Opuscules — volume I

Bildung

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ŒUVRES
DE
SAINT FRANCOIS DE SALES
ÉVÊQUE ET PRINCE DE GENÈVE
ET
DOCTEUR DE L' EGLISE
ÉDITION COMPLÈTE (EDITION D'ANNECY)
D'APRÈS LES AUTOGRAPHES ET LES ÉDITIONS ORIGINALES
ENRICHIE DE NOMBREUSES PIÈCES INÉDITES
DÉDIÉE A SA SAINTETE LE PAPE LÉON XIII
ET HONORÉE DE DEUX BREFS PONTIFICAUX
PUBLIÉE SUR L'INVITATION DE Mgr ISOARD, ÉVÊQUE D'ANNECY
PAR LES SOINS DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION
DU Ier MONASTÈRE D'ANNECY
OPUSCULES - VOLUME I
Op1 = TOME XXII
ANNECY
MONASTERE DE LA VISITATION
ANNECY, IMPRIMERIE J. ABRY & Cie
MCMXXV
Table des matières Glossaire Index historique Fac similé 1 Fac similé 2


PRÉFACE
Avec ce volume commence la dernière partie de l'Edition des Œuvres de saint François de Sales, que nous désignons sous le titre général d'Opuscules. Elle se composera d'une collection d'écrits variés se rapportant aux diverses pé¬riodes de la vie du Saint, et répartis en six Séries :
I) Etudes et Vie intime ;
II) Apostolat ;
III) Controverse ;
IV) Administration épiscopale ;
V). Fondations et réformes ;
VI) Ascétisme et mystique.
Le volume qui paraît aujourd'hui comprend les deux premières Séries ; il contient des documents extrêmement précieux et de la plus haute importance. En effet, on ne peut connaître saint François de Sales d'une façon exacte et complète si on ne consulte que ses œuvres destinées au public. La Correspondance, il est vrai, nous permet déjà de pénétrer plus avant dans son âme et dans son cœur ; il reste néanmoins un dernier progrès à réaliser, c'est de le surprendre dans son intimité la plus profonde, lorsqu'il est seul avec lui-même, ou plutôt avec Dieu qui lui est toujours présent. Dans son souci de perfection, il avait coutume de prendre en notes les événements les plus mar¬quants de sa vie spirituelle, ses aspirations, ses résolutions, ses angoisses et ses luttes. C'est ainsi qu'il trace son règle¬ment d'étudiant et d'évêque et qu'il établit le programme de ses rapports avec les hommes et avec Dieu. Il lui arrive d'entrer dans les plus petits détails, rien ne lui paraissant insignifiant, puisqu'en toute chose, jusque dans ses moin¬dres paroles, son attitude, son habillement, il se propose l'édification du prochain et la gloire de son divin Maître. Cette préoccupation ne l'abandonne jamais ; si bien que même en rédigeant, à Padoue, les notes prises à ses cours de Droit, il quitte un instant le commentaire des Pandectes pour confier au papier une pieuse pensée qui se présente à son esprit. De plus, lors du Procès de Canonisation, tous ceux qui l'avaient approché et qui lui survivaient appor¬tèrent sur sa vie intime quantité de témoignages d'une très grande valeur que nous citerons abondamment.
Bon nombre de ces documents sont publiés ici pour la première fois : par eux seront corrigées plusieurs erreurs, éclaircies plusieurs difficultés, comblées plusieurs lacunes. C'est dire l'intérêt de premier ordre que présente ce volume pour tous ceux qui veulent connaître à fond la vie, le cœur et l'âme de saint François de Sales.
I
PREMIÈRE SÉRIE : ETUDES ET VIE INTIME
Cette Série est subdivisée ainsi : A) Période d'études à Paris, octobre 1580-1588 - B) Période d'études à Padoue, novembre 1588-janvier 1592 - C) Période du Chablais et d'Annecy, 1592-1622.
A) Période d'études à Paris (1580 – 1588)
Dom Mackey l'a définie dans l' Introduction générale placée en tête de notre 1er tome (Controverses p.14 sq) ; nous renvoyons le lecteur à ces pages si intéressantes. Nous y ajouterons seulement quelques précisions touchant deux Manuscrits autogra¬phes du cours de Philosophie suivi par le saint Etudiant ; ensuite, nous parlerons de la grande épreuve qui devait avoir une influence si profonde sur la vie spirituelle et sur l'enseignement du futur Docteur de l'Eglise.
§ 1. - Les Manuscrits
Le premier Manuscrit se conserve à Paris, au presby¬tère de Saint-Sulpice ; nous en devons communication à M. le chanoine Letourneau, curé de cette paroisse, que nous tenons à remercier ici. Sans la reliure, le format du volume est de 21 cm. x 16, et son épaisseur, de 4 cm. ; la reliure est de basane brune, avec vignettes dorées au dos. Un filet également doré encadre les plats ; au milieu de chacun d'eux, une couronne de laurier est gravée au fer chaud, formant un écusson ovale ; l'écusson du plat supérieur porte le nom FRAN-CIS-CUS, et celui du plat inférieur, les mots: DE SALES. Il reste une partie de deux fermoirs en cuivre ; la reliure est évidemment de la même époque que le Manuscrit..
Celui-ci se compose de 241 feuillets chiffrés par le Saint ; plus, deux au commencement et trois à la fin, non chiffrés et laissés en blanc. L'attestation de Mgr Charles¬-Auguste de Sales, écrite au bas du fol. l, dans la marge qu'elle remplit entièrement, nous apprend qu'il avait offert ce précieux recueil à M. Raymond Bonal, chanoine de la Collégiale de Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue, et fondateur de la Société des Prêtres de la Visitation et de saint François de Sales,dits communément Bona¬listes
Voici le texte de l'attestation :
Haec Philosophica scripta propria manu scripta Venerabilis Servi Dei Francisci de Sales Epi Gebenn., dum Lutetiœ Parisio¬rum in scholis versaretur, dono dabam Reverendo Domino Ray¬monda Bonal, Presbytero et Congregationis Presbyterorum B. M. Directori, Viro Amatissimo, rogans ilIum ut mei in suis sacri¬ficiis et orationibus recordetur. Annessii Gebenn., vigesima septima Septembris, millesimo sexcentesimo quinquagesimo secundo.
CAROLUS AUGUSTUS DE SALES, Eps Gebennen.
L'écriture du saint Etudiant est gothique ; plus fine et plus serrée que celle de sa lettre du 26 novembre 1585, elle présente par ailleurs des caractères identiques. A partir du douzième feuillet, ils deviennent de plus en plus menus et les lignes de plus en plus rapprochées ; à certaines pages, on en compte jusqu'à 45, 48, 50 et 56 sur une hauteur de 16 cm. ½ ou 17 ½, et chaque ligne contient de 100 à 105 lettres sur une largeur de 11 cm. Les abréviations sont fréquen¬tes ; la netteté et la régularité de l'écriture sont partout admirables. Dans les titres, d'ordinaire en grosse et belle gothique, on remarque les deux extrémités et les majus¬cules souvent ornées de traits à la plume ; un cul-de-lampe du même genre est dessiné parfois à la fin de l'une des grandes divisions du cours, ou du résumé d'un traité. Il arrive aussi qu'en tête d'un de ces traités une page blanche est réservée pour le titre ; celui-ci est alors enjolivé plus que les autres et précédé de l'oraison jaculatoire : Laus Deo Virginique Matri.
Dans ce volume, on rencontre cinq dates. La première, inscrite au bas du folio 132, est ainsi rédigée : Finis eorum quœ in 3 ttt. (tractatu) log[icœ] qui de antepredicamentis, Predicamentis et Postpredicamentis dicta sunt. | Die 2. feb. anni a Partu Virg. 1586. La même date est indiquée au bas du folio 133 : Paris. die 2 feb. an. 1586. – Les autres dates sont les suivantes : fol. 146, verso : 15 feb. ; fol. 156 : 29 feb. ; fol. 167 : Anno a Deo data 1586. | Laus Deo et Deiparœ Virgini. Enfin, au verso du folio 235 : Finis disputationum et quœstionum in universam Lo¬gicam. | Anno 1586. Le titre de la page qui suit est : ln lib. Topicorum Aristotelis.
Lorsque le jeune François traçait la première de ces dates, il avait dépassé la moitié du volume ; le début de la rédaction remonte donc, selon toute vraisemblance, aux derniers mois de l'année précédente, peut-être à octobre 1585, date probable de l'ouverture des cours.
Le second Manuscrit, gardé au Grand-Séminaire de Grenoble, nous a été communiqué par M. le Supérieur qui voudra bien trouver ici l'expression de notre reconnais¬sance. Ses dimensions sont de 17 cm. 3 mill. x 9 cm. 1/2, et de 2 cm. d'épaisseur, sans tenir compte de la reliure en basane jaune marron. Un encadrement rectangulaire, for¬mé par un double filet doré avec coins, orne les plats ; un troisième filet suit le bord du petit livre qui a, au dos, cinq nervures en relief avec cinq losanges dorés, et, en haut, le nom du Saint, aussi en or : F.-DE-SALES.
Des 131 feuillets qui constituent le volume, les quatre du commencement ne sont pas chiffrés ; les autres ont été paginés par le jeune Etudiant, le 124e et le 125e ont dis¬paru. Le verso du quatrième feuillet porte, de la main de Mgr Charles-Auguste de Sales, la dédicace suivante à l'Evêque du Puy, l'un des historiens du bienheureux Evê¬que de Genève :
Hoc volumen, Manu propria scriptum Beati Francisci de Sales EPi Gebennen., dum in scholis Parisiensibus ageret jam tum sanctissimus Juvenis ; donavit, ut sacras reliquias, Illus¬trissimo et Reverendissimo Dno, D. Henrico de Maupas, Epo Aniciensi, in œternœ observantiœ monumentum, servus ejus obedientissimus et humillimus.
CAROLUS AUGUSTUS, Eps Gebennen.
Annessij, 24 Martij 1654.
Sur le premier feuillet numéroté figure ce titre, en belle gothique et surmonté d'une petite croix: In lib. Arlis (Aristotelis) Ethicorum ad Nicomachum. Et plus bas: Disputatio I. continens | quœstiones Prologi.
L'écriture est semblable à celle du Manuscrit de Paris: même netteté, même régularité, mêmes abréviations ; les titres généraux sont de moins gros caractères, mais tracés avec autant de soin ; ceux des grandes divisions et la fin des traités sont disposés et ornés artistiquement, sans vi¬gnettes toutefois, ni culs-de-lampe.
Deux fois nous trouvons la date 1586 ; d'abord, au fol. 6, au milieu de la page et au-dessous d'un enjolivement : Finis quœstionum Prologi ad | lib. Ethicorum Arlis. | Sequitur expositio textus Arlis. | Anno ab Incarnaone Verbi, seu Partu | Virginali, 1586. Die Mart. 1 septima. La seconde indication de date est au fol. 24: Finis Disp. in I. et X libros | Ethicorum Arlis anno | 1586. Ce recueil a donc été commencé au début de mars 1586 et, par conséquent, fait suite immédiate à celui de Paris.
Notons enfin que le traité des Vertus (fol. Hg) se termine par ce souhait écrit en gros caractères : Faxit Deus ut et ipsas et reliquas omnes (virtutes) comparemus, conser¬vemus, augeamus finemque earum adepti QUIESCAMUS IN SION. AMEN.
Voir page suivante le fac-similé 1 , Manuscrit du cours de Philosophie
Fragment d'un Manuscrit du cours de Droit de Philosophie de saint François de Sales à Paris
(1586)
Ces Manuscrits ne sont que la rédaction des cours suivis par le jeune homme : c'est uniquement la parole du maître qui s'y trouve ; si, par hasard, saint François de Sales y ajoute quelque chose qui lui soit personnel, il est impossible de s'en apercevoir. Qu'on lise, par exemple, le Proemium que nous reproduisons à titre de spécimen dans les premières pages de notre texte ; ce n'est pas l'œuvre d'un élève qui raisonne et commente, c'est le pro¬fesseur qui parle et ouvre son cours. Voilà pourquoi ces deux recueils ne sauraient trouver place dans l'Edition des Œuvres de notre Saint ; aussi nous sommes-nous bornés à la reproduction de quelques pages, sans ajouter ni réfé¬rences, ni traduction; nous donnons ces pages seulement comme document sur la manière dont travaillait le jeune François à Paris. - Evidemment, ces Manuscrits si soi¬gnés n'ont pu être écrits sous la dictée : les notes prises au cours avec grande exactitude et, pour ainsi dire, sténogra¬phiées, furent ensuite recopiées avec une netteté et une élégance qui tendent à égaler celles des plus belles impres¬sions.
Le fils de M. de Boisy avait dix-neuf ans quand il com¬mença ces recueils, d'autant plus précieux qu'ils sont uni¬ques pour cette période de sa vie, les lettres à ses parents ne nous ayant pas été conservées. Que nous apprennent- ¬ils ? Quiconque s'est occupé, par devoir soit de famille, soit de profession, d'étudier l'esprit des jeunes gens, sait ce qu'un cahier de ce genre peut contenir d'indications à cet égard : le caractère de celui qui l'a composé s'y révèle en partie. Or, les Manuscrits de François de Sales ne portent pas seulement la marque du travail le plus consciencieux, mais ils nous découvrent chez leur auteur un souci de per¬fection qui le suivra à tous les âges : cette régularité de l'écriture, ces colonnes réservées pour les sommaires et les annotations, ces dates consignées à plusieurs reprises indi¬quent la préoccupation de ne rien laisser au hasard. L'ordre le plus parfait se remarque dans la division des chapitres, la rédaction des titres, la disposition des pages ; pas de ratures ni de retouches : tout est préparé diligemment, et définitif. Aucune trace de hâte, de négligence, d'ennui ; mais bien au contraire, la bonne grâce, l'élégance, l'orne¬ment. Les feuillets sont encadrés, les titres entourés de flexibles traits de plume, de vignettes, de déliés qui s'en¬lacent avec souplesse ; la reliure est rehaussée d'écussons et de filets dorés : tout cela, comme pour corriger ce que ces austères traités de logique et de scolastique auraient de trop sévère ; tout cela inspiré, semble-t-il, par l'amour de l'étude, et surtout par celui de la Sainte Vierge et du Christ dont les noms reparaissent souvent dans ces pages. C'est pour eux, pour leur complaire que le saint jeune homme apporte tant de soin à ce travail : or, ce qui est inspiré par l'amour n'est-il pas incomparablement plus parfait que ce qui est seulement accompli par devoir ? Voilà, du moins, ce que nous avons cru deviner quand nous tenions en main ces deux volumes, et la description que nous en donnons produira peut-être sur le lecteur une impression semblable. Ainsi sera justifié ce mot que Char¬les-Auguste écrivait en tête du second Manuscrit : Dum in scholis Parisiensibus ageret, jam sanctissimus Juvenis.
§ 2. - La grande épreuve
Nous arrivons aux documents qui se rapportent à ce qu'on est convenu d'appeler la tentation de désespoir.
C'est assurément l'épisode le plus tragique et, sans doute, le plus décisif de la vie de saint François de Sales, car il aura pour conséquence de fixer l'attitude définitive du grand Docteur sur la question primordiale de la Prédesti¬nation, autant dire sur la bonté de Dieu. Y eut-il là une véritable tentation, ou simplement une crise de l'âme et de l'intelligence ? C'est à quoi nous répondrons après l'examen des textes, dont beaucoup étaient inconnus jusqu'ici ; en attendant, nous emploirons le mot de tentation qui sera justifié dans la suite. Mais tout d'abord deux questions se posent.
Celle de la date : pour les raisons exposées dans notre note (2), page 14, nous inclinons à croire qu'on doit adop¬ter l'année 1587.
Comment connaissons-nous les détails de cette crise in¬time qui semble n'avoir eu d'autre témoin que Dieu ? Si nous nous appuyons sur le témoignage de Mgr Camus, cité par M. Henri Brémond , nous conclurons avec le savant historien que le Saint ne s'ouvrit à personne de son douloureux secret. Mais on verra dans la déposition du P. de Quoex , que M. Déage, précepteur du gentilhomme, fut au courant de l'épreuve, ainsi que d'autres personnes, selon le rapport du chanoine Gard. Celui-ci, après avoir parlé de la tentation et du vœu de chasteté qui la suivit, ajoute : " Ledit sieur Deage, qui a veu tout ce que dessus, me l'a raconté de la sorte, et je l'ay encor apris des sieurs Paquelet et Amé de Sales qui m'ont asseuré aussy de l'avoir apris du Pere François Suares, Jesuiste, qui estoit leur Regent et qui leur proposoit le Serviteur de Dieu pour exemple . " - Nous avons enfin le témoignage de la présidente Amelot , fille spirituelle du saint Evêque de Genève. Elle tenait le fait " de la bouche mesme de ce Bien-Heureux, " dit-elle, " qui me le descouvrit une fois par rencontre pour le soulagement de mon ame."
Quant aux Oraisons jaculatoires qu'exhalait le saint Etudiant pour implorer le secours de Dieu, elles nous ont été conservées comme il est dit dans notre note (2), page 14.
Résumons maintenant les circonstances de la crise. On sait qu'en 1580 ou 1581 au plus tard, le jeune François, âgé de treize à quatorze ans, fut envoyé par son père à Paris pour y continuer ses études et se préparer ainsi à faire bonne figure dans le monde. A tout autre collège, il préféra celui de Clermont, fondé en 1563 et dirigé par les Jésuites . Il y étudie d'abord la rhétorique et la philoso¬phie pour obéir à son père, puis la théologie, pour se plaire, comme il le dit, à lui-même . Son précepteur le fait aussi assister aux disputes théologiques de la Sorbonne, et le voilà initié à cette grande querelle de la Prédestination qui passionnait alors, non seulement Paris, mais l'Europe entière.
En 1559, dans la rédaction définitive de son : De lnsti¬tutione Christiana , en 1560, dans la traduction française de ce livre, Calvin avait défini la théorie qu'il imposait sur ce sujet à ses sectateurs : " Nous appelons Prédestina¬tion le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu'il vouloit faire d'un chascun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à éternelle damnation... Le Seigneur a une fois constitué en son conseil éternel et immuable, lesquelz il vouloit prendre à salut, et lesquelz il vouloit laisser en ruine. " Cette doctrine, déjà exprimée par Luther, avait été condamnée en 1520 par le Pape Léon X, dans la Bulle Exurge. Mais, dans le sein même du catholicisme, l'Université de Louvain devint le centre d'un semi-protestantisme ; Baius, chef de ce mouvement, est censuré en 1559 par la Faculté de théologie de Paris, en 1567 par Pie V, en 1579 par Grégoire XIII. Il y a plus : sans suivre Luther, ni Calvin, ni Baius, la Sorbonne don¬nait à ce sujet un enseignement qui, à tort ou à raison, prétendait s'appuyer sur les autorités de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, et qui était bien de nature à troubler l'âme tendre du jeune Etudiant : Dieu " n'a pas décrété le salut de tous. Il faut donc conclure que ceux qui sont privés du salut, le sont, non par suite de leur pro¬pre refus, mais par le refus de Dieu lui-même . " ¬-- " Dieu prédestine ses saints à la gloire uniquement par son bon plaisir, indépendamment de la prévision de leurs œuvres, et, en vertu de ce décret a priori, leur conférant les grâces nécessaires pour qu'ils puissent mériter cette gloire . "
Que ces doctrines soient exactement, la première de saint Augustin, l'autre de saint Thomas, nous n'avons pas à l'examiner ici; il suffit qu'elles fussent alors enseignées sous le nom de ces deux Docteurs. On comprend que Fran¬çois en fût bouleversé : ainsi, lui qui aimait Dieu de tout son jeune cœur, si ardent et si tendre, était peut-être prédestiné à la damnation ! Sans doute aussi ne pensait-¬il pas à lui seul, mais à tant d'autres âmes exclues par avance de tout espoir de salut en vertu d'un décret inin¬telligible et injustifiable, au moins pour la raison humaine. Et cependant, quelle autorité pouvait-il opposer à celle de ces deux grands maîtres de la théologie ? On lisait peu alors les Pères grecs qui auraient pu le rassurer, et Molina ne devait publier sa Concordia qu'en 1588, c'est-à-dire un ou deux ans plus tard, selon que l'on place la crise de notre Saint en 1586 ou en 1587.
Cette crise fut terrible ; suivons-en les étapes à l'aide de témoignages authentiques. Le plus important est la déposition du P. Claude-Louis-Nicolas de Quoex, Prieur du monastère bénédictin de Talloires, près Annecy .
" Voici quelle fut cette tentation, d'après ce que j'ai appris des témoins susnommés, " Déage, Paquellet et Antoine Bouvard . " Par un artifice abominable, l'ange de Satan, transformé en ange de lumière, essaya de lui persuader que, quoi que dorénavant il se proposât de faire, soit en bien, soit en mal, il serait enfin au nombre des réprouvés et destiné à être précipité pour l'éternité dans le gouffre éternel, avec les maudits qui blasphèment le nom de Dieu ; sa damnation éternelle était décidée dans cet arrêt divin qui ne peut être changé. Ce terrible décret du jugement était irrévocable parce qu'il est éternel, décidé par Celui qui est toujours le même, dont les voies et jugements sont insondables, abîme profond qui, de la même masse de boue, peut faire soit un vase d'honneur, soit un vase de honte, ignominie éternelle, et briser le juste, même sans motif. Aussi, c'était en vain qu'il em¬ployait tant de zèle et de sollicitude pour tâcher de vivre saintement ; il ne devait pas essayer plus longtemps, par de si consciencieux efforts, d'acquérir la vertu, puisque, au jour du jugement redoutable, il serait enfin abandonné de Dieu, pour être précipité dans le gouffre des maudits, quoi qu'il entreprît à l'encontre, car la sentence fixe et immuable de la volonté éternelle ne pouvait être en défaut.
Or, dans cette très grave tentation, où son salut éter¬nel était en jeu, les susnommés Déage, Bouvard, Paquellet et Amédée de Sales m'ont appris quel fut son tourment. Tous les jours il défaillait, et, à force de pleurer, semblait en agonie; versant des larmes jour et nuit et redoublant ses tristes sanglots, il fatiguait l'air de ses lamentations, en frappait le Ciel à coups redoublés et essayait de toucher le cœur de Dieu, soit pour être délivré de toute tentation, soit pour que, réconforté par Lui, il résistât courageusement dans la foi, et qu'enfin l'espérance immuable qu'il avait placée en sa miséricorde [ne fût pas vaine]. Dans son découragement, il pleurait amèrement durant la nuit et ses larmes couvraient ses joues ; on l'entendait gémir et crier vers le Seigneur, et répéter d'ardentes oraisons jaculatoires extraites des divers Psaumes du Roi-Prophète ; il en avait couché par écrit toute la suite, comme je l'ai appris du dit sieur Déage qui en prit copie sur l'original même du Serviteur de Dieu; il me l'a communiquée et c'est la copie même de ces prières que je présente .
Par ces oraisons jaculatoires tirées de tous les Psaumes et Cantiques du Roi-Prophète que, grâce à la très heureuse mémoire dont il était doué, il retenait au plus profond de son âme, il calmait les angoisses de son cœur désolé, et, pour ainsi dire, perçait le cœur de Dieu par toutes ces flèches d'amour et de douleur, et émouvait les entrailles de sa miséricorde. Jour et nuit, sa bouche exhalait des sen¬timents de ce genre, et, répandant devant le Seigneur, tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, parfois [même] plusieurs [ensemble], il méditait sur eux jour et nuit. Je le sais parce que je l'ai appris des témoins susdits, et surtout de Déage qui, ins¬piré par le dévouement et l'admiration, en avait réuni par écrit la série entière.
Je sais que le Serviteur de Dieu, battu par cette tem¬pête, recourut à la Très Heureuse Vierge, dirigea sa prière vers elle comme Consolatrice des affligés, s'écriant souvent : " 0 la plus belle des filles de Jérusalem, Mère de Dieu, Reine du monde, Refuge des pécheurs, Consolatrice des affligés, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espoir, salut ..." - J'ai appris cela des susdits témoins: Déage principalement, Amédée de Sales, Paquel¬let, qui ont entendu souvent le Serviteur de Dieu exhaler en pleurant les susdites oraisons.
Un mois presque et demi se passa dans ces langueurs, Dieu le permettant ainsi, afin que son Serviteur apparût très fidèle au milieu de la tentation et que, la tempête grandissant de plus en plus, sa plus qu'admirable confiance fût éprouvée comme l'or dans la fournaise. Je sais qu'il se prescrivit intérieurement cette seule résolution que tous les amants du Christ devraient graver dans leur cœur avec une pointe de diamant : " Quoi qu'il arrive, ô Seigneur, " etc. Ici, le Père de Quoex donne l' " Acte d'aban¬don héroïque " reproduit plus loin dans notre texte , et il ajoute : " Tel fut, au milieu des tourments, des soucis, des tribulations extrêmes, le vœu plus qu'admirable de son âme. Déage l'a également consigné par écrit ; je l'ai fidèlement confié à ma mémoire et retenu sûrement. C'est là, et ce fut toujours le bruit constant, l'opinion commune, la renommée publique... ; personne n'y contredit, personne n'en doute."
A ce témoignage d'un détail si précis et si émouvant, il faut joindre celui de la présidente Amelot, dont nous avons déjà cité le début. Elle continue ainsi : " Pendant qu'il faisoit ses estudes en ceste ville de Paris, il fut saisy d'une furieuse tentation contre l'esperance de son salut, laquelle le poussoit a croire qu'il estoit du nom¬bre des reprouvez et de ceulx qui n'auroient point de part a la gloire eternelle. Ceste violente imagination qui ne luy donnoit aucun relasche, et d'horreur qu'il avoit, plus de devoir estre eternellement ennemy de Dieu que des tour¬mens de l'enfer, altererent tellement son interieur qu'il en pensa tomber malade ; car, plus il se roidissoit contre ceste tentation et tacheoit de s'attacher a la misericorde divine, plus ceste imagination entrait avant dedans son ame. Enfin, ayant esté quelque temps dans ce furieux combat, un jour que ceste importune pensee le pressoit plus que de cous¬tume, comme il estoit fort devot a la sacree Vierge, a la¬quelle il avoit une particuliere confiance, il s'en alla a l'eglise des Peres de Saint Dominique, en la chappelle de la Vierge ; et la, humblement prosterné devant son image, il ouvrit son cœur en la presence de Dieu. Et renonçant a tout ce qui concernoit son interest particulier, il resigna purement et entierement son ame et ses intentions entre les mains de la divine Providence, sans se plus vouloir mettre en peine de son propre salut, se resolvant et pro¬testant de vouloir desormais se comporter au service de Dieu et a la vertu avec aultant d'affection comme s'il eust eu des asseurances infaillibles de devoir estre sauvé; et que si Dieu devoit estre plus honoré en sa condemnation qu'en son salut, qu'il aymoit mieux estre dans l'enfer pour l'ac¬complissement de la volonté divine, que parmy les esleuz en diminution de ses decretz eternelz. Et sur ceste pensee il prit une tablette, qui estoit pres des baleustres de la chappelle, sur laquelle il y avoit une petite oraison a la sacree Vierge; laquelle lisant devotement, il se sentit tout en un moment accoisé en son cœur, et affranchy d'une si cruelle et facheuse tentation, laquelle il ne ressentit onc¬ques plus."
Sainte Jeanne de Chantal reçut aussi confidence de cette grande épreuve; voici comment elle s'en explique : " Ce Bienheureux me raconta une fois, pour me conforter en quelque trouble que j'avois, qu'estant escolier a Paris, il tomba en des grandes tentations et extremes angoisses d'esprit. Il luy sembloit absolument qu'il estoit reprouvé et qu'il n'y avoit point de salut pour luy ; dont il transissoit, sur tout au souvenir de l'impuissance que les damnez ont d'aymer Dieu et de voir la tres sainte Vierge. Non obstant l'exces de ce travail, il eut tousjours, au fond de son esprit, ceste resolution d'aymer et servir Dieu de toutes ses for¬ces durant sa vie, et d'autant plus affectionnement et fidel¬lement qu'il luy sembloit qu'il n'en auroit le pouvoir pour l'eternité. Ce travail luy dura trois semaines pour le moins, ou environ six, selon qu'il me peut souvenir, avec telle violence qu'il en perdit quasi tout le manger et le dormir, et devint tout maigre et jaune comme de cire, dont son precepteur en estoit en tres grande peyne.
Or, un jour qu'il pleust a la divine Providence de des¬livrer ce Bienheureux, comme il retournoit du Palais, et passant par devant une esglise, le nom de laquelle j'ay oublié , il y entra pour faire son orayson. Il s'alla mettre devant un autel de Nostre Dame, ou il trouva une orayson qui estoit collee sur un ais, qui se commence : Souvenez vous, 0 glorieuse Vierge Marie, que jamais personne ne s'est addressé a vous, etc. Il la dit tout du long, puis se leva, et en ce mesme instant se trouva parfaitement et en¬tierement gueri ; et il luy sembla que son mal estoit tombé sur ses pieds comme des escailles de lepre. "
Tels sont les documents sur lesquels on doit se fonder pour l'étude de cette crise terrible : on voit combien ils sont circonstanciés et authentiques. Celui que nous devons au P. de Quoex provient de témoins qui ont suivi des yeux et, pour ainsi dire, épié tous les tourments du jeune Saint pendant cette période de martyre moral ; les deux autres reproduisent les confidences de François lui-même : tous trois sont d'accord et se complètent. Laissant aux histo¬riens le soin de les analyser, nous voudrions insister sur deux points.
D'abord, y eut-il, comme nous l'avons dit, une vraie tentation, ou seulement une crise intellectuelle produite par le contact soudain d'une âme jeune et tendre avec une doctrine impitoyable destinée à renaître bientôt sous la forme du jansénisme ? Le secret des cœurs et l'action du démon sont choses si obscures que parfois Dieu seul, semble-t-il, peut en pénétrer le mystère ; nous ne saurions alors que former des conjectures. Mais ce qui paraît certain à l'examen des textes cités ici, c'est que, pour les témoins et pour le Saint lui-même, il y eut réellement tentation : " Voici, " dit de Quoex, " quelle fut cette tentation, d'après ce que j'ai appris des témoins." Le mot revient à plusieurs reprises dans sa déposition, et deux fois dans celle de la présidente Amelot ; il se trouve aussi dans celle de la Mère de Chantal, et l'acte d'abandon du Saint contient ces pa¬roles : " Malgré tout ce que l'ange de Satan ne cesse de m'inspirer là-contre . " Quelque opinion que nous puis¬sions nous faire à cet égard, la conviction de celui-là même qui subit l'épreuve ne saurait être douteuse.
Comment cette crise s'est-elle développée, et quelle en a été l'évolution ? Elle dura " un mois presque et demi, " dit le P. de Qouex. Il est permis d'admettre que, au cours de ces cinq ou six semaines, l'angoisse, l'obsession déses¬pérante ne firent que grandir et que le dénouement arriva soudain au moment où la torture intime atteignait son paroxysme : le témoignage de Mme Amelot semble bien le prouver. D'ailleurs, d'après sa déposition, ce dénouement lui-même peut se décomposer en plusieurs moments : ce jour-là, François est pressé " plus que de coustume " par " ceste importune pensee " ; il s'en va à l'église et se rend tout droit à la chapelle de la Sainte Vierge ; prosterné devant sa statue, il commence par un acte de renoncement à tout propre intérêt et de résignation parfaite à la divine Providence ; ensuite il prend la " tablette " où se trouve le Memorare et le récite de tout son cœur. C'est alors qu'arrive la délivrance, instantanée, imprévue, la paix de l'âme, l'affranchissement subit et pour toujours.
Quant à la prière Quidquid sit, fut-elle composée du¬rant la tentation, ou bien jaillit-elle de l'âme du Saint au moment de sa visite à Notre-Dame des Grès ? et alors, il l'aurait rédigée de mémoire par la suite. Les deux hypo¬thèses peuvent être soutenues ; cependant, la première est plus vraisemblable. La déposition du Prieur de Talloires indique, en effet, que cette résolution d'aimer Dieu ici¬-bas sans espoir de pouvoir l'aimer dans l'autre vie fut conçue à la fin de la crise, mais pendant que celle-ci durait encore : " Tel fut, au milieu des tourments,... le vœu de son âme." Si Mme Amelot, en le résumant, le donne comme prononcé à l'église, aux pieds de la Sainte Vierge, cela n'empêche nullement de croire que la pensée et les termes en aient été arrêtés précédemment. Enfin, le témoignage de sainte Jeanne de Chantal confirme cette opinion, car la vénérable déposante place le résumé de la prière Quid¬quid sit au cours de la tentation même : " Non obstant l'exces de ce travail, il eut toujours, au fond de son esprit, la resolution d'aymer et servir Dieu de toutes ses forces durant sa vie, " etc.
Notre jeune Etudiant vient donc d'être délivré, comme par miracle, de ses débats angoissants au sujet de la Prédes¬tination. Quelle va être désormais sa doctrine sur ce pro¬blème capital ? Nous le saurons par l'étude des Fragments théologiques qu'il rédigea peu après à Padoue.
B) Période d'études à Padoue
A l'aperçu donné par Dom Mackey sur l'ensemble de cette période , il faut ajouter quelques observations de détail.
Dans la note 57, nous établissons la date exacte de l'arrivée du Saint à Padoue : automne de 1588. Il y resta jusqu'en janvier 1592, soit trois ans et deux ou trois mois. .
Les documents publiés ici et remontant à cette époque sont: des Exercices spirituels ; des Notes de Théologie ; des Extraits d'un Manuscrit autographe du cours de Droit suivi à l'Université ; la Harangue prononcée par le jeune lauréat lorsqu'il y fut reçu docteur, le 5 septembre 1591.
Il serait superflu de nous arrêter au texte déjà connu des Exercices spirituels : quiconque l'a lu avec attention a pu en apprécier la valeur au double point de vue ascétique et psychologique ; il a vu aussi avec quelle minutieuse circonspection le saint Etudiant surveillait toutes les dé¬marches de sa vie intérieure, depuis les plus importantes jusqu'aux plus minimes : la perfection, la sainteté étaient déjà son principal souci.
Les Notes de Théologie et le Manuscrit de Droit de¬mandent quelques explications nouvelles.
§ I. - Les Notes de Théologie
On a lu dans l'Introduction générale, qu'en 1648, lors du Procès de non cultu, six cahiers autographes furent présentés, qu'on en prit seulement quelques extraits et que le reste fut perdu. Nous croyons devoir donner en note le texte contenant la description de ces Manuscrits si importants, description que nous allons résumer ici .
Le 4 septembre 1648, les Religieuses du 1er Monastère de la Visitation d'Annecy remettent à Mgr Charles-Auguste de Sales, leur Evêque et Juge apostolique délégué, une cassette renfermant plusieurs paquets. L'un d'eux, " re¬couvert en carton à la façon d'un livre, " porte cette inscrip¬tion en italien: Manuscrits de Théologie et de Droit du Serviteur de Dieu François de Sales, pendant qu'il était à Paris et à Padoue, avec quelques indices de sa main qui témoignent de son attachement à la très sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine et au Saint-Siège Apostolique. Ils sont partagés en neuf cahiers in-4° ordi¬naire, d'une écriture très fine ; trois de Droit civil, six d'Observations théologiques. Juge et témoins en recon¬naissent l'authenticité.
On compulsa d'abord les Manuscrits de Droit, qui furent copiés en entier au volume IX du Procès de non cultu ; nous y reviendrons tout- à- l'heure. Les six autres cahiers, " décousus ", furent examinés ensuite ; le Notaire aposto¬lique Ducrest a indiqué les premiers et les derniers mots de chacun, ajoutant qu'à la fin du sixième, trois feuillets ont été laissés en blanc. Plus loin, il précise davantage : " L'Evêque, en parcourant ces recueils, arrive au second, où le Vénérable Serviteur de Dieu a traité de la grâce et des secours de la grâce, question théologique très difficile à laquelle il a joint seize annotations. Enfin, à la ligne 25e du cinquième feuillet, marquée par le numéro 114, il fait sa soumission en ces termes : Atque hœc tremens etc. C'est la solennelle protestation d'obéissance à l'Eglise que l'on trouvera à la page 46 du présent volume.
Sans rien dire du troisième cahier, le Notaire passe au quatrième dont il détache le second de ces graves docu¬ments sur la Prédestination ; il l'a rencontré à la 20e ligne du sixième feuillet, précédé de "seize autres annotations ". Ce fragment, qui débute par les mots : Hœc ita si fidei, est reproduit ci-après, page 37/38.
Le Rme Juge commence à feuilleter le cinquième cahier qui " traite encore de la Prédestination et de la réproba¬tion " ; au neuvième feuillet, ligne 27, il lit le texte de la célèbre " Protestation " Ad pedes beatorum Augustini et Thomœ provolutus, que René Favre, Jean-Baptiste Gard et tous les historiens du Saint font remonter à l'époque de la tentation de désespoir à Paris, et qu'il faut, de toute évidence, rapporter maintenant à la période de Padoue, en 1591 . Nous la donnons à la page 44.
Charles-Auguste termine l'examen du cinquième et du sixième cahiers ; mais, ajoute le Notaire, " ils contiennent tant de choses que, s'il fallait en tirer in extenso tout ce qui s'y trouve, il suffirait à peine de six mois... Le Juge fut d'avis de n'en pas prendre copie dans la présente compul¬sation, à moins que, par la suite, un ordre du Saint-Siège Apostolique ou de la Sacrée Congrégation des Rites n'en décide autrement."
Des manuscrits de Notes théologiques, deux pages auto¬graphes nous restent : elles portent aussi sur le sujet de la Prédestination et sont conservées à l'Oratoire de Naples. Le texte authentique, revu sur l'original, est donné ci¬-après, page 39 .
Quand on a lu ces quelques fragments, on éprouve un amer regret pour la perte irréparable des recueils d'où ils furent tirés. Pour avoir reculé devant un long travail de transcription, les Commissaires apostoliques du Procès de non cultu ont à jamais privé la postérité de documents d'une inappréciable valeur. Que de révélations nouvelles sur la vie intellectuelle et intime du saint Etudiant nous auraient apportées ces " choses " qu'il " méditait, plaçant dans le Seigneur tout son «espoir " (p.38) !... Les pages que nous possédons suffisent cependant à nous fixer sur l'attitude que ce jeune homme de vingt-quatre ans adopta en face du grand problème de la Prédestination.
Dès " l'adolescence ", sa " façon de penser " lui " a paru vraie "; il s'y est " affermi " (p.37). Depuis lors, il a étudié, médité, sondé l'impénétrable mystère ; il a prié surtout, avec une humilité profonde, Celui " qui donne la sagesse aux petits (p.37). " Enfin, un jour, à Padoue, et en 1591 ¬donc quatre ou cinq ans après la rude tempête qui boule¬versa tout son être à Paris, François de Sales prend nettement position et fait sienne une doctrine qui le sépare, sur un point capital, des grands maîtres de la théologie ; saint Augustin et saint Thomas. Tremblant d'émotion, mais sur un ton viril et plein d'assurance, il fixe à jamais sa pensée dans une page admirable où vibre toute son âme. Sa détermination prise, il ne changera plus ; jusqu'à la fin de sa vie, il sera l'apôtre du Dieu de bonté et de misé¬ricorde qui " ne hait rien de ce qu'il a fait (p.45), " mais qui veut le salut de tous ; du Père très aimant qui toujours prend pitié, pardonne et sauve.
§ 2. - Le Manuscrit de Droit
Nous avons dit plus haut (note 8 et p.13) que les trois cahiers de Droit soumis en 1648 à l'examen du Juge apostolique, furent copiés intégralement dans le neuvième volume du Procès de non cultu : l'Autographe en existe encore. Il appartient à M. le comte de Buffières, qui le garde en la chapelle de son château de Milliassière (Isère) et qui a bien voulu le laisser entre les mains des éditeurs pendant plu¬sieurs mois. A l'analyse des Pandectes, du Digeste et du Code Justinien, rédigée entre la fin de 1590 et les derniers mois de 1591, se mêlent des notes personnelles que nous publions pour la première fois , Dans son Introduction générale , le savant Dom Mackey a insisté sur leur importance, il a dit combien elles sont précieuses pour la Vie de saint François de Sales ; nous n'y reviendrons pas.
Le Manuscrit, relié sous une couverture de carton mou, couleur de parchemin , se compose de 120 pages non chiffrées ; la seconde et les deux dernières sont restées blanches. A l'extérieur, se lit cette inscription qui paraît être du XVIIe siècle : " de la propre main de S. Fran. de Sales " ; la même indication est répétée en caractères dif¬férents, bien que de la même époque, en haut de la pre¬mière page du texte.
Le papier a 20 cm. 9 mill. x 14 cm. ; une marge de 32 mm. d'un côté et de 25 mm. de l'autre réduit à 9 centi¬mètres environ la partie écrite. Les pages ne sont pas encadrées par des filets, comme dans les Manuscrits de Paris, mais les marges restent aussi nettes et régulières. En confrontant les deux fac-similé donnés en tête du présent volume, on verra qu'à Padoue, saint François de Sales abandonne les caractères gothiques pour adopter une écriture cursive très arrondie qu'il conservera désor¬mais, et dont la lecture est beaucoup plus facile quand on a la clef des abréviations alors en usage. Sauf les dix dernières pages et la première, toutes sont d'un caractère très fin ; on compte jusqu'à 54 lignes en une page et 80 lettres dans une ligne. Ici, plus d'enjolivements ni de lettres ornées ; les titres sont le plus souvent de mêmes caractères que le texte, mais un peu plus gros ; on en rencontre cependant quelques-uns en capitales.
Lorsque le comte de Buffières fit relier en maroquin rouge le précieux Manuscrit, il eut soin de joindre au volume trois pièces qui en attestent l'authenticité : la première, écrite sur un fort papier qui enveloppa l'Autographe jus¬qu'au mois de juin 1850, est du Fr. Antoine Périer, Correc¬teur général des Minimes, résidant à Lyon, et datée du 1er mai 1691 ; la seconde est du cardinal de Bonald (7 juin 1850), et la troisième, de Mgr Coullié (13 avril 1896), l'un et l'autre archevêques de Lyon.
A la lecture attentive du recueil que nous venons de décrire, une pensée se présente : l'étude du Droit dut être souvent pénible à saint François de Sales, non pas en tant que matière ardue et travail difficile, mais pour une raison supérieure. En effet, si d'une part la rectitude de son esprit lui fit trouver des charmes dans l'acquisition de cette science, de l'autre, l'essor de son être spirituel se sentit plus d'une fois comprimé au milieu de ces froides formules de lois qu'il avait sous les yeux et qu'il résumait, cependant, avec le plus grand soin. Quand il termine ses notes sur les Pandectes, il les dit " assez pénibles et laborieuses pour lui " , et à la fin du Manuscrit, il s'avoue " fatigué de ses efforts " . Ailleurs, - et ici perce même une cer¬taine lassitude physique - il écrit : " Mais, attendu que ces questions ont vieilli, il ne paraît pas utile de consacrer à les examiner ce temps de la canicule, trop chaud pour s'accommoder à des discussions froides et qui refroidis¬sent ." Et encore : " On traite ici longuement de la disci¬pline militaire... Je ne pense pas non plus qu'il soit utile de suer sur ces questions, vu qu'en ces temps on a assez à transpirer ."
L'âme du saint jeune homme éprouve alors le besoin de s'affranchir; déployant ses ailes, elle monte par une en¬volée, facile à surprendre dans la prière qu'il trace ou dans les vœux qu'il exprime. C'est ainsi qu'un tremblement de terre lui inspire des réflexions sur le triste état de l'Europe et lui arrache de douloureux gémissements qui sont un appel à la pénitence .
C) Période du Chablais et d'Annecy
Des notes très brèves, Souvenirs de faveurs surnatu¬relles reçues, quelques Essais de poésie, ébauches de pieux cantiques, le Règlement épiscopal et les deux Testaments de saint François de Sales : c'est, en dehors de ses Lettres, tout ce que nous possédons de documents ayant rapport à sa vie intime depuis son sacerdoce jusqu'à sa mort. Ils sont dispersés suivant l'ordre chronologique ; les renseignements utiles sont donnés dans les notes.
Nous nous bornerons donc à signaler l'intérêt très grand que présentent les annotations jointes au Règlement épis¬copal. En lisant le texte de celui-ci et, au bas des pages, le supplément d'informations fourni par les déposants au Procès de Canonisation de notre Saint, on pourra restituer avec une précision parfaite sa figure, ses habitudes quoti¬diennes, son costume, ses appartements, le mobilier de sa chambre, le nombre de ses domestiques, l'office de chacun d'eux. On y verra, avec une exactitude inconnue jusqu'ici, le saint Prélat célébrer la Messe, prier, officier dans sa cathédrale, recevoir les visites, s'entretenir avec les siens, établir autour de lui cet ordre, ce calme, cette amabilité, cette douce joie qui régnaient dans son âme et qu'il faisait rayonner sur tout ce qui l'approchait. C'est le saint Evêque de Genève portraituré ad vivum par ceux-là mêmes qui furent les témoins de toutes ses actions et de ses paroles les plus familières.
Si révélateurs que soient ces documents, nous n'en re¬grettons pas moins la perte de quelques autres ; celle, par exemple, d'un Manuscrit in-12, intitulé : Itinéraire du voyage fait à Rome en 1598 et 1599, par Fran¬çois de Sales, Prévôt de l'Eglise de Genève, et par François de Chissé, vicaire général du Diocèse, contenant des observations intéressantes, et toutes leurs démarches faites en Cour de Rome pour le rétablissement des bénéfices du Chablais, de Ternier et de Gex .
Les recherches faites pour le retrouver n'ont pas abouti. Peut-être contenait-il des détails qui eussent comblé les lacunes du texte et enrichi les notes de cette première Sé¬rie et de la deuxième dont nous allons parler.
II
DEUXIÈME SÉRIE: APOSTOLAT
Cette Série est composée de documents relatifs à l'apos¬tolat de saint François de Sales : A) dans le Chablais - ¬B) dans le pays de Gex. On y a joint un Mémoire qui regarde la conversion des hérétiques en général.
L'étude de ces pièces complètera la figure du Saint en le montrant sous un aspect spécial: celui de l'Apôtre. Nous l'y voyons à l'œuvre pour l'accomplissement de la tâche la plus ardue et parfois la plus ingrate qu'il ait jamais assumée ; car il lui faut lutter tantôt contre l'hostilité que sa doctrine soulève chez les réformés et leurs pasteurs, tantôt contre l'indifférence ou la timidité de ceux dont le devoir serait de le seconder. Il est alors contraint de multi¬plier mémoires et requêtes pour obtenir les ordres ou les faveurs nécessaires au rétablissement du culte catholique, et de revenir infatigablement à la charge, sans succès, au moins apparent. Même lorsque sa mission semble être depuis longtemps terminée, lorsqu'il occupe le trône épis¬copal, il se voit obligé de renouveler ses démarches pour la restauration encore incomplète du catholicisme dans ces pays toujours divisés : c'est pourquoi les documents pu¬bliés dans ce volume s'étendent jusqu'à l'année 1621.
A) Documents relatifs au Chablais
On sait que la mission proprement dite du Chablais, commencée le 14 septembre 1594, dura jusqu'en octo¬bre 1598, c'est-à-dire jusqu'au moment où saint François de Sales quitta Thonon pour se rendre à Rome : si depuis lors il revint dans le bailliage, ce ne fut que par intervalles.
Sur les dix-sept pièces que nous reproduisons et qui se rapportent à cette mission, les quatorze premières s'éche¬lonnent de 1595 à 1599 ; les trois autres, si elles ne s'y rattachent pas directement, en sont pourtant la suite né¬cessaire. Toutes sont déjà connues ; mais, dispersées dans les éditions de Vivès et de Migne, elles prendront un intérêt nouveau à être présentées ici en groupe et dans leur ordre chronologique. De plus, quelques-unes, dont la publication est due à Charles-Auguste de Sales, ont été remaniées par lui, ainsi que l'on pourra s'en convaincre en consultant les notes (1) des pages 145, 158 et 218 ; on les trouvera ici restituées dans leur texte authentique et dégagées des éléments étrangers introduits par le biographe. D'autres sont accompagnées des variantes inédites des diverses ré¬dactions. Enfin, toutes sont commentées par des notes destinées à éclaircir les allusions, à préciser les faits, à expliquer les circonstances parfois obscures et compli¬quées : ainsi la personne et l'action de l'Apôtre seront mises en meilleure lumière.
B) Documents relatifs au pays de Gex
Ils sont au nombre de seize, dont le premier est de la fin de décembre 1601, et le dernier, du 17 décembre 1621. Trois seulement avaient été publiés jusqu'ici, les treize autres sont inédits : on voit de quelle importance ils sont pour l'étude de l'apostolat, moins connu, de notre Saint dans le pays de Gex et de sa mission à Paris en 1602. Sa correspondance de cette époque et sur ce sujet est fort incomplète ; les notes qui accompagnent les nouveaux do¬cuments combleront, du moins en partie, ces lacunes. Mais comme cette histoire est assez compliquée, il ne sera peut-¬être pas inutile de résumer dans quelles conditions se trou¬vait le pays de Gex lorsque le jeune Coadjuteur de Mgr de Granier entreprit de s'occuper de sa restauration reli¬gIeuse.
Ce petit bailliage, situé entre le canton de Vaud au nord, le lac Léman à l'est, le Rhône et la Savoie au sud, la Fran¬che-Comté à l'ouest, était destiné par là même à être convoité par ses voisins plus puissants. D'abord dépen¬dant du Comté de Genève, il fut conquis en 1535 par Charles III, duc de Savoie. Mais, en janvier 1536, les Gene¬vois et les Bernois y rentrèrent en vainqueurs, y imposèrent le calvinisme, brûlèrent les églises et s'emparèrent des biens ecclésiastiques. " Il fallait choisir entre l'exil ou la Bible... c'était l'ultimatum des guerriers de Berne et de Ge¬nève . "
En 1564, le 30 octobre, le traité de Lausanne ou de Nyon, ratifié le 23 août 1567, rend le pays au duc de Sa¬voie, Emmanuel-Philibert, successeur de Charles III, à condition que le libre exercice du culte réformé y sera maintenu. Le duc souscrit à cette clause, dans l'espoir qu'avec le temps elle pourra être modifiée . Il meurt en 1580 et Charles-Emmanuel 1er lui succède. Neuf ans après (1589), le bailliage ayant été envahi par les troupes alliées du roi de France et des Suisses, la ville de Gex capitula et obtint que les habitants de toute la province fussent main¬tenus "en l'exercice de leur religion " réformée, " ainsi qu'il en avait été sous le gouvernement du prince de Savoie ; " que leurs ministres, maîtres d'école, etc., seraient " payés et entretenus comme ils l'étaient ci-devant . " Or, quelques mois plus tard, Charles-Emmanuel reprend le pays par le second traité de Nyon (11 octobre 1589) et n'autorise le culte calviniste qu'en trois paroisses, avec les traitements donnés jusqu'alors. Mais en janvier de l'année suivante, les Genevois s'emparent encore une fois du bail¬liage et la France les soutient : c'est ainsi que, depuis mars 1591 jusqu'au traité de Vervins (2 mai 1598), Genève gouverna le pays au nom de Henri IV, et de¬puis lors en son propre nom jusqu'en 1601. Le roi contraignit, cette année-là, le duc de Savoie à conclure le traité de Lyon (17 janvier) par lequel celui-ci lui céda le pays de Gex en même temps que le Bugey, le Valromey et la Bresse. Cette nouvelle frontière permettait à Henri IV de donner la main à " ses alliés et bons compères ", les Suisses.
En conséquence, le baron de Lux, au nom du roi, prit possession du bailliage le 30 juin et reçut le serment des habitants le 5 août.
Il déclara l'intention de rétablir le culte catholique au moyen d'un Intérim semblable à celui qui faisait loi en France. Cet Intérim voulait, nous dit le Saint dans une lettre du 20 août 1601 , que " les biens ecclésiastiques et les églises " fussent " rendus aux prêtres, aux évêques et autres. " Les Genevois, qui détenaient dans le pays de Gex les terres et les revenus de leur Prince-Evêque, de son Chapitre et des autres églises, réclamèrent. Le baron en référa au roi, et Mgr de Granier, de son côté, écrivit à Henri IV qui répondit, le 17 octobre, (cf L2, note 91). Cette lettre, ainsi qu'on le verra par la note de la page 241 du présent volume, pro¬voqua de la part du Prélat quelques démarches auprès du Saint-Siège, et le Nonce de France lui demanda un délégué capable de l'instruire à fond des difficultés. Nul, mieux que saint François de Sales, alors coadjuteur, ne pouvait remplir cette mission. Elle fut ardue et donna peu de résultats : on en jugera par les lettres qu'il adressait de Paris à son Evêque et à M. de Quoex (février-avril 1602) , et par la note qu'on trouvera plus loin .
Les documents postérieurs à cette mission, publiés dans le présent volume, témoignent encore des difficultés ren¬contrées par l'Apôtre devenu Evêque pour rétablir l'exer¬cice du culte catholique dans le bailliage de Gex et pour¬voir à l'entretien des prêtres qui desservaient les paroisses ayant fait retour à l'Eglise : le Clergé était pauvre et les Genevois multipliaient les obstacles.
A l'Appendice figurent des pièces, dont plusieurs iné¬dites, qui complètent les renseignements au sujet de l'a¬postolat du Saint en Chablais et à Gex ; d'autres ont rap¬port à ses voyages à Rome et à Paris. Le Mémoire du P. Chérubin de Maurienne offre un intérêt spécial: en révélant quelques traits caractéristiques de son zèle, il fait apprécier davantage encore celui non moins intré¬pide, mais plus éclairé, plus prudent, plus doux de " mon¬sieur de Sales ".
Par ce qui précède on voit tout ce que le volume que nous présentons au public contient d'important et de nou¬veau. Saint François de Sales étudiant, apôtre, mission¬naire, diplomate, évêque, y apparaîtra, croyons-nous, avec plus de précision, grâce à de nombreux détails sur des points encore mal connus, ou même inconnus. On y appré¬ciera mieux que jamais sa vie de labeur et d'activité inces¬sante, sa science approfondie en matière de droit aussi bien que de théologie, ses tourments intimes, ses fatigues apos¬toliques, son zèle tantôt héroïque et tantôt prudent selon que l'exigent les circonstances, la paix qui, depuis la crise décisive et douloureuse de 1587, s'établit pour toujours dans son âme, son inépuisable amour pour tous " ses prochains ", pour l'Eglise et pour Dieu.
LES EDITEURS.
Annecy,
en la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge,
15 août 1925.
AVIS AU LECTEUR
Des documents publiés dans ce volume, la plupart ont été revus sur les originaux ou sur les Procès de Canonisation de saint François de Sales ; leur provenance est indiquée à la fin de chacun.
Les Pièces qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont, à défaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter le texte à quelques-unes des anciennes Vies du Saint ou à d'autres ouvrages.
Les Editeurs sont seuls responsables des titres, adresses et dates qui précèdent chaque pièce ; la date est répétée à la fin quand elle figure sur l'original, ou qu'elle est authentique, quoique fournie par les textes imprimés.
Quand la date attribuée à un document n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre [] Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer.
Les divergences qui existent entre les différentes leçons d'une même pièce sont données au bas des pages. Le commencement de la variante est indiqué par la répétition, en italique, des mots qui la précèdent immédiatement au texte ; sauf de rares excep¬tions, la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les mots biffés dans les Autographes sont enchâssés entre [].
Des points placés au commencement ou à la fin d'un document indiquent qu'il est incomplet, excepté toutefois ceux qui se trouvent dans les Extraits du Manuscrit du cours de Droit (pp. 6g-8I et go-IOO), où ils ne signalent pas une lacune, mais une omission faite à dessein par les Editeurs. (Voir ci-après, note (I), p. 68.)
Dans l' Index qui suit le Glossaire, on a jugé à propos de fondre les noms des destinataires des pièces de la IIeme Série et de l'Appendice avec les titres des notes historiques et biogra¬phiques.
Les initiales R. E. mises à la suite d'une note avertissent qu'elle est tirée des Registres de l'ancien diocèse de Genève.
OPUSCULES
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
PREMIÈRE SÉRIE
ETUDES ET VIE INTIME
A – PÉRIODE D'ÉTUDES A PARIS
OCTOBRE 1580-1588
- I -
EXTRAITS DE DEUX MANUSCRITS AUTOGRAPHES
DU COURS DE PHILOSOPHIE
1 - PREMIER MANUSCRIT (octobre 1585-février 1586)
‡ ‡
I H S † MAA
BREVIS PRAEFATIO lN UNIVERSAM PHILOSOPHIAM
Quae de singulis difficultatibus dici possunt, ea omnia tradere discipulis neque brevitas temporis ad totam Phi¬losophiam percurrendam nobis concessi patitur, neque utilitas auditorum exposcit. Ideo semper quoad fieri potest studebimus brevitati, milita veluti solum attin¬gentes ut occasionem demus acutis ingeniis inde multa alia deducendi ; alia quae bene tradita reperiemus in authoribus quorum omnibus communiter est copia solum citantes, ut in propriis originibus videntur ; alia tandem, tanquam inutilia relinquentes, conabimur tamen ea quae utilia videbuntur exacte examinare et omnia ea claritate explanare qua facillime a discipulis percipiantur.
Hoc autem ut melius assequi possem, hunc ordinem statui servare, ut libros in tractatus, tractatus demum dis¬putationes, si opus erit, plures ponere, ae demum disputa¬tiones in questiones, prout rerum tractandarum diversitas postulaverit dividam. Eas autem sententias ubi diversitas erit opinionum, eligam quae et authoritate et rationibus et consonantia eum rebus fidei examinatis videbuntur preponendae. Omnia vera quae dixero, correctioni SS. Matris Eeclesiae et melius sentientium judicio submitto, petendo. ab O. M. Deo ut ipse, quemadmodum de infi¬nita ejus misericordia et de obedientiae virtute quae hoc nobis munus imposuit confidimus et speramus, specia¬lissime nobis semper auxilietur et ad prosperum concedat finem pervenire.
………………………………………………………..
TRACTATUS 18 IN LOGICAM / DE QUAESTIONIBUS PROOEMII
Disputatio prior : De essentia et existential Logicae
Quaestio 1a : An Logica sit et quomodo fuerit juncta, et a quo ?
2 - SECOND MANUSCRIT (MARS 1586)
Quaestio 3 :An Beatitudo praesentis vitae hominis existentis in puris naturalibus consisteret in aliquo bono creato ?
……………………………………………………………….
Quaestio 4 : In quo actu consistat beatitudo formalis praesentis vitae hominis existentis in puris naturalibus ; ubi etiam breviter dicemus in quo consistat essentialiter beatitudo nostra supernaturalis altrius vitae
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Revu sur l'autographe conservé au Grand-Séminaire de Grenoble
- II -
RÈGLES POUR LA RÉCEPTION
DE LA
SAINTE COMMUNION
LA COMMUNION SPIRITUELLE
[Avant 1580 ]
Je tascheray par tous moyens de recevoir reverem¬ment le plus souvent que fayre se pourra le tres auguste et tressaint Sacrement de l'autel, me resouvenant qu'il est institué pour la reparation de l'[humeur ] radical spirituel de nostre ame, et a iceluy est attribuee la conser¬vation et perseverance de la vie spirituelle militante, jusques a ce qu'on soit en la spirituelle triomphante. Et considereray de pres mon imbecillité et neantise, laquelle j'ay experimenté tant de foys que je n'ay poinct besoin d'autres preuves ; et partant je confirmeray sou¬ventesfoys mon cœur de ceste sainte viande, selon ce qui est escrit : Le pain qui fortifie le cœur de l'homme (Ps 103, 15).
2. Que si je ne peux plus souvent, au moins tous les moys je ne failliray poinct, estimant que les douze signes du zodiaque ne m'advisent et signifient autre sinon de me preparer, a fin qu'une foys je puysse arriver la haut, sur cest arc du pont celeste sous lequel le fleuve des mutations de ce monde passe, qui s'appelle vanité.. Et communieray encores chaque moys a fin de loüer Dieu de chaque revolution de la lune, et a fin que, par ce nombre d'université, je consacre mon universel aage a Dieu. Et chaque Communion me remettra en memoyre la vie et mort de quelqu'un des bienaymés douze Apos¬tres, et quelqu'un des douze articles de la foy.
3. Je n'estimeray pas legitime empeschement de ceste sainte devotion toute sorte d'incommodité, mays seule¬ment celle qui sera telle qu'avec icelle on ne puysse communier ; sçachant que ce n'est pas grand service celuy que l'on faict seulement quand on en a commodité, par maniere d'inadvertance et occurrence.
4. Que si je ne puys, par quelque legitime empesche¬ment, aller a la table de Nostre Seigneur et me refec¬tionner de ceste sainte viande quand sera le tems ordinaire, je feray quelque extraordinaire bonne œuvre en contreschange : comme sera quelque effort de prieres, de misericorde tant spirituelle que corporelle, d'auste¬rité, d'humilité et abjection, et autres semblables ; imitant en cecy ceux lesquelz en hyver n'ont pas du feu pour se garder du froid, qui s'advisent de fayre d'autant plus d'exercices et mouvemens : ainsy, ne pouvant m'appro¬cher du Saint Sacrement, qui est le feu que Nostre Seigneur vint mettre au monde (Lc 12,49) je feray d'autant plus d'exercice et mouvement en la vertu, a fin que le froid et vent de bize d'où vient tout mal (Jn 1,14), qui est le peché, ne me gele interieurement ; et particuliere¬ment je feray a la façon des François, qui passent la faim en chantant, car je passeray la faute de ce Pain celeste faysant d'autant plus de prieres.
Item, je me conforteray en la Communion spirituelle, c'est a dire au desir des Sacremens : comme ceux qu'on nourriroit quelque espace de tems avec l'odeur des choses aromatiques et vaporeuses, m'enivrant a l'odeur seule d'un si puyssant et fort vin qu'est celuy la ; et, ne recevant l'onction, je ne lairray de courir à l'odeur des parfums du Seigneur (Ct 1,3).
Revu sur le texte inséré dans le IId Procès de Canonisation.
- III –
FRAGMENTS D' ÈCRITS INTIMES
SE RAPPORTANT
A LA TENTATION DE DÈSESPOIR
1580 ou 1587
1 – RECUEIL D'ORAISONS JACULATOIRES TIRÉES DES PSAUMES
Dieu oubliera-t-il d'avoir pitié ? ou retirera-t-il, dans sa colère, ses miséricordes ? (Ps 76,8,10)
Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés ; et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. Comme s'évanouit la fumée, qu'ils s'éva¬nouissent ; comme la cire fond à la face du feu, qu'ainsi périssent les assauts du démon à la face de Dieu. (Ps 67,2,3)
Dieu est notre refuge et notre force, notre aide dans les tribulations qui nous ont assailli très violemment. C'est pour cela que nous ne crain¬drons pas, tandis que la terre sera bouleversée et que des montagnes seront transportées au cœur des mers. (Ps 45,2,3)
Ayez pitié de moi, ô Dieu, parce que l'ennemi m'a foulé aux pieds ; tout le jour m'attaquant, il m'a tourmenté. Contre la puissance du démon, je craindrai ; mais j'espérai en vous. O Dieu, je vous ai exposé ma vie ; vous avez mis mes larmes en votre présence. (Ps 55,2,4,9)
Ils ont préparé un lacs pour mes pieds et ils ont courbé mon âme ; ils ont creusé devant ma face une fosse, afin que j'y tombe. (Ps 56,7)
Arrachez, Seigneur, mon âme à la mort et mes pieds à la chute, afin que je me rende agréable devant vous dans la lumière des vivants. (Ps 55, fin)
Ayez pitié de moi, ô Dieu, ayez pitié de moi parce que mon âme s'est confiée en vous ; et à l'ombre de vos ailes, j'espérerai jusqu'à ce que l'iniquité soit passée. Je crierai au Dieu très-haut. au Dieu qui m'a fait du bien. Il enverra du ciel et il me délivrera ; il donnera en opprobre ceux qui me foulaient aux pieds. Dieu enverra sa miséricorde et sa véri¬té et il arrachera mon âme du milieu des petits des lions ; j'ai dormi tout troublé. (Ps 56,2-5)
Sauvez-moi, ô Dieu, parce que les eaux sont entrées dans mon âme. ]e suis enfoncé dans une boue profonde et sans consistance ; je suis venu dans la profondeur de la mer, et une tempête m'a submergé. Pour moi, je vous adresse ma prière, Seigneur ; c'est le temps de votre bienveillance, ô Dieu. Selon la grandeur de votre miséricorde, exaucez-moi, selon la vérité de votre salut. Retirez-moi de la fange afin que je n'y demeure pas enfoncé ; délivrez-moi de ceux qui me haïssent, et du fond des eaux. Qu'une tempête d'eau ne me submerge pas, qu'un abîme ne m'engloutisse pas, qu'un puits ne referme pas sa bouche sur moi. Exaucez-moi, Sei¬gneur, parce que votre miséricorde est bienfaisante ; selon la multitude de vos bontés, jetez un regard sur moi et ne détournez pas votre face de votre serviteur ; parce que je suis tourmenté, exaucez-moi promptement. Approchez-vous de mon âme et délivrez-la ; à cause de mes ennemis, délivrez-moi. (Ps 63,2,3 14-19)
Moi j'ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi, guérissez mon âme parce que j'ai péché contre vous.(Ps 40,5)
O Dieu, songez à me secourir ; Seigneur, hâtez-vous de me venir en aide. Qu'ils soient confondus et qu'ils soient couverts de honte, ceux qui cherchent mon âme. Pour moi, je suis indigent et pauvre ; ô Dieu, aidez¬-moi. C'est vous qui êtes mon aide et mon libérateur ; Seigneur, ne tardez pas.(Ps 69,2,3,6,7)
Ne livrez pas aux bêtes féroces mon âme qui vous loue ; et l'âme de votre pauvre serviteur, ne l'oubliez pas à jamais. Jusques à quand, ô Dieu, l'ennemi se livrera-t-il à l'outrage ? et mon adversaire irritera-t-i! toujours votre nom ?(Ps 73,19,10)
Donnez-nous, Seigneur, du secours pour nous retirer de la tribula¬tion, parce que vain est le salut de l'homme. En Dieu nous ferons preuve de valeur, et lui-même réduira au néant ceux qui nous tourmentent. (Ps 107,13,14)
Est-ce que mon âme ne sera pas soumise à Dieu ? car c'est de lui¬-même que vient mon salut, car lui-même est mon Dieu et mon Sauveur ; mon soutien, je ne serai plus ébranlé. Cependant, sois soumise à Dieu, ô mon âme, puisque de lui vient ma patience. Parce que lui-même est mon Dieu et mon sauveur ; mon aide, je n'émigrerai pas. En Dieu est mon salut et ma gloire : il est le Dieu de mon secours, et mon espérance est en Dieu. (Ps 61,2,3,6-8).C'est en vous, Seigneur, que j'ai espéré; je ne serai pas confondu à jamais. (Ps 30,2).
