et belles predications qu'il
faict en divers lieux, et aux plus honnorables de la ville, a
certains jours de la semaine; chose qui rend favorable a luy et a sa
negociation non seulement tous les bons catholiques, mais encores
les princes et princesses qui assistent presque ordinairement a ses
predications (L2, lettre 153).(
Je me resjouys extremement et vous remercie tres humblement de la
bonne nouvelle qu'avez eu de Rome, laquelle ne me pouvoit arriver
meilleure en contre change de celle qu'a eu Madame de la decision de
Rote, de laquelle, toutefois, et elle et tous ces messieurs de son
Conseil se donnent maintenant beaucoup moins de peine des que nous
l'avons receue et veu qu'elle n'est fondee sur raison qui vaille, ny
qui soit nouvelle . Tout le Conseil de Madame se doit assembler en
brief pour en prendre une finale resolution, la¬quelle attendant de
vous escrire par monsieur mon Frere, qui par¬tira devant moy pour la
retardation de l'arrivee de Monsieur , je vous baise cependant ires
humblement les mains, Monseigneur, comme celuy qui est,
De Vostre Seigneurie Reverendissime,
'l'res humble et tres obeissant filz et serviteur
FAVRE.
De Paris, en l'hostel de Nemours, ce 28 mars 1602.
Revu sur le texte inséré dans le 2e Procès de Canonisation.
2
Monseigneur,
Je me sens obligé par double devoir, en l'absence de monsieur le
Prevost mon frere, vous donner advis de sa santé, et quil est allé
des hier a Fontainebleau vers le Roy, pour tirer de Sa Majesté
quelque bonne resolution avant qu'elle parte pour aller a Blois, ou
l'on tient qu'elle va bientost (L2, lettres155,156).
Vous ne pourriez croyre, ny moy vous dire combien tous les princes
et princesses de la Cour favorisent mon Frere pour les meri¬tes
qu'ilz reconnaissent en luy, et pour la reputation que luy ont
acquise tant de belles et doctes predications quil a faictes aux
plus celebres lieux de ceste ville en ce Caresme et en ces festes de
Pasques. En somme, il est tenu pour le premier predicateur que la
France ayt eu des long temps en ce grand theatre, et plusieurs
pensent que le Roy ne le laissera poinct venir quil ne l'aye faict
prescher devant luy ; ce que je desirerois, comme font aussy
plusieurs autres, m'asseurant que cela donnerait beaucoup de credit
a sa negociation, delaquelle ne pouvant vous escrire autre pour le
present, je ne feray ceste plus longue, sinon pour vous baiser tres
humblement les mains et prier Dieu quil vous doint, Monseigneur, en
santé, longue et contante vie.
Vostre tres humble et tres obeissant filz et serviteur,
FAVRE.
De Paris, ce 10 avril 1602.
Monsieur m'a commandé de l'attendre icy ; cela m'en fera partir plus
tard, mais j'espere que pour tout le mois de may je pourray avoir ce
bonheur d'estre pres de Vostre Seigneurie Reverendissime.
Revu sur le texte inséré dans le 2e Procès de Canonisation.
II
LETTRE DE MESSIEURS MILLETOT ET DE BROSSES
A LA SEIGNEURIE DE GENÈVE
Messieurs,
(note 407) Estantz en ce bailliage pour une commission qu'il a pleu
a Sa Majesté nous addresser touchant l'execution de l'Edict de
Nan¬tes , et ayans receu quelques requestes a nous presentees de la
part du sieur Evesque de ce diocese, concernant choses esqudles vous
pouvez estre interessés, nous ny avons voullu pourveoir sans vous en
rendre advertis. C'est pourquoy nous vous envoyons ce porteur exprés
, pour vous dire que nous desirons estre infor¬mez de vos droictz,
pour ne faire chose au prejudice d'iceux. Et partant, s'il vous
plaist envoyer par devers nous quelques ungs de vostre part, vous
nous trouverez disposez a vous rendre toutte sorte de contantement
qui despendra de nostre pouvoir.
Et sur ce, nous prierons Dieu, Messieurs, qu'il vous tienne en sa
saincte garde.
Vos tres humbles et affectionnés a vous faire service,
MILLETOT. DE BROSSES
De Gez, ce 19e juillet 1612.
A Messieurs les Syndicz et Conseil
de Geneve.
III
RÉPONSE DE LA SEIGNEURIE DE GENÈVE
A LA LETTRE PRÉCÉDENTE
Messieurs,
(note 407) Nous avons receu la lettre par laquelle Nous faictes
entendre que vous estes au balliage de Gex pour la commission a vous
addressee par S. M. touchant l'execution de l'Edict de Nantes, et
que le Sr Evesque mentionné en la vostre vous a presenté quelques
requestes concernant choses ou Nous pouvons estre interessés.
Sur quoy Nous vous dirons que Nous avons jugé entierement superflu
l'envoy d'aucuns des nostres par dela, d'autant que l'Edict de
Nantes ne regarde point (comme vous sçavez trop mieux) nostre:
Seigneurie et Republique, ne les terres ou droicts d'icelle. Comme
aussy, le dict Evesque n'a que veoir sur nos terres ny sur nos
droicts, soit sur celles que Nous tenons du costé du dict bal¬liage
en souveraineté (notes 338,340), soit sur celles de St Victor et
Chapitre (L2, note 92), ayans des traittés avec la Couronne de
France et Messieurs nos alliez de Suisse, ausquelz ceste Seigneurie
est comprise avec tout son territoire, et a forme de nostre presente
et ancienne possession qui est assez notoire a tout le pays. Voire,
Nous avons traitté de paix avec S. A. de Savoye, en observation
duquel, et de nos anciens droicts, Nous possedons du costé de Savoye
diverses terres en souveraineté, et aultres du mesme St Victor et
Chapitre, avec les mesmes immunitez, libertez et prerogatives, soit
au regard de la religion, soit d'aultres points, que celles dont
Nous jouyssons du costé du dict balliage en nos terres susspecifiees
; lesquelles, [d'abon¬dant], le feu Roy, de tres heureuse et
glorieuse memoire, par paten¬tes authentiques, verifiees partout ou
besoing faisoit, a recogneiies telles et promis de ny rien innover,
ains de laisser toutes choses a Nous appartenantes au mesme estat
qu'elles estoyent pendant que Sadicte Altesse tenoit le dict
balliage (note 352). Et sommes encores tellement asseurez de la
bienveuillance de Leurs Majestez envers ceste Republique, declaree
mesmes par effects et tesmoignages tous recents et bien sigualez,
qu'il ne peut entrer en nostre creance qu'Elles ayent donné quelque
commission pour Nous molester en nos droicts et possessions; Nous
dis je, qui dez si longues annees, [soit en temps de paix, soit en
temps de guerre,] avons [tous jours] faict profession de nostrc tres
humble et devotieux service a leurs Couronnes. Que si le dict Sr
Evesque vous voulait induire a Nous y travailler et faire quelque
chose a nostre prejudice, vos prudences sçauront assez que luy
respondre.
Et finalement Nous croyons, suyvant ce qu'il vous plaist Nous
promettre et protester par la vostre, que vous ne ferez rien au
pre¬judice de nos droicts.. Et si aucune chose neantmoings estait
faicte et attentee au contraire, Nous protestons dez a present,
comme dez lors, de la nullité du tout et de Nous pourvoir
constamment et vertueusement pour la conservation de nos droicts,
ainsy que verrons estre a faire selon Dieu et raison.
Sur quoy, apres vous avoir remercié trcs affectueusement de la bonne
volonté qu'il vous pleust Nous tesmoigner, a laquelle Nous desirons
correspondre par tous plaisirs et services a Nous possi¬bles,
d'aussy bon ceur (sic) que Nous prions Dieu, Messieurs, vous avoir
en sa saincte garde.
Vos tres affectionnés a vous faire service,
LES SYNDICQS ET CONSEIL DE GENEVE.
Du MONT.
Ce 10/20 juillet 1612.
A Messieurs
Messieurs Milletot, Conseiller du Roy au Parlement de Dijon,
et des Brosses, Conseiller du Roy et Lieutenant civil et criminel
au ba1liage de Gex.
A Gex.
IV
MEMOIRES POUR LES AFFAIRES DE GEX
ADRESSÉS A SAINT FRANÇOIS DE SALES PAR LE CURÉ ÉTIENNE DUNANT
Plairra a Monseigneur escrire a monsieur le Grand qu'il se con¬tente
nous relascher le cinq pour cent provenant des biens d'Eglise, a la
forme de l'execution de l'Edict, a quoy ont (sic) ne veult tou¬cher
sans son bon plaisir .
A Monseigneur de Bourges, qu'il luy plaise commander a ses fer¬miers
du prieuré de Prevesin nous deslivrer les deux centz livres qu'on
donnoit aux ministres ; ensemble, les centz livres qu'il luy a pleu
accorder a monsieur le Mazuyer d'Accrasi , et la judica¬ture dudict
lieu pour un advocat catholique.
A Thoiry. Quand monsieur le curé Gay (note 425 ; L5, note 634) aura
servi le temps pour lequel il a efte paié, sera necessaire prouvoir
d'un autre : de monsieur Perrin , ou de celuy que presente monsieur
de Siccard (note 434).
A Saconay. Pour le commencement du Caresme faudra fere ve¬nir le
curé , et on luy donnera pour le premier paiment 300 florins.
Pour le soulagement de ceux qui manient les biens d'Eglise, plair¬ra
a Monseigneur fere entendre que sa volonté est de distribuer les
biens d'Eglise aux curés, sans les laisser en œconomie.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation de Turin.
V
ESTABLISSEMENT DES CURES DU BAILLIAGE DE GEX
FAIT ANNESSI LE MERCREDY [15 DÉCEMBRE ] 1621
1. La cure de Versoy,
a laquelle sont unies Saint Loup, qui estoit la cure, anciennement,
dudict Versoy ; plus, a esté uni Malagny et certains autres
ha¬meaux. Pour le service de ladite cure et entretien du curé l'on a
assigné ce qui s'ensuit :
Le disme de Versoy, vallant en communes annees……………………………………….25
paires
plus, le terrage du susdit Versoy, qui vaut
annuelle¬ment……………………………florins 100 00
plus, le revenu de la chappelle du Saint Esprit, qui vaut
annuellement……………….ff. 50 00
plus, cent florins deus par le sieur de Boisy pour l'albergement
de la cure de Collex, et partant………………………………………………………...ff. 100 00
plus, l'alberge ment de la cure du susdit Versoy, qui
vaut……………………………..ff 10 00.
plus, le cinq pour cent deu pour l'albergement du prieuré de
Prevessin……………….ff. 113 00
2.
La cure de Versonnex (note 414)
a laquelle l'on a annexé Villars Nostre Dame, Sauverny, Maconnex,
Villars Tacon. Pour le service et pour l'entretien du curé l'on luy
assigne :
Le disme du bled de Versonnex, vallant en communes annees
…………………………25 paires
plus, huictante huict florins six solz provenus de l'albergement de
l'hospital
dudit Macconnex …………………………………………………………………………ff. 88 06.
plus, quatorze florins de l'albergement de la cure
duditVersonnex.........................………ff. 14 00
plus l'albergement de la cure de Sauverny………………………………………………...ff. 13
00
3.
La cure d'Ornex (note 414)
a laquelle l'on a annexé Bossy, Collex, Fernex et Rosiers. Pour le
service et entretien du curé l'on luy a assigné : La pension de
Monseigneur le Reverendissime Evesque de Bourges, a cause du prieuré
de Pre¬vessin ,qui est de…………………………………………………………………ff. 300 00
4.
La cure de Sacconex,
a laquelle l'on a annexé Prigny, Chambessy, Tornex, Vallavran,
Collovrex (var :Pour le service de laquelle l'on assigne le disme du
dict). Pour l'entretien du curé l'on luy a assigné :
Le disme de (a) Sacconex, qui est de douze coup¬pes froment
annuellement…. froment, ….12 couppes
plus,(var : le diesme de Vernier (Verny) qui vaut, par communes
annees,vingt a vingt cinq paires, 20 partz (sic)…) les censes et
terrages du dit Sacconex, qui valent annuellement………ff. 200 00
plus, deux centz florins pour la pension de Saint Jean
………………………………ff.. 200 00
plus, sept escus et demy pour l'albergement de l'abbaye de Jond
…………………….ff.. 100 00
5.
