Opuscules — volume V

Formazione

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ŒUVRES

DE

SAINT FRANCOIS DE SALES

ÉVÊQUE ET PRINCE DE GENÈVE

ET

DOCTEUR DE L' EGLISE

ÉDITION COMPLÈTE (Edition d'Annecy)

D'APRÈS LES AUTOGRAPHES ET LES ÉDITIONS ORIGINALES

ENRICHIE DE NOMBREUSES PIÈCES INÉDITES

DÉDIÉE A SA SAINTETE LE PAPE LÉON XIII

HONORÉE DE DEUX BREFS PONTIFICAUX

ET COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

PUBLIÉE SUR L'INVITATION DE Mgr ISOARD, ÉVÊQUE D'ANNECY

PAR LES SOINS DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION

DU 1er MONASTÈRE D'ANNECY

OPUSCULES - VOLUME V

Op4 = TOME XXV I

ANNECY

MONASTERE DE LA VISITATION

ANNECY, IMPRIMERIE J. ABRY & Cie

MCMXXX1I

Table des matières 229 Glossaire 198 Index historique 217 Fac-similé 100

TABLE GENERALE DES OPUSCULES 218
FLORENT-MICHEL-MARIE DU BOIS DE LA VILLERABEL

ÉVÊQUE D'ANNECY HONORÉ DU SACRÉ PALLIUM

AUX LECTEURS DE L'ÉDITION AUTHENTIQUE DES ŒUVRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

Nous éprouvons une satisfaction profonde à offrir au public catholique ce XXVle volume des Œuvres com­plètes de Saint François de Sales, Evêque de Genève, Docteur de l'Eglise, notre très illustre Prédécesseur.

Avec ce XXVle volume, nous arrivons en effet au terme de la grande entreprise, commencée en 1892, sur l'invitation de Monseigneur Isoard, Evêque d'Annecy, par les Religieuses de la Visitation de ce 1er Monas­tère de la " Sainte Source ".

L' œuvre dont il s'agissait était immense.. l'Edition authentique, critique, aussi complète que possible et définitive de tous les Manuscrits du saint Docteur. On les savait nombreux. Beaucoup avaient déjà été publiés, beaucoup n'avaient jamais encore vu le jour ; un très grand nombre étaient gardés avec soin dans les Ar­chives du 1er Monastère ; d'autres étaient dispersés de droite et de gauche, dans des collections particulières ou dans des dépôts publics, dans des Bibliothèques de villes ou dans des Communautés. Il en était enfin qui, au cours des siècles, avaient disparu. Il fallait les re­trouver, les collationner tous, les reconnaître, les réunir, les grouper par catégories, les présenter au public avec leurs textes définitifs, en tenant compte des corrections successives que le Saint, très soigneux sur le choix des expressions - ses Manuscrits en font foi - y avait apportées.

Devant cet immense travail, le 1er Monastère de la Visitation d'Annecy n'a pas reculé, tant était vif son désir de donner l'Edition complète et dernière, si sou­vent réclamée, des Œuvres de son saint Fondateur.

Il a fallu quarante années de recherches patientes pour réaliser ce vœu, que certains, au début, qualifièrent de vain rêve ! Le rêve est devenu une réalité, et quelle réalité : l'accueil que le public catholique, ou simplement cultivé, ainsi que le monde savant ont ré­servé à cette Edition le dit assez ! Il est vrai que rien n'a été négligé pour qu'elle soit aussi parfaite que pos­sible, comme textes, comme notes et commentaires, com­me Préfaces et Introductions diverses, aussi bien que comme disposition et présentation typographiques. Nous n'oublierons jamais la réflexion que nous fit un jour le Pape Pie XI, alors qu'à l'audience qu'Il voulait bien nous accorder, Il feuilletait avec une satisfaction évidente un des volumes de la Collection, récemment paru, dont nous Lui faisions hommage : " Nous croyons, " nous dit-Il, " avoir quelque compétence en cette matière. " Eh bien ! croyez-Nous : cette Edition des Œuvres de Saint François de Sales est une des plus belles et des mieux réussies de notre époque. Rien ne lui manque : elle nous présente telle quelle et sans défauts l' œuvre incomparable du saint Evêque ! "

*

* *

De ces félicitations, nous devons faire hommage d'a­bord et avant tout à la Visitation d'Annecy. C'est elle qui a voulu élever à la gloire de son illustre Fondateur et Père, cet imposant monument. C'est elle qui n'a rien négligé, ni son temps. ni ses recherches, ni ses ressour­ces, pour que ce monument soit vraiment digne du grand Docteur. Elle garde avec amour son tombeau, elle a voulu en garder également, dans ces volumes, la pensée toute entière. A elle donc nos félicitations et nos remer­ciements aussi, car à combien d'âmes cette Edition des Œuvres du Saint portera-t-elle, avec la lumière qui éclaire et fortifie dans la recherche d'une vertu toujours plus haute, la consolation qui rend tout plus facile pour assurer sur nos misères la victoire de la grâce divine ?

Il n'est que justice que ces félicitations et ces remer­ciements soient adressés ensuite aux collaborateurs que les Religieuses de ce 1er Monastère ont rencontrés et qui leur ont donné, sans compter, leur concours pré­cieux. Ils furent nombreux et les services qu' ils ren­dirent sont divers. Notre intention n'est pas de les nom­mer ici, certain que nous sommes d'ailleurs d'interpré­ter ainsi leur propre sentiment. C'est de Dieu seul qu'ils souhaitent entendre l' éloge qu'a mérité leur labeur. Leur espérance ne sera pas déçue.. Saint François de Sales qu'ils auront contribué à mieux faire connaître et aimer, dont ils auront en quelque sorte prolongé l'apos­tolat ici-bas, sera, nous n'en doutons pas, là-haut, auprès de Dieu, un avocat puissant et un intercesseur écouté !

Parmi ces collaborateurs, il en est un pourtant que nous ne voulons pas, que nous ne pouvons pas ne pas nommer. Dom Benedict Mackey, de l'Ordre de Saint Benoît, a eu, en effet, une trop grande part dans la pu­blication des onze premiers volumes des " Œuvres ", pour qu'au moment où s'achève l'entreprise à laquelle il donna, avec tant d'intelligence et d'érudition, son cœur et son temps. nous ne payions pas à sa mémoire le juste tribut d'éloges et de gratitude qui lui revient. A son nom, nous nous faisons un devoir d'unir celui de son propre frère, le R. P. Pierre-Paul Mackey, des Frères Prêcheurs, dont la collaboration fut si précieuse pour la publication du véritable texte des " Controverses ", reconstitué par lui, grâce au Manuscrit conservé à Rome, dans les Archives des Princes Chigi, et qu'il put reproduire avec une exactitude complète, qu'aucune édition précédente n'avait pu jusqu'alors fournir.

A tous ces bons ouvriers d'une Cause qui nous est chère, - comme elle le fut à nos deux Prédécesseurs im­médiats d'heureuse mémoire, - Mgr Louis-Romain­- Ernest Isoard et Mgr Pierre-Lucien Campistron ­ qu'il nous soit permis d'exprimer notre très vive grati­tude, au nom de Saint François de Sales lui-même et de tous ceux - et ils sont à notre époque plus nombreux que jamais - qui trouvent dans ses écrits le secret d'une piété sans cesse plus éclairée et plus forte !

*

* *

Ce qui frappe tout d'abord dans cette Œuvre, - telle que nous pouvons maintenant l'envisager dans son en­semble, - c'est son importance même. Importance au point de vue de la quantité et de la qualité même des écrits. Elle compre1:td en eflet :

6 gros volumes, de 500 pages en moyenne, de Traités comme les " Controverses " - la " Défense de la Sainte Croix " - l' " Introduction à la Vie dévote " - le " Traité de l'Amour de Dieu " et les " Entretiens spirituels " ;

4 volumes de Sermons ;

11 volumes de Lettres ;

5 volumes d'Opuscules enfin.....

Ne croit-on pas rêver quand on considère cet ensemble imposant, véritable Encyclopédie des sciences religieu­ses, dans laquelle pas un point de dogme ou de morale, pas une question d'ascétisme ou de théologie mystique ne sont laissés dans l'ombre ? Et qu'on veuille bien se rappeler ce que fut la vie relativement courte du Saint, -il mourut le 28 décembre 1622, à cinquante-cinq ans ! -­ce qui la remplit à l'excès, semble-t-il : travaux sans fin, pendant les années qu'il consacra à la conversion du Chablais : travaux plus absorbants encore, lorsqu'il fut devenu Evêque et qu'au service d'un immense Dio­cèse, difficile entre tous avec ses vallées profondes et ses grands monts, il ajouta, sans s'accorder jamais aucun repos, des voyages sans cesse renouvelés et par quels chemins ! - non seulement en Savoie, mais dans tous les pays d'alentour, à Lyon, dans le Dau­phiné, en Bourgogne, en Provence, en Piémont, jus­qu'à Paris, où il prêcha si souvent et si bien, jusqu'à Rome, où les graves affaires qu'il avait en charge le conduisirent aussi !

Et c'est au milieu de cette vie surchargée, toujours en soucis et toujours en mouvement, qu'il trouva le moyen d'écrire l' œuvre immense dont nous venons de parler : l'équivalent de 26 gros volumes.....

Les Saints ont-ils donc plusieurs vies pour faire tant de choses et les faire si bien ?

Pour se faire une juste idée de l' œuvre du saint Evê­que, il ne faut pas se contenter d'en considérer seule­ment ce qu'on pourrait appeler la masse, si énorme qu'elle soit.

La " qualité " de cette œuvre immense est bien faite pour augmenter en nous la stupeur et l'admiration.

Saint François de Sales s'y montre tour à tour Théo­logien consommé et Moraliste très sûr.

Dans l' " Introduction à la Vie dévote " - ce livre qui sans doute, après l' Imitation de Jésus-Christ (nous ne parlons pas de l'Evangile qui est tout divin), aura été le plus lu, et aura fait le plus de bien aux âmes - ­il montre avec tant de précision et tant de charme, que la sainteté se concilie parfaitement avec tous les de­voirs et toutes les conditions de la vie 1 Il apprend si bien " à vaincre la nature sans la détruire, à s'envoler vers le Ciel, peu à peu, par petits coups d' aile comme les colombes, si l'on ne peut prendre l'essor des aigles..."(Encyclique Rerum omnium» de S. S. le Pape Pie XI, pour le IIIe Centenaire de la mort du Saint.). Combien d'âmes auront dû et devront encore à cette doctrine, à la fois si simple, si consolante et si forte, le secret d'une sanctification qu'elles auraient vainement cherchée ailleurs ?

Dans le Traité de l'Amour de Dieu - qui est bien et de beaucoup, le plus important et le plus beau de ses ouvrages, - c'est la plus magnifique des histoires qu'il raconte : celle de la charité de Dieu pour ses créatures. Il en raconte " l' origine, les progrès, les raisons pour les­« quelles elle brûle ou languit dans le cœur des hommes, il apprend enfin la manière de s' y exercer et d' y avan­cer,"(Op. cit.) Et avec quelle facilité et avec quelle grâce il évolue au milieu de ces questions qui sont parmi les plus graves et les plus difficiles : la grâce efficace, l'appel à la foi, la prédestination ! Il semble se jouer au milieu de ces difficultés, tant la lumière d'en haut illumine son intelligence des choses divines et donne à son style, alors même qu'il traite des choses les plus cachées en Dieu. de souplesse et de clarté. Oui vrai­ment, il mérite bien, - comme un second Augustin - ­ce titre de " Docteur de l'Amour divin " que lui décerna le Pape Pie IX dans la Bulle par laquelle il le déclarait Docteur de l'Eglise.

Le Controversiste n'est pas moins remarquable en lui. Pour avoir été le premier en date de ses ouvrages ­encore qu'il ait été écrit au jour le jour et n'ait été réuni en volume que longtemps après -le "Livre des Contro­verses" restera un des plus précieux qui soit sorti de sa plume. Qu'est donc ce Livre, sinon une complète dé­monstration de la foi catholique ? Il a un autre mérite, c' est qu' il n'a pas vieilli ! S'il fut, en son temps, l'arme la plus redoutable peut-être avec laquelle l'Apôtre du Chablais détruisit, dans cette province, l'édifice d'er­reurs et de préjugés contre la Religion catholique que le Calvinisme y avait dressé, il garde, à notre époque, toute sa valeur et toute sa force. Il faut regretter, croyons­-nous, qu'on ne l'utilise pas davantage, car, si l' hérésie se répète sans cesse, les réfutations que ce Livre magis­tral en apporte sont aussi victorieuses et péremptoires maintenant qu'elles le furent au XVIe siècle.

Et que dire du Directeur d'âmes, tel qu'il se révèle au cours des onze volumes de Lettres qui ont été recueillies ? Quelle sagesse ! Quelle prudence ! Quelle richesse de doctrine spirituelle ! Quel bon sens ! Quelle fermeté et quelle douceur à la fois pour guider les âmes dans les voies surnaturelles ! Quelle sûreté dans les conseils, qu'il s'agisse des affaires parfois très compliquées dans lesquelles s'embarrassaient ses correspondantes, ou des grâces d'ordre mystique qui parfois les sollicitaient !

Ce n'est pas tout. Saint François de Sales ne fut pas seulement Théologien et Moraliste, Controversiste et Directeur d'âmes : il fut Apôtre aussi et Prédicateur. La " Bonne nouvelle " ! Il n'apprit pas seulement aux âmes chrétiennes à la mieux aimer et à en vivre davantage. Il l'annonça aussi à celles qui ne la connaissaient plus ou la connaissaient mal. Prédicateur ? Nous préférons ce terme à celui d'orateur, dont ne se seraient point accommodées son humilité et sa simplicité voulue, exempte de toute prétention et - contrairement à l'élo­quence de son temps - de tout pédantisme.

Les 240 sermons - ou plans de sermons - réunis dans les quatre volumes qui leur sont réservés, constituent en somme, un cours complet d'enseignement reli­gieux. Ils sont pleins à ce point qu'on peut dire d'eux qu'ils contiennent plus de choses que de mots. Aucune recherche, aucune superfluité, rien d'humain : c'est vraiment la " Parole de Dieu " qui s'affirme dans toute Et c'est parce que toute cette richesse s'étale complai­samment sous les yeux du lecteur, que nous éprouvons, à livrer au public cette Collection complète des Œuvres du saint Evêque, cette intime satisfaction dont nous parlions tout à l'heure.

Saint François de Sales y apparaît encore plus grand, plus saint, plus beau que peut-être on l'avait rêvé aupa­ravant... Devant une telle œuvre, on reste confondu ! Vraiment cet homme exceptionnel, cet Apôtre intrépide, ce Docteur aussi doux que fort, cet Evêque - dont on a très justement dit qu'il fut " le plus saint des humains et le plus humain des Saints ", - fut bien l'envoyé de Dieu ! Nous devons voir en lui un des dons les plus magnifiques que Dieu ait fait à la terre, pour lui mon­trer les chemins du Ciel, pour faire briller la lumière de la vérité éternelle au milieu de ses ténèbres, pour rap­peler aux hommes qu'ils ont là-haut un Père qui les aime et qui ne leur demande qu'une seule chose : c'est qu'en retour de son amour infini, ils s'efforcent de Lui donner celui que sa grâce leur inspire, afin qu'ils soient heureux et saints en Lui et par Lui !

Il nous semble que cette magnifique collection de ses Œuvres fera mieux comprendre encore cette bienfaisante action de l'illustre Docteur. Bien au-delà du temps et du pays où il vécut, elle s'étend sur l'Eglise toute en­tière et se continuera jusqu'à la fin, car " la vérité de Dieu demeure éternellement " et les âmes humaines con­ naissent toutes les mêmes misères et les mêmes aspira­tions, les mêmes faiblesses et les mêmes élans !

C'est dans cette confiance et en faisant ce vœu, que nous livrons au public ces volumes tout remplis de la force et de la suavité du Docteur de l'Amour !

† FLORENT DU BOIS DE LA VILLERABEL,

EVÊQUE D'ANNECY.

Annecy, ce 28 Novembre 1932.

PRÉFACE

Avec une grande joie et après l'avoir déposé aux pieds de saint François de Sales, nous offrons à l'Eglise et au public le dernier tome de ses Œuvres. Ce jour depuis longtemps espéré, désiré, attendu, arrive enfin. Quarante ans de labeur sembleront peut-être bien longs, mais il faut en compter sept d'interruption absolue ; la guerre mon­diale et l'après-guerre ne permettaient pas de poursuivre, faute d'ouvriers, les beaux travaux d'imprimerie. Aujour­d'hui, malgré les difficultés présentes, les temps troublés que nous traversons, la crise financière qui enveloppe le monde entier, l'Edition complète et authentique s'achève avec ce XXVIe volume.

Nos lecteurs retrouveront dans sa première partie, saint François de Sales ascète et mystique; dans la seconde, le Maître des âmes surtout, le Directeur et le Père. Une des pièces principales du groupe A) est assurément la Declaration mystique sur le Cantique des Cantiques (p.11) ; à son sujet, sainte Jeanne-Françoise de Chantal écrivait en 1637 [1] : " L'on a trouvé dans une vieille malle, qui était inscrite Vieilles quittances, une explication en forme de méditation, du Cantique des Cantiques. Je pense que ce sont de ses premiers ouvrages qui s'étaient égarés, car je ne me souviens pas de lui en avoir ouï parler... " Elle mentionne ensuite plusieurs sermons de son Bienheureux Père, qu'elle envoie à son correspondant, et ajoute : " Tous ces cahiers sont écrits de sa bénite main, et le Cantique. " On ne saurait en douter ; c'est bien le style et le cœur du Saint, quoique l'on y reconnaisse, comme le dit l'auteur de l'Advertissement placé en tête de cette pièce, " un des premiers exercices de sa plume. "

Le Manuscrit sur les Vertus cardinales et morales (p.26-43) laissera au lecteur le regret de ne connaître que des mor­ceaux de ce travail important. Hélas ! ce que nous pour­rions appeler un pieux vandalisme, a morcelé sans pitié ces pages si intéressantes et nous a privés de plusieurs par­ties de ce texte qui n'ont pu être retrouvées.

Après divers fragments, parmi lesquels on remarquera celui qui a trait à la Charité dans les jugements (p.46), viennent les curieux recueils des Similitudes (p.49-51) : ils sont inédits. Celui qui se conserve au Monastère de la Visitation de Harrow (Londres) est de tous le plus digne d'attention (p.54-67). Soit par les courtes réflexions dont saint François de Sales fait suivre les sujets de comparaison, soit par les références mises en marge par les éditeurs, on verra comment le Saint entendait se servir, et s'est en effet servi dans ses ouvra­ges et dans ses sermons. de bon nombre de ces Similitu­des. Dans le dernier recueil, qui concerne le Traité de l'Amour de Dieu (p.71-74), on le sent tout appliqué à la charité divine et, quoiqu'il dise le contraire, non seulement très " heureux à instruire les hommes de la dévotion commune ", mais encore, et bien plus " du grand amour (p.72). "

Le groupe B) est une sorte de complément des Lettres ; plusieurs des filles spirituelles de l'Evêque de Genève y apparaissent de nouveau : sainte Jeanne-Françoise de Chantal, ses amies dijonnaises, quelques Religieuses de la Visitation qui nous sont bien connues, et quelques autres qu'il n'a pas été possible de découvrir. A l'Abbesse du Puits-d'Orbe et à la présidente Brûlart, le Saint envoie des conseils pour l'oraison, il leur donne même une méditation " toute formee " ; il ajoute pour la première, des Avis tou­ chant la réforme de son Monastère et sa conduite person­nelle, un très pieux traité sur la sainte Communion, un autre sur la tristesse et l'inquiétude.

Dans tous les documents de la seconde partie de notre volume, saint François de Sales se montre tel que nous l'avons admiré dans sa Correspondance : charité, bonté, sagesse, fermeté aussi, mais toujours tempérée par une délicatesse sans égale, par une condescendance qui s'in­cline vers les faibles et les petits. Il ne cache pas la vérité, mais il la dit de façon à la faire agréer ; il voit tous les re­plis de l'âme, il s'y insinue doucement et, sans la blesser, il lui découvre le mal, lui indique le remède, l'encourage, la soutient. Certains conseils à la Sœur de la Roche et à la Sœur Fichet n'échapperont pas au lecteur, ils sont re­marquables à ce point de vue. " Il faut que vous ayes grand soin de vous desfaire de vostre propre volonté, " dit-il à la première, " car il n'y a que cela seul qui vous nuise, d'autant que vous l'aves tous-jours extremement forte, et vous estes fort attachee a vouloir ce que vous voules. Embrasses donq bien fidelement cet exercice, puisque je vous le dis avec la charité de Dieu et la connoissance que j'ay de vostre necessité (p.133)." Et à la Sœur Fichet qui était très vive : " Vous deves estre bien humble, et vous le seres a cette heure que vostre Pere vous le commande ; oh ! je vous en prie. Mais je vous dis, d'une humilité vraye et solide, qui vous rende souple a la correction, maniable et prompte a l'obeyssance (p.135). " Et encore : " Vous aves un esprit comme ces arbres qui ont tant de branches autour qui les empeschent de croistre : tant de menus desirs empeschent de croistre le plus grand, qui est de plaire a Dieu (p.144). " Un autre jour, il encourage si joli­ment sa dirigée : " Marches tous-jours vostre petit pas, apres les autres. Encor que je die le petit pas, ce n'est pas que je n'aye un grand desir de vostre avancement a la perfection. Je me prometz beaucoup de vostre bon cœur, ma chere Fille; ne me trompes pas, car je veux que vous soyes la fille forte de ceans, la plus courageuse, douce et humble de toutes (p.141)... "

A la Mère de Chantal, c'est le dépouillement de toutes choses, l'abandon total, la remise de tout elle-même en Dieu que le saint Directeur recommande sans cesse ; il répète la même leçon de différentes manières, mais tou­jours il en revient là. " Il y a si long tems " que Notre-Sei­gneur attire la Sainte "' a cette unité et simplicité de presence et abandonnement en Dieu (p.131) " ; il le sait, et il sait aussi que " les personnes de cette condition luy sont cheres comme la prunelle de son œil (p.132). " Voilà pour­quoi il insiste sur " ce que si souvent " il lui a dit (p.125), et la presse de demeurer ainsi, sans retours sur elle-même, avec une grande douceur d'esprit et une filiale confiance en la divine Bonté. A plusieurs reprises, il lui donne les petits enfants pour modèle : " Ilz ne regardent nullement ce que font leurs mères, ni ne font point de retours sur eux mesmes ni sur leurs satisfactions, ilz les prennent sans les regarder... I1z ne se soucient point d'aller, ains ay­ment mieux estre portés... Bienheureux, " conclut-il, " sont ceux qui ne veulent pas tous-jours faire, voir, considerer, discourir (p.126) ! "

Cependant, saint François de Sales n'oublie pas qu'il est Fondateur : il veille surtout sur l'intérieur de ses Filles, mais l'extérieur ne saurait lui échapper. Il dit à la Mère de la Roche qu'elle doit se " pencher toute du costé de l'humilité (p.134) ", mais il lui recommande aussi, après son élection au supériorat, de maintenir son " exterieur en telle mediocrité entre la gravité et la douceur et l'humi­lité, que l'on reconnoisse que si bien elle aime tendre­ment ses filles, elle est pourtant la Superieure (p.164). " - ­" Ayes a cœur, " lui écrit-il encore, " le support des filles imparfaittes qui seront en vostre charge ; ne faites jamais de l'estonnee... Soyes grandement tendre» à leur égard, pour les ayder a faire grand prouffit de leur imperfection (p.155). " Puis il entre dans des détails sur la manière dont elle doit se comporter au parloir, sur les rapports avec les autres Ordres religieux, sur les pénitences qu'elle peut permettre " en quelque grande et signalee occasion (p.164-168). "

Il répond au long questionnaire de la jeune Mère de Mon­thoux qui l'avait interrogé sur nombre de points d'obser­vance. Les malades n'y sont point oubliées : " Il faut les gouverner comme malades, " écrit le Fondateur, " et nean­moins, imperceptiblement, les tenir en sousmission et obeissance (p.158). " Quant au jeûne, il " appreuve grandement que personne ne s'en dispense de soy mesme... Et si l'on vous remet a vostre choix, " dit-il, " prenés le jeusne, car il est mieux de ne flatter pas le cors que de l'attendrir (p.158)..." On le voit, si notre Saint est toujours d'une condescendante bonté pour les faibles et les maladives, il n'entend pas supporter la douilletterie et la recherche de soi-même.

Il y a des pages exquises dans les Avis inédits que l'ini­mitable Directeur donne A une personne vivant dans le monde et A une Religieuse de la Visitation (160,164,168,172) ; le lec­teur en jugera lui-même et, sans doute, il ne nous contre­dira pas.

La Paraphrase de l'Oraison dominicale, qui clôt cette sixième et dernière Série (p.177), est un document inconnu jusqu'ici ; sa valeur ne passera pas inaperçue. Saint Fran­çois de Sales faisait souvent son oraison sur le Pater ; la mé­ditation très affective qu'on lira plus loin nous découvre un peu ce que devait éprouver son âme quand il pronon­çait seulement ces mots : Notre Père !

On trouvera à la fin de ce volume les quelques lettres qui nous ont été communiquées après l'impression du tome XXI.

Le Glossaire général, la Table analytique, l'Index des textes de la Sainte Ecriture, des noms propres, etc., pa­raîtront en leur temps dans un dernier volume. Ils seront précédés par les documents arrivés après la publication des tomes antérieurement parus. Nous prions instamment nos lecteurs de nous faire part des Lettres ou autres pièces qu'ils pourraient découvrir, ou de nous avertir de leur existence, afin que nous puissions les joindre à celles que nous avons déjà. S'ils désirent acquérir ce XXVIIe volume, nous leur serons reconnaissants de nous le faire savoir.

La grande Vie de saint François de Sales se prépare ; elle sera le couronnement de ses Œuvres, monument litté­raire élevé à la gloire de notre incomparable Docteur. L'amour filial le commença, ce même amour le poursui­vit et le mena à bonne fin en ce qui concerne ses Ecrits ; puissions-nous, dans quelques années, en voir le complé­ment dans l'Histoire de sa vie ! Nous aurons alors saint François de Sales tout entier : nous pourrons nous éclairer au contact de son intelligence, nous instruire par ses exem­ples, nous nourrir de son esprit, nous fortifier, nous conso­ler près de son cœur fait sur le modèle du Cœur de Jésus.

En terminant, nous voulons remercier de nouveau tous ceux qui nous ont aidés de leur précieuse collaboration. Bon nombre d'entre eux sont morts ; Dieu est maintenant leur souverain Rémunérateur, mais nous ne saurions oublier les services qu'ils nous ont rendus. D'autres vivent encore : c'est surtout à ceux-ci que nous faisons parvenir l'expres­sion de notre gratitude, demandant à saint François de Sales d'acquitter nos dettes et de se faire lui-même notre ré­pondant.

LES EDITEURS.

Annecy, en la Fête du Christ-Roi, 30 octobre 1932.

AVIS AU LECTEUR

Un certain nombre de pièces publiées dans ce volume ont été revues sur les originaux ou sur des copies authentiques : la provenance est indiquée à la fin de chacune. On excepte les Fragments de l'Etude sur les Vertus (groupe A, n° III, pp. 26-45), où l'on a dit en note d'où provenait chaque morceau.

Les documents qui ne sont suivis d'aucune indication sont ceux dont, à défaut d'Autographes ou de copies, on a dû em­prunter le texte à des publications antérieures….

Les Editeurs sont seuls responsables des titres et dates qui précèdent chaque pièce, sauf indication contraire. Quand la date attribuée à un document n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre [ ]. Ces signes sont également. employés pour les mots qu'il a fallu suppléer et, dans les recueils des Similitudes, pour les références des auteurs cités par saint François de Sales et ajoutées par les Editeurs : pour ne pas trop charger les marges, on a dû mettre ces références dans le texte même.

Quant aux divergences qui existent entre les différentes le­çons d'une même pièce, le lecteur les trouvera au bas des pages, en petits caractères. Le commencement de la variante est indi­qué par la répétition, en italiques, des mots qui la précèdent immédiatement au texte : la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les mots biffés sur les Autographes sont enchâssés entre [ ].

Des points placés au commencement ou à la fin d'un docu­ment indiquent qu'il est incomplet.

Les quelques références marginales en italiques sont de saint François de Sales, toutes les autres sont une addition des Edi­teurs.

A la suite du Glossaire se trouve un Index dans lequel on a fondu les noms des destinataires avec les titres des rares notes historiques et biographiques.

Une table générale des Opuscules, par ordre chronologique, termine la collection.


A - OPUSCULES ET FRAGMENTS SANS DESTINATAIRES

I

FRAGMENTS D'UNE CONCORDANCE SUR LA PASSION 1594-1596 [2]

(INEDIT - EN LATIN)

CONTINUATION DU RÉCIT DE LA PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR

D'APRÈS LES QUATRE .ÉVANGÉLISTES

D'APRÈS TOLET

Après la prière qui est dans saint Jean, chap. XVII, le Seigneur dit les paroles qui sont en saint Matthieu, chap. XXVI, du verset 31e au 36e.

Il alla au delà du torrent de Cédron.(Jn 18,1)Cédron, c'est-à-dire lieu obscur, parce qu'il y avait une vallée ombragée par les arbres ; là aussi était un torrent. La figure de cette chose se trouve au livre 2 des Rois, chap.15. [3]

Il vint ensuite au jardin (Mt 14,32)ou domaine de Gethsémani,(Mt 26,36)c'est­- à-dire la vallée onctueuse, ou de mon huile. Dans ce domaine était un jardin (Jn 18,1)orné d'arbres et agréable. Le commencement de la perte de l'homme eut lieu dans un jardin ; le commencement de sa réha­bilitation se fit en entier dans un jardin. (Cyrill. Alex. in Jn Evangel.) Dans un. jardin, Adam fut trompé par le démon ; dans un jardin, le Christ fut consolé par un Ange. Judas, lui, connaissait ce lieu (Jn 18,2) ; là, il livre son Maître où le Maître avait livré le précepte de la prière.

(Pour plus de précision, nous nous servons des évangiles et non de Tolet). Après cela, dans ce même jardin, il arriva ce que les autres Evangélistes racontent. Matt. : Et il dit à ses disciples : Asseyez­-vous ici pendant que je m'éloignerai pour prier. Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprou­ver de la tristesse et de l'angoisse ; Marc : à avoir peur et du dé­goût. Et il leur dit : Mon âme est triste, etc. Asseyez-vous ici et veillez. Matt. : Demeurez ici et veillez avec moi. Luc (22,40) : Et priez, afin de ne pas entrer en tentation. [4]

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Suit ce que raconte saint Jean (18,4). Le Seigneur interrogea: Qui cherchez-vous ? etc. Et Judas, ayant donné un signe, revint avec d'autres, d'où il est dit : Or Judas, qui le trahissait, se tenait debout avec les autres, [etc.] [5]

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Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer. (Jn 19,12). (Pilate étant re­tourné de nouveau vers le peuple, parlait, semble-t-il, de relâcher le Christ.). Mais les juifs criaient, disant, [etc.]

Pilate... emmena dehors Jésus, et il s'assit sur son tribunal, au lieu appelé Lithostrotos, et en hébreu Gabbatha. (Gabbatha signifie hauteur ; Lithostrotos, en grec, balcon de pierres, lieu de jugement.) C'était la préparation de la Pâque, environ la si­xième heure (c'est-à-dire la sixième heure de la prière : ainsi divi­sait-on le jour : 1,3, 6, 9), et il dit aux Juifs, [etc.] Les princes des prêtres répondirent.. Nous n'avons de roi que César.(Jn 19,13). [6](Donc le Messie vient, Gen. 49,10 : Le sceptre ne s'éloignera point, etc.)

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(note 2) Mort de Pilate, Josephe, (18, Ant,Jud.(18,4,2) : Apres vingt ans de sa prevosté (prœture), il fut accusé par les Samari­tains vers Vitellius, gouverneur de Sirie, d'avoir condamné injustement, comme rebelles aux Romains, beaucoup d'hommes ;Vitellius luy commande d'aller a Rome vers Tibere Cœsar ; mays avant quil arrivat, Tibere mourut. Eusebe, (Hist Eccles.2.,7) racconte quil se tua.

Les gendarmes le prennent au praetoire, le despouillent du pourpre et luy remettent ses habitz ; le menent hors (Mt 27,31 ; Mc 15,20) ; portant sa croix.(Jn 19,17)C'est-à-dire, Isaïe, (IX,6) : Son empire a été posé sur ses épaules. Genes. 22,6 : : Isaac portait le bois ; Simon Cyreneen la porte,Nostre Seigneur (Lc 23,26) estant trop affligé.

On le suit, les femmes pleurent ; Tourné vers elles : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, etc, Deux malfaicteurs con­duitz avec. luy (Lc 23,27)..

Arriva hors de la ville, au lieu nommé Calvaire, en hébreu Golgotha.(Jn 19,17)Saint Basile dit que c'est une commune tradition qui fait du Calvaire le lieu de sépulture d'Adam.(Append.t.1 oper. S.Basilii in c.5 Is. ; Hieron. Ad Marcelkam epist.46,3 ; Athan. Serm. De Cruc. et Pas. ait Adami calvariam ibi esse sepultam - inter dubia S. Athan., tom III. – Défense Ste Croix note 89 ).

La ilz !uy donnent a boire du vin mirrhé (Mc 15,23), ou avec du fiel, mais l'ayant goûté, il ne voulut pas boire.(Mt 27,34).(Sans doute, il semble qu'à cause de son épuisement il faut ranimer le Seigneur.) Psaume 68,22 : Dans ma soif, ils m'ont donné du fiel.

Ilz le crucifient entre deux larrons (Lc 23,33 ; Jn 19,18). Et il fut mis au rang des scélérats.(Is 53,12 ; Mc 15,28 ; Lc 22,37)

Pilate fit mettre le tiItre (il y a de la redite) . Ilz prenent ses vestemens (Jn 19,19), etc., ut scriptum Psal. 21,19. Notes que Nostre Seigneur avait une roube, un manteau, une tuni­que (apud Euthym., Comment. in Mat. 27), et la tunique, faite par la Vierge (selon Euth. invoquant la tradition).

Père, pardonnez-leur.(Lc 23,34) Sa Mère se tenait debout près de la croix, [etc.] ; il parl'a sa Mere, puys au disciple (Jn 19,25).

Ceux qui viennent voir et qui passent, blasphement : Vah, Toi qui détruis le temple, etc. ; sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, etc... Semblablement les pontifes et scribes: Si le Christ est l'élu de Dieu, roi d'Israël, qu'il descende de la croix...(Mt 27,39 ; Mc 15,29 ; Lc 22,35) Les larrons aussi ; l'un : Si tu es Christ, sauve toy et nous. L'autre respond : Ne crains-tu donc pas Dieu, etc... Souvenez-vous de moi. Aujourd' hui même, tu seras avec moi. – Les soldatz : Si tu es roy des Juifs. .(Lc 22,39). [7]

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La mort seule s'arrêtait, elle redoutait de venir ; le Christ, ayant incliné la tête, l'appelle ; avant qu'il l'eût inclinée, elle avait honte d'approcher.(S1, serm 61,p.170). (Athan. In Quaestionibus in N.T. ad Antioch. Quaest 41 P.G.tome 38 col 726).

Il y eut des ténèbres sur toute la terre, etc.; les sépulcres des morts s'ouvrirent, la terre trembla (Mt 27,45). [8]

Sainct Chrysostome, in Mat. 27, dict quil [le soleil] ne pouvait ni ne vouloit servir a l'injure du Createur ; sainct Ephrem, 1. de Passione (Ephrem syri oper.graece et latine ; Roma 1748 t.3 p.246), dict quil " prit le dueil " de la mort de son Maistre.

Trois miracles: 1. le 14 de la lune, lune pleyne ; 2. l'ecclip­se dura des que Nostre Seigneur fut crucifié jusqu'a none, qui n'a accoustumé de durer que bien peu ; le 3. il fut uni­versel.

(Au recit d'Eusebe, in Chronico, ann.33, Tertul. in Apol. 21 renvoye les payens a leurs Annales) Phlegon, autheur grec : que le 18e de Tibere Cresar il y eut un'eclipse de soleil, la plüs grande que jamais fut veüe, et qu'en ce tems il y eut un si grand tremblement en Asie et en Bithinie, que plusieurs grans redifices tumberent. Pline, (hist.nat.2,84) , raconte le tremblement de terre au tems de Tibere avoir esté le plus grand qu'on eut ouy ni apperceu, et ruina 12 villes en Asie. Sainct Denis, converty a ce mi­racle estant en Haeliopoli ; luy mesme, en l'epistre a Po­licarpe (Epist 7,11), l'instruisant pour la conversion des Apollo­phanes.

Revu sur les Autographes conservés à la Visitation de Turin et d'Annecy. (note 2)

II

DECLARATION MYSTIQUE

SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES

[1602 - 1604 [9]]

ADVERTISSEMENT

L'IMPRIMEUR AU LECTEUR

Mon cher Lecteur, je sçay bien que pour vous faire estimer ce petit ouvrage que je vous presente, il suffit de sçavoir que son Autheur est le Bien-heureux François de Sales; un esprit si sainct, si esclairé et si seraphique ne pouvoit parler que tres-dignement et tres-sainctement sur une telle matiere. Et je ne pense pas con­trevenir à ses intentions en le publiant; car, quoy qu'il l'aye tenu long-temps secret, estant un des premiers exercices de sa plume, i! est neantmoins bien croyable que si la mort n'eust prevenu le dessein qu'il avoit de donner d'autres pieees au public, non moins utiles que celles qui paroissent maintenant par tout avec tant de fruict et d'approbation, sa charité incomparable l'aurait porté à vous le presenter luy-mesme, mais sans doute avec plus d'orne­ment et de perfection.

Cependant, le voilà tout tel qu'il est sorty de sa main et qu'il a esté trouvé apres son decez; lequel en avait rendu depositaires des personnes lesquelles, soit pour leur consolation particuliere, ou pour quelque autre bonne consideration, n'avaient pas jugé à propos de le publier plus tost. L'on a adjousté le texte latin aux marges, pour luy donner, par le rapport de l'un à l'autre, plus d'esclaircissement [10].

Les ames sçavantes et esclairées dans la vie interieure y trouve­ront, ainsi que je l'espere, de la satisfaction ; mais je vous prie, cher Lecteur, si vous desirez en tirer du profit, de le lire avec un esprit aussi sainct que le requiert la saincteté de son sujet.

VIVE JÉSUS

PREFACE

Il y a deux sortes d'unions de l'ame avec Dieu en ce monde : la premiere par grace, et laquelle se fait dans le Baptesme ou par le moyen de la penitence ; et la seconde par devotion, et celle ci se fait par le moyen des exercices spirituelz. L'une nous rend innocens, et l'autre spirituelz.

Salomon, pretendant avoir suffisamment enseigné la premiere sorte d'union dans ses autres Livres, n'enseigne que la seconde es Cantiques, ou il presuppose que l'Espouse, qui est l'ame devote, soit des-ja mariee avec le divin Es­poux; et represente les saintz et chastes amours de leur mariage qui se font par l'orayson mentale, qui n'est autre chose que la consideration de Dieu et des choses divines.

Sous ce nom de consideration sont comprises quatre di­verses actions de l'entendement, a sçavoir : la pensee, l'es­tude, la meditation et la contemplation. Nous pensons es choses, sans fin et intention; nous les estudions pour estre plus doctes ; nous les meditons pour les aymer, et nous les contemplons pour nous y plaire. Les uns regarderont sim­plement un pourtrait pour y voir les couleurs et images, sans autre fin ; les autres, pour apprendre l'art et l'imiter ; les autres, pour aymer la personne representee, comme les princes font leurs espouses, que bien souvent ilz ne voyent qu'en image ; les autres, parce qu'ilz ayment des-ja la personne representee, se playsent a regarder son pourtrait. L'une de ces quatre actions est sans fin ; la seconde prouf­fite a l'entendement ; la troysiesme et quattriesme prouf­fitent a la volonté, l'une l'enflammant, l'autre la res­jouissant. Ces deux dernieres sont supermistiques du Can­tique ; mais entre l'une et l'autre on peut justement collo­quer la demande, et respondront toutes troys aux vertus theologales. . .

La meditation se fonde sur la foy, considerant ce que nous croyons pour l'aymer ; la demande sur l'esperance, demandant ce que nous esperons pour l'obtenir ; la con­ templation sur la charité, contemplant ce que nous ay­mons pour nous y plaire.

Neanmoins, le sujet de ce Livre ne comprend pas la de­mande ni les deux seules considerations affectives, ni mesme la devotion, laquelle n'est ni meditation ni contemplation, mais en est l'effect, n'estant autre chose qu'une vertu gene­rale, contraire a la paresse spirituelle, qui nous rend prompts au service de Dieu (IVD 1e part. ch. 1). En sorte que la ou est la foy, nous sommes faitz plus prompts a croire par la devotion ; la ou est l'esperance, nous sommes rendus plus prompts a desirer ce que Dieu promet, et par la charité, a aymer ce que Dieu commande ; par la temperance, a nous abstenir ; par la force, a endurer , et ainsy des autres. La devotion, aux promptitudes particulieres que les habitudes donnent, en adjouste une generale et commune engendree par la meditation et contemplation, ainsy que le pelerin est plus dispos par la refection.

Salomon a pour fin en ce Livre la devotion, mais pour sujet l'orayson mentale prise pour la meditation et con­templation, non pour la pensee, ni pour l'estude, ni pour la demande, ni pour la devotion, ni mesme pour la con­solation et le goust que l'on a en l'orayson, lequel ne s'y trouvant pas tous-jours est distingué d'icelle ; ains arrive souvent que ce goust n'estant pas en l'orayson des bons, se trouve en celle des grans pecheurs. Mays le pelerin es­tant sain, apres estre repeu, soit avec goust ou sans goust, retourne tous-jours plus promptement a son voyage.

Que si l'orayson mentale est distinguee du goust spiri­tuel comme la cause de l'effect, elle l'est encor plus de l'allegresse spirituelle qui est engendree de la multitude des goustz. Le courtisan qui a receu de son prince diverses faveurs, acquiert une habitude avec laquelle il le sert non seulement promptement, mais gayement : ainsy, nous de­vons tous-jours servir Dieu promptement; nous le servons seulement gayement quand nous recevons plusieurs goustz spirituelz qui reviennent de l'orayson mentale. Le pelerin sera plus disposé au voyage s'il a mangé ; mais s'il a mangé avec goust et appetit, il sera non seulement disposé, ains joyeux et allegre tout ensemble.

Disons aussi que la possibilité, la facilité, la promptitude et la gayeté sont choses differentes en une action. Resusciter un enfant mort n'est pas en la possibilité de la mere ; le guerir estant extremement malade, est chose possible, mais non pas facile ; mettre le feu a sa playe par ordonnance du medecin est possible et facile, mais non pas avec promp­titude, ains avec resistance et frayeur ; rafraischir son appareil se fait facilement, possiblement, promptement, mais non allegrement ; mays apres qu'il est gueri, le rece­voir et accueillir entre ses bras, se fait possiblement, faci­lement, promptement et gayement. Ainsy, le pecheur n'a pas de soy la possibilité a servir Dieu meritoirement : estant en grace, il a la possibilité, avec resistance et sans faci­lité ; apres avoir continué, il le sert facilement ; apres qu'il est devot, il le sert promptement ; s'il est contemplatif, il le sert allegrement : la grace donnant la possibilité, la charité donnant la facilité, l'orayson mentale la prompti­tude et devotion, la multitude des goustz la gayeté.

Au dessus de toutes ces actions sont l'extase et le ravis­sement ; car lhors qu'en l'orayson, meditant et contem­plànt, l'homme s'attache tellement a l'object qu'il sort de soy mesme, perd l'usage des sens et demeure absorbé et attiré, cette alienation d'entendement de la part de l'object qui tavit l'ame, s'appelle ravissement, et de la part de la puissance qui demeure absorbee et engloutie s'appelle extase, dernier effect de l'orayson mentale icy bas.

Bref, l'orayson mentale est le sujet des Cantiques. Mais on a besoin de la connoissance des choses susdites pour la declaration des termes, mesme lhors qu'ilz ne semblent estre que litteraux, bien que ce soit fort rarement et qu'il soit bien difficile de les y connoistre ; ou, au contraire, les mistiques y sont en abondance et tres divers. Comme, par exemple, devotion, goust, allegresse, ravissement, extase et choses semblables, ne s'y treuvent jamais ; mays a cha­que pas, sommeil, songe, enyvrement, langueur, defaillance et choses pareilles. Mesme la nature ni les proprietés de Dieu ou de l'ame n'y sont point nommees ; mays, au lieu de tout cela, yeux, cheveux, dens, levres, colz, vestemens, jardins, unguens, et mille choses pareilles qui ont mis con­ fusion es expositions par la liberté que les expositeurs ont eu de les faire joindre un chacun a son sens, et, qui pis est, par la licence insupportable qu'un mesme expositeur a pris, d'entendre en une mesme page une mesme parole en diverses manieres et pour diverses choses.

Mais nous n'avons rien entrepris sans imitation des meil­leurs autheurs et sans apparente convenance entre le terme signifiant et le signifié; et ayant donné une fois une signification a un terme, nous ne l'avons despuis jamais changé. Les baysers signifieront tous-jours les consola­tions spirituelles ; les emhrassemens, les unions avec Dieu ; les douceurs des viandes, les goustz spirituelz ; les langueurs et defaillances, les gayetés ef allegresses ; les sommeilz et enyvremens, les ravissemens et extases. En l'Espouse, quand il se traitte de vertu exterieure, le col signifiera la force pour executer ; quand on traitte de vertu interieure, il signifiera la partie irascible, et jamais ne changera de signification. En l'Espoux, le chef signifiera la charité. Le theatre de Hierusalem sera tous:-jours l'Eglise militante ; l'Espoux sera tous-jours Dieu increé ou incarné ; l'Espouse, l'ame; le chœur des dames, les conversations mondaines.

En fin, l'orayson mentale est le sujet mistique du Can­tique. Mais quelles choses en veut dire Salomon, ou plus­tast le Saint Esprit ? Il nous veut monstrer par combien de degrés une ame, estant en l'orayson mentale, peut monter a la plus haute consideration de Dieu, et avec quelz re­medes elle se peut ayder contre beaucoup d'empeschemens. Dont on peut faire cette division :

Il y a cinq principaux empeschemens en l'orayson, cinq principaux remedes et cinq degrés d'icelle. Mais la sixiesme scene represente une ame laquelle, ayant surmonté tous ces empeschemens, n'a plus besoin de remedes ; et a cha­cune des cinq autres scenes, donnant ou mettant un em­peschement, un remède et un degré.

En la premiere, la souvenance des playsirs passés sensitifs est l'empeschement ; le remede est le desir des choses spi­rituelles et les demander a Dieu ; le premier degré est de considerer Dieu es choses corporelles.

En la seconde, l'empeschement est la distraction de l'imaginative par les fantosmes et visions sensibles : le remede est l'attention aux inspirations : le degré, la consi­deration de Dieu es choses spirituelles.

En la troysiesme, l'empeschement est les loüanges hu­maines ; le remede est de gouster les divines : le degré est la consideration que l'ame fait de Dieu en elle mesme.

En la quatriesme, l'empeschement est la fatigue du cors et partie sensitive; le. remede sont les colloques et devis spirituelz ; le degré est mediter Dieu, non en luy mesme, mais en son Humanité.

En la cinquiesme, l'empeschement est des respectz humains; le remede est la solitude: le degré, la consideration de Dieu en luy mesmc, mais comme Dieu.

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

EGLOGUE DE SALOMON

I

PREMIER EMPESCHEMENT

LA SOUVENANCE DES PLAYSIRS SENSIBLES

Qui delibere de ne plus offencer Dieu, rencontre plu­sieurs occasions suggerees par le diable pour pecher ; qui se resoult ne plus vouloir de consolation qu'en Dieu, ren­contre le monde qui luy presente nouveaux playsirs tem­porelz. Ce luy est un grand empeschement pour apprehen­der les consolations divines de ne se pouvoir separer ni desfaire des anciennes compaignies, conversations et recreations.

Donques l'Espouse, c'est a dire l'ame des-ja en grace, voulant entendre a la vie spirituelle par les baysers de son divin Espoux, qui sont les consolations spirituelles, a une grande peyne a se desprendre du chœur des dames (con­versations anciennes) qui luy offrent des vins et parfums, qui sont les playsirs temporelz. Dont l'ame languissante pour l'absence de son Espoux, desirant s'unir a luy par l'orayson, le chœur des dames la veut conforter avec vins et parfums, luy remettant en memoyre les playsirs passés; nonobstant lesquelz elle demande : Qu'il me bayse d'un bayser de sa bouche (Ct 1,1).

Remede .. Desirs et demande des biens spirituels

Premierement elle considere que les biens et playsirs mondains, aupres des divins ne sont que vanité; seconde­ment, que Dieu est doux et souhaittable en luy mesme; troysiesmernent, que plusieurs ames saintes ont frayé le chemin, n'ayant trouvé aucun playsir qu'en Dieu; qua­triesmement, elle demande a Dieu qu'il luy oste toutes affections terrestres.

Et quant au premier, elle dit : Tes amours sont meil­leurs que le vin et plus odorans que les parfums ; quant au second : Ton nom, est le mesme parfum respandu ; pour le troysiesme : Les jeunes filles t'ont aymê ; et pour le quatriesme : Tire moy apres toy, nous te suivrons et courrons a l'odeur de tes parfums. Et tout incontinent, portee par une grande confiance d'obtenir ce qu'elle de­mande, comme si des-ja c'estoit fait elle adjouste : Mon Roy m'a menee en ses cabinetz ; nous sauterons de joye et nous res-jouirons en luy et avec luy de la souvenance de tes amours qui sont meilleurs que le vin ; les bons t'ay­ment et te prisent (Ct 1-3).

Les scrupules neanmoins surviennent, par la memoire des pechés passés ; dont elle dit : Je suis noire ; mais l'in­tegrité de sa conscience presente fait qu'elle adjouste : mais je suis belle, O filles de Hierusalem, comme les tabernacles de Cedar et comme les peaux de Salomon. Le foyer du peché en la concupiscence y apporte du deschet, mays sans quil luy puisse estre reproché ni imputé a peché : Ne prenes donq pas garde a ce que je suis brune, car mon Soleil m'a voulu ainsy laisser en ceste guerre : le so­leil m'a donné le teint que j'ay, et ne m'est pas advenu par ma faute, mais par celle des premiers enfans de la nature humaine, ma mere. Les filz de ma mere ont com­battu contre moy, ce fut par leur peché que je fus mise en necessité de prendre tant de soins et garde a moy mesme comme si j'estois a garder une vigne: ilz m'ont mise a garder les vignes contre les assautz de la concupiscence, et tout cela, helas ! non par ma faute propre et actuelle, mays par celle d'autruy, dont je puis dire : La vigne que j'ay gardee n'estait pas a moy (Ct 4-5).

Et partant, que la confiance revienne en moy, et que je commence a chercher mon Espoux ou il est plus aysement trouvé, par l'orayson. O vous que mon ame ayme, ensei­gnes moy ou vous paisses et ou vous couches a l'ombre du midy, affin que je ne coure ça et la esgarêment aux troupeaux de vos campaignons (Ct 6), c'est a dire, apres les creatures. Enseignes moy ou je pourray vous trouver en l'orayson, avec vos lumieres et consolations, sans m'arres­ter a la creature.

Premier degré : Consideration de Dieu es choses corporelles

Vois tu bien ce soleil, O mon espouse, ces estoilles, ces cieux, ceste terre, ces rochers ? ce sont autant de voyes et chemins pour me trouver. Elles ne se sont pas faittes elles mesmes (Ps 99,3) ; elles ne sont pas sans quelque principe qui les a faittes et qui est leur fin derniere, qui les conserve, qui les garde. Mais qui est ce principe et ces te fin ? C'est Dieu ; les meres de toutes choses sont les idees qui en sont en moy, en ma puyssance et bonté. Mays les aigneaux, aussi tost que l'huys de la bergerie est ouvert, courent droit a leurs méres ; ainsy l'homme, voyant les creatures, monte petit a petit a Dieu : c'est un moyen de me trouver.

Si tu n'as pas encores une entiere connoissance, O la plus belle des femmes, parce que tu es encores commen­çante, sors de la souvenance des playsirs passés, et va suyvant les pas de tes troupeaux ; cherche mes sentiers en toutes les creatures, laisse-toy guider et mener la par ou elles mesmes retournent, et tu trouveras qu'elles iront reposer aux pasturages de leur premier berger : Fais paistre tes chevreaux pres les loges des pasteurs (Ct 7).

Tu seras conduitte a troys paissans et un Pasteur, a troys creans et un Createur. Toutes les creatures sensibles te meneront la, et les plus nobles encores mieux. Sur tout, la nature humaine, en tes premieres meditations, t'y sera prouffitable ; tu verras les biens surnaturelz qui sont en elle : comme, qu'elle est l'habitation de Dieu, son throsne et quasi son chariot ; dont il luy peut dire : O ma bien­aymee, je t'ay fait semblable a ma genisse attelee aux chariotz de Pharaon. Tu y verras les biens naturelz, car elle est aussi belle en elle mesme comme si elle avait tous les ornemens du monde : Tes joües sont belles comme si elles estoyent parees de quelques beaux ornemens ; ton col est beau comme s'il estait paré de quelque beau car­quan. Tu verras ces biens accidentelz, comme quoy tout le monde a esté fait pour ton usage, ornement et service : Nous te ferons des bagues d'or qui seront esmaillees d'argent ; qui sont des bienfaitz si grans, que l'ame les meditant s'enflamme d'amour et est contrainte de s'escrier : Puisque je ne puis autre chose, au moins t'aymeray je, O mon Espoux, et seray moy mesme ta salle royale, laquelle je parfumeray de nard ; c'est a dire, je m'empliray d'a­mour : Tandis que mon Roy sera en sa salle, mon parfum, qui est composé de nard, embaumera tout ce lieu de la suavité de son odeur ; et de plus, je m'uniray tellement avec luy, que je le porteray comme un bouquet dedans mon sein : Mon Bienaymé est le bouquet de mirrhe que je porteray tous-jours entre mes deux mammelles. Il sera tous-jours mon tres cher bausme et mon plus grand thre­sor : Mon Bienaymé m'est une grappe de bausme cueillie aux vignes d'Engaddi (Ct 8-13).

Ces affections font que l'Espoux ayme l'ame et la loue, disant : O que tu es belle, ma bienaymee ! Voyci que tu es belle ; tes yeux sont comme ceux de la colombe. L'ame de son costé, reconnoissant que toute sa lumiere depend de son Soleil, qui est Dieu, confesse que luy seul est beau par essence : O mon Bienaymé, tu es beau et de bonne grace, et tu embellis tellement nostre essence, quand il te plaist, que mesme nostre lict, qui est nostre cors, en est beau : voyla nostre lict fleurissant. Et mesme ce monde, nostre habitation : Les chevrons de nos maysons sont de cedres et nos solives sont de cypres (Ct 14-16);donq, quelle merveille si je suis la fleur du champ et le lys des vqllees ? Ce qu'advouant l'Espoux, il monstre que plusieurs ames sont bien de contraire condition par la malice de leurs volontés, car elles sont comme des espines : Comme un lys entre les espines, ainsy est ma bienaymee entre les filles (Ct 2,1).

Cheres loüanges que l'ame n'accepte ni ne refuse, mays, esprise de son Espoux, retourne a le considerer es mesmes choses sensibles, non plus en meditant pour l'aymer, mais en contemplant pour se res-jouir, le confessant tres haut entre toutes les choses creées : Comme est un pommier entre les arbres des forestz, ainsy est mon Bienaymé entre les enfans des hommes. Dont, ayant trouvé un bien si emi­nent an dessus de tout autre, elle s'y repose sans en plus rechercher : Je me suis reposee a l'ombre de celuy que ie desirois ; et en ce repos spirituel se fait le goust de la devotion : et son fruict est doux a mon goust, et si doux qu'il engendre des saintes manies et fureurs en mon ame, comme si elle estoit enyvree d'amour ; dont elle s'escrie : Il m'a menee au cellier de son vin, il a desployé sur moy l'estendart de son charitable amour (Ct 4). Mais particuliere­ment avec leur frequente communication, ilz engendrent l'habitude de l'allegresse spirituelle, en laquelle, languis­sant doucement, elle se sent defaillir et esvanouyr, et pour ce dit elle: Hé, recon/ortes moy avec des fleurs, mettes des pommes autour de moy, car c'est d'amour que je languis (Ct 3-5).

Quoy plus ? Le ravissement, mistiquement signifié par le sommeil. L'ame, le sentant survenir et ne voulant dor­mir ailleurs qu'entre les bras de son Espoux, dit : Que sa main gauche soit sous mon chef et que de sa main droitte il m'embrasse estroittement. Lhors Dieu a soin que les choses basses ne nous empeschent cette divine consola­tion ; dont il dit au chœur des dames : Je vous adjure, O filles de Hierusalem, par les chevres et par les cerfz des chams, que vous n'esveillies ni facies esveiller ma bien­aymee jusques a ce qu'elle le veuille (Ct 6-7). Lhors l'ame com­mence a esprouver et connoistre qu'il n'y a douceur qui esgale celle qui se trouve en l'orayson mentale.

II

SECOND EMPESCHEMENT : LA DISTRACTION IMAGINATIVE

Plus un chemin nous est conneu, plus nous le hantons ; plus nous y connoissons de gens, et plus volontier aussi nous y cheminons et plus facilement. Mais aussi, par telz chemins nous arrivons plus tard au giste, parce qu'ayant beaucoup de connoissances, icy nous parlons a l'un, la a l'autre; icy nous entrons en la boutique de l'un, la nous nous arrestons avec un amy. Pour la consideration de Dieu, nul chemin ne nous est plus battu, conneu et fami­lier que celuy des choses corporelles entre lesquelles nous vivons ; nul n'a en soy plus de facilité, mays aussi, nul n'a plus de distractions. Quand je médite Dieu en l'Ange, qui est une chose invisible et qui ne m'est nullement familiere, il n'engendre en moy que peu de fantosmes et distractions ; mais si je considere Dieu en l'homme, mon imagination descend de l'universel au particulier, et, sous le nom d'homme, me represente Pierre, Paul, ou chacun d'eux, lhors que nous faisons telle ou telle chose. Si bien que tan­dis qu'en ce chemin qui nous est si familier nous nous arrestons a toutes les boutiques de nostre connoissance, ou nous arrivons tard a nostre but, ou jamais.

De mesme que la multitude des songes ne laisse dormir paysiblement, mays fait presque veiller en dormant, ainsy l'orayson arrivee au sommeil de l'extase, qui est comme son giste, elle peut estre appellee elle mesme sommeil; mays quand elle est interrompue de distractions phan­tastiques, c'est un sommeil plein de songes. Et lhors, nostre Espoux nous parle et vient a nous, mais non pas pour y demeurer et reposer, ains il vient par sautz et eslancemens : C'est la voix de mon Bienaymé, le voyla qui vient aux montaignes, saillant et traversant les collines. Il semble que tantost il vienne et que tantost il fuye : Mon Bienay­mé est semblable a un chevreuil et a un faon de cerf ; maintenant il se monstre, maintenant il se cache : Le voyla qui se tient debout derriere nos murs ; et bien qu'il sem­ble qu'il se face voir, regardant par les fenestres, nean­moins la vision n'estant ni bien claire ni bien arrestee, l'on peut dire que les fenestres ont des barreaux et qu'il regarde par les treillis (Ct 8,9).

Remede : Attention a l'inspiration

Or, il ne faut pas s'ennuyer demesurement en ces dis­tractions, car elles sont conjointes a nostre nature, et nous n'en pouvons estre repris si elles ne viennent de nostre faute. Neanmoins, il faut user de remede, qui est de se recueillir souvent et prester l'oreille pour escouter les inspi­rations : Voyla mon Bienaymé qui m'appelle et me dit : Leve toi, ma bienaymee, ma colombe, ma belle, et t'en viens ; la faysant, outre cela, resouvenir del'innocence en laquelle elle peut pieusement croire estre arrivee, ne se sentant chargee d'aucun peché mortel. O combien estoit triste l'hyver du peché: car des-ja l' hyver est passé, la pluye s'en est allee. Il se res-jouit de ce que les fleurs de devotion commencent a sortir et pousser: Des-ja les fleurs paraissent en nostre terre ; de ce qu'elle a commencé a retrancher les superfluités vicieuses : le tems d'esmonder et nettoyer les arbres est venu ; de ce qu'ainsy qu'une tourterelle, elle a fait ouyr sa plainte et son gemissement avec l'orayson : On a ouy la voix de la tourterelle en ceste contree ; mays de plus, il se res-jouit de ce que des-ja elle a produit des fleurs de bonnes œuvres et des odeurs de bon exemple : Des-ja le figuier jette son fruict, les vignes sont fleuries et jettent leur bonne odeur. Il l'admoneste, outre ce, de passer plus avant, et, de commençante, qu'elle se face prouffitante, luy redisant : Leve toy, ma bienaymee, ma belle, et t'en viens (Ct 10-13).

Et parce qu'es commencemens il semble a l'ame qu'elle soit entre plusieurs difficultés, comme entre des pierres ou des espines (Ma colombe, qui est dans les trous de la pierre et au creux de la muraille), pour cette cause il asseure qu'elle ne laisse pourtant de luy estre bien aggreable : Hé, monstre moy ta face, que le son de ta voix vienne a mes oreilles, car ta voix est douce et ta face tres belle (Ct 14).

Ce discours est si doux qu'il devrait chasser toutes autres pensees ; toutesfois, si ces pensees reviennent, elle dira comme en songeant : Prenes ces petitz renardeaux qui fouillent et gastent les vignes, car nostre vigne est en fleur : et se reunissant avec son objet, elle dira : Mon Bienaymé est a moy et moy a luy ; et le priera qu'il re­vienne a elle tant que le jour dure et jusques a ce que les ombres s'abbaissent : Reviens, mon Bienaymé, et sois semblable a un chevreuil ou a un faon de cerf sur les montaignes de Bether (Ct 15-17).Et ainsy, elle surmontera ce se­cond empeschement.

Second degré

L'ame considere Dieu es choses spirituelles, hors de soy mesme

. Cette voye des considerations est moins conneuë, mais aussi moins sujette aux distractions. Au precedent degré il semble qu'on ne trouve pas Dieu, encor qu'on l'ayt trouvé ; mais en celny ci on reconnoist incontinent qu'on l'a trouvé : La nuict, en mon lict (c'est a dire es cors humains, qui sont les lictz des ames), j'ay cherché Celuy que mon ame ayme, et je ne l'ay point trouvé. Je me leveray, et tourneray la cité de ce monde ; et courant tantost par les cors terrestres, tantost par les celestes, je l'ay cherché, et ne l'y ay point trouvé ; au moins les distractions ont esté si grandes qu'a peyne me semble-il de l'avoir rencontré : Je chercheray par les rues et par les places Celuy que mon ame ayme : je l'ay cherché, et ne l'ay pas trouvé (Ct 3,1).

Mon bonheur a voulu que je me suis souvenu des Anges qui sont comme les sentinelles du monde: Les sentinelles qui gardent la cité m'ont trouvee, et me suis resolue de voir si en eux je trouverois la consideration de Dieu plus fermee : N'aves vous point veu le Bienaymé de mon ame ? Au dessus de la nature angelique j'ay trouvé immediate­ment la divine : Un peu apres les avoir passees, j' ay trouvé Celuy que mon ame ayme, et ce, sans distractions sensi­bles, si bien qu'il semble que je ne le dois jamais perdre : Je le tiens et je ne le lairray point, jusques a ce que j'entre en la gloire celeste, vraye mayson de la nature hu­maine ; ma mere est en sa chambre, c'est a dire au siege des Anges qui m'est preparé. Lhors, a cette vision enig­matique succedera une vision claire : Quand je l'introdui­ray, mais plustost, quand il m'introduira en la mayson de ma mere, et en la chambre de celle qui m'a engendree (Ct 3,4). .

Sainte consideration de Dieu es choses spirituelles, la­quelle, comme de sa nature elle n'engendre point de fan­tosmes, aussi n'engendre-elle point de songes. La conside­ration du premier degré est plus interrompue, celle cy plus stable et plus haute, dont elle produit tous ses effectz avec plus d'excellence, a sçavoir, l'amour plus vif et l'allegresse plus spirituelle. A quoy Dieu adjoustant sa grace, defend avec un soin plus particulier qu'on ne l'esveille, disant : Je vous adjure, O filles de Hierusalem, par les chevres et les cerfz des chams, que vous n'esveillies ni ne facies esveiller ma bienaymee jusques a ce qu'elle le veuille (Ct 5).

III

TROISIESME EMPESCHEMENT : LES LOUANGES HUMAINES

L'ame s'acheminant de degré en degré en la sainte orayson, se rend si resplendissante qu'il est impossible qu'elle ne soit admiree, et que le monde mesme la voyant, au milieu du desert empetré de tant de pechés, cheminer droit ; ainsy qu'une colomne de parfum odoriferant qui s'esleve vers le ciel, ne s'escrie : Qui est ceste ci qui mar­che par le desert ainsy qu'un rayon de parfum, de compositions aromatiques de mirrhe et d'encens et de toutes sortes de poudres a embellir (Ct 6) ? Or, cest applaudissement est un venin caché et doucereux qui fait bien sou­vent que les plus saintz et devotz perdent leur justice et leur devotion.

Remede : Estre attentif aux loüanges de Dieu

Quicomque entend ses propres loüanges, qu'il se tourne vers celles de Dieu ; qu'il persuade a celuy qui le loüe de ne vouloir loüer une chose de si petit merite, mays. qu'il esleve les loüanges de Dieu de nostre bassesse et petitesse. Que s'il ne peut si tost arrester ses yeux sur la Divinité, qu'au moins il loüe Jesus Christ homme, nostre vray Salomon, et ce principalement en troys choses : la. chair, la Croix, la gloire, disant : Voyes combien est digne sa chair, lict de sa Divinité et de son ame, entouree de plus de soixante vaillans soldatz qui la defendent contre quicomque, de nuit, pourroit luy faire peur ; ceste chair, qui n'est inclinee au peché comme la nostre, mais, par l'union hypostatique et par l'empire qu'elle tient sur les Anges, est du tout asseuree et impeccable : Voicy que soixante hommes des plus fortz d' Israël entourent le lict de Salomon, tous tenans des glaives et bien duitz a la guerre, chacun desquelz tient son espee droitte sur sa cuisse pour les craintes de la nuit(Ct 7,8).

Quant a la Croix, O qu'elle est sainte ! elle est de bois, mais de bois du Liban, c'est a dire incorruptible : Le Roy Salomon s'est fait une litiere du bois du Liban. La justice et la misericorde sont les deux colomnes qui sous­tiennent ceste Croix: Il a fait les colomnes d'argent, l'appuy ou reposoir en est d'or, d'autant que tout s'est fait pour conduire les ames a la gloire, l'appuy d'or; la montee en est de pourpre, car il ne nous conduit a la gloire que par son sang. Et tout cela, pour les ames de l'Eglise; dont il est dit : orné de charité au milieu pour les filles de Hierusalem. De la s'ensuit, pour ce Seigneur, la cou­ronne de la gloire de sa Resurrection et Ascension, laquelle doit ravir tout le monde a sa loüange : Sortes, filles de Sion, et voyes le Roy Salomon avec le diademe duquel sa mere l'a couronné le jour de ses espousailles et le jour de la joye de son cœur .

Troysiesme degré

L'ame considere Dieu en elle mesme

Donq, l'ame rejettant ses loüanges en celles de Dieu, prend soin de se parer en toutes ses parties pour plaire a Celuy que seul elle estime digne de toutes loüanges. Or ses parties mistiques sont : les yeux, c'est a dire les inten­tions qui la meuvent ; les cheveux, c'est a. dire les affec­tions, amour, hayne, desir et autres, qui, comme les che­veux, ne sont ni bonnes ni mauvaises, sinon entant qu'elles sont employees au bien ou au mal ; les dens, c'est a dire les sens qui maschent toutes les viandes qui doivent entrer en l'estomach de l'entendement ; les levres et le parler, c'est a dire les pensees qui, en façon de paroles interieures, produisent des discours insensibles ; les joües sont les deux puissances raysonnables, qui sont l'entendement et la volonté ; le col, la force irascible qui rechasse et repousse les empeschemens ; les mammelles sont les deux actions de la concupiscible : suivre le bien, fuyr le mal. Tout cela doit estre orné et embelli, affin que Dieu ayme l'ame et qu'il puisse dire : Que tu es belle, ma bienaymee, que tu es belle !

Les intentions doivent estre simples, pures et interieures, sans qu'on puisse dire que l'une soit au dehors et l'autre au dedans, et qu'elles soyent louches et diverses : Tes yeux sont de colombe, sans ce qui est caché au dedans.

Les affections ne doivent estre esparses, mais serrees et unies comme un troupeau sous la houlette du souverain Pasteur : Tes cheveux sont comme des troupeaux de chevres qui viennent du mont Galaad.

Les sens doivent estre gardés comme en prison, ainsy que les dens sous les levres, ou comme brebis nouvelle­ment lavees ; et leurs jumeaux, c'est a dire l'apprehensive et l'appetitive, se doivent tenir rangees et reglees : Tes dens sont comme troupeaux de brebis fraischement tondues qui retournent du lavoir, chacune avec deux jumeaux, et pas une d'elles n'est sterile.

Les pensees doivent estre si bien accommodees que toutes les conceptions soyent teintes au sang du Sauveur, et les paroles et discours pleins de douceur et prouffit pour le prochain: Tes levres sont comme une bande de cou­leur pourprine et ton parler est bien doux.

L'entendement et volonté monstreront d'entendre le bien et le vouloir faire ; et, comme en une grenade ouverte, tout y sera descouvert, rien n'y paroistra laid et desag­greable ; et ces deux puissances seront tous-jours humbles et assujetties : Tes joües sont comme une grenade en­tamee, sans ce qui est caché au dedans.

L'irascible sera si vaillante contre les tentations qu'on pourra dire : Ton col est comme la tour de David, bastie avec des boulevars ; mille boucliers sont pendus en icelle et toutes sortes d'armes pour les hommes fortz. Et quant a la concupiscible, elle aura son desir du bien et sa fuite du mal si simples qu'on pourra dire : Tes deux mammelles sont comme deux faons de chevres que l'on fait paistre entre les lys (Ct 4,1).

En fin l'Espoux qui, des son Ascension, est allé a la montaigne de la mirrhe et a la colline de l'encens, au Ciel, a la dextre du Pere, comme il l'avoit predit (Devant que le jour decline et que les ombres s'abbaissent, j'iray a la montaigne de la mirrhe et a la colline de l'encens), il loüera l'ame, disant : Tu es toute belle, O ma bienaymee, et il n'y a pas une petite tache en toy ; et l'invitera de passer de la Hierusalem militante a la triomphante, disant : Viens du Liban, mon espouse, viens du Liban, viens, et promettra les couronnes et sieges dont furent chassés les demons : Tu seras couronnee du haut du mont Amana, du coupeau de Sanir et d'Hermon, des sieges des lions, des montaignes des leopars (Ct 6-8).

Tous ces ornemens sont aggreables a Dieu, mays sur tout la netteté et pureté d'intention, qui doit estre si grande que toutes nos fins se reduisent a une fin, toutes nos intentions a une intention, tous nos desirs a un desir, d'aymer et servir Dieu, en sorte qu'il n'y ayt plus qu'un œil: Vous aves navré mon cœur, ma seur, mon espouse, vous aves navré mon coeur avec un de vos yeux ; et qu'il n'y ayt plus qu'un cheveu, dont il s'ensuit : et de l'un des cheveux de vostre col (Ct 9).

L'intention estant bien dressee avec le desir, les mam­melles de la concupiscence seront bien ordonnees : Que tes mammelles sont belles, ma seur, mon espouse ! tes mammelles sont plus belles que le vin. Les exemples en seront de bonne odeur : L'odeur de tes parfums est par dessus toute composition aromatique ; les pensees et paroles seront tres devotes et douces : Tes levres sont un rayon de miel qui distille, ce qui est dessous ta lan­gue est lait et miel ; les actions seront tres exemplaires : L'odeur de tes vestemens est comme l'odeur de l'encens (Ct 10,11).

Disons ainsy : les actions appartenantes a une ame sont interieures ou exterieures ; les exterieures se font par le commandement des interieures. Et quant aux interieures, il faut qu'elles soyent serrees en Dieu sans que le monde les voye ; c'est pourquoy il dit : Un jardin clos est ma seur, mon espouse, elle est un jardin clos et fermé ; elle est une fontayne scellee. Et quant aux exterieures, il faut qu'elles soyent comme un beau paradis : Ce que tu envoyes et metz dehors est comme un paradis auquel on void toutes vertus : de grenade, des fruictz des pom­miers, de bausme avec du nard et saffran, sucre et can­nelle et toutes sortes de fruictz des arbres du Liban, mirrhe et aloës, avec toutes sortes des plus excellens parfums. En somme, l'ame est une fontayne de bonnes œuvres qui saillent jusques au ciel avec impetuosité, pa reille a celle des eaux qui viennent du Liban : La fontayne des jardins, le puitz des eaux vives, qui fluent impe­tueusement du Liban (Ct 12-15).

Mays en tout cecy, deux choses sont requises. De la part de Dieu, qu'il chasse la bize des tentations et qu'il envoye le vent du midy de sa grace prevenante, disant : Fuys, Aquilon, et viens, O Midy, souffle en mon jardin, et les odeurs d'iceluy s'espandront ; de la part de l'ame, qu'elle accepte ceste grace et coopere, disant : Que mon Bienaymé vienne en son jardin, et qu'il mange du fruict de ses pommiers (Ct 5,1).

Ainsy, apres la mirrhe de penitence, Dieu tirera l'ame, par le moyen des saintz exercices, aux odeurs aromatiques de l'orayson, avec du miel, du lait et du vin de medita­tion, d'amour et de contemplation, mays contemplation telle, qu'elle produira des goustz, allegresses et extases qui non seulement estancheront la soif, mais enyvreront. Et Nostre Seigneur pourra dire : Voyci que je t'attens; viens en mon jardin, ma seur, mon espouse ; j'ay cueilli et moissonné ma mirrhe avec mes fleurs et odeurs tres souëfves ; j'ay mangé un rayon de miel avec du miel mesme et ay beu mon vin avec mon lait : mangés, mes amis, beuvés, enyvres vous, mes tres chers (Ct 1).

IV

QUATRIESME EMPESCHEMENT : LE TRAVAIL DU CORS

L'ame qui arrive jusques a ces degrés passés se trouve bien souvent avec le cors las et travaillee ; dont il advient que, si Dieu l'invite a nouvelles considerations et plus hautz degrés, elle est en perplexité. Elle voudroit bien advancer, mais la peyne l'espouvante ; et si l'Espoux l'appelle dere­chef, elle se leve pour aller a l'orayson, neanmoins avec resistance de la partie sensitive qui la prive du goust et fait qu'a peyne peut elle penser que Dieu soit avec elle, et, comme il advient a ceux qui sont extremement las, elle dort en veillant : Je dors, mays mon cœur veille. Puys, se tournant vers son Espoux qui heurte a son cœur : C'est la voix de mon Bienaymé qui heurte, et l'excite affin de luy ouvrir et commencer de nouveau son orayson : Ouvre moy, ma seur, ma bienaymee, ma colombe, ma toute belle, et, avec un quatriesme degré d'orayson, medite un peu ma Passion: Tu trouveras que j'ay le Chef plein de la celeste rosee de mon sang, et les cheveux sanglans des nocturnes pointures des espines : Car mon chef est plein de rosee et mes cheveux entortillés sont tout trempés des gouttes des nuictz (Ct 2).

L'ame voudroit bien obeyr, mays la lassitude luy fait desirer un peu de repos ; ce qui luy fait dire : j' ay des­pouillé ma robbe, comme la revestiray je ? j' ay lavé mes pieds, comment les saliray je ? Tres doux Jesus, nonobstant ceste resistance vous ne laisses pourtant de faire instance pour entrer ; et, comme avec la main d'une plus forte inspiration, il semble qu'il veuille luy mesme, sans cooperation, oster le verrou de la sensualité qui luy fait empeschement, et entrer par le pertuis du cœur : Mon Bienaymé a mis la main par le pertuis. A ceste grande vocation, l'ame s'esmeut (Mon ventre a tremblé de son seul attouchement) et resoult qu'elle doit ouvrir a son Espoux et commencer nouvelle meditation : Je me suis levee pour ouvrir a mon Bienaymé. Mais d'autre part, elle sent si grande douleur de n'avoir ouvert au pre­mier coup, qu'elle renverse le vase de la mirrhe, c'est a dire qu'elle s'emplit toute de penitence, en arrousant jusques au verrou, c'est a dire faysant passer sa douleur jusques a la sensualité : Mes mains ont distillé la mirrhe et mes doigtz sont pleins de vraye mirrhe et de la meil­leure (Ct 3-5) .

Par le moyen de ceste douleur il se fait que, bien que l'ame, au defaut de la partie corporelle et sensitive, ouvre a son Seigneur (J'ay ouvert le verrou de mon huys a mon Bienaymé), neanmoins, a cause de ceste repugnance, elle trouve si peu de goust en l'orayson qu'il luy est advis que Dieu n'est point avec elle : mays il s'estoit destourné et avoit des-ja passé. Dont, se resouvenant avoir esté tant appellee et tant paresseuse, elle se contriste et con­ somme de douleur : Mon ame s'est toute fondue des que mon Bienaymé a parlé. Elle essaye a trouver goust au premier degré de consideration par le moyen des choses sensibles ; mais le travail ne permet pas qu'elle y en puisse trouver : Je l'ay cherché et ne l'ay point trouvé ; je l'ay appellé, et ne m'a point respondu. Elle passe au second degré, des choses spirituelles et angeliques : Les gar­des qui entourent la cité m'ont trouvee ; mais quand elle compare leur promptitude avec sa paresse, elle demeure transpercee de douleur : Ilz m' ont battue et navree. Et, qui est le pis, si elle entre au troysiesme degré, a consi­derer soy mesme en son ordre vers Dieu, elle opere la mesme resistance ; dont elle se desplaist a soy mesme, et luy est advis que sa face est trop laide en comparaison de celle des Anges, et que, par maniere de dire, ilz luy ostent tout son lustre : Les gardes des murs m'ont osté mon man­teau (Ct 6,7). De façon que, par tout ou elle se trouve, elle rencon­tre de grandes difficultés, esmeuës par ce quatriesme em­peschement des travaux corporelz.

Remede : Colloques et devis spirituel

L'orayson vocale, ou plustost les devis spirituelz ser­vent de remedes a l'ennuy du travail; ainsy void on celuy qui par maladie a perdu le goust et appetit, changeant de viande le recouvre, et qu'es Congregations contempla­tives on entrejette des colloques spirituelz aux oraysons. L'ame donques, degoustee par le travail de l'orayson, doit s'addresser a des personnes spirituelles et les prier de l'ayder a trouver son Espoux : Je vous adjure, o filles de Hieru­salem, que si vous trouves mon Bienaymé, vous luy disies que je languis d'amour pour luy ; et elles, sçachant la necessité, la mettront sur le discours des qualités de l'Espoux : Quel est vostre Bienaymé, o belle entre les femmes, que, pour luy, vous nous aves si fort adjurees (Ct 8,9)?

Lhors elle propose Jesus Christ si bien au naturel qu'il n'est pas possible de le mieux representer. Il est Dieu, candeur de la mesme lumiere (Sg 7,26), mays fait homme pour nous pouvoir racheter au pourpre de son sang : Mon Bienaymé est blanc et rouge ; et, entant qu'homme, il est si singulier qu'on le peut connoistre entre mille : choysi de mille. Parce que la charité, chef des vertus, se peut dire estre d'or en luy, c'est a dire tres pretieuse : son chef est un or tres pur et tres bon ; et les graces et benefices qui, comme cheveux innombrables, en procedent, sont les premiers fruictz des palmes et noires comme corbeaux ; ce sont les effectz de la victoire qu'il eut en l'arbre de la Croix, si dignes d'estre admirés, comme le noir en un cheveu: Sa cheveleure est comme branches de palmes hautes et touffues, noire comme un corbeau. Il est comme une blanche colombe qui a en soy tous les dons du Saint Esprit, representé par les yeux: Ses yeux sont comme des colombes sur les rivages des eaux, que l'on a lavees de laict ; le Saint Esprit, appellé en autre façon riviere, non par mesure, mais avec toute plenitude luy est donné : et resident es pleins cours des eaux. Partant, si tu contem­ples ses exemples, comme les joües pleines, ouvertes et mises a la veüe de tous, aussi odoriferantes que vases pleins de parfums aromatiques, ilz se font sentir de tous costés : Ses joües sont comme parterres de fleurs aroma­tiques que les parfumeurs mesmes ont plantés. Sa doc­trine semble estre mirrhe pretieuse qui sort comme des lys de ses saintes levres : Ses levres sont des lys qui dis­tillent la mirrhe la plus singuliere. Ses miracles sont telz qu'il semble que de ses mains coulent et tombent abon­damment les jacinthes : Ses mains sont anneaux d'or pleins de jacinthes (Ct 10-14).