Revu sur le texte inséré dans le IIe Procès de Canonisation.
2 - ASPIRATIONS ET PRIÈRES
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Moy, miserable, helas ! seray je donques privé de la grace de Celuy qui m'a faict gouster si soüefvement ses douceurs, et qui s'est monstré à moy si aymable ? O Amour ! O Charité ! O Beauté a laquelle j'ay voüé toutes mes affections, hé, je ne jouyray donques plus de vos delices, et je ne seray plus enyvré de l'abondance de vostre mayson, et vous ne m'abbreuveres plus du torrent de vostre volupté ? (Ps 35,9) O les bienaymés tabernacles du Dieu des vertus (Ps 83,2), hé donques, je ne passeray jamais au lieu de ce tabernacle admirable, jusques en la mayson de Dieu ? (Ps 41,5).
O Vierge, aggreable entre les filles de Hierusalem, des delices de laquelle l'enfer ne peut estre resjouy, hé, je ne vous verray donques jamais au royaume de vostre Filz, belle comme la lune et esleuë comme le soleil ? (Ct 6,9).
Et jamais donques je ne seray faict participant de cest immense benefice de la Redemption ? ... Et mon doux Jesus n'est il pas mort aussi bien pour moy que pour les autres ?.. Ah! quoy qu'il. en soit, Seigneur, pour le moins que je vous ayme en ceste vie, si je ne puis vous aymer en l'eternelle, puysque personne ne vous loüe en enfer .(Ps 6,6 ; Is 38,18).
3 - ACTE D'ABANDON HÉROIQUE
(INÉDIT)
Quidquid sit, O Domine, in cujus manu cuncta sunt posita et cujus omnes viœ justitia et veritas ; quidquid de illo œterno prœdestinationis ac reprobationis arcana cujus judicia abyssus multa circa me statutum a te fuerit, qui semper es justus Judex et misericors Pater, diligam te, Domine, saltem in hac vita, si diligere non dabitur in œterna (a) ; et saltem, te hic amabo, O Deus meus, et in misericordia tua semper sperabo, et semper adjiciam super omnem laudem tuam (Ps 70,14), quidquid in oppositum angelus Satanee (2 Co 12,7) suggerere non desinat. O Domine Jesu, tu eris semper spes mea et salus mea in terra viventium (Ps 141,6). Si meis exigentibus meritis maledictus de maledictorum numero sum futurus qui faciem tuam suavissimam non videbunt, da mihi saltem ut ex numero eorum non sim qui maledicent nomini sancto tuo.
Quoi qu'il arrive, Seigneur, vous qui tenez tout dans votre main, et dont toutes les voies sont justice et vérité (Ps 24,10) ; quoi que vous ayez arrêté à mon égard au sujet de cet éternel secret de prédesti¬nation et de réprobation ; vous dont les jugements sont un profond abîme, vous qui êtes toujours juste Juge et Père miséricordieux, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie, s'il ne m'est pas donné de vous aimer dans la vie éternelle; au moins je vous aimerai ici, ô mon Dieu, et j'esérerai toujours en votre miséricorde, et toujours je répéterai toute votre louange, malgré tout ce que l'ange de Satan ne cesse de m'inspirer là-contre. O Seigneur Jésus, vous serez toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants. Si, parce que je le mérite nécessairement, je dois être maudit parmi les maudits qui ne verront pas votre très doux visage, accor¬dez-moi au moins de n'être pas de ceux qui maudiront votre saint nom.
Revu sur le texte inséré dans le IId Procès de Canonisation.
(a) Quidquid, Domine Jesu, in tremendo illo ac inscrutabili sapientiae " ac justitiae decreto, cujus investigabiles viae. ac judicia abyssus multa quae igno¬rare nos expedit propter altitudinem divini secreti tui et humiliationem ingenii nostri, statutum fuerit, diligam te, Domine, saltem in hac vita, si diligere non dabitur in reterna.
( O Seigneur Jésus, quel que soit l'arrêt porté dans ce redoutable et impé¬nétrable décret de votre sagesse et de votre justice, dont les voies ne peuvent être scrutées (Rm 11,33) et dont les jugements sont un profond abîme, car il nous est bon de les ignorer à cause de la profondeur de votre divin secret et pour l'humiliation de notre esprit, je vous aimerai, Seigneur, au moins en cette vie, s'il ne m'est pas donné de vous aimer en l'éternelle.)
B – PÉRIODE D'ÉTUDES A PADOUE
NOVEMBRE 1588 - JANVIER 1592
IV
EXERCICES SPIRITUELS
1590
1 - EXERCICE DE LA PRÉPARATION
Je prefereray tousjours a toute autre chose l'Exercice de la Preparation, et je le feray au moins une foys le jour, c'est a sçavoir le matin ; que s'il se presente quelque occasion extraordinaire, je m'en serviray particulierement et la prendray pour sujet de ce mien Exercice. Et pour ce que la Preparation est comme un fourrier a toutes nos actions, je m'y occuperay selon la diversité des occurrences et tascheray, par le moyen d'icelle, de me disposer a bien et loüablement traitter et prattiquer mes affayres.
La premiere partie de cest Exercice est l'invocation ; partant, reconnoissant que je suis exposé a une infinité de dangers, j'invoqueray l'assistance de mon Dieu et diray : Domine, nisi custodieris animam meam, frustra vigilat qui custodit eam (Ps 126,1) ; Seigneur, si vous n'aves soin de mon ame, c'est en vain qu'un autre en aura du soin. De plus, reconnoissant que la conversation m'a autresfoys faict tomber en beaucoup d'imperfections et de manquemens, je m'escrieray : Sœpe expugnaverunt me a iuventute mea, dicat nunc anima mea (Ps 128,1,2) ; O mon ame, dites hardiment: des mon bas aage on m'a gran¬dement et fort souvent persecutee. Et de plus : Domine, esto mihi in Deum protectorem, et in domum refugii, ut salvum me facias (Ps 30,3) ; O mon Dieu, soyes mon protecteur, soyes moy lieu de refuge, sauves moy des embusches de mes ennemis. Domine, si vis, potes me mundare (Mt 8,2).. Seigneur, pourveu que vous le voulies vous me pouves rendre net. En somme, je le prieray de me fayre digne de passer la journëe sans l'offencer ; a quoy servira ce qui est escrit au Psalme cent quarante troysiesme (Ps 143,8-11) : Notam fac mihi viam in qua ambulem, quia ad te levavi animam meam. Eripe me de inimicis meis, Domine, ad te confugi ; doce me facere voluntatem tuam, quia Deus meus es tu. Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam ; propter nomen tuum, Domine, vivificabis me in œquitate tua. J'ay eslevé mon cœur a vous ; pour cest effect, delivres moy, O mon Dieu, de mes adversaires, apprenes moy a fayre vostre volonté, puysque vous estes mon bon Dieu ; vostre bon esprit me conduira par la main au bon chemin, et vostre divine Majesté me donnera la vraye vie par son indicible amour et par son immense charité.
La seconde partie est l'imagination, qui n'est autre chose qu'une prevoyance ou conjecture de tout ce qui peut arriver le long de la journée. Donques, je penseray serieusement aux incidens qui me pourront survenir, aux compaignies ou, possible, je seray contrainct de me trouver, aux affayres qui peut estre se presenteront, aux lieux ou je seray sollicité de me transporter ; et ainsy, avec la grace de Nostre Seigneur, j'iray sagement et prudemment au devant des difficultés et des occasions dangereuses qui me pourroyent surprendre et prendre.
La troysiesme partie est la disposition. C'est pourquoy, apres avoir discrettement conjecturé les divers labirinthes ou aysement je m'esgarerois et courrois risque de me perdre, je considereray diligemment et rechercheray les meilleurs moyens pour esviter les mauvais pas ; je dispo¬seray aussy et ordonneray a part moy de ce qu'il me conviendra fayre, de l'ordre et de la façon qu'il faudra observer en telz et telz negoces, de ce que je diray en compaignie, de la contenance que je tiendray, de ce que je fuyray ou rechercheray.
La quattriesme partie est la resolution, en suitte de¬quoy je feray un ferme propos de ne jamais plus offencer Dieu, et specialement en ceste presente journëe. Pour ceste fin je me serviray des paroles du Prophete royal David (Ps 61,2) : Nonne Deo subjecta eris, anima mea ? ab ipso enim salutare meum ; eh bien, mon ame, n'obeyres vous pas de bon cœur aux saintes volontés de Dieu, veu que de luy depend vostre salut ? Ah, que c'est une grande lascheté de se laisser persuader et conduire a mal fayre, contre l'amour et desir du Createur, par crainte, amour, desir et hayne des creatures, quelles qu'elles soyent ! Certainement, ce Seigneur d'infinie majesté estant reconneu de nous digne de tout honneur et service, ne peut estre mesprisé qu'a faute de courage. A quel propos contrevenir a ses equitables loix pour eviter les dommages du cors, des biens et de l'honneur ? Que nous peuvent fayre les creatures ? Or sus, consolons nous et fortifions nous tout ensemble, sur ce beau verset du Psalmiste (Ps 98,1) : Dominus regnavit, irascantur populi ; qui sedet super Cherubim, moveatur terra ; Que les meschans facent du pis qu'ilz pourront contre moy, le Seigneur est puyssant pour les tous royalement sub¬juguer ; que le monde gronde tant qu'il voudra contre moy seulement, il ne m'en chaut, puysque Celuy qui domine sur tous les Espritz angeliques est mon protecteur.
La cinquiesme partie est la recommandation ; voyla pourquoy je me remettray, et tout ce qui depend de moy, entre les mains de l'eternelle Bonté et la supplieray de m'avoir tousjours pour recommandé. Je luy laisseray absolument le soin de ce que je suys et de ce qu'il veut que je sois ; je diray de tout mon cœur : Unam petii a te, Domine Jesu, hanc requiram, ut faciam volunta¬tem tuam omnibus diebus vitœ meœ (Ps 26, ; 39,9); Je vous ay demandé une chose, O Jesus, mon Seigneur, et derechef je vous la redemanderay : a sçavoir, que l'accomplisse, fidelement vostre amoureuse volonté tous les jours de ma pauvre et chetifve vie. ln manus tuas, Domine commendo spiritum meum (Ps 30,6 ; Lc 23,46) ; Je vous recommande, O benin Seigneur, mon ame, mon esprit, mon cœur, ma memoyre, mon entendement et ma volonté ; hé, faites qu'avec et en tout cela je vous serve, je vous ayme, je vous playse et honnore a jamais.
Revu sur le texte inséré dans le II" Procès de Canonisation.
DE LA PREPARATION
L'Exercice de la Preparation sera preferé tousjours a tous autres, et se doit faire au moins une foys le jour, c'est a sçavoir le matin; et s'il se presente quelque extraordinaire occasion (occupation), il sera bon de le fayre particulierement pour icelle. Or, j'appelle Preparation, en cest endroit, un Exercice particulier par lequel on se dispose a bien et loüablement prattiquer, converser et fayre les affayres ; et iceluy a plusieurs parties.
La premiere est l'invocation de Dieu, laquelle se fera connoissant les dangers esquelz journellement nous sommes, qui nous fera dire : Domine, nisi custodieris animam meam, frustra vigilat qui custodit eam. Item, connoissant les pechés et imperfections que la . conversation nous a apporté autresfoys, nous pourrons dire: Sœpe expugnaverunt me a juventute mea, dicat nunc anima mea : Domine, . esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii, ut salvum me facias ; Domine, si vis, potes me mundare.
La seconde : apres avoir ainsy invoqué Dieu et l'ayant prié de nous fayre dignes de passer la journëe sans l'offencer (a quoy
pourra encores servir l'orayson " Actiones nostras, " (Samedi Quatre temps Carême) et fort commodement les versetz du Psalme 142, 8-16 : Notam fac mihi viam in qua ambulem ; Eripe me ; Spiritus tuus bonus ), alhors l'on fera l'ima¬gination, ou prevoyante conjecture, se representant et discourant sur ce qu'en toute la journëe nous pourrons penser nous devoir advenir : c'est a dire, les lieux ou nous nous devons trouver, les compaignies, les affayres que nous devons traitter, allant recher¬chant ce qui nous pourra survenir.
La troysiesme sera l'advis et disposition providente, c'est a dire la diligence que nous prendrons a considerer quel meilleur moyen, ordre et façon nous pourrons tenir a fayre ce que nous penserons devoir fayre, disposant ce que nous pourrons dire, quelle conte¬nance tenir, quoy fuyr, quoy chercher.
La quattriesme sera la discretion et separation, par laquelle, de tout ce qui se pourra presenter a fayre, nous rejetterons ce qui est contre l'honneur de Dieu et la charité du prochain, ce qui est scandaleux et vituperable.
La cinquiesme sera la resolution et ferme propos de ne jamais offencer Dieu, et particulierement en toute ceste journëe, disant a bon escient a l'ame : Nonne Deo subjecta eris, anima mea ? ab ipso enim salutare tuum ; et pensant combien c'est grande lascheté, par crainte, amour, desir et hayne des creatures, quelles qu'elles soyent, se laisser persuader et conduire a mal fayre, contre l'amour et desir du Createur, lequel, estant reconneu pour digne de tout service, ne peut estre mesprisé que par faute de courage de resister au mal du cors et de l'honneur que nous peut fayre la creature. Et a ce propos, faudra dire : Dominus regnavit, irascantur populi : qui sedet super Cherubim, moveatur terra (Ps 98,1).
Sixiesmement : apres il faudra recommander tout l'affayre a Dieu, disant : Unam petii a te, Domine Jesu, hanc requiram, ut faciam voluntatem tuam omnibus die bus vitœ meœ. ln manus tuas, Domine, commendo, etc.
Or, quant a la Preparation, estant icelle comme un fourrier a toutes actions, il la faudra fayre selon la diversité des occurrences, principalement selon les poinctz qui s'ensuyvent, esquelz est traitté de ce qui se doit observer (que je dois observer en plusieurs particulieres occasions).
2 - CONDUITE PARTICULIÈRE POUR BIEN PASSER LA JOURNÉE
Premier article. - Le matin, aussy tost que je seray esveillé, je rendray graces a mon Dieu avec ces parolles du Psalmiste royal David (Ps 62,7,8) : ln matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus ; c'est a dire : Des l'aube du jour vous seres le sujet de ma meditation, d'autant que vous aves esté ma sauvegarde. Par apres, je penseray a quelque sacré mistere, signamment a la devotion des pasteurs qui vindrent sur le lever de l'aurore adorer le divin Poupon (Lc 2,15) ; a l'apparition qu'il fit a Nostre Dame, sa douce Mere, le jour de sa triomphante resur¬rection, et a la diligence des Maries, lesquelles, esmeües de pieté, se leverent de bon matin (Mc 16,2) pour honnorer le sepulchre du vray Dieu de la vie, trespassé. En suitte de¬quoy je considereray que nostre amoureux Sauveur est la lumiere des Gentilz et la lumiere qui dissipe les tenebres du peché (Lc 2,32 ; Jn 8,12) ; sur quoy, faysant une sainte resolution pour toute la journëe, je chanteray avec David (Ps 5,5) : Mane adstabo tibi et videbo, quoniam non Deus volens iniquitatem tu es ; Je me leveray de bonne heure, et me mettant en vostre presence, je considereray que vous estes le Dieu auquel desplait l'iniquité ; par¬tant je la fuyray de tout mon possible, comme chose souverainement desaggreable a vostre infinie Majesté.
Second article. - Je ne manqueray tous les jours d'oüyr la sainte Messe, et a fin d'assister convenablement a cest ineffable mistere, j'inviteray les facultés de mon ame d'y faire leur devoir, avec cest excellent verset : Venite et videte opera Domini quœ posuit prodigia super terram (Ps 45,9) ; Venes voir les œuvres du Seigneur, venes admirer les merveilles qu'il daigne fayre en nostre terre. Transeamus usque Bethlehem, et videamus hoc verbum quod factum est, quod Dominus ostendit nabis (Lc 2,15) ; Allons a l'eglise, car c'est la ou l'on faict le pain super substantiel (Mt 6,11) avec les saintes parolles que Dieu a mises en la bouche des prestres pour nostre con¬solation,
Troysiesme article, - Comme le cors a besoin de prendre son sommeil pour delasser et soulager ses membres travaillés, de mesme est il necessaire que l'ame ayt quelque tems pour sommeiller et se reposer entre les chastes bras de son celeste Espoux, a fin de restaurer par ce moyen les forces et la vigueur de ses puyssances spiri¬tuelles, aucunement recreües et fatiguëes ; partant je destineray tous les jours certain tems pour ce sacré sommeil, a ce que mon ame, a l'imitation du bienaymé Disciple, dorme en toute asseurance sur l'amiable poi¬trine (Jn 13,23 ; 21,20), voire dans le cœur amoureux de l'amoureux Sauveur. Or, tout ainsy que par le sommeil corporel toutes les operations corporelles se resserrent tellement dans le cors qu'elles ne s'estendent rien pour tout au dela d'iceluy, aussy donneray je ordre que mon ame, en ce tems la, se retire tout a faict en soy mesme, et qu'elle ne face autre fonction que de ce qui luy touchera et appar¬tiendra, obeyssant humblement au dire du Prophete (Ps 126,2) : Surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris ; O vous qui manges volontier le pain de douleur, ou en la doleance de vos fautes, ou en la condoleance de celles du prochain, ne vous leves pas, n'alles pas aux occupations exterieures de ce siecle labo¬rieux, que vous ne vous soyes au prealable suffisamment reposés en la contemplation des choses eternelles.
Quatriesme article. - Que si, comme il advient souvent, je ne puis trouver autre heure pour ce repos spirituel, a tout le moins desrobberay je une partie du repos corporel pour l'employer fidellement en un si vigi¬lant sommeil. Voyci donques comme je feray : ou je veilleray, mesmement dans le lict, quelque peu apres les autres, si autrement je ne puis fayre, ou je m'esveille¬ray apres le premier sommeil, ou bien le matin je me leveray devant les autres, et me resouviendray de ce que Nostre Seigneur a dict a ce propos : (Mt 26,41 ; Lc 22,40) Vigilate et orate, ne intretis in tentationem ; Veilles et faites orayson, de peur que vous ne soyes vaincuz parla tentation.
Cinquiesme article. - Si Dieu me faict la grace de m'esveiller parmy la nuict, je resveil1eray incontinent mon cœur avec ces paroles : Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit, exite obviam ei (Mt 25,6) : Sur la minuict, on a crié : Voyla l'Espoux qui vient, alles au devant de luy. Puys, par la consideration des tenebres exterieures entrant dans la consideration de celles de mon ame et de tous les pecheurs, je formeray ceste priere : llluminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros in viam pacis (Lc 1,79) : Hé, Seigneur, puysque les entrailles de vostre misericorde vous ont faict descendre du Ciel en terre pour nous venir visiter (Lc 1,79), de grace, illumines ceux qui gisent estenduz de leur long dans les tenebres d'ignorance et dans l'ombre de la mort eternelle, qui est le peché mortel ; conduises les aussy, s'il vous plaist, au chemin de la paix interieure. Je tascheray encores de m'exciter, prononçant ces paroles du saint Prophete Roy (Ps 133,2) : ln noctibus extollite manus vestras in sancta, et benedicite Dominum ; Esleves et estendes de nuict vos mains vers le Ciel, et benisses le Seigneur. Je mettray peyne d'effectuer son commandement (Ps 4,5) : Quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris com¬pungimini ; Ayes repentance, mesme dans le lict, des pechés que vous commettes avec la seule pensee : ce que pour deüement accomplir, a l'imitation de cest harmo¬nieux cygne penitent, lachrimis meis stratum meum rigabo (Ps 6,7) ; je baigneray ma couche de mes larmes.
Sixiesme article. - Parfoys je me retourneray a mon Dieu, mon Sauveur, et luy diray : Ecce non dormi¬tabit neque dormiet, qui custodit Israel (Ps 120,4) ; Non, vous ne dormes ny ne sommeilles poinct, O vous qui gardes l'Israel de nos ames. " Dum medium silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet, omni¬potens Sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus venit (Introït Nativité). " Les plus sombres tenebres de la minuict ne peuvent donner aucun obstacle a vos divins effectz ; à ceste heure la, vous naquistes de la Vierge sacree vostre Mere, a ceste heure la aussy vous pouves fayre naistre vos celestes graces dans nos ames et nous combler de vos plus cheres faveurs. Ah ! Redempteur pitoyable, illumina oculos meos ne unquam obdormiam in morte ; nequando dicat inimicus meus : Prœvalui adversus eum (Ps 12,4). Illu¬mines tellement mon pauvre aveuglé cœur des beaux rayons de vostre grace, que jamais il ne s'arreste en fa¬çon quelcomque en la mort du peché ; hé, ne permettes pas, je vous prie, que mes ennemis invisibles puissent dire : Nous avons eu barre dessus luy. En fin, apres avoir consideré les tenebres et les imperfections de mon ame, je pourray dire les parolles qui sont en Esaie (Is 21,11) : Custos, quid de nocte ? custos, quid de nocte ? c'est a dire : O surveillant, surveillant, reste il encores beaucoup de la nuict de nos imperfections ? Et j'entendray qu'il me respondra : Venit mane et nox, le matin des bonnes inspirations est venu ; pourquoy est ce que tu aymes plus les tenebres que la lumiere (Jn 3,19) ?
Septiesme article. - D'autant que les nocturnes frayeurs ont accoustumé d'empescher telles devotions, si par fortune je m'en sentois saysy, je m'en deslivreray avec la consideration de mon bon Ange gardien, disant : Dominus a dextris est mihi, ne commovear (Ps 15,8), Mon Seigneur est a mon costé droict afin que je ne craigne de rien ; ce qu'aucuns docteurs ont expliqué du bon Ange (1). Je me souviendray encores de ce verset : Scuto circumdabit te veritas ejus, non timebis a timore nocturno (Ps 90,5); L'escu de la foy (Ep 6,16) et ferme confiance en Dieu me couvrira, c'est pourquoy je ne dois avoir peur de chose quelcomque. D'abondant, je me serviray de ces saintes paroles de David (Ps 26,1) : Dominus illuminatio mea et salus mea, quem timebo ? qui est autant que si on disoit : Le soleil ny ses rayons ne sont pas ma lumiere principale, ny la compaignie ne me sauve pas, mays Dieu seul, lequel m'est aussy propice la nuict comme le jour.
1. Tous les jours je ne failliray d'oüyr Messe tant que je pourray, disant a mes autres occupations et encores a mes compaignons : Venite et videte quœ posuit Dominus prodigia super terram (Ps 14,9). Transeamus usque Bethlehem, et videamus verbum quod factum est nobis a Domino (Lc 2,15) ; c'est a dire : Allons a l'eglise, la ou on faict ce pain substantiel avec ces divines (saintes) parolles que Dieu a donné en la bouche des prestres pour nostre consolation.
2. Item : comme le cors a besoin de son sommeil pour delasser et soulager les membres travaillés, aussy prendray je tous les jours quelque tems pour le repos et sommeil de mon ame, a fin que si, comme par le sommeil corporel toutes les operations corporelles se resserrent dans le cors, ne s'estendant rien plus loin qu'iceluy, ainsy en ce tems la, l'ame estant retirëe en soy mesme, ne face autre operation que de ce qui luy touche et appartient, obeyssant au dire du Prophete (Ps 126,2) : Surgite postquam sederitis.
3. Que si, comme il advient souvent, je ne puys trouver autre heure pour ce repos spirituel, je desrobbetay quelque partie du repos corporel, veillant (mesme dans le lict, si autrement on ne peut) quelque peu apres les autres, ou s'esveillant apres le pre¬mier sommeil, ou bien le matin avant les autres, me resouvenant a ce propos de ce que disoit Nostre Seigneur : Vigilate et orate, ne intretis in tentationem.
4. Mays si je me puys esveiller parmy la nuict, je m'exciteray avec ces parolles : Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit, exile obviant ei (Mt 25,6), dressant ces parolles a mon ame. Et puys, par la consideration des tenebres exterieures venant a considerer les interieures de mon ame premierement, puys celles de tous les pecheurs. je crieray en l'amertume de mon cœur : Illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros (Lc 1,79) obeyssant en cela au Prophete qui dict : Et in cubilibus vestris compungimini ; ln noctibus extollite manus vestras in sancta, et benedicite Dominum ; lachrimis meis stratum meum rigabo.
5. Ou bien je m'exciteray disant : " Dum medium silentium cuncta teneret, omnipotens Sermo tuus, Domine, factus est (Messe Nativité). Illumina oculos meos ne unquam obdormiam (Ps 12,4), etc, (in morte) ; ou disant : Et tenebrœ factae sunt super universam terram (Mt 28,45); et inclinato capite, Jesus tradidit spiritum (Jn 19,30).
6. Parfoys encores, me retournant a mon Dieu, mon Sauveur, lequel ne dort point ni ne sommeille gardant l'Israel de nos ames, apres avoir consideré les tenebres de l'imperfection de mon cœur, je pourray dire les paroles qui sont en Esaïe : Custos, quid de nocte ? custos, quid de nocte ? Et j'entendray quil me dira : Venit mane et nox ; c'est a dire, le matin de mes inspirations et de ma grace est venu ; pourquoy est ce que tu aymes mieux les tenebres que la lumiere ?
7. Le matin, m'esveillant, je pourray remercier Dieu avec ces parolles : In matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus (Ps 62,7). Et puys, penser a quelque saint mistere, signamment a l'apparition que fit Nostre Seigneur a Nostre Dame apres sa resurrection, et a la diligence des Maries qui se levoyent orto iam sole (Mc 16,2) ; puys aux pasteurs qui vindrent la mattinëe adorer l'Enfant (Lc 2,15). Et lhors, considerant que Nostre Seigneur est la lumiere pour revelation des Gentilz (Lc 2,32) et la lumiere qui destruit les tenebres de peché (Jn 8,12) faysant resolution pour toute la journëe, m'imaginant d'assister a
quelqu'un des saintz misteres, je diray avec devotion et crainte : Mane adstabo tibi et videbo, quoniam [non] Deus valens iniquitatem tu es (Ps 5,5), a fin que, considerant que le peché desplaist a ce grand Dieu, je me garde la journëe d'en fayre.
8. D'autant que les frayeurs nocturnes ont accoustumé d'em¬pescher les exercices, si par fortune je m'en sentois saysy, je m'en deslivreray avec la consideration de mon bon Ange protecteur, disant : Dominus a dextris meis, ne commovear (Ps 15,8), qu'aucuns doc¬teurs ont entendu de l'Ange ; et considereray encores que scuto circumdabit me veritas eius, nec timere debeo a timore nocturno (Ps.90,5), qui est l'escu de la foy et confiance. Dominus illu¬minatio mea et salus mea, quem timebo ? comme disant : Le soleil ny ses rayons ne sont pas ma lumiere principale, ny la compaignie ne me sauve pas, mays Dieu seul, qui m'est aussy propice la nuict comme le jour.
L'Exercice quant au tems ( [Ces mots, qui se lisent dans le 1er Procès à la fin des articles précé¬dents, semblent se rapporter à l'Exercice du Sommeil ou Repos spirituel, très incomplet dans les deux Procès ; peut-être manquait-il à l'Autographe un feuillet où le Saint traitait du temps à choisir pour cet Exercice.] ).
3 – EXERCICE DU SOMMEIL OU REPOS SPIRITUEL
Premierement : ayant pris le tems commode pour ce sacré repos, avant toute autre chose je tascheray a raf¬fraischir ma memoyre de tous les bons mouvemens, desirs, affections, resolutions, projetz, sentimens et dou¬ceurs qu'autresfoys la divine Majesté m'a inspiré et faict experimenter en la consideration de ses saintz misteres, de la beauté de la vertu, de la noblesse de son service et d'une infinité de benefices qu'elle m'a tres liberalement departi ; je mettray ordre aussy a me ramentevoir de l'obligation que je luy ay de ce que, par sa sainte grace, elle a quelquefoys debilité mes sens en m'envoyant cer¬taines maladies et infirmités lesquelles m'ont grandement prouffité . Apres cela je conforteray et confirmeray le plus qu'il me sera possible ma volonté au bien et au propos de ne jamais offencer mon Createur.
Secondement : cela faict, je me reposeray tout bellement en la consideration de la vanité des grandeurs, des richesses, des honneurs, des commoditées et des voluptés de ce monde immonde ; je m'arresteray a voir le peu de durëe qui est en ces choses la, leur incertitude, leur fin, et l'incompossibilité qu'elles ont avec les vrays et solides contentemens ; en suitte dequoy mon cœur les desdaignera, les mesprisera, les aura en horreur et dira : Alles, alles, O diaboliques appas, retires vous loin de moy, cherches fortune ailleurs ; je ne veux poinct de vous, puysque les plaisirs que vous promettes appartiennent aussy bien aux folz et abominables qu'aux hommes sages et vertueux.
Troysiesmement : je me reposeray tout doucement en la consideration de la laydeur, de l'abjection et de la deplorable misere qui se retrouve au vice et au peché, et aux miserables ames qui en sont obsedëes et possedëes ; puys je diray, sans me troubler et inquieter aucunement : Le vice, le peché est chose indigne d'une personne bien nëe et qui faict profession de merite, jamais il n'apporte contentement qui soit veritablement solide, ains seule¬ment en imagination ; mais quelles espines, quelz scru¬pules, quelz regretz, quelles amertumes, quelles inquie¬tudes et quelz supplices ne traisne il quant et soy ! Voire, et quand tout cela ne seroit pas, ne nous doit il pas suffire qu'il est desaggreable a Dieu ? Oh, cela doit estre plus que suffisant pour le nous faire detester a toute outrance.
Quatriesmement : je sommeilleray souëfvement en la connoissance de l'excellence de la vertu ; vertu qui est si belle, si gratieuse, si noble, si genereuse, si attrayante, si puyssante. C'est elle qui rend l'homme interieurement, et encor exterieurement, beau; elle le rend incompara¬blement aggreable a son Createur; elle luy sied extremement bien, comme propre qu'elle luy est. Mays quelles consolations, quelles delices, quelz honnestes playsirs ne luy donne elle pas en tout tems ! Ah, c'est la chrestienne vertu qui le sanctifie, qui le change en ange, qui en faict un petit dieu, qui luy donne des icy bas le Paradis.
Cinquiesmement : je m'arresteray en l'admiration de la beauté de la rayson que Dieu a donné a l'homme, a fin qu'esclairé et enseigné par sa merveilleuse splen¬deur, il haïsse le vice et ayme la vertu. Hé, que ne suyvons nous la lumiere brillante de ce divin flambeau, puysque l'usage nous en est donné pour voir ou nous devons mettre le pied ! Ah ! si nous nous layssions conduire au dictamen d'icelle, rarement chopperions nous, difficilement ferions nous jamais mal.
Sixiesmement : je peseray -attentivement la rigueur de la divine Justice laquelle, sans doute, ne pardonnera pas a ceux qui se trouveront avoir abusé des dons de nature et de grace ; telles gens doivent concevoir une tres grande apprehension des divins jugemens, de la mort, du Purgatoire et de l'enfer. Je feray en sorte de m'exciter et de resveiller ma paresse, en repetant souvent ces parolles : En morior, quid mihi proderunt primo ge¬nita (Gn 25,32), sive omnia ista ? Voyla que tous les jours je m'en vay mourant ; dequoy est ce que me serviront les choses presentes et tout ce qui est d'esclattant et de spectable en ce monde ? Il vaut beaucoup mieux que je les mesprise courageusement et que, vivant en crainte filiale sous l'observance des commandemens de mon Dieu, j'attende avec accoysement d'esprit les biens de la vie future.
Septiesmement : je contempleray, en ce repos, la sapien¬ce infinie, la toute puyssance et l'incomprehensible bonté de mon Dieu, et particulierement je m'occuperay a voir comme quoy ses beaux attributz reluisent aux sacrés misteres de la vie, mort et passion de Nostre Seigneur Jesus Christ, en la tres eminente sainteté de Nostre Dame la bienheureuse Vierge Marie, et aux imitables perfec¬tions des fidelles serviteurs de Dieu. De la, passant jusques dans le Ciel empyree, j'admireray la gloire du Paradis, la felicité perdurable des angeliques Espritz et des ames glorieuses, et combien la tres auguste Trinité se monstre puyssante, sage et bonne aux loyers eternelz dont elle recompense ceste benite trouppe.
Huictiesmement : finalement, je m'endormiray en l'amour de la seule et unique bonté de mon Dieu ; je gousteray, si je puys, ceste immense bonté, non en ses effectz, mays en elle mesme ; je boiray ceste eau de vie (Jn 4,10), non dans les vases ou fioles des creatures, mays en sa propre fontayne ; je savoureray combien ceste adorable Majesté est bonne en elle mesme, bonne a elle mesme, bonne pour elle mesme ; voire, comme elle est la bonté mesme et comme elle est la toute bonté, et bonté qui est eternelle, intarissable et incomprehensible. O Seigneur, diray je, il n'y a que vous de bon par essence et par nature, vous seul estes necessairement bon ; toutes les creatures qui sont bonnes, tant par la bonté naturelle que par la surnaturelle, ne le sont que par participation de vostre aymable bonté.
DE LA MATIERE
Ce que je feray en ce Sommeil et Repos sera de considerer :
[1.] La bonté de Dieu en quelque mistere chrestien, de la vie de Nostre Seigneur et passion, de Nostre Dame, des Saintz ; la gloire du Ciel, la creation.
2. Sa puyssance et toute sagesse en iceux mesmes.
3. Sa justice en l'enfer, mort, jugement et Purgatoire.
4. Combien la vertu est digne de l'homme et combien elle le rend beau et aggreable, comme luy estant propre; combien est. grande la consolation qu'elle luy donne en tout tems.
5. Et au contraire, combien le vice est indigne d'un .homme bien né et qui faict profession de merite ; comme le vice n'apporte jamais contentement solide, mays seulement en imagination.
6. Combien sont vaynes toutes les grandeurs, richesses, hon¬neurs, commodités et voluptés de ce monde, pour le peu de leur durëe, l'incertitude d'icelles, le bout et terme, l'incomposslbilité qu'elles ont avec les vrays et solides contentemens, la participation d'icelles, qui appartient autant aux folz et abominables qu'aux honnestes et vertueux.
7. Que la beauté de la rayson et usage d'icelle nous est donné a fin que nous la suyvions.
Item, je tascheray a raffraischir ma memoyre de tous les bons desirs, mouvemens, affections, resolutions et projetz, suavités et douceurs que Dieu m'a inspiré autresfoys en la consideration de ses saintz misteres, de la vertu et de son service, avec tous ses autres benefices, principalement lhors qu'il avoit, de sa grace, debilité les sens par maladies (repetant souventesfoys : En morior, quid mihi pro¬derunt primogenita, [sive] omnia ista ?)
Item, je conforteray et confirmeray le plus quil me sera possible ma volonté au bien et au propos de ne jamais offencer Dieu.
Et cecy se fera plus briefvement ou longuement, selon la commodité.
4. - RÈGLES POUR LES CONVERSATIONS ET RENCONTRES
Premier poinct. - Il y a difference entre rencontre et conversation ; car le rencontre se faict fortuitement et par occasion, la ou la conversation est de choix et d'es¬lection. Au rencontre, la compaignie n'est pas de durëe, on ne s'y familiarise gueres, on ne s'y engage trop d'affection ; mays en la conversation on se void souvent, on use de privauté, on s'affectionne aux personnes choysies, on les frequente pour vivre loüablement et s'entretenir ensemblement.
Second poinct. - Je ne mespriseray jamais ny mons¬treray signe de fuyr totalement le rencontre de quelque personne que ce soit, d'autant que cela donne bruict d'estre superbe, hautain, severe, arrogant, scindiqueur, ambitieux et contrerolleur. Je me garderay soigneu¬sement, aux rencontres, de fayre le compaignon avec personne, ny mesme avec les familiers, s'il s'en rencon¬troit quelqu'un parmy le reste de la trouppe ; car ceux qui considereront cela l'attribueront a legereté. Je ne me donneray licence de dire ou fayre chose qui ne soit bien reglëe, parce qu'on pourroit dire que je suys un insolent, me layssant transporter trop tost a trop de familiarité. Sur tout je seray soigneux de ne mordre, picquer ou me mocquer d'aucun, veu que c'est une lour¬dise de penser se mocquer sans hayne de ceux qui n'ont poinct de sujet de nous supporter. J'honnoreray particu¬lierement chacun, j'observeray la modestie, je parleray peu et bon, a fin que la compaignie s'en retourne plustost avec appetit de nostre rencontre qu'avec ennuy.. Si le rencontre est brief et que quelqu'un ayt desja pris la parole, quand je ne dirois autre chose que la salutation, avec une contenance ny austere ny melancholique, ains moderement et honnestement libre, ce ne seroit que le mieux.
Troysîesme poinct. – Quant a ma conversation, elle sera de peu, de bons et honnorables, d'autant qu'il est malaysé de reuscir avec plusieurs, de n'apprendre de se corrompre avec les mauvais, et d'estre honnoré sinon des personnes honnorables ; specialement je garderay, pour le regard du rencontre et de la conversation, ce precepte : Amy de tous et familier a peu (De Imit.Christi 1,8). Encores me faudra il par tout exercer le jugement et la prudence, puysqu'il n'y a regle si generale qui n'aye quelquefoys son exception, sinon celle ci, fondement de toute autre : RIEN CONTRE DIEU. Donques, en conversation,
DE LA CONVERSATION [Ce premier titre ne se trouve que dans le II'' Procès.]
Des personnes avec lesquelles il faut faire conversation
Il ne faut jamais mespriser le rencontre de personne, ni monstrer signe de fuyr totalement et rejetter aucun, pource que cela donne bruict de superbe, hautain, severe, arrogant, ambitieux, contre¬rolleur. Mays il y a difference entre un rencontre et la conver¬sation ; car la conversation doit estre d'eslite et de choix, mays le rencontre se faict par fortune et occasion ; le rencontre estant une compaignie faicte a cas, sans aucune familiarité, ny affection, ny durêe, et la conversation estant une frequentation, avec familiarité, de personnes choysies, pour loüablement vivre et s'entretenir..
La conversation donques doit estre de peu, de bons et honno¬rables, d'autant quil est malaysé de reuscir avec plusieurs, de n'apprendre a se corrompre avec les mauvais, et estre honnoré
sinon de personnes honnorables; gardant en la conversation et rencontre ce qui doit estre gardé en la familiarité et amitié: Amy de tous, familier a peu.
De la maniere comme il se faut comporter es rencontres
Le rencontre est une partie de la conversation generale, lequel estant sans familiarité, il se faut garder d'y fayre le compaignon avec personne, ny mesme avec les familiers, s'il s'en rencontroit. un parmy le reste du rencontre ; car ceux qui le considerent pensent cela estre legereté.
Estant rare et de peu de durëe, il ne se faut donner licence de dire ny fayre chose qui ne soit bien reglëe ; autrement on pourroit dire que celuy qui se laysse transporter en peu de tems en conver¬sation doit estre insolent. Garder sur tout d'y mordre et pic¬quer, ny se mocquer de personne, car c'est vrayement une lour¬dise de penser se mocquer sans hayne de ceux qui n'ont poinct d'occasion de vous supporter.
Honnorer particulierement chacun du rencontre, et monstrer grande modestie, et parler peu et bon, a fin qu'il s'en retourne plustost avec appetit de vostre rencontre qu'avec ennuy. Et si le rencontre est brief et quelqu'un autre a pris la parole, quand on ne diroit autre que la salutation, avec une contenance ny austere ny melancholique, mays modeste et honnestement libre, ce ne sera que le mieux.
je seray modeste sans insolence, libre sans austerité, doux sans affectation, souple sans contradiction, si ce n'est que la rayson le requist ; cordial sans dissimulation, parce que les hommes se playsent de connoistre ceux avec lesquelz ilz traittent; toutesfoys il se faut ouvrir plus ou moins, selon que sont les compaignies.
Quatriesme poinct. - Puysque l'on est souvent quasi contrainct de converser avec personnes de differentes qualités, il faut que je sçache qu'à certains il ne faut monstrer que l'exquis, aux autres que ce qui est bon, aux autres que l'indifferent, mais a personne ce qui est mauvais. Aux superieurs, ou d'aage, ou de profession, ou d'authorité, il ne faut fayre paroystre que ce qui est exquis ; aux semblables, que ce qui est bon ; aux inferieurs, que ce qui est indifferent. Quant a ce qui est mauvais, il ne le faut jamais descouvrir a qui que ce soit, d'autant qu'il ne peut qu'offencer les yeux qui le voyent et rendre laid celuy auquel il est. Et de faict, les grans et sages n'admirent que l'exquis ; les esgaux l'attribueroyent a affectation et les inferieurs a trop de gravité. Il y a bien certains melancholiques qui se playsent qu'on leur des¬couvre les vices que l'on a : toutesfoys, c'est a ceux la qu'il les faut davantage cacher, car ayant l'impression plus forte, ilz rumineront et philosopheront dix ans sur la moindre imperfection. Et puys, a quel propos descou¬vrir les imperfections ? ne les voit on pas asses ? ne se descouvrent elles pas asses d'elles mesmes ? Il n'est donques nullement expedient de les manifester, mays il est bon de les advoüer et confesser. Or, nonobstant ce que nous avons dict, on peut, conversant avec les supe¬rieurs, les esgaux et inferieurs, temperer parfoys l'entre¬tien de ce qui est exquis, bon et indifferent, pourveu que le tout se fasse discrettement. En fin, il se faut accommoder a la diversité des compaignies sans preju¬dicier neantmoins aucunement a la vertu.
Cinquiesme poinct. - S'il me convient converser avec personnes insolentes, libres ou melancholiques, j'useray de ceste precaution : aux insolentes, je me cacheray tout a faict ; aux libres, pourveu qu'elles soyent craignantes Dieu, je me descouvriray tout a faict, je leur parleray a cœur ouvert ; aux sombres et melancholiques, je me monstreray seulement, comme on .dict en commun proverbe, de la fenestre : c'est a dire, qu'en partie je me descouvriray a elles, parce qu'elles sont curieuses de voir les cœurs des hommes, et si on faict trop le rencheri elles entrent incontinent en soupçon ; en partie aussy je me cacheray a elles, a cause qu'elles sont sujettes, ainsy que nous avons desja dict, a philosopher et remarquer de trop pres les conditions de ceux qui les frequentent.
Comme il se faut comporter es conversation
Il faut par tout exercer le jugement et la prudence, ne se faysant regle si generale qui ne doive avoir son model d'exception, sinon ceste regle, fondement de toute autre : RIEN CONTRE DIEU. Si est ce que la conversation doit estre modeste, sans aucune inso¬lence ; libre, sans austerité ; douce et souëfve, sans monstrer affec¬tation ny effort, et souple, sans contredite sans rayson ; ouverte et cordiale, d'autant que les hommes se playsent de connoistre ceux avec lesquelz ilz traittent. Mais il se faut ouvrir plus ou moins, selon que sont les compaignies : car aux personnes insolentes ils se faut cacher du tout ; aux libres, se monstrer du tout ; aux melan¬choliques et sombres, se monstrer seulement de la fenestre: ausquelz il se faut bien monstrer en partie, d'autant que ceste sorte de gens se playsent de voir le cœur des hommes, et partant sont volontier soupçonneux ; il ne se faut toutesfoys du tout monstrer, d'autant quilz se playsent a philosopher et vont remar¬quant trop au pres les conditions des hommes.
Et pour autant qu'il nous faut converser hommes et femmes, superieurs et inferieurs, il est bon de sçavoir qu'a certains il ne faut monstrer que l'exquis, aux autres le bon, aux autres l'indifferent, mais a personne le mauvais. Aux superieurs, ou d'aage, ou de pro¬fession, ou d'authorité, l'exquis ; aux semblables, le bon ; aux femmes et inferieurs, l'indifferent : car les grans et sages n'admirent que l'exquis ; les semblables appelleroyent affectation la monstre de l'exquis seulement ; les moindres et les femmes se playsent plus en l'indifferent. Non quil ne faille par tout mesler l'exquis, le bon et l'indifferent, mays pour autant quil faut s'accommoder a le mesler selon la diversité des personnes.
Mays quant au mauvais, il ne le faut jamais monstrer, pour familier qu'on soit, d'autant quil ne peut qu'offencer les yeux qui le voyent et rendre laid celuy auquel il est. Il y a certains melan¬ choliques qui se playsent qu'on leur descouvre les vices qu'on a ; mays c'est a ceux qu'il les faut plus cacher, car ilz ont l'impression plus forte, et rumineront dix ans la moindre imperfection. Quant aux imperfections, on n'a que fayre de les descouvrir, car on les descouvre tousjours asses, mays il est bon de les confesser.
Avec les grans il faut estre plus modeste, et neantmoins entre¬mesler un'honneste liberté ; car il faut estre avec eux comme
Sixiesme poinct. - Si la necessité me force de converser avec les grans, c'est alhors que je me tiendray soigneusement sur mes gardes, car il faut estre avec eux comme avec le feu : c'est a dire, qu'il est bien bon parfoys de s'en approcher, mais ne faut pas aussy que ce soit de trop pres ; partant, je me comporteray en leur presence avec beaucoup de modestie, meslëe neantmoins d'une honneste libèrté. Ordinairement, les grans seigneurs se playsent d'estre aymés et respectés. L'amour, certaine¬ment, engendre la liberté, et le respect la modestie ; il n'y a donques poinct de mal d'estre en leur compaignie un peu libre, pourveu qu'on ne s'oublie poinct du respect, et pourveu que le respect soit plus grand que la liberté. Entre les esgaux, il faut estre esgalement libre et respec¬tueux ; avec les inferieurs, il faut estre plus libre que respectueux ; mais avec les grans et superieurs, il faut estre beaucoup plus respectueux que libre
avec le feu, ny trop pres ny trop loin, et si, ilz se playsent de voir qu'on les respecte et ayme : or, le respect engendre modestie et l'amour liberté. Le mesme doit estre avec les esgaux, sinon qu'avec iceux la liberté doit estre esgale avec le respect, comme avec les moindres et femmes elle doit estre plus grande.
5 – COMMUNION FRÉQUENTE - PRÉPARATION ET ACTION DE GRACES
[1590 ]
Premier poinct. - De si loin que je verray une eglise, je la salueray par ce verset de David (Ps 86,2) : Je vous salue, eglise sainte, dont Dieu a mieux aymé les portes que tous les tabernacles de Jacob. De la, je passeray a la consideration de l'ancien Temple, et compareray combien est plus auguste la moindre de toutes nos eglises que n'estoit le Temple de Salomon, parce que, sur nos autelz, le vray Aigneau de Dieu (Jn 1,29) est offert en hostie paciftique (Lev 3,6) pour nos pechés. Si je ne peux entrer dans l'eglise, j'adoreray de loin le tressaint Sacrement, mesme par quelque acte exterieur, ostant mon chapeau et fleschissant le genou, si l'eglise est proche, sans me soucier qu'en diront mes compaignons.
Second poinct. - Je communieray le plus souvent que je pourray, par l'advis de mon Pere confesseur. Au moins ne lairray je poinct passer le Dimanche sans manger ce pain sans levain (Ex 12,8), vray pain du Ciel (Jn 6,33 etc); car, comme, pourroit le Dimanche m'estre un jour de sabbat et de repos (Lev 23,3), si je suis privé de recevoir l'Autheur de mon repos eternel ?
Troysiesme poinct. - La veille du jour de ma Com¬munion, je mettray hors de mon logis toutes les immon¬dices de mes pechés par une soigneuse confession, a laquelle j'apporteray toute la diligence requise pour n'estre poinct troublé des scrupules ; mays, d'autre part, j'esviteray l'inutilité des recherches curieuses et empres¬sëes.
Quatriesme poinct. - Si je m'esveille la nuict, je donneray de la joye a mon ame, disant, pour la consoler dans les frayeurs nocturnes qui me travaillent: Mon ame, pourquoy es tu triste ? pourquoy me troubles tu (Ps 42,fin) ? Voyci ton Espoux, ta joye et ton salutaire, qui vient ; allons au devant (Mt 25,6) par une sainte allegresse et amoureuse confiance.
Cinquiesme poinct. - Le matin estant venu, je medi¬teray la grandeur de Dieu et ma bassesse, et d'un cœur humblement joyeux je chanteray avec la sainte Eglise (Sacris solemniis) : " O chose admirable !. le pauvre et vil serviteur loge son Seigneur, le reçoit et le mange. " La dessus, je feray divers actes de foy et de confiance sur les parolles du saint Evangile (Jn 6,59) : Si quelqu'un mange ce pain, il vivra eternellement.
Sixiesme poinct. - Ayant receu le tressaint Sacre¬ment, je me donneray tout a Celuy qui s'est tout donné a moy ; j'abandonneray d'affection toutes les choses du Ciel et de la terre, disant : Que veux je au Ciel ? que me reste il a desirer sur la terre, puysque j'ay mon Dieu qui est mon tout (Ps 72,25) ? Je luy diray simplement, respec¬tueusement et confidemment tout ce que son amour me suggerera, et me resoudray de vivre selon la sainte volonté du Maistre qui me nourrit de luy mesme.
Septiesme poinct. - Finalement, quand je me sen¬tiray sec et aride a la sainte Communion, je me serviray de l'exemple des pauvres, quand ilz ont froid ; car, n'ayant pas dequoy fayre du feu, ilz marchent et font de l'exercice pour s'eschauffer : je redoubleray mes prieres et la lecture de quelque traitté du tressaint Sacrement que, tres humblement et d'une ferme foy, j'adore.
V
BEAUREGARD
Fin juillet-août 1590
(INÉDITE)
De Beauregard voyait ceste ronde machine
N'avoir de beauregard, n'estre que vanité (Eccles 1,14 ; 2,1) ;
Il vit que d'icy bas i! n'avoit origine,
Et mont' au beauregard de la Divinité.
Pendant quil fust cy bas, la jeunesse il dressa
D'un grand Conte, aux vertus, a lhonneur, a la gloyre .
Ce Conte, tres faché, par apres luy dressa
Ce tombeau, par honneur quil porte a sa memoyre.
Revue sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
VI
NOTES DE THÉOLOGIE
(FRAGMENTS EN LATIN)
1
15 décembre 1590
Avec une humilité profonde, François de Sales s'affermit dans l'opinion adoptée dès l'adolescence, mais proteste d'être prêt à tout sacrifier pour se soumettre à l'Eglise.
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J'ai noté ceci avec crainte et tremblement, l'an 1590, le 15 décembre, pour ne pas avoir peut-être à en regretter la perte, si dans la suite cette façon de penser, dans laquelle je me suis affermi quand j'eus atteint l'adolescence et quand j'eus acquis plus d'expérience par l'âge et par la science, continue à paraître vraie selon le jugement et la décision de l'Eglise, comme elle m'a paru vraie alors, dans mon enfance. Car dès cette époque, en m'y affermissant, j'ai médité tout ce qui paraît serrer de près la ques¬tion ; mais dans ces études spéculatives, il arrive souvent en un instant ce qui n'était pas arrivé en un an.
Ces choses, donc, je les ai écrites très humblement, étant tout prêt à abandonner non seulement les conclusions que j'ai prises ou prendrai, mais la tête même qui les a conçues, et cela, même si toute mon intelligence y répugne, pour embrasser l'opinion qui est ou qui sera à l'avenir adoptée par l'Eglise Catholique, Apos¬tolique et Romaine, ma Mère et la colonne de vérité (2 Tm 3,15). Et jamais je ne dirai aucune chose, tant que Dieu me donnera l'intelligence, que ce qui sera le plus conforme à la foi catholique, car j'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé (Ps 115,1), et non j'ai parlé parce que j'ai cru ; ce qui revient à. Dire : la foi doit être la règle de la croyance ; mais que l'humilité soit la conclusion de tout: et je suis grandement humilié (id). Amen, amen.
Le premier mois du Pontificat de notre très saint Seigneur Grégoire XIV .
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte.
2
Janvier-juin 1591
(INEDIT EN LATIN)
Précaution prise contre l'erreur possible. - Dans la crainte de se tromper, le jeune homme s'en remet à l'Esprit Saint qui gouverne l'Eglise.- ¬Doctrine de la prédestination. - Hommage à Jésus-Christ. - Choses entendues et choses méditées.
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Que ces choses soient ainsi, si elles sont conformes à la foi de la sainte Eglise Romaine ; sinon, que ces écrits périssent et ne soient pas conservés avec les autres. Ceci dit par surcroît de pré¬caution ; car l'opinion paraît si conforme aux Ecritures, aux Pères, à la façon adoptée par l'Eglise pour traiter ces sujets, aux Docteurs de notre siècle, que je peux la recevoir sans trouble et sans aucune crainte. Cependant, comme je peux me tromper, de telle sorte que ce qui paraît ne soit pas, je me remets en tout à l'Esprit Paraclet qui gouverne les intelligences par notre Eglise. C'est lui qui donne la sagesse aux petits, (Ps 18,8 ; 118,130) non aux orgueilleux ; c'est lui qui est la " Lumière des cœurs, " le " Père des pauvres, " le " Distributeur des» lumières" , dans la lumière de qui nous verrons la lumière (Ps 35,10). A lui gloire dans les siècles des siècles, avec le Père et le Fils. Qu'il en soit ainsi, qu'il en soit ainsi. Et à notre Bienheureuse Dame, Marie, Mère de Dieu; étant Mère du Verbe, qu'elle daigne par ses prières diriger mes paroles selon le Verbe, son Fils; aux bienheureux Pierre et Paul, Augustin, Thomas, au divin Bonaventure, Docteur illustre, et de même au bienheureux Joseph. Qu'il en soit ainsi, qu'il en soit ainsi.
Et j'ai noté toutes ces choses pour l'honneur de Dieu et la consolation des âmes . Or, Dieu lui-même est le Père de toute consolation (2 Co 1,5), et nous ne devons pas nous glorifier comme si quoi que ce soit venait de nous comme de nous (2 Co 3,5), puisque, comme je l'ai montré ailleurs, toute notre suffisance vient de Dieu ; car si la doctrine de la prédestination dit que nos actions sont prévues, ce n'est pas au préjudice de la grâce du libre arbitre, mais il est toujours besoin de la prévision de la grâce du Seigneur, par la miséricorde de qui nous irons dans sa maison (Ps 121,1), si, en cette vie, nos pieds ont été dans tes parvis, Jérusalem, car, sans le Christ, nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5).
" Vous, Roi de gloire, ô Christ; vous êtes le Fils éternel du Père ; afin de revêtir la nature de l'homme pour le délivrer, vous n'avez pas dédaigné le sein d'une Vierge;" ô Jésus, fils de David, hosanna, hosanna (Mt 21,9). Amen.
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Les choses comprises entre ces signes ", je les ai entendues du Père Gesualdi ; les autres, je les méditais, plaçant dans le Sei¬gneur tout mon espoir (Ps 72,fin), prêt à penser le contraire si l'Eglise déclarait vrai le contraire : cela, peut-être. Heureux l'homme que vous avez instruit, Seigneur, et à qui vous avez enseigné votre loi (Ps 93,12). Vos témoigna¬ges sont admirables, Seigneur; c'est pourquoi mon âme les a scrutés (Ps 118,129). Eclairez mes yeux, de peur qu'ils ne s'endorment dans la mort, ou que l'ennemi ne dise.. j'ai triomphé contre lui (Ps 12,4). Envoyez votre Esprit, et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre (Ps 103,30). Amen.
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte.
3
FRAGMENT EN LATIN SUR LA PRÉDESTINATION
Janvier-juin 1591
La prédestination, fondée sur les mérites prévus ; auteurs cités en faveur de cette opinion. - Preuves qui la confirment: Dieu qui ordonne la fin, ordonne aussi les moyens ; il ne réprouve que par justice et en prévision du péché; textes de l'Ecriture à l'appui de cette doctrine. - Autre argument qui la corrobore. - Réfutation de l'opinion contraire par neuf remarques. - Sentiment de Tolet et de trois théologiens éminents entendus par saint François de Sales.
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Les enseignements que nous avons tirés de nombreux auteurs, au sujet de la prédestination fondée sur les mérites prévus, ensei¬gnements exposés aux pages XV, LXII et LXX, peuvent être confirmés par l'autorité de Pierre Emotte, docteur en théologie de Paris. Dans son excellente Confession de foi, sous le titre en question, il affirme expressément la même chose que nous : à savoir, que non seulement la réprobation a lieu par suite des démérites prévus, mais aussi que la prédestination se fonde sur les mérites prévus, et il prouve cela avec force . En outre, Tartaretus cite en faveur de cette thèse Henri , in Reportatis , et aussi Occam , et il affirme que cette opinion est probable et ne contre¬dit pas Scot. Du reste, en supposant comme très sûre l'opinion qui admet comme base de la réprobation la prévision des démé¬rites, l'opinion ci-dessus est facilement confirmée. Or, la suppo¬sition en question peut se prouver avec évidence.
En premier lieu : A celui à qui appartient le droit d'ordonner la fin, appartient aussi celui d'ordonner les moyens à cette fin. Dieu ordonne la fin, à savoir la damnation ; c'est donc lui qui ordonne les moyens à cette fin,. à savoir les péchés. Le conséquent est tout a fait absurde, donc l'antécédent demande à être expliqué. En effet, dans l'opinion contraire, la damnation n'est pas la fin et n'est pas voulue absolument pour elle-même, mais elle est un moyen pour châtier les méchants, et est voulue pour des êtres supposés méchants. Exemple : Je veux absolument un remède ; s'il était défendu à quiconque n'est pas malade de recevoir un remède, je devrais vouloir la maladie comme moyen d'avoir ce remède : sans quoi, je ne le veux pas efficacement. Autre exemple : Je veux, moi juge, condamner quelqu'un ; comme je ne pourrais le condamner sans le faire citer, je dois lui envoyer une citation . Si cependant quelqu'un ne voulait pas d'une manière absolue le remède, mais le voulait seulement pour regagner la santé, il ne serait nullement nécessaire qu'il voulût la maladie en vue du remède, car il voudrait plutôt le remède à cause de la maladie. Même raisonnement pour des exemples semblables.
Deuxième preuve : La damnation ou réprobation ne plaît pas à Dieu comme telle, surtout en tant qu'elle dit privation, mais elle lui plaît seulement en tant qu'elle est juste ; par ailleurs, elle ne peut évidemment être juste sans relation avec la faute. Donc, Dieu ne réprouve personne sans relation avec la faute ; non avec la faute non prévue, rien ne pouvant être ordonné à quelque chose de non prévu : donc, avec la faute prévue. La majeure est évidente, d'abord parce que Dieu, étant de sa nature communicable, ne peut avoir pour agréable sa propre privation prise en elle-même ; ensuite, parce qu'autrement l'on irait contre les expressions de l'Ecriture qui partout présentent Dieu comme ayant soif de notre glorifica¬tion et compatissant à notre condamnation, tout prêt qu'il est à détourner cette dernière si seulement nos péchés disparaissent. De son côté, le Psalmiste dit : Ce ne sont pas les morts, Seigneur, qui vous loueront, ni tous ceux qui descendent en enfer (Ps 113,17).
En troisième lieu, [ces textes] : Ta perte vient de toi-même, ô Israël (Os 13,9); j'ai planté une vigne, j'attendais qu'elle porterait des raisins, elle a donné des fruits sauvages (Jer 2,21 ; Is 5,3). Il fit appeler tout le monde au festin (Lc 14,16) ; Il veut que tous soient sauvés (1 Tm 2,4) ; Venez à moi, vous tous (Mt 11,28), sont certes des expressions qui ne peuvent être proprement et convenablement comprises, si l'on suppose que Dieu avait tout d'abord déterminé de ne pas accorder la gloire à certains individus : ce serait, en effet, se moquer de quelqu'un que de l'inviter à un repas de noces, tout en ayant résolu de l'exclure à cause de l'absence de mérites de sa part. Et cependant les expressions ci-dessus sont couramment employées par l'Eglise ; en sorte que si on les expliquait dans le sens si caché et si décevant des adversaires, ce serait accuser l'Eglise de tromper les gens simples, elle qui à tout bout de champ les présente à tous également dans les prédications, les Offices et les prières. Et puis, que signifie cet adage : Dieu ne te fait pas défaut si tu ne te fais pas défaut (Conc.Trente 6,11) ? En vérité, pourrait-on dire, il m'a fait défaut au commencement, alors que je ne pouvais ni m'être utile, ni m'être nuisible, si nous supposons que l'opinion ci-dessus, plus dure que le fer, est vraie. Enfin, Dieu n'a-t-il pas créé l'homme pour jouir de sa vue ? pourquoi donc a-t-il pu déterminer qu'il ne le verrait pas, et cela en dehors de toute cause préalable ? En outre, toutes les fois que deux causes sont en de telles relations entre elles que l'une étant posée elle ne peut obtenir son effet en l'absence de l'autre, celui qui n'a pas l'une des deux en son pou¬voir ne peut être dit en mesure d'obtenir l'effet voulu, et celui qui écarte l'une d'elles écarte par le fait même l'effet voulu. Mais sans la volonté de Dieu nous ne pouvons rien ; par conséquent, une fois cette volonté de Dieu écartée, nous ne pouvons être sauvés, et une fois cette volonté de Dieu écartée et enlevée, ou refusée par Dieu, son effet parait refusé, c'est-à-dire la gloire : ce qui est par¬faitement absurde. Tandis que dans notre opinion ce raisonnement n'a pas de force, attendu que nous ne supposons pas le refus de la volonté de Dieu avant la prévision de nos péchés.
Mais prouvons clairement la même vérité par un nouvel argu¬ment. Si Dieu en a destiné certains à la peine avant la prévision de la faute, pourquoi a-t-il été dit : Comme chacun aura agi dans son corps, soit en bien soit en mal (2 Co 5,10) ? Comment peut-il se faire qu'à une peine ordonnée par Dieu sans aucune relation avec la faute, cor¬responde aussi justement cette faute provenant de notre libre arbitre ? Il a fallu certainement, ou que Dieu ordonnât la faute pour qu'elle répondît à la peine déjà ordonnée, ou bien qu'il aban¬donnât à notre libre arbitre le soin de décider si nous devrions être condamnés sans faute, comme cela est clair. Or, tout cela est blasphématoire ; donc, Dieu ne réprouve pas en dehors de la pré¬vision des péchés. Exemple : si un roi voulait mettre à mort un individu et ne voulait cependant pas le faire injustement, il fau¬drait, ou qu'il prévît sa faute, ou qu'il l'obligeât à la commettre, sans quoi il se mettrait dans le cas de ne pas faire mourir justement, comme il l'avait décidé, l'individu en question. Et ici, j'entends le mot justement, selon les apparences.
Au sujet de la même opinion + ( ) , il faut noter : Premièrement, cette opinion, étant que la prédestination a lieu sans la prévision des œuvres, mais non la réprobation, pourrait peut-être s'expliquer en ce sens que Dieu tout d'abord donne à tous les hommes un secours suffisant ; qu'ensuite, voyant que beaucoup n'en usent pas, il réprouve ceux-ci, et que les autres, soit qu'ils usent, soit qu'ils n'usent pas de ce secours, il les sauve par des moyens efficaces : en sorte que parmi ceux qui n'usent pas du secours suffisant, Dieu en damne certains, et les autres, il les retire efficacement du chemin de damnation où ils se précipitent. L'opinion ci-dessus ne peut être comprise autrement. Telle que nous venons de la présenter, elle est suffisamment intelligible, et ainsi le Seigneur ne fera tort à personne ; car ceux qu'il damnera, il les damnera à cause de leurs démérites, et ceux qu'il sauvera, il les sauvera par sa miséri¬corde, et à celui qui se plaindra il répondra : Mon ami, prends ce qui te revient ; si je veux donner quelque chose à ceux-ci, que t'importe (Mt 20,13)?
Mais il faut remarquer, en second lieu, que l'opinion des adver¬saires ne s'accorde pas avec cette parole du Seigneur : Est-ce que si tu fais le bien, tu n'en recevras pas la récompense (Gn 4,7) ? car il faudrait plutôt dire : Est-ce que, si tu reçois la récompense, tu ne feras pas le bien ?