La cure de Meyrin (note 414)
a laquelle l'on a annexé Verny et Mattignin. Pour le service et
entretien du curé l'on luy assigne les dismes de Meyrin et de
Mattignin, qui vallent annuelleme…………………………………… 45 paires
6.
La cure de Chevry.
L'on a annexé Naz-dessous, Segny, Bretigny, Vesigny (Vésignin),
Veyrax (Veraz) et Fleriex Et pour l'entretien du curé l'on luy a
assigné le disme cludit Chevry, qui vaut annuellement………… 55 paires
7.
La cure de Prevessin,
a laquelle l'on a annexé Pouilly, Perignin et Saint Genix. Pour
l'entretien du curé l'on a assigné :
Le terrage dudit Prevessin, qui vaut annuellement……………………………………… fi.
120 00
plus, le disme de Prevessin et d'Ornex, qui vallent annuellement
……………………….….. 5 paires
plus, le disme de Perignin ....................
……………………………………………………… 18 paires
plus, le disme de Saint-Genix
................………………………………………………………12 paires
8.
La cure de Crozet,
a laquelle l'on a annexé Villeneufve et Avouson. Et pour l'entretien
du curé l'on luy a assigné :
Le disme de Crozet, vallant annuellement…………………………………………………12 paires
plus, le terrage dudit Crozet……………………………………………………………fi. 8 00
plus, le disme de d'Ars (sic)………………………………………………………………...10 paires
plus, le disme de Pouilly ..................…………………………………………………………8
paires
plus, le disme de Mars ………………………………………… fi. 50 00
9.
La cure de Thoiry,
a laquelle on a annexé Allemogne, Saint Jean de Gonville, Sergy et
Fenieres. Pour le service et entretien du curé l'on luy a assigné :
Le terrage de Thoiry, qui vaut annuellement…………………………………………..fi. 20
00
plus, le disme de Saint Jean……………………………………………………………. 10 paires
plus, le terrage avec les cinq pour centz, qui est dedix florins,
audit Saint Jean;
le tout monte a.. ………………………………………………………………………..ff. 60 00
plus, le disme de Villeneufve………………………………………………………………..15 paires
plus, le disme de Sergy……………………………………………………………………….6 paires
plus, le disme d'Avouson ……………………………………………………………………14 paires
plus, soixante florins annuelz pour l'albergement du domaine du
prieuré de Sessy …fi. 60 00
10.
La cure de Challex.
Pour l'entretien du curé l'on luy assigne :
La troisiesme partie de la pension de Challex, qui est quattre
couppes avoine et six couppes froment ; argent
…………………………………………………………………………………..ff. 46 00.
plus, la chappelle de Nostre Dame, fondee audit Challex, qui vaut
annuellement... . . . fi. 25 00
plus, le terrage dudit Challex, qui vaut annuellement ………………………………
fi. 35 00
plus, le disme de Tougin, qui vaut…………………………………………………. fi. 500 00
lequel disme de Tougin sera remis a Monseigneur le Reverendissime,
pour en disposer apres que l'on aura les autres deux tierces parties
de la susdite pension qui est en proces.
Revu sur le texte inédit, inséré dans le II" Procès de Canonisation.
VI
ESTAT DE L'OFFICE
ESTABLY EN L'EGLISE PARROCHIALE DE SAINT PIERRE DE GEX
FAIT LE MERCREDY [15] DECEMBRE 1621
Pour le service de ladite eglise seront establis, oultre la personne
du curé, trois prestres, l'un desquelz sera entretenu et payé du
curé, et les autres deux auront pour chacun six centz florins par
an, qui leur seront payés par ledit sieur curé sur les revenus et
biens cy specifiés, et annexés a ladite cure.
Plus, seront payés par ledit sieur curé trois centz florins pour les
luminaires accoustumés et neccssaires en ladite eglise, selon
l'ordre qui en a esté fait par cy devant par Monseigneur le
Reve¬rendissime . Plus, sera payé au filz du sieur Paris , par ledit
sieur curé, la somme de deux centz florins pour assister à l'Office
qui se fera en ladite eglise de Gex ; il enseignera le plain chant
aux vicaires et enfans qui voudront apprendre.
Et ledit curé, prestres et vicaires feront l'Office en ladite eglise
selon ce qui a esté ordonné par cy devant par mon dit Seigneur . Et
pour la charge desditz prestres establis, l'un d'iceux aura la
charge d'enseigner la jeunesse dudit balliage en grammaire,
escri¬ture, et servir en ladite eglise continuellement et assister a
tous les Offices qui se feront ; et pour ce faire luy seront payés
les six centz florins sus establis (note 483). Et l'autre prestre
establi sera obligé d'avoir soin de la sacristie, du luminaire et
blanchissage des linges et autres choses nccessaires pour ladite
sacristie, pour lesquelles choses luy seront payés trois centz
florins, oultre les six centz florins sus consistans .
Et pour le payement desditz gages des vicaires, et sacristie et
luminaire, et pour le filz du sieur Paris, seront annexees a ladite
cure, oultre son revenu ordinaire, les choses cy apres specifiees.
Et premierement, les cinq pour centz non pourveuz, qui montent par
an a la somme de neuf centz sep¬tante deux florins trois solz, selon
le roolle qui en sera fait et remis audit curé ………………ff. 972 03
plus, luy sera remis le disme de Fleix, qui est annuel¬
lemene………………… paires 20
plus, les revenus des chappelles non pourveues de tout le balliage,
qui peuvent valoir annuellement
argent ……………………………………………………………………………………ff. 750 00
plus, 12 fI. de la chappelle de Saint Theodore, situee a Collonges
……………………..ff. 12 00
Somme toute …………………………………………………………………………….ff. 1 734 00
Et parce qu'il y a quelques proces des Gex intentés, ilz seront
poursuivis a la diligence dudit sieur [curé] de Gex ou de ceux quil
commettra, tant pour la recepte des deniers susditz que pour la
poursuitte des proces, et aux despens et frais de l'oeconomie qui
sera establie par Monseigneur le Reverendissime.
Plus, les susditz prestres et vicaires en sus establis seront logés
en la maison de la cure dudit Gex. Et quant a la grange qui a esté
annexee a ladite cure et qui a esté achetee des deniers de
l'oecono¬mie, elle sera remise auxdits prestres pour leur service, a
la charge qu'ilz l'entretiendront, et ladite maison et ladite
grange. Et pour le present, le sieur Paris tiendra place d'un
desditz trois prestres sus consistans, aux gages sus specifiés, et
sera logé en la mesme maison de la cure dudit Gex.
(note 421) Et pour le regard de la pension de l'abbaye de Bonmont
qui se payoit autrefois aux ministres du balliage de Gex, qui estoit
de deux centz florins annuelz, nous l'avons laissee au sieur Prevost
du Chapitre de Saint Pierre de Geneve, auquel appartient le membre
qui estoit [tenu] de payer ladite pension ; lequel n'a aucune charge
ni cure d'ames, pour estre un membre dependant de l'abbaye de
Bonmont, laquelle est riere la Seigneurie de Berne. Et c'est en
consideration de la grande despence qu'ilz ont faitte au Conseil du
Roy a Paris pour le restablissement des ecclesisastiques et
ser¬vices au balliage de Gex ,
Et touchant l'establissement du curé de Divonne, auquel l'on avoit
ordonné par cy devant la somme de centz florins annuelz sur
l'oeconomie, Monseigneur le Reverendissime luy a ordonné, pour
lesditz centz florins, qu'il prendra douze couppes froment et huit
d'avoine qui sont restat de la pension de Saint Jean ; et ce, sa vie
durant, sans tirer en consequence, ayant esgard au lieu ou il est.
Et touchant la maison de la cure, qui reste designee pour le
loge¬ment du vicaire qui fera l'office de maistre d'escole et pour
le sieur Paris qui tiendra place d'un vicaire, Monseigneur le
Reverendissi¬me a ordonné que le sieur vicaire qui fera l'escole
sera logé au logis le plus logeable de ladite maison (note 423), a
son choix, a cause de la charge de ladite escole, et le sieur Paris
aura le reste dudit logis. Et pour les jardins qui sont annexés a
ladite maison de la cure, ilz seront partagés par esgales parties
entre ledit sieur vicaire qui fera l'escole et le sieur Paris.
Monsieur le curé de Gex possede annuellement :
Six vingt paires de dismes ;
plus, les censes, qui vallent annuellement : argent ff. 100 00,
oultre les laouds qui y arrivent souvent;
plus, son terrail et sa vigne, qui sont trois poses ;
plus, deux poses de vigne qu'il a acquise des albergemens des Nicotz
;
plus, trois poses de vigne qu'il a acquises des albergemens de
Bordet ;
plus, une pose acquise des albergemens de Mercier.
Et veut affranchir les cinq pour centz, qui sont 26 florins, monnoye
de Savoye.
L'acquisition a la cure de Meyrin. - Oultre l'establissement dessus
assigné (note 496), ledit sieur curé a acquis : Une maison, grange
et curtil et jordil; le tout joinct ensemble, contenant demy pose ;
plus, un chenevrier, demy fossoree ;
plus, deux poses de bonne vigne a Verny, appellé Encrozottant ;
plus, au mesme Verny, une piece de pré contenant demy seytoree.
[Avec] tout cela, devoit quarante florins de cinq pour centz,
monnoye de Savoye, donnés au sieur Paris, lesquelz ledit curé ne
veut payer.
Il a acquis aussi les biens de la cure de Mattignin, qu'il y a bien
vingt deux pieces, que chams, vignes, prez, bois et autres. De
mesme, pour ledit curé, il a acquis la pluspart des biens de la
chappelle de Mattignin , a sçavoir : une vigne, deux poses; plus,
une seytoree de pré, appellé pré Rossillion ; une autre seytoree de
pré appellé Espanges ; plus, une piece de vigne a Verny, dependant
de ladite chappelle de Mattignin. Il ne veut payer aussi le cinq
pour centz d'unze florins.
Le curé de Pouilly , oultre l'establissement cy dessus (note 498),
article 7, il a acquis tous les biens de la cure de Pouilly
autrefois albergez par les seigneurs de Berne, a sçavoir: une maison
et grange proche de l'eglise; plus, une seytine de pré proche de
ladite maison; plus, cinq seytines de prez en l'estang ; plus, trois
seytines de pré en praz Punel ; plus, deux poses de pré proche
l'eglise.
Le curé d'Ornex, outre l'establissement fait selon l'article
troiziesme (note 496), il a acquis: premierement, de la chappelle
des Brochuts, d'Ornex, un pré contenant cinq seytines, duquel il
doit 13 florins de cinq pour centz, et ne les veut payer audit
Paris. Plus, depend de la cure de Fernex une grande vigne qu'il a
acquise du sieur Diodati qu'il tenait albergee, et payoit audit
Paris 29 florins de cinq pour centz, lesquelz ledit curé ne veut
payer audit Paris. Il a permuté ladite vigne pour certains biens
dudit sieur Diodati ; le tout au grand prejudice du futur curé de
Fernex.
En ladite cure il y a plus de trente pieces, que vignes, chams,
prez, bois, censes albergez, possedés par le sieur de Fernex et
encor les dismes.
La cure de Tougin, que le curé a la portion congrue de messieurs les
Religieux de Saint Claude (L5, notes 110,112) de qui la cure depend.
Ledit curé s'est acquis les biens dependantz de ladite cure,
scavoir: une maison et courtine en icelle ; plus, une seytine de pré
en lieu dit Enfouillie ; plus, une autre seytine de pré sous les
vignes ; plus, une autre seytine de pré en praz Gaillard ; plus,
trois quartz de poses de vigne en lieu dit En chaud-soleil. Doit
cinq pour centz 10 ff., monnoye de Savoye, et ne veut payer audit
Paris.
Le curé de Sacconex, oultre son establissement selon l'article 4e
(note 494), il a acquis tous les biens de la cure de Verny, se
disant aussy curé ; et ne veut payer les cinq pour centz au sieur
Paris, qui sont seize florins annnuelz, monnaye de Savoye. Il y a
plus de vingt pieces, que vignes, chams, prez et teppes, et
dependantz de ladite cure.