Quoy plus ? soit au dedans, soit au dehors, cest Espoux est admirable : son cœur est d'ivoyre, enrichi de pierres pre­tieuses ; ses deliberations sont simples, mays prudentes : Son ventre est d'ivoire, semé de saphirs au dehors ; ses executions sont fortes, mays avec discretion : Ses cuisses sont colomnes de marbre fondees sur des bases d'or ; et, pour finir icy, il est tout tres cher, il est tout tres beau: Sa beauté est comme celle du Liban, son port comme d'un cedre.

Quatriesme degré

Consideration de nostre Dieu en luy mesme, mais humanisé

Tandis que l'ame discourt de Dieu en son humanité, les goustz luy reviennent et est contrainte de s'escrier : Helas ! sa gorge est tres souëfve et il est tout a fait a desi­rer ; tel est mon Bienaymé, et il est mon tres cher, O filles de Hierusalem. Et si les personnes avec qui elle est veu­lent poursuivre et luy disent : Ou est allé vostre Espoux, O la plus belle entre toutes les femmes ? ou s'est il des­tourné ? et nous le chercherons avec vous (Ct 17), elle ne veut plus les entretenir ; mays, reconnoissant qu'encores que les travaux luy fissent sembler que son Espoux se fust re­tiré bien loin, neanmoins il ne s'en estoit pas allé, au con­traire, il estait tous-jours demeuré avec elle comme en son jardin ou comme en un cabinet de parfums ; et, tirant de la plus grande occasion de merite, elle peut dire qu'il en a cueilli des lys tres odoriferans : Mon Bienaymé est venu en son jardin, au parterre des fleurs aromatiques, pour repaistre aux jardins et y cueillir des lys. Et pour ce, puisqu'elle connoist qu'il a tous-jours esté avec elle et y est encor a present, elle dit : Je suis a mon Bienaymé, et mon Bienaymé est a moy, qui se repaist entre les lys. Elle n'a plus besoin d'autre chose que de s'entretenir avec luy, disant : O Seigneur, quand vous pourray je plaire par ma beauté, douceur, bonne grace, force, innocence, devo­tion et discretion ? Quand sera ce donq que vous me dires : O ma bienaymee, tu es belle, douce et de bonne grace comme Hierusalem, forte comme une armee bien rangee ? Des-ja, Seigneur, vous m'aves monstré par mille signes que mes œillades vous ont blessé, c'est a dire que mes intentions ne vous sont pas desplaysantes : Destournes vos yeux de moy, car ilz m'ont fait sortir de moy mesme ; que mes cheveux, c'est a dire mes desirs, sont purs et netz : Tes cheveux sont comme un troupeau de chevreaux qui paissent sur le mont de Galaad : que mes sens, ainsy que troupeaux, ont esté fidellement gardés: Tes dens sont comme troupeaux de brebis qui sortent du lavoir, cha­cune ayant deux petitz, et nulle d'icelles n'est sterile ; et que mes forces de la partie concupiscible, desirant le bien et fuyant le mal sans dissimulation, comme deux joües bien colorees, vous sont cheres et aggreables : Tes joües sont comme une grenade entamee, sans ce qui est caché au dedans.(Ct 6,1).

Mais, O Dieu, dit l'ame, des-ja ci devant vous m'aves loüee de presque toutes ces parties ; je desirerois mainte­nant m'advancer et surpasser en devotion beaucoup d'au­tres ames devotes, ou qui pensent l'estre, et que vous peussies me dire : Il y a soixante reynes et quatre vingt concubines, et des jeunes filles sans nombre, mays ma colombe est toute seule. Que sçay je ? peut estre desireray je trop ; je voudrois que vous me peussies appeller ma par­faitte. Je voudrois, en ma nature qui est ma mere, avoir quelque rareté et que l'on en dist : Elle est unique a sa mere, elle est choysie a celle qui l'a engendree. Je vou­drois que l'on peust encores dire : Voyla celle que les filles ont veuë et ont dit estre tres heureuse ; les reynes et les concubines l'ont loüee de son innocence, estant sortie de la nuict du peché. Qui est celle ci qui marche en devotion, comme fait l'aurore quand elle se leve ; belle comme la lune ; de prudence et bonne eslection, choysie comme le soleil ; et finalement d'invincible force, terrible comme les escadrons d'une armee bien rangee (Ct 7-9)?

Mais, outre cela, l'ame adjouste : Ou aves vous esté, mon Seigneur, qu'il m'a semblé que vous m'avies laissee, quand le travail et la fatigue ne me permettoit pas que j'eusse du goust ? - J'ay esté, respond il, en toy mesme qui es mon jardin, et y ay esté avec plus de prouffit pour toy que je n'y eusse esté si, du premier coup, je t'eusse donné des goustz, te donnant occasion de meriter, dont j'ay tiré de mon jardin un plus grand fruict de merite (cf IVD Part 4, ch 4) : Je suis descendu au jardin des noyers pour voir les pommiers des vallees, et regarder si la vigne estoit fleurie et si les grenades avoyent germé.

Que beny soyes vous donques, O Seigneur, respond l'ame, qu'en telle façon, me faisant accroire que vous esties absent, vous m'aves donné occasion de meriter, et m'aves fait faire en peu de tems plus de chemin que les carrosses des princes; et par ce, puisque je n'ay sceu que vous esties avec moy, je peux dire que mon ame m'a troublee a cause des chariotz d'Aminadab (Ct 10,11).

II.

CINQUIESME EMPESCHEMENT : LES RESPECTZ HUMAINS

Quand quelqu'un arrive a quelque maniere de vivre rare et non accoustumee, non seulement chacun le loüe, mays il semble que chacun desire de le voir, et on crie apres l'ame : Reviens, reviens, O Sulamite, reviens, reviens, affin que nous te voyons (Ct 12).

Et ce n'est pas asses que la personne spirituelle extenue ce qui est en soy : Que voyes vous en ceste Sulamite, sinon compaignies d'armees ? car, ce nonobstant, ceux qui la voyent, la loüent de ses pieds et façons de marcher, c'est a dire de l'obeyssance avec laquelle ilz voyent que ceste ame garde les commandemens de Dieu : Que tes pas sont beaux en leur chausseure, O fille de prince! de sa chas­teté spirituelle, qui fait reconnoistre que Dieu y coopere : Les jointures de tes cuisses sont comme joyaux mis en œuvre de la main d'un bon ouvrier ; d'une riche pauvreté, qui n'a jamais besoin d'aucune chose: Ton nombril est comme un hanap rond, qui n'a jamais besoin de breu­vages ; des jeusnes qui, remplissans le ventre de pain seu­lement, couronnent l'ame de beaux et riches lys : Ton ventre est comme un monceau de froment environné de lys ; de l'estude des deux Testamens : Tes deux mammel­les sont comme deux faons jumeaux d'une chevre ; de la force : Ton col est comme une tour d'ivoyre ; de la pru­dence : Tes yeux sont comme les piscines d'Hesebon qui sont a la porte de la fille de la multitude ; d'une justice exacte : Ton nez est comme la tour du Liban qui regarde vers Damas ; de la maistrise des affections et conformité a la volonté de Dieu, conneüe par les canaux de la revela­tion : Ton chef est comme le mont Carmel, et tes tresses comme pourpre royale qui n'est pas encor tiree de la teinture (Ct 7,1).

Bref, ceste ame est la butte des langues qui luy disent, la loüant : Que tu es belle, que tu es de bonne grace, tres chere, en delices. Mais elle, croissant tous-jours en cha­rité et faisant fruictz parmy le prochain, elle est comme la palme et la vigne : Ta stature et ton port est comme d'une palme, et tes mammelles sont pleines comme grappes de raysins. Les necessiteux, ou d'esprit ou de cors, disent : Je monteray sur le palmier et prendray de ses fruictz, et tes mammelles seront comme grappes de raysins ; et pour ses bons exemples on luy dit : L'odeur de ta bouche est comme celle des pommes ; pour les bonnes paroles : Helas ! dit on, ta gorge est comme un vin tres bon a boire, digne de mon Espoux, et d'estre savouré de ses levres et de ses dens (Ct 6-9). Bref, voyla une grande inquietude a l'ame devote.

Remede : La solitude

O qu'il est donq bon de se retirer en la solitude ou l'ame peut dire : Moy a mon Bienaymé, et son regard est dessus moy ; viens, mon Bienaymé, sortons aux chams, demeurons au village (Ct 10,11). Or, les fruictz de la solitude sont quattre.

Premierement, on se resveille mieux a l'examen de la conscience : Levons nous du matin pour aller aux vignes ; voyons si la vigne est fleurie, si les fleurs porteront du fruict, si les grenades sont fleuries ; secondement, on y fait une plus entiere resignation de la faculté concupis­cible et de ses desirs : La, je te donneray mes mammelles ; tiercement, la devotion croist : Les mandragores ont ren­du leur odeur ; quatriesmement, on y presente plus humblement a Dieu nos petitz merites passés et presens : J'ay serré pour toy, O mon Bienaymé, au dedans de nos portes, toutes sortes de fruictz, vieux et nouveaux (Ct 12,13

Cinquiesme degré

La consideration de Dieu en luy mesme, mays comme Dieu

Mays entre les fruictz de la solitude, cestuy ci est emi­nent, qu'on y peut considerer plus aysement Dieu comme Dieu : ce qui fait user a l'Espouse de ces deux paroles, seul et hors ; c'est a dire, hors de toute creature : Qui te donnera a moy, mon frere, sucçant les mammelles de ma mere, et que je te trouve dehors, tout seul ? Considera­tion qui fait saintement affoler les hommes, les fait danser devant l'Arche (2 R 6,14) ; d'ou vient que jusques a ce que l'ame soit arrivee a l'affection du mespris de soy mesme, elle a tous-jours quelque honte : c'est pourquoy elle desire la solitude, affin, dit elle, que je le bayse sans que personne nous voye (Ct 8,1).

Consideration qui est un arrhe de la jouissance du Ciel, dont il est advis a l'ame qu'elle y soit des-ja, disant : Je te prendray (Ct 2), je te verray face a face (1 Co 13,12). O Dieu, quand nous serons en la vraye mayson et en la vraye chambre de la nature humaine, qui est au Ciel, quand je te meneray en la mayson de ma mere et en la chambre de celle qui m'a engendré (Ct 3,4 ; 8,2), la je verray tout ce qui ap­partient a mon bonheur comme en un miroüer (1 Co 13,12) ; la tu m'enseigneras, et quand tu auras tiré de moy, pour ma felicité, le vin de la vigne et le moust des grenades, la gloire essentielle et accidentelle (et je te donneray d'un breuvage de vin composé, et du moust de mes grenades), et voyla les goustz qui arriveront, voyla les extases, voyla les sommeilz des puyssances ; de façon que l'Espouse sacree demande des oreillers pour dormir : qu'il mette sa main gauche dessous ma teste, et qu'il m'embrasse de sa main droitte. L'Espoux aussi, de son costé, tasche de faire qu'elle ne soit point esveillee : Je vous adjure, filles de Hierusalem, que vous n'esveillies ni facies esveiller ma bienaymee jusques a ce qu'elle le veuille (Ct 2-4).

VI

L'AME AYANT SURMONTÉ TOUS LES EMPESCHEMENS, N'A PLUS BESOIN DE REMEDE

MAYS DEMEURE ABSORBEE ET UNIE EN DIEU PAR UNE PARI'AITTE DEVOTION

En fin, l'ame est parvenue a une si grande perfection de devotion que nul playsir du monde ne l'esmeut, nul fantosme ne la destourne, nulle loüange ne l'affoiblit, nul travail ne la fait craindre, nul respect humain ne la re­tient ; mais, a la veüe de tout le monde, elle caresse libre­ment son Espoux et danse devant l'Arche, ne se souciant pas que la sagesse du monde, apres luy avoir dit : Qui est celle ci qui monte du desert, affluente en delices ? la suive encor pour la reprendre de ce qu'elle se tient appuyee sur son Bienaymé. Au contraire, elle parle tous-jours avec son Espoux du grand signe d'amour qu'il donna la ouil avoit esté le plus offencé, et qu'il resoulut de mourir pour nous apres qu'Adam et Eve luy eurent desobey: Je t'ay esveillee dessous un pommier ; la, ta mere a esté corrompue, la, celle qui t'a engendré a esté violee (Ct 5).

L'ame ne trouvera plus aucune difficulté aux travaux, car rien n'est difficile a l'amour qu'elle a gravé profonde­ment en son cœur, et mesme es actions exterieures : Metz moy comme un cachet sur ton cœur et comme un sceau sur ton bras ; si bien que l'amour combat la mort : L'amour est fort comme la mort ; l'enfer ne la peut espouvanter ; La jalousie est dure comme l'enfer. Les flammes et les feux sont glacés au prix de son amour : Ses lampes sont lampes de flammes et de feux ; la mer ne les sçauroit esteindre ; Toutes les eaux ne sçauroyent esteindre la charité, ni tous les fleuves ne la noyeroyent pas. Rien ne luy est comparable : Si un homme vouloit donner toute la substance de sa mayson pour la dilection, il n'en feroit cas nomplus que de rien (Ct 6,7).

Quant aux loüanges qui luy sont donnees, l'ame s'en soucie point, pour ce qu' elle dit dedans soy : Quelles sont ces.ames imparfaittes qui, n'ayans aucun bien propre,­ veulent s'embellir de parures externes ? Mes petites seurs, c'est a dire les ames imparfaittes, sont celles qui doivent penser a cela, car elles n'ont point de mammelles d'elles mesmes, de propres vertus et merites : Nostre petite seur n'a point de mammelles ; que ferons nous a nostre petite seur au jour qu'il faudra parler a elle ? En elles, on peut suppleer le defaut avec loüanges estrangeres, tout ainsy que si on couvroit d'argent un mur crevé et corrompu, et de cedre un huys qui seroit pourry : Si c'est un mur, bastissons dessus des boulevars d'argent ; si c'est un huys, renforçons le d'ais de cedre ; mays, moy bien heu­reuse, dit l'ame, je me soucie fort peu de plaire aux hom­mes (Ga 1,10 ; 1 Th 2,4), mon Espoux m'ayant faitte comme un mur tel et comme une tour telle, que je suis fort playsante et aggre­able : ] e suis un mur, et mes mammelles comme une tour, dont je suis faitte, trouvant repos et paix devant luy (Ct 8-10).

Suyvent les choses sensibles et temporelles, contre les­quelles l'ame parfaitte, en l'orayson mentale a pris une telle habitude que, les tenant pour viles et de petit prix en comparayson de son riche object, elle n'en fait estime que tant qu'elles peuvent modestement servir a la necessité. Au reste, nul soin d'elle mesme ne la peut destourner : peu de chose, dit l'ame, est necessaire a qui veut vivre en la paix de Nostre Seigneur et avec modestie ; mille pieces d'argent ou quelque autre grand prix est chose de trop petite valeur : L'homme qui a la paix en soy a une vigne en laquelle sont des peupliers ; il l'a baillee a des gardes, et on luy rend pour les fruictz d'icelle mille pieces d'ar­gent. Et moy, dit l'ame, je n'ay point affaire de tant de choses : Ma vigne est devant moy autant que mille paci­fiques ; au contraire, je veux encor donner deux cens pour aumosne a ces pauvres, qui, avec leurs oraysons, nous gar­dent nos biens : et deux cens a ceux qui gardent les fruictz d'icelle (Ct 11,12); au reste, estant abstraitte de toutes les choses sensibles, je ne veux que pas une d'elles puisse me distraire ou me troubler.

Et finalement, si nous voulons passer aux playsirs mon­dains : Je sçay, dit l'ame, que mon Espoux ne veut endurer des compaignons, et qu'avec les consolations qu'il me donne il ne veut pas que je mesle les consolations qu'autres que luy me pourroyent donner ; ains il me commande que, me resveillant, et me resignant du tout a luy avec une claire et ouverte protestation, je renonce a tous autres espoux : Toy qui habites es jardins, tes amys t'escoutent, fais moy ouÿr ta voix. Et partant, me voyla prompte a luy obeyr. Non plus, le monde ni ses playsirs, non plus aucune chose mortelle ; O Dieu, mon Dieu, vous seul estes mon Bienaymé, vous seul estes tout mon bien, c'est vous seul que je cherche : Fuys, c'est a dire viens, mais accours legerement, mon Bienaymé, et sois semblable a un chevreuil ou a un faon de cerf sur les mons des bonnes senteurs (Ct 13,14). En laquelle derniere protestation et resignation parfaitte de l'ame en Dieu consiste la fin de l'orayson men­tale et le plus haut degré de la spiritualité, qui est cette grande union de l'ame avec Dieu par devotion.

Et pour conclure, il ne nous reste rien a faire qu'a prier Nostre Seigneur qu'il veuille, par sa misericorde, nous tirer a soy par ces degrés d'orayson mentale, a ce qu'es­tans des-ja unis avec luy en ce monde par grace, nous le soyons encor par devotion, affin qu'apres nostre mort nous le puissions estre eternellement par gloire ; et en toutes ces saintes unions, qu'il nous bayse, ce divin Espoux, d'un bayser de sa bouche (Ct 1,1)sacree. Amen.

APPROBATION DES DOCTEURS

Nous soubs-signez, Docteurs en Theologie de la Faculté de Paris, Maison et Societé de Sorbonne, certifions avoir leu et examiné un petit Livre intitu­lé : Declaration Mystique sur le Cantique des Cantiques, composé par le Bien-heureux François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, dans lequel n'avons rien trouvé qui soit contraire à la Foy Catholique: ains l'avons jugé digne d'estre donné au public, pour la consolation et profit des ames spiri­tuelles et esclairées dans la vie intérieure.

En foy dequoy nous avons signé à Paris, ce 24. Octobre mil six cent quarante-deux.

L. BOUGRAIN. L. HOBIER.

III

FRAGMENTS SUR LES VERTUS CARDINALES ET MORALES

1614

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS

L'Etude sur les Vertus, que nous allons reproduire, fut impri­mée pour la première fois par Blaise, en 1833, à la fin du tome XVI des Œuvres de saint François de Sales, Opuscules inédits. Vivès et Migne l'ont donnée à leur tour : l'un au tome III, p. 7, le second au tome VI, col. 8. Un feuillet conservé à la Visitation du Mans fut inséré par l'abbé de Baudry dans ce même volume, col. 42- 44 ; on en trouvera le texte ci-après. Plusieurs passages sont cependant restés inédits jusqu'ici ; nous les signalerons sur place.

Dans la première pensée du saint Auteur, ce travail devait faire partie du Traitté de l'A mour de Dieu ; il suffit, pour s'en convain­cre, de comparer le fragment qui figure p.30 avec le chapitre VIII du Livre XI: on verra que ce fragment en est un brouil­lon. Pour cette raison, les éditeurs donnèrent à l'Appendice du Traitté (qui n'a pas été numérisé sur ce CD ndlr)le passage en question, et un autre qui se voit au même volume.. Mais aujourd'hui, après nouvel examen, nous croyons devoir publier en entier ce qui nous est parvenu du Manuscrit sur les Vertus, et répéter pour cela les deux fragments que nous venons de signaler, d'autant plus que le Saint y fait plusieurs allusions. Ainsi, à la p. 34 ci-après, il parle du " second fleuve " ; donc, il avait d'abord parlé du pre­mier. Et plus loin (p. 36) il dit : " Elle" - la dévotion – " nous fait particulierement faire la sainte offrande, donation et dedicace de nous mesme a la divine Majesté, que nous avons ci dessus marquee ; " évidemment, il entend renvoyer à l'Appendice du Traité, et qui est de nouveau donné ici, p. 34.

On ne lira .pas sans intérêt, peut-être aussi avec une sorte de pieuse indignation, une partie de l'Avertissement que Blaise a mis en tête de ce " Fragment" et que les éditeurs suivants ont repro­duit en entier. Il est dû à M. Jules Gossin, vice-président en 1824 du tribunal de première instance de la Seine, ensuite conseiller à la cour royale de Paris, et rentré au barreau depuis la révolution de 1830.

" En 1824, un magistrat de Paris, " dit-il, " fut obligé de voyager pour cause de santé. Se trouvant à Annecy dans les premiers jours de juillet, il eut l'honneur de présenter ses respects à M. de Thiolaz, alors évêque de cette ville, pour lequel il étoit porteur d'une lettre de recommandation, accompagnée d'aumônes offertes pour faci­liter à ce prélat la continuation de la nouvelle église destinée à re­cevoir les reliques de saint François de Sales et de sainte Chantal.

Encouragé par l'excellent accueil de M. de Thiolaz, ce magistrat lui exprima le désir de posséder ou une lettre de son illustre et vé­nérable prédécesseur, ou le moindre fragment d'un de ses écrits. M. l'évêque ne rejeta pas cette prière, mais demanda quelque temps pour la satisfaire, attendu la rareté toujours croissante des écrits originaux tracés de la propre main du Saint. De retour à Paris, le voyageur, impatient de posséder le trésor qu'on lui avoit fait espérer, prit la liberté d'écrire à M. de Thiolaz pour rappeler à sa mémoire une promesse qui avoit rendu sou ancien hôte si heu­reux. Par suite de cette lettre, et le 6 février 1825, arriva à Paris, avec la lettre la plus aimable du prélat, un fragment notable et autographe de saint François de Sales ; il étoit composé de quatorze feuillets in-folio, écrits de chaque côté, avec ces ratures fréquentes qui indiquent la première minute ou le brouillon d'un ouvrage sérieux et profondément médité.

Le commencement et la fin du cahier manquoient. Suivant M. de Thiolaz, ce précieux fragment, alors récemment découvert dans une vieille malle avec d'autres papiers, devoit être une partie des toutes premières ébauches du célèbre Traité de l'Amour de Dieu. Toutefois, M. l'évêque n'affirmoit rien de positif à cet égard, et se bornoit à de simples conjectures : il finissoit par prier son cor­respondant de faire servir, s'il le pouvoit, ce cahier incomplet, à la gloire du Saint, en le distribuant par morceaux à des personnes qui, jalouses de la possession de si précieux écrits, reconnoitroient sans doute ce présent par quelques dons destinés à l'achèvement de la nouvelle église d'Annecy.

Le possesseur du fragment ne s'en regardant plus dès lors que comme le dépositaire, ne tarda pas à remplir les vues du donateur.

Des portions notables de l'autographe enrichirent successive­ment les séminaires d'Avignon, de Viviers et de Verdun. D'autres satisfirent le pieux empressement de mesdames Dambray, de la Tour du Pin Montauban, de M. de Blanquart de Bailleul, aujour­d'hui évêque de Versailles, de M. Bordier, ancien chef de la division des secours et pensions de la liste civile, et de M. Collette de Bau­dicourt, maître de forges à Marnaval, près St-Dizier (Haute-Marne). D'autres fragments, mais d'une dimension beaucoup moins consi­dérable, furent offerts à quelques amis. Dans l'été de 1825, le magis­trat dont il s'agit eut la satisfaction d'envoyer à Annecy le produit de sa collecte. "

A plus d'un siècle de distance, la plupart des propriétaires des fragments autographes ont changé ; nous les signalerons à mesure que nous les rencontrerons dans les pages qui vont suivre.

La date de 1614 assignée à cet écrit est certaine. Saint François de Sales voulait y insérer les "Meditations des offrandes, prises des Regles de la Visitation ; " or ces Méditations sont enchâssées dans le Manuscrit des Constitutions daté de juillet-septembre 1613 (Op4, notes 332,525) : le présent tra­vail n'est donc pas antérieur. D'autre part, la première rédaction du Traitté de l'Amour de Dieu fut achevée vers la fin de 1614 (TAD, Introduction) ; il convient, par consé­quent, de ne pas reculer au delà de cette année celle des pages qui nous occupent. Enfin, il y a, aux pp.36-37 ci-après, un passage tou­chant les vœux de Religion et la simple Oblation qui rappelle la Prœface pour l'instruction des ames devotes (Op4, note 351) ; ce qui persuade que cet écrit sur les Vertus est de la même époque.

Les références marginales en italiques distinguent celles qui ont été mises par le Saint.

[QUELQUES MOYENS POUR TRANSFORMER NOS ŒUVRES PAR LA CHARITÉ]

…………………………………………………………………………………………………………

[11] de sorte que mesme ce n'est pas chose resolüe si l'amitié est vertu, bien que je le croye, quand elle est un peu bien formee et que sa communication est honneste.

Apres tout le discours de la force de la charité pour l'annoblissement des vertus, il faut mettre la methode d'employer la charité a cela, et il faut mettre les Medi­tations des offrandes, prises des Regles de la Visitation. Puis, dire qu'il faut donques faire cet exercice tous les ans, la protestation tous les moys, l'exercice du matin tous les jours, et parmi la journee plusieurs eslancemens de cœur et plusieurs oraysons jaculatoires (TAD liv 12 ch 9), par lesquelles le feu de la charité s'enflamme de plus en plus et brusle comm'en holocauste toutes nos actions a la gloire de Dieu; et s'accoustumer a faire toutes choses au nom de Dieu (1 Co 10,31 ; Col 3,17), comme est de travailler pour Dieu, saluer pour Dieu, aymer pour Dieu, servir pour Dieu, estant impossible qu'une personne fort affectionnee a Nostre Seigneur ne puisse dire en verité, que comme sa personne est a Dieu, aussi sont toutes ses actions : les pecheurs le disent aussi, mays ilz mentent, ou les affectionnés disent la verité. Ces oraysons jaculatoires peuvent servir a cela : Hé, Seigneur, je suis vostre (Ps 118,94); Mon Ami est mien, et moy je suis sienne (Ct 2,16) ; Ma vie c'est Jesus Christ (Ph 1,21); O Seigneur, ou que je ne face rien, ou que tout, soit a vostre gloire ; et, Gloria Patri et Filio ; Non nobis Domine, non nobis (Ps 113,1). Cela soit pour les actions frequentes, ordinaires et qui ne peuvent estre preveües, car celles qui peuvent estre preveües il les faut dedier specialement et purifier l'intention, et si elles durent, renouveller souvent, de peur du change. O que bienheureux sont ceux qui sça­vent faire le despouillement de soy mesme duquel nous avons parlé ci dessus (TAD liv 9 ch 16) ! car par ce moyen ilz n'ont qu'a faire un petit souspir ou un petit regard en Dieu, pour tesmoi gnage qu'ilz confirment leurs despouillemens et qu'ilz ne veulent rien qu'en Dieu et pour Dieu, et qu'ilz ne s'ayment eux mesmes, ni chose du monde, que pour cela.

COMME L'AMOUR EMPLOYE LES VERTUS CARDINALES ET PREMIEREMENT LA PRUDENCE

(TAD liv 11 ch 8) Un fleuve sortait du lieu de delices pour arrouser le Paradis terrestre, qui de lâ se divisait ou separoit en quatre chefs ; (Gn 2,10). Or l'homme, sans doute, est le paradis du Paradis mesme, puisque le Paradis terrestre n'estoit fait que pour estre le sejour de l'homme, comme l'homme a esté fait pour estre le sejour de Dieu. En ce second paradis mystique, Dieu a fait sourdre et jaillir le fleuve de la rayson et lumiere naturelle, de laquelle il est dit : La lumiere de vostre visage est marquee sur nous (Ps 4,7); et ce fleuve que Dieu fait sourdre pour arrouser tout l'hom­me en toutes ses facultés et exercices se divise en quatre chefs, selon les quatre parties ou regions de nostre ame, qui produisent les actions humaines et libres. Car sur l'en­tendement prattique, la lumiere naturelle respand le 1. fleuve, de la prudence, qui incline nostre entendement a veritablement discerner le mal qui doit estre evité, d'avec le bien qui doit estre fait ; [le 2. de] la justice, qui regne principalement en la volonté, puis qu'elle n'est autre chose qu'une perpetuelle et constante volonté de rendre a chacun ce qui luy est deü ; le 3. fleuve est celuy de la tem­perance, qui gouverne l'appetit de convoitise ; le 4. celuy de force, qui gouverne l'appetit irascible.

[12] Et puis ces quatre fleuves se separent en plusieurs autres, affin que toutes les actions humaines soyent bien addressees par la rayson a l'honnesteté et felicité natu­relle. Or, outre cela, Nostre Seigneur voulant favoriser l'homme pieux, affin de rendre le paradis du cœur humain plus aggreable et delicieux, il fait sourdre sur la cime de la partie superieure de nostre ame une fontaine surnaturelle que nous appellons grace, composee de la foy, esperance et charité, qui espanche ses eaux sur toute nostre ame et l'arrouse tout entierement, la rendant gracieuse a merveilles et grandement aymable a sa divine Majesté. Et non seulement cela, mais en vertu de la charité qui la rend active, elle respand sur les puissances de nostr'ame certaines vertus qui sont de mesme espece, ou au moins toutes sem­blables aux quatre vertus cardinales, et pour cela elles portent leurs noms : sur l'entendement elle pousse une prudence sainte, sur la volonté une justice sacree, sur l'ap­petit de la convoitise une temperance religieuse, et sur l'appetit irascible une force devote ; si que par ces quatre fleuves toutes les actions humaines sont addressees par la charité a l'honnesteté et felicité surnaturelle, qui con­siste en l'union avec Dieu.

Et d'autant que ces vertus qui fluent de la charité comme de leur source sont superieures aux quatre vertus cardinales, si elles les rencontrent en quelqu'ame elles les reduysent a l'obeissance de la charité, se meslent avec elles et les per­fectionnent, comme le vin perfectionne l'eau avec laquelle il se mesle. [13] Que si elles ne treuvent point de vertus na­turelles en l'ame ou la charité les produit, elles suppleent a leur defaut ; y ayant cette difference entre le meslange du vin et de l'eau et celuy des vertus infuses et acquises, que le vin seul est meilleur que l'eau, ou les vertus infuses estans seules, ne sont pas si bonnes comme quand elles sont meslees avec les acquises, la grace ne destruisant point la nature, ains la perfectionnant sans qu'elle perde rien de sa force. La comparayson estant meilleure de l'odeur des roses, sur laquelle les autres odeurs, en l'affinant s'af­finent elles mesmes, quoy que plus excellentes qu'elle ; dont on employe ou les roses, ou l'eau rose, ou le jus de rose en presque toutes les eaux odorantes : car ainsy les vertus morales, saintes, perfectionnent les vertus naturelles, et en les perfectionnant s'en affinent elles mesmes et agis­sent plus excellemment avec icelles que sans icelles. Ainsy la charité treuvant, par exemple, saint Ambroyse si ver­tueux, elle le rendit soudain extremement parfait ; et treuvant ……………………………………….

…………………………………………………………………………………..

[14] Or, la prudence a troys degrés : le premier est l'eubulie, l'habilité de treuver des bons advis et conseilz es affaires ; le 2. synesis, l'habileté de bien juger sur la di­versité des advis, selon les loix, façons et coustumes es­tablies entre les hommes ; le 3. gnome, un'habileté de bien juger, discerner ou choysir selon la rayson, le droit et l'equi­té contre les paroles et le sens des loix (Aristote,œuvres Ethique Nicomachea 6,9-11), par la consideration et connoissance de l'intention et sentiment du legis­lateur (Les lois même désirent [d'être bien comprises, bien appli­quées]) et pour des motifs extraordinaires, pour lesquelz, si le legislateur les eut praeveu, il eut fait un'exception a la loy ; la varieté des occurrences humaines estant si grande que jamais on ne peut prescrire l'ordreconvenable pour toutes.

(Il faut parler de la prudence de la chair et de la pru­dence de l' esprit (Rm 7,6), et descrire l'une et lautre, et les degrés de l'une et de lautre. Il faut recourir a la marque *, page 3. de lautre cayer [15])…….

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ou [16]…………………………………………quelcomque……………………………………………

portee de diverses passions [emmi lesquelles on ne saurait ni bien] juger, ni bien resoudre. Les advis [d'un] . . . . . . ., [d'un] avare, d'un voluptueux ont accoustumé [d'être fort] panchans a la faveur de la passion qui domine ; et l'amour, comme estant le poids et contrepoids de l'horologe de nostre ame, il nous fait juger en faveur du bien quil affec­tionne. Que si c'est l'amour de charité, il nous fait juger en faveur du vray bien ; c'est pourquoy il employe sain­tement la prudence et la gouverne. (La proposition est notable : l'amour fait juger.) Le peintre Androcides le tesmoigna ayant a peindre les fameux escueilz de Sylle et Caribde ; car il employa tout son art a representer au na­turel, apres le vif, les poissons autour de ces bancz, par ce quil en estait fort friand, et le reste il le peignit fort grossierement (Plutarq. Quaest Conviv 4,2,3 et 4,2). Ainsy, quand nous sommes passionnés, nous employons toute nostr'industrie en faveur de nostre passion, et par ce moyen la prudence est convertie en ruse, ( finesse et tromperie.

……………………………………………………………………………………………………

[17] Et en fin, la prudence requiert en nous la vivacité et habileté d'esprit, la promptitude a bien remarquer et ap­prendre, la memoire des choses passees, l'intelligence des presentes, la prouvoyance des futures, le discours pour bien tirer consequence d'une chose a une autre, la curieuse [per­ception] des circonstances et des choses qui sont autour de nous qui peuvent ou nuire ou favoriser nostre dessein, et la prouvoyance pour se garder des inconveniens et se prevaloir des occasions.

Or la prudence de la chair porte nostre entendement a bien observer ce quil faut faire pour jouir des biens utiles et delectables a la vie charnelle, et pour eviter les empes­chemens contraires a cette jouissance. Et parce que la plupart des hommes estime ces biens la des vrays biens, et que par iceux on est rendu honnorable aux yeux des enfans du monde, on donne aussi le nom de prudens et de vertueux a ceux qui sont prudens selon la chair. Il y a des vices sem­blables aux vertus, dit saint Augustin (Liv 4 contra Julian.3) ; comme l'affeterie et malice est semblable a la prudence, encor qu'elle soit un vice. Or, les degrés de la prudence de la chair sont : l'astuce, qui n'est autre chose qu'une habileté pour faire, im­perceptiblement et par des moyens inconneus ou conneus, reuscir les mauvais desseins (Ne cheminans pas en astuce, dit le saint Apostre, 2 Cor. 4,2, apres qu'il avoit dit : Ayant rejetté les cachettes de honte, c'est a dire honteuses, parce que l'astuce use de certaines cachettes et secrettes menees, lesquelles estans descouvertes sont honteuses a ceux qui les employent, leur ostent tout credit et autho­rité) ; le dol ou tromperie, qui est l'effect et execution de l'astuce, [et] s'appelle fraude quand il est commis par voye d'œuvre ; l'empressement apres les biens mondains et la sollicitude des moyens de vivre a l'advenir.

Et il ne se peut dire, ma chere Philothee, combien cette prudence de la chair est subtile, combien d'inventions elle a pour se fourrer dans les cœurs des mortelz, combien de pretextes et de moyens. On se moque de la simplicité, et chacun veut estre estimé prudent ; on colore cette ardeur qu'on a de nourrir les commodités de la chair, par mille moyens. Ce serpent se fourre ça et la dans la terre, il se glisse partout; quand il ne peut mordre, il pique de la queue ; il va en l'eau et en la terre, il va tous-jours en biay­sant ; les gens voués a Dieu n'en sont pas exemptz, ni les Israelites au desert (Nb 21,6). Ces prudences sont maintefois emmi les cœurs religieux, comme Pline dit (Hist Nat.12,8) que vers les Indes, au royaume de Suzerat, il y a une herbe d'odeur pretieuse, qui neanmoins est toute couverte de petitz serpentaux et extremement veneneux ; car vous verres, Philothee, main­tes personnes religieuses et devotes qui ont une prudence extremement active et soigneuse pour les proces, pour les honneurs, pour les rangs, pour amasser et, en somme, sous pretexte de certains devoirs imaginaires, de certain zele so­phistiqué et de certaine charité artificieuse.

Or vous connoistres si la prudence est prudence de la chair, en ce qu'elle eschauffe et donne des ardeurs cuysan­tes et pressantes : ainsy, les serpenteaux qui piquoyent les Israelites es desertz, estoyent des serpens enflammés (Nb 21,6), c'est a dire desquelz les piqueures donnoyent des inflam­mations mortelles a ceux qui en estoyent blessés. [18] Mays la prudence de l'amour sacré est douce, tranquille, et telle­ment meslee de simplicité qu'il n'y a rien en elle d'empressé ni d'affecté ; et en somme, qui veut guerir de toutes les ar­deurs du soin, de la sollicitude immoderee et de la precipi­tation, il faut regarder l'image du serpent eslevé au desert (Jn 3,14), c'est a dire Nostre Seigneur, qui n'est pas pecheur, mays qui porte l'image du pecheur (Ph 2,7 ; He 4,15), sur la croix, et estre prudent de sa divine prudence (Entret.14 p.123).

[19] L'amour ne tendant qu'en Dieu a une prudence simple, innocente et toute pure, car en toutes ses affaires il met sa confiance en son Sauveur qui le deslivrera (Ps 78,9 ; 90,14) ; il ne mesprise pas les moyens humains, mays il ne se confie nullement en iceux. L'amour employe la prudence, mays il la tempere tellement, qu'il ne veut point qu'elle le distraye ni divertisse, parce qu'il ne veut estre prudent que pour mieux aymer, et parce que l'amour divin n'est pas comme l'amour humain. L'amour humain va par tout cherchant des moyens pour obtenir ce qu'il ayme, et parce que les moyens sont divers et que bien souvent il les jgnore, il s'empresse et a une sollicitude incroyable : il veut de l'ar­gent pour paroistre, il veut des belles paroles, il veut des belles contenances, il veut des reputations, il craint les corrivaux. Mais l'amour divin sçachant que pour obtenir ce qu'il ayme, le principal moyen est d'aymer, il s'amuse simplement a bien aymer, sçachant que c'est toute sa finesse, avec laquelle il doit gaigner son object : c'est pour­quoy il est simple et sage ; comme vous voyes Magdeleyne, laquelle, avec cette unique attention au Sauveur, fait mieux ses besoignes que sainte Marthe avec son empressement (Lc 10,39) ; Ainsy Eliezer, qui avoit un bon maistre, ne va point cherchant de ruse ni d'astuces pour estre salarié, se con­tentant de bien servir (Gn 24) ; mais Jacob, qui sert un maistre rusé, il use aussi de finesse et dexterité pour estre recompensé de ses peynes (Gn 30,27). Ceux qui servent le monde, qui a tout propos cherchent des recompenses, ilz ont besoin d'user de finesses ; mais ceux qui servent Dieu n'ont point de plus grande finesse que la simplicité qui les fait marcher en confiance (Pr 10,9).

Il est vray qu'en ce que les philothees sont philanthropes et qu'il faut qu'ilz servent les hommes, ilz ont besoin d'une sainte prudence, mays prudence que l'amour leur suggere admirablement. Voyes la prudence de Nathan, et comme finement il surprend David; et n'osant pas luy donner le coup du rasoir de la correction, il le luy fait prendre a luy mesme de sa propre main, puis, le poussant, le luy fait entrer bien avant dans la poitrine de son peché, dont il guerit (2 R 12,1). Voyes la prudence de Joseph a sauver l'Egypte de la famine (Gn 41,54 ; 47,13) ; voyes celle d'Abigail a divertir le courroux de David injustement indigné contre Nabal (1 R 25,4) ; et l'admira­ble prudence de saint Paul en ce sermon fait aux Atheniens, ou, avec tant de sagesse, il prend occasion de l'un de leurs idoles de leur annoncer le vray Dieu (Ac 17,22). Et en toute occur­rence [20] il se comporta si sagement, quil pouvoit bien dire en verité ce que ses ennemis luy imposoyent par calomnie, qu'estant fin il avait pris ses auditeurs par ruse et trom­perie : Ouy da, dit il a ses chers Corinthiens (2 Co 12,16), estant un fin homme et accord, je vous ay pris par tromperie ; es­quelles paroles il a peut estre voulu dire (car saint Thomas (IIa IIae 55,4), Sa (Notationes in Script.Sacr. Anvers 1598), Lyranus (Postillae in Bibliam) interpretent ces motz comme une ca­lomnie faite par ses ennemis, quil rejette) : Je n'ay voire­ment rien pris du vostre, mais en cela j'ay usé d'une grande finesse, car ne prenant rien de vous, je vous ay pris par cet artifice.

Le grand saint Augustin, au livre De Moribus Eccles. c. 15, monstre que les 4 vertus cardinales et toutes vertus ne sont autre chose que l'amour de Dieu qui fait tout en nous (TAD liv 11,ch 8). Que si la vertu, dit il, nous conduit a la vie bienheu­reuse, j'asseureray que la vertu n'est nullement autre chose sinon le souverain amour de Dieu ; car " ce qu'on dit que la vertu est divisee en quatre, on le dit, ce me semble, a rayson des diverses affections qui proviennent de l'a­mour : dont je ne feray nul doute de definir en cette sorte ces quatre vertus (desquelles comme les noms sont en la bouche d'un chacun, ainsy pleut a Dieu que l'efficace fut es espritz !), de maniere que la temperance soit l'amour qui se donne tout entier a Dieu; la force, un amour qui supporte volontier toutes choses pour Dieu ; la justice, un amour servant a Dieu seul, et pour cela commandant droitement a tout ce qui est sujet a l'homme ; la prudence, un amour qui choysit ce qui luy est proffitable pour s'unir avec Dieu, et rejette ce qui est nuysible. "

Et certes, Philothee, bien que la prudence soit une vertu qui guide et qui, par consequent, tient entre les actions des vertus le lieu que la lumiere corporelle [tient] entre les œuvres artificielles, en sorte que comme ceux qui travail­lent sans lumiere sont sujetz a mille fautes, comme ceux qui veulent exercer les vertus sans la sainte discretion font des pechés et des grandes nullités (comme le grand saint Anthoy­ne declara en la conference quil eut avec ses autres Peres du desert, ainsy que raconte Cassian (Collat.Patrum 2,2), qui dit que la prudence selon l'Evangile estait l' œil et la lampe de tout le cors Lc 11,34) ; si est ce neanmoins, Philothee, que nul n'est estimé prudent pour sçavoir ce qu'il faut eviter et choysir, sil n'est diligent a le bien executer. Si que, encor que l'ar­bre de la prudence ayt ses racines en l'entendement, il a neanmoins ses fleurs et ses fruitz de la volonté, mesme selon les philosophes, qui pour cela tesmoignent que nul ne peut estre prudent sil n'est bon (Arist. Ethica 6,12). Et l'on void une quan­tité de gens extremement sçavans es choses morales et grans discoureurs de la prattique des vertus, qui en verité n'ont nulle sorte de sagesse et prudence, parce quilz parlent et entendent bien en quoy consiste la vertu, mays ilz ne la prattiquent nullement. Certes, Isaie voulant exalter l'ad­mirable prudence de Nostre Seigneur, il ne la colloque pas tant en la connoissance des yeux comm'en celle du goust : Il mangera, dit il (Is 7,15), le beurre et le miel, en sorte quil sache repreuver le mal et choysir le bien. En quoy, Philothee, vous voyes quil y a deux prudences, selon deux connoissances : une prudence qui consiste en une science, ou [connaissance] par science, discours et sçavoir ; l'autre, qui est une connoissance par goust, experience et savou­rement. Et par ce que nous savourons par la volonté et l'amour, saint Augustin a eu rayson de dire (De Moribus Ecles. 1,15) que la prudence chrestienne n'estoit autre chose sinon un amour discernant le bien d'avec le mal ; comme sil eut dit, par les paroles du Prophete, que la prudence estoit une man­ducation amoureuse ou un savourement du beurre et miel spirituel, c'est a dire des suavités divines, par le moyen duquel on sçait rejetter et repreuver le mal et eslire le bien convenable a s'unir a Dieu.

Cette prudence domine heureusement en l'ame, et assai­sonne toutes les vertus d'une sainte discretion et d'une sacree simplicité non pareille, car elle ne s'estend qu'a plaire a Dieu et estre utile au prochain. Ceux qui ont divers amours ont aussi diverses prudences, car il faut une sorte de prudence pour acquerir les honneurs, un'autre pour ac­querir les richesses, un 'autre pour acquerir les playsirs ; mais l'ame qui ne veut que Dieu n'a besoin que d'une simple et pure prudence, qui, non point par discours, mais par l'experience de la bonté de Dieu, sçait discerner le bien et le mal. Aussi vous voyes les enfans de Dieu si sages, et neanmoins si simples, que c'est mervei1les.

Il ne faut pas grand artifice a ceux qui ont une grande force, ni beaucoup de finesse a ceux qui ont un grand cre­dit. Vous voyes un petit compaignon, lequel voulant ob tenir quelque chose du prince, ou mesme du peuple, i! faudra quil deguise ses intentions et quil aille accortement s'insinuant et prattiquant son affaire ; mays un homme de grand credit va rondement en besoigne, et a mesme quil a de la confiance, il propose simplement sa demande et en reuscit. Ainsy les lievres, les renars et les cerfs, race couarde entre les animaux, ont une prudence si diverse et des ruses en si grand nombre que c'est merveilles ; le lion, au contraire, l'elephant, le thoreau vont droit et sans finesse, et leur prudence consiste en leur vaillance et vertu (Entret. 14 p.123). Les enfans de Dieu sont comme cela: leur sagesse est toute simple, ronde, franche, car l'amour qui les gouverne ayant reduit toutes choses a son obeissance les fait marcher selon luy ; et, comme dit saint Hierosme (Liv 2 in Os. 7,11), Nostre Seigneur veut que nous soyons prudens non pas pour l'offensive, mais pour la defense : prudens comme le ser­pent, pour n'estre point deceuz ; simples comme la co­lombe (Mt 10,16), pour ne point tromper personne.

La prudence amoureuse est humble, obeissante et qui se laisse conduire. Ne t'appuye point sur ta propre pru­dence, dit le Sage (Pr 3,5) ; et les Anciens ont dit que le plus. heureux estoit celuy qui de soy est sage ; lautre apres, celuy qui escoute et croid le sage.

La prudence amoureuse se confie tout en Dieu, elle le prie; elle fait fidelement ce qui est requis, par fidelité, mais elle attend l'issue bonne de son Amant ; elle cherche le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste luy est adjousté (Mt 6,33). [21] Aussi saint Paul desire que les Philippiens . soyent simples, c'est a dire ronds, francz et sinceres, comme sont les vrays en/ans de Dieu (Ph 2,15), et loüe les Macedoniens dequoy leur profonde et tres haute pauvreté avoit abondé es richesses de leur simplicité (2 Co 8,1) , c'est a dire de leur confiance en Dieu, qui leur ostoit toute apprehension de s'appauvrir trop en donnant leurs moyens, eux estans des-ja asses pauvres. Aussi Nostre Seigneur veut que nous soyons comme petitz enfans (Mt 18,3) : or, les petitz enfans n'ont point de plus grande finesse que de se tenir entre les bras de leur mere, en quoy ilz establissent toute leur richesse (Entret 14 p.122).

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il tesmoigne un'extreme sagesse. La simplicité est con­traire aux artifices, duplicités, compositions de divers genres.

En somme, ou la prudence est amour, ou elle depend de l'amour et est servente de l'amour qui la fait marcher de­vant la trouppe de toutes les vertus ; comme nostre Sei­gneur, qui estoit assis sur le propitiatoire (Ex 25,22 ; Nb 7,89), c'est a dire sa majestueuse presence, faysoit marcher la colomne de nuee et de feu devant le peuple d'Israel comm'une guide (Ex 13,21 ; Nb 14,14), ainsy que nous voyons les grans faire porter les flambeaux devant a (sic) eux a leurs pages, pour servir de guide a leurs pas et de ceux qui les suivent, et le phanal aux navires.

COMME LA CHARITÉ EMPLOYE LA JUSTICE

Le second fleuve qui procede de la charité, c'est la jus­tice, laquelle, comme dit saint Augustin, n'est autre chose qu' " un amour servant a Dieu seul, et pour cela do­minant droittement a tout ce qui est sujet a l'homme. " [22] Ou il faut noter quil parle de la justice legale ou dominante, qui est es Princes et Roys, lesquelz doivent servir a Dieu seul, et pour le service de Dieu, " dominant droittement " sur les peuples par des loix equitables, par la distribution raysonnable et bien proportionnee des estatz et offices, par l'administration de la correction et vangeance des fautes et crimes qui se commettent en la republique. Mays au 1iv. 19 de la Cité, chap. 21, il declare plus amplement que c'est que la justice, disant que c'est une " vertu qui rend a chacun son droit, " c'est a dire ce qui luy appartient et luy est deu : si que, parlant chrestiennement et joignant les deux passages de saint Augustin en une seule intention, nous pouvons dire que la justice n'est autre chose que l'amour de Dieu entant que par iceluy nous avons une cons­tante et perpetuelle volonté de rendre a chascun ce qui luy appartient. Et certes, saint Augustin, au livre De Moribus Ecclesiœ, ne separe point la justice de l'amour de Dieu, monstrant au chap. 26, que qui ayme Dieu luy rend toute sorte de devoir, et qui ayme le prochain n'offence personne, rend a chacun ce qui luy appartient. Car l'amour est sur toutes choses ; desirant complaire a la chose aymee, luy rend premierement tout devoir, et non seulement tout devoir, mais tout ce dont il se peut aviser devoir ou pou­voir estre aggreable a celuy quil ayme. De sorte que la charité n'est autre chose qu'une justice surabondante, car apres que l'amour a fait rendre a chacun ce quil luy doit, il passe plus outre et donne plus quil ne doit selon la rigueur de la justice ; et fait comme son Maistre, qui ne se contente pas de donner la bonne mesure des recompenses, mais la donne bien comble, bien pressee et sureffluente (Lc 6,38). .

Or, comme remarque le grand saint Bernard (serm. 3e Avent), nous. sommes debiteurs superiori, inferiori, œquali ; mays . a Dieu premierement, a qui nous devons honneur, gloire, louange, action de graces (1 Tm 1,17 ; Ap 7,12)et toute sorte de sousmission et sujettion. Et pour tout ce que nous devons a Dieu, nous avons un'espece de vertu qui s'appelle religion, par laquelle nous rendons a Dieu la reverence, hommage et sousmission que nous luy devons comme a nostre souverain Seigneur et premier principe. Et pour cela nous employons premierement deux actes, l'un de l'enten­dement et lautre de la volonté ; car en l'entendement nous faysons ceste connoissance que le grand saint Augustin demandoit si ardemment (Soliloq. 2,1) : Noverim te, noverim me ; et le grand saint François (Prière de s.Fr. opera Paris 1641, Opuscul 1,20) : Quis es tu, et quid sum ego [23] ? et sur cette connoissance nous establissons l'acte de la volonté, qui s'appelle reconnoissance, c'est a dire la pro­testation de l'excellente superiorité infinie de Dieu sur nous et de l'infinie dependence que nous avons de Dieu. Or cette protestation se fait interieurement, par les actes propres de nostre volonté qui se sousmet et fait reconnois­sance a la divine Majesté, et par tous les autres actes qui rendent tesmoignage de nostre sousmission ; et exterieure­ment, par des actes par lesquelz nous declarons cette sous­mission. Et de la dependent toutes les parties et especes de la religion qui sont celles ci :

1.La reverence, qui est un des actes procedans de la religion, et n'est autre chose qu'une certaine vive appre­hension et juste crainte de ne se pas bien comporter, et manquer d'honneur et de respect envers Dieu et les choses divines; et de cett'apprehension procede un soin par­ticulier de rendre le plus exactement quil se peut toute sorte de tesmoignage de l'estime que nous faysons de la majesté et eminence de Dieu et de nostre vileté et bassesse, et de la disproportion quil y a entre nous et Dieu. Et cette sainte affection se respand generalement en toutes les œuvres de religion, et est contraire a la negligence et peu d'estime des choses divines, et au manquement d'atten­tion de la veneration que nous devons apporter de la gran­deur de l'excellence que nous servons et honnorons. Car c'est elle qui fit prendre le soin a saint Abel de prendre le meilleur de ses trouppeaux pour offrir a Dieu, comme la nonchallance contraire fit que Cain choysit le moin­ dre (Gn 4,3) ; c'est elle qui fit tumber en terre Daniel (Dn 8,17 ; 10,5) et les autres Prophetes a moytié mors devant la majesté de Dieu (Ex 33,20 ; Jg 6,21 ; Is 6,5 ; Ez 44,4) c'est elle qui fait qu'emmi les tressaillemens et plus grandes consolations nous tremblons et craignons d'estre devant une si grande majesté (Ps 2,11) ; c'est elle qui fait que les Seraphins mesme voylent leurs yeux et leurs pieds (Is 6,2), comm'indignes de regarder Dieu et de s'arrester pres de luy ; c'est elle qui fait dire a David (Ps 64,1) : Te decet hymnus silentium [24] in Syon, car la grand'estime de la perfection divine fait qu'on n'ose pas en parler, crainte d'en parler peu convenablement. C'est cette crainte chaste et sainte qui persevere es siecles des siecles (Ps 18,10); car si bien les saintz ne craignent pas d'offencer Dieu, car ilz sont asseurés de vivre a jamais en sa bienveuillance, si est ce que l'inestimable estime quilz font de l'excellence divine fait qu'ilz reverent sa divine Majesté, et ont un'aggreable et amoureuse apprehension de sa grandeur, qui les tient en une continuell'attention soigneuse et leur donne un soin perpetuellement attentif a bien exalter la divine Bonté: qui est la crainte dont il est dit que " les puissances tremblent devant sa Majesté, c'est a dire, elles ont un soin de l'honnorer et l'estiment avec tant d'admiration et de vive attention comme si elles craignoyent de mes­prendre ; car, autant que sa bonté les asseure que jamais ilz ne manqueront, sa majesté les provoque a l'attention et au soin et reverence.

[25] Or cette reverence interieure nous fait prosterner exterieurement, demeurer sur les genoux, faire des abbaissemens de cors, tenir les yeux en terre, les mains jointes, porter les voyles sur nos yeux, vestir le sac et le cilice ; elle nous empesche de toucher les choses sacrèes qu'avec beaucoup de preparation et de protestation de nostr'indignité, elle nous fait confesser nos miseres et la grandeur de Dieu.

2. La devotion en matiere de religion n'est autre chose qu'une ardeur et ferveur d'esprit qui nous rend promps a faire tout ce qui regarde le service et lhonneur de Dieu; vertu toute pareille a la devotion en matiere de charité, dont nous avons parlé au commencement de l'Introduc­tion (part 1 ch 1), car comme l'une est un'excellente charité, l'autre [est] un'excellente affection de religion. Et par ce que ceux qui sont animés de cette tant desirable vertu se dedient et consacrent, donnent et addonnent totalement au service de Dieu et a tout ce qui le regarde, elle nous fait particu­lierement faire la sainte offrande, donation et dedicace de nous mesme a la divine Majesté, que nous avons ci dessus marquee [26], par laquelle nous sommes rendus voüés, dediés, consacrés a Dieu, et comme specialement Religieux, que, au commencement de l'Eglise, on appel­loit moynes, c'est a dire uns ou unis (S3, p.69,161), a cause de la speciale union avec Dieu a laquelle ilz se dedioyent, ou de l'unité de leur intention et profession qui n'estoit que du seul service de Dieu; et, comme parle le grand saint Denys (Les Œuvres du divin saint Denys Areopagite.. traduites du Grec en Frangois par Frère Jean de Saint François.,. avec une apologie pour les Œuvres du mesme auteur. Paris, Jean de Heuqueville, 1608.), a rayson de leur vie une et simple, non distraitte ni divisee, ains toute ramasseeet recueillie, pour estre toute destinee a la perfection de l'unique amour de Dieu. Et par ce que ceux ci, par l'excellence et ferveur quilz ont en la Religion, se sont devoués et dediés a l'unique profession de servir Dieu et vacquer a son amour, on les a nommés speciale­ment Religieux par apres.

Et passant plus avant, par ce qu'entre ceux qui se de­dient a l'unique service de Dieu, les uns le font par des simples oblations qui se font par maniere de protesta­tion et declaration d'une volonté absolue et resolue, comme font la pluspart des Oblatz de saint Ambroyse [27], les Dames de la Tour des Mirouers de la Congregation de sainte Françoise a Romme [28], les vierges de Sainte Ursu­le [29], et comme faysoient les hommes et femmes du Tiers Ordre de Saint François, les Peres de la Congregation de l'Oratoire [30], et plusieurs tressaintes societés que Dieu a grandement benies et illustrees de plusieurs Saintz et Saintes, comme de sainte Catherine de Sienne et de Gen­nes, de sainte Angele de Foligni, de sainte Elizabeth d'Ongrie, saint Elzear, saint Ives, sainte Françoise (et en nostr'aage, du B. P. Philippe Nerius) , sainte Gene­viefve. Les autres le font par des vœux qui sont voire­ment appreuvés de l'Eglise, mais non pas pourtant acceptés [ni] appliqués pour mettre la personne qui les fait en l'estat que l'on appelle regulier : telz sont tous les vœux qui se font par les personnes seculieres, voire mesme ecclesiastiques, encor bien que ce seroyent les vœux de pauvreté, chasteté et obeissance, quand ilz sont faitz sans estre acceptés par quelqu'Ordre qui ayt le pouvoir ou l'establissement de rendre ses membres reguliers. Les autres le font par des vœux acceptés par l'Eglise pour establir une personne en l'estat que nous appellons regulier, soit que telz vœux soyent solemnelz, soit qu'ilz soyent simples, comme ceux des coadjuteurs formés de la Compaignie du nom de Jesus.

Or est il vray que tous les vœux, autant les simples que les solemnelz, ceux qui se font en la profession reguliere et ceux qui se font hors d'icelle, obligent egalement devant Dieu, sans qu'il y ait nulle difference ; en sorte que qui viole les vœux simples il est autant perfide et sacrilege, a rayson du vœu, comme celuy qui viole les vœux solemnelz. Mais pourtant, ceux qui violent les vœux solemnelz, ou simples, mais de Religion, pechent plus griefvement que les autres, a rayson du scandale qui s'en ensuit, [qui] est plus grand; outre que, par l'establissement du droit, ilz peuvent estre apprehendés et chastiés, ne pouvans ni contracter legitimement ni rien acquerir entre les hom­mes, tandis quilz sont dans les liens du vœu ; la ou ceux qui ont fait les vœux purement simples ne sont pas rendus inhabiles a contracter et acquerir entre les hommes, quoy que devant Dieu et en conscience ilz soyent autant perfides en ce faysant que les autres.

Or, d'autant que ceux qui par vœu se sont obligés aux Religions appreuvees se sont non seulement liés de l'obli­gation consciencieuse et devant Dieu, mays aussi d'un'obligation civile, ecclesiastique et devant les hommes, non seulement sous des peynes eternelles, mais aussi tem­porelles ; non seulement pour estre redevables et obligés en conscience, mays pour estre contraintz en effect a l'ob­servation des vœux; partant on leur a donné specialement le nom de Religieux, et a leurs Congregations le nom de Religions, a cause de ce lien par lequel, outre le com­mun lien des Chrestiens, ilz se sont reliés au devoir de la poursuite de la perfection par les trois vœux propres a l'obtenir, et de rechef encor, reliés pour la sousmission aux peynes et astrictions ecclesiastiques en cas de contraven­tion et infraction des vœux.

Et quant aux autres personnes qui ne sont liees que par les simples oblations (qui est un lien de reverence, respect et verité ; car c'est un'irreverence de ne point observer ce que l'on a protesté, quoy que non voüé de faire, devant un si grand Roy et pour son service, bien que ce ne soit pas contre la fidelité, n'y ayant eu aucune promesse), elles ne sont pas appellees Religieuses si absolument, ains seule­ment devotes et dediees a Dieu. Comm'aussi celles qui par des vœux particuliers et purement simples se sont liees devant Dieu a l'obeissance, pauvreté et chasteté ; car si bien elles ne sont pas moins liees devant Dieu que les Religieux, neanmoins, en la police exterieure de l'Eglise et en ce qui en depend, les Religieux le sont beaucoup da­vantage. [31]

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L'orayson, certes, ou la priere n'est autre chose, a pro­prement parler, qu'une demande faite a Dieu de ce que nous praetendons obtenir de luy. Nous pouvons demander une chose diversement: car nous la pouvons demander par droit de justice, comm'un debte ; ou par droit d'autho­rité, comm'un devoir ; ou comm'une grace et faveur, par le seul droit de liberalité, de courtoysie et de bienveuil­lance. Car je vous prie, Philothee, si je demande en jus­tice l'argent que j'ay presté a mon voysin, est ce une priere et orayson ? Non certes, ains une demande rigou­reuse. Si un seigneur demande son manteau, son chapeau, son espee, ou du vin a son valet, est ce une priere ? Nulle­ment, mais une demande par authorité. Mays je demande a un homme qui ne me doit rien, ni service ni chose quel­conque, quil me donne de l'argent, quil me preste son cheval, ou quil me donn'a manger ou a boire, a cett'heure ­la je ne puis user d'autre sorte de demande que de celle de la priere ; et si c'est une personne qui soit relevee au dessus de moyen quelque eminente qualité, je ne prie pas seulement, mais adjoustant avec l'humilité la reverence, je supplie.

Or, Dieu ne nous doit rien, Philothee, a tous tant que nous sommes, pour nostre regard et pour nostre consideration; car, qu'avons nous pour l'obliger de quoy il ne nous ayt premierement obligés (1 Co 4,7) ? Nous ne luy sçaurions jamais rien donner, car si nous luy presentons quelque chose, l'ayant premierement receue de luy, c'est rendre, non pas donner ; c'est payer, non pas obliger ; nous ne l'obligeons pas, mais nous nous acquitons de la dette. L'isle Halonesus avoit esté aux Atheniens, mais les pirates la leur occuperent; sur lesquelz Philippe, Roy de Macedoine, l'ayant prise, les Atheniens la luy demanderent, et il consentit de la leur donner, mais non pas de la rendre ; au contraire, les Atheniens ne la vouloient pas prendre, mais reprendre (Demosthenis opera p.41 ; Litterae Philippi p.85). Certes, nous ne pouvons rien donner a Nostre Seigneur, a proprement parler, ains seule­ment rendre ; et il ne peut rien prendre sur nous, oui bien reprendre, puis que nos mains ne luy peuvent rien presen­ter que nous n'ayons receu des siennes.

Ce n'est pas, Philothee, que Nostre Seigneur ne se soit constitué debteur envers nous des recompenses immor­telles, si nous observons ses commandemens, et quil ne die souvent que non seulement il nous les donnera, mais quil les nous rendra: Mon Pere, dit il a celuy qui priera en son nom, te le rendra (Mt 6,4) ; et l'Apostre, parlant de la coronne de gloire : laquelle, dit il (2 Tm 4,8), en ce jour la advenir le juste Juge me rendra. Ouy, en verité, Philothee, nos bonnes œuvres faites en la grace de Dieu meritent recom­pense, et Nostre Seigneur s'oblige de la rendre, comme toute l'Escriture tesmoigne ; mays ce n'a pas esté par droit de justice que Nostre Seigneur s'est obligé de nous rendre recompense, ça esté par pure misericorde, selon la grandeur de laquelle il nous a voulu sauver (Tt 3,5). Or, despuis neanmoins quil s'y est obligé par misericorde, il le fait par justice ; dont il dit quil rendra, par ce que s'estant engagé de parole il est constitué debteur de justice, comme par ce quil ne s'est engagé que par misericorde il est dona­teur de liberalité : il donne, par ce quil ne s'est pas obligé par justice, ains liberalement et de grace; il rend pour­tant, par ce quil doit, et il doit par ce quil s'est obligé.

Mays outre cela, il ne nous considere pas en nous mesme, ains en Nostre Seigneur son Filz, sur lequel nous sommes entés comme des greffes sur un noble tige (Rm 11,17) ; et partant, en qualité de membres d'un tel chef (Eph 1,22 ; 4,15 ; Col 1,18 ; 2,10), au nom duquel nous demandons toutes choses, il nous rend ce qui luy est deu. Imagines vous, Philothee, le petit Thobie qui demande le payement a Raguel (pour Gabel) pour son pere, et voyes comme il est payé favorablement par ce quil ressembloit son pere (Tb 4,21 ; 5,2 ; 7,1 ; 9,3) ; car il en est de mesme : nous demandons au Pere ce quil doit a son Filz, auquel si nous sommes rendus semblables par une sainte charité, mon Dieu que de graces (S3, p.35) ! Or il doit a son Filz selon mesme toute la rigueur de justice, ainsi que nos sçavans theologiens enseignent, tout ce quil a merité pour nous (S3, p.31) : or il a merité pour nous que nous puissions meriter, si que le pouvoir que nous avons de meriter est un rejetton du merite de Nostre Seigneur. Il nous a merité la grace et tout ce qui est necessaire pour nous acheminer a la grace, pour cheminer en la grace et pour obtenir, par sa grace, la grace consommee et parfaite, qui est la gloire et vie eternelle. C'est pourquoy, demandons au Pere eternel quelque chose au nom de Nostre Seigneur, nous la demandons par justice et par grace tout ensemble : en justice, entant que c'est au nom de Nostre Seigneur ; en grace, entant que c'est pour nous, qui de nous mesme en sommes grandement indignes. Et bien que nous ayons promesse expresse d'obtenir tout ce que nous demanderons au nom de Nostre Seigneur (Jn 14,13 ; 16,23), cela neanmoins s'entend sous cette condition, que nous soyons enfans de Dieu et que nous ayons l'esprit d'adoption qui nous donne la har­diesse de crier : Abba Pater (Rm 8,14 ; S2, p.120), ou convenablement disposés pour le devenir ; dequoy n'estant pas asseurés, nous ne pouvons jamais demander qu'en grace pour nostre regard.

Mays quant a Nostre Seigneur, estant au Ciel et ayant achevé toutes les œuvres par lesquelles il a merité aux Anges et aux hommes la grace et la gloire, il demande a son Pere toutes les benedictions que nous recevons, par droit de justice, comme les ayant acquises par son sang. C'est pourquoy il est appellé advocat (1 Jn 2,1), car les advocatz, a proprement parler, ne font des requisitions qu'en vertu du [32] droit des parties, et implore la justice et l'equité, non la misericorde ni la grace ; et en cette qualité d'advo­cat il montre les tiltres et les droitz pour lesquelz les graces luy sont deües, qui ne sont autres choses que ses playes, tiltre pour lequel le Pere eternel est obligé de favoriser tous ceux qui obeissent a son Filz. Or, par ce que ses demandes sont fondees en droit et justice, plusieurs grans personna­ges (Greg. Naz., Orat. 36,53 et 54) ont dit qu'a proprement parler Nostre Seigneur ne prioit plus maintenant quil est au Ciel, selon que luy mesme l'affirme disant : Je ne dis pas que je prieray mon Pere (Jn 16,26); mays par ce que nean­moins il demande en qualité d'advocat et que, comme les advocatz, il demande avec un infini respect et une reve­rence incomparable, plusieurs aussi ont dit quil prioit (S3, p.31). En quoy les uns et les autres ont eu rayson : car il demande sans doute a son Pere les benedictions que nous recevons, et sa demande n'est pas priere quant a ce quil demande, car ce quil demande luy est deu par justice ; mais elle ressemble pourtant a la priere, par ce qu'il ne demande pas avec moins de reverence, d'humilité et de sousmission que si ce qu'il demande ne luy estoit pas deu (S3, p.31).

Or, l'orayson consiste donq principalement a demander a Dieu quil nous donne par faveur, grace, liberalité et mise­ricorde ce qui est requis pour nostre salut, et depend prin­cipalement de l'esperance, comme la meditation de la foy et la contemplation de l'amour : car la meditation considere ce que nous croyons, pour l'aymer ; la priere demande ce que nous esperons, pour l'obtenir ; et la contemplation regarde ce que nous aymons, pour nous y plaire.

Mays, outre ces trois parties de l'orayson, il y a la louange de Dieu, en laquelle nous employons une partie des Heures canoniales ; il y a aussi l'action de grace pour les benefices receus, et l'offrande et sousmission de nous mesmes a Dieu : lesquelles parties sont principalement fondees sur la vertu de religion, par laquelle nous som­mes portés a rendre a Dieu l'honneur et gloire qui luy est deüe, entant qu'elle luy est deüe ; comme aussi l'ado­ration accompaigne tous-jours l'orayson (Ex 4,31), car personne ne prie Dieu qu'il ne l'adore.

Or, l'adoration est la plus eminente espece d'honneur que l'on puisse rendre a qui que ce soit ; dont saint Augustin a dit (Civit.Dei 10,4 ; cf Défense Croix 4,5) que " les hommes sont appellés dignes de service et venerables, mays que si on veut beaucoup adjouster a cela, on les appelle encor adorables. "

Or, entre toutes les adorations il y en a une qui est hors de toute comparayson ; car l'honneur se donne en contem­plation de l'excellente vertu de quelqu'un, et l'adoration se donne non pour la vertu entant qu'elle est excellente, mays pour l'excellence entant qu'elle nous est [incompré­hensible] a cause de son infinie grandeur et profondité, et laquelle, comme dit Anastase, Evesque de Theopolis (2e Conc.Nic.act.4 ; Défense Croix note 181), est l'emphase et sureminence de tout honneur : qui est l'adora­tion deue a Dieu, et que non seulement les hommes, mays aussi les Anges ont commandement de luy rendre ; et ce n'est autre chose que la plus grande, juste et profonde sous­ mission et reconnoissance spirituelle que nous puissions faire a la supresme et, pour dire ainsy, incomprehensible sursouveraine Majesté et superiorité de Dieu. Nous pro­nonçons telles ou semblables paroles, du plus profond de nostre esprit, ou si nous ne les prononçons pas, nous en avons le sentiment: Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu des armees (Is 6,3 ; Ap 4,8). O Seigneur, vous estes Celuy qui est (Ex 3,14 ) ; vous estes mon Dieu redoutable, infini, et la grandeur de vostre majesté est trop plus eslevee sur moy (Ps 46,3), et mon ame le reconnoist. Je prosterne mon neant devant vous, et mon estre s'incline jusques au fin-fons de la terre devant l'incomprehensible majesté de vostre Deité et authorité. O si je pouvois m'abbaysser jusques dedans l'abisme du neant duquel vous m'aves tiré, pour mieux faire homma­ge a vostre infinie authorité et reconnoistre de vostre liberalité l'estre que vous m'aves donné ! O Anges, des­quelz les affections sont plus grandes et fortes que les miennes, hé ! secoures mon imbecillité et adores pour moy cette couronne eternelle de la gloire de mon Dieu, de la plus profonde adoration que vous puissies exercer. Helas ! Seigneur, que ne puis je asses connoistre, reconnoistre et reverer vostre grandeur ! O Sauveur de mon ame, qui, en qualité d'homme, a rayson de la dignité infinie de vostre personne, pouves adorer d'une adoration d'infinie estime la tres souveraine Divinité, hé, secoures mon desir, et adores pour moy vostre Pere eternel de cette souveraine adoration que vous seul sçaves, voules et pouves faire (TAD 5,11). Et puysque vous estes homme, faites luy l'hommage pour tous les hommes, qui n'ont ni asses de cœur ni asses de force pour s'abbaysser si profondement qu'il seroit re­quis devant une si infinie Essence. O Pere, Filz et Saint Esprit, une seule sainte souveraine Divinité, je vous adore par ce que vous estes souverainement adorable, et encor plus, parce que vous estes si excellemment adorable que vous ne pouves jamais estre suffisamment adoré. Ado­rons Dieu par ce qu'il doit estre infiniment adoré ; adorons le par ce qu'il ne peut estre suffisamment adoré.

Telles ou semblables sont les actions interieures et es­sentielles de l'adoration ; differentes des actions de l'hu­ milité en cela seulement, que nous adorons en reconnois­sance de l'eminence et majesté devant laquelle nous nous prosternons en esprit et a laquelle nous nous sousmettons, mays nous nous humilions en reconnoissance de nostre bassesse et vileté. Par l'adoration nous regardons Dieu, par l'humilité nous nous regardons nous mesmes. [33]

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En fin, dans le Sanctuaire il y avoit quatre Cherubins : deux estoyent tout d' or, qui estoyent sur le propitiatoire, qui s'entreregardoyent et couvroyent, de leurs aysles estendues l'un vers l'autre, tout le propitiatoire ; et ceux cy representoyent l'[ordre] des Anges assistans, qui n'ont [qu'une [34]] contemplation, et leur reciproque amour ne sert qu'a la louange de Dieu. Les autres deux Cherubins estoyent de boys d'olive doré, et regardoyent devers la porte du Sanctuaire, ayant chacun une de leurs aysles estendue sur l'Arche et le propitiatoire, et l'autre estendue jusques a la paroy du Sanctuaire. Ilz avoyent dix coudees de haut et leurs aysles cinq de longueur (Ex 25,17 ; 3 R 6,23 ; 2 Par 4,10) parce que les Anges administrans ou servans ont charge de regarder et garder l'Eglise, et partant ilz ont leurs affections misericordieuses comme d'olive ; et, sans laysser leur contem­plation beatifique, laquelle est sur le propitiatoire, ilz es­tendent leurs secours et exercent promptement leur cha­rité envers les murs de Hierusalem, de l'Eglise, envers la mayson et famille de Dieu. Ilz ont dix coudees de hauteur, pour cooperer avec les hommes aux œuvres des dix com­mandemens ; et leurs deux aysles sont de mesme, parce qu'a cet effect ilz prient devers le Sanctuaire et inspirent devers les peuples.

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[35] Et par ce que nos parens sont des appartenances plus proches de nos pere et mere, et que toute la parentee semble estre un seul arbre a diverses branches esquelles toutes un mesme sang, comm'une mesme seve, joint et sustente, partant la pieté s'estend encor a eux; comm'aussi, par ce que les alliés et amis de nostre patrie sont comme ses appuys et mainteneurs, nous les cherissons aussi par pieté.

Or, le devoir de pieté s'estend a tous les offices qui se peuvent legitimement rendre, soit en honneur, soit en ser­vice, mais sur tout a sustenter et servir nos pere et mere en leurs necessités : obligation qui passe si avant, que nous ne pouvons pas mesme faire aucun vœu qui nous puisse em­pescher de rendre ce devoir ; et si nous l'avons fait, il ne nous tient pas liés de ce costé la, ains, nonobstant iceluy, nous pouvons et devons rendre ce devoir originaire de pieté auquel la nature nous oblige. Et par ainsy, les enfans sortent des Religions, quoy quilz soyent profes, pour se­courir leurs peres et meres quand ils sont, je ne dis pas en extreme, mais en grande necessité, quand sans sortir ilz ne peuvent leur procurer d'ayde et de soulagement.

L' observance est une vertu par laquelle nous rendons l'honneur et le service qui est deu a ceux qui sont or­donnés a nostre gouvernement ou qui sont propres a cela : car, comme nous honnorons et servons avec une speciale affection nos pere, mere et patrie par ce qu'ilz nous repre­sentent Dieu en qualité d'autheur, principe et origine de nostre estre, et comme instrumens de sa puissance produc­trice, aussi honnorons nous ceux qui nous gouvernent par ce quilz representent Dieu en qualité de gouverneur et recteur des hommes et comm'instrumentz de sa provi­dence. En quoy nous donnons les premiers rangs a nos gouverneurs et princes spirituelz ; car l'authorité et pouvoir quilz ont estant surnaturel et leur gouvernement tendant a une fin surnaturelle, le devoir de sousmission et service que nons leur avons a cette consideration est surnaturel, religieux et purement pieux.

En suite de la pieté et de l'observance vient la sainte obeissance : vertu par laquelle nous faysons volontaire­ment ce que nos superieurs et [ceux] qui ont authorité legi­time nous ordonnent ou commande (sic) par ce quilz le nous commandent, c'est a dire par ce que nous devons le faire. Car un œuvre que nous n'estions pas obligé de faire avant quil fut commandé, soudain quil est commandé nous sommes obligés de le faire, et d'œuvre simple elle devient debte ou devoir pour nous, le commandement liant et obligeant nostre volonté avec cett'œuvre : et par­tant, l'obeissance est la vertu par laquelle nous rendons aux superieurs ce que leur authorité nous oblige de faire par leur commandement.

Or, toute l'authorité a laquelle nous rendons obeissance procede de Dieu, ou par l'ordre special quil a mis en son service et pour nostre conduite au salut eternel, donnant la puissance spirituelle a ses Apostres et a leurs succes­seurs ; ou par l'ordre naturel, donnant aux peres, meres, mari authorité sur leurs enfans et femmes; ou par l'ordre civil, aux princes et magistratz sur leurs sujetz : de sorte que la vertu d'obeissance se termine en fin finale a l'autho­rité divine, bien que sensiblement et selon nostr'apprehen­sion particuliere elle regarde cette varieté de superieurs a l'authorité desquelz Dieu nous a sousmis. Obeissance, vertu admirable, qui nous rend toutes les actions des vertus aggreables, qui establit la justice en paix (Ps 71,1) et donne la victoire en la guerre (Pr 21,28). C'est pourquoy elle est meilleure que les victimes (1 R 15,22 ; Eccles 4,17)par ce que les victimes sans obeissance ne sont pas aggreables a Dieu, oui bien l'obeissance sans victimes, et par ce que les victimes ne sont aggreables sinon comm'elles sont commandees. Vertu generale, laquelle ne perd point son unité par la diversité de ceux qui obeissent, ni de ceux auxquelz on obeit, ni des commandemens, car tous jours ell'obeit par ce qu'elle le doit et quil luy est com­mandé par ceux qui ont authorité.

La gratitude est une vertu par laquelle nous rendons a ceux qui nous ont fait du bien quelque sorte de contre­change, ou par honneurs, ou par services, ou par des autres reciproques bien faitz. Et cette vertu requiert : [1.] que nous estimions et prisions grandement et au plus haut pris le bien fait, et sur tout l'affection avec laquelle le bien facteur le distribue et nous le departit ; 2. que nous le recevions cordialement ; 3. que nous declarions combien il nous aggree et en facions une protestation et reconnoissance ; 4. que nous en conservions et prattiquions la souvenance, fay­sant volontier mention lhors que l'occasion s'en presente ; 5. que selon les occurrences et nostre pouvoir nous rendions bienfait pour bienfait. Je dis selon les occurrences, car l'empressement et precipitation a contrechanger un bienfait tesmoigne un esprit qui se deplait d'estre debiteur a son bienfacteur. La debte de gratitude doit estre aggreable, et ne se doit pas payer par ce quil nous deplait de de­voir, mais par ce quil nous plait et aggree de rendre le reci­proque. Et deffait, rendre un bien fait avec cett'inquietude, c'est plus tost le payer que le rendre, ou encor, plus tost le rejetter et vouloir effacer que de le vouloir contrechan­ger. Aussi ay je dit quil failloit rendre bien fait pour bien fait : or, ce n'est pas un bien fait sil ne procede d'un esprit aymant, doux, aggreable, officieux, et sil ne regarde plus l'affection du bienfacteur que le bien fait. C'est pourquoy il faut rendre, sil se peut, plus que l'on n'a pas receu, comme font les chams fertiles qui produisent plus de graines incomparablement qu'on n'en a jetté dedans leur sein : car si vous [36] ne rendes que le mesme, c'est plustost une restitution de rigueur qu'une gratitude d'affection et d'amour ; et en cela vous ne rendes pas bienfait pour bien­fait, car si vous ne rendes que ce que vous aves receu, il n'y a point de bienfait de vostre part. J'ay dit selon son pouvoir ; car, qui ne peut rendre aucun bienfait, quil face tant [plus] de tesmoignages et de reconnoissance en paroles, quil face force souhaitz pour le bonheur du bien. facteur.

Il y a une vertu que l'on appelle juste vangeance, a la­quelle il appartient de punir les meschans et malfaiteurs, par ce qu'il est raysonnable qu'ilz reçoivent de la peyne pour leurs coulpes et que, par ce moyen, il se face quelque reparation de la faute commise et du tort qui a esté fait au prochain, soit par maniere de dommage qu'on luy a porté, soit par maniere de scandale ou de mauvais exemple. Or, affin que ceste vangeance soit vertu, il faut qu'elle soit juste ; et partant elle n'appartient qu'aux superieurs qui seulz ont le juste pouvoir de chastier, bien que tous ayent le pouvoir de repouser et empescher l'injure. Et faut, outre cela, que telle vengeance se face en telle sorte qu'elle ne passe point a la cruauté par exces, ni a la lascheté par de­faut.