Troisième remarque. Cette opinion n'est basée sur aucun témoi¬gnage de l'Ecriture. Comme, en effet, elle doit s'accorder avec l'autorité de Paul dans son Epître aux Romains (Rm 11)et que cette autorité ne prouve pas davantage une thèse que l'autre, il faut avouer qu'elle ne favorise directement ni l'une ni l'autre des deux thèses.
Quatrième remarque. Ainsi, la décision ou opinion en question doit être comptée parmi celles dont les jurisconsultes disent que la loi ni ne s'y oppose, ni ne les favorise (quoique d'une certaine façon elle s'oppose, et fortement, à ce que notre sentence puisse être ultérieurement prouvée).
Cinquième remarque. Si Dieu sauve ceux qui autrement auraient dû être damnés, où est la justice ? Comment rendra-t-il à chacun selon ses œuvres (Eccli 11,28), puisqu'il faudrait dire plutôt que chacun agira suivant ce qu'il recevra ? Et puis, pourquoi Dieu a-t-il prévu les péchés des futurs damnés, et non ceux des autres ? pourquoi en a-t-il vu certains faire le bien, plutôt que d'autres ? et s'il a tout vu, pourquoi dirons-nous qu'il a préordonné le châtiment d'après les péchés, plutôt que la récompense d'après les mérites ?
Sixième remarque. Comment peut-il y avoir prix, salaire, récom¬pense, triomphe, sans relation avec un travail accompli ? Ce sera de la libéralité, mais non un prix, et nos travaux seraient une compensation offerte à la munificence de Dieu, mais ne seraient pas proprement méritoires.
Septième remarque. Il est probable que Dieu, dans sa très grande bonté, en a ordonné plusieurs à la gloire en leur accordant un moyen plus puissant, lesquels, s'il leur en avait concédé seulement un moindre et ordinaire, n'auraient pas agi convenablement. Cela convient, en effet, à la bonté de Dieu (bien qu'il ne convienne pas à la justice de Dieu de damner quelqu'un en lui refusant les moyens, à lui, dis-je, nécessaires : en effet, qu'importe si ces moyens suffisent à d'autres, non à ceux dont il s'agit ? Cela ne convient pas davantage à sa puissance, attendu que la puissance de Dieu se manifeste tout autant, et même davantage, en sauvant qu'en damnant). Mais on ne peut supposer que tous aient été appelés de la façon dont nous parlions tout-à-l'heure.
Huitième remarque. La damnation (plus encore que le salut) de quelqu'un en dehors de démérites de sa part ne convenant ni à la justice de Dieu ni à sa puissance, il est déraisonnable d'admettre le mode de réprobation que certains admettent.
Neuvième remarque. On peut très bien faire davantage ressortir la force de tout ce qui a été dit jusqu'ici, en faveur de l'opinion admettant que les hommes, et aussi les anges, sont damnés et sauvés suivant la prévision de leurs démérites et de leurs mérites. Si, en effet, il est vrai que les hommes ne sont pas damnés en dehors de la prévision [de leurs démérites], comme d'un autre côté il faut, [pour les adversaires,] pouvoir répondre à l'autorité tirée de l'Epître aux Romains (Rm 11,2), il reste que l'opinion que nous avons énoncée est inébranlable. Ce qui la renforce considérablement, c'est ce que j'ai noté à la cinquième remarque, ci-dessus, que si l'une des pro¬positions est vraie, l'autre l'est également, et aussi d'innombrables preuves qui pourraient être apportées. Or, le P. Gesualdi, + ( ) de l'Ordre des Mineurs Conventuels, homme savant et pieux (note 68), a enseigné que la damnation n'a pas lieu sans la prévision des péchés. Je me souviens aussi qu'Alphonse Carrillo, de la Compa¬gnie de Jésus , très grand théologien, très attaché aux thomistes, et aussi fort pieux, a soutenu cette opinion. Presque tous les auteurs à notre époque concèdent cela, comme beaucoup parmi les anciens…………………..
Revu sur l'Autographe conservé à l' Oratoire de Naples.
4
PROTESTATION AU SUJET DE LA RÉPROBATION DES MÉCHANTS
1591
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Est locus uspiam in Scriptura Veteri, in quo praedi¬cens Propheta futuram Christi redemptionem, ait non dicendum amplius eo tempore, comedisse patres uvas non bonas, et dentes filiorum obstupuisse ; quia, inquit, Christo veniente, filius non portabit iniquitatem patris, sed anima quae peccaverit, ipsa morietur (Jer 31,29 ; Ez 18,2 et 20) .
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Hœc omnia forsan.
Ad pedes beatorum Augustini et Thomœ provolutus, paratus omnia ignorare ut illum sciam qui est scientia Patris, Christum crucifixum (1 Co 2,2), quanquam enim quae scripsi non dubito vera esse, quia nihil video quod de eorum veritate solidam possit facere dubitationem ; quia tamen non omnia video et tam reconditum misterium est clarius quam fixe ab oculis meis victicoracis inspici possit , si postea contrarium appareret (quod nunquam futurum existimo) ; imo, si me damnatum (quod absit, Domine Jesu !) scirem voluntate illa quam ponunt Tho¬mistae in Deo (Ia qu 23 art 3 ad 3um) ut ostenderet Deus justitiam suam (Rm 9,22), . libenter, obstupescens et suspiciens altissimum Judicem, post Prophetam dicerem : Nonne Deo subjecta erit anima mea (Ps 61,2) ? Amen, Pater, quia sic placitum est ante te (Mt 11,26) ; fiat voluntas tua (Mt 6,10 ; Lc 22,42). Et haec, in amaritudine animae meae toties dicerem, donec Deus mutans vitam meam et sententiam suam responderet mihi : Confide, fili (Mt 9,2) ; nolo mortem peccatoris, sed magis ut convertatur et vivat (Ez 33,11). Non mortui laudabunt me, neque omnes qui descendunt in infernum (Ps 113,17). Te feci, ut caetera omnia, propter meipsum, imo etiam impios qui ad diem malum sua culpa destinati sunt, feci propter meipsum (Pr 16,4). Non est voluntas mea nisi sanctificatio tua (1 Th 4,3), nihilque odivit anima mea eorum quae fecit (Sg 11,25). Quare tristis est anima tua et quare conturbatur ? Spera in Deo, quia adhuc confiteberis ei, salutare vultus tui et Deus tuus (Ps 42,5). Non descendes, sed ascendes ad montem Domini, tabernaeulum Dei Jacob (Is 2,3). Non es mortuus, sed dormis (Mt 9,24) ; infirmitas non est ad mortem, sed ut conversus glorifices Deum (Jn 11,4). Euge, serve parve, indigne quidem, sed fidelis ; quia sperasti in me, confidens de miserieordia mea, et quia in pauca (scilicet in glorificando me pa¬tiendo et per damnationem, si ita mihi placeret) fuisti fidelis, supra multa te constituam (Mt 25,21) ; et quia voluisti magnificare nomen meum, etiam patiendo, si opus esset (quandoquidem in eo parva est magnificatio et glorifica¬tio nominis mei, qui non est damnator, sed JESUS (Mt 1,21), supra multa te constituam, ut beatitudine perpetua laudes me, in qua multa est gloria nomini meo. Per memetip¬sum juravi : quia fecisti rem hanc, id est, praeparasti cor tuum in obsequium justitiae meae, et non pepercisti tibi, aequiescens voluntati mere etiam usque ad gehennam propter me, benedicam tibi benedictione perpetua (Gn 22,16) , et intres in gaudium Domini tui (Mt 25,21).
Nec tunc aliter respondere deberem quam prius : Amen, Pater, quia sic placitum est ante te. Paratum cor meum, Deus, ad pœnam propter te ; paratum cor meum (Ps 56,8 ; 107,2) ad gloriam propter nomen tuum, JESU. Quasi jumentum factus sum coram te, et ipse, Domine, sis semper mecum (Ps 72,23). Nonne tibi subjecta erit anima mea ? a te enim salutare meum. O Domine, quia ser¬vus tuus (Ps 115,16), fiat mihi secundum verbum tuum (Lc 1,38) ; Nolo mortem peccatoris, sd magis ut convertatur et vivat. ln nomine ergo tuo levabo manus meas in sancta (Ps 62,5 ; 133,2). Amen, JESUS, MARIA. (1)
Revu sur le texte inséré dans le Procès de non-culte et dans le IIe Procès de Canonisation.
Il y a un passage quelque part dans l'Ancien Testament, où le Prophète, prédisant la future rédemption du Christ, affirme qu'il ne faudra plus dire alors que les Pères ont mangé de mauvais raisins et que les dents des fils en ont été agacées ; parce que, dit-il, le Christ arrivant, le fils ne portera pas l'iniquité du Père, mais c'est l'âme pécheresse qui mourra d'elle-même.
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Tout cela, peut-être.
Prosterné aux pieds des bienheureux Augustin et Thomas, je suis prêt à tout ignorer pour connaître Celui qui est la science du Père, le Christ crucifié. En effet, quoique je ne doute pas que les choses que j'ai écrites ne soient vraies, parce que je n'y vois rien qui puisse former un doute solide au sujet de leur vérité ; cependant, parce que je ne vois pas tout et qu'un mystère si profond est trop brillant pour pouvoir être regardé en face par mes yeux de chouette, si, dans la suite, le contraire apparaissait (ce qui, je pense, n'arrivera jamais) ; bien plus, si je me savais damné (que cela n'arrive pas, Seigneur Jésus !) par cette volonté que les thomistes placent en Dieu afin que Dieu montre sa justice, frappé de stupeur et levant les yeux vers le Juge suprême, volontiers je dirais avec le Pro¬phète : Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ? Amen, Père, parce qu'il vous paraît bon ainsi ; que votre volonté soit faite, Et je dirais cela tant de fois dans l'amertume de mon cœur, jusqu'à ce que Dieu, changeant ma vie et sa sentence, me réponde : Aie confiance, mon fils, je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive. Les morts ne me loueront pas, ni tous ceux qui descendent dans l'enfer. Je t'ai fait, comme toutes les autres choses, pour moi-même ; bien plus, même les impies qui, par leur faute, sont destinés au jour de malheur, je les ai faits pour moi-même. Ma volonté n'est autre que ta sanctification, et mon âme ne hait rien de ce qu'elle a fait. Pourquoi ton âme est-elle triste, et pourquoi se trouble-t-elle ? Espère en Dieu, parce que tu le loueras encore ; il est le salut de ta face et ton Dieu. Tu ne descendras pas, mais tu monteras à la montagne du Seigneur, au tabernacle du Dieu de Jacob. Tu n'es pas mort, mais tu dors ; ton infirmité n'a pas pour but la mort, mais que, converti, tu glorifies Dieu. Courage, petit serviteur, indigne certes, mais fidèle ; puisque tu as espéré en moi, ayant confiance en ma misé¬ricorde, et parce que tu m'as été fidèle en peu de choses (à savoir, en me glorifiant par la souffrance et par la damnation, s'il me plaisait ainsi), je t'établirai sur beaucoup ; et parce que tu as voulu glorifier mon nom, même en souffrant, s'il en était besoin (bien qu'en cela, cette glorification et l'exaltation de mon nom qui n'est pas " dam¬nateur ", mais " SAUVEUR", soient petites), je t'établirai sur beau¬coup, afin que tu me loues dans la perpétuelle béatitude où la gloire rendue à mon nom est abondante. Par moi-même j'ai juré : parce que tu as fait cela, c'est-à-dire, parce que tu as préparé ton cœur à obéir à ma justice, et que tu ne t'es pas épargné, acquiesçant à ma volonté, même jusqu'à la géhenne à cause de moi, je te bénirai d'une perpétuelle bénédiction, et tu entreras dans la gloire de ton Seigneur.
Alors non plus je ne devrai pas répondre autrement qu'auparavant : Amen, Père, parce qu'il vous paraît bon ainsi. Mon coeur est prêt, ô Dieu, à la peine à cause de vous ; mon cœur est prêt à la gloire à cause de votre nom, JÉSUS. Je suis devenu comme une bête de somme devant vous, et vous-même, Seigneur, soyez toujours avec moi. Mon âme ne vous sera-t-elle pas soumise ? car c'est de vous que vient mon salut. O Seigneur, parce que je suis votre serviteur, qu'il me soit fait selon votre parole : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt, qu'il se convertisse et qu'il vive. En votre nom, donc, je lèverai mes mains vers les saintes hauteurs. Amen, JÉSUS, MARIE.
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VII
EXTRAITS D'UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DU COURS DE DROIT
22 février - 20 novembre 1591
(INÉDITS EN LATIN)
1 - POÉSIE LIMINAIRE
FRANC. DE SALES
Invigilate, viri, subito nam tempora cursu
Prœtereunt, nulloque sono dilabitur annus.
Sus, veilles compagnons, car les tems a la foule
Vont passant, et l'annee, sans bruict fayre, s'escoule.
Vidi jam juvenem premeret cum serior aetas,
Mœrentem tardas prœteriisse dies.
Un jadis juvenceau, pressé de sa viellesse,
Je vis pleurer les jours ja passés en paresse.
Hac animadversione percutitur peccator, quod
moriens obliviscitur sui qui vivens oblitus est Dei.
Ah ! l'ame du pecheur doit bien estre advertie
En ce poinct, que mourant c'il soymesme s'oublie
Qui n'avoit de son Dieu souvenance en sa vie.
FOI SANS DES-CALER
2
22 février 1591
Indissolubilité du mariage chrétien. - Louange à la Trinité, à la Sainte Vierge et à des Saints protecteurs.
Titre II. DIVORCES ET RÉPUDIATIONS
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Le mariage pouvait être annulé chez les Gentils à cause de la légèreté de mœurs du paganisme ; mais aujourd'hui il est indisso¬luble, en ce qui concerne le lien, un très petit nombre de cas étant exceptés. En ce qui concerne la cohabitation, il est très difficilement dissous, parce que ce qui était un pur contrat chez ces nations qui n'ont pas connu Dieu et n'ont pas invoqué le saint nom de Dieu (Ps 78,6 ; Jer 10,fin), et ce qui n'était consenti que par un simple engagement, est au¬jourd'hui un très auguste Sacrement par le Christ notre Seigneur (Ep 5,32), à qui, ainsi qu'au Père et à l'Esprit-Saint, soit louange, honneur, puissance (1 Tm 6,16) ; et à notre Bienheureuse Dame la Vierge Marie, Mère de Dieu, aux saints Apôtres Pierre et Paul, dont aujourd'hui même la mémoire est célébrée dans toute l'Eglise, à raison de la chaire de
saint Pierre [à Antioche]; aux saints Fabien et Sébastien, martyrs ; aux saints Joseph, François et Bonaventure, confesseurs . Amen.
En l'année chrétienne 1591, le 22 février.
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24 mars 1591
Echo des sentiments du jeune homme en la vigile de l'Annonciation.
TITRE XVIII. POUR LE SÉNATUSCONSULTE TERTYLLIEN ET ORPHITIEN
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Et ainsi nous mettons fin à notre course à travers tous les titres de l'lnfortiat .
Gloire à Dieu très bon, très grand, au Christ Jésus et à Notre¬ Dame la Vierge Marie, sa très puissante Mère (nous avons commencé à célébrer la solennité et la Vigile de son Annonciation et de sa salutation par l'Ange), aux saints Pierre, Paul, Fabien, Sébastien, François, Bonaventure, mais spécialement au grand saint Joseph et à l'archange Gabriel qui annonça que le Verbe s'était resserré(S2 serm 157 p.129) dans le sein très sacré de la Vierge; gloire à lui ! Amen.
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DE LA SIGNIFICATION DES MOTS ET DES CHOSES. [TITRE] XVI
Les compilateurs des Digestes ayant aperçu dans les différentes lois ci-dessus recueillies et réunies beaucoup d'obscurités prove¬nant de l'ignorance ou de l'ambiguité soit des noms soit des termes, ont mis en note ici, à la fin de tout l'ouvrage, pour l'explication des choses et des mots, quelques éclaircissements tirés de ces mêmes jurisconsultes chez lesquels ils avaient pris les lois. Et cela, avec tant de précision et de concision, que j'ai trouvé inutile de recueillir les principales de ces notes, car toutes sont principales et aucune n'est inutile ; d'autant plus qu'à ce travail minutieux, j'ai, au début de notre apprentissage, consacré de bonnes heures.
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10 juillet 1591
Dieu, règle infaillible de toute justice. - Encore un hommage à Marie et aux Saints. - Un tremblement de terre et les bouleversements de l'Eu¬rope. - Cri de douleur sur la France. - La voix du Pape écho de celle du Roi des rois.
RÈGLES DU DROIT. TITRE XVII
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A l'infaillible, très droite, première et éternelle Règle de tout bien et justice, au DIEU TRIPLE ET UN, louange et action de grâces (Ap 7,12). Sans sa grâce et lumière, tout est confus et sans ordre.
Bénie soit la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Honneur au bienheureux Gabriel et à mon Ange gardien, à Jean-Baptiste, Pierre, Paul et à Jean l'Evangéliste, aux saints Etienne, Fabien, Sébastien, Joseph, François, Bonaventure et à Anne et à Marie¬-Madeleine. Amen.
J'ai achevé, par la volonté de Dieu et avec la protection de la Très Sainte Mère de Dieu et de mes saints Patrons, ces petites notes sur les ff Pandectes , très légères par elles-mêmes, mais assez pénibles et laborieuses pour moi, novice, l'an 1591 après le salutaire Enfantement de la Vierge, au mois de juillet, le dixième jour, mémorable par le tremblement de terre que nous avons perçu à cinq heures et demie de l'après-midi , et par la solennité des sept Saints Frères .
Et véritablement, les nations ont été troublées et les royaumes ont chancelé; il a élevé sa voix, et la
Voir page suivante fac similé 2 , Manuscrit du cours de Droit
Fac-similé du texte De Regulis Juris Tit XVII : "Absolvi, Deo volonte……Deo Laus.Amen", La finale appartient au titre XI cf note 98.
terre a été remuée (Ps 45,7). Les Princes Italiens et Germains lèvent des troupes guerrières ; déjà l'Anglais, l'Espa¬gnol, le Français, ayant tiré le glaive, troublent l'air et la terre de gémissements et de sang ; les royaumes d'Ecosse, d'Angleterre, de Danemarck sont tombés dans l'horrible gouffre des hérésies, ainsi que ceux de Pologne, de Hongrie, de Bohème ; et, ce qui est au¬-dessus de toute douleur, nous voyons et contemplons avec larmes la couronne autrefois très chrétienne de France prête à se placer
sur la tête d'un hérétique, ou plutôt penchée vers un désastre la¬mentable !
Dieu, Roi des rois (Ap 19,16), très bon et très grand, crie par la voix de Grégoire , accuse, gourmande (2 Tm 4,2) : Evite l'hérétique (2 Tm 2,1). Qui n'est pas avec moi est contre moi (Mt 12,30) ; et Bélial n'est pas avec moi (2 Co 6,15). Pourquoi aimez¬-vous la vanité, disant : Qui nous montre le bien (Ps 4,3) ? Je ne suis pas le renardeau qui saccagera les vignes (Ct 2,15). Pourquoi aimez-vous le mensonge connu par l'expérience de la promesse non gardée ? Pourquoi re¬cherchez-vous et aimez-vous le mensonge (Ps 4,3) qui vous causera tant de déceptions dans l'avenir ? que reste-t-il donc ? Et la terre a été remuée. Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu, et tout vous sera donné par surcroît (Mt 6,33), afin qu'un roi soit établi par Dieu sur la sainte montagne de Sion, un roi qui proclame sa loi (Ps 2,6), qui croie en son nom et ne soit pas né de la chair, mais de Dieu (Jn 1,12).
GLOIRE A DIEU. AMEN.
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DE LA SOUVERAINE TRINITÉ ET DE LA FOI CATHOLIQUE
QUE PERSONNE NE DOIT SE PERMETTRE D'EN DISCUTER EN PUBLIC
TITRE PREMIER
Etant donné que tout pouvoir appartient à Dieu et s'appuie avec raison sur le Dieu de sagesse comme sur un fondement, selon ce mot du Sage : C'est par moi que règnent les rois (L. IV- Pr 8,15), et celui-ci : " De Jupiter vient le principe du pouvoir (Virg. Egl 3,60), " et que d'autres preuves majeures puissent être mises en avant, c'est avec raison que l'Empereur commence par cette considération le texte qui contient les constitutions destinées à maintenir et sanctionner in¬tégralement la dignité de la vraie foi.
Mais parce que, à cette époque, la foi catholique au sujet du très auguste mystère de la Trinité était attaquée par les hérétiques, et que ces mêmes hérétiques méprisaient l'autorité du Saint-Siège Apostolique et des Conciles catholiques, il pose comme premier titre du premier Livre : " DE LA SOUVERAINE TRINITÉ ET DE LA FOI CATHOLIQUE. " Et il donne à cette Trinité le nom de "Souveraine" parce que, comme il y a plusieurs trinités dans les choses créées (car trinité désigne non l'unité, mais la réelle distinction des trois parties), il emploie le mot " Souveraine" quand il parle de la Trinité divine, parce que les autres sont infimes en comparaison de celle-ci. (Ecclés.1,8) : Le Très-Haut est unique.
Or, la foi appelée " catholique " est celle qui, en raison tant des lieux que des hommes et des temps, est universelle et sans limites, c'est-à-dire, qui à toutes les époques, depuis qu'elle a commencé, et en tous lieux, fut enseignée et confessée par tous les Chrétiens (car la différence du catholique de l'hérétique existe seulement parmi ceux qui professent la loi chrétienne).
Quant à ces paroles ajoutées : " QUE PERSONNE NE SE PERMETTE D'EN DISCUTER EN PUBLIC," voici comment il faut les entendre : il n'est pas permis de discuter de la foi, puisqu'il nous est défendu d'être contentieux, c'est-à-dire de nous attacher à notre opinion personnelle avec obstination et verbeusement. Il est permis, en effet, de disserter sur les mystères de la religion avec humilité et soumission, même quelquefois en public, dans des conférences contre les hérétiques, dans des discussions et cours publics; car cela n'est pas mettre la foi en cause, mais échanger ses pensées pour éclairer la foi.
Donc, tout homme " doit appartenir " à cette " religion " que professe le successeur de Pierre et qu'il est prouvé que Pierre a transmise aux Romains : elle consiste à vénérer la Trinité dans l'Unité et l'Unité dans la Trinité. Seuls, les chrétiens " qui suivent cette loi " doivent être appelés Catholiques ; les autres ne méri¬tent que le nom d'insensés et de " fous." De même, que les hérétiques soient appelés " infâmes ", et qu'ils soient punis par le Prince selon l'occurrence. (1re Loi).
" Que nulle occasion ne soit donnée aux hérétiques d'exercer la folie de leur esprit obstiné ; qu'il ne soit accordé aucun ministère aux hérétiques ; " combien moins la dignité royale. Tout ce qu'ils obtiennent est non avenu et nul ; ainsi, ce serment obtenu des nobles Français est nul en lui-même.
Que la foi du Concile de Nicée " soit honorée partout." Donc, ce Concile proclame " le Christ Fils de Dieu, Dieu de Dieu " et " Lumière sortie de la Lumière," et il honore de même et vénère le Saint-Esprit. Or, les mots de l'Empereur : " Lui que nous espé¬rons et que nous recevons du souverain Père de toutes choses, " ne confirment pas cette opinion des Grecs, que le Saint-Esprit procède du Père seulement, puisqu'elle n'est apparue que plusieurs siècles après ; mais il parle de la réception de la grâce du Saint¬Esprit, car il est dit ainsi, que l'Esprit-Saint est donné aux hommes par le Père au moyen du Fils, que le Père enverra en mon nom (Jn 14,26). Enfin, il faut entièrement croire " indivise la substance de la Trinité pure," c'est-à-dire parfaite. (L. II.)
La troisième Loi interdit entièrement les contentions au sujet de la foi, parce que l'homme contentieux est perfide et cherche à briser l'unité de la foi. Sont interdites aussi les discussions publi¬ques devant les foules, ce qui pourrait donner occasion ou de scandale, ou de profaner les mystères en offrant les perles de la philosophie chrétienne à cette courbe confuse de porcs, Juifs et infidèles. (L. III)
Le pouvoir s'appuie sur la religion ; l'Eglise Romaine est " la tête des Eglises." Ce qui est dit dans les Lois I, II, III, et même tous les décrets compris sous ce Titre, tout cela a été confirmé par l'autorité du Souverain Pontife. (L. IV.).
Il professe que " le Fils de Dieu est consubstantiel au Père selon la Divinité, et à nous selon l'humanité ; " et aussi que la bienheu¬reuse Vierge Marie est vraiment et proprement la Mère de Dieu, car c'est d'elle que le Fils de Dieu, " né du Père avant les siècles, s'est incarné " dans le temps " par le Saint-Esprit.".
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" Il est juste que " ceux qui n'obéissent pas aux décisions du Souverain Pontife " soient considérés par l'Eglise comme bannis ; " cependant, " l'Eglise ne ferme jamais son sein à ceux qui revien¬nent." (L. VI.)
Ce Titre est précieux et tout à fait auguste, et digne d'être lu souvent contre les novateurs, les demi-savants et les politiques ; c'est pourquoi j'ai pris ces notes avec plus de précision, en les extrayants de chaque Loi une à une.
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Témoignages de la haine de François de Sales pour l'hérésie, de sa vénération pour la sainte Croix et de la bonté de son cœur.
DES HÉRÉTIQUES, MANICHÉENS ET SAMARITAINS. TITRE VIII
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Un hérétique peut être accusé par n'importe qui; L. IV. Les seigneurs temporels détruisant les hérétiques, les biens de ceux-ci peuvent être enlevés par n'importe quel catholique ; si un seigneur d'un rang supérieur, comme un roi, veut s'y opposer, il sera lui-¬même privé du pouvoir.
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Que les écrits des hérétiques soient brûlés ; L. VIII. Que le nom dont on désigne les hérétiques soit tiré du nom de l'auteur de l'hérésie et non de celui du Christ; comme on dit Calvinistes, du nom de Calvin. L. VI.
Ce Titre est précieux comme de l'or.
II. N'EST PERMIS A PERSONNE DE SCULPTER OU DE PEINDRE LE SIGNE DU CHRIST SAUVEUR A TERRE, OU DANS LA PIERRE, OU DANS LE MARBRE. TITRE XI L.I (cf Défense Estendart..note 130)
Car il ne semble pas assez respectueux de peindre un signe si grand, à savoir la Sainte Croix, et de le représenter en un endroit où il pourrait être foulé aux pieds. - Venez, briseurs d'images ! - Que celui qui contrevient à cette Loi soit condamné à la peine capitale.
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EST PRÉCIEUSE COMME DE L'OR ET DIGNE DE LETTRES MAJUSCULES LA IXe LOI, L III, tit 26 , où l'on trouve ceci : QUE SOIENT PUNIS DU FEU LES FAMILIERS DU PRINCE, S'ILS PERSÉCUTENT LES HABITANTS DES PRO¬VINCES. ………………………………………………………
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HARANGUE
DE REMERCIMENT AUX DOCTEURS DE PADOUE
5 septembre 1591
Bien que je me rende assez compte en moi-même de quelle importance il est pour ma réputation de vous adresser autant que je le puis les très vifs remercîments qu'exige de moi le saint et sacré bienfait que vous m'accordez aujourd'hui, Révérendissime Vicaire général , vénérable Prieur , Pères conscrits : cependant, ne me sentant pas capable de vous les présenter tels qu'il le faudrait et connaissant les graves occupations qui vous empê¬chent d'y prêter une longue attention, plus soucieux de vos inté¬rêts que de ma .propre renommée, je me serais volontiers abstenu de ce devoir de reconnaissance. Mais j'estime que mon silence, en ce lieu et dans cette circonstance qui le condamneraient, serait de tel effet qu'il nuirait autant à votre réputation qu'à la mienne. Si, en effet, cette très noble assemblée me jugeait trop négligent, ingrat et faible d'esprit pour ne point reconnaître une faveur si actuelle et si grande, que penserait-elle des juges qui ont porté de moi, à l'instant, un si glorieux jugement ?
J'irai donc au devant de ces pensées que l'on pourrait former à votre sujet et au mien. Je reconnais, honorables Auditeurs, que ce bienfait qui m'a été conféré par ces Pères éminents est de telle sorte qu'on n'en peut attendre de plus grand en cette vie. En effet, les autres avantages ne sont que les ornements de la fortune ou de la personne ; mais seul celui du doctorat est l'ornement du mérite lui-même, qui d'ailleurs est, de soi, fort glorieux ; et j'estime cet honneur d'autant plus grand et éclatant que ce n'est pas .seulement une couronne de laurier que ce Collège m'a conférée, mais le lau¬rier lui-même : car il ne m'a pas fait docteur seulement, mais il m'a rendu digne de le devenir et d'en porter le titre.
Certes, ma très chère patrie a ajouté en moi à la nature les commencements des belles-lettres , et lorsqu'il m'en vit pour¬vu, mon excellent père, dans l'espoir de me voir de jour en jour plus docte, m'envoya en l'Université de Paris , très florissante alors et très fréquentée. Mais aujourd'hui, hélas, quel changement !
Cette école de Paris, mère illustre des lettres, est désolée par les terreurs de la guerre et, à première vue (que Dieu écarte ce mal¬heur !), est sous la menace de devenir déserte . C'est là que je me suis appliqué d'abord aux belles-lettres, puis à toutes les parties de la philosophie, avec d'autant plus de facilité et de fruit que ses toits, pour ainsi dire, et ses murailles semblent philosopher, tant elle est adonnée à la philosophie et à la théologie.
Jusqu'alors, je n'avais consacré aucun travail à la sainte et sacrée science du Droit : mais lorsque, ensuite, j'eus résolus de m'y em¬ployer, je n'eus aucunement besoin de chercher où je devais me tourner, où je devais me porter ; ce Collège de Padoue m'attira aussitôt par sa célébrité , et sous les plus favorables augures, car, en ce temps, il avait des docteurs et des lecteurs tels qu'il n'en eut et n'en aura jamais de plus grands : Guido Panciroli, prince de la juris¬prudence, votre lumière et votre gloire, Pères, et qui ne périra ja¬mais . Il me fut encore permis d'entendre les paroles vivantes de Jacques Menocchio dont tout le monde admire et révère les paroles mortes, je veux dire ses admirables écrits , et dont la retraite aurait apporté grand dommage à cette Académie, si Ange Matteazzi, maître consommé en toutes sortes de sciences, n'eût été mis en sa place après mûre délibération et par un très juste échange . Quoi de plus beau ? Il m'était permis de puiser la science du Droit canon à la source dérivée de cette colline dont, sans aucun doute, les muses habitent le sommet comme un autre Parnasse.
Ensuite, cette Université eut le très docte Otellio qui sait si bien assaisonner d'agrément la science la plus solide, qu'il semble, sachant " unir l'utilité à la douceur, " avoir " emporté tous les suffrages." Un autre maître était le très excellent Castellano dont l'enseignement, à mon avis, n'est si extraordinaire que parce que sa science est, comme son enseignement, en dehors et au¬-dessus de l'ordre et de l'intelligence ordinaires. Enfin, car je dois omettre un fort grand nombre d'autres noms, le Trevisan posait excellement les premiers fondements de la jurispru¬dence .
Grâce à presque tous ces maîtres, Pères, tout ce que je possède de science civile est dérivé de votre Collège jusqu'à moi, et vous l'avez jugée telle que, par votre sentence, vous l'avez déclarée suffisante pour m'acquérir la couronne de laurier, et cette sentence devient un jugement définitif. J'ai donc reçu deux bienfaits de cette école, et je ne sais quel est le plus grand, mais je n'ignore pas que tous deux sont très grands; c'est à savoir, que je suis docteur et que j'ai eu le moyen de le devenir.
Aussi, cette circonstance et ce lieu exigeraient-ils de moi la plus vive démonstration de gratitude ; mais puisque pour un bienfait si grand et si précieux, il nous manque, à moi l'éloquence, et à vous le loisir, à la place d'un plus long discours, recevez avec indulgence et bienveillance cette protestation de mes sentiments devant cette très noble assemblée. Tel que je suis, je me dois tout entier, honorables Auditeurs, à ce très célèbre et savant Collège: je l'atteste, je le proclame.
A vous, Christ, Dieu immortel; à votre très glorieuse Mère; à l'Ange gardien, à saint François dont je suis heureux de porter le nom, louange, honneur, bénédiction et action de grâces (Ap 7,12). O Loi éter¬nelle, Règle de toutes lois, donnez-moi pour loi le chemin de vos justi¬fications au milieu de mon cœur(Ps 18,31 ; 39,9) ; car, bienheureux est celui que vous avez instruit, Seigneur, et à qui vous avez enseigné votre loi (Ps 93,12).
Pour ce qui reste, faites-le, s'il vous plaît, très illustre Panciroli, mon très honoré maître, et, de vos mains si pures et bienfaisantes, décorez-moi de ces ornements dont cette Université a coutume d'honorer, avant de les congédier, les élèves auxquels elle a conféré la dignité qu'elle m'acccorde .
C'est, en effet, des mains de Panciroli que notre Saint reçut, avec la couronne de laurier, l'anneau et le bonnet, insignes des docteurs. (Voir Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. l, pp. 32, 35.)
EXTRAITS
DU MANUSCRIT DU COURS DE DROIT (note 99)
(SUITE EN LATIN)
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17 septembre - 20 novembre 1591
Travail interrompu. - L'itinéraire et les périp2ties d'un voyage à Rome ; pourquoi il a été manqué. - Mort de Grégoire XIV et élection du nou¬veau Pontife. - Vœux du saint jeune homme à cette occasion. - Une " porte plus grande que tout l'édifice ".
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Ainsi je détachais quelques extraits des Titres du troisième Livre, l'an 1591 ; au mois de septembre, le 17me jour, jour rendu mémorable par les Stigmates du saint Père François, je fus forcé d'abandonner ce travail, et je l'abandonne jusqu'à ce que Dieu me donne loisir et commodité. Gloire à lui et à sa Mère.
LIVRE QUATRIÈME
DES CRÉANCES ET DU SERMENT
TITRE PREMIER
Comme le 8 octobre 1591, nous étant embarqués à Venise à la première heure de nuit, nous avions mis à la voile, le 18 du même mois, jour consacré à saint Luc, après une navigation très pénible, d'ailleurs nullement périlleuse (ce qui est un bienfait de Dieu), nous abordions dès l'aurore à Ancône , De là, le même jour, nous entrâmes à Lorette, et le 19, après avoir reçu les Sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, nous répandîmes nos prières à Dieu et à sa Mère dans la sainte chambre habitée par eux-mêmes. Le len¬demain, ayant entendu le saint Sacrifice de la Messe, comme nous avions résolu de nous diriger vers Rome, par crainte des brigands qui, disait-on, avaient élevé leur nombre jusqu'à mille et dévastaient terriblement toute la plage d'Ancône, principalement les chemins menant à Rome, nous retournâmes, bien malgré nous, à l'endroit d'où nous étions venus; puis, grâce à un léger détour, nous vîmes à Sirolo l'image du Christ Notre-Seigneur suspendu vi¬vant à la Croix, que l'on dit peinte par saint Luc . Bientôt [nous atteignions] Ancône, nous étant servis du même navire sur lequel nous avions été précédemment portés ; et toujours sur la même heureuse embarcation de Chioggia , mais par une traversée beaucoup plus pénible, après avoir bien payé les frais du voyage, nous débarquâmes le 5 novembre, vers le soir, aux colonnes de la grande place de Saint-Marc . A notre chagrin d'avoir dû interrompre notre voyage à Rome, que nous regrettions beaucoup, se mêlait la joie de pouvoir poser le pied, sains et saufs, sur la terre ferme .
Ce qui surtout rendit incommode et périlleux notre voyage à Rome par le territoire d'Ancône, c'est que le Souverain Pontife Grégoire XIV, longtemps victime d'une longue et dangereuse maladie, avait dit adieu à la vie ; nouvelle que nous apprîmes d'abord par un rapport certain au moment même où nous entrions à Ancône . En effet, n'ayant plus à craindre de sou¬verain ni de maître, une foule infâme de brigands se leva fu¬rieuse, et l'élection du nouveau Pontife ne paraissait pas devoir se produire bientôt; aussi fallut-il penser au retour. De plus, monsieur Jean Déage, mon vénérable précepteur , mon frère Gallois et moi, nous n'avions l'habitude de voyager qu'à cheval : or, à nous trois, il ne nous restait que la somme de vingt-huit cou¬ronnes, et les courriers, ainsi que les guides, refusaient de nous accorder des montures à moins de trente couronnes . C'est pour¬quoi, obligés de retourner, au port de Césène nous apprîmes, au milieu des applaudissements universels, bien que la nouvelle ne fut pas encore certaine, l'élection au souverain Pontificat, du Cardi¬nal des Quatre-Couronnés, ou Facchinetti, bolonais. La chose nous fut ensuite confirmée à Chioggia, en partie par la joyeuse sonnerie des cloches, en partie par ce que disaient les habitants, et, à Venise, nous sûmes qu'il avait pris le nom d'Innocent IX .
Fasse le Dieu très bon et très grand que, sous ses auspices pour longtemps désirés, l'Eglise catholique universelle, et surtout celle de France, éprouve cette tranquillité qui lui permette de vivre si bien et si heureusement, que les peuples catholiques, délivrés du bras de leurs ennemis, puissent, dans la sainteté et la justice, servir tous les jours de leur vie (Lc 1,74) Celui " à qui servir c'est régner ". Le peuple et le royaume qui ne le serviront pas périront.
J'écrivais ceci à un moment de loisir, le 20 novembre 1591.
A ce moment, reprenant la course que j'avais commencée de faire précédemment à travers tous les Titres du Droit, je suis tombé sur celui qui est mentionné plus haut : Des créances et du serment, L'ayant parcouru et n'ayant rien trouvé qui se rapportât aux créances, car tout y traite uniquement du serment, j'ai été étonné de voir que la porte était plus grande que tout l'édifice , J'ai décidé alors de ne plus prendre en note ce qui se trouve sous des titres semblables (livre XII des Pandectes) : sinon ceci, que peut-être cette partie du titre : Des créances, a été ajoutée, de peur, sans doute, que le Code du seigneur Justinien, privé d'un titre si noble, ne semblât inférieur, du moins en apparence, aux livres des Pan¬dectes de nos jurisconsultes.
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Souvenir de l'examen subi par le nouveau docteur. - Un titre à relire souvent. - Les usuriers et le fisc.
POUR LE SÉNATUSCONSULTE VELLÉIEN TITRE XXIX Liv IV
La femme ne reçoit pas de secours [du Sénatusconsulte Velléien ] si elle paye pour autrui sans s'être obligée ; Loi 1re. Or, elle n'est pas obligée, même pour son fils, le Sénatusconsulte Velléien ne lui permettant pas de s'obliger ; Loi III. Elle n'en reçoit pas non plus de secours quand elle promet de doter sa fille; Loi XII. C'est cette Loi que, par voie de tirage au sort, m'attribua pour mon examen solennel le Collège de Padoue, en cette année, le 5 septembre, messire Quarantotto étant Prieur (note 102).
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Et il y a d'autres cas dans la glose de la dernière Loi, glose que j'ai rapportée en expliquant la Loi dans mon examen.
DES SECONDES NOCES
Liv V tit IX……………………………………………………………………..
Ces quelques notes sont prises parmi les nombreuses matières traitées dans tout le Titre ; c'est pourquoi il sera très utile de le lire et relire, à cause du sujet si particulier et d'une application si fréquente. MAIS IL FAUT ÉCRIRE EN LETTRES MAJUSCULES CE QUI EST DIT DANS LA 1re LOI : " DANS CES CHOSES MỆMES OU NOUS INTRO¬DUISONS UNE RÉFORME DES MŒURS, NOUS NE DEVONS PAS TENIR COMPTE DE LA QUESTION D'ARGENT." L'observation de cette Loi n'est pas d'une nécessité urgente aujourd'hui, car les usuriers et les prêteurs à gages les plus sordides, lorsqu'ils ont réduit à l'indi¬gence une province jusqu'alors intacte, s'ils se laissent saisir, tous leurs biens reviennent au fisc ; pour quelle raison, je l'ignore, car ces biens ne sont pas ceux des usuriers, mais ceux des débiteurs pauvres.
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[Fin novembre-décembre] 1591
Mm. de Boisy. - Importance de la loi de l'inventaire ; le signe de la Croix.- Pourquoi le jeune docteur met fin à son travail.
DES DONATIONS ENTRE MARI ET FEMME ET DE CELLES FAITES PAR LES PARENTS
A LEURS ENFANTS, ET DE LA RATIFICATION
TITRE XVI Liv V
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La mère, pendant le mariage, peut donner à son fils, pourvu toutefois que rien ne soit acquis au mari. C'est ce qu'avait fait pour moi ma très bonne et très chère mère lorsqu'elle n'avait encore que moi comme seul et unique fils ; dans la suite, pourtant, cette donation fut révoquée, non par une diminution de son amour maternel, mais parce qu'il m'était survenu des frères, que Dieu bénisse : notre commune et très sage mère a jugé que, de même qu'elle ne les préférait pas à moi, ainsi elle ne me préférait pas à eux.
Que le Tout-Puissant lui accorde, selon sa grande miséricorde (Ps 1,3), la bénédiction du ciel en haut (Gn 49,25), la grâce et la gloire.
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DU DROIT DE DÉLIBÉRATION. DE L'ACCESSION A L'HÉRITAGE ET DE SON ACQUISITION
TITRE XXX Liv VI
La dernière Loi est celle que l'on appelle 3 bienfaisante 3. Elle contient le droit de faire l'inventaire, de peur que l'héritier ne soit obligé au-delà de ses capacités d'hoirie. Cette Loi très importante prescrit la façon de procéder à l'inventaire, le moment, la mé¬thode, etc. ; c'est pourquoi il faut la voir à sa source. Mais tu observeras que l'inventaire doit être précédé du vénérable signe de la Croix.
DE L'APPLICATION DE L'ÉDIT DE L'EMPEREUR ADRIEN, ET COMMENT CELUI QUI EST
INSCRIT HÉRITIER EST ADMIS A LA POSSESSION
TITRE XXXIII Liv VI
Fatigué de mes efforts et de l'étude de chaque Titre, j'ai renoncé à continuer la course commencée, et je l'interromps, jusqu'à ce que Dieu me fasse de nouveaux loisirs; et j'aurais passé au Titre des Novelles si, de la même façon, Jacques Cujas n'avait fait pour cette partie du Droit des remarques très brèves, selon sa cou¬tume .
LOUANGE A DIEU ET A LA VIERGE-MERE .
C - PÉRIODE DU CHABLAIS ET D'ANNECY
1592 - 1622
VIII
1 - MOURIR POUR VAINCRE
[1592-1594
(INÉDITE)
Samson, pour accables (sic) l'assemblee ennemie
Des chefz Philistinoys, ne pouvant accraser
Leur hostel dessus sans y perdre sa vie,
Pour les vaincre voulut luymesme trespasser.
Ainsy, si vous voules en ce brave combat
Dessus vos ennemis emporter la victoyre,
Il faut, bien resouluz, de mourir fayre estat;
Et, telz qu'un viel phœnix qui, sa vielle foiblesse,
Sur un mont debattant, change en gaie jeunesse, (Pline Hist Nat 10,2)
Vous prendres en la mort un vif estre immortel.
Aussy, si vous moures en combattant, la gloyre
Du combat vous demeure ; vous aures la victoyre,
Vous seres triomphans d'un triomphe [im]mortel.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
2 - QU'EST-CE QUE COMBATTRE L'EN1\'EMI SPIRITUEL ?
[1592-15941
(FRAGMENT INÉDIT)
Combattre l'ennemy spirituel et mortifier ses inclina¬tions n'est autre que les rejetter et n'en fayre nomplus d'estat que si elles estoit (sic ] mortes ou n'estoit poinct ; a quoy chascun doit mettre grand peyne, nostre nature estant tellement corrompue qu'elle nous va quasi tous¬jours mouvant au mal fayre en toutes sortes de vaca¬tions que nous puyssions suyvre ; et partant, chascun la doit vaillamment combattre et mortifier ses mouvemens.
Dequoy je vous ay bien voulu escrire ce mot, affin de respondre [au commun] .
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
IX
SOUVENIRS DE FAVEURS REÇUES SURNATURELLES
1 - RETRAITE PRÉPARATOIRE AUX SAINTS ORDRES
19 mai 1593
François, tu te dois souvenir que Dieu t'a faict beau¬coup de misericordes le dix neufviesme de may 1593, par les intercessions du glorieux saint Celestin, protec¬teur de ta retraitte preparatoire aux Ordres.
Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
2 - PENDANT LA MISSION DU CHABLAIS
19 avril [1595 ou 1596
Amor meus furor meus ! Mon amour est toute ma fureur. Il me semble, en effect, que mon zele se soit changé en une fureur pour mon Bienaymé; et je dois redire souvent ces petitz vers :
Est ce l'amour ou la fureur
Qui me presse, 0 divin Sauveur ?
Ouy, mon Dieu, ce sont tous les deux,
Car je brusle quand je vous veux.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
3 - EN LA FÊTE DU SAINT-SACREMENT
25 mai 1595
" Le vingt-cinquiesme de may 1595, jour auquel l'Eglise solem¬nise la feste du Corps de nostre Sauveur et Redempteur Jesus¬Christ, à trois heures du matin, comme il meditoit profondement sur le tres-sainct et tres-auguste Sacrement de l'Eucharistie, il se sentit ravy à une si grande abondance de suavité par le Sainct Esprit,... que son cœur se laissant aller par trop de delices, il fut en fin contrainct de se jetter par terre... Il y " demeura assés de temps prosterné de son long et criant ; Retenez, Seigneur, les flots de votre grâce ! Seigneur, éloi¬ gnez-vous de moi, parce que je ne puis soutenir la grandeur de votre douceur ; c'est pourquoi je suis contraint de me prosterner."
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
X
ESSAIS DE POÉSIE
1 - LA TRANSFIGURATION ET LE COEUR DE JÉSUS
6-15 août 1598
(INÉDITE)
Nous avons veu, Seigneur, ceste face si claire,
Plus claire mille fois que n'est le beau soleil (Mt 17,2)
Lhors qu'en son plein mydi le plus fort il esclaire
Et que cest univers il regarde a plein œil.
Mais, si tel est le cors, combien est plus luysante
La gloire de ton cœur, de ton cœur tout heureux
D'une fœlicité sur tout autre abondante,
Qui, des son premier point, le rendit glorieux.
Cœur si plein de splendeurs, que mesme il les espanche
Dessus tous tes habitz, que mesm'il a fait voir
Si blancz et radieux, qu'une neige si blanche
De monstrer a nos yeux le ciel n'a le pouvoir (Mt 9,2).
Hé, qui doutera donq qui (sic) ne rayonne encore
Dessus son serviteur qui le sert humblement
Et parmi les travaux de ce monde l'honnore,
Demeurant joint a luy comme son vestement ?
Sus donq ! vous qui voyes quelle gloire environne
Le chef de vostre Dieu plein de felicité,
Remarques que le pris d'une telle couronne
Ne peut estre gaigné que par l'humilité (c).
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
2 - EN L'HONNEUR DU SAINT-SACREMENT
6-15 août 1598
(INÉDITE)
Nous confessons, O Seigneur Dieu,
Que ton cors est [en] ce lieu.
Ta parole
N'est frivole,
Ni ton Eglise aussi,
Laquelle le croit ainsy.
Nous admirons ta bonté
Adorans ta majesté
Qui, presente,
Se contente
En ces bas lieux se ranger
Pour mieux se faire manger.
O Pain cœleste et vivant,
Tout esprit t'aille adorant,
L'homme et l'Ange
Qui te mange :
L'homme, au Sacrement, couvert,
Et l'Ange, au Ciel, descouvert.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
3 - LA CROIX
Septembre ou octobre 1598
(FRAGMENT INÉDIT)
……………………………………………
Mais, quand a moy, j'estime asses puissante
Du grand Sauveur l'amere Passion,
Pour bien graver en vostre affection
Quil faut aymer tous ce que represente
Ce livre cy, lequel je vous presente.
En aymant tous, j'en auray portion.
[A utre ébauche]
Mais, quand a moy, j'estime asses puissante
La Passion de Jesus, vostre Espoux,
Pour bien graver quil vous faut aymer tous
En vostre cœur ce que vous represente
Ce livre cy, qu'en don je vous presente.
Or sus, aymant tous, si m'aymeres vous.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.
4 - AU PIED DE LA CROIX
1605-1608
(FRAGMENT INÉDIT)
Regarde tout au tour de toy
La sainte compaignie
Qui adore……………………
Voy, pres de ce saint Crucifix,
La douce compaignie
De………………………………
Tu n'y seras seul ; Dieu y est
Pour t'y donner sa vie,
Son Mignon et Celle quil sçait.
Quelle douceur - O Dieu le sçait ¬
Sous cett'arbre (sic) de vie
Ou tu verras Celle qui est
Ta sainte et digne amie,
N'oserait on dire qui c'est.
………………………………………………..
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XI
NOTE INTIME TOUCHANT UNE FAVEUR SURNATURELLE
REÇUE A ROME
le 25 mars 1599
Ayant receu la sainte Eucharistie de la main du Sou¬verain Pontife le jour de l'Annonciation, mon ame fut fort consolee interieurement; et Dieu me fit la grace de me donner de grandes lumieres sur le mistere de l'In¬carnation, me faisant connoistre d'une maniere inexpli¬cable comme le Verbe prit un cors, par la puissance du Pere et par l'operation du Saint Esprit, dans le chaste sein de Marie, le voulant bien luy mesme pour habiter parmy nous (Jn 1,14), des qu'il seroit homme comme nous (Ph 2,7).
Cest Homme Dieu m'a aussi donné une connoissance eslevee et savoureuse sur la Transsubstantiation, sur son entree en mon ame et sur le ministere des Pasteurs de l'Eglise.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
XII
RÈGLEMENT ÉPISCOPAL
Fin novembre - 8 décembre 1602
Et premierement, quant a l'exterieur, FRANÇOIS DE SALES, Evesque de Geneve, ne portera point d'habitz de soye ni qui soyent plus pretieux que ceux qu'il a portés par cy devant ; toutesfois ilz seront netz et bien proprement accommodés autour de son cors.
Il ne portera point a ses piedz d'escarpins avec les mules ou galoches, tant parce que cela ressent la vanité du monde, que parce qu'il est defendu par les Statutz de son Eglise .
Jamais il n'ira en point d'eglise sans rochet et camail, ni par la ville, et mesme observera cela par la mayson, quant au camail, autant qu'il se pourra faire. En la mayson, en l'eglise et par la ville, autant que la commo¬dité le luy permettra, il portera tousjours son bonnet carré.
Il ne portera au doigt que le seul anneau qu'on appelle pastoral, et que les Evesques doivent porter pour marque de l'alliance qu'ilz ont contractee, et qui les tient liés et obligés a leur Eglise non moins estroittement que les maris a leurs espouses.
Il ne portera point de gans qui soyent parfumés ou de grand prix, ni de manchons de soye et fourrés ; mays il prendra ce qui sera de la civilité, honnesteté et necessité. Sa ceinture pourra estre de soye, non pas toutesfois pretieuse, et en icelle il portera son chappelet attaché. Les attaches de ses souliers ne seront point de soye, ni ses bas de chausses .
Sa tonsure sera tousjours en estat d'estre fort bien reconneüe, sa barbe ronde, non pointue, et sans aucunes moustaches qui passent la levre superieure.
Il taschera de n'avoir point de serviteurs inutiles et superflus. Il y en aura deux ecclesiastiques, l'un desquelz aura charge de toutes les affaires , et l'autre luy assis tera aux Offices . Et encor suffiroit il d'un ; mais main¬tenant il en prend deux en consideration d'André de Sauzea, docteur en droit canon et bachelier en theolo¬gie, lequel estant bon predicateur, pourra faire beaucoup de prouffit en ceste diocese . Ilz seront habillés a la Romaine, s'il se peut faire, avec toute sorte de modestie, ou bien comme les prestres du Seminaire de Milan, parce que ceste sorte d'habillement couste moins et est plus commode . Un secretaire , deux valetz de chambre, l'un pour soy et l'autre pour la famille ; un cuisinier avec son garçon , et un laquay qui sera vestu de tanné avec les bords violetz . Point de ses serviteurs ne portera de pennaches, ni d'espee, ni des habitz de couleur esclatante, ni de grans cheveux, ni des moustaches par trop relevees.
Ilz se confesseront et communieront tous les seconds Dimanches du moys, selon les Statutz de la Confrerie des Penitens de la Sainte Croix , en laquelle ilz s'en¬roolleront, et communieront a la Messe de l'Evesque. Ilz entendront tous les jours la Messe, et les Dimanches et festes tout le divin Office en l'Eglise cathedrale. Ilz se leveront tous du lict a cinq heures de matin ; mais les jours solemnelz, quand il faudra aller a Matines, a quattre heures. Ilz se coucheront a dix heures du soir, mais ilz s'assembleront au prealable en la salle pour reciter les Litanies : le Dimanche, du Nom de Jesus ; le lundy, de tous les Saintz ; le mardy, des Anges ; le mercredy, de saint Pierre Apostre, Patron de l'Eglise de Geneve ; le jeudy, du tressaint Sacrement ; le vendredy, de la Passion de Nostre Seigneur ; le samedy, de la glorieuse Vierge Marie Nostre Dame ; sinon qu'a l'occa¬sion de quelques festes ces Litanies doivent estre transferees. L'Evesque dira l'orayson, on fera l'examen de conscience, et apres cela, tous se retireront.
En chasque chambre il y aura un oratoire, et en iceluy de l'eau benite avec quelque devote image et Agnus Dei. Deux chambres seront tapissees: une pour les estran¬gers et l'autre pour recevoir les affayres, c'est a sçavoir la salle .
Il y aura tousjours quelqu'un qui aura soin de recevoir et introduire ceux qui viendront, et celuy la sera courtois et gratieux, taschant de ne fascher personne, quelle qu'elle soit. C'est une trop grande audace aux serviteurs d'un Prelat de mespriser les ecclesiastiques inferieurs : tous ceux qui serviront l'Evesque de Geneve seront advertis et accoustumés de traitter honnestement avec tous, mays principalement avec les prestres .
Quant a la table, elle soit moderee et, comme dit le Concile (Trente 25 de Ref 1), " frugale, " mays toutesfois propre et nette. Les prestres y seront assis et, autant qu'il se pourra faire, tiendront les premieres places. Chacun benira la table a son tour et dira pareillement les Graces, excepté les festes solemnelles ; car alhors l'Evesque fera la benediction et l'action de grace, comme aussi tous les jours il dira l'orayson : " Seigneur, benisses nous, " parce que le moindre doit recevoir la benediction du plus grand (He 7,7). On lira quelque livre de devotion jusques a moytié disner ou souper ; le reste sera donné a des dis¬cours honnestes . L'heure du disner sera a dix, celle du souper a six. Les jours de jeusnes on ne s'assira point a la collation ; et alhors le disner sera a onze heures sonnees, la collation a sept.
Quant à l'aumosne, il faudra observer les jours que feu Monseigneur le Reverendissime avoit choysis, affin qu'elle se fasse publiquement ; il faut tascher qu'elle soit plus grosse en hiver qu'en esté, principalement despuis la feste des Roys, car alhors les pauvres en ont plus de besoin ; et pour ce, l'on distribuera des legumes. Je ne sçay s'il seroit expedient que l'Evesque baillast l'aumosne de sa main propre, quand il verroit que cela se pourroit faire commodement : comme le mercredy de la grande Semayne, ou le Jeudy Saint et le Vendredy Saint de la Passion. Le Jeudy Saint, au Mandat, on baillera a disner aux pauvres devant que leur laver les piedz, ou bien apres, si le Mandat se fait de matin , comme feu Monseigneur le Reverendissime le faysoit. Il faudra tascher que les aumosnes qu'on distribuera aux Freres Mineurs , aux Jacobins , aux Capucins (L5,note 734), aux Religieuses de Sainte Claire (L3, note 101) et a l'Hospital (L6,note 255 ) soyent remarquees, tant pour l'exemple que pour une plus grande efficace envers le peuple . Quant aux aumosnes particulieres et extraordi¬naires, l'onction enseignera ce qu'il faudra faire (1 Jn 2,27).
Quant aux divins Offices, toutes les festes de comman¬dement l'Evesque assistera aux premieres Vespres, aux secondes, a la Grande Messe et a l'Office qui se fait devant ou apres ; mays les jours solemnelz, outre cela, a Matines. Il celebrera et fera l'Office la nuict et le jour de la Nativité de Nostre Seigneur, a la feste des Roys, le Dimanche de Pasques, le Dimanche de Pentecoste, a la Feste Dieu, a la feste de saint Pierre et saint Paul, a la feste de saint Pierre aux Liens, Patron de l'Eglise de Geneve, a la feste de l'Assomption de Nostre Dame, a la feste de Toussaintz et le jour anniversaire de son sacre. - Toute l'octave de la Feste Dieu il assistera a l'Office, et preschera le Dimanche praecedent pour ad¬vertir le peuple de son Office, affin qu'il gaigne les Indulgences. Le jour de la feste, le Dimanche dans l'oc¬tave et le jour de l'octave il fera la Benediction dans l'e¬glise des Religieuses de Sainte Claire, tant affin de les consoler, que parce que ceste eglise est coustumiere¬ment toute pleyne de peuple, et que c'est la derniere Benediction qui se fait en la ville.
Il assistera, autant quil se pourra faire, le plus souvent aux Offices et exercices des Confreres de la Sainte Croix, du tressaint Sacrement, du saint Rosaire, du Cordon, mays principalement de la Sainte Croix, a cause de la Communion qui s'y fait et qu'il taschera de faire le plus souvent . Voyla quant a l'exterieur.
Maintenant, quant a l'interieur, et premierement quant a l'estude, il fera en sorte qu'il puisse apprendre quelque chose tous les jours, utile neanmoins et qui soit convenable a sa profession. Ordinairement, il pourra avoir pour estudier les deux heures qui sont entre sept et neuf de matin ; apres souper, il fera lire quelque livre de devotion l'espace d'une heure, qui sera en partie pour l'estude, en partie pour l'orayson.
Le matin, apres l'action de graces accoustumee, l'in¬vocation de l'ayde de Dieu et dedication de soy mesme, il meditera l'espace d'une heure, selon qu'il aura aupa¬ravant disposé. Il se tiendra tousjours en la presence de Dieu et l'invoquera a toutes occasions. Quant aux oraysons jaculatoires, il les tirera ou de la meditation du matin, ou des divers objectz qui se presenteront ; elles seront ou vocales ou mentales, selon qu'il sera incité du Saint Esprit, et il s'en fera un brief recueil pour aspirer a Dieu, a la Vierge, aux Anges, aux Saintz auxquelz il aura une particuliere devotion .
Il recitera ordinairement l'Office debout ou a genoux : Matines et Laudes sur le soir, apres la lecture de devo¬tion ; Prime, Tierce, Sexte et None entre six et sept heures de matin, c'est a sçavoir apres la meditation ; Vespres et Complies devant souper, et le Chapelet apres Vespres, avec les meditations, d'autant qu'il est obligé par vœu de le reciter . Quand il preverra quelque urgente affaire, il pourra prevenir l'heure des Vespres et du Chapelet. Les jours de feste recitera les Heures et Vespres avec le chœur, et le Chapelet pendant la Grande Messe.
Il sortira le matin a neuf heures pour offrir le tressaint Sacrifice de la Messe, laquelle il celebrera tous les jours, sinon qu'il soit empesché par quelque extreme necessité; et affin de la celebrer avec plus de devotion, il fera un recueil et abbregé de diverses considerations et affections par lesquelles la pieté peut estre excitee envers ce grand mystere, et s'y occupera et entretiendra en sortant de sa chambre et en allant a l'autel. Quand il sera arrivé a la sacristie, il fera la preparation ni trop courte ni trop longue, pour n'attedier ni attiedir ceux qui attendront ; l'action de graces sera de mesme . Apres la Messe, en laquelle il se comportera avec une douce gravité, ne parlera avec personne ; au moins en allant a la Messe, et principalement d'affaires seculieres, affin que l'esprit soit entierement recueilly en soy mesme. Il ne sera point mal a propos que les jours qu'on appelle de devotion, il celebre la Messe es eglises ou elle sera, affin que le peuple y venant treuve tous jours son Evesque en teste : comme les festes solemnelles de ces eglises et quand il y a des Indulgences .
Le soir, il fera l'Exercice avec le reste de la famille. Il se confessera de deux en deux ou de troys en troys jours, sinon que la necessité portast autrement, vers le plus capable confesseur qu'il pourra commodement avoir et lequel il ne changera sans necessité . Il se confes¬sera quelquefois en l'eglise, a la veüe de tous, pour servir d'exemple a tous.
Outre les jours de jeusne que l'Eglise a commandé, il jeusnera toutes les veilles des festes de Nostre Dame et tous les jours de vendredy et samedy .
Tous les ans, par l'espace de huict jours, et davantage quand il pourra, il fera la recollection et purgation de son ame, et ce tems pendant, examinera ses succes et progres despuis l'annee passee ; et apres avoir marqué les principales offences, il les accusera a son confesseur, avec lequel il conferera de ses mauvayses inclinations et difficultés au bien. Quoy fait, il fera beaucoup de prieres, principalement mentales, avec application de Messes, qu'il celebrera et fera celebrer en ce tems, pour obtenir de Dieu la grace necessaire a son regime et de son Eglise. Et renouvellera tous les bons propos et desseins que Dieu luy avoit baillés ; et pour cest effect, il relira, devant que se presenter a la confession, les memoyres de toutes ses resolutions et les remarquera derechef, affin qu'il puisse adjouster ce que l'experience luy aura appris. Le tems de ceste recollection ne peut pas bonnement estre determiné, sinon que les semaynes de carnaval semblent y estre propres, tant pour n'estre pas tesmoin de l'insolence et dissolution du peuple, que pour sortir du desert a la praedication et aux grandes œuvres, a l'imitation de nostre Sauveur et Redempteur Jesuschrist (Mt 4,1 ; Lc 4,1) et de son Praecurseur saint Jean Baptiste (Lc3,2). Si toutesfois il y avoit esperance de retirer le peuple de ceste dissolution par quelque notable exercice (dont il sera parlé es articles de la republique , alhors il faudra choysir pour ceste recollection quelqu'une des semaynes qui sont entre Pasques et Pentecoste, affin que l'Esprit de Dieu que l'on y aura acquis, opere le bien de ces festes solemnelles et Octave du tressaint Sacre¬ment ; pour ce encor, qu'alhors on est moins pressé d'affaires, et que la sayson est fort propre pour la purgation de l'ame aussi bien que du cors, voyre que la purgation du cors pourra servir de praetexte a la purga¬tion de l'ame.
……………………………………………….
FRANÇOIS DE SALES.
Jean FORIER, de la Compagnie de Jesus.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
2.
FRAGMENT DU MÊME DOCUMENT
………………………………………………………………………….
C'est pourquoy je finis mon occupation avec un grand desir de m'advancer en ceste pretieuse dilection. Et pour m'y disposer :
Le matin, apres que j'auray invoqué Dieu, et m'y seray dedié, je feray une heure de meditation, selon que je l'auray premedité. Je produiray force oraysons jacula¬toires pendant la journee, selon que le Saint Esprit m'inspirera. Comme aussi, pour celebrer plus devote¬ment la sainte Messe, je m'occuperay, jusques a ce que je sois a l'autel, dans toutes les considerations et affec¬tions par lesquelles la pieté peut estre excitee envers ce grand mystere.
Je feray tous les ans huict ou dix jours de retraitte pour examiner les progres de mon ame, ses inclinations, ses difficultés, ses defautz. C'est en ceste retraitte ou on regarde le Ciel de bien pres et ou on trouve la terre bien esloignee de ses yeux et de son goust ; et lhors que les saintes ames qui sont engagees pour le publiq ne peuvent jouir de ceste felicité, elles font un cabinet dans leur cœur, ou elles vont estudier la loi de leur Maistre et la reçoivent de sa propre main. De plus, en ceste montai¬gne, qui est si eslevee qu'on n'y entend point le bruict des creatures, on gouste, comme dit le Prophete (Ps 23,9), que Dieu est doux et suave. C'est par la prattique de cest exercice que nous apprenons si nous advançons a la ver¬tu ; en un mot, c'est en ce tems et en ce lieu ou l'on prend les saintes et solides resolutions de vivre selon les lois de la veritable et eternelle sagesse.
XIII
PREMIER TESTAMENT
29 novembre 1617
1 - Texte
Je soussigné, FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu Evesque et Prince de Geneve, voulant manifester et faire sçavoir a tous quil appartiendra ma derniere vo¬lonté et faire mon testamen t:
Prie premierement Dieu tout puissant de recevoir mon ame a merci et luy faire part de l'heritage eternel que nostre Redempteur nous a aquis en son sang.
2nt J'invoque la tres glorieuse Vierge Marie Nostre Dame et tous les Saintz, affin qu'ilz implorent la miseri¬corde de Dieu sur moyen ma vie et en ma mort.
3nt Sil playsoit a la Providence divine que la tressainte et uniquement veritable religion Catholique, Apostoli¬que et Romaine fut restablie en la cité de Geneve lhors de mon trespas, j'ordonne, qu'en ce cas la, mon cors soit enterré en mon Eglise cathedrale . Que si, en ce tems¬la, ladite sainte religion ny est pas restablie, j'ordonne que mon cors soit enterré au milieu de la nef de l'eglise de la Visitation que j'ay consacree en cette ville ; sinon que je mourusse hors de mon diocaese, auquel cas je laisse le choix de ma sepulture a ceux qui lors seront aupres de moy, a ma suite .