Il y a de grans restatz en ladite cure de Sacconex, que ledit sieur
Paris laisse en dernier pour n'avoir les tiltres ; et aussy en la
cure de Fernex et en plusieurs chappelles qui tomberont en
prescription, si l'on ne commet un procureur ou un œconome qui aye
bon pouvoir et moyen de poursuivre.
L'on trouve fort estrange que le curé de Peron, qui a une tres bonne
cure, soit curé de Tougin, qui est a trois grandes lieues loin ;
laquelle cure avoit esté annexee a l'eglise de Gex pour l'entretien
des vicaires. Et le curé de Sessy, qui a aussy une bonne cure, en a
destourné le terrail, au prejudice du curé futur, et ne veut payer
les cinq pour centz au sieur Paris, qui sont dix florins.
Revu sur le texte inédit, inséré dans le II' Procès de Canonisation.
GLOSSAIRE
DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNÉS
OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITÉE AUJOUR.D'HUI
(L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans les Glossaires des
tomes précédents.)
*A - pour avec , de , en, par, pour, sous, vers
*ABONDANT (d') – de plus
*ABSENTER pour s'absenter
ACCENSEl\IENT - convention par laquelle un terrain est donné à cens,
c'est-à-dire sous la redevance
d'une rente
*ACCOMMODÉ _ pour ajusté
ACCOMMODER DE (s') - tirer de quelque chose son avantage, son
bénéfice, sa commodité
*ACCOUSTUMÉ (avoir) - avoir cou¬tume
*ACCOYSEMENT - calme, tran¬quillité
ACCRASER – écraser ; pour faire écrouler
*A CE - pour cela
*A CE QUE - pour afin que
ACHEMINER - pour diriger, en¬voyer
*AFFECTION - pour passion, sentiment
AFFECTIONNÉ AU (mal) – pour mal disposé pour
*AFFIGÉ - affiché
AGGREABLE - pour aimable,gracieux
*AINS - et même, mais, mais plutôt
*AMIABLE - aimable
ANCIENNETE (d') - pour depuis longtemps
A PEYNE, AUX PEYNES – sous peine, sous les peines
*APPARANS (des plus) - des plus en vue
APPAROIR - terme de palais, cons¬tater
APPARU (qui luy ayt) - pour qu'il ait pu, constater
*APPERT (il) - il est
APPERT (il vous) - il devient évi¬dent pour vous
*APPRINS - ancienne forme d'ap¬pris
*APPRIVOYSER - pour attirer
A SON POUVOIR (ce qui est) - pour et qui est en sa possession, ce
dont il a le pouvoir de disposer
ASSISTERA (Iuy) - lui servira d'assistant
ASSISTER AUX -- pour seconder les
ATTEDIER - de l'ital. ATTEDIARE, ennuyer, lasser
ATTENTER AUCUNE CHOSE¬ tenter ou entreprendre quelque cho¬se pour
nuire
*AU -pour dans le, par le, pour le.
*AUCUN - pour quelque
*AUCUNEMENT - pour en quelquefaçon, quelque peu
"AU PARAVANT, AUPARAVANT. - pour avant
*AUQUEL - pour dans lequel, ou, par lequel
AUSSI - pour non plus
*AUTRE - pour autre chose, rien d'autre
AUTRES - pour d'autres
*AUX - pour dans les, des, par les
AUX FAITZ DE - pour en ce qui concerne
AUX GRAINES DES AUMOSNES - dans la répartition ou distri¬bution des
grains réservés pour les
aumônes
*BAILLER - donner
*BELLEMENT (tout) - tout dou¬cement
':'BENEFICE - du lat. BENEFICIUM, bienfait
*BONNEMENT - pour facilement
*BRAVE - pour beau, glorieux
BRUICT - pour réputation
CAS (a) - de !'ital. A CASO, fortui¬tement, par hasard
CATHECHIZER (sc) - pour s'ins¬truire de la religion
CATHOLIZÉ - converti au catho¬licisme
*CE - pour cela.
CE N'EST PAS TROP TRAND CAS DES AUTRES - les autres n'ont pas grande
importance
*CE PENDANT - pour en attendant, pendant ce temps.
CEUX - pour ceux-là
*CHACUN - pour chaque
. CHAMBRIERE -- femme de cham¬bre
*CHAMS (aux) - pour à la campa¬gne
*CHAUT (il ne m'en) - il ne m'importe ; indicatif présent de
l'ancien verbe chaloir.
C'IL - celui-là
*CLAIR - pour lumineux
*CLAUSULE - du lat. CLAUSULA, clause
*COMME - pour comment
*COMME QUOY - comment
*COMMIS - pour préposé
*COMMODITE - pour facilité, occasion favorable, opportunité
COMPRINS - ancienne forme de compris
*COMTE - pour compte
*CONDOLEANCE - pour commi¬sération, compassion
CONFIRMER - pour fortifier
*CONFORTER - du lat. CONFOR¬TARE, affermir
CONFORTER (se) - pour se fortifier
*CONSIDERABLE - pour digne de considération
*CONTE - pour comte, comp¬te
*CONTENTER (se) - pour accepter, agréer, être heureux de
*CONTRAIRE (au) - pour à l'encontre, dans le sens contraire.
CONTREDITE - pour contradic¬tion, le fait de contredire.
*CONTREROLLEUR - contrôleur
* CONTRESCHANGE (en) - en com¬pensation
CONTRIBUÉ DE (a laquelle sera) pour laquelle on prélèvera sur
*CONVENT - couvent
*CONVERSATION - pour compa¬gnies, relations de société, relations
entre personnes qui se voient
souvent
CONVIENDRA (ce qu'il me) - pour ce que je devrai Cf. l'ital. CIO CHE
MI CONVERRA,
CONVIENT (s'il me) - pour si je dois, s'il me faut Cf. l'ital. SE MI
CONVIENE.
COURSE (a la) - pour au cours
*COUSTUMIEREMENT habi¬tuellement, ordinairement
CRAIGNANTES (qu'elles soyent) qu'elles craignent
*CURIEUX - pour fait avec minutie et scrupule
*CY APPRES - pour dans la suite
CY BAS - ici-bas
CY DEVANT - pour antérieurement, jusqu'ici
*DAMOYSELLE - appellation usi¬tée jadis à l'égard de toute femme
mariée qui n'était pas noble, ou
qui, étant noble, n'était pas titrée
*DANS - pour à, sous
*DE - pour à, au sujet de, du, par
*DEBRIGUÉ - de l'ital. SBRIGATO, débarrassé, dégagé
DECENCE - pour décorum Cf. l'ital. DECENZA.
DECENT - pour convenable
DECERNÉ - pour attribué
*DECHASSÉ - chassé
DECORATION - pour décorum, di¬gnité
*DEDANS - pour dans
DEDICATION - du lat. DEDICATIO, consécration
DEFAILLANT - pour celui qui fait défaut, qui manque
*DEFAILLIR - pour faire défaut, manquer
*DEHORS - pour à l'étranger, hors des Etats du souverain
*DELA (de) - de là-bas
DELA AUTOUR - des environs
*DEPECHÉ pour pourvu de pièces, de dépêches
DEPUTÉ - du lat. DEPUTATUS, assigné
DEPUTER - pour déléguer
DE QUELQUE TEMS APRES – à quelque temps de là
DEQUOY - pour d'où, sur quoi, sur ce sujet
DERRIERE (au) - derrière *DES - pour depuis, par les, pour les
DES-CALER (foi sans) -- foi qui ne des-cale pas, qui ne sort pas de
sa CALE, qui ne bouge pas, donc
inébranlable
*DES ORES - pour dès ce moment , désormais, dorénavant
DESPENS -- pour dépenses, frais
*DESPROUVEU - dépourvu.
*DES QUE - pour dès lors que, du moment que
*DES QUELQUES MOIS EN ÇA-¬ depuis quelques mois
*DESSUS - pour sur, sur eux
DETRACTION -du lat. DISTRACTIO, retranchement
*DEVANT - pour avant
*DEVANT QUE-avant de
*DIESME -- dîme
*DILATION - du lat. DILATIO, délai
*DISCOURIR - pour raisonner, réfléchir
*DISCRETION -- pour discerne¬ment
DISPOSER DE - pour disposer, prendre des dispositions au sujet de
"DIVERTIR - pour détourner
DOLEANCE - pour douleur
DONNÉ - pour placé
*DONT - pour c'est pourquoi, d'où, pour lequel
*DRESSER - pour adresser
*DU - pour le, par le
*DU DESPUIS -- depuis lors .
D'UN - pour un
*DU TOUT - pour entièrement, tout à fait
DU TOUT POINT -- puint du tout
EAU-BENISTIER - bénitier
*EFFICACE - du lat. EFFICACIA, efficacité
EFFORT DE PRIERES - surcroît de prières inspiré par un acte spécial
de volonté
ELLE - pour qu'elle
*EMPLOITTE - enploi
*EMPORTER pour remporter
*EN - pour à, avec, dans, de, par, par là, sur la,
*EN ÇA - jusqu'à aujourd'hui Cf. l'ltal. IN QUA
*EN QUOY - pour à cet égard, sous ce rapport
*ENSEMBLEMENT - ensemble
*ENSUIVRE, ENSUYVRE (en, s') - pour suivre
ENSUIVY (il s'en est) - la consé¬quence a été
*ENTANT QUE - pour dans la mesure où, pour tout ce qui
*ENTENDRE -- pour apprendre, s'instruire de
*ENTOUR (l') - le territoire qui entoure
*ENTRE - pour parmi
ENTREDEMANDER (s') - se de¬mander mutuellement
*ENTREPRINSE - entreprise
*ENTRETENEMENT - entretien
ENTRETENIR D'EMPRUNTZ (s') - pour vivre d'emprunts
*ENTREVENIR - intervenir
*ENVERS LE - pour auprès du
ENVIS - du lat. INVITUS, à contre¬ coeur, à regret
ESCHAUFFER (s') - pour se ré¬chauffer
*ESCHEOIT (s'il y) - le cas échéant
*ESPANCHER - pour répandre
EST (qui) - pour qui existe
EST AUTANT QUE - pour revient à
* ESTONNÉ - pour ébranlé, para¬lysé moralement
*ESTRE (qui est en) - qui subsiste Cf. le lat. INESSE, en état.
ET DE - pour et à celui de
*ET SI - pour et avec cela, malgré cela
*EVENEMENT - pour issue
*EVICTIONNAIRE - garant
EXIGEABLE - exigible
EXPRES pour expressément
*FAILLIR - pour manquer
*FAIRE - pour donner
FAIRE LA BENEDICTION ET L'ACTION DE GRACE – pour bénir la table et
dire les Grâces
FAIRE REPRESENTER - pour remettre sous les yeux
FAIT POUR UNE JUSTE RAYSON - ce qui fournit une juste raison
*FASCHERIE - pour mal, tort
*FAUTE (a) – à défaut, par faute
FAUTE (la) -- pour la privation
*FERME - pour administmtion chargée de percevoir les revenus publics
donnés à terme
*FONTAYNE - pour source
FONT POUR (qui) - pour qui servent à
*FORME - pour apparence
FORME DE (a la) -conformément à, selon
FORME DU DROICT (a, a la) - selon les règles du droit
FORME QUE (a) - dans les conditions où
*FORS - excepté
*FORT (de plus) – plus fortement
"FORTUNE (par) - par hasard
FRAUDEMENT - frauduleusement
FRAYÉ - pour dépensé
GROS - pour somme. totale
"HABITS - pour ornements sacerdotaux
HAUTE VOIX (a) -- pour en chant
*HONNESTE - pour bienséant, convenable, noble.
HORS DE COMMERCE (qui soit) ¬pour où il n'y ait pas la facilité
d'échanger des relations
HUICTANTE - quatre-vingt
HUICT VINS - huit fois vingt, cent soixante
*IDOINE - du lat. IDONEUS, capa¬ble, propre à
ILLEC - là, en ce lieu du lat. ILLO LOCO ?
*IMBECILLITÉ - du lat. IMBECIL¬LITAS, faiblesse
IMPRESSION (ayant l') – pour subissant des impressions, étant
impressionnable
INCOMPOSSIBILITÉ - incompa¬tibilité
INHIBITION - interdiction .