La vertu de verité consiste en une volonté perseverante de ne rien signifier au prochain, soit par paroles, soit par autres signes, que selon la verité de nostre sentiment. Nous pouvons celer nos sentimens quand il en est tems, mais si nous les voulons exprimer, nous le devons faire fort veritablement et ne point mentir.[37]

Or, quand nous disons nos sentimens, nous n'enten­dons pas parler des sentimens involontaires que nous avons quelquefois contre nos prochains, mays de vrays sentimens que nous avons selon nostre volonté superieure. Ainsy, si j'ay quelqu'aversion et repugnance a mon pro­chain, pourveu que, selon ma volonté et resolution, je sois deliberé de l'aymer, non seulement je dois luy tesmoi­gner de l'amour, mais je ne dois nullement luy tesmoigner mon aversion, car cette aversion n'est pas volontaire et si, elle seroit scandaleuse; et en verité je l'ayme, puisque je l'ayme selon la partie maistresse et regente de mon ame (Entret.14, p.117).

Et parce que cette vertu m'oblige de conformer mes pa­roles et mes gestes exterieurs a mes sentimens interieurs et a la verité de ce que j'exprime, elle m'oblige aussi a re­chercher la verité, mais d'une recherche raysonnable et qui prend sa mesure de l'importance de la chose que je veux exprimer. Car si je veux affirmer une chose de grande consequence, je suis obligé d'avoir un grand soin pour sçavoir la verité ; si c'est une chose indifferente, il n'est pas requis de me mettre en peyne pour m'asseurer de la verité, ains suffit que je die simplement ce que je croy estre veri­table d'abord. Si je raconte ce que Virgile dit de Junon, d'Œneas et de Priamus, il suffit que je die selon ce que ma memoire me fournit et que je pense estre vray ; car, qu'im­porte-il quand je dirois bien une chose pour une autre en chose si frivole ? Mais si je raconte les miracles de Nostre Seigneur ou de Moyse, ou mesme d'autres histoires des­quelles la verité importe a l'establissement de nostre foy, je suis obligé d'estre grandement sur mes gardes a ne rien dire qu'en verité. Si je raconte comme un seigneur ou une dame estoit (sic) vestus en telles occasions, pourveu que je die selon ce quil m'en semble il suffit ; mays si je raconte leurs actions, par lesquelles on peut discerner silz ont esté vertueux ou non, je dois estre plus discret et parler avec plus d'asseurance de la verité : car le mensonge n'a jamais aucun juste usage, c'est tous-jours un abus, pour utile qu'en soit la consequence ; et n'en est pas de mesme comme de l'hellebore, car bien que nos cors puissent estre gueris par le tourment des medicamens, les espritz le doi­vent. voirement estre par le tourment de la tristesse et repentance, mais non jamais par la coulpe. Or, puisque les signes sont ordonnés pour exprimer les choses, nous nous devons cela les uns aux autres, de ne nous point decevoir par iceux, les employant a signifier le mensonge et ce qui n'est point.

S'ensuit la douce affabilité, qui donne une aggreable bienseance a nos conversations serieuses, affin que d'un costé nous ne soyons ni trop blandissans, amadoüans et flateurs, ni de l'autre trop aspres, austeres, rebarbatifs, durs, desdaigneux et fascheux ; mais qu'avec une condes­cendance bien assaisonnee, nous traittions, en paroles, actions et contenances, suavement et amiablement avec le prochain.

[38] La suave amitié est une vertu differente de l'affa­bilité, car elle se prend a un chacun, pour inconneu quil soit; mays l'amitié ne se fait qu'avec privauté et familia­rité, car c'est une reciproque et manifeste affection par laquelle nous nous souhaitons et procurons du bien les uns aux autres, selon les regles de la rayson et de l'honnes­teté : dont j'ay parlé ailleurs, en l'Introduction (part 3 ch.17 et 19et au livre de l'Amour du prochain [39].

Apres, vient la liberalité, qui nous donne la juste estime et affection des richesses, ne permettant pas qu'on les prise plus quil ne faut, et par consequent nous porte a les des­penser et employer volontier et librement quand il est con­venable, affin que d'un costé nous ne soyons pas avares, soyt a ramasser et acquerir trop ardemment les biens de ce monde, soit a les retenir trop chichement, et que d'autre part nous ne soyons pas prodigues, donnant a gens indi­gnes, comme sont les flateurs, bouffons, joueurs, ni pour choses frivoles et vaines. On ne sçauroit dire lequel de ces deux vices est plus dangereux. Certes, l'avarice ne proffite a personne, non pas mesme a l'avare, auquel le bien quil a luy defaut et est autant inutile comme celuy quil n'a point. C'est un vray vilain vice que celuy-la, et qui monstre une grande bassesse de courage : c'est pourquoy la prodi­galité et profusion des richesses serait plus aymable, si elle n'engendroit ordinairement l'avarice ; car il arrive sou­vent que ceux qui se playsent trop a donner aux uns, affin d'assovir leur inclination en cela, ilz [40]………………………………………………

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[41] Mays sur tout ce qui regarde la justice, il y a une vertu que nous appelIons œquité, qui empesche que la jus­tice ne soit pas injuste et que le droit ne se change pas en injure ; c'est cette prudence qui modere les loix infe­rieures par les superieures, en sorte que une loy cede a l'autre selon que la rayson requiert et que le legislateur mesme le diroit sil voyoit l'estat present des affaires. II faut rendre a chacun ce qui luy appartient : rendes donc a ce furieux son espee, et il en tuera quelqu'un sur le champ ! Non, Philothee, cela ne se doit pas faire ; car bien quil faille rendre a chacun ce qui est a luy, cela s'entend quand il n'en abuse pas au plus grand dommage du pro­chain, et l'equité nous enseigne cela. La loy dit : Ne tues point (Ex 20,13 ; Dt 5,17 ; Mt 5,21) ;mais si le voleur attaque vostre personne et vous le tues pour vostre juste defence, qui vous en peut blas­mer ? car la loy de la conservation de nostre propre vie prœcede celle de la conservation de la vie du prochain. La loy dit : Chommés les jours de feste, ouyes la sainte Messe ; le fœu cependant se prend a la mayson, ne l'estein­dray-je donq pas ? Si faites, car la loy n'a pas entendu de vous obliger en ce cas la ; vous feres bien un autre jour la feste et ouires bien un autre jour la Messe, mays vous ne sçauries eviter ce grand dommage si vous n'y travailles maintenant. Ainsy donq, les loix veulent que par droit on les modere.

DE LA FORCE

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A la force appartient la magnanimité, qui n'est autre chose qu'une vertu qui nous porte et incline aux [actions grandes [43]] et relevees en chasque matiere et espece de vertu, non pour le regard du bien quil y a en l'action grande de la vertu, mais pour le respect de la seule grandeur de l'action. Car, par exemple, consideres d'un costé un homme qui ayme grandement la chasteté, et d'autre costé un hom­me magnanime et de grand courage : l'un et lautre, au choix de la chasteté, entreprendront la chasteté virginale comme le plus haut et relevé degré qui puisse estre en la vertu de chasteté ; mais l'un fait cett'entreprise pour le grand amour quil porte a la chasteté, laquelle plus ell'est grande plus il l'ayme, l'autre fait la mesme entreprise, non pour l'amour de la chasteté qui est en cette grandeur et hauteur de vertu, mays pour l'amour de la grandeur qui est en cette chasteté : si que l'un cherche la perfection de la chasteté en la grandeur de cett'action, et l'autre cherche la grandeur de l'action en la perfection de la chasteté. Or, comme cette vertu recherche la vraye grandeur qui est es actions heroiques des vertus, aussi n'estime elle rien de grand que cela ; c'est pourquoy ell'a ces proprietés, selon Aristote (Eth. 4,3) (qui neanmoins, au sujet de cette vertu, tesmoigne asses la faiblesse de la philosophie naturelle en comparayson de l'evangelique) : 1. de ne se plaire que fort sobre­ment entre les honneurs, pour grans et relevés quilz soyent ; 2. estre egalement [modéré] dans l'adversité et les pros­perités ; 3. fuir les menus et inutiles……………et conve­nables ; 4.secourir…………………………………………….

………..la rayson [44] …………………………………..

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…………. [45] on recherche de la gloire par des moyens vains, ou pour des choses vaynes ou des personnes vaines. Et en fin, nous evitons la pusillanimité ou decouragement, par le­ quel nous fuyons les grandes actions, les grans honneurs et les grans offices pour la trop grande apprehension que nous avons de la grandeur, n'estimans pas nos forces asses dignement et selon leur mesure ; car, comme les presomp­tueux entreprennent indiscrettement outre leur pouvoir, les pusillanimes n'entreprennent pas selon leur pouvoir, ains laissent une partie de leurs forces inutiles, faute de cœur pour les employer.

De la magnanimité depend la magnificence, qui nous porte non aux actions grandes des vertus, mays aux grans et somptueux ouvrages qui requierent force despence ; car cette vertu nous les fait entreprendre genereusement, destournant d'un costé une certaine sotte affection de des­pence par laquelle on fait des frais inutiles et outre la bienseance, et d'autre costé une certaine vileté d'esprit par laquelle on n'esgale pas la despence a la dignité et bienseance de l'ouvrage qu'on entreprend.

Apres, vient la tressainte patience, par laquelle nous moderons les tristesses et fascheries [46] qui nous arrivent des maux ordinaires en cette miserable vie mortelle : la mort des parens et amis, les bannissemens, les pertes, les maladies, les injures et opprobres, et autres sortes d'afflic­tions de la vie mortelle. . . . . de la vie, parce que les maux de la mort et les craintes [47] horribles pour la mort doivent estre surmontés par la force, comme il a esté dit. Or, la patience nous fait supporter tranquillement ces afflictions pour l'honnesteté et le bien qu'elle reconnoist estre en l'egalité de l'esprit et la bonn'assiette de l'ame entre ces occasions.

Or, quand, outre le mal que nous endurons avec modera­tion, [48] nous devons l'avoir longuement : c'est a dire, qu'outre le mal nous devons supporter une longue duree du mal, qui est une grandeur en duree et estendue de continua­tion, nous n'avons pas seulement besoin de patience, mays de longanimité, qui est la vertu par laquelle nous suppor­tons ou une longue attente du bien, ou une longue duree du mal. Et tant la patience que la longanimité sont re­quises, affin que d'un costé nous evitions l'insensibilité, qui n'est autre chose qu'une certaine stupidité et bru­tale lourdise par laquelle, comme si nous avions nos sens assoupis, nous ne sentons aucune douleur ni tristesse de maux, et par consequent sommes hors de tout sujet de patience ; et d'autre costé, que nous evitions l'impatience, par laquelle nous ressentons immoderement les afflictions et contradictions.

En fin, la force produit la perseverance. Je ne dis pas le don de perseverance, car c'est une grace toute divine dont nous avons parlé, en passant, ailleurs (TAD 3,4) ; mays la perseverance qui est une vertu par laquelle nous continuons et poursuivons un bien jusques a la fin, contre la difficulté et l'ennuy que la longueur et duree d'un affaire ou entre­prise peut apporter. Mays quand, outre l'ennuy de la duree et longueur du tems, nous avons encor des autres obstacles et resistances exterieures qui s'opposent a la poursuite et continuation de nos exercices en la vertu et du dessein que nous avons fait pour le bien, lhors nous avons besoin de la constance. Deux choses nous lassent en un chemin : la longueur et esgalité, car, comme dit Aristote (Problemata 5,23), on se plait plus en un chemin ou il y a par fois des [inégalités] et varietés, qu'en un chemin tous-jours uni et sans diver­sité, et les pierres, les ronces, les fossés, les fanges et autres difficultés. Ainsy, au chemin de la vertu, deux choses nous lassent : la duree et continuation de mesm'exercice, et contre cet ennuy nous avons la vertu de perseverance ; et les autres difficultés et resistances, comme sont les oppo­sitions des hommes, nostre foiblesse, les murmurations, les remonstrances de ceux qui sont de contraire opinion, et toutes autres telles [choses] contre lesquelles la cons­tance nous ayme : en sorte que nous ne sommes ni opinias­tres et aheurtés pour continuer et vouloir poursuivre chose quelconque contre rayson ; ni inconstans et legers pour nous laisser vaincre a la duree et longueur du tems requis a nostre entreprise ; ni molz, tendres ou delicatz de cou­rage pour nous laisser surmonter aux autres difficultés.

Or, entre toutes les actions de force, il n'y en a point de comparable a celle de nos Martyrs chrestiens : gens invin­cibles et invariables entre les plus divers et espouvantables tourmens qu'il est possible d'imaginer, qui ont combattu contre les tyrans pour confirmer les plus excellentes vertus de toutes, entant que Nostre Seigneur les a enseignees, et combattu par la seule volontaire souffrance, qui les rend tant plus vaillans en toute façon. Car, comm'ont remarqué nos anciens Peres, celuy qui souffre courageusement, il combat le mal present ; celuy qui attaque ou resiste, com­bat le mal a venir ou evitable. Le martir estant le plus foible, fait l'office du plus fort, car il garde la vertu pour laquelle il combat et demeure vainqueur. La souffrance n'est aydee d'autre chose que de la vive force de la rayson ; mais l'attaque est portee par la cholere, par l'esmotion et impetuosité sensitive. Et aussi, le martir est parfaitement conforme a Nostre Seigneur, qui tesmoigna sa charité non attaquant ses ennemis et les mesprisant, mays souf­frant la mort. Jointque celuy qui meurt en se defendant, comme font nos Chevaliers de Saint Jean de Hierusalem contre leTurc [49].................. La force sert de boucle a la crainte pour la moderer, la temperance modere les joyes, la prudence les douleurs et la justice les desirs.

DE LA TEMPERANCE OU MODERATION

La temperance est ordinairement nommee en l'Escri­ture Sainte, modestie, sobrieté, honnesteté (Pr 10 ; 12,4 ; Ga 5,32 ; Sg 8,7 ; Rm 13, 13 ; 1 Tm 2,15). Or, comme dit saint Augustin, " c'est l'amour qui se donne tout a Dieu, " et c'est le 4e fleuve [50] qui se respand sur nostre appetit concupiscible. La complaisance que nous prenons es choses sensibles par le moyen de nos cinq sens corporelz attire puissamment nostr'ame aux objetz de ces cinq sens, lesquelz estant bas, corporelz et caduques, rendent aussi nostr'ame telle, quand elle est passionnee de leur delectation et jouissance. Et lhors, elle ne peut bonnement se relever a l'objet intelligible et s'attacher si fermement par amour a Dieu ; car sa force et puissance amoureuse, ou aymante, ou affective, s'escoulant et dissipant par les sens aux choses sensuelles, elle est d'autant plus foible et alangourie pour les choses superieures et spirituelles. C'est pourquoy saint Augustin a dit que la temperance n'est autre chose que " l'amour qui se donne tout a Dieu, " c'est a dire l'amour qui ramasse toute sa vigueur pour. aymer Dieu et, pour la ramasser toute, il la divertit des objetz sensuelz esquelz elle se pourroit espancher et dis­siper.

Mays parce qu'entre tous les sens il y en a deux qui sont plus grossiers, brutaux et impetueux en leurs actes, et qui par consequent dissipent et divertissent plus furieusement et desbordent la force affective de nostre ame, c'est a sçavoir l'attouchement et le goust (qui, comme dit Aris­tote (De animal.generat. 2,8 ; de anima 2,10), n'est presque qu'un certain attouchement par lequel nous nous appliquons immediatement aux objectz les plus grossiers), partant la temperance modere les playsirs et voluptés de ces deux sens principalement, bien qu'elle regle aussi les autres playsirs, soit interieurs ou exterieurs, entant que par iceux la force affective pourroit estre mise en desordre et dissipee contre la juste rayson. Or j'ay dit qu'elle les modere, parce que nostre nature, composee de cors et d'ame, ayant besoin des playsirs sensibles, soit pour la conservation particuliere de chasque personne, soit pour la conservation de l'espece et race humaine, ce seroit ega­lement dementir la rayson et violer ses loix, de vouloir estre sensuel en s'appliquant demesurement aux voluptés des sens. Ainsy y a-il deux vices contraires a la tempe­rance. [51]

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Mays l'autre, qui s'appelle intemperance, est le grand vice du monde, par lequel on desire les playsirs sensuelz outre mesure et sans discretion ; et c'est le vice qui attira le deluge (Gn 6,3 sq), qui fit perdre les quatre cités et les fit fondre (Gn 18,20 ; 19,24) et en somme c'est le vice le plus infame et vilain, comme dit Aristote (Ethica Nicomachae 3,10 ; 7,1), qui nous rend pareilz aux bestes brutes, as­soupit l'usage de la rayson et, comme dit Hippocrate, le plus vehement de tous ces playsirs sensuelz n'est autre chose qu'une epilepsie passagere. Et Aristote dit (De animal.4,9) que tout animal est triste apres iceluy, hormis le coq ; mais l'homme plus que tous les animaux, comme ayant en iceluy perdu la rayson. Vice brutal, qui rend comme furieux et phrene­tique l'homme avant qu'il le commette, epileptique en le commettant, triste et melancholique apres l'avoir commis. Mays si l'intemperance passe jusques au dela de la nature, ce n'est plus un vice, " c'est un monstre de vice, " dit Tertulien (De pudicitia 4) ; ce n'est plus un vice humain, dit Aristote (Ethica 7,1 et 5), il est brutal et forcenerie.

Or, d'autant que les playsirs du goust et des autres sens sont donnés a nostre nature pour servir a la conservation de chasque particulier, la regle d'en bien user c'est, comme dit saint Augustin (de divers. quaest. 30), d'en prendre autant que la necessité de la vie humaine et des offices d'icelle le requiert. C'est a dire, qu'il faut premierement prendre ce qui est requis pour maintenir la vie : Ayant la nourriture, dit l'Apos­tre (1 Tm 6,8), et dequoy nous couvrir, nous en sommes contens. Mays non seulement il faut prendre ce qui est pour la necessité, ains aussi ce qui est pour la bienseance, selon la . varieté des offices et occurrences de cette vie : c'est pour­quoy on jeusne quelquefois, et quelquefois on fait des festins ; on s'habille mieux une fois qu'autre ; et Dieu mesme donne quelquefois du pain seul a Helie (3 R 19,4), quelquefois il luy envoye de la chair (3 R 17,3) ; quelquefois il donne du pain et du poisson (Mt 15,32 ; Jn 6,5), d'autres fois il donne du miel (Ps 80,17) et de la manne (Ex 16,14). La temperance sçait discerner le quand et le comment. [52]

Mays si l'on praetend de chastier, corriger et moderer cet appetit en sorte qu'on puisse avec une grande liberté d'esprit vaquer a Dieu, et en somme ramasser et recueillir toutes les forces de son amour pour les employer en la di­lection du souverain Bien, alhors on retranche touta fait a l'appetit charnel toutes les actions auxquelles il tend, et on le reduit a la parfaite et absolue chasteté, que l'on appelle coelibat parce que, selon saint Hierosme (advers.Jovil. 2,37) , que (sic) , c'est quasi une celeste beatitude d'estre hors du commerce de la chair pour estre plus attentif a celuy de l'esprit; conformement a ce que dit le grand Apostre, 1. Cor. 7. vers. 32 et 33, [34, 35] : Celuy qui n'est point marié a souci des choses du Seigneur, comm'il plaira au Sei­gneur ; mais qui est marié a souci des choses de ce monde, comm'il plaira a sa femme, et est divisé. La femme qui n'est point mariee et la vierge a soin des choses qui sont du Seigneur, affin qu'elle soit sainte de cors et d'esprit ; mais celle qui est mariee a soin des choses du monde, comm' elle plaira au mary. Or je vous dis ceci pour vostre utilité, non point pour vous enlacer, mais tendant a ce qui est bienseant et propre a vous joindre au Seigneur sans aucune distraction.

Notes, Philothee, que le grand saint Augustin a tiré de ce lieu la deffinition de la temperance, quand il a dit que c'estoit " un amour qui se donne toutentier a Dieu ; " car l'Apostre monstre clairement que le principal but du cœlibat et la virginité est de se joindre et unir plus entiere­ ment a Dieu ; qu'en comparayson de la personne qui s'abstient parfaitement, la personne mariee est divisee en ses affections, partageant son soin en deux partz, bien qu'inegales ; car tous-jours en faut il quelque partie pour aggreer au mari, et c'est autant de moins en ce qui se pouvoit donner a Dieu, c'est tous-jours une distraction et un retranchement de l'entiere et absolue attention que l'on eut donnee a Dieu. Mays, Philothee, cela ne s'entend pas en sorte que les personnes mariees ne puissent pas estre tout entierement a Dieu aussi bien que les continens et vierges : car [53] [combien de mariés] y a-il eu en l'Eglise, d'une tres eminente sainteté, [plus grande même que celle de] beaucoup de vierges et continens ?

Aussi l'Apostre ajoute : Or, je dis ceci pour vostre [uti­lité, non point pour vous enlacer] . . . . . . . . . . ... [bien que le cœur] de la personne mariee ayt ramassé tout son amour pour Dieu, rapportant parfaittement a Dieu l'amour mesme et les actions de son mariage, si est ce que, au moins, le cors est un peu divisé, distrait et alteré par les passions et sentimens necessaires a l'estat nuptial, avec quelque sorte de messeance. C'est pourquoy, quant a la substance et essentielle perfection de l'amour celeste, les mariés en peuvent avoir tout autant, et voire plus que les vierges et parfaitz ; mais quant a la bienseance, dignité et honnesteté exterieure, les continens et les vierges les devancent tous-jours. C'est ce que veut dire l'Apostre, selon que saint Augustin mesme l'a remarqué au livre Du bien de la viduité (ch 5), quand il dit quil exhorte a ce qui est honeste et bienseant ; car il ne veut pas dire que le saint mariage ne soit honneste et bienseant, mais il advertit que l'estat de continence et vierginité est plus seant et plus honneste, au moins de l'honnesteté exterieure.

Mon Dieu, Philothee, que la chasteté est belle, qui range l'appetit brutal de nostre concupiscence a la pureté des Anges et Espritz cœlestes, desquelz comme la pureté est plus pure, aussi la nostre est plus vaillante, car ilz l'ont sans vertu, par nature, et nous la conquerons entre mille hazars, par une continuelle guerre que nous faysons a nos ennemis et, ce qui est plus considerable, a nos amis : aux sens, a l'imagination et a toute cette trouppe de sentimens rebelles et mutins que nostre chair fournit a nostr'ennemi. Mays par ce que nostr'aage a produit mille et mille cerveaux frivoles, badins et voluptueux, qui ont mesprisé cett'angelique vertu, Philothee, je diray encor seulement ce mot. La chasteté n'est pas une vertu oysivete (sic) et qui consiste en la cessation des actions. Ah ! non, c'est une vertu hardie, genereuse, active, ains qui fait une con­tinuelle guerre contre le plus fascheux ennemi qu'on ayt, duquel elle reprime voirement les actions, mais non pas [54]

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ains, comme la santé d'un homme gueri est plus forte bien souvent que celle d'un autre qui ne fut onques malade, ainsy la chasteté d'un homme penitent est quelquefois plus estimable que celle d'un vierge. Qui ne praeferera la chasteté de Magdeleyne convertie a celle de plusieurs vierges qui ne furent jamais diverties ?

[55] Mais la sainte pudicité est comm'une sentinelle qui, descouvrant quelques actions, contenances ou paroles contraires a la chasteté et a [la] pureté, donne l'alarme au cœur, qui, comme pour armer les frontieres, envoye de la chaleur et du sang au visage. Vertu marque de naturel honneste, qui ne peut pas mesmement souffrir les signes de la deshonnesteté ni en soy ni es autres.

Or, la premiere resolution de resister aux passions sensuelles s'appelle continence simple, selon les scholastiques (IIa IIae,155,1) et Aristote (De virtutibus 2) ; et lhors que cette resolution, se fortifiant par l'exercice, devient parfaite, elle s'appelle temperance et chasteté : car la continence est semblable a celuy qui a pris charge de domter un cheval ; la tempe­rance et chasteté, a celuy qui l'a des-ja façonné et domté. La continence est comme la fleur qui nous donne promesse du fruit, et comm'un'aube qui nous annonce le jour. (Ceci doit estre mis au commencement du chapitre De la tempe­rance, puisque la continence n'est qu'un commencement de temperance).

A la temperance est attachee la mansuetude, qui manie et modere l'ire et la cholere pour la retenir dans les bornes de la rayson ; car l'ire estant bien conduite est bonne, et la mansuetude a cette charge, qui neanmoins n'en use que fortrarement et seulement autant quil faut pour faire roydir le courage es occasions ou il faut vaincre, surmon­ter et chastier. Or, parce qu'ell'est si dangereuse et que c'est un ingredient si perilleux pour la vertu, il en faut user tres rarement, et lhors seulement qu'on a des-ja acquis une grande maistrise sur ses passions ; autrement, en lieu d'en user ell'abusera de nous et nous praecipitera. Nostre Seigneur, en St Marc (3,5), regarda les Scribes et Pharisiens avecindignation et cholere, mais l'effect ne fut autre chose que de guerir ce pauvre perclus, malgré leur obstination : ainsy nostre cholere ne se doit estendre qu'a vaincre les difficultés qui s'opposent aux bonnes œuvres, affin que nous les facions nonobstant les contradictions.

La clemence est proprement es superieurs, pour mode­rerla punition quilz doivent faire des criminêlz, affin que autant que la justice le permet, on n'use pas de toute la rigueur, ains on addoucisse la peyne ; car, comme Dieu punit tous-jours moins que nous ne meritons et recompense tous-jours plus que nous ne meritons, aussi la clemence punit non selon la rigueur et severité, mais avec douceur, moderation et temperament : en sorte neanmoins qu'evitans la cruauté, ilz ne tumbent pas en la lascheté et exces de douceur. Et tous-jours faut il pren­dre garde au bien publiq, selon lequel c'est quelquefois une grande clemence d'user de rigueur et severité, quand le chastiment des meschans est requis pour tenir les autres en bride et les gens de bien en asseurance : dont saint Tho­mas dit (IIa IIae, 157,2) que la severité n'est pas contraire a la clemence, ains est une vertu qui sert a la rayson quand il n'est pas convenable d'user de clemence.

(Ceci va devant la sobrieté, car ce sont des acheminens a la parfaite temperance [56]) La pudeur ou juste honte est une passion vertueuse par laquelle on craint et apprehende le deshonneur pour quelque chose ou action vilaine ; et quand le deshonneur est arrivé, la pudeur se change en confusion. C'est une passion grandement utile pour garder l'ame de mal faire, comm'au contraire l'effronterie et impudence est un grand acheminement a toute sorte de meschanceté.

L' honnesteté est une certaine vertueuse affection que nous avons de rejetter tout ce qui est contraire a la beauté, proportion, bienseance et ornement de nostre con­versation et de toutes les actions qui en dependent, tant interieures qu'exterieures. Et parce que l'exercice des vo­luptés charnelles est le plus laid, desreglé, messeant, vil, vilain et deshonneste, l'honnesteté nous retient plus fort pour ce regard; et puis encor, comme en suite, ell'a soin de repouser tout ce qui est difforme et desordonné au commerce des playsirs sensuelz, affin que rien ne s'y passe contre la bienseance.

La sainte humilité, qui est la plus petite et neanmoins la plus necessaire de toutes les vertus, n'est autre chose qu'une volontaire profession et reconnoissance de nostre vileté et abjection en ce qui, en nous, [est] de nous mes­me. Je ne dis pas une connoissance, mais une reconnois­sance et profession cordiale et volontaire ; parce que plu­sieurs connoissent quilz ne sont rien, qui ne le veulent pas reconnoistre, advoüer, ny professer (Entret.19 p.157 ; 8 p.72). Et je dis que nous reconnoissons et faisons cette profession de nostre neant en ce qui est de nous mesme, parce qu'en ce qui est en nous de Dieu nous ne laissons pas, pour l'humilité, d'avoir un extreme courage et une sainte hauteur d'esprit, l'humilité n'estant nullement contraire a la magnanimité ; car l'humi­lité fait une juste estime de ce qui est de nous en nous, comme la magnanimité de ce qui est de Dieu en nous (IVD 3,5). C'est pourquoy le grand Apostre, qui ne s'estime pas digne d'estre appellé apostre (1 Co 15,9)en considerant ses defautz, veut estre estimé de tout homme comme serviteur, officier de Dieu et dispensateur de ses misteres (1 Co 4,1). Or, cette vertu a esté inconneue a la plus part des philosophes ; et je dis a la plus part, parce que Platon a semblé la reconnoistre mesme envers Dieu, L. 4. De legibus (Platon, opera, Lyon 1540 p.600). (Vide Javellum, Tractatu 4. Epitomes Philosophiœ Plat., c. 1 Moralis Philosophiae dispositio, Venetiis 1536, 4,1). [57]

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[La vertu d'humilité] est d'autant plus chere aux Chres­tiens, auxquelz ell'est necessaire affin quilz n'entrepren­nent rien d'eux mesme comme d'eux mesme, ains quilz veuillent dependre de Dieu. La charité donne la juste estime a Dieu, et l'humilité a nous mesme : et comme ceux qui ont esté longuement parmi la splendeur ne voyent goutte en l'ombre ou en quelque lumiere un peu obs­cure, ainsy ceux qui se sont addonnés grandement a l'estime de Dieu ne s'estiment rien eux mesme ; comm'au contraire, ceux qui ont demeuré longuement en tenebres, venans a la clarté du soleil n'en peuvent presque soustenir la gran­deur, laquelle leur est dautant plus esclattante, ainsy ceux qui ont demeuré en la connoissance de leur neant admirent bien davantage la majesté de Dieu. Et comme par l'humi­lité nous n'osons rien entreprendre sur nos forces, aussi par la magnanimité nous entreprenons tout sur la faveur divine : c'est pourquoy l'humilité nous rend vrayement magnanimes, comme l'orgueil donne une faulse magnani­mité (Entret. p.75). Et comme l'humilité nous ravale en nous mesme devant Dieu, elle nous fait aussi humilier devant le prochain, car elle nous fait regarder qui nous sommes selon nous, et quel est le prochain selon Dieu. En fin, l'humilité nous fait glorifier Dieu et vilipender nous mesme ; mays l'orgueil nous fait estimer nostre excellence ou comme plus grande qu'elle n'est, ou comme plus nostre qu'elle n'est, et partant est contraire a l'humilité comm'a l'opposite.

La vileté de cœur non seulement nous ravale jusques a nostre neant, mais nous y laisse, sans nous vouloir permettre [de voir] ce qui est de Dieu en nous ; l'humilité nous ravale en ce qui est de nous, mais c'est pour nous faire plus esti­mer ce qui est de Dieu en nous. La vileté nous demet et nous laisse sans cœur, sans mouvement, et, pour nous faire fuir l'estime de nostre propre excellence, ne veut pas que nous considerons (sic) l'excellence de Dieu en nous. En somme, a mesure que nous descendons par l'ab­jection et mespris de nous mesme et vraye estime de nostre neant, nous remontons par l'estime de Dieu et de ses dons ; et c'est cette sainte vertu qui supprime la fause estime de nous mesme produite par l'amour propre, affin que nous estimions plus les graces de Dieu, tant en luy, qu'au pro­chain, qu'en nous mesme.

Mais par ce que la sainte humilité est une vertu qui nous regarde principalement, nous prattiquons l'humilité seule­ment en nous mesme et sur nous mesme ; car, quant aux autres, nous la prattiquons envers eux et non en eux ni sur eux : c'est pourquoy nous ne regardons pas en eux ce quilz sont d'eux mesme, mais ce quilz sont en Dieu, et partant nous les estimons grandement, et non pas nous. Car en fin, le mespris que nous faysons de nous mesme en l'humilité tend a nous faire plus hautement estimer Dieu et le prochain en Dieu, et nous aussi en Dieu, mais pour la mesme rayson pour laquelle la charité nous commande d'aymer Dieu et le prochain. Et quant a nous, il n'y a pas besoin de commandement, pour la mesme [raison qu'] il n'y a pas besoin de commander nostre estime, ni d'y appliquer la vertu.

Il y a encor une vertu qui range nostre esprit en l'estude et appetit de connoistre les choses, affin que nous ne desi­rions sçavoir que ce qui est convenable, comm'il est conve­nable et autant quil est convenable, et pour la fin conve­nable, en sorte que nous evitions d'un costé, la curiosité qui nous porte au desir [de] sçavoir ce qui ne nous appar­tient pas, ou d'autre façon quil n'appartient, ou plus quil n'appartient, ou pour autre intention quil n'appartient, et d'autre part, la negligence qui, par une contraire extre­mité, nous destourne d'apprendre ce qui nous est necessaire et convenable (Entret.19 p.157,159). Certes, comme il y a une temperance pour le goust corporel, aussi en faut il une pour le goust de l'esprit: dont le grand Apostre a dit, Rm., 12,3, quil ne failloit pas plus sçavoir quil estait requis de sçavoir, mais sçavoir a sobrieté ou selon sobrieté ; comme sil vouloit dire quil [y] a une sobrieté pour l'esprit comm'il y en a une pour le cors.

Celle ci est suivie de la modestie, qui modere nostre maintien, nos mouvemens, gestes et actions exterieures, et les reduit a la vraye bienseance, selon la varieté des per­sonnes, des lieux, des tems et des affaires (Entret.6 p.53,55) ; a la charge, dit le grand saint Ambroyse, 1iv. 1. Off., c. 18,75, qu'il ny ait rien d'affecté, car tout ce qui est fardé desplait ; et sil y a quelque defaut en la nature, il le faut corriger par le soin, en sorte que l'on voye l'amendement, mais pur et sans artifice. (De ceci il y a un chapitre en 1'Introduction (3,24): De la conversation.) Et par ce que cette bienseance a une beauté particuliere, qui de soymesme est aymable, la vertu qui nous affectionne a procurer cette beauté est aussi particuliere ; bien qu'outre cela plusieurs dignes respectz nous obligent a cette modestie, et sur tout l'amitié, affa­bilité et edification du prochain. Et c'est cette vertu que le saint Apostre desire es Evesques, quand il dit que l'Evesque doit estre orné (1. Tim., 3. v. 2.), ainsy que saint Theodoret, Evesque de Cyr (Interpret Ep. 1 ad Tm ch 3), (et communement les Docteurs (Cornel. a Lapide in 1 Tm 3,2), apres saint Thomas (Ep ad Tm3,2), in ejus locum) l'interprete ; par ce que le principal ornement, parement et embellissement de la personne depend de l'honnesteté et bonne grace, et bien seance de son maintien et mouvement.

Il y a aussi un'autre modestie, qui modere et ordonne la bien seance es habitz, pareures, logis, meubles, table, servi­teurs et autres telles choses exterieures (Entret.6 p.53,57). Aucuns l'appellent. mal a propos parcimonie, d'autres l'appellent mieux fruga­lité, d'autres honneste suffisance ; mays en somme, c'est une certaine moderation qui reduit tout nostr'exterieur a la rayson, suffisance et bienseance. Et outre cela, le grand saint Thomas (IIa IIae 160,2) adjouste la simplicité, qui non seulement. modere ces choses, mais contient nostre soin, affin quil ne s'espanche pas trop en ces choses exterieures.

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IV

FRAGMENTS SUR LA SAINTE VIERGE [58]

C'est une verité, que qui ne se sauvera pas par Marie perira, comme toutce qui estoit hors de l'arche de Noë fut a perdition ; non que Marie soit cause absolue de la redemption, car c'est Jesus, son adorable Filz, mais elle est le moyen duquel ce Redempteur s'est voulu servir en prenant d'elle sonhumanité. Elle a esté, de toute eternité, preveuë, regardee et predestinee pour estre Mere de Jesus; et, comme telle, ell'a esté plusaymee elle seule que tous les hommes et tous les anges ensemble.

ADVANCE \d8 Marie veut dire Mere unissante, d'autant que c'est par cette Mere et dans son sein que le Verbe s'est uni hypostatiquement a la nature humaine pour nostre salut. Par Marie le Verbe s'est tait chair, (Jn 1,14)et nous pouvons dire : O Jesus, soyes moy Jesus, c'est a dire soyes moy Sauveur et nous pouvons aussi dire : O Marie, soyes moy Marie, c'est. a dire : Soyes nous Mere et nous unisses a Jesus vostre Filz, affin qu'il soit nostre Espoux et que nous soyons ses espouses.

ADVANCE \d6Dans le Ciel, toutes les vierges suivront l'Aigneau (Ap 14,4) ; mais en terre, quelz admirables vierges sont Marie et Joseph, que l'Aigneau suit luy mesme !

ADVANCE \d6 Si la femme de l'Evangile crioit dans les places publiques, ou Jesus passoit : Beni soit le ventre qui vous a porté.et les mammelles (Lc 11,27) qui vous ont allaité, devons nous pas donner des benedictions perpetuelles au sacré coeur de Marie qui a tant aymé Jesus ? O Vierge glorieuse, vous aves receu le Verbe en vostre coeur avant que de le recevoir en vostre sein, et vous estes plus heureuse de l'avoir ayrné souverainement et sans intermission que de l'avoir porté corporellement en vostre sein et entre vos bras ; et c'est ce que Nostre Seigneur nous vouloit signifier quand il a dit : Mays plustost bienheureux sont ceux qui font la volonté de mon Pere qui est aux Cieux (Lc 11,28 ; Mc12,50), c'est a dire qui n'ont qu'un mesme esprit et qu'un mesme coeur avec Dieu. Marie n'avoit qu'un mesme coeur et qu'un mesme esprit avec le Pere eternel et son mesme Filz unique Jesus, le seul object de ses eternelles complaisances.(Mt 3,17 ; 2 P 1,17).

ADVANCE \d7 Ah ! l'immaculee et incomparable Vierge Mere de Dieu ne fit jamais la douillette ni la rencherie pour converser avec sainte Magdeleyne, et cela parce que Marie estoit non seulement parfaitte vierge, mays parfaittement humble. Dans cet esprit elle receut saint Paul et saint Denys Areopagite qui proteste (De div.Nomin.3) qu'ayant veu Marie, s'il n'eust esté bien affermi dans la foy, il auroit pris Marie pour une divinité.

O Mere de vie, que faysies vous en ce triste Calvaire qui estoit un lieu d'agonie et de mort ? L'amour severe du Pere: eternel s'appliquait a vostre ame, affin que par la douleur mortelle que vostre coeur endura, vous fussies la premiere martyre de l'Eglise naissante et la Reyne souveraine de tous les Martyrs. ADVANCE \d12 Le Pere eternel a tant aymé le monde qu'il luy a donné son propre Filz,(Jn 3,16) ce Filz s'est livré luy mesme a la mort (Ga 2,20) ; et nous pouvons dire que, Marie., Mere de ce Dieu mourant, a tellement aymé le salut du monde qu'elle, a volontairement offert son Filz a la mort et elle mesme en son Filz. Le Filz est mort par la force de sa passion amoureuse pourles ames, et Marie par sa dilection compatissante.

Helas, o Vierge sainte, les larmes de vostre divin Fnfant dans la cresche n'estoyent que des douces rosees, mais celles de sa sainte Passion sont des torrens et des mers d'amertume. Vostre coeur douloureux et amoureux offroit les unes et les autres au Pere eternel, sçachant bien que c'estoyent les larmes d'un Dieu qui devoyent produire des joyes eternelles aux enfans de salut.

..... Elle estoit pasmee sans pasmer ; car si l'extrémité de la douleur l'affoiblissoit, la force de l'amour la soustenoit, et ne voyant les horreurs de la mort de son Filz que dans les beautés de son amour, son ame sainte eut d'esgaux mouvemens d'amour et de douleur. Les uns et les autres estoyent insoustenables a la nature, et Marie fust esgalement morte d'amour et de douleur au pied de la croix de son Filz mort, si la grace de ce mesme Filz ne l'eust soustenue.

ADVANCE \d7 La sacree Vierge, eslevee a la dextre de son Filz, [est] la Generale des armees de Dieu, la Gouvernante du royaume de l'Eglise, la Mere de toutes les saintes familles, le Refuge de tous les coeurs. Qu'apres son Filz nous luy disions : O Sainte Vierge, les yeux de tous les croyans sont fixés sur vostre majesté ; nous attendons le secours de vos graces, et si vous ouvres vos mains libérales, nous serons tous remplis de benedictions. (Ps 144,15). O sainte et genereuse Gouvernante, que commandes vous dans vostre estat de gloire que ce que vous aves commandé en vostre estat de grace : Faites ce que monFilz vous dira.(Jn 2,5).

ADVANCE \d6 Le divin Espoux a pris playsir de mettre des pendans aux oreilles de cette Espouse (Gn 24,30): c'est la clameur des pauvres (Ps 9,13) et des nécessiteux.

ADVANCE \d6 Consacres vos dévotions du samedy a la Mere de Dieu ; medites quelques pointz de sa vie et de ses vertus.

ADVANCE \d18 Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

V

SUR LE SIGNE DE LA CROIX [59]

ADVANCE \d10 Quand vous vous signeres, faut que vostre esprit se represente d'embrasser Jesus Christ crucifiécomme un bouclier contre tous ennemis, comme l'arbre de vie, comme la colomne d'asseurance.

Imagines vous quelquefois que vostre coeur est un jardin et que, vous signant, vous y mettes l'arbre pretieux de la Croix ; ou bien qu'il est comme une forteresse, en laquelle vous plantes cest estendart ou qu'il est comme un cabinet, lequel vous fermes avec cette clef ; ou qu'il est comme une lettre, laquelle vous scelles de ce sceau, affin quelle ne soit exposee a la veüe des ennemis, suyvant le desir de l'Espouse qui dit: Mettes moy comme un cachet, ou comme un estendard survostre coeur (Ct 88,6). Et de la tires ce propos, de ne rendre jamais la forteresse qu'a Celuy a qui est ledit estendart, ni n'ouvrir jamais le cachet qu'a Celuy a qui est la clef.

VI

CHARITE DANS LES JUGEMENTS [60]

Dieu seul doit juger. - Mal penser et parler mal du prochain est la marque la plus sûre d'une âme vicieuse. - Le portrait d'Antigone. - Ceux qui jugent témérairement et qui médisent sont des aveugles et des esprits pleins de malice. - Injustice, de vouloir être absous de ses fautes et de condarnner les moindres en autrui. - Qui ne regardera son prochain avec pitié gâtera toutes les parties de son âme. - Le temps fera voir si nous sommes meilleurs que ceux que nous jugeons. - Exemples. - Considérons nos propres défauts, et nous ne verrons pas les vices du prochain.

ADVANCE \d16Ne jugeons personne avant le tems (1 Co 4,5);cela appartient a Dieu seul de juger ; il voit le mouvement du coeur humain et l'homme ne voit qu'en la face. Mais lhors que la probabilité de quelque action est si forte et qu'elle conclud avec tant de necessité que la ravson ne se peut desdire de la convaincre, il la faut renvoyer a la surprise, a la promptitude, a la tentation.ou, en toute extremité, s'en desfaire et se l'oster de l'esprit et n'en point parier ; car

ADVANCE \d7 Toute verité quin'et point charitable

Vient d'unecharité qui n'est pas véritable.

ADVANCE \d6 Si les hommes vouloyent, ilz gousteroyent en ce monde les félicités des Espritz celestes et n'auroyent point besoin, dit un ancien, de chercher d'autre paradis que celuy qui se rencontre en la société civile, laquelle, par la vertu de charitable union, ne feroit qu'une seule mayson de celles qui sont séparées en ce monde. Je vous asseiire qu'il n'y a signe plus asseuré d'une ame vicieuse que l'inclination a mal penser et a mal parler de son prochain.

Si tost qu'on vist le pourtrait. d'Antigone, qu'Apelles avoit tiré obliquemant et de sorte que l'incommodité de son oeil perdu estoit couvert par un trait de pinceau, il fut importuné de tout le monde qui luy demandait pourquoy il ne l'avoit pas peint comme il estoi : Ou est l'autre oeil ? luy disoit on. Mais vous, mes amis, repartit il, ou est le vostre ? Qu'ay je affaire de produire un défaut en ma peinture, si je le puis couvrir sans offenser personne (Pline, Hist Nat.35,36) Voyes vous, ceux qui jugent mal et qui mesdisent de leur prochain, ce sont des sangsues quine savent que tirer le mauvais sang et laisser le pluspur dans le cors. Gens aveugles, qui crient contre la cruauté d'Abraham et qui, voyant l'espee nue, n'apperçoivent point l'Ange de Dieu qui le benit et luy dit que son sacrifice est aggreable au Seigneur des armées (Gn 22,10). Espritz malicieux qui attaquent tout le monde, coeurs remplis de ces mauvaises qualités qui se mettent entre la veuë spirituelle et l'object, et qui pensent avoir rayson de croire que tout le monde est aussi corrompu que leurs pensées sont noires. Quelle injustice de demander d'estre absous de toutes les fautes que l'on fait, et vouloir condamner les plus petites des autres ! Je n'ay encores veu personne qui se soit mal treuvé de dire du bien de son prochain. Telle qu'est la chaleur interne, tel est le sang en nostre cors ; et en nostre ame, telle est sa beauté, que son amour vers son prochain. Qui ne regardera pas son prochain saintement, charitablement et avec pitié, ou avec le respect qu'il luy doit comme chrestien, par ce commencement il gastera toutes les parties de son ame : de la il deviendra superbe, insolent, envieux, barbare, et ne retiendra plusaucun trait de l'image de Dieu.

Considerons-nous, et nous ne serons point tentés, dit le saint Apostre (Ga 6,1). S'il nous semble quenous sommes meilleurs que ceux desquelz nous parlons, il y a asses de tems pour leur ceder la place, ilz rempliront peut estre nostre siege dans les Cieux ; ilz se relèveront de nostre cheute, et nous enseveliront sous leurs vielles ruines, car Dieu est puissant pour leur donner la main quand ilz sont tombés (Rm 14,4). Combien de voleurs y a-il dans les forestz qui serviroyent mieux Dieu que moy, s'ilz en avoyent receu autant de graces ? Combien de misérables seroyent plus spirituels que je ne suis, si Nostre Seigneur leur avoit donné le loysir d'estudier et le moyen de le connoistre ? Regardons les différences qui se sont treuvees entre saint Pierre et Salomon : l'un fut meschant, l'autre le plus sage de son tems ; le mauvais se fit sage, et le sage devint insensé. Judas eut des commencemens de sainteté plus accomplis que ceux qu'on se pourront figurer en la personne qu'aujourd'huy nous estimons la plus parfaitte ; saint Paul en eut de pires et fut plus cruel persécuteur de l'Église de Jesus Christ (Ac 9,1 ; Ga 1,13) que le plus eschauffé tyran de ce siecle ne l'est a nos pauvres freres qui sont parmy les infideles : celuy qui estoit Apostre et l'un des plus cheris de Dieu, se rendit le plus malheureux du monde ; et celuy qui ne valoit rien devint le meilleur et le plus ardent défenseur de l'Evangile.

Heureux celuy qui vit tous-jours en crainte (Pr 28,14)et qui, estant occupé en la considération de ses propres defautz, n'ouvre point les yeux pour regarder les vices des autres. Les animaux d'Ezechiel se portoyent devant leurs yeux et ne marchoyent qu'en devant(Ez 1,9): ainsy les gens de bien ne considèrent que leurs imperfections, et les meschans ne vont que derriere eux pour suivre a la piste les actions d'autruy. Et remarques cecy, que ceux quevous voyes si facilement treuver a redire aux moindres fautes du prochain, d'ordinaire ces gens la en entretiennent des grandes. En verité, c'est une expérience reconneue, que la pluspart de ces personnes ne voyent que des festus a leurs yeux, parce qu'ilz estiment que la veuë de leur frere est aveuglee de poutre (Mt 7,3).

VII

SENTIMENT DE SAINT FRANCOIS DE SALES

SUR LA CONDUITE A TENIR PAR LES PASTEURS DE L'EGLISE [61]

Comment un Supérieur doit sortir de la lecture et de laméditation. - Nepas négliger le bon exemple. - Quel doit être l'abord de ceux qui commandent. - Leur attitude envers ceux qui les visitent. - Les " malades honteux " et les remèdes pour les grandes maladies de l'âme. - Suivreune multiplicité de conseils est chose dangereuse.

ADVANCE \d12 Un Superieur ne [devroit] sortir de la lecture des saintes Lettres, ni de la méditation, que comme un capitaine sort du camp, pour voir en passant l'armee ennemie, affin de reconnoistre ce qu'on y fait, pour en tirer du profit.

[Il devroit] ressembler aux pasteurs, qui paissent les aigneaux, encores qu'ilz ne leur donnent ni laict ni laine. [Il] ne devroit jamais negliger le moindre exemple pour edifier le prochain, parce que tout ainsy qu'il n'y a si petit ruysseau qui ne meine a la mer, il n'y a trait qui ne conduise l'ame en ce grand Ocean des merveilles de la bonté de Dieu.

L'abord des personnes qui commandent doit estre comme l'entree de la boutique d'un chirurgien, ou l'on ne fait que relever la moustache, anneler les cheveux et faire la barbe. Ilz doivent s'accommoder avec ceux qui les viennent visiter, comme saint Jean, lequeln'ordonnait aux soldatz qui le venoyent treuver au desert sinon de garder les commandemens de Dieu (Lc 3,14). Et comme en une chambre particuliere l'on panse les malades honteux, l'on met le feu et le fer a des playes, l'on tire le tronçon d'une espee du ventre ou la basle du cors, en cette façon le Superieur, apres avoir reconneu la disposition de ceux avec lesquelz il traitte, doit entrer plus avant, et leur tirer de l'ame des vielles habitudes, et par la représentation des horribles conditions du peché, apporter le fer et le feu d'enfer ou les legeres saignees ne servent de rien. Et en effect, il y a des meschans dont les exces pour estre passés en coustume treuvent que le repentir est un crime, l'amendement lascheté et l'innocence une honte et une pure niayserie.

On ne se doit point tant embrouiller la teste d'advis ni en multiplicité de conseilz ; les livres sont plus croyables et moins interessés que ceux en qui nous avons confiance, et il faut prendre garde que les autres se trompans ne nous abusent aussi, et nesortent d'avec nous comme la guespe, apres avoir laissé son aiguillon.

VIII

CONSEILS AUX SUPERIEURS [62]

Porter remède aux moindres murmures.- Avec quelle discrétion un Supérieur doit accorder quelques particularités. - Les enfants qui pleurent. - Bien examiner les sujets avant de les recevoir. - Certains esprits trop prompts sont comme la pierre lancée avec la fronde. - Mieux vaudrait pour un Ordre religieux n'avoir que deux Maisons, plutôt que de les multiplier par la prudence humaine. - Les fondements de la vie religieuse.

ADVANCE \d10 Il disoit qu'on devoit en Religion remedier aux plus petitz murmures ; car, comme les grans orages se forment de vapeurs invisibles, les grans troubles viennent de causes fort legeres.

Qu'un Superieur ne doit jamais accorder aucune particularité a un Religieux, si ce n'est avec cette mesme discretion de saint Ignace [63], et que s'il arrive de leur faire quelque grace, cela ne doit arriver que quand ilz sont dans l'acces de leurs esmotions, comme un peu d'eau dans l'ardeur de la fievre ; mais apres, leur faire connoistre que cela nuit a la santé. Aux mutineries des peuples, on leur permet quelque chose semblable a ce qu'on tire des cabinetz pour appaiser les enfans qui pleurent ; aussi tost qu'ilz ont cessé de pleurer, on le leur oste, et s'ilz recommencent a crier pour le ravoir, au lieu de confitures on prend une petite verge.

Rien ne perd tant les Ordres que le peu de soin qu'on apporte a examiner les espritz de ceux qui se jettent au cloistre. On dit : Il est docte, de bonne mayson, etc., mais l'on oublie qu'il ne se sousmettra qu'avec difficulté a la discipline. On devroit leur représenter plus de rigueur qu'il n'y en a, et ne leur figurer point si avantageusement tant de consolations spirituelles ; car tout ainsy que la pierre, encores que vous la jetties en haut, retombera en bas de son propre mouvement, aussi plus une ame que Dieu veut a son service sera repoussée, d'autant plus elle s'inclinera a ce que Nostre Seigneur voudra d'elle.

Ceux quiprennent ce parti par un despit d'avoir uncourage haut avec une basse fortune, apportent plus de desordre parmi les cloistres que de bon ordre en eux. Et lhors que d'autres s'y rendent par un mouvement de promptitude que leur met en l'esprit quelque tendre et peu judicieuse imagination, ilz font ni plusni moins que la pierre au partir de la fronde, qui demeure arrestee quand l'effect de la machine commence a manquer ; car, a nommer cela par son nom, ce sont des pensees lourdes et grossières, qui s'efforcent en vain de monter vers le Ciel ; ou bien des espritz semblables aux cabanes qui sont sur le rivage d'un fleuve, que la premiere pluye emporte.

Il vaudroit mieux n'avoir que deux Maysons en tout l'Ordre, que de les estendre avec des voyes de prudence humaine ; car tost ou tard les fondemens qui sont sur le sable et ne seront pas en la pierre de Jesus Christ (1 Co 10,4 ; Mt 7,26), feront tomber tout l'edifice.

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Voules vous que je vous die ce qu'il m'en semble, Madame ? L'humilité, la simplicité de coeur et d'affection, et la sousmission d'esprit sont les solides fondemens de la vie religieuse. J'aymerois mieux que les cloistres fussent remplis de tous les vices que du peché d'orgueil et de vanité ; parce que, avec les autres offences, on peut se repentir et obtenir pardon ; mais l'ame superbe a dans soy les principes de tous vices, et ne fait jamais penitence, s'estimant en bon estat et mesprisant tous les advis qu'on luy donne. On ne sçauroit rien faire d'un esprit vain et plein de l'estime de soy mesrne; il n'est bon ni a soy ni aux autres.

SIMILITUDES

IX

PREMIER RECUEIL

1594-1598 [64]

(INEDIT) [65]

Le pic fait sortir, par une certaine herbe, un coin qu'on auroit fiché dans ses trouz quil fait dans les arbres. Democrite et Theophraste (Hist. Plant. 9,8).[Matthioli, édition de Desmoulins, Ep. p.3] [66] ;

Toutes choses closes s'ouvrent, touchees de l'herbe Aethiopis.

Es mons d'Italie, une certaine herbe deferre les chevaux. [Matthioli]

Ictericz, id est qui ont la jaunisse, portans sous leurs piedz nudz la grande chelidoine, guerissent. [Matthioli, 2,176]. Les pieds sont les affections auxquelles doit s'appliquer la médecine, afin que l'œil, c'est-à.dire l'entendement, soit guéri.

Galien tesmoigne que les cors sont preservés de pourriture par l'at­touchement du scordium (Mitridate et Galeno ; Matthioli Ep p.4.) Pourquoi l'Eucharistie ne conserverait.elle pas dans l'incorruption le corps qu'el1e a touché ?

Schites treuvent autour de Bretia l'herbe scitica, douce au goust ; la tenant en bouche, on ne sent ni faim ni soif. [Matthioli, Ep p.4] L'herbe apellee par les Scithes hippice, fait le mesme effect es chevaux ; dont lesdits Schites passent 12 jours sans manger. [Plin, [67], 25,44)

L'herbe Coriacesia [68] et callitia fait glacer l'eau. (Pithagoras ; Matthioli, Epitre, p.4)

Le suc de minais [69] cuit en eau, guerit soudainement la morsure des serpens si on les en fomente; et ceux qui touchent ce mesme suc espandu par l'herbe, ou qui en sont arrousés, meurent sans aucun remede. (Idem.)

Aproxis et naphta s'allume de loin au feu. (Idem ; Plin.24,17)..

Achemendon, en Tardistili, region d'Indie ; plante sans feuilles, de couleur d'electrum ; la racine reduitte en tro­cisques et beüe de jour avec du vin, fait dire aux malfait­teurs, estans tourmentés, tout ce quilz ont fait. (Demo­crite ; Plin.24,17)

Le bois engraissé d'huile s'allume incontinent, sil est touché de l'herbe ariadnis cueillie le soleil estant au signe du lion. [Ibid.]

En Elephantine, region d'Etiopie, croist l'herbe ophiusa, livide, horrible a voir ; beüe, fait quil qu'on aye tous-jours devant les yeux des choses hor­ribles et menaces de serpens, de sorte que, en cette peur, ilz se tuent. eux mesme.; pource, on contraint les sacrileges d'en boire, Toutefois, le seul vin de palme resiste a ce venin. [Matthioli, Ep, p.4.]

Potamantis croit pres le fleuve Inde, laquelle beüe fait devenir les hom­mes insensés, choses miraculeuses se presentans devant leurs yeux. (Ibid)

Theangelis, au Liban de Sirie : qui en boit, praedit les choses futures. [Ibid.]

Asciomenes, selon Apollodore, arroüsee de vin, retire en soi ses. feuilles. [Plin. Aschynomenes, 24,17).

Appian Alexandrin escrit que les Parthes, mis en fuitte par Marc Anthoine, pressés de la faim, ont trouvé une certaine herbe que, qui en. mange, oublie tout (S2, sermon CXXXI) et ne se souvenoyt que de tirer tous-jours des pierres hors de terre [70]; et meurt ainsi en la peine. [Matthioli, Ep p.4]

Le scorpion ne pique qui porte la racine de polemonia, ou la piqueure ne fait aucun mal. [Plin 25,72).

En Judee, l'herbe appelé (sic) du lieu, Baaras (Josephe, De bello Judaico,7,6,3) semble estre la lunaire, semblable a une flamme de feu . Qui la touche, meurt, sil ne la porte pendante en la main ; d'où on attache a icelle un chien qui, l'arrachant, en meurt, apres quoi elle ne nuit point. Mise sur les endiablés, ilz sont soudainement deli­vrés.. [Matthioli, Ep p.4]

Achemenides jettee en l'armee des ennemis les fait trem­bler et fuir. (Plin 26,4 ; Matthioli, ibid.)

Lotus d'Egipte : ses fleurs et sa tige sur le soir se plongent en l'eau jusques a la minuit, le tout s'en allant au fans sans qu'on la puisse attaindre de la main ; puis le matin, peu a peu, se redresse et retourne, les fleurs s'epanoüissent et les testes s'ouvrent et se treuvent bien loin de l'eau. [Plin.13,17).

Aconit est tous-jours un grand poison ; beu neanmoins, il guerit la morsure du scorpion, ces deux venins s'entre­tuans l'un l'autre et laissant en vie l'homme que l'un d'eux, prins a part, tueroit. Telle est sa nature, quil tue la personne qui n'a dedans soi chose qui la puisse tuer. [Plin.27,2]

Napellus et anthora ou anthithora, laquelle anthithora s'apelle autrement napel moysi ; il croit avec l'autre napellus et est son grand contrepoison. [Matthioli, 4,73).

L'épervier ne mange jamais le cœur des oiseaux qu'il a pris. (Aristot.Hist. animalium,9,11,2).

De l'Etna, montagne de Sicile: dans cette montagne est une grotte à l'in­térieur de laquelle pousse une très grande quantité de fleurs dans toute sai­son ; mais la partie la plus étendue est semée de violettes qui remplissent de leur parfum les alentours. Par suite, quand les chiens ont succombé à l'in­fluence de ces douces odeurs, les chasseurs ne peuvent plus suivre les traces des lièvres. (Aristot. De admir. aud.82). (cf TAD 9,2 ; 12,3).

Venin de la tarantole, ainsy nommee pour Tarante, ville de la Poüille, fait que les piqués chantent, rient, pleurent, veillent, dorment ; divers et innombrables ef­fectz procedent de la diversité du venin de ces animaux, ou de la diversité de la temperature de ceux qui en sont piqués. Vivent dedans les blez, es trouz de la terre, et piquent les moysonneurs silz sont a jambes nues. C'est merveille que la force de ce venin s'adoucit par la musique, car je puis testifier pour l'avoir veu, (dit Mathioli 2), qu'aussi tost quilz oyent les ins­trumentz ilz perdent leur mal, et sautent et dansent com­me silz estoyent sains ; si les sonneurs d'instrumentz cessent, ilz tumbent en terre et reprennent leur mal, sinon quilz ayent des-ja tant sauté que le venin soit sorti par sueurs ; si que on loüe des menestriers qui, les uns apres les autres, sonnent jusques a ce quilz soyent gueris. Nean­moins cependant, on leur donne de la theriaque et mithidrat et autres contrepoysons. C'est un'espence (sic) de phalanges et airagnees.

La Sardaigne est sans serpens, mais en lieu d'icelles (sic) ell'a un'espece d'aragne nommé solifuga,parce qu'elle fuit le jour, qui fait mourir ceux qui s'assisent des­sus. (Matthioli, 2,7).

L'aconit a tout son venin en la racine, sans que les feuilles ni fruit face aucun mal. (Ibid., 4,73)..

Quand le chamaeleon s'enfle, il change de couleur ; c'est de crainte et d'apprehension, disent les autres. Daemocrite dit que sa langue arrachee, luy vivant, fait gaigner les proces a qui la porte sur soy ; cela s'entend de la langue des advocatz, qui sont des vrais chamaeleons. (Ibid 5,110).

Corail, arbre, pierre ; ou il est, la foudre ne tumbe. (Ibid.97).

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

X

DEUXIÈME RECUEIL

1594-1598

(INÉDIT)

Celuy ne sera offencé de l'ophtalmie qui portera avec soy la racine de la parelle sauvage. (Matthioli 2,108).

Les Schites ont treuvé un' herbe naissant a l'entour de Bretia, nommee schitica, fort douce au gouster, qui est grandement estimee parce qu'en la tenant a la bouche on ne sent ni faim ni soif. L'herbe aussi nommee des Schites hippice, a mesm' effect es chevaux; et dit on que les Schites, avec ces herbes, peuvent durer sans boire ne manger douze jours..

On a donné tant d'honneur a l'herbe vetonica, que la maison ou elle sera plantee est contregardee de tout mal. (Matthioli Ep p.4).

Adamantis, ainsy nommé (sic) parce qu'elle ne peut estre brisee non plus que le diamant; presentee aux lions, les fait tumber renversés a gueule ouverte. (Ibid.).

Les bestes deviennent estourdies et endormies si elles sont touchees de l'herbe therionarca qui croit en Capadoce et Misie. (Plin.24,17).

Le solanum furieux, selon Dioscoride, represente plu­sieurs imaginations plaisantes, si on boit une drachme de la racine avec du vin. (Matthioli 4,69 ; Plin.21,31).

Es Bactres, a l'entour de Boristenes, croit gelotophilis qui, beue avec vin et mirre, fait sembler que l'on voye plu­sieurs choses, et ne cesse l'on de rire si on ne boit des pignons avec du vin de palme, poivre et miel. (Plin.24,17 ; Matthioli Ep p.4).

Une branche de la troisiesme espece de ramnhu, mis aux portes et fenestres, chasse tous venefices, selon Diosco­ride [71] (Matthioli, ibid.).

J'ay une racine trouvee par Francesco Calceolario, Veronnois [72]; ayant trempé en vin une nuit, qui en boit ne peut manger, pour faim quil aye, sil n'hume une cueille­ree de vinaigre. (Matthioli 4,69).

En l'Inde occidentale, une racine produit des feuilles de sureau de la grosseur de la cuisse d'un homme ; le suc, beu, fait incontinent mourir ; le reste, mis en farine, fait de tres bon pain et nourrissant. (Matthioli Ep p.10). Herbe des batteleurs [73].

L'aymant tire de sa propre vertu le fer a soy, hormis celuy qui est rouillé ; pourveu aussi que la pierre ne soit point frottee d'aux, ou quil ny ayt point de diamant au­pres. (Matthioli 5,105).

La pierre theamedes, qui croit es montaignes d'Etiopie non pas loin de la montagne de l'Aymant, a la vertu du tout contraire, car si on luy approche du fer, incontinent elle le rejette et chasse. Partant, ceux qui avec semelles de fer cheminent par la montaigne d'Aymant, ilz ne peuvent mouvoir les piedz, et par le mont Theamedes ilz ne se peuvent soutenir et ne font que trepigner. Mais si quelqu'un pensoit que ce fut fable, je l'asseure que j'ay un (sic) piece d'aymant lequel d'une partie tire le fer et de l'autre le rejette. (Ibid p 747).

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

XI

TROISIÈME RECUEIL

1594-1598

(INÉDIT)

L'abarmon, poisson très fécond en œufs, ne rejette ses œufs qu'après s'être frotté le ventre sur un sable âpre au toucher ; c'est sur ce sable qu'il nourrit ses petits et les élève complètement. (Albertus Magnus, De ani­malibus, 74,6).

. L'abeston, pierre couleur de fer, provenant d'Arabie, une fois allumé ne s'éteint plus. Il a la nature du duvet que l'on appelle. plume de salamandre, avec une légère humidité onctueuse .et grasse, et c'est cela qui nourrit le feu. (Alb De mineralibus,2,2,2).

L'abidès, bête marine, qui yit et se nourrit dans les eanx ; ensuite il change de forme et de nature, reçoit. un autre nom .et est appelé astoiz. (Alb.De animalibus,"astoim" 74,2).

L'absinthe protège les étoffes contre les teignes et les papiers contre la moi­sissure.(Alb De vegetab 6,2,3).

L'acabo, animal d'Arabie, s'enfuit devant celui qui porte une racine de coloquinte. (Alb De animalibus 22,2,1).

L'acanès, animal de la taille d'un cerf, et dont le fiel est dans les oreilles. (Alb ibid.)

L'achantis, oiseau qui ressemble au passereau, fait son nid dans les épines, et si un cheval ou .un âne s'en approche, il se pose sur leur dos, et, imitant le hennissement des chevaux, se moque d'eux. (Alb 23,1).

Le lierre dessèche les arbres sur lesquels il pousse parce qu'il en suce la nourriture.(Alb De vegetab 6,6,18).

Les éperviers et tous les oiseaux de proie ont les ailes, les pieds et l'haleine venimeux, surtout quand ils se sont baignés et qu'ils ont lissé leurs plumes avec leur bec. Les hypocrites. (Alb.)

L'épervier ne mange jamais le cœur des oiseaux qu'il a pris.(Aris­tot De animalibus 9,11).

Les éperviers ne chassent pas tous de la même manière : les uns prennent la colombe quand elle est posée à terre, mais jamais quand elle vole ; les au­tres, quand elle vole, et jamais quand elle pose à terre ; les autres, ni quand elle est posée à terre, ni quand elle vole, mais quand elle se pose sur les arbres ou sur les lieux élevés. (Aris­toteles, 9,36).

Quand l'épervier voit la proie et ne désire pas s'en emparer, c'est signe qu'il est trop gras. (Alb 23,22).

Si l'épervier boit souvent le sang des oiseaux, il devient plus fort et plus audacieux.(Alb ibid)

Le diamant ne s'amollit ni par le feu ni par le fer, mais par le sang de bouc, surtout si le bouc a bu auparavant du vin. Il pénètre le fer et toutes les pierres précieuses, à l'exception de l'acier. [Le diamant] placé sur l'aimant, ne lui permet pas d'attirer le fer. (Alb De mineralibus 2,2,1 ; Plin 20,1).

Le caprimulge (engoulevent), gros oiseau qui suce le lait des chèvres, d'où suit pour elles le dessèchement du lait, ou bien leur cécité. (Alb.; Plin 10,40).

L'alouette, la poule, la caille ne se tiennent jamais sur un arbre, mais à terre. [L'alouette] craint tant l'épervier qu'elle fuit entre les bras de l'homme et se laisse prendre. (Alb De animalibus 23,1 ; Plin 10,23).

L'alce (élan) est un animal qui a la forme, la couleur et la grandeur d'un mulet ; il a la lèvre supérieure si avancée qu'il ne peut paître l'herbe qu'en marchant à reculons. (Alb ibid. 22,2,1 ; Plin 8,15).

L'alforas est un poisson qui s'engendre de la pourriture de la vase. Dans la vase sans eau il se forme à la manière d'un vers ; à l'eau descendante il se dé­veloppe en poisson. Et, disent les nautonniers : s'il est anéanti par la putré­faction jusqu'à la tête et aux yeux, l'eau revenant il vit de nouveau et vit long­temps; autrement peu. (Alb ibid. 24,1).

L'aloès, dont personne ne sait l'origine, se trouve dans le grand fleuve de Babylone, et on le pêche avec des filets comme le corail. [Alb De vegetab 6,1,2).

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

XII

SIMILITUDES ET NOTES SUR LA SAINTE VIERGE

(1602-1604) [74]

(INÉDIT)

SUR LA BIENHEUREUSE VIERGE ET DE QUELQUES SIMILITUDES. [75]

Peintre Androcides peint Scilla, mais sur tout les poissons, employant plus d'affec­tion que d'artifice. (Plutarch Propos de Tables 4,2)

Au traitté des Regles de santé.. la cime des palmiers, appellee la cervelle, est douce, mais fait mal a la teste.

L'ache et le cumin : l'un croit mieux estant foulé et l'autre planté avec maudissons. (7,2)

Pommiers portant beau fruit parce qu'ilz recreent les 4 sent[iments. (Propos 5,8).

Figuier acre, figue douce ; rue pres du figuier , douce (9,7,2) : Figues sauvages retiennent les franches sur le figuier.

Le cœur faut, et pasment les asnes et chevaux quand ilz portent des figues et pommes.

Miel au fons, vin au milieu, huile au sommet.

Noé ne prie pas pour le monde détruit (Gn 6,12 ; 7,21), mais Moïse prie pour le peuple : Pardonne à ton peuple, ou efface-moi du livre de vie (Ex 32,11). Oublie-moi, parce que de ce peuple sortira le Messie.

Livre de la génération (Mt 1,1). Sa génération, qui la racontera ? (Is 53,8)

Chose subtile : La trace de l'homme dans la jeune fille (almah) (Pr 30,19) [76]

Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche : tes mamelles sont meilleures que le vin, plus odoriférantes que les parfums les plus fins. Ton nom est une huile répandue : c'est pourquoi les jeunes filles t'ont passionnément aimé. Ce sont les désirs. Voix de mon bien aimé, voici qu'il vient bondissant sur les montagnes, franchissant les collines ; mon bien aimé est semblable à la gazelle et au faon des biches ; voici qu'il se tient debout derrière notre mur, etc, Mais il faut beaucoup accommoder ces paroles. (Ct 1,1).

Comme Dieu voulait inviter son peuple à vivre vertueusement (Dt 29,20), il le menace, si ce peuple n'obéit pas, de toutes les malédictions écrites dans ce livre, et toutes les nations diront : Pourquoi le Seigneur a-t-il fait ces choses ? etc. Mais ce livre-ci est le livre des bénédictions.

Moïse dit aux lévites : Prenez ce livre, et placez-le à côté de l'Arche de l'al­liance du Seigneur votre Dieu, afin qu'il soit là en témoignage contre toi (Dt 31,26).

En tête du livre, il est écrit, etc (Ps 39,8), afin que je fisse ta volonté ; Paul (He 10,5) applique [ces paroles] au Christ.

J'ai pris racine dans le peuple que Dieu honore, et dans la part de Dieu, laquelle est son héritage, et dans l'assemblée (Eccli 24,16 ; Pr 8,22).

Préface : Eliezer, serviteur d'Abraham, eut trois joies : 1. Quand il ren­contra la jeune fille ; 2. parce qu'elle était belle ; 3. parce qu'elle était bonne. Voici Rébecca ; il la contemplait, etc. ; Bois, etc (Gn 24,15).

L'aurore approchant : Je ne te laisserai pas partir (Gn 32,26).

Sentinelle, où en est la nuit ?(Is 21,11).

J'ai préparé une lampe à mon Christ (Ps 131,17).

Rinoceros.

­Alexandre allant en Asie contre Darius, ne garde que l'esperance en Perdiccas [77] avec luy.

Archelaus a son barbier : " Comment voulez-vous que je vous face la barbe ? – Sans dire mot." (Plut De nimis loquendo ; de Archelaus 8,319 ; S2, serm CXXXV).

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

XIII

RECUEIL DE SIMILITUDES

(1600 – 1604) [78]

(INEDIT)

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Apelles n'employoit jamais en ses tableaux que quatre couleurs (Plin.Hist. nat 35,7) ; ni le praedicateur, peintre chrestien, ne doit em­ployer que l'Evangile contenu es 4 Evangelistes. Il fit un Alexandre le Grand et un'image de victoire et un dieu de guerre lié et garrotté, et un Alexandre le Grand assis en un char triumphal. Ces deux tableaux furent mis par Auguste au plus apparent lieu de sa place ; mais l'Empereur Claudius fit effacer la face d'Alexandre en tous deux, et y supposa celle de l'Empereur Auguste peinte au vif. L'un de vous est un démon (Jn 6,71) par le changement de l'âme, alors que les traits que Dieu a peints sont effacés et que des traits étrangers y sont substi­tués. Ainsi les hérétiques substituent au corps de l'Ecriture un mauvais sens.

Il fit un cheval a l'envy d'autres peintres qui voulait (sic) emporter le prix sur luy, et se doutant que la faveur de ses parties ne luy fit perdre le prix, il ayma mieux suivre le jugement des bestes. Et ayant monstré les chevaux de ses parties aux chevaux naturelz, ilz n'en tindrent compte; mais leur ayant monstré le sien, ilz commencerent a hennir contre : qui servit par apres de regle aux espreuves de peintures. Les bêtes rendent gloire à Dieu, ainsi que les êtres inanimés, et les Gen­tils qui n'ont pas la loi, font ce que la loi commande (Rm 2,14).

Protogenes, Rhodien, fit un Dalylus [79], un chien aupres de luy, avec un si grand soin quil ne mangeait, pen­dant ce tems, que lupins detrampés, de peur que le goust des viandes ne luy changeast ou chargeast le sens. Le chien fut presque miraculeusement fait, car ayant peint ce chien exquisement et du tout a sa fantasie (ce qui luy arrivait peu souvent), il ne pouvait rencontrer a bien exprimer l'escume qu'un chien jette apres quil a couru. Ayant donq souvent osté les couleurs quil avait assisses avec un'esponge, voyant quil ne luy succedait pas, il jetta l'esponge contre le lieu du tableau qui luy desplaisoit ; et icelle estant pleyne des couleurs qu'ell'avoyt prinses et ostees du tableau, elle les rendit en ce lieu la, et se treuve­ rent assisses si a propos que l'escume fut faitte comm'il desiroit (Pline Hist Nat 35,10). Hélas ! combien souvent Dieu dirige vers le bien nos efforts, alors que nous nous proposions autre chose ! Ainsi... comme sp... et je suis tombé bien pour eux…….des passions [80]………………..

Nealces en usa de mesme pour l'escume d'un cheval quil avoit peint, avec un garçon qui le retenoit a le flatter.

Le Roy Demetrius pouvant aysément prendre Rhodes du costé ou estoit la mayson de Protogenes, defendit le feu de ce costé la, de peur de brusler ledit tableau du chien, et pour espargner cette piece, il perdit l'occasion de prendre Rhodes. Hélas ! à cause d'une telle peinture Démétrius épargna la ville : pour­quoi Dieu n'en ferait-il pas autant à cause des justes, à cause de la Vierge, à cause de l'Eucharistie, à cause de Celui qui est son Fils et son image ?

Protogenes, audit siege de Rhodes, estoit en un petit jardin aux fauxbourgs, et ne laissa jamais de travailler. Le Roy fit asseoir un guet al' entour de son logis affin qu'on ne luy fit desplaisir, et prenoit playsir a le venir voir travailler durant qu'on livroit les assaux. Neanmoins, il ne se pouvoit faire quil n'eut presque tous-jours l'espee a la gorge pendant quil travailloit ; et luy, pour monstrer qu'il ne s'en soucioit gueres, fit lhors un satyre admirable qui jouoit du flageolet et l'apella anapauomenos (Pline cf TAD 9,15), c'est-à-dire s'esgayant. Ils sortaient du conseil remplis de joie (Ac 5,41). Mes frères, considérez com­me le sujet d'une grande joie les diverses afflictions qui vous arrivent, etc (Jc 1,2).. Réjouissez-vous en lui avec tremblement (Ps 2,11).

Il fit un tableau ou il y avoit des religieuses de Bacchus [81]et des petitz satyres qui leur rampoyent et gravissoyent contre. Dames de carempre­nant courent fortune des satyres, id est de perdre leur re­putation et leur chasteté. Satyre lubrique et lascif ; de même, mordant et médisant.

Pireicus, comme semble a Pline (Hist Nat 85,10), vouloit assoupir son bruit, et [ne peignait qu'en petit] volume et petites cho­ses, comme boutiques [de barbiers, de cordonniers,] petitz asnes [char]gés d'herbes, et semblables [menus fatras ; dont enfin on l'appela] paintre de bass'estoffe ; [et néan­moins, à cause de son art, ces choses [82]] menues se ven­doyent plus que plusieurs grandes des autres (cf TAD 11,5) [83]­--Les moindres besoignes faittes en charité et selon l'art de vraye devotion, comme sont les mortifications des petites passions, les bas services et offices, les petites œuvres, valent plus que les plus grandes faittes laschement et sans devotion. La charité est la mesure de l' homme et celle de l'Ange (Ap 21,15); c'est-à-dire de l'homme et de l'Ange. Le roseau d'or, ce sont les œuvres petites et de nulle importance en elles-mémes, comme le roseau, et cependant, parce qu'elles sont d'or, elles sont la mesure de la charité.(cf TAD 11,5).

Voir Pline (Hist Nat 35,10 vers la fin) : raisons pour lesquelles les peintres anciens ne peignaient pas les murs, car elles aident beaucoup à l'interpré­tation de ce passage du Concile de Laodicée (sic) ( Concil Elvirae can 36) que citent les hérétiques contre l'usage des images.

Arellius, peintre fort renommé un peu avant le regne d'Auguste a Romme, estait sujet aux femmes, et toutes les deesses quil faysoit estoyent faittes a patron des femmes a qui il faysoit la court (Pline Hist Nat 35,37 ; cf Intr VD 1,1). Les hérétiques peignent la Vierge et les habitants du Ciel comme leurs femmes et leurs serviteurs, et la jalousie de Dieu comme la leur, la justice de Dieu comme la leur, la miséricorde de Dieu comme la leur, la puissance de Dieu comme la leur ; aussi font-ils de Jean-Baptiste un serviteur efféminé et vêtu de vêtements efféminés (Mt 11,8), et de la Vierge une fille de carrefour.

(Pline Hist Nat 35,10 ; S2, serm XCIX) : Lepidus estant triomvir, fut invité par les magistratz de Romme en une mayson de play­sance tout environné de boys ; les oyseaux ne le laisserent dormir de toute la nuit, de quoy se pleignant le lende­main, ilz firent peindre un grand parchemin en forme de dragon, et ce fantosme mis a l'endroit du lieu ou il dormoit fit taire tous les oyseaux. L'ombre du péché fait taire les Anges et les hommes pieux

Nealces voulant representer le rencontre de l'armee des AEgiptiens et de celle des Perses, tous (sic) deux navales, sur [le fleuve] du Nil, et ne pouvant contrefaire l'eau du [Nil pour ce qu'elle est semblable à] la marine, il pei­gnit [un asne beuvant à bort de riviere et un crocodile qui le guettoit [84]] (35,11)………………

(Hist Nat 22,21 ; 2,41) : Heliotropium se contourne, feuilles et fleurs, avec le soleil, mesme en tems couvert, et la nuit il serre sa fleur bleüe. (Dioscoride dit qu'ell'est blanche en l'absence du soleil. (4,185): Addition : Quasi toutes fleurs jaunes suivent le soleil, mais non les feuilles qu'en celle ci (cf TAD 8,13 ; 11,3). L'amour parfait tourne entièrement tout vers le Christ, même les feuilles, c'est-à-dire les choses les plus petites et naturelles.

Il y a en l'isle de Cypre, les Marses, les Psylliens et les Ophyogenes qui font fuir les serpens et guerissent ceux qui en sont mordus a leur toucher seulement la playe (Hist Nat 7,2 ; S2, sermon CVIII). item, ceux de l'isle Tentyris, qui est au Nil, ont si grande proprieté contre les crocodyles, qu'a oüir seulement leur voix, les crocodiles s' enfuyent (Ibid 8,25 ; S2,sermon CXXI).. Ceux qui ont le cors ainsy medicinal et privilegié, par leur seule presence allegent ceux qui sont mordus des animaux qui leur sont contrai­res. Si je peux toucher la frange (Mt 9,21). Qui m'a touché ? (Lc 8,45).