4nt Appreuvant de tout mon cœur les sacrees ceremo¬nies de l'Eglise, j'ordonne qu'a mon ensevelissement treze cierges allumés et flambans soient portés et mis autour de mon cercueil, sans autres escussons que ceux du nom de JESUS, pour tesmoigner que, de tout mon cœur, j'embrasse la foy preschee par les Apostres. Mais d'ailleurs, detestant les vanités et superfluités que l'es¬prit humain a introduites es sacrees ceremonies, je de¬fens tres expressement toute sorte d'autre luminaire, quel quil soit, estre fait en mes obseques ; priant mes amis et parens, et ordonnant a mes heritiers de ne rien y adjous¬ter, et employer leur pieté envers moy a faire des prie¬res et aumosnes, et sur tout a faire celebrer les tressain¬tes Messes pour moy.
5nt Je fais, cree et institue mes heritiers universelz en tous les biens immeubles, noms et actions qui m'appar¬tiennent ou peuvent appartenir, procedés et parvenus a moy de la part de mes Pere et Mere , de messire Bernard de Sales, mon frere , de dame Marie Aymee de Rabutin, ma belleseur , a sçavoir : Messire Jean François de Sales, mon frere, chantre et chanoyne de mon Eglise, et mon Vicaire general , pour la tierce part ; les enfans masles de feu Galois de Sales, mon frere, en son vivant seigneur de Boysi et du Villars Roget , pour la tierce part ; et messire Louys de Sales, Baron dudit lieu et de Thorens, seigneur de la Thuille, Chevalier au ma¬gnifique Conseil de Genevois (L2, note 104), pour l'autre tierce part : les trois faysans le tout, a condition que mesdits haeri¬tiers ni les leurs ne viendront jamais a conte ni deconte, ni ne s'entredemanderont jamais aucune chose les uns aux autres pour les substitutions faites entre eux et moy par feu nos Pere et Mere.
6nt Je laisse et donne par praelegat et institution par¬ticuliere au susnommé messire Jean François de Sales, mon Vicaire general, tous mes autres biens meubles et tous mes autres moyens de quelle nature qu'ilz soyent, a la charge neanmoins qu'il les distribue et departe exactement comme je luy ordonne par un memorial que je luy en ay fait a part , chargeant de cela sa conscience en laquelle je me fie.
Fait Annessi, le XXIX novembre mille six cens dix sept.
FRANÇs, E. DE GENEVE. J'ay fait les ratisseures
et corrections de ma main propre.
FRANÇs, E. de Geneve.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Roussy de Sales, au château de Thorens-Sales (Annecy).
2. ENVELOPPE DU TESTAMENT
29 novembre 1617
La carte ci incluse et tout ce qui est en icelle escrit, est mon testament ; et, ainsy quil est contenu, je legue, donne, institue et teste. Vous, Messieurs, en porteres, sil vous plait, tesmoignage, vous ayant expressement a ce prié, appellé et requis.
FRANçs, E. DE GENEVE.
En foy dequoy ay signé ce que dessus et apposé mon seel accoustumé, ce vint et neuf novembre mille six cens dixsept.
Nous soubsignés, certifions a tous quil appertiendra, que nous avons estés priés, appellés et requis de Monseigneur le Reveren¬dissime François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, de signer et sceller cette carte qui est son testament solemnel et par escrit.
Annessi, au palais de mondit Seigneur le Reverendissime et mayson de monsieur Favre, premier President de Savoye, ce vint neuf novembre mil six cens et dixsept.
E. DE LA COMBE, ay scellé du seel du Sr Rogex.
CHARLES GROSSET, scellé de mon seel.
PHILIPPE DEQUOEX, scellé de mon seel.
ROLLAND, scellé de mon seel.
FLOCARD, scellé du seel du Sr Roges. DE CHAVANES, sellé du sieur Roger.
DELESPINE, scellé de mon seel.
Nous Philibert Roges, docteur en theologie, Chanœnne de Geneve, Vicayre et Official substitut de l'Eveché de Geneve, certifions a tous qu'il appartiendra, qu'en l'an et jour et lieu sus escript, a comparu par devant nous Monseigneur le Reverendissime FRANÇOYS DE SALES, Evesque et Prince de Geneve, lequel, en presence des tesmoins sus nommés et signés, nous a did et declaré avoir faict son testement et ordonnance de derniere volonté, comm'ell'est dans la presente carte escripte de sa main et soubsigné, comm' il nous a declayré en presence desdits tesmoins, vouliant et entendant que sadite volonté escripte en cette ditte carte sorte son plain et entier effaict a l'adve¬nir, par tous meilleurs moiens qui se peuvent faire, de droict et de coustume ; priant lesdits tesmoins vouloir estre recors par cy appres, si besoingt est, de ladite declaration par luy faicte, nous requerant de mesme luy vouloir octroier acte de ses requisions (sic) : ce que luy avons accordé.
En tesmoignage dequoy avons signé et faict contresigné par Jacque Maurice Dumont, secretayre et greffier de ladite Eveché , et faict apposer le seel ordinayre d'icelle, le vingtneufviesme Novem¬bre mil six centz dixsept, dans le palais de mondict seigneur et maison susdicte.
ROGES Vicarii generalis substitutus.
DUMONT.
Revu sur l'original appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz,au château de Montpont, près Alby (Haute-Savoie).
XIV
SECOND TESTAMENT
DE SAINT FRANÇOIS DE SALES, FAIT CONJOINTEMENT
AVEC JEAN-FRANÇOIS, SON FRÈRE ET COADJUTEUR
6 novembre 1622
Nous, FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, et JEAN FRANÇOIS DE SALES, Evesque de Chalcedoyne et Coadjuteur en l'evesché dudit Geneve, voulant ma¬nifester et faire sçavoir a tous qu'il appartiendra nostre derniere volonté et faire nostre testament :
Prions premierement Dieu tout puissant de recevoir nos ames a mercy, et leur faire part de l'heritage eternel que nostre Redempteur nous a acquis en son sang.
Secondement, Nous invoquons la tres glorieuse Vierge Marie Nostre Dame et tous les Saintz, qu'ilz implorent la misericorde de Dieu sur Nous en nostre vie et en nostre mort.
Troysiesmement, s'il playsoit a la Providence divine que la tressainte et uniquement veritable religion Ca¬tholique et Apostolique Romaine fust restablie en la cité de Geneve lhors de nos trespas, Nous ordonnons qu'en ce cas nos cors soyent enterrés en nostre Eglise cathe¬drale. Que si en ce tems laditte sainte religion n'y est pas restablie, Nous ordonnons que nos cors soyent enter¬rés au milieu de la nef de l'eglise de la Visitation (que Nous, Evesque de Geneve, avons consacree en cette ville) ; sinon que nous mourussions hors du diocese, auquel cas Nous laissons le choix de nostre sepulture a ceux qui pour lhors seront aupres de Nous, a nostre suitte .
Quatriesmement, appreuvans de tous nos cœurs les sacrees ceremonies de l'Eglise, Nous ordonnons qu'a nostre ensevelissement treize cierges seront allumés, portés et mis autour de nos cercueilz, sans autres escus¬sons que ceux du nom de JESUS, pour tesmoigner que de tous nos cœurs Nous embrassons la foy preschee par les Apostres. Mais d'ailleurs, detestans les vanités et superfluités que l'esprit humain a introduites es sacrees ceremonies, nous defendons tres expressement toute sorte d'autre luminaire, quel qu'il soit, estre fait en nos obseques, priant nos parens et amis et ordonnant a nos heritiers de ne rien y adjouster, et employer leur pieté envers Nous a faire des prieres et aumosnes, et sur tout a faire celebrer les tressaintes Messes pour Nous.
Cinquiesmement, Nous leguons : a Frere Janus de Sales, Chevalier en la sacree Religion de Malte, nostre frere (L5,note 691), la somme de deux cens florins de pension annuelle et perpetuelle, pendant sa vie naturelle.
A damoyselle Gasparde de Sales, femme de noble Melchior de Cornillon, seigneur de Meyrens (L4,note 216 ; L7, note 632), la somme de cinquante escus pour une fois, ou bien deux de nos bagues, au choix de nostre heritier ou heritiers substitués.
A nobles Sebastien, Amé, Louys, Jean Anthoyne et Bernard, enfans de feu messire Gallois de Sales, seigneurs de Boysi et de Villaroget, nos neveux , la somme de deux mille escus d'or sol, ensemble tout ce que Nous pouvons pretendre sur les biens qu'ilz pos¬sedent.
Moyennant quoy, lesditz legataires ne pourront de¬mander aucune chose, quelle qu'elle soit, et particulierement lesditz sieurs de Boysi, ni sur nos heritages, ni sur les biens de La Thuille, Sales, Thorens et leurs dependances, sous pretexte d'aucun partage definitif, allegation de moindre lot, payement d'aucune somme a laquelle Nous leur soyons obligés, ou autrement comme que ce soit ; ordonnons qu'ilz nous en tiennent quittes a nostre heritier sousnommé, et que les partages provi¬sionnelz faitz entre nos freres, de nos biens et des leurs, a forme qu'ilz les ont ci devant possedés a part et pos¬sedent encor a present, tiennent definitivement et perpe¬tuellement, et qu'ilz ne viennent jamais a conte ni deconte, ni s'entredemandent jamais aucune chose les uns aux autres pour les substitutions faittes entr'eux et Nous par feu nos Pere et Mere. Lesquelz legatz Nous ordonnons estre payés une annee apres le deces du dernier mourant de Nous deux, et les deux cens florins de nostre frere le Chevalier tous les ans, par semblable jour que le dernier de Nous mourra ; sauf que, quant au payement desditz deux mille escus legués a nos neveux, il sera loysible au sieur Baron de Thorens, nostre frere et heritier , d'en faire payement par la cession et transport de semblable somme qui luy est deuë et qui luy doit estre payee apres la mort du seigneur Baron de Cusy son beaupere ; laquelle cession lesditz lega¬taires seront tenus d'accepter pour payement, leur main¬tenant ledit sieur Baron de Thorens semblable somme luy estre bien deuë et exigeable, ou autrement il de¬meurera chargé dudit legato
Sixiesmement, Nous faisons et instituons heritier uni¬versel l'un de l'autre, et le survivant de Nous institue son heritier universel messire Louys de Sales, seigneur et Baron de Sales et de Thorens et de La Thuille, conseiller et Chevalier au Conseil de Genevois, nostre frere, et apres luy ou a son deffaut, l'aisné de ses enfans masles , Voulans et entendans que nos biens soyent conservés, et parviennent entierement et sans detraction de trebellianique, que Nous prohibons, aux enfans masles qui descendront par loyal mariage de nostre dit frere heritier jusques a l'infini, preferant tous-jours l'aisné d'iceux pour le tout ; esperans que nostre dit frere fera semblable disposition pour ce qui est a son pouvoir, pour la conservation de nostre famille; et ainsy Nous substi¬tuons vulgairement et par fidecommis perpetuel, pour la faveur du masle aisné descendant de nostre dit frere heritier. Et s'il arrivoit que la ligne masculine de nostre dit frere defaillist, Nous substituons l'aisné des enfans masles susnommés, descendans jusques a l'infini, dudit feu seigneur de Boysi nostre frere; sauf que nos meubles, de quelque espece qu'ilz soyent, demeureront a la libre disposition du survivant de Nous deux. .
Voulons que ceci soit nostre dernier testament ; a ces fins revoquons tous autres que Nous pourrions avoir faitz et tout leur contenu ; et s'il ne vaut a present ou a l'advenir comme testament, qu'il vaille comme codicille, et par tous meilleurs moyens. Que si l'evenement des affaires faisoit que l'un de Nous changeast de volonté et fist par ci apres un autre testament, le present neanmoins demeurera sur pied, valable, entant que concerne la disposition de l'autre qui ne la changera point.
Si avons prié les tesmoins signés sur le repli de cette carte, de porter tesmoignage que son contenu est nostre derniere volonté.
Fait a Annessi, le sixiesme jour du mois de novembre, l'an mille six cens vingt et deux.
FRANçs, Evesque de Geneve.
JEAN FRANçs, Evesque de Chalcedoyne.
DEUXIÈME SÉRIE
APOSTOLAT
A - DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
1
MÉMOIRE ADRESSÉ AU DUC DE SAVOIE CHARLES-EMMANUEL 1er
POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE
(MINUTE INÉDITE)
Triste situation religieuse du Chablais. -Sur la demande du duc de Savoie, l'Evêque de Genève y a envoyé deux missionnaires. - Leurs travaux et leurs insuccès. - Causes de ceux-ci et remèdes proposés. - Projet d'une lettre à écrire par Son Altesse au corps de Ville de Thonon ; le Saint sug¬gère au prince d'en adresser une autre au gouverneur du bailliage et une troisième au juge-maje de Thonon.
Mai ou juin 1595 .
Le balliage de Thonon est environ de cinq lieuës de long et quattre de large. Il fut faict haeretique par la violence des Bernois, il y a environ 60 ans, sans que les habitans eussent ny loysir ny moyen de considerer ce qu'ilz faysoyent abandonnant l'Eglise catholique .
Plusieurs eglises y furent reconciliees, et plusieurs personnes aussy, quand Son Altesse y fut au commence¬ment des guerres ; mays despuis, tous les lieux y ont estés pillés et violés par l'ennemy, et les personnes retombees en l'erreur par crainte : si qu'en tout le balliage il n'y a qu'un autel, tout nud et sans aucune commodité pour y celebrer, qui est en la paroisse des Alinges. Et de personnes, il n'y en est demeuré de catholiques qu'environ 80, dont il y en a cinquante, ou environ, en la ville de Thonon ; le reste, espars ça et la. Tout le reste est haeretique, laissant a part le fort des Alinges, ou les soldatz sont la pluspart catholiques .
Or Son Altesse, l'annee passee, declaira par une lettre a Monseigneur le Reverendissime de Geneve, que son intention estoit que l'Eglise catholique fut restablie en ce balliage par la praedication et autres exercices . Et des lhors y furent envoyés deux praedicateurs par Monseigneur le Reverendissime , qui ont preeché ordi¬nairement en la ville de Thonon et en la parroisse des Alinges des le mois d'octobre en ça, n'y ayant point eu de moyen ny commodité ailleurs d'y faire le mesme .
Mays le fruict que jusqu'a prœsent ilz y ont faict n'a esté que de consoler le peu de Catholiques qui y estoyent et donner a penser a la plus part des autres, qui ne croyoyent pas que personne parlast ou entendist la rayson de l'Escriture que les ministres huguenotz ; n'ayant peu reduire que cinq personnes, entre lesquelles il y a un advocat nommé Pierre Poneet, le mieux entendu de tout le balliage .
Et ce qui a empesché le bon succes de l'entrepri¬se a esté, en partie, la crainte que les habitans ont que Geneve et Berne ne les maltraitte en cas de romp[ement] de trefves , s'ilz prestoyent l'oreille aux Catho¬liques ; qui a faict qu'ilz ne sont du tout point venuz aux sermons, si ce n'est deux ou trois fois que quattre ou cinq y ont assisté . En quoy ilz se sont d'autant plus resoluz, qu'ilz n'ont jamais voulu croire que Son Altesse desire leur reduction, par ce que, comme plusieurs ont dict, si ell'eust eu cest œuvre a cœur, elle eust faict inviter les habitans a la prendre, par quelque declara¬tion de son intention. Outre ce, que ne voyant rien d'es¬tably pour ce peu de gens d'Eglise qui reside, on ne leur peut pas lever l'opinion que ce ne soit une boutade de l'Evesque pour aggrandir son authorité, sans aucun adveu ou volonté du Prince.
Si donq il playsoit a Son Altesse favoriser cest œuvre d'une sienne lettre addressee a la ville de Thonon, par laquelle elle declarast son desir en ce faict, il ne faut pas douter qu'une grande partie des bourgeois et habitans ne vint a la prœdication, ou peu a peu ilz se pourroyent instruire de la verité. Et quant aux villageois, ilz protes¬tent ordinairement n'avoir point d'autre regle pour leur religion que la volonté du Prince, qui est, ce disent ilz, plus entendu qu'eux.
Or, la substance [de la lettre a] envoyer au cors de Ville de Thonon pourroit estre telle :
Nous avons sceu, avec nostre grand contentement, que, des quelques mois en ça, vous aves eu continuelle¬ment pardela, et mesme en la ville, la prœdication de nostre sainte foy catholique. Esperant qu'avec ceste commodité vous pourres reconnoistre le bon chemin de vostre salut, le mesme zele qui Nous a poussé a vous procurer ce bien Nous faict encor vous inviter et exhor¬ter par ce mot a bien user d'iceluy, oüyant diligemment les raysons qui vous sont proposees, les pesant et consi¬derant de pres, et proposant les difficultés que vous y trouveres aux prœdicateurs, ne Nous pouvant estre chose plus aggreable que d'entendre vostre advancement et prouffit en nostre sainte religion catholique .
Que s'il playsoit, outre ceste vostre, en faire une autre a monsieur le Baron d'Hermance, gouverneur du duché de Chablaix , et une troysiesme a monsieur le Juge maje de Thonon , par lesquelles il leur fut commandé de remonstrer en une generale assemblee de Ville l'obligation que tout le pais a de seconder une si douce et charitable invitation de son Prince, il y a dequoy esperer en Dieu que bien tost tout le Chablaix, et peu a peu tout l'entour de Geneve, se reunira a l'Eglise catho¬lique : qui ne sera pas peu de chose, ny de peu d'impor¬tance, à la gloire du Christ notre Dieu et de toute la Cour céleste. Ainsi soit-il.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
II
AUTRE MÉMOIRE ADRESSÉ AU MÈME
Débuts de la mission. - Pourquoi l'un des prédicateurs a dû se retirer. - Espérance de succès, mais il faut des missionnaires. - Nécessité de réta¬blir un certain nombre de curés dans les paroisses et plusieurs prêtres à Thonon. - Comment pourvoir à leur entretien. - Le ministre et le maître d'école. - Dans quel but François de Sales propose à Son Altesse de déléguer un sénateur. -- Recommandations en faveur de quelques catho¬liques pauvres et âgés, et de la paroisse de Mesinge. - Remplacer l'ancien " Consistoire" huguenot. par un Conseil composé de prêtres et de laïques.
MEMOYRES POUR ESTRE PRESENTEES A SON ALTESSE, SUR LE RESTABLISSEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE EN SON DUCHÉ DE CHABLAIX
Turin, octobre 1596 .
L'annee 94, Son Altesse fit sçavoir par une sienne lettre tres expresse a Monseigneur l'Evesque de Geneve, que son intention estait que l'exercice catholique fut restably en Chablaix (note 194) ; et par ce, y furent envoyés deux praedicateurs, desquelz l'un commença au mois de septembre a praecher dans Thonon, et l'autre en la parroisse des Alinges (note 196). Et affin qu'ilz peussent continuer, Leurs Altesses commanderent a diverses fois qu'on deli¬vrast quelque somme pour leur nourriture : ce que n'ayant esté faict, les habitans n'ont peu croire que ces praedicateurs fussent la par la volonté de Leurs Altesses, et lesdits praedicateurs ont estés contraints de se reduire a un seul qui praechast en deux lieux, pour ne charger trop les particuliers qui avançoyent la despense .
1.Playse donq a Son Altesse commander que la despense faite jusqu'a praesent en deux ans soit payee:
L'annee 94, Son Altesse fit sçavoir a Monseigneur l'Evesque de Geneve, par une sienne lettre, que son intention estoit que l'exercice catholique fut remis en Chablaix, et partant y fut envoyé le Prevost de Saint Pierre de Geneve, avec le chanoine de Sales, pour voir comme on pourroit donner commencement ; et ce pendant, il pourrait consoler le peu de catholiques qui y restoyent, de quelques praedications. Le dict Prevost commença au mois de septembre de praecher a Thonon, et le chanoine de Sales aux Alinges ; et despuis fut commandé d'y continuer, par l'advis mesme de feu monsieur le Baron d'Hermance, gouverneur de Chablaix. Ce qu'entendant Leurs Altesses, elles commanderent a diverses fois aux officiers de dela de faire delivrer deux cens vaysseaux de froment pour l'entretenement de ces deux praedicateurs.
Or, ne s'estant delivré de ladicte somme que 12 couppes ou environ, il s'en est ensuivy : premierement, que les habitans n'ont pas voulu croire que lesdits praedicateurs fussent la au sceu de Leurs Altesses, ne voyant point d'entretenement pour eux; secon¬dement, que ces deux se sont reduitz a un, de peur de charger trop les particuliers qui avançoyent les frais. Et du despuis, n'y a eu aucun moyen de conduire a ceste besoigne nombre suffisant de praedicateurs et autres pasteurs necessaires.
Maintenant donq, y ayant ja quelque bonne esperance de bon succes, et mesme y ayant plusieurs parroisses qui demandent l'exercice catholique, seroit requis pour ce commencement :
Premierement : l'entretenement pour huict praedicateurs qui soyent debrigués de toutes autres charges ; pourroit venir a cent escus d'or pour homme, chacune annee.
Monseigneur, Je respondis dernierement à Vostre Altesse Serenissime sur ce qu'elle desiroit de sçavoir de moy pour l'affaire de la conversion du Chablais, et luy dis franchement ce qu'il m'en sembloit. Maintenant qu'elle m'a appellé pour m'expliquer plus amplement, je redis encore qu'il est necessaire absolumcnt d'assigner des revenus certains pour entretenir les predicateurs; qu'il faut restaurer les eglises, appeller et establir des curez, bailler de la terreur aux habitans par de bons edicts, lever les offices aux heretiques, bailler de l'occupation à la jeunesse catholique par armes, chas¬ser les ministres, et sur tout celuy de Tonon, fonder un college de Jesuites, honorer de charges et dignitez les catholiques, et se monstrer un peu liberal envers les nouveaux convertis.
J'adjouste maintenant, si V. A. desire que je luy particularise l'affaire, qu'il est necessaire d'avoir a present huict predicateurs, pour le moins, qui soyent libres et debriguez de toute autre charge ; et faudrait pour l'entretien d'un chacun cent escus d'or tous les ans.
qui peut revenir a trois cens escus. Et des ores y ayant certaine esperance de bon succes, et mesme plusieurs parroisses demandant l'exercice catholique , il fau¬droit y acheminer environ huict prredicateurs debrigués de tout'autre charge, pour precher de lieu en lieu selon la necessité ; et leur entretenement pourroit venir a cent escus pour homme, dequoy il (sic) ne manieront rien, mais sera delivré selon le besoin par qui il sera advisé.
2. Seroit requis encores de restablir des curés en toutes les parroisses, qui sont environ 45 . Mays parce qu'il y a beaucoup d'eglises ruinëes qui cousteroyent infiniment a redresser, il faudra, pour ce commencement, joindre plusieurs parroisses en une : et ainsy suffiroit quil y eut de seze a dixhuict grandes parroisses, lesquel¬les, pour estre bien servies, devront avoir des curés qui aye (sic) moyen d'entretenir avec eux un vicaire et qui, partant, devront avoir huict vins escus d'or annuelz, avec les maysons des cures .
3. En quoy ne faut comprendre la ville de Thonon, laquelle, pour estre le rapport de tout le duché, auroit besoin que l'Office s'y fit a haute voix et decemment, et mesme, s'il se pouvait, qu'il y eut des orgues, pour appri¬voyser, avec cest' exterieure decence, le simple peuple. Et partant serait requis que le curé fut au moins accom¬paigné de six prestres, pour lesquelz et pour luy il au¬rait besoin de quattr' a cinq cens escus annüelz .
Secondement : seroit requis de restablir des curés en toutes les cures. Mays parce qu'il y a beaucoup d'eglises ruinëes et renver¬sëes qui cousteroyent infiniment a redresser, il sera necessaire de joindre plusieurs parroisses en une ; et ainsy suffiroit qu'il y eut environ quinze parrochiales grandes, avec leurs curés, lesquelz, pour pouvoir entretenir un vicaire qui les soulage en l'administra¬tion des Sacremens, veu que les parrochiales seront fort loin les unes des autres, devront avoir une bonne pension et entretien comme pour deux, et encor pour avoir moyen de recevoir les prœdicateurs qui les visiteront ordinairement et faire quelques aumosnes, tant pour le devoir que pour l'exemple : pourrait venir a huict vins escus d'or, avec les maysons et terrages des cures.
'l'roisiesmement : en quoy ne faudra comprendre la ville de Thonon, laquelle, pour estre le .rapport de tout le duché, requerrait que l'Office s'y fit a haute voix et decemment ; et pour ce faudrait que le curé fut accompaigné de six prestres, et que partant il eut quatre cens escus d'or pour luy et ses vicaires, et pour l'entrete¬nement des luminaires et semblables choses.
Quattriesmement : mais avant toutes choses, faut payer ce qui s'y [est] frayé(e) jusqu'a present : 200 V. escus.
Cinquiesmement : Item, parer l'eglise, avoir un cimetiere.
Sixiesmement : avoir maistre d'escole catholique, attendant un college des Jesuites.- Quant a ce que j'ay dit des Jesuites, si on ne peut pas les avoir si tost, au moins il faut avoir cependant un maistre d'escale catholique.
Quant à ce qui regarde les cures et les eglises, parce qu'il y en a beaucoup de ruinées et renversées, il cousteroit infiniment si l'on les voulait toutes redresser ; partant il sera necessaire de joindre... [Reprendre à la 2" leçon.]
4. Or, pour trouver tant de revenu, il est expedient que messieurs les Chevaliers de Saint Lazare et autres qui y tiennent les revenuz d'Eglise, se contentent de payer ces sommes par forme de pension, attendant qu'au¬trement soit prouveu et que tous les benefices curés soyent laissés a cest effect .
5. Et outre ce, les pensions assignëes jadis aux minis¬tres huguenotz sur les benefices , pourront maintenant estr'appliquëes a l'entretenement des precheurs, sans toucher aucunement a celles qui estoyent prises sur les deniers de Son Altesse.
Et pour pouvoir commencer promptement l'exercice catholique a Thonon, reparer l'eglise, avoir les pare¬mens necessaires, peut estre pourroit il suffire qu'il pleut a Son Altesse accorder les aumosnes de Ripaille et de Filliez, retardees et non payëes , et semblablement les pensions des ministres non payëes cy devant, qui ne se trouveront point avoir esté rapportees au prouffit de Messieurs de Saint Lazare ou au service du Prince : aussi bien, autrement, sont ce choses perdues. Que si cela ne suffisoit, on pourroit encores loysiblement se servir des aumosnes futures, jusques a suffisance.
Seroit aussi requis esloigner le ministre de Thonon et le mettr'en lieu qui soit hors de commerce, tel quil sera avisé, si on ne peut le lever du tout . Et encores de lever le maistre d'escole haeretique et en mettr' un catho¬lique, attendant d'y pouvoir loger des Jesuites qui y seroyent tres a propos . Et pour le bien de cest' escole, il seroit bon y employer un legat faict par François Echerny, de douze cens florins annuelz, pour l'entrete¬nement de quelques pauvres escoliers .
Et affin qu'en l'execution de ces choses il ne se com¬mette point d'abus et n'en soit tiré aucune chose au prou¬fit d'aucun particulier, il seroit requis qu'un ou deux des messieurs du Senat de Savoye fussent deputés pour y tenir main.
Et pour attirer ceux de Thonon plus aysement a se rendre capables de la raison, il seroit expedient que l'un de ces seigneurs du Senat convocast le Conseil general de la ville de Thonon, et invitast les bourgeois a bien oüyr et sonder les raysons catholiques, et de la part de Son Altesse, avec paroles qui ressentent et la charité et l'authorité d'un tres bon Prince vers un peuple desvoyé ; car ce leur seroit une douce violence, et un bon exemple aux voisins .
Plays' aussy a Son Altesse user de quelque liberalité a l'endroit de sept ou huict personnes, vielles et de bonne reputation, qui ont vescu fort catholiques et fort longue¬ment parmi les hœretiques, avec une constance admira¬ble et en grande pauvreté. Et se pourroit faire ceste liberalité, leur assignant a chascun certaine portion des aumosnes qui se doivent chasqu'annëe a Filliez e (sic) Ripaille .
Plays' encor a Son Altesse user de sa liberalité vers une petite parroisse nommee Mezinge, voysin' aux Alin¬ges, laquelle se reduid maintenant tout' entier' a la foy catholique, et qui fut toute bruslëe par les gens de Son Altesse affin qu'elle ne servit aux embuscades des enne¬mis ; comm' il appert par l'attestation que leur en a faicte le sieur Juge maje de Chablaix . Et partant, demandent grace a Son Altesse de toutes tailles et subsides pour cinq ans .
En fin, sera necessaire, dans quelque tems, priver les hœretiques de tous offices publicz et y favoriser les Catholiques. Au reste, il y avait parmi les huguenotz un Consis¬toire, composé pour le plus et presque tout de gens laicz, ou praesidoit un homme laiz et assistoit un des seigneurs officiers de Son Altesse, sans y avoir voix decisive ; et la estoyent corrigés, repris et censurés de paroles et de quelque legere peyne, les vices que le magistrat n'a pas accoustumé de punir : comme ivroigneries, jeuz, noy¬ses, luxures ; en quoy le peuple se tenait en discipline, non sans autant de fruict que le mauvais fondement de leur religion le peut permettre . Et partant semblerait bon de leur en laisser quelque forme, avec ce change¬ment: que puisque telles corrections se doivent faire a la forme de l'Evangile, ce praesident serait l'un des praedicateurs, constitué par l'Evesque ; les conseillers, des plus apparans dela autour, moitié ecclesiastiques, moitié lais, entre lesquelz le premier seroit un des sei¬gneurs officiers de Son Altesse, avec voix decisive. La seroit (sic) corrigés telz vices que ceux qui y estoyent corrigés parmi les huguenotz, et la peyne, tant pecu¬niaire que corporelle, pourra estre limitee par Son Altesse comm' elle l'estoit au Consistoire des huguenotz.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
Conseil de la correction (Au lieu de ce titre, Charles-Auguste donne cette phrase : J'ay un autre advis, outre cela. )
Il y a parmi les huguenotz un Consistoire, composé pour la pluspart et quasi tout de gens laicz, ou praeside un homme laiz et y assiste l'un des seigneurs officiers de Son Altesse, sans y avoir aucune voix decisive ; et en ce Consistoire sont corrigés, repris et censurés de paroles et de quelque legere peyne, les vices desquelz le magistrat n'a pas coustume de chastier : comme ivroigneries, exces de balz, danses, jeuz, vestemens, banquetz, noyses entre mary et femme, desobeyssance du filz au pere, mau¬vais traittemens du pere au filz, luxures, adulteres, parolles deshon¬nestes, chansons lascives, juremens et blasphemes, et telles des¬bauches de jeunes gens ; en quoy le peuple se tient en discipline, non sans autant de fruict que le mauvais fondement de la religion sur laquelle ilz s'appuyent le peut permettre. Et partant sembleroit qu'il sera bon de laisser quelque forme de ce Consistoire au peuple nouvellement converty à la religion catholique, mays avec ce changement: parce que ces corrections se doivent faire par parolle et remonstrance a la forme de l'Evangile, le praesident sera l'un des praedicateurs, tel qu'il plaira a l'Evesque de deputer ; aura pour conseillers les plus notables de la ville et lieux de la autour, moitié ecclcsiastiques, moitié laiz, vieux, graves et de reputation, et entre les laiz assistera tousjours l'un des seigneurs et le premier officier de Son Altesse, qui y aura voix decisive. La seront chastiés de parolle et reprehension et, s'il y eschoit, de quelque peyne legere, les mesmes vices qui le sont au Consistoire huguenot. Et quant a la peyne pecuniaire, Son Altesse la pourra limiter a quelque somme, et sera tousjours toute appliquee aux pauvres [du lieu] et a la reparation de l'eglise, par l'advis de l'assemblee ; et la peyne cor¬porelle, elle pourra aussy estrc limitee par sadicte Altesse a quelques jours de jeusne qui se passeront es prisons de sadicte Altesse, sans note d'infamie.
Item, faut lever les ministres, si faire se peut ; si moins, les chan¬ger de lieu, notamment celuy de Thonon .
Ce sont là les choses qui pressent, Monseigneur, et a l'execution desquelles il ne faut point de delay. Que si Vostre Altesse veut passer plus oultre et remettre entierement sa province de Chablais en son premier estat, elle doit sçavoir qu'il y avoit autresfois, depuis la riviere de la Durance jusques a Geneve, cin¬quante deux eglises parroissiales, et au balliage de Ternier dix-neuf, sans compter les abbayes, prieurez, convents et chappelles. Les biens stables de tous ces benefices ont esté presque tous alienez par les Bernois. Quelques personnes ecclesiastiques en possedent quelques uns legitimement ; les autres fruicts ont esté unis à la Milice de l'Ordre des saincts Maurice et Lazare par le Pape Gregoire treiziesme, le treiziesme jour du mois de juin, l'an mil cinq cens septante neuf, et de son Pontificat le huictiesme ; et d'iceux quel¬ques commanderies ont esté érigées. Monseigneur, Vostre Altesse voit bien ce que je veux dire et ce qu'il faut faire : il est necessaire de prendre de ces fruicts pour nourrir les curez et predicateurs, et pour restaurer les eglises ruinées ; car, quel moyen autrement ? Vous avez en cela la souveraine puissance et authorité, comme Grand Maistre de ceste Milice.
Et tel est l'estat de vostre Chablais, Monseigneur: quand je diray que c'est une province ruïnée, je ne mentiray pas. Il touche à Vostre Altesse d'y pourvoir. Quant à moy, j'ai des-ja employé vingtsept mois à mes propres despens en ce miserable pays , à fin d'y espancher la semence de la parolle de Dieu, selon vostre volonté qui fust signifiée à Monsieur l'Evesque de Geneve : mais diray-je que j'ay semé entre les espines ou bien sur les pierres (Mt 13,5) ? Certes, outre la recouverte de monsieur d' Avully et de l'advocat Poncet , ce n'est pas trop grand cas des autres ; mais je prie Dieu qu'il nous baille une meilleure fortune. Et Vostre Altesse, selon sa pieté, ne permettra point que tous ces desseins et tous ces efforts soyent en vain ; mais plustost, puis qu'elle s'est des-ja acquise la grandeur par la pieté mesme, elle preferera ceste victoire qu'elle peut r'em¬porter sur la cruauté de l'heresie à toutes les autres qui sont preparées à sa vertu.
III
REQUÊTE AU MÊME
EN FAVEUR DU CHAPITRE DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE
(FRAGMENT)
Le duc a déjà déclaré sa volonté touchant la restitution des biens ecclésias¬tiques du Chablais ; prière d'étendre cette ordonnance en faveur du Cha¬pitre, afin qu'il puisse rentrer en possession de ses anciens bénéfices, celui d'Armoy en particulier. - Pauvreté des Chanoines. - Concessions que trois Papes leur ont faites pour les soulager. - Somme qui leur est due, et comment elle pourrait leur être payée.
[Octobre 1596-septembre 1598 ]
………………………………………………………………
Ces années passées, Monseigneur, que Vostre Altesse estoit venuë en Savoye pour faire la guerre aux hugue¬nots, selon son zele à la religion catholique , elle avoit déclaré par lettres patentes que sa volonté estoit que tous les biens d'Eglise fussent restituez, speciale¬ment à l'Eglise cathedrale de Geneve, qui est des prin¬cipales de vos Estats, et, entre les principales, la plus illustre et plus ancienne ; et ceste volonté vostre a esté enterinée par vos cours souveraines du Senat et de la Chambre des Comptes de Savoye . Maintenant que la tres-saincte foy catholique a de l'entrée en Chablais, nous supplions tres-humblement Vostre Altesse qu'il luy plaise d'estendre le mesme commandement, à fin que ce pauvre Chapitre puisse r'entrer dans les biens qui luy appartiennent d'ancienneté, et principalement dans le benefice curé de l'eglise d'Armoy .
Si Vostre Altesse ne le sçavoit pas, je luy raconterois les miseres que ces pauvres Chanoines souffrent tous les jours. Privez de tout secours humain et chassez de leur cité comme des larrons, ils sont contraincts de celebrer leurs Offices dans une eglise mendiée , que toutesfois ils font si bien, par la grace de Dieu, qu'il n'y a point d'eglise en l'Europe (et que cecy soit dit sans envie) où les divins Offices soyent celebrez avec plus de solemnité, ayant esgard à leur pauvreté, qui est presque extreme .
Le Pape Paul III , en consideration de leurs miseres, leur avoit concedé la moitié des fruicts de chaque be¬nefice du diocese, vaquant la premiere année, à fin que les autres eglises secourussent, au moins en quelque façon, leur matrice. Le Pape Pie IV et le Pape Gre¬goire XIII les avoyent exemptez du payement des decimes, quelque grande que fust la necessité ; neant¬moins, les années passées, huictante neuf, nonante et no¬nante une, toutes les graines de ceste Eglise furent enle¬vées par les officiers de Vostre Altesse, de sorte que les Chanoines furent contraincts de mendier leur vie chez leurs parens et amis.
Toutesfois, la souveraine Chambre des Comptes a jugé que pour ces graines ainsi enlevées on devoit au Chapi¬tre plus de deux mille et six cens florins : c'est pour¬quoy, Monseigneur, Vostre Altesse est ires-humblement suppliée de vouloir ratifier les volontez des Souverains Pontifes; et, pour le payement de ces deux mille et six cens florins, s'il luy plaisoit de faire faire des habits à l'usage de l'Eglise, elle imiteroit glorieusement la pieté et liberalité de ses serenissimes ancestres, specialement de ce tres-sage prince Amedée, Duc premier, lequel, aprés avoir cedé la Papauté pour la tranquillité de tout le Christianisme, se contenta de demeurer Evesque de Geneve, et mourut sous l'auguste mittre de ceste Eglise .
………………………………………………………………………..
IV
PROJET D'UN MÉMOIRE A PRÉSENTER AU DUC DE SAVOIE
D'APRÈS LES CONCLUSIONS ADOPTÉES A ANNEMASSE
le 29 juillet 1597
La restitution des bénéfices ecclésiastiques est indispensable. - De quelle utilité serait l'établissement à Thonon d'un collège dirigé par les Jésuites ; le prieuré de Saint-Hippolyte pourrait lui être attribué.- La collégiale de Viry et union projetée. - Mesures à prendre pour une conférence avec les ministres de Genève. - Charges du curé d'Annemasse; comment l'en dédommager.
Pour introduire entierement la tres sainte religion catholique en Chablaix, il est grandement necessaire de prier Son Altesse Serenissime qu'elle remette tous les benefices curés qui ont esté possedés jusques a present par les Chevaliers des Saintz Maurice et Lazare, aux pasteurs qui ont esté et qui seront establis par l'Evesque de Geneve, affin que les exercices et Offices sacrés y soyent deüement observés, les Sacremens administrés aux peuples (notes 208,210).
Rien ne peut arriver de plus utile a ceste province de Chablaix que si l'on construit et erige un college de la Compaignie de Jesus en la ville de Thonon ; car d'iceluy, non seulement maintenant plusieurs Religieux pourroyent aller par tous les autres lieux du diocese, mais encores, comme d'un Seminaire, plusieurs prestres et jeunes hommes pourroyent sortir par cy apres, qui porteroyent l'Evangile par toutes les villes et villages du voysinage. Et ainsy ce serait une bonne forteresse de laquelle on combattrait vaillamment, comme a l'op¬posite, contre les insolentes attaques de Geneve et de Lausanne : car la ville de Thonon est entre l'une et l'au¬tre, de sorte que, s'il y avait un soldat qui peust joüer de la droitte et de la gauche, il combattrait facilement l'une et l'autre ; outre qu'elle n'est pas beaucoup esloi¬gnee de la forteresse des Alinges, suffisante pour sous¬tenir le siege d'une armee royale , affin qu'en cas de necessité elle peust servir de refuge aux Peres.
Mays affin que ce college puisse subsister, il faut ceder le prieuré de Saint Hippolite, situé au milieu de la ville et [avec] commodité de beaux et grans bastimens, de revenu annuel de mille et deux cens escuz (L8, note 160), uni par cy devant a l'eglise parroissiale de Viry par le Pape Sixte cinquiesme; laquelle eglise collegiale en fera vo¬lontier la cession pour une chose si sainte et de si grande importance, et luy suffira si, a ceste consideration, il plaist a Sa Sainteté de luy unir quelque autre bene¬fice .
Et affin que le peuple de Thonon soit porté d'une plus grande affection d'embrasser la religion catholique, il faut remonstrer a Son Altesse qu'elle fera beaucoup si elle relasche en leur faveur quelque chose des contribu¬tions ordinaires et extraordinaires.
Quant a ce qui regarde l'eglise collegiale de Viry, au balliage de Ternier, affin qu'elle soit restituee en son premier estat, selon la teneur de la Bulle de son erec¬tion, il faut prier Son Altesse qu'en compensation du prieuré de Thonon, il luy playse de consentir a l'union des eglises de Saint Julien et de Thoiry, comme encores qu'elle puisse percevoir les dismes des lieux voysins de Beaumont et de Bernex, appartenantes au prieuré de Saint Jean hors les murs de Geneve et maintenant possedees par les Chevaliers des Saints Maurice et Lazare, de la valeur annuelle de cinq cens florins, avec une pension de trente couppes de froment de la mesure de Chaumont, ou de vingt couppes de la mesure de Chamberi ; a rayson de laquelle pension ceste eglise collegiale fournira d'un aumosnier aux soldatz du fort de Sainte Catherine .
Et parce que les Genevoys ont si souvent dit par cy devant qu'ilz vouloyent conferer avec les theologiens catholiques, quoy qu'ilz semblent d'avoir manqué de courage, neanmoins il faut les contraindre a ce faire ; et pour ce, escrire au ministre Perrat qu'il fasse avoir la response dont il s'est chargé. Que s'il ne veut pas res¬pondre, il faudra derechef escrire aux scindiques de la ville ; et si ceste conference se fait, il faudra obtenir de la ville un sauf conduit pour les Peres, docteurs, secretaires et tesmoins (Ministre Goulard )
Et parce que le curé d'Annemasse doit supporter plu¬sieurs charges pour ce fait, tant a recevoir les predica¬teurs, secourir les energumenes, qu'a reparer les ruines de son eglise, il faut supplier Son Altesse qu'elle consente a l'union des dismes que les Religieuses de Bellerive percevoyent autresfois riere la parroisse d'Annemasse, maintenant possedees injustement par un heretique de Geneve, achetees d'une Religieuse.
FRANçs DE SALES,
Prevost de l'Eglise cathedrale de St Pierre de Geneve.
JEAN SAUNIER, de la Compagnie de Jesus.
LOUYS DE SALES, chanoyne de l'Eglise de Geneve.
FR. CHERUBIN [DE MAURIENNE], Capucin.
FR. ESPRIT [DE BEAUME] , Capucin.
BALTHAZARD MANIGLIER, Curé d'Annemasse.
BARON DE VIRY, tesmoin.
V
AVERTISSEMENT AUX HÉRÉTIQUES
QUI DÉSIRENT RENTRER DANS LE SEIN DE L'EGLISE
( EN ITALIEN)
Retour de quelques âmes à la foi catholique. - Ce qui en arrête beau¬coup d'autres dans leur désir de conversion. - Calomnie contre l'Eglise. ¬François de Sales déclare que nul, après l'abjuration, ne sera soumis aux peines encourues par le fait de l'hérésie.
Annecy, 21 octobre 1597.
Nous, FRANÇOIS DE SALES, docteur en droit, professeur de théologie et Prévôt de l'Eglise cathédrale du diocèse de Genève, pour la consolation de tous ceux qui désirent savoir les choses écrites ci-après :
Salut et paix dans le Christ Notre-Seigneur.
Quelques personnes vertueuses, touchées de la miséricorde de Dieu, sont retournées à lui avec un humble repentir, et, quittant les ténèbres de l'hérésie calviniste, sont venues à la vraie lumière (Ac 26,18 ; Jn1,9 ; 8,12 ; 9,5) du Christ Jésus, notre vrai Soleil (Ml 3,2) ; puis, par notre entremise, en vertu de l'autorité qui nous a été accordée par le Saint-Siège Apostolique , elles ont été admises au baiser de paix de la sainte Eglise Catholique, Apostolique, Romaine . Or, nous souhaitons ardemment que beaucoup d'autres viennent également à pénitence ; mais nous avons appris avec un profond étonnement qu'un grand nombre sont retenues dans l'erreur par la fausse crainte et la vaine frayeur de ne pas être en assurance pour leur vie et leurs personnes parmi les catholique, malgré les absolutions données par l'auto¬rité du Siège Apostolique. En l'Eglise Romaine, dit-on, la règle en usage est celle-ci : Avec les hérétiques, on n'est pas tenu à garder sa parole ; invention vraiment diabolique pour empêcher les âmes de s'élancer vers le Christ.
C'est pourquoi, à la prière des personnes susdites, nous avons fait la présente, afin d'assurer chacun du plus ample pardon Apos¬tolique et de la sécurité qu'il obtiendra lorsqu'il abandonnera l'hé¬résie non seulement de Calvin, mais de tout autre fauteur. Nous lui donnons l'assurance que, revenant au vrai bercail du Christ, il sera reçu et traité avec bonté, et qu'avec une loyauté parfaite, il sera, comme il est dit ci-dessus, affranchi et libéré de toute peine infligée pour cause d'hérésie et aux hérétiques par n'importe quel juge ecclésiastique ou séculier.
En foi de quoi, nous avons écrit la présente de notre propre main, et l'avons signée de notre propre seing et avec notre sceau.
Donnée à Annecy , aujourd'hui 21 octobre 1597.
FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de Saint-Pierre de Genève.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Pistoie (Italic).
VI
ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE
EN FAVEUR DE LA RELIGION CATHOLIQUE
ET RÉPONSES DE SON ALTESSE
Restitution et destination des bénéfices ecclésiastiques du Chablais. - Le maître d'école de Thonon et les écoliers. - Priver les hérétiqucs des charges publiques. - Pourquoi le ministre doit être éloigné de la ville. - Droit de bourgcoisie pour les habitants catholiques.
Thonon, fin septembre-4 octobre 1598 .
1.Que Son Altesse baille entiere mainlevee du revenu de tous les benefices de Chablaix, pourl'entretenement des curés et autres ecclesiastiques necessaires pour l'ins¬truction des peuples et pour les autres exercices catho¬liques.
S. A. l'accorde.
2. Et a tout evenement, qu'au moins les revenuz des cures y soyent employés, avec une ample et perpetuelle provision; et quant aux revenuz des autres benefices non cures, que pour troys [ans] ilz soyent levés pour la res¬tauration des eglises, autelz et autres choses necessaires pour les exercices de pieté, a quoy la pauvreté des peu¬ples ne sçauroit prouvoir a ce commencement
S. A. l'accorde.
3. Lever le maistre d'escole heretique (note 214) de ceste ville, avec rafraischissement des inhibitions et defences portees par les statutz de Savoye, qu'aucun subject ne puisse envoyer a l'estude ses enfans hors les Estatz de Son Altesse sans expres congé d'icelle .
Pour le particulier du maistre d'escole, S. A. l'accorde ; et quant a mander les enfans dehors, elle y a prouveu par son Edict gene¬raI ,
4. Et au lieu du maistre heretique en loger un catho¬lique, et donner une expresse commission a messieurs les Gouverneur, Juge maje et Procureur fiscal (note 225), de restablir et faire representer un legat laissé par Fran¬çois Echerny et sa femme, destiné a l'entretenement de douze pauvres escoliers, pour estre employé, selon l'intention du legateur, pour la nourriture de ces douze escoliers, qui soyent catholiques .
S. A. l'accorde.
5. Que les heretiques soyent privés de toutes charges publiques, offices et estatz, non seulement qui depen¬dent immediatement du service de Son Altesse, mais encores des charges et offices dependans des jurisdic¬tions inferieures et subalternes, sur tout de la comté des Alinges, et autres biens des sieurs Chevaliers de Saint Lazare .
S. A. l'accorde.
6. Que le ministre soit esloigné le plus qu'il se pourra faire de ceste ville, puysque, selon les conventions faites a Nyon, elle a esté nommement exceptee pour n'y avoir jamais aucun exercice heretique , et que l'approche que le ministre a fait n'a aucun congé de Son Altesse, mais seulement une simple connivence des officiers ; ce qui fait encores pour une juste rayson de lever le maistre d'escole.
S. A. l'accorde; et de plus, conformement a sa résolution prinse desja de longue main, entend et veut que l'exercice de la religion contraire soit du tout defendu, tant en general qu'en particulier
7. Que les Catholiques, habitans de ceste ville, soyent faitz bourgeois d'icelle, supportans les charges ordinai¬res et accoustumees a l'entree de la bourgeoisie, avec pouvoir d'entrer et d'assister aux Conseilz de la Ville, y avoir voix deliberative et en fin participer a tous les pri¬vileges. .
S. A. l'accorde.
Donné à Thonon, le 5 d'octobre 1598.
CHARLES EMANUEL.
BOURSIER .
VII
AUTRES .ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE
POUR LA CONSERVATION ET PROPAGATION DE LA RELIGION CATHOLIQUE
EN CHABLAIS
ET RÉPONSES DE SON ALTESSE
Mesures à prendre à l'égard des habitants du Chablais et de Ternier qui ne professent pas la vraie foi. - A quelles conditions sont permises les dis¬putes en matière religieuse. - Ne pas détourner les catholiques de l'as¬sistance aux Offices. - Ordonnances diverses touchant l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, les livres hérétiques, la sanctifi¬cation des jours de fète et l'instruction religieuse. - Confirmation de l'Edit qui exclut des charges publiques les " reformés". - Réparations et restitutions. - Règlement pour la distribution des aumônes en " graines". - Les cloches. - Prière au duc de prendre sous sa protection l'Evêque, le clergé, les prédicateurs et leurs familiers. - Injonction aux magistrats du Chablais d'avoir à faire observer les instructions susdites.
Thonon, vers le 15 octobre 1598.
1. Qu'il playse a Son Altesse d'ordonner que les habi¬tans riere Chablaix et Ternier vivront selon la religion Catholique, Apostolique et Romaine, donnant a ceux qui tiennent autre forme de religion delay competent, ou pour se cathechizer, ou vuider les Estatz, avec permis¬sion de pouvoir vendre leurs biens aux Catholiques pen¬dant ledit tems ; lequel escheu, lesditz biens soyent tenuz pour confisqués, et pourra on proceder contre leurs per¬sonnes a forme du droict.
Il y a Edict dressé pour interdire, tant en general qu'en particu¬lier, la pretenduë religion , la publication duquel se pourra faire dans sept ou huict jours, dont est donné charge au Juge mage ; lequel aura lieu encores pour n'aller hors de nos Estats a l'exercice d'icelle, deffendant a toutes personnes, de quelque qualité qu'elles soyent, de n'absenter le pays, ny transporter ou faire transporter leurs biens directement ou indirectement, a peine de confiscation de corps et de biens ; et a mesmes peines est enjoinct a ceux qui auront absenté, de retourner dans huict jours apres.
2. Qu'il ne sera permis a quelque personne que ce soit de dogmatizer, ny disputer de la foy, sinon devant des theologiens catholiques ou autres personnes ecclesiasti¬ques, pour estre instruitz tant seulement; a telle peyne qu'il plaira a Son Altesse. Comme aussi de ne divertir ny empescher en quelque maniere que ce soit de fre¬quenter les divins Offices et autres exercices catholiques.
Pour le premier chef, il est respondu comme en l'article precedent. Quant a l'autre, qui est de ne divertir les personnes de la religion Catholique directement ni indirectement, Son Altesse en charge et enjoinct aux officiers de chastier exemplairement ceux qui feront le contraire ,
3. Que tous ceux qui habitent riere lesditz Estatz observeront les festes, jeusnes, vigiles, Caresme et au¬tres commandemens de l'Eglise, et assisteront aux pro¬cessions ; aux peynes qu'il plaira a Son Altesse.
Son Altesse treuve bon que le Reverendissime Evesque de Geneve dresse, tant pour ce regard que pour toutes autres choses concernant le service de Dieu, police ecclesiastique et correction des mœurs, tels ordres et reglemens qu'il verra estre necessaire ; lesquels sadicte Altesse veut, entend et commande d'estre gardez d'un chacun ; ordonne a ses magistrats de les faire observer. Et d'autant qu'il y a plusieurs choses esquelles la justice ne met la main, comme dissen¬sions, inimitiez, concubinages, ivrogneries et semblables excez, S. A. veut qu'on establisse un magistrat des mœurs, qui sera d'aucuns ecdesiastiques, y assistans tousjours ou le sieur Gouverneur, ou le Juge mage, ou bien le Procureur fiscal, et quelqu'un du corps de la Ville, qui auront pouvoir de faire emprisonner et faire payer amende jusques a soixante sols, donner des penitences salutaires . Et a ces fins, ils establiront des censeurs et surveillans, tant à la ville qu'aux champs, et feront tout ce qu'ils verront estre neccssaire pour l'ad¬vancement de la pieté et reformation des mœurs, sans formalité de procedure ou d'opposition, cecy n'estant que pour maintenir les per¬sonnes au devoir de bon Chrestien.
4. Qu'il soit defendu a toutes personnes de lire ou tenir livres heretiques, censurés et prohibés, et faict com¬mandement a ceux qui en ont de les remettre dans le moys es mains du Reverendissime Evesque ; lequel moys expiré, pourront lesditz deputés en faire recherche par¬ticuliere par les maysons, et y proceder par censures ecclesiastiques et autres peynes de droit, assistés des officiers locaux pour leur faire main forte et y proceder, non obstant opposition et appellation.
Les Edicts de S. A. y prouvoyent, lesquels seront publiez. De nouveau sera faict Edict general touchant tous les livres prohibez qui sont portez par sus l'Estat de Savoye ; defence a tous d'en transmarcher ça et la, a grosse peine .
5. Qu'es jours des festes chacun assistera aux divins offices de l'Eglise, mesme de la Grande Messe, Vespres, presche, processions, et y seront a ce contraintz par les officiers locaux; a telle peyne qu'il playra a Son Altesse.
S. A. l'accorde pour le regard des Catholiques. Et quant à ceux qui ne sont catholisez, sadicte Altesse veut et commande, pour obvier a un atheisme, que tous les hommes et femmes assisteront aux presches catholiques, et ordonne a tous ses officiers d'y tenir main, et y contraindre les defaillans par toutes voyes possibles et necessaires ; et que tous peres et meres et chefs de famille feront venir leurs enfans au catechisme, defendant de porter baptizer, ins¬truire et faire mariages autre part qu'en l'Eglise Catholique, a peine de son indignation et amende arbitraire.
6. Qu'il ne sera permis a personne de se monstrer en public, ni demeurer dans les tavernes, moins de danser, ni ouvrir les boutiques, es jours des festes, pendant les Grandes Messes, Vespres, processions et presches; a peyne portee par les Editz de Son Altesse .
Son Altesse le treuve bon, en conformité de ses Edicts cy devant publiez, qu'Elle veut estre observez, voulant qu'on depute en la ville et villages des personnes idoines pour censeurs, qui visiteront les places et maisons pour reveler les contrevenans et les faire chastier, ayant esté prouveu en l'article troisiesme. L'on pourra bien appliquer aux censeurs quelque peu de l'amende qu'on imposera aux contre¬venans.
7. Que les peres et meres de famille envoyeront leurs enfans, filles, serviteurs, chambrieres et autres domesti¬ques a l'eglise es jours deputés, pour ouyr le cathe¬chisme; et a ces fins, seront commis par les ruës des villes et villages des parroisses des dizainiers pour les enrooller, et accuser aux peres spirituelz l'absence de ceux qui ne s'y trouveront, pour y estre procedé contre les desobeyssans par telles peynes qu'il playra a Son Altesse.
S. A. l'accorde, entendant specialement que ceux qui ne sont encore catholisez y soyent comprins, et les defaillans punis.
8. Que l'Edit de la privation de tous offices publiez contre ceux qui demeurent obstinés en leur heresie sera observé selon sa forme , avec declaration qu'ilz ne pourront exercer lesditz offices ni fermes par interposites personnes, moins y participer ; a peyne de l'Edit pour ceux qui les associeront.
C'est l'expresse intention de S. A. Pour ce, Elle ordonne au Juge mage et Procureur fiscal de faire defence en particulier a ceux qu'il sera de besoing, de ne s'ingerer d'aucuns offices et charges, directement ou indirectement, pendant qu'ils demeureront en la preten¬düe religion.
9. Qu'il playse a Son Altesse de deputer des commis¬saires pour informer contre ceux qui ont demoli les egli¬ses et maysons des curés, vendu, acheté et emporté les tuilles, bois, pierres d'autelz, des baptisteres et eau-benis¬tiers, affin qu'outre les peynes de droict portees contre telz, ilz soyent contraintz a rebastir les eglises et may¬sons des curés a leurs despens, et les meubler d'orne¬mens necessaires.
S. A. commet le Juge mage de Chablaix, et ordonne au Procureur fiscal de tenir main a l'entiere execution du contenu de cet article.
10. Que ceux qui possedent les biens des eglises soyent contraintz de les relascher, sçavoir : des parrochiales, au Reverendissime Evesque ou a ses deputés, et des autres, entre les mains de celuy qu'il playra a Son Altesse ordonner, pour estre remises auxdites eglises.
Il est accordé.
11. Que ceux qui ont des tiltres, papiers, livres de reconnoissance, extraitz et autres documens concernans les revenuz des eglises, les remettront dans le moys entre les mains de tel commissaire qu'il plaira a Son Altesse, pour estre puys apres delivrés a ceux ausquelz ilz appartiendront.
Les droicts et tiltres requis seront remis es mains du sieur d'An¬geville , œconome deputé par sadicte Altesse, et du Procureur fiscal, qui s'en chargeront par inventaire. Et a ce, seront contraincts ceux qui les auront riere eux, nonobstant opposition ou appellation quelconque.
12. Qu'il playse a Son Altesse de remedier a l'abus qui se commet aux graines des aumosnes destinees pour les pauvres villageois et reservees par les baillafermes, affin qu'elles soyent employees ainsy qu'il appartient ; et par ce moyen en faire declaration expresse, deputant des commissaires pour ouyr les contes des precedens fer¬miers sur le faict des aumosnes, et commander au Senat de contraindre ceux qui les ont retirés, de les rendre et tenir conte, suyvant ce qui sera ordonné par le Reveren¬dissime Evesque.
Se fera la reddition des comptes desdicts bleds des aumosnes de trois en trois mois en presence du seigneur Reverendissime Eves¬que de Geneve, ou de son Official ; present le Juge mage, ou Procu¬reur fiscal, appellez les deux syndiques de Tonon ; auquel Juge mage est mandé de faire observer ce qui sera resolu, nonobstant opposition ou appellation, par ledict seigneur Evesque, tant pour le regard de la distribution desdictes aumosnes que pour reddition desdicts com¬ptes de ce qui est escheu pour le passé et n'a esté distribué par les fermiers, que pour les aumosnes du temps a venir.
13. Que les cloches qui sont aux Alinges seront res¬tituees aux eglises ausquelles elles appartiendront ; et le metail de celles de Thonon, Filly et autres, qui est audit lieu, sera remis au Reverendissime Evesque ou a ses deputés, pour estre employé a faire des cloches aux eglises de Thonon, ainsy qu'il verra estre plus expe¬dient ; le tout dans quinze jours.
S. A. l'accorde, et ordonne au sieur de Lambert de le faire ce qui s'entend encore des cloches des villages, qui seront entieres ou en pieces.
14. Qu'il playse a Son Altesse de mettre sous sa sau¬vegarde et protection particuliere le Reverendissime Evesque, ses chanoines, curés, prescheurs, prestres et autres ecclesiastiques, leurs familiers et domestiques, a ce qu'il ne leur soit fait ni donné aucune fascherie en leurs personnes et biens ; et partant, les remettre en garde et charge, tant aux seigneurs Gouverneur de Chablaix et Ternier, que magistratz et scindiques des villes et parroisses, affin qu'ilz y tiennent main, qu'il ne leur soit fait aucun tort ou violence; a peyne de s'en prendre a leur privé nom.
Il est accordé, et sont remis tous les ecc1esiastiques a la charge des habitans de la ville de Thonon et des parroisses, ausquelles l'on fera prester le serment.
15. Et que, tant lesditz seigneurs Gouverneur que magistratz, tiendront main a l'observation de ce que dessus, et, en ce qui concerne la jurisdiction spirituelle, assisteront aux officiers par toutes voyes de justice deuë et raysonnable, a la forme du droict, et suyvant les Editz de Son Altesse et son intention.
S. A. enjoint tres expressement aux sieurs Gouverneur de ce pays, Juge mage et Procureur fiscal, de tenir main a l'observation de tout ce que dessus, en tant qu'ils desirent luy obeyr.
Faict à Tonon, le douziesme jour de novembre, mille cinq cens nonante huict.
CHARLES EMANUEL.
Veu, BERLIET , pour le seigneur Chancelier . BOURSIER.
VIII
MÉMOIRE PRÉSENTÉ A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE INÉDITE EN ITALIEN)
L'Evêque de Genève demande au Saint-Siège, pour lui, l'autorisation d'assi¬gner des prébendes monacales vacantes, à l'entretien de théologaux et de curés : pour ses chanoines, celle de posséder des bénéfices avec leur canonicat. - Il sollicite, à cause de ses charges, l'exemption du payement des décimes au duc de Savoie. - Avantages qu'i! y aurait à libérer de diverses servitudes certains sujets de l'évêché. - Pourquoi il serait bon que le Prélat et plusieurs ecclésiastiques désignés par lui, eussent d'am¬ples pouvoirs pour absoudre les hérétiques. - Nécessité de la réforme des Monastères; moyen à prendre pour y arriver.
Octobre 1598 ,
[2.]……………………………………………………………………………
qui les veuille accepter, on demande pour l'Evêque de Genève le pouvoir de supprimer, dans les monastères et prieurés conven¬tuels de son diocèse, une prébende monacale, vacante ou à vaquer, et d'assigner à chaque théologal deux de ces prébendes supprimées, comme il sera jugé à propos; et que, à leur défaut, on puisse supprimer quelques bénéfices simples des églises mêmes où l'on constituera la prébende théologale, afin de les lui appliquer. Ainsi le feu évangélique s'allumera plus intense autour des Genevois pour chasser le vent du Nord qui les glace.
3. Mais ce n'est pas seulement la provision pour les théologaux qui est nécessaire (L2, notes 431,432) ; il faut aussi donner aux curés moyen de vivre et de desservir convenablement leurs paroisses, puisque ce sont eux qui portent le poids du jour et de la chaleur (Mt 20,12). C'est pourquoi, comme nombreux sont les curés si pauvres qu'ils sont contraints d'abandonner leurs enfants spirituels, on demande que l'Evêque puisse, chaque fois qu'il en sera prié, même en dehors de la visite générale (L2, note 4), leur assigner une portion congrue sur les dîmes, pré¬mices et oblations de leurs paroisses, possédées par les Abbés, Prieurs et autres ecclésiastiques; et cela, nonobstant n'importe quelle opposition ou appel.
4. Parce que parmi les corps [ecclésiastiques] nécessaires à un diocèse, le Chapitre cathédral est un des principaux, [on repré¬sente] que les chanoines de la Cathédrale de Genève étant tous, d'après leurs Statuts , ou docteurs, ou nobles, et leurs canoni¬cats n'excédant pas soixante ducats, ils ne peuvent en aucune façon, en ces temps malheureux surtout, vivre avec bienséance, et selon leur qualité (L9, note 326). Aussi on demande qu'ils puissent obtenir et retenir, avec leur canonicat, des églises paroissiales, en y mettant des vicai¬res capables et les visitant à certains temps ; car il ne peuvent aspirer à d'autres bénéfices, puisque presque tous, étant soumis au droit de patronage, sont conférés suivant le gré des patrons. Sans l'autori¬sation désirée, les chanoines, n'ayant pas de quoi vivre, se disper¬seront, non sans grand préjudice du diocèse qu'ils servent par leurs prédications et en prêtant leurs concours aux affaires de l'évêché.
5. Les revenus de la mense épiscopale sont si modiques qu'à peine suffisent-ils au convenable entretien de l'Evêque, maintenant surtout qu'il lui faut faire de grands frais en allant consacrer et bénir les églises, les cimetières et les autels des convertis, et confirmer ceux-ci. Partant, on supplie Sa Sainteté de l'exempter de tout paye¬ment des décimes concédées au Duc de Savoie (L2,note 301), reportant la part qui lui échet sur d'aures bénéficiers de Savoie qui n'ont pas tant de charges et sont plus à leur aise.
6. Bien des sujets ou taillables de l'évêché sont astreints à d'in¬nombrables servitudes qui sentent plutôt le paganisme que le chris¬tianisme : s'ils meurent sans enfants, ils ne peuvent tester, mais leurs biens reviennent à l'Evêque ; ils doivent imposer silence aux grenouilles pendant que le Prélat dort, et telles autres choses ridi¬cules qui n'apportent qu'un mince avantage à l'Evêque ; car ces gens demeurent, pour l'ordinaire, abjects et misérables, se privant même d'acheter à cause de leur triste condition. On demande donc que l'Evêque puisse affranchir et libérer ses sujets de ces servitudes, moyennant une somme d'argent qui sera employée à l'évidente utilité de la mense épiscopale, pour donner d'autant plus de facilité à l'Evêque et aux autres de travailler à l'œuvre du Sei¬gneur.