INTERINER - entériner
*INTERMIS - interrompu Du lat. INTERMITl'ERE.
INTERPOSITE PERSONNE - in¬termédiaire
*JA – déjà, jadis
JADIS - pour qui fut jadis
*JOURD'HUY (du) - d'aujour¬d'hui
LABORIEUX - pour rempli d'occu¬pations et de soucis
*LAIRRAY - ancienne forme de laisserai
*LAIS, LAIZ - laïques
*LA OU - pour alors que, au lieu que
*LEGAT - du lat. LEGATUM, legs
LEGATEUR - légataire
LE MESME - pour la même chose
*LEVER - pour enlever, ôter, prélever,supprimer
LOURDISE maladresse digne d'un lourdeau
LOYAL - pour légitime
*LOYER - pour récompense
LOYSIBLEl\ŒNT - en toute li¬berté
LUY SERA ASSISTÉ – assistance lui sera donnée
MALEPEYNE (a) - de l'ital. A MA¬LA PENA, difficilement, malaisé¬ment
MANDER - pour envoyer Cf. l'ital. MANDARE.
MANIERE D'INADVERTANCE (par )- machinalement, sans y avoir pensé
MARQUÉ - pour noté dans la mé¬moire
*MEMORIAL - pour mémoire
*MERCI (a) - en pitié
*MESMEMENT - même
*METTRE AU MONDE - pour ap¬porter dans le monde
METTRE GRAND PEYNE - tra¬vailler beaucoup, fortement
METTRE PEYNE - s'efforcer
MODEL - diminutif de mode
*MOINS - pour et moins encore
*MONSTRE - pour action d'étaler quelque chose pour séduire
MONSTRER SIGNE -- avoir l'air, faire mine
*MOUVANT - pour excitant
MOYENNANT - pour moyennant cela
*MUTATION -- changement
*NE, N'Y - pour il ne, il n'y
*NEANTISE - néant .
NEGOCE - pour affaire, occupation
*NET - pour pur
NOMBRE D'UNIVERSITÉ (ce) - ce nombre (de douze) qui est ins¬piré par
le spectacle de l'univers
auquel président les douze signes du zodiaque
*NOMPLUS, NON PLUS – pour pas plus
*NOURRITURE - pour entretien
NUD pour dénué, dépouillé
OCCASION - pour sujet
*ONQUES - du lat. UNQUAM, ja¬mais
*ORATEUR - pour suppliant titre que prenaient autrefois les gens
d'Eglise écrivant à des souverains ORATOIRE - pour la partie d'une
pièce réservée à la prière et dis¬posée à cet effet
ORDINAIRE (le tems) - pour le moment fixé, conforme à l'ordre adopté
ORDONNER DE - pour disposer, régler
*OR SUS - parole d'encouragement . Cf. l'ital. ORSÙ.
*OUBLIER DU (s') - négliger le
*PAR - pour à travers, dans, pendant
*PAR APRES - ensuite.
PAR CE - pour en conséquence, par suite de cela
*PAR CI, CY APRES - dans la suite
PAR CY DEVANT - auparavant, précédemment), jadis, ces derniers
temps, naguère
*PARDELA - là où vous êtes
*PAR DEVERS - auprès de
* PARMY, PARMY LE- pour au milieu de, au milieu du
PAR QUI IL SERA ADVlSÉ –par celui qu'on aura désigné pour cela
* PARROCHIALE -- paroissiale Cf. l'ital. PARROCCHIALE.
PAR SEMBLABLE JOUR – au jour anniversaire
PAR SUS - à travers
*PASSER - pour faire passer
PAUCITÉ - petit nombre
*PENNACHE - panache
PENSIONNAIRE - pour pensionné.
*PERDURABLE - du lat. PERDU¬RABILIS, éternel, qui dure toujours
PEU (le) - pour la brièveté
PHILISTINOYS - Philistins
*PITOYABLE - pour compatis¬sant, plein de pitié
PLAYRE QU'ON (se) - aimer bien qu'on
PLAYSE A VOUS - qu'il vous plaise
*PLEIN (a) - pour complètement Cf. l'ital. APPIENO.
PLEIN ŒIL (a) - de tous ses regards
*POINCT, POINT - pour aucun, nul, moment
*PORTER - pour comporter, de¬mander
*PORTION - pour ma partie, revenu fixe en forme de pension
*POSSIBLE - pour probablement
* POUR - pour conformément à, selon, par
*POUR AUTANT - pour d'autant
*POUR CE – pour cela
*POUR CE QUE - parce que
POUR FERE PROFESSION - pour parce qu'ils font profession
POUR LA - pour en
POUR LA PLUSPART, POUR LE PLUS - pour en majorité
PRAELEGAT - prélegs
*PRATTIQUER - pour faire, trai¬ter
*PREFIGER - du lat. PRAEFIGERE, assigner, fixer d'avance
PRESCHE - pour sermon catho¬lique, prédication
*PRESCHEUR - pour prédicateur
PRESSÉ DE - pour épuisé, fatigué par
PREVENIR - pour anticiper, avan¬cer
PREVERRA - futur archaïque de prévoir
* PRINS - ancienne forme de pris
*PRISE - pour récolte.
*PROPOS - pour résolution
*PROU - beaucoup de
*PROUVOIR - du lat. PROVIDERE, pourvoir
*PROUVOIR (1uy) - lui accorder le secours qu'il réclame, lui faire
justice
PROVENU - pour perçu
PROVIDENT - prévoyant
*QUAND - pour quant
*QUANT ET SOY - avec soi
*QUE - pour ce que, qui
*QUI - pour ce qui, dé¬pense qui
QUOY - pour ce qu'il faut
QUOY FAIT – cela fait
RAFRAISCHISSEMENT – pour renouvellement
*RAMENTEVOIR (se) - se rappe¬ler
*RAPPORT - pour rendez-vous
RAPPORTÉ - pour attribué
RATISSEURE - rature
RECOUVERTE - pour recouvrement
*RECREU - épuisé
REDRESSER - pour reconstruire
* REDUCTION - pour conversion
*REDUIRE (se) - pour se convertir, se soumettre
*REDUIT - pour remis
*REFECTIONNER (se) - se nour¬rir, se repaître
*REGARD (pour ce) - à cet égard, à ce sujet, pour cet effet
*REGARD DE, DES, DU (pour le) - à l'égard, pour ce qui concerne,
pour ce qui concerne les, pour
ce qui est
REGIME - pour façon de régir sa conduite
*RELIGION - pour Ordre religieux
*REMONSTRER - pour démon¬trer
*RENCONTRE - pour relation fortuite
REPETER - pour réclamer
REPUBLIQUE - du lat. RESPUBLI¬CA, chose publique ; gouvernement de
son peuple et de son diocèse
* REPUTATION - pour bonne ré¬putation
"RESSENTIR - pour porter le caractère de
RETROUVER, SE RETROUVER- pour trouver, se trouver
RIEN POUR TOUT (ne s'estendent) - ne s'étendent absolument en aucune
façon
*RIERE, RIERE LES - à l'entour de, près de, chez, dans, dans le
territoire de, du territoire de, sur les ROMPEMENT - rupture
*SANS PLUS - pour sans autre chose, sans rien de plus
*SAPIENCE - du lat. SAPIENTIA, sagesse
SCINDIQUE, SCINDIQUEUR - cen¬seur,. De l'ancien verbe SYNDIQUER,
censurer, critiquer.
*SEEL - sceau
SERVANT D'UNE PARTIE - représentant une partie
*SI - pour ainsi,aussi, néanmoins
SIECLE - pour vie du monde, par opposé à la vie chrétienne
*SI EST CE QUE – cependant, néanmoins
*SIGNAMMENT - notamment Cf. le lat. SIGNANTER et l'ital.
SEGNATAMENTE.
*SI MOINS - sinon
*SI QUE - de sorte que, si bien que
*SI TOST - pour aussitôt
*SOL - pour soleil
*SOUEFVEMENT – suavement, d'un sommeil rempli de suavité
*SOULOIR - être en usage du lat. SOLERE.
SOUSNOMMÉ - nommé ci-dessous
SOUSTERRÉ – enterré Cf. l'ital. SOTTERRATO.
*SOUVENANCE - souvenir
*SOUVENTESFOYS - souvent
SPECTABLE - du lat. SPECTABILIS, beau, remarquable
*SUPPORTÉ - pour soutenu
*SUS - ci-dessus parole d'encouragement
TANNÉ - couleur brune
*TANT PLUS - d'autant plus
TANT QUE - pour autant que, dans la mesure où
*TANT SEULEMENT - seulement
TELZ VICES QUE CEUX – des vices tels que ceux
*TENIR - pour détenir
TERRAGE, TERRAGES - sorte de redevance, de dîme perçue par le curé,
champs, jardins, prés
TIERCE - pour troisième
TOUCHE (ce qu'il luy, de ce qui luy) - ce qui lui incombe, ce qui le
regarde Cf. l'ital. TOCCA A LUI.
TOUCHE (il) - pour il incombe
TOUCHERA (de ce qui luy) - de ce qui lui incombera
TOUS QU'IL APPARTIENDRA ¬ formule usitée dans les ordonnances, pour
tous ceux à qui il
appartien¬dra
*TOUT A COUP - pour tout d'un coup
*TOUT AINSY QUE - comme, de même que
*TRANSMARCHER - transporter
TRANSPORTER (se laisser) – pour se laisser aller d'une manière
déréglée
*l'RAVAIL - pour peine, souffran¬ce
*TRAVAILLÉ - pour fatigué
*TRAVAILLER - pour tourmenter.
TREBELLIANIQUE - se dit de la part que l'héritier institué a droit
de retenir sur la succession grevée
de fidéicommis, en remettant l'hérédité
*VACATION - profession
VERRA A FAIRE (elle) - elle jugera à propos de faire
*VERS - pour auprès de, envers
VERS LE - pour au
*VIANDE - pour aliment, nourri¬ture
*VIEL - pour vieux
*VIF - pour vivace, vigoureux
*VITUPERABLE – blâmable Du lat. V1TUPERARE.
VUIDER (en) - en sortir
VULGAIREMENT - pour d'une façon générale, pour tous les cas
INDEX
DES DESTINATAIRES DE PLUSIEURS PIÈCES
ET DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES
DE CE VOLUME
ALBERT VII, archiduc d'Autriche et Cardinal……………………………………………….460
ALDOBRANDINI Pierre*, Cardinal …………………………………………………………449
ALLINGES (bourg d') ………………………………………………………………………...196
ALLINGES (forteresse des). Voir SALES (François)
……………………………………196,239
ANJORRANT Jacob, seigneur de Soully……………………………………………..372,408,410
ANNECY. Voir MACHABÉES, TOMBEAUX, VISITATION.
ANNEMASSE (Consultation entre saint François de Sales et plusieurs
missionnaires, faite à)…237
ANNEMASSE (église et paroisse d')……………………………………………………………246
AQUAVIVA Claude, Général des Jésuites………………………………………………………305
ARMOY (bénéfice et paroisse d'). Voir
CURÉS…………………………………..229,327,328,356
ARRÊTS DU SÉNAT DE SAVOIE. Voir ARMOY …………………………………………….265
ARRÊTS ROYAUX. Voir GEX et PRÉVESSIN. …………………………………….398,430,487
ASSEMBLÉES DU CLERGÉ DE FRANCE et celle de 1605…………………………………..389
ASSERENS (curé et prieuré d'). Voir HENRI IV ……………………………………………….375
AUBONNE (doyen né d'). Voir GEX (doyenné)…………………………………………………385
AUTRICHE (Cardinal d'). Voir ALBERT VII.
BASTIE Jacques Champier (baron de la) ………………………………………………….373,377
BELLEGARDE Roger de Saint-Lary (duc de), grand Ecuyer de
France……………………….489
BELLERIVE (abbaye cistercienne de)…………………………………………………………..246
BERLIET Jean-François …………………………………………………………………………271
BERNE. Voir CONSEIL DE VILLE.
BERNOIS et GENEVOIS en Chablais et dans le pays de Gex. Voir
CHABLAIS, CONSEIL DE VILLE DE BERNE, GEX, GUERRES, THONON, TRAITÉS
DE PAIX, TRÈVES.