(Plin. 28,3) : Ceux qui ont autrefois esté morduz des chiens enragés ou des serpens, encor quilz soyent gueris rengregent les playes de ceux qui en sont malades a s'approcher seulement d'eux (cf Intr VD 3,21). Combien est facile la chute de ceux qui fréquentent les pécheurs ! Personne ne doit habiter avec ceux avec qui il a une fois péché, si ce n'est avec précaution, car les plaies, même cicatrisées, font renaître et se rouvrir les blessures.

Un serpent acharné est malaisé a oster et arracher si " ce n'est de la main gauche (S1,sermon LXIII) ; Le pécheur attaché au péché, surtout au péché de la chair, ne peut guère être délivré que par les fouets.

Il ne faut jamais desesperer de la vie d'un malade pendant qu'on se peut mirer en la prunelle de ses yeux. Tant qu'on a les yeux clairs et brillants, c'est-à-dire le jugement, cela va bien ; mais quand le jugement est corrompu, comme chez les hérétiques, c'est fini.

En l'isle de Syros, une pierre mise par quartiers nage sur l'eau; brisee, va a fons.(36,26) [85]

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Napellus et anthora ou anthithora, l'un pres de l'autre, contrepoison. (Matthioli, Comment. sur Dioscoride, 4,73). [86]

Les dauphins n'ont nulles oreilles, et neanmoins ont l'ouye delicate et se playsent a la musique ; ni aucun nez, et sentent parfaittement. (11,37)..

Le grand duc, en latin bubo, et le hibou cournu sont seulz entre les oyseaux qui ont les oreilles cornües. Les monteures et bestes a selle parlent par les oreilles et monstrent ce qu'elles pensent. (Ibid.)

Tous animaux ont le cœur au milieu de la poitrine, l'homme sous le tetim (sic) gauche. (11,69). Les seulz poissons, entre tous animaux, ont la pointe du cœur contre la bouche. Le cœur s'estressit contre bas, et la palme aussi. Le juste fleurira comme le palmier (Ps 91,13).

Le cœur est la premiere partie qui se forme et qui vit, les yeux la derniere (Aristot. De gener animal 2,4 ; TAD 11,7). ; et ceux ci meurent les premiers, le cœur le dernier. On diroit que c'est un animal a part, sautelant et se remuant; ceste seule partie n'est jamais' malade, car la premiere offence la fait mourir. [Ibid.]

Tous animaux qui ont le cœur dur sont estimés brutaux.. Le petit cœur est hardi ; le grand ou gros, timide.

Le jour que Caesar fut fait dictateur et quil chargea la robbe de pourpre, il fit deux sacrifices, en tous lesquelz ne se treuva nul cœur es bestes quil sacrifia. (b) Caesar, le destructeur de la république, [ne trouva pas de cœur dans les bêtes qu'il sacrifiait] ; quant au diable, il arrache le cœur de ceux qu'il immole, le jour de sa dictature, c'est-à-dire en leur dictant le mal.

Bœufz seulz se paissent a reculons ; (8,70).

Echeneis ( la rémora) arreste le navire, fait retarder l'issue d'un proces, fait porter l'enfant a terme ; salé, attire l'or tumbé dans un puy, pour profont (sic) qu'il soit. (9,25) (S1, serm LX ; S2, serm CXXV).

Chastagnes ou herissons de mer [87] ont la bouche au milieu du cors , tournee contre terre. Prevoyent la tempeste, car par leur rondeur estans aysés a tournebouler ça et la, ilz se chargent de pierres pour s'appeusantir ; les mariniers les voyans aynsi, ont soudain recours a l'ancre. (59,61).

Es Indes, arbre retirant au terebentim porte des aman­des tres douce[s]. (Theophraste, Hist. Plant. 4,4).

Au royaume de Turquestan [88], une plante, raphanus, attire les chevaux par son odeur, et neanmoins les fait mourir ; Alexandre le Grand passant par la, perdit pres­que toute sa cavalerie. (12,8).

Si ta vigne est maigre, metz au pied, en sa racine, la cendre de ses sermens (sic). La tête, racine de l'homme ; ser­ment, la fin. (Pline 17,9 et 28). Pour garder que les raysins ne tumbent, jette de (sic) cendres sur la racine; si ell'est sterile, mesle de fort vi­naigre avec cendres et en enduis les racines.

Les palmiers d'estre pinsés et mordus, se nourrissent es eaux salees et cendrees. [Idem.] La mortification conserve les œuvres et les produit.

Amandiers doux deviennent amers si une chevre les leche tant soit peu (Hist Nat 17,24 ; cf Intr VD 3,13) ; les amers deviennent doux si on les perce au fons avec une teriere pour en faire sortir le suc (Ibid 24,27 ; cf Intr VD 1,24).

Les aspicz s'enflent le col voulant jetter leur venin, et ni a remede a leur morsure que de coupper le membre ou chair mordue. Il a la veüe courte. (Pline 8,23 ; Diosc. 6,5). La playe est petite comme si ell'estoit faitte de la pointe d'un'eguille, sans enfleure ; les patiens ci se sentent incontinent les yeux offusqués et couvers, diverses douleurs par tout le cors, legeres et non sans quelque playsir (cf Intr VD 3,29).

Le ptias jette son venin en crachant ; remede, de boire quantité de vinaigre. Le ptias fait devenir sourd. (Mat­thioli,6,44).

Le basilic (lat. regulus, de la longueur d'un empan) fait mourir a la seule veüe et aleyne (sic), non seulement les hommes, mais les serpens (Pline 8,16 ;Intr VD 13,8 ; S2, serm LXXXV). Leur (sic) trouz et cavernes se connoissent a leur puanteur, ou les belettes entrent, les faysant mourir par leur haleyne, et meurent elles mesmes. Il va droit, la teste levee despuis la moytié du cors ; il a une tache blanche sur sa [tête], comme un diademe.

Le serpent se despouille premierement la teste (S1, sermon LXIII), puis le reste, et non en un'heure mais en 24 : ainsy nous devons déchirer d'abord les cœurs, et non les vêtements (Jl 2,13). (Matthioli 6,44 ; Pline, Aristote, De animal 8,17).

Ichneumon, dit rat d'Inde, animal aegiptien, se veautre plusieurs fois en la fange et autant de fois se seche au soleil, et, ainsy armé de limon, assault l'aspic et, sans estr'offensé de luy, le prend a la gorge. (Pline 8,24).

Le crocodile, saoul de poisson du Nil, s'endort sur le gravier, et le roytelet, oyseau, pour prendre sa curee, vient sauteler a l'entour de sa gueule, la nettoyant et pique tant avec le bec pour la luy faire ouvrir, ce quil fait ; et ce petit oyseau luy cure les dens et le gosier , a quoy il s'en­dort a gueule bee, et lhors le rat d'Inde se lance dans le gosier et ventre du crocodile comm'un trait, luy ronge les boyaux et le fait mourir (Hist Nat 25,37 ; S1, sermons LXIII ; S2, serm CXVII., CXLII)

Les daulphins faysans la guerre au crocodile, connois­sans que la peau de son ventre est mince et tendre, font semblant d'avoir peur de luy et se fondent en l'eau, et se relevent contre son ventre et avec leurs arrestes trenchan­tes le luy fendent et le tuent. (ibid 8,25).

Les Tentirites, petites gens d'un'isle voisine au Nil, tuent admirablement les crocodiles, nageans contre eux et mon­tans a cheval dessus, et les poussent a terre prisonniers et les vainquent; aussi les crocodiles fuyent l'odeur des Tentirites comme les serpens celle des Psilliens. Le cro­codile est furieux contre ceux qui le craignent et qui le fuyent, et jamais ne fait teste quand on le poursuit (Pline 8,25 ; cf Intr VD 3,7)..

Le serpent ceraste a quatre petites cornes qui se re­muent, avec lesquelles il amuse les oyseaux pour les at­trapper, cachant tout le reste de son cors ; (Ibid 8,23).

(Ibid 8,22) : " Les loups ont, les premiers, aperçu Moeris " (Virgil Eclog 9,54) ; loup cervier, pour faim quil aye, sil tourne la teste, il oublie sa viande et s'en va pour en chercher d'autre.

Tigresses: bell'histoire ; ( Ibid 8,18; cf Préface Intr VD).

Chameaux passeront 4 jours sans boire, mais s'en re­vanchent treuvans l'eau, laquelle ilz ne boivent quilz ne l'aye (sic) troublee, ne la treuvans bonne autrement (au­cuns estiment que c'est pour ne voir leur difformité en icelle). Ils ressemblent beaucoup aux hérétiques qui ne boivent pas [à la source] de l'Ecriture s'ils n'en ont troublé le sens pour le conformer à leur goût en mêlant le terrestre au sacré, ou bien pour ne pas apercevoir leur turpitude. (Pline 8,18, ne dit pas ce qui est inséré entre parenthèses.)

Mantichore indien, animal a trois rancz de dens; a le visage et oreilles d'un homme, les yeux verdz, son pelage rouge, le cors de lion, la queue de scorpion, sa voix comme le son d'une fleuste et trompette mise ensemble et meslee ; friant de chair humaine. (Ibid 8,21).

Elles [les hyènes] contrefont le parler des hommes ; (Ibid 8,30). Le vulgaire estime les hienes avoir deux natures, et qu'elles servent deux ans de masle et deux ans de femelle tour par tour et conçoivent sans masle; mais Aristote dit le contraire, (De animal generat 3,6). On en dit choses admirables : elles contrefont le langage des bergers, et ayant appris le nom de quelqu'un, elles l'apellent pour le faire sortir de la grange et le devorer ; elles vont chercher les cors humains dans les sepulchres ; les chiens marchans sur son (sic) ombre, ne peuvent japper. On les treuve en Afrique .

Chameleon : sa langue arrachee, luy vivant, portee sur soy, fait gaigner les proces ; (Democrite, Mathioli, 5,110 ; 3,60).

Un jour juge l'autre et le dernier les juge tous ; folie des hommes de conter les jours, au lieu de les peser. (Pline 7,40).

Publius Cornelius Rufinus [89] songeant quil perdoit la veüe, la perdit de fait. Jason Phaereus, abandonné des medecins pour un aposteme quil avoit en la poitrine, par desespoir se donna un coup de cousteau pour se tuer, mais il treuva par ce moyen la guerison (Pline 7,50).

Les dragons et elephans font la guerre en trois façons : 1. Le dragon est si grand quil entortille l'elephant, et fait tumber l'elephant qui en tumbant le tue. 2. Le dragon espie l'elephant quand il fait son viandis, et se lance sur luy de dessus un arbre ; l'elephant tasche de s'accoster d'un arbre pour se froter contre iceluy et escacher le dragon, mais le dragon entortille les deux jambes de l'elephant pour le garder de se remuer, et se fourrant dans son muffle luy empeche l'haleyne et le luy ronge. 3. Silz se treuvent en chemin, ilz viennent droit debout l'un contre l'autre et s'entrefont la guerre aux yeux, de maniere qu'on a treuvé des elephans aveugles, devenus thysiques et secz de fain (sic) et par le poison du dragon. 4. Le sang de l'elephant est froid et les dragons desirans se rafraichir en sont frians ; dont, aux chaleurs, le dragon se chache (sic) dans l'eau, espians que l'elephant vienne boire, et lhors se jettent (sic) a leur muffle et l'entortille, puis les mordant a l'oreille ou l'elephant ne peut porter la muffle, tire tout le sang de l'elephant, lequel tumbant mort, tue le dragon yvre de son sang. (8,12).

La lionnesse est extremement luxurieuse et se laisse couvrir au liepart (sic), ce que le lion sent longtems apres et la chastie ; mais pour oster ce sentiment, elle se lave (Hist Nat 8,16 ; Intr VD 2,19). On estime qu'elle ne porte qu'une seule fois en sa vie, par ce que ses fans, en sortant, luy esgratignent le ventre. Aristote dit, (De animal. 6,31), qu'elle porte cinq fois, et la premiere litee cinq, puis en diminuant jus­ques a rien; ilz nayssent en piece de chair.

Les lions ont l'aleyne et le hasle du cors fort puant ; ilz ne mangent guere, et si on les saoule, ilz ne mangent que de trois jours l'un ; ordinairement, de deux jours l'un. Toutefois, ce qu'ilz peuvent avaler sans mascher ilz l'ava­lent, et se sentans l'estomac empesché ilz le retirent avec la patte, de peur de se treuver alaschiz sil falloit fuir. (8,17). Ilz ayment naturellement les gens vieux, qui ne peuvent chasser ni leur faire la guerre, comme dit Polybius [90] qui fit le voyage d'Afrique avec Scipion ; et dit qu'en ce voyage les lions y estoyent si espés qu'on n'osoit sortir des villes, et qu'on pendoit et crucifioit des lions pour faire peur aux autres. Le lion ne fait rien a ceux qui se couchent et humilient, et ne s'ad­dresse jamais aux petitz enfans, sil n'est bien pressé de faim. Pline dit quil a veu une esclave Getulienne qui luy racontoit qu'ell'avoit eschappé la fureur de plusieurs lions par douces paroles, leur remonstrant qu'ell'estoit pauvre fille, esclave, bannie, malade, indigne de servir de proye a leur generosité ; elle estoit en la Guinee. (8,16).

Le lion donne signe de ce quil pense par la queüe, comme les chevaux par les aureilles. Quand il entre en cholere, il bat la terre d'icelle, et passant plus avant, il s'en bat les flancz. (Ibid.) De la double colère de Dieu, celle par laquelle il frappe le corps, celle par laquelle il frappe les âmes qu'il porte dans son sein.- De toutes les blesseures quil fait, le sang en sort noir, soit avec les dens, soit avec les griffes. Toutes les actions ou toutes les douleurs venant du diable sont noires ; mais les douleurs venant du Christ sont vermeilles. -Il regarde fixement les traitz qu'on luy jette, sans en tenir compte, taschant d'espouventer des yeux. (Ibid.) Pendant quil est en lieu ou on le voit a descouvert, il fait sa retraitte tout bellement, monstrant de mespriser les chiens et le veneur (S2,sermon CVIII) ; estant couvert de bois, il fuit excellemment. Estant blessé, il regarde tous­jours celuy qui l'a blessé et en veut tous-jours a luy, non a autre , quel grand nombre de gens quil y aie ; si on luy lance un coup sans blesser, il ne blesse point, ains foulent ( sic) des pieds.

La lionnesse combattant pour ses petitz a tous-jours les yeux en terre, de peur de s'estonner des espieux ; (ibid.16). Nous, nous devons lever nos regards vers le Ciel.

Il n'est frauduleux ni soupçonneux et ne regarde jamais personne de travers ; aussi ne prent il pas playsir qu'on l'y regarde. Il pleure et mord la terre en mourant. Il craint et tremble au bruit d'un charion (sic) sur tout vuide ; a la veüe d'un coq et a son chant encor plus (S1,sermon LIX), et sur tout. A la veüe du feu. (Ibid.). [91]……………………………………..

(Pline 57,16) : Zoroastes a esté seul entre les hommes qui aïe ris (sic) le jour mesme quilnasquit (S2, serm. XCV et XCVIII). Addi­tion : ce fut le premier Roy de Bactriane qui mena la guer­re a Ninus, dit Nembrod en la Sainte Escriture (Gn 10,8). Addition au c.42 du livr'onziesme : aucuns pensent que ce soit Loth ou Abraham, mais la plus part tient que ce fut le premier Roy de Bactriane.

Les elephans, par leur haleyne seule font sortir les serpens de leurs trouz, et celle des cerfz les brusle ; (Pline 11,53). Ainsi la voix du Christ torture les démons et fait sortir les péchés.

Entre les oyseaux de proye, les uns ne se jetteront jamais sur un oyseau sil n'est en terre, les autres les espient seulement quand ils volent le long des arbres, d'autres quand ilz sont branchéz, et d'autres qui les prennent en l'air à force d'aisles. Les pigeons, connoissans le naturel de l'oyseau qui les poursuit, quelquefois se jettent en terre, quelquefois volent par dessous, et font tous-jours le contraire du naturel de l'oyseau de proÿe. Excellent exemple pour combattre les tentations et le diable. (Pline 10,8).

Soldi, ville au cap d'Antioche, appellee Seleucie, [92] au dessus de laquelle le mont Casius (il y en a un autre de mesme nom qui confronte l'Arabie), si haut qu'a deux heures après minuit, d'un costé on voit le soleil levant, de l'autre la plaine nuit (S2,sermon CXXIV) (PL 5,22). Mont Thabor, mont de pénitence.

Coucu est un'espece d'espervier ; change de figure en certain tems de l'an ; il a la teste d'un pigeon, et la couleur de son pennage, avec les ongles d'un espervier. Si l'esperver le renco,ntre, il le bat tant quil le defait. Il change de voix par fois ; il pond au nid d'autruy et principaleùment en celuy des ramiers, pour eviter la fureur de ceux qui voudroyent abolir sa race, car tous les oyseaux lui font la guerre, estant asses poltron etb timide. Les parons qui le couvent et au nid desquels il esclost ne tennent conte de leurs petitz en comparayson du petit coucu qui, estant plus goulu que les autres, mange leur viande et se rend gras et poly ; dont le paron se mire en luy, se baignans de voir un si bel oyseau quil pensent (sic) avoir produit, jus­ques a luy permettre de manger et se paistre de leurs petitz propres devant leurs yeux. Et pour recompense, quand le petit coucu se sent asses fort pour s'en voler, il se jette sur les parons qui l'ont eslevé et les mange. (10,9). Elégant portrait de l'hypocrite dont les œuvres, bien qu'elles viennent du diable, sont placées au même rang que les bonnes, et l'Eglise les encourage ; elles lui paraissent belles, et il leur est accordé la reconnaissance due aux œu­vres véritablement bonnes, et lui dévore tout le reste, et il déchire l'Eglise. Vous les connaîtrez à leurs fruits (Mt 7,16).Il a visage de colombe, pour le reste c'est un épervier ; il a les ongles crochus, mais il est lâche.

La lanterne de mer, nommee en latin lucerna (aucuns disent que c'est le rouget), se tient ordinairement sur I'eau, et la nuit estant clere et calme, elle tire une langue luysante comme feu ( TAD 9,5 ; S2,serm CI). Remarquable description du prédicateur qui domine les flots de la mer et, lumière, luit dans les ténèbres (Jn 1,5).

Les poissons qui portent les perles sont quasi faitz a mode d'huistres. Leur sayson de concevoir estant venue, elles s'ouvrent pour recevoir la rosee qui leur sert de semence genitale (Hist Nat 9,35 ; TAD 3,2 ; 4,6 ; 5,5 ; L3, lettre 359), et le fruit qu'elles rendent sont perles grosses ou petites, selon la quantité de la rosee. Si la rosee est pure, elles sont c1eres ; si le tems estoit trouble, elles le sont, participans plus de l'air que de la mer ; elles s'engrossissent et nourrissent si elles peuvent recevoir a suffisance de la rosee. Quand il tonne et esclaire, les mere-­perles se tiennent serrees et les perles se fondent faute de nourriture, ou bien elles engendrent une certaine forme de perle pleine de vent comme une vescie (cf Intr VD 3,4) : ce sont avortons de perles ; elles rougissent au soleil, et par viellesse.

La pierre tracienne mouï1lee d'eau et approchee du feu, s'allume soudain et ne se peut estaindre que par l'hüile. (Matthioli, 5,104).

C'est chose asseuree que les chiens en Aegipte lappent et boivent au Nil tous-jours en courant, de peur de servir de proye aux crocodiles. (Pline 8,40 ; S2, serm CXXI). Et nous, si nous sommes sensés, buvons en courant les eaux des délices du monde, car dans leur fleuve habitent le crocodile, le démon, le péché.

Au voyage qu'Alexandre le Grand fit es Indes, le Roy de l'Albanie d'Asie luy donna un chien de grandeur prodi­gieuse, auquel Alexandre prenant plaisir, luy fit lascher d'ours, sanglers, dains, mais ce chien n'en tenant compte demeuroit couché sans se bouger. Le Roy, marri de la pol­tronnerie de [ce] grand cors, commanda qu'on le tuast. Le Roy d'Albanie, adverti de cela, luy en renvoya un autre, l'advertissant qu'il ne failloit espreuver ce chien contre petites bestes ; Alexandre luy fit bailler un lion, lequel fut incontinent mis en pieces par ce chien, puis un elephant, de mesme. Hélas ! quelle indignité de voir les Chrétiens, si grands hommes, vouloir lutter avec les hommes ! Qu'ils luttent et qu'ils exercent leur vengeance contre le démon, cette bête énorme, ce lion qui rôde autour de nous.

Les saumes ayment fort leurs asnons, mais la crainte de l'eausurpasse cet amour ; car pour aller vers leurs petitz elles ne craindront point de passer par le feu, mais si seule­ment il y a un petit ruisseau entre deux, elles ont si grand peur de le passer que mesmes elles ni osent mettre le pied. Aussi ne passeront elles jamais un pont ou on peut voir la riviere parmi les ais, et pour alterees qu'elles soyent, si on leur change d'abbreuvoir elles ne boiront sinon par contrainte et [a] coups de bastons. Il leur faut grand place pour se coucher et ne se couchent qu'au large, car il leur vient mille fantasies et songes en dormant, de sorte qu'elles ruent deça et dela, et si elles rencontroyent quelque chose dure, cela les feroyt clocher. (Pline 8, 43). L'eau, ce sont les afflictions de ce monde : Les eaux sont entrées jusqu'à mon âme (Ps 68,2) ;le feu, c'est le supplice de l'enfer. Pour leurs fils, des parents pires que les ânes, ou semblables à eux, passent par le feu de l'enfer et veulent subir les afflictions de ce monde ; pour élever leurs fils, peu veulent devenir pauvres; pour enrichir leurs fils, ils descendent en enfer. Les hérétiques ne veulent pas boire les eaux auxquelles ils ne sont pas habitués, bien que, sous la mor­sure de leur conscience, ils meurent de soif. Ils ont dormi leur sommeil, etc (Ps 75,6).. Les riches n'ont jamais de repos, à moins qu'ils ne possèdent de grands espaces de terres ; dans leurs rêves, dans leurs folles imaginations, dans leurs désirs, ils sont ballotés en tous sens. (S2, sermon CXXXI).

Muletz et chevaux se chassent l'un l'autre et ne se peuvent accorder.(Idem 8,44). Hérétiques, mulets, ne sont jamais d'accord avec ceux qui sont devenus comme une bête de somme devant Dieu (Ps 72,23), c'est-à.-dire avec les catholiques ; et les hérétiques sont stériles, leur progrès ne va pas plus loin (2 Tm 3,9).

Guenons et marmotz sont tristes et mornes au deffaut de la lune ; au renouvellement, sautent et dancent (Entret. p.209). Les flatteurs rient quand le sort est prospère et sont tristes quand il est contraire. (Id 8,54).

Singesses portent leurs petitz ça et la par mignardise et les faire voir, [si] que par le tracas elles les tuent. (Idem). Les orgueilleux font un tel étalage de leurs œuvres, qu'ils les détruisent..

Les lievres, es hautes montaignes, sont blancz l'hiver pendant que la neige y est, et, dit on, quilz vivent de neige ; et reprennent leur premier pelage, la neige estant fondue (Intr VD 2,21 ; Pline 8,55). Celui qui vit parmi les vierges devient pareillement blanc par la chasteté ; les quitte-t-il pour le monde, il perd sa blancheur première.

. Le lion tremble a la presence du coq, et beaucoup plus sil l'entend chanter (Hist Nat 8,19 ; S1,sermon LIX). Le démon, lion rugissant (2 P 5,8), craint la présence des pasteurs, et beaucoup plus s'ils prêchent. Pierre Mes­sie dit [93] quil craint plus les coqs blancz que les autres (S.Ambr 6,4,26 ; cf Sermon LX). 0 Prélats, pourvu qu'ils soient innocents et qu'ils chantent.

Les petitz pouletz ne craignent ni l'elephant, ni le beuf, ni le cheval, mais a la seule veüe de l'ombre du milan volant, ilz fuit (sic) sous les aeles de leur mere (L4, lettre 638 ; L5, lettre 712), et les aigneaux, du loup.

Le loup ayant touché a la scille (plante) devient perclus. (Preface de Matthioli, traduction de Du Pinet, p.12.). Ainsi le démon, quand il a touché le Christ qui est véritablement une scille placée sur la terre, et une scille d'une admirable puissance.

Les chiens, tant quilz sont couvertz de l'ombre d'une hiene, ne peuvent abbayer ni mordre, ou abbayer contre celuy qui porte la langue d'une hiene. (Pline 8,30 ; 28,8).

L'herbe polipode mise sur les cancres leur fait en peu d'heure despouïller l'escorce qui

les couvre. (Preface de Matthioli, trad. Desmoulins, p. 15.).

Les cicoignes mettent des feuilles de plane en leurs nidz pour en chasser les chauvesauris, leurs ennemies mortelles. Les arondelles y mettent l'ache pour les garder de teignes et autre vermine (ibid.), et l'esclaire pour rendre la veüe a leurs petitz. (Pline 25,50).

Les serpens recouvrent la veüe se frottant contre le fenouïl, (8,25 ; S1,serm LXIV ; S2, serm LXXXVI). Le lion ayant mangé un singe, guerit incontinent de sa fievre. (Ibid 15). Les cerfz et chevres sauvages se guerissent de leurs playes par le dictam, en Candie (25,53), et re­jettent les fleches dont elles sont frappees (Aristot Hist animal 9,6 ; Pline 8,41 ; S1,serm LXI,LXXVIII ; S2, serm CXLIV). Les ours ayant mangé la mandragore, mangent des formies pour se guerir. (Pline 8,27).

L'elephant ayant mangé le camaeleon, se guerit mangeant les feuilles de l'olivier sauvage. L'homme ayant mangé le monde et son inconstante vanité, se guerit par la grace, mais sauvage, a cause quil faut qu'elle l'induise a pœni­tence.

Le saphir et l'escarboucle guerissent du mal des yeux au seul toucher; l'ematiste garde d'enyvrer ; le jaspe estanche le sang ; le topase amortit l'ardeur de luxure (Vincent.Bellov.Speculum naturae 8,16 ; cf Intr VD 3,13), et l'herbe agnus castus, si on couche dessus (Hist Nat 24,19 ; Mattioli in Dioscor 1,116). J'ai aimé tes commandements plus que l'or et la topaze (Ps 118,127) ;parce que ces commandements, par eux-mêmes rendent riche et chaste. Que celui qui veut avoir l'âme chaste se couche sur l'agneau chaste, c'est-à-dire sur la méditation de la vie et de la mort du Christ.

On chasse les formies avec les aisles d'une chauvesauris et le cœur d'une puput.(huppe) (Pref. de Matthioli, trad. Du Pinet, p. 15).

Les serpes fuyent l'odeur d'un viel cuir bruslé, et les papillons le parfum d'un foye de bouq. (Pline 28,8).

La torpille amortit le bras qui la touche, mesme avec une longue perche. (32,1).

Le serpent catablepa fait mourir tous ceux qui le regardent, voire a la distance de mille pas. (8,21).

Si on mesle des plumes d'aigle avec les autres, elles se­ront bien tost consumees et gastees.

Les cordes de luth se rompent toutes toutes en les tou­chant, si on en touche a mesme tems une seule faitte de boyeau de loup ; et de mesme les tambours de peau de mouthon, si on en bat entre eux un fait de peau de loup. Tous les articles de foi se désagrègent s'il s'y mêle une seule erreur ou une seule hérésie ; or, les articles de foi sortent des entrailles de l'Agneau et l'hé­résie des entrailles du loup.

Si on frotte les narines d'un toreau d'huile rosat, il tumbe soudain en tournoyement de teste.

Figues sauvages pendues aux figuiers cultivés empeschent leurs fruitz de tomber avant qu'ilz soyent meurs (Aristot Hist. Animal 5,32 ; De animal generat 1,1 ; S2, serm XCIX).

Le persil, plus il est foulé aux piedz, plus il croit. (Mathioli Pref trad Du Pinet p.13). Plutarque en dit autant du cumin ( Quaestionum convivalium 7,2 Edit Didot, 1844 Scripta tom 2 p.853 ; Intr VD 3,4), duquel Mathioli, page 432, dit que les hipocntes, pour paroistre plus macerés, usent du cumin en leurs viandes et s'en parfument souvent. (Mathiol et Dioscoride, 3,60) : Il fait devenir pasles ceux qui en boivent ou qui s'en frottent. Les Scribes et les Pharisiens hypocrites payent exactement la dîme du cymin ou cumin. Ils payent même la dîme de l'aneth (Mt 23,23), dont la vertu est de provoquer le sommeil et d'aider la digestion ; c'est pourquoi les anciens se couronnaient d'aneth dans les festins, dit Mattioli, (3, fol 431). Et [ils payent la dîme de] la menthe, qui, d'après Galien et Mattioli, quoique Pline dise le contraire, provoque la luxure. Donc les Pharisiens mêlent le cymin avec la menthe qui provoquc la luxure, et l'aneth qui provoque la gourmandise et le sommeil, afin de rendre leur visage tout défait d'avoir l'air continents et jeûnants (Mt 6,16).

Pouletz tués et pendus a un figuier en deviennent plus tendres et meilleurs. (Pref. de Matthioli, trad. Du Pinet, p. 12).

Une broche d'airain mise dans une chair la garde longuement de se corrompre. (Ibid).

Cors tués par le foudre deviennent secz et ne pourrissent jamais ; dont.le poete qui, dit Phaeton, frappé de foudre pourrit en certaine vallee, a esté reprins. (Ibid).

Martia, enceinte, frappee du foudre. (Ibid).

Menthe dans le lait l'empesche de cailler. (Matthiol 3,35).

Murenes frappees d'une ferule meurent soudain.

Scorpions approchans l'herbe delphinium ou lychnis sauvage, ou la racine du premier aconit, sont tellement amortis quilz semblent plus mortz que vifz, et touchant a l'helebore blanc sont incontinent remis en force. (Pref. de Matthioli, trad. Du Pinet, p. 12.).

Les mains frottees de la cotule puante, abeilles et gues­pes ne piquent jamais. (Ibid.).

Roseau et feugere tellement ennemies, que si on tient au soc de la charrue un roseau attaché, toute la feugere qui sera en la terre labouree meurt ; au contraire, les ro­seaux et asperges s'entr'ayment fort. (Ibid.).

Les martes, fouines, belettes ne touchent aux poules frottees du jus de rue, ni le renard a celles qui ont mangé du poulmon de renard. (Ibid).

La vipere rencontrant une branche de fau (fagi), elle s'arreste et demeure estonnee ; aussi fait elle si on la touche tant soit peu d'un roseau. (Ibid).

L'elephant en furie s'adoucit au seul regard du belier (Intr VD 3,8). Hélas ! voyant l'Agneau de Dieu, pourquoi ne sommes-nous pas pa­cifiés ?

Il ni a toreau si furieux qui ne s'appaise estant attaché a un figuier. Je suis attaché à la croix avec le Christ (Ga 2,19) ;et là, qui ne serait pas dans le calme ?

L'aymant frotté de l'ail ne tire le fert (TAD 7,14 ; S2,serm LXXII, XCVII) si, par apres, il n'est lavé de sanc de bouc. L'ail, l'orgueil d'Adam, empêche l'attraction de l'aimant, c'est-à-dire de Dieu; mais quand Dieu est baigné dans le sang du Christ, alors il attire de nouveau.

L'ambre attire les pailles et festus (L8, lettre 1498), mais il ne le fait sil est frotté d'huile. Mathioli, sur le c. 93, dit que c'est si les pailles sont frottees d'huile, et dit que ce qu'on dit quil n'attire pas l'hissope est faux. L'âme avale et attire vers elle toutes sortes de choses viles et ces pailles qui tourbillonnent dans le vent (Ps 82,14) ; mais elle ne le fait pas si elle est enduite de grâce et de charité, car alors cessent les désirs des choses inutiles.

Les chevaux morduz du loup sont plus vistes ; mais silz marchent sur les pas du loup, les jambes s'engourdis­sent et ammortissent (S2, sermons CXXI, CXXXVIII), (Pref. de Matthioli, trad. Du Pinet, p. 12.). Si le démon nous mord par la tentation, nous devenons plus vifs (avant que j'aie été humilié, j'ai commis des fautes Ps 118,67); mais si nous suivons ses traces, c'est-à-dire si nous nous glorifions et nous endurcissons dans les péchés, alors les sentiments s'engourdissent. Si le monde nous afflige, nous devenons meil­leurs ; si nous suivons ses pas et si nous accordons avec lui les pieds de nos désirs, nous devenons languissants.

La chair des moutonz morduz du loup est meilleure, mais la laine engendre des poux au drap qui en est fait. (lbid.).

Le baume, selon Pline, (12,25), croit en la seule Judee, et est la liqueur la plus odorante de toutes. Il retire a la vigne : on le plante par chappons et prouvins ; on l'accoustre comme la vigne qui se soustient d'elle mesme sans eschalas ; on le taille comme la vigne ; ses feuilles ressemblent a celles de la rüe et sont tous-jours vertes. Il recite que au sac de Hierusalem, les Juifz se voulans perdre, voulurent aussi ruiner les jardins de baume qui n'estoyent que deux, mais bien grans ; au con­traire, les Romains les defendirent et se donna une ba­taille.

Pour tirer du baume, il le faut inciser avec du verre ou avec une pierre ou une lancette d'os, car le fer luy porteroit praejudice (S2,sermon CXXXVII).. Estant l'arbre incisé au (sic) grans jours de l'esté, le baume sort goute a goute et tumbe sur de la laine qu'on met au pied de l'arbre, puis on l'espraint dans des cornes. Estant frais, il est blanc et espais comm'huille demi prins ; petit a petit il devient rouge, dur et trans­parent.

Justin, historien, (36,§ 3), dit quil croit aupres de Hiericho, en une vallee ceinte de montaignes ; Strabon en dit de mesme dans sa Geographie, (16,2 et 5), mais il adjouste quil croit encor en la region des Sabreans ; Pau­sanias, en ses Bœotiques [94], dit quil croit encor en Arabie et que les viperes se nourrissent de sa tresoüaifve liqueur. (Mathioli 1,18) : Mais comme s'est il fait que la Judee est privee du baume, laquelle seule jadis le portoit en plus grande abondance ? Il respond que les Rois aegiptiens l'ont transporté ; mais Dioscoride et Galien (Cités par Mattioli, 1,18) tesmoignent qu'en mesme tems il y avoit du baume en AEgipte et en Judëe. (La rayson donc est que, par le mahumetisme, cette region a perdu ses faveurs.)

Theophraste, en l'Histoire des plantes, (9,6), dit que l'arbre est grand comme un grenadier et que ses feulles ressemblent a la rüe, et tant luy que Dioscoride, qu'on l'incise avec le fer. (Pline 12,25) : La vraye espreuve du baume est quil face prendre le lait et ne tache point le drap.

Pline, parlant du cinamome, (12,19), dit quil croit en Ethiopie parmi les buissons, quoy qu'en la plaine, et n'a nulle odeur estant verd ; il est, au plus, de deux coudees. On dit quil croit en Arabie, et qu'Alexandre, singlant en la haute mer, descouvrit premierement l'Ara­bie a son odeur (Intr VD 4,13 ; S2,sermon CXVI ; L2, lettre 230). Il y a un oyseau {Pline 10,33), nommé cinamologue, qui fait son nid de branches de cinamome (Entret.21 p.172) ; en Arabie, les chasseurs l'abbattent avec des fleches pour s'en praevaloir.

Mirrhe, (Pline 12,15), est un arbris­seau de cinq coudees, le tronc espineux et tors ; aucuns disent qu'elle croist au mesme bois que l'encens, l'un parmi l'autre. Les arbres, avant qu'estre taillés, jettent le stacte et praetieuse mirrhe (Sermon CII), puis on les taille deux fois l'an et sort l'autre mirrhe seconde, comme ceux de l'encens. Comme le cinnamome sec, même au milieu des épines, [exhale] le bau­me et la myrrhe, odeur de Dieu (Eccli 24,20), parce que les secondes pousses, quand elles sont taillées, donnent leur parfum ; la contrition [est signifiée par ces mots] : Bri­sez vos cœurs (Jl 2,13).

Oyseaux seleucides viennent au secours des habitans [sur] le mont Casius ou le long d'iceluy, contre les saute­relles, et tient on que Juppiter les leur envoye a leur (sic) prieres, a cause du grand desgast que les sauterelles leur font. (Pline 10,39). On ne sçait d'ou ilz viennent ni ou ilz vont, on ne les voit jamais sinon quand le pais en a afaire. Les Religieux viennent, au moment opportun, pour secourir contre les hérétiques ceux qui habitent sur la montagne de Sion et dans l'enceinte de Jérusalem. (Pline 10,20).

Rossignolz admirables en leur chans (sic) ; estans si pe­titz quilz chantent si bien. Ilz chantent en parfaitte melodie quinze jours seulement et au feuiller des arbres ; l'un ne chante comme l'autre, et a l'envi a qui fera mieux, et quelquefois, sur la contention, ilz meurent en chantant, la vie leur manquant avec la voix. Les petitz aprennent des grans. Ilz chantent les quinze jours et quinze nuitz durans (TAD 5,8 ; 9,10). Ilz muent et changent de pennages ; ilz se retirent en hiver. Pour les vierges chantant le cantique nouveau que personne ne con­naît, si ce n'est celui qui le reçoit (Ap 14,3), car chasque rossignol a son chant particulier. Toujours la louange est dans leur bou­che (Ps 33,2) ;elles meurent en chantant, comme le Christ, Etienne et presque tous. (Pline 10,29).

Racine de polemonia portee, empesche qu'on n'est pi­qué des scorpions, ou si on est piqué, la piqueure ne nuit ; Dioscoride. (Matthioli 4,8 et Epitre, trad. De Desmoulins, p. 5.).

On a donné tant d'honneur a l'herbe vetonica, que la mayson en laquelle elle sera plantee sera contregardee de tout malheur. (Pline 25,8).

En Judee croit une racine appellee du lieu, baaras, ainsy qu'escrit Josephe, (De bel. Jud 7,6,3), sem­blant en couleur a une flambe de feu, et est sur le soir comme une lueur faysant eclairs. Elle fuit ceux qui l'ap­prochent ; qui la touche, il faut quil meure, si il ne la porte pendante en la main. On foüit donq la terre a l'entour et y attachent un chien, lequel voulant suivre son maistre, il l'arrache et meurt incontinent, comme au lieu de celuy qui la devoit arracher ; apres cela, on la prend sans peril. Mise sur les vexés des espris malins elle les delivre sur le champ.

J'ay une racine, dit Mathioli, treuvee par Francesco Ca1ceolario, Veronnois, laquelle ayant trempé une nuit dans du vin, qui boit du vin ne peut nullement manger, pour fain (sic) quil aye, jusques a ce quil aye beu une cueilleree de vinaigre.

Es Indes occidentales, une racine de la grosseur de la cuisse, le suc de laquelle estant beu, fait mourir tout soudain ; du reste, on en fait de tres bon pain et nourris­sant. Mathioli (Trad. Du Pinet Epitre, p.10) Dans la persécution il y a deux sortes d'ennemis.; le suc, et cela c'est le péché. Si tu te réjouis du péché, tu le bois et tu meurs ; si tu te réjouis de ta peine, alors tu vis ; de là : Je hais ceux qui violent la loi de Dieu (Ps 100,3) ; Si j'ai rendu le mal à ceux qui m'en ont fait (Ps 7,5);et cela c'est la haine parfaite (Ps 138,22).

L'herbe achemenides jettee en l'armee des ennemis les fait trembler et fuir ; (Pline 26,4) Idem, raconte que les Rois de Perse donnoyent a leurs ambassa­deurs l'herbe latace, affin que par tout ilz eussent abon­dance de toutes choses. (Ibid.)

Les fleurs et testes du lote d'Egipte, sur le soir se plon­gent en l'eau jusques a la minuit et va au fond; puis, peu a peu, il s'en retourne et se redresse et sort hors ; au soleil levant ses fleurs espanouissent, et les testes s'ouvrent et se treuvent loin de l'eau. (Pline 13,18 ; Mathioli 4,11 trad. Desmoulins, Epitre, p. 5.) La résurrection du Christ au milieu de la nuit, lui qui, après la cène, fut plongé dans la mer.

La cigue qui tue estant avalee, mise sur les yeux en gue­rit les inflammations ; (Mathioli 6,11 Epitre, p. 5.) Péchés représentés par la prédication.

Les asnes, mules, chevaux, meurent mangeans le ne­rium ; beu en vin, il guerit la morseure des serpens. (Ma­thioli, Epitre, p. 5.).

Le pavot mangé cause un sommeil perpetuel, mais il appayse les maladies de grandes douleurs. (Mathioli Epi­tre, p. 5.)

Cantharides mangees, tuent ; guerissent neanmoins les mordus des chiens enragés. (Math. Epitre, p. 6).

La vipere appliquee esteint son venin propre et tous les autres.

Mithridates, Roy de Pont, inventeur du mithridat, avoit tellement renforcé son cors par icelluy que, s'effor­çant de s'empoisonner pour eviter la servitude des Romains, il ne sceut onques (Aulus Gellius Noctes Atticae 17,16 ; Intr VD 2,20).. Pline raconte quil sçavoit 22 langues (Hist nat 7,24).

La fertile nourrit et engraisse les asnes et tue les bceufz et chevaux ; elle ne nuit a l'homme estant mangee quand elle commence a pousser ses feuilles. (Math. 3,75).

Feuilles et fleurs du rosage sont poyson a la muletaille, chiens, asnes et bestes a 4 piedz ; et aux hommes servent de contrepoison contre les scorpions. (Math.) Cigue, ve­nim aux hommes et bestes a 4 piedz ; viande des estor­neaux. (Matthioli, Comment. Dioscor 6 proœmium.).

Cocombres s'alongent pour descendre dans l'eau qui leur sera voysine et remontent pour s'esloigner de l'huile.

Nul arbre portant huile ou resine ne peut estre enté. Huile, ennemi de toute plante qu'on seme, car en estans ointes, elles meurent et sechent.

La peau de la hiene, du crocodile, de l'hippopotame et du veau marin garde de gresle et de foudre; le figuier et le laurier n'en sont jamais frappés (L5, lettre 684)..

(Pline 10,36) : On tient que les pigeons ont ressentiment de gloire et quilz se pavonnent en l'air et font des esplanades ça et la, se mirans en la varieté de leur pennage ; mais cela est cause que les tierceletz et faucons les attrapent, car s'ilz volloyent leur droit vol, il (sic) ne les attraperoyent jamais, car ilz ont l'aysle plus royde que les oyseaux de proye (TAD 4,3) ; mais les ennemis les espient quand ilz s'amusent a leur gloire, pour les surprendre et attraper. Hélas ! orgueilleux !

La cresserelle est bonne aupres des pigeons, car elle es­pouvente, par un certain naturel qu'ell'a, tous animaux de proye, qui craignent son regard et son cri (Intr VD 3,4). L'humilité doit se joindre à toute vertu, car les démons la crai­gnent. (Pline 10,37).

Ibidem: Au tems du siege de Modena, Decimus Brutus, qui estoit dedans, faysoit sçavoir de toutes ses nouvelles au camp des consulz par le moyen des pigeons, leur atta­chant des billetz aux piedz : de quoy donq servoit a Anto­nius de tenir Brutus soigneusement enfermé, puisqu'il avoit ses postes en l'air ? Pour la prière que, dans la prison de ce monde, nous adressons à Dieu et aux Saints ; car le Saint-Esprit, qui l'inspire aux Saints, prie pour nous par des gémissements ineffables (Rm 8,26), et même les anges. C'est ainsi que même saint Paul était prisonnier et enchaîné, lui, mais non la parole de Dieu (2 Tm 2,9).

Martinetz, appellés apodes, jamais n'ont repos qu'en leurs nidz, car ou ilz se pendent, ou ilz se couchent. Ilz n'ont nul usage des piedz, et pour prendre vol ilz ne se longent jamais qu'en lieux eminentz ou le vent les puisse saysir (TAD 2, 9-12-13 ; S2, sermon CXLIII ;. Pline 10,39).

" De sorte que l'histoire d'Arion, dit Pline, est aysee a croire [95]. Arion, excellent jouëur de cytre, estant sur mer, les mariniers delibererent de le jetter en mer. Il les pria de luy donner loysir de joüer encor un coup de sa cytre, ce qu'ilz firent; et tout incontinent, des dauffins vindrent, et fut receu par l'un d'iceux qui le porta au cap de Tenaro, " qui est en la contree de Misistrat en Lacedemone. (Pline 9,8). Si, avant de mourir, nous pouvions jouer de la cithare de la prière et de la contrition, nous serions sauvés ; mais parfois cette grâce n'est pas ac­cordée.

En Languedoc [96], au ressort de Nismes, il y a un'aigue­- morte nommee Laterra. En une sayson de l'annee, les muges, poissons, se jettent en grande abondance en ladite eau ou fosse, par un'estroitte emboucheure qu'il y a de la mer en icelle. Les pescheurs tendent leurs filetz en ladite morte, et par ce que les muges s'eschapperoyent par l'em­boucheure, ilz crient aux daulfins: Simon, simon ! Les dau­lfins accourent et gardent l'emboucheure ; si que les muges qui ne sont prins au (sic) filetz et qui les veulent eschapper sont tués par les daulfins, qui par apres les mangent ; et le jour suivant les pescheurs, pour les recompenser, leur donne (sic) du pain trempé en vin. Hélas! que fera l'âme qui se jette dans les eaux mortes des voluptés ? Elle sera prise soit par le monde, soit par le démon. (Ibid 8).

En Chipre, es forneaux et forges de bronze qui y sont communes, on y voit au milieu d'iceux un'espece de gros­ses mouches a 4 piedz qui volent parmi le feu et sont ap­pellees pirates ou piraustes (Intr VD Préface ; L6, lette 1202) ; si elles sortent du feu un peu loin, elles meurent. (Pline 11,36); le traducteur dit que c'est fable [97]. Oh ! l'âme vit dans la charité, sans la charité elle n'est rien (1 Co 13,1). Homme, mouche quadrupède ; et pourquoi ?

(Pline 11,6) : Mouches a miel enduisent leurs ruches du commosis et y meslent du jus des herbes les plus ameres qu'elles puissent rencontrer, affin de desgous­ter les menues bestioles qui s'y voudroyent affriander, et bastissent de mesme les entrees. La munition delaquelle elles vivent est faitte de la rosee du printems et des gommes des feuilles (Intr VD 2,21 ; S3, serm 1,10) ; elle se treuve au fons des rayons, et amere. Tandis qu'elles font le miel, elles se nourrissent de plantes amères (Intr VD 3,3): symbole de la consolation chez les pénitents.

Abeilles ne font point de mal an fruit quel quil soit. Aristoteles, (de Hist 4,22) : Les abeilles butinent les fleurs sans nuire aucunement au fruit (Intr VD 1,3), et ne se poseront jamais sur une fleur morte; tant s'en faut qu'elles ayment les cors mors (Intr VD 3,13). La charité fait sortir le miel de toutes les actions, mais elle ne fait de tort à aucune. La fleur morte, c'est la vertu morale ; le Saint-Esprit ne s'y posera pas.

(Pline 13,4) : Les palmiers croissent insi­gnement en Judee ; en Italie, ilz sont steriles; en Espagne, ilz portent fruit, mais non point a maturité. Ilz ayment les terres sablonneuses, neanmoins moüillees et trempees, si que ilz se playsent pres les fleuves. En Levant, il y en a de rons et fort grans, environnés de cercles faitz de leur escorce, de la grosseur du poulce, mis a mode de degrés asses pres l'un de l'autre ; et cela sert de robbe a l'arbre et de degré a ceux qui veulent y monter. Ilz ne jettent leurs branches qu'a la cime; ilz jettent leur fruit (sic) atta­chés a des petitz sions sortans des branches a mode d'une grappe, tenant en partie du raysin. Leurs feuilles sont a mode d'espee (Entret..S.Joseph p.210) ; on en fait des cordages et liayson de vignes, et des chappeaux et lottes a la piemontoyse. Il y a masle et femelle; notoirement le masle produit sa fleur en son sar­ment; la femelle ne jette point de fleur, ains le fruit comme le bourguespine. L'un et l'autre produit premierement la chair de la datte, puis le noyau dedans, qui sert comme de graine a la datte ; on le void par ce que les jeunes dattes n'ont encor nul noyau. Les palmiers femelles, ce dit on, croissent a leur juste grandeur, mais demeurent steriles si elles n'ont le masle au pres, par le regard duquel, ou par son exalation, ou par la poudre qui en sort, elles conçoivent et sont rendues fertiles (Entret. ibid ; S2, sermon CLIV) ; aussi on void les femelles s'incli­ner doucement et replier leurs branches du costé des masles, comme leur faisant la court, la ou le masle demeure ferme, accresté et roide ; si on le coupe, les femelles deviennent steriles. Ilz ayment un terroir nitreux et salé, et les Assyriens sement du sel, non sur les racines, mais un peu loin tout autour. Il y a des dattes que les Grecz appellent ca­ryotes (Κάρυον veut dire pesanteur de teste, hinc carous), excellentes a manger, et font un vin singulier qui donne fort a la teste. L'armee d'Alexandre le Grand fut extreme­ment endommagee de ce que ses soldatz ne se pouvoyent souler de ce bon fruit qui les estouffoyt par apres.

(Dioscoride 1,125) : Les dattes font douleur de teste et enivrent, si on en mange trop.

(Mathioli ibidem 125) : Le palmier est un arbre haut, il gette grand nombre de fleurs dependantes de cer­tains petitz poilz en mode d'une grappe, de figure sembla­ble a celles du saffran, mais beaucoup moindres et blanches. Elles sont, avant que de sortir, encloses en une grande cou­verture nommé (sic) palma elaté, laquelle s'ouvrant, elles sortent et s'espanoüissent, d'ou viennent les dattes rou­geastres. Laditte couverture, palma elaté, croit du tronc rnesme, entre les premieres branches, longue de deux empans.

Palme, symbole de victoire, d'après l'Apocalypse (Ap 7,9), sans doute parce que comprimée elle s'épanouit. C'était aussi le signe de la justice (Dt 25,1) et de la victoire dans un procès : à la lettre, dit Nicolas de Lyre (Postillae in Ap 7,9), on mettait une palme dans la main [de l'acquitté] pour montrer qu'i! était vainqueur dans le procès (Voir à cet endroit.). De même : Le juste fleurira comme le pal­mier (Ps 91,13), expression que Tertullien rapporte au phénix, parce que palmier se dit en grec φοίνιξ comme cet oiseau, (De resurr.carnis 13 ; S1,serm CLIV, LII ; S2,serm CLIV).. (De tout ce qui est dit à cet endroit, tu pourras tirer beaucoup d'exemples pour illustrer ta pensée.) De même très remarquablement ce passage du Cantique : Ses cheveux sont comme l'élate des palmiers ; Ta taille, etc. (Ct 5,11 ; 7,7), et : Je monterai sur le palmier, car le juste étend ses branches dans la partie supérieure : il est toujours vert, ses fleurs n'apparaissent que si son écorce et son enveloppe est fendue par les tribula­tions. Les cheveux de l'épouse sont comme les élates, parce que les élates des palmiers enveloppent les fleurs ; quand les élates s'ouvrent, les fleurs appa­raissent blanches : ainsi, quand les cheveux de l'épouse sont séparés, apparaît la remarquable beauté de son visage qui semble un bouquet de fleurs, et il apparaît une telle blancheur que la chevelure semble devenir noire comme le corbeau. - Celui qui a trop reçu du fruit du palmier et de la victoire spirituelle et qui a bu le vin, c'est-à-dire une joie immodérée, sa tête est alourdie par la. vaine gloire, et il est enivré d'orgueil. Il y a beaucoup de considérations à faire au sujet de l'ascension sur le palmier.

Herisson ne sort guere de sa taniere le jour ; la nuit va aux vignes et sous les arbres, fait tumber les raysins avec sa patte et se veautre et monte pour les piquer, comme les pommes tumbees par le vent, et les rapporte. Se fait tout d'espines devant les chiens. (Mathioli Comment. Dioscorid 2,2).

Dioscoride : Scorpion broyé et mis sur sa playe la gue­rit (Intr VD 1,19). (Ibid. 6,11 ; 6,44). Mathioli, (ibid.): L'huile [de scorpion] guerit toute (sic) poyson qui n'est corrosive.

(Ouy, estant vive, car morte, non)Torpille endort la main qui la touche et les piedz, soit mediatement ou immediatement ; elle se fourre dans le limon et arreste les poissons, les engourdissans, et les mange.(Ibid. 15) [98]..........……………………………..

On dit que gardant les cors des mouches a miel mortes noyëes, les couvrant et eschauffant de cendres chaudes, (11,36) dans la mayson tout le long de l'hiver et les remettant au soleil au printems, les tenans couvertes­ de cendres de figuier, elles resusciteront et seront bonnes comm'au paravant (TAD 11,12 ; Pline 11,11). Les hommes sont des mouches mortes dans les eaux de la volupté à l'époque de la bacchanale générale ; ceux-là seuls qui ont été exposés à la pa­role de Dieu pour être réchauffés et se couvrir de cendre, reprennent vie.

Virgile dit (Georg 4,284) quil faut tuer un toreau et le laisser la ; il engendrera des mouches a miel, comme les chevaux mors engendrent les guespes et frelons, et les asnes les eschara­veaux et foüillemerdes [99]. (Ibidem 20). Jésus-Christ mort en croix ; abeilles, ce sont les contemplatifs qu'il a engendrés qui produisent le miel, comme le lion de Samson, etc (Jg 14,8). Les autres morts n'enfantent que des frelons, c'est-à-dire le deuil et la tristesse.

Les guespes ayment la chair; les mouches a miel, au contraire, ne se posent jamais sur mi cors mort (Intr VD 3,13).. Telle est la différence entre les mondains et les spirituels ; (21).

Petites gnespes surnommees ichneumons : elles chassent aux araignes phalanges et, les ayant tuees, elles en endui­sent leurs nids et couvent ce liniment dont elles produisent leur generation ; (21). Ils conçoivent la douleur et enfantent l'iniquité (Ps 8,15).

Frelons et guespes, bastars des mouches a miel, leur font la guerre ; ilz font la cire, mais non pas le miel (Intr VD 3,10) ; 19,24). Les hérétiques, ennemis des catholiques, font de la cire avec leur bouche, c'est-à-dire expriment l'écorce de la lettre ; car la cire aussi contient le miel, mais ils ne produisent nullement le miel. Aucuns pensent qu'elles meurent au premier coup d'eguillon qu'elles donnent; autres , que non, sinon qu'elles les fichent si profond qu'elles ne les puissent retirer sans y laisser le boyau, mais que, par apres, elles sont du tout inutiles, comme les bourdons. A noter pour les irascibles et pour ceux qui exercent la vengeance ; (18).

Les araignes ne travaillent point quand il fait beau tems, mais quand il est trouble ; Les abeilles au contraire (Intr VD 3,28 ; S2, sermon CXLII ; 11,24). Les mauvais pêchent en temps mauvais.

Les araignes phalanges font leurs petitz en leurs tesnieres et les couvent en grande quantité, mais quand ilz com­mencent a germer ilz mangent leur mere et leur pere qui aussi s'ayde a les couver ; et les scorpions terrestres de mesmes. (11,24).

Les cygales vivent de rosee. Ce seul animal, entre tous ceux qui ont vie, n'a point de bouche ni de cul ; en lieu de bouche elles ont une pointe en l'estomac, faitte a mode d'une langue avec laquelle elles lèchent la rosee (Hist Nat 11,26 ; TAD 5,8). Elles chantent neanmoins infiniment [100] . . . . . . . . . . . . . . tuyaux. Saint François appelait frères……............................................... de tout mon cœur……………

Figuiers sauvages produit (sic) des mouchons qui, ni treuvant a manger, se jettent sur les figues privees et ouvrent les souspiraux d'icelles, et par ce moyen, le soleil et vent chaud qui fait meurir le blé entre dedans ; joint aussi que ces mouchons succent le lait qui tenoyt lesdittes figues en enfance, et les font meurir par ce moyen. Et les sages laboureurs mettent des figuiers sauvages, d'ou le vent vient contre les figuiers privés (S2, sermon XCIX). Les figuiers plantés et exposés a la bise et en lieu (sic) maigres n'ont besoin de cet ayde, car ilz dessechent asses d'eux mesmes et cre­vassent (15,19). Les mauvais sont utiles aux bons: Lorsque j'étais dans la détresse, vous m'avez mis au large (Ps 4,2). Si nous nous jugions nous-mêmes nous ne serions pas jugés (1 Co 11,31).

Si l'elephant rencontre un homme qui va simplement son chemin par la forest, il se monstre doux et benin a luy ; sil sent la piste et frais d'un homme avant que de le voir, il tremblera de peur d'estre surprins ; s'arreste, regarde ça et la, et ne marche point sur icelle, mais la jette a l'autre suivant, et l'autre a l'autre, et tous font ainsy et se met­tent en combat. (8,4). Pudicité. Elephans, beuvans huile, font tumber les traitz et fleches qui tien­nent a leur peau ; (8,10).

(35,9) : Polignotus, Thasien, fit un tableau qui fut despuis mis en la galerie de Pompee, ou il y avoit un homme si proprement peint sur un'eschelle, qu'on n'eut sceu dire sil monte ou sil descend. Ne pas avancer, c'est reculer.

Zeuxis, Heraclien, estant devenu riche par son art, don­noit ses peintures pour neant, ayant cette presomption qu'on ne [les] eüt sceu asses payer. (Ibid 9). Dieu donne la grâce que personne ne pourrait assez payer. Mais si un peintre, ayant donné une peinture quelconque avait voulu en vendre une autre à la place de la première, il n'aurait nullement diminué la gloire due à son œuvre ; ainsi Dieu quand il donne la gloire à la place de la grâce.

Zeuxis : Il fit une luitte ou il print grand playsir, et mit dessous " qu'elle seroit plus tost enviee que contrefaite. " ; (Hist Nat 35,9 ; S2, sermons CXXI, CXLVII). Ceci s'applique à la lutte du Christ contre le démon (Mt 4,1), lutte plutôt louée qu'imitée. .

Zeuxis voulant faire un tableau pour ceux de Girgenti, qui en avoyent voüé un au temple de Juno en [Calabre], il voulut voir toutes les filles de Girgenti nües et en choisit cinq pour amasser toutes les marques de beauté qu'elles avoyent. (Ibid.). Ainsi le Christ voulant... faire... des filles ou l'Eucharistie de tous les antiques mystères. [101]

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Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Harrow (Londres).

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Nous, Jean d'Ararithon D'Alex, par la grace de Dieu et du Sainct Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, a tous ceux qui ces presentes verront, salut.

Sçavoir faisons et attestons, que les seize feulliets (note 78) escripts et conteneus dans le present cayer a Nous exhibé par Rd Seigneur Mgr Joseph de Sales, seigneur de Richemont, Docteur en saincte Theologie, chanoine de Nostre Esglise cathedrale de Sainct Pierre de Geneve, et ont esté escripts de la main propre et caracthere de nostre incomparable predecesseur Sainct François de Sales, comme ayant esté par Nous dheuement recogneus et parangonné (sic) sur des autres escripts dudit Sainct, treuvés et delaissés dans les Re­gistres du Greffe de Nostre evesché. En foyet tesmoignage de quoy avons signé les presentes, scellés du seel de ladite evesché et contresignés (sic) par le greffier d'icelle.

Donnés Annessy en Nostre palais episcopal, le dix septieme jour du mois d'avril, mil six cents soixante six.

JEAN, Evesque de Geneve.

MORENS.

XIV

RECUEIL DE SIMILITUDES

1612-1614 [102]

(INEDIT)

Pline, (in Praef. trad. de Du Pinet, p. 2) : Ceux qui prae­tendoyent aux estatz de Rome promettoyent quelque somme des deniers au peuple, et les remettoyent es mains de quelque homme responsable. Or, du tems de Caton, ceux qui pouvoyent avoir le credit de consigner la somme promise en ses mains, avoyent en cela un prejugé et tes­moignage d'innocence. Celui qui veut régner dans le Ciel doit avoir la résolution de garder la loi, et promettre foi, espérance et charité ; mais celui qui, par dévotion spé­ciale à la Vierge, lui confie cette résolution, ainsi que sa foi, son espérance et sa charité, et se place sous sa protection, celui-là possède comme un présage et un gage de salut.

Ciceron, ibidem : Ah ! gentil Caton, que tu es heureux d'avoir esté tel que jamais homme n'osa te solliciter a chose deshonneste ! Ainsi de la plupart des vierges, et surtout de la Vierge Marie qui, couverte du bouclier de la chasteté, n'a jamais été regardée par personne avec des yeux impudiques.

Apion, grammarien que l'empereur Tybere Cesar appel­loit cymbale ou tambour du monde et porte nouvelles, estoit si outrecuidé quil disoit quil immortalisoit les lieux ou il composait quelque livre. (Pref. de Pline, trad. Du Pinet, p. 4.). Mais c'est avec justice que Patmos, les montagnes de Judée, le mont Sion, la prison de Paul sont immortels, ces lieux où Jean, Marie, le Seigneur, Paul, ont composé. - La pedanterie d'Apion.

Apelle et Polyclète avaient coutume d'inscrire sur leurs peintures: [103] " Apelle faisait, Polyclète faisait." Toutefois, Apelles fit troys tableaux auxquelz il mit : " Il a fait " mons­trant combien il se contentoit de ces trois ouvrage (Ibid., p. 5). Ainsi Dieu, au commencement du monde : Soit fait ; et il fut fait ainsi, et il fit les animaux, etc. ; il vit que c'était bon ; c'est ainsi en effet que parle l'Ecriture (Gn 1,3-31) quand [il est question] des autres créatures. Mais quand il s'agit de l'homme : Faisons l'homme ; et alors [l'Ecriture ajoute] : et c'était tout à fait bon.

Les loups garoux en ont aux mortz et fouillent les sepul­cres : Ainsi les médisants qui médisent des morts, comme les hérétiques de notre temps.

(Plin., Hist. Nat 2,37) : Les lumieres et feux qui viennent sur les navires sont de mauvais praesage quand il ny en a qu'une seule, que les mariniers appellent helene ; et mesme, ce feu solitaire tumbant au fond, il brusle le vaisseau. Mays quand on void deux feux, ilz ap­portent tout bonheur et presagent bon voyage, et a leur arrivee le feu malheureux qui est seul et s'appelle helene, s'enfuit et s'esvanouit. Quand ilz sont deux ilz s'appellent Castor et Pollux, et se posent quelquefois sur les testes des hommes ou a l'entour. - L'espérance sans la crainte, ou la crainte sans l'espérance est cette lumière solitaire et malfaisante qui brûle le vaisseau; mais quand elles pa­raissent toutes deux, c'est un bon augure et elles chassent la mauvaise lu­mière, c'est-à-dire le désespoir, la crainte sans espérance, ou la présomption qui n'est que l'espérance non accompagnée de crainte. De même le zèle sans la science, ou la science sans le zèle. Ainsi, l'amour de Dieu sans l'amour du prochain est un amour faux et présomptueux, et l'amour du prochain sans l'amour de Dieu est un amour de concupiscence et un mauvais amour; mais dès qu'arrive la charité, qui possède l'un et l'autre, ces faux amours s'éva­nouissent.

(Plin ibid, 40) : La canicule regnante, la mer bouillonne, les vins poussent. Il y a une sorte de che­vreul [104] qui n'a qu'une corne, en Egipte, qui regarde droit cest'estoile apres qu'ell'est levee, et esternue en signe de reverence, et les chiens sont sujetz a devenir enragés. Lorsque l'hérésie, étoile de la canicule, paraît au ciel de l'Eglise, la mer, c'est-à-dire les peuples, bouillonne; le vin de la doctrine est troublé par les interprétations les plus détestables ; les chevreuils d'Egypte (Protège mon humilité contre les cornes des licornes Ps 21,22 ), c'est-à-dire les hommes adonnés à la chair et à la lasciveté, la saluent avec joie ; enfin, la plupart des chiens, surtout parmi les moines, deviennent enragés.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .

[105] Abandonné après avoir été préparé.

La tentation de luxure est semblable aux cirons qui s'attaquent au dedans et au dehors, surtout des objets secs. Ceux qui transpirent ou suintent une humeur visqueuse sont à peine attaqués. Item, la différence entre Philippe et Alexandre, comme on peut le voir dans Plutarque (Vie Alex.le Grand) : c'est que Philippe tirait gloire de tout; Alexandre, des grandes actions seulement.(S4, serm XLIX).

XV

AUTRE RECUEIL DE SIMILITUDES

1612-1614

(INÉDIT)

Loups dorés de Cilicie fuyent quand le soleil se monstre. (Appian,3.). Ainsi les hérétiques, véritables loups, mais loups dorés parce qu'ils se couvrent du prétexte de l'Ecriture, fuient l'Eglise vêtue de soleil, ou fuient le soleil dans l'Eglise, c'est-à-dire les Conciles revêtus du Saint-Esprit.

Laurier enrage (aupres d'Heraclee), (Plin.16,44) ; si on en mettait une branche dans un navire, tous les passagers s'entrequerelloyent (sic) sans cesse. L'orgueil, le mien et le tien, l'hérésie, la présomption font naître entre les hommes les querelles, les haines, les divisions. Mais le laurier naturel ordinaire est signe d'asseurance, n'estant touché du foudre.

(Plin.12,18) : L'Arabie Heureuse est ingrate, rendant graces aux dieux celestes de ce qu'elle recevait des infernaux (S2, serm XCVI). Ainsi, la plupart du temps, les hommes rendent grâces aux dieux mor­tels et terrestres pour ce qu'ils ont reçu du Ciel. En conséquence, ils se don­nent le titre de créatures des hommes puissants, etc., et souvent ils attri­buent à la grâce divine les royaumes, l'épiscopat, etc., dignités qu'ils possè­dent par suite de la colère de Dieu ou de leurs propres vices.

Ou le soleil bat a plomb il ny a point d'ombre ; ainsy en la Vierge, regardee directement et a plomb par Nostre Seigneur, ilny a nulle ombre de peché : Parce qu'il a abaissé son regard sur l'humilité de sa servante, voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse (Lc 1,48). – Le midi des creatures.

Les dains de la Cilicie ne sortent jamais de la pro­vince et ne passent jamais les montz qui la divisent de la Syrie. (Pline 8,58). Ainsy chacun doit de­meurer dans sa vocation.

Nymphidius vouloit estre creu filz de Cesar, mais sa mine le dementoit, car il ressembloit a l'escrimeur Martian. (Plut in Galba 9). Les ministres voudroyent faire croire quilz sont enfans des Apostres, mais ilz n'en ont pas la mine. Ilz ne prisent pas le jeune, la virginité, la pauvreté, etc. ; ilz ressemblent plus tost au Turc et leurs eglises aux mosquees.

Pline. Xagua, plante de l'isle Espagnolette, produit un suc blanc a merveilles, qui tache neanmoins les draps d'une noirceur qui ne peut estr'ostee. (Silvester de Nierio). Au contraire, le savon noir blanchit admirablement. Mauvaise cause, bon effet, et réciproquement. La science enfle (1 Co 8,1) ;l'abjec­tion provenant de nos péchés, la tribulation, produisent la joie ; la prospérité nous précipite dans les dangers, et quelquefois est la mère du péché, etc.

Rossignol commençant a chanter, c'est signe quil com­mence a manger seul. (Ch. Estienne, Mayson rustique, p. 386.). Hélas, nous, au contraire, nous mangeons longtemps avant de rendre grâces au Seigneur et de le bénir !

Paon chasse naturellement a la vermine, araignes, mou­ches ; L'aigle, au contraire. Parfois les beaux esprits, comme Montaigne, s'appliquent à des choses frivoles et mauvaises ; mais les esprits solides et forts agissent autrement.

Une poule qui meyne les poussins, en voyant un'autre qui meyne les paonneaux, elle laisse les siens, de jalousie et desdain. Ainsi la plupart abandonnent le chemin des vertus quand ils voient d'autres plus parfaits ; ils abandonnent les travaux de leur profession quand ils voient les autres faire des œuvres plus belles, comme de prêcher, etc. Mais au contraire, ils devraient considérer qu'il vaut mieux pour eux faire leur œuvre propre et conduire leurs propres poussins, que de faire les œuvres de grâces gratuitement données et qui ne sont utiles que pour les autres, et de conduire les poussins des autres.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin

XVI

RECUEIL DE SIMILITUDES

ET NOTES POUR LA RÉDACTION DU TRAITÉ

DE L'AMOUR DE DIEU

1612-1614

(INÉDIT)

Pour la Passion du Seigneur, vois Pereira (ad Gn 22, disp 15, fol 632) ; assurément (4 R 3) sur le roi de Moab immolant son fils, etc.

Au début du Livre, sur la force de l'amour, il faut indiquer l'épée au seuil du paradis ; et vois Pereira. (6,p.710). L'épée est portée par le Chérubin, c'est-à­-dire par la science.

( Saint Augustin, Sermon XLVI ; P.L. 5,106,8). Vois, au sujet de l'immolation du cœur sous la figure d'Isaac (Gn 22,1), et applique à l'immolation du libre arbitre.

Les Ethiopiens excitent le feu a leur rubis par vinaigre (S2, serm C ; Plin 37,7).

Saint Bernard [106]: En quelque lieu qu'il soit, le curieux scrute les choses profondes plutôt que les choses utiles.

Les enfans qui parlent fort tost, marchent tard; (Plin 11,51). Les bavards ont peu de sentiment.

(Plin 11,53) : Porceaux mangent les ser­pens sans s'en sentir ; tous autres animaux en meurent. Ainsi les péchés sont nourritnre pour les porcs, c'est-à-dire pour les hommes souillés et luxurieux ; pour les autres ils sont trépas, c'est-à-dire amers comme la mort.

Chattons ne sont ni fruitz ni feuilles, ni fleurs ni fruitz. Actions purement indifférentes.

Le sappin meurs (sic) si on luy oste la cime.

Haliet, aigle de mer, (S2, serm CXXI et note)qui prend les poissons; et s'il lui arrive d'en saisir un trop grand pour qu'il puisse le porter, il se laisse engloutir dans l'abîme avec sa charge, plutôt que de lâcher sa proie. - Voleurs se refusant à restituer et à abandonner les sociétés, conversations et moyens coupables. (Lauretus [107])

O admirables paroles de Grégoire de Nazianze ! (Apol 1 Orat 2 Apologetica 77 ; P.G. 35) : " J'ai été attiré dès mon jeune âge (car il me plaît de révéler au public quelque chose qu'il ignore), et je fus offert en présent à Dieu par un vœu de ma mère, au moment même où je sortis de son sein. " Peu après il dit qu'il méprisa tout à cause du Christ(cf Ph 3,7) : la faim, la santé, les belles-lettres même, elles dont, " dit-il, " j'ai surtout tiré cet avantage, de pouvoir y renoncer, afin qu'il y ait quelque chose que je puisse sacrifier à Jésus-Christ. " - Ecoutez, vous, qui vous appliquez à des sciences élevées, mais non appropriées.

Les lamies (Chacals ?) aussi ont découvert leurs mamelles, elles ont allaité leurs petits (Lam 4,3)Philostrate (De vita Apollonii 4); Politien, dans les Miscellanées ; Cœlius Rodrigenus (Lectionum antiquarum libri 30 ; in-8, Lugduni 1560, var Lect 29,5) ; Dion (Dion Chrysostome Historia libyca). Les lamies sont des monstres d'Afrique leur téte, leurs yeux, leurs dents, leur poitrine sont d'une grande beauté ; le reste du corps est monstrueux, horrible, hideux. C'est pourquoi elles montrent d'abord à leurs petits leur belle poitrine; mais quand elles les ont ainsi attirés, elles les dévorent, et, comme dit Horace (Ars Poetica 340) :

"Que [le poète] ne fasse pas sortir un enfant vivant du ventre d'une lamie qui s'en serait repue."

Allaiter signifie, dans les Ecri­tures, caresser : Si les pécheurs te caressent, ne te laisse

pas attirer à eux (Pr 1,10).Les courtisanes montrent leur poitrine, comme les lamies, pour caresser les jeunes gens; s'ils consentent, elles les précipitent dans la ruine. Les petits des lamies sont ces jeunes coquets, bien frisés et bien peignés qui se livrent à la vanité féminine.

Les évêques sont les peintres de la vertu, sujet le plus excellent de tous (S2, serm CI) ; qu'ils se gardent de mal reproduire, soit en paroles, soit en actions, un sujet aussi excellent. (Greg Naz Apol 1,5,1-13 ; P.G. 35,420).

(Isaïe, 6,5) : Je suis un homme aux lèvres souillées et j'habite au milieu d'un peule qui a les lèvres souillées. Pour la Préface (du TAD) : Comment [par­ler] de l'amour au milieu des foules populaires s'il ne vient l'un des Séraphins ?

Les lèvres et les joues de l'épouse sont de pourpre, (Ct 4,3) ; dans tout ce passage la comparaison porte sur les lèvres et les joues.

(Saint Augustin, De Civit 14,8 vers la fin) : " On raconte," dit-il, " qu'Alcibiade, si ma mémoire ne me trompe pas sur le nom du personnage, " etc. - Où l'on voit que ce grand homme ne se souciait pas tellement dans ses exemples de tous les détails de noms et de circonstances, car même en écrivant ces livres très graves, il ne prit pas la peine de chercher si celui à qui était arrivé ce qu'il raconte s'appelait bien Alcibiade.

Pline,(7,12) rapporte l'histoire de deux jumeaux extraordinaires (S2, serm XCIX ; S4, serm LIX), l'un Asiatique, l'autre Allobroge. Pour l'amour faux et l'amour vrai.

Arbres de Tylos, fleurs admirables en odeur, et fruit détestable en amertume (12,10).

Charité, lien de perfection. Comme l'âme unit les membres, ainsi la charité unit le corps des vertus ; (ad Col 3,14 ; Ac 4,32).

L'amour de Dieu se tourne en amour de l'homme.

Pour l'amour du prochain, voir saint Augustin, (De vera religione 1,47).

La charité complète toute forme de vertus. Apporter comme exemple le chrétien répondant à tout: Je suis chrétien. Voir Eusèbe, cité au début du Catéchisme.

Minutius Félix, comparant les Gentils aux Chrétiens: " Vous, " dit-il, " vous craignez les témoins, et nous, la conscience. "

Le cœur a en lui un mouvement qui lui est propre et qui fait mouvoir tout le reste: ainsi la charité.

Exemple remarquable tiré des juments qui se regardent dans l'eau et qui en arrivent à la rage ; elles se consument d'amour, courant et regardant de tous côtés, comme si elles devaient avoir avec elles leur image. Pour le remède, voir Charles Estienne La Maison rustique, fol. 83.

Phidias plus heureux dans la représentation des dieux que dans celle des hommes (Calep. [108]) ; et moi, peut-être, [plus heureux à instruire] les hommes de la dé­votion commune que du grand amour.

Ne pas vouloir aimer Dieu autant qu'on peut, par mépris, découragement, orgueil, est un péché. (Bellarmin de Monachis 2,13).

Dans le Traité sur l'empire et le règne de l'amour (TAD liv 11): comme il a été établi que l'amour réside dans la suprême pointe de l'âme comme sur le trône su­prême de tout le royaume, il faudra faire des chapitres où nous montrerons que ce suprême amour se sert des amours inférieurs : à savoir, comment la cha­rité se sert de l'amour de convoitise, qui est l'espérance, et lui commande ; comment elle se sert de l'amour de désir, de l'amour de bienveillance ; ensuite, comment elle se sert de la crainte, de la joie, de la douleur et de toutes les au­tres passions de l'âme ; et puis, comment elle se sert des vertus, et règne ainsi partout. Voir à ce sujet saint Augustin (De Civit Dei 14,7, d'après Azor, [109] fol. 169), où il dit que l'amour désire, craint, souffre. C'est qu'en effet, il commande à tous ces sen­timents.

Sur qui les Anges aspirent à fixer leurs regards (1 P 1,14).L'amour qui se rassasie du bien souverain est toujours plus ardent à aimer et ne consent pas à se re­poser , de là une satiété sans dégoût ; il a le désir et le calme ; il désire une chose non pas absente, mais présente et qu'il possède ; il est rempli sans être assouvi. Amour désirant et désir aimant.

Au chapitre sur l'amour inné et intime (TAD 1,16), il nous faudra ajouter la compa­raison de celui qui cherche, pour creuser un puits, les eaux cachées sous terre : au moment le plus chaud de l'été, quand la terre est toute sèche, peu avant le lever du soleil, couché sur la terre, il parcourt du regard la plaine du côté de l'orient, et à l'endroit où il aperçoit un léger nuage, une légère vapeur, il juge que là se cache une source que, d'ailleurs, il ne voit pas. Ainsi, bien que l'amour de Dieu par dessus toute chose n'apparaisse pas en nous, nous aper­cevons, si nous y regardons bien, une sorte de vapeur qui, même dans la plus grande sécheresse, apparaît : ce sont certaines affections, certaines inclinations qui révèlent la source cachée de l'amour.

Le poirier ne peut jamais être greffé sur le chêne, ni l'olivier sur le figuier. Ainsi sont certaines passions sur lesquelles la charité ne peut être entée, comme la colère, la tristesse; c'est à grand peine qu'on y peut enter la charité.

Le pin, sapin, cypres et autres arbres gommeux et oleeux, ne reçoit (sic) le mariage d'aucun arbre, arbres insociables ; quia succus (la seve) ne se peut mesler, ou parce qu'ell'est trop espesse et parce qu'estant grasse elle ne se peut appliquer. Ainsi sur les fables des poètes on ne peut guère greffer les concepts théo­logiques , car les mensonges des poètes ne peuvent être mêlés aux vérités de la théologie, ni la prudence de l'esprit à la prudence de la chair (Rm 8,6)..

Le fruit provient selon le greffe, mais il tient le goust du tronc (Maison rustique 2, p.193). Ainsi les œuvres commandées par la charité sont des œuvres d'amour ; mais qui tiennent cependant de leur nature propre une certaine dignité par­ticulière.

Œilletz sauvages jettés devant les scorpions leur ostent la faculté et force de nuire (Maison rustique, p. 133) : la parole de Dieu oste la force des tentations. Appliquez-vous à l'étude des Ecritures, et vous necraindrez pas les vices de la chair. Ils n'étudient pas [réellement] les Ecritures, car l'Ecriture est une science qui s'adresse au cœur ; eux, ils étudient seulement la lettre, non le sens ; autre chose est de s'adresser à l'intelligence pour comprendre, autre chose est de s'adresser au sentiment pour sentir. Soyez dans le même senti­ment où a été Jésus-Christ (Ph 2,5). De même la vie du Christ et ses exemples, tout cela ôte la force aux tentations.

Lys des vallées (Ct 2,1), grand muguet. (Maison rus­tique,2,p.134).

Flambe, glay (gladiolus). Le souci s'ouvre a la lueur du soleil (Ibid, 2, p. 234) ; les fleurs de flambes, tant blanches que bleües, [se] ferment a la lueur du soleil et s'ouvrent seulement en tems froid et humide. Sa racine est odorante ; elle ressemble a l'arbre triste, en ce que l'arbre triste ne fleurit que la nuit. La charité se développe surtout dans la tribulation ; mais la fausse charité se déploie seulement dans les prospérités et les consolations. La bienfai­sance, quand elle a pour racine la charité, s'épanouit au milieu des pauvres et dans le secret ; la fausse, veut se faire voir (Ibid., p. 134).

Le lys se teint de toutes les couleurs si sa racine, avant d'être plantée, est plongée dans un liquide coloré. Ainsi la charité est patiente, douce, et le reste (1 Co 13,4).

A mesure qu'on le plante avant en terre, il fleurit tard; en plantant 12 doigs, 6, 4, il en viendra les uns tost, les autres tard, si que sa sayson depend de cela. (Ibid. p. 135). Ainsi les cœurs fleurissent, soit plus tôt, soit plus tard, selon qu'ils sont plus ou moins enfoncés dans la terre.

Stigmates de saint François (TAD 6,15) : son cœur brûla de l'amour de complaisance, puis son corps qui, par suite, devint plus tendre, grâce à la dilatation ; ensuite, la Passion y étant attirée par la compassion, s'y imprima facilement. Un tel amour est merveilleux.

Comme le lupin et la fèven'épuisent pas, mais au contraire fertilisent le champ qui les nourrit, ainsi l'aumône, la pitié pour les pauvres, l'action faite par miséricorde, n'épuisent ni le patrimoine, ni l'exercice de la contempla­tion, mais les fertilisent.