Secours spirituels
7. (L2, lettre 269) Par suite des guerres passées, nombreux sont les hérétiques, même relaps, qui, originaires ou habitants de ce diocèse, désirent rentrer dans le sein de l'Eglise; toutefois, ils ne peuvent s'y résou¬dre, surtout les femmes, les vieillards, les domestiques et tels autres, parce qu'ils ne veulent pas se rendre chez l'Evêque. Aussi supplie-t-on Sa Sainteté que, ayant compassion de la faiblesse de ces brebis égarées, Elle accorde à perpétuité, tant à l'Evêque et à son Vicaire, qu'à dix ou douze hommes doctes et capables choisis par le Prélat, le pouvoir et la permission d'absoudre ces hérétiques, même relaps, de n'importe quelle hérésie; et, pour cet effet, et afin de pouvoir répondre à leurs mensonges, qu'Elle les autorise tous à garder et lire les livres défendus, notamment ceux que les [calvinistes] font paraître tous les jours. On demande cette permis¬sion à perpétuité, à cause des nombreux empêchements qu'on peut avoir de recourir à Rome, parfois même quand le besoin en est plus grand, comme maintenant; et d'autant plus que, jusqu'ici, les pouvoirs accordés à l'Evêque ont été, par la grâce de Dieu, employés heureusement et avec fruit.
Il serait bon aussi que l'Evêque pût communiquer la faculté de bénir les ornements et les nappes d'autel, vu la grande quantité qui en sera nécessaire et la notable incommodité qu'il aurait à tout faire par lui-même.
8. Les Monastères de Savoie, d'hommes et de femmes, donnent à tous d'incroyables scandales par la mauvaise vie de, ceux qui les habitent : c'est pourquoi, et parce que le mal est invétéré, on demande qu'un Prélat ultramontain, ou un autre des Etats de Savoie, comme mieux informé de ce qui est requis, reçoive com¬mission de visiter tous les Monastères, assisté de deux Pères Jésuites, Capucins ou autres, selon qu'il sera expédient ; de les réformer et corriger de par l'autorité Apostolique, sans appel ni opposition quelconque ; et cela d'autant plus que tel est le désir du Sérénissime Duc de Savoie qui, à cet effet, prêtera tout secours du bras séculier là où il sera nécessaire.
…………………………………………………………………………………..
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
IX
AUTRE MÉMOIRE PRÉSENTÉ AU MÊME PONTIFE
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE EN LATIN)
Une Bulle de Grégoire XIII concernant les revenus ecclésiastiques des pro¬vinces de Gex, du Chablais et de Ternier. - La conversion des deux derniers bailliages exige que l'union de ces bénéfices à l'Ordre des saints Maurice et Lazare soit annulée. - Prébendes théologales à constituer, et par quel moyen. - Comment subvenir à la pauvreté des prêtres.- ¬Divers pouvoirs demandés. - L'Evêque implore l'exemption du payement des décimes au souverain, l'autorisation pour ses chanoines de posséder d'autres bénéfices et l'affranchissement de certaines servitudes pour les sujets de l'évêché. - Mesures proposées pour la réforme urgente des Monastères.
Octobre 1598.
1
Très Saint Père,
Expose très humblement à Votre Sainteté Claude de Granier, Evêque de Genève, comme autrefois, à l'instance d'Emmanuel¬ - Philibert, alors duc de Savoie , ont été unis à l'Ordre mi¬litaire des Saints Maurice et Lazare tous les bénéfices simples, cures, monastères, prieurés et autres, des pays de Gex, Ternier et Chablais, sous prétexte que les habitants de ces bailliages étaient luthériens ou calvinistes, et que pour cette raison le culte divin n'y pouvait être exercé ; cette union fut limitée avec une clause, par laquelle le Pape Grégoire XIII, d'heureuse mémoire , dé¬clara que si les habitants de ces bailliages venaient à se convertir à la sainte foi, les Chevaliers de Saint-Lazare devraient donner à cha¬cun des curés que nommerait l'Evêque cinquante ducats par an , Or, comme ces jours derniers, par le moyen de prédications con¬tinuelles, tous les habitants de Ternier et du Chablais sont revenus au giron de la sainte Eglise, au nombre de soixante-quatre parois¬ses, il faudra y établir des curés capables et savants ; et en outre, dans l'église de Thonon, principale ville de ces bailliages, huit prêtres au moins seront nécessaires, tant pour entendre les confessions que pour administrer les Sacrements, ainsi que trois prédicateurs ro¬bustes pour exercer sans discontinuer le ministère apostolique de la prédication. Et d'ailleurs il faudra restaurer les édifices sacrés, presque tous ruinés, et supporter d'autres charges, non sans de grandes dépenses.
Supplie humblement Votre Sainteté qu'Elle daigne relâcher et annuler complètement cette union, en sorte que tous ces béné¬fices, de quelque nature qu'ils puissent être, soient appliqués à l'en¬tretien des curés, recteurs, prédicateurs, aux réparations et autres charges nécessaires à la conservation de la sainte religion. Le Sérénissime Duc de Savoie, qui est le Grand-Maître de cet Ordre militaire, y donne son consentement, accordant audit Evêque pouvoir d'établir des curés dans les paroisses et de distribuer les bénéfices, selon qu'il le verra nécessaire, aussi bien que de choisir trois robustes prédicateurs, de quelque Ordre ou Religion qu'ils soient.
2
Expose très humblement à Votre Sainteté Claude de Granier, Evêque de Genève : A cause de la pauvreté de la province et de la modicité des fruits des prébendes théologales, on ne trouve pas de théologiens qui veuillent les accepter ; néanmoins, pour répandre la semence de la parole divine dans ce diocèse, ils seraient très nécessaires.
(note 273) Supplie donc Votre Sainteté qu'Elle daigne concéder la permis¬sion de supprimer une prébende monacale dans les monastères et prieurés conventuels de son diocèse, vacante ou à vaquer, en sorte qu'il puisse assigner à chaque théologien deux prébendes, selon qu'il paraîtra expédient; et, à défaut de prébendes, de pouvoir supprimer quelques bénéfices simples des églises dans lesquelles sera constituée une prébende de cette sorte, et d'en appliquer les fruits à cette théologale ; puisque, par ce moyen, dans lesdits monas¬tères, prieurés et églises le culte divin ne sera pas du tout diminué, mais au contraire prendra de jour en jour un nouvel accroisse¬ment.
3
(cf art 3 p.103) Expose très humblement Claude de Granier, Evêque de Genève, comme les curés de la majeure partie de son diocèse se trouvent si pauvres, que très souvent ils sont contraints d'abandonner leurs fils dans le Christ, au grand détriment des âmes :
Supplie donc Votre Sainteté, qu'Elle daigne lui donner permis¬sion d'assigner une portion congrue à ces curés, même en dehors de la visite générale sur les dîmes, prémices et oblations possé¬dées par les Abbés, Prieurs et autres ecclésiastiques, selon qu'il le jugera nécessaire, nonobstant toute opposition ou appellation quelconques.
4
Expose très humblement ledit Evêque, qu'en plusieurs lieux de son diocèse les habitants ont des liens de consanguinité et d'affinité ; et cependant, parce qu'ils sont très pauvres et qu'ils n'ont a atten¬dre que des dots très modiques, ne peuvent que très difficilement contracter mariage au dehors, car il leur faudrait prendre sur cette dot exiguë pour faire des visites à l'épouse et pour supporter les charges des noces ; et d'autre part, ils n'ont pas moyen de recourir à Rome pour obtenir dispense du Siège Apostolique.
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne lui accor¬der permission de dispenser du quatrième degré de consanguinité ou d'affinité, et d'absoudre ceux qui jusqu'à ce jour, nonobstant ce quatrième degré, ont contracté mariage, avec le pouvoir de décla¬rer légitimes les enfants issus de ces unions, et cela au moins au for de la conscience ; attendu qu'ils sont empêchés par leur pau¬vreté de recourir à Rome, et qu'ils sont contraints par la petitesse du lieu de contracter ensemble.
5
(cf art 7 p.104) Expose très humblement, comme il y a dans son diocèse beaucoup de luthériens, de calvinistes, ou de relaps, qui, désirant revenir à la lumière de la vraie foi, diffèrent une œuvre si pieuse et si salutaire parce qu'ils ne veulent pas venir devant l'Evêque :
Supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne concéder non seulement à lui-même et à son Vicaire général, mais encore à dix ou douze hommes doctes et habiles, qu'il aura à choisir, la permission d'absoudre de toute hérésie ces hérétiques ou ces relaps; et pour cet effet, et afin de répondre à leurs objections, la faculté pour ces prêtres de pouvoir posséder et lire, sans scrupule de conscience, le_ livres défendus, et surtout ceux que chaque jour les hérétiques mettent en lumière; attendu qu'on ne peut pas si facilement les convaincre autrement. Et cette permission est demandée pour tou¬jours, parce que lorsqu'elle est donnée pour un temps, quand celui-ci est écoulé et qu'on ne peut obtenir sur le champ une permission nouvelle, la plupart deviennent non seulement tièdes, mais encore froids et retournent à leur vomissement (Pr 26,11 ; 2 P 2,21) ; ou bien, pen¬dant qu'on attend cette permission ils meurent, non sans grand détriment pour leurs âmes.
6
(cf art 5 p.104) Expose très humblement: les revenus de la mense épiscopale sont si modiques, qu'à peine peuvent-ils suffire à la décente sus¬tentation de l'Evêque, surtout en ce temps malheureux où il doit nécessairement porter le poids de grandes dépenses, en allant et venant pour consacrer ou bénir églises et autels.
Supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne l'exempter de tout paye¬ment quelconque de décimes concédées au Duc de Savoie, repor¬tant la part qui lui incombe sur les autres Evêques et bénéficiers de Savoie, beaucoup plus riches et moins chargés que lui.
7
(cf art 4 p.103) Supplie très humblement Votre Sainteté Claude de Granier, Evêque de Genève, qu'Elle daigne en ce qui concerne les chanoi¬nes de son Eglise cathédrale, accorder dispense pour qu'ils puissent obtenir et retenir, avec leurs canonicats, des églises paroissiales, en y mettant des vicaires capables et suffisants pour exercer charge d'âmes ; attendu que tous sont ou nobles ou docteurs, et ne peuvent avec les revenus de leur canonicat, qui ne dépassent pas la somme de soixante ducats, vivre décemment, ni ne peuvent aspirer à d'autres bénéfices, puisque presque tous sont soumis au droit de patronage et ne sauraient, par conséquent, être obtenus sans la présentation du patron. Autrement, il arrivera que ces chanoines se disperseront et cesseront de travailler à la vigne du Seigneur, parce qu'ils n'ont pas de quoi vivre.
8
(cf art 6 p.104 )Expose très humblement à Votre Sainteté l'Evêque de Genève, qu'il a plusieurs sujets ou taillables, astreints à d'innombrables . servitudes qui sentent plus le paganisme que le christianisme : ainsi, lorsqu'ils meurent sans enfants, ils ne peuvent faire de testa¬ment en faveur de personne ; ils ne peuvent se vêtir de drap noir, ni porter le moindre ourlet de drap de couleur. Il y en a même quelques-uns dont la servitude consiste à prendre soin durant la nuit, alors que le seigneur dort, d'empêcher les grenouilles de coasser ; il n'y a personne qui ne voie combien de telles choses sont indi¬gnes d'un chrétien.
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'il lui plaise donner permission de libérer ces hommes moyennant une somme d'ar¬gent, selon qu'il aura été convenu entre eux ; et que ces sommes soient employées à l'évidente utilité de la mense épiscopale, ou que les fiefs de cette nature soient convertis en biens d'emphy¬théose.
9
(cf art 8 p.104 ) Expose très humblement, que presque tous les Monastères et Prieurés conventuels, tant d'hommes que de femmes, dans la Savoie, le Genevois, ou autres possessions et régions au-delà des monts appartenant au Sérénissime Duc de Savoie, sont tellement déchus de la discipline régulière et antique, qu'à peine peut-on discerner les Réguliers des séculiers ; les uns, en effet, vagabondent sans cesse çà et là, et les autres qui demeurent dans leurs cloîtres causent parmi le peuple un très grand scandale. .
C'est pourquoi supplie Votre Sainteté qu'Elle daigne donner commission à quelque Prélat, d'au-delà des monts, bien instruit de toutes choses, qui, avec deux Pères de la Société de Jésus, ou de l'Ordre des Capucins, s'adjoignant même, s'il en est besoin, l'aide du bras séculier, ait le devoir et le pouvoir de visiter librement et absolument ces Monastères, de corriger les désobéissants et de châtier les rebelles, selon qu'il le verra expédient au salut de leurs âmes et à la consolation du peuple, sans tenir compte d'aucun appel ou opposition quelconques ; attendu que les Supérieurs de ces Monastères souffrent et endurent de tels désordres, puisqu'ils n'y apportent nul remède.
FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de l'Eglise cathédrale de Genève.
X
SUPPLIQUE DU PRÉVÔT ET DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE
DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE
AU MÊME PONTIFE (note 276)
(MINUTE EN LATIN)
Projet du transfert du Chapitre à Thonon : François de Sales et ses confrè¬res demandent au Pape de l'autoriser, et d'unir à la mense capitulaire l'an¬cienne église des Augustins avec leur couvent ruiné. - Ordre à donner au sujet des autres ecclésiastiques attachés au service de la Cathédrale.
Octobre 1598.
Très Saint Père,
Les très dévots suppliants de Votre Sainteté, Prévôt, Chapitre et Chanoines de l'Eglise cathédrale de Saint-Pierre de Genève, lui exposent très humblement, comme depuis soixante ans ils ont été chassés de la ville de Genève, et se sont retirés avec l'Evêque dans la ville d'Annecy pour y résider et y célébrer les Offices divins (L6, note 210). Or, il est arrivé que les mois derniers, par la vertu du Saint-Esprit et par les prédications continuelles de la parole de Dieu qui ont été faites, presque tous ceux qui habitent les contrées du Chablais et de Ternier en Savoie, ont embrassé la sacrosainte foi catholique, et surtout ceux qui habitent Thonon, ville principale de la province, avec soixante-quatre paroisses qui s'étendent tout à l'entour. C'est pourquoi, pour affermir les convertis et réduire les autres, tant l'Evêque lui-même que les Prévôt et Chanoines ont décidé de se transporter en cette ville de Thonon, et là de travailler dans la vigne du Seigneur avec une activité si grande de leurs âmes, qu'en peu de temps des fleurs et des fruits puissent paraître.
Mais ils n'ont pas de quoi vivre décemment, car aucun de leurs canonicats n'atteint soixante ducats. A Thonon, d'autre part, il y avait autrefois une église avec un couvent de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin, d'une valeur annuelle de cent écus environ , unie à l'Ordre militaire des saints Maurice et Lazare par le Pape Grégoire XIII, d'heureuse mémoire, sous prétexte que ce peuple était loin de la conversion ; or, ce couvent est détruit et l'église souffre de ruines nombreuses, en sorte qu'il serait presque im¬possible à ces Frères de la rebâtir.
Supplient donc très humblement Votre Sainteté, qu'il lui plaise, en cassant et relâchant cette union, la renouveler en faveur de la mense capitulaire et lui appliquer les fruits et revenus du couvent, imposant même un perpétuel silence aux Chevaliers, attendu que le Sérénissime Duc de Savoie consent et .que les Chanoines en majeure partie sont docteurs et puissants prédicateurs. Par ce moyen ils pourront se transporter à Thonon, restaurer l'église, et produire le fruit que l'on peut attendre de l'effet de la parole divine ; en decrétant, toutefois, que tous ceux qui possèdent des bénéfices quelconques fondés dans l'Eglise de Genève, principalement les douze prêtres de la chapelle des Saints Machabées, qui, d'après la fondation, sont obligés de faire résidence en cette cha¬pelle , soient tenus, sans aucune opposition ni exception, de suivre et accompagner les Chapitre et Chanoines, sous peine d'être retranchés de ce même Chapitre ; auquel cas, d'autres seront élus en leur place. Que si personne ne se trouve qui veuille s'obliger à cette résidence, alors les fruits et revenus de cette chapelle seront appliqués à la mense capitulaire .
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FRANÇOIS DE SALES,
Prévôt de l'Eglise cathédrale de Genève.
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XI
MÉMOIRE CONCERNANT DIFFÉRENTES AFFAIRES DU DIOCÈSE
DE GENÈVE
ADRESSÉ A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE
AU NOM DE L'EVÊQUE
(EN ITALIEN)
Les requêtes de Mgr de Granier touchant les décimes et les taillables de l'évêché, renvoyées au Nonce de Savoie. - Oubli persévérant du car¬dinal Aldobrandini. - La question des prébendes théologales en suspens. - Abus des prébendes laïques dans les Monastères. - Situation particu¬lière du prédicateur d'Evian. - Une clause nuisible dans les pouvoirs d'absoudre concédés au Prévôt de Genève.
Turin, fin avril 1599 .
Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Une supplique a été adressée à Sa Sainteté au nom de l'Evêque de Genève :
1. Afin qu'Elle daignât dispenser ledit Evêque des décimes qu'il doit payer au Sérénissime Duc de Savoie (art 6 et 7 p.107 ; note 274)notes , vu la modicité de la mense épiscopale dont il a même été spolié en grande partie pendant ces dernières guerres Malgré cela, il est obligé de soute¬nir de fortes dépenses pour se rendre en plusieurs lieux récemment convertis, où doivent se faire des consécrations. Cette partie des décimes pourrait être facilement payée par d'autres bénéficiers moins chargés et plus riches.
2. De plus, l'évêché de Genève a un grand nombre de sujets appelés taillables, qui sont astreints à beaucoup de servitudes bar¬bares, telles que celles-ci : lorsqu'ils meurent sans enfants, ils ne peuvent tester ni disposer de ce qui leur appartient, pas même en faveur des pauvres, des églises, de leurs femmes ou de leurs frères, ni en autre façon quelconque, mais tous leurs biens meubles et immeubles passent à l'Evêque ; item, ils doivent imposer silence aux grenouilles pendant que l'Evêque dort, et choses semblables. D'où il résulte que ces gens-là demeurent pour l'ordinaire dans un très grand avilissement d'esprit et de corps ; aussi ne peuvent-ils jamais bien réussir en leurs mariages. S'ils ont quelque bonne aubaine, ils changent de résidence et s'en vont en Allemagne ou en d'autres provinces, afin qu'à leur décès l'Evêque leur seigneur ne puisse avoir aucun droit sur leurs biens. Que s'ils meurent dans leur patrie, ils font tout ce qu'ils peuvent à leur mort et pendant leur vie, pour priver leur seigneur, à force de précautions et de fraudes, de l'héritage qui lui est dû ; de là s'ensuivent mille incon¬vénients non seulement pour le temporel, mais aussi pour le spiri¬tuel. Partant, on a également supplié le Saint-Siège de permettre à l'Evêque d'affranchir et libérer ses sujets de ces servitudes et de la misérable condition où ils sont réduits, moyennant une somme d'argent, selon qu'il sera jugé à propos, pour l'employer à l'évidente utilité de la mense épiscopale. On procurerait ainsi un grand avantage spirituel et temporel aux sujets, et l'on augmenterait la mense épiscopale d'un revenu régulier et assuré, plus utile sans comparaison que ce qui se peut retirer de ces héritages éventuels qui tous se réduisent à très peu de chose ou sont accompagnés de chicane.
Pour ce qui concerne ces deux articles, Sa Sainteté a chargé le cardinal Aldobrandini d'en écrire à Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime , afin qu'ayant une plus entière connais¬sance des raisons apportées, Elle prît les moyens convenables pour mettre à exécution ce qui a été demandé (L2, note 4). Or, bien qu'on ait recouru par plusieurs Mémoires à M. le Cardinal et qu'on en ait fait souvent ressouvenir son Secrétaire pour qu'il daignât écrire conformément à l'intention de Sa Sainteté, on nous a toujours répondu que la chose se ferait, mais jamais qu'elle avait été faite. Si donc Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime n'a pas encore reçu l'ordre requis pour cette affaire, Elle est suppliée de la rappeler à M. le Cardinal , afin que l'Evêque jouisse des effets de la faveur accordée par le Saint-Siège.
3. De plus, on a encore supplié Sa Sainteté de daigner appli¬quer et assigner sur chaque monastère ou prieuré du diocèse de Genève, une prébende monacale vacante ou à vaquer, pour l'en¬tretien des chanoines théologaux qui sont très nécessaires en plu¬sieurs lieux et ne peuvent autrement y être établis, vu l'exiguité des prébendes théologales . On n'a pas répondu d'une manière absolue à cette requête, mais le décret en est demeuré en suspens. Il est permis de croire, cependant, que si Votre Seigneurie Illus¬trissime et Révérendissime avait la bonté d'écrire en faveur de cet article, la concession d'une grâce si importante serait bien facilitée.
4. Et pour lui ouvrir encore plus la voie, on expose ce qui suit : Il y a, dans bon nombre de monastères, abbayes et prieurés, plusieurs prébendes dites laïques que l'on donne à des personnes très inutiles, et à des serviteurs non des monastères, mais des Abbés et Prieurs commendataires, en rétribution de leurs services : telles, les prébendes des bûcherons, des portiers, des cuisiniers, des intendants de cuisine. Comme les moines ne vivent ni en communauté ni en clôture, ils n'exercent pas ces emplois ; dès lors, on en distribue les prébendes à de simples laïques qui habitent en dehors et souvent loin des monastères. On pourrait donc sans difficulté prendre au moins celles-ci; et si l'on ne peut obtenir davantage, qu'on l'obtienne au moins pour la Cathédrale.
5. En outre, il faudrait un ordre définitif qui autorisât à préle¬ver sur l'abbaye d'Abondance , comme on le faisait auparavant, une prébende égale à celle des Religieux pour le prédicateur et théologal d'Evian ; actuellement, fermiers et administrateurs font des difficultés, et encore la payent-ils mal. On pourrait plus facilement réussir en rappelant que Grégoire XIII, d'heureuse mémoire, à la requête du R. P. François Papard, Dominicain, pré¬dicateur à Evian , ordonna que cette prébende lui fût payée ; ce qui s'est fait jusqu'à présent, même après la mort du P. Papard, pour d'autres prédicateurs (L1, note 261).
De plus, le pouvoir d'absoudre les hérétiques a été accordé au Prévôt de Genève avec cette clause: " S'ils ont verbalement détesté leurs erreurs en confession sacramentelle;" et plus bas : " seulement au for de la conscience." Ces clauses empêcheront une grande partie du fruit que sans cela on pourrait retirer, moyen¬nant la grâce de Dieu et les travaux dudit Prévôt, qui ne pourra suffire à confesser tous ceux qui voudront se convertir. Plusieurs sont bien disposés à embrasser la vraie foi, mais ne le sont point encore à se confesser ; quelques-uns, pour diverses raisons, désire¬raient s'adresser à d'autres confesseurs qu'au Prévôt. C'est pourquoi on supplie Votre Seigneurerie Illustrissime d'interposer son autorité, afin d'obtenir l'extension de cette faveur du Saint-Siège et des pouvoirs plus étendus, pour la consolation des âmes et pour leur aplanir le chemin de la pénitence. Ces pouvoirs seraient néces¬saires non seulement au Prévôt, mais encore à ceux qui seront délégués sous peu par l'Evêque de Genève, à cause de l'abondance de la moisson et de la pénurie des moissonneurs.
Revu sur une copie conservée à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vol. 36, fol. 183 et 457).
XII
RÉPONSE A UNE REQUÊTE
DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE
(MINUTE)
Fière protestation. - Le Bref de Clément VIII, rapporté de Rome par le Prévôt, est de tous points conforme à celui de Grégoire XIII qu'allèguent les Chevaliers. - Des " motz considerables ". - Ce que la Milice trouve dur. - Pourquoi elle n'avait pas le droit d'être consultée avant que le Bref fût rendu. - Les raisons qu'elle apporte ne doivent pas en retarder l'exécution. - Prix de la moindre des âmes et d'une seule Messe. - Le salut du peuple avant tout. - Instante supplication au Duc et aux Che¬valiers.
Turin, 1er ou 2 mai 1599 ,
Premierement, le Prevost de Sales proteste n'avoir ni pretendre aucun droict sur les biens mentionnés en la Requeste, et partant ne vouloir en aucune façon se por¬ter pour partie contre les supplians.
2. Que le Brief rapporté par luy du Saint Siege a esté demandé, accordé et obtenu pour le service de Dieu, de l'Eglise et de Son Altesse, a laquelle il touche de le soustenir, et non a celuy qui, comme simple serviteur, le porte et produit, et qui n'a en cest affaire autre interest que le general de l'advancement du royaume de Dieu.
3. Que neanmoins, s'il plaist a Son Altesse que ledit Prevost, comme serviteur, rende rayson de la volonté du Pape portee par le Brief par luy obtenu, il dira :
4. Le Brief de nostre Saint Pere Clement huictiesme est en conformité de celuy de Gregoire treiziesme alle¬gué par les supplians , auquel ledit Gregoire, prou¬voyant au cas heureusement advenu en nos jours sous l'authorité de Son Altesse, baille les benefices des bal¬liages a la Milice (comme inutiles alhors a leur naturel usage, qui estoit indubitablement le maintien des gens d'Eglise), avec ceste condition
(a) De telle sorte cependant, (ou ces motz sont considerables ) que les églises paroissiales et autres lieux ecclésiastiques propres à l'exercice du soin des âmes.
Deuxièmement : " par les Ordinaires des lieux."
Troisièmement : " avec une non moindre dotation." Ceste clausule non minore est apposee en faveur de nostre cause
(b) Quatrièmement : " des propriétés." il ne veut que ce soit pensions.
(c) Cinquièmement : " à un nombre juste et convenable ; " ce nombre est laissé au jugement des Ordinaires.
Sixièmement : et, par ces mêmes Ordinaires, [les lieux susdits] seront pourvus de recteurs et de pasteurs, suivant le Concile de Trente (De Reform Sess 7, 5 et 7 ; 21,4 ; 25, 16) et autres décrets canoniques.
5. Et quand audit Brief de Gregoire treiziesme telle condition ne seroit apposee, le Pape du jourd'huy, qui peut en cest endroict absolument disposer, dispose en faveur des peuples et de l'advancement de la religion chrestienne, comme il appert par son Brief.
6. Auquel neanmoins il n'y a aucun point prejudicia¬ble a la Milice plus qu'en la condition inseree en celuy de Gregoire, delaquelle il n'est qu'une declaration pour lever toutes occasions de douter.
7. Car, ce qu'il semble que la Milice trouve de dur au Brief posterieur, selon les parolles de leur Requeste, est :
Premierement, que la Religion est spoliée de tous les bénéfices, quelle qu'en soit la na¬ture. Mais la condition De telle sorte cependant, dit indistinctement : des pro¬priétés des mêmes biens ; et le Concile de Trente (De Reform Sess 21,5 ; 24,13), par le droit lui-même, donne pouvoir des portions congrues sur tous benefices.
Secondement, que cela se face sous pretexte de l'en¬tretenement. Mais cela n'est en aucune façon pretexte, car c'est une pure et sainte realité, a laquelle non seule¬ment Clement, mais Gregoire prouvoit : Ita tamen.
Troysiesmement, que la determination de l'entretene¬ment soit remise a l'Evesque, par ces parolles : en ce que raisonnablement et facilement. Mais, et le Concile de Trente expres, et la condition Ita tamen de Gregoire, remet cela a la connoissance des Evesques.
Quatriesmement, du nombre des gens necessaires, voulant que cela se fasse selon le nombre establi, Son Altesse estant a Thonon . Mays on ne le surpasse pas, et a malepeyne y aura il qui suffise. Et si l'experience avoit apprins qu'il en fallust davantage, faudroit il l'em¬pescher ? on ne peut pas accorder tout a coup toutes cho¬ses. Mesmement, qu'on avoit reduit au moindre nombre, pour laisser, s'il estoit possible, quelque moyen pour rebastir, faire paremens et autres choses necessaires ; lesquelles choses faites et le peuple accreu, on s'atten¬doit de multiplier les curés ou vicayres.
Cinquiesmement, que le Brief ayt esté accordé ainsy, sans que ladite Milice aye esté ouye. Mais la condition apposee par Gregoire, a laquelle ilz ont consenti, relevoit de ceste peyne. Et quelle rayson pouvoit elle apporter pour empescher ce Brief ? Toute sa rayson seroit ou en fait, ou en droict. En droict, c'est la production du Brief de Gregoire ; mais le Pape l'insere presque tout en son Brief et n'ignoroit rien de ce qu'il contient, ayant pro¬cedé avec certaine science. En fait, niant la reduction de ces peuples ; mais cela ne se pouvoit, et de plus, quand il n'y en eust eu que dix de chasque parroisse avec liberté en leur faveur, le Pape eust tousjours disposé comme il fait.
8. Mais la Milice allegue deux raysons : l'une, crainte d'abus en l'execution. Mays a cela on respond qu'il luy demeurera tousjours lieu de s'en plaindre, sans qu'il soit necessaire de retarder le cours d'une si necessaire execution.
L'autre, ou seconde : elle craint le droict de nomina¬tion. Mais ce seront serviteurs et sujetz de Son Altesse. La moindre ame ou Messe vaut plus que toutes les nomi¬nations, pour la conservation de Son Altesse. Et au reste, c'est un ordre du Concile* de prendre les portions congrues sur tout.
9. Quant aux revenuz, il n'y en a pas asses pour faire ce qu'il faudroit.
10. Il eust mieux valu ne rien faire que de faire frau¬dement.
11. La Religion ne sçauroit mieux faire pour sa pro¬fession.
12. Enfin, " le salut du peuple est la suprême loi "
Pas un particulier n'en prend pour soy, ni Monsieur de Geneve, ni moy. On fera exactement le calcul de tout le revenu, en l'assistance d'un officier de Son Al¬tesse ou de plusieurs .
Partant ledit Prevost, comme tres humble sujet et orateur de Vostre Altesse, supplie pour l'amour de Dieu que l'execution ne soit aucunement retardee, ains avan¬cee, maintenue et soustenue par les graces necessaires a icelle.
Et comme humble serviteur et orateur de la Milice, la supplie de se contenter avoir l'œil ouvert s'il se fera abus, et ne prendre pour estre fait contre son service ce que ledit Prevost a fait pour servir la cause de la religion, sans aucune mauvaise affection contre l'honneur et ser¬vice qu'il leur doit.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
XIII
REQUÊTE
AU DUC DE SAVOIE, CHARLES - EMMANUEL 1er
(MINUTE)
Le Sénat et la Chambre des Comptes entravent l'exécution d'un ordre de Son Altesse, et celle-ci enjoint de surseoir à un ordre du Pape. - Moyen suggéré par François de Sales pour acheminer heureusement la restitution des revenus ecclésiastiques du Chablais, sans léser les droits des Cheva¬liers des saints Maurice et Lazare. - A quelles règles s'obligera l'Evêque en l'exécution du Bref Apostolique.
Turin, [vers le 15] mai 1599 ,
Monseigneur,
Vostre Altesse avoit donné mainlevee, par maniere de provision (vr attendant la declaration du Saint Siege), du revenu de tous les benefices de Cha¬blaix et Ternier pour l'entretenement des ecclesiastiques necessaires pour l'exercice de la religion Catho¬lique nagueres restablie en ce pais par le zele de Vostre Altesse. Son Senat et sa Chambre des Comptes n'ont voulu interiner les patentes expediees a cest effect .
Sa Sainteté, suyvant la sainte intention de Vostre Altesse, a donné plein pouvoir au Rme Pere en Dieu, l'Evesque de Geneve, de desunir et des-membrer des benefices unis a la Milice des Saints Maurice et Lazare (laquelle tient la pluspart, ains presque tous ceux de Chablaix) autant quil verra expedient pour l'instruc¬tion de ces ames nouvellement converties, et reparation des eglises, paremens d'autelz ( et autres necessités. Vostre Altesse commande au Praevost de Sales, par un decret du 29 avril 99, qu'on sursoye a tout'execution : si que ce pauvre païs demeure tout nud et desprouveu de tous les moyens requis a la continuation de la reli¬gion sainte quil a embrassé, avec tant de satisfaction de Vostre Altesse et de bon exemple pour tous les catho¬liques (vr ces pauvres convertis demeurent desprouveuz et privés de tous les moyens requis a la continuation de la sainte religion qu'i!z ont embrassé par la sainte conduitte de V. A., avec tant de bons exemples pour tous ceux qui en ont eu les advis.).
Dont le Praevost de Sales, auquel Vostre Altesse a com¬mandé d'attendre et demander sa bonne volonté sur cela, la supplie tres humblement de faire consideration sur la qualité de l'affaire, qui ne peut estre retardé sans estre ruyné. Et partant, quil (vr que, faisant consideration sur la qualité de l'af¬faire, qui ne peut estre retardé sans estre ruyné, il) luy playse, ou de commander absolument, purement et efficacement que le Brief de Sa Sainteté soit mis en execution sans dilation, sauf a la ditte Milice de recourir en cas d'abus et se prouvoir comme et vers qui elle verra a faire ; ou de commander expressement a l'un des seigneurs de son Senat ou Chambre des Comtes de Savoye d'assister a laditte execution qui se fera par ledit Reverendissime Evesque de Geneve, a laquelle pourra aussi entrevenir un deputé par le Conseil de la susditte Milice, affin que toute accusation d'abus soit evitee. Et que cela soit fait tout promptement, sans aucune dilation, eu esgard a l'importance de la chose, s'asseurant ledit Praevost que, en l'execution dudit Brief, le Rme Evesque de Geneve observera tres etroittement ces regles :
1.De n'outrepasser pas le nombre juste et competent des personnes necessaires a l'œuvre, lequel neanmoins ne se peut pas precisement determiner sans par¬ticuliere connoissance des lieux et des personnes.
2. De faire un gros de tous les benefices de Chablaix, tant ci devant affectés a la Milice de Saint Lazare qu'autres quelcomques (sauf ceux desquelz Vostre Al¬tesse auroit autrement prouveu) , a ce que du tout soit levée la legitime portion requise (vr des la conversion de ces peuples, a ce que de tous soyent levees les parties necessaires) pour le service de Dieu.
3. De faire juste estimation de chasque benefice.
4- Et de n'outrepasser l'usage requis et deüe emploitte desdits biens, tant en l'assignation des portions con¬grues qu'autres œuvres necessaires a l'establissement de la sainte Eglise.
Et bien que tout le revenu ecclesiastique de Chablaix qui est en estre et n'a esté aliené, malaysement peut suffire a ce quil seroit besoin faire en ce commencement, auquel on ne peut jamais faire que trop peu, si est ce que ledit Evesque, quand a ce qu'il luy touche, se con¬tentera simplement de ce qui est necessairement necessaire, layssant au surplus a la pieté de Vostre Al¬tesse de prouvoir et au college des Jesuites (notes 214,238), ja conclud et destiné par elle avec le Pere General de l'Ordre , et aux autres œuvres qui sont de telle importance qu'elle sçaura tres bien juger (vr et autres amplifications du service de Dieu, qui sont de telle impor¬tance que son zele luy sçaura bien representer.).
Playse donq a Vostre Altesse renvoyer promptement ledit Prœvost de Sales depeché sur ce sujet, et ell' atti¬rera sur elle et sur ses desseins les benedictions cœ¬lestes (vr la benediction divine que luy souhaitteront perpetuel¬lement tant d'ames faittes et maintenues catholiques par son soin et pre¬voyance chrestienne).
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XIV
MÉMOIRE ADRESSÉ A MONSEIGNEUR RICCARDI
NONCE DE SAVOIE
Un meurtre à Talloires et une prébende vacante. - Pour établir des cha¬noines théologaux dans les Collégiales d'Annecy, Sallanches et La Roche, d'autres prébendes pourraient se prélever sur quelques prieurés et abbayes. - Evian, Rumilly et Seyssel ont besoin du même secours, et pour quelles raisons. - Faut-il s'inquiéter des réclamations des Religieux ?
MÉMOIRE TOUCHANT LES PRÉBENDES THÉOLOGALES A ÉRIGER
DANS LE DIOCÈSE DE GENÈVE
Annecy, vers le 15 novembre 1599 ,
Les prébendes de l'Eglise cathédrale consistent en distributions quotidiennes qui n'excèdent pas, une année dans l'autre, soixante écus ; c'est pourquoi il serait néce ssaire de joindre à la prébende théologale une prébende monacale du prieuré de Talloires . Et bien que tous les Religieux vivent encore, néanmoins la veille de la Toussaint il s'est produit parmi eux un fait qui, si je ne me trompe, nous ouvre la voie à cette union. Le moine appelé, de son office, Ouvrier , blessa à coups de stylet et avec une masse d'arme deux gentilshommes de l'endroit et un autre pauvre homme ; les coups furent tels et si nombreux que deux des trois blessés sont à l'article de la mort et l'autre est estropié. A la vérité, ledit Ouvrier est blessé lui même, mais légèrement et sans danger de mort. Cet excès, commis à cause d'une certaine débauchée, rend vacante la prébende de l'Ouvrier qui est la plus riche du monas¬tère (il est vrai que le moine qui en est pourvu a en charge la fabrique de l'église). Partant, on pourrait, avec cette prébende, ménager à la Cathédrale une bonne théologale qui monterait à 200 écus par an, tout en restant chargée de la fabrique .
La Collégiale d'Annecy mérite elle aussi un chanoine théologal, comme principale église de cette ville, populeuse, capi¬tale du Genevois et siège du tribunal de justice de la province ; mais les revenus de ces canonicats n'atteignent pas les cinquante écus. On pourrait y joindre une prébende, s'entend la première vacante, des douze des Chanoines réguliers de Saint-Augustin du prieuré du Sépulcre d'Annecy , et une de Bellevaux, de l'Ordre de Cluny (L2, note 301), où vaque une prébende ; les deux ensemble ne monteront pas à soixante-dix écus annuels. Les Chanoines réguliers du Sépulcre portent un habit pareil à celui du Prieur de Tarentaise et suivent la même Règle . La Collégiale d'Annecy est connue sous le nom de Notre-Dame de Liesse, Lœtœ.
La Collégiale de Saint-Jacques de Sallanches a également besoin d'un théologal ; il serait facile de lui en ménager un avec une prébende de l'abbaye de Sixt (L1, note 293) et une encore du prieuré de Peillonnex (L2, note 265.) ; tous deux appartiennent aux Chanoines réguliers de Saint-Augustin, les mêmes que ceux de Tarentaise. Ces deux prébendes monacales n'arriveront pas à cent vingt écus avec celle de Sallanches. Cette localité, distante d'Annecy de plus d'une jour¬née, est assez peuplée. A Sixt, une prébende est vacante (il est vrai qu'on traitait d'y pourvoir) ; à Peillonnex, aucune ne vaque.
La Collégiale de Saint- Jean-Baptiste de La Roche (L3, note 171), à trois lieues de Genève, a grand besoin d'un théologal. Ses prébendes n'atteignant pas les vingt-cinq écus par an, on pourrait leur en ajouter une de l'abbaye d'Entremont, ou Intermontium, des Cha¬noines réguliers blancs (L2, note 263), qui n'existent pas, que je sache, en Italie, et une autre du prieuré de Contamine, de l'Ordre de Cluny (L2, note 262) ; ces deux prébendes montent à cent écus. A Entremont il y a une prébende vacante, mais non pas à Contamine.
Il faut un théologal à Evian, cette ville étant située sur les bords du lac de Genève, en face de Lausanne et sur les frontières du Valais. En effet, Grégoire XIII lui accorda une prébende, mais actuellement le théologal, Dominicain, n'est guère payé, et par suite ne peut y faire sa résidence (note 291). Partant il sera bon que l'on pourvoie cette église d'une nouvelle prébende, la prélevant sur les douze d'Abondance, dont six sont vacantes depuis bien des années. Elles sont de cent écus annuels, et la Règle de l'abbaye est celle des Chanoines réguliers, les mêmes que ceux de Tarentaise. Bien qu'il n'y ait pas d'église collégiale à Evian, mais seulement deux églises paroissiales , le Saint-Siège jugea néanmoins à propos de lui accorder un théologal aux frais de cette abbaye.
A Rumilly aussi, quoi qu'il n'y ait, dans une même église , qu'un Curé, un Prieur, et un Religieux de l'Ordre de Cluny, toute¬fois, vu l'importance de cette localité, qui est proche de Genève et où Son Altesse réside quelquefois, il serait très avantageux d'y entretenir un théologal avec une prébende d'Hautecombe, de l'Ordre de Cîteaux, et un prieuré rural de l'Ordre de Cluny, voisin de la ville, appelé prieuré de l'Aumône ; celui-ci, avec la prébende d'Hautecombe, pourra monter à cent vingt écus annuels.
A Seyssel, un théologal est encore très nécessaire, car la ville étant sur le Rhône, il y a là un concours de marchands qui, de Genève et d'Allemagne, transportent leurs marchandises à Lyon ; c'est donc un lieu de passage pour les hérétiques et pour les catho¬liques. On y trouve deux prieurés, dont l'un rural, de l'Ordre de Saint-Benoît, fut anciennement uni au Chapitre cathédral de Genève ; c'est là que demeure le curé avec quelques vicaires ; l'autre appartient aux Frères Ermites de Saint-Augustin (L4, notes 32,33). Une prébende théologale pourrait s'y établir au moyen de deux prében¬des monacales : l'une, de l'abbaye de Chézery, l'autre, du prieuré de Talissieu, ou bien de celui de Chindrieu, de l'Ordre de Saint¬ Benoît ; l'abbaye de Chézery en a une vacante.
De cette manière, on constituerait dans ce diocèse sept théolo¬gales moyennant lesquelles on pourrait rétablir toujours davantage la religion, jusqu'à ce que Dieu nous envoie des bénédictions plus abondantes. Quant au prieuré de Talloires, il me reste seulement à dire que si on ne juge pas à propos de traiter de la prébende de l'Ouvrier, on pourrait songer à la première vacante ou à vaquer. J'ai quelque doute pour celle de l'Ouvrier, parce qu'il n'était pas seul quand il commit le crime [dont j'ai parlé] ; d'autres moines employés au même office étaient avec lui.
Je crois avoir répondu à toutes les questions posées touchant l'érection des prébendes théologales. Il en faudrait sept, mais s'il y en avait davantage, ce ne serait que mieux . Toutes ne peu¬vent pas être canonicales, car il n'y a dans le diocèse que cinq églises avec des chanoines séculiers ; et encore n'a-t-on pas fait mention de l'une d'elles, comme n'étant pas très nécessaire . Celles des autres localités pourront se nommer théologales, au lieu de canonicales.
On a indiqué les monastères et prieurés qui ont des prébendes vacantes ; mais, en accordant la provision, il me semblerait beaucoup plus sûr de le faire en ces termes : les premières vacantes ou à vaquer, parce que, pendant que l'on propose et délibère, celles qui actuellement se trouvent vacantes pourraient être pour¬vues par les Abbés ou Prieurs.
Les Religieux seront-ils satisfaits, je ne saurais le dire ; mais je crois qu'lls se soucient fort peu de ce que deviendront leurs pré¬bendes après leur mort, pourvu qu'ils en jouissent jusque là. Et lors même qu'ils s'en soucieraient, je pense qu'on ne devrait guère s'inquiéter de leurs prétentions ; il suffit que leurs prébendes soient appliquées à la plus grande gloire de Dieu ; car, pour ce qui est de la majorité, ils donnent de tels scandales qu'il faudrait mille prédi¬cateurs pour restaurer ce qu'ils détruisent. Leurs abbayes sont situées en des lieux inhabités, sauf Talloires qui est une bourgade peu éloignée d'Annecy ; de sorte que, quand même ils auraient parmi eux des théologaux (et ils sont loin de les avoir), si une autre réforme n'intervient, ils seront toujours de peu d'utilité aux populations.
Son Altesse Sérénissime m'a dit qu'aussitôt son retour de France, elle écrira à Rome pour la réforme de ces Monastères ; et vraiment, la chose est indispensable, car sous prétexte de leurs exemptions et privilèges, les Religieux ne respectent ni Dieu ni les hommes. Ce que je dis sans aucun autre intérêt que celui de leur salut et de l'édification du peuple.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vol. 36 fol. 455).
XV
MÉMOIRE ADRESSÉ
AUX CHEVALIERS DES SA1NTS MAURICE ET LAZARE
[1607-1608 ]
(a) Outre tout ce que les ecclesiastiques tiennent maintenant, l'Evesque de Geneve demande :
Les censes de Bellerive, pour deux ans (note 245).
Les praetentions que lesdits sieurs Chevaliers pour¬royent avoir sur Vullionnex, avec tout ce qui depend dudit Vullionnex ou en dependoyt .
Pouvoir de rachetter tous les biens dependans des cures et chapelles, de quelle nature quilz puissent estre.
Et par ce que les sieurs Chevaliers rachettant les biens des autres benefices pourroyent, ou par mesgarde ou autrement, prendre les biens des cures en guise des autres, seront obligés monstrer les contractz aux deputés de l'Evesque, par lesquelz il sera regardé si lesdits biens sont ou aux cures ou aux autres benefices.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de la Grande Maîtrise des saints Maurice et Lazare
(a) Une minute autographe de cette pièce se conserve à la Visitation d'Annecy; nous en reproduisons le texte ci-dessous. :
DEMANDES DE L'EVESQUE DE GENEVE A MESSIEURS LES CHEVALIERS
Outre tout ce que les ecclesiastiques possedent maintenant, l'Evesque de Geneve demande :
Les censes de Bellerive pour Tonnay, deux annees durant.
Les prœtentions que lesdits sieurs Chevaliers pourroyent avoir sur Vul¬lionnex.
Pouvoir de rachetter tous les biens ecclesiastiques des balliages de Gaillart et. Ternier, dans deux ans ; et passé lesdits deux ans, ne pourront plus lesdits eeclesiastiques rachetter que les biens dependans des cures.
XVI
REQUÊTE AU PRINCE DE PIÉMONT VICTOR-AMÉDÉE
EN FAVEUR DES CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT
(MINUTE)
Cession aux Genevois des bénéfices d'Armoy et Draillant, malgré un Arrêt contraire du Sénat. - Les cent écus annuels assignés aux deux curés en dédommagement n'ont été payés que trois ans. - La piété et la justice exigent qu'il soit désormais pourvu à leur entretien.
[Avant avril ? 1618 ]
Il y a dix et sept ans, qu'a la poursuite de l'Evesque de Geneve fut obtenu un Arrest du Senat par lequel les cures d'Armoy et de Draillans furent adjugees a leurs curés et legitimes titulaires (var: et, en execution d'Arrest, leur furent remises). Mays soudain apres, par commandement expres et absolu de Son Al¬tesse Serenissime, pour certaines justes et extraordi¬naires considerations (var : a la poursuite des sieurs scindiques et Conseil de la ville de Geneve, lesdites cures...), lesdites cures furent remises a la ville de Geneve, les curés en demeurant privés . Et par ce que Son Altesse, selon sa pieté, voulut que neant¬moins l'exercice catholique fut continué es dittes deux parroisses, a ces fins ordonna que cent escus d'or seroyent delivrés annuellement aux deux prestres qui feroyent ledit exercice, assignation donnee sur la gabelle a sel; delaquelle somme, neanmoins, on n'a jamais peu estre payé (var : quoy que S. A. ayt, par plusieurs iteratifz commande¬mens, ordonné le payement, et la Chambre des Comtes, par Arrestz et plusieurs decretz, inculqué les commandements de S. A..) que pour troys ans , de sorte que les ecclesiastiques deservans es ditz benefices ont esté contraintz de s'entretenir d'empruntz faitz tant par eux que par ledit Evesque .
Et parce que la pieté, l'equité et la justice requerans que, a l'advenir, ledit exercice catholique soit continué, et par consequent les prestres entret'enuz, Son Altesse est suppliee en toute humilité de faire poser ce payement au bilan, pour cette annee et les suivantes, comme encor pour les arrerages………….
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVII
AUTRE REQUÊTE AU MÊME
MINUTE POUR LES CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT
(INÉDITE)
Un Arrêt du Sénat contre les détenteurs des revenus d'Armoy et de Drai1lant, annulé par le duc de Savoie. - Maigre compensation accordée aux curés " sur la gabelle a sel du Chablaix." - Insouciance des gabeliers et sollicitations inutiles des prêtres. - Pourquoi la déclaration récente d'un agent à l'Evêque de Genève ôte aux suppliants tout espoir. - Humble exposé de leur misère et appel pressant à Son Altesse.
[Avril ou mai 1621 ?]
A MONSEIGNEUR LE SÉRme PRINCE DE PIEMONT.
Supplient en toute humilité, les pauvres orateurs de Vostre Altesse, curés des parroisses d'Armoy et Draillans en Chablaix, disans qu'apres avoir, par un tres juste Arrest de vostre Senat de Savoye, et duquel ilz ont payé un grand emolument, otenu (sic) contre ceux de Geneve, detenteurs et tres injustes occupateur (sic), la pleine possession et jouissance des dixmes et revenus dependans de leurs cures, il pleut a Son Altesse, pour certaines raysons a Elle conneues, leur commander absolument de quitter lesdits revenus ausdits de Ge¬neve (note 328). Et pour, d'un costé, reparer aucunement l'evi¬dente et grand (sic) perte des supplians causee par ledit commandement, comm' aussi, d'autre part, pour ne laisser les eglises et peuples desditz Armoys et Draillans destitués de pasteurs, et par consequent de Sacremens et de religion, Son Altesse assigna pour l'entretenement desditz pauvres curés, a chacun cinquante escus sur la gabelle a sel dudit Chablaix ; sommes petites, mais des¬quelles lesdits curés, tres humbles sujetz de Son Altesse, demeuroyent contentz, si elles leur eussent esté deli¬vrees an par an (note 329). Ce qu'il n'a onques esté possible d'obtenir, se passant maintenant la sixiesme annee sans que lesditz pauvres supplians ayt (sic) jamais peu avoir un seul liart des gabeliers, non obstant toutes les pour¬suites, sollicitations, supplications et remonstrances faites tant par les supplians que par le seigneur Evesque de Geneve, leur Praelat, et non obstant encor plusieurs ordres donnés par Vostre Altesse a diverses fois, et plusieurs Arrestz et sinceres diligences faitz par la Chambre des Comtes de Savoye qui n'a rien obmis en cela, jusques a ne vouloir clorre les comtes des gabe¬liers ; en sorte que le sieur Velasque, dernierement a Chamberi , declara audit Evesque que lesditz curés n'en auroit (sic) onques rien, les gabelles estant toutes espuysees et employees pour les. maysons de Vos Altes¬ses et autres assignations praecises, et que jamais nul ordre, quel qu'il fut, ne seroit suffisant pour cela .
Si que finalement, Monseigneur, les supplians ayans tant employé de peines, tant fait de frays et tant em¬prunté pour faire ces inutiles poursuites et continuer au moins mal qu'ilz ont peu le service esdites eglises, reduitz en extreme misere, recourent finalement a Vostre Altesse, la suppliant tres humblement, au nom de Dieu, de vouloir donner autre ordre a ce que effectivement ilz soyent payés et pour le passé et pour l'advenir, estant chose de si grande et evidente justice, equité, pieté et conscience.
Et ilz persevereront a prier et faire prier leurs pau¬vres parroissiens pour la prosperité de Son Altesse et de la Vostre, Monseigneur, et de tous ses Estatz.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
B—DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX
1
MÉMOIRE REMIS A MONSEIGNEUR DEL BUFALO NONCE DE FRANCE
POUR LE RÉTABLISSEMENT DU CULTE CATHOLIQUJl
(MINUTE INÉDITE)
Deux choses demandées au Roi. - Réponses aux objections prévues, contre le rétablissement du culte catholique dans tout le pays de Gex - Pourquoi certaines appréhensions n'ont pas de fondement. - Exposé des difficultés que présente la restitution des revenus ecclésiastiques du bail¬liage : les unes, insurmontables ; la justice de Sa Majesté peut triompher des autres. - Celle-ci et les droits de l'Eglise doivent l'emporter sur la crainte de mécontenter les Genevois.
[20 décembre 1601-fin janvier 1602 .]
On demande deux choses à Sa Majesté: l'une, qu'on l'établisse l'exercice du culte catholique dans toutes les localités du pays de Gex ; l'autre, que les revenus ecclésiastiques soient rendus aux hommes d'Eglise.
Quant à la première, il ne peut y avoir de difficulté du côté des habitants du pays; l'exercice de leur culte demeurant libre et assuré, ils n'auront pas à se plaindre si on établit le culte catholique pour ceux qui ne voudront pas du leur. On ne doit pas redouter les séditions, soit parce que, la plus grande partie de la noblesse étant catholique, les magistrats sont des hommes de marque , soit parce qu'il n'y a aucune forteresse ni aucun château-fort .
Les Bernois et Genevois n'ont rien à voir en cette affaire, car Sa Majesté n'est pas obligée de contraindre les sujets de la Couronne à vivre de la même manière qu'eux. Il est vrai qu'ils désirent voir leur religion s'étendre et se conserver ; mais ce désir n'est pas digne de considération, puisque, au contraire, les Bernois eux-mêmes qui savent combien vivement Sa Majesté souhaite la propagation de la foi catholique, l'entravent néanmoins, et tâchent de faire surgir des obstacles non seulement parmi leurs sujets, mais encore parmi les sujets des autres. Il ne faut pas craindre que pour cela ils se révoltent ; le duc de Savoie a bien établi le culte catholique dans les autres bailliages, et cependant ils n'ont pas bougé, quoique, pressés par leurs ministres, ils s'en soient plaints . A plus forte raison ne se soulèveront-ils pas contre Sa Majesté, à qui ils ne sauraient songer à faire la loi sur le mode de gouverner les sujets du royaume. On doit en dire autant de Genève.
Quant à la seconde chose qu'on demande, c'est-à-dire, que les biens de l'Eglise soient restitués, il peut y avoir plus ou moins de difficulté, suivant l'état où ils se trouvent. Quelques-uns ont été vendus et aliénés par les Bernois : la restitution de ceux-ci serait bien difficile, parce qu'en les vendant, ils ont promis d'en maintenir la possession à ceux qui les ont achetés ; aussi la seule requête qu'on fait au sujet de ces revenus, c'est qu'on puisse les recouvrer en faveur de l'Eglise quand les ecclésiastiques seront en mesure de payer en argent le prix exact donné aux Bernois.
D'autres bénéfices sont situés dans le bailliage de Gex; ils appartenaient jadis à l'Evêque de Genève, et maintenant ils sont détenus par les Genevois . Ici, la difficulté serait encore plus grande, parce que les Genevois estiment et croient que l'Evêque était Prince suprême de ces lieux ; dès lors, eux aussi se consi¬dèrent là comme maîtres et seigneurs absolus, sans reconnaître aucun supérieur. C'est pourquoi, bien que ces revenus soient dans le pays de Gex, on n'en espère rien, sinon par la Providence de Dieu.
D'autres sont occupés par les ministres et par des laïques, sans aucun titre légitime ; et quant à ceux-ci, il n'y a point de difficulté, puisqu'ils sont dans le domaine du Roi et sous sa juridiction. Les Bernois, ni personne quelconque, sauf les ministres et gens sem¬blables, n'y ont donc aucun intérêt ; de sorte que Sa Majesté peut et doit faire justice aux ecclésiastiques.
D'autres enfin sont aussi sous la juridiction de Sa Majesté, mais détenus par la prétendue République de Genève ; ceux-ci appar¬tiennent principalement à l'Eglise cathédrale, au Chapitre et à la chapelle dite des Machabées qui est unie à la même Cathé¬drale . Touchant ces derniers, toute la difficulté consiste en ce que les Genevois seraient mécontents et auraient de la peine si on en faisait justice ; mais jamais on ne fait justice sans causer du mécontentement à la partie qui a tort, et l'on ne doit pas avoir moins d'égard à l'injure qui se ferait à l'Eglise refusant de lui rendre justice, qu'au déplaisir qui reviendrait aux détenteurs en la lui rendant.
Sa Majesté, rétablissant l'exercice du culte catholique et resti¬tuant ces deux dernières parties des revenus, pratique la justicc, accroît la sainte religion, fait du bien à l'Eglise, multiplie ceux qui prieront pour sa prospérité. De plus, puisqu'Elle a déclaré vouloir que son Edit fût observé dans les pays récemment unis en ce qui est favorable à l'hérésie , il semble que, réciproquement, Elle doive le faire observer en ce qui est favorable à l'Eglise.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
II
REQUÊTE AU ROI DE FRANCE, HENRI IV
AU NOM DE Mgr DE GRANIER
(MINUTE INÉDITE)
Le calvinisme dans le pays de Gex. - Mgr de Granier a déjà imploré le secours du Roi pour le rétablissement de la religion catholique et la res¬titution, pour l'entretien des prêtres, des revenus confisqués. - Ce qu'a fait le baron de Lux, délégué par Sa Majesté. - Pourquoi l'Evêque s'adresse de nouveau à elle. - Il réclame le libre exercice du culte dans toute la province, suivant la teneur de l'Edit de Nantes. - Un traité passé entre Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et les Bernois, annulé.¬ Trois bailliages où fleurit le catholicisme. - Les détenteurs des revenus n'ont aucune raison à alléguer contre la justice et le droit.
Annecy, 20-25 décembre 1601 .
Sire,
Claude de Granier, Evesque de Geneve, avec tout son Clergé, remonstre tres humblement a Vostre Majesté, que, par la misere des troubles advenuz a l'occasion du schisme et division de religion, l'exercice de la reli¬gion Catholique, Apostolique et Romaine a esté entie¬rement expulsé du balliage de Gex, et les saintz temples, maysons et patrimoines de l'Eglise occupés et detenuz violemment; les prestres et pasteurs dechassés . Ce qui aurait meu le suppliant implorer 1'ayde, secours et bras seculier de Vostre Majesté, affin que, selon sa bonté et pieté chrestienne, justice et equité royale, il luy pleut restablir l'exercice de la sainte religion audit bal¬liage ; reintegrer les prestres, pasteurs, comm' aussi le Chapitre de l'Eglise cathedrale Saint Pierre de Geneve, et tous doyens, prieurs, abbés, chapellains et autres personnes ecclesiastiques, es eglises dediees de tout tems au saint service, et en leurs maysons, domeynes, terres, dixmes et revenuz affectés a leur entretenement.
A laquelle juste supplication Vostre Majesté s'es¬tant inclinee, a renvoyé le suppliant par devers le sieur Baron de Lux , son lieutenant general es gouver¬nemens de Bourgoigne, Bresse, Bieugey, Valromey et Gex ; lequel, donnant commencement a l'execution (var : pour sous son assistence et main forte, procéder à l'exécution ) d'un si saint œuvre, a restably l'exercice catholique en trois cures et parroisses, remettant par mesme moyen les trois pasteurs (var : seulement restably ledit exercice de la sainte religion en trois cures et parroisses et remis les trois curés ) constitués en icelles en l'actuelle jouyssance et possession des terres, maysons, fondz et autres revenuz dependantz des dittes cures, et des dismes (var : temples, maysons, fonds, terres labourables, prés, bois, censes, rentes et autres revenuz, dismes, dependantz desdites cures, et ) qui proviennent es confins des territoires des dittes parroisses, selon les limites qui souloyent estre au paravant l'expulsion du Clergé : et ce, tant seu¬lement.
Mays pour le regard de la restitution requise, tant de l'exercice de la sainte religion en tous autres lieux anciennement dediés a cest usage, qu'aussi des autres benefices et biens d'Eglise aux personnes ecclesiasti¬ques, ledit sieur de Lux a renvoyé ledit suppliant a Vostre Majesté et a son Conseil, pour luy estre par icelle fait droit et son bon playsir déclairé. Ce qui fait a pre¬sent recourir ledit suppliant a Vostre Majesté, a ce que, selon sa justice et equité, il luy playse ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex ou l'usage d'icelle a esté intermis, pour y estre paysiblement et librement exercee, sans aucun trouble ou empechement ; defendant tres expres¬sément a toutes personnes, de quelqu'estat, qualité et condition qu'elles soyent, de ne troubler, molester ni inquieter les ecclesiastiques en la celebration du divin service, jouissance et perception des dixmes, fruitz et revenuz de leurs benefices, et autres droitz et devoirs qui leur appartiennent ; et que tous ceux qui, durant les troubles, se sont emparés des eglises, maysons, biens et revenuz appartenans ausdits ecclesiastiques et qui les detiennent et occupent, leur en delaissent l'entiere pos¬session et jouissance paysible, en telz droitz, libertés et seurtés qu'ilz avoyent auparavant qu'ilz en fussent desaissis (sic). Le tout a la forme de l'Edit publié a Paris le 25 febvrier I599 , lequel le suppliant requiert tres humblement estre observé pour la conser¬vation des droitz de l'Eglise audit balliage de Gex, puis¬qu'il est maintenant uni a la royale couronne de Vostre Majesté, et que l'ors mesme que l'Edit sus mentionné fut publié, il estait des-ja reduit sous son obeissance, tenu, administré et possedé au nom d'icelle ; et qu'Elle mesme a declairé estre de son bon playsir " que l'Edit soit observé es pais eschangés, " selon sa forme et teneur, touchant l'establissement " de la religion prae¬tendue reformee ": dont on peut conclure que son intention est que le mesme Edit soit aussi gardé se¬lon sa forme et teneur, et reciproquement, en ce qui concerne le restablissement de la religion et Eglise Catholique.
N'estant au reste considerable le traitté jadis passé entre le s.eigneur Duc de Savoye d'une part, et les Sei¬gneurs de Berne d'autre part, touchant ledit balliage de Gex et autres, au prejudice de la religion et Eglise Ca¬tholique ; d'autant que ledit traitté a esté entierement rompu, cassé et annullé par les guerres subsequen¬tes . En suitte dequoy, ledit Seigneur Duc a despuis restably et remis l'exercice de la sainte religion es trois autres balliages comprins au mesme traitté et sous mesme article, a sçavoir : de Chablaix, Ternier et Gail¬lard, ou l'Eglise Catholique fleurit maintenant et les benefices sont en mains des ecclesiastiques. Et en parti¬culier, le mesme Seigneur Duc restablit au balliage de Gex, dont il est question, la religion Catholique l'an 1590, rendant les benefices aux ecclesiastiques , bien que, par la misere de la continuation des guerres, ledit restablissement dura fort peu et fut rendu presque inu¬tile (var : Catholique es trois autres balliages comprins au mesme traitté et en mesme forme, ayant restitué les temples, maysons et biens eccle¬siastiques aux prestres, pasteurs et autres personnes legitimement pourveües ; et entr' autres, la cure d'Armoy et prieuré de Draillans, occupés des le commencement des troubles par les scindiques de la ville de Geneve.)
Si que il ne demeure aucune rayson ni apparence aux detenteurs et occupateurs des eglises et benefices de Gex, pour laquelle, le balliage estant uni a la Couronne, ilz ne doivent estre contraintz de subir le droit, justice et equité portée par l'Edit de pacification, au prouffit des ecclesiastiques ; lequel Edit, le suppliant implore, avec la pieté et zele de Vostre Majesté. (var : pour la prosperité de laquelle 11 priera tous-jours, avec tout son Clergé, Nostre Seigneur Jesuschrist.)
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
III
AUTRE MINUTE DE LA MÊME REQUÊTE
(INÉDITE)
Paris, [fin janvier ] 1602
Au Roy.
Sire,
Vostre Majesté s'estant inclinee a la juste supplication de son tres humble et tres-obeissant serviteur et orateur l'Evesque de Geneve, pour obtenir le restablissement de la religion Catholique et la restitution des biens ecclesiastiques au balliage de Gex, elle a renvoyé ledit suppliant au sieur Baron de Lux, son lieutenant gener'al au gouvernement de Bourgoigne et dudit balliage ; lequel donnant commencement a l'execution d'un si saint œuvre, a restabli la sainte religion en trois eglises et parroisses du dit balliage, et remis les pasteurs eccle¬siastiques constitués es dittes parroisses en l'actuelle joüissance des biens appartenans aux cures d'icelles, selon les anciennes limites .
Mays pour le regard du restablissement de la religion, requis et supplié pour tous les autres lieux qui sont en grand nombre (note 334), et de la restitution des autres biens, ledit sieur de Lux a renvoyé le suppliant a Vostre Majesté et a son Conseil, pour luy estre, par icelle,fait droit et son bon plaisir declairé. En vigueur duquel ren¬voye, ledit Evesque suppliant recourt en toute humilité a la justice et equité de Vostre Majesté, a ce quil luy playse ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex ou l'usage d'icelle a esté inter¬mis, pour y estre paysiblement et librement exercee, et que tous ceux qui, durant les troubles, se sont emparés des eglises, maysons, biens et revenuz appartenans aux ecdesiastiques, et qui les detiennent et occupent, leur en delaissent l'entiere possession et paysible jouissance, en telz droitz, libertés et seurtés quilz avoyent aupara¬vant quilz en fussent desaisis : qui sont les termes de l'Edit publié à Paris, le 25 febvrier 1599, lequel ledit suppliant requiert tres humblement estre observé en ce qui concerne l'advancement de la foy catholique. Puisque, reciproquement, le mesme Edit sera observé, en ce qui concerne l'exercice de la religion praetendue reformee, es pais eschangés comm' es autres du royaume, ainsy que Sa Majesté a declairé en la responce faitte aux Articles praesentés par les deputés de Beugey et Valromey, qui supplioyent que l'exercice de laditte religion praetendue ne fut introduit es confins des dittes provinces ; et que, au tems de la publication de l'Edit, le balliage de Gex estoit sous l'obeissance de Vostre Majesté, tenu, possedé et administré au nom d'icelle.