BIOLLÉE Jacques de la…………………………………………………………………………457
BOISY (sieur de). Voir SALES (Jean-François et Sébastien).
BONFILS (M. ?)………………………………………………………………………………..377
BONMONT (abbaye et pension de)…………………………………………………………….422
Briet François …………………………………………………………………………..….382,386
BROSSES Pierre* de……………………………………………………………………………171
Bufalo Innocent (del), Nonce de
France………………………………………..…333,334,358,372
CAPUCINS de Gex (couvent et Supérieur des) Voir MAXIMILIEN de
Moulins…………………421
CARRILLO Alphonse, Jésuite ……………………………………………………………………….80
CASTELLANO Laurent……………………………………………………………………………..112
CESSY (Sessy), prieuré de…………………………………………………………………………..500
CHABLAIS. Voir CHARLES-EMMANUEL 1er, CLO¬CHES, SALES (François).
Conversions dans le bailliage …………………………………………………………………..206,249
Curés et paroisses ……………………………………………………………………….…191,207,208
Invasions et apostasie……………………………………………………………………….192,193,239
Ministres protestants. Voir THONON………………………………………………………………211
CHAMBRE DES COMPTES DE SAVOIE*. Voir CURÉS D'ARMOY ………………………….168
CHANDIEU Antoine de La Roche………………………………………………………………….454
CHAPEAUROUGE DAUPHIN François (Missions à Paris
de)……………………………….372,393
CHAPITRE CATHÉDRAL DE MOUTIERS. Voir CHEVALLARD………………………………313
CHAPITRE DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE. Voir ARMOY, GEX (Bénéfices),
MACHABÉES.
Bulle d'approbation de ses Statuts……………………………………………………………………274
Supplique à Clément VIII…………………………………………………………………………….106
Charles-Emmanuel 1er*, duc de Savoie. Voir ARMOY, BERNOIS,
CHEVALIERS, CONSEIL DE
VILLE DE BERNE, GUERRES, SALES (Fran¬çois), TRAITÉS DE PAIX,
TRÈVES……190,203,226
………………………………………………….238,252,259,301,304,322,448,470….102,161,163,166
Edits et ordonnances en faveur du catho¬licisme en
Chablais……………………………...252,254,256
Reprise de possession du Chablais et du Pays de Gex
………………………………….…192,194,352
CHASTEAUNEUF Aimé de……………………………………………………………………….393
CHASTELIER Jean, Jésuite …………………………………………………………………………79
CHAVANES Claude de …………………………………………………………………………….181
CHÉRUBIN de Maurienne*, Capucin. Voir AN¬NEMASSE,CONFÉRENCE, CONSEIL
DE VILLE DE BERNE …………………………………………………………………………………………452
Chevaliers des saints Maurice et Lazare* Voir FILLY et RIPAILLE
…………………294,322,166
Brefs pontificaux qui les concernent……………………………………………………….……222,294
Difficultés pour l'entretien des Prêtres et la restitution des
bénéfices du Chablais……………...210,304
CHEVALLARD Jean-Phillippe, Prieur de Tarentaise
………………………………………………313
Clément VIII * (Hippolyte
Aldobrandini)………………………………………….…273,276,106,163
CLERGÉ DE FRANCE. Voir ASSEMBLÉES ET DɬPUTÉS.
CLOCHES des églises du Chablais. Voir SAINT¬ HIPPOLYTE
………………………………..….269
COLLÈGE de CLERMONT, à Paris …………………………………………………………………49
COLLÈGE DE NAVARRE, à Paris ………………………………………………………………….49
COLLÈGE DE THONON. Voir JÉSUITES.
COLLÉGIALES du diocèse de Genève. Voir MA¬CHABÉES
…………………………………306,307
COMBE (de la) ou LACOMBE (de) Etienne …………………………………………………...…..181
CONFÉRENCE A THONON avec Lignarius ………………………………………………………245
CONFÉRENCE PUBLIQUE avec les ministres de Genève (Projet et
pourparlers). ……………….244
CONFESSEURS de saint François de Sales. Voir GENÈVE (Louis de)
…………………………..167
CONSEIL DE VILLE et GRAND CONSEIL DE BERNE (Plaintes et réclamations
au duc de
Savoie) ………………………………………………………………………………………...203,336
CONSEIL DE VILLE DE THONON (Délibérations du) ……………………………………. ……180
Conseil privé du Roi de France. Voir SALES François (Mission à
Paris). ……………….….358,364
CONSISTOIRE CALVINISTE à Genève et à Thonon
…………………………………..…….220,224
COSTUME ECCLÉSIASTIQUE. …………………………………………………………141,143,147
COURONNE (coronato) , monnaie …………………………………………………………….…123
CRASSY (fief de) ………………………………………………………………………………….491
CRUCIFIX DE SIROLO, conservé à Umana. ……………………………………………..…….116
CUJAS Jacques..
CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT* Voir ARMOY et CHAMBRE DES COMPTES DE
SAVOIE. . ………………………………………………………………………….……327,328,168
CURTON Humbert, curé de Farges ………………………………………………………….375,424
DALLION ou DALLIEN François ………………………………………………………………151
DÉAGE Jean ……………………………………………………………………….……………121
Députés du Clergé de Frànce. Voir ASSEMBLÉES ………………………………………389,394
Destinataire inconnu …………………………………………………………………………….446
DIODATI Jean. ………………………………………………………………………………….509
DRAILLANT (bénéfice et paroisse de).Voir CURÉS
……………………………………...327,328
DUMONT Jacques-Maurice et Philibert ……………………………………………….……….182
DUNANT Etienne*, curé de Gex ………………………………………………………………..488
ECHERNY François et sa fondation à Thonon …………………………………………...……216
ECHERNY Françoise Joly (dame) ……………………………………………………………....215
EDIT DE NANTES. Voir NANTES.
EDITS des princes de Savoie relatifs à l'Instruction publique. Voir
CHARLES-EMMANUEL 1er …………………………………………………………………..253
EMMANUEL-PHILIBERT, duc de Savoie …………………………………………………….277
EMOTTE Pierre ………………………………………………………………………….……..70
ERMITES DE SAINT-AUGUSTIN à Thonon (fonda¬tion et couvent des)
…………………….281
EUROPE. Voir BERNOIS, CHABLAIS, FRANCE, GEX, GUERRES.
EUROPE EN 1591 (Etat politique et religieux de l')
……………………………………………93
EVIAN (paroisses d'). ……………………………………………………………………………315
FACCHINETTI Jean-Antoine, Cardinal. Voir INNOCENT IX.
FAMILLE ÉPISCOPALE. Voir SALES (François).
FARGES (curé de). Voir CURTON et HENRI IV.
FAVRE Antoine*. Voir CONSEIL DE VILLE DE BERNE …………………………..….479,169
FAVRE François ……………………………………………………………………….………..149
FILLY (Distribution d'aumônes à l'abbaye de)…………………………………….……………212
FRANCE (Evènements politiques en). Voir AS¬SEMBLÉES, DÉPUTÉS,
EUROPE,GUERRES,GEX, NANTES, TRAITÉS DE PAIX
………………………………………………………………..106
Frémyot André, Archevêque de Bourges……………………………………………….………412
GAILLARD (Eglises rendues au cultes dans le bail¬liage de).
…………………………………..337
GAY Jean. Voir THOIRY.
GENET Pierre …………………………………………………………………………………...150
GENÈVE. Voir COLLÉGIALES, CONFÉRENCE, CON¬SISTOIRE, INTÉRIM,
MACHABÉES, SAINT- JEAN HORS LES MURS, SAINT-PIERRE, SEIGNEURIE,
SYNDICS, TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES. Affaires concernant le diocèse ;
prébendes……………………..248,289,294,295,296,320
GENÈVE A LA COUR DE FRANCE (délégués de).Voir ANJORRANT,
CHAPEAUROUGE, CHASTEAU¬NEUF (de)
GENÈVE Louis de …………………………………………………………………………..161,167
GENEVOIS (les). Voir BERNOIS, CHABLAIS, GEX.Leurs prétentions sur
Armoy et Drail¬lant. Voir ARMOY.
GESUALDI Philippe, Mineur Conventuel ………………………………………………………..68
GEX (doyenné de). Voir AUBONNE …………………………………………………………….412
GEX (paroisse de). Cimetière, curé et vicaires. Voir DUNANT
……………….………387,407,412
GEX (pays de). Voir CHARLES-EMMANUEL 1er, HENRI IV, SALES
(François).
Apostasie …………………………………………………………………………………………345
Bénéfices qui appartenaient à l'Evêque, au Chapitre de Saint-Pierre
de Genève et au prieuré de Saint-
Victor. Voir PENAY…………………………………………………………………….340,405,412
Clergé, curés et paroisses. Voir ASSERENS, CURTON, DUNANT, HENRI IV,
JACQUIN, NAMBRIDE, PARIS, PERRIN
………………………………….334,347,353,380,391,394,413,174
Familles nobles catholiques. ………………………………………………………………..…..335
Invasion et occupation par les Bernois et
Genevois…………………………….………336,338,345
Restitution du culte ……………………………………………………………333,357,372,397,398
Revenus ecclésiastiques contestés. Voir ARRÊTS ROYAUX et HENRI IV
(Patentes)…338,339,393
GEX (ville de). Voir CAPUCINS.Ministres protestants.
…………………………………….…..385
GRAND (M. le). Voir BELLEGARDE.
GRANIERClaude* (de),Evêquede Genève,Voir Chablais
(paroisses),COSTUME ECCLÉSIASTIQUE, GAILLARD, GEX (Restitution des
Eglises ) ………………………………………142,156,163,169
GRÉGOIRE XIII (Hugues Buoncompagni)…………………………………………………..….278
GRÉGOIRE XIV (Nicolas Sfondrati)……………………………………………………………..66
GROSSET Charles. ………………………………………………………………………………181
GUERRES entre la France, la Savoie et les can¬tons Suisses. Voir
TRAITÉS de PAIX, TRÈVES des églises et rétablissement catholique
……………………………………………………..191,349,352
Henri IV, roi de France. Voir ARRÊTS ROYAUX, EUROPE, GUERRES,
SERMENT, TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES
…………………………………………………………….…..333,343,354,358,372
Ordonnances touchant les protestants et les catholiques. Voir GEX
(cimetière) ………………...355
Patentes en faveur des curés d'Asserens, Farges et Gex, et de la
restitution des biens ecclésiastiques du pays de Gex
…………………………………………………………………………………..380,384
HENRI DE GAND …………………………………………………………………………………72
Hérétiques ……………………………………………………………………………..………….247
INNOCENT IX (Jean-Antoine Facchinetti). …………………………………………..…………124
INTÉRIM (l') ……………………………………………………………………………..………459
INSTRUCTION PUBLIQUE. Voir EDITS.
IVOLEY Jean d' …………………………………………………………………………….……..476
Jacquin Claude ………………………………………………………………………….418,437,442
JEANNIN Pierre …………………………………………………………………………………..374
JÉSUITES. VOIR AQUAVIVA, CARRILLO, CHASTE¬LIER, MARTEL.
JÉSUITES à THONON (Collège projeté et écoles des)
………………………………………214,238
JÉSUITES (Général des). Voir AQUAVIVA.
JONC ou JOND (Le) ……………………………………………………………………..……….498
LACOMBE (de). Voir COMBE (de la).
LAFIN François …………………………………………………………………………….…..151
LAMBERT Pierre- Jérôme* de ………………………………………………………..…………161
LANGLOIS Jean…………………………………………………………………………………..478
LAUSANNE. Voir TRAITÉS DE PAIX.
LIGNARIUS Herman. Voir CONFÉRENCE A THONON.