Stigmates : par cet amour de complaisance grâce auquel il aimait tellement les stigmates [de Jésus-Christ] qu'il les attirait sur lui. Ainsi nous voyons que le loriot, ou ictère, attire à lui la maladie de ceux qui ont la jaunisse (S4, serm LXV ; Pline 30,11) ; ainsi encore nous voyons que les maladies se communiquent par sympathie : Qui est infirme sans que je sois infirme avec lui ?(2 Co 11,29).Nous contractons l'inflam­mation des yeux, surtout parmi les amants. De même ces stigmates, étant donné un très ardent amour de complaisance, auraient été attirés en partie, par des causes naturelles, en partie imprimés miraculeusement par l'aimé qui, pour plaire à son amant, imprima sur lui ces blessures pour lesquelles il avait tant d'amour

L'amour de complaysance provoque a la louange et honneur, par maniere d'admiration et de dec1aration du sentiment que nous avons (TAD 5,2) : c'est pourquoy, au traitté de l'Orayson, il en faudra faire mention es chapitres de la louange (Id 5,8-12) etc.

Il faudra faire trois traittés de la prattique de l'amour de Dieu : l'un en l'orayson, l'autre es actions, et le 3e es souffrances (TAD Livres 6,8,9), car on prattique l'amour en ces trois occasions.

Quand le roy des abeilles est mort, elles s'amoncelent autour de luy, et si leur gouverneur ny prend garde, elles meurent-la plustost que de le quitter (S3, serm XVII) ; il faut donq quil le leur oste de devant. Oh ! pourquoi ne mourons-nous pas avec le Christ mourant ? Je suis attaché à la croix avec le Christ (Ga 2,19). Elles mur­murent et bourdonnent, comme le plaignant. (Mayson rustique 2, 66, fol. 182).

Si elles entrent en sedition, on leur jette un peu de vin cuit ou emmiellé, et par cette douceur elles sont bien tost appaysees (TAD 6,9). Oh ! comme le Sacrement de l'Eucharistie devrait chasser toutes les disputes.

Les chiens, si on leur jette de la viande, sont provoqués au combat ; les abeilles, si on leur offre du miel, sont provoquées à la paix. Différence entre les vrais biens et les faux biens.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

B - PETITS TRAITES ET AVIS A DES DESTINATAIRES PARTICULIERS

I

AVIS A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE SUR LES DEVOIRS QUE LUI

IMPOSENT SA PROFESSION RELIGIEUSE ET SA CHARGE

Dijon, avril 1604 [110]

Qu'est-ce que la dévotion ? - La vraie Religieuse" doit estre devote " et fer­vente. - Fuir le péché et tout ce qui peut être une entrave pour l'âme. ­- La méditation, l'Office divin, les oraisons jaculatoires, la lecture spirituelle. - Conseils pour le coucher et le lever. - Comment on acquiert la " promp­titude a bien faire ". - La sainte Communion les premiers dimanches de chaque mois : préparation et action de grâces. - Eviter la mélancolie, et pourquoi. - Douceur, joie, humilité et tranquillité, accompagnées d'une grande confiance en Dieu. - Obligation, pour une Abbesse, de travailler â la perfection de ses Religieuses et de réformer le Monastère. - L'exemple est le meilleur moyen. - Le dortoir doit être fermé aux séculiers. - Livres â lire pendant les repas. - Que faire pour l'Office. - Choisir une Religieuse pour les affaires temporelles. - Le rétablissement de la perfection et de la Règle sera le plus grand service que l'Abbesse pourra rendre à Notre Seigneur; le désirer et le poursuivre, mais avec patience.

1. Vous aves deux qualités, car vous estes Religieuse et si estes Abbesse. Il faut servir Dieu en l'une et en l'autre,

et a cela doivent estre rapportés tous vos desseins, exer­cices et affections.

2. Resouvenes vous qu'il n'est rien de si heureux qu'une Religieuse devote, rien de si malheureux qu'une Religieuse sans devotion.

3. La devotion n'est autre chose que la promptitude, ferveur, affection et mouvement que l'on a au service de Dieu. Et y a difference entr'un homme de bien et homme devot, car cestuy-la est homme de bien qui garde les com­mandemens de Dieu, encor que ce ne soit pas avec grande promptitude ni ferveur ; mais celuy-la est devot qui non seulement les observe, ains les observe volontier, promp­tement et de grand courage (IVD 1,1).

4. La vraye Religieuse doit estre devote, et procurer d'avoir une grande promptitude et ferveur. Pour ce faire, il faut premierement prendre garde de n'avoir point la conscience chargee d'aucun peché, car le peché est un si pesant fardeau que, qui le porte ne peut cheminer contre mont ; c'est pourquoy ilse faut confesser souvent et ne jamais laisser dormir le peché dans nostre sein. Seconde­ment, il faut oster tout ce qui peut embarasser " les piedz " de nostre ame, qui " sont les affections (S.Aug. Enarrat in Ps 94,2)" lesquelles ilfaut retirer et desprendre de tout object non seulement mauvais, mais de celuy qui n'est pas bien bon, car un cheval entravé ou piqué ne peut courir.

5. Outre cela, ilfaut demander cette promptitude a Nostre Seigneur, et partant il faut s'exercer a la priere et meditation, ne laissant passer aucun jour sans en faire une petite heure durant.

Et touchant la priere, je vous advertis que, premiere­ment, vous ne devés jamais laisser de dire l'Office ordi­naire, qui est commandé de l'Eglise, et plus tost faut laisser toutes autres prieres. Secondement, apres l'Office, ilfaut preferer la meditation a toutes autres prieres, car elle vous sera plus utile et plus aggreable a Dieu. Troysiesmement, ayes l'usage des oraysons jaculatoires, qui sont des sous­pirs d'amour que l'on jette devant Dieu pour requerir son ayde et son secours. A quoy vous servira beaucoup de garder en vostre imagination le point de la meditation que vous aurés le plus gousté, pour le remascher le long de la journee, comme l'on fait les tablettes pour le cors. A cela mesme vous servira une croix ou image devote pendue a vostre col, ou chapelet, la maniant et baysant souvent en lhonneur de Celuy qu'elle represente. Et lhors que l'horo­loge sonne, de dire quelque petit mot de cœur ou de bouche, comme serait : VIVE JESUS ! ou bien : Voicy l'heure de se resveiller au bien ; Mon heure s'approche, et semblables (Op4 note 177 et p. 105). ' Quatriesmement, ne passes aucun jour, sil est possible, sans lire quelque peu dans quelque livre spirituel, mesmes avant la meditation, pour resveiller en vous l'appetit spirituel.

Prenes par coustume de vous mettre en la presence de Dieu le soir avant vostre repos, le remerciant de ce quil vous a conservé, et faysant l'examen de vostre conscience, ainsy que les livres spirituelz vous l'enseignent. Le matin, faites en de mesme, vous pneparant a servir Dieu le long du jour, vous offrant a son amour et luy offrant le vostre. Je suis d'advis que vostre meditation se face le matin, et que le soir precedant vous lisiés le point que vous voudres mediter, dans Grenade [111], Bellintani [112] ou quelqu'autre semblable.

6. Pour acquerir la sainte promptitude a bien faire, ne laissés passer aucun jour sans en prattiquer quelqu'action . particuliere a cett'intention ; car l'exercice sert merveil­leusement pour se rendre un chemin aysé a toute sorte d'operation (L11, note 647).

7. Ne manques jamais [de] [113] communier tous [les] pre[miers] Dimanches du moys, outre les bonnes festes, et le so[ir] devant, confessés vous et excites en vous une sainte reverence et joye spirituelle de devoir estre si heureuse] que de recevoir vostre doux Sauveur; et faittes alhors nouvelle resolution de le servir fervemment, laquelle l'ayant receu, il faut confirmer, non pas par vœu, mais par un bon et ferme propos. Le jour de vostre Communion, tenés vous la plus devote que vous pourres, souspirant a Cel[uy] qui sera en vous, et le regardes perpetuellement de l'œil interieur, gisant ou assis dans vostre propre cœur com­me dans son trosne, et luy faites venir l'un'apres l'autre vos puissances et sens pour ouïr ses commandemens et luy promettre fidelité (Op4, note 180). Ceci se doit faire apres la Communion, par une petite meditation de demi heure.

8. Gardes vous de vous rendre melancolique et impor­tune a ceux qui sont aupres de vous, de peur qu'ilz n'attri­buent cela a la devotion et qu'ilz ne la mesprisent. Au con­traire, rendes leur le plus que vous pourres de consolation et contentement, affin que cela leur face honnorer et estimer la devotion et la leur face desirer.

Procurés en vous l'esprit de douceur, joye et humilité, qui sont [vertus] les plus propres a la devotion ; comm' aussi la tranquillité, sans vous empresser ni pour ceci ni pour cela, mais alles vostre chemin de devotion avec un'entiere confiance en la misericorde [de] [114] Dieu q[ui] vous con­duira par la main jusques au pais celeste; et partant, gardes [vous] des chagrins [et disputes].

Touchant vostre qualité d'Abbesse, c'est a dire Mere du. Monastere, elle vous oblige a procurer le bien de tous (sic) vos Religieuses pour la perfection de leur ame, et par con­sequent a reformer leurs mœurs et toute la Mayson.

Le moyen de ce faire en ce commencement doit estre doux, gracieux et jo[yeux], sans commencer par reprehen­sions des choses qui ont esté supportees jusques a present; ains vous deves vous mesme, sans leur dire mot, monstrer tout le contraire en vostre vie et conversations, vous occu­pant devant elles en saintz exercices: comme seroit, fay­sant quelquefois des prieres en l'eglise, ou bien mesme la meditation, disant le Chapelet, faisant lire quelque livre spirituel pendant que vous travailles de l'eguille, et les caressant plus doucement et modestement que jamais. Faittes une speciale amitié avec celles qui se rangeront a la devotion, et ne laisses pourtant de bien caresser les autres pour les gaigner et attirer au mesme chemin.

Tenes-vous courte avec les conversations mondaines et ne permettes pas, que le moins que vous pourres, qu'elles soyent en vostre chambre particuliere, pour, petit a petit [115], procurer que le dortoir des Dames en soit entierement exempt ; ce qui seroit bien requis, et vostre exemple en est un grand moyen.

A la table, procures que l'on lise quelque beau livre spi­rituel, comme Grenade [116], La vanité du monde [117],Gerson [118], Bellintani (note 112) et telz autres; et mettes en coustume que ce soit tous les jours.

En l'Office, il faut que vostre contenance devote donne loy a toutes les Religieuses de modestie et reverence ; ce que vous feres aysement si vous vous mettes en la presence de Dieu au commencement de chaque Office. J'estime que d'introduire le Breviaire du Concile de Trente [119] sera une chose utile et prouffitable.

Ne faites point trop l'austere pour le commentement ; mais soyes gracieuse a tout le monde, hormis aux personnes bien mondaines, avec lesquelles il faut estre courte et retiree.

Il sera bon que vous employies quelqu'une de vos Reli­gieuses pour vous ayder en la conduite des choses tempo­relles, affin que vous ayes tant plus de commodité pour vous addonner au spirituel et aux offices de charité.

En fin, ne vous empressés point pour ce commencement ; mais faites tout ce que vous feres si gayement et avec tant de douceur, que toutes vos filles ayent occasion de vouloir embrasser la devotion. Petit a petit, et lhors que vous les y verres embarquees, il faudra traitter plus entiere­ment du restablissement de la perfection et de la Regle, qui sera le plus grand service que vous puissies faire a nostre Sauveur : mais tout cela doit proceder non tant de vostre authorité, comme de vostre exemple et douce con­duitte.

Dieu vous appelle a toutes ces saintes besoignes ; escou­tes-le et obeysses. N'estimés jamais d'avoir trop de peyne ni de patience a la poursuitte d'un si grand bien. Que vous seres heureuse si, a la fin de vos jours, vous pouves dire comme Nostre Seigneur : J'ay consommé et parfait l' œuvre que vous m'aves mis en main (Jn 17,4) ! Desires le, procures le, penses a cela, pries pour cela ; et Dieu, qui vous a donné la volonté pour desirer, vous donnera les forces pour le bien faire (Ph 2,13).

Revu en partie sur l'Autographe conservé à la Visitation de Dijon.

II

MÉDITATION POUR LE COMMENCEMENT DE CHAQUE MOIS AVANT LA SAINTE COMMUNION

ADRESSÉE A LA MÊME [120]

[Dijon, avril 1604]

Pourquoi sommes-nous en ce monde ? - Tout ce qui est contraire à notre fin dernière doit être rejeté. - Malheur de ceux qui n'y pensent point. - Aveu de notre misère et résolutions. - Un mot de saint Bernard. - La couronne de roses après la couronne d'épines.

Mettes vous en la presence de Dieu, pries le qu'il vous inspire.

Imagines-vous que vous estes une pauvre servante de Nostre Seigneur, et qu'il vous a mis en ce monde comme en sa mayson.

1. Demandes luy avec humilité pourquoy il vous y a mise, et consideres que ce n'est pas pour aucun besoin qu'il eust de vous, mais affin d'exercer en vous sa liberalité et bonté; car c'est pour vous donner son Paradis. Et affin que vous le puissies avoir, il vous a donné l'entendement pour le connoistre, la memoire pour vous resouvenir de luy, la volonté et le cœur pour l'aymer et vostre prochain, l'imagination pour le vous representer et ses benefices; tous vos sens pour le servir, les oreilles pour ouyr ses louan­ges, la langue pour le loüer, les yeux pour contempler ses merveilles, et ainsy des autres.

2. Considerés qu'estant creée a cette intention, toutes ac­tions contraires a cela doivent estre extremement evitees, et celles qui ne servent de rien a cela doivent estre mesprisees.

3. Considerés quel malheur c'est au monde de voir que les hommes pour la pluspart ne pensent point a cela, mais leur est advis qu'ilz sont en ce monde pour bastir des maysons, ageancer des jardins, avoir des vignes, amasser de l'or, et semblables choses transitoires.

4. Faites une representation de vostre misere, qui a esté si grande quelque tems, que vous aves esté de ce nombre­la. Helas, ce dires vous, que pen sois je quand je ne pensois pas en vous? 0 Seigneur, dequoy me resouvenois je quand je vous avois oublié? Qu'aymois je quand je ne vous ay­mois pas? N'estois je pas miserable de servir la vanité au lieu de la verité ? Helas, le monde, lequel n'est fait que pour me servir, dominoit et maistrisoit sur mes affections. Je vous renonce, pensees vaynes, souvenances inutiles, ami­tiés infideles, services perdus et miserables.

Resolves vous, et faites un ferme propos de cy apres va­quer fidellement a ce que Dieu desire de vous, luy disant : Vous seres cy apres mon unique lumiere pour mon enten­dement; vous seres l'object de ma souvenance, qui ne s'occupera plus qu'a se representer la grandeur de vostre bonté si doucement exercee en mon endroit ; vous seres les seules delices de mon cœur et l'unique Bienaymé de mon ame.

APPLICATION PARTICULIERE

Ah, Seigneur, j'ay de telles et telles pensees, je m'en abstiendray cy apres ; j'ay trop de memoire des picques et injures, je la perdray doresnavant ; j'ay mon cœur encor attaché a telle et telle chose, qui est inutile ou prejudiciable a vostre service et a la perfection de l'amour que je vous dois : je le retireray et desengageray entierement, moyen­nant vostre grace, affin que je le puisse tout donner au vostre.

Pries Dieu fervemment qu'il vous en face la grace, et prattiqués ce jour mesme, en quelque chose, ce qui se pourra touchant ce poinct.

Repetes souvent la parole de saint Bernard (Guillaume de St Thierry Vita S.Bernard 1,4), et a son imitation, excitant vostre cœur, dites souvent : Rose, qu'es tu venue faire en ce monde ? que fays tu ? fays tu ce que ton Maistre t'a donné en charge, et pour quoy il t'amise en ce monde et te conserve ?

Nul ne sera couronné de roses, qu'il ne le soit premierement des espines de Nostre Seigneur.

C'est celuy qui desire vostre perfection en Dieu, es entrailles duquel ilest

Vostre tres humble serviteur,

FRANÇs, E. de Geneve.

III

FRAGMENTS D AVIS SUR LA MANIERE DE MEDITER SUIVIS D UNE MEDITATION

IMCOMPLETE SUR LE CRUCIFIEMENT DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

[Dijon, avril 1604] [121]

………………………………………………………………………………………………………

Quatriesme fruit de la meditation

(IVD 2,7) Apres tout cela il faut faire la demande, suppliant Dieu quil luy playse nous donner la grace de bien le servir et executer fidellement nos bonnes resolutions, l'adju­rant par le merite de son Filz, et particulierement par celuy qui reluira au mistere que nous aurons medité, par l'inter­cession de la Vierge et des benitz Saintz. Il faut demander le mesme pour toute l'Eglise, specialement pour le Pape, les Evesques et nommement pour le nostre, pour le Prince sous lequel nous sommes, pour les pere, mere, parens, amis, bienfacteurs, ennemis.

Cinquiesme fruit

Et en fin, s'offrir entierement a Dieu, protestant de vou­loir que nous et nos actions soyent a luy et pour luy en pu­reté d'intention, et luy offrir tous les susnommés, le priant les avoir aggreables pour l'amour de nostre Sauveur, au nom duquel nous luy demanderons la benediction pour nous et pour tous ceux pour lesquelz nous avons prié, dirons le Pater et A ve, puis nous

Sixiesme et dernier fruit [122]

Ferons une petite revëue sur nostr'orayson. Et comme ceux qui sortent d'un jardin cueillent quattr'ou cinq fleurs pour les porter en leur main, les sentir et regarder le long de la journee, ainsy nous faut il choisir deux ou trois point (sic), ou au moins un de ceux que nous aurons le plus gousté, pour, le long de la journee, le sentir et res­sentir coup sur coup selon la diversité des occasions (IVD.2,7) et s'en aller en paix et tranquillement vacquer aux affaires ausquelles Dieu nous appelle, quelles qu'elles soyent.

Mais affin que vous m'entendies mieux, je mettray de­vant vos yeux une Meditation formee et estendue fortau long, avec toutes ses dependences, sur laquelle vous con­noistres mieux ce que je me suis essayé de vous dire de ce saint exercice ; et neanmoins je ne mettray sinon quelques principales considerations, et de mesme quelques princi­pales affections, et non toutes celles que j'en pourrois tirer, car ce seroit trop.

MEDITATION MISE EN FORME ET ESTENDUE AU LONG

J'ay choysi un mistere qui est des plus beaux et fertiles, et sur lequel neanmoins je ne diray que fortpeu au prix de ce qui s'en pourroit dire. C'est le mistere de l'elevation de Jesus crucifié sur le mont de Calvaire, et praesuppose que c'est [un vendredi [123]].

Apres donques que le soir au paravant j'auray pensé ou leu l'histoire, et auray praeparé en gros les pointz de la meditation ainsy quilz sont couchés ci bas, le matin estant arrivé et estant prest, prenant de l'eau benite, faysant le signe de la Croix et mis a genoux au lieu de la priere, je commenceras a mediter en cette sorte :

ADVANCE \d10 Lapresence de Dieu

ADVANCE \d6 Je me representeray et mettray une vive apprehension en mon esprit que Dieu est véritablement present a toutes choses, mais spécialement a mon coeur et a mon entendement, ou il est comme coeur de mon coeur et l'ame de mon ame. Cela fait, je commenceras a m'humilier et faire l'invocation.

ADVANCE \d4 Humble invocation

ADVANCE \d7 Et donques, diray-je, cette mer de perfections, cet abisme de bonté, non seulement m'environne de tous costés, mais se communique par une vraye presence et tres entierement a ce coeur desloyal, a cett'ame felonne ! Helas, mon Dieu, mon Seigneur, il me semble que mon coeur, ainsy profondément meslé et uni de toutes pars a vostre divine presence, n'est autre chose qu'un vil et venimeux crapaut qui nage, se supporte et maintient dans une mer de bausme tres praetieux. Helas, comme peut vivre une si chetifve creature emmi cette infinie Essence et en une si intime présence de vostre immense bonté ?

Mais, Seigneur, puisque vous m'i aves receu et que je suis nay, nourri et maintenu dans les entrailles de cette vostre presence, hé, mon bon Dieu, ne me rejettes point de vostre sainte face (Ps 1,13) ; permettes a ce misérable coeur quil respande ses indignes pensees et ses chetifves affections dans le sein de vostre miséricorde et quil prononce ses afflictions devant vous (Ps 141,3). Vous m'aves commandé de vous invoquer et promis que vous m'exauceries (Ps 80,8 ; 101,3 ; 137,3 ; Is 58,9) mon Dieu, mon Sauveur, me voyci vostre indigne servante, me soit fait selon vostre parole (Lc 1,38). Esclaires sur mov vostre face sacree (Ps 30,17 ; 118, 235), et tenes mes yeux fichés sur les vostres, affin que je puisse considérer vos merveilles (Ps 118,18)et vous en loüer, benir et adorer.

ADVANCE \d9 Proposition du mistere

ADVANCE \d9 Il me semble que parmi cette grande foule de gens qui accourent de toutes pars de la ville de Hierusalem pour voir crucifier mon Sauveur, je me treuve au mont de Calvaire, en un lieu un petit plus esloigné que les autres, mais aussi plus advantageux et relevé, d'ou je voy plus aysement le triste et cruel spectacle de la crucifixion. Mon Sauveur couronné d'espines estoit desja tout nud couché sur le bois de la croix, et les bourreaux l'avoyent desja serré et cloué pieds et mains sur iceluy ; et commencent, avec des instrumens propres et destinés a cet effect, a relever petit a petit ce saint Crucifié en l'air, pour ficher et planter la croix au lieu et dans le trou fait a cett'intention.

Maintenant je voy, ce me semble, en l'air, le haut bout de la croix et le saint escriteau : Jesus de Nazareth, Roy des Juifz (Jn 19,19). Soudain apres cela, je descouvre la teste couronnee d'espines, delaquelle les yeux regardent ores au Ciel avec une grande reverence, ores sur l'assistance avec une amoureuse compassion ; et semble qu'avec ses regars, il aille puisser (sic) la miséricorde coeleste dans le sein de son Pere, pour en arrouser ceux-la mesme qui le crucifioyent. Sa bouche, toute meurtrie des coups de la nuit, tenant un profond silence, n'est ouverte que pour jetter des souspirs amoureux sur le peuple, en la presence du Pere aeternel. Je voy quant et quant son divin estomach, et sous son tetin gauche un perpétuel mouvement de son coeur qui pantele et trémousse d'amour et fait un'inflammation en cet endroit si grande, quil me semble tout vermeil de ce costé-la. Je descouvre l'un' et l'autre main attaché (sic) et les deux pieds aussi, qui, comme quatre ruisseaux d'une mesme source, versent continuellement un sang le plus beau, clair et vermeil qui fut onques au monde.

Et enfin, voyla la croix qui tumbe dans le creux auquel elle doit estre fichee et donne une secousse au cors qui y est pendu, au moyen de laquelle les playes s'agrandissent et plusieurs goustes de sang s'espluyent esparsement ça et la sur les plus proches, dont la plus part les ostent avec indignation et ne leur semble jamais asses tost quilz s'en puissent laver.

Voyla ce que je m'imagine de voir, tout conforme a l'histoire.

ADVANCE \d6

Meditation

ADVANCE \d6 [124] Je considère premièrement celuy qui est ainsy pendu et eslevé, et voy par l'escriteau, que c'est Jesus de Nazareth, Roy des Juifz. Est ce donques, ce dis-je, ce grand Jesus qui a tant fait de miracles, de sermons et d'actes vertueux tout le tems de sa vie ? Est ce pas la le Filz de Dieu aeternel, qui est Maistre du Ciel et de la terre ? et comment donques est-il pendu en croix ? Ne pouvoit-il pas mourir de mille sortes de mortz plus honnestes, plus doulces et supportables, puis qu'il voulait mourir ? O quil faut bien dire que cette mort a quelque secrette beauté, puisqu'elle a esté choysie par le Filz de Dieu mesme ! O quelle admiration sera ou peut estre digne de cette merveille ?

Je considère le maintien du Sauveur, auquel je voy une extreme douceur et debonaireté. Ses yeux ne sont nullement effarouchés par les douleurs, ni enflammés par les injures. Hé, que cet Aigneau est benin ! Qui me donnera la grace que, parmi les travaux et injures, je puiss'estre de mesme ?

Je considère ce grand silence en toute cett'eslevation. Ce n'est pas faute d'haleyne, car il en a bien pour souspirer ; ce n'est pas faute de sujet, car il a bien dequoy se plaindre ; ce n'est pas faute d'auditeurs, car il en est environné ; ce n'est pas faute d'estre interrogés (sic), car un chacun crie apres luy, qui ceci, qui cela. Pourquoy donques se taist il, sinon pour tesmoigner sa mansuétude et douceur ? Helas que je suis misérable ! pour peu qu'on me touche, je crie, je me plains, je ne finis jamais mes lamentations, je ne rencontre personne a qui je ne communique mes regretz.

Je considère ce coeur si plein d'amour a l'endroit de ceux mesme qui le crucifient. O feu admirable et sacré qui enflammés. cette poitrine, mon Dieu, que vous estes ardent ! Le vent des tribulations accroist vos flammes, la glace de vos persécuteurs vous eschauffe, et le torrent des persecutions donne force a vos ardeurs. Quand sera ce que mon coeur sera embrasé de ce celeste feu de charité et que j'aymeray mes ennemis ? Ah, que je suis bien esloigné de cette sainte flamme ! Une goute de l'eau de mesdisance, un seul vent de quelque petite injure estaint soudainement toute mon amitié et la convertit en glace et nege.

Je considère pourquoy mon Sauveur souffre tant de tormens ; dont je treuve plusieurs raysons :

1.Pour obéir a son Pere ; c'est pourquoy en sa premiere parole il l'apelle Pere.(Lc 23,34) O saint enfant d'obéissance, o obéissance vrayement filiale ! Helas, comme suis-je si presumptueux et temeraire d'apeller Pere celuy auquel je n'ay jamais bien obei, et comm'obeirois-je jusques a la mort, ( Ph 2,8) moy qui n'obeis pas seulement jusques a la souffrance d'une petite parole fascheuse ou d'un regard traversé ?

2. Pour effacer mon peché et mon iniquité.(Ps 1,4)Mon iniquité, donques, est bien grande, puisqu'il faut tant de peyne a l'effacer. O que je suis misérable de m'y tant et si souvent abismé et veautré (sic). O que je suis chetif d'en avoir tant avalé, car je suis bien de ceux-la qui, comme dit la sainte Parole (Jb 15,16), boivent l'iniquité comme l'eau ! Mais puisqu'il vous a pleu, o ma douce Esperance, souffrir ces peynes et travaux pour me nettoyer de mes iniquités, je veux respirer en vostre bonté. Et considérant mes fautes passees, o Seigneur, je vous supplie, en vertu de ces peynes, de les effacer entièrement ; si que, comm'une nüee dissipee n'empesche plus les rayons du soleil de venir esclairer et eschauffer la terre, ainsy jamais plus mes pechés ne puiss'empescher la douceur de vostre regard miséricordieux sur ma pauvre et langoreus'ame. Et pour le regard des mauvaises habitudes et inclinations qui tormentent mon ame, helas, Seigneur, permettes-moy que je vous die : Lavés, lavés de rechef ce coeur qui, comme vase immonde, retient encor l'odeur de l'infecte liqueur de peché ; lavés encor, Seigneur, et nettoyes tous-jours (Ps 1,4), jusques a ce quil soit affranchi de ceste senteur si fascheuse.

3. Pour me retirer de l'enfer. O Dieu, que vos peynes sont bien contraires aux miennes ! Vous patisses pour me sauver, et jusques a present, pourquoy ay-je souffert que pour me perdre ? Helas, si j'ay couru, si j'ay veillé, si j'ay eu aucun soin cuysant, n'a ce pas esté pour la vanité, pour l'ambition, pour la vengeance?

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Revu sur les Autographes conservés à la Visitation de Milan et en l'église Saint-Thomas, de Venise.

IV

MEDITATION SUR LE CRUCIFIEMENT DE NOTRE SEIGNEUR JESUS CHRIST

DONNEE A LA PRESIDENTE BRULART LE 15 AVRIL 1604 [125] (cf L2, note 291)

Proposition du mistere

ADVANCE \d10 Il me semble que parmi cette grande foule de gens qui accourent de toutes pars de la ville de Hierusalem pour voir crucifierNostre Seigneur, je me treuve au mont de Calvaire, en un lieu un petit plus esloigné que les autres, separé et relevé, qui me le rend advantageux pour voir et considérer a part moy ce triste et cruel spectacle. La crucifixion est faite ; c'est a dire, la croix estant couchee sur la terre, Nostre Seigneur est estendu sur icelle tout nud et despouillé, et les bourreaux l'ont serré et cloué pieds et mains la dessus. Maintenant donques, des ce lieu la, je m'imagine que je voy relever ce saint Crucifié en l'air, petit a petit, et que la croix est fichee et plantee dans le trou fait a cette intention.

Voyla le mistere proposé en gros par l'imagination, laquelle a logé en mon coeur un lieu propre pour voir et bien considérer tout ce qui se passe. Les deux parties du mistere sont l'eslevation et le plantement de ce saint arbre. Il reste que je poursuive a considérer les particularités par lesquelles ma volonté puisse estre excitee aproduire beaucoup de bonnes saintes affections et résolutions : et cela, c'est la meditati

MEDITATION

ADVANCE \d8 Je considere ce que Nostre Seigneur souffre en ce mistere, tant extérieurement qu'interieurement. Extérieurement : par cette eslevation son cors est tout entièrement supporté sur ses pieds et ses mains cloués, dont advient que les playes s'agrandissent et la douleur se rend immense. Quand la croix tumbe dans le trou préparé auquel elle est fichee, le Sauveur recoit une secousse effroyable, qui augmente de nouveau lés playes et donne comme un coup d'estrapade a tous ses nerfs et tendons ; de tous costés le sang pleut et distille ; l'air et le vent froid saysissent tout ce cors eslevé, penetrant dans les playes, et le font presque transir et pasmer. Ses oreilles n'entendent que blasphesmes, ses yeux ne voyent que la furie de ceux qui le tuent, et en tous ses sens il endure des douleurs insupportables. Mays ce n'est rien de cela au prix des douleurs de son coeur, qui, languissant de l'amour des ames, voit une si grande perte de personnes, et sur tout de ceux qui le crucifient.

ADVANCE \d7 Affections

ADVANCE \d6 Ah ! qui sera ce tigre qui ne pleurera voyant cet innocent, ce jeune Roy, le Filz de Dieu, endurer tant de peynes ? EIles sont des-ja bien grandes et capables de tenir a couvert tous les hommes du monde contre l'indignation du Pere éternel. Hé, je vous prie, de grace, mes amis, relevés bellement cette croix, et fiches la si doucement, que ses playes ne s'agrandissent point et que la secousse n'en soit pas si grande. Hélas, nul n'est si dénaturé que voyant un criminel sur la roue, n'en ayt compassion. Hé donques, mon ame, n'auras tu pas compassion de ton Sauveur qui souffre tant ? Si jamais tu fus touchée de commisération sur la nudité d'aucun pauvre emmi la rigueur de l'hyver, ne dois tu pas compatir a ce pauvre Roy, qui est exposé tout fin nud sur cet arbre ? Si jamais quelque pauvre ulceré te fit pitié, regarde, je te prie, celuy-la, auquel tu ne verras, de la plante des pieds jusques a la teste, aucun lieu qui ne soit tout gasté de coups (Is 1,6). Hé, vois ce coeur affligé de tant de pechés que le peuple commet ; et si ton coeur ne s'afflige avec luy, il faut que tu ne l'ayes pas de chair, mais de pierre, et plus [dur] que le diamant mesme.

De la commisération ou compassion naist ordinairement le desir de secourir celuy auquel nous compatissons ; partant, a la precedente affection j'adjouste celle-cy :

O qui me donnera la grace que je puisse en quelque façon donner allègement a mon Sauveur affligé ! Hé, que ne m'est-il loysible de prendre mes habitz plus praetieux pour couvrir vostre nudité ! que n'ay je du bausme excellent pour en oindre vos playes ! que ne suis je pres de vous sur la croix pour soustenir vostre cors en mes bras, affin que la pesanteur ne dechirast pas si fort les playes de vos pieds et de vos mains ! Mais sur tout, que ne puis je empescher les pecheurs de tant offenser vostre coeur, qui ne feroit que se jouer de toutes les peynes de vostre cors, si pour icelles les pecheurs pouvoyent estre amendés ! Que ne suis je quelque excellent et fervent prédicateur pour leur annoncer la penitence ! O comme ne dirois je aux iniques : Ne veuillés plus vivre iniquement ; et aux delinquans : Ne relevés plus les cornes (Ps74,5) de vostre fierté et felonie !

Mais, o Seigneur, pourquoy m'amuse-je a ces desirs, desquelz je n'ay la force d'en prattiquer un seul ? Comme vous donnerais je mes habitz praetieux, moy qui n'en donnay jamais un vil et usé a vos pauvres ? Sur la croix vous ne me les demandes pas, et je vous les offre ; en vos pauvres vous me les demandes, et je les refuse ! 0 vaynes et misérables offres qui ne se font qu'en apparence, et en effect ne sont que mocqueries. Comme vous respandrois- je du bausme sur vos playes, puisque je ne respandis jamais un verre d'eau pour vos pauvres (Mt 10,42 ; Mc 9,40) ? Comme voudrois je vous supporter en croix, puisque je ne fuis jamais rien tant que les croix ? Et quel prédicateur de penitence, moy qui n'en fais point, et qui contribue tous les jours, plus que nul autre, au desplaysir que les pechés vous donnent ?

Resolution

O Seigneur, ayes mercy de moy, et je me propose de par ci apres vous estre plus fidelle. Non, ce ne seront plus desirs, ce seront effectz. Je soulageray le pauvre, je feray penitence et cesseray de pecher. J'instruiray les desvoyés, et diray a mon coeur et aux autres : Voules vous estre plus cruelz a l'endroit de vostre Sauveur que ne sont les vautours a l'endroit des colombeaux ? ilz n'en deschirent ni devorent jamais le coeur. Voules vous bien estre si acharnés a l'encontre du beni Colombeau qui niche sur la croix, que de deschirer son coeur avec les dens de vos impietés ? Seigneur, ah, doresnavant je consoleray par effect le pauvre et empescheray le peché.

CONSIDERATION

ADVANCE \d7 Je considère la maniere avec laquelle Nostre Seigneur souffroit en ce mistere, et cette maniere est double. Exterieurement : avec un grand silence, les yeux doux et benins, qui regardent par fois au Ciel, dans le sein de la misericorde du Pere, quelquefois sur le peuple, auquel il procure la grace de cette miséricorde, sa bouche n'estant ouverte en ce mistere que pour jetter des souspirs de douceur et de patience. Il me semble que je voy en sa poitrine l'endroit du coeur qui pantele et trémousse d'amour, et fait une inflammation si grande que tout cet endroit me semble rougissant.

Il souffre patiemment, volontairement et amoureusement. Mais, helas, misérable que je suis, qui ne sçaurois souffrir un mot sans crier, sans me plaindre, sans faire du bruit au logis ; jamaisle ne finis mes lamentations, je les estens et respans par tout.

Et si quelquefois je tiens contenance, mais mon coeur comme se comporte-il ? il semble qu'il s'enflamme de colere, d'impatience, de vengeance et de douleur

. Resolution

ADVANCE \d7 Mais doresnavant, o mon ame, je veux que nous soyons patiens, doux et gracieux, et que jamais l'eau de contradiction ne puisse esteindre le feu sacré de la charité (Ct 8,7)que nous devons au prochain.

ADVANCE \d8

CONSIDERATION

ADVANCE \d8 Je considère pourquoy il souffre : pour obeir a son Pere. O obéissance admirable et filiale ! Mais quel effronté suis- je, d'oser appeller Dieu mon Pere, auquel je n'ay jamais porté le respect filial ; et comme obeirois-je jus)ques a la mort (Ph 2,8), que je ne le puis pas mesme jusques a la souffrance d'une petite parole fascheuse et d'un regard traversé ? Mais doresnavant, venes, o tribulations et desplaysirs ; que venant de la part du Pere eternel, je vous recevray de bon coeur, et beniray le calice d'obéissance.

Mon iniquité est donques bien grande : o que je suis miserable de m'y estre si souvent abismé ! O Seigneur, qui me délivrera de ce labyrinthe, si ce n'est vous ? O ja ne vous playse de permettre que j'y retombe plus si lourdement. O peché tres abominable, je ne te verray jamais d'un costé que, plustost que de me souiller en tes ordures, je ne me jettasse en cent mille tourmens

. Resolution

ADVANCE \d7 Pour me retirer de l'enfer, helas, et pour me delivrer de perdition, que vous souffres ! Et que je souffre pour m'y engager ! Tout ce que j'ay souffert jusques a present n'a esté qu'a ma perte. Ah ! non, vous me voules sauver, Seigneur; que vostre volonté soit faite (Mt 6,10). Je suivray vostre dessein et monteray. Non, je ne descendray plus.

ADVANCE \d9 DIEU SOITBENY !

V

FRAGMENT D'UN AVERTISSEMENT SUR LA PERFECTION CHRETIENNE

ENVOYE A LA PRESIDENTE BRULART (L2, notes 291,296)

3 mai 1604 [126]

(MINUTE INEDITE)

En quoi consiste la perfection. - Reconnaitre la volonté. de Dieu pour l'accomplir. - Les commandements de Dieu et le devoir d'état ; les tribulations et les maladies ; les " petites traverses et incommodités ". - Erreur de ceux qui se préparent aux grandes épreuves et qui ne savent pas supporter les petites. - Pour les actions de peu d'importance et auxquelles on n'est pas obligé, considérer avec liberté d'esprit ce qui tend davantage à la gloire de Dieu et se résoudre. - Ce qui doit être soumis au guide de notre âme. - Deux moyens pour parvenir à la perfection. ADVANCE \d10

Chacun est obligé d'aspirer a la perfection de la vie chrestienne, car Nostre Seigneur commande que nous soyons parfaitz (Mt 5,48 ; 2 Co 13,11 ; Ep 6,13 ; Col 4,12), et saint Paul le répété aussi.

La perfection de la vie chrestienne consiste en la conformité de nostre volonté avec celle de nostre bon Dieu, qui est la souveraine régle et loy de toutes actions. Pour donques acquérir la perfection, nous devons tous-jours considerer et reconnoistre quell'est la volonté de Dieu en tout ce quinous regarde, affin que nous fuyons ce quil veut que nous evitions, et que nous observions ce quil veut que nous facions.

Il y a des sujetz esquelzon ne peut douter quelle est la volonté de nostre bon Dieu, comm'en ce qui despend des commandemens de Dieu et du devoir de nostre vocation. C'est pourquoy nous devons tous-jours regarder a bien observer ce que Dieu commande a tous les chrestiens, et aussi ce que nostre vocation requiert de nous particulierement; et qui ne fait soigneusement ceci ne peut jamais avoir qu'une devotion trompeuse.

Il y a encor des autres sujetz dont on ne peut douter que Dieu ne les veüille, comme sont les tribulations, maladies et afflictions. C'est pourquoy il les faut recevoir de bon coeur, et conformer sa volonté a celle de Dieu qui les veut et qui peut passer jusques au point de non seulement les supporter patiemment, mais aussi de les vouloir, il peut bien dire quil a acquis une tres grande conformité. Ainsy, les mortz des parens, pertes, maladies, sécheresses, distractions, nous donnent sujet de nous perfectionner.

Mais il faut passer plus avant et bien considérer ceste volonté non seulement es grandes afflictions, mais jusques aux petites traverses et moindres incommodités que nous sceussions recevoir en cette misérable vie. En quoy une grande quantité de personnes se trompent, qui ne se préparent que contre les grandes afflictions, et demeurent sans armes, sans force et sans aucune resistence es petites, la ou il seroit plus supportable d'estre moins praeparé aux grandes, qui ne surviennent que fort peu souvent, et l'estre aux petites, qui sont quotidiennes et se présentent a chasque moment. je donne un exemple de ce que je dis : je me proepareray a supporter patiemment la mort, qui ne me peuvent (sic) arriver qu'une fois, et je ne me proepareray point a supporter les incommodités que je reçoy des humeurs de ceux avec lesquelz je converse, ou les importunités d'esprit que ma charge m'apporte, qui se presentent cent fois le jour. c'est cela qui me rend imparfait.

Il y [a] des autres actions ausquelles je ne suis point obligé ni par les commandemens generaux de Dieu, ni par le particulier devoir de ma vocation ; et en celles ci il faut estre soigneux de considérer en liberté d'esprit ce qui tend a la plus grande gloire de Dieu, car c'est cela que Dieu veut. J'ay dit, en liberté d'esprit, par ce que cela se doit faire sans empressement ni inquiétude, ains par une simple veüe du bien que nostr'action doit apporter : comme de faire un petit voyage de Saint Bernard, [127] de se confesser un tel jour, visiter un tel malade, donner une petite somme, comm'un escu, pour l'amour de Dieu. Que si elle n'est pas de grande importance, aussi ne faut il pas une grande sollicitude, ains, apres une petite considération, il se faut resoudre; et si par apres l'action, la résolution ne semble pas bonne et qu'on se soit trompé, on ne s'en doit nullement affliger ni troubler, ains s'humilier et mocquer de soi mesme.

Mais si la chose est d'importance, comme de changer de profession, faire des veuz perpetuelz, entreprendre des grans voyages, donner des grandes quantités en aumosne, apres y avoir un peu pensé, il en faut conferer avec les peres spirituels sous la conduitte des quelz on s'est remis, et passer par leur advis avec simplicité, car Dieu les assistera a vous bien adresser. Et si par leur defaut la résolution n'est pas la meilleure en soy, elle ne laissera pas d'estre la plus utile et meritoire pour vous, car Dieu la rendra fructueuse.

ADVANCE \d8 Les grans moyens pour parvenir a la perfection sont de deux sortes. Le premier et principal, c'est d'avoir la grace intérieure de Dieu, et celluy ci se doit obtenir par prieres, oraysons, sacrifices, réception des Sacremens. L'autre, c'est l'exercice, et celluy ci consiste en trois résolutions proportionnee aux voeux de Religion, c'est a dire, obeissance, chasteté et pauvreté

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Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

VI

EN QUOI CONSISTE LA PERFECTION ET COMMENT L'ACQUERIR - DEGRES DE L'OBEISSANCE

ECRIT ENVOYE A LA BARONNE DE CHANTAL

[3 mai 1604 ? [128]]

La perfection n'est autre chose que la charité. - Qu'est-ce qui la produit. ­La prière, les Sacrements, l'exercice des vertus; moyens pour l'acquérir. ­Les trois vertus de Religion, quoique non vouées, rendent parfait. – Les degrés de l'obéissance par rapport à ceux à qui on la rend. - Exemple de Jésus-Christ. - Obéir aux commandements de Dieu et des supérieurs, aux conseils évangéliques suivant sa vocation, aux inspirations de la grâce. ­L'obéissance dans les choses agréables, dans les indifférentes et dans les difficiles.

Nostre Dieu nous commande d'estre parfaitz (Mt 5,48)mais en quoy consiste la perfection ? C'est chose asseuree qu'elle n'est autre chose que la charité, qui comprend l'amour de Dieu et du prochain. Neanmoins, selon la commune façon d'entendre, on n'appelle pas parfaitz tous ceux qui ont la charité, ains seulement ceux qui l'ont en un degré su­blime et eminent ; c'est a dire ceux qui ont un amour de Dieu et du prochain fort excellent.

Puis donq que nous sommes obligés d'aspirer a la per­fection, il est requis de connoistre les moyens propres pour l'acquerir, et tout ensemble les actions qu'elle produit en nous, qui n'est qu'une mesme chose ; car tout ainsy que le grain du froment produit la plante et la plante produit le grain, ainsy les saintz exercices produisent la perfection et la perfection fait naistre les saintz exercices. Puisque la perfection de l'ame consiste en la charité, et la charité est le don principal du Saint Esprit, le premier moyen pour obtenir la perfection, c'est de la demander humblement, instamment et continuellement a Dieu par prieres et medi­tations ; le deuxiesme, c'est l'usage des Sacremens, car ilz sont les canaux par lesquelz Dieu distille en nous la grace, charité et perfection ; le troisiesme, c'est l'exercice des ver­tus en general.

Mais parce que ce troisiesme moyen est si ample, je le reduiray en cette sorte : Les trois vertus des Religieux sont les trois plus signalés instrumens pour acquerir la perfec­tion et les trois plus grans effectz d'icelle. Or, ces trois ver­tus ou vœux estant gardees, quoy que non vouees, elles rendent l'homme parfait; il faut donq tascher a les acque­rir en tous les degrés qu'elles ont.

EXEMPLE DE L'OBEYSSANCE

L'obeyssance a trois degrés en ce qui concerne les per­sonnes a qui nous rendons obeissance. Le premier degré, c'est d'obeyr aux Superieurs et à ceux qui ont du pouvoir sur nous, comme peres, meres, maris, Prelatz : donq le filz doit obeyr a son pere avec la mesme souplesse qu'un No­vice d'une Religion fort reglee feroit a son Superieur ; et est une niayserie de s'imaginer qu'on obeyroit bien a un Superieur de la Religion qu'on auroit choisie, si on ne peut obeyr aux Superieurs que Dieu mesme et la nature nous a donnés.

Le 2. degré, c'est d'obeyr a nos compaignons et a ceux qui nous sont esgaux ; et ce degré se prattique en se ren­dant doux et facile a la volonté de nos compaignons. Contre ce degré pechent tous les espritz opiniastres, contentieux et sujetz a leurs volontés.

Le 3. degré, c'est d'obeyr aux inferieurs, s'accommodant aucunement a leurs desirs entant qu'ilz ne sont point mau­vais, avec une [douce] condescendance; et a ce degré est contraire l'authorité imperieuse et desdaigneuse que l'on prend sur les inferieurs. La prattique de ce degré rend nostre cœur doux, humble et gratieux aux commandemens des superieurs, aux volontés des compaignons et aux de­sirs et prieres des inferieurs. L'exemple de cette obeyssance est en Jesus Christ, qui obeit non seulement a son Pere eternel et a sa sainte Mere, mais aussi a saint Joseph et aux statutz et coustumes de l'Eglise (Lc 2,22). Nostre Dame obeit a saint Joseph et aux autres. Et cela est ordonné par l'Apos­tre (Rm 13,5), qui veut que nous soyons sujetz a un chacun pour l'amour de Dieu.

Cette mesme obedience a troys autres degrés, selon les choses esquelles il faut exercer l'obeyssance. Le 1. est d'obeyr aux commandemens de Dieu et des superieurs ; et ce degré d'obeyssance est necessaire a un chacun, car qui ne l'observe peche mortellement, quand il s'agit de quelque chose d'importance. Et a ce degré est formelle­ment contraire la desobeyssance.

Le 2. degré, c'est d'obeyr aux conseilz, chacun selon sa vocation : comme de demeurer vefve quand on l'est ; de re­chercher celuy qui nous a offencés, par caresses et cour­toysies ; d'ayder ceux qui en ont quelque besoin, encores qu'ilz ne soyent pas en grande necessité. Et a ce degré est grandement contraire la tepidité et froideur.

Le 3. degré, c'est d'obeyr aux inspirations et mouvemens interieurs que l'on reconnoist tendre a la plus grande gloire de Dieu, et ce, apres les avoir examinés ou fait examiner. Et a ce degré est contraire l'inadvertance et mespris de nostre interieur. La prattique de ce troisiesme degré fait qu'en tout et par tout nous nous conformons a Dieu et a sa sainte volonté. L'exemple en est en Nostre Seigneur qui fit toute sa vie tout ce qui visoit plus a la gloire de son Pere eternel (Jn 8,50), de la glorieuse Vierge Marie, sa Mere, et de tous les Saintz.

L'obedience a encores troys autres degrés, prins de la faci­lité ou difficulté que nous avons en l'obeyssance. Le 1. est lhors qu'on nous commande quelque chose aggreable, comme seroit de ne point travailler les testes, de chanter en musique, ou quelque autre chose semblable, laquelle de soy mesme nous est aggreable ; et en cela il n'y a pas grande vertu en obeyssant, mais il y a bien du grand vice en des-obeyssant.

Le 2. c'est quand on nous commande des choses indiffe­rentes, c'est a dire choses qui de soy mesme ne sont ni aggreables ni desaggreables, comme seroit de se promener, de porter tel ou tel habit; et lhors la vertu de l'obeyssance est grande, et le vice aussi de la des-obeyssance bien grand.

Le 3. est quand on nous ordonne de faire des choses aspres et difficiles, comme de pardonner aux ennemis, souffrir patiemment les afflictions, ou faire quelque autre chose qui soit fort contraire a nostre inclination ; et lhors le me­rite est extremement grand en obeyssant, et le peché moins grand en des-obeyssant.

La prattique de ces trois degrés fait que nous obeyssons entierement, soit en choses grandes, soit en choses petites. L'exemple en est en Nostre Seigneur, qui en tout a voulu que le vouloir de son Pere se fist (Jn 4,34 ; 5,30 ; 6,38), mesme en la Passion (Mt 26,39 ; Ph 2,8).

VII

AVIS A LA BARONNE DE CHANTAL

Saint Claude 26 ou 27 août 1604 [129]

Pensées et aspirations pour le lever. - Exercice pour la sainte Messe. - Le congé et la bénédiction du bon Ange. - Oraisons jaculatoires et regard. sur " la divine Bonté " . - L'entrée dans les plaies du Sauveur.

(cf Directoire Spirituel) Mettes ordre qu'aussi tost que seres esveillee, vostre ame se jette du tout en Dieu par quelque sainte pensee, telle que celle-cy : Comme le sommeil est l'image de la mort, aussi le resveil est l'image de la resurrection. Je croy que mon Redempteur est vivant et qu'en ce dernier jour je resusciteray (Jb 19,25). O Seigneur, que ce soit, s'il vous plaist, a la vie eternelle : cette esperance repose dans mon sein (Jb 19,27). Hé, de grace, donnes vostre dextre a l'ouvrage de vos mains. Vous aves conté mes pas ; mais pardonnes moy mes offenses (Jb 14,15).

Voyant le jour, passés de la consideration de la lumiere corporelle a la spirituelle, ou bien de la temporelle a l' eter­nelle, et dites avec David (Ps 35 ,10) : OSeigneur, en vostre clarté nous verrons la lumiere.

Et vous habillant, apres avoir fait le signe de la Croix, dites tacitement : Revestés moy, mon Dieu, du manteau d'innocence et de la robe nuptiale (Mt 22,11)de charité. Cela estant fait, occupés vous quelque tems en la meditation.

Arrivee que seres a l'eglise pour ouyr Messe, tandis que le prestre preparera le calice et le messel, mettés-vous en la presence de Dieu. Despuis le Confiteor jusques a l'Evangile, produisés des affections de contrition ; de l'Evangile jusques a la Preface, faites la protestation de foy ; apres le Sanctus, considerés le benefice de la Mort et Passion de Nostre Seigneur ; a l'eslevation, adorés tres profondement le divin Sauveur, et offrés le a Dieu son Pere ; apres l'esle­vation, remerciés le tres humblement de l'institution de ce saint Sacrement ; quand le prestre dira le Pater, recites le mentalement en toute devotion; a la Communion, com­munies vous reellement ou spirituellement ; apres la Com­munion, contemplés Nostre Seigneur assis dans vostre cœur, et faites venir devant luy, l'un apres l'autre, vos sens et vos puyssances, pour ouyr ses commandemens et pour luy promettre fidelité.

Quand vous voudres le matin sortir de vostre chambre, demandés humblement congé et demandés humblement congé et benediction a vostre bon Ange ; le long du jour, faites a force oraysons jaculatoires. Quand l'horloge sonnera, eslevés vostre cœur en disant : Dieu soit beni, l'eternité s'approche. Pendant les affayres, regardés souvent la divine Bonté; ayés provision de quel­ques parolles enflammees qui, de tems en tems, servent de refrain a vostre ame. Avant le souper, j'appreuve fort un petit de recollection. .

Entrés chaque jour de la semaine devotement dans l'une des sacrees playes de nostre douloureux et amoureux Sauveur. Le Dimanche, entrés dans celle du costé ; le lundy, dans celle du. pied gauche ; le mardy, dans celle du pied droit ; le mercredy, dans celle de la main gauche ; le jeudy, dans celle de la main droite ; le vendredy, dans les cica­trices de son adorable chef ; le samedy, retournés entrer dans son sacré costé, affin que par iceluy vous commencies et finissies vostre semaine. [130]

VIII

DIVERS AVIS POUR L'ORAISON, LES ARIDITES ET LES DISTRACTIONS, ET SUR LA

MANIERE DE SE COMPORTER DANS LES EXERCICES SPIRITUELS DE LA JOURNEE

ENVOYES A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS D'ORBE (L2, notes 350,355)

le 9 octobre 1604 [131]

1)

MEDITATION SUR L'ESLEVATION DE JESUS CHRIST CRUCIFIÉ

………………………………………………………………………………………………………

Pour se mettre en la presence de Dieu

Je vous voy, O mon Dieu, des yeux de mon esprit, comme une mer de perfections et un abisme de bonté qui non seulement m'environne de tous costés, mais qui habite et qui reside tres entierement et par une vraye presence dans le fons de mon miserable cœur; et il n'y a partie en moy qui ne soit totalement soustenue et animee de vostre sainte Divinité.

Pour l'invocation

Helas, comment peut vivre cette miserable et si chetifve creature en une si profonde presence de vostre Bonté ? Il me semble, O mon Dieu, que mon cœur ainsy meslé, uni et nageant en vostre infinie Essence, n'est autre chose qu'un vil et venimeux crapaud qui flotte, se supporte, maintient et vit dans une mer de bausme praetieux.

Mais, Seigneur, puisque vous m'aves receu, eslevé et maintenu dans les entrailles de vostre sainte presence, hé, mon bon Dieu, ne me rejettes point de devant vostre sainte face (Ps 1,13), permettes a ce cœur miserable qu'il respande ses indignes pensees et chetifves affections dans le sein de vostre misericorde, et qu'il prononce ses afflictions devant vous (Ps 141,3). Vous me l'aves commandé, O mon Dieu; me voyci vostre indigne servante, qu'il me soit fait selon vostre parole (Lc 1,38). Esclaires sur moy vostre face sacree (Ps 30,17 ; 118,135), affin que je considere vos merveilles (Ps 118,18)pour vous loüer, adorer et benir a jamais.

Proposition du mistere

ADVANCE \d11Je m'imagine et il me semble que parmi cette grande foule de gens qui accourent de toutes pars pour voir crucifier le Sauveur, je me treuve sur le mont de Calvaire, en un lieu un peu plus esloigné que les autres, separé et relevé, et par conséquent plus advantageux pour voir et considérer a part moy ce triste et cruel spectacle. Je m'imagine de plus, que le crucifiement est des-ja fait, c'est a dire, la croix estendüe sur la terre; que Nostre Seigneur, despouillé, tout fin nud, a esté attaché par les bourreaux sur icelle, cloüé et serré pieds et mains. Maintenant, donques, m'estant logé par imagination en ce lieu que j'ay dit, je m'imagine outre cela que je voy relever ce saint Crucifié tout vivant en l'air, et que la croix est fichee et plantee en terre dans le creux qui a esté fait a cette fin.

Voyla le mistere proposé en gros, lequel a deux parties l'eslevation de la croix, et le plantement d'icelle. Il reste que je poursuyve a considérer les particularités qui peuvent esmouvoir ma volonté aux saintes affections et resolutions : et cela est la meditation.

ADVANCE \d10 MEDITATION

ADVANCE \d3 Je considère que le doux Sauveur souffre tant exterieurement qu'interieurement. En l'extérieur, a mesure qu'on l'esleve, son cors s'incline, pese et se supporte tout entierement sur ses pieds et ses mains cloüés, dont les playes s'agrandissent et la douleur se rend immense. Quand la croix tumbe dans le trou preparé, le Sauveur en reçoit une secousse et comme un coup d'estrapade qui augmente de nouveau ses playes et ses douleurs ; ce qui fait pleuvoir et distiller le sang de tous costés. Estant eslevé en l'air et le vent froid saysissant ce cors tout ulceré et deschiré des coups de la nuit, le fait presque transir et pasmer. Pour l'intérieur, ce coeur tout languissant d'amour se fend de detresse a la veüe d'une si grande perte de gens, et sur tout de ceux qui le crucifient ; et il me semble qu'il die : Helas, tant d'ames pour la vie desquelles je veux mourir dessus ce bois, se perdront elles aeternellement ?

ADVANCE \d10 Affections

ADVANCE \d2 Hé, qui sera ce tigre qui ne fondra en larmes sur ce jeune Roy, le plus doux de tous les hommes, (Nb 12,3) vray Filz de Dieu, et qui est si mal traitté ? Helas, nul n'est si denaturé qui voyant un criminel sur la roüe, pour criminel qu'il soit, n'en ayt compassion : hé donques, mon ame, mourras tu point de compassion de voir ton Sauveur qui souffre tant ? Voy ce coeur tant affligé pour les pechés du monde ; et si ton cceur ne s'afflige avec luy, faut il pas qu'il soit plus dur qu'un diamant ?

O qui me fera la grace que je puisse en quelque façon soulager mon Sauveur en cette affliction ? Hé, que ne m'est il permis dele couvrir de quelque habit praetieux, de respandre sur ses playes quelque bausme excellent et supporter entre mes bras la pesanteur de ce cors ! Et vous qui releves cette croix, alles y tout bellement, je vous supplie, et ne la rejettes pas si rudement dans le creux, affin que la secousse ne soit pas si grande pour ce pauvre Patient. Helas, ses playes sont des-ja bien grandes et capables de tenir a couvert les pechés du monde contre l'indignation du Pere aeternel ! O Dieu, que ne suis je quelque excellent et fructueux praedicateur, pour au moins empescher que ce divin coeur ne fust tant offensé par tant d'iniquités ! O comme je dirois : Ne veuilles plus vivre iniquement, et ne releves plus les cornes (Ps 84,5)de vos meschancetés pour les ficher dedans ce coeur des-ja tant affligé !

Mais, o mon Dieu, pourquoy m'amusé-je a ces desirs, moy qui n'ay presque pas la force d'en prattiquer un seul ? Vous ne me demandes pas sur la croix mes vestemens, et je vous les offre ; vous me les demandes en vos pauvres qui sont vos membres, et je vous les refuse. Je n'en donnay jamais un seul, pour vil et usé qu'il fust ; et comment vous donnerois-je les praetieux ? Comment respandrois-je du bausme sur vos playes, puisque j'ay bien de la peyne a respandre un verre d'eau pour vos pauvres (Mt 10,42 ; Mc 9,40) ? Hé, quel praedicateur de penitence, moy qui n'en ay point encor fait, et qui contribue tous les jours plus qu'aucun autre aux desplaysirs que vous donnent les pechés ! O vains et miserables desirs, o offres inutiles, puisqu'elles ne sont qu'en apparence, et qu'en effect ce ne sont que mocqueries.

ADVANCE \d2 Resolutions

Ne cesseray je pas en fin de vous estre infidelle, mon Sauveur et mon Dieu ? O non, ce ne seront plus désormais d'inutiles desirs, ce seront des effectz ; ce ne seront plus des paroles, ce seront des oeuvres. Je me resous de soulager les pauvres, de faire penitence, d'y semondre les autres. je me diray a moy mesme, et puis aux autres : Serons- nous plus cruelz au Sauveur que les vautours ne le sont aux colombes ? ilz n'en deschirent jamais le coeur. Serons- nous si acharnés contre le saint Colombeau qui niche sur l'arbre de la croix, que de massacrer et deschirer son coeur avec les malheureuses dens de nos impietés ? Ah, Seigneur, ah ! je seray doresnavant impitoyable en la resolution que je fay d'aymer et de secourir les pauvres, qui sont vos membres, et de procurer mon amendement et celuy des autres.

ADVANCE \d15 Voyla une considération bien au long estendue, avec les affections et résolutions ; je passeray maintenant et legerement sur les autres et ne feray que les marquer.

ADVANCE \d9 Je considère la maniere avec laquelle le Sauveur souffre en ce mistere. Pour l'extérieur : voyes le grand silence de cette divine bouche, qui n'est ouverte que pour jetter de doux et paysibles souspirs ; ses yeux gratieux et benins regardoyent quelquefois le Ciel avec grande reverence, quelquefois ilz se tournoyent du costé du peuple qu'ilz regardoyent avec beaucoup de compassion ; et il me semble que je voy en sa poitrine, du costé gauche, son coeur qui pantele et trémousse d'amour, avec tant d'inflammation, que tout cet endroit me semble rougir.

Pour l'intérieur, il souffre volontairement, patiemment, amoureusement.

ADVANCE \d7 Affections

ADVANCE \d5 O miserable que je suis, qui ne sçaurois souffrir un mot sans replique, qui pour la moindre affliction fais sans cesse des plaintes et les respans aux oreilles de tout le monde. Et si quelquefois je tiens contenance a l'extérieur, que devient mon coeur en l'intérieur ? il s'enfle de rancune, il s'enflamme de colere, d'impatience et de vengeance.

ADVANCE \d11 Resolutions

ADVANCE \d6 Et doresnavant, donques, je vous embrasse, o sainte Croix ; je vous jure fidelité, o benite vertu de patience. Jamais, non jamais, mon Sauveur, l'eau de contradiction n'esteindra le feu de la charité (Ct 8,7) que je doy au prochain.

ADVANCE \d13 Je considère pourquoy il souffre, et j'en treuve plusieurs raysons. Premierement c'est pour obeir a Dieu son Pere. O obéissance admirable et vrayement filiale ! O que vous merites bien d'avoir un tel Pere, puisque vous luy rendes une telle obéissance ! Mais ne suis-je pas bien effronté d'appeller ce mesme Dieu mon Pere, luy estant si desobeissant ? Et comment obeirois-je jusques a la mort (Ph 2,8), puisque je n'obeis pas mesme jusques a la souffrance d'une petite parole fascheuse et d'un regard de travers ? O je veux changer d'humeur, et pour l'amour de mon Sauveur je veux boyre cy apres tous les calices qu'il me présentera.

2. Ilsouffre pour effacer mon peché. Mon iniquité est donques bien grande : helas, que je suis misérable de m'y estre si souvent abismé ! O peché tres abominable, je ne te verray jamais d'un costé que je ne me jette incontinent de l'autre, quand il y auroit tous les tourmens du monde a souffrir ; non, je ne veux plus me souiller en tes miserables ordures.

3. Il souffre pour nous tesmoigner son amour envers nous. O donques, que son amour est grand ! Helas, Seigneur, je ne sçay pas si j'ay aucun amour ; mais si j'en ay, il est si misérable qu'il s'assouvit d'une seule larme, et il croit s'estre bien fait paroistre quand il a jetté quelques souspirs. Hé, bon Dieu, que je desire et que je proteste de vouloir cy apres vous aymer et vous donner tout mon coeur.

ADVANCE \d10 Je considère encor la forme particuliers de ce mistere, qui est l'eslevation. Et pourquoy donques eslever mon Sauveur, sinon parce qu'il veut estre l'estendart de mon ame ? 0 traistre et desloyal soldat que je suis ! Combien de fois ay-je abandonné cette enseigne pour suivre celles du monde. Ah, maintenant, mon Dieu, je vous jure et prometz une nouvelle fidelité.

ADVANCE \d9 Actions de grâces et offrande

ADVANCE \d3 Mon Dieu, mon Sauveur, je vous remercie de la grace que vous m'aves faite, m'ayant permis de jetter mes yeux sur vostre divine Majesté en cette mienne meditation, et je vous rens mille actions de graces de toutes les peynes et souffrances que vous aves endurees en tout ce sacré mistere ; et sur tout je vous remercie de l'amour qui vous les a fait souffrir, et de cette tres miséricordieuse intention que vous eustes d'appliquer a mon ame en particulier les merites que vous y aves acquis. Hé, mon Dieu, je vous supplie et conjure par toutes ces peynes, ces vertus et merveilles que vous y prattiquastes, de me fortifier en vostre service, d'esteindre en moy mon amour propre et de m'abismer dans le vostre. Faites, o mon Dieu, que vostre sang serve de ciment pour cimenter en mon ame les affections et résolutions que vous m'aves donnees. Hé, Seigneur, que vous soyes tout mien, comme je veux estre doresenavant tout vostre.

O Pere aeternel, je vous offre toutes ces peynes et afflictions de vostre Filz mon Sauveur, ses vertus, ses merites et son sang ; et en vertu de tout cela, et de l'intercession de sa Mere, de toute vostre Cour coeleste, de l'Église son Espouse et de tous vos fideles qui combattent icy bas en terre, je vous demande vostre sainte et paternelle benediction pour mon coeur, et vostre speciale assistance pour vostre Eglise, pour les chefz d'icelle, pour les princes chrestiens, pour mes parens, amis et bienfacteurs, pour les desvoyés, pour le soulagement des ames du Purgatoire. Ah, Seigneur, convertisses les pecheurs, fortifies les poenitens et perfectionnes les justes. ,Pater, Ave.

2)

CONSEILS POUR LA MÉDITATION

Quand faut-il " lascher la bride aux affections ". - Un avis de saint François de Sales et de saint Pierre d'Alcantara. - A qui on peut parler pendant la méditation. - Trois remèdes contre les engourdissements d'esprit et les sé­cheresses. - Pourquoi on se met en la présence de Dieu. - Les courtisans en la chambre du roi et l'âme dans l'oraison. - C'est un grand honneur d'être auprès de Dieu. - Que faire lorsqu'on est distrait. - L'oraison doit toujours se finir en paix et avec la résolution de servir Dieu fidèlement.

[132] Je vous advertis premierement, qu'encor qu'il soit bon pour l'ordinaire de tenir cette methode [133], c'est a dire, d'adjouster les affections aux considerations et les resolu­tions aux affections, en sorte que la consideration marche la premiere, toutesfois, si apres la proposition du mistere l'af­fection se treuve asses esmeue, comme ilarrive quelquefois, alhors il luy faut lascher la bride et la laisser courir, car c'est signe que le Saint Esprit nous tire de ce costé la; et puis, la consideration ne se fait que pour esmouvoir l'affection (IVD 2,8).

2. Il me semble qu'il est meilleur de faire les affections apres chaque consideration que d'attendre apres toutes les considerations, parce qu'on chemine plus simplement. Ç'a esté aussi l'opinion du bienheureux Pierre d' Alcantara (Traité de l'oraison et de la meditation, traduit par P.Ubald d'Alençon, Paris 1921) et l'experience l'enseigne; ce que je dis, parce que desirant que vous vous servies fort souvent des Prattiques de Bellin­tani (note 112), vous pourries a son imitation vouloir faire autre­ment, ce qui vous seroit beaucoup plus difficile et moins utile (IVD id). Je vous donne donq pour regle generale de ne retenir jamais les affections en vostre meditation ; mais de les laisser sortir tous-jours quand elles se presentent, jus­ques a la fin du tems prefigé a la meditation, qu'il faut venir aux resolutions, action de graces, priere et offrande.

3. Encor qu'il soit bon de reserver l'action de graces, la priere et l'offrande pour la fin de la Meditation, si est ce que ce sont trois affections qui se peuvent aussi faire avec les autres parmi les considerations, et se presentant, il leur faut aussi librement faire place sans les retenir.

4. Parmi les affections et resolutions. il est bon de parler non seulement a Nostre Seigneur, aux Anges et aux personnes representees aux misteres; mais a soy mesme, a son cœur, aux pecheurs, voire mesme aux creatures in­sensibles, comme l'on void que David fait en ses Psalmes et saint François en ses oraysons. Mais il faut que le tout se face tous-jours en la presence de Dieu, c'est a dire, en vertu de l'attention que nous nous sommes procuree au fin commencement de la meditation.

5, Encor que vous ayes preparé plusieurs considera­tions, toutesfois si une suffit pour vous entretenir pendant vostre demy heure, ne passes pas plus avant; et si vous ne treuves pas en l'une d'icelles dequoy es chauffer vos affec­tions, faites les suivantes l'une apres l'autre, jusques a ce que vous ayes treuvé la veine des affections (IVD 2,5).

6. (IVD 2,9) S'il vous arrive, comme il vous arrivera souventesfois indubitablement, de n'avoir aucun goust aux considera­tions, uses de l'un de ces trois remedes. Le premier, c'est d'ouvrir la porte aux paroles, vous lamentant de vous mesme a Nostre Seigneur, confessant vostre indignité, le priant qu'il vous soit en ayde, baysant le Crucifix, si vous l'aves devant vous, et disant mesme de bouche au Sauveur : Si ne vous lairray-ie pas, je me tiendray icy aupres de vous, et n'en partiray point que je n'aye eu vostre bene­diction (Gn 32,26). Quelquefois il sera bon de vous resouvenir de la Chananee, laquelle estant rejettee par Nostre Seigneur qui l'appella chienne, le prit au mot luy disant : Ouy vrayement, je le veux bien; mais les chiens mangent au moins quelques miettes de la table de leurs maistres (Mt 15,27). Ainsy, reconnaissant par la tristesse et engourdissement de vostre esprit que vous estes fort miserable, serves vous de cette occasion et, pleine de confiance, escries vous devant Dieu : Ouy, Seigneur, je suis miserable ; mais pour qui la misericorde est-elle, sinon pour les miserables ? Et par ce moyen, vous passeres de la meditation que vous avies preparee a la meditation de vostre propre misere, de la­quelle vous tireres des affections d'humilité, de confiance, et telles semblables qui vous seront tres utiles,

(IVD 2,9) Le second remede sera de prendre un livre en main, et le lire avec attention jusques a ce que vostre esprit soit resveillé.

Le troysiesme, c'est de picquer vostre esprit par quelque contenance de devotion : comme se prosterner en terre, estendant les bras en croix, tenant les mains jointes et eslevees au ciel. Que si apres tout cela vous demeures encor en secheresse et sans consolation, mesme en telle sorte que vous ne puissies proferer aucune parole ni inte­rieurement ni exterieurement, ne laisses pas pour cela de vous tenir en une contenance devote, sans vous inquieter ni troubler, vous resouvenant qu'il y a deux fins principales pour lesquelles on se met en la presence de Dieu et en orayson : l'une est pour exciter son affection en l'amour de Dieu, et lhors que nostre affection n'y est point vivement excitee nous disons que nostre ame est en secheresse; l'autre est de rendre hommage a Dieu, protestant qu'il est nostre souverain Createur et Seigneur: et cette fin est ex­tremement noble, parce qu'il y a moins de nostre interest. Que si, venant a l'orayson, nous ne pouvons pas faire le premier, il se faut contenter du second, qui est tous-jours beaucoup, encor que nous ne puissions parler a Dieu et qu'il semble qu'il ne nous parle point. Combien y a-il. de courtisans qui vont cent fois l'annee en la chambre du Roy et en sa presence, non pour luy parler ni pour l'ouyr, mais simplement pour estre veus de luy et tesmoigner par cette assiduité qu'ilz sont ses serviteurs. Ainsy devons­-nous venir a l'orayson comme a la chambre de nostre Roy, pour luy parler et l'ouyr en ses inspirations et mouvemens interieurs ; ce qui arrivant, ce nous est un playsir tres deli­cieux. Mais si, ne pouvant luy parler ni l'ouyr, nous de­meurons la en devotieuse contenance, il aggreera nostre patience et favorisera nostre assiduité, et sans doute qu'une autre fois il nous prendra par la main, s'entretiendra avec nous et nous fera voir toutes les allees du saint jardin de l'orayson. Mais quand il ne le feroit jamais, contentons­-nous que ce nous est un honneur trop plus grand d'estre aupres de luy et a sa veue.

POUR LES DISTRACTIONS

Quand vous seres distraitte, ce vous sera un grand sou­lagement de vous imaginer la devotion et ferveur des Anges et des Saintz, a l'orayson desquelz vous joindres la vostre, quoy qu'indigne. Il sera bon mesmement de vous imaginer que vous estes en la compaignie de plusieurs per­sonnes devotes avec qui vous voules faire orayson; et mesme, si vous en connoisses, vous pourres vous les ima­giner en l'acte de ferveur et de priere.

Tous les remedes contre la secheresse sont bons contre les distractions.

Au demeurant, quoy qu'il arrive, il ne faut jamais se laisser surprendre a la tristesse et inquietude ; mays, soit que nostre orayson ayt esté douce et savoureuse, ou qu'elle ayt esté seche et sans goust, il faut s'en retirer tous-jours en paix, avec intention de servir Dieu tous-jours fidelle­ment tout le reste de la journee.

3)

EXERCICE POUR LE MATIN [134]

Considérations et aspirations pour le lever. - Exercice de la " Preparation " : en quoi il consiste. - Une partie de celui-ci peut se joindre à la méditation quand elle se fait le matin. - Ce qu'il ne faut pas prévoir pendant l'oraison.

(Op4, note 169) Faites qu'a vostre resveil vostre ame se jette du tout en Dieu par quelques saintes parolles, telles que sont celles cy : D'autant que le sommeil est l'image de la mort, aussi le resveil est l'image de la resurrection. Resouvenes vous donques de la voix qui retentira tout par tout au dernier jour : O mortz, levés-vous et venés au jugement; parolles desquelles saint Hierosme faisoit si grand prouffit (Reg.Monach. ex scriptis Hieron. Collecta 23). Vous pourres adjouster cette orayson jaculatoire avec Job (Jb 19,25) : Je croy que mon Redempteur est vivant et qu'en ce der­nier jour je resusciteray. O Seigneur, faites que ce soit a la vie eternelle; cette esperance repose dans mon sein. Ou bien, vous imaginant quelquefois d'avoir ouy la mesme voix de l'Ange (1 Th 4,15), vous dires avec le mesme Job (Jb 14,15) : En ce jour la, O Seigneur, vous m'appelleres, et je vous respondray : ­; vous donneres vostre dextre a l'ouvrage de vos mains. Vous aves conté tous mes pas : mays pardonnes moy mes offenses.

Autres fois, voyant le jour, vous porteres vos pensees [135] de la lumiere temporelle a l'eternelle, et dires avec David (Ps 35,10) : O Seigneur, en vostre clairté je verray la lumiere eter­nelle. Ou bien, passant de la lumiere interieure a l'exte­rieure, vous dires : Esclaires mes yeux, affin que je ne m'endorme point a la mort (Ps 12,4). Ou bien avec saint Paul (Rm 13,12) : La nuit est passee, le jour est arrivé ; sus, non plus des œuvres de tenebres, mais endossons le harnais de clairté. Ainsy vous pourres faire de saintes considerations, telles que le Saint Esprit vous les suggerera.

En vous habillant, apres avoir fait le signe de la Croix , dites : Donnes moy, Seigneur, le manteau d'innocence et la robbe nuptiale (Mt 22,11)de charité.

Il est bon de faire, s'il se peut, la meditation le matin, avant que l'esprit soit embarrassé d'autres affaires ; mais a qui ne le pourroit, au moins faut-il faire ce petit exercice qui suit, et lequel, servant pour toute la journee, s'appelle Preparation.

(IVD 2,10) On remercie Dieu de ce qu'il nous a conservé cette nuit la, et on considere que si Dieu nous donne le jour present, c'est pour l'employer a sa gloire et a nostre salut, et que sa Majesté hait et deteste souverainement le peché, suy­vant le dire de David (Ps 5,5) : Au grand matin je m'approcheray de vous, O mon Dieu, et reconnoistray que vous estes un Dieu qui n'ayme point l'iniquité.

On considere quelles occasions on pourra rencontrer le long de la journee pour servir Dieu, ou au contraire pour l'offenser, et cela chacun selon sa condition, et les affaires que l'on peut avoir ce jour la; et les ayans reconneues, on fera une ferme resolution d'embrasser la vertu et d'eviter le peché ; en quoy il faut encor qu'un chacun ayt esgard aux imperfections ausquelles il est sujet.

Apres cela, on offre a Dieu et soy et toutes ses actions, et pour les luy rendre aggreables on prie Jesus Christ son Filz de les vouloir unir a ses merites et a sa Passion.

En fin on prie Dieu de nous estre propice et de nous fortifier en nos bons desseins ; et a mesme intention on invoque la Vierge et les Saintz pour qui nous avons le plus de devotion, avec tous les autres, et particulierement nostre bon Ange. A quoy on adjouste le Pater, l'Ave, le Credo et la benediction.

Advertissement

Si la meditation se fait le matin, on joindra l'action de graces de la conservation de la nuit avec l'action de graces du mistere. Par les considerations, on verra qu'il faut embrasser la vertu et fuir le peché. L'offre de soy mesme se fera avec celuy du mistere, comme aussi la priere.

Il ne reste que la consideration des dispositions et affaires de la journee, qui ne se doit pas faire parmi la meditation, parce qu'elle regarde trop par le menu nos occupations, nostre mesnage, nos rencontres des personnes avec qui nous avons a traitter, avec leurs conditions: comme si elles sont choleres, despiteuses et semblables, et tout cela nous distrairoit trop. Il faut donques faire ces reflexions a part, apres le Pater noster.

4)

AVIS POUR BIEN ENTENDRE LA SAINTE MESSE [136]

(Op1, note 58) A la Messe, quand on va dire l'Evangile, leves vous pour tesmoigner que vous estes preste et appareillee pour cheminer en la voye des commandemens de l'Evangile ; et pour vous y exciter, vous pourres dire en vous levant : Jesus Christ a esté fait obeissant jusqu'a la mort, et mesme a la mort de la croix (Ph 2,8). Et faisant le signe de la Croix sur vostre front, vostre bouche et vostre cœur, vous dires : Dieu soit en mon esprit, en ma bouche et en mon cœur, affin que je reçoive son saint Evangile.

Au Credo, il faut dire le Credo et protester mentale­ment de vouloir vivre et mourir dans la foy de l'Eglise.

Apres le Sanctus, il faut en grande humilité et reverence penser au grand bienfait de la Mort et Passion de nostre Sauveur, le suppliant de la vouloir appliquer au salut de tout le monde, et particulierement au nostre et a celuy des enfans de son Eglise, a la gloire et felicité de tous les Saintz et au soulagement des ames du Purgatoire.

A l'eslevation du tres saint Sacrement, il faut avec une grande contention de cœur l'adorer, puis, avec le prestre, l'offrir a Dieu le Pere pour la remission de nos pechés et de ceux de tout le monde, et nous offrir nous mesmes avec toute l'Eglise, et nos parens et nos amis.

Apres l'eslevation, il faut remercier Jesus Christ de sa Passion et de l'institution de ce saint Sacrifice de l'autel.

Quand le prestre dit le Pater, il le faut dire avec luy, ou vocalement ou mentalement, avec une grande humilité et devotion, tout ainsy que si on l'oyoit dire a Nostre Sei­gneur et qu'on le dist mot a mot apres luy.

A la Communion, si on ne la fait pas reellement, il la faut faire spirituellement, s'approchant de Nostre Seigneur par un saint desir d'estre unie a luy et le recevoir en son cœur.

A la benediction, il faut se representer que Jesus Christ en mesme tems nous donne la sienne.

5)

LES RETOURS VERS NOTRE-SEIGNEUR

LES ORAISONS JACULATOIRES ET LA PENSÉE DE LA MORT

PENDANT LA JOURNÉE

Pendant les affaires de la journee, il faut le plus que l'on peut regarder souvent a Nostre Seigneur Jesus Christ, et se resouvenir du poinct de la meditation que l'on a le plus gousté et ressenti ; (Op4, npte 176) comme si la douceur de ses yeux nous a esté aggreable, nous nous les representerons en disant : Ja ne vous playse, mon Sauveur, que je fasse chose qui puisse offencer vos yeux; et ainsy des autres. [137] Il est bon aussi d'avoir certaines parolles enflammees qui servent de refrain a nostre ame, comme : Vive mon Dieu ! VIVE JESUS ! Dieu de mon cœur !

[138] Quand l'horloge sonne, il est bon de se resouvenir qu'il est autant passé de cette vie mortelle, et se resouvenir de la derniere heure qui sonnera pour nous. On pourra dire, faisant le signe de la Croix sur nostre cœur : Il faut mourir. D'autres fois, nous souvenans que nous nous ache­minons a l'eternité, dire : Beni soit Dieu ! Dieu soit loüé. Quelquefois, nous repentant des heures inutilement passees : Dieu me donne la grace de mieux faire ; d'autres fois simplement : JESUS, MARIA ; Dieu me soit en ayde ; Dieu soit avec nous.