N'estant en ce fait considerable (sic) les traittés faitz entre le Seigneur Duc de Savoye et les sieurs de Berne touchant ledit balliage, au praejudice de la religion Ca¬tholique, d'autant que ledit traitté a esté entierement annullé par les guerres subsequentes ; en suitte dequoy, ledit Seigneur Duc a despuis restably et remis l'exercice de la religion Catholique es trois autres balliages com¬prins au mesme traitté, en mesme forme et sous mesme article, ou l'Eglise fleurit maintenant et les ecclesiastiques jouissent paysiblement de leurs biens, sauf de cer¬taine partie delaquelle ilz sont en proces ordinaire, [poursuivant] la jouissance par devant le Senat de Savoye .
Si que il ne demeure aucune rayson aux detenteurs et occupateurs des eglises et benefices dudit balliage de Gex, pour laquelle ilz ne doivent subir l'equité et jus¬tice portee dans l'Edit sus mentionné, touchant le resta¬blissement de la religion et restitution des biens eccle¬siastiques : qui est ce que le suppliant et son Clergé requiert tres humblement, avec deputation de commis¬saires pour l'entiere et totale execution de l'Edit touchant ce chef .
Et il continuera de prier Dieu pour la prosperité de Vostre Majesté et de sa royale Couronne.
Revu sur l'Autographe qui appartenait en I893 à Mm. Doroz, née d'Arcine, à Besançon.
¬
IV
REQUÊTE AU ROI HENRI IV ET A SON CONSEIL PRIVÉ
(MINUTE INÉDITE)
Même sujet.
Paris, [commencement de février] 1602 .
Au ROY ET A NOSSEIGNEURS DE SON CONSEIL.
Sire,
L'Evesque de Geneve, avec tout son Clergé, remonstre tres humblement a Vostre Majesté, que par la misere des troubles advenuz par le schisme et division de reli¬gion, l'exercice de la foy Catholique, Apostolique et Romaine a esté entierement expulsé du balliage de Gex ; les saintz temples, maysons et patrimoine de l'Eglise, occupés et detenuz violemment ; les prestres et pasteurs dechassés. Ce qui auroit meu le suppliant implorer l'ay¬de, secours et bras seculier de Vostre Majesté, affin que, selon sa bonté et pieté chrestienne, justice et equité royale, il luy pleut restablir l'exercice de la religion Catholique audit balliage, reintegrer les personnes eccle¬siastiques es eglises dediees de tout tems au saint ser¬vice, et en leurs maysons, domeynes, terres, dixmes et revenuz affectés à leur entretenement.
A laquelle juste supplication Vostre Majesté s'estant inclinee, a renvoyé le suppliant par devers le sieur Baron de Lux, son lieutenant general es gouvernemens de Bour¬goigne, Bresse, Beugey, Valromey et Gex; lequel don¬nant commencement a l'execution d'une si sainte œuvre, a restably l'exercice catholique en trois cures et parrois¬ses, avec provision pour l'entretenement des pasteurs establis en icelles.
Mays pour le regard de la restitution requise, tant de l'exercice de la sainte religion en tous autres lieux anciennement dediés a cest usage, qu'aussi des autres benefices et biens d'Eglise aux personnes ecclesiastiques, ledit sieur de Lux a renvoyé le suppliant a Vostre Ma¬jesté et a son Conseil, pour luy estre par icelle fait droit et son bon playsir dec1airé. Ce qui fait a present recourir ledit suppliant a Vostre Majesté, a ce que, selon sa jus¬tice et equité, il luy plaise ordonner :
Que la religion Catholique, Apostolique et Romaine sera remise et restablie en tous les lieux et endroitz dudit balliage de Gex, ou l'usage d'icelle a esté intermis, pour estre paysiblement et librement exercee, sans aucun trouble et empechement; defendant a toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soyent, de ne troubler, molester ni inquieter les ecclesiastiques en la celebration du divin service, jouissance et perception des dixmes, fruitz et revenuz de leurs benefices, et autres droitz et devoirs qui leur appartiennent; et que tous ceux qui, durant les troubles, se sont emparés des eglises, maysons, biens et revenuz appartenans ausditz ecc1esias¬tiques, et qui les detiennent et occupent, leur en delaisse¬ront l'entiere possession et jouissance paysible, en telz droitz, libertés et seurtés qu'ilz avoyent auparavant qu'ilz en fussent desaisis. Le tout selon l'Edit publié a Paris le 25 febvrier 1599, le benefice duquel le suppliant im¬plore, avec le zele et pieté de Vostre Majesté, pour la prosperité de laquelle il priera tousjours Dieu Nostre Seigneur.
FRANÇs DE SALES.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
V
MÉMOIRE PRÉSENTÉ A MONSIEUR DE VILLEROY
POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE
(MINUTE)
Rétablir la religion catholique dans le pays de Gex, c'est mettre à exécution l'Edit de Nantes. - Il serait injuste de respecter les " reformés " plus que les autres et d'excepter de la règle générale " ce seul coin du royaume ". - Traités entre les ducs de Savoie et les Bernois. - Usurpation par ceux-ci des revenus ecclésiastiques ; quels sont ceux qui peuvent être restitués à leurs propriétaires légitimes.
Paris, [vers le 8] février 1602
On fait tres humblement deux demandes a Sa Majesté, de la part de l'Evesque et Clergé de Geneve, touchant le balliage de Gex :
L'une est que l'exercice de la religion Catholique soit restably en tous les lieux dudit balliage ou il estait avant les troubles survenuz par le schisme et division de reli¬gion ; et ce, selon les termes et teneur de l'Edit . En quoy, aucun n'aura rayson de se lamenter, puisque ce sera traitter ledit balliage comme tous les autres sujetz du royaume, le laissant en mesme liberté ; n'estant ray¬sonnable que les pretenduz .reformés d'iceluy soyent plus respectés que les autres, et que ce seul coin du royaume soit excepté de la regle generale de l'Edit, tous traittés faitz au contraire ayans esté cassés par les guer¬res subsequentes ; n'y ayant mesme pas si long tems que l'exercice de la sainte religion y a esté, d'autant que l'an 1590 il y fut restably par le Duc de Savoye, apres que les Bernois eurent violé le traitté fait avec le pere dudit Duc . En suitte de quoy, bien tost a pres se fit un autre traitté en la ville de Nyon , entre ledit Duc et les Bernois, auquel il fut convenu qu'audit balliage de Gex l'exercice des deux religions seroit libre ; en sorte nean¬moins que celuy de la prœtendue ne seroit qu'en trois lieux, celuy de la Catholique en tous les autres. Mais ledit traitté fut encor rompu et demeura sans force (note 353) ; si que il n'y a rien pour ce regard qui empesche ledit bal¬liage d'estre reduit sous la loy generale de l'Edit, comme ont esté tous les autres païs eschangés.
L'autre demande est que les biens ecclesiastiques soyent restitués selon le mesme Edit. En quoy il est besoin de distinguer les divers estatz esquelz lesditz biens ecclesiastiques se retrouvent maintenant ; car la difficulté sera, de mesme, diverse et differente. Les uns donq desditz biens ont esté alienés par les Bernois, des¬quelz partant ilz sont evictionnaires ; et touchant ceux ci, on ne demande sinon qu'il soit loysible aux ecclesiasti¬ques de les repeter, en rendant les deniers donnés par les acheteurs " (note 338).
Autres sont possedés par ceux de Geneve, mays en tiltre de souveraineté ; et de ceux ci on n'en parle point, puisque, bien qu'ilz soyent riere les terres du Roy, si ne sont ilz pas sous son obeyssance. Et telz sont les biens de l'Evesque (note 339).
Autres sont possedés par ceux de Geneve, mays sous l'obeissance du Roy. Et pour ceux cy, attendu qu'ilz sont occupés sans autre tiltre que de pure usurpation, Sa Majesté est suppliee d'en faire justice. Telz sont les biens du Chapitre de Geneve, a present residant a Neci (note 340).
Autres sont possedés par les ministres, sujetz du Roy, et riere son obeyssance, touchant lesquelz il n'y a nulle difficulté .
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2d Procès de Canonisation.
VI
MÉMOIRE
ADRESSÉ AU CONSEIL PRIVÉ DU ROI DE FRANCE
(MINUTE INÉDITE)
Le bailliage de Gex, incorporé à la France, doit jouir de tous les privilèges du royaume. - Comment Henri IV répondit-il une requête de l'Evêque de Genève. – Nouveau recours de celui-ci au Roi. - Réponse à une objection de quelques membres du Conseil de Sa Majesté. - Concessions faites aux Bernois par Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel, ducs de Savoie. - Restitution du culte catholique et des biens de l'Eglise dans les bailliages soumis au second. - On espère du Roi de plus grandes faveurs pour les prêtres qui seront installés dans le pays de Gex. - Une raison pressante.
Paris, vers la fin de mars 1602 .
………………………………………………………………………………………………..
Que par les articles de la paix du Roy et du Duc de Savoye , le balliage de Gex fut inseparablement
uni a ceste Couronne ; au moyen de quoy il doit, comme membre du royaume, jouïr de tous les privileges d'ice¬luy. De façon que le dernier Edit du Roy, de l'annee 99 , fait sur les Editz praecedens, doit estre observé aussi exactement audit balliage de Gex quil l'est en tout ce royaume.
Si tost que l'Evesque de Geneve sceut ladite union, il supplia le Roy de vouloir comprendre ledit balliage de Gex au benefice du dit Edit, puys quil avoit lhonneur d'estre incorporé a son royaume . A quoy Sa Majesté inclinant, remit l'execution de ceste requeste a mon¬sieur le Baron de Lux , son lieutenant general audit balliage de Gex, lequel neanmoins, l'on ne sçait pour¬quoy, ne fit qu'entamer et donner commencement a ce saint œuvre, renvoyant le surplus a Sa Majesté et a Messieurs de son Conseil ; mondit sieur de Lux s'estant contenté de restablir seulement l'exercice de la religion Catholique en la ville de Gex et es parroisses des vi¬lages de Farges et Asserens, quoy que ces trois lieux ne facent pas la dixiesme partie du balliage. C'est pourquoy l'Evesque de Geneve a esté contraint d'avoir recours a la justice et pieté du Roy, pour l'execution du surplus.
Et par [ce] que quelques uns de Messieurs du Conseil ont objecté que ledit balliage de Gex estant au Duc de Savoye il ni auroit pourtant pas restabli l'exercice de la religion Catholique, l'on respond que la verité est telle ; mays il faut entendre pourquoy :
Le Duc de Savoye estant contraint par le traitté de paix quil fit il y a fort long tems avec les Bernois, de leur permettre que le balliage de Gex demeureroit en l'exercice de la religion praetendue reformee qui s'y estoit nouvellement introduitte par leur moyen , il a pensé quil ne devoit contrevenir, pour le bien de son Estat, a ceste promesse, laquelle pourtant il gardoit fort envis et contre son inclination. Ce quil monstra bien despuis, car les Bernois luy ayant suscité la guerre l'an quatre vingt et dix, et en icelle conquis le balliage de Gex, le Duc de Savoye l'ayant repris, y remit a l'instant l'exercice de la religion Catholique, lequel y demeura jusques a ce que monsieur de Sanci reconquit ledit baillage sur ledit Duc de Savoye .
Est aussi a considerer que le Roy tient le baillage de Gex a pareilles conditions que le Duc de Savoye tient les autres baillages qui confinent les Bernois, ou le Duc de Savoye a restabli l'exercice de la religion Catholi¬que sen (sic) que les Bernois s'en soyent offencéz, non plus que de l'ordre que le Duc de Savoye a mis aux biens ecclesiastiques des dits baillages qui est tel, que il a permis aux ecclesiastiques de rachepter ce qui en a esté aliené par les Bernois, selon la forme du droit.
Quant a ce qui estoit occupé par les ministres, il l'a. entierement remis aux ecclesiastiques ; et pour le regard de ce qui est occupé par ceux de Geneve, il en a renvoyé la connoissance a sa Justice ordinaire .
Mays la difference qui est entre le Roy et le Duc de Savoye fait aussi esperer beaucoup plus de grace aux ecclesiastiques qui seront installés au balliage de Gex, que le Duc de Savoye n'a osé ouctroyer a ceux qui sont maintenant aux balliages susdits ; en quoy ilz se treu¬vent bien fondés, tant pour la grandeur de Sa Ma¬jesté tres chrestienne, que pour ce quilz esperent estre compris au nombre de tous les autres ecclesiastiques de France qui ont esté remis en l'entiere jouissance de tous et chascuns leurs biens, droitz et privileges.
Et pour faire mieux connoistre la rayson que l'Eves¬que de Geneve a de promptement poursuivre l'enterine¬ment de sa requeste, Messieurs du Conseil seront advertiz que la noblesse du balliage de Gex estant catholique, comm' aussi plusieurs autres des principaux dudit bal¬liage (note 335), ilz sont contraintz de rechercher avec des incommodités tres grandes l'exercice de leur religion. …………………….
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.
VII
CONVENTIONS RELATIVES A LA CESSION DU PRIEURÉ D'ASSERENS
AU CURÉ DE FARGES
(MINUTE INÉDITE)
10-20 août 1603 .
ARTICLES ACCORDÉS, EN PRESENCE DE MONSIEUR LE BARON DE LUX ET MONSIEUR LE PRESIDENT JANIN , ENTRE L'EVESQVE DE GENEVE ET LE CHASTELAIN PASSERAT AGISSANT POUR LE SIEUR BONFlLZ OU MONSIEUR DE I.A BASTIE.
Premierement : Que ledit sieur Bonfilz cedera et resignera le prieuré d'Asserens, avec toutes ses depen¬dences, au prouffit du curé de Farges et Asserens, pour estre, icelluy prieuré avec ses dependences, uni a la cure dudit Farges et Asserens pour l'entretenement du curé et autre prestre qui y fera le service .
2. Et moyennant, l'Evesque de Geneve fera reserver une pension annuelle sur ledit prieuré, de la somme de quarante escus trois francz piece, au prouffit, sa vie durant. ,dudit sieur Bonfilz .
4. (sic) Mais pour la presente annee, l'Evesque de Geneve laissera les fermiers quil a mis pour les diesmes provenus dans les confins et territoires des parroisses d'Asserens et Farges selon les anciennes limites, a la forme de l'establissement fait par monsieur le Baron de Lux . Et le reste du revenu du dit prieuré d'Asserens, qui se treuvera hors lesdites parroisses et les fillioles, de¬meurera, pour le payement de ladite pension, au sieur Bonfilz; au moyen dequoy, il se contentera sans plus, avec la rente .
4. Et pour le regard des prises des deux annees escheües, le sieur Bonfilz remettra les actes et papiers es mains de l'Evesque de Geneve, qui font pour repeter des ministres ce quilz en ont injustement perceuz (sic), et contre le reiglement de monsieur de Lux et confirma¬tion du Roy ; moyennant quoy, l'Evesque se conten¬tera des deux prises passees.
Les procureurs quil faut constituer sont le sieur Jean Reydet, notaire de la Chambre Apostolique (L2, note 97), et le sieur... de Ratti, procureur en Pœnitenterie de Rome , l'un des deux ayant plein pouvoir.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
VIII
REQUÊTE A MONSIEUR FRANÇOIS BRIET
(INÉDITE)
L'Evêque réclame, pour le curé de Gex, le presbytère et le jardin attenant, encore occupés par le ministre hérétique.
Gex, 11 mai 1604 ,
Expose humblement Messire François de Sales, Eves¬que et Prince de Geneve, comme du dernier novembre 1601, suyvant le bon playsir de Sa Majesté, il avait esté, par monsieur le Baron de Lux, mis en possession, saysie et jouissance tant de l'eglise Saint Pierre de Gex que des maysons presbiterales et biens dependans du doyenné et cure de laditte eglise, comme plus a plein est contenu par ledit establissement sur ce fait lesditz an et jour, duquel il est prest faire apparoir .
Or est il que le ministre, qui pour lhors habitoit en la mayson de la cure, auroit continué, tant luy que autres ses successeurs, la possession de laditte mayson et d'un jardin au derriere d'icelle situé . Dequoy le seigneur exposant informé, desireroit par vostre authorité, ce que dessus consideré, vous playse, en ensuyvant la teneur de la commission qu'aves de saditte Majesté, de remettre ce qui a esté establi par le sieur Baron de Lux en deu estat ; ordonner que tres expres commandement sera fait au ministre qui jouit a present de laditte mayson de la cure et jardin, que dans brief delay (que pour ce faire prefigeres) il ayt a en vuider, avec injonction de restituer les fruitz qu'il en a perceu : le tout en suitte dudit esta¬blissement, et sur ce, luy prouvoir remede convenable, implorant humblement vostre benigne justice.
FRANÇS, Evesque de Geneve.
A Monsieur
Monsieur Briet,
Conseiller de la Cour souveraine du Parlement de Bourgoigne,
Commissaire en cette partie, deputé par Sa Majesté.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de Canonisation.
IX
AUTRE REQUÊTE AU MÊME
(INÉDITE)
Plaintes et demandes au sujet du cimetière de Gex disputé aux catholiques et violé par les protestants.
Gex, 11 mai 1604.
Expose humblement Messire François de Sales, Eves¬que et Prince de Geneve, comme par l'establissement fait par monsieur le Baron de Lux le dernier novembre 1601, il auroit esté mis en possession de l'eglise parroissiale de Gex, cimetiere, cure et droitz appartenans et dependans de laditte eglise, avec inhibition a tous de ne le troubler, ni attenter aucune chose au prejudice dudit establissement. Il auroit esté limité lieu joignant au cimetiere, pour la sepulture des cors mortz de ceux de la pretendue reli¬gion reformee dudit Gex ; ce neanmoins, se seroyent de leur authorité absolue et sans aucun pouvoir, du moins qui luy ayt apparu, saysis et emparés du cimetiere de laditte eglise, et illec sousterré lesditz cors mortz : chose qui est directement contrevenante audit establissement, et par consequent a la volonté de Sa Majesté. Qu'est la cause qu'il requiert playse a vous, Monsieur, en ensuy¬vant la portee de vostre commission de saditte Majesté , le reintegrer de plus fort en la jouissance et possession du susdit cimetiere, par les susnommés indeuement occupé, avec inhibition et defense tres expresses de par ci apres ne commettre semblables abus, sous peyne d'estre punis selon la rigueur des ordonnances, comme vrays pertur¬bateurs du repos publiq, et sous autres peynes qu'il vous plaira leur imposer : et sur ce, luy prouvoir et faire justice.
FRANÇS, E. de Geneve.
A Monsieur
Monsieur Briet,
Conseiller de la Cour souveraine du Parlement de Bourgoigne,
Commissaire en cette partie, deputé par Sa Mté.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de Canonisation.
X
REQUÊTE AUX DÉPUTÉS DU CLERGÉ DE FRANCE
(MINUTE INÉDITE)
Quelle partie du diocèse de Genève est soumise au roi de France depuis le traité de paix de Lyon. - Dans le pays de Gex, quelques paroisses seule¬ment ont été rendues au culte catholique. - Les "mille traverses" des ministres contraignent l'Evêque à des recours fréquents aux autorités de la province, au Parlement de Dijon, et même à Sa Majesté. - La présence ordinaire des députés de Genève à la cour complique les difficultés. ¬- Découragement des convertis. - Saint François de Sales demande l'union de cette partie de son diocèse au corps du Clergé du royaume. - La situa¬tion topographique du bailliage de Gex augmente l'intérêt que la chrétienté entière, et surtout la France, doivent avoir pour sa conversion. - A quoi seront tenus les procureurs généraux du Clergé députés à la cour.
Juillet-août 1605
A MESSEIGNEURS ET TRES ILLUSTRES
ET TRES REVERENDS DEPUTÉS DU CLERGÉ.
Supplie humblement Messire François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, disant que son evesché, quy estait aultrefois tout enclos dans les Estatz de l'Altesse de Monseigneur le Duc de Savoye, sauf ce qui est detenu et usurpé par les heretiques, se treuve main¬tenant, et despuis la paix de Lyon de l'an mil six centz et ung, en partie riere les terres de Sa Majesté : a sçavoir, tout le pays de Verromey, une partie du Bieu¬gey et toutte la terre et baronnie de Gex, que sont en¬vyron soixante parroysses ; dont quelques unes, qui sont en laditte terre de Gex, ont obtenu naguieres, par la grace et bonté de Dieu et du Roy, l'exercice de nostre saincte foy et religion Chatollique , demeurant neanl¬moins le seul exercice de la religion pretendue en tout le reste dudit pays de Gex, ou, pour ceste cause, plusieurs ministres, faisantz leur ministere a l'acoustu¬mee, jouissent des revenus ecclésiastiques et font jornel¬lement mille traverses aux pauvres Chatoliques et aux curés que le sieur suppliant y a establis.
A cause dequoy, ledit sieur suppliant se treuve con¬trainct de recourir a tous coups aux magistratz et offi¬ciers du Roy, lesquelz, quoy quilz monstre (sic) de n'estre mal affectionnés aux Chatoliques, neanlmoins, pour fere profession de la religion des ministres, ne peuvent leur estre si favorables que l'on desireroyt. De sorte que le sieur suppliant est contrainct bien souvent de se porter pour appellant par devant la court de Dijon, et recourir en oultre, pour diverses occations, tant a mon¬sieur le Grand, gouverneur de Bourgoingne, de Bresse, Beugey, Verromey et Gex , qu'a monsieur le Baron de Lux, lieutenant du Roy au dit gouvernement, comme en¬cores, par foys, a Sa Majesté ; non sans beaucoup de dif¬ficulté et de despens, tant pour ne pouvoir ledit sieur suppliant abandonner son evesché, qui n'est que trop pleyne d'affaires, pour fere les poursuittes qui seroyent necessaire (sic) a faire pres de sadite Majesté pour obtenir une finale resolution sur lesdites difficultés (var : restant d'allieurs les plus grands et principaulx revenus de son evesché detenus par ceulx de la ville de Geneve, ainsy que est notoyre), qu'aussy pour les vives solicitations que font continuel¬lement au contraire les scindicques et deputés de ladite pretendue religion demeurantz ordynairement en cour . Par le moyen de quoy, l'avancement de nostre saincte religion et de l'exercice d'icelle est beaucoup retardé, au grand scandalle et prejudice des pauvres convertys de ladite terre de Gex, lesquelz sont tellement eston¬nés et degouttés, quil est a craindre que plusieurs d'entreux ne soyent contrainctz de regarder en arriere (Lc 9, 62) silz ne sont retenus et confirmés par quelque espërance quil leur naisse de veoir la religion Chatolique favorizee, supportee et avancee audit pays plus qu'elle n'a esté jusques a present.
A quoy desirant le sieur suppliant pourveoir ainsy quil doibt et le mieulx quil luy sera possible, il luy semblé que le mellieur et unique remede seroyt de recourir a Voz Reverences, pour obtenir de leur charité que, comme lesdits pays de Beugey, Verromey et Gex sont unis et incorporés a l'Estat et Coronne du royaume, aussy son evesché, pour la part qui est dans l'obeissance de Sa Majesté, fust unie (sic) et incorporé au corps du Clergé de la France et, par ce moyen, rendu partici¬pant des faveurs, graces, benefices dont jouissent touttes les aultres personnes, dignités et biens ecclesiasticques,
C'est pour quoy, estant informé de ceste solennelle assemblee quy se faict pour entendre l'estat et les neces¬sités de tout le Clergé de France, afin d'y apporter les remedes et provisions convenables, il recourt a Voz Reve¬rences, a ce qu'en consideration des choses susdites et en commiseration de tant de pauvres ames, les unes ja converties, les aultres encores captives dans les liens de l'eresie, comme encores au grand interest qu'a toutte la Chrestienté, et particullierement la France, de veoir toutte ladite terre de Gex, qui confine et aboutit aux portes de la ville de Geneve, entierement convertie et reunie a nostre saincte foy et religion Chatolique, il vous plaise, mes Seigneurs, declayrer et ordonner que ledit evesché de Geneve, pour toutte la part qui est dans les terres de l' obeissance du Roy, sera par cy appres et des a present unie et incorporé au corps gene¬ral dudit Clergé de la France, et que, en telle quallité, ledit evesché, pour ladite part, jouira des ores des privi¬leges et immunités dont jouit le reste dudit Clergé . En ce faisant, que les seigneurs scindicz et procureurs gene¬raulx dudit Clergé, qui sont et seront cy appres deputés pour demeurer en court pour traitter avec Sa Majesté les affaires dudit Clergé sellon les occurrences, seront tenus de prendre en main les memoyres, requestes et aultres poursuittes quy leur seront addressés par le sieur sup¬pliant, pour en obtenir les provisions necessaires, soit de Sa Majesté, ou du corps mesmes du dit Clergé.
Et le sieur suppliant, avec tout sont (sic) Clergé et tant d'ames qui implorent et attendent se ( sic) secours de voz charités, seront tant plus obligés de prier Dieu, comme il faict continuellement, pour la santé et prosperité de voz, mes Seigneurs, en general et en particulier, et pour l'avancement de nostre saincte foy et religion Chatoli¬que, Apostolique, Romaine.
Revu sur l'original conservé à la Visitation d'Annecy.
XI
MÉMOIRE ADRESSÉ AUX MÊMES
(MINUTE INÉDITE)
Périipéties du bailliage de Gex au cours de soixante-dix ans.- La guerre l'a privé du culte catholique ; le traité de paix doit le lui rendre. - Trois paroisses rétablies depuis quatre ans ; les habitants de quatre autres ont demandé l'exercice de la vraie religion, toujours différé cependant, malgré l'autorisation du Roi. - Les revenus ecclésiastiques affectés à l'entretien des adversaires de l'Eglise. --. Une saisie et un procès.
Juillet-août 1605.
MEMOIRE DE L' ESTAT DES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES DE GEX, SUR LEQUEL ON PEUT JUSTEMENT SUPPLIER SA MAJESTÉ DE RENDRE L'EGLISE JOUISSANTE DU BENÉFICE DES EDITZ DE PACIFICATION EN CE QUI REGARDE LE RESTABLI5SEMENT DE L'EXERCICE CATHOLIQUE ET RESTITUTION DES BIENS ECCLESIASTIQUES.
Il y a septant' ans justement, que les Bernois occupe¬rent le balliage de Gex, et tout aussi tost ilz chasserent les ecclesiastiques et exterminerent l'exercice catholique. Despuys, ilz rendirent ledit balliage au Serenissime sei¬gneur Duc de Savoye Emmanuel Philibert, il y a envi¬ron 40 ans, par traitté fait avec luy, par lequel, entr'au¬tres conditions, il fut arresté que l'exercice huguenot y seroit entretenu ; lequel traitté fut rompu, il y a seize ans, par les mesmes Bernois qui, au prejudice d'iceluy et contre leurs promesses, se saysirent de laditte baronnie pour la seconde fois, les armes au poing. Mays ilz n'en demeurerent maistres que pour peu, parce que le Sere¬nissime seigneur Duc de Savoye la reprit avec vive force tout incontinent apres, et l'ayant ainsy reprise, ne se treuvant plus engagé dans l'obligation des conditions precedentes, il restablit par tout les eglises et l'exercice catholique .
De quelque tems apres, ceux de Geneve, appuyés des forces du Roy, se saysirent du mesme balliage et ren¬verserent tout ce qui y estoit de catholique (notes 336,349). Et en cest estat demeura ledit balliage jusques a la paix de Lyon, par laquelle il fut laissé a Sa Majesté pour une partie de l'eschange du marquisat de Saluces ; et par ce moyen a esté ledit balliage uni et incorporé a la Cou¬ronne et au royaume. Dont on peut tirer ces conclusions :
Que servant d'une partie de l'eschange du marquisat de Saluces, le Clergé y doit avoir les privileges et jouis¬sances qu'il avoit au marquisat ; que les Serenissimes seigneurs Ducs de Savoye y ayant remis par tout l'exer¬cice catholique, lequel n'en a point esté osté que par la guerre, il y doit estre restabli par les articles de paix qui reduisent toutes choses a l'estat auquel elles estoyent avant les guerres. Et si bien les Bernois en avoyent osté l'exercice, cela n'est pas considerable en cest endroit, d'autant que les articles de paix ne regardent pas leur guerre (de laquelle ilz s'estoyent accommodés aupara¬vant, sans rien excepter, au prejudice de la religion Catholique), mais ont lieu seulement pour la guerre faitte entre les deux Princes qui faisoyent la paix ; si que Sa Majesté ayant uni et incorporé ledit balliage au royau¬me, il n'y a rien qui puisse empescher que les Editz de pacification n'y soyent executés pour ce qui concerne l'exercice catholique et les biens ecclesiastiques.
En suite dequoy Sa Majesté commit, il y a quattr' ans, monsieur le Baron de Lux, son lieutenant general au gouvernement de Bourgoigne, Bresse, Beugey, Valro¬mey et Gex, pour restablir audit Gex l'exercice catholi¬que, mais seulement en trois lieux : Gex, Asserens et Farges, desquelz lieux les revenuz ecclesiastiques furent assignés pour l'entretenement des curés. Despuys, en quattr' autres- parroisses du mesme balliage : Peron, Sessy, Versonnex et Challex, plusieurs habitans deman¬derent l'exercice catholique par requestes addressees a Sa Majesté, laquelle le leur ouctroya, et renvoya l'exe¬ cution au seigneur Baron de Lux; laquelle neanmoins n'a pas esté faitte , et ainsy tous les revenuz eccle¬siastiques des cures, si ce n'est de ces trois premieres, sont appliqués a l'entretenement des adversaires de l'Eglise, et outre cela, encor prennent ilz des portions sur les prieurés et autres benefices dudit balliage. De¬quoy non contente l'audace d'iceux, ilz ont despuys peu fait saysir les revenuz ecclesiastiques de Gex et Asse¬rens appliqués aux gens d'Eglise, pour suppleer certai¬nes pensions qu'ilz estiment n'estre pas asses grasses ; dequoy s'ensuyt un proces entre l'Evesque de Geneve et eux par devant la cour de Bourgoigne .
On peut donques justement desirer, demander et sol¬liciter que les biens ecclesiastiques soyent remis aux gens d'Eglise, et l'exercice catholique restabli par tout ou il se treuvera des personnes qui en supplieront.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2e Procès de Canonisation.
XII
REQUÊTE
AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII
Les commissaires royaux au pays de Gex pour l'exécution de l'Edit de Nan¬tes. - Oppositions des réformés et voyage infructueux de l'Evêque. - Deux autres délégués remettent celui-ci en possession des églises et des revenus. ecclésiastiques du bailliage. -- Une requête à laquelle ils n'ont pas fait droit. - Renvoyé au Roi pour ce qui regarde les biens de l'évê¬ché et du Chapitre, injustement usurpés par Genève, saint François de Sales expose ses raisons et demande qu'ils soient rendus à leurs proprié¬taires légitimes.
Annecy, aoû t-septembre r6r2.
AU ROY ET MESSEIGNEURS DE SON CONSEIL.
Sire,
Le sieur de Sales, Evesque et Prince de Geneve, remonstre tres humblement a Vostre Majesté, que sur la deputation des commissaires par tout vostre royaume pour l'execution de l'Edit de l\antes, iceux estans au balliage de Gex, ledit suppliant, au mois de decembre 1611, se pourveut par devant eux pour estre reintegré en la possession de toutes ses eglises, cimetieres, may¬sons presbiterales, revenuz et domaines ecclesiastiques ; ou ceux de la religion pretendue reformee formerent tant d'oppositions, que son voyage fut infructueux pour la Catholique, et furent contraintz les ditz commissaires ordonner que des dittes oppositions et remonstrances rapport en seroit fait en vostre Conseil, pour y pourvoir selon vostre bon playsir .
Et lesditz sieurs commissaires ayans esté ouys en vostre Conseil, sans avoir esgard aux oppositions for¬mees par ceux de laditte religion pretendue reformee, par Arrest du mois de may dernier , auries commis les sieurs Milletot, conseiller en vostre Parlement de Di¬jon , et de Brosses, lieutenant civil et criminel de vostre dit balliage , pour l'execution dudit Edit; les¬quelz, reellement et actuellement, auroyent remis tous les ecc1esiastiques du dit balliage en la possession de leurs eglises, revenuz et domaines ecclesiastiques .
Mays pour le regard du suppliant en son particulier, et du Chapitre de son Eglise cathedrale [et] de Saint Victor , sur la demande qu'il aurait faitte pour estre reintegré en la possession des domaines ecclesiastiques usurpés par la ville et cité de Geneve en ce qui est dans la souveraineté de Vostre Majesté, et a cest effect ayant presenté requeste ausditz sieurs Milletot et de Brosses, commissaires, au lieu de luy faire droit conformement a vos Editz et commission particuliere a cest effect a eux decernee, neanmoins ilz ont rcnvoyé ledit suppliant par devers Vostre Majesté pour luy estre pourveu .
A ces causes, Sire, [on remontre] que ledit suppliant ne doit estre de pire condition que tous les autres eccle¬siastiques de vostre royaume, duquel il a l'honneur d'es¬tre l'un des Prelatz et en cette qualité luy a fait le serment de fidelité ; et attendu qu'il ne possede autre domaine en tout vostre royaume que ce qui luy est usurpé par lesditz de Geneve, joint que, injustement, ilz luy detien¬nent presque tout le surplus de ses revenuz qui sont dans l'Estat et territoire dudit Geneve, et que du dit renvoy il vous appert par les pieces cy attachees : il playse a Vostre Majesté ordonner qu'il sera reintegré et restabli, tant en [sonJ particulier que dudit Chapitre de son Eglise cathedrale, et du Chapitre de Saint Victor et des autres ecclesiastiques, en la reelle possession et jouissance des eglises, maysons presbiterales, biens et revenuz eccle¬siastiques occupés par laditte ville et cité de Geneve, dans la souveraineté de Vostre Majesté ; avec defenses a tous detenteurs et occupateurs de ne le troubler ni molester, a peyne d'estre declarés perturbateurs du repos publiq .
Et le suppliant continuera de prier Dieu pour la pros¬perité et santé de Vostre Majesté.
G. RUOLLÉ .
Soit la presente Requeste communicquee au Sr Anjorant, scindic de la Seigneurie de Geneve , et les parties ouyes pardevant les Srs de Vic et Le Mazuier ; et soit signiffié.
Faict au Conseil d'Estat du Roy tenu a Paris, le XVIIe jour de novembre 1612.
Signé : DE FLECELLES.
XIII
REQUÊTE
A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT
ARCHEVÊQUE DE BOURGES
(MINUTE)
Réclamation de mandats pour le paiement d'une pension assignée au curé de Gex.
[Vers la fin de 1612 ]
Monseigneur l'Archevesque de Bourges avoit ordonné a ses fermiers du doyenné de Gex quilz eussent a payer cent escus de pension annuelle au curé de Gex, pendant que ledit doyenné seroit entre leurs mains. Lesdits fer¬miers n'ont payé qu'une partie de ladite pension, et le reste leur est demeuré entre les mains. On ne le peut retirer qu'en vertu des accensemens et mandatz de mon¬dit seigneur de Bourges.
Qui fait recourir a luy et le supplier tres humblement quil luy playse faire deslivrer les ditz accensemens et mandatz au curé, affin quil puisse exiger lesdites (sic) restes [d']argent pour les employer a la reparation des bastimens ecclesiastiques ; a quoy les revenuz presens dudit doyenné, entierement remis audit curé par la cha¬rité de mondit seigneur, avec quelques autres aumos¬nes donnees a cett' intention, ne peuvent nullement suffire.
Revu sur l' Autographe conservé à la Visitation de Turin
XIV
ORDONNANCES
POUR LE SERVICE DIVIN A GEX
ET DANS LES AUTRES PAROISSES DU BAILLIAGE
Annecy, 20 novembre 1613
L'ordre appreuvé sera suivi des le jour ORDRE POUR LE SERVICE DIVIN
de Noel prochain inclusi¬vement, DU BALLIAGE DE GEX, ESTABLY
et les sommes mention¬nees s'entendent PAR MONSEIGNEUR LE REVEREN¬DISSIME
monnoye a la course presente de Gex. EVESQUE ET PRINCE DE GENEVE
1. Les lieux parroisseaux ou se fera le
service divin seront, a cause de la paucité des
Catho¬liques, pour le present seule¬ment les
Soit, attendant mieux huict suyvantz : Gex, Farges, Peron, Chalex,
Sessiez, Divone, Thoiry et Sacconex ; et,
avec le tems, les quattr'au¬tres .
2.Tous les curés feront re¬sidence au lieu ou
Le droit sera observé pour ce regard ilz seront institüés, et ne les pourront
et par conse¬quent la residence observee abandonner sans licence de l'Ordinaire, sous
d'autant plus estroittement que le lieu [la] peyne d'estre privés de leurs portions a
requiert plus entiere ; et les contrevenans proportion de leurs absences ; et continuant,
estans deferés, seront punis de la privation seront deposés
proposee.
3. Seront tenus celebrer la sainte Messe
Quant aux heures de la celebration, a huict heures, attendant neufz, les
Nous ordon¬nons selon l'article propo¬sé; Dimanches et festes de commandement,
et pour le regard des Messes chantees, devotion ; et les autres jours, selon leur
sursean¬ce, sauf a Gex, ou il y a des devotion et necessité de leurs parroissiens.
bons chantres. Et ceux qui auront des vicaires deservi¬ront
les annexées a sept heures, les Dimanches
et festes, par eux ou leurs vicaires, affin
que tous deux assistent aux Grandes Messes au
lieu de leur residence.
4. Seront tenus faire sonner les Messes et
Sauf a Gex, dont il y a article a part . l'Ave Maria a tems deu ; fournir vin, hosties et
lu¬minaires a leur propre coust et despens.
Appreuvé, sauf de suivre les rubriques 5. Ne celebreront qu'il n'y aie deux chandelles du Messel nouveau pour le regard de cire, hon¬nestes et decentes, et une troi¬siesme du tems que la troysiesme chandelle pour l'Elevation jusques appres la Communion, doit estre allu¬mee et les festes solennelles quattre.
6. Auront une petite clo¬chette pour sonner a
Appreuvé. l'Elevation ; feront le cathechisme toutes les
Dimanches.
7. Le curé de Gex, qui tient le premier lieu de
tout le bal¬liage pour la decoration du service
divin, observera ce qui. s'ensuit :
Appreuvé, sauf pour le regard de 8. Sera tenu d'avoir un vi¬caire a ses propres la pension des deux assistans, qui conti¬nueront coustz et despens ; mais parce que celuy
a deux centz li¬vres pour un chacun, d'aujourduy a tous-jours fidel¬lement et avec atten¬dant que l' œconomie soit deschargee prou peyne servy aux faitz de nostre religion
de la multitude des frais qu'il luy , luy sera assisté par les deux prestres institués convient supporter maintenant , avec la pension de six centz florins, le tems
qu'il jouyra de sa cure.
9. Tous les jours se celebre¬ront deux Messes Appreuvé. basses en son eglise : la premiere a l'aube, la
seconde a huit, attendant neufz.
10. Les Dimanches et festes de commandement, la
seconde Messe se celebrera a haute voix, et les
Appreuvé. estes solennelles : Pasques, Penthecoste, Ascen¬sion,
Feste Dieu, Saint Pierre aux liens, Assomption et
quattre festes de Nostre Dame, Noel et la
Dedicace, sera avec le dia¬cre et sous-diacre,
quand commodement faire se pourra, et autres
principales.
Attendu que pour le pre¬sent il n'y a pas 11. Toutes les Dimanches se fera la procession des de tum¬bes et sepultures de me¬moire d'homme mortz, l'eau beniste et la predication au milieu dans le cimetiere, on fera un respons de la Messe.
devant le maistre autel ; et pour le reste,
appreuvé.
Appreuvé. 12. Les Laudes se chanteront aux testes solennelles
cy dessus nommées.
13. La Feste Dieu et durant l'octave, None a midy,
et Com¬plies appres soupée ; et Complies se diront Appreuvé. les jours du Caresme. Complies se chanteront tous
les sammedis, veilles des festes qu'on celebre ; et
les jours des di¬tes festes et Dimanches, Vespres
sans Complies.
Appreuvé. 14. Les Gaudés, les sammedis au soir .
15. Les processions : la Feste Dieu, tres
Seront suivies les rubri¬ques solennellement, les Rogations et autres coustumieres, du Messel et du Ri¬tuel . et extraordinaires selon les occasions
et necessité des tems.
16. La Semaine Sainte se fera la procession des
Appreuvé Rameaux, se chanteront Matines les trois jours, et
autres ceremonies, se¬lon les rubriques et coustumes
de l'Esglise.
Appreuvé, sauf que les Dimanches 17. La lampe sera allumée continuellement, fors
et festes com¬munes il suffira de deux durant qu'il y aura autre luminaire. Les Dimanches cierges sur l'autel ; les festes solemnelles et festes com¬munes, a la Grande Messe, quattre secundae classis et aux festes solem¬nelles chandelles, et a Vespres deux ; les festes
primae classis, six. solennelles, six par tout, et deux a l'Elevation. A la
procession de la Feste Dieu, six flambeaux d'une
livre l'un, et a Pasques, le cierge paschal de quattre
livres.
Appreuvé. 18. Le cathechisme se fera toutes les Dimanches
appres Vespres.
19. A toutes ces charges sera tenu le curé de Gex,
comme aussy au vin, hosties et au¬tres ordinaires ; et Le venerable sacristain fournira le luminaire percevra les fruitz de la cure et doyenné (notes
con¬venable, et tiendra conte des frais 329,330), fors le cinq pour cent des biens desdites cure qu'il fera pour ce regard, luy et doyenné aliénés. Et parce qu'il y a charges
estant nean¬moins donné par avance ce qui ex¬traordinaires, tant a cause des PP. Capucins qui sera jugé necessaire ; et se celebrent a ladite esglise , et autres pas¬santz, et que prendra [sur] l' œconomie generale, a ledit sieur curé est œconome, Monseigneur le de¬claire laquelle sera contribué de la pension exempt du luminaire, vin, hosties, et depute monsieur de Bonmont ce qui sera jugé raysonnable. Ja¬quin (note 410) pour avoir charge de cela et de la
Et pour le reste, appreuvé. sacristie ; et a ces fins luy est decerné cent francs a
trois florins piece, a prendre sur la pension de
Bomont
20. Sera aussy audit lieu de Gex estably un
maistre d'escole, avec neuf centz florins de gage
Le maistre d'escole se pourra contenter apprendra a lire et escrire aux enfans, et les
de huit centz florins, et sera des¬chargé rudimens ; nour¬rira et apprendra a chanter a deux
de la sonnerie qui ne luy pourroit estre enfans telz quilz luy se¬ront donnés par Monseigneur,
que de grande distraction ; et ladite et assistera a chanter les Offices divins et sonner
sonnerie se fera par le sieur curé . l'Ave Maria et les Messes parrochiales.
21. Le curé de Farges tiendra un vicaire capable Appreuvé qui fasse quelques exhortations, et de bonne vie,
deservira les cures de Farges et de Peron, et
percevra les revenus d'Asseran et de Peron, fors
les cinq pour cent.
22. Le curé de Thoiry deservira audit lieu, et Appreuvé prendra par les mains de l'œconome sept centz
florins, outre ce peu de terrage qui est annexé a
l'esglise, a condition toutesfois qu'il restablira la
maison de la cure.
23. Le curé de Chalex de¬servira audit lieu, et Appreuvé prendra par les mains de l'œconome la som¬me
de six centz florins.
24. Les curés de Sessiez et Divone
Appreuvé deserviront ausditz lieux et percevront les
pensions ordinaires deües par Messieurs les
Religieux de Saint Claude .
25. Le curé de Sacconay de¬servira audit lieu, et Appreuvé. prendra par les mains de l'œconome la som¬me
de douze centz florins, de¬meurant tout le
terrage, rente et revenu de ladite cure et
chapel¬les unis a l'œconomie, fors son jardin
. Sera tenu faire ferme residence.
Pour les Chapelles
26. Les chapelles rentées se¬ront deservies par Appreuvé, sauf que, pour le regard des chapelles les institués (celles qui seront en estre) ; les de nomination, sera affigé a la porte de l'eglise ruinées qui seront de la nomina¬tion d'autruy, le decret de la future privation des patrons. seront restablies du revenu dans dix ans, a
faute dequoy seront les patrons des¬cheuz de
leurs droitz et lesditz revenus annexés a
l'œconomie, comm' aussy tout revenu
depen¬dant des chapelles qui ne seront
d'aucune nomination.
27. Ne sera permis a aucun d'avoir Appreuvé chapelle ou eriger autel sil ne l'a renté
ou doté.
Œconomie
28. Le sieur Dunant, curé de Gex, est
dec1airé œconome par Arrest du Appreuvé Roy en son privé Conseil , entre les
mains du¬quel seront redui tz tous les
biens ecc1esiastiques dependantz de
l'authorité de Monseigneur de Geneve,
fors les nommés cy dessus.
29. Payera les pensionnaires et curés
establis, ou leur delivrera mandat, sans Appreuvé qu'il soit permis a aucun d'iceux de se faire
paier par autres voyes sans son sceu, sous
peine de perdre autant de leur pension
qu'ilz en auront perceu. Et pour sa ….
Conseil
Sera traitté plus a plein sur cest article 30. pour les choses ardues et difficiles, le important, et ce pendant le sieur Œco¬nome sieur Œconome prendra l'advis des curés de prendra l'advis du Superieur des Peres Capu¬cins ; Far¬ges et Sacconnay, et monsieur Jaquin, du et pour le reste, est remis a sa prudence de Superieur des Capu¬cins ; et pour les faire selon les occurrences. seculiers, de monsieur le baillif , monsieur
de Siccard et monsieur de la Bastie .
Procureur de l'Œconome et solliciteur
Appreuvé, pourveu qu'il soit catholique, Sera institué un personnage pour agent et
et s'il s'en treuve de capables qui solliciteur des af¬faires de l'œconomie, veuillent accepter ladite charge. avec les gages de trois centz florins, a condition
qu'il ne retirera rien des contratz faitz
au proffit des l'œconomie, luy estant permis
de retirer des autres.
Le sieur Œconome, outre les charges sus escrittes, fournira bled et vin aux Reverens Peres Capucins selon leur necessité, et luy sera alloüé sur les comptes.
Fait Annessi, le xx novembre 1613.
FRANÇB, E. de Geneve ,
Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy.
XV
MANDAT A MONSIEUR CLAUDE JACQUIN
POUR LE PAYEMENT D'UNE SOMME
(INÉDIT)
Annecy, 30 octobre 1617.
Monsieur Jaquin,
Vous delivreres a M. Poncet, curé de Sessi , la somme de cent florins pour l'annee mille six cens et seze ; et rapportant quitance d'iceluy, vous sera par Nous alloüee.
Annessi, le xxx octobre 1617.
FRANÇs, E. de Geneve.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVI
DÉLÉGATION DE M. CLAUDE DE NAMBRIDE
CURÉ DE DIVONNE
A L'ADMINISTRATION D'UNE PARTIE
DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES DU BAILLIAGE DE GEX
(INÉDITE)
Annecy, 17 décembre 1621.
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de
Geneve.
Nous commettons par ces presentes venerable mes¬sire Claude de Nambruide, curé de Divone, a l'adminis¬tration et œconomie des biens ecc1esiastiques du balliage de Gex non appliqués ny assignés aux eglises de Farges, Gex, Thoyri, Grilly, Chalex, Versoix, Divone, mais destinés aux autres eglises qui, pour le present, ne sont encor pourveues de pasteurs, a fin que [ledit messire Claude de Nambruide ] en donne les admodiations et fermes ainsy qu'il vera a faire ; puis retire, exige et distribue les revenus procedenz des dites fermes, selon qu'il sera requis, ainsy qu'il est porté par l'ordre esta¬bly du jour d'hyer , et autrement selon les mandaz qui luy seront faitz de nostre part : le [tout nean]tmoins en l'assistance et avec l'advis de venerable messire [Claude] Jacquin, curé de Grilly . Luy assignons pour gage et l'entretenement de son cheval la somme de trois centz florins annuelz, monnoye de ce païs la.
Fait a Annessi, le dix septieme decembre mil six centz et vint un.
FRANÇs, Evesque de Geneve.
M. FAVRE .
Revu sur l'original conservé à la Visitation de Montélimar.
C – MÉMOIRE
POUR LA CONVERSION DES HÉRÉTIQUES
ET LEUR RÉUNION A L'ÉGLISE
(MINUTE EN ITALIEN)
Prédication que fit l'Evêque de Genève à Sion; réflexion d'un auditeur.- Comment ramener à la foi les provinces où ne peuvent pénétrer les prê¬tres, où l'hérésie devient raison d'Etat. - Lutter contre le mal avant qu'il soit incurable. - François de Sales propose une ligue pacifique entre les princes catholiques et en montre les avantages. - Afin de la réaliser, convoquer des conciles nationaux, non pour argumenter sur les questions de controverse, mais pour discuter les moyens de conversion. - Rôle du Saint-Siège. - Conduite à tenir avec les ministres. - Tenter au moins cette entreprise en Suisse. - Par quels moyens surtout obtenir cette union.
Annecy, vers la fin de 1615 ,
J'étais l'année dernière dans le Valais à l'occasion du sacre de Mgr l'Evêque et Prince de Sion (Sedunensis). Sur l'ordre des Révé¬rendissimes Seigneurs qui firent l'Office , je donnai le sermon solennel, dans lequel je traitai de la succession Apostolique en la sainte Eglise, exhortant la population (en partie hérétique, mais elle vint à cette assemblée par curiosité, à l'amour de sa sainteté, unité et succession. Plusieurs se sentirent touchés et l'un d'entre eux vint conférer avec moi.
A mon départ, ayant été député par la ville , il accompagna jusqu'aux frontières de l'Etat du Valais Mgr l'Archevêque de Vienne, Prélat consécrateur, et moi, qui revenions dans ce pays. Pendant le voyage il parla presque toujours avec moi et me dit entre autres choses : " Monsieur, vous avez fait ce qui ne s'était pas fait dans la ville de Sion depuis bien des années ; car il n'a jamais été permis aux prédicateurs catholiques de traiter en chaire d'aucune matière de controverse. Toutefois, la solennité et votre qualité ont fait pren¬dre en bonne part votre sermon, et je crois qu'il sera profitable à beaucoup de catholiques qui en demeureront bien affermis. Mais vous avez exhorté les autres à rentrer dans le sein de l'Eglise : cela est bon pour les particuliers. Et pour les villes, si nombreu¬ses, pour les républiques entières, où il n'est pas permis aux prédi¬cateurs catholiques de se faire entendre, ni de demeurer et parler, quel moyen de les ramener à la foi ? Car désormais, chez nous autres Suisses et en toute l'Allemagne, voire même dans plusieurs parties de la France, des villes entières sont hérétiques et l'hérésie passe en raison d'Etat ; on ne voit pas le moindre espoir de leur conver¬sion ; les choses vont même si avant, que les hérétiques ne sont pas inquiétés le moins du monde, et c'est sans remède.¬
Ces paroles pénétrèrent tellement mon cœur qu'il ne m'a ja¬mais été possible de me les ôter de l'esprit, et en somme, voici la pensée qui m'est venue : Il est vrai que si on laisse ainsi les Suisses de Zurich, Bâle, Berne et autres cantons (on peut en dire tout au¬tant de l'Angleterre et des autres pays hérétiques), jamais ils ne se convertiront; au contraire, leur religion parvenant à l'Etat, ils éta¬bliront l'une dans l'autre. Et comme " on ne se passionne pas pour les choses devenues familières , " ainsi, en vieillissant, cette héré¬sie à la vérité, ne fera pas plus de progrès (2 Tm 3,4), mais, ce qui importe, elle ne diminuera pas non plus et demeurera comme une paralysie incura¬ble dans ces très nobles parties de l'Europe. Or, quel sera le remède ?
J'ai pensé à beaucoup de choses, et je n'ai trouvé que ce seul moyen : Il faudrait que notre Très Saint Père et Seigneur, ou le Saint-Siège Apostolique, engageât tous les princes catholiques et toutes les républiques non pas à prendre les armes extérieures, mais les intérieures ; c'est-à-dire, à proposer la réunion des héréti¬ques à la sainte Eglise. Cette proposition devrait se faire simultanément par tous, avec des arguments solides et clairs prouvant l'avantage public qui en reviendrait à la Chrétienté, très affaiblie par la division, et qui, par l'union, serait grandement fortifiée contre les Turcs et autres. On tâcherait ainsi de former une ligue ou croisade entre les catholiques, non point, comme je l'ai dit, pour courir aux armes, mais pour concourir dans le zèle à sollici¬ter cette union.
Reste à proposer le moyen de la conclure et la voie à prendre pour la préparer ; le suivant me paraîtrait très utile :
Premièrement: les princes devraient convoquer pour ce seul but un concile national, c'est-à-dire, un en France et un en Alle¬magne, et tâcher, par tous les efforts possibles, d'y faire intervenir quelques délégués des princes et des républiques hérétiques, pour qu'ils puissent ouïr les propositions relatives à cette union, non point pour disputer ou argumenter, mais seulement pour conférer sur la façon de la ménager.
2. Dans ces conciles, il ne faudrait pas l'autorité Apostolique antécédente, mais seulement conséquente ; c'est-à-dire, pour ne pas engager le Saint-Siège, ils ne devraient pas se tenir en son nom, mais ils devraient promettre la ratification des résolutions prises.
3. Afin que cette ratification pût sûrement se promettre, il serait nécessaire que le Saint-Siège fût averti de temps en temps des diverses propositions et qu'il se tint toujours en mesure de répon¬dre promptement ; ou bien, qu'on eût auparavant des mémoires des choses qui doivent être traitées.
4. Ensuite, on pourrait beaucoup faciliter la réunion à la sainte Eglise en abandonnant tous les biens ecclésiastiques, ou du moins une bonne partie, à ceux qui les détiennent, se bornant à leur de¬mander le vivre et le vêtement pour les prêtres qu'on y introduira. Item, ou encore, en laissant aux princes et aux républiques la nomination aux bénéfices les plus considérables, voire même à tous, comme on laisse au Roi de France celle des plus importants ; et il n'y aurait pas en cela, semble-t-il, plus de danger de mauvai¬ses conséquences qu'en la coutume de France.
5. Il faudrait promettre aux ministres hérétiques le même trai¬tement qu'ils ont pour leurs familles, et même encore plus de moyens temporels ; car, c'est la vérité, la plupart, pour ce morceau de pain, demeurent dans l'hérésie. Quant aux clercs apostats, on les dispenserait de leur vœu de continence, surtout s'ils ont des enfants, sans toutefois jamais plus les admettre aux fonctions de leurs Ordres, ni leur laisser porter l'habit clérical. Et semblables propositions qui écarteraient les obstacles.
6. Mais si, par hasard, on trouvait que les conciles nationaux ne sont pas à propos, les princes pourraient alors convoquer seule¬ment quelques Prélats et quelques hommes de bon jugement pour traiter de cette sainte affaire en exposant leurs pensées. Cepen¬dant, il ne faudrait en aucune façon argumenter, mais seulement proposer les moyens à prendre, afin que tous pussent voir que, la foi catholique sauve, la sainte Eglise est prête à prodiguer pour cette réunion, les revenus et autres choses qui seront jugées nécessaires.
Et quand même ce remède ne devrait avoir autre resultat qne d'ébranler les esprits et d'être comme un moyen d'empêcher les hérétiques d'alléguer le soi-disant droit qu'ils s'attribuent de n'être pas appelés et sommés de venir à résipiscence, l'avantage ne serait pas petit.
7. Mais si l'on ne jugeait pas à propos de tenter cette entreprise dans tous les pays excommuniés, divisés ou séparés de la sainte Eglise, il conviendrait au moins de le faire pour les Suisses héré¬tiques, et on pourrait y employer l'autorité de l'Espagne, de l'Em¬pereur, du Roi de France, du sérénissime Duc de Savoie, leur voi¬sin, avec l'action et l'industrie des cantons catholiques, même du Valais. S'il était besoin de distribuer un peu d'argent, cela pourrait se faire au moyen de quelques décimes prélevées sur les bénéfices plus opulents.
8. Et quant à Genève, pour la contraindre à laisser au moins la liberté de conscience et à laisser établir dans un ou deux en¬droits l'exercice du culte et les sermons catholiques, il suffirait de l'autorité et de l'intervention de notre sérénissime Duc et des Suisses catholiques ; on proposerait aux Genevois de leur abandon¬ner les revenus ecclésiastiques ou de leur en donner tout autant, on leur distribuerait un peu d'argent. Au surplus, il suffirait que le Roi de France se joignît à ces deux autorités et que l'on mit de la persévérance à activer l'affaire.
9. Peut-être serait-il difficile maintenant d'unir les cœurs des princes catholiques que nous voyons, excités par des tentations si multiples, se livrer en proie à la division. Toutefois, cette grâce pourrait s'obtenir de Dieu notre Seigneur par la prière, et la main sacrée du Saint-Père s'y employant sincèrement, pourrait opérer ce miracle, comme jadis on fit les croisades et autres entreprises belliqueuses et périlleuses, tandis que celle-ci serait toute pacifi¬que et sans péril.
Voilà mes pensées. Tant d'hérétiques et de républiques héréti¬ques sont si proches de moi, que mon esprit ne peut se défendre d'y songer souvent et de prendre en pitié une telle désolation, non seulement présente, mais future ; puisqu'avec le temps, ces enne¬mis de l'Eglise oublient d'autant plus qu'ils ont été jadis ses enfants, qu'ils naissent en des pays où l'on ne parle d'elle qu'avec exécration.
Que le Seigneur nous envoie son secours d'en-haut (Ps 19,3) et que les tentes d'Israël soient élargies par le Seigneur ! (Is 54,2)
Revue sur une copie faite par M. Michel Favre conservée à la Visitation d'Annecy.
APPENDICE
A
DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
ET AU VOYAGE DE SAINT FRANÇO!S DE SALES A ROME
I
LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er
DUC DE SAVOIE (L1,note 175)
AUX SYNDICS ET BOURGEOIS DE THONON
CHARLES EMANUEL, par la grace de Dieu, Duc de Savoye. A nos bien amez et feaux les Scindiques et bourgeois de nostre ville de Tonon.
(note 200).Nous avons appris avec un grand contt'mtemenr que; vous avez ouy les predicateurs de la parolle de Dieu et de nostre saincte foy Catholique, que vous avez heu continuellement despuis quelques mois. Or, esperant que ceste commodité vous ouvrira le chemin de vostre salut, avec le mesme zele que Nous vous avons procuré ce bien, Nous vous exhortons aussi d'en bien user ; et vous en userez bien, si vous prenez garde aux raysons qui vous seront exposees, si vous les pesez esgalement, et si vous proposez les difficultez qui vous surviendront aux predicateurs ; car Nous n'avons rien tant a souhait, ny qui Nous soit plus aggreable, que quand Nous entendons que vous proffitez en la saincte Religion Catholique.
Ainsy Dieu vous aye en sa garde.
[De Turin, vers la fin d'octobre 1596 ]
II
LETTRE DE Mgr JULES-CÉSAR RICCARDI
ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
AU CARDINAL PIERRE ALDOBRANDINI
………………………………………………………………………..
(note 203) Il Prevosto di Geneva si è affaticato doi allai continovi prT la conversione delli heretici che sono nel Ducato di Ciables in Sa¬voia, et finalmente è piacciuto a Dio benedetto d'illuminar molti di loro, che mostrano ottima dispositione di voler tornare alla fede cattolica ogni volta che siano provisti di curati. È venuto a posta a Torino per trattarne con Sua Altezza et con me, che, per animarlo tanto più, non solamente l'ho voluto in casa mia, ma ho procurato di farli tutte le carezze possibili.
Il trattar della reintegratione delle parrocchie porta qualche tem¬po peril raguaglio che bisogna darne a Nostro Signore e per la contradittione de' Cavallieri di San Lazaro ; et perô, per venire a qualche expediente presentaneo, habbiamo trattato con Sua Altezza che si degni di far dare un stipendio honesto alli curati, il qual da i Cavallieri non si puô ricusare, perchè Papa Pio Quarto, santa memoria (note 233) nella suppressione delle sudette parocchie, aggiun¬ge nella Bolla, che ogni volta che quelli populi tornassero alla fede cattolica, essi fussero obligati a sostentar i curati . Et perchè le parocchie supprcsse furono quaranta cinque, si contenta per adesso il Prevosto che se ne eriggano dodeci, et si mandino insieme quattro o sei predicatori, con l'opera de' quali si possano tanto più instruire quelli che tornaranno alla fede cattolica.
Sua Altezza ha sentito gran contento di questa buona speranza che ha portato il Prevosto, et ha promesso in ogni modo di voler che queste parocchie si eriggano, se ben dovesse sostentarle del suo. Ma perchè le essecucioni vanno molto in lungo, essendo medesima¬mente risoluto il Signor Duca di voler intendere li Cavallieri di San Lazaro, mi è parso di supplicar V. S. Illma che si degni di scrivere una lettera efficace a Sua Altezza, o vero a me che si possa mostrare, nella quale laudi il sua zelo come conviene, et l'essorti efficacemente in nome di Sua Santità ad esseguirlo quanto prima, perchè dove si tratta di conversione di heretici ogni dila¬tione puô portare grandissimo nocumento.
Il medesimo Prevosto mi ha ricercato che io supplichi Nostro Signore, per mezo di V. S. IIlma, a degnarsi di mantenere il privi¬legio antico che tiene il Capitolo di Geneva, che nessun canoni¬cato o dignità si possa dare a persone che non siano nobili, o vero dottori et graduati (note 274)..
Et le baccio humilissimamente le mani..
Di V. S. Illma et Revma,
Humilissimo et divotissimo servitore,
G. CESARE, Arcivescovo di Bari ,
Di Torino, a' 28 di Ottobre 1596.
Revu sur l'original inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes
(Nunz. di Savoia, vol. 33, fol. 659).
III
MÉMOIRE
DU PÈRE CHÉRUBIN DE MAURIENNE, CAPUCIN
MEMOIRES A MONSIEUR LE PREVOST DE GENEVE POUR TRAITTER TANT AVEC SA SAINCTETÉ QU'AVEC MONSr L'ILLme NONCE A TURIN ET LES ILLUSTRISSmes CARDINAUX A ROME
Qu'il importe sur tout abattre Geneve
CHAPITRE l
En surmontant une seule ville de Geneve, on donnera un esbran¬lement estrange à tout le reste de l'heresie en l'Europe, car elle est jugée sedes Sathanœ. Et faut sçavoir plusieurs poinctz, comme ceste ville seule advance l'heresie per universum orbem.
1° Geneve est caput calvinismi, nam in ea Calvinus et Beza sedem domicilii elegerunt.
2° Toutes les eglises de France, ez poincts de doctrine, se rap¬portent aux ministres de Geneve, comme aussy en plusieurs autres choses de la police.
3° Toutes les villes des heretiques la respectent comme azile de leur religion et ville saincte. Ceste année vint un homme de Lan¬guedoc pour visiter Geneve, comme feroit un Catholique Rome.
4° Il n'y a aucune ville en l'Europe ou il y aye tant de commo¬dités d'entretenir l'heresie : 1- L'assiette et situation de la ville a la porte de France, de Flandres, d'Allemagne, d'Italie, Espagne et autres provinces ; elle est sy commode qu'en icelle se treuvent habitants de toutes sortes de nations, voire mesme d'Angleterre ; elle est comme le centre des autres provinces, et par icelle tout passe. 2- Il y a des ministres en tres grand nombre, des plus doctes de leur secte, de toutes nations. L'annee passee ils en envoyarent 20 en France ; un' autre annee, en Angleterre, et ainsy provoient a tous les heretiques. 3.- Il y a de belles et magnificques imprime¬ries, dont ils emplissent le monde de livres heretiques ; et ceste annee ils envoioient 40 charges des ditz livres en France. Le livret de Roche Chandiou fut imprimé a en donner pour 700 escus ; car ils en font distribuer, expensis publicis, par les villes. La 4e commodité ce sont les estudes, car la commodité de la situation de la ville et le grand exercice des lettres attirent ires grand nombre d'enfants de bon lieu : de France, tesmoin Desponde quy y a estudié ; d'Allemagne, comme le P. Ludovic, le Capucin, filz du Chancellier de Saxe, qu'a aussy estudié audict Gene¬ve . 5e commodité : ils font de grands exercices de predications, lectures, conferences, disputes, compositions de livres et autres choses semblables qui conservent l'heresie, et infinies autres commodités qu'il serait trop long de dire.
5° Il faut considerer que dans Geneve se brassent et traittent toutes les entreprinses contre la Chrestienté et le Saint Siege Apos¬tolique, et les font exequuter avec grande diligence; et cecy s'est veriffié en une infinité d'entreprinses descouvertes. Et n'y a rien qu'il leur est venu un personnage de Levant qui, a leur solicitation, a cherché des moyens d'empoisonner Sa Saincteté et tous les Car¬dinaux, ou engendrer certaines vapeurs pestiferes à Rome par certaine poussiere : tesmoin monsr le chanoine de la Biollée qui a sceu cecy par un espion secret quil y a dans Geneve.
6° Il n'y a ville en tout le monde ou l'on reçoive tant d'apos¬tats, de toutes sortes d'ecclesiastiques et de toutes nations : res seipsa patet.
7° Ceste ville, en faict de conservation des heresies, a une mer¬veilleuse correspondance avec toutes les parties infectes de l'Alle¬magne, de la France, de l'Angleterre, de la Pologne et jusques en Danemarch, etc.