Louis XIII, roi de France. Voir ARRÊTS ROYAUX…………………………………………….400
LUX Edme de Malain (baron de) ……………………………………………………………373,383
LUDOVIC ou LOUIS de Saxe, Capucin …………………………………………………..……..456
MACHABÉES (chapelle et Collégiale des) ………………………………………………...282,341
MARIN Claude*. ………………………………………………………………………….…….470
MARTEL ou MARTELLANGE? (Martel-Ange), Jésuite
............................................................148
MATTEAZZI Angelo
...................................…………………………………………………....110
MATTIGNIN (chapelle de) . ………………………………………………………….…………507
MAXIMILIEN de Moulins, Capucin ……………………………………………………………432
MENOCCHIO Jacques……………………………………………………………….….……….109
MESINGE (hameau et convertis de) ……………………………………………………..……..219
MILLETOT Bénigne* . ………………………………………………………………………483,171
MILLIET Hector ……………………………………………………………………………….477
NAMBRIDE Bernard (de), curé de Thoiry …………………………………………….……….425
Nambride (Nambruide) Claude (de), curé de Divonne
…………………………………………439
NANTES (Edit de) ………………………………………………………………………………342
NEMOURS Anne d'Este, duchesse de (Procès pour la succession
d'Alphonse II, duc de Ferrare).480
NOTRE-DAME DU TINET, à Seyssel (prieuré de) ……………………………………………..318
NYON. Voir TRAITÉS DE PAIX.
OCCAM (Ocham) Guillaume, Cordelier ………………………………………………..……….74
OTELLIO Marc-Antoine. …………………………………………………………….…………111
ORLIÉ OU ORLIER Charles d' ………………………………………………………………..261
ORLIÉ ou ORLIER Claude d' ………………………………………………………….……….202
PADOUE. Voir SALES (François), UNIVERSITÉ, URBANI.
PANCIROLI Guido ………………………………………………………………………..……108
PARIS. Voir COLLÈGE DE CLERMONT et DE NA¬VARRE, SALES (François).
PARIS François ………………………………………………………………………………….502
PASSERAT Pierre ……………………………………………………………………….……..377
PENAY ou PENEY (mandement de) ……………………………………………………………339
PERRIN Antoine et Claude …………………………………………………………………….492
PETIT Alexandre, Religieux de Talloires …………………………………………..…………309
PILLIOD Germain …………………………………………………………….………………149
PONCET Pierre ………………………………………………………………………………..197
POTIN Pierre, Prieur commendataire de Saint¬ Jean hors les murs de
Genève ……………….497
PRÉBENDES THÉOLOGALES (Projet de fonda¬tions de). Voir GENÈVE
(diocèse).
PRÉVESSIN (Prevesin) prieuré de …………………………………………………………..490
PROTESTANTS. Voir HENRI IV (Ordonnances) et HÉRÉTIQUES.
PROTESTANTS (ministres). Voir CHABLAIS, GEX, THONON.
QUARANTOTTO Camille, Prieur de l'Université de Padoue
………………………..……….102
RATTI (M. ?) ……………………………………………………………………………………381
Riccardi Jules-César*, Archevêque de Bari, Nonce de Savoie
…………………...284,288,306,449
RIPAILLE (Distribution d'aumônes au prieuré de)
………………………………………..……212
ROLLAND Georges ……………………………………………………………………………..144
ROME. Voir SALES François (Voyage).
ROSSET Guichard ……………………………………………………………………………….151
RUZÉ Martin, seigneur de Beaulieu ……………………………………………………………..462
SAINTE-CATHERINE (fort) ……………………………………………………………………242
SAINTE-MAISON DE THONON. Voir FILLY et RIPAILLE …………………………..209,458
SAINT-HIPPOLYTE de Thonon (cloche de) ………………………………….………………269
SAINT- JEAN HORS LES MURS de Genève (Prieur commendataire, prieuré
de). Voir POTIN..241.
SAINT-PIERRE, de Genève (cathédrale de). Voir CHAPITRE et
MACHABÉES……………173
SAINTS FABIEN ET SÉBASTIEN (chapelle des)………………………………………….…..86
SAINT-VICTOR (prieuré de). Voir GEX (Béné¬fices)
SALES (fils de Gallois de)………………………………………………………………………179
Amé, Jean-Antoine, Louis de ……………………………………………………………….…..186
Sébastien de. ………………………………………………………………………………..186,495
SALES FRANÇOIS* de (Saint). Voir ALLIN¬GES, ANNEMASSE, ARMOY, COMBE
(de la), CONFESSEURS, FRÉMYOT, GROSSET, MESINGE, TOMBEAUX
……….85,86,104,134,136
………………………………………………………………………141,184,227,244,304,408,448
Etudiant à Paris……………………………………………………………………………...49,51,53
Etudiant à Padoue …………………………………………………………….……57,100,114,119
Mission du Chablais. …………………………………………………135,137,195,203,205,206,249
Mission à Paris en 1602 ………………………………………………..…333,358,359,364,372,482
Voyage à Rome en 1598-1599 ………………………………………………………….140,250,259
Voyages à Gex ……………………………………………………………….……357,374,383,405
Voyages à Turin en 1596 et 1599
…………………………………………203,226,284,288,294,301
FAMILLE ÉPISCOPALE.Voir DALLION, DÉAGE, FAVRE (François), GENET,
LAFIN, MAR¬TEL, PILLIOD, ROLLAND, ROSSET, SAU¬ZÉA (de), SECRÉTAIRES,
THIBAUT…………153
Messe, Offices, Prières publiques et parti¬culières
……………………146,161,163,164,165,166,170
Vie privée …………………………………………………………….143,153,155,156,157,160,168
SALES Jean-François (de). Voir TOi\IBEAUX ……………………………………………185,495
SALES Louis (de), chanoine. Voir ALLINGES (bourg) et CONFÉRENCE
PUBLIQUE…195,205
SANCY Nicolas de Harlay (seigneur de) ……………………………………………………….370
SAUZÉA André de. ……………………………………………………………………..………146
SAVOIE (princes de). Voir CHARLES-EMMANUEL, EDITS,
EMMANUEL-PHILIBERT. SECRÉTAIRES de saint François de Sales. Voir
MARTEL et THIBAUT …………………..148
SEIGNEURIE DE GENÈVE*. ………………………………………………………..384,171,172
SÉNAT DE SAVOIE. Voir ARRÊTS.
SERMENT des catholiques à Henri IV ………………………………………………….………..97
SEYSSEL. Voir NOTRE-DAME DU TINET.
SYNDICS DE GENÈVE en 1597 …………………………………………………….………..243
SYNDICS ET BOURGEOIS DE THONON*. Voir CONSEIL DE VILLE. ……………………154
TALISSlEU (prieuré de) ……………………………………………………………………….319
TALLOIRES (Ouvrier du monastère et sa prében¬de).Voir PETIT
………………………..…….309
TARENTAISE (Chanomes et Prieur de). Voir CHAPITRE CATHÉDRAL DE
MOUTIERS et CHEVALLARD.
TARTARETUS Pierre …………………………………………………………………….……..71
TERNIER (Conversions dans le bailliage de) …………………………………………………..249
THIBAUT ………………………………………………………………………………….…….149
THOIRY (curé de). Voir NAMBRIDE (Bernard). …………………………………….…………425
THONON.Voir CONFÉRENCE, CONSEIL DE VILLE, CONSISTOIRE CALVINISTE,
ERMITES de SAINT¬ AUGUSTIN, SAINTE-:MAISON, SAINT-HIPPOLY¬TE,
SYNDICS.
Curé et presbytère …………………………………………………………………………..……209
Ecoles et maître d'école. Voir ECHERNY et JÉSUITES
…………………………………..…….214
Ministre protestant ………………………………………………………………………………..213
Occupation par les Bernois et Genevois…………………………………………………………..193
THORENS (église paroissiale). Voir SAINTS FA¬BIEN ET SÉBASTIEN.
TOMBEAUX de saint François de Sales et de quatre de ses successeurs,
à Annecy. Voir VISITATION D'ANNECY
………………………………………………………..………..174,185
TRAITÉS DE PAIX de Lausanne, Nyon,
Vervins………………………………….191,352,369,459
TREMBLEMENT DE TERRE EN 1591 ……………………………………………………..…91
TRÈVES de Charles-Emmanuel 1er avec Berne, Genève et Henri IV
……………….…….193,198
TREVISAN Marc et Michel …………………………………………………………………….113
TURIN. Voir SALES François (Voyages).
UMANA. Voir CRUCIFIX.
UNIVERSITÉ DE PADOUE (Fondation de l')………………………………………………….107
Prieur et docteurs. Voir CASTELLANO, MAT¬TEAZZI, MENOCCHIO, OTELLlO,
PANCI¬ROLl, QUARANTOTTO, TREVISAN Voir SALES
(François)………………………………………100
URBANI Jules, Vicaire général de l'Evêque de ………………………………………….………100
VALENTI Erminio, Cardinal. ………………………………………………………………..…..287
VELASQUE ou VELASCO Jean-Louis ……………………………………………………..…..331
VELLEIUS Paterculus ……………………………………………………………………..…….126
VENISE (place Saint-Marc, à). ………………………………………………………………..…117
VERVINS. Voir TRAITÉS DE PAIX.
VIC Méry de ……………………………………………………………………………………….44
Victor-Amédée de Savoie, Prince de Piémont
……………………………………………...325,330
Villeroi Nicolas de Neuville (seigneur de). Voir SALES François
(Mission à Paris). ………..…359
VIRY (Collégiale de). Voir SAINT-JEAN HORS LES MURS …………………………………240
VISITATION V'ANNECY (église de l'ancien 1er Monastère). Voir
TOMBEAUX ……………..174
VULLlONNEX (cure et église de). ……………………………………………………….………324
TABLE DES MATIÈRES
Préface ……………………………………………………..2
I-Etudes – Vie intime
A. Paris 1) Manuscrits……………………………..3
2) Fac similé 1 (Philo)……………………6
3) Grande épreuve ………………………7
B. Padoue …………………………………………12
1)Notes de théologie……………………12
2)Notes de Droit………………………..14
C. Chablais, Annecy………………………………..15
II-Apostolat ……………………………………………16
A. Chablais………………………………………..16
B. Gex……………………………………………..16
Avis au Lecteur……………………………………………...18
Opuscules XXII……………………………………………..19
Fac similé 2 (Droit)………………………………………….48
Glossaire des locutions et mots surannés …………………181
Index des notes biographiques et historiques ……………..190
Table des matières…………………………………………..197
Fin
PREMIERE SERIE : ETUDES ET VIE INTIME
A) PÉRIODE D'ÉTUDES A PARIS (1580-1588)
1 - EXTRAITS DE DEUX MANUSCRITS AUTOGRAPHES DU COURS DE PHILOSOPHIE
:
1) Premier Manuscrit, octobre 1585-février 1586……………………………………………19
2) Second Manuscrit, mars 1586 …………………………………………………………….20
II - RÈGLES POUR LA RÉCEPTION DE LA SAINTE COMMUNION ; LA COMMUNION
SPIRITUELLE, [avant 1586]……………………………………………………………….20
III - FRAGMENTS D'ÉCRITS INTIMES SE RAPPORTANT A LA TENTATION DE
DÉSESPOIR,
1586 ou 1587 :
1) Recueil d'Oraisons jaculatoires tirées des
Psaumes……………………………………...22
2) Aspirations et Prières …………………………………………………………………….23
3) Acte d'abandon héroique ………………………………………………………………...24
B) PÉRIODE D'ÉTUDES A PADOUE (novembre 1588-janvier 1592)
IV - EXERCICES SPIRITUELS, 1590 :
1) Exercice de la Préparation. ………………………………………………………………25
2) Conduite particulière pour bien passer la
journée…………………………………………27
3) Exercice du Sommeil ou Repos spirituel …………………………………………………30
4) Règles pour les conversations et rencontre ………………………………………………32
5) Communion fréquente; préparation et action de
grâces………………………………….34
V - BEAUREGARD, fin juillet-août 1590 …………………………………………………….35
VI -NOTES DE THÉOLOGIE (Fragments) :
1) 15 décembre 1590 - Avec une humilité profonde, Fran¬çois de Sales
s'affermit dans l'opinion
adoptée dès l'adolescence, mais proteste d'être prêt à tout
sacrifier pour se soumettre à l'Eglise ..36
2) Janvier-Juin 1591 - Précaution prise contre l'erreur pos¬sible. -
Dans la crainte de se tromper, le jeune homme s'en re¬met à
l'Esprit-Saint qui gouverne l'Eglise. - Doctrine de la
pré¬destination - Hommage à Jésus-Christ. - Choses entendues et
choses méditées. ……………………………..36
3) Fragment sur la Prédestination, janvier-juin 1591¬- La
prédestination, fondée sur les mérites prévus ; auteurs cités en
faveur de cette opinion. - Preuves qui la confirment : Dieu qui
ordonne la fin, ordonne aussi les moyens ; il ne réprouve que par
justice et en prévision du péché ; textes de l'Ecriture à l'appui de
cette doctrine. - Autre argument qui la corrobore. - Réfuta¬tion de
l'opinion contraire par neuf remarques. - Sentiment de Tolet et de
trois théologiens éminents entendus par saint Fran¬çois de
Sales……………………………………………………………………………………………….38
4) Protestation au sujet de la réprobation des méchants, 1591
………………………………42
VII - EXTRAITS D'UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DU COURS DE DROIT, 22
février-20 novembre 1591 :…………………………………………………………………………..………44
1) Poésie liminaire ……………………………………………………………………….……45
2) 22 février 1591 - Indissolubilité du mariage chrétien. - Louange
à la Trinité, à la Sainte Vierge et à des Saints
protecteurs……………………………………………………………………………45
3) 24 mars 1591 - Echo des sentiments du jeune homme en la vigile de
l'Annonciation …….46
4) De verborum et rerum significatione ………………………………………………..……46
5) 10 juillet 1591 --- Dieu, règle infaillible de toute justice.-
¬Encore un hommage à Marie et aux Saints. - Un tremblement de terre
et les bouleversements de l'Europe. - Cri de douleur sur la France.