6)

EXERCICE POUR LE SOIR

L'examen de conscience. - Le souvenir de la mort.

Il ne faut jamais oublier l'examen de conscience tel que tous ces petitz livres nous l'enseignent.

En se despouillant, il est bon de dire avec Job (Jb 1,21) : Je suis sorti nud du ventre de ma mere, nud j'y rentreray, se resouvenant qu'il faut tout laisser.

Se couchant, il faut se resouvenir du tombeau ; et comme on se couche pour le repos temporel, il faut avoir memoyre du repos eternel, et dire ce que l'on dira pour nous quand nous serons morts : Requiem œterna ; et:Sancta Maria, Mater Dei.

J'appreuve qu'autant qu'il se peut, l'on s'endorme avec une contenance devote, comme les mains croisees sur l'esto­mach, ou jointes.

7)

AVIS DIVERS SUR LES EXERCICES PRÉCÉDENTS

Vivre sans scrupules et servir Dieu avec amour. - La durée de la méditation, et quand la faire. - Encore la Messe. - C'est une superstition de croire qu'i! faille recommencer le Chapelet ou autres prières quand, légitimement, on les a interrompues. - Se mettre toujours en la présence de Dieu avant de prier.

Apres tout cecy, je vous advise de vivre sans scrupule et servir Dieu plus avec amour qu'avec peur. Partant, s'il arrive que pour quelque honneste sujet vous laissies de faire tous ces exercices, ou l'un d'eux, ne vous mettés point en peyne, mais reprenes-les tout bellement le jour suyvant.

Je ne veux point que vostre meditation soit de plus que d'une grosse demie heure ou trois quartz d'heure, et quand vous ne la pourres faire le matin ou devant le disner, je ne voudrois pas que ce fust sinon pour le moins quattre bon­nes heures apres le disner, c'est a dire, un petit avant le souper. Il ne la faut faire nullement apres le souper, mais seulement quelques prieres vocales, avec l'examen de conscience.

(note 137) Pour le regard de la Messe, je n'ay pas voulu parti­culariser sur tous les misteres d'icelle, pour vous instruire comme il y faut correspondre par le menu avec des oray­sons et des pensees, d'autant que cela charge tant la me moyre que la volonté n'a pas ses affections libres. Donques, pour le reste du tems de la Messe auquel je n'ay pas dit ce qu'il failloit faire, ou bien il faut continuer les affections que je vous ay marquees chacune en son ordre : comme, par exemple, celle de la contrition jusqu'a l'Evangile; celle de protestation de foy jusqu'a la Pre­face, et ainsy des autres. Ou bien il faut dire quelque oray­son vocale, comme seroit quelque partie du Chapelet ou des Heures, ou autres telles oraysons. Que si c'est le Chapelet, vous ne laisseres pas, en le disant, de faire presque tout ce que j'ay marqué; l'un n'empeschera pas l'autre. Et si vous ne le pouves pas toutdire en une fois, dites le en deux, et l'Office de Nostre Dame aussi ; dequoy vous ne deves faire nul scrupule, ains il y a de la superstition a croire que pour de legitimes interruptions il faille recom­mencer, car cela est sans nulle rayson, ni apparence de pieté : nostre Dieu ne regardant qu'a la devotion avec laquelle on prie, et non pas si c'est a deux fois ou a troys [139].

Au contraire, il semble meilleur de prier souvent, quoy que peu, que de prier beaucoup une seule fois : et les anciens Peres ont prattiqué cecy.

Au demeurant, vous ne deves jamais commencer aucune priere sans premierement vous estre mise briefvement en la presence de Dieu.

IX

PETIT TRAITÉ SUR LA SAINTE COMMUNION RÉDIGÉ POUR Mme ROSE BOURGEOIS,

ABBESSE DU PUITS-D'ORBE

[Décembre 1604 ou commencement de 1605 [140] ] (L2, note 391)

Une seule chose est nécessaire pour communier : le bon état de l'âme. - Chasser de notre entendement toute curiosité. - Comparaison de la manne. - S'hu­milier dans las tentations, ou encore les mépriser. - Qu'est-ce que la sainte Communion ? - Pour s'y préparer, oublier les affaires domestiques et les choses matérielles, et se rappeler les bienfaits de Dieu. - Les " affections " ne doivent pas " estre a l'abandon, mais resserrees et couvertes ". - Exem­ple des Israëlites mangeant l'agneau pascal. - Ardent désir. -Ne pas dis­puter avec l'ennemi. - Considérations suggérées pour la veille de la Com­munion. - Un peu de retraite intérieure et récréation plus " devote "- ­Retrancher peu à peu les attaches. - Que faire la nuit et le matin au réveil. - Ce que le Saint n'approuve pas. - Comment traiter avec Notre-Seigneur le jour où on l'a reçu. - Préparation et action de grâce ; diverses aspirations, - Comment se servir de l'imagination. - La Sainte Vierge, et l'âme qui com­munie. - Que personne ne s'approche de la Table sainte par coutume.- ­L'un des principaux fruits de la Communion : la charité mutuelle.

Tous les docteurs spirituelz sont d'accord que deux choses sont principalement necessaires avant la Communion, a sçavoir, le bon estat de l'ame et le bon desir. Mais parce que le bon desir est une piece du bon estat, on peut dire qu'une seule chose est requise, a sçavoir, le bon estat de l'ame. Voyons donques en quelle disposition nous devons mettre nostre ame, pour, autant qu'il nous sera possible, dignement communier. Et pour le sujet duquel nous par­lons, considerons les facultés principales de l'ame.

Quant a l'entendement, il le faut espurer d'une chose et le parer d'une autre. Il le faut premierement purger de toute curiosité, en sorte qu'il ne s'enquiere point comme il se peut faire que le propre cors de Nostre Seigneur, avec son sang, son ame et sa Divinité, soit tout entierement en la sainte hostie et en chaque partie d'icelle ; ni comme il se peut faire qu'estant au Ciel, il soit en terre; ni comme il peut estre vray que n'estant qu'un seul cors, il soit nean­moins en tant de lieux et sur tant d'autelz et en tant de bouches. Non, il faut tenir nostre entendement clos et cou­vert a telles vaynes et sottes questions et curiosités, car nous n'avons que faire de sçavoir comme ce divin Sacrement se fait : il suffit que nous sçachions qu'il se fait. C'est a Dieu d'avoir le soin de le faire, nous n'avons pas besoin de nous en empescher ; c'est a nous seulement d'avoir le soin de le bien croire et de nous en prevaloir.

Ce poinct est commun a tous les misteres de la sainte foy et a plusieurs autres choses, comme a la creation du monde, duquel nous ne sçaurions dire comme Dieu fit quand il le crea, ni comme il fit quand il crea nostre ame et la mit dans nostre cors. Qu'est-il donques besoin de sçavoir comme il met son tressaint cors, son sang et son ame en ce Sacrement ? C'est a luy de le faire, c'est a nous de le croire. En figure dequoy la celeste manne tomboit jadis au desert, non de jour, mays de nuit, si que nul ne sçavoit comme elle se faisoit, ni comme elle descendoit ; mais le matin estant venu, on la voyoit toute faite et des­cendue (Ex 16,14 ; Nb 11,9) : ainsy cette surceleste et divine manne de l'Eu­charistie se fait en une façon et maniere qui nous est se­crette et cachee; nul ne peut dire comme elle se fait et vient a nous, mais par la lumiere de la foy nous la voyons toute faitte.

Que si contre cette pureté d'entendement le malin esprit nous donne des tentations, il s'y faut opposer, s'humiliant devant la toute puissance de Dieu, disant, ou de coeur, ou de bouche : O sainte et immense toute puissance de mon Dieu, mon entendement vous adore, trop honnoré de vous reconnoistre, et de.vous faire l'hommage de son obéissance et sousmission. O que vous.estes incomprehensible, et que je suis joyeuse dequoy vous l'estes ! Non, je ne voudrois pas vous pouvoir comprendre, car vous seriés trop petit si une si petite et chetifve capacité vous comprenait. Puis, se retournant a son propre entendement : Et quoy, petit mouscheron, nourri parmi la pourriture de ma chair, voules vous brusler vos aisles a cest immense feu de la puissance divine, laquelle consumerait et devoreroit les Seraphins, s'ilz se vouloyent fourrer en telles curiosités ? Non, petit papillon, il vous appartient seulement d'adorer cet abisme, et non pas de le sonder. Et quelquefois on peut repartir au tentateur : O malheureux, ton outrecuydance de vouloir voler trop haut t'a précipité en l'enfer ; je m'empescheray bien de faire un tel sault, moyennant la, grace de mon Dieu. Tu trompas ainsy la pauvre Eve, luy voulant apprendre a sçavoir autant que Dieu ; mais tu ne m'attrapperas pas : je veux croire, et ne rien sçavoir.

Il est aussi bon quelquefois de mespriser ces pointilles et tentations, et n'en tenir conte quelcomque, laisser japper et clabauder ce matin et passer outre en son chemin ; car encor qu'il est enragé, si est ce qu'il ne mord que ceux qui le veulent ; et partant, tenant la volonté constante en la foy, qu'il aboye tant qu'il voudra, nous ne craignons rien.

Consideration dont il faut parer l'entendement

Voyla dequoy il faut purger l'entendement. Mais cela ne suffit pas ; car il le faut encor parer et orner d'une autre chose : il le faut tapisser de considérations. Et qu'est ce qu'il faut considérer ? Il ne faut pas considérer comme ce Sacrement se peut faire, car ce seroit nous perdre ; mais il faut bien considérer ce que c'est que ce Sacrement. En figure dequoy les Israelites ne demanderont pas comme la manne se faysoit, mais la voyant toute faitte, ilz demandoyent ce que c'estoit. Qu'est cecy, disoyent-ilz, qu'est cecy? (Ex 16,15) Considerons donq ce que c'est que ce divin Sacrement, et nous trouverons que c'est le vray cors de Nostre Seigneur, son sang, son ame, sa Divinité. C'est le mistere de la plus intime union que nostre Redempteur pouvoit faire avec nous. C'est la plus entiere communication qu'il pouvoit faire de luy mesme, par laquelle il se joint a nous d'une façon merveilleuse et toute pleine d'amour. En fin ce Sacrement, c'est Jesus Christ luy mesme qui, d'une façon nompareille, vient a nous et nous tire a soy.

Comment il faut purger la memoyre

Quant a la memoyre, il la faut aussi purger d'une chose et la parer d'une autre. Il la faut purger de la souvenance des choses caduques et affaires mondaines en figure dequoy, la manne ne tomboit qu'au.desert et solitude (Ex 16,14), hors du commerce du monde, et non point es villes et bourgades, et ceux qui mangeoyent l'aigneau paschal retroussoyent leurs robbes (Ex 12,11), affin que rien ne traisnast et flottast sur la terre. Il faut donques pour un tems oublier les choses materielles et temporelles, quoy que bonnes et utiles, pour se preparer a la sainte Communion, et faire comme le bon Abraham, qui, voulant aller sacrifier son filz, laissa l'asne et les serviteurs au pied de la montagne jusques a ce qu'il eust fait (Gn 22,5) ; car tout de mesme faut il retirer sa memoyre du souvenir des affaires domestiques et temporelles, jusques apres la Communion, toutes choses ayant leur tems.(Ex 3,1).

Il faut, apres cest oubli volontaire, parer la memoire d'une sainte souvenance de tous les bienfaits dont Dieu nous a gratifiés : la creation, conservation, rédemption et plusieurs autres, mais sur tout de sa sainte Passion, en memoyre de laquelle il a voulu nous laisser le propre cors qui souffrit pour nous, en ce divin Sacrement, n'ayant peu nous en laisser une plus vive et expresse représentation. Quand on vous demandera (dit la sainte Parolle traittant de l'observation de l'aigneau paschal) ce que c'est que vous faittes, dites a la postérité que c'est en memoyre de ce que Dieu vous delivra de l'Egipte, vous passant par le milieu de la Mer Rouge. Ainsy, en ce divin Sacrement, nous devons nous reduire en memoire la journee en laquelle Dieu, par son amere Passion, nous delivra de la damnation.

Comment il faut purger la volonté et de quoy il la faut parer

Quant a la volonté, il la faut aussi purger d'une chose et la parer d'une autre. Il la faut purger des affections desreglees et desordonnees, mesme des choses bonnes ; c'est pourquoy ceux qui mangeoyent l'aigneau paschal devoyent avoir des souliers en leurs piedz (Ex 12,11), affin qu'ilz ne touchassent point la terre des piedz ; car les piedz de l'ame sont ses affections, qui la portent par tout ou elle va, dit saint Augustin (Enarrat. in Ps 94,2), et ses affections ne doivent pas toucher la terre ni estre a l'abandon, mais doivent estre resserrees et couvertes en mangeant le vray Aigneau paschal, qui est le tressaint Sacrement. Ainsy Nostre Seigneur lava les piedz a ses Apostres avant l'institution d'iceluy (Jn 13,5), pour monstrer que les affections des communians doivent estre fort pures ; et la manne devoit estre cueillie a la fraischeur, avant le lever du soleil, [devant le soleil levant] [141] parce que les chaleurs naturelles, les amours et affections desmesurees des enfans, des parens, amis, biens, commodités empeschent qu'on ne puisse cueillir cette celeste viande. Il y faut venir avec une ame et une volonté fraische, non eschauffee, ni affectionnes a aucune autre chose qu'a la cueillette de cette manne.

Mais il faut parer la volonté d'une affection et desir extreme de cette viande celeste, de cette manne secrette ; c'est pourquoy il estoit commandé a ceux qui mangeoyent l'aigneau paschal, de le manger avidement et vistement (Ex 12,11), et à ceux qui cueilloyent la manne, de se lever fort matin (Ex 16,21) ; et Nostre Seigneur mesme, avant que d'instituer ce saint Sacrement, l'avoit extrêmement souhaité : J'ay desiré, disoit il, d'un grand desir de manger cette Pasque, avec vous. (Lc 22,15).

L'ame. estant ainsy disposee en ses trois principales facultés, fait un fruit admirable en la sainte Communion. Mais parce que cette préparation est deduitte en termes generaux, je mettray icy les advertissemens particuliers a la prattique d'icelle.

Advis particuliers pour reduire en prattique la preparation a la sainte Communion

1- Si vous n'estes point agitee des tentations de curiosité, vous n'aves que faire de penser a ce que j'en ay dit ; car, en y pensant, vous luy pourries ouvrir la porte pour la faire entrer chez vous ; mais vous devés seulement remercier Dieu de ce qu'il vous donne la simplicité de la foy, qui est un don tres pretieux et desirable, et prier sa divine Majesté de vous le continuer.

2. Que si vous estes agitee de cet esprit de curiosité, faittes ce que j'ay dit, mais faittes le briefvement, par forme de simple rejet et detestation, sans vous amuser a disputer et contester avec l'ennemy, lequel doit estre combattu par abomination, non par rayson, selon l'exemple de Nostre Seigneur, qui ne le fit fuir qu'en luy disant : Arriere, Satan, tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu.(Mt 4,10).

3. Combien que la tentation ne cesserait point, ne laissés pas de communier ; car si vous laissies pour cela, vous donneries gain de bataille a vostre adversaire. Alles donques vigoureusement et, sans avoir esgard aux tentations, receves le Pain de vie (Jn 6,35) ; et ainsy faisant, vous demeureres victorieuse de vostre ennemy. Qui la quitte la perd.

4. Pour vaincre la curiosité en ce poinct, vainques la en toutes choses, pour petites qu'elles soyent, ne cherchant autre science que celle des Saintz, qui est Jesus Christ crucifié (1 Co 2,2) et ce qui vous conduit a luy.

5. Touchant la considération, il sera bon que le jour avant la Communion, aux heures de vostre orayson mentale ou recueillement (Op4, notes 179,180), vous dressies quelque peu vostre esprit a Nostre Seigneur en ce saint Sacrement, et mesme en l'examen de conscience a la fin, et ce par quelque briefve pensee de l'amour du Sauveur en l'endroit de vous ; et mesme vous pourrés user de quelques eslancemens de priere vocale, lesquelz vous repeteres souvent, sur tout despuis Vespres, comme seroit celuy de saint François (Speculum Vitae S.Fr.): " Qui suis je, Seigneur, et qui estes-vous ? " ou celuy de sainte Elizabeth : D'ou me vient ce bonheur que mon Seigneur vient a moy (Lc 1,41) ? ou celuy de saint Jean l'Evangeliste (Ap 22,20) : Ouy, venés Seigneur Jesus ! ou celuy de l'Espouse sacree (Ct 1,1) : Que mon Espoux me bayse d'un bayser de sa bouche.

6.Que si vous voulies par fois faire vostre meditation sur la Communion le jour precedent, vous pourres aysement y accommoder les misteres de la vie de Nostre Seigneur qui se rencontreroyent en la suitte de vostre crayson mentale, les appliquant comme a exercer en vostre endroit a l'heure de vostre Communion : car, qui vous empeschera de vous représenter que Nostre Seigneur vous y presente les benefices qu'il a faitz, ou vous donne intérieurement les enseignemens qu'il a donnés ? Et ainsy des autres ; et il y a peu de misteres qui ne soyent propres a cela.

[142] 7. Pour la memoire, il est bon de donner ordre le plus qu'il se pourra, que sur tout despuis souper vous ne soyes occupee ni d'esprit ni de cors a aucune affaire esloignee du dessein de la Communion, mais que vous fassies une particuliers retraitte de vostre esprit et de tous vos sens en vostre intérieur, pour attendre l'Espoux avec les lampes en main, et que l'huile n'y'manque pas (Mt 25,1) ; et pour cest effect, que la recreation de l'apres souper soit un peu plus devote et de propos de charité, et le souper plus sobre, sans tristesse néanmoins, ni trop d'austérité.

[143] 8. J'appreuverois que pour ayder la compaignie a se resouvenir des bienfaits de Dieu au jour de la Communion, chaque Religieuse sceut le jour de sa réception et des autres graces plus signalees receues de Dieu ; et qu'autant que l'humilité et la simplicité chrestienne le peut permettre, le soir avant la Communion, elle en resouvint les Seurs en l'heure de la recreation, et sur la fin les priast d'en remercier Dieu avec elle. Cela s'entend du jour anniversaire cela ne se rencontrerait pas tousjours, mais quelquefois.

9. Quant a la purgation de la volonté, il la faut tenir nette en tout tems de toutes affections desreglees, mais sur tout allant a la Communion, et regarder a quoy et a qui nos affections tiennent en ce monde, et si c'est point trop tendrement, trop ardemment ; et si nous y voyons du trop, il faut peu a peu le retrancher pour pouvoir dire a Nostre Seigneur avec David (Ps 72,25) : Qu'est ce qu'il y a au Ciel pour moy, ou que veux je en la terre sinon vous ? Vous estes le Dieu de mon coeur et mon Partage eternel. Car a cette intention Nostre Seigneur vient a nous, affin que nous soyons tous en luy et a luy ; ce que nous ne sommes pas si nous nourrissons des affections desordonnees, voire es choses de soy bonnes et légitimes.

Et quant au desir du saint Sacrement, il le faut exciter par l'amour de l'Espoux et par la considération de l'honneur et du bien que nous recevons de sa venue : a quoy serviront les eslancemens spirituels desquelz j'ay parlé ci dessus, et les considérations que je mettray ci dessous, avec les imaginations que j'y depeindray.

(Début Autographe Visitation Annecy – Fac-similé page 101) 10. Si la nuict on s'esveille, il faut remplir sa bouche de quelque bonn'aspiration, comme du nom de Jesus et Marie, qui sont propres a parfumer la bouche en laquelle Nostre Seigneur veut entrer ; ou bien les parolles de l'Espouse (Ct 5,2) : Je dors, et mon coeur bienaymé veille, et semblables.

11. Le mattin il se faut lever avec joÿe extraordinaire pour le bien qu'on doit recevoir ce jour-la ; et ainsy se préparer a la Communion.

12. Il faut, s'approchant de la Communion, y aller les yeux baysés (sic) et en posture tres humble. Je n'approuve pas que sur le point on die aucun'orayson vocale, sinon le : Seigneur, je ne suis pas digne (Mt 8,8) et le Confiteor. Je n'appreuve pas nomplus le souspir en cet instant, car il peut faire du scandale remuant les hosties qui sont dans la petene ou vase de Communion. Je n'appreuve pas aussi que l'on estende la langue hors des levres, ni que l'on ouvre si peu la bouche quil soit malaisé d'y mettre la sainte hostie, ni que l'on s'avance en quelle façon que ce soit pour la prendre, puisque celuy qui la presente ne se rencontrant pas avec la bouche de celuy qui s'avance, il se pourroit faire de l'irreverence. Il faut donques ouvrir la bouche et dresser la teste, et attendre que le prestre mette la sainte hostie dans la bouche, sans faire autre mouvement jusques a ce qu'elle soit logee. J'appreuve de tenir les mains sous la nappe et non dessus. La retraitte doit estre de mesme façon.

13. Le jour qu'on a communié il faut autant qu'il se peut caresser le saint Hoste qu'on a receu chez soy, et partant se divertir des autres occupations ; car c'est en ce tems-la quil a accoustumé de parler plus souaifvement a nostre coeur et luy departir plus favorablement ses graces par la presence reelle de son Humanité. C'est pourquoy il faut l'entretenir de nos nécessités, impuissances et imperfections ; il faut en ce tems-la traitter avec luy de nos desseins, intentions et prétentions que nous avons a son amour, de l'espérance que nous avons en luy, et bref, nous donner a luy comm'il s'est donné a nous. Or, tout cela se doit faire par eslancemens de coeur et de voix, par regars intérieurs de Celuy que nous possédons et par l'orayson mentale, selon que nous aurons commodité d'en faire un peu apres la Communion.

14. Je m'en vay maintenant proposer plusieurs points desquelz vous pourres vous servir tant pour aller a la Communion que pour rendre graces a Dieu apres icelle.

Avant que d'y aller on peut exciter le desir par la comparaison du cerf lancé et malmené, comme fait David au Psalme 41,2 qui est bon a lire puisque vous les aves en françois, et par l'exemple de Magdeleyne qui par tout le cherche avec ardeur : chez Simon le Lepreux (Mt 26,6 ; Mc 14,3 ; Lc 7,36), au sepulchre (Mt 28,1 ; Mc 16,1 ; Jn 20,1), au jardin, qui pleure en le cherchant, et qui dit a luy mesme qu'il luy enseigne le lieu ou il s'est mis : Si tu l'as enlevé, dit elle, dis le moy et je l'iray reprendre (Jn 20,2). Tantost comme l'enfant prodigue, nous excitans a nous aller jetter entre les bras de nostre Pere et luy demander de rentrer en son service (Lc 15,18). Tantost comme la Cananee (Mt 15,22), nous excitans a courir apres luy et demander la guerison de nostr'ame. Tantost comme Rebecca, laquelle estant interrogee si ell'iroit treuver Isaac pour estre son espouse, elle respondit tout court : J'y iray (Gn 24,38). Nous aussi devons considerer qu'en ce coeleste banquet nous unissons nostr'ame par une liayson indissoluble avec Nostre Seigneur ; c'est pourquoy nous avons rayson de dire : Vadam, J'y iray. Et ainsy nous exciterons en nous le desir, l'amour et la confiance, avec une grande [144] reverence.

(Op4,note 180) Apres la Communion , nous devons semondre nostre ame a plusieurs affections, comme par exemple : a la crainte de contrister et perdre ce saint Hoste, comme faysoit David, disant : Seigneur, ne vous departes point de moy (Ps 37,22) ou comme les deux pelerins d'Emaüs qui luy disoyent : Demeures avec nous, car il se fait tard (Lc 24,29). A la confiance et force d'esprit, avec David : Je ne craindras nul mal, par ce, Seigneur, que vous estes avec moy (Ps 22,4). A la joÿe d'esprit, a l'exemple de la bonne Lia, laquelle voyant qu'ell'avoit conceu un enfant en son ventre, s'escrioit tout par tout de joye : Ce sera maintenant que ton mari m'aymera (Gn 29,32) ; car ainsy, ayans en nous-mesme le Filz de Dieu, nous pouvons bien dire : C'est maintenant que Dieu le Pere m'ayme. Ou bien comme Sara, laquelle ayant Isaac disoit (Gn 21,5) : Maintenant Dieu m'a fait une joye, et quicomque l'entendra s'en resjouira avec moy . Et il est vray aussy que les Anges font feste autour de ce saint Sacrement et de ceux qui l'ont receu, comme dit saint Chrisostome (De Sacerdotio 6,4). A l'amour, comme l'Espouse, laquelle en cette considération disoit : Mon Bienaymé est a moy et moy je suis a luy ; il demeurera entre mes mamelles , (Ct 2,16) c'est a dire, sur mon coeur. J'ay treuvé celuy que mon ame cherit, je le conserveray soigneusement. (Ct 3,4).

(On retrouve les articles précédents dans le fac similé de la page suivante ndlr)

A l'action de graces, par les paroles que Dieu mesme dit a Abraham quand il luy eüt voüé le sacrifice de son filz ; car nous pouvons les addresser a Dieu le Pere qui nous donne son propre Filz en viande : O Seigneur, par ce que vous m'aves faitte cette grande grace, je vous beniray de benedictions immortelles et multiplieray vos louanges comme les estoiles du ciel (Gn 22,16).

A la resolution de le servir, par les paroles de Jacob apres qu'il eüt veü la sainte eschelle : Dieu me sera mon Dieu, et la pierre de mon coeur, ci devant endurci, sera sa mayson (Gn 28,21) . Et ainsy on peut tirer mill'affections de la sainte Communion.

15. Encor se faut il servir de l'imagination pour nous ayder a bien festoyer nostre Hoste. Or, nous les pouvons faire diverses ; les plus [utiles] [145] sont de Nostre Dame et de saint Joseph. Combien de goustz et consolations pendant l'enfance de Nostre Seigneur, quand ilz le portoyent en leurs bras et sur leur poitrine, quand ilz le baysoyent et que de ses divins bras il les accoloit souaifvement ! et puis, considérer que nous sommes faitz semblables a eux par la Communion, en laquelle Nostre Seigneur s'unit bien plus, a nous que sil nous baysoit et accoloit. [146]

(Op4 note 182)Et quand a Nostre Dame, imaginons quelle fut son ardeur intérieure, sa devotion, son humilité, sa confiance, son courage quand l'Ange luy dit : Le Saint Esprit surviendra en toy et la vertu du Tres Haut t'enombrera, et partant, ce qui naistra de toy sera nommé Filz de Dieu ; car il ni a rien qui soit impossible envers Dieu. (Lc 1 35). Il ne faut point douter que son beni coeur ne s'espanoüit tout entierement aux rayons de ses paroles, quil ne s'aprofondit dessous tant de benedictions, et qu'a mesme quil entendait que Dieu luy donnoit son coeur propre, qui est son Filz, il ne se donnast réciproquement a Dieu ; et qu'alhors cette supersainte ame ne fondit en charité, et pouvoit dire : Mon ame s'est liquefiee ou fondue quand mon Bienaymé m'a parlé.(Ct 5,6). Or, quant a nous, nous recevons une pareille grace en la Communion, [car] non un Ange, mais bien Jesus Christ mesme nous asseure qu'en icelle le Saint Esprit vient en nous et la vertu celeste nous enombre, et le Filz de Dieu vient reelleinent en nous, et, par maniere de dire, il naist en nous et y est conceu. O Dieu, que de suavités et douceurs ! Et partant, l'ame peut bien dire comme Nostre Dame, apres cette considération : Voyci la servante du Seigneur, me soit fait selon sa parole. (Lc 1,38). Et quelle parole ? [147] Selon la parole quil a dite de sa sacree bouche, que qui le mange, il demeure en luy, et luy demeure en celuy qui le mange ; qui le mange vivra pour luy, par luy et en luy, et ne mourra point éternellement.(Jn 6,57 sq). C'est pourquoy il est mesmement bon de dire, apres la Communion, le saint cantique de Nostre Dame, appellé le Magnilicat, et le bien considérer et peser; et pour ce faire, il est requis d'en sçavoir la signification en françois.

Je n'ay rien dit du nettoyement de la conscience qui se fait par la confession, parce que chacun sçait qu'il le faut faire ou le soir devant, ou le matin, et ce avec un grand soin et humilité.

Vous treuveres peut estre aussi bien longue cette instruction, mais il faut que vous sçachies deux choses : l'une, que vous ne deves pas faire tout ceci tout a coup, mays seulement vous en servir a mesure que vous connoistres en avoir besoin, et en prendre ce qui vous aydera ; l'autre, c'est que je vous ay couché cette préparation si au long, affin que vous en puissies ayder les autres qui en auront nécessité.

Au demeurant, parce que le plus grand moyen de prouffiter en la vie spirituelle, c'est la devote Communion, je vous la recommande ; et ayés soin que nulle ne la fasse par maniere d'acquit ou de coustume, mais tousjours pour glorifier Dieu en icelle et s'unir a luy, et prendre force a le servir et supporter toutes afflictions et tentations. Ainsy soit il.

[148] Et s'il vous survient quelque doute et que vous n'entendies pas bien ce que j'ay dit, vostre Pere Confesseur extraordinaire vous esclarcira, ou moy, si vous me l'envoyes.

J'avois oublié de vous resouvenir que ce Sacrement ne nous unit pas seulement avec Nostre Seigneur, mais avec nos prochains, avec lesquelz, participant a mesme viande, nous sommes rendus une mesme chose. Et l'un de ses principaux fruitz c'est la charité mutuelle et la douceur de coeur les uns envers les autres ; [149] car nous nous tenons tous a un mesme Seigneur, et en luy nous nous devons entretenir coeur a coeur les uns avec les autres.

X

QUELQUES AVIS POUR COMBATTRE LA TRISTESSE ET L'INQUIÉTUDE INTÉRIEURE

ADRESSÉS A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DE PUITS – D'ORBE

[Mai] 1605 [150] (cf L3, note 40 ; IVD 4,11)

La tristesse et l'inquiétude s'engendrent l'une l'autre, et pourquoi. - L'âme peut chercher à être délivrée d'un mal ou pour l'amour de Dieu ou pour l'amour propre : effets contraires de ces deux amours. - Grand mal de l'inquiétude ; d'où elle vient. - Quand on tombe en quelque imperfection, rasseoir d'abord l'esprit et puis y mettre ordre. - La sentinelle de l'âme. - Notre " edification spirituelle " doit se faire dans une grande paix. - La tristesse peut être bonne ou mauvaise, mais elle est plus souvent mauvaise. - Ses productions. - Marques de la mauvaise tristesse et de la bonne. - D'où vient la différence qui existe entre elles : le Saint-Esprit est " l'unique Consolateur "; le malin esprit, " un vray desolateur ". - Remèdes contre la mauvaise tristesse : avoir patience ; contrarier ses inclinations ; chanter des cantiques spirituels ; s'employer aux oeuvres extérieures ; faire souvent des actes extérieurs de ferveur ; la discipline modérée ; la prière et s'adresser à Dieu avec des mots de confiance ; la sainte Communion ; l'ouverture de coeur.

ADVANCE \d8 La tristesse engendre l'inquiétude, et l'inquiétude engendre aussi la tristesse. C'est pourquoy il faut traitter de l'une et de l'autre ensemble, et les remedes de l'une sont prouffitables pour l'autre. [151]

Et affin que vous entendies comme la tristesse et l'inquietude s'engendrent l'une l'autre, sçaches que la tristesse n'est autre chose que la douleur d'esprit que nous avons du mal qui est en nous contre nostre gré, soit que le mal soit intérieur ou qu'il soit extérieur, comme pauvreté, maladie, infamie, mespris ; intérieur, comme ignorance, sécheresse, mauvaise inclination, peché, imperfection, répugnance au bien.

Quand donq l'ame sent quelque mal en soy, elle se desplaist premièrement de l'avoir, et voyla la tristesse. Secondement, elle voudroit et desire en estre quitte, cherchant les moyens de s'en desfaire ; et jusques la il n'y a point de mal, et ces deux actes sont louables. Mais, troisiesmernent, l'ame cherchant les moyens d'estre delivree du mal qu'elle sent, peut les chercher pour l'amour de Dieu ou pour l'amour propre : si c'est pour l'amour de Dieu, elle les cherchera avec patience, humilité et douceur, attendant le bien non tant de soy mesme et de sa propre diligence, comme de la miséricorde de Dieu ; mays si elle les cherche pour l'amour propre, elle s'empressera a la queste des moyens de sa délivrance, comme si ce bonheur dependoit d'elle plus que de Dieu. Je ne dis pas qu'elle pense cela, mais je dis qu'elle s'empresse comme si elle le pensoit, et cela provient de ce que, ne rencontrant pas de premier abord la delivrance de son mal, elle entre en de grandes inquiétudes et impatiences. Voyla donques l'inquiétude arrivee, et peu apres arrive, quatriesmement, une extreme tristesse, parce que l'inquiétude n'ostant pas le mal, ains au contraire l'empirant, l'on tumbe en une angoisse desmesuree, avec une défaillance de force et troublement d'esprit si grand, qu'il luy semble ne pouvoir jamais en estre quitte ; et de la elle passe a un abisme de tristesse qui luy fait abandonner l'espérance et le soin de mieux faire. Vous voyes donques que la tristesse, qui de soy n'est pas mauvaise en son commencement, engendre l'inquiétude, et que, réciproquement, l'inquiétude engendre une autre tristesse, qui de soy est tres dangereuse.

ADVANCE \d10 De l'inquiétude

ADVANCE \d3 Je ne diray que peu de chose de cette inquiétude, pour ce que ses remedes sont presque pareilz a ceux que je donne pour la tristesse, et aussi parce que je vous renvoye aux 14, 15, 16chapitres du Combat spirituel.(2e édit, tome 3, p.XXXVII)Je diray seulement ces deux ou trois motz.

(IVD 4,11)L'inquietude, mere de la mauvaise tristesse, est le plus grand mal qui puisse arriver a l'ame, excepté le peché ; car il n'y a aucun defaut qui empesche plus le progres en la vertu et l'expulsion du vice que l'inquietude. Et comme les seditions en une république la ruynent entièrement et empeschent qu'on ne puisse combattre l'ennemy, ainsy nostre coeur estant.troublé en soy mesme, perd la force d'acquérir les vertus et de se servir des moyens qu'il devroit employer contre ses ennemis, lesquelz ont, comme l'on dit, la commodité de pescher en eau trouble.

2.L'inquietude provient d'un ardent et desreglé desir d'estre delivré du mal que l'on sent ou en l'esprit ou au cors ; et néanmoins, tant s'en faut que cette inquiétude serve a la délivrance, qu'au contraire elle ne sert qu'a la retarder. Qu'est ce qui fait que les oyseaux ou autres animaux demeurent pris dans les filetz, sinon qu'y estans entrés, ilz se desbattent et remuent dereglement pour en vistement sortir, et ce faysant ilz s'embarrassent et empeschent tant plus. Ceux qui sont parmi les halliers et buissons, s'ilz veulent courir et s'empresser a cheminer, ilz se piquent et deschirent ; mais s'ilz vont tout bellement, destournant les espines de part et d'autre, ilz passent plus vistement et sans piqueure.

3. Quand nous cherchons trop ardemrnent une chose, nous la passons souvent sans la voir, et jamais besoigne que l'on fait a la haste ne fut bien faite. C'est pourquoy, estans tumbés dans les filetz de quelques imperfections, nous n'en sortirons pas par l'inquiétude, au contraire nous nous embarrasserons tous-jours davantage. Il faut donq rasseoir nostre esprit et jugement, et puis tout bellement y mettre ordre ; je ne veux pas dire négligemment, mais sans empressement, trouble, ni inquiétude. Et pour parvenir a cela, il faut lire et relire les 14, 15 et 16 chapitres du Combat spirituel. Il faut surtout tenir la sentinelle de laquelle parle le Combat spirituel, laquelle nous advertira de tout ce qui voudra esmouvoir aucun trouble ou empressement en nostre coeur, sous quelque pretexte que ce soit . Cette sentinelle qui doit estre entree en l'ame, peut estre signifiee en ce que le mont de Sion estoit enclos ën Hierusalem, qui veut dire Vision de paix ; et Sion, selon plusieurs (Hier. de nominibus hebraicis,3) veut dire sentinelle et eschauguette. Or, cette sentinelle ne doit estre autre chose qu'un soin tres particulier de la conservation du repos intérieur, lequel nous devons spécialement renouveller au commencement de tous nos exercices, au soir, au matin, au midi.

4- Nostre Seigneur ne voulut point que son Temple fust edifié par David (3 R 5,3), roy tressaint, mais belliqueux, ni qu'en l'édification fust ouy aucun marteau, ni aucun fer (3 R 6,7) ; mais par Salomon, roy pacifique (2 R 5,3 ; 6,7 ; 7,13) : signe qu'il ne veut pas que nostre édification spirituelle se fasse sinon en tres grande paix et tranquillité, laquelle il faut tous-jours demander a Dieu, comme enseigne le roy David (Ps 121,6) : Demandes, dit il, ce qu'il faut pour la paix de Hierusalem. Aussi Nostre Seigneur renvoyait tous-jours les penitens en paix : Allez en paix, disoit il (Lc 7,50).

ADVANCE \d7 De la tristesse

ADVANCE \d5 La tristesse peut estre bonne ou mauvaise (IVD part IV, ch 12), selon le dire de saint Paul (2 Co 7,10) - La tristesse qui est selon Dieu opere la penitence pour le salut, la tristesse du monde, la mort.

ADVANCE \d1 2.L'ennemy se sert de la tristesse pour exercer ses tentations a l'endroit des bons ; car, comme il tasche de faire res-jouir les mauvais au mal, aussi tasche il de faire attrister les bons au bien. Et comme il ne peut procurer le mal qu'en le faysant treuver aggreable, aussi ne peut il destourner du bien qu'en le faysant treuver desaggreable. Mays outre cela, le malin se plaist en la tristesse et melancholie, parce qu'il est luy mesme triste et melancholique, et le sera éternellement, dont il voudroit qu'un chacun fust comme luy.

3. La tristesse est presque ordinairement mauvaise et rarement bonne ; car, selon les Docteurs (Hug. de S.Vict.Opera 3 Mystica, de fructibus carnis et spiritus) l'arbre de tristesse produit huit branches, sçavoir: miséricorde, penitence, angoisse, paresse, indignation, jalousie, envie et impatience ; entre lesquelles, comme vous voyes, il n'y a que les deux premières qui soyent purement bonnes. Ce qui a fait dire au Sage, en l'Ecclesiast. (30,25), que la tristesse en tue beaucoup, et qu'il n'y a point de prouffit en elle ; parce que pour deux bons ruisseaux qui en proviennent, il y en a six tres mauvais.

Signes de la mauvaise tristesse

ADVANCE \d7 La mauvaise tristesse trouble l'esprit, agite l'ame et la met en inquiétude. Dont le roy David ne se plaint pas seulement de la tristesse, disant : Pourquoy es tu triste, o mon ame ? mais encores du troublement et inquiétude, adjoustant: Et pourquoy me troubles-tu ? (Ps 42,5) Mais la bonne tristesse laysse une grande paix et tranquillité en l'esprit ; c'est pourquoy Nostre Seigneur, apres avoir predit a ses Apostres : Vous seres tristes (Jn 16,20 ;14,27), il adjouste : Et que vostre coeur ne soit point troublé, et n'ayes point de crainte, etc. Voicy que ma tres amere amertume est en paix ( Is 38,17).

La mauvaise tristesse vient comme une gresle, avec un changement inopiné et des terreurs et impétuosités bien grandes, et tout a coup, sans que l'on puisse dire d'ou elle vient, car elle n'a point de fondement ni de rayson ; ains, apres qu'elle est arrivee, elle en cherche de tous costés pour se parer. Mays la bonne tristesse vient doucement en l'ame, comme une pluye douce qui attrempe les chaleurs des consolations, et avec quelque rayson precedente.

La mauvaise tristesse perd coeur, s'endort, s'assoupit et rend inutile, faysant abandonner le soin et I'oeuvre, comme dit le Psalmiste (Pr 15,13 ; Gn 21,15), et comme Agar, qui laissa son filz sous l'arbre pour pleurer. La bonne tristesse donne force et courage, et ne laisse point, ni n'abandonne un bon dessein ; comme fit la tristesse de Nostre Seigneur, laquelle, quoy que si grande qu'il n'en fust jamais de telle, ne l'empescha pas de prier et d'avoir soin de ses Apostres (Mt 26,38 ; Jn 18,8). Et Nostre Dame ayant perdu son Filz fut bien triste, mais elle ne laissa pas de le chercher diligemment (Lc 2,41 ; Mc 16,1 ; Jn 20,1) ; comme fit aussi la Magdeleyne, sans s'arrester a lamenter et pleurer inutilement.

La mauvaise tristesse obscurcit l'entendement, prive l'ame de conseil, de résolution et de jugement, comme elle fit ceux desquelz parlant le Psalmiste (Ps 106,27), il dit qu'ilz furent troublés et esbranslés comme un homme qui est ivre, et toute leur sagesse fut devoree ; on cherche les remedes ça et la confusément, sans dessein et comme a tastons. La bonne ouvre l'esprit, le rend clair et lumineux, et, comme dit le Psalmiste (Is 28,19), sa vexation donne l'entendement.

La mauvaise empesche la priere, degouste de l'orayson, et donne desfiance de la bonté de Dieu ; la bonne, au contraire, est de Dieu, asseure la personne, accroist la confiance en Dieu, fait prier et invoquer sa miséricorde : La tribulation et l'angoisse m'ont troublé, mais vos commandemens ont esté ma meditation (Ps 118,143), disoit David.

Bref, ceux qui sont occupés de la mauvaise tristesse ont une infinité d'horreurs, d'erreurs et de craintes inutiles, de peynes et de peurs d'estre abandonnés de Dieu, d'estre en sa disgrace, de ne devoir plus se présenter a luy pour luy demander pardon, que tout leur est contraire et a leur salut, et sont comme Caïn, qui pensoit que tous ceux qui le rencontreroyent le voudroyent tuer (Gn 4,14). Ilz pensent que Dieu soit inéquitable en leur endroit, et severe jusqu'a l'éternité, et le tout pour leur particulier seulement, estimant tous les autres asses heureux au pris d'eux : ce qui provient d'une secrette superbe qui leur persuade qu'ilz devroyent estre plus fervens et meilleurs que les autres, plus parfaitz que nul autre. Bref, s'ilz y pensent bien, ilz trouveront que ce qu'ilz pensent leur faute plus considerable, c'est parce qu'ilz se pensent eux mesmes plus considerables.

Mais la bonne tristesse fait ce discours : Je suis misérable, vile et abjecte creature, et partant, Dieu exercera en moy sa miséricorde ; car la vertu se parfait dans l'infirmité ( 2 Co 12,9), et ne s'estonne point d'estre pauvre et misérable.

Or, le fondement de ces différences qui sont entre la bonne et la mauvaise tristesse, c'est que le Saint Esprit est Autheur de la bonne tristesse ; et parce qu'il est l'unique Consolateur (Jn 14,16 ; 16,7), ses opérations ne peuvent estre separees de consolation ; parce qu'il est la vraye Lumiere, elles ne peuvent estre separees de clairté ; bref, parce qu'il est le vray Bien, ses opérations ne peuvent estre separees du vray bien : si que les fruitz d'iceluy, dit saint Paul (Ga 5,22), sont charité, joye, paix, patience, benignité, longanimité. Au contraire, le malin esprit, autheur de la mauvaise tristesse (car je ne parle point de la tristesse naturelle, qui a plus besoin de medecins que de théologiens), c'est un vray desolateur, tenebreux et embarrasseur ; et ses fruitz ne peuvent estre que hayne, tristesse, inquiétude, chagrin, malice, défaillance. Or, toutes les marques de la mauvaise tristesse sont les mesmes pour la mauvaise timidité.

ADVANCE \d6 Quelques remedes

ADVANCE \d6 1. Il la faut recevoir avec patience (IVD part IV, ch 12), comme une juste,punition de nos vaynes joyes et allégresses ;car le malin, voyant que nous en ferons nostre prouffit, ne nous en pressera pas tant; bien qu'il ne faille pas avoir cette patience pour en estre delivré, mais pour le bon playsir de Dieu, et la prenant pour le bon playsir de Dieu, elle ne layssera pas de servir de remede.

2. Il faut contrevenir vivement aux inclinations de la tristesse et forcer ses suggestions ; et bien qu'il semble que tout ce qui se fait en ce tems-la se face tristement, il ne faut pas laisser de le faire, car l'ennemy, qui pretend de nous allentir aux bonnes oeuvres par la tristesse, voyant qu'il ne gaigne rien et qu'au contraire nos oeuvres sont meilleures estans faites avec résistance, il cesse de nous plus affliger.

3. Il n'est pas mauvais, quand il se peut, de chanter des cantiques spirituels ; car lemalin a souvent cessé son opération par ce moyen, pour quelque cause que ce soit : tesmoin l'esprit qui agitoit Saül, duquel la violence estoit attrempee par la psalmodie (1 R16,23).

4. Il est bon de s'employer a I'oeuvre extérieure et la diversifier le plus que l'on peut, pour divertir la vehemente application de l'esprit de l'objet triste, purifier et eschauffer les espritz ; la tristesse estant une passion de [la] complexion froide et humide.

5. Il est bon de faire souvent des actions extérieures de ferveur, quoy que sans goust: comme d'embrasser le Crucifix, le serrer sur son coeur et sur sa poitrine, luy bayser les pieds et les mains, lever les yeux au Ciel.avec des propos d'espérance, comme : Mon Bienaymé est a moy, et moy a luy (Ct 2,16). Mon Bienaymé m'est un bouquet de mirrhe, il demeurera entre mes mammelles ( Ct 1,12). Mes yeux sefondent sur vous, o mon Dieu, disant : Quand me consoleres- vous ? ( Ps 118,82). Si Dieu est pour moy, qui sera contre moy (Rm 8,31) ? Jesus, soyes moy Jesus. Vive mon Dieu, et mon ame vivra. Qui me separera de la Croix de mon Dieu et semblables.

6. La discipline moderee y est quelquefois bonne, parce que la volontaire affliction extérieure impetre la consolation intérieure de l'ame, et s'appliquant au cors des douleurs extérieures, on sent moins l'effort des intérieures ; dont lePsalmiste disoit (Ps 34,13 ; 22,3) : Mais quant a moy, quand ilz me molestoyent, jeme revestois de haire. Et ailleurs, peut estre tout a propos : Ta verge et ton baston m'ont consolé.

7. La priere y est souveraine, suivant l'advis de saint Jacques (5,13) : Quelqu'un est il triste, qu'il prie. Je ne veux pas dire qu'il faille faire en ce tems-la de plus longues meditations, mais je veux dire qu'il faut faire de fréquentes demandes et repetitions a Dieu. Il faut tous-jours s'addresser en ce tems-la a sa divine bonté par des invocations pleines de confiance, ce que l'on ne fait pas quand on est dans le tems de la joye et hors de la tristesse, ou l'on peut croire que l'on a plus de besoin d'exciter en son coeur les sentimens de crainte ; par exemple, ceux ci : O Seigneur tres juste et terrible, o que vostre souveraine Majesté me fait trembler ! et semblables. Mais dans le tems de tristesse, il faut employer des paroles de douceur ; par exemple : O Dieu de miséricorde, tres bon et tres benin, vous estes mon coeur, ma joye, mon espérance, le cher Espoux de mon ame ; et semblables. Et les faut employer bon gré malgré la tristesse, a laquelle il ne faut point donner d'audience ni de credit, pour vous empescher de proferer et eslancer ces parolles de confiance et d'amour ; et bien qu'il semble que ce soit sans fruit, il ne faut pas laisser de continuer, et attendre le fruit qui ne laissera pas de paroistre apres un peu de contention.

8. La fréquentation de la Communion a cette intention est excellente, car elle nous donne le Maistre des consolations.

9. L'un des plus asseurés remedes est de desployer et ouvrir son coeur, sans y rien cacher, a quelque personne spirituelle et prudente, et luy declairer tous les ressentimens, affections et suggestions qui arrivent de nostre tristesse, et les raysons avec lesquelles nous les nourrissons ; et cela il le faut faire humblement et fidellement.

Et notes que la premiere condition que le malin met en l'ame qu'il veut affliger et seduire c'est le silence, comme font les séditieux dans les conspirations et fascheux evenemens ; car ilz demandent sur tout que leurs entreprinses et résolutions soyent secrettes. Dieu, au contraire, demande pour la premiere condition, la discrétion ; ne voulant pas a la verité que l'on descouvre indiscrettement ses graces et faveurs, mais bien que l'on les descouvre avec prudence et selon les regles d'une humble discrétion aux personnes de qualités requises.

ADVANCE \d10 Ces regles sont grossières, et seulement bonnes a combattre la tristesse et inquiétude desmesuree, Ceux qui ont plus de discernement aux choses spirituelles se pourront guider par d'autres voyes que Nostre Seigneur leur suggerera ; ce pendant, si celles cy peuvent servir, employes-les soigneusement, et pries pour celuy qui vous les a marquees.

XI

PREMIERE MÉTHODE POUR RÉCITER LE CHAPELET ÉCRITE A SAINT-JEAN D'AULPS

14 août 1606 [152]

Vous prendres vostre chapelet par la croix, que vous bayseres apres vous en estre signee, et vous vous mettres en la presence de Dieu, disant le Credo tout entier.

Sur le premier gros grain vous invoqueres Dieu, le priant d'aggreer le service que vous luy voules rendre et de vous assister de sa grace pour le bien dire.

Sur les trois premiers petitz grains vous demanderes l'intercession de la sacree Vierge, la saluant, au premier, comme la plus chere Fille de Dieu le Pere ; au second, comme Mere de Dieu le Filz ; et au troysiesme, comme Espouse bienaymee de Dieu le Saint Esprit.

Sur chaque dizaine vous penseres a un des misteres du Rosaire, selon le loysir que vous aures, vous resouvenant de celuy que vous vous proposeres, principalement en pro­nonçant les tressaintz noms de MARIE et de JESUS, les pas­sant par vostre bouche avec une grande reverence de cœur et de cors. S'il vous vient quelques autres sentimens, comme la douleur de vos pechés passés, ou le propos de vous amender, vous le pourres mediter tout le long du Chapelet, le mieux que vous pourres, vous resouvenant de ce sentiment, ou autre que Dieu vous inspirera, principale­ment lhors que vous prononces les deux tressaintz noms de JESUS et MARIE.

Au gros grain qui est au bout de la derniere dizaine, vous remercieres Dieu de la grace qu'il vous a faitte de vous per­mettre de le dire. Et passant aux trois petitz grains qui suivent, vous salueres la sacree Vierge Marie, la suppliant, au premier, d'offrir vostre entendement au Pere eternel, affin que vous puissies a jamais considerer ses misericordes ; au second, vous la supplieres d'offrir vostre memoyre au Filz, pour avoir continuellement en vostre pensee sa Mort et Passion ; au troysiesme, vous la supplieres d'offrir vostre volonté au Saint Esprit, affin que vous puissies a jamais estre enflammé de son amour sacré. ­

Au gros grain qui est au bout, vous supplieres la divine Majesté d'aggreer le tout a sa: gloire et pour le bien de son Eglise, au giron de laquelle vous la supplieres de vous con­server et d'y ramener tous ceux qui en sont desvoyés, et prierés Dieu pour tous vos amis ; finissant comme vous aves commencé, par la profession de la foy, disant le Credo et faisant le signe de la Croix.

Vous porteres le chapelet a vostre ceinture ou en autre lieu evident, comme une sainte marque par laquelle vous voules protester que vous desires estre serviteur de Dieu nostre Sauveur, et de sa tres sacree Espouse, Vierge et Mere, et de vivre en vray enfant de la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.

Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

XII

DEUX OCCUPATIONS POUR LA RETRAITE SPIRITUELLE

[1604-1608 [153]]

La sainte enfance de Notre-Seigneur. - Sa Passion.

Pour vostre retraitte spirituelle, vous pourres vous servir des pointz icy marqués, lesquelz regardent la divine en­fance de nostre Sauveur.

Le Dimanche, consideres le aux entrailles tres pures de sa tres chaste Mere, et admires comme cette grandeur immense s'est ainsy ravalee pour vostre amour. Le lundy; admires le dans la cresche en une extreme pauvreté. Le mardy, voyes le adoré des Anges et des pasteurs ; faites luy avec eux mille reverences interieures. Le mercredy, re­gardes que des-ja il respand son sang en la circoncision ; supplies le qu'il retranche toutes les superfluités de vostre ame. Le jeudy, occupes vous a mediter les misterieuses offrandes que luy presentent les Rois ; offres vous a luy, et adores le avec eux. Le vendredy, contemples le au Temple entre les bras de sa sainte Mere ; donnes luy vostre cœur pour estre sa demeure et son temple sacré. Le samedy, me­dités sa fuite en Egipte ; demandes luy la grace de bien fuir et eviter tout ce qui luy peut desplaire.

Une autre semayne, vous pourres vous entretenir sur les douloureux misteres de la Passion de nostre Redempteur.

Le Dimanche, voyes comme il lave les pieds a ses bienay­més Disciples ; pries-le qu'il vous lave et purifie de toute ordure de peché. Le lundy, regardes le au jardin des Olives, priant son Pere a chaudes larmes (He 5,7) ; demandes luy humble.­ment le don de l'orayson. Le mardy, medités avec quelle douceur et mansuetude il reçoit le bayser du traistre Judas ; demandes luy la charité et suavité envers vos ennemis. Le mercredy, consideres-le pris et lié par les Juifz; demandes luy la patience aux tribulations. Le jeudy, admires comme sans resistance quelconque il se laisse vestir en fol chez He­rode ; demandes luy l'humilité et le mespris de vous mesme. Le vendredy, contemples comme volontairement et d'un grand courage il charge le pesant fardeau de la croix, et la porte ainsy sur ses espaules jusques au mont de Calvaire ; faites a force actes de compassion sur ses inestimables tourmens. Le samedy, levés les yeux en haut, voyes le estendu de son long, cloüé, eslevé en l'air sur l'arbre de la croix ; prestes soigneusement l'oreille a ses douces parolles, pries le qu'il vous fasse la grace de vivre tout a luy, puis­qu'il est mort pour vous (2 Co 5,15).

XIII

L'IMITATION DE NOTRE-SEIGNEUR

[1604-1609 ?]

Comment Jésus a-t-il agi pendant sa vie ? - Exciter notre âme par ses exemples; un seul regard suffit.

Vous pourres excellemment tirer le motif du saint amour sur toutes les actions que le tres aymable Jesus a prattiquees durant le cours de sa tres sainte vie, en cette sorte:

Quand il se presente quelque sujet d'exercer la vertu (il s'en presente a tous momens), voyes briefvement comme Nostre Seigneur l'a exercee tandis qu'il vivoit icy bas entre les hommes ; et puys, animant vostre cœur d'une amou­reuse imitation : Or sus, dires vous, allons, suivons, imitons le doux Jesus, nostre Maistre. Par exemple, s'il faut prier, donner aux pauvres, conseiller quelqu'un, estre solitaire, entrer en conversation, souffrir quelque travail, souvenes vous que Nostre Seigneur en diverses occasions fit tout cela; et par apres, excitant vostre ame : Hé ! ce dires vous, quand il n'y auroit point d'autre rayson pour prier, pour faire l'aumosne, pour consoler les affligés, pour demeurer en solitude, pour acquiescer a cette souffrance, pour m'arrester en cette conversation, ne me suffit il pas que mon cher Maistre m'en ayt monstré le chemin ? Et cela se peut faire par un simple regard et unique sous­pir : Ouy, Seigneur, je suis avec vous.

XIV

DEUXIÈME MÉTHODE POUR RÉCITER LE CHAPELET ENVOYÉE A DIJON

le 29 septembre 1608 [154]

Vous prendres vostre chapelet par la croix, que vous bayseres apres avoir fait le saint signe de nostre Redemp­tion, et vous mettres en la presence de Dieu, disant le Credo tout entier.

Vous invoqueres Dieu sur le premier grain, le priant d'aggreer le service que vous luy voules rendre, et de vous assister de sa grace pour le bien dire.

Aux trois petitz grains vous demanderes l'intercession de la sacree Vierge: au premier, vous la salueres comme la plus chere Fille du Pere eternel ; au second, comme Mere tres chere du Filz de Dieu ; au troisiesme, comme Espouse bienaymee du Saint Esprit.

Apres cela, vous commenceres les mysteres du Rosaire, soit les glorieux, les joyeux ou les douloureux; ou bien vous vous porteres a quelqu'autre devot sentiment que Dieu vous inspirera.

A la fin, vous reprendres le gros grain qui est au bout du chapelet et remercieres Dieu de la grace qu'il vous a fait de vous permettre de le dire. Et passant aux trois petitz grains suivans, vous salueres la sacree Vierge, la suppliant, au premier, d'offrir vostre entendement au Pere eternel, affin que vous puissies a jamais considerer ses misericordes ; au second, vous la supplieres d'offrir vostre memoyre au Filz, pour avoir continuellement sa Mort et Passion en vostre pensee ; au troysiesme, d'of­frir vostre volonté au Saint Esprit, affin que vous puissies estre a jamais enflammé de son sacré amour.

Finissant au gros grain qui est au bout, vous dires le Pater, suppliant la divine Majesté qu'elle addresse le tout a sa gloire et pour le bien de son Eglise, en la foy et union de laquelle vous prieres sa Bonté de vouloir ramener tous les desvoyés, et prierés Dieu pour tous vos amis ; finissant comme vous aves commencé, par la pro­fession de foy, disant le Credo, puys faisant le signe de la Croix. Et [porterez [155]] vostre chapelet comme une sainte marque par laquelle vous voules protester que vous desires estre serviteur de Dieu, du Sauveur et de la sacree et tous-jours Vierge Mere.

XV

AVIS A LA BARONNE DE CHANTAL

Sales, 15-20 avril 1610 [156]

Ne pas faire de réflexions sur les choses qui arrivent. - Dans les sécheresses, s'humilier. - Comment reprendre le prochain. - Le voyageur dans un na­vire et le soin du pilote.

Pour toutes les choses qui vous arriveront, n'alles point [en] rechercher la cause (il suffit que Dieu la sçait), mais simplement humilies vous devant Dieu, supportant la con­tradiction avec douceur, sans reflexions.

Au tems des secheresses, humilies vous_ et au tems des sentimens et veüe de vostre misere, jettes vous au plus profond des entrailles de la misericorde divine.

[157] Mortifies vous en ces petites saillies contre les im­perfections du prochain, les reprenant avec l'esprit de dou­ceur.

N'ayes point soin de vous mesme, non plus qu'un voya­geur qui s'est embarqué de bonne foy sur un navire, qui ne prend garde qu'a se tenir et vivre dans iceluy, laissant le soin de prendre le vent, tendre les voiles et faire voguer, au pilote sous la conduitte duquel il s'est mis.

Revu sur le texte inséré dans un ancien Manuscrit conservé à la Visitation d'Annecy.

XVI

CONSEILS A UN AMI

1609-1610 [158]

Le secret pour avoir la paix extérieure et intérieure.

Voules vous que rien ne traverse vostre vie ? Ne souhai­tes point de reputation ni de gloire du monde.

Ne vous attaches point trop aux consolations et amitiés humaines.

N'aymes point vostre vie, et mesprises tout ce qui sera sensible a vos inclinations naturelles.

Supportes genereusement les douleurs du cors et les plus violentes maladies, avec acquiescement a la volonté de Dieu.

Ne vous soucies point des jugemens humains.

Taises vous de toutes choses, et vous aures la paix interieure; car, pour vous et pour moy, il n'y a point d'autre secret pour acquerir cette paix que de souffrir a la rigueur les jugemens des hommes.

Ne vous inquietes point de ce que le monde dira de vous ; attendes le jugement de Dieu, et vostre patience jugera alhors ceux qui vous auront jugé. Ceux qui courent la bague ne pensent pas a la compaignie qui les regarde, mais a bien courre pour l'emporter. Considerés pour qui vous travailles, et ceux qui vous voudront donner de la peyne ne vous travailleront gueres.

XVII

LE SAINT REÇOIT LES VOEUX DE RELIGION DE LA MÈRE DE CHANTAL, RENOUVELLE

SON VOEU DE CHASTETÉ ET FAIT CELUI DE SERVIR L'AME DE LA SAINTE

Annecy, 22 août 1611 [159]

Je, FRANÇOIS, EVESQUE DE GENEVE, accepte de la part de Dieu les vœux de chasteté, obeissance et pauvreté, presentement renouvellés par Jeanne Françoise Fremyot, ma tres chere Fille spirituelle. Et apres avoir moy mesme reiteré le vœu solemnel de perpetuelle chasteté par moy fait en la reception des Ordres, lequel je confirme de tout mon cœur, je proteste et prometz de conduire, ayder, ser­vir et advancer laditte Jeanne Françoise Fremyot, ma Fille, le plus soigneusement, fidellement et saintement que je sçauray, en l'amour de Dieu et perfection de son ame, laquelle des-ormais je reçois et tiens comme mienne, pour en respondre devant nostre Sauveur. Et ainsy je le voüe au Pere, Filz et Saint Esprit, un seul vray Dieu, auquel soit honneur, gloire et benediction es siecles des siecles. Amen.

Fait en eslevant le tressaint et adorable Sacrement de l'Autel en la sainte Messe, a la veüe de sa divine Majesté, de la tressainte Vierge Nostre Dame, de mon bon Ange et de celuy de laditte Jeanne Françoise Fremyot, ma tres chere Fille, et de toute la Cour celeste, le XXII jour d'aoust, octave de l'Assomption de la mesme tres glorieuse Vierge, a la protection de laquelle je recommande de tout mon cœur ce mien vœu, affin quil soit a jamais ferme, stable et inviolable.

VIVE JESUS ! Amen.

FRANÇOIS, Evesque de Geneve.

. Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

XVIII

MEMORIAL POUR BIEN FAIRE LA CONFESSION ADRESSÉ AU DUC DE BELLEGARDE

le 24 août 1613 [160] (cf Op2, note 132, ch 4)

(MINUTE)

Faire sa confession devant Jésus crucifié qui, " avec une douceur de misericorde incomparable ", nous prépare son pardon. - Il faut s'accuser non seulement du genre de péché, mais de l'espèce, du nombre, des divers degrés du péché. ­- Entre ces degrés, celui qui multiplie la malice du péché en une seule action doit être déclaré. - Le désir et la résolution de pécher est de fait un péché, ainsi que les mauvaises pensées volontairement entretenues. - Certaines actions comprennent en elles plusieurs espèces de péché : on doit s'en accu­ser. - Détail des péchés contre les commandements de Dieu. - Examen sur les sept péchés capitaux. - Les péchés contre les commandements de l'Eglise. - Comment discerner le péché mortel du véniel. - Moyens suggérés pour détourner du péché les grands de ce monde. - Prière avant la confession.

Estant a genoux devant vostre confesseur en la conte­nance la plus humble quil vous sera possible, vous vous representeres que vous faictes ceste action devant Nostre Seigneur crucifié, lequel vous prepare le pardon et l'absou­lution avec une douceur de miséricorde incomparable. Et partant, avec une sainte confusion accompagnée neantmoins d'une confiance tres grande, vous vous accuseres selon les advis suyvantz.

1e Advis

ADVANCE \d8 Il se faut accuser non seulement du genre du peché que l'on a commis, mais aussy de l'espece : donc, il ne suffit pas de dire que l'on a esté homicide, luxurieux ou larron, mais il faut encore nommer l'espece de l'homicide, de la luxure et du larcin que l'on a commis. Par exemple : si l'homicide a esté commis en la personne du pere ou de la mere, il le faut exprimer, car cela s'appelle parricide; si l'homicide a esté commis en lieu sacré, c'est sacrilège ; si on a tué une personne sacree, c'est un parricide spirituel. De mesme au genre du peché de luxure, il y a bien de la différence entre les especes d'iceluy : car desfleurer une vierge, c'est un stupre ; cognoistre une femme mariee, c'est adultere ; et ainsy des autres pechés.

ADVANCE \d10 2e Advis

ADVANCE \d10 Non seulement on se doit accuser des especes des pechés que l'on a commis, mais aussy du nombre d'iceux, disant combien de foys on a commis tel ou tel peché, au plus pres que l'on peut, selon la souvenance que l'on a ; et si l'on n'a pas souvenance de la quantité des pechés, il suffit de dire combien plus ou moins environ ; que si mesme on ne peut bonnement se resoudre de l'environ, il suffit de dire combien de temps on a perseveré au peché et si on y est fort addonné. Or, la nécessité de dire au plus pres que l'on peut la quantité des pechés mortelz est essentiellement requise pour faire une bonne confession, d'autant que pour absoudre le pecheur de ses pechés, il faut avoir cognoissance de l'estat de sa conscience ; mais on ne peut cognoistre l'estat d'une ame si on ne sçait a peu pres la quantité des pechés qu'elle a commis : car, quelle apparence y auroit il d'avoir en esgale considération une femme, par exemple, qui n'auroit offencé de son corps qu'une seule foys, comme la sainte penitente Aglaë, et celle qui auroit offencé peut estre dix mille fois, comme on peut croire de sainte Pelagienne, de sainte Marie Aegytiaque et de sainte Magdelaine ?

3e Advis

ADVANCE \d6 Il se faut encor accuser de la diversité des degrés qui se retreuve en chasque espece de peché ; car tout ainsy quil ya divers degrés en chasque vertu par lesquels passant de l'un a l'autre on arrive a la vertu heroique ou angélique, aussy [y] a il divers degrés au peché par lesquelz on descend jusques au peché diabolique. Par exemple, il y a bien de la différence entre le corroux et injurier, frapper du poing, ou avec un baston, ou avec l'espee et tuer, qui sont des divers degrés du peché de collere ; de mesme, il y a bien a dire entre le regard charnel, l'attouchement deshonneste et la conjonction luxurieuse, qui sont divers degrés d'un mesme peché, Il est vray que celuy qui a confessé une action mauvaise n'a pas besoing de dire les autres actions qui sont ordinairement requises pour faire celle la : ainsy, celuy qui s'est accusé d'avoir commis adultere une fois n'est point obligé de dire les baisers et attouchemens quil a faict parmy cela, car cela s'entend asses sans qu'on le die, et l'accusation de telle chose est comprise en la confession de l'acte principal duquel les autres ne sont que les accessoires.

4e Advis

Or,entre les degrés du peché, il faut prendre garde acelle (sic) qui multiplie ou redouble la malice du peché en une seule action (Début écriture M.Favre) : comme, par exemple, celuy qui derobe un escu fait un peché ; celuy qui en derobe deux tout a la fois ne fait aussy qu'un peché, mais toutesfois la malice de ce second peché est deux fois aussy grande comme celle du premier. De mesme il se peut faire qu'avec un mauvais exemple on scandalisera une seule personne, et qu'avec un autre mauvais exemple de mesme espece on scandalisera trente ou quarante personnes. et qui ne void que la malice de ce second peché est beaucoup plus grande que celle du premier ? Ainsy, sy l'un tue une fille et l'autre tue une femme enceinte, ilz n'ont chacun fait qu'un seul coup ; mays l'un neammoins, en un seul peché, a fait deux homicides, et par conséquent son peché, quoy qu'il ne soit qu'un quant a l'acte, a neammoins double malice. C'est pourquoy il faut particulariser, tant qu'il se peut bonnement faire, la qualité de l'objet ou de la matiere par le moyen delaquelle la malice du peché peut croistre ou descroistre; car il ne suffiroit pas a celuy qui auroit empoisonné un flaccon de vin, de dire qu'il a empoisonné du vin pour faire mourir des personnes, mais fandroit dire combien de personnes ; car encor que l'empoisonnement se fist par une seule action, neammoins il se terminerait a la mort de plusieurs personnes, et bien que l'action fust unique, la nuysance neammoins seroit de grande quantité.

ADVANCE \d15 5eAdvis

ADVANCE \d7 Le desir est un degré du peché, et la résolution d'exequuter en est un autre dont il se faut confesser, bien que par appres on ne vienne point a l'exequution ; car qui desire et beaucoup plus qui se resoult de pecher, il a formé le peché dans son coeur, suyvant le dire de Nostre Seigneur : Qui regardera la femme pour la convoiter, il a desja adulteré en son cœur ( Mt 5,28), et s'il n'a pas peché par effet, il a peché par affection. Mais cela s'entend des desirs qui sont formés, et non pas de certaine sorte de mouvemens intérieurs qui, de sursaut, a l'improuveüe et sans nostre consentement, passent par nostre coeur, pendant lesquelz mesmement, qui nous interrogeroit sy nous voudrions les choses ausquelles ces mouvemens semblent nous porter, nous dirions indubitablement que non ; car par la on void bien que ces desirs sont des actions de nostre nature et non pas de nostre franc arbitre.

ADVANCE \d8 6e Advis

ADVANCE \d6 Il se faut encor accuser des mauvaises pensées quand, avec une volontaire complaisance au peché, nous nous y arrestons, car elles sont un degré du peché, encor bien qu'elles n'ayent esté suyvies ny du desir, ny de la resolution. Par exemple, celuy qui prend plaisir a penser en soy mesme a tuer, ruiner et maltraitter son ennemy, encor qu'il ne desire point d'en venir aux effetz, neammoins, sil a volontairement et a son escient pris délectation et resjouissance en telles imaginations et pensées, il s'en doit accuser rigoureusement; comm'aussy celuy qui, pour prendre plaisir, s'amuse a penser, imaginer et se représenter les voluptés charnelles, car il peche intérieurement contre la chasteté, d'autant qu'encor qu'il n'ait pas voulu appliquer son cors au peché, il y a neammoins appliqué son coeur et son ame. Or, le peché consiste plus a l'application du coeur qu'a celle du cors, et il n'est nullement loisible de prendre a son escient plaisir et contentement au peché ny par les actions du cors, ny par celles du coeur.

ADVANCE \d9 7e Advis

ADVANCE \d2 Encor faut il prendre garde, pour se bien confesser, a certaines actions qui comprennent en elles plusieurs especes de pechés enveloppés l'un dans l'autre : comme, par exemple, celuy qui feroit tuer le mary pour jouïr de la femme, comme David (2 R 11,15), feroit trois sortes de peché tout ensemble, car il commettroit scandale, homicide et adultaire ; ainsy, celuy qui battroit un valet, et en le battant se representeroit par imagination le plaisir quil prendrait aADVANCE \d2 battre le maistre, feroit ensemblement deux pechés, l'un de coeur et l'autre de cors ; et celuy qui ayant accointance a une fille s'imaginerait, pour prendre plaisir, une femme mariee quil auroit desiré, feroit du cors un stupre, et du coeur un adultaire. Il y a mesme certaines actions lesquelles semblent estre meslées de peché mortel et de veniel, esquelles quelquefois on est grandement trompé, comme, par exemple, une personne grandement en cholere aura voulu donner un grand coup a quelqu'un qui, gauchissant, se sera eschappé ; et par ce que l'effect de sa mauvaise volonté ne sera pas ensuivy, il tiendra l'offence pour petite, bien que réellement son intention de frapper rudement la fasse fort grande. Ainsy, celuy là ne se confesserait pas bien qui ayant derobé une bourse en laquelle il n'y avoit que demy douzaine de jettons lesquels il pensoit estre des escus, ne s'accuserait que d'avoir dërobé des jettons ; car encor qu'en effet il n'ayt derobé que des jettons, en affection neammoins il a derobé des escus.

ADVANCE \d68e Advis

Du tems que l'on ademeuré en chaque action du peché [161]

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DES PECHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT DU DECALOGUE

ADVANCE \d4 En ce premier commandement il nous est ordonné de servir, honnorer et aymer Dieu selon les reigles de la vraye relligion ; les especes de peché qui se commettent contre ce commandement sont :

Premierement : le blasphème, qui n'est autre chose qu'une mesdisance de la divine Majesté faite par mauvaise affection ; comme quand on dit que Dieu n'est pas bon, qu'il n'est pas juste, qu'on le renie, qu'on le maugrée, qu'on le despite et, enfin finale, toutes fois et quantes que volontairement et a nostre escient nous parlons de Dieu incivilement, ainsy que l'on fait quand on dit : Aussy vray comme Dieu est ; un tel est vilain comme Dieu est noble ; Dieu ne se soucie pas de ce que nous faisons ; laissons Dieu en Paradis et demeurons icy ; et semblables impertinences.

C'est aussy un'espece de blasphème de mesdire des Saintz ou parler incivilement d'eux et des choses sacrées : comme, par exemple, emprunter les paroles de l'Escriture par gausserie, risée et deshonnesteté.

2. La seconde espece des pechés contre ce commandement, c'est l'impieté , qui consiste és actions par lesquelles nous voulons deshonnorer Dieu on les choses sacrées : comme font ceux qui employent les Sacremens, le saint Cresme, les paroles sacrées pour des charmes, ou qui les foulent par desdain, rompent les images, ruinent les autelz, les reliques et semblables choses.

3. La troysiesme espece, c'est la superstition, comm'est idolatrer, c'est a dire adorer comme Dieu ce qui n'est point Dieu ; user de magie, c'est a dire emploier le diable pour quelqu'operation, soit qu'on l'employe ouvertement, comme font ceux qui ont fait convention avec luy et les sorciers, soit qu'on l'employe tacitement par paroles et caracteres inconneus, ou paroles et caractères connus, mais appliqués faussement et vainement ; item, aller aux devins, et, en somme, faire ou dire quelque chose pour obtenir ADVANCE \d0quoy que ce soit du malin esprit ou de ceux qui dépendent de luy.

4. Violer les voeux que l'on a fait, ou bien faire des mauvais voeux : comme par exemple, de tuer quelcun, ou de ne faire pas quelque bien.

5. Tenter Dieu, c'est a dire vouloir espreuver et essaier si Dieu est bon, juste ou puissant, soit expressément, comme faisaient les Juifz demandant des miracles a Nostre Seigneur sans nécessité ny raison quelconque, soit tacitement, comme font ceux qui, sans nécessité ny occasion, mesprisent les moyens ordinaires que Dieu nous a donné pour faire les choses, pretendantz que Dieu en fournira d'extra-ordinaires, et ceux qui, sans nécessité, se mettent en des dangers eminentz, presumans que Dieu les en doive delivrer.

Les pechés suivans sont aussi contre ce commandement :


ADVANCE \d0 Douter de la foy. Se desfier de son salut ou de son amendement et remission des pechés ; ou bien, au contraire, proesumer d'obtenir le salut sans s'amender, ou penser avoir l'amendement sans penitence, ou la penitence sans prier, s'humilier et se disposer a l'avoir. Mettre son coeur és choses creés en telle sorte qu'on oublie le Createur.

Dire des mauvaises parolles contre Dieu, les Saintz et l'Esglise; disputer curieusement et temerairement des choses de la foy ; disputer on faire des persuasions que les commandemens de Dieu n'obligent pas les personnes, qu'il ne faut pas craindre de les rompre, et semblables choses que des jeunes gens font quelquefois, ou pour pervertir l'esprit des filles, ou pour faire les gallans en matiere du peché de la chair. Se plaindre de Dieu, blasphemer, invoquer le diable ou pour soy, ou contre soy, ou contre les autres, comme font ceux qui dient : je voudrois que le diable me guerise d'une telle maladie, ou me rompist le col, ou me fist avoir telle chose ; le diable t'emporte ; le diable m'emporte ; et semblables choses.

Emploier les enchanteurs et les assister. Ouîr les heretiques en leurs preches, prieres et assemblées; avoir leurs livres et tous livres faitz pour deviner. Faire des irreverences dedans les esglises, comme muguetter, cajoller, pavonner, reiller, tenir des contenances inciviles et arrogantes, empescher les autres de prier, et semblables discourtoisies et meseances spirituelles.

Outre cela, on peche contre ce commandement : laissant de servir Dieu quand l'occasion le requiert, pour respect humain. Ne sçavoir pas les choses requises au bon chrestien, comme sa creance, le Patenostre, la Salutation angélique, les Commandementz de Dieu et de l'Esglise. Ne prier pas Dieu le soir et le mattin, ne faire point l'honneur et la reverence deüe aux choses sacrées, ne benir ou faire benir la table, ne dire ou faire dire Graces appres le repas.

PECHES CONTRE. LE SECOND COMMANDEMENT

ADVANCE \d5 1. Jurer sans discrétion par le nom de Dieu, ou des Saintz et des autres créatures quelconques entant qu'elles dépendent de Dieu et se rapportent a iceluy : comme font ceux qui jurent a tous propos, autant pour chose de peu d'importance comme pour chose de grande importance ; car ceux cy exposent le sacré nom de Dieu et prennent a tesmoin sa divine Majesté vaniement (sic), frivolement et contemptiblement, sans jugement ny discernement quelconque.

2.Jurer contre la justice, c'est a dire contre la raison comme font ceux qui jurent de faire le mal ou de ne faire pas le bien ; car c'est mespriser grandement Dieu que de l'appeller a tesmoin d'une action mauvaise, comme fit Herodes, jurant de faire trancher la teste a saint Jean Baptiste (Mt 14,7), auquel sont semblables ceux qui jurent de battre, de couper le nez, de ruiner, de tuer et autres.

3. Jurer pour le mensonge ; qui est parjurer.

4. Procurer ou donner occasion aux autres de jurer sans nécessité, contre raison, et de parjurer.

ADVANCE \d9PECHÉS CONTRE LE 3e COMMANDEMENT

ADVANCE \d7: 1. Travailler les festes a quelqu'oeuvre servile, ou estre cause que l'on travaille, sans evidente nécessité et congé des Superieurs ecclésiastiques.

2.Obmettre d'ouïr la sainte Messe les jours de festes et Dimanches; ou bien l'oüir, mais sans attention, avec irreverence et incivilité. Ne point avoir soin que les serviteurs et autres domestiques oyent la Messe esditz jours de festes. Frapper, battre, paillarder et faire telles dissolutions és lieux sacrés.

Or, quant a la chasse ou tournois loisibles et autres exercices appertenentz principalement a la noblesse, ilz ne sont pas prohibés es jours de festes en qualité d'oeuvre servile, et partant, la Messe estant oüye, on peut loisiblement s'y appliquer esditz jours de festes ; mays ce seroit neammoins un'irreverence trop grande d'y vacquer és grands jours solennels esquelz, tant qu'il est possible, un chacun doit assister non seulement a la Messe, mais aux autres services chrestiens. Et seroit aussy une chose messeante et abuser de l'institution des festes, de faire profession et mestier ordïnaire d'emploier les tems sacrés en telles occupations.


ADVANCE \d12 PECHÉS CONTRE LE 4e COMMANDEMENT

ADVANCE \d8 Desirer la mort ou quelque mal au pere et a la mere naturelle, aux supérieurs civilz et politiques qui tiennent lieu de pere en la république, et aux supérieurs ecclésiastiques qui tiennent lieu de peres en l'Église. Se resoudre de ne point leur obeir et d'user de mespris envers eux. Ne tenir comte d'eux en son coeur. juger temerairement de leurs deportementz et de leurs intentions; ou bien, au contraire, les affectionner tant les uns et les autres que, pour leur respect, on soit disposé d'offencer Dieu. Parler mal des peres, meres, supérieurs, tant temporels que spirituels; les contreroller, censurer et se plaindre d'eux mal a propos; leur faire des répliques hautaines, fascheuses et piquantes; les provoquer a ire volontairement et a son escient. Depiter contr'eux. Leur defaillir en leurs nécessités, ne les consolant pas ny secourant selon son pouvoir.

Item, les peres, meres et supérieurs des maisons, villes et républiques offencent Dieu contre ce commandement, traittans indignernent et outrageusement leurs femmes, enfans, sujetz et inférieurs; n'aiant pas soin de les advancer en la vertu ; ne les assistant pas és choses requises, selon leur pouvoir ; les scandalisant par mauvais exemple.

Enfin, les enfans, héritiers et légataires qui n'accomplissent pas les volontés de leurs bienfacteurs, dont ilz sont chargés.

PECHES CONTRE LE 5e COMMANDEMENT ADVANCE \d9

Prendre plaisir és cogitations de vengeance et s'y entretenir volontairement pour s'y complaire. Desirer la mort ou quelque mal notable au prochain ou a soy mesme, ADVANCE \d0par hayne et malveillance. (Je dis par hayne, parce que de desirer la mort ou a soy ou au prochain pour la gloire de Dieu, pour son salut et pour autres telles bonnes occasions, quand la hayne de la personne ne s'y mesle point, il n'y a pas peché.) Hair quelcun ; desirer de s'en venger; se resjouir du mal d'autruy ; se contrister de son bien ; se mutiner contre luy et ne luy vouloir point parler a cett'intention. Infamer et injurier le prochain ; le maudire, le mes- priser, conseiller ou inciter a luy faire du mal.