Bref, d'une seule Geneve surmontée despend la ruyne de l'he¬resie ez autres lieux : voila pourquoy il faut employer contre ceste source d'heresie toutes ses forces.
De plusieurs moyens particuliers pour la confusion des heresies de Geneve
CHAPITRE 2
1er. La continuation des bons predicateurs, Jesuistes et autres ; mais sy [Sa] Saincteté ne commande absolute, ilz ny persevereront poinct : experientia magistra. Pour le moins six, pour estre distribués ou est de besoin, et les PP. Jesuistes pour la confession. Un college de Jesuites à Thonon (notes 214,238).
2. Avoir un bon imprimeur à Necy pour publier à tous coups livrets, escrits, papiers contra hœreticos ; cecy est un bon moyen. Desja il y a des moyens, mais il faudroit encores une pension de 100 escus que Sa Saincteté pourroit bailler sur quelque abbaye (L1, p.140), comme sur Talloeres (L2, note 261 ; L4, note 246 ; L6, note 272) ; il y a une pension qui vacque, qui est pour une personne laicque appellé le chapte boys.
3. Plusieurs voudroient se convertir, mais la pauvreté les retarde, comme l'experience l'a faict voir. Donc, il seroit de besoin avoir une Maison de pitié Annessy pour ceux qui travaillent aux arts mechanicques, et un Seminaire pour ceux qui estudieroient . Cela se pourroit faire par Sa Saincteté, en appliquant quelque abbaye ou benefice ecclesiastique a ces bonnes œuvres, ou pren¬dre autres moyens. Et par faute d'argent et de moyens, on laysse a fere de grands biens qu'on feroit pour la saincte foy Catholique ; et soudain qu'on aura des moyens on en verra beaucoup sortir de Geneve, et peut estre des mesmes ministres.
Outre cecy, il y a plusieurs autres beaux moyens desquels vous estes adverty, et que pourres advancer comme mieux vous verres a propos.
Du moyen de faire donner une eglise dans Geneve pour la foy Catholique et recevoir l' Interim
CHAPITRE 3
La crainte de la guerre et le désir de paix faict fere plusieurs choses qu'on ne feroit ; dont, ayants S. A. sur les bras, ilz accorde¬ront paradventure quelque chose qu'on ne feroit autrement. Vous raconteres ce que S. A. pretend de faire propter fidem ; mais cela a besoin d'ayde et de secours pour mieux reussir, lequel Sa Saincteté peut facilement nous fere avoir. Et c'est pour ces considerations :
Voyants qu'ils seront pressés de tant de costés, facilement ilz pourroient consentir a quelque chose, desirants le repos. Surtout ayants la protection du Roy de France pour leur principal appuy, quand ils se verront par luy solicités a recevoir l'Interim, ils diront : De quel costé que nous regardions, nous avons tousjours ceste poursuitte de l'Interim ; et facilement accorderont au Duc de Savoye plusieurs choses pour la commodité de la foy Catholique, qu'ils n'accorderoient jamais. Donc, il importe beaucoup qu'au mesme temps qu'on parlera de ceste paix avec S. A.. ils soyent priés du Roy de France de prendre l'Interim .
Puys, qu'on face entendre audit Roy et Cardinal d'Austriche que, traittant la paix, Geneve n'y soit comprinse s'ilz ne prennent l' Interim ; ils trembleront de peur, sur tout sy le Roy les menasse de quicter leur protection. Et le Roy peut tres bien s'excuser qu'il est solicité de Sa Saincteté de cest affaire.
De ce qu'il faut adjouxter afin que la paix reussisse acceptantz l' Interim
CHAPITRE 4
1er secours. Une lettre bien ample du Roy de France a la Sei¬gneurie de Geneve, en laquelle il les prie d'accepter l'Interim. Et n'y a rien de plus facile que d'avoir ladite lettre par ce moyen : c'est que le sieur Conte de Saconay a un amy secretaire du Roy, voire des premiers ; il s'appelle monsieur Ruzé, seigneur de Beaulieu , lequel facilement dresserait la lettre a ceux de Geneve en bonne forme. Et faut noter que ce secretaire est catholique ; et sy on s'adresse a d'autres, il y a du danger, car ils sont heretiques. Et par ladite lettre le Roy commanderoit audit de Saconay, qui se tient a Lyon, d'aller a Geneve avec quelques personnes honorables qu'il choysiroit. Et icy il faut adviser que ceux qui viendront à Geneve soient encor es amys de Son Altesse ; autrement, l'un gas¬tera l'autre, pour plusieurs raysons qu'on ne peut icy coucher. Pour ce, estant ledit sr Conte de Saconay bien zelé et au gré de S. A., il y pourroit venir ; mais il est necessaire que Sa Saincteté le luy commande, ou prye par une Lettre ou Brief Apostolique, tant pour aller à la court de France vers Monsr le Legat , vers le Roy et vers ledit secretaire pour negocier, et autres solicitations qu'il faudra fere ; luy promettant, Sa Saincteté, qu'on n'obliera de le remunerer des frays qu'il y fera. Il faut aussy un autre Brief ou Lettre au secretaire du Roy, par lequel Sa Saincteté le prye de s'y emploier comme bon catholique, et luy promettant une belle recompense sy la chose reussit. Ces deux Lettres ou Briefz sont necessaires soudainement, car l'affere presse; et pour iceux il faut encores employer Monsr le Nonce .
Ils ont une loy a Geneve, qu'on ne peut parler de recevoir la Messe, a peinne de la vie. Pource, il faut un estranger qui en ouvre le propos, pour donner confiance au peuple de parler.
Sy le Roy les menasse de quicter leur protection, ils y penseront a bon escient ; mesmes remonstrant qu'il a accordé aux autres here¬tiques liberté de conscience en tant de villes de France. Et quand bien ils ne feroient rien pour le Roy, il suffit qu'on aye ouvert le propos, car cela facilitera a traitter la paix avec l'Interim. En somme, on ne demande au Roy de France, qu'une simple lettre et feullie de papier.
Mais il est tres-asseuré, comme font foy les lettres qu'aves et les attestations , que dans Geneve les uns desirent d'y avoir la Messe, comme disposez Catholiques. Autres, comme heretiques, disent que sy le Roy le commande, on le fera ; d'autres disent que cela ne leur importe rien, pourveu qu'ilz ayent leur presche et liberté de conscience. Et est tres vray que ces dispositions s'y treu¬vent ; donc, ce serait peché de ne les ayder quand on le peut faire si facilement.
2e secours. Ce serait par le moyen des cantons des Suysses Catho¬liques, leurs voisins, qui s'ayderoit (sic) a prier ceux de Geneve d'accepter l'Interim, et que ne le faisants, s'il survient une guerre ilz ne les ayderoit, voire donneroit secours, car Sa Saincteté les en prye. Cecy se pourroit negocier par Monsr le Nonce ou Legat qui est en Suysse, auquel Sa Saincteté le recommanderoit.
3e secours. Que l'Empereur escrivit à Geneve, qui est ville imperialle, qu'ilz doivent prendre l'Interim comme les autres villes d'Allemagne, et que, ne condescendantz, ils seroient privéz de tous honneurs, droits, privileges, mesmes du commerce en ses villes ; et que sa lettre fut portée par homme qui fit bien sonner le faict. L'Empereur dirait que sa conscience l'oblige a le faire et qu'il en est pryé de Sa Saincteté. Et au plus tost faudroit avoir ceste lettre.
4e secours. Parler avec Sa Saincteté, s'il luy plait asseurer qu'on aydera au payement des debtes de leur ville, acceptants l'exercice de la religion Catholique ; et qu'aux particuliers qui feront reussir on donnera, a l'un 4 mil, a l'autre 10 mil escus, ou choses sem¬blables : cecy est une belle amorce pour eux. On pourrait fere une levée sur toute la Chrestienté.
5e secours. Que la ou tant de belles offres ne vaudroient pour les ranger au debvoir, que Sa Saincteté fit un peu de semblant de vouloir ayder S. A. et menassa d'inciter tous les princes catholi¬ques contre eux. Encores que de facto cela n'advint, neantmoins cela feroit grand peur, et pourroit estre que le peuple dans Geneve hausseroit la voix pour demander la Messe.
Ces choses non seulement se peuvent traitter avec Sa Saincteté, mais avec les Illustrissimes Cardinaux et Ambassadeurs des Princes, pour prendre encores de nouvaux moyens sur le faict.
[Avril-Octobre 1597.]
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation d'Annecy.
IV
LETTRE DE Mgr CLAUDE DE GRANIER
ÈVÊQUE DE GENÈVE (L1, note 114)
A Mgr RICCARDI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
( EN ITALIEN- NON NUMÉRISÉE)
………………………………………………………………………………..
D'Annessi, alli 20 di Novembre 1597.
All' Illmo et Rmo Sr mio oss.,
Monsigr l'Arcivescovo di Bari,
[Nunzio A] postolico apresso di S. A.
Turino.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vol. 34, fol. 766).
V
LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er
DUC DE SAVOIE
A M. PIERRE-JÉRÔME DE LAMBERT, GOUVERNEUR DU CHABLAIS (L3, note 255)
LE DUC DE SAVOIE.
Tres cher, bien amé et feal Conseiller d'Estat et Chambellan,
(note 216) Nous avons reeeu vostre lettre du XXIIII du present et joinct a ycelle le double de la requeste que Nous a esté presentee par ceulx de Tonon, et vous disons, en responce, que Nostre intention aiant tous jours esté de donner l'avancement possible au service de Dieu et l'exaltation de son Eglise generalement riere noz Estatz, et particulierement de remettre riere le Chablais la mesme foy et vraye Religion que Noz predecesseurs y avoint si sogneusement plantee avant que les usurpateurs du peys en heussent desbouché Noz bien amez subjectz: Nous avons, sur ceste consideration, volontiers presté l'oreillie a ceulx qui Nous ont proposé leur soing, leur talent et leur industrie pour la perfection d'un si bon euvre ; et telz ayant esté le Pere Cherubin et le President Favre, Nous apreuvasmes le zele qui les poulsoit d'y volloir fere quelque notable fruict.
Il est bien vray que Nous estimions que ce deubst estre par le moien de bonnes exortations et par la voye des presches, et non par commination ny menaces, pour ne donner aulcun subject d'om¬brage aux circonvoisins, ny subject d'alteration ausdictz de Thonon, bien sacheantz que la conjuncture du temps present ne portoit pas que l'on procedast aultrement, et que la procedure rigoureuse estoit mal convenable a la disposition des aultres affaires que Nous avons sur les bras, encores que bien deue a l'obstination de quel¬ques particuliers dudict Thonon qui se rendent les plus difficilles. Mais silz ont en cecy un peu oultrepassé Nostre intention et Noz bons advis, leur zele et leur affection au service de Dieu les en rendent excusables. Et cependant, pour remedier aux inconve¬nientz qui en pourroint resulter, Nous escrivons audict President de ne proceder plus avant a la declaration des peines par luy impo¬sees, et au Pere Cherubin d'y fere valloir par cy apres sa doctrine, sans y adjouster les menaces, jusques a ce que Nous voions quelque aultre temps plus propre pour ce fere.
Et cependant, en vous laissant dextrement entendre a ces gens que Nostre intention n'est pas de les forcer ny contrevenir aux provisions quilz disent avoir de feu nostre Sr et Pere et de Nous, vous ne lairrez de les induire et persuader, en tant que vostre pouvoir se pourra estendre, de Nous donner ceste satisfaction que d'ouyr et frequenter les presches qui peuvent servir a les desabuser de leur faulce opinion. ……………………
Et Nostre Seigneur vous ayt en sa ste garde.
De Aultecombe, ce 31 xbre 1597.
C. EMANUEL .
RONCAS .
A nostre trescher, bien amé et feal Conseiller d'Estat
et Chambellan,
Chevallier au Senat, Gouverneur de Chablais, Baron de Ternier,
le Sr de Lambert.
Revu sur l'original conservé à Annecy, à la Bibliothèque de l'Académie Florimontane.
VI
LETTRES PATENTES DU MÈME
A M. CLAUDE MARIN, PROCUREUR FISCAL DU CHABLAIS (L1, note 287)
(note 252) CHARLES EMANUEL, par la grace de Dieu Duc de Savoye, Chablais, Aouste et Genevois, Prince de Piedmont, à nostre cher, bien-amé et feal Procureur fiscal de Chablais, noble Claude Marin, salut.
Desirans de faire prouvoir promptement à la reparation et res¬tauration des eglises, autels et autres choses necessaires pour les exercices de pieté et devotion, tant en ceste ville de Tonon qu'aux lieux circonvoisins : A ceste cause, et autres Nous mouvans, vous mandons, ordonnons et commandons par ces presentes qu'ayez à saisir et reduire sous Nostre main, et par bon et loyal inventaire, tous et un chacun les revenus, biens, fruicts, argens, appartenances et dependances des benefices riere le bailliage de ceste ville, et particulierement du prieuré de Sainct Hyppolite (L8, note 160), qui n'auront charge d'ames, pour le temps de trois ans prochains advenir ; et lesquels fruicts et autres choses sudittes, Nous voulons estre employez à la reparation et restauration des eglises, autels et autres choses necessaires pour les exercices de piete et devotion, ainsi que Nous avons dit. Vous defendans tres-expressement de delivrer, mettre ou employer aucun desdicts fruicts et revenus à autre usage qu'à ce que dessus, et suivant les ordres qui vous en seront faicts par Reverendissime Claude de Granier, Evesque de Geneve, Reverend messire François de Sales, Prevost de l'eglise Cathedrale de Sainct Pierre de Geneve, et Reverend messire Claude d'Ange¬ville, Primicier de l'eglise collegiale de Sainct Jean Baptiste de La Roche (L1, note 158 ; L7, note 165) :ausquels, en tant qu'il Nous concerne et peut appar¬tenir, leur en avons donné et attribué tout pouvoir et authorité ; et à vous, de contraindre et faire contraindre tous ceux qui seront à contraindre, par toutes les voyes de justice deuë et raisonnable, d'y obeyr et obtemperer. Nonosbtant appellations et oppositions quelconques, attendu le cas dont il s'agit, ne voulans, ny pouvans, ny devans en retarder l'execution.
Commandans à tous Nos magistrats, ministres, justiciers, officiers et subjects ausquels il appartiendra, d'observer ces presentes et, pour l'execution d'icelles, prester toute aide, faveur et assistance necessaire, en tant que chacun d'eux craint de Nous desplaire.
De ce faire vous donnons pouvoir, authorité, commission et mandement, car telle est Nostre volonté.
Donné à Tonon, le cinquiesme jour du mois d'octobre 1598.
VII
AUTRES LETTRES PATENTES DU MÊME
(FRAGMENT)
………………………………………………………………………………………
(notes 256,262,266) Desormais il ne sera plus permis aux personnes qui ont charge et cause des biens et revenus ecclesiastiques, tant des Chevalliers de la Religion des Saincts Maurice et Lazare que des autres quel¬conques, aux bailliages de Chablais et Ternier, de les bailler di¬rectement ou indirectement à loüage, ferme, exaction ou recepte, à d'autres personnes qu'à celles qui font profession de la vraye Religion Catholique, Apostolique et Romaine; à peine de confis¬cation.
Qu'il soit defendu à toutes personnes, de quelque qualité et conditions qu'elles soyent, de menacer les Catholiques ou desireux de la Religion Romaine, à parolles ou actions, ou de les mal traic¬ter en façon que ce soit, leur faire des reproches, ou les estonner ; à peine de milles livres et autre arbitraire.
Que les personnes de la religion pretenduë ne puissent plus do¬resenavant exercer aucunes charges publiques, ny estre promeus, receus et admis à aucuns offices ou dignitez : de sorte qu'ils ne puissent point estre juges, ny advocats, ny chastellains, ny curiaux, ny procureurs, ny notaires, ny commissaires ; et que l'exercice de ces dignitez, charges et offices soit entierement defendu à tous ceux qui ont eu quelque chose de semblable jusques à present, avec abrogation, abolition et revocation des Lettres patentes, ou constitutions qu'ils ont, comme contrats et autres actes; sous peine de faux.
……………………………………………………………………………..
Donné à Tonon, le douziesme jour du mois d'octobre 1598.
VIII
BREF DE SA SAINTETE CLÉMENT VIII
A Mgr CLAUDE DE GRANIER, ÈVÊQUE DE GENÈVE
Venerabili Fratri Claudio, Episcopo Gebennensi,
CLEMENS PAPA VIII.
(EN LATIN)
Le Pape Clément VIII au Vénérable Frère Claude, Evêque de Genève,
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction Apostolique
(note 278) Comme nous l'avons reçu jadis du Pape Grégoire XIII, notre Prédécesseur d'heureuse mémoire, et en partie de l'exposé du Duc de Savoie Emmanuel-Philibert de bonne réputation, le dit (note 277) Emmanuel Philibert avait repris aux Bernois certains bailliages, à savoir Ternier, le Chablais et Gex, sous son autorité temporelle et y avait rétabli son ancienne juridiction ; bien qu'il ait pensé que pouvaient être guéris les esprits des populations, pervertis par des idées fausses et par la malice de la perfide et invétérée hérésie, plus tardivement que ne le souhaitait mon prédécesseur Grégoire, ce dernier, très heureux de la foi catholique du Duc et de l'église locale, estimait profitable que les biens religieux de ces bailliages passés à l'usage profane et ne pouvant être rétablis dans leurs usages et fonctions antérieurs, puissent être utiles d' une certaine façon aux Chevaliers des Saints Maurice et Lazare dont le Duc était le Grand Maître. C'est pourquoi il fut demandé à ce même Grégoire d'unir et d'incorporer à la dite Chevalerie les bénéfices et autres œuvres pies des dits bailliages.
Le même Grégoire, poussé par les supplications, a uni, annexé et incorporé pour toujours à la Chevalerie pour qu'ils servent en quelque façon à la propagation de la foi chrétienne : tous les bénéfices ecclésiastiques, avec ou sans ministère, séculiers et réguliers de tous Ordres, existant dans ces bailliages, même s'ils étaient séculiers, canoniaux et prébendiers, honorifiques même principalement, personnels, administratifs, portions monacales et canoniales, fonctionnels même ministériels, attribués et choisis, hospitaliers, léproseries et maisons d'accueil ; et tous les autres biens religieux et leurs membres, granges, possessions et domaines, où aucune fonction ecclésiale, séculière ou régulière ou hospitalière n'était exercée, ni ne pouvaient être restitués, du moins quant aux églises paroissiales et aux bénéfices ecclésiastiques curiaux ; ceux qui n'étaient attribués à personne, ou canoniquement ou par commande ou par vente ; ceux qui n'étaient pas unis ou supprimés à l'avantage ou en faveur d'églises, monastères, hôpitaux et autres lieux charitables, même hors des bailliages, ni ne dépendaient d'églises, de monastères, de chapitres, de bénéfices, d'hôpitaux comme s'ils leur étaient unis ou bien leur appartenaient comme membres ; le même Grégoire avait voulu que tout cela demeure sauf et intact en nom, titre, dénomination, ordre, état, essence, même régulier, et, comme ils étaient, les particuliers supprimés définitivement ou éteints, avec leurs églises, maisons, biens, juridictions, droits, revenus, taxes, et tous les intéressés ou ayants-droit.
(note 295) De telle manière, cependant, que, dès que les hommes des bailliages et récupérateurs des lieux auront reçu la lumière de la vérité, par la miséricorde de Dieu, il soit rétabli dans tous leurs villages des églises et des locaux propres à l'exercice du ministère des âmes, par les Ordinaires dont dépendent ces endroits, munis d'une pension de pas moins de cinquante ducats par an prises sur les propriétés, et qu'à ceux-ci soient fournis par ces mêmes Ordinaires un nombre juste et convenable de recteurs et pasteurs capables selon la disposition du Concile de Trente et les autres règles canoniques, et de plus selon les dispositions des Lettres Apostoliques en forme de Bref, sous l'anneau du Pêcheur donné le 13 juin 1579, en la neuvième année de son Pontificat, (note 223)dont nous voulons pleinement respecter le contenu..
Mais comme, ainsi que nous venons de l'apprendre, le cher et noble Fils Charles Emmanuel, nouveau Duc de Savoie s'est employé, avec Ta Fraternité, à envoyer des prédicateurs de la parole de Dieu, remarquables docteurs, dans ces bailliages, il est enfin arrivé, après plusieurs mois, que presque tous les hommes de douze des bailliages, de Ternier et du Chablais, qui appartiennent à ton diocèse, ont été arrachés à la gueule des hérétiques. Bien que leurs cœurs soient restés jusqu'ici bien endurcis, pourtant adoucis par les prédications remarquables, convertis à la vérité et la lumière de la foi orthodoxe, tous et chacun en particulier, ils se sont redressés grâce à Dieu, par l'abjuration et la détestation de leur vie antérieure entre tes mains, en présence du Duc Charles Emmanuel et de l'assemblée des nobles de son Etat, et ont été reçus et agrégés au sein de l'Eglise Catholique et Apostolique.
Comme il ne suffit pas d'avoir acquis tant d'âmes à l'Eglise Catholique si l'on ne trouve pas un moyen de les garder et accompagner, "un fait qui ne dure pas n'est pas un fait", même le fait de l'union susdite, de l'annexion et l'incorporation dans les églises paroissiales, je tiens à ce que mes dispositions contenues dans cette lettre ou les précédentes favorisent clairement le retour à la foi catholique et l'unité de l'Eglise, et que des recteurs soient nommés dans les églises paroissiales des bailliages qui se montent à environ quarante cinq,(note 207)qu'ils s'attachent à garder et à affermir dans la foi les personnes de ces lieux et à ramener à la foi catholique les autres tombés dans l'hérésie ; ce sera une belle publicité pour la propagation de la foi.
Mais parce qu'une honnête rétribution doit être assignée aux recteurs ainsi nommés pour qu'ils remplissent leur charge soigneusement et sans souci matériel, et que si les recteurs affluaient, soutenus par les Chevaliers de la Milice, ou par la subvention de cinquante ducats,(note 279) si l'on préfère, attribuée à eux par les Chevaliers, ces recteurs, sans aucun doute, parce que le nécessaire à leur subsistance est assurée ou par l'attribution des cinquante ducats procurés par les Chevaliers, consacreraient plus de temps à l'exercice de leur charge et office ; si l'union à la Chevalerie, faite par Grégoire, mon prédécesseur, était pour toujours totalement dissoute, révoquée, annulée, les fruits des bénéfices unis de cette manière, pour l'utilité et la réparation des églises dites paroissiales et autres, l'entretien convenable des recteurs, selon toi ; et aussi trois ou plus des prédicateurs de la parole de Dieu, séculiers insignes ou réguliers de tout Ordre, se consacreraient aux tâches matérielles dans ces bailliages ; alors la source de la persévérance des convertis dans la foi catholique, du salut de leur âme, pour l'exécution et le progrès du culte divin pour que la plupart soient satisfaits, et, sur l'indication du Seigneur, un autre bailliage de Gex, par la permanence des bonnes œuvres serait de plus en plus invité à cette même conversion : c'est pourquoi, tu nous as humblement supplié de daigner en préliminaire prendre les dispositions pour l'avenir, en toute bénignité apostolique.
Nous donc qui ne cessons de promouvoir la propagation de la foi, autant que nous le pouvons avec l'aide du Seigneur, tenant compte dans les présentes des lettres de Grégoire, incité par les demandes, au nom de l'Autorité Apostolique, nous concédons et accordons par les présentes à Ta Fraternité les permissions et droit de dissoudre, démembrer, révoquer et annuler, par Autorité Apostolique, l'union, l'annexion et l'incorporation, l'extension, l'ampliation et le décret contenus dans les lettres de Grégoire, notre prédécesseur, avec l'accord du Duc Charles-Emmanuel ; et aussi de restituer les églises paroissiales en question, ou d'en ériger et instituer de nouvelles, et d'attribuer leurs revenus et produits aux réparations et à leurs recteurs ; et aussi d'appliquer et attribuer, dans ces bailliages pour la pension et la provision des huit prêtres séculiers qui s'appliquent aux offices divins et à l'administration des sacrements dans la célèbre ville de Thonon et d'au moins trois prédicateurs de la parole de Dieu, (notes 208,209,211) plus savants, séculiers ou réguliers, à choisir selon ton jugement. Nous te donnons aussi le droit de décider que les Chevaliers des Saints Maurice et Lazare, ou leur Grand Maître actuel, ne peuvent plus exiger ou prétendre posséder les bénéfices ni les fruits, revenus et provisions unis, en général et en particulier, des recteurs d'églises, ou des Abbés des monastères, ou des Prieurs ou de quiconque, ni de pouvoir les déplacer par quels contestation suprême, cause, prétexte ou argument que ce soit : Tu as le droit de leur imposer un silence perpétuel. Tu as le doit de disposer, en vue du bien prévu, librement, pour tout et en tout, comme si l'union, l'annexion et l'incorporation à la Chevalerie n'avait jamais été faite et la pleine disposition de ces bénéfices te regarde pour cette première fois.
Néanmoins, pour que soient installés, comme il est nécessaire, des recteurs capables et des pasteurs attentifs dans les églises paroissiales et les bénéfices de ce genre, qui veillent infatigablement à l'important soin des âmes nouvellement converties, nous te donnons le droit pour cette première fois d'organiser et de pourvoir de personnes dévouées, intelligentes et capables selon toi ces églises paroissiales, chapelles, églises perpétuelles et autres bénéfices de ce genre même si elles existent par un patronage de droit, laïc ou noble, ou une quelconque donation ou fondation, de quelque manière qu'elles soient vacantes par dévolution hérétique ou autre cause. Nous te donnons le droit d'écarter ceux qui jusqu'à aujourd'hui ont été nommés dans ces églises paroissiales et qui se démontrent incapables d'exercer le ministère, sans bruit ni procès, et de confier ces églises paroissiales à d'autres plus capables.
(note 276) Et également, vu la pénurie de prêtres, nous te donnons le droit d'accorder dispense aux chanoines de l'Eglise de Genève, capables d'exercer ministère des âmes, pour qu'ils puissent obtenir et retenir avec leurs canonicats des églises paroissiales pourvu qu'ils puissent être fidèles à leurs deux obligations, ceci pendant leur vie ou temporairement, selon ton jugement.
En outre, nous Te donnons le droit d'assigner aux curés de ces églises et des autres églises paroissiales de ton diocèse une portion congrue sur les dîmes, prémices et oblations perçues sur ces paroisses par les Abbés, Prieurs même en dehors de la visite générale, nonobstant toute opposition ou appellation quelconques. ; de même nous T'accordons et permettons le droit de déplacer les curés des autres églises paroissiales du diocèse, plus habiles et capables, volontaires pour cela pour une année ou une autre durée selon ton jugement, mais pas au-delà de deux ans, qui assurent le ministère des âmes à partir de leurs propres églises quittées ou par des vicaires capables et approuvés pour cela : de sorte que ces curés ne soient pas tenus à résidence dans les dites églises pendant une année, ou une autre durée fixée, soient transférés à des églises du bailliage pour le temps décidé, compte tenu de la pénurie de prêtres compétents et suffisamment pourvus.
Tout ceci, nonobstant nos préliminaires et règles sur les unions à faire…. les unions, annexions et incorporations perpétuelles du récent Concile du Latran, sauf pour les cas permis par le droit et devenus prohibés, et n'importe quels édits Apostoliques, provinciaux et synodaux, constitutions et dispositions spéciales ou générales, et toutes autres choses contraires.
Donné à Rome, à Saint Pierre, sous l'Anneau du Pêcheur, le 23 mars 1599.
M. VESTRIUS BARBIANUS
Revu sur le texte inédit, inséré dans le Registre de 1596-1601 de l'Ancien Evêché de Genève
IX
REQUÊTE
DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE
AU DUC DE SAVOIE (note 294)
Dans leur Requête, les Chevaliers " narroyent qu'ils s'estoyent apperceuz que le Prevost de Sales, Esleu de Geneve, avoit apporté du Souverain Pontife des Lettres par lesquelles la Milice de leur Ordre estoit entierement spoliée non seulement des benefices curez, mais encore de tous autres des bailliages de Chablais et de Ternier, contre la teneur des Lettres obtenues du Pape Gregoire treiziesme, sous pretexte de l'entretenement necessaire des Pres¬tres qui y estoyent des-ja establis, ou qu'on devoit y establir. (notes 278,296)
Ils disoyent de ne vouloir en façon quelconque troubler ny empescher une affaire si saincte protestans plustost d'estre prests de faire tout ce qui serait raisonnable ; mais qu'il sembloit estre contre la raison si, aprés avoir baillé aux Curez la portion congrüe, et plus que congrüe, ils estoyent spoliez des autres revenuz, et principalement des abbayes et prieurez, où il n'y a point de charge d'ames.
Ils adjoustoyent que cela apportoit un grand prejudice aux droicts de S. A. et de ses successeurs, à raison du patronage et de la nomination ; concluans, qu'il fust du bon plaisir de S. A. de commander qu'on sursoyast à toute execution, jusques à ce qu'ils fussent appelez à voir faire la discussion de tous les revenus, et que les Lettres Apostoliques r'apportées par le Seigneur Esleu de Geneve leur fussent communiquées."
……………………………………………………………………..
" Le Duc, par son decret, commanda que la Requeste fust inti¬mée au Prevost de Sales, pour y respondre dans deux jours ; et jusques à tant et qu'il fust autrement prouveu, de sursoyer à toute execution ; avec commandement de bailler copie à la Reli¬gion du Bref Apostolique et des raisons pretenduës contre icelle, à fin d'y pouvoir respondre, et aprés, estre prouveu ainsi que de raison.
" Faict à Turin, le vingt neufviesme d'avril, l'an mil cinq cens nonante neuf.."
X
LETTRES DE Mgr JULES-CESAR RICCARDI
ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
AU CARDINAL PIERRE ALDOBRANDINI
(EN ITALIEN - NON NUMÉRISÉES)
1
Il s'agit des différends au sujet du marquisat de Saluces qui se terminèrent seulement le 17 janvier 1601, par le traité de Lyon.
Dans sa lettre du 1er septembre suivant, Mgr Riccardi annonce à saint François de Sales que le Pape, "pour commencer à aider l'œuvre de Thonon, a résolu d'y entretenir à ses frais six jésuites. "
G. CESARE , Arcivesco. Di Bari
Di Chieri, a' 14. di Maggio 1599.
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 135).
2
Voir notes 273, 276,284,289
Di Chieri, a' 25. di Giugno 1599.
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 182).
3
Voir note 289 ; L2, lettre 128
Di Mondovi 27 Luglio 1599
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 237).
4
Voir notes 276,284, 306 sq ; L2, notes 43,46
Di Mondovi a' 6 di decembre 1599
All' ILLmo et Rmo Sigr Padron colendissimo,
Il Sigr Cardinale Aldobrandino.
A Roma.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à Rome, Archives Vaticanes (Nunz. di Savoia, vo1. 36, fo1. 445).
XI
REQUÊTE DES CURÉS D'ARMOY ET DRAILLANT A LA CHAMBRE DES COMPTES DE
SAVOIE
ET ARRÊT DE CELLE-CI
A NOZ SEIGNEURS DES COMPTES.
(notes 327,330,332) Supplient humblement les pauvres Aulmosniers d'Armoy et de Draillans, disants : quil est plus que notoire a la Chambre la pention quil a pleu a S. A. Sme leur establir vers le Sr Gabellier general, de cinquante escus annuels a chacung d'eulx, pour estre les biens desdits curés occupés par les Seigneurs de Geneve ; dallieurs, les divers voiages, frais et despens quil a convenu faire et supporter pour estre paiés d'une partie d'icelle, appres tant de decretz, arrests et jugement de ceans contre les ja dits Gabelliers. A raison de quoy, ils ont plus consumé et faict de despence que receu, et quils ne peuvent plus supporter, daultant que ce de quoy ils se doibvent nourrir et allimenter il fault quils le despence (sic) aux courses et poursuittes qu'il faut fere pour en obtenir le paie¬ment ; et, que pis est, ils sont contraincts de laisser le service divin; a leur grand regret, le plus souvent pour chercher leur pauvre vie.
A quoy la Chambre est tres humblement suppliee de fere consi¬deration et prouvoir une fois pour toutes ; et, [ce] consideré, nos Seigneurs, vous plairra ordonner au sieur moderne Gabellier general leur continuer la dite pention, quartier par quartier. a la forme de leur provision, patentes de S. A. et Arrests de ceans portant veriffication d'icelles, et leur fere rescription une fois pour toutes vers le commis du grenier a sel de Chablais (note 329), pour eviter aux voyages quil convient de fere pour ce regard, et a ce que le service de Dieu ne vienne a manquer : et sur ce, plaira leur prouvoir.
Et ils continueront leurs prieres a la prosperité de vous, nos Seigneurs, tant en general que particulier.
DE PASSIER , pour le Procureur.
Soit monstré au Procureur patrimonial. - Faict a Chambery, au bureau des Comptes, le vingthiesme novembre 1622.
BENOIT .
Le Procureur patrimonial n'empesche les fins de la requeste, attendu le faict duquel s'agist.
A Chambery, le dit jour.
DIVOLEY ,
ARRÊT DE LA CHAMBRE DES COMPTES
La Chambre ayant esgard au faict privillegié duquel s'agist, et que ce sont charges ordinaires sur la gabelle, suivant les diverses et reiterees jussions et commandements de S. A., et au consentement sur ce presté par le Procureur patrimonial: a ordonné et mande au moderne Gabellier general, de fere rescription aux Reverends Curés suppliants sur son commis a la vente du sel en Chablais, que servira une fois pour toutes pendant le temps de sa ferme. Et cest, pour le paiement de la pention a eulx establie par S. A., par Patentes veriffiees par Arrest de ceans, du vingt neufviesme may 1610, l'estraict desquelles rappor¬tant et du dit Arrest, ensemble du present et quictance, et leurs quictances aux aultres paiements ; et [ce] qu'aura esté payé en ceste conformité sera entré et alloué sur le pris de sa ferme, sans difficulté.
Faict a Chambery, aux bureaux des Comptes, le vingthuict novembre mil six cens vingt deux.
MILLET .
LANGLOIS .
D'après l'original inédit, conservé à Turin, Archives Camérales (Arrestz, Reg. n° 45, vol. 1622).
B
DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX
ET A LA MISSION DE SAINTFRANÇOIS DE SALES A PARIS EN 1602
I
LETTRES DU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE
A Mgr CLAUDE DE GRANIER, ÉVÊQUE DE GENÈVE
1
Monseigneur,
(note 364) J'esperois que la premiere lettre que j'aurais a vous escrire en response de celle dont il vous a pleu m'honorer vous serait rendue par monsieur le Prevost mon frere, pour l'esperance que me donnoyent ses diligences quil pourroit estre depeché avant les festes. Mais, outre l'incommodité que luy a causé l'absence du Roy et de tous ceux de son Conseil avec lesquelz il avoit negocié, qui ne sont de retour en ceste ville que des peu de jours en ça, il a treuvé sa negociation tant espineuse pour les traverses que luy font les uns et les autres (les uns, pour estre declairés tout oultre ennemys de nostre foy ; les autres, pour n'en estre amys que fort froidement, et presque tous pour estre gens d'Estat) , que si sa prudence et dexterité, assistee de la grace de Dieu et de vos merites, n'avoyent combattu la malice du temps, il aurait esté contraincts des le commencement, d'abandonner l'affaire et le remettre a un autre temps. Mais j'espere que Dieu le favorisera de telle sorte, quil surmontera en ce voyage non pas peut estre toutes les difficultés, mais du moins un bonne partie, et quil s'en retournera pour le moins a demy content, si son contentement n'est du tout empeché par le desplaysir quil aura de n'avoir pas entierement satisfaict a ce que vous desirez (L2, note126). Ce n'est pas peu qu'en une si malheureuse conjoncture, une partie, et la principale, se face bien, et qu'une autre fois l'autre se face, et que, des a present, ceux la mesme qui ne favorisent guere l'affaire en donnent presque asseurance. Mon¬sieur de Lux (L2, note 88) est arrivé icy bien a poinct pour y faire de tres bons offices, comme Vostre Seigneurie Reverendissime entendra plus a plein quelque jour, car il serait trop long et difficile de vous en representer par lettre toutes les particularités.
Cependant monsieur mon Frere, parmy tant d'embarrassemens, ne laisse de se faire admirer par les doctes et belles predications qu'il faict en divers lieux, et aux plus honnorables de la ville, a certains jours de la semaine; chose qui rend favorable a luy et a sa negociation non seulement tous les bons catholiques, mais encores les princes et princesses qui assistent presque ordinairement a ses predications (L2, lettre 153).(
Je me resjouys extremement et vous remercie tres humblement de la bonne nouvelle qu'avez eu de Rome, laquelle ne me pouvoit arriver meilleure en contre change de celle qu'a eu Madame de la decision de Rote, de laquelle, toutefois, et elle et tous ces messieurs de son Conseil se donnent maintenant beaucoup moins de peine des que nous l'avons receue et veu qu'elle n'est fondee sur raison qui vaille, ny qui soit nouvelle . Tout le Conseil de Madame se doit assembler en brief pour en prendre une finale resolution, la¬quelle attendant de vous escrire par monsieur mon Frere, qui par¬tira devant moy pour la retardation de l'arrivee de Monsieur , je vous baise cependant ires humblement les mains, Monseigneur, comme celuy qui est,
De Vostre Seigneurie Reverendissime,
'l'res humble et tres obeissant filz et serviteur
FAVRE.
De Paris, en l'hostel de Nemours, ce 28 mars 1602.
Revu sur le texte inséré dans le 2e Procès de Canonisation.
2
Monseigneur,
Je me sens obligé par double devoir, en l'absence de monsieur le Prevost mon frere, vous donner advis de sa santé, et quil est allé des hier a Fontainebleau vers le Roy, pour tirer de Sa Majesté quelque bonne resolution avant qu'elle parte pour aller a Blois, ou l'on tient qu'elle va bientost (L2, lettres155,156).
Vous ne pourriez croyre, ny moy vous dire combien tous les princes et princesses de la Cour favorisent mon Frere pour les meri¬tes qu'ilz reconnaissent en luy, et pour la reputation que luy ont acquise tant de belles et doctes predications quil a faictes aux plus celebres lieux de ceste ville en ce Caresme et en ces festes de Pasques. En somme, il est tenu pour le premier predicateur que la France ayt eu des long temps en ce grand theatre, et plusieurs pensent que le Roy ne le laissera poinct venir quil ne l'aye faict prescher devant luy ; ce que je desirerois, comme font aussy plusieurs autres, m'asseurant que cela donnerait beaucoup de credit a sa negociation, delaquelle ne pouvant vous escrire autre pour le present, je ne feray ceste plus longue, sinon pour vous baiser tres humblement les mains et prier Dieu quil vous doint, Monseigneur, en santé, longue et contante vie.
Vostre tres humble et tres obeissant filz et serviteur,
FAVRE.
De Paris, ce 10 avril 1602.
Monsieur m'a commandé de l'attendre icy ; cela m'en fera partir plus tard, mais j'espere que pour tout le mois de may je pourray avoir ce bonheur d'estre pres de Vostre Seigneurie Reverendissime.
Revu sur le texte inséré dans le 2e Procès de Canonisation.
II
LETTRE DE MESSIEURS MILLETOT ET DE BROSSES
A LA SEIGNEURIE DE GENÈVE
Messieurs,
(note 407) Estantz en ce bailliage pour une commission qu'il a pleu a Sa Majesté nous addresser touchant l'execution de l'Edict de Nan¬tes , et ayans receu quelques requestes a nous presentees de la part du sieur Evesque de ce diocese, concernant choses esqudles vous pouvez estre interessés, nous ny avons voullu pourveoir sans vous en rendre advertis. C'est pourquoy nous vous envoyons ce porteur exprés , pour vous dire que nous desirons estre infor¬mez de vos droictz, pour ne faire chose au prejudice d'iceux. Et partant, s'il vous plaist envoyer par devers nous quelques ungs de vostre part, vous nous trouverez disposez a vous rendre toutte sorte de contantement qui despendra de nostre pouvoir.
Et sur ce, nous prierons Dieu, Messieurs, qu'il vous tienne en sa saincte garde.
Vos tres humbles et affectionnés a vous faire service,
MILLETOT. DE BROSSES
De Gez, ce 19e juillet 1612.
A Messieurs les Syndicz et Conseil
de Geneve.
III
RÉPONSE DE LA SEIGNEURIE DE GENÈVE
A LA LETTRE PRÉCÉDENTE
Messieurs,
(note 407) Nous avons receu la lettre par laquelle Nous faictes entendre que vous estes au balliage de Gex pour la commission a vous addressee par S. M. touchant l'execution de l'Edict de Nantes, et que le Sr Evesque mentionné en la vostre vous a presenté quelques requestes concernant choses ou Nous pouvons estre interessés.
Sur quoy Nous vous dirons que Nous avons jugé entierement superflu l'envoy d'aucuns des nostres par dela, d'autant que l'Edict de Nantes ne regarde point (comme vous sçavez trop mieux) nostre: Seigneurie et Republique, ne les terres ou droicts d'icelle. Comme aussy, le dict Evesque n'a que veoir sur nos terres ny sur nos droicts, soit sur celles que Nous tenons du costé du dict bal¬liage en souveraineté (notes 338,340), soit sur celles de St Victor et Chapitre (L2, note 92), ayans des traittés avec la Couronne de France et Messieurs nos alliez de Suisse, ausquelz ceste Seigneurie est comprise avec tout son territoire, et a forme de nostre presente et ancienne possession qui est assez notoire a tout le pays. Voire, Nous avons traitté de paix avec S. A. de Savoye, en observation duquel, et de nos anciens droicts, Nous possedons du costé de Savoye diverses terres en souveraineté, et aultres du mesme St Victor et Chapitre, avec les mesmes immunitez, libertez et prerogatives, soit au regard de la religion, soit d'aultres points, que celles dont Nous jouyssons du costé du dict balliage en nos terres susspecifiees ; lesquelles, [d'abon¬dant], le feu Roy, de tres heureuse et glorieuse memoire, par paten¬tes authentiques, verifiees partout ou besoing faisoit, a recogneiies telles et promis de ny rien innover, ains de laisser toutes choses a Nous appartenantes au mesme estat qu'elles estoyent pendant que Sadicte Altesse tenoit le dict balliage (note 352). Et sommes encores tellement asseurez de la bienveuillance de Leurs Majestez envers ceste Republique, declaree mesmes par effects et tesmoignages tous recents et bien sigualez, qu'il ne peut entrer en nostre creance qu'Elles ayent donné quelque commission pour Nous molester en nos droicts et possessions; Nous dis je, qui dez si longues annees, [soit en temps de paix, soit en temps de guerre,] avons [tous jours] faict profession de nostrc tres humble et devotieux service a leurs Couronnes. Que si le dict Sr Evesque vous voulait induire a Nous y travailler et faire quelque chose a nostre prejudice, vos prudences sçauront assez que luy respondre.
Et finalement Nous croyons, suyvant ce qu'il vous plaist Nous promettre et protester par la vostre, que vous ne ferez rien au pre¬judice de nos droicts.. Et si aucune chose neantmoings estait faicte et attentee au contraire, Nous protestons dez a present, comme dez lors, de la nullité du tout et de Nous pourvoir constamment et vertueusement pour la conservation de nos droicts, ainsy que verrons estre a faire selon Dieu et raison.
Sur quoy, apres vous avoir remercié trcs affectueusement de la bonne volonté qu'il vous pleust Nous tesmoigner, a laquelle Nous desirons correspondre par tous plaisirs et services a Nous possi¬bles, d'aussy bon ceur (sic) que Nous prions Dieu, Messieurs, vous avoir en sa saincte garde.
Vos tres affectionnés a vous faire service,
LES SYNDICQS ET CONSEIL DE GENEVE.
Du MONT.
Ce 10/20 juillet 1612.
A Messieurs
Messieurs Milletot, Conseiller du Roy au Parlement de Dijon,
et des Brosses, Conseiller du Roy et Lieutenant civil et criminel
au ba1liage de Gex.
A Gex.
IV
MEMOIRES POUR LES AFFAIRES DE GEX
ADRESSÉS A SAINT FRANÇOIS DE SALES PAR LE CURÉ ÉTIENNE DUNANT
Plairra a Monseigneur escrire a monsieur le Grand qu'il se con¬tente nous relascher le cinq pour cent provenant des biens d'Eglise, a la forme de l'execution de l'Edict, a quoy ont (sic) ne veult tou¬cher sans son bon plaisir .
A Monseigneur de Bourges, qu'il luy plaise commander a ses fer¬miers du prieuré de Prevesin nous deslivrer les deux centz livres qu'on donnoit aux ministres ; ensemble, les centz livres qu'il luy a pleu accorder a monsieur le Mazuyer d'Accrasi , et la judica¬ture dudict lieu pour un advocat catholique.
A Thoiry. Quand monsieur le curé Gay (note 425 ; L5, note 634) aura servi le temps pour lequel il a efte paié, sera necessaire prouvoir d'un autre : de monsieur Perrin , ou de celuy que presente monsieur de Siccard (note 434).
A Saconay. Pour le commencement du Caresme faudra fere ve¬nir le curé , et on luy donnera pour le premier paiment 300 florins.
Pour le soulagement de ceux qui manient les biens d'Eglise, plair¬ra a Monseigneur fere entendre que sa volonté est de distribuer les biens d'Eglise aux curés, sans les laisser en œconomie.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation de Turin.
V
ESTABLISSEMENT DES CURES DU BAILLIAGE DE GEX
FAIT ANNESSI LE MERCREDY [15 DÉCEMBRE ] 1621
1. La cure de Versoy,
a laquelle sont unies Saint Loup, qui estoit la cure, anciennement, dudict Versoy ; plus, a esté uni Malagny et certains autres ha¬meaux. Pour le service de ladite cure et entretien du curé l'on a assigné ce qui s'ensuit :
Le disme de Versoy, vallant en communes annees……………………………………….25 paires
plus, le terrage du susdit Versoy, qui vaut annuelle¬ment……………………………florins 100 00
plus, le revenu de la chappelle du Saint Esprit, qui vaut annuellement……………….ff. 50 00
plus, cent florins deus par le sieur de Boisy pour l'albergement
de la cure de Collex, et partant………………………………………………………...ff. 100 00
plus, l'alberge ment de la cure du susdit Versoy, qui vaut……………………………..ff 10 00.
plus, le cinq pour cent deu pour l'albergement du prieuré de Prevessin……………….ff. 113 00
2.
La cure de Versonnex (note 414)
a laquelle l'on a annexé Villars Nostre Dame, Sauverny, Maconnex, Villars Tacon. Pour le service et pour l'entretien du curé l'on luy assigne :
Le disme du bled de Versonnex, vallant en communes annees …………………………25 paires
plus, huictante huict florins six solz provenus de l'albergement de l'hospital
dudit Macconnex …………………………………………………………………………ff. 88 06.
plus, quatorze florins de l'albergement de la cure duditVersonnex.........................………ff. 14 00
plus l'albergement de la cure de Sauverny………………………………………………...ff. 13 00
3.
La cure d'Ornex (note 414)
a laquelle l'on a annexé Bossy, Collex, Fernex et Rosiers. Pour le service et entretien du curé l'on luy a assigné : La pension de Monseigneur le Reverendissime Evesque de Bourges, a cause du prieuré
de Pre¬vessin ,qui est de…………………………………………………………………ff. 300 00
4.
La cure de Sacconex,
a laquelle l'on a annexé Prigny, Chambessy, Tornex, Vallavran, Collovrex (var :Pour le service de laquelle l'on assigne le disme du dict). Pour l'entretien du curé l'on luy a assigné :
Le disme de (a) Sacconex, qui est de douze coup¬pes froment annuellement…. froment, ….12 couppes
plus,(var : le diesme de Vernier (Verny) qui vaut, par communes annees,vingt a vingt cinq paires, 20 partz (sic)…) les censes et terrages du dit Sacconex, qui valent annuellement………ff. 200 00
plus, deux centz florins pour la pension de Saint Jean ………………………………ff.. 200 00
plus, sept escus et demy pour l'albergement de l'abbaye de Jond …………………….ff.. 100 00
5.
La cure de Meyrin (note 414)
a laquelle l'on a annexé Verny et Mattignin. Pour le service et entretien du curé l'on luy assigne les dismes de Meyrin et de Mattignin, qui vallent annuelleme…………………………………… 45 paires
6.
La cure de Chevry.
L'on a annexé Naz-dessous, Segny, Bretigny, Vesigny (Vésignin), Veyrax (Veraz) et Fleriex Et pour l'entretien du curé l'on luy a assigné le disme cludit Chevry, qui vaut annuellement………… 55 paires
7.
La cure de Prevessin,
a laquelle l'on a annexé Pouilly, Perignin et Saint Genix. Pour l'entretien du curé l'on a assigné :
Le terrage dudit Prevessin, qui vaut annuellement……………………………………… fi. 120 00
plus, le disme de Prevessin et d'Ornex, qui vallent annuellement ……………………….….. 5 paires
plus, le disme de Perignin .................... ……………………………………………………… 18 paires
plus, le disme de Saint-Genix ................………………………………………………………12 paires
8.
La cure de Crozet,
a laquelle l'on a annexé Villeneufve et Avouson. Et pour l'entretien du curé l'on luy a assigné :
Le disme de Crozet, vallant annuellement…………………………………………………12 paires
plus, le terrage dudit Crozet……………………………………………………………fi. 8 00
plus, le disme de d'Ars (sic)………………………………………………………………...10 paires
plus, le disme de Pouilly ..................…………………………………………………………8 paires
plus, le disme de Mars ………………………………………… fi. 50 00
9.
La cure de Thoiry,
a laquelle on a annexé Allemogne, Saint Jean de Gonville, Sergy et Fenieres. Pour le service et entretien du curé l'on luy a assigné :
Le terrage de Thoiry, qui vaut annuellement…………………………………………..fi. 20 00
plus, le disme de Saint Jean……………………………………………………………. 10 paires
plus, le terrage avec les cinq pour centz, qui est dedix florins, audit Saint Jean;
le tout monte a.. ………………………………………………………………………..ff. 60 00
plus, le disme de Villeneufve………………………………………………………………..15 paires
plus, le disme de Sergy……………………………………………………………………….6 paires
plus, le disme d'Avouson ……………………………………………………………………14 paires
plus, soixante florins annuelz pour l'albergement du domaine du prieuré de Sessy …fi. 60 00
10.
La cure de Challex.
Pour l'entretien du curé l'on luy assigne :
La troisiesme partie de la pension de Challex, qui est quattre couppes avoine et six couppes froment ; argent …………………………………………………………………………………..ff. 46 00.
plus, la chappelle de Nostre Dame, fondee audit Challex, qui vaut annuellement... . . . fi. 25 00
plus, le terrage dudit Challex, qui vaut annuellement ……………………………… fi. 35 00
plus, le disme de Tougin, qui vaut…………………………………………………. fi. 500 00
lequel disme de Tougin sera remis a Monseigneur le Reverendissime, pour en disposer apres que l'on aura les autres deux tierces parties de la susdite pension qui est en proces.
Revu sur le texte inédit, inséré dans le II" Procès de Canonisation.
VI
ESTAT DE L'OFFICE
ESTABLY EN L'EGLISE PARROCHIALE DE SAINT PIERRE DE GEX
FAIT LE MERCREDY [15] DECEMBRE 1621
Pour le service de ladite eglise seront establis, oultre la personne du curé, trois prestres, l'un desquelz sera entretenu et payé du curé, et les autres deux auront pour chacun six centz florins par an, qui leur seront payés par ledit sieur curé sur les revenus et biens cy specifiés, et annexés a ladite cure.
Plus, seront payés par ledit sieur curé trois centz florins pour les luminaires accoustumés et neccssaires en ladite eglise, selon l'ordre qui en a esté fait par cy devant par Monseigneur le Reve¬rendissime . Plus, sera payé au filz du sieur Paris , par ledit sieur curé, la somme de deux centz florins pour assister à l'Office qui se fera en ladite eglise de Gex ; il enseignera le plain chant aux vicaires et enfans qui voudront apprendre.
Et ledit curé, prestres et vicaires feront l'Office en ladite eglise selon ce qui a esté ordonné par cy devant par mon dit Seigneur . Et pour la charge desditz prestres establis, l'un d'iceux aura la charge d'enseigner la jeunesse dudit balliage en grammaire, escri¬ture, et servir en ladite eglise continuellement et assister a tous les Offices qui se feront ; et pour ce faire luy seront payés les six centz florins sus establis (note 483). Et l'autre prestre establi sera obligé d'avoir soin de la sacristie, du luminaire et blanchissage des linges et autres choses nccessaires pour ladite sacristie, pour lesquelles choses luy seront payés trois centz florins, oultre les six centz florins sus consistans .
Et pour le payement desditz gages des vicaires, et sacristie et luminaire, et pour le filz du sieur Paris, seront annexees a ladite cure, oultre son revenu ordinaire, les choses cy apres specifiees. Et premierement, les cinq pour centz non pourveuz, qui montent par an a la somme de neuf centz sep¬tante deux florins trois solz, selon le roolle qui en sera fait et remis audit curé ………………ff. 972 03
plus, luy sera remis le disme de Fleix, qui est annuel¬ lemene………………… paires 20
plus, les revenus des chappelles non pourveues de tout le balliage, qui peuvent valoir annuellement
argent ……………………………………………………………………………………ff. 750 00
plus, 12 fI. de la chappelle de Saint Theodore, situee a Collonges ……………………..ff. 12 00
Somme toute …………………………………………………………………………….ff. 1 734 00
Et parce qu'il y a quelques proces des Gex intentés, ilz seront poursuivis a la diligence dudit sieur [curé] de Gex ou de ceux quil commettra, tant pour la recepte des deniers susditz que pour la poursuitte des proces, et aux despens et frais de l'oeconomie qui sera establie par Monseigneur le Reverendissime.
Plus, les susditz prestres et vicaires en sus establis seront logés en la maison de la cure dudit Gex. Et quant a la grange qui a esté annexee a ladite cure et qui a esté achetee des deniers de l'oecono¬mie, elle sera remise auxdits prestres pour leur service, a la charge qu'ilz l'entretiendront, et ladite maison et ladite grange. Et pour le present, le sieur Paris tiendra place d'un desditz trois prestres sus consistans, aux gages sus specifiés, et sera logé en la mesme maison de la cure dudit Gex.
(note 421) Et pour le regard de la pension de l'abbaye de Bonmont qui se payoit autrefois aux ministres du balliage de Gex, qui estoit de deux centz florins annuelz, nous l'avons laissee au sieur Prevost du Chapitre de Saint Pierre de Geneve, auquel appartient le membre qui estoit [tenu] de payer ladite pension ; lequel n'a aucune charge ni cure d'ames, pour estre un membre dependant de l'abbaye de Bonmont, laquelle est riere la Seigneurie de Berne. Et c'est en consideration de la grande despence qu'ilz ont faitte au Conseil du Roy a Paris pour le restablissement des ecclesisastiques et ser¬vices au balliage de Gex ,
Et touchant l'establissement du curé de Divonne, auquel l'on avoit ordonné par cy devant la somme de centz florins annuelz sur l'oeconomie, Monseigneur le Reverendissime luy a ordonné, pour lesditz centz florins, qu'il prendra douze couppes froment et huit d'avoine qui sont restat de la pension de Saint Jean ; et ce, sa vie durant, sans tirer en consequence, ayant esgard au lieu ou il est.
Et touchant la maison de la cure, qui reste designee pour le loge¬ment du vicaire qui fera l'office de maistre d'escole et pour le sieur Paris qui tiendra place d'un vicaire, Monseigneur le Reverendissi¬me a ordonné que le sieur vicaire qui fera l'escole sera logé au logis le plus logeable de ladite maison (note 423), a son choix, a cause de la charge de ladite escole, et le sieur Paris aura le reste dudit logis. Et pour les jardins qui sont annexés a ladite maison de la cure, ilz seront partagés par esgales parties entre ledit sieur vicaire qui fera l'escole et le sieur Paris.
Monsieur le curé de Gex possede annuellement :
Six vingt paires de dismes ;
plus, les censes, qui vallent annuellement : argent ff. 100 00, oultre les laouds qui y arrivent souvent;
plus, son terrail et sa vigne, qui sont trois poses ;
plus, deux poses de vigne qu'il a acquise des albergemens des Nicotz ;
plus, trois poses de vigne qu'il a acquises des albergemens de Bordet ;
plus, une pose acquise des albergemens de Mercier.
Et veut affranchir les cinq pour centz, qui sont 26 florins, monnoye de Savoye.
L'acquisition a la cure de Meyrin. - Oultre l'establissement dessus assigné (note 496), ledit sieur curé a acquis : Une maison, grange et curtil et jordil; le tout joinct ensemble, contenant demy pose ;
plus, un chenevrier, demy fossoree ;
plus, deux poses de bonne vigne a Verny, appellé Encrozottant ;
plus, au mesme Verny, une piece de pré contenant demy seytoree.
[Avec] tout cela, devoit quarante florins de cinq pour centz, monnoye de Savoye, donnés au sieur Paris, lesquelz ledit curé ne veut payer.
Il a acquis aussi les biens de la cure de Mattignin, qu'il y a bien vingt deux pieces, que chams, vignes, prez, bois et autres. De mesme, pour ledit curé, il a acquis la pluspart des biens de la chappelle de Mattignin , a sçavoir : une vigne, deux poses; plus, une seytoree de pré, appellé pré Rossillion ; une autre seytoree de pré appellé Espanges ; plus, une piece de vigne a Verny, dependant de ladite chappelle de Mattignin. Il ne veut payer aussi le cinq pour centz d'unze florins.
Le curé de Pouilly , oultre l'establissement cy dessus (note 498), article 7, il a acquis tous les biens de la cure de Pouilly autrefois albergez par les seigneurs de Berne, a sçavoir: une maison et grange proche de l'eglise; plus, une seytine de pré proche de ladite maison; plus, cinq seytines de prez en l'estang ; plus, trois seytines de pré en praz Punel ; plus, deux poses de pré proche l'eglise.
Le curé d'Ornex, outre l'establissement fait selon l'article troiziesme (note 496), il a acquis: premierement, de la chappelle des Brochuts, d'Ornex, un pré contenant cinq seytines, duquel il doit 13 florins de cinq pour centz, et ne les veut payer audit Paris. Plus, depend de la cure de Fernex une grande vigne qu'il a acquise du sieur Diodati qu'il tenait albergee, et payoit audit Paris 29 florins de cinq pour centz, lesquelz ledit curé ne veut payer audit Paris. Il a permuté ladite vigne pour certains biens dudit sieur Diodati ; le tout au grand prejudice du futur curé de Fernex.
En ladite cure il y a plus de trente pieces, que vignes, chams, prez, bois, censes albergez, possedés par le sieur de Fernex et encor les dismes.
La cure de Tougin, que le curé a la portion congrue de messieurs les Religieux de Saint Claude (L5, notes 110,112) de qui la cure depend. Ledit curé s'est acquis les biens dependantz de ladite cure, scavoir: une maison et courtine en icelle ; plus, une seytine de pré en lieu dit Enfouillie ; plus, une autre seytine de pré sous les vignes ; plus, une autre seytine de pré en praz Gaillard ; plus, trois quartz de poses de vigne en lieu dit En chaud-soleil. Doit cinq pour centz 10 ff., monnoye de Savoye, et ne veut payer audit Paris.
Le curé de Sacconex, oultre son establissement selon l'article 4e (note 494), il a acquis tous les biens de la cure de Verny, se disant aussy curé ; et ne veut payer les cinq pour centz au sieur Paris, qui sont seize florins annnuelz, monnaye de Savoye. Il y a plus de vingt pieces, que vignes, chams, prez et teppes, et dependantz de ladite cure.
Il y a de grans restatz en ladite cure de Sacconex, que ledit sieur Paris laisse en dernier pour n'avoir les tiltres ; et aussy en la cure de Fernex et en plusieurs chappelles qui tomberont en prescription, si l'on ne commet un procureur ou un œconome qui aye bon pouvoir et moyen de poursuivre.
L'on trouve fort estrange que le curé de Peron, qui a une tres bonne cure, soit curé de Tougin, qui est a trois grandes lieues loin ; laquelle cure avoit esté annexee a l'eglise de Gex pour l'entretien des vicaires. Et le curé de Sessy, qui a aussy une bonne cure, en a destourné le terrail, au prejudice du curé futur, et ne veut payer les cinq pour centz au sieur Paris, qui sont dix florins.
Revu sur le texte inédit, inséré dans le II' Procès de Canonisation.
GLOSSAIRE
DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNÉS
OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITÉE AUJOUR.D'HUI
(L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans les Glossaires des tomes précédents.)
*A - pour avec , de , en, par, pour, sous, vers
*ABONDANT (d') – de plus
*ABSENTER pour s'absenter
ACCENSEl\IENT - convention par laquelle un terrain est donné à cens, c'est-à-dire sous la redevance
d'une rente
*ACCOMMODÉ _ pour ajusté
ACCOMMODER DE (s') - tirer de quelque chose son avantage, son bénéfice, sa commodité
*ACCOUSTUMÉ (avoir) - avoir cou¬tume
*ACCOYSEMENT - calme, tran¬quillité
ACCRASER – écraser ; pour faire écrouler
*A CE - pour cela
*A CE QUE - pour afin que
ACHEMINER - pour diriger, en¬voyer
*AFFECTION - pour passion, sentiment
AFFECTIONNÉ AU (mal) – pour mal disposé pour
*AFFIGÉ - affiché
AGGREABLE - pour aimable,gracieux
*AINS - et même, mais, mais plutôt
*AMIABLE - aimable
ANCIENNETE (d') - pour depuis longtemps
A PEYNE, AUX PEYNES – sous peine, sous les peines
*APPARANS (des plus) - des plus en vue
APPAROIR - terme de palais, cons¬tater
APPARU (qui luy ayt) - pour qu'il ait pu, constater
*APPERT (il) - il est
APPERT (il vous) - il devient évi¬dent pour vous
*APPRINS - ancienne forme d'ap¬pris
*APPRIVOYSER - pour attirer
A SON POUVOIR (ce qui est) - pour et qui est en sa possession, ce dont il a le pouvoir de disposer
ASSISTERA (Iuy) - lui servira d'assistant
ASSISTER AUX -- pour seconder les
ATTEDIER - de l'ital. ATTEDIARE, ennuyer, lasser
ATTENTER AUCUNE CHOSE¬ tenter ou entreprendre quelque cho¬se pour nuire
*AU -pour dans le, par le, pour le.
*AUCUN - pour quelque
*AUCUNEMENT - pour en quelquefaçon, quelque peu
"AU PARAVANT, AUPARAVANT. - pour avant
*AUQUEL - pour dans lequel, ou, par lequel
AUSSI - pour non plus
*AUTRE - pour autre chose, rien d'autre
AUTRES - pour d'autres
*AUX - pour dans les, des, par les
AUX FAITZ DE - pour en ce qui concerne
AUX GRAINES DES AUMOSNES - dans la répartition ou distri¬bution des grains réservés pour les
aumônes
*BAILLER - donner
*BELLEMENT (tout) - tout dou¬cement
':'BENEFICE - du lat. BENEFICIUM, bienfait
*BONNEMENT - pour facilement
*BRAVE - pour beau, glorieux
BRUICT - pour réputation
CAS (a) - de !'ital. A CASO, fortui¬tement, par hasard
CATHECHIZER (sc) - pour s'ins¬truire de la religion
CATHOLIZÉ - converti au catho¬licisme
*CE - pour cela.
CE N'EST PAS TROP TRAND CAS DES AUTRES - les autres n'ont pas grande importance
*CE PENDANT - pour en attendant, pendant ce temps.
CEUX - pour ceux-là
*CHACUN - pour chaque
. CHAMBRIERE -- femme de cham¬bre
*CHAMS (aux) - pour à la campa¬gne
*CHAUT (il ne m'en) - il ne m'importe ; indicatif présent de l'ancien verbe chaloir.
C'IL - celui-là
*CLAIR - pour lumineux
*CLAUSULE - du lat. CLAUSULA, clause
*COMME - pour comment
*COMME QUOY - comment
*COMMIS - pour préposé
*COMMODITE - pour facilité, occasion favorable, opportunité
COMPRINS - ancienne forme de compris
*COMTE - pour compte
*CONDOLEANCE - pour commi¬sération, compassion
CONFIRMER - pour fortifier
*CONFORTER - du lat. CONFOR¬TARE, affermir
CONFORTER (se) - pour se fortifier
*CONSIDERABLE - pour digne de considération
*CONTE - pour comte, comp¬te
*CONTENTER (se) - pour accepter, agréer, être heureux de
*CONTRAIRE (au) - pour à l'encontre, dans le sens contraire.
CONTREDITE - pour contradic¬tion, le fait de contredire.
*CONTREROLLEUR - contrôleur
* CONTRESCHANGE (en) - en com¬pensation
CONTRIBUÉ DE (a laquelle sera) pour laquelle on prélèvera sur
*CONVENT - couvent
*CONVERSATION - pour compa¬gnies, relations de société, relations entre personnes qui se voient
souvent
CONVIENDRA (ce qu'il me) - pour ce que je devrai Cf. l'ital. CIO CHE MI CONVERRA,
CONVIENT (s'il me) - pour si je dois, s'il me faut Cf. l'ital. SE MI CONVIENE.