- La voix du Pape écho de celle du Roi des
rois…………………………………………………….47
Fac similé 2 Notes de Droit……………………………………………………………………….48
6) De Summa Trinitate et Fide catholica, et ut nemo de ea publice
contendere audeat …..…49
7) Témoignages de la haine de François de Sales pour l'hérésie, de
sa vénération pour la sainte Croix et de la bonté de son cœur
…………………………………………………………………..51
8) Harangue de remerciement aux docteurs de Padoue, 5 septembre 1591
…………………...52
9) 17 septembre-20 novembre 1591 - Travail interrompu. -
L'itinéraire et les péripéties d'un voyage à Rome ; pourquoi il a
été manqué. - Mort de Grégoire XIV et élection du nouveau Pontife. -
Vœux du saint jeune homme à cette occasion.- ¬Une " porte plus
grande que tout l'édifice"…………………55
10) Souvenir de l'examen subi par le nouveau docteur. - Un titre à
relire souvent. - Les usuriers et le fisc.
………………………………………………………………………………………………...57
11) [Fin novembre-décembre] 1591 – Mme de Boisy.- Im¬portance de la
loi de l'inventaire ; le signe de la Croix. - Pour¬quoi le jeune
docteur met fin à son travail ……………………………...58
C) PÉRIODE DU CHABLAIS ET D'ANNECY (1592-1622)
VIII -1) Mourir pour vaincre, [1592-1594] ……………………………………………….………59
2) Qu'est-ce que combattre l'ennemi spirituel ? [1592¬-1594]
(Fragment) ………………...60
IX - SOUVENIRS DE FAVEURS SURNATURELLES REÇUES :
1) Retraite préparatoire aux saints Ordres,19 mai 1593.
…………………………………...60
2) Pendant la mission du Chablais, 19 avril [1595 ou 1596].
……………………………....61
3) En la fête du Saint-Sacrement, 25 mai 1595 …………………………………..…………61
X - ESSAIS DE POÉSIE :
1) La Transfiguration et le Cœur de Jésus, 6-15 août 1598
…………………………………62
2) En l'honneur du Saint-Sacrement, 6-15 août 1598
……………………………………..63
3) La Croix, septembre ou octobre 1598 (Fragment) ………………………………….…63
4) Au pied de la Croix, 1605-1608 (Fragment)
XI - :NOTE INTIME TOUCHANT UNE FAVEUR SURNATURELLE REÇUE A ROME
le 25 mars 1599 ………………………………………………………………………….65
XII – RÈGLEMENT ÉPISCOPAL, fin novembre-8 décembre 1602 :
1) Texte. …………………………………………………………………………………...65
2) Fragment du même document. ………………………………………………………...73
XIII. - PREMIER TESTAMENT, 29 novembre 1617 .
1) Texte ………………………………………………………………………………….73
2) Enveloppe du testament ……………………………………………………………….75
XIV - SECOND TESTAMENT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES, fait
conjointement avec Jean-
François, son frère et coadjuteur, 6 novembre 1622.
…………………………………………77
DEUXIÈME SÉRIE : APOSTOLAT
A) DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
I- MEMOIRE ADRESSÉ AU DUC DE SAVOlE, mai ou juin 1595¬ - Triste
situation religieuse du Chablais. - Sur la demande du duc de Savoie,
l'Evêque dc Genève y a envové deux missionnaires. - Leurs travaux et
leurs insuccès - Causes de ceux-ci et remèdes proposés. - Projet
d'une lettre à écrire par son Altesse an corps de Ville de Thonon ;
lc Saint suggèrc au prince d'en adresser une autre au gouverneur du
bailliage et une troisième an jugc-maje deThonon ……………………………….79
II-- AUTRE MEMOIRE AU MEME octobre 1596 – Débuts de la mission. -
Pourquoi l'un des prédicateurs a dû se retirer - Espérance de
succès, mais il faut des missionnaires. - Nécessité de rétablir un
certain nombre de curés dans les paroisses et plu¬sieurs prêtres à
Thonon. - Comment pourvoir à leur entretien. - Le ministre et le
maître d'école. - Dans quel but François de Sales propose à Son
Altesse de déléguer un sénateur. - Recommandations en faveur de
quelques catholiques pauvres et âgés, et de la paroisse de :Mesinge.
- Remplacer l'ancien " Con¬sistoire " huguenot par un Conseil
composé de prêtres et de laïques
……………………………………………………………………………………….82
III - REQUÊTE AU MÊME EN FAVEUR DU CHAPITRE DE SAINT¬ PIERRE DE
GENÈVE, octobre 1596-septembre 1598 ( Fragment) - Le duc a déjà
déclaré sa volonté touchant la restitution des biens ecclésiastiques
du Chablais ; prière d'étendre cette ordonnance en faveur du
Chapitre, afin qu'il puisse rentrer en possession de ses anciens
bénéfices, celui d'Armoy en particulier. - Pauvreté des Chanoines. -
Concession, que trois Papes leur ont faites pour les soulager. -
Somme qui leur est due, et comment elle pourrait leur être payée.
………………………………………………………..….88
IV -PROJET D'UN MÉMOIRE A PRÉSENTER AU DUC DE SAVOIE D'APRÈS LES
CONCLUSIONS ADOPTÉES A ANNEMASSE le 29 juillet 1597 - La restitution
des bénéfices ecclésias¬tiques est indispensable. - De quelle
utilité serait l'établis¬sement à Thonon d'un collège dirigé par les
Jésuites ; le prieuré de Saint-Hippolyte pourrait lui être attribué.
- La collégiale de Viry et union projetée. - Mesures à prendre pour
une confé¬rence avec les ministres de Genève. - Charges du curé
d'Anne¬masse; comment l'en dédommager ………………………………………………..……..90
V - AVERTISSEMENT AUX HÉRÉTIQUES QUI DÉSIRENT ENT'RER DANS LE SEIN
DE L'EGLISE, 21 octobre 1597 - ¬Retour de quelques âmes à la foi
catholique. - Ce qui en arrête beaucoup d'autres dans leur désir de
conversion. - Calomnie contre l'Eglise. - François de Sales déclare
que nul, après l'ab¬juration, ne sera soumis aux peines encourues
par le fait de l'hérésie. ………………93
VI - ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE EN FAVEUR DE LA RELIGION
CATHOLIQUE, ET RÉPONSES DE SON ALTESSE, fin septembre- 4 octobre
1598 - Restitution et destination des bénéfices ecclésiastiques du
Chablais. – Le maître d'école de Thonon et les écoliers. - Priver
les hérétiques des charges publiques. - Pourquoi le ministre doit
être éloigné de la ville. - Droit de bourgeoisie pour les habitants
catholiques…………………………………………………..94
VII - AUTRES ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE POUR LA
CONSERVATION ET PROPAGATION DE LA RELIGION CA¬THOLIQUE, ET RÉPONSES
DE SON ALTESSE, vers le 15 oc¬tobre 1598 -- Mesures à prendre à
l'égard des habitants du Chablais et de Ternier qui ne professent
pas la vraie foi. -A quelles conditions sont permises les disputes
en matière reli¬gieuse. - Ne pas détourner les catholiques de
l'assistance aux Offices. - Ordonnances diverses touchant
l'observation des com¬mandements de Dieu et de l'Eglise, les livres
hérétiques, la sanctification des jours de fête et l'instruction
religieuse. - Confir¬mation de l'Edit qui exclut des charges
publiques les " reformés ". Réparations et restitutions. - Règlement
pour la distribution des aumônes en " graines". - Les cloches. -
Prière au duc de prendre sous sa protection l'Evêque, le clergé, les
prédicateurs et leurs familiers. :- Injonction aux magistrats du
Chablais d'avoir à faire observer les instructions susdites ………96
VIII - MÉMOIRE PRÉSENTE A S. S. CLÉMENT VIII AU NOM DE Mgr DE
GRANIER, octobre 1598 - L'Evêque de Genève demande au Saint-Siège,
pour lui, l'autorisation d'assigner des prébendes monacales
vacantes, à l'entretien de théologaux et de curés ; pour ses
chanoines, celle de posséder des bénéfices avec leur canonicat. - Il
sollicite, à cause de ses charges, l'exemption du payement des
décimes au duc de Savoie.. - Avantages qu'il y aurait à libérer de
diverses servitudes certains sujets de l'évêché. - Pourquoi il
serait bon que le Prélat et plusieurs ecclésiastiques désignés par
lui, eussent d'amples pouvoirs pour absoudre les hérétiques. -
:Nécessité de la ré¬forme des Monastères ; moyen à prendre pour y
arriver…………………………………………………………………………..100
IX - AUTRE MEMOIRE PRÉSENTÉ AU MEME PONTIFE, octobre 1598 - Une
Bulle de Grégoire XIII concernant les revenus ecclésiastiques des
provinces de Gex, du Chablais et de Ternier. - La conversion des
deux derniers bailliages exige que l'union de ces bénéfices à
l'Ordre des Saints Maurice et Lazare soit annulée. - Prébendes
théologales à constituer, et par quel moyen. - Comment subvenir à la
pauvreté des prêtres. - Divers pouvoirs demandés. - L'Evêque implore
l'exemption du paye¬ment des décimes au souverain, l'autorisation
pour ses cha¬noines de posséder d'autres bénéfices et
l'affranchissement de certaines servitudes pour les sujets de
l'évêché. - Mesures proposées pour la réforme urgente des
Monastères…………………………………………………………..…..102
X - SUPPLIQUE DU PREVOT ET DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE DE
SAINT-P1ERRE DE GENÈVE AU MÊME, octo¬bre 1598 - Projet du transfert
du Chapitre à Thonon; François de Sales et ses confrères demandent
au Pape de l'au¬toriser, et d'unir à la mense capitulaire l'ancienne
église des Augustins avec leur couvent ruiné. - Ordre à donner au
su¬jet des autres ecclésiastiques attachés au service de la
Cathé¬drale ………………………………………………………………………106
XI – MEMOIRE ADRESSÉ. A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE, AU.NOM DE
L'EVÊQUE, fin avril 1599 - Les requêtes de Mgr de Granier touchant
les décimes et les taillables de l'évêché renvoyées au Nonce de
Savoie. - Oubli persévérant du cardinal Aldobrandini. - La question
des prébendes théologales en suspens. - Abus des prébendes laïques
dans les Monastères -. ¬Situation particulière du prédicateur
d'Evian. - Une clause nuisible dans les pouvoirs d'absoudre concédés
au Prévôt de Genève …………………………………………………………………………….108
XII- RÉPONSE A UNE REQUÊTE DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET
LAZARE. ler ou 2 mai 1599¬ - Fière protestation. - Le Bref de
Clément VIII, rapporté de Rome par le Prévôt, est de tous points
conforme à celui de Grégoire XIII qu'allèguent les Chevaliers. - Des
" motz conside¬rables ". - Ce que la Milice trouve dur. - Pourquoi
elle n'avait pas le droit d'être consultée avant que le Bref fût
rendu. – Les raisons qu'elle apporte ne doivent pas en retarder
l'exécution. - ¬Prix de la moindre des âmes et d'une seule Messe. -
Le salut du peuple avant tout. - Instante supplication au Duc et aux
Chevaliers…………………………………………………………………………………….110
XIII- REQUÊTE AU DUC DE SAVOIE, vers le l5 mai l599¬ - Le Sénat et
la Chambre des Comptes entravent l'exécution d'un ordre de Son
Altesse, et celle-ci enjoint de surseoir à un ordre du Pape. - Moyen
suggéré par François de Sales pour acheminer heureusement la