Tuer ou battre ; susciter des inimitiées ; provoquer aux querelles et notamment aux duelz. Se courroucer et entrer en grand'ire. Ne vouloir pardonner l'injure ny remettre l'offence a celuy qui est prest de faire satisfaction; persequuter le prochain par menées, proces ou autre moyen. Prendre plaisir a faire battre les uns contre les autres, comm'on fait souventefois des laquais, gojatz et autres semblables sortes de gens. Donner ou faire donner la couverte aux pauvres gens et insensés ; piquer et harier les folz, user de cruauté envers eux. S'exposer temerairement aux dangers et inconveniens. Procurer la sterilité ou avortement des femmes. Estre dur et cruel envers les pauvres; les laisser perir ou souffrir des grandes nécessités, quand on les peut secourir. Laisser les innocens a la mercy de l'injustice, quand, par voye legitime et juste, on les peut garantir.

ADVANCE \d2 C'est encor peché contre ce commandement de tuer l'amedu prochain, la provoquant a peché, ou bien de luy nuire spirituellement, la destournant des bonnes oeuvres ou l'empescher malicieusement de bien faire C'est aussi peché de ne l'aider pas au bien, la conseillant, admonestant et corrigeant quand on le peut bonnement faire.

ADVANCE \d8 PECHES CONTRE LE6e COMMANDEMENT


ADVANCE \d9 Avoir des pensées deshonnestes et les entretenir volontairement pour se complaire en la délectation sensuelle qui en peut naistre. Desirer les actions deshonnestes.Dire des parolles ou chanter des chansons lascives, principalement quand c'est a mauvaise intention. Se loüer, venter et glorifier du peché de la chair ; dire des parolles en faveur d'iceluy ; l'excuser et amoindrir son enormité. Avoir des livres et images lubriques. Regarder impudiquement les personnes. Envoyer des dons, faire des promesses, escrire des pouletz, envoier des messages, prendre ou donner des assignations, et toutes autres sortes de poursuittes qui se font en intention d'impudicité. Muguetter, cajoller, donner de l'amour, et toutes sortes d'amourettes, bien que d'abord il ne semble pas que l'intention soit tout a fait charnelle. Faire des attouchemens deshonnestes sur soy ou sur autruy, avec intention de plaisir sensuel. Se provoquer, soy mesme on autruy, a pollution ; faire la fornication, c'est a dire avoir compaignie des femmes non vierges, non mariées, non sacrées et non parentes. Faire l'adultaire, qui se commet lorsque I'une des parties ou toutes deux sont mariées. Faire le stupre, c'est a dire desfleurer une vierge consentante. Faire le violement, c'est a dire prendre une femme ou une fille par force. Faire l'inceste, c'est a dire avoir accointance avec une parente ou alliée, tant spirituellement que temporellement ; je dis spirituellement, a cause des comperes, commeres, parrains, marraines, fileulz et fileules. Faire le sacrilège, c'est a dire avoir connaissance des personnes sacrées a Dieu, comme prestres, Religieux et Religieuses, ou bien faire l'exces de paillardise en lieu sacré. Faire le vice exécrable de Sodome, c'est a dire commettre l'acte charnel avec un autre de son propre sexe, ou bien avec une personne de sexe different, mais usant des endroitz non dediés a la generation. Et enfin, employant ou les bëstes ou le diable, qui sont les deux plus malheureux exces de tous.

Ce commandement aussi s'estend a ce que les personnes mariées s'entrerendent fidellement l'un a l'autre le devoir nuptial, usant de l'acte que Dieu a beny en faveur du mariage et selon rayson, tant pour la generation que pour la conservation de l'amitiée et complaisance requise entre les mariés ; se ressouvenons qu'ilz sont hommes raisonnables et chrestiens, et qu'ilz doivent posseder les cors l'un de l'autre en sanctification, avec honneur (1 Th 4,4), amour et dilection, et tous-jours dans les bornes que la nature a prescrites.

ADVANCE \d11 PECHÉS CONTRE LE 7e COMMANDEMENT

ADVANCE \d5 Derober le bien d'autruy ; le retenir contre rayson. Tromper en vendant et acheptant, voire mesme joüant. Prendre l'usure; faire contratz injustes. Acheter ou vendre es benefices. Frauder l'Esglise des dismes et primices, ou les primices des tributz et peages justes. Poursuivre des proces injustement. Retenir les gages des serviteurs, mercenaires, artisans, ouvriers, soldatz. Imposer des daces, subsides, contributions, angaries, injustement et contre rayson. Ne payer point les debtes quand on le peut faire. Contracter des debtes démesurées pour lesquelles on est insolvable, ou que difficilement peuvent estre payées. Favoriser les injustes détenteurs du bien d'autruy contre les justes poursuites des vrays possesseurs et maistres. N'empescher pas les larcins, concussions et autres dommages du prochain. Et generalement, oster ou retenir sans rayson le bien, l'honneur et les commodités du prochain ; comm'aussy, faire des prodigalités et despences excessives, pour lesquelles on fait des empruntz et on se prive des moyens d'assister le pauvre et met a souffrance sa famille.

PECHÉS CONTRE LE 8e COMMANDEMENT

ADVANCE \d13 Juger mal et temerairement de la conscience et des actions du prochain ; or, on juge temerairement quand c'est sans legitime fondement. Disant mal du prochain, ou faisant mal parler d'autruy ; ce qui se fait en plusieurs façons :

ADVANCE \d1 1.Par imposture, qui n'est autre chose que de jetter sur une personne un crime ou un vice qui n'est pas en luy par aggrandissement du vice ou du peché qui se treuve en quelcun ; par revelement d'un crime secret de quelqu'un ; par mauvaise interprétation de l'intention de quelcun, detournant en mauvais sens les bonnes actions d'autruy ; niant le bien estre en une personne, lequel y est, ou ravalant la juste estime que l'on doit avoir d'une personne ; se taisant lorsque l'on peut justement deffendre de blasme une personne.


2.Item : mentir en quelle façon que ce soit, particulierement quand le mensonge apporte le dommage au prochain. Faire lire, avoir, reciter des pasquins qui ne sont pas publiquement connus. Celer la verité ou dire le mensonge en jugement. Semer des noyses. User d'accusations, calomnies, exaggerations és proces et autres disputes d'importance. Prendre plaisir a oüir mesdire et calomnier.

ADVANCE \d8 PECHÉS CONTRE LE 9e COMMANDEMENT

ADVANCE \d8 Desirer la femme du prochain, ou sa fille, ou les autres personnes qui luy appartiennent, pour les avoir et en user charnellement ; car, comme le sixiesme defend le peché de luxure quant a l'effet, le neuviesme le deffend quant a l'affection.

ADVANCE \d13

CONTRE LE 10e COMMANDEMENT

ADVANCE \d1

Desirer le bien d'autruy, de quelle sorte qu'il soit, pour l'avoir injustement et avec incommodité du prochain, car, comme le septiesme commandement deffend le larcin quant a l'effet, le dixiesme le deffend quant a l'affection.

ADVANCE \d11 EXAMEN TOUCHANT LES PECHÉS CAPITAUX

ADVANCE \d10 Quant a l'orgueil

ADVANCE \d11 L'orgueil n'est autre chose qu'une volonté désordonnée d' une grandeur disproportionnée a celuy qui la veut, et partant c'est peché d'orgueil de s'attribuer le bien que l'on a d'autruy comme sy on l'avoit de soy mesme ; penser meriter les biens et les graces que l'on a, encor qu'il n'en soit rien ; s'attribuer des biens et des graces que l'on n'a pas ; se preferer aux autres es choses esquelles on ne se doit pas preferer. Or, l'orgueil est peché mortel quand on ne veut pas reconnoistre de Dieu ce que l'on a ; quand, pour maintenir sa vaine estime, on est prest a violer les commandemens de Dieu et quand, pour s'exalter, on deprime et on mesprise le prochain en chose notable.

A l'orgueil est attachée la vaine gloire, qui est se glorifier de ce que l'on n'a pas, ou de choses quine le meritent pas, ou de choses qui ne nous appartient (sic) pas, ou de choses mauvaises ; ou vouloir avoir la gloire du bien que l'on a, sans reconnaissance de Dieu duquel il vient.

A la vaine gloire est attachée la jactance, qui consiste a se venter de chose mauvaise, ou de chose bonne, mais plus qu'on ne doit, ou avec mespris du prochain, comme quand on se vente d'estre plus que les autres ; ou avec le dommage du prochain, comme quand on se vente de sçavoir guerir de telle et telle maladie, et que les personnes s'y amusent et sont trompées.

L'ypocrisie est encor une branche de l'orgueil, laquelle consiste a faire semblant d'estre saint ou vertueux, pour amuser ou decevoir le prochain. La contention s'ensuit, qui n'est autre chose qu'un debat de paroles fait contre la verité. La discorde vient apres, qui n'est autre chose qu'une contrariété desreglec a la volonté du prochain, laquelle est en sa perfection quand l'opiniastreté survient, par laquelle on s'arreste fermement en son opinion,quoy que sans bon fondement.

La curiosité appartient aussy a l'orgueil, qui n'est autre chose qu'un désir immoderé de sçavoir et connoistre les choses qui ne sont pas de nostre profession, ou qui sont dangereuses, ou qui sont deffendues.

Appres cellecy suit la recherche des nouveautés en habitz, en discours et en opinions, et enfin la désobéissance et mespris des loix et des supérieurs. De tout cela naist la presomption, par laquelle on entreprend de faire, dire, paroistre et estre plus qu'il ne nous appartient : comme quand on veut parler de choses qu'on n'entend pas, ou faire un art que l'on ne sçait pas, ou paroistre plus que l'on n'est pas, ou qu'on veut estre plus que l'on ne peut pas. Et ce dernier porte proprement a l'ambition, qui n'est autre chose qu'un désir désordonné des honneurs et dignités.

ADVANCE \d6 De l'avarice


ADVANCE \d5 L'avarice n'est autre chose qu'une volonté immoderée d'avoir des biens temporels contre raison, et d'icelle naissent tous les pechés contraires au septiesme commandement ; comm'aussy la durté (sic) de coeur, qui n'est autre chose qu'un trop grand soin de garder le bien que l'on a, jusques mesmes a n'avoir point de pitié des souffreteux.

Item, l'inquiétude que le soin et l'ardeur immoderée des choses temporelles excite en nos espritz. De la naissent bien souvent les tromperies, fraudes, perjures, violences et trahisons.

De la luxure

ADVANCE \d6 La luxure n'est autre chose qu'un appétit désordonné du plaisir de la chair. Or, l'appétit est désordonnée ou parce qu'il veut prendre le plaisir sur un sujet qui n'est pas a nous, comm'il advient en la fornication et en l'adultaire ou parce qu'il le veut prendre contre l'ordre estably par la nature ; ou parce quil le veut prendre contre la fin et l'intention pour laquelle ce plaisir est destiné. Or, de la luxure dépendent tous les pechés contraires au sixiesme commandement, qui rendent l'esprit distrait, obscur, inconsidéré, inconstant, terrestre et brutal.

ADVANCE \d10 De l'ire

ADVANCE \d7L'ire n'est autre chose qu'un appetit de vengeance, et produit tous les pechés que nous avons marqué au cinquiesme commandement, qui engendrent les pechés suivans :

1. L'indignation, quiconsiste a rejetter comme indigne le prochain ;

2.L'enfleure du coeur, qui n'est autre chose qu'un assemblage de pensées et de mouvemens qui portent le coeur a la vengeance ;

3. Le desordre [de] la voix et de la parolle

4. les injures

5. les blasphèmes ;

6. les querelles et les noyses.

ADVANCE \d11

De laglotonie

ADVANCE \d6 La glotonnie n'est autre chose qu'un appetit desordonnée (sic) de boire et de manger. Or, le desordre consiste ou a desirer des viandes ou breuvages trop precieux, ou a les prendre en trop grande quantité, ou a les faire apprester trop curieusement, ou a s'y complaire trop delicieusement, ou a les prendre hors de tems et de saison.

La gloutonnie a deux branches : la gormandise, qui regarde les viandes, et l'yvrongnerie qui regarde le breuvage. Ell'hebete l'entendement, engendre la dissolution, trouble les paroles, soüille le cors et infame toute la vie.

Del'envie,

ADVANCE \d5 L'envie n'est autre chose que la tristesse que nous avons du bien d'autruy en tant qu'il semble diminuer le nostre. J'ay dit, entant qu'il semble diminuer le nostre, parce qu'on peut estre marry du bien de quelcun non seulement sans pecher, mais aussy par charité : comme quand on est marry que les indignes soyent advancés, ou que les ennemis de la Republique prospèrent.

De l'envie naissent les jalousies, competances, haines, murmurations, detractions, resjouïssances du mal d'autruy et mille sortes de maux.

ADVANCE \d4

De la paresse

ADVANCE \d4 La paresse n'est autre chose qu'une certaine tristesse que l'on a a pratiquer le bien spirituel. Elle procede d'une trop grande affection aux choses temporelles et des trop grandes délectations es choses sensuelles, qu'il nous fasche de laisser pour suivre la vertu ; comm'aussi elle procede encor de l'appréhension du travail et de la peine qu'ily a a pratiquer les bonnes oeuvres.

ADVANCE \d3 Elle produit le découragement, par lequel on n'ose pas entreprendre le bien qui nous est conseillé; l'engourdissement d'esprit, par lequel on est empesché de se mouvoir a bien faire ; l'aigreur malicieuse, par laquelle on hait la perfection chrétienne ; la rancune et desgoust contre les personnes spirituelles, parce qu'ilz nous provoquent au bien ; l'inadvertance aux choses bonnes ; le desespoir, comme sy c'estoit chose impossible de garder les commandemens de Dieu et de se sauver.

ADVANCE \d16 DES PECHÉS QUI SE COMMETTFNT CONTRE LES COMMANDEMENS DE L'ESGLISE,

ADVANCE \d15 On peche contre le premier commandement de I'Esglise, violant le Caresme, les vendredis, samedis, vigiles et Quattre Tems quant a l'usage des viandes prohibées, ou bien ne jeusnant pas ;ce qui s'entend, sinon que quelque legitime occasion nous empesche.

On peche contre le second commandement, n'oyant pas la Messe entiere és jours de Dimanche et de feste, sinon aussy que quelque legitime raison excuse. Or, celuy est estimé ouïr la Messe entiere qui oyt presque toute la Messe, encor qu'il ne l'oye pas exactement toute : ainsy, celuy qui arriverait quand on dit l'Epistre, oyant tout le reste de la Messe, satisferoit au commandement, l'Esglise n'ayant pas intention d'obliger plus rigoureusement que cela.

On peche contre le troisiesme commandement, lors qu'on obmet de se confesser a Pasques, ou qu'on se confesse a quelqu'un qui n'a point d'authorité.

On peche contre le quatriesme, ne se communiant pas a Pasques. Or, celuy là est estimé communier a Pasques, qui communie dans les huict jours precedens ou dans les huict jours suivans la feste de Pasques.

ADVANCE \d2 On peche contre le cinquiesme commandement, ne payant pas la disme et autres devoirs ordinaires qu'on est obligé de rendre a l'Esglise.

ADVANCE \d15 MOYEN DE DISCERNER LE PÉCHÉ MORTEL DU VÉNIEL

ADVANCE \d9 Toute la loy de Dieu consiste en ces deux commandemens : Tu aymeras Dieu sur toutes choses et ton prochain comme toy mesme (Dt 6,5 ; Mt 22,17). C'est pourquoy, tout ce qui est contraire a l'amour de Dieu et a l'amour du prochain, sy la contrariété est parfaite, doit estre estimé peché mortel ; mais sy la contrariété n'est pas parfaite ni accomplie, ains imparfaite et non accomplie, il n'y a que peché veniel.

Or, la contrarieté qui se fait a l'amour de Dieu et du prochain est reputée imparfaite en trois façons

ADVANCE \d0 Premierement : de la part de nostre volonté, lorsque nostre liberté n'est pas parfaite et que, par conséquent, nostre volonté n'agist pas avec pleine deliberation ny avec un total usage de son franc-arbitre : comm'il arrive quelque fois que nous dirons un'injure a quelqu'un par une si soudaine surprise de colere, que nous l'avons plus tost dite que pensée ; car alors, bien que d'injurier le prochain soit ordinairement un peché mortel, toutesfois, a raison de ce que l'acte de la volonté a esté fort imparfait et indeliberé, ce n'est qu'un peché veniel, parce que la contrariété a l'amour de Dieu en cet acte de la volonté n'a pas esté une pleine et accomplie contrariété, ains une contrariété sortie par surprise et inadvertance et la volonté n'estant pas pleynement a soy mesme.

Secondement : la contrarieté a l'amour de Dieu et du prochain est quelquefois imparfaite a raison de la petitesse de la matiere en laquelle ell'est commise : comme, par exemple, derober c'est un peché mortel, parce que le larcin contrarie a la charité du prochain ; mais pourtant, ce que l'on derobe peut estre sy peu de chose, que la nuysance qui s'en ensuit contre le prochain est si extrêmement legere qu'elle n'est point considérable, et par conséquent la contrarieté de cette action là a l'amour du prochain n'est pas une parfaite contrariété, mais plustost comm'un commencement de contrariété. Ainsy' celuy qui derobe une pomme, une poire, un liard ne peche que veniellement, parce qu'il offence fort peu le prochain et par conséquent ne contrarie pas parfaitement a l'amour qui luy est deu ; de mesme les coleres legeres, petitz chagrins, ou quelque legere et imparfaite caresse a l'endroit de la femme d'autruy ne seront pas estimés peché mortel.

Tiercement : la contrariété a l'amour de Dieu et du prochain est imparfaite a raison de la nature mesme de l'action que nous prattiquons, laquelle de soy n'est pas parfaitement mauvaise, mais seulement a quelque sorte de defaut en soy, lequel defaut ne la rend pas contraire a l'amour de Dieu et du prochain, ains seulement a la perfection de l'amour.Cmme par exemple, un mensonge dit par joyeuseté ou pour excuser quelqu'un : c'est un'action laquelle n'est point contraire a l'amour de Dieu et du prochain, ou sy ell'est contraire, c'est par une contrariété fort imparfaite et qui regarde plustost la perfection de l'amour que l'amour mesme ; car bien que le prochain reçoive les petitz mensonges pour la venté, sy est ce que cela ne luy apporte nulle sorte de nuysance. Or je dis neammoins que la perfection de la charité est violée, parce que la perfection de la charité ne requiert pas seulement que nous ne nuysions pas au prochain, mais aussy que nous ne le frustrions pas de ses justes desirs et que nous ne nous contrarions pas nous mesmes : or, chacun desire naturellement de sçavoir la verité des choses qui luy sont représentées, et nous nous contrarions nous mesmes quand nous parlons contre nostre pensée. De mesme, joüer plus longuement qu'il ne faut par recreation c'est une chose qui n'est point louable, mais elle n'est pas de soy contraire a l'amour de Dieu et a l'amour du prochain ; car, comme il appert, en cela il ny a point de meschanceté, mais seulement de l'inutilité.

ADVANCE \d14 MOYENS POUR DIVERTIR LES GRANDS DU PECHÉ DE LA CHAIR

ADVANCE \d10 Les grands ordinairement ne pratiquent point ce peché que par l'entremise de quelques confidens messagers et solliciteurs. Sy, donc, ilz entreprennent a bon escient de s'amender de ce peché là, il faut qu'ilz esloignent de leur suitte telles sortes de gens, car par ce moyen ilz perdront la facilité de retourner au malheur. Or cet esloignement se peut faire par beaucoup de bons prétextes.

De plus, tant que la commodité des affaires le peut permettre, ilz doivent avoir avec eux leurs femmes ; le mariage estant ordonné, non seulement pour la generation des enfans, mais aussy pour le remede de la concupiscence.

Chose grandement utile d'avoir tous-jours avec eux certaine sorte de gens, soit gentilshommes ou autres, qui ayent beaucoup de la crainte de Dieu ; car, comme la presence des meschans facilite le consentement au mal, aussy la presence des bons facilite la resistence. C'estoit un des saintz artifices du glorieux saint Louys, qui avoit tous-jours pres de soy quelqu'homme de grande devotion duquel l'entretien le confortoit et consolait au bien. (Saint Louis par M. Sepet, Paris, Lecoffre p.64) es grans donques ayans un de ces gens-là pres d'eux et luy parlant une fois ou deux le jour, c'est merveille comme ilz en sont divertis du mal et soulagés contre les tentations.

Quand on s'est resoulu a bon escient de se retirer de ce vice, il est bon de s'en declairer parmy ceux qui sont le plus pres autour de nous, affin de nous brider par nostre propre parolle.et déclaration.

Bon encores en la priere du mattin et du soir de faire une resolution particuliers contre ce peché et offrir cette resolution a Dieu, tantost a l'honneur de sa Passion, tantost a l'honneur de sa Nativité, tantost a l'honneur de sa sepulture ; quelquefois a l'honneur de la glorieuse Vierge Marie, sa Mere ; [162] d'autrefois a l'honneur de nostre Ange gardien ; et ainsy diversement a l'honneur des Saintz que nous honnorons le plus, protestant que pour l'amour d'eux nous observerons nostre résolution. Et qui, a l'oraison, adjousteroit quelqu'aumosne pour mesme fin, feroit mieux.

Il est encore bon de s'imposer, voire par voeu, quelque penitence en cas que l'on retombe : comme seroit de dire tant de prieres a genoux, de jeusner, et semblables choses. Mais sur tout, l'excellent remede a ce mal c'est de se confesser et communier souvent. Or, bien quil y aye de la difficulté en ces remedes, si est ce que celuy la se resoulura (sic) aysement de les pratiquer qui se ressouviendra quil faut ou quitter ce peché par quel moyen que ce soit, ou quil fautquitter la grace deDieu et perireternellenient.

ADVANCE \d3

ORAISON POUR DIRE AVANT LA CONFESSION

ADVANCE \d8 O Seigneur, faictes moy voir la quantité et l'énormité de mes maux, afin que je les deteste et me confonde en la grandeur de ma misere ; mais faictes moy voir aussy l'infinité de vostre bonté, afin que je m'y confesse, et que, comme je confesse humblement devant vous et devant le Ciel que je suis mauvais, ains la meschanceté mesme de vous avoir tant offensé, je confesse aussy hautement que vous estes bon, ains la bonté mesme de me pardonner si misericordieusement. O souveraine Bonté, octroyes le pardon a ce chetif coulpable qui confesse et accuse son peché en ceste vie mortelle, en espérance de confesser et celebrer vostre miséricorde en l'éternelle, par le merite de la Mort et Passion de vostre Filz qui, avec vous et le Saint Esprit, est unseul Dieu vivant et regnant es siecles des siecles.

AMEN.

ADVANCE \d7 Revu sur l'original conservé à la Visitation d'Annecy.

XIX

SUR LA TRÈS SAINTE VIERGE A LA MÈRE DE CHANTAL?

[1610-1613 [163] ?]

Marie a passé par tous les états de vie pour attirer toutes les âmes à son divin Fils.

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Voyes comme cette Mere universelle de tous les enfans de Dieu s'est faite toute a tous (1 Co 9,22)pour attirer et conduire toutes les ames a son Filz. Mais sur tout, regardes combien doucement cette jeune Princesse a passé du couvent des vierges dans la congregation des mariees, par son chaste et tres pur mariage avec saint Joseph, auquel, selon la coustume du tems et selon le conseil divin, elle fut remise par ses parens. De la, elle passa fort humblement dans la societé des vefves apres la mort de saint Joseph ; et c'est l'opinion de plusieurs Peres, que cette sainte Mere de Dieu, apres l'Ascension de son adorable Filz au Ciel, vescut en terre plusieurs annees, comme les autres vefves et com­me plusieurs fideles de la primitive Eglise, des aumosnes et de la communauté des biens des premiers chrestiens.

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Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

XX

PRIÈRE COMPOSÉE POUR LA BARONNE MARIE-AIMÉE DE THORENS

Février 1615 [164]

O Dieu eternel, Pere d'infinie bonté, qui aves ordonné le mariage pour en multiplier les hommes ici bas, repeupler la celeste cité la haut, et aves principalement destiné nostre sexe a cet office, voulant mesme que nostre fecon­dité fust une des marques de vostre benediction sur nous : hé, me voyci prosternee devant la face de vostre Majesté que j'adore, vous rendant graces de la conception de l'en­fant auquel il vous a pleu donner estre dedans mon cors. Mais, Seigneur, puisque ainsy il vous a semblé bon, esten­des donq le bras de vostre providence jusques a la perfection de l'œuvre que vous aves commencee : favorises ma grossesse de vostre perfection, et portes avec moy, par vostre continuelle assistence, la creature que vous aves produite en moy, jusques a l'heure de sa sortie au monde ; et lhors, O Dieu de ma vie, soyes moy secourable, et de vostre sainte main supportes ma foiblesse et receves mon fruit, le conservant jusques a ce que, comme il est vostre par creation, il le soit aussi par redemption, lhors qu'estant receu au Baptesme il sera mis dans le sein de l'Eglise vostre Espouse.

O Sauveur de mon ame, qui, vivant ici bas, aves tant aymé, si souvent pris entre vos bras les petitz enfans, hé, receves encor celuy ci et l'adoptes en vostre sacree filiation, affin que, vous ayant et invoquant pour Pere, vostre nom soit sanctifié en luy, et que vostre royaume luy advienne (Mt 6,9). Ainsy, o Redempteur du monde, je le voüe, dedie et consacre de tout mon cœur a l'obeyssance de vos commandemens, a l'amour de vostre service et au service de vostre amour.

Et d'autant que vostre juste courroux rendit la premiere mere des humains, avec toute sa pecheresse posterité, su­jette a beaucoup de peynes et douleurs es enfantemens, O Seigneur, j'accepte tous les travaux qu'il vous plaira permettre m'arriver pour cette occasion ; vous suppliant seulement, par le sacré et joyeux enfantement de vostre innocente Mere, de m'estre propice a l'heure du mien dou­loureux, de moy, pauvre et vile pecheresse ; me benissant, avec l'enfant qu'il vous plaira me donner, de la benediction de vostre amour eternel, qu'avec une parfaite confiance en vostre bonté je vous demande tres humblement.

Et vous, Vierge Mere tres sainte, ma chere Dame et uni­que Maistresse, qui estes l'unique honneur des femmes, receves en protection et dans le giron maternel de vostre incomparable suavité, mes desirs et supplications, affin qu'il plaise a la misericorde de vostre Filz de les exaucer. Je le vous requiers, O la plus aymable de toutes les crea­tures, vous en conjurant par l'amour virginal que vous portastes a vostre cher espoux saint Joseph, par l'infini merite de la naissance de vostre Filz, par les tressaintes entrailles qui l'ont porté et par les sacrees mammelles qui l'ont allaité.

O saintz Anges de Dieu, deputés a ma garde et a celle de l'enfant que je porte, defendes nous, gouvernes nous, affin que par vostre assistence nous puissions en fin parvenir a la gloire delaquelle vous jouisses, pour, avec vous, loüer et benir nostre commun Seigneur et Maistre, qui regne es siecles des siecles. Amen.

XXI

AVIS A LA MÈRE DE CHANTAL

[1613-1615 ? [165]]

Confiance et abandon. - La Mère de Chantal doit tenir son âme ferme, sans " vouloir voir ce qu'elle fait ou si elle est satisfaitte ".-Bel exemple de simpli­cité des petits enfants. - De la trop grande activité d'esprit naît l'inquiétude. - Quitter tout ce qui déplaît à Dieu et ne pas " s'embesoigner " de notre avancement spirituel.

Prosterné, ce me semble, en quelque petit recoin du mont de Calvaire ou Nostre Seigneur me voit, je vous escris ces lignes, ma tres chere Mere, pour vostre soulagement, com­me un abbregé des resolutions plus convenables a vostre advancement devant Dieu.

Je repete ce que si souvent je vous ay dit : que, non seule­ment en l'orayson, mays en la conduitte de vostre vie, vous deves marcher en l'esprit d'une tres parfaitte et tres simple confiance en Dieu, entierement remise et abandonnee a son bon playsir, comme un enfant innocent qui se laisse aller a la conduitte et direction de sa mere.

Secondement : Et pour bien marcher ainsy a la mercy de l'amour et du soin de ce cher souverainement aimable Pere, tenes souëfvement et paysiblement vostre ame ferme, sans permettre qu'elle se divertisse a se retourner sur elle mesme, ni a vouloir voir ce qu'elle fait ou si elle est satis­faitte ; car, ma chere Mere, nos satisfactions ne sont point aymables devant les yeux de Dieu, ains seulement elles aggreent a nostre propre amour. Le Sauveur de nostre ame inculque si souvent la simplicité des petitz enfans (Mt 18,2), que nous la devons aymer tres particulierement. Or, ces petitz enfans innocens ayment leurs meres qui les portent, avec une extreme simplicité : ilz ne regardent nullement ce qu'elles font, ni ne font point de retours sur eux mesmes ni sur leurs satisfactions, ilz les prennent sans les regarder ; ilz tetent avec avidité et ne regardent point si ce lait est meilleur une fois que l'autre, car tandis qu'il y en a ilz le prennent tout de bon, sans autre curiosité. En cela donq nous devons ressembler aux petitz enfans. Comme encor en cette douce oysiveté par laquelle ilz ne se soucient point d'aller, ains ayment mieux estre portés ; et quand ilz com­mencent a vouloir aller, ilz commencent aussi a souvent tomber et trebuscher es choses qu'ilz rencontrent. Bien­heureux sont ceux qui ne veulent pas tous-jours faire, voir, considerer, discourir !

Ma tres chere Fille, il faut accoyser nostre activité d'es­prit, puisque nous voyons manifestement que Dieu nous appelle a cette unique, tres simple attention de confiance. De cette activité d'esprit et du soin que nostre amour nous suggere d'avoir de nostre cœur et de ce qu'il fait, provient l'inquietude de nostre cœur lhors que nous appercevons soit de loin, soit de pres, quelques tentations ou de la foy ou de quelques autres vertus que nous cherissons fort, ou mesme quand nous craignons de perdre la douceur et consolation : c'est pourquoy il faut simplifier nostre esprit, et ayant abandonné et quitté tout ce qui desplaist a Dieu, demeurer en paix dans nostre barque, c'est a dire faire en paix les exercices de nostre vocation. Et ne nous empressons point de nostre advancement ; car, comme ceux qui sont en une barque ou il y a bon vent, sans remuer tirent au port, aussi ceux qui sont en une vocation bonne, sans s'embesoigner de leur prouffit, prouffitent et s'advancent perpe­ tuellement. Que s'ilz n'ont pas la satisfaction de voir leurs progres, ilz ne doivent pas pour cela s'alangourir, car ilz sont certains qu'ilz ne laissent pas de s'advancer.

XXII

FRAGMENTS DE CONSEILS A LA MÊME

[1613-1616 [166]]

Les petites vertus. - Tout faire pour Dieu. - Garder la paix et reposer dans le sein de la Providence.

Jedesire que vous soyes extremement humble et petite a vos yeux, douce, condescendante et simple comme une colombe (Mt 10,16) ; que vous aymies vostre abjection et la prattiquies fidellement, employant de bon cœur toutes les occa­sions qui vous arriveront pour cela.

Dites beaucoup en vous taisant, par la modestie et es­galité.

Supportés et excusés fortle prochain, et avec une grande douceur de cœur [167].

Faites toutes choses pour Dieu, unissant ou continuant vostre union par de simples regards ou escoulemens de vostre cœur en luy.

Ne vous empresses de rien, faites toutes choses tranquille­ment, en esprit de repos. Pour chose que ce soit, ne perdes vostre paix interieure, quand bien tout bouleverseroit ; car, qu'est ce que toutes les choses de cette vie en compa­raison de la paix du cœur ?

Recommandes toutes choses du tout a Dieu, et vous tenes coye et en repos dans le sein de sa paternelle Provi­dence.

Prenés bon courage et vous tenes humble devant la di­vine Providence.

Ne desires rien que le pur amour de Nostre Seigneur.

XXIII

AVIS A LA MÊME SUR LA SIMPLICITÉ, L'ABANDON ET L'AMOUR DU PROCHAIN

Jeudi-Saint, 31 mars 1616 [168]

Comment marcher en esprit de simplicité. - Ne pas faire des retours sur soi­-même. - Exemple des petits enfants. - Les " amantes spirituelles" se " pu­rifient et ornent" pour plaire à l'Epoux céleste. - Leur préparation n'est pas longue ni empressée, mais fidèle et amoureuse. - Avis de saint François d'Assise. - Imiter le Sauveur sur la croix. - Les inquiétudes de notre cœur et l'avancement dans la perfection. - Rien ne peut ébranler celui qui se remet au bon plaisir de Dieu. - Regarder le prochain dans la poitrine du Sauveur. - La présence ne peut rien ajouter " a un amour que Dieu a fait, soustient et maintient ". - Vivre et mourir comme il plaira au " cœur sou­verain " de Notre-Seigneur. - Arrêter l'inconstance de l'esprit humain par la force des anciennes résolutions.

En ce saint jour anniversaire auquel nous celebrons la memoire de nostre Redemption, je vous escris ces lignes, ma tres chere Fille, comme un abbregé des resolutions plus convenables a vostre advancement au pur amour de Nostre Seigneur crucifié.

Non seulement en l'orayson, mays encor en la conduitte de vostre vie, marches invariablement en esprit de simpli­cité, abandonnant et remettant toute vostre ame, vos actions et vos succes au bon playsir de Dieu, par un amour de parfaitte et tres absolue confiance, vous delaissant au soin et a la mercy de l'amour eternel que la divine Providence a pour vous. Et pour cela, tenes vostre ame ferme en ce train, sans permettre qu'elle se divertisse a faire des retours sur elle mesme pour voir ce qu'elle fait ou si elle est satisfaite. Helas ! nos satisfactions et consolations ne satisfont pas aux yeux de Dieu, ains elles contentent seule­ment ce miserable amour et soin que nous avons de nous mesme, hors de Dieu et de sa consideration.

Les enfans, certes, que Nostre Seigneur nous inculque devoir estre le modelle de nostre perfection (Mt 18,3), n'ont ordinairement aucun soin, sur tout en la presence de leurs pere et mere ; ilz se tiennent attachés a eux, sans se retourner a regarder ni leurs satisfactions ni leurs consolations, qu'ilz prennent a la bonne foy et en jouissent en simplicité, sans curiosité quelconque d'en considerer les causes ni les effectz, l'amour les occupant asses sans faire autre chose. Qui est bien attentif a plaire amoureusement a l'Amant celeste n'a ni le cœur ni le loysir de se retourner sur soy mesme, son esprit tendant continuellement du costé ou l'amour le porte.

Cet exercice d'abandonnement continuel de soy mesme es mains de Dieu comprend excellemment toute la perfec­tion des autres exercices, en sa tres parfaitte simplicité et pureté, et tandis que Dieu nous en laisse l'usage, nous ne devons point le changer.

Les amantes spirituelles, espouses du Roy celeste, se mirent voyrement de tems en tems comme des colombes qui sont aupres des eaux (Ct 5,12)tres pures, pour voir si elles sont bien ageancees au gré de leur Amant ; et cela se fait es examens de conscience, par lesquelz elles se lavent, se purifient et ornent au mieux qu'elles peuvent, non pour se satisfaire, non pour desir de leur progres au bien, non pour estre parfaittes, [169] mais pour obeir a l'Espoux, pour la reverence qu'elles luy portent, pour l'extreme desir qu'elles ont de luy donner contentement, elles se lavent, se nettoyent purifient et ornent au mieux qu'elles peuvent. Mays n'est ce pas un amour bien pur, bien net et bien simple, puisque elles ne se purifient pas pour estre pures, elles ne se parent pas pour estre belles, ains seulement pour plaire a .leur Amant, auquel si la laydeur estoit aussi aggreable, elles l'aymeroyent autant que la beauté. Et si, ces simples co­lombes n'employent pas un soin ni fort long, ni aucunement empressé a se laver et parer ; car la confiance que leur amour leur donne d'estre grandement aymees, quoy qu'indignes (je dis la confiance que leur amour leur donne en l'amour et en la bonté de leur Amant), leur oste tout empressement et desfiance de ne pas estre asses belles; outre que le desir d'aymer, plustost que de se parer et praeparer a l'amour, leur retranche toute curieuse sollicitude et les fait contenter d'une douce et fidele praeparation faite amoureusement et de bon cœur.

Et pour conclure ce premier point, saint François en­voyant ses enfans aux chams, en voyage, leur donnoit cet advis en lieu d'argent et pour toute provision : Jettes vostre soin en Nostre Seigneur et il vous nourrira (Ps 54,23). Je vous en dis de mesme, ma tres chere Fille, ma Mere : Jettes bien tout vostre cœur, vos praetentions, vos sollicitudes et vos affections dans le sein paternel de Dieu, et il vous conduira, ains portera ou son amour vous veut. .

Oyons et imitons le divin Sauveur qui, comme tres par fait Psalmiste, chante les souverains traitz de son amour sur l'arbre de [la] croix; il les conclud tous : Mon Pere, je re­metz et recommande mon esprit entre vos mains (Lc 23,46). Apres que nous aurons dit cela, ma tres chere Mere, que reste-il, sinon d'expirer et mourir de la mort de l'amour, ne vivant plus a nous mesme, mais Jesuschrist vivant en nous (Ga 2,19) ?

Alhors cesseront toutes les inquietudes de nostre cœur, provenantes du desir que l'amour propre nous suggere et des tendretés que nous avons en nous et pour nous, qui nous fait secrettement empresser a la queste des satisfac­tions et perfections de nous mesme ; et, embarqués dans les exercices de nostre vocation, sous le vent de cette simple amoureuse confiance, sans nous appercevoir de nostre progres nous le ferons grandement, et sans aller nous avan­cerons; sans nous remuer de nostre place, nous tirerons païs, comme font ceux qui singlent en haute mer sous un vent propice.

Alhors tous les evenemens et varietés d'accidens qui sur­viennent sont receuz doucement et souefvement : car, qui est entre les mains de Dieu et qui repose dans son sein, qui s'est abandonné a son amour et qui s'est remis a son bon playsir, qu'est ce qui le peut esbransler et mouvoir ? Certes, en toutes occurrences, sans s'amuser a philosopher sur les causes, raysons et motifz des evenemens, il prononce de cœur ce saint acquiescement du Sauveur : Ouy, mon Pere, car ainsy a il esté aggreé devant vous (Mt 11,26).

[170] Alhors nous serons tout destrempés en douceur, en suavité envers les Seurs et les autres prochains, car nous verrons ces ames la dans la poitrine du Sauveur. Helas ! qui regarde le prochain hors de la, il court fortune de ne l'aymer ni purement, ni constamment, ni esgalement ; mays la, qui ne l'aymeroit ? qui ne le supporteroit ? qui ne souffriroit ses imperfections ? qui le treuveroit de mauvaise grace ? qui le treuveroit ennuyeux ? Or, il y est ce cher pro­chain, ma tres chere Fille, dans le sein et dans la poitrine du Sauveur; il y est comme tres aymé et tant aymable, que l'Amant meurt d'amour pour luy.

Quand sera ce que cet amour naturel du sang, des contenances, des bienseances, des correspondances, des sympa­thies, des graces, sera purifié et reduit a la parfaitte obeis­sance de l'amour tout pur du bon playsir de Dieu [171] ? Quand sera ce que cet amour de nous mesme ne desirera plus les presences, les tesmoignages et significations exte­rieures, ains demeurera pleinement assouvi de l'invariable et immuable asseurance que Dieu luy donne de sa perpetuité ? Que peut adjouster la presence a un amour que Dieu a fait, soustient et maintient ? Quelles marques peut on requerir de perseverance en une unité que Dieu a creé ? La distance et la presence n'apportera ni n'ostera jamais rien a la solidité d'un amour que Dieu a luy mesme formé.

Sur ces fondemens, abandonnons et delaissons-nous nous mesmes dans le fond du cœur percé de Nostre Seigneur. Soit fait de nous et en nous selon le bon playsir royal de ce cœur souverain, auquel, par lequel et pour lequel nous vou­lons vivre et mourir ainsy et comme il luy plaira. sans re­serve et sans exception quelcomque.

Fait le Jeudi Saint, l'an 1616.

VIVE JESUS qui est mort pour nostre cœur ! et qu'a ja­mais nostre cœur meure pour revivre eternellement de la mort de son amour.

[172] Il faut arrester l'inconstance de l'esprit humain en l'instabilité et changement de nos sentimens et imagina­tions par la force de nos premieres resolutions, puisque Dieu a establi une invariable et indissoluble fermeté.

Revu en partie sur le Manuscrit de Nancy et en partie sur l'Autographe conservé à Turin, Bibliothèque royale.

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XXIV

FRAGMENTS DE CONSEILS A LA MÊME

[1615-1616 [173]]

Excellence du sommeil amoureux entre les bras du Sauveur. - La Mère de Chantal doit demeurer en la remise de tout elle-même à Notre-Seigneur et coopérer à sa grâce. - Que faire à l'oraison. - Délaisser sa vie et ses affaires au bon plaisir de Dieu.

Cet amour simple de confiance et cet endormissement amoureux de vostre esprit entre les bras de ce Sauveur com­prend excellemment tout ce que vous alles cherchant ça et la pour vostre goust.

Demeures en la tranquille resignation et remise de vous mesme entre les mains de Nostre Seigneur, sans toutes fois laisser de cooperer courageusement et diligemment a sa sainte grace par l'exercice des vertus es occasions qui s'en presenteront. Demeures en cette simple et pure confiance filiale aupres de Nostre Seigneur, sans vous remuer nulle­ment pour faire des actions sensibles ni de l'entendement, ni de la volonté.………………………………………………………………………………………….

Demeures la en repos, en esprit de tres simple et amou­reuse confiance. Et ceci se doit prattiquer non seulement a l'orayson, ou il faut aller avec une grande douceur d'es­prit, sans dessein d'y faire autre chose quelconque, ains seulement pour estre a la veuë de Dieu dans cette simple remise et repos en luy et comme il luy plaira; se conten­ter d'estre en sa presence, encor que vous ne le voyies, ni senties, ni sçauries representer, et ne vous enqueres de luy de chose quelconque sinon a mesure qu'il vous excitera.

Ne retournes nullement sur vous mesme, ains soyes la pres de luy ; non seulement, dis je, il faut prattiquer cette simplicité et abandonnement en l'orayson , mays en la conduite de toute la vie, rejettant et delaissant toute vostre ame, vos actions, vos succes, vos affaires au bon playsir de Dieu et a la mercy de son soin. Il faut tenir l'ame ferme en ce train.

XXV

DERNIERS AVIS A LA MÊME [174]

Annecy, 6 juin 1616

Simplicité de l'amour, remise de soi-même en Dieu. - Tout recevoir de sa main et ne vouloir que lui.

En ce jour de saint Claude, memorable a nostre Congre­gation [175], je ramasse ainsy tout ce que je vous ay dit, pour l'abbreger: Soyes fidelement invariable en cette re­solution, de demeurer en une tres simple unité et unique simplicité de la presence de Dieu, par un entier abandonne­ment de vous mesme .en sa tressainte volonté, et toutes les fois que vous treuveres vostre esprit hors de la, ramenes l'y doucement, sans faire pour cela des actes sensibles de l'entendement, ni de la volonté ; car cet amour simple de confiance et cette remise et repos de vostre esprit dans le sein paternel de Nostre Seigneur et de sa Providence, com­prend excellemment tout ce que l'on peut desirer pour s'unir a Dieu. Demeures donq ainsy, sans vous en divertir pour regarder ce que vous faites ou feres, ou ce qui vous adviendra, en toute occurrence et en tout evenement.

Ne philosophes point sur vos contradictions et afflic­tions, mais receves tout de la main de Dieu, sans exception, demeurant douce, patiente et acquiesçant en tout tres sim­plement a sa sainte volonté. Que toutes vos paroles et actions soyent accompaignees de douceur et simplicité. Quand vous appercevres que quelque soin ou desir naistra en vous, remettes le en Dieu, ne voulant seulement que luy et l'accomplissement de sa sainte volonté, luy laissant ie soin de tout le reste.

Demeures en la tressainte solitude et nudité avec Nostre Seigneur Jesus Christ crucifié.

Faites bien cecy, ma tres chere Mere, ma Fille. Mon ame, mon esprit vous benit de toute son affection, et Jesus soit Celuy qui face de vous, par vous et pour luy sa tres adorable volonté. Amen, amen [176].

XXVI

QUESTIONS DE LA MÈRE DE CHANTAL A SAINT FRANÇOIS DE SALES ET RÉPONSES DE CELUI-CI

Fin mai et août-novembre 1616 [177]

Renouveler chaque année l'abandon de soi-même entre les mains de Dieu. ­Les paroles et pensées qu'il faut retrancher. - Petit examen conseillé.- ­Oublier tout. - Que la Mère de Chantal demeure ferme en l'oraison de sim­plicité et d'abandon ; commandement que le saint Directeur fait à son esprit. - Etre comme de petits enfants. - L'indifférence doit se pratiquer en toutes rencontres. - Que l'obéissance à la Règle domine les " menus attraitz ". ­- Ce que le Saint " desire bien fort ". - Parler peu de soi-même et pourquoi. - Le Traitté de l'Amour de Dieu est fait surtout pour la Sainte. - L'oraison et la contrition.

AU NOM DE † JESUS ET MARIE

Premièrement tu dois demander à ton très cher Seigneur s'il trouvera à propos que tu renouvelles tous les ans, aux reconfirma­tions, entre ses mains, tes vœux, ton abandonnement general et remise de toi-même entre les mains de Dieu; spécifie particulière­ ment ce qu'il jugera qui te touche le plus, pour enfin faire cet abandonnement parfait et sans exception, en sorte que je puisse vraiment dire : Je vis, non pas moi, mais Jesus-Christ vit en moi (Ga 2,20). Que, pour parvenir là, ton bon Seigneur ne t'épargne point, et qu'il ne permette que tu fasses aucune réserve ni de peu ni de prou. Qu'il te marque les exercices et pratiques journalières requises pour cela, afin qu'en vérité et réellement l'abandonnement soit fait.

Je respons au nom de Nostre Seigneur et de Nostre Dame: Quil sera bon, ma tres chere Fille, que toutes les annees vous facies le renouvellement proposé, et que vous rafraichissies le parfait abandonnement de vous mesme entre les mains de Dieu. Pour cela, je ne vous espargneray point, et vous vous retrancherés des paroles superfluës qui regardent l'amour, quoy que juste, de toutes les creatures, notamment des parens, mayson, païs, et sur tout du Pere ; et, tant quil se pourra, des longues pensees de toutes ces choses-là, sinon es occasions esquelles le devoir oblige d'ordonner ou procurer les affaires requises ; affin de parfai­tement prattiquer cette parole : Oy, ma Fille, et entens, et panche ton oreille ; oublie ton peuple et la mayson de ton pere (Ps 44,11). Devant disner, devant souper et le soir s'allant coucher, examines si, selon vos actions du tems precedent, vous pouves dire sincerement : Je vis moy, mays non pas moy, ains Jesuschrist vit en moy.

Si l'âme étant ainsi remise, ne se doit pas, tant qu'il sera possible, oublier de toute chose pour le continuel souvenir de Dieu, et en lui seul se reposer par une vraie et entière confiance ?

Ouy, vous deves tout oublier ce qui n'est pas de Dieu et pour Dieu, et demeurer totalement en paix sous la con­duite de Dieu.

Si l'âme ne doit pas, spécialement en l'oraison, s'essayer d'arrê­ter toute sorte de discours, industrie, replique, curiosité et semblables, et au lieu de regarder ce qu'elle a fait, ce qu'elle fera ou ce qu'elle fait, regarder à Dieu ; et ainsi simplifier son esprit et le vider de tout et de tout soin de soi-même, demeurant en cette simple vue de Dieu et de son néant, tout abandonnée à la sainte volonté dans les effets de laquelle il faut demeurer contente et tranquille, sans se remuer nullement pour faire des actes de l'entendement, ni de la volonté. Je dis même qu'en la pratique des vertus et aux fautes et chutes il ne faut bouger de là, ce me semble, car Notre-Seigneur met en l'âme les sentiments qu'il faut et l'éclaire là parfaitement; je dis pour tout, et mieux mille fois qu'elle ne pourrait être par tous ses discours et imaginations. Vous me direz : Pourquoi sortez-vous donc de là ? O Dieu, c'est mon malheur et malgré moi; car l'expé­rience m'a appris que cela est fort nuisible. Mais je ne suis pas maî­tresse de mon esprit, lequel, sans mon congé, veut tout voir et mé­nager. C'est pourquoi je demande à mon très cher Seigneur l'aide de la sainte obédience pour arrêter ce misérable coureur, car il m'est avis qu'il craindra le commandement absolu.

Puysque Nostre Seigneur, des il y a si long tems, vous a tiree a cette sorte d'orayson, vous ayant fait gouster les fruitz tant desirables qui en proviennent et connoistre les nuysances de la methode contraire, demeures ferme et, avec la plus grande douceur que vous pourres, ramenes vostre esprit a cette unité et simplicité de presence et aban­donnement en Dieu. Et dautant que vostre esprit desire que j'employe l'obeissance, je luy dis ainsy :

Mon cher esprit, pourquoy voules vous prattiquer la partie de Marthe en l'orayson, puisque Dieu vous fait entendre quil veut que vous exercies celle de Marie ? Je vous commande donques, que simplement vous demeuries ou en Dieu ou pres de Dieu, sans vous essayer d'y rien faire et sans vous enquerir de luy de chose quelconque, sinon a mesure quil vous excitera. Ne retournes nullement sur vous mesme, ains soyes la pres de luy.

Je retourne donc à demander à mon très cher Père si l'âme étant ainsi remise ne doit pas demeurer toute reposée en son Dieu, lui laissant le soin de tout ce qui la regarde tant intérieurement qu'ex­térieurement, et demeurant, comme vous dites, dans sa providence et volonté, sans soin, sans attention, sans élection, sans désir quel­conque, sinon que Notre-Seigneur fasse en elle, d'elle et par elle sa très sainte volonté, sans aucun empêchement ni résistance de sa part. O Dieu, qui me donnera cette grâce que seule je vous demande, sinon vous, bon Jésus, par les prières de votre Serviteur.

Dieu vous soit propice, ma tres chere Fille. L'enfant qui est entre les bras de sa mere n'a besoin que de laisser faire et de s'attacher a son col.

Si Notre-Seigneur n'a pas un soin particulier d'ordonner tout ce qui est requis et nécessaire à cette âme ainsi remise ?

Les personnes de cette condition luy sont cheres comme la prunelle de son œil (Dt 32,10).

Si elle ne doit pas recevoir toute chose de sa main, je dis jusque aux moindres petites, et lui demander aussi conseil de tout, de tout ?

Pour cela, Dieu veut que nous soyons comm'un petit enfant. Il faut seulement prendre garde de ne faire pas des attentions superflues, s'enquerant de la volonté de Dieu en toutes particularités des actions menues ordinaires et inconsiderables.

Si ce ne sera pas un bon exercice de se rendre attentive, sans at­tention pénible, de demeurer tranquillement dans la volonté de Dieu en tant de petites occasions qui nous contrarient et voudraient fâcher (car pour les grosses on les voit de loin) : comme d'être dé­tournée de cette consolation qui semble être utile ou nécessaire ; être empêchée de faire une bonne action, une mortification, ceci ou cela, quel qu'il soit, qui semble être bon, et, au lieu, être divertie par des choses inutiles et quelquefois dangereuses et mauvaises ?

Ne consentant point aux choses mauvayses, l'indiffe­rence pour le reste doit estre prattiquee en toutes rencon­tres sous la conduite de la providence de Dieu.

Se rendre fidèle et prompte à l'observance et obéissance des Règles quand le signe se fait. Il y a tant d'occasions de petites mor­tifications ! cela surprend au milieu d'un compte, de quelque action, on a peine de se déprendre ; il ne faut plus faire que trois points pour achever l'ouvrage, une lettre à former, se chauffer un peu, que sais-je moi ?

Ouy, il est bon de ne s'attacher a rien tant qu'aux Re­gles ; de sorte que sil ny a quelque signalee occasion, alles ou la Regle vous tire et la rendes plus forte que tous ces menus attraitz.

Se laisser gouverner absolument pour ce qui est du corps, rece­voir simplement tout ce qui nous est donné ou fait : bien, mal, in­commodité, ce qui sera de trop selon notre jugement, sans en rien dire ni témoigner nulle sorte de désagrément ; prendre les soulage­ments du dormir, reposer, chauffer, de l'exemption de quelque exercice pénible ou de mortification; dire à la bonne foi ce que l'on peut faire : que l'on s'insiste [178], céder sans rien dire. Ce point est grand et difficile pour moi.

Il faut dire a la bonne foy ce que l'on sent, mais en telle sorte que cela n'oste pas le courage de repliquer a ceux qui soignent de nous. Au reste, de se rendre si parfaitement ma­niable, c'est ce que je desire bien fort de nostre cœur.

Se porter avec grande douceur à la volonté des Sœurs et de tout autre si tôt que l'on la connaîtra, encore que l'on pût facilement s'en détourner et examiner [179]. Ceci est un peu difficile, et pour ne rien laisser à soi-même ; car, combien de fois voudrait-on un peu de solitude, de repos, de temps pour soi ! cependant, l'on voit une Sœur qui côtoie, qui s'approche, qui désirerait ce quart d'heure pour elle, une parole, une caresse, une visite, que sais-je moi ?

Il faut prendre le tems convenable pour soy et, cela fait, regaigner l'occasion de servir les desirs des Seurs.

Voilà ce qui m'est venu en vue où il me semble que je pourrais m'exercer et mortifier. Mon très cher Seigneur l'approuvera, s'il le trouve à propos, et ordonnera ce qui lui plaira et, mon Dieu m'ai­dant, je l'obéirai.

Faites le et vous vivres. Amen.

Je demande pour l'honneur de Dieu de l'aide pour m'humilier. Je pense à me rendre exacte à ne jamais rien dire dont il me pût revenir quelque sorte de gloire ou d'estime.

Sans doute, qui parle peu de soymesme fait extremement bien; car, soit que nous en parlions en nous accusant, soit en nous excusant, soit en nous louant, soyt en nous mes­prisant, nous verrons que tous-jours nostre parole sert d'amorce a la vanité. Si donques quelque grande charité ne nous attire a parler de nous et de nos appartenances, nous nous en devons taire.

Le livre de l'Amour de Dieu, ma chere Fille, est fait par­ticulierement pour vous ; c'est pourquoy vous pouves, ains deves avec amour, prattiquer les enseignemens que vous y aves trouvé.

La grace de Dieu soit avec nostre esprit a jamais (Tt 3,15). Amen, amen.

Je ne veux oublier ceci, parce que souvent j'en ai été en peine. Tous les prédicateurs et bons livres enseignent qu'il faut considé­rer et méditer les bénéfices de Notre-Seigneur , sa grandeur, notre rédemption, et spécialement quand la sainte Eglise les nous repré­sente. Cependant, l'âme qui est en l'état ci-dessus, voulant s'essayer de le faire, ne peut en façon quelconque, dont souvent elle se peine beaucoup. Mais il me semble néanmoins qu'elle le fait et en une ma­nière fort excellente, qui est un simple ressouvenir ou représenta­tion fort délicate du mystère, avec des affections fort douces et savoureuses. Monseigneur l'entendra mieux que je ne pourrais le dire. Mais aussi quelquefois l'on se trouve dur en la mémoire de ces benefices ou en quelque occasion où il serait requis de discourir: comme quand on veut faire des confessions ou renouvellements, qu'il faut avoir de la contrition ; et cependant l'âme demeure sans lumière, sèche et sans sentiment, ce qui donne grande peine.

Que l'ame s'arreste aux misteres en la façon d'orayson que Nostre Seigneur luy a donnee ; car les praedicateurs et livres spirituelz ne l'entendent pas autrement. Et quant a la contrition, ell'est fort bonne seche et aride ; car c'est une action de la partie superieure, ains supreme de l'ame.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

XXVII

AVIS A LA SOEUR CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE RELIGIEUSE DE LA VISITATION D'ANNECY

[1612-1617 [180]]

Tenir son âme en paix, mais avec simplicité et amour. - Un seul désir: plaire à Dieu. - Pour se débarrasser des troubles de la partie inférieure, passer outre, sans les regarder. - Il faut du temps pour parvenir à la paix. - Pour­quoi se défaire de la propre volonté. - Dieu veut détacher de toutes choses la destinataire pour la " mieux serrer a sa Bonté ". - Indifférence, confiance, humilité. - Plus on se sent pauvre, plus il faut avoir de grandes prétentions de bien faire. - Essayer d'aimer la correction. - L'égalité du maintien ex­térieur.- S'abîmer dans son néant devant Notre-Seigneur et la Sainte Vierge.

RECUEIL DES AVIS PARTICULIERS QUE MONSEIGNEUR M'A DONNÉS POUR MON AMENDEMENT

J'ay jugé qu'il vous seroit extremement utile de tascher de tenir vostre ame en paix et en tranquillité ; et pour cela, il faut que le matin en vous levant vous commencies cet exercice, faisant vos actions tout doucement, pensant a ce que vous aves a faire dans l'exercice du matin, prenant garde de ne point laisser espancher vostre esprit le long de la journee. Observes tous-jours si vous estes en cet estat de tranquillité, et si tost que vous vous en treuveres dehors, ayes un grand soin de vous y remettre, et cela sans discours ni effort.

Je ne veux pas dire pourtant que vous vous bandies continuellement l'esprit pour vous tenir en cette paix ; car il faut que tout cecy se fasse avec une simplicité de cœur tout amoureuse, vous tenant aupres de Nostre Sei­gneur comme un petit enfant aupres de son pere. Et quand il vous arrivera de faire des fautes, quelles qu'elles soyent, demandes en pardon tout doucement a Nostre Seigneur, en luy disant que vous estes bien asseuree qu'il vous ayme bien et qu'il vous pardonnera ; et cela tous-jours simple­ment et doucement.

Cecy doit estre vostre exercice continuel ; car cette sim­plicité de cœur vous empeschera de penser distinctement (car nous ne sommes pas maistres de nos pensees, pour n'en avoir que celles que nous voulons) qu'a ce que vous aures a faire et a ce qui vous est marqué, sans espancher vostre ame ni a vouloir, ni a desirer autre chose ; et fera que toutes ces pretentions de plaire et ces craintes de desplaire a nostre Mere, s'esvanouiront, reservant le seul desir de plaire a Dieu, qui est et sera l'unique objet de nostre ame.

Lhors qu'il vous arrivera de faire quelque chose qui pourroit fascher ou mal edifier les Seurs, si c'estoit chose d'une grande importance, excuses vous, en disant que vous n'aves pas eu mauvaise intention, s'il est vray ; mais si c'est chose legere et qui ne tire point de consequence, ne vous excuses point : observant tous-jours de faire cela avec douceur et tranquillité d'esprit, comme aussi de recevoir les advertissemens. Et si bien vostre partie inferieure s'es­meut et se trouble, ne vous en mettes pas en peyne, tas­chant a garder la paix emmi la guerre ; car peut estre ne sera-il jamais en vostre pouvoir de n'avoir pas du sentiment estant reprise. Mais vous sçaves tres bien que les sen­timens, non plus que toute autre tentation, ne nous rendent pas moins aggreables a Dieu, pourveu que nous n'y con­sentions pas.

Vous vous trompes en croyant que vous devries faire des actes vifz pour vous desfaire de ces sentimens et troubles de la partie inferieure ; c'est au contraire, il n'en faut faire nul estat, mais passer simplement chemin, sans les regarder seulement. Que s'ilz vous importunent trop, il faut se moc­quer de tout cela, comme seroit de leur faire la moue, et cela par un simple regard de la partie superieure ; apres quoy il n'y faut plus penser, quoy qu'ilz veuillent dire.

Et tout de mesme en est il des pensees de jalousie ou d'envie, et mesme de ces attendrissemens que vous aves sur vos commodités corporelles, et semblables tricheries qui vont ordinairement roulant autour de nos espritz, re­tranchant a vostre ame tout autre soin que celuy de se tenir en paix et en tranquillité. Je dis mesme celuy de vostre propre perfection ; car je remarque que ce trop grand soin de vous perfectionner vous nuit beaucoup, d'autant que des qu'il vous arrive de faire des fautes, vous vous en in­quietes, parce qu'il vous semble que c'est tous-jours contre la pretention que vous aves de vous amender. Tout de mesme, si l'on vous monstre quelque defaut en vous, vous entres en descouragement.

Et tout cecy, il ne le faut plus faire, ains vous affermir a cela, de ne point vous laisser troubler pour quoy que ce soit. Que si neanmoins il vous arrive de le faire, nonobstant vostre resolution, ne vous fasches pas pourtant, ains re­mettes vous en tranquillité tout aussi tost que vous vous en appercevres, et tous-jours de la mesme façon que je vous ay dit, tout simplement, sans effortz ni secousse d'esprit.

Et ne penses pas que cecy soit un exercice de quelques jours ; oh ! non, car il y faut bien du tems et du soin pour parvenir a cette paix. Il est vray pourtant que, si vous vous y rendes fidele, Nostre Seigneur benira vostre travail. Sa Bonté vous attire a cet exercice, c'est une chose tout asseu­ree : c'est pourquoy vous estes grandement obligee a vous y rendre fidele, pour correspondre a sa volonté. Il vous sera difficile, d'autant que vous aves l'esprit vif, et qu'il s'arreste et s'amuse a chaque objet qu'il rencontre ; mais la difficul­té ne vous doit pas faire entrer en descouragement, pen­sant de ne pouvoir parvenir au but de vostre pretention. Faites tout bonnement et tout simplement ce que vous pourres, sans vous mettre en peyne d'autre chose.

Et tout de mesme, quand vous arrestes quelque chose qui ne sera bien pris selon vostre intention : passes outre, pen­sant a ce que vous aves a faire. Regardes Nostre Seigneur, et tasches d'aller au Dieu de toutes choses, multipliant le plus que vous pourres les oraysons jaculatoires, les veuës in­terieures, les retours, les eslans fervens de vostre esprit en Dieu, et je vous asseure que cecy vous sera fort utile.

Dieu vous veut toute et sans aucune reserve, et toute fine nue et despouillee ; c'est pourquoy il faut que vous ayes grand soin de vous desfaire de vostre propre volonté, car il n'y a que cela seul qui vous nuise, d'autant que vous l'aves tous-jours extremement forte, et vous estes fort attachee a vouloir ce que vous voules.

Embrasses donq bien fidelement cet exercice, puisque je vous le dis avec la charité de Dieu et la connoissance que j'ay de vostre necessité, qui est que vous regardies la providence de Dieu aux contradictions qui vous seront faites, Dieu les permettant affin de vous destacher de toutes choses, pour vous mieux serrer a sa Bonté et unir a luy ; car je sçay qu'il veut que vous soyes sienne, mais d'une façon toute particuliere.

Rendes vous donq bien indifferente, si on vous accordera ou non ce que vous demanderes, et ne laisses pas de de­mander tous-jours avec confiance ; et demeures en l'indiffe­rence d'avoir des biens spirituelz ou non. Et quand vous sentires que la confiance vous manque pour recourir a Nostre Seigneur, a cause de la multitude de vos imperfec­tions, faites alhors joüer la partie superieure de vostre ame, disant des paroles de confiance et d'amour a Nostre Seigneur, avec le plus de ferveur et le plus frequemment qu'il se pourra.

Ayes un grand soin de ne vous point troubler lhors que vous aures fait quelque faute, ni de vous laisser aller a des attendrissemens sur vous mesme, car tout cela ne vient que d'orgueil; mais humilies-vous promptement devant Dieu, et que ce soit d'une humilité douce et amoureuse, qui vous porte a la confiance de recourir soudain a sa Bonté, vous asseurant qu'elle vous aydera pour vous amender.

Je ne veux plus que vous soyes si tendre, ains que, com­me une fille forte, vous servies Dieu avec un grand courage, ne regardant que luy seul ; et partant, quand ces pensees, si l'on vous ayme ou non, vous arrivent, ne les regardes pas seulement, vous asseurant que l'on vous aymera tous­jours autant que Dieu le voudra, et que cela vous suffise. Que la volonté de Dieu s'accomplisse en vous, qui estes obligee d'une obligation particuliere de vous perfectionner ; car Dieu veut se servir de vous. Faites le donq, et pour cela tasches a fort aymer vostre propre abjection, laquelle vous empeschera de vous troubler de vos defautz.

Prenes soin de tenir vostre esprit en paix et occupé des choses hautes, le tirant fidelement de l'attention que vous faites sur vous mesme, principalement quand vous aves du chagrin et que vous n'aves point de courage. Occupes- vous a dire a Nostre Seigneur que vous en voules avoir, et que vous ne consentires jamais a ce que le chagrin vous suggere. Vous feries encores mieux de vous divertir, faysant accroire a vostre esprit qu'il n'en a point, n'en faysant non plus d'estat que si vous ne senties point l'effort de cette passion.

Plus vous vous sentes pauvre et destituee de toutes sortes de vertus, ayes de plus grandes prétentions de bien faire. Ne vous estonnes point des mauvais sentimens que vous aves, pour grans qu'ilz soyent; mais ayes soin en ce tems-la de multiplier les oraysons jaculatoires et retours de vostre esprit en Dieu ; et comme vous aves une grande necessité de la douceur et de l'humilité, prenes soin de mettre fort souvent emmi la journee vostre coeur en la posture d'une humble douceur. Et quand vous seres reprise ou corrigee de quelque chose, essayes-vous tout doucement d'aymer la correction ; et ne vous fasches pas si la partie inferieure s'esmeut, mais faites regner la partie supérieure, affin que vous fassies ce que l'on veut de vous en cette occasion.

Ne soyes point tant amie de vostre paix que, quand on vous l'ostera par quelque commandement, ou correction, ou contradiction, vous en demeuries troublee ; car cette paix qui ne veut point estre agitee est recherchee par l'amour propre.

Or, maintenant je vous dis que vous ayes un soin tres particulier de vous rendre esgale en vos humeurs, sans jamais laisser paroistre en vostre extérieur aucun changement. Quelle apparence y a il de monstrer ainsy vos imperfections, puisque cela empesche que Dieu ne soit servi de vous ainsy qu'il le desire ? Cette esgalité de vostre maintien extérieur manque a l'accomplissement des talens que Dieu vous a donnés. Consideres donq souvent quel desplaysir ce vous sera et ce vous doit estre, de voir que vous manques de correspondance a la volonté de Dieu, puisqu'il a laissé a vostre pouvoir d'acquérir cela, qui doit perfectionner et accomplir vostre talent.

Travailles fidelement pour cela, bandes toutes les forces de vostre esprit pour l'acquérir, et prenes garde que la mortification reluise en vostre extérieur ; en sorte que les seculiers treuvent plus de sujet de l'observer, que non pas de bonne mine, ni de bonne façon.

Vous deves avoir un tres grand soin de vous pencher toute du costé de l'humilité, puisque vous aves une si grande inclination a l'orgueil et a la propre estime. Ne doutes point qu'ayant acquis cette vertu, vous n'ayes quant et quant toutes celles dont vous aves nécessité. Approfondisses-vous fort souvent en l'abisme de vostre neant devant Nostre Seigneur et devant Nostre Dame. Mais ressouvenes vous de ce que j'ay dit en l'Entretien de l'Humilité ; et toutes fois et quantes quantes qu'elle ne produit pas ce fruit, elle est suspecte et indubitablement fause. Aneantisses vous en la connaissance de vostre petitesse ; mais soudain apres, releves vostre esprit pour considérer ce que Dieu veut de vous.

XXVIII

DEDICACE D UN EXEMPLAIRE DU TRAITE DE L AMOUR DE DIEU A M. HUMBERT VIBERT [181]

13 avril 1617

(INÉDIT- EN LATIN)

Avec une grande affection, l'auteur de ce petit ouvrage a envoyé à monsieur Humbert Vibert cette marque de l'amour de Dieu, en souvenir d'une ancienne, éprouvée et impérissable amitié.

13 avril 1617.

FRANÇOIS, Evêque de Genève.

Revu sur l'exemplaire du Traité de l'Amour de Dieu appartenant à M. le comte de Roussy de Sales, au château de Thorens-Sales (Annecy).

XXIX

CONFIDENCES A LA MÈRE DE CHANTAL

[1610-1618 [182]]

Pourquoi le Saint-Esprit nous donne le don d'intelligence. - Faveurs divines accordées à saint François de Sales.

Le Saint Esprit nous donne le don d'entendement pour trois fins : premierement, pour nous faire croire et admirer les mysteres de la foy; secondement, pour les nous faire honnorer et reverer ; troysiesmement, pour les nous faire aymer et cherir.

[183] J'advoue que la divine Bonté m'a favorisé d'une par­ticuliere lumiere pour l'intelligence de ces sacrés mysteres-­la, et si me semble que j'entens fort bien l'intention de l'Eglise en tout ce qu'elle propose a ses enfans. J'ay receu aussi de Dieu un tendre amour envers les maximes de l'Evangile, et je me persuade que c'est en suite de la connoissance qu'il m'a communiquee de leur eminente beauté.

XXX

AVIS A LA SOEUR MARIE-ADRIENNE FICHET RELIGIEUSE DE LA VISITATION D'ANNECY

1611-1618 [184]

(INÉDIT)

DE L'OBEYSSANCE

Soyes grandement prompte a l'obeyssance et simple a tout ce qu'on vous commandera, sans regarder a la per­sonne, ni les choses, pour voir si elles sont a propos ou non.

Si vous voules avancer au chemin de la vertu, ne regar­des pas au visage de ceux qui vous commandent, parce que si vous les consideres il vous arrivera tous-jours de la difficulté a obeir et sousmettre plustost a cette Superieure qu'a une autre, si elle estoit en charge. Tandis que nous regardons aux creatures et non au Createur nous ne ferons jamais rien qui vaille, ni ne ferons aucuns progres en la vertu. Il faut donq obeir a celle que Dieu nous a donnee pour Superieure en regardant tous-jours Nostre Seigneur en elle, par l'ordonnance duquel elle nous commande et conseille ce qui est pour nostre bien et avancement spirituel.

Voyes l'obéissance d'Abraham. Nostre Seigneur luy commande de luy sacrifier son filz ; il luy dit qu'il sorte de sa terre, de son parentage et qu'il aille au lieu qu'il luy monstrera (Gn 22,2 ; 12,1). Il ne luy dit point le chemin qu'il tiendra, ni Abraham ne luy dit point : Seigneur, de quel costé vous plaist il que je sorte ? Si vous ne me dites par quelle porte je dois sortir, je ne sçay pas ou aller. Il ne fit point tout ce discours, mais alla tout simplement la ou la volonté de Dieu l'appelloit pour executer son bon playsir. Il faut faire ainsy : obeir simplement a la voix de Dieu qui nous est signifiee par nos Superieures, ne faisant aucun discours ni pensee pour en juger selon nostre inclination.

Quand vous auries la plus mauvaise Superieure du monde et qu'elle vous auroit craché au nez, il ne faudroit jamais entrer en descouragement ni en desfiance, mais luy ouvrir tout vostre coeur en simplicité ; je dis tous-jours selon la partie supérieure. Et soyes bien ayse de n'avoir point de sensible satisfaction, car nous aymons tant ceux qui nous disent de belles choses !

O je vous prie, ne vous attaches point tant aux Superieures. Je ne veux point que vous soyes attachee a moy, ni a nostre Mere, ni a chose du monde. Dittes avec la Mere Therese de Jesus : " Tout ce qui n'est point Dieu ne m'est rien. " Ne desires point d'estre aymee particulièrement de vos Superieures. J'ay bien envie de vous arracher cela du coeur, car on vous aymera tous-jours autant que Dieu voudra, et Dieu le voudra tous-jours et ainsy vous seres aymee. Et puis, qu'est ce que dit le Point d'humilité ? Qu'il ne faut point vouloir estre aymé.* C'est un grand moyen d'avancer en la vertu et en l'amour de Dieu quand nous avons des Superieures qui ne nous ayment pas et que nous n'aymons pas aussi. Il ne se faut pas descourager ni entrer en desfiance pour cela, bien que les Superieures n'en doivent donner aucun sujet. Il ne faut pas estre tendre comme les petitz enfans.

Dites avec l'Apostre : Seigneur, que vous plaist il que je face (Ac 9,6)?Mais saint Bernard dit qu'il y a des Religieux a qui il faut dire : Que vousplaist il de faire ? O ma chere Fille, ne soyes point ainsy enfant. En fin, le coeur obeyssant racontera les victoires (Pr 21,28) ; les victoires nous les remportons quand nous sousmettons nostre volonté et jugement a celuy d'autruy, a l'imitation de Nostre Seigneur qui s'est rendu obéissant jusqu'a la mort, et a la mort de la croix (Ph 2,8), et a mieux aymé mourir que de perdre l'obéissance.

Quand la cloche sonne et nous appelle pour quoy que ce soit, il faut estre prompte a partir et quitter tout. Ilne faut jamais rien faire contre l'obeyssance, spécialement quand il nous vient en l'esprit que cela n'est pas bien, et que le scrupule nous prend ou que nous ne voudrions pas que nos Superieures le sceussent.

Il faut demeurer la ou il y a plus de répugnance : c'est la ou il faut faire de plus grandes prattiques de vertu, obeissant avec respect, sousmission, amour, de bon coeur. Il faut avoir un grand courage pour obeir a la buandiere comme a la cuisiniere indifféremment, pour Dieu, et tous-jours parce qu'elles sont nos supérieures. Il faut tous- jours penser que les Superieures considèrent bien les choses avant que de les dire ; ainsy, laisses vous gouverner a elles comme un petit enfant.

S'il vous arrive du proffit quand vous rendes conte, de dire que c'est moy qui vous ay enseigné cet exercice, dites le affin qu'on vous le laisse continuer ; mais si elles vous disent que vous facies autrement, quittes tout et faites simplement ce qu'elles vous diront, encor que vous ayes de la répugnance tant a quitter qu'a faire autrement que je vous ay dit. Il faut tous-jours faire la volonté des autres, sur tout des Superieures, plustost que de les attirer a faire la nostre.

Saint Paul dit une bonne parole: Nous avons conneu Nostre Seigneur selon la chair (2 Co 5,16), mais nous l'aymons maintenant selon l'esprit. Ainsy, ne nous aymons point par les sentimens, mays selon l'esprit, pour nous perfectionner et nous unir davantage a l'amour de Dieu. Il faut bien prattiquer tous les moyens qui nous sont donnés pour arriver au Ciel et au salut, purement pour Dieu et pour luy plaire, parce qu'il le veut ainsy et qu'il est bon de le faire. Si on vous fait la mine, il ne la faut pas faire ; saint Paul dit qu'il faut rendre bien pour mal (Rm 12,17 ; 1 Th 5,15).


ADVANCE \d8 DE L'HUMILITÉ

ADVANCE \d9 Nostre Seigneur qui se voyant Dieu, et partant ne voyant aucune chose en soy pour s'humilier, a voulu néanmoins s'humilier et a dit : Apprenes de moy que je suis doux et humble de coeur et vous treuveres le repos en vos ames (Mt 11,29). C'est le plus haut point de l'humilité de s'humilier pour Nostre Seigneur, parce qu'il s'est humilié pour nostre amour, pour nous donner exemple de faire comme luy.

Il faut estre humble en toutes vos actions, faire vos retours a Dieu par abbaissement en vostre neant et en vostre propre vileté et bassesse. Vous deves estre bien humble, et vous le seres a cette heure que vostre Pere vous le commande ; oh ! je vous en prie. Mais je vous dis, d'une humilité vraye et solide, qui vous rende souple a la correction, maniable et prompte a l'obeyssance.

Allés en paix, ma tres chere Fille, tenes vous humble devant Dieu. Que vos imperfections vous servent a cela et ne vous facent entrer en nul descouragement; nous sommes en bon chemin, par la grace de Dieu. Craignons sans descouragement. Rien ne nous peut nuire que la propre volonté : or nous n'en devons point avoir, car nous l'avons toute consacrée a Dieu ; donq encourageons-nous sans presomption. Quand les Saintz avoyent fait quelque bien, ilz ne se l'attribuoyent jamais en particulier, ouy bien le mal, et mettoyent tout le bien qu'ilz faisoyent en commun : marque d'humilité.

ADVANCE \d8 Il faut avoir une gravité de princesse, par ce que nous sommes espouses du Filz de Dieu ; mais simple, sans affectation; et l'humilité du publicain (Lc 18,13), pleine de confiance,

Pour avoir la grace de Dieu en nos coeurs il les faut avoir vuides de nostre propre gloire et dire : O mon Dieu, regardes cette chetifve creature si comblee de misere ; remplisses la de vostre misericorde.

ADVANCE \d2 Quand vous aures fait des fautes contre la douceur, humilies vous ; et quand vous aures fait des fautes contre l'humilité, adoucisses vous et faites comme je vous ay dit : alles tous-jours de l'humilité a la douceur, et de la douceur a l'humilité. Pour recevoir le Saint Esprit il faut rendre son coeur fort profond en humilité, simplifier vostre esprit, aller en tout simplement, etc. ADVANCE \d7

DE LA DOUCEUR

ADVANCE \d5 Le premier sermon que Nostre Seigneur fit a ses disciples fut : Apprenes de moy que je suis doux et humble de coeur. Je vous en dis de mesme, ma tres chere Fille, soyes grandement douce et humble, ayes tous-jours ces cheres vertus en la bouche et au coeur. Aymes les bien, puisque Nostre Seigneur les a tant recommandées. L'humilité nous perfectionne envers Dieu, et la douceur envers le prochain. Que ces vertus reluisent en vous, en toutes vos actions, en toutes vos paroles, en vos yeux, en tout vostre maintien. Rendes vous amiable, puis aymable; tasches d'estre gratieuse et affable, cordiale et communicative. C'est une injustice de vouloir sçavoir les affaires des autres et ne vouloir rien dire des siennes, par cordialité.

Je vous recommande l'affabilité, que vous sçavés qui se prattique avec ceux a qui on parle ; se rendre joyeuse avec ceux qui le sont, pleine de compassion avec les affligés, s'accommodant a la façon des autres, a leurs humeurs, faire comme saint Paul : se rendre tout a tous pour les gaigner tous (1 Co 9,19).

ADVANCE \d2 Toutes les fois que vous treuveres vostre coeur hors de la douceur, ne faites que le prendre avec le bout du doigt, et non a plein poing, comme l'on dit, ni brusquement. Ne dittes jamais de paroles seches ni de correction.


Tasches d'acquérir la sainte tranquillité extérieure et intérieure en toutes vos actions et vous formés selon cela ; et quand on ne sçait plus que faire a son esprit, qui est piqué et troublé, il se faut divertir. Si cela ne fait rien, il faut pourtant tous-jours essayer, affin que la négligence ne nous face accroire que le divertissement n'y fait rien , alhors il faut avoir patience avec soy mesme. Il faut quelquefois flatter son coeur et le servir en ses maladies et l'encourager ; et quand il est bien piqué, il le faut prendre comme un cheval de bride et le mettre fermement en soy mesme, sans le laisser courir apres ses sentimens et passions. Presque tous-jours la douceur a cet effect.

Dites souvent : Bienheureux sont les débonnaires, car le royaume des cieux est a eux (Mt 5,4). Et avec le Psalmiste : Goustes et voyes combien le Seigneur est doux (Ps 33,9). Dites aussi souvent le verset Virgo singularis, et pries Nostre ADVANCE \d0Dame qu'elle visite vostre coeur et le parfume de sa bonté et douceur.

ADVANCE \d2 Soyes la plus suave qu'il vous sera possible, et plus que toutes les autres. Selon les occasions, retires vous en vous mesrne, par des retours de vostre esprit en Dieu ; il ne faut pas que vous soyes trop retiree, car ce n'est point vostre humeur.

ADVANCE \d3 Il faut prattiquer l'anéantissement de soy mesme en la douceur.

ADVANCE \d9 DE LA SIMPLICITÉ

ADVANCE \d9 Il faut estre grandement simple et aller a la bonne foy. Ayes un grand soin de simplifier vostre esprit de toutes ses superfluités, et quand elles se présentent, ne faites que tout simplement les oster, retournant vostre coeur vers Nostre Seigneur sans les regarder ; et vous employes de bon coeur a ce travail pour l'amour de Dieu, pour en acquerir la couronne. Faites toutes choses pour Nostre Seigneur, avec une pure intention, sans regarder aux créatures. Si vous faites ainsy, vous aures un jour la simplicité, grace a Dieu.