COURSE (a la) - pour au cours
*COUSTUMIEREMENT habi¬tuellement, ordinairement
CRAIGNANTES (qu'elles soyent) qu'elles craignent
*CURIEUX - pour fait avec minutie et scrupule
*CY APPRES - pour dans la suite
CY BAS - ici-bas
CY DEVANT - pour antérieurement, jusqu'ici
*DAMOYSELLE - appellation usi¬tée jadis à l'égard de toute femme mariée qui n'était pas noble, ou
qui, étant noble, n'était pas titrée
*DANS - pour à, sous
*DE - pour à, au sujet de, du, par
*DEBRIGUÉ - de l'ital. SBRIGATO, débarrassé, dégagé
DECENCE - pour décorum Cf. l'ital. DECENZA.
DECENT - pour convenable
DECERNÉ - pour attribué
*DECHASSÉ - chassé
DECORATION - pour décorum, di¬gnité
*DEDANS - pour dans
DEDICATION - du lat. DEDICATIO, consécration
DEFAILLANT - pour celui qui fait défaut, qui manque
*DEFAILLIR - pour faire défaut, manquer
*DEHORS - pour à l'étranger, hors des Etats du souverain
*DELA (de) - de là-bas
DELA AUTOUR - des environs
*DEPECHÉ pour pourvu de pièces, de dépêches
DEPUTÉ - du lat. DEPUTATUS, assigné
DEPUTER - pour déléguer
DE QUELQUE TEMS APRES – à quelque temps de là
DEQUOY - pour d'où, sur quoi, sur ce sujet
DERRIERE (au) - derrière *DES - pour depuis, par les, pour les
DES-CALER (foi sans) -- foi qui ne des-cale pas, qui ne sort pas de sa CALE, qui ne bouge pas, donc
inébranlable
*DES ORES - pour dès ce moment , désormais, dorénavant
DESPENS -- pour dépenses, frais
*DESPROUVEU - dépourvu.
*DES QUE - pour dès lors que, du moment que
*DES QUELQUES MOIS EN ÇA-¬ depuis quelques mois
*DESSUS - pour sur, sur eux
DETRACTION -du lat. DISTRACTIO, retranchement
*DEVANT - pour avant
*DEVANT QUE-avant de
*DIESME -- dîme
*DILATION - du lat. DILATIO, délai
*DISCOURIR - pour raisonner, réfléchir
*DISCRETION -- pour discerne¬ment
DISPOSER DE - pour disposer, prendre des dispositions au sujet de
"DIVERTIR - pour détourner
DOLEANCE - pour douleur
DONNÉ - pour placé
*DONT - pour c'est pourquoi, d'où, pour lequel
*DRESSER - pour adresser
*DU - pour le, par le
*DU DESPUIS -- depuis lors .
D'UN - pour un
*DU TOUT - pour entièrement, tout à fait
DU TOUT POINT -- puint du tout
EAU-BENISTIER - bénitier
*EFFICACE - du lat. EFFICACIA, efficacité
EFFORT DE PRIERES - surcroît de prières inspiré par un acte spécial de volonté
ELLE - pour qu'elle
*EMPLOITTE - enploi
*EMPORTER pour remporter
*EN - pour à, avec, dans, de, par, par là, sur la,
*EN ÇA - jusqu'à aujourd'hui Cf. l'ltal. IN QUA
*EN QUOY - pour à cet égard, sous ce rapport
*ENSEMBLEMENT - ensemble
*ENSUIVRE, ENSUYVRE (en, s') - pour suivre
ENSUIVY (il s'en est) - la consé¬quence a été
*ENTANT QUE - pour dans la mesure où, pour tout ce qui
*ENTENDRE -- pour apprendre, s'instruire de
*ENTOUR (l') - le territoire qui entoure
*ENTRE - pour parmi
ENTREDEMANDER (s') - se de¬mander mutuellement
*ENTREPRINSE - entreprise
*ENTRETENEMENT - entretien
ENTRETENIR D'EMPRUNTZ (s') - pour vivre d'emprunts
*ENTREVENIR - intervenir
*ENVERS LE - pour auprès du
ENVIS - du lat. INVITUS, à contre¬ coeur, à regret
ESCHAUFFER (s') - pour se ré¬chauffer
*ESCHEOIT (s'il y) - le cas échéant
*ESPANCHER - pour répandre
EST (qui) - pour qui existe
EST AUTANT QUE - pour revient à
* ESTONNÉ - pour ébranlé, para¬lysé moralement
*ESTRE (qui est en) - qui subsiste Cf. le lat. INESSE, en état.
ET DE - pour et à celui de
*ET SI - pour et avec cela, malgré cela
*EVENEMENT - pour issue
*EVICTIONNAIRE - garant
EXIGEABLE - exigible
EXPRES pour expressément
*FAILLIR - pour manquer
*FAIRE - pour donner
FAIRE LA BENEDICTION ET L'ACTION DE GRACE – pour bénir la table et dire les Grâces
FAIRE REPRESENTER - pour remettre sous les yeux
FAIT POUR UNE JUSTE RAYSON - ce qui fournit une juste raison
*FASCHERIE - pour mal, tort
*FAUTE (a) – à défaut, par faute
FAUTE (la) -- pour la privation
*FERME - pour administmtion chargée de percevoir les revenus publics donnés à terme
*FONTAYNE - pour source
FONT POUR (qui) - pour qui servent à
*FORME - pour apparence
FORME DE (a la) -conformément à, selon
FORME DU DROICT (a, a la) - selon les règles du droit
FORME QUE (a) - dans les conditions où
*FORS - excepté
*FORT (de plus) – plus fortement
"FORTUNE (par) - par hasard
FRAUDEMENT - frauduleusement
FRAYÉ - pour dépensé
GROS - pour somme. totale
"HABITS - pour ornements sacerdotaux
HAUTE VOIX (a) -- pour en chant
*HONNESTE - pour bienséant, convenable, noble.
HORS DE COMMERCE (qui soit) ¬pour où il n'y ait pas la facilité d'échanger des relations
HUICTANTE - quatre-vingt
HUICT VINS - huit fois vingt, cent soixante
*IDOINE - du lat. IDONEUS, capa¬ble, propre à
ILLEC - là, en ce lieu du lat. ILLO LOCO ?
*IMBECILLITÉ - du lat. IMBECIL¬LITAS, faiblesse
IMPRESSION (ayant l') – pour subissant des impressions, étant impressionnable
INCOMPOSSIBILITÉ - incompa¬tibilité
INHIBITION - interdiction .
INTERINER - entériner
*INTERMIS - interrompu Du lat. INTERMITl'ERE.
INTERPOSITE PERSONNE - in¬termédiaire
*JA – déjà, jadis
JADIS - pour qui fut jadis
*JOURD'HUY (du) - d'aujour¬d'hui
LABORIEUX - pour rempli d'occu¬pations et de soucis
*LAIRRAY - ancienne forme de laisserai
*LAIS, LAIZ - laïques
*LA OU - pour alors que, au lieu que
*LEGAT - du lat. LEGATUM, legs
LEGATEUR - légataire
LE MESME - pour la même chose
*LEVER - pour enlever, ôter, prélever,supprimer
LOURDISE maladresse digne d'un lourdeau
LOYAL - pour légitime
*LOYER - pour récompense
LOYSIBLEl\ŒNT - en toute li¬berté
LUY SERA ASSISTÉ – assistance lui sera donnée
MALEPEYNE (a) - de l'ital. A MA¬LA PENA, difficilement, malaisé¬ment
MANDER - pour envoyer Cf. l'ital. MANDARE.
MANIERE D'INADVERTANCE (par )- machinalement, sans y avoir pensé
MARQUÉ - pour noté dans la mé¬moire
*MEMORIAL - pour mémoire
*MERCI (a) - en pitié
*MESMEMENT - même
*METTRE AU MONDE - pour ap¬porter dans le monde
METTRE GRAND PEYNE - tra¬vailler beaucoup, fortement
METTRE PEYNE - s'efforcer
MODEL - diminutif de mode
*MOINS - pour et moins encore
*MONSTRE - pour action d'étaler quelque chose pour séduire
MONSTRER SIGNE -- avoir l'air, faire mine
*MOUVANT - pour excitant
MOYENNANT - pour moyennant cela
*MUTATION -- changement
*NE, N'Y - pour il ne, il n'y
*NEANTISE - néant .
NEGOCE - pour affaire, occupation
*NET - pour pur
NOMBRE D'UNIVERSITÉ (ce) - ce nombre (de douze) qui est ins¬piré par le spectacle de l'univers
auquel président les douze signes du zodiaque
*NOMPLUS, NON PLUS – pour pas plus
*NOURRITURE - pour entretien
NUD pour dénué, dépouillé
OCCASION - pour sujet
*ONQUES - du lat. UNQUAM, ja¬mais
*ORATEUR - pour suppliant titre que prenaient autrefois les gens d'Eglise écrivant à des souverains ORATOIRE - pour la partie d'une pièce réservée à la prière et dis¬posée à cet effet
ORDINAIRE (le tems) - pour le moment fixé, conforme à l'ordre adopté
ORDONNER DE - pour disposer, régler
*OR SUS - parole d'encouragement . Cf. l'ital. ORSÙ.
*OUBLIER DU (s') - négliger le
*PAR - pour à travers, dans, pendant
*PAR APRES - ensuite.
PAR CE - pour en conséquence, par suite de cela
*PAR CI, CY APRES - dans la suite
PAR CY DEVANT - auparavant, précédemment), jadis, ces derniers temps, naguère
*PARDELA - là où vous êtes
*PAR DEVERS - auprès de
* PARMY, PARMY LE- pour au milieu de, au milieu du
PAR QUI IL SERA ADVlSÉ –par celui qu'on aura désigné pour cela
* PARROCHIALE -- paroissiale Cf. l'ital. PARROCCHIALE.
PAR SEMBLABLE JOUR – au jour anniversaire
PAR SUS - à travers
*PASSER - pour faire passer
PAUCITÉ - petit nombre
*PENNACHE - panache
PENSIONNAIRE - pour pensionné.
*PERDURABLE - du lat. PERDU¬RABILIS, éternel, qui dure toujours
PEU (le) - pour la brièveté
PHILISTINOYS - Philistins
*PITOYABLE - pour compatis¬sant, plein de pitié
PLAYRE QU'ON (se) - aimer bien qu'on
PLAYSE A VOUS - qu'il vous plaise
*PLEIN (a) - pour complètement Cf. l'ital. APPIENO.
PLEIN ŒIL (a) - de tous ses regards
*POINCT, POINT - pour aucun, nul, moment
*PORTER - pour comporter, de¬mander
*PORTION - pour ma partie, revenu fixe en forme de pension
*POSSIBLE - pour probablement
* POUR - pour conformément à, selon, par
*POUR AUTANT - pour d'autant
*POUR CE – pour cela
*POUR CE QUE - parce que
POUR FERE PROFESSION - pour parce qu'ils font profession
POUR LA - pour en
POUR LA PLUSPART, POUR LE PLUS - pour en majorité
PRAELEGAT - prélegs
*PRATTIQUER - pour faire, trai¬ter
*PREFIGER - du lat. PRAEFIGERE, assigner, fixer d'avance
PRESCHE - pour sermon catho¬lique, prédication
*PRESCHEUR - pour prédicateur
PRESSÉ DE - pour épuisé, fatigué par
PREVENIR - pour anticiper, avan¬cer
PREVERRA - futur archaïque de prévoir
* PRINS - ancienne forme de pris
*PRISE - pour récolte.
*PROPOS - pour résolution
*PROU - beaucoup de
*PROUVOIR - du lat. PROVIDERE, pourvoir
*PROUVOIR (1uy) - lui accorder le secours qu'il réclame, lui faire justice
PROVENU - pour perçu
PROVIDENT - prévoyant
*QUAND - pour quant
*QUANT ET SOY - avec soi
*QUE - pour ce que, qui
*QUI - pour ce qui, dé¬pense qui
QUOY - pour ce qu'il faut
QUOY FAIT – cela fait
RAFRAISCHISSEMENT – pour renouvellement
*RAMENTEVOIR (se) - se rappe¬ler
*RAPPORT - pour rendez-vous
RAPPORTÉ - pour attribué
RATISSEURE - rature
RECOUVERTE - pour recouvrement
*RECREU - épuisé
REDRESSER - pour reconstruire
* REDUCTION - pour conversion
*REDUIRE (se) - pour se convertir, se soumettre
*REDUIT - pour remis
*REFECTIONNER (se) - se nour¬rir, se repaître
*REGARD (pour ce) - à cet égard, à ce sujet, pour cet effet
*REGARD DE, DES, DU (pour le) - à l'égard, pour ce qui concerne, pour ce qui concerne les, pour
ce qui est
REGIME - pour façon de régir sa conduite
*RELIGION - pour Ordre religieux
*REMONSTRER - pour démon¬trer
*RENCONTRE - pour relation fortuite
REPETER - pour réclamer
REPUBLIQUE - du lat. RESPUBLI¬CA, chose publique ; gouvernement de son peuple et de son diocèse
* REPUTATION - pour bonne ré¬putation
"RESSENTIR - pour porter le caractère de
RETROUVER, SE RETROUVER- pour trouver, se trouver
RIEN POUR TOUT (ne s'estendent) - ne s'étendent absolument en aucune façon
*RIERE, RIERE LES - à l'entour de, près de, chez, dans, dans le territoire de, du territoire de, sur les ROMPEMENT - rupture
*SANS PLUS - pour sans autre chose, sans rien de plus
*SAPIENCE - du lat. SAPIENTIA, sagesse
SCINDIQUE, SCINDIQUEUR - cen¬seur,. De l'ancien verbe SYNDIQUER, censurer, critiquer.
*SEEL - sceau
SERVANT D'UNE PARTIE - représentant une partie
*SI - pour ainsi,aussi, néanmoins
SIECLE - pour vie du monde, par opposé à la vie chrétienne
*SI EST CE QUE – cependant, néanmoins
*SIGNAMMENT - notamment Cf. le lat. SIGNANTER et l'ital. SEGNATAMENTE.
*SI MOINS - sinon
*SI QUE - de sorte que, si bien que
*SI TOST - pour aussitôt
*SOL - pour soleil
*SOUEFVEMENT – suavement, d'un sommeil rempli de suavité
*SOULOIR - être en usage du lat. SOLERE.
SOUSNOMMÉ - nommé ci-dessous
SOUSTERRÉ – enterré Cf. l'ital. SOTTERRATO.
*SOUVENANCE - souvenir
*SOUVENTESFOYS - souvent
SPECTABLE - du lat. SPECTABILIS, beau, remarquable
*SUPPORTÉ - pour soutenu
*SUS - ci-dessus parole d'encouragement
TANNÉ - couleur brune
*TANT PLUS - d'autant plus
TANT QUE - pour autant que, dans la mesure où
*TANT SEULEMENT - seulement
TELZ VICES QUE CEUX – des vices tels que ceux
*TENIR - pour détenir
TERRAGE, TERRAGES - sorte de redevance, de dîme perçue par le curé, champs, jardins, prés
TIERCE - pour troisième
TOUCHE (ce qu'il luy, de ce qui luy) - ce qui lui incombe, ce qui le regarde Cf. l'ital. TOCCA A LUI.
TOUCHE (il) - pour il incombe
TOUCHERA (de ce qui luy) - de ce qui lui incombera
TOUS QU'IL APPARTIENDRA ¬ formule usitée dans les ordonnances, pour tous ceux à qui il
appartien¬dra
*TOUT A COUP - pour tout d'un coup
*TOUT AINSY QUE - comme, de même que
*TRANSMARCHER - transporter
TRANSPORTER (se laisser) – pour se laisser aller d'une manière déréglée
*l'RAVAIL - pour peine, souffran¬ce
*TRAVAILLÉ - pour fatigué
*TRAVAILLER - pour tourmenter.
TREBELLIANIQUE - se dit de la part que l'héritier institué a droit de retenir sur la succession grevée
de fidéicommis, en remettant l'hérédité
*VACATION - profession
VERRA A FAIRE (elle) - elle jugera à propos de faire
*VERS - pour auprès de, envers
VERS LE - pour au
*VIANDE - pour aliment, nourri¬ture
*VIEL - pour vieux
*VIF - pour vivace, vigoureux
*VITUPERABLE – blâmable Du lat. V1TUPERARE.
VUIDER (en) - en sortir
VULGAIREMENT - pour d'une façon générale, pour tous les cas
INDEX
DES DESTINATAIRES DE PLUSIEURS PIÈCES
ET DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES
DE CE VOLUME
ALBERT VII, archiduc d'Autriche et Cardinal……………………………………………….460
ALDOBRANDINI Pierre*, Cardinal …………………………………………………………449
ALLINGES (bourg d') ………………………………………………………………………...196
ALLINGES (forteresse des). Voir SALES (François) ……………………………………196,239
ANJORRANT Jacob, seigneur de Soully……………………………………………..372,408,410
ANNECY. Voir MACHABÉES, TOMBEAUX, VISITATION.
ANNEMASSE (Consultation entre saint François de Sales et plusieurs missionnaires, faite à)…237
ANNEMASSE (église et paroisse d')……………………………………………………………246
AQUAVIVA Claude, Général des Jésuites………………………………………………………305
ARMOY (bénéfice et paroisse d'). Voir CURÉS…………………………………..229,327,328,356
ARRÊTS DU SÉNAT DE SAVOIE. Voir ARMOY …………………………………………….265
ARRÊTS ROYAUX. Voir GEX et PRÉVESSIN. …………………………………….398,430,487
ASSEMBLÉES DU CLERGÉ DE FRANCE et celle de 1605…………………………………..389
ASSERENS (curé et prieuré d'). Voir HENRI IV ……………………………………………….375
AUBONNE (doyen né d'). Voir GEX (doyenné)…………………………………………………385
AUTRICHE (Cardinal d'). Voir ALBERT VII.
BASTIE Jacques Champier (baron de la) ………………………………………………….373,377
BELLEGARDE Roger de Saint-Lary (duc de), grand Ecuyer de France……………………….489
BELLERIVE (abbaye cistercienne de)…………………………………………………………..246
BERLIET Jean-François …………………………………………………………………………271
BERNE. Voir CONSEIL DE VILLE.
BERNOIS et GENEVOIS en Chablais et dans le pays de Gex. Voir CHABLAIS, CONSEIL DE VILLE DE BERNE, GEX, GUERRES, THONON, TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES.
BIOLLÉE Jacques de la…………………………………………………………………………457
BOISY (sieur de). Voir SALES (Jean-François et Sébastien).
BONFILS (M. ?)………………………………………………………………………………..377
BONMONT (abbaye et pension de)…………………………………………………………….422
Briet François …………………………………………………………………………..….382,386
BROSSES Pierre* de……………………………………………………………………………171
Bufalo Innocent (del), Nonce de France………………………………………..…333,334,358,372
CAPUCINS de Gex (couvent et Supérieur des) Voir MAXIMILIEN de Moulins…………………421
CARRILLO Alphonse, Jésuite ……………………………………………………………………….80
CASTELLANO Laurent……………………………………………………………………………..112
CESSY (Sessy), prieuré de…………………………………………………………………………..500
CHABLAIS. Voir CHARLES-EMMANUEL 1er, CLO¬CHES, SALES (François).
Conversions dans le bailliage …………………………………………………………………..206,249
Curés et paroisses ……………………………………………………………………….…191,207,208
Invasions et apostasie……………………………………………………………………….192,193,239
Ministres protestants. Voir THONON………………………………………………………………211
CHAMBRE DES COMPTES DE SAVOIE*. Voir CURÉS D'ARMOY ………………………….168
CHANDIEU Antoine de La Roche………………………………………………………………….454
CHAPEAUROUGE DAUPHIN François (Missions à Paris de)……………………………….372,393
CHAPITRE CATHÉDRAL DE MOUTIERS. Voir CHEVALLARD………………………………313
CHAPITRE DE SAINT-PIERRE DE GENÈVE. Voir ARMOY, GEX (Bénéfices), MACHABÉES.
Bulle d'approbation de ses Statuts……………………………………………………………………274
Supplique à Clément VIII…………………………………………………………………………….106
Charles-Emmanuel 1er*, duc de Savoie. Voir ARMOY, BERNOIS, CHEVALIERS, CONSEIL DE
VILLE DE BERNE, GUERRES, SALES (Fran¬çois), TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES……190,203,226
………………………………………………….238,252,259,301,304,322,448,470….102,161,163,166
Edits et ordonnances en faveur du catho¬licisme en Chablais……………………………...252,254,256
Reprise de possession du Chablais et du Pays de Gex ………………………………….…192,194,352
CHASTEAUNEUF Aimé de……………………………………………………………………….393
CHASTELIER Jean, Jésuite …………………………………………………………………………79
CHAVANES Claude de …………………………………………………………………………….181
CHÉRUBIN de Maurienne*, Capucin. Voir AN¬NEMASSE,CONFÉRENCE, CONSEIL DE VILLE DE BERNE …………………………………………………………………………………………452
Chevaliers des saints Maurice et Lazare* Voir FILLY et RIPAILLE …………………294,322,166
Brefs pontificaux qui les concernent……………………………………………………….……222,294
Difficultés pour l'entretien des Prêtres et la restitution des bénéfices du Chablais……………...210,304
CHEVALLARD Jean-Phillippe, Prieur de Tarentaise ………………………………………………313
Clément VIII * (Hippolyte Aldobrandini)………………………………………….…273,276,106,163
CLERGÉ DE FRANCE. Voir ASSEMBLÉES ET DɬPUTÉS.
CLOCHES des églises du Chablais. Voir SAINT¬ HIPPOLYTE ………………………………..….269
COLLÈGE de CLERMONT, à Paris …………………………………………………………………49
COLLÈGE DE NAVARRE, à Paris ………………………………………………………………….49
COLLÈGE DE THONON. Voir JÉSUITES.
COLLÉGIALES du diocèse de Genève. Voir MA¬CHABÉES …………………………………306,307
COMBE (de la) ou LACOMBE (de) Etienne …………………………………………………...…..181
CONFÉRENCE A THONON avec Lignarius ………………………………………………………245
CONFÉRENCE PUBLIQUE avec les ministres de Genève (Projet et pourparlers). ……………….244
CONFESSEURS de saint François de Sales. Voir GENÈVE (Louis de) …………………………..167
CONSEIL DE VILLE et GRAND CONSEIL DE BERNE (Plaintes et réclamations au duc de
Savoie) ………………………………………………………………………………………...203,336
CONSEIL DE VILLE DE THONON (Délibérations du) ……………………………………. ……180
Conseil privé du Roi de France. Voir SALES François (Mission à Paris). ……………….….358,364
CONSISTOIRE CALVINISTE à Genève et à Thonon …………………………………..…….220,224
COSTUME ECCLÉSIASTIQUE. …………………………………………………………141,143,147
COURONNE (coronato) , monnaie …………………………………………………………….…123
CRASSY (fief de) ………………………………………………………………………………….491
CRUCIFIX DE SIROLO, conservé à Umana. ……………………………………………..…….116
CUJAS Jacques..
CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT* Voir ARMOY et CHAMBRE DES COMPTES DE SAVOIE. . ………………………………………………………………………….……327,328,168
CURTON Humbert, curé de Farges ………………………………………………………….375,424
DALLION ou DALLIEN François ………………………………………………………………151
DÉAGE Jean ……………………………………………………………………….……………121
Députés du Clergé de Frànce. Voir ASSEMBLÉES ………………………………………389,394
Destinataire inconnu …………………………………………………………………………….446
DIODATI Jean. ………………………………………………………………………………….509
DRAILLANT (bénéfice et paroisse de).Voir CURÉS ……………………………………...327,328
DUMONT Jacques-Maurice et Philibert ……………………………………………….……….182
DUNANT Etienne*, curé de Gex ………………………………………………………………..488
ECHERNY François et sa fondation à Thonon …………………………………………...……216
ECHERNY Françoise Joly (dame) ……………………………………………………………....215
EDIT DE NANTES. Voir NANTES.
EDITS des princes de Savoie relatifs à l'Instruction publique. Voir
CHARLES-EMMANUEL 1er …………………………………………………………………..253
EMMANUEL-PHILIBERT, duc de Savoie …………………………………………………….277
EMOTTE Pierre ………………………………………………………………………….……..70
ERMITES DE SAINT-AUGUSTIN à Thonon (fonda¬tion et couvent des) …………………….281
EUROPE. Voir BERNOIS, CHABLAIS, FRANCE, GEX, GUERRES.
EUROPE EN 1591 (Etat politique et religieux de l') ……………………………………………93
EVIAN (paroisses d'). ……………………………………………………………………………315
FACCHINETTI Jean-Antoine, Cardinal. Voir INNOCENT IX.
FAMILLE ÉPISCOPALE. Voir SALES (François).
FARGES (curé de). Voir CURTON et HENRI IV.
FAVRE Antoine*. Voir CONSEIL DE VILLE DE BERNE …………………………..….479,169
FAVRE François ……………………………………………………………………….………..149
FILLY (Distribution d'aumônes à l'abbaye de)…………………………………….……………212
FRANCE (Evènements politiques en). Voir AS¬SEMBLÉES, DÉPUTÉS, EUROPE,GUERRES,GEX, NANTES, TRAITÉS DE PAIX ………………………………………………………………..106
Frémyot André, Archevêque de Bourges……………………………………………….………412
GAILLARD (Eglises rendues au cultes dans le bail¬liage de). …………………………………..337
GAY Jean. Voir THOIRY.
GENET Pierre …………………………………………………………………………………...150
GENÈVE. Voir COLLÉGIALES, CONFÉRENCE, CON¬SISTOIRE, INTÉRIM, MACHABÉES, SAINT- JEAN HORS LES MURS, SAINT-PIERRE, SEIGNEURIE, SYNDICS, TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES. Affaires concernant le diocèse ; prébendes……………………..248,289,294,295,296,320
GENÈVE A LA COUR DE FRANCE (délégués de).Voir ANJORRANT, CHAPEAUROUGE, CHASTEAU¬NEUF (de)
GENÈVE Louis de …………………………………………………………………………..161,167
GENEVOIS (les). Voir BERNOIS, CHABLAIS, GEX.Leurs prétentions sur Armoy et Drail¬lant. Voir ARMOY.
GESUALDI Philippe, Mineur Conventuel ………………………………………………………..68
GEX (doyenné de). Voir AUBONNE …………………………………………………………….412
GEX (paroisse de). Cimetière, curé et vicaires. Voir DUNANT ……………….………387,407,412
GEX (pays de). Voir CHARLES-EMMANUEL 1er, HENRI IV, SALES (François).
Apostasie …………………………………………………………………………………………345
Bénéfices qui appartenaient à l'Evêque, au Chapitre de Saint-Pierre de Genève et au prieuré de Saint-
Victor. Voir PENAY…………………………………………………………………….340,405,412
Clergé, curés et paroisses. Voir ASSERENS, CURTON, DUNANT, HENRI IV, JACQUIN, NAMBRIDE, PARIS, PERRIN ………………………………….334,347,353,380,391,394,413,174
Familles nobles catholiques. ………………………………………………………………..…..335
Invasion et occupation par les Bernois et Genevois…………………………….………336,338,345
Restitution du culte ……………………………………………………………333,357,372,397,398
Revenus ecclésiastiques contestés. Voir ARRÊTS ROYAUX et HENRI IV (Patentes)…338,339,393
GEX (ville de). Voir CAPUCINS.Ministres protestants. …………………………………….…..385
GRAND (M. le). Voir BELLEGARDE.
GRANIERClaude* (de),Evêquede Genève,Voir Chablais (paroisses),COSTUME ECCLÉSIASTIQUE, GAILLARD, GEX (Restitution des Eglises ) ………………………………………142,156,163,169
GRÉGOIRE XIII (Hugues Buoncompagni)…………………………………………………..….278
GRÉGOIRE XIV (Nicolas Sfondrati)……………………………………………………………..66
GROSSET Charles. ………………………………………………………………………………181
GUERRES entre la France, la Savoie et les can¬tons Suisses. Voir TRAITÉS de PAIX, TRÈVES des églises et rétablissement catholique ……………………………………………………..191,349,352
Henri IV, roi de France. Voir ARRÊTS ROYAUX, EUROPE, GUERRES, SERMENT, TRAITÉS DE PAIX, TRÈVES …………………………………………………………….…..333,343,354,358,372
Ordonnances touchant les protestants et les catholiques. Voir GEX (cimetière) ………………...355
Patentes en faveur des curés d'Asserens, Farges et Gex, et de la restitution des biens ecclésiastiques du pays de Gex …………………………………………………………………………………..380,384
HENRI DE GAND …………………………………………………………………………………72
Hérétiques ……………………………………………………………………………..………….247
INNOCENT IX (Jean-Antoine Facchinetti). …………………………………………..…………124
INTÉRIM (l') ……………………………………………………………………………..………459
INSTRUCTION PUBLIQUE. Voir EDITS.
IVOLEY Jean d' …………………………………………………………………………….……..476
Jacquin Claude ………………………………………………………………………….418,437,442
JEANNIN Pierre …………………………………………………………………………………..374
JÉSUITES. VOIR AQUAVIVA, CARRILLO, CHASTE¬LIER, MARTEL.
JÉSUITES à THONON (Collège projeté et écoles des) ………………………………………214,238
JÉSUITES (Général des). Voir AQUAVIVA.
JONC ou JOND (Le) ……………………………………………………………………..……….498
LACOMBE (de). Voir COMBE (de la).
LAFIN François …………………………………………………………………………….…..151
LAMBERT Pierre- Jérôme* de ………………………………………………………..…………161
LANGLOIS Jean…………………………………………………………………………………..478
LAUSANNE. Voir TRAITÉS DE PAIX.
LIGNARIUS Herman. Voir CONFÉRENCE A THONON.
Louis XIII, roi de France. Voir ARRÊTS ROYAUX…………………………………………….400
LUX Edme de Malain (baron de) ……………………………………………………………373,383
LUDOVIC ou LOUIS de Saxe, Capucin …………………………………………………..……..456
MACHABÉES (chapelle et Collégiale des) ………………………………………………...282,341
MARIN Claude*. ………………………………………………………………………….…….470
MARTEL ou MARTELLANGE? (Martel-Ange), Jésuite ............................................................148
MATTEAZZI Angelo ...................................…………………………………………………....110
MATTIGNIN (chapelle de) . ………………………………………………………….…………507
MAXIMILIEN de Moulins, Capucin ……………………………………………………………432
MENOCCHIO Jacques……………………………………………………………….….……….109
MESINGE (hameau et convertis de) ……………………………………………………..……..219
MILLETOT Bénigne* . ………………………………………………………………………483,171
MILLIET Hector ……………………………………………………………………………….477
NAMBRIDE Bernard (de), curé de Thoiry …………………………………………….……….425
Nambride (Nambruide) Claude (de), curé de Divonne …………………………………………439
NANTES (Edit de) ………………………………………………………………………………342
NEMOURS Anne d'Este, duchesse de (Procès pour la succession d'Alphonse II, duc de Ferrare).480
NOTRE-DAME DU TINET, à Seyssel (prieuré de) ……………………………………………..318
NYON. Voir TRAITÉS DE PAIX.
OCCAM (Ocham) Guillaume, Cordelier ………………………………………………..……….74
OTELLIO Marc-Antoine. …………………………………………………………….…………111
ORLIÉ OU ORLIER Charles d' ………………………………………………………………..261
ORLIÉ ou ORLIER Claude d' ………………………………………………………….……….202
PADOUE. Voir SALES (François), UNIVERSITÉ, URBANI.
PANCIROLI Guido ………………………………………………………………………..……108
PARIS. Voir COLLÈGE DE CLERMONT et DE NA¬VARRE, SALES (François).
PARIS François ………………………………………………………………………………….502
PASSERAT Pierre ……………………………………………………………………….……..377
PENAY ou PENEY (mandement de) ……………………………………………………………339
PERRIN Antoine et Claude …………………………………………………………………….492
PETIT Alexandre, Religieux de Talloires …………………………………………..…………309
PILLIOD Germain …………………………………………………………….………………149
PONCET Pierre ………………………………………………………………………………..197
POTIN Pierre, Prieur commendataire de Saint¬ Jean hors les murs de Genève ……………….497
PRÉBENDES THÉOLOGALES (Projet de fonda¬tions de). Voir GENÈVE (diocèse).
PRÉVESSIN (Prevesin) prieuré de …………………………………………………………..490
PROTESTANTS. Voir HENRI IV (Ordonnances) et HÉRÉTIQUES.
PROTESTANTS (ministres). Voir CHABLAIS, GEX, THONON.
QUARANTOTTO Camille, Prieur de l'Université de Padoue ………………………..……….102
RATTI (M. ?) ……………………………………………………………………………………381
Riccardi Jules-César*, Archevêque de Bari, Nonce de Savoie …………………...284,288,306,449
RIPAILLE (Distribution d'aumônes au prieuré de) ………………………………………..……212
ROLLAND Georges ……………………………………………………………………………..144
ROME. Voir SALES François (Voyage).
ROSSET Guichard ……………………………………………………………………………….151
RUZÉ Martin, seigneur de Beaulieu ……………………………………………………………..462
SAINTE-CATHERINE (fort) ……………………………………………………………………242
SAINTE-MAISON DE THONON. Voir FILLY et RIPAILLE …………………………..209,458
SAINT-HIPPOLYTE de Thonon (cloche de) ………………………………….………………269
SAINT- JEAN HORS LES MURS de Genève (Prieur commendataire, prieuré de). Voir POTIN..241.
SAINT-PIERRE, de Genève (cathédrale de). Voir CHAPITRE et MACHABÉES……………173
SAINTS FABIEN ET SÉBASTIEN (chapelle des)………………………………………….…..86
SAINT-VICTOR (prieuré de). Voir GEX (Béné¬fices)
SALES (fils de Gallois de)………………………………………………………………………179
Amé, Jean-Antoine, Louis de ……………………………………………………………….…..186
Sébastien de. ………………………………………………………………………………..186,495
SALES FRANÇOIS* de (Saint). Voir ALLIN¬GES, ANNEMASSE, ARMOY, COMBE (de la), CONFESSEURS, FRÉMYOT, GROSSET, MESINGE, TOMBEAUX ……….85,86,104,134,136
………………………………………………………………………141,184,227,244,304,408,448
Etudiant à Paris……………………………………………………………………………...49,51,53
Etudiant à Padoue …………………………………………………………….……57,100,114,119
Mission du Chablais. …………………………………………………135,137,195,203,205,206,249
Mission à Paris en 1602 ………………………………………………..…333,358,359,364,372,482
Voyage à Rome en 1598-1599 ………………………………………………………….140,250,259
Voyages à Gex ……………………………………………………………….……357,374,383,405
Voyages à Turin en 1596 et 1599 …………………………………………203,226,284,288,294,301
FAMILLE ÉPISCOPALE.Voir DALLION, DÉAGE, FAVRE (François), GENET, LAFIN, MAR¬TEL, PILLIOD, ROLLAND, ROSSET, SAU¬ZÉA (de), SECRÉTAIRES, THIBAUT…………153
Messe, Offices, Prières publiques et parti¬culières ……………………146,161,163,164,165,166,170
Vie privée …………………………………………………………….143,153,155,156,157,160,168
SALES Jean-François (de). Voir TOi\IBEAUX ……………………………………………185,495
SALES Louis (de), chanoine. Voir ALLINGES (bourg) et CONFÉRENCE PUBLIQUE…195,205
SANCY Nicolas de Harlay (seigneur de) ……………………………………………………….370
SAUZÉA André de. ……………………………………………………………………..………146
SAVOIE (princes de). Voir CHARLES-EMMANUEL, EDITS, EMMANUEL-PHILIBERT. SECRÉTAIRES de saint François de Sales. Voir MARTEL et THIBAUT …………………..148
SEIGNEURIE DE GENÈVE*. ………………………………………………………..384,171,172
SÉNAT DE SAVOIE. Voir ARRÊTS.
SERMENT des catholiques à Henri IV ………………………………………………….………..97
SEYSSEL. Voir NOTRE-DAME DU TINET.
SYNDICS DE GENÈVE en 1597 …………………………………………………….………..243
SYNDICS ET BOURGEOIS DE THONON*. Voir CONSEIL DE VILLE. ……………………154
TALISSlEU (prieuré de) ……………………………………………………………………….319
TALLOIRES (Ouvrier du monastère et sa prében¬de).Voir PETIT ………………………..…….309
TARENTAISE (Chanomes et Prieur de). Voir CHAPITRE CATHÉDRAL DE MOUTIERS et CHEVALLARD.
TARTARETUS Pierre …………………………………………………………………….……..71
TERNIER (Conversions dans le bailliage de) …………………………………………………..249
THIBAUT ………………………………………………………………………………….…….149
THOIRY (curé de). Voir NAMBRIDE (Bernard). …………………………………….…………425
THONON.Voir CONFÉRENCE, CONSEIL DE VILLE, CONSISTOIRE CALVINISTE, ERMITES de SAINT¬ AUGUSTIN, SAINTE-:MAISON, SAINT-HIPPOLY¬TE, SYNDICS.
Curé et presbytère …………………………………………………………………………..……209
Ecoles et maître d'école. Voir ECHERNY et JÉSUITES …………………………………..…….214
Ministre protestant ………………………………………………………………………………..213
Occupation par les Bernois et Genevois…………………………………………………………..193
THORENS (église paroissiale). Voir SAINTS FA¬BIEN ET SÉBASTIEN.
TOMBEAUX de saint François de Sales et de quatre de ses successeurs, à Annecy. Voir VISITATION D'ANNECY ………………………………………………………..………..174,185
TRAITÉS DE PAIX de Lausanne, Nyon, Vervins………………………………….191,352,369,459
TREMBLEMENT DE TERRE EN 1591 ……………………………………………………..…91
TRÈVES de Charles-Emmanuel 1er avec Berne, Genève et Henri IV ……………….…….193,198
TREVISAN Marc et Michel …………………………………………………………………….113
TURIN. Voir SALES François (Voyages).
UMANA. Voir CRUCIFIX.
UNIVERSITÉ DE PADOUE (Fondation de l')………………………………………………….107
Prieur et docteurs. Voir CASTELLANO, MAT¬TEAZZI, MENOCCHIO, OTELLlO, PANCI¬ROLl, QUARANTOTTO, TREVISAN Voir SALES (François)………………………………………100
URBANI Jules, Vicaire général de l'Evêque de ………………………………………….………100
VALENTI Erminio, Cardinal. ………………………………………………………………..…..287
VELASQUE ou VELASCO Jean-Louis ……………………………………………………..…..331
VELLEIUS Paterculus ……………………………………………………………………..…….126
VENISE (place Saint-Marc, à). ………………………………………………………………..…117
VERVINS. Voir TRAITÉS DE PAIX.
VIC Méry de ……………………………………………………………………………………….44
Victor-Amédée de Savoie, Prince de Piémont ……………………………………………...325,330
Villeroi Nicolas de Neuville (seigneur de). Voir SALES François (Mission à Paris). ………..…359
VIRY (Collégiale de). Voir SAINT-JEAN HORS LES MURS …………………………………240
VISITATION V'ANNECY (église de l'ancien 1er Monastère). Voir TOMBEAUX ……………..174
VULLlONNEX (cure et église de). ……………………………………………………….………324
TABLE DES MATIÈRES
Préface ……………………………………………………..2
I-Etudes – Vie intime
A. Paris 1) Manuscrits……………………………..3
2) Fac similé 1 (Philo)……………………6
3) Grande épreuve ………………………7
B. Padoue …………………………………………12
1)Notes de théologie……………………12
2)Notes de Droit………………………..14
C. Chablais, Annecy………………………………..15
II-Apostolat ……………………………………………16
A. Chablais………………………………………..16
B. Gex……………………………………………..16
Avis au Lecteur……………………………………………...18
Opuscules XXII……………………………………………..19
Fac similé 2 (Droit)………………………………………….48
Glossaire des locutions et mots surannés …………………181
Index des notes biographiques et historiques ……………..190
Table des matières…………………………………………..197
Fin
PREMIERE SERIE : ETUDES ET VIE INTIME
A) PÉRIODE D'ÉTUDES A PARIS (1580-1588)
1 - EXTRAITS DE DEUX MANUSCRITS AUTOGRAPHES DU COURS DE PHILOSOPHIE :
1) Premier Manuscrit, octobre 1585-février 1586……………………………………………19
2) Second Manuscrit, mars 1586 …………………………………………………………….20
II - RÈGLES POUR LA RÉCEPTION DE LA SAINTE COMMUNION ; LA COMMUNION
SPIRITUELLE, [avant 1586]……………………………………………………………….20
III - FRAGMENTS D'ÉCRITS INTIMES SE RAPPORTANT A LA TENTATION DE DÉSESPOIR,
1586 ou 1587 :
1) Recueil d'Oraisons jaculatoires tirées des Psaumes……………………………………...22
2) Aspirations et Prières …………………………………………………………………….23
3) Acte d'abandon héroique ………………………………………………………………...24
B) PÉRIODE D'ÉTUDES A PADOUE (novembre 1588-janvier 1592)
IV - EXERCICES SPIRITUELS, 1590 :
1) Exercice de la Préparation. ………………………………………………………………25
2) Conduite particulière pour bien passer la journée…………………………………………27
3) Exercice du Sommeil ou Repos spirituel …………………………………………………30
4) Règles pour les conversations et rencontre ………………………………………………32
5) Communion fréquente; préparation et action de grâces………………………………….34
V - BEAUREGARD, fin juillet-août 1590 …………………………………………………….35
VI -NOTES DE THÉOLOGIE (Fragments) :
1) 15 décembre 1590 - Avec une humilité profonde, Fran¬çois de Sales s'affermit dans l'opinion
adoptée dès l'adolescence, mais proteste d'être prêt à tout sacrifier pour se soumettre à l'Eglise ..36
2) Janvier-Juin 1591 - Précaution prise contre l'erreur pos¬sible. - Dans la crainte de se tromper, le jeune homme s'en re¬met à l'Esprit-Saint qui gouverne l'Eglise. - Doctrine de la pré¬destination - Hommage à Jésus-Christ. - Choses entendues et choses méditées. ……………………………..36
3) Fragment sur la Prédestination, janvier-juin 1591¬- La prédestination, fondée sur les mérites prévus ; auteurs cités en faveur de cette opinion. - Preuves qui la confirment : Dieu qui ordonne la fin, ordonne aussi les moyens ; il ne réprouve que par justice et en prévision du péché ; textes de l'Ecriture à l'appui de cette doctrine. - Autre argument qui la corrobore. - Réfuta¬tion de l'opinion contraire par neuf remarques. - Sentiment de Tolet et de trois théologiens éminents entendus par saint Fran¬çois de Sales……………………………………………………………………………………………….38
4) Protestation au sujet de la réprobation des méchants, 1591 ………………………………42
VII - EXTRAITS D'UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE DU COURS DE DROIT, 22 février-20 novembre 1591 :…………………………………………………………………………..………44
1) Poésie liminaire ……………………………………………………………………….……45
2) 22 février 1591 - Indissolubilité du mariage chrétien. - Louange à la Trinité, à la Sainte Vierge et à des Saints protecteurs……………………………………………………………………………45
3) 24 mars 1591 - Echo des sentiments du jeune homme en la vigile de l'Annonciation …….46
4) De verborum et rerum significatione ………………………………………………..……46
5) 10 juillet 1591 --- Dieu, règle infaillible de toute justice.- ¬Encore un hommage à Marie et aux Saints. - Un tremblement de terre et les bouleversements de l'Europe. - Cri de douleur sur la France. - La voix du Pape écho de celle du Roi des rois…………………………………………………….47
Fac similé 2 Notes de Droit……………………………………………………………………….48
6) De Summa Trinitate et Fide catholica, et ut nemo de ea publice contendere audeat …..…49
7) Témoignages de la haine de François de Sales pour l'hérésie, de sa vénération pour la sainte Croix et de la bonté de son cœur …………………………………………………………………..51
8) Harangue de remerciement aux docteurs de Padoue, 5 septembre 1591 …………………...52
9) 17 septembre-20 novembre 1591 - Travail interrompu. - L'itinéraire et les péripéties d'un voyage à Rome ; pourquoi il a été manqué. - Mort de Grégoire XIV et élection du nouveau Pontife. - Vœux du saint jeune homme à cette occasion.- ¬Une " porte plus grande que tout l'édifice"…………………55
10) Souvenir de l'examen subi par le nouveau docteur. - Un titre à relire souvent. - Les usuriers et le fisc. ………………………………………………………………………………………………...57
11) [Fin novembre-décembre] 1591 – Mme de Boisy.- Im¬portance de la loi de l'inventaire ; le signe de la Croix. - Pour¬quoi le jeune docteur met fin à son travail ……………………………...58
C) PÉRIODE DU CHABLAIS ET D'ANNECY (1592-1622)
VIII -1) Mourir pour vaincre, [1592-1594] ……………………………………………….………59
2) Qu'est-ce que combattre l'ennemi spirituel ? [1592¬-1594] (Fragment) ………………...60
IX - SOUVENIRS DE FAVEURS SURNATURELLES REÇUES :
1) Retraite préparatoire aux saints Ordres,19 mai 1593. …………………………………...60
2) Pendant la mission du Chablais, 19 avril [1595 ou 1596]. ……………………………....61
3) En la fête du Saint-Sacrement, 25 mai 1595 …………………………………..…………61
X - ESSAIS DE POÉSIE :
1) La Transfiguration et le Cœur de Jésus, 6-15 août 1598 …………………………………62
2) En l'honneur du Saint-Sacrement, 6-15 août 1598 ……………………………………..63
3) La Croix, septembre ou octobre 1598 (Fragment) ………………………………….…63
4) Au pied de la Croix, 1605-1608 (Fragment)
XI - :NOTE INTIME TOUCHANT UNE FAVEUR SURNATURELLE REÇUE A ROME
le 25 mars 1599 ………………………………………………………………………….65
XII – RÈGLEMENT ÉPISCOPAL, fin novembre-8 décembre 1602 :
1) Texte. …………………………………………………………………………………...65
2) Fragment du même document. ………………………………………………………...73
XIII. - PREMIER TESTAMENT, 29 novembre 1617 .
1) Texte ………………………………………………………………………………….73
2) Enveloppe du testament ……………………………………………………………….75
XIV - SECOND TESTAMENT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES, fait conjointement avec Jean-
François, son frère et coadjuteur, 6 novembre 1622. …………………………………………77
DEUXIÈME SÉRIE : APOSTOLAT
A) DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS
I- MEMOIRE ADRESSÉ AU DUC DE SAVOlE, mai ou juin 1595¬ - Triste situation religieuse du Chablais. - Sur la demande du duc de Savoie, l'Evêque dc Genève y a envové deux missionnaires. - Leurs travaux et leurs insuccès - Causes de ceux-ci et remèdes proposés. - Projet d'une lettre à écrire par son Altesse an corps de Ville de Thonon ; lc Saint suggèrc au prince d'en adresser une autre au gouverneur du bailliage et une troisième an jugc-maje deThonon ……………………………….79
II-- AUTRE MEMOIRE AU MEME octobre 1596 – Débuts de la mission. - Pourquoi l'un des prédicateurs a dû se retirer - Espérance de succès, mais il faut des missionnaires. - Nécessité de rétablir un certain nombre de curés dans les paroisses et plu¬sieurs prêtres à Thonon. - Comment pourvoir à leur entretien. - Le ministre et le maître d'école. - Dans quel but François de Sales propose à Son Altesse de déléguer un sénateur. - Recommandations en faveur de quelques catholiques pauvres et âgés, et de la paroisse de :Mesinge. - Remplacer l'ancien " Con¬sistoire " huguenot par un Conseil composé de prêtres et de laïques ……………………………………………………………………………………….82
III - REQUÊTE AU MÊME EN FAVEUR DU CHAPITRE DE SAINT¬ PIERRE DE GENÈVE, octobre 1596-septembre 1598 ( Fragment) - Le duc a déjà déclaré sa volonté touchant la restitution des biens ecclésiastiques du Chablais ; prière d'étendre cette ordonnance en faveur du Chapitre, afin qu'il puisse rentrer en possession de ses anciens bénéfices, celui d'Armoy en particulier. - Pauvreté des Chanoines. - Concession, que trois Papes leur ont faites pour les soulager. - Somme qui leur est due, et comment elle pourrait leur être payée. ………………………………………………………..….88
IV -PROJET D'UN MÉMOIRE A PRÉSENTER AU DUC DE SAVOIE D'APRÈS LES CONCLUSIONS ADOPTÉES A ANNEMASSE le 29 juillet 1597 - La restitution des bénéfices ecclésias¬tiques est indispensable. - De quelle utilité serait l'établis¬sement à Thonon d'un collège dirigé par les Jésuites ; le prieuré de Saint-Hippolyte pourrait lui être attribué. - La collégiale de Viry et union projetée. - Mesures à prendre pour une confé¬rence avec les ministres de Genève. - Charges du curé d'Anne¬masse; comment l'en dédommager ………………………………………………..……..90
V - AVERTISSEMENT AUX HÉRÉTIQUES QUI DÉSIRENT ENT'RER DANS LE SEIN DE L'EGLISE, 21 octobre 1597 - ¬Retour de quelques âmes à la foi catholique. - Ce qui en arrête beaucoup d'autres dans leur désir de conversion. - Calomnie contre l'Eglise. - François de Sales déclare que nul, après l'ab¬juration, ne sera soumis aux peines encourues par le fait de l'hérésie. ………………93
VI - ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE EN FAVEUR DE LA RELIGION CATHOLIQUE, ET RÉPONSES DE SON ALTESSE, fin septembre- 4 octobre 1598 - Restitution et destination des bénéfices ecclésiastiques du Chablais. – Le maître d'école de Thonon et les écoliers. - Priver les hérétiques des charges publiques. - Pourquoi le ministre doit être éloigné de la ville. - Droit de bourgeoisie pour les habitants catholiques…………………………………………………..94
VII - AUTRES ARTICLES PRÉSENTÉS AU DUC DE SAVOIE POUR LA CONSERVATION ET PROPAGATION DE LA RELIGION CA¬THOLIQUE, ET RÉPONSES DE SON ALTESSE, vers le 15 oc¬tobre 1598 -- Mesures à prendre à l'égard des habitants du Chablais et de Ternier qui ne professent pas la vraie foi. -A quelles conditions sont permises les disputes en matière reli¬gieuse. - Ne pas détourner les catholiques de l'assistance aux Offices. - Ordonnances diverses touchant l'observation des com¬mandements de Dieu et de l'Eglise, les livres hérétiques, la sanctification des jours de fête et l'instruction religieuse. - Confir¬mation de l'Edit qui exclut des charges publiques les " reformés ". Réparations et restitutions. - Règlement pour la distribution des aumônes en " graines". - Les cloches. - Prière au duc de prendre sous sa protection l'Evêque, le clergé, les prédicateurs et leurs familiers. :- Injonction aux magistrats du Chablais d'avoir à faire observer les instructions susdites ………96
VIII - MÉMOIRE PRÉSENTE A S. S. CLÉMENT VIII AU NOM DE Mgr DE GRANIER, octobre 1598 - L'Evêque de Genève demande au Saint-Siège, pour lui, l'autorisation d'assigner des prébendes monacales vacantes, à l'entretien de théologaux et de curés ; pour ses chanoines, celle de posséder des bénéfices avec leur canonicat. - Il sollicite, à cause de ses charges, l'exemption du payement des décimes au duc de Savoie.. - Avantages qu'il y aurait à libérer de diverses servitudes certains sujets de l'évêché. - Pourquoi il serait bon que le Prélat et plusieurs ecclésiastiques désignés par lui, eussent d'amples pouvoirs pour absoudre les hérétiques. - :Nécessité de la ré¬forme des Monastères ; moyen à prendre pour y arriver…………………………………………………………………………..100
IX - AUTRE MEMOIRE PRÉSENTÉ AU MEME PONTIFE, octobre 1598 - Une Bulle de Grégoire XIII concernant les revenus ecclésiastiques des provinces de Gex, du Chablais et de Ternier. - La conversion des deux derniers bailliages exige que l'union de ces bénéfices à l'Ordre des Saints Maurice et Lazare soit annulée. - Prébendes théologales à constituer, et par quel moyen. - Comment subvenir à la pauvreté des prêtres. - Divers pouvoirs demandés. - L'Evêque implore l'exemption du paye¬ment des décimes au souverain, l'autorisation pour ses cha¬noines de posséder d'autres bénéfices et l'affranchissement de certaines servitudes pour les sujets de l'évêché. - Mesures proposées pour la réforme urgente des Monastères…………………………………………………………..…..102
X - SUPPLIQUE DU PREVOT ET DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE DE SAINT-P1ERRE DE GENÈVE AU MÊME, octo¬bre 1598 - Projet du transfert du Chapitre à Thonon; François de Sales et ses confrères demandent au Pape de l'au¬toriser, et d'unir à la mense capitulaire l'ancienne église des Augustins avec leur couvent ruiné. - Ordre à donner au su¬jet des autres ecclésiastiques attachés au service de la Cathé¬drale ………………………………………………………………………106
XI – MEMOIRE ADRESSÉ. A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE, AU.NOM DE L'EVÊQUE, fin avril 1599 - Les requêtes de Mgr de Granier touchant les décimes et les taillables de l'évêché renvoyées au Nonce de Savoie. - Oubli persévérant du cardinal Aldobrandini. - La question des prébendes théologales en suspens. - Abus des prébendes laïques dans les Monastères -. ¬Situation particulière du prédicateur d'Evian. - Une clause nuisible dans les pouvoirs d'absoudre concédés au Prévôt de Genève …………………………………………………………………………….108
XII- RÉPONSE A UNE REQUÊTE DES CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE. ler ou 2 mai 1599¬ - Fière protestation. - Le Bref de Clément VIII, rapporté de Rome par le Prévôt, est de tous points conforme à celui de Grégoire XIII qu'allèguent les Chevaliers. - Des " motz conside¬rables ". - Ce que la Milice trouve dur. - Pourquoi elle n'avait pas le droit d'être consultée avant que le Bref fût rendu. – Les raisons qu'elle apporte ne doivent pas en retarder l'exécution. - ¬Prix de la moindre des âmes et d'une seule Messe. - Le salut du peuple avant tout. - Instante supplication au Duc et aux Chevaliers…………………………………………………………………………………….110
XIII- REQUÊTE AU DUC DE SAVOIE, vers le l5 mai l599¬ - Le Sénat et la Chambre des Comptes entravent l'exécution d'un ordre de Son Altesse, et celle-ci enjoint de surseoir à un ordre du Pape. - Moyen suggéré par François de Sales pour acheminer heureusement la restitution des revenus ecclésiastiques du Chablais, sans léser les droits des Chevaliers des saints :Maurice et Lazare. - A quelles règles s'obligera l'Evêque en l'exécution du Bref Apostolique……………………….112
XIV- MÉMOIRE ADRESSÉ A Mgr RICCARDI, NONCE DE SAVOIE, vers le 15 novembre 1599 - Un meurtre à Tal¬loires et une prébende vacante. - Pour établir des chanoines théologaux dans les Collégiales d'Annecy, Sallanches et La Roche, d'autre prébendes pourraient se prélever sur quelques prieurés et abbayes. -- Evian, Rumilly et Seyssel ont besoin du même secours, et pour quelles raisons. - Faut-il s'inquiéter des réclamations des Religieux ? …………………………………….…..114
XV -- MÉMOIRE .ADRESSE AUX CHEVALIERS DES SAINTS MAURICE ET LAZARE, l607-l608 …………………………………………………………………………………………...117
XVI -REQUÊTE AU PRINCE DE PIEMONT EN FAVEUR DES CURÉS D'ARMOY ET DE DRAILLANT avant avril (?) 1618 - Cession aux Genevois des bénéfices d'Armoy et de Draillant, malgré un Arrêt contraire du Sénat. - Les cent écus annuels assignés aux deux curés en dédommagement n'ont été payés que trois ans. - La piété et la justice exigent qu'il soit désormais pourvu à leur entretien………………………………………………………………….……118
XVII - AUTRE REQUÊTE AU MÈME, avril ou mai 1621 (?) ¬-Un Arrêt du Sénat contre les détenteurs (les revenus d'Armoy et de Draillant, annulé par le duc de Savoic. - Maigre compensa¬tion accordée aux curés " sur la gabelle a sel du Chablaix."¬ - Insouciance des gabeliers et sollicitations inutiles des prêtres.- ¬Pourquoi la déclaration récente d'un agent à l'Evéquc de Ge¬nève ôte aux suppliants tout espoir. - Humble exposé de leur misère et appel pressant à Son Altesse
B) DOCUMENTS RELATIFS AUX PAYS DE GEX
I -¬ MEMOIRE REMIS A Mgr DEL BUFALO, NONCE DE FRANCE, 20 décembre 1601-fin janvier 1602- Deux choses de¬mandées au Roi. - Réponses aux objections prévues contre le rétablissement du culte catholique dans tout le pays de Gex.¬ - Pourquoi. certaines appréhensions n'ont pas de fondement. ¬-
Exposé des difficultés que présente la restitution des revenuss ecclésiastiques du bailliage ; les unes, insurmontables ; la justice de Sa Majesté peut triompher des autres. - Celle-ci et les droits de l'Eglise doivent l'emporter sur la crainte de mécontenter les Genevois……………………………..121
II - REQUÊTE AU ROI HENRI IV, AU NOM DE Mgr DE GRANIER, 20-25 décembre 1601 - Le calvinisme dans le pays de Gex. - Mgr de Granier a déjà imploré le secours du Roi pour le rétablissement de la religion catholique et la restitution, pour l'entretien des prêtres, des revenus confisqués. - Ce qu'a fait le baron de Lux, délégué par Sa Majesté. - Pourquoi l'Evê¬que s'adresse de nouveau à elle. - Il réclame le libre exercice du culte dans toute la province, suivant la teneur de l'Edit de Nantes. - Un traité passé entre Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et les Bernois, annulé. - Trois bailliages où fleurit le catholicisme. - Les détenteurs des revenus n'ont aucune raison à alléguer contre la justice et le droit………………………………………………………………....124
III - AUTRE MINUTE DE LA MEME REQUETE, fin janvier 1602 ……………………126
IV - REQUÊTE AU ROI ET A SON CO:NSEIL PRIVE commencement de février 1602 –
Même sujet…………………………………………………………………………………128
V -MÉMOIRE PRESENTÉ A M. DE VILLEROY, vers le 8 février 1602 - Rétablir la religion catholique dans le pays de Gex., c'est mettre à exécution l'Edit de Nantes. - Il serait injuste de respecter les " réformés " plus que les autres, et d'eccepter de la règle générale "ce seul coin du royaume ". - Traités entre les Ducs de Savoie et les Bernois. - Usurpation par ceux-ci des re¬venus ecclésiastiques; quels sont ceux qui peuvent être restitués à leurs propriétaires légitimes…………………129
VI- MEMOIRE ADRESSE AU CONSEIL PRIVE DU ROI DE FRANCE, vers la fin de mars 1602 -- Le bailliage de Gex, incorporé à la France, doit jouir de tous les privilèges du royaume. - Comment Henri IV répondit à une requête de l'Evêque de Genève. - Nouveau recours de celui-ci au Roi. - Réponse à une objection de quelques membres du Conseil de Sa Majesté.- ¬Concessions faites aux Bernois par Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel, ducs de Savoie. - Restitution du culte ca¬tholique et des biens de l'Eglise dans les bailliages soumis au second. - On espère du Roi de plus grandes faveurs pour les prêtres qui seront installés dans le pays de Gex. - Une raison pressante ..131
VII --- CONVENTIONS RELATIVES A LA CESSION DU PRIEURÉ D'ASSERENS AU CURÉ DE FARGES, 10-20 août 1603 …………………………………………………………..……..133
VIII - REQUÊTE A M. BRIET, 11 mai 1604 - L'Evêque récla¬me, pour le curé de Gex, le presbytère et le jardin attenant, encore occupés par le ministre hérétique……………………………..….135
IX – AUTRE REQUÊTE AU MÊME, 11 mai 1604 - Plaintes et demandes au sujet du cimetière de Gex disputé aux catholiques et violé par les protestants…………………………………….136
X - REQUÊTE AUX DÉPUTÉS DU CLERGÉ DE FRANCE, juillet- août 1605 -- Quelle partie du diocèse de Genève est soumise au roi de France depuis le traité de paix de Lyon. - Dans le pays de Gex, quelques paroisses seulement ont été rendues au culte catholique. – Les " mille traverses" des ministres contraignent l'Evêque à des recours fréquents aux autorités de la province, au Parlement de Dijon, et même à Sa Majesté. - La présence ordinaire des députés de Genève à la cour complique les diffi¬cultés. - Découragement des convertis. - Saint François de Sales demande l'union de cette partie de son diocèse au corps du Clergé du royaume. - La situation topographique du bail¬liage de Gex augmente l'intérêt que là chrétienté entière, et sur¬tout la France, doivent avoir pour sa conversion. - A quoi seront tenus les procureurs généraux du Clergé députés à la cour…………………………………137
XI - :MEMOIRE ADRESSÉ AUX MÈMES, juillet-août 1605¬ - Péripéties du bailliage de Gex au cours de soixante-dix ans.- ¬La guerre l'a privé du culte catholique ; le traité de paix doit le lui rendre. - Trois paroisses rétablies depuis quatre ans ; les habi¬tants de quatre autres ont demandé l'exercice de la vraie religion, toujours différé cependant, malgré l'autorisation du Roi. - Les revenus ecclésiastiques affectés à l'entretien des adversaires de l'Eglise. - Une saisie et un procès………………………….139
XlI - REQUÊTE AU ROI LOUIS XIII, août-septembre 1612¬ - Les commissaires royaux au pays de Gex pour l'exécution de l'Edit de Nantes. - Oppositions des réformés et voyage infruc¬tueux de l'Evêque. - Deux autres délégués remettent celui-ci en possession des églises et des revenus ecclésiastiques du bailliage. -- Une requête à laquelle ils n'ont pas fait droit. - Ren¬voyé au Roi pour ce qui regarde les biens de l'Evêché et du Chapitre, injustement usurpés par Genèvc, saint François de Sales expose ses raisons et demande qu'ils soient rendus à leurs propriétaires légitimes…….141
XIII -- REQUÊTE A Mgr FRÉMYOT, Archevêques de Bourges, vers la fin de 1612 - Réclamation de mandats pour le payement d'une pension assignée au curé de Gex…………………………...143
XIV - ORDONNANCES POUR LE SERVICE DIVIN A GEX ET DANS LES AUTRES PAROISSES DU BAILLIAGE, 20 no¬vembre 1613………………………………………………………...144
XV - MANDAT A M. JACQUIN POUR LE PAYEMENT D'UNE SOMME, 30 octobre 1617….150
XVI – DÉLÉGATION DE M. DE NAMBRIDE A L'ADMINISTRATION D'UNE PARTIE DES BIENS ECCLÉSIASTlQUES DU BAILLIAGE DE GEX, 17 décembre 1621……………..151
C) MÉMOIRE POUR LA CONVERSION DES HÉRÉTIQUES ET LEUR REUNION A L'EGLISE, vers la fin de 1615 –
Prédication que fit l'Evêque de Genève à Sion; réflexion d'un auditeur. - Comment ramener à la foi les provinces où ne peuvent pénétrer les prêtres, où l'hérésie devient raison d'Etat. - Lutter contre le mal avant qu'il soit incurable. - François de Sales propose une ligue pacifique entre les princes catholiques et en montre les avantages. - Afin de la réaliser, convoquer des conciles nationaux, non pour argumenter sur les questions de controverse, mais pour discuter les moyens de conversion. - Rôle du Saint-Siège. - Conduite à tenir avec les ministres. - Tenter au moins cette entreprise en Suisse. -- Par quels moyens surtout obtenir cette union…………………………………………………….152
APPENDICE
A) DOCUMENTS RELATIFS AU CHABLAIS ET AU VOYAGE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A ROME
l -- Lettre du Duc de Savoie aux syndics et bourgeois de Thonon …………………………..154
Il -- Lettre de Mgr Riccardi, Nonce à Turin, au cardinal Aldobrandini ………………………155
III -Mémoire du P.Chérubin de Maurienne, Capucin ………………………………………..156
IV - Lettre de Mgr de Granier à Mgr. Riccardi, Nonce à Turin (en italien – non numérisée)...160
V - Lettre du Duc de Savoie à M. de Lambert, gouverneur du Chablais. …………………….161
VI - Lettres patentes du même à M.Marin, procureur fiscal du Chablais……………………. 162
VII -. Autres lettres patentes du même (Fragment). . …………………………………………163
VIII - Bref de S. S. Clément VIII à Mgr de Granier. . ………………………………………...163
IX - Requête des Chevaliers des saints Maurice et Lazare au Duc de Savoie.. ……………….166
X- Lettres de Mgr Riccardi, Nonce à Turin, au cardinal Aldobrandini.(en latin – non numérisées).167
XI-- Requête des curés d'Armoy et de Draillant à la Chambre des Comptes de Savoie et Arrêt
de celle-ci. ……………………………………………………………………………………..168.
B) DOCUMENTS RELATIFS AU PAYS DE GEX ET A LA MISSION DE SAINT' FRANÇOIS DE SALES A PARIS EN 1602
I - Lettres du Président Favre à Mgr de Granier …………………………………….………169
II -- Lettre de M. Milletot et de Brosses à la Seigneurie de Genève …………………………171
III - Réponse de la Seigneurie de Genève à la lettre précédente ……………………………172
IV - Mémoires pour les affaires de Gex, adressés à saint François de Sales par le curé Dunant….173
V - Establissement des curés du bailliage de Gex …………………………………………..174
VI - Estat de l'office estably en l'eglise de Saint Pierre de Gex……………………….……..177
Achevé le vendredi 2 décembre 2005
J.G.
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