restitution des revenus ecclésiastiques du Chablais, sans léser les
droits des Chevaliers des saints :Maurice et Lazare. - A quelles
règles s'obligera l'Evêque en l'exécution du Bref
Apostolique……………………….112
XIV- MÉMOIRE ADRESSÉ A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE, vers le 15
novembre 1599 - Un meurtre à Tal¬loires et une prébende vacante. -
Pour établir des chanoines théologaux dans les Collégiales d'Annecy,
Sallanches et La Roche, d'autre prébendes pourraient se prélever sur
quelques prieurés et abbayes. -- Evian, Rumilly et Seyssel ont
besoin du même secours, et pour quelles raisons. - Faut-il
s'inquiéter des réclamations des Religieux ? …………………………………….…..114
XV -- MÉMOIRE .ADRESSE AUX CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE,
l607-l608 …………………………………………………………………………………………...117
XVI -REQUÊTE AU PRINCE DE PIEMONT EN FAVEUR DES CURÉS D'ARMOY ET DE
DRAILLANT avant avril (?) 1618 - Cession aux Genevois des bénéfices
d'Armoy et de Draillant, malgré un Arrêt contraire du Sénat. - Les
cent écus annuels assignés aux deux curés en dédommagement n'ont été
payés que trois ans. - La piété et la justice exigent qu'il soit
désormais pourvu à leur entretien………………………………………………………………….……118
XVII - AUTRE REQUÊTE AU MÈME, avril ou mai 1621 (?) ¬-Un Arrêt du
Sénat contre les détenteurs (les revenus d'Armoy et de Draillant,
annulé par le duc de Savoic. - Maigre compensa¬tion accordée aux
curés " sur la gabelle a sel du Chablaix."¬ - Insouciance des
gabeliers et sollicitations inutiles des prêtres.- ¬Pourquoi la
déclaration récente d'un agent à l'Evéquc de Ge¬nève ôte aux
suppliants tout espoir. - Humble exposé de leur misère et appel
pressant à Son Altesse
B) DOCUMENTS RELATIFS AUX PAYS DE GEX
I -¬ MEMOIRE REMIS A Mgr DEL BUFALO, NONCE DE FRANCE, 20 décembre
1601-fin janvier 1602- Deux choses de¬mandées au Roi. - Réponses aux
objections prévues contre le rétablissement du culte catholique dans
tout le pays de Gex.¬ - Pourquoi. certaines appréhensions n'ont pas
de fondement. ¬-
Exposé des difficultés que présente la restitution des revenuss
ecclésiastiques du bailliage ; les unes, insurmontables ; la justice
de Sa Majesté peut triompher des autres. - Celle-ci et les droits de
l'Eglise doivent l'emporter sur la crainte de mécontenter les
Genevois……………………………..121
II - REQUÊTE AU ROI HENRI IV, AU NOM DE Mgr DE GRANIER, 20-25
décembre 1601 - Le calvinisme dans le pays de Gex. - Mgr de Granier
a déjà imploré le secours du Roi pour le rétablissement de la
religion catholique et la restitution, pour l'entretien des prêtres,
des revenus confisqués. - Ce qu'a fait le baron de Lux, délégué par
Sa Majesté. - Pourquoi l'Evê¬que s'adresse de nouveau à elle. - Il
réclame le libre exercice du culte dans toute la province, suivant
la teneur de l'Edit de Nantes. - Un traité passé entre
Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et les Bernois, annulé. - Trois
bailliages où fleurit le catholicisme. - Les détenteurs des revenus
n'ont aucune raison à alléguer contre la justice et le
droit………………………………………………………………....124
III - AUTRE MINUTE DE LA MEME REQUETE, fin janvier 1602 ……………………126
IV - REQUÊTE AU ROI ET A SON CO:NSEIL PRIVE commencement de février
1602 –
Même sujet…………………………………………………………………………………128
V -MÉMOIRE PRESENTÉ A M. DE VILLEROY, vers le 8 février 1602 -
Rétablir la religion catholique dans le pays de Gex., c'est mettre à
exécution l'Edit de Nantes. - Il serait injuste de respecter les "
réformés " plus que les autres, et d'eccepter de la règle générale
"ce seul coin du royaume ". - Traités entre les Ducs de Savoie et
les Bernois. - Usurpation par ceux-ci des re¬venus ecclésiastiques;
quels sont ceux qui peuvent être restitués à leurs propriétaires
légitimes…………………129
VI- MEMOIRE ADRESSE AU CONSEIL PRIVE DU ROI DE FRANCE, vers la fin
de mars 1602 -- Le bailliage de Gex, incorporé à la France, doit
jouir de tous les privilèges du royaume. - Comment Henri IV répondit
à une requête de l'Evêque de Genève. - Nouveau recours de celui-ci
au Roi. - Réponse à une objection de quelques membres du Conseil de
Sa Majesté.- ¬Concessions faites aux Bernois par Emmanuel-Philibert
et Charles-Emmanuel, ducs de Savoie. - Restitution du culte
ca¬tholique et des biens de l'Eglise dans les bailliages soumis au
second. - On espère du Roi de plus grandes faveurs pour les prêtres
qui seront installés dans le pays de Gex. - Une raison pressante
..131
VII --- CONVENTIONS RELATIVES A LA CESSION DU PRIEURÉ D'ASSERENS AU
CURÉ DE FARGES, 10-20 août 1603 …………………………………………………………..……..133
VIII - REQUÊTE A M. BRIET, 11 mai 1604 - L'Evêque récla¬me, pour le
curé de Gex, le presbytère et le jardin attenant, encore occupés par
le ministre hérétique……………………………..….135
IX – AUTRE REQUÊTE AU MÊME, 11 mai 1604 - Plaintes et demandes au
sujet du cimetière de Gex disputé aux catholiques et violé par les
protestants…………………………………….136
X - REQUÊTE AUX DÉPUTÉS DU CLERGÉ DE FRANCE, juillet- août 1605 --
Quelle partie du diocèse de Genève est soumise au roi de France
depuis le traité de paix de Lyon. - Dans le pays de Gex, quelques
paroisses seulement ont été rendues au culte catholique. – Les "
mille traverses" des ministres contraignent l'Evêque à des recours
fréquents aux autorités de la province, au Parlement de Dijon, et
même à Sa Majesté. - La présence ordinaire des députés de Genève à
la cour complique les diffi¬cultés. - Découragement des convertis. -
Saint François de Sales demande l'union de cette partie de son
diocèse au corps du Clergé du royaume. - La situation topographique
du bail¬liage de Gex augmente l'intérêt que là chrétienté entière,
et sur¬tout la France, doivent avoir pour sa conversion. - A quoi
seront tenus les procureurs généraux du Clergé députés à la
cour…………………………………137
XI - :MEMOIRE ADRESSÉ AUX MÈMES, juillet-août 1605¬ - Péripéties du
bailliage de Gex au cours de soixante-dix ans.- ¬La guerre l'a privé
du culte catholique ; le traité de paix doit le lui rendre. - Trois
paroisses rétablies depuis quatre ans ; les habi¬tants de quatre
autres ont demandé l'exercice de la vraie religion, toujours différé
cependant, malgré l'autorisation du Roi. - Les revenus
ecclésiastiques affectés à l'entretien des adversaires de l'Eglise.
- Une saisie et un procès………………………….139
XlI - REQUÊTE AU ROI LOUIS XIII, août-septembre 1612¬ - Les
commissaires royaux au pays de Gex pour l'exécution de l'Edit de
Nantes. - Oppositions des réformés et voyage infruc¬tueux de
l'Evêque. - Deux autres délégués remettent celui-ci en possession
des églises et des revenus ecclésiastiques du bailliage. -- Une
requête à laquelle ils n'ont pas fait droit. - Ren¬voyé au Roi pour
ce qui regarde les biens de l'Evêché et du Chapitre, injustement
usurpés par Genèvc, saint François de Sales expose ses raisons et
demande qu'ils soient rendus à leurs propriétaires légitimes…….141
XIII -- REQUÊTE A Mgr FRÉMYOT, Archevêques de Bourges, vers la fin
de 1612 - Réclamation de mandats pour le payement d'une pension
assignée au curé de Gex…………………………...143
XIV - ORDONNANCES POUR LE SERVICE DIVIN A GEX ET DANS LES AUTRES
PAROISSES DU BAILLIAGE, 20 no¬vembre 1613………………………………………………………...144
XV - MANDAT A M. JACQUIN POUR LE PAYEMENT D'UNE SOMME, 30 octobre
1617….150
XVI – DÉLÉGATION DE M. DE NAMBRIDE A L'ADMINISTRATION D'UNE PARTIE
DES BIENS ECCLÉSIASTlQUES DU BAILLIAGE DE GEX, 17 décembre
1621……………..151
C) MÉMOIRE POUR LA CONVERSION DES HÉRÉTIQUES ET LEUR REUNION A
L'EGLISE, vers la fin de 1615 –
Prédication que fit l'Evêque de Genève à Sion; réflexion d'un
auditeur. - Comment ramener à la foi les provinces où ne peuvent
pénétrer les prêtres, où l'hérésie devient raison d'Etat. - Lutter
contre le mal avant qu'il soit incurable. - François de Sales
propose une ligue pacifique entre les princes catholiques et en
montre les avantages. - Afin de la réaliser, convoquer des conciles
nationaux, non pour argumenter sur les questions de controverse,
mais pour discuter les moyens de conversion. - Rôle du Saint-Siège.
- Conduite à tenir avec les ministres. - Tenter au moins cette
entreprise en Suisse. -- Par quels moyens surtout obtenir cette
union…………………………………………………….152
APPENDICE
A) DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS ET AU VOYAGE DE SAINT FRANÇOIS DE
SALES A ROME
l -- Lettre du Duc de Savoie aux syndics et bourgeois de Thonon
…………………………..154
Il -- Lettre de Mgr Riccardi, Nonce à Turin, au cardinal
Aldobrandini ………………………155
III -Mémoire du P.Chérubin de Maurienne, Capucin
………………………………………..156
IV - Lettre de Mgr de Granier à Mgr. Riccardi, Nonce à Turin (en
italien – non numérisée)...160
V - Lettre du Duc de Savoie à M. de Lambert, gouverneur du Chablais.
…………………….161
VI - Lettres patentes du même à M.Marin, procureur fiscal du
Chablais……………………. 162
VII -. Autres lettres patentes du même (Fragment). .
…………………………………………163
VIII - Bref de S. S. Clément VIII à Mgr de Granier. .
………………………………………...163
IX - Requête des Chevaliers des saints Maurice et Lazare au Duc de
Savoie.. ……………….166
X- Lettres de Mgr Riccardi, Nonce à Turin, au cardinal
Aldobrandini.(en latin – non numérisées).167
XI-- Requête des curés d'Armoy et de Draillant à la Chambre des
Comptes de Savoie et Arrêt
de celle-ci. ……………………………………………………………………………………..168.
B) DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX ET A LA MISSION DE SAINT'
FRANÇOIS DE SALES A PARIS EN 1602
I - Lettres du Président Favre à Mgr de Granier
…………………………………….………169
II -- Lettre de M. Milletot et de Brosses à la Seigneurie de Genève
…………………………171
III - Réponse de la Seigneurie de Genève à la lettre précédente
……………………………172
IV - Mémoires pour les affaires de Gex, adressés à saint François de
Sales par le curé Dunant….173
V - Establissement des curés du bailliage de Gex
…………………………………………..174
VI - Estat de l'office estably en l'eglise de Saint Pierre de
Gex……………………….……..177
Achevé le vendredi 2 décembre 2005
J.G.
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