ADVANCE \d1 Il faut estre simple comme des petitz enfans pour entrer au royaume des Cieux (Mt 18,2). Alles ainsy simplement quand vous descouvres vostre coeur, sans réflexion. N'amuses point vostre esprit a ce qui se passe autour de vous. Il faut estre une colombe, parce que Nostre Seigneur est colombin, et n'avoir rien a coeur que luy et l'affection de luy plaire, et estre tant simplifies que vous puissies dire en verité : Je ne pense a rien, hors ce a quoy je suis obligee de penser. Retranches de vostre coeur toutes sortes de réflexions contraires a la simplicité. Que vostre esprit ne regarde point ses répugnances et difficultés, mais combattes les en les mesprisant.

Tenes vostre coeur proche de Dieu. C'est le moyen d'estre simple, puisque Dieu est un Esprit simplificateur. Specialement a l'orayson, je veux que vous y soyes comme une statue dans sa niche, sans rien vouloir que plaire a vostre Espoux. - Pourquoy demeures vous en cette niche, o statue ? - Parce que mon Espoux m'y a mise; je ne veux rien que cela (TAD liv 6,ch11 ; L5; note 601 ; L4, p.155).

Donnes vous toute a luy, laisses luy tout faire en vous ; remettes luy vostre réputation et propre estime. S'il veut que l'on vous ayme et estime, il le permettra bien; s'il veut que l'on vous humilie, de mesme. Laisses luy tout le soin de vous et n'ayes soin ni souci que de plaire a vostre Espoux, et demeures en la niche sans rien vouloir.

ADVANCE \d7

DE LA GENEROSITÉ

ADVANCE \d4

Je vous donne pour cette annee la vertu de generosité pour prattique particuliere. Vous l'entreprendres courageusement et suavement, non point violemment ni rudement. Vous prattiqueres la douceur et humilité avec generosité, car il faut tous-jours ces deux vertus, sans jamais les quitter. La vraye generosité consiste a se rendre independante de toutes choses et des créatures, et ne point penser si elles nous ayment et pensent a nous ou non ; il ne faut point s'amuser a cela. je veux bien que vous m'aymies et croyies que je vous ayme bien;mais je veux que l'amitié que vous me portes ne nuise point a la perfection et union de vostre esprit avec Dieu, ains qu'elle vous serve pour vous y unir davantage. Je ne veux point que vous soyes attachee a moy ni a nostre Mere.


Il faut mespriser toutes réflexions en se relevant courageusement ; aller la teste levee par dessus tout, et ne regarder point aux actions du prochain, cequ'il fait ou dit et comme il se comporte en nostre endroit. Nous n'aurions jamais fait si nous voulions tout considérer et peser les pensees et réflexions. La generosité passe par dessus tout cela, ne s'attachant qu'a Dieu seul, pour l'amour duquelelle fait tout, et mortifie ce qui est d'humain pour ne vivre plus que pour luy. Il faut encourager son ame, luy disant qu'elle est toute a Dieu et pour l'éternité. En effect, nous ne sommes plus a nous mesme, nous sommes consacrés a Dieu pour l'aymer et servir parfaitement. Il faut donq aller genereusement en son chemin, sans s'estonner de rien, et laisser aller chacune son chemin.

Il nous suffit, ma chere Fille, que nous sachions Jesus Christ crucifié (1 Co 2,2). Ne soyes point pointilleuse en l'exercice des vertus mais alles rondement, franchement, naifvement, a la bonne foy. Certes, je crains l'esprit de contrainte. 0 ma chere Fille, je desire que vous ayes un coeur large et grand au chemin de Nostre Seigneur, mais je veux aussi tous-joursqu'il soit doux.

La vie intérieure c'est de faire mourir la nature et vivre selon la grace et la rayson. Quand les mouches nous piquent, il ne faut que tout simplement les oster ; ainsy, quand il nous vient des contradictions, il ne faut que tout simplement les oster, c'est a dire s'en destourner et non pas s'en occuper. Je vous dis comme je voudrois faire et comme je veux que vous facies. Je n'attens pas de vous que vous n'ayes point de sentimens ; ouy bien que vous les combatties, vainquies et surmonties avec douceur et patience.

Quand vous n'aures pas de croix, demeures tranquille ; Nostre Seigneur vous en envoyera bien quand il luy plaira.

ADVANCE \d9 DU PARLER

ADVANCE \d5 Demandes conseil a Nostre Seigneur de ce que vous devres dire, avant de parler, et a vostre partie supérieure aussi, affin de ne rien dire qui offense Dieu ni les créatures. Tasches de parler utilement, posement et humblement a chacun, spécialement aux Seurs, comme si elles estoyent toutes vos Superieures.

Il se faut rendre gratieuse et affable a chacune, et satisfaire aussiles séculiers le plus doucement et courtement qu'il se peut ; si vous ne pouves courtement, escoutes les avec patience et cordialité, les divertissant de leurs propos inutiles le plus doucement qu'il sera possible, et les caressés affablement. Et pour vous oster la crainte que vous ne faites pas ce que vous leur dites, pensés que vous leur parles comme messagere et envoyee de la part de Dieu ; et quand il vous vient de prendre de la vanité de ce que vous leur dites, penses en vous mesme que ce que vous dites n'est pas de vous, mais de Dieu, et vous humilies.

Quand vous aures fait quelque bien ou resisté a des tentations n'y faysant point de fautes, dites tous-jours : J'ay fait cela par la grace de Dieu. Ou si l'on vous commande quelque chose, adjoustes y ce mot : que vous le feres avec la grace de Dieu ; ou bien : s'il plaist a Dieu. Il faut tous- jours dire ainsy, car nous ne pouvons ni faire le bien, ni resister au mal sans la grace de Dieu.

Quand vous envoyeres ou recevres des commissions de quelqu'un, il faut ainsy parler de Nostre Seigneur, et dire a ceux qui vous les font : je vous prie de remercier N. de ma part, du souvenir qu'il a de moy ; asseures le ou asseures la (selon la personne) que je prieray Nostre Seigneur pour elle, affin qu'il luy continue tous-jours ses saintes graces ; et choses semblables.

Pour la recreation, il la faut faire comme dit la Regle. Il vous faut mettre quelquefois derriere les autres par humilité ; mais pour l'ordinaire, il se faut tenir la ou vous vous treuveres, sans affecter les dernières places. Il faut bien mortifier son bec. Mortifies fort la curiosité. Ilne faut point vouloir des particularités ; la Regle le dit, et que les premieres seront comme les dernières.

On vous parlera autant que vous en aures besoin, et qu'il plaira a Dieu nous inspirer. La perfection ne consiste pas a parler, mais a faire. Vous aves un esprit comme ces arbres qui ont tant de branches autour qui les empeschent de croistre : tant de menus desirs empeschent de croistre le plus grand, qui est de plaire a Dieu.


Quand vous advertisses les autres de leurs defautz il se faut premièrement accuser soy mesme dans son coeur, et puis faire la charité pour l'amour de Dieu. Il faut quelquefois alleguer ce que disent les Constitutions en ses advertissemens, a l'imitation de Nostre Seigneur ; comme quand l'esprit malin le tenta au desert, il dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (Mt 4,1) ; et aussi quand les pharisiens l'interrogeoyent, il leur alleguoit l'Escriture, disant : Il est escrit telle chose (Mt 21,13; Mc7,6 ;Lc 20,17 ; Jn 10,34). Vous en pouves faire de mesme, disant . Les Constitutions disent telle chose. Il faut aussi quelquefois dire les defautz simplement, sans allegation. Il faut aller fort simplement en tout et laisser dire aux autres ce qu'elles veulent.

Ma chere Fille, il est bon d'entendre les coulpes des autres pour recevoir la lumiere pour voir les vostres, et penser en soy mesme que cette Seur est bien humble de s'accuser ainsy. Mais quand vous les escouteres par curiosité, alhors il se faut mortifier et ne les pas ouyr. Et quand vous dites les vostres, il faut desirer que les autres pensent que vous estes telle que vous vous accuses, et encor pire, pour prat- tiquer l'humilité.

Vous pourres escrire aux Seurs absentes, parce que cela les console et entretient l'amour les unes envers les autres; quelquefois vous n'escrires point aussi, par humilité et vray mespris de vous mesme. Il faut cela sans contrainte et avec liberté.

Retranches ces paroles intérieures : Si on me dit ceci, je respondray cela ; car cela ne fait que s'aigrir le coeur et oster de la douceur. Ne vous estonnes point de ces bouleversemens de coeur et aversions au prochain ; pourveu que vous ne les nourrissies pas volontairement il n'y aura point de peché. - Mais vous ne leur parles pas de bon coeur. - Il n'y a pas moyen, ma chere Fille, de le faire comme si on les aymoit bien, sinon qu'on se fist une grande violence. Et de [se] la faire, c'est une grande prattique de vertu, et de ne la pas faire, c'est la perdre.

ADVANCE \d8

COMME IL SE FAUT RELEVER QUAND ON EST TOMBEE

ADVANCE \d4

Quand on tombe en quelques defautz et imperfections, c'est un remede et moyen tres bon, et qui plaist fort a Dieu et confond le diable, que de s'humilier tout aussi tost devant Dieu et eslever son esprit au Ciel, usant de ces paroles ou autres semblables : 0 Seigneur, vous voyes combien je suis fragile et misérable, et comme je tombe souvent ; pardonnes moy, Seigneur, et donnes moy la grace de ne plus tomber. Si vous aves failli devant les Seurs, il faut reparer le defaut ; et si c'est vers une particuliere que vous aves commis la faute, dites ainsy, si c'est un manquement de douceur, [une] replique, tesmoignage de répugnance : " Ma tres chere Seur, je vous demande pardon de ce que je vous ay tesmoigné de la répugnance et manqué de douceur ; je vous ay mal edifiee, je vous prie de prier Nostre Seigneur pour moy, affin qu'il me fasse miséricorde et la grace de m'amender. " Et puis, ma chere Fille, ne penses plus a vostre faute. Ne faites pas comme les petitz enfans : quand ilz sont tombés, ilz s'amusent a regarder si quelqu'un les a veus. Ne vous estonnes pas de vos cheutes et imperfections ; qu'elles ne vous fassent entrer en aucun descou- ragement, car cela est contraire a la perfection que nous desirons.

En toutes actions, tasches de vous mortifier et crucifier vos passions, inclinations, aversions, avec Nostre Seigneur au mont du Calvaire, affin que vous vivies avec luy en sa gloire. Cloues vostre coeur au pied de la Croix, et le laisses la reposer en son amour. Soyes bien ayse d'estre sauvee par la seule miséricorde de Dieu, vostre Sauveur, sans aucune correspondance de vostre part que l'obéissance a ses inspirations.

Qu'importe que vous soyes tous-jours imparfaitte, pourveu que vous ayes le soin de vous perfectionner en embrassant tous les moyens qui vous seront possibles pour cela, avec fidelité ? Laisses faire a Dieu, il vous aydera. N'ayes pas tant de soin de vous rnesme et de ce que vous deviendres. Marches tous-jours vostre petit pas, apres les autres. Encor que je die le petit pas, ce n'est pas que je n'aye un grand desir de vostre avancement a la perfection. Je me prometz beaucoup de vostre bon coeur, ma chere Fille; ne me trompes pas, car je veux que vous soyes la fille forte de ceans, la plus courageuse, douce et humble de toutes, parce que vous estes nee entre mes bras. Vous sçaves combien mon coeur vous ayme et que, tout a fait et sans reserve, vous vous estes donnee a moy et que nous avons ensemble le coeur : le vostre est a moy et le mien est a vous, tout a fait, et quand vous entendres parler de vostre coeur ce sera du mien. Or sus, ma Fille, je vous prie de n'entrer jamais en desfiance de moy, pour me cacher quelque chose de ce qui se passe en vous.

Sçachés que vous satisferas asses pour vos pechés quand vous feres tout ce que vous faites purement pour Dieu et pour luy plaire, sans autre intention ; et cela est plus parfait.

Nostre Seigneur dit a ses Apostres : Receves le Saint Esprit (Jn 20,22)et le Sanctificateur, mais parce qu'ilz estoyent sur la terre ilz ne pouvoyent pas s'empescher de crotter leurs piedz marchant dans la boüe. Ainsy, tandis que nous serons en cette vie, nous aurons tous-jours des miseres. Il se faut fort humilier et prendre bon courage pour combattre nos imperfections, car tandis que nous serons en cette vie, nous aurons tous-jours a faire et a combattre : c'est l'exercice de nostre humilité. Il ne se faut pas estonner de se voir tous-jours faillir et tomber en des fautes ; et comme il faut avoir un grand courage pour se relever quand on a failli, il le faut encor plus grand pour se supporter se voyant tomber souvent dans les mesmes fautes. Et s'il faut avoir bon courage avec soy mesme, il le faut encor plus grand a supporter le prochain, avec amour, en ses de- fautz et retardement a la perfection par ses continuelles cheutes, sans se relever. Il faut supporter surtout les infirmes.

Vous estes marrie, ma chere Fille, parce que vous faites des fautes : il se faut humilier et demeurer en paix. Nous ne pouvons rien de nous mesme sans la grace de Dieu (2 Co 3,5). Il a dit que nous ne sçaurions changer un seul cheveu de nostre teste pour le faire blanc ou noir (Mt 5,36).

Qu'on vous accuse a tort ? dites la verité ; nous devons cela. - C'est la Superieure, et elle vous fait la correction comme si on luy avoit celé quelque chose. - Il luy faut dire la verité, et apres souffrir en silence. Au reste, il ne faut pasaller dire ses troubles sur le champ, quoy qu'ilz nous pressent bien; il faut attendre qu'ilz soyent un peu passés.

ADVANCE \d8 COMME IL FAUT VIVRE SELON LA PARTIE SUPERIEURE

ADVANCE \d6 Retenes bien cet advis de vostre Pere, ma tres chere Fille, pour le mettre en prattique: c'est qu'il faut vivre de la vie de Nostre Seigneur, marcher tous-jours selon la partie superieure. Tenes cette regle, de ne point vivre selon vos sentimens, mais selon la rayson. C'est une chose qu'il faut tous-jours redire. Mais il vous semble que vous ne faites rien si vous ne sentes des consolations et satisfactions en ce que vous faites, car nous ayrnons tant cela ! - Oh! je veux que vous soyes plus courageuse, ma chere Fille, et que vous ne soyes attachee a rien, ni aux consolations sensibles de Dieu, ni aux affections des créatures. Nostre Seigneur veut que nous facions quelque chose de plus que les payens qui ayment, davantage ceux qui les ayment (Mt 5,44) ; il veut que nous exercions nostre vertu a l'endroit de ceux que nous aymons moins, et il le faut faire. S'il y avoit une personne qui fust punaise et qu'il la fallust servir et qu'elle ne se contentast jamais de nos services, il ne faudroit pas pour cela laisser un brin du service qu'on luy doit. Chacun ayme mieux ceux qui sont a son gré ; c'en est de mesme des vertus. Il est bien facile d'estre doux quand rien ne fasche. Il faut tourner son esprit a toutes mains par une excellente mortification de nous mesme et de tout ce qui est du naturel, pour se ranger au bon playsir de Dieu.

Hé, quand sera ce que vous pourrés dire avec l'Apostre (Ga 2,20) Ce n'est plus moy qui vis, mais c'est Jesus Christ qui vit en moy. Il faut que ce soit tout a cette heure que vous soyes supérieure de vous mesme et que vous soyes la nouvelle fille de Nostre Seigneur. Vous prattiqueres l'aneantissement en la vie et mort de Nostre Seigneur. Il faut avoir un grand soin du salut des ames pour la gloire de Dieu, et joindre a cela l'humilité.

ADVANCE \d7 COMME IL FAUT TOUS LES JOURS RENOUVELLER SES BONS PROPOS

ADVANCE \d4 Reunisses vous fortement a Nostre Seigneur par le renouvellement de vos voeux, avec le plus de ferveur qu'il vous sera possible; et vous jettes aux pieds de Nostre Dame et la tires par sa robbe, la priant qu'elle vous reçoive en sa protection comme une fille nouvelle, et qu'il luy playse visiter vostre coeur et le parfumer de sa tressainte humilité. Ayes une grande confiance en elle et a saint Joseph.


Il faut commencer tous les jours a bien faire, comme si on n'avoit rien fait. Pour arrester l'activité de l'esprit et le pousser de sa négligence, il faut souvent demander a son coeur qu'est ce qu'il est venu faire en Religion, sans penser au lendemain ; chaque jour a bien asses de sa besoigne (Mt 6,34). Nostre Seigneur dit a ses Apostres : N'ayes point souci du lendemain. Ilne faut pas plus penser au lendemain pour l'esprit que pour le cors.

Ce que le Combat spirituel veut dire, ma chere Fille, que ce n'est pas si grande vertu et perfection de se resoudre pour tout un jour comme pour toute sa vie ? - Sçachés, ma Fille, qu'il y a deux sortes de perfection : par exemple, une personne sera tentee de la tentation de la chair ; elle n'y fait point de faute, elle est parfaitte en cela. Une autre n'est point tentee, elle est plus parfaitte, parce que c'est un don de Dieu. Ainsy ceux qui commencent la perfection d'un jour a l'autre, ne laissent pas, en leur résolution, d'estre parfaitz aussi bien que les autres qui en font la resolution determinee tout en un coup, pour toute leur vie. Ressembles, si vous pouves, a la robbe de [Joseph], qui tenoit despuis la teste jusqu'aux pieds (Gn 37,3) ; c'est a dire, qu'il se faut exercer toute sa vie a la prattique des vertus.

N'ayes point de desirs avant le tems. Il faut lier nos passions avec des chaisnes d'or, qui sont des chaisnes d'amour, sans oublier les inclinations et aversions, affin de les ranger en toutes choses selon le bon playsir de Dieu.

Ayant fait vostre reveuë, rejetté et detesté vos imperfections, il reste a faire la fin, qui est de bien mettre en prattique vos résolutions et vouloir désormais vivre toute a Dieu et vous appliquer a son amour. Rendes vous toute abjecte a vos propres yeux : nous en avons bien sujet. Il faut grandement aymer son abjection, mais tout doucement. Il ne faut pas estre tant rude a soy mesme. L'amour de nous mesme ne meurt jamais qu'avec nous ; on le mortifie bien, mais il revient tous-jours. Quand nous voyons que nous ne sommes pas si parfaitte que nous voudrions, il se faut humilier devant Dieu et luy dire : Seigneur, vous voyes ce que je suis ; je voudrois bien estre plus parfaitte pour mieux vous plaire et aymer.

Ma chere Fille, de la racine amere procede fruit doux et savoureux : c'est la mortification. Vous estes en la plus heureuse vocation du monde et en la grace de Dieu ; si vous fussies demeuree au monde, vous eussies plus pati en un jour que vous ne feres icy en toute vostre vie. 0 Dieu, plustost mourir que s'en repentir.

Pour nous, c'est le chemin du Ciel que nos Regles et Constitutions. Ilfaut estre bien exacte a les observer. Leur esprit, c'est l'humilité et la douceur intérieure et exterieure. Unisses vous fort a Dieu, et ne luy demandes rien que son amour et l'union de vostre volonté a la sienne, et dites souventesfois : Vostre volonté soit faite, vostre Nom soit sanctifié, vostre royaume nous advienne (Mt 6,9). Pries Nostre Dame qu'elle offre vostre coeur a son Filz et le rende aggreable a sa divine Majesté. Jettes vous a ses pieds et en son giron, demandes luy souvent sa benediction.

Il faut aymer Dieu de tout son coeur. En fin, nous sommes espouse d'un Espoux crucifié ; il est raysonnable que nous le soyons aussi avec trois clous comme luy. Faites toutes vos actions pour vous rendre aggreable a Dieu ; vous n'estes ceans que pour cela et pour vous perfectionner. Il faut aymer et vouloir sentir en soy la Passion de Nostre Seigneur crucifié.

Vous prattiqueres cette annee le mespris et rejet de toutes vos pensees inutiles. C'est une parole de Nostre Seigneur : qui marche droitement a luy ne regarde qu'a le suivre droitement, sans regarder les autres (Lc 9,61) ; n'y penses point. Il ne s'ensuit pas que vous facies comme elles. Marches vostre voye courageusement.

Sentir la Passion de Nostre Seigneur, c'est quand il se presente une occasion de colere : il se faut representer comme Nostre Seigneur se comportait en sa Passion. Quel acte de colere fit il ? Il faut imiter sa douceur. je vous la donne cette annee pour prattique.


Les Constitutions disent qu'il faut marcher droitement, "sagement ". (const 49). Il faut faire comme ceux qui vont par un beau chemin, rempli de belles fleurs : [ils] ont beaucoup de sujetz de s'amuser par le chemin ; ilz ne s'amusent a rien, pas seulement a cueillir ni sentir ces belles fleurs, ilz font leur chemin droit. Il faut faire ainsy, aller droit a Dieu, le regardant tous-jours devant soy, sans s'amuser a rien. Ce n'est pas aller droit de penser beaucoup a ses fautes, et aussi si les Superieures nous ayment. Il ne faut pas estre marrie si elles ne nous ayment et ne tesmoignent point d'affection a nostre avancement ; il suffit qu'elles l'ayent devant Dieu. Si elles nous négligent et nostre avancement, il ne faut pas se negliger soy mesme, ni perdre courage a s'avancer. Il faut estre bien ayse si elles nous ayment parce que cela donne courage a s'avancer ; mais ce n'est pas marcher droit de penser beaucoup a cela.

Ne regardés qu'a Dieu, ma Fille, pour luy plaire en tout, et generalement alles en toutes choses simplement devant.

Ne vous mettes point en peyne de ce que les autres diront de vous. Marches tous-jours vostre train en I'amour de Dieu, ma chere Fille, que j'ayme bien de tout mon coeur.

ADVANCE \d15 DE L'AMOUR DE DIEU [ET DU PROCHAIN]

ADVANCE \d10 Ma chere Fille, oyes saint François s'escrier : Nostre Seigneur est mort d'amour et personne ne l'ayme ! Taschés donq [de l'aimer] de tout vostre coeur, de toutes vos forces et puissances. Vous luy estes bien obligee pour tant de graces qu'il vous a faites et fait continuellement. Nostre Seigneur vous a aymee de toute eternité (Jr 31,3) et il vous ayme bien, croyes le, je vous en prie.

Comme il faut faire pour l'aymer ? - Il n'y a rien a faire qu'a l'aymer et mettre tout son amour en luy. Contentes vous en luy, et vous devries estre contente. Quand il n'y auroit que Dieu et vous au monde, seroit-ce pas asses, sans vouloir tant de créatures et vous amuser a tant de tricheries qui passent par vostre esprit ? Resouvenes vous souvent de Dieu par des fréquentes aspirations en luy.

Il ne se faut fascher si on n'est pas tous-jours en la presence de Dieu. Il faut une habitude et prattique pour donner un bon maintien a vostre ame en ses actions intérieures et extérieures. Faites les toutes comme si Nostre Seigneur vous les ordonnait et qu'en la presence de son humanité vous les deussies executer. Je ne dis pas seulement cecy des actions pieuses d'elles mesmes, mais aussi des indifferentes, comme d'aller se coucher, se reposer, quand il le faut. Si Jesus Christ estoit present et qu'il voulust que nous allassions rire avec quelqu'un par charité et en sa presence, comme ferions nous cette action ?

Nostre Seigneur a tant aymé ses créatures, qu'il a estimé qu'il ne pouvoit envoyer ni Anges ni Saintz pour nous monstrer l'amour qu'il nous portoit, s'il ne venoit luy mesme en personne prendre nostre humanité et donner son sang et sa vie pour nostre redemption. Cela nous doit bien encourager a l'aymer et servir de bon coeur et joyeusement.

Essayons nous de n'avoir en l'entendement que Jesus, en la memoire que Jesus, en la volonté que Jesus et en l'imagination que Jesus. Prononçons souvent ce saint Nom, comme nous pourrons ; que si pour le present ce n'est qu'en begayant, a la fin nous apprendrons a le bien prononcer. Le seul amour divin peut seul exprimer ce saint Nom : Jesus. Prions le qu'il luy plaise l'imprimer au fond de nostre coeur en cette vie, affin de le voir en l'autre. Amen.

ADVANCE \d12 De l'amour de Dieu derive celuy du prochain. Il faut bien aymer nos Seurs et les espouses de Nostre Seigneur. Ne vous estonnes pas si vostre amour n'est pas tendre, tant a l'endroit de Dieu comme a l'endroit des créatures ; pour estre fort, il en est meilleur. Il les faut aymer tendrement tant que l'on peut. La confiance, deference et sousmission attirent le Createur et les créatures a nous aymer et nous procurer le bien par inclination. Il ne faut pas seulement se disposer a ne pas negliger l'innocent, mais il se faut joindre avec luy pour la defence de sa cause. Nous devons a Dieu la bonne conscience, et au prochain le bon exemple. L'ame du prochain, c.'est l'arbre de vie du Paradis terrestre (Gn 2,9) ; il est defendu d'y toucher parce qu'il est a Dieu qui le doit juger, et nous aussi. Quand il nous vient envie de nous fascher avec quelqu'un, il faut tout aussitost regarder cette ame dans le sein de Dieu ; a cette heure nous n'aurons garde de nous fascher avec elle, et c'est le vray moyen de conserver la paix en nostre coeur et l'amour du prochain.


Et pourquoy ne nous appartient il d'avoir des graces, desirs et sacrees inspirations ? Nostre Seigneur commande que nous soyons partait comme son Pere celeste (Mt 5,48) ; il faut tascher de se perfectionner et y employer toutes nos forces. Et pourquoy ne recevrons nous pas les sacrees inspirations de nostre divin Espoux, qu'il nous envoye avec tant d'amour ?

Non seulement on est plus obligé a secourir les proches et voysins, mais il le faut faire.

Quand nous sentons que nous n'avons point de confiance en Dieu, il en faut aller prendre dans son coeur, car Nostre Seigneur en est tout plein. Il ne nous oste jamais sa grace pour ces petites choses ; il n'est sujet a se fascher contre nous quand nous manquons, pourveu que nous retournions a luy en nous humiliant avec amour et confiance. Rendes vous autour de luy comme un petit enfant. Laisses.vous gouverner de luy, a son gré ; encor qu'il ne soit pas selon le vostre, il sera tous-jours bien selon le sien. Il faut entreprendre de se perfectionner, non point pour nostre contentement, mais pour plaire a nostre Espoux qui le veut.

DES SECHERESSES ET STERILITÉS

ADVANCE \d4

Sçaches, ma tres chere Fille, qu'on fait plus de chemin quand le tems est couvert qu'au grand de la chaleur ; ainsy, quand on est en grande sécheresse on avance plus au pur amour de Dieu, pourveu qu'on soit fidele et sans descouragementiL'amour propre n'est pas si satisfait, car nous voudrions tous-j ours avoir des goustz, des satisfactions et consolations, ou autrement tout est perdu. Nous voudrions avoir les vertus sans qu'il nous en coustastrien. Oh ! il faut estre plus courageuse que cela, Il faut autant aymer Nostre Seigneur, et plus, s'il est possible, au mont de Calvaire qu'en celuy de Thabor.

ADVANCE \d8 DES TENTATIONS

PREMIEREMENT DE LA VOCATION

ADVANCE \d4 Puisque vous aves choisi cette sorte de vie, par la grace de Dieu, ne permettes point a vostre coeur de s'appliquer a d'autres desirs ; mais, en bénissant Dieu des autres vocations, arrestes vous humblement a celle ci, puisque Dieu vous a fait la grace de vous y appeller. Demeures donq simplement en cette résolution, sans regarder ni a droitte ni a gauche, et quand l'ennemi vous mettra cette tentation au cceur, que vous ne persevereres pas, dites en vous mesme : Si ferons, s'il plaist a Dieu ; Celuy qui acommencé l'ceuvre la parachèvera (Ph 1,6). Addresses vous a Nostre Seigneur et luy dittes que vous le voules aymer et que vous estes toute sienne, et pour rien vous ne vous desmentires jamais de le vouloir servir le plus parfaittement qu'il vous sera possible en cette sorte de vie ou il vous a mise luy mesme par sa miséricorde.

Soyes bien fidelle a faire tous les exercices de Religion avec le plus de ferveur que vous pourres. Alles de bon coeur a l'Office, a l'orayson, a la recreation et autres lieux, nonobstant la sécheresse et répugnance que vous y aves. Je dis tous-jours selon la partie supérieure. Et ainsy pour la sainte Communion : quand il vous viendra des desgoustz, ne laisses pas de communier, mais alles tout simplement et amoureusement recevoir vostre Createur, vous imaginant de le recevoir avec la Sainte Vierge.

ADVANCE \d8 DES AVERSIONS

ADVANCE \d4 Regardes d'ou vient cette aversion, et l'ayant reconneu combattes la ; et si cela accroist vostre peyne pour un tems, divertisses vous, parlant a Nostre Seigneur d'autre chose. Neanmoins il faut tascher de se vaincre et parler a cette Soeur le plus gratieusement qu'il est possible, prier Dieu pour elle, rechercher sa conversation, la caresser, estre bien ayse de luy rendre service. Ne faites rien quipuisse faire connoistre vostre aversion. En fin, ce sont des mouches du monde qui nous piquent, mais il [ne] faut que tout simplement les oster.


Pour bien faire, il se faut comporter en ses actions comme si on n'avoit point d'aversion. Et que vous doit il importer d'en avoir ou non, pourveu que vous ne les suivies et que vous ne les nourrissies pas volontairement ? Il n'est pas en nostre pouvoir de n'avoir point de tentations et sentimens, mais ouy bien de n'y point consentir et y faire des fautes en suite. Nostre Seigneur veut que vous porties sa Croix et permet que vous soyes tentee pour vous esprouver et faire meriter, parce qu'il vous ayme ; mais il veut aussique vous soyes fidele a ne point suivre vos sentimens et inclinations.

Je vous diray, ma tres chere Fille, une chose que vous diries bien a une autre : c'est que ou il y a plus de repugnance, Nostre Seigneur veut que nous prattiquions plus de grandes vertus, car la vertu ne s'acquiert que par son contraire. Jamais nous ne l'acquererions si nous n'avions des occasions de combattre, comme cette fille qui alla treuver saint Athanase affin qu'il luy baillast une femme qui l'exerçast a la patience, pour en acquerir la vertu.(Collect.Patrum 18,14 ; IVD 3,1). Si nous ne nous mettions point aupres de ceux qui nous piquent, nous n'acquerrions jamais la douceur et patience. Il y a un peché qu'il faut fuir, et ses objeetz, pour en acquerir la vertu contraire; mais pour la partie irascible il luy faut aller au devant et faire des actes positifs. De mesme a l'aversion, quand elle ne presse pas trop, soyes soigneuse de faire des actes positifs. Il faut faire son devoir en ces tentations ; Nostre,Seigneur veut que nous les ayons et que nous rendions nostre devoir aux créatures ; puis, qu'elles pensent de nous ce qu'elles voudront.

Ne penses pas, ma Fille, que je voulusse trahir vostre ame ; o non, car elle m'est aussi pretieuse que la mienne mesme. Je vous dis ce que je dois et que vous estes obligee de faire pour parvenir a la perfection, comme toutes les Filles de Sainte Marie pretendent, et faire tout pour cela. Je vous dis, ma chere Fille, j'ay un desir tout particulier pour vostre avancement, parce que Dieu le veut, et vous a donné beaucoup de moyens pour cela. Employes-les bien. Et ne feres vous pas bien ce que je vous diray ?

Ma chere Fille et partiale, je vous prie, ne faites rien a cette Seur qui puisse luy faire connoistre que vous luy aves de l'aversion ; au contraire, soyes ayse de luy rendre des services. Il faut beaucoup aymer le prochain avec tendresse, specialenient celles [envers] qui vous aves plus de répugnances. C'est un grand moyen d'avancer a la perfection et d'acquérir des vertus héroïques. Ne perdes pas ces occasions que vous aves de vous avancer en l'amour de Dieu.

Il y a de la différence de l'envie aux aversions. L'envie c'est que l'on est marri du bien du prochain ; l'aversion est une passion qui vient sans que nous voulions, et pour la vaincre quand elle est forte il se faut divertir et n'y point penser que le moins que l'on peut. Quand elle n'est pas si forte, il se faut surmonter. Je veux que les autres connoissent que vous vous surmontes. N'avertisses point les Seurs quand vous leur aves de l'aversion.

ADVANCE \d8 DE LA MELANCOLIE

ADVANCE \d6 Quand vous seres assaillie de la mélancolie, divertisses vous tant que vous pourres; parles, chantes, recrees vous avec les autres. - Mais vous ne dites rien qui vaille, ce vous semble. - Il vaut bien mieux ne rien dire qui vaille, pour aymer son abjection, que suivre son humeur, car c'est ce que nostre ennemi pretend : nous abattre le courage, pour aucunes choses qui nous puissent arriver. Quand bien nous aurions fait un grand peché, il. ne faudroit se descourager ni entrer en aucune sorte de desfiance de la miséricorde de Dieu. Ne sçaves vous pas que le throsne de sa miséricorde c'est nostre misere ?


Dites des paroles d'amour a Nostre Seigneur, quoy que sans goust. Ne laisses pas un brin de vos exercices, pour tout ce que la tentation vous dira de contraire : il les faut redoubler, j'entens au moins les oraysons jaculatoires, et les faire avec ferveur, et tout le reste des exercices autant qu'il vous sera possible, en despit de vostre degoust. Sainte Gertrude dit que Nostre Seigneur ayme mieux qu'on luy bayse les pieds avec de la répugnance que quand on y a bien du goust, parce qu'on fait plus pour son amour. Saint François demeura trois ans en mélancolie et secheresse, (Barth. de Pise, Conform.vitae Bfranc.ad vitam Christi1,7 ; IVD 4,15), saint Bernard, et tant d'autres. Mais sur tout, ma chere Fille, ne vous estonnes point de tout ceci et parles a Nostre Seigneur d'autre chose que de ce que vous sentesen vostre coeur ; car cela aggrandiroit vostre mal. Vous luy en parleres une autre foys, quand le mal sera passé. Parles luy d'amour, jettes vous entre ses bras comme un petit enfant entre les bras de sa mere ; dites luy que vous voules estre toute sienne, car il est tous-jours en nostre pouvoir de dire cela, et VIVE JESUS, et chose semblable. - Il vous semble que vous ne pouves pas. - Si fait, mais c'est que vous ne le voules pas, parce que vous y aves de la peyne et que vous'n'y aves point de satisfaction. En ce tems la, parles a Nostre Seigneur d'autres choses, le plus doucement, gratieusement et humblement que vous pourres.

Supportes vostre mal avec patience, fuyes les choses qui croissent ou font naistre vostre mal, comme : prendre playsir a vostre pleur, fuir les conversations, faire tout ce que l'on fait avec regret, et choses semblables. En fin, souffres vostre mal pour Nostre Seigneur.

Pour vos tentations, c'est vostre chemin, ne vous en mettes point en peyne ; tasches seulement de ne point faire de fautes en leur faveur. Il se faut divertir en des choses extérieures. En fin, bienheureux, en toutes tentations, qui croit et peut dire : Credo in Deum ; il ressent mille suavités au coeur. Et ne sçaves vous pas Jesus Christ crucitié (1 Co 2,2) ? vous sçaves bien cela, c'est asses ; vous sçaves plus que vous ne faites. Nostre Seigneur a laissé escrit en sa loy que nous aurions tous-jours des ennemis a combattre jusqu'a la mort. Nous voudrions estre saintz et qu'il ne nous coustast qu'un Ave Maria 1

Vous aves plus de peyne a vaincre vos passions parce qu'elles sont fortes, mais la vertu en sera plus excellente et Nostre Seigneur vous en sçaura plus de gré. Ce n'est rien que les sentimens de la partie inférieure, pourveu que la supérieure tienne ferme. Saint Paul qui dit : je ne vis plus, mais c'est Jesus Christ qui vit en moy (Ga 2,20), se plaint et dit : je sens une loy en mes membres qui repugne a celle de mon esprit (Rm 7,23). La loy de l'homme extérieur c'est de frapper des pieds et mains, dire des paroles; mais l'intérieur ne fait rien de cela, encor qu'il ayt le sentiment. Nos saintz Peres ont eu des sentirnens ; vous n'estes pas plus qu'eux.

DE L'OFFICE

ADVANCE \d5 Pour l'Office, prepares vous avant que d'y aller, ou bien en y allant, et dites : je psalmodieray les louanges de Dieu en la face des Anges (Ps 137,1) - ou bien [pensez] que vous alles avec Nostre Dame chanter les louanges de Nostre Seigneur. Et tous-jours, quand vous treüveres vostre esprit distrait, remettes vous doucement en une sainte attention que vous dites les louanges de Dieu avec Nostre Dame, et penses a elle, joignant vos prieres aux siennes pour les présenter a son Filz.

Tenes vous en reverence devant Dieu, faites des retours de vostre coeur a Nostre Seigneur quand l'autre choeur respond, et dites du vostre avec attention. Ne vous laisses aller a rire et faire des impertinences. Faites tout ce que vous pourres pour vous empescher de dormir, pour la reverence du Tres Saint Sacrement, des reliques de l'autel et de l'office que vous faites a Nostre Seigneur avec les Anges. Il faut estre grandement fidele a ne se point arrester a des inutilités ; si tost qu'on s'en apperçoit, il faut promptement en destourner son esprit. Pour moy je n'y suis point distrait, pour affaires que j'aye. Quand je suis a l'Office, je m'imagine que je suis au Ciel avec les Anges, et que je chante avec eux les louanges de Nostre Seigneur ; et au partir de la, je treuve qu'en un moment toutes ces affaires se font, qui auparavant que d'aller a l'Office me donnoyent tant de peyne. Nostre Seigneur fait cela. Il ne faut point penser a ses charges ni a ce que nous ferons apres, quand l'Office sera dit ; vous y penseres quand vous seres sortie du choeur. Conserves bien les affections que Dieu vous donnera pour les mettre en prattique. Quand la cloche sonne, penses que Nostre Seigneur vous dit : Ma fille, viens chanter mes louanges.

Ne laisses pas de dire vos pensees a la Superieure; encor quelle vous mortifiera et fera la mine, il faut croire qu'elle dit la verité et que vous vous;trompes. Divertisses vostre esprit, et le tenes aupres de Dieu.

Le don d'entendement est un don que Dieu respand dans l'ame juste des lumieres de la foy et de la ferme creance d'icelles, de leurs clartés et beauté. Il se prattique ainsy : en la fermeté des considérations que l'on fait a l'oraison, aux affections et résolutions que. l'on y fait pour la prattique.

Nostre Seigneur dit : Si quelqu'un me leve de terre, je tireray tout apres moy (Jn 12,32) . Il vouloit dire : Si quelqu'un me crucifie, je tireray toutes les créatures apres moy au Ciel, au moins celles qui voudront faire prouffit de ma Passion. Nostre Seigneur a dit que quicomque perdra son ame, c'est a dire sa vie, la gaignera, et que qui la gaignera la perdra (Mt 10,39). En la primitive Eglise tous les Chrestiens quiestoyent martyrs perdoyent leurs ames et vies temporellement pour les gaigner éternellement. Nostre Seigneur dit a saint Pierre: je mettray ma vie pour la tienne; et saint Pierre dit le mesme a Nostre Seigneur (Jn 13,37). Les mondains qui vivent selon la chair et les vices gaignent leurs ames en ce monde pour les perdre éternellement en l'autre. Les Seurs perdent leurs ames venant icy, parce qu'elles n'ont plus a faire de la vie qu'elles menoyent au monde ; il faut qu'elles vivent selon Nostre Seigneur crucifié, et le suivant, elles gaigneront leurs ames pour le Ciel. On perd aussi sa vie quand on mortifie ses inclinations et passions pour vivre selon la rayson.

Vous estes obligee de vous perfectionner.

Il y a différence des murmures a la mesdisance : le murmure est en des choses de peu, la mesdisance s'entend en des choses grandes.

ADVANCE \d6 DE L'ORAYSON

ADVANCE \d6 Il faut fonder toutes nos oraysons sur celle de Nostre Seigneur au jardin des Olives (Mt 26,39), nous despouillant de nous mesme et de tout propre interest, nous resignant a la volonté de Dieu; puis luy demander nos nécessités et de toutes les créatures, et que son Nom soit sanctifié (Mt 6,9). Tasches de faire ainsy. Prenes soigneusement un point et vous mettes en la presence de Dieu avec le plus d'hnmüité qu'il vous sera possible ; tasches de faire vos considérations, si vous pouves, et si Nostre Seigneur vous tire et empesche par son attrait et inspiration de faire des considérations pour vostre amendement, ne les faites pas, vous les feres apres l'orayson si vous pouves ; mais laisses aller vostre ame aux affections ou Dieu l'attire, sans vous rechercher ni regarder ce qui se passe en vous, mais soyes fidele a suivre l'attrait de Dieu.

Il faut estre grandement pure ; puisque Nostre Seigneur vous fait ce don, il ne vous le donne pas pour vos beaux yeux, mais affin que vous le servies mieux et le prochain aussi. Exerces-vous fidèlement a l'orayson et Dieu vous y fera beaucoup de graces. Il semble qu'il conduit luy mesme vostre ame par le chemin de l'orayson.

Quand on ne peut pas faire des considérations par secheresse, il faut faire ses résolutions et affections selon la partie supeneure, sans se desgouster ni quitter l'orayson ; mais quand il vient des pesanteurs, sur tout aux oraysons extraordinaires, vous vous pouves bien un peu divertir, comme pendant la lecture et autres qui ne sont pas d'obligation. Ne laissés pourtant de la faire quand vous pourres et en aures la devotion, car l'ennemi pourroit bien donner ces pesanteurs affin de vous divertir de cet exercice. Il se faut surmonter pour Nostre Seigneur et ne se pas laisser emporter a la négligence de combattre le sommeil et les distractions. Il s'y faut bien preparer, puis, si Nostre Seigneur prend nostre coeur, il le faut laisser faire et suivre son attrait, sans nous destourner pour regarder ce que nous faysons ou sentons, car c'est une des plus fines tentations et distractions que celle la ; il [s'en]. faut bien garder.

Alles tout doucement avec Nostre Seigneur, et pendant qu'il vous fait la grace de jouir de sa sainte presence et vous donner de se consolations et lumieres, il se faut bien garder de s'en divertir par une fause humilité. Ne faites pas cela, gardés vous de le plus faire, car c'est resister au Saint Esprit et luy faire la loy et vouloir se gouverner soy mesme. Nostre Seigneur nous attire a luy, nous voulant donner ses graces, et nous resistons ! Il est bien employé qu'il nous laisse la tout imparfaits, puisque nous ne voulons pas recevoir la grace et l'honneur qu'il nous fait avec tant d'amour, sans que nous l'ayons merité. Nous sommes bien coupables. C'est comme si un seigneur vous appelloit pour vous parler, et que vous n'y voulussies pas aller et que vous dissies : J'ayme mieux parler a ses valetz. C'en est de mesme resistant aux inspirations et au don de Dieu.

Que vostre principal exercice soit de vous tenir tous- jours aupres de Nostre Seigneur, mais tranquillement ; et ne laisses pas plus dissiper vostre esprit hors de l'orayson qu'en l'orayson, et soyes telle hors d'icelle comme vousvoudries estre en la faysant. Ne vous en desgoustes jamais, pour sécheresse que vous y ayes. Quand on n'a pas bien fait l'orayson, il le faut reparer par des oraysons jaculatoires. Soyes fidele a faire des frequens et continuels retours de vostre esprit en Dieu.

En fin, qui n'a l'esprit d'orayson et de récollection, il est impossible quasi qu'il arrive a une parfaitte victoire de soy mesme et a un grand degré de mortification, comme l'experience le monstre. Toute l'immortification qu'ont aucunes fois les Religieux provient de ce qu'ilz ne s'addonnent pas a la meditation, laquelle est le chemin raccourci de la perfection. Il n'est pas possible que l'ame qui au tems de la meditation est occupee de quelqu'autre affection ou desir, puisse estre attentive a ce quelle medite, pour bien recevoir en soy mesme l'image de Dieu auquel elle cherche de se transformer par l'orayson. C'est comme une eau qui est tant agitee des vens qu'elle ne représente pas l'image de l'homme, d'autant qu'elle est troublee ; et bien qu'elle soit claire, les parties du cors y paraissent comme desunies les unes des autres. Tout de mesme l'ame qui est agitee des vens contraires des passions n'est pas propre pour recevoir en soy l'image de Dieu.

Il faut estre bien fidele a employer l'heure d'orayson, parce qu'elle est toute a Nostre Seigneur, sans se laisser emporter aux distractions volontairement. Je sçay bien, ma Fille, que la perfection ne consiste pas a l'orayson, mais a l'humilité.

Un des préceptes de la vie spirituelle est de prendre deux ou trois Saintz et les prier qu'ilz intercèdent pour nous vers Nostre Seigneur ; mais s'ilz ne nous impetrent pas ce que nous voulons et desirons d'eux, il ne les faut pas quitter. Nostre Seigneur nous donnera d'autres choses qui sont meilleures pour nous. Il ne faut pas servir Dieu ni les saintz Protecteurs par fantaisie, ni se gouverner soy mesme. Il faut tous-jours avoir Nostre Seigneur crucifié devant les yeux ; il nous regardera, pour respandre sur nous la suavité de ses parfums.

ADVANCE \d10 Pour s'habituer a la presence de Dieu, il faut prendre le sujet de l'orayson, comme par exemple, de la Nativité de Nostre Seigneur. Les Anges.chanterent. Gloire au Ciel et paix en la terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2,14). Ilfaut dire tous les jours : Mon petit Dieu de paix (2 Co 13,11; Ph 4,9). Et de celle de la Passion ; de celle icy tires en tous-jours le fruit de la douceur et humilité.

Il faut suivre les mysteres de l'Église pour l'orayson ; ce peut estre une tentation de la faire sur la Nativité au tems de Pasques. Ainsy des autres.

ADVANCE \d3 Revu sur deux anciens Manuscrits conservés à la Visitation de Pignerol etàcelle de Caen.

XXXI

AVIS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

SUR LES VERTUS QU'ELLE DOIT SURTOUT PRATIQUER

[1615 – 1618 [185] ]

(INÉDIT)

Aux peynes d'esprit et de cors que vous endurez, consolez-vous, considérant cinq choses :

Premierement, que cela arrive par la volonté de Dieu, ou permission, qui la juge estre a sa plus grande gloire et vostre plus grand bien que cela se fist ainsy.

La seconde, que vos pechés meritent bien cela et davantage.

La troisiesme, que Dieu est la present qui contemple si en l'occasion qu'il vous donne de prattiquer la vertu, vous prattiqueres la bonne résolution qu'aves prise de ne le jamais quitter ni offenser.

La quatriesme, que la sainte humanité du Filz de Dieu a bien plus enduré, plus innocemment et plus injustement que vous ; encourages vous donq par son exemple a patir, et vous res-jouisses d'avoir ce moyen de l'imiter en cela.

La cinquiesme, que tous les maux que l'on vous fait sont autant de couronnes au Ciel, si vous les supportes ; si bien que ceux qui sont vos malfaicteurs soyent vos bienfacteurs.

ADVANCE \d8 PRATTIQUE DE L'HUMILITÉ

ADVANCE \d7 Faire toute chose, tant extérieure qu'interieure, avec desir de s'humilier et rendre abjecte.

Se tenir pour la moindre de toutes et vous res-jouir quand l'on vous tient pour telle. Rabaisser souvent vostre coeur devant Dieu ; aymer que l'on connaisse vos fautes et lourdises, ou infirmités, et ne rien faire pour les couvrir. Aymer çherement vostre abjection et la tirer de toute chose.

Ne nous troublons point pour nos fautes, ni pour nostre peu d'advancement, ni pour rien qui soit en nous, ni que nous puissions faire.

Ne se point excuser, ni intérieurement, ni par paroles et actions.

Parfumer son coeur des pensees d'abjection qui viennent.

Se rendre grandement sousmise en toute chose, pour petite qu'elle soit ; estre facile a condescendre a toutes ; en toutes choses ne rien faire pour estre loüee ni estimee.

Ne point desirer ni aymer que l'on appreuve ou estime ce que nous disons ou faisons.

Nous. res-jouir de voir et entendre parler de la vertu de nos Seurs ; porter un grand respect a nos Seurs, les re­gardant toutes comme nos Superieures, et mesme oyant en toutes les sacrees paroles de Nostre Seigneur.

Aymer a faire les choses humbles et abjectes. Aymer a estre reprise et humiliee devant toutes.

Parler bassement et humblement; ne point parler de soy, de ses parens, ni d'aucune chose qui puisse estre a son advantage.

Estre toute courageuse et preste de faire et entreprendre tout ce que l'obeissance nous ordonne.

Avoir une grande confiance en Dieu et au secours de la Sainte Vierge parmi les sentimens de nos foiblesses et in­firmités.

Ne jamais laisser de dire ou de faire aucunes choses pour crainte d'en recevoir de l'abjection.

PRATTIQUE DE LA DOUCEUR

S'accoustumer a parler, et faire toutes ses actions pe­tites et grandes, en la plus douce façon qu'il est possible.

Au premier sentiment de colere, d'impatience et sous­levement de cœur, c'est de ramasser promptement et dou­cement ses forces aupres de Nostre Seigneur. Quand on sent quelque trouble ou ressentiment, recourir a Dieu, in­voquant son secours par un simple divertissement.

Quand on a fait quelque acte de colere ou d'impatience, reparer la faute par un acte de douceur exercee prompte­ment a l'endroit de la personne mesme ; tenir son visage doux, respondant et faysant gratieusement tout ce que l'on nous ordonne.

Se rendre douce, affable et cordiale en nostre conversa­tion.

Accueillir un chacun doucement, l'ayder et contenter, tant par nos façons que par nos responses.

Ne tesmoigner jamais aucun mescontentement, pour chose qu'on fasse ou dise de nous.

Ne nous despiter jamais contre nous mesme, ni contre nos imperfections.

Ne se point troubler ni inquieter pour nous voir impar­faitte et mal mortifiee. Avoir un desplaysir de nos fautes qui soit paisible, rassis et ferme, et non point aigre, empressé ni inquiete. Reprendre et corriger son cœur doucement et par voye de compassion, disant : Oh ! mon pauvre cœur, nous voyla tombé ; or sus, relevons nous et quittons pour jamais nos imperfections.

Bailler du courage a son cœur quand on a failli, et de l'esperance que Dieu l'aydera et qu'avec son [secours] l'on fera prou. Faire ferme resolution de ne plus tomber en sa faute. Ne se point estonner de nos cheutes, puisque ce n'est pas chose admirable que l'infirmité soit infirme et la foiblesse foible ; et en fin nous humilier de toutes nos fautes generalement, soyent elles grandes ou petites ; mettre cela devant Dieu par une humble reconnoissance de nostre misere, puis nous relever tout doucement.

PRATTIQUE DE LA SIMPLICITÉ

D'avoir une tres unique pretention en toutes ses œuvres et actions, qui est de plaire a Dieu; de voir et aymer la volonté de Dieu en tout ce qui nous arrive, tant du bien que du mal.

Demeurer tous-jours tranquille de tout, mesme du re­tardement de nostre perfection, travaillant neanmoins fidellement pour l'acquerir.

Estre naifve et sincere a descouvrir ses defautz sans les ombrager.

Estre veritable et ronde en nos paroles, sans les multi­plier, sur tout pour s'excüser et couvrir. Estre sans fard, artifice ni reflexions sur nos actions, sur nos fautes et pa­roles.

Regarder plustost ce que dira Dieu et ses Anges sur ce que nous faisons et disons, que non point que diront ceux qui nous voyent et entendent.

Vivre au jour la journee, sans tant de prevoyance ni de soin de nous mesmes, ni de tout ce qui doit arriver.

Faire ce qui nous est present selon nostre vocation, et nous confiant entierement en la divine Providence.

Faire les choses ainsy qu'elles se presentent, tout a la bonne foy, sans regarder tant [de] choses.

ADVANCE \d1

PRATTIQUE DE LA MODESTIE

ADVANCE \d8N'estre point legere en ses paroles et actions.

Avoir le visage et les yeux sereins, sans fronce ni mine froide et melancholique ; porter la veuë basse et marcher avec un maintien humblement rabaissé ; estre cordiale et franche entre les Seurs.

Se porter et parler avec un grand respect.

Ne point trop familiariser, principalement avec celles a qui nous avons de l'inclination.

Se saluer par l'inclination de la teste, avec application d'esprit et un grand respect.

Ne point contester, ni parler avec empressement ; ne pas rire ni parler trop haut, ni faire des gestes en parlant, des mains ni de la teste, ni des autres membres du cors.

Respondre ou dire ce que l'on dit posernent, sans [faire] la honteuse ni la craintifve.

Faire ses [actions] avec tranquillité et sans empressement ni intérieur, ni extérieur.

Retrancher la curiosité es choses esquelles on sent de se contenter.

Avoir la volonté de plaire en toutes choses a Dieu.

Ne point tant chercher de moyens pour bien aymer et servir Dieu, mais se tenir aux pieds de Nostre Seigneur, demandant sa grace et son amour, sans rechercher autres moyens pour y parvenir que ceux qui nous sont marqués dans nos Constitutions.

Se contenter de marcher en simplicité en l'observance de nos Regles, sans desirer de sçavoir autres choses.

ADVANCE \d11 PRATTIQUE DE LA CHARITÉ FRATERNELLE

ADVANCE \d6 Ne murmurer ni dire aucune faute d'autruy, quoy quelle soit legere. Dire du bien de tous et ne se plaindre de personne.

Ne jamais rapporter aux autres ce que nous aurons ouy dire d'elles, [si c'est] chose qui puisse mortifier ou mescontenter ; ne jamais dire aucune chose qui puisse tant soit peu mortifier lesSeurs.

Ne rien dire qui rabbatte ou desappreuve ce que les autres disent.

Ne tesmoigner aucune singularité a aucune, qui puisse tant soit peu donner du soupçon aux autres.

Traitter avec tous, avec amour et charité ; ne juger personne, ains les excuser, tant a part soy qu'a l'endroit des autres.

Ne reprendre personne sans en avoir charge.

Fuir toute aversion, mais sur tout de les faire paroistre.

Ne laisser de parler, regarder et se mettre aupres de celles qui nous auront donné quelque mescontentement.

ADVANCE \d11 PRATTIQUE DE LA MORTIFICATION

ADVANCE \d9 Se mortifier en toutes les choses et occasions qui se presentent.

Bien faire son prouffit de toutes les mortifications qui nous arrivent de la part de Dieu, de la Superieure et des Seurs.

Se mortifier et vaincre en tout ce qui empesche d'observer la Regle.

ADVANCE \d0Bien faire les choses ordinaires que nous faisons tous les jours, tant intérieures qu'exterieures.

ADVANCE \d0Se mortifier de ne point sortir de la celle quand on en a bien envie.

Ne regarder chose aucune qui soit curieuse.

Ne point desirer sçavoir ni demander ce qui ne nous touche point.

Ne point dire ce que l'on sent grande envie de dire.

Se mortifier es choses que l'on doit faire par obligation, comme de manger, se recreer et tel autre exercice auquel on prend playsir, disant avant que de les faire : je ne veux pas faire cela pour mon playsir, ains parce que mon Dieu le veut.

PRATTIQUE DE LA PATIENCE

ADVANCE \d7 Ne donner aucun signe d'impatience quand il (le prochain) ne prend pas bien ce que nous faisons ou avons en charge.

Ne permettre qu'aucune tristesse ni ressentiment s'empare de nostre coeur.

Ne se point ennuyer des advertissemens ni que l'on nous reprenne de nos defautz.

Souffrir avec patience la peyne que nous avons que l'on nous monstre et redise souvent une mesme chose.

Ne point s'impatienter quand on a de la peyne de retenir et comprendre ce que l'on nous monstre. Recevoir tout ce qui repugne a nostre goust, volonté et affection, avec allégresse et promptitude, parce que tel est le bon playsir de Dieu.

ADVANCE \d5 PRATTIQUE DE L'OBEYSSANCE

ADVANCE \d8 Obeyr soigneusement, sans rien oublier ; promptement, sans delay ni remise ; simplement, sans discours ni raysons ; fidellement, rien prendre pour vous en vos obeyssances ; franchement, sans contrainte ni chagrin ; amoureusement et non point pesamment, maussadement et a contre coeur.

Obeyr de coeur et de volonté, ayant mesme vouloir et non vouloir avec nos Superieurs.

Obeyr d'entendement et jugement, sans recevoir aucun advis ni opinion contraire a celuy de nos Superieurs.

Obeyr a toutes Superieures, quelles qu'elles soyent, comme a Nostre Seigneur Jesus Christ.

Obeyr a l'aveugle, sans s'enquerir, examiner ou demander pourquoy, comment, ains n'avoir autre rayson pour se contenter que celle de sçavoir que c'est l'obeyssance, et dire en soy mesme : je fais ceci parce que telle est la volonté de Dieu, et en icelle est tout mon contentement.

PRATTIQUE DE LA PAUVRETÉ

ADVANCE \d6 Ne prester ni recevoir aucune chose, pour petite qu'elle soit, sans congé ; aymer et nous res-jouir quand quelque chose qui nous est nécessaire nous manque. Aymer et nous res-jouir quand le moindre de la Mayson nous est donné.

Avoir souvent la pauvreté de Nostre Seigneur, de la Sainte Vierge et des Apostres devant les yeux.

Une abnégation des choses dont on se sert tesmoigne un grand contentement.

Bayser et caresser tendrement ce qui repugne a nostre goust et sensualité.

Ne point manger avidement, ni desirer d'avoir autre viande que celle que l'on nous donne.

Quand on est sec et aride, et sans goust ni consolation, aymer cette pauvreté devant Dieu.

Estre bien ayse que l'on ayrne plus les autres que nous et que l'on se playse plus a leur conversation qu'a la nostre.

Se res-jouir quand on ne tient conte de nos raysons et que l'on tesmoigne que l'on ne prend gueres de playsir de nous entendre.

PRATTIQUE DE LA CHASTETÉ

ADVANCE \d4 Faire toutes ses actions avec une grande honnesteté. et bienséance.

Estre bien soigneuse de se bien occuper en Dieu, nous divertissant promptement et soigneusement de toute sorte de pensees et souvenir des choses que nous avons autrefois veuës et ouÿes.

Aspirer et respirer souvent en Dieu comme nostre unique Espoux.

N'aymer rien que pour luy, en luy et pour l'amour de luy.

Parler pour l'ordinaire des choses bonnes et utiles. .

Avoir grand soin de porter la veuë basse et de mortifier tous ses sens.

PRATTIQUE DE LA GENEROSITÉ ADVANCE \d6

Ne se jamais estonner pour les difficultés, répugnances et aversions.

Ne faire non plus d'estat de tous nos sentimens, pour grans qu'ilz soyent, que nous ferions des abbayemens des chiens.

Aggrandir son coeur et son courage parmi les peynes et difficultés, car c'est pour cela que Dieu les envoye et permet.

Pretendre au plus haut point de la perfection parmi la veuë et sentiment de nos miseres, faiblesses et infirmités, appuyees sur la misericorde de Dieu ; ne se point estonner, encor que nous nous voyions comme engluees dans nos imperfections, attendant avec une douce et tranquille patience nostre délivrance de Nostre Seigneur, et quand nous l'avons, la tenir bien chere comme un don pretieux de sa bonté. ADVANCE \d1

Ne cesser "jamais de crier a Dieu : Tires moy "(Ct 1,3)a vous ! ni "d'esperer et de se promettre de courir" apres luy, nonobstant les sentimens de nos imbecilités (Entretien I, p.35).

Ne laisser point a nos coeurs aucune pensee de descouragement.

Ne se point fascher si d'abord nous ne marchons pas si fermement et fidellement comme nous voudrions, ains nous contenter de marcher le petit pas a nos commencemens, pour puis apres courir et marcher a grande course.

Ne point vous inquiéter ni troubler pour voir l'advancement des autres.

Ne point vouloir attirer les autres a nostre train, ni les mésestimer si elles ne font pas ce que les autres font, ains estimer tout ce qu'elles font.

Regarder les mieux faisantes avec une douce cordialité et sainte reverence. Tirer de l'humilité de nos imbécillités, particulièrement quand nous voyons l'advancement des autres.

ADVANCE \d6 PRATTIQUE DE LA DEVOTION FORTE ET INTIME

ADVANCE \d10 Avoir la volonté conforme aux bonnes actions, petites et grandes.

Ne rien faire " par coustume, mais avec application de volonté. "

Que l'action extérieure soit prevenue de l'affection interieure, ou " qu'au moins l'affection la suive de pres."

Faire " naistre l'extérieur de l'intérieur. "

Il faut estre " forte a supporter les tentations ; forte a supporter la varieté des espritz ; forte a supporter ses propres inclinations et imperfections, pour ne se point inquiéter de s'y voir sujette ; forte pour combattre ses imperfections et entreprendre la correction et amendement parfait. "

" Se tenir independante des consolations des créatures. " (Entretien I, p.35)

ADVANCE \d10 PRATTIQUE DE LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

ADVANCE \d7 Prendre toutes les occasions qui nous arrivent, grandes et petites, comme venant de la main de Dieu.

Se resigner en tout a la volonté de Dieu ; se conformer a la volonté de Dieu, soit en maladie, sécheresse, aridités, distractions, tentations et fréquentes cheutes.

ADVANCE \d5 Revu sur le texte inséré dans un ancien Manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bourges, A, n° 113.

XXXII

AUTRES AVIS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION SUR L'OBÉISSANCE ET L'EXAMEN

QUI DOIT SUIVRE L'ORAISON

(INÉDIT)

[1612-1618 [186]]

ADVANCE \d4 DE L'OBEYSSANCE

ADVANCE \d8 1erPoint de l'obeyssance est que nous devons croire et tenir pour asseuré que Dieu a establi toute sorte de Superieures et que ce ne sont pas les hommes qui les eslisent, c'est Dieu mesme.

2. C'est que Dieu a establi les Superieures comme ses lieutenantes en terre, affin que nous leur obeyssions comme a luy mesme, et tient estre fait a luy ce qui est fait aux Superieures, comme il le tesrnoigne par ces parolles : Celuy qui vous obeit m'obeit, et celuy qui vous mesprise me mesprise (Lc 10,16).

3. C'est que Dieu ne permettra jamais que vous perissies tandis que vous obeyres fidellement vous confiant en luy ; car si Dieu vous a mise sous une Superieure affin que vous luy obeyssies, croyes qu'il vous protegera de sa providence divine pour parvenir a vostre derniere fin, qui est vostre perfection.

4. C'est qu'il ne faut jamais regarder au visage des Superieurs ni dire : Sont ilz propres pour nous ? commanderont ilz bien ? ains obeyr a l'aveugle en tout ce qu'ilz nous commandent, car ce ne seront pas les Superieures qui nous rendront parfaittes, mais la sonsmission et obeyssance quenous leur rendrons. Et l'on voit beaucoup d'inférieurs qui sont saintz sous des supérieurs fort imparfaits, et des inferieurs imparfaitz sous des Superieurs qui sont saintz, tellement qu'il n'y a point d'excuse en l'obeyssance sinon la grande, qui est d'offenser Dieu. Toutes les autres sont suspectes et ne viennent que d'une vayne recherche de nous mesmes. Nostre Seigneur priant au jardin des Olives dit a son Pere : Que vostre volonté soit taire et non la mienne (Mt 26,42 ; Lc 22,42). Qu'il soit fait ce que vous voules et non ce que je veux ; comme [vous] voules et non comme je veux. Amen. (Mt 26,39 ; Mc 14,36)

ADVANCE \d5 Examen sur l'orayson qui se doit taire apres icelle, se pourmenant ou faisant son ouvrage

ADVANCE \d6

Si vous aves esté bien preparee ; si vous aves donné entree a quelque pensee impertinente ou infructueuse.

Si vous vous estes laissé aller au sommeil ou a la pesanteur de cors et d'esprit.

Si vous vous estes trop laissé aller aux spéculations de l'entendement et considérations.

Si vous aves esté lasche ; si vous n'aves tasché de mouvoir l'affection et la volonté.

Si vous aves eu autre intention que de chercher le bon playsir de Dieu.

Si vous aves eu de la curiosité en l'intelligence ; si vous aves eu de la propre volonté en l'affection ; si vous aves eu de la propre complaysance en la considération.

Si vous aves eu de la négligence a correspondre a la grace.

De plus, rernarques les illustrations que Dieu donne en l'orayson, nous faisant voir [187] . . . . . . . . . . . . .

ADVANCE \d7

Revu sur le texte inséré dans un ancien Manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bourges, A, n° 113.

XXXIII

AVIS A LA SŒUR ANNE-MARIE ROSSET LORS DE SON DÉPART D'ANNECY POUR LA

FONDATION DU MONASTÈRE DE LA VISITATION DE BOURGES

Vers le 15 octobre 1618 [188]

Etrecouverte d'humilité. - Moins on sent de capacité en soi, plus il faut s'appuyer avec confiance sur Notre-Seigneur. - La Mère Rosset doit être " Depenciere " des dons de Dieu. - Vertus qu'elle devra pratiquer envers les âmes appelées à la Visitation.

ADVANCE \d8 Monseigneur m'a dit que les armes quil faut emporté pour aler en quelque fondation ne sont autre que la saincte humilité, de laquelle vertu il m'a dit quil me faloit estre toute couverte ; car l'humilité est toute genereuse, et nous fait entreprendre avec un courage invincible tous ce qui regarde le service de Dieu et l'agrandissement de sa gloire. Et moins nous sentons de capacité en nous pour ce faire, dautant plus nous nous devons serrés et ataché a Nostre Seigneur, nous confiant et apuyant toutalement en luy seul, en son assistance et en sa grace, laquelle sa Bonté ne manquera de nous donné pour nous acquiter de nostre devoir selon sa sainte volonté, si nous sommes remplie d'humilité et deflance de nous mesme ; car il est tout assurer que nous ne pouvons chose quelconque de nous mesme, mais c'est la verité qu'en Dieu toutes choses nous seront possible.

Nous ne sommes pas Econnome ni Superieure des talans et dons que Dieu a mis en nous, mais seulement Depenciere, pour les distribuer aux autres, pourtant l'esprit de la Visitation par tout afin de le repandre au prochain ; tachant de polir, purifier et formé les esprits de celles que Nostre Seigneur nous commettra, qui se trouveront fort divers, esquels il faudra que nous exercions une grande douceur, simplicité, suport et patience pour les voir cheminer le petit pas et tousjours commettre des imperfections ; inculquant en ces ames là la vraye humilité, generosité, douceur et charité, qui est le vray esprit de nos Regles, afin que par ce moyen elles parviennent a la perfection de l'amour sacré et a l'union de leurs ames avec sa divine Majesté, qui est la fin pour laquelle elle les a apellé a la Religion.

ADVANCE \d4 Revu sur une copie faite par la Soeur Rosset, conservée à la Visitation d'Annecy

XXXIV

EXERCICE ENVOYÉ A MADAME DE VILLESAVIN

Juillet-août 1619 [189]

EXERCICE DU MATIN

QUI, POUR ESTRE BRIEF, SIMPLE ET TENDANT IMMEDIATEMENT A L'UNION AMOUREUSE DE NOSTRE VOLONTÉ AVEC CELLE DE DIEU, POURRA ESTRE PRATIQUÉ PAR LES PERSONNES QUI SONT EN SEI­CHERESSE, STERILITÉ, TRISTESSE, [190] FOIBLESSE CORPORELLE OU ACCABLEES D'OCCUPATIONS.

1. Prosterné a genoux et profondement humilié de­vant Dieu, vous adorerés sa souveraine et infinie bonté.

2. Vous jetteres attentivement la pensee sur la tres volonté de Dieu, laquelle, de toutte eternité, vous nomma par vostre nom et fit dessein de vous sauver, vous desti­nant entre autres choses ce jour present, affin qu'en icelluy vous fissiés les euvres de vie et de salut, croyant ce quil dit par le Prophete (Jr 31,3) : Je t' ay aymé d'une charité œternelle ; a cette cause je t'ay attiré, ayant pitié de toy. Et sur cette veritable pensee, vous unirés vostre vo­lonté a celle de ce tres doux et misericordieux Pere ce­leste, par telles ou semblables parolles cordiales : O tres douce volonté de mon Dieu, qu'a jamais soyés vous faitte ! O dessein reternel de la volonté de mon Dieu, je vous adore, et vous consacre et dedie ma volonté pour vouloir a jamais aeternellement ce que aeternellement vous aves voulu ! Que je fasse donc aujourdhuy et tousjours et en toutes choses vostre divine volonté, O mon doux Crea­teur ! Ouy, Pere celeste, car tel fust vostre bon plaisir (Mt 11,26 ; Lc10,21)de toutte aeternité, ainsy soit il. O Bonté divine, comme vous l'aves voulu. O volonté aeternelle, vives et regnes en toutte ma volonté et sur toutte ma volonté, mainte­nant et a jamais. Amen.

3. On invoque le secours celeste par quelques devotes exclamations exterieures et interieures, comme: O Dieu, soyes moyen ayde (Ps 69,5)! Je suis vostre, sauves moy (Ps 118,94). Que vostre main secourable soit sur ce pauvre et foible courage. Ou bien, on pourra, en ce 3. point, user de la petitte orayson qui est en l'Exercice du mattin de Philothee (IVD 2,10). [191].

Vous feres donc ainsi une vive et puissante union amoureuse de vostre volonté a celle de Dieu ; puis, parmi toutes les actions de la journee, soit spirituelles, soit cor­porelles, vous feres de frequentes reunions, c'est a dire, vous renouvellerés et confirmeres l'union faitte le matin, jettant un simple regard interieur sur la divine Bonté et disant par maniere d'acquiescement :

Ouy, Seigneur, je le veux ; O mon Dieu, a jamais, a ja­mais , O volonté divine ! Ou bien vous ne dirés sinon sim­plement : Ouy, Seigneur; tousjours, Seigneur, mon Pere ; je confirme, O mon Dieu, aeternellement. Ou bien, sans dire autre chose, vous feres le signe de la Croix, ou baiserés celle que vous portés ou quelque image; car tout cela voudra dire que vous voulés souverainement la providence de Dieu, que vous l'adores et aymés, que vous l'acceptés et embrassés [192] de tout vostre cœur, et que vous unissés inse­parablement vostre volonté a cette volonté supreme.

Mais ces traits de cœur, ces parolles interieures doi­ vent estre prononcés doucement et tranquilement, ferme­ment mays paisiblement et, par maniere de dire, elles doi­vent estre distilées et filees tout bellement en la pointe de l'esprit, comme on prononce a l'oreille d'un ami une parolle qu'on luy veut jetter bien avant dans le cœur, sans que personne s'en aperçoive. Car ainsi ces sacrees parolles, filees, coulees et distilees par la pointe de nostre esprit en la mesme pointe de nostre esprit, la penetreront et de­tremperont plus intimement et fortement qu'elles ne fe­rayent pas si elles estoyent dittes par maniere d'eslans, d'orayson jaculatoyre et de saillie d'esprit. L'experience vous le fera voir, moyennant que vous soyes humble et simple.

Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à Issy (Paris), dans la chambre du Supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice.

XXXV

AUX RELIGIEUSES DE LA VISITATION D'ANNECY [193]

[1612 – 1620]

(FRAGMENT)

Une leçon de Marie à propos de la Transfiguration

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Voyes, mes tres cheres Filles, que la sacree Vierge, nostre sainte Abbesse, ne se treuva point au Thabor, ouy bien a l'estable de Bethleem pour voir les yeux de son divin Enfant pleins de larmes ; au Temple pour le racheter ; au Calvaire pour le voir souffrir et mourir. Que nous apprend cette conduitte, sinon qu'il se faut resoudre, a l'exemple de cette Vierge sacree, de passer nos jours dans la privation des graces sensibles et extraordinaires, pour vivre dans les tourmens, les peynes et la mort, quand il plaira a nostre Bienaymé.

…………………………………………………………………………….

ADVANCE \d7 Revu sur un ancien Manuscrit de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

XXXVI

AVIS POUR LA CHARGE DE SUPÉRIEURE A LA MÈRE CLAUDE AGNÈS DE LA ROCHE

Juin ou commencement de juillet 1620 [194]

Chaque jour, au réveil, dire la parole de saint Bernard : " Qu'es tu venu faire ceans ? " - Ne pas subtiliser, mais avoir une intention droite de tout faire pour Dieu. - Supporter les imparfaites et les aider. - Le maintien extérieur. - Importance de la charge. - La nouvelle Supérieure doit demander à la Sainte Vierge de l'offrir à son divin Fils, et renouveler son âme. - Après cet acte de parfait abandon, Marie la gardera tout le temps de sa vie.

ADVANCE \d11 Dieu veut que vous le servies en la conduite des ames, puisqu'il a arrangé les choses comme elles le sont et qu'il vous a donné la capacité de gouverner les autres. Faites une tres grande estime du ministère a quoy vous estes appellee ; et pour le bien faire, tous les jours en vous resveillant, ne manques jamais de dire cette parole que saint Bernard disoit si souvent . " Qu'es tu venu faire ceans ".( Guillaume de St Thierry Vita S.Bernard 1,4). Qu'est ce que Dieu veut de toy ? Puis, soudain apres, abandonnes vous totalement a sa divine volonté affin quil fasse de vous et en vous tout ce qu'il luy plaira, sans aucune reserve.

Ayes une devotion particuliers a Nostre Dame et vostre bon Ange ; puis, ma Fille, souvenes vous qu'il faut avoir plus d'humilité pour commander que non pas pour obeir. Mais prenes garde aussi de ne pas tant subtiliser sur tout ce que vous feres. Ayes une droitte intention de faire tout pour Dieu et pour son honneur et gloire, et vous destournes de tout ce que la partie inférieure de vostre ame voudra faire laisses-la tracasser tant qu'elle voudra autour de vostre esprit, sans combattre nullement tous ses assautz, ni mesme regarder ce qu'elle fait ou ce qu'elle veut dire, ains tenes-vous ferme en la partie supérieure de vostre ame et en cette résolution de ne vouloir rien faire que pour Dieu et qui luy soit aggreable.

De plus, il faut que vous fassies grande attention sur cette parole que j'ay mise dans les Constitutions, sçavoir, que la Superieure n'est pas tant pour les fortes que pour les foibles, bien qu'il faille avoir soin de toutes, affin que les plus avancees ne retournent point en arriere. Ayes a coeur le support des filles imparfaittes qui seront en vostre charge : ne faites jamais de l'estonnee, quelque sorte de tentation ou d'imperfection qu'elles vous descouvrent, ains tasches a leur donner confiance a vous bien dire tout ce qui les exercera.

Soyes grandement tendre a l'esgard des plus imparfaittes, pour les ayder a faire grand prouffit de leur imperfection. Resouvenes vous qu'une ame grandement impure peut parvenir a une parfaitte pureté, estant bien aydee. Dieu vous en ayant donné la charge et le moyen, par sa grace, de le pouvoir faire, appliques-vous soigneusement a le faire pour son honneur et gloire. Remarques que celles qui ont le plus de mauvaises inclinations, sont celles qui peuvent parvenir a une plus grande perfection. Gardes vous de faire des affections particulières.

Ne vous estonnes nullement de voir en vous beaucoup de fort mauvaises inclinations, puisque, par la bonté de Dieu, vous aves une volonté supérieure qui peut estre regente au dessus de toutcela.

Prenes un grand soin de maintenir vostre extérieur en une sainte esgalité. Que si vous aves quelque peyne dans l'esprit, quelle ne paroisse point au dehors. Maintenes vous dans une contenance grave, mais douce et humble, sans jamais estre legere, principalement avec des jeunes gens. Voyla, ce me semble, ce a quoy il faut que vous prenies garde, pour rendre a Dieu le service qu'il a desiré de vous.

Mais je desire grandement que vous fassies attention fort souvent sur l'importance de la charge que vous aures, non seulement d'estre Superieure, mais d'estre au lieu que vous seres. La gloire de Dieu est jointe a ceci et la connoissance de vostre Institut ; c'est pourquoy il faut que vous relevies fort vostre courage, en luy faysant entendre l'importance de ce a quoy vous estes appellee.

Aneantisses vous fort profondément en vous mesme de voir que Dieu veuille se servir de vostre petitesse pour luy faire un service de si grande importance. Reconnoisses vous fort honnoree de cet honneur, et vous en alles courageusement supplier Nostre Dame qu'il luy plaise vous offrir a son Filz comme une creature tout absolument abandonnee a sa divine volonté, vous resolvant que, moyennant sa grace, vous vivres désormais d'une vie toute nouvelle, faysant maintenant un renouvellement parfait de toute vostre ame, détestant pour jamais vostre vie passee avec toutes vos vielles habitudes.

Alles donq, ma chere Fille, pleyne de confiance qu'apres avoir fait cet acte parfait du saint abandonnement de vous mesme entre les bras de la tres sainte Vierge, pour vous consacrer et sacrifier derechef au service de l'amour de son Filz, elle vous gardera tout le tems de vostre vie en sa protection, et vous présentera derechef a sa Bonté a l'heure de vostre mort.

XXXVII

ADIEUX A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE PREMIERE SUPERIEURE DE LA VISITATION D'ORLEANS

Vers le 10 juillet 1620 [195]

Trois vertus spécialement recommandées.

Alles, ma tres chere Fille, Dieu vous sera propice. Trois vertus vous sont cherement recommandees : la debonnaireté tres humble, l'humilité tres courageuse, la parfaitte con­fiance a la providence de Dieu ; car quant a l'esgalité de l'es­prit et mesme du maintien exterieur, ce n'est pas une vertu particuliere, mais l'ornement interieur et exterieur de l'es­pouse du Sauveur. Vives donq ainsy toute en Dieu et pour Dieu, et que sa Bonté soit a jamais vostre repos. Amen.

XXXVIII

LETTRE D'OBÉDIENCE A LA SŒUR PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX

POUR ÊTRE SUPÉRIEURE AU MONASTÈRE DE LA VISITATION DE NEVERS

27 juillet 1620 [196]

Par ces presentes Nous avons donné la sainte benediction de l'obeissance a Nostre tres chere Fille et Seur en Jesus Christ Paule Hieronyme de Monthoux, Religieuse professe du monastere de Sainte Marie de la Visitation de Nostre cité d'Annessi, pour aller demeurer en la ville de Nevers , y estre Superieure au monastere nouvellement establi en icelle du mesme Institut, pour le tems qu'il sera jugé a propos, sans que par le sejour qu'a cet effect elle pourra faire hors le monastere de Nostre cité elle laisse d'estre tenue et censee veritablement pour Religieuse de la Mayson d' Annessi, a laquelle, en tems et lieu, selon qu'il plaira a Dieu en dispo­ser, elle devra et pourra estre receuë avec toute sorte de charité et pour toutes sortes d'offices ; priant Dieu qu'il la tienne en sa sainte main allant, demeurant et revenant, et qu'il rende toutes ses actions et tous ses travaux utiles a la vie eternelle.

Donné a Annessi, en Nostre hoste! episcopal, le 27 jul­let 1620.

FRANÇs, E. de Geneve.

XXXIX

ECRIT DANS UN VOLUME DE L' INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE DONNÉ A LA SOEUR

MARIE-PHI LIBERTE CHRISTIN TOURIÈRE DE LA VISITATION D'ANNECY [197]

8 mars 1621

(INÉDIT)

Donné de la main et du cœur de la... a ma Seur Marie Philiberte, de la Visitation, a laquelle Dieu veuille donner l'esprit de la vraye devotion, qui consiste en l'humilité, douceur et simplicité. Amen.

Le VIII mars 1621.

FRANçs, E. de Geneve.

JESUS, Sauveur du monde, si nous aymons bien vostre Croix, que nous serons humbles, doux, gratieux, patiens ! L'amour de la Mort et Passion de Nostre Seigneur donne la mort a toutes nos passions, et en la mort de nos passions consiste la vie de nostre cœur.

VIVE JESUS. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

XL

AVIS A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX SUPÉRIEURE DE LA VISITATION DE NEVERS

Décembre 1620-1621 [198]

(INÉDIT)

La prise d'habit doit se faire à la grille du chœur. - Vanité et discrétion. ­- Les mères et les filles s'appellent " Seurs ". - Conduite à tenir à l'égard des malades. - On peut admettre des Novices d'un autre Ordre ; pour les Pro­fesses, il faut une dispense de Rome. - N'appeler le médecin que pour la vraie nécessité. - Avis touchant les Pères spirituels. - Raisons qui peuvent dispenser du jeûne. - Demander ce dont on a besoin est plus parfait que de se laisser à " la providence des Superieurs ". - Murmures contre la Supé­rieure. - Ce que la destinataire doit faire au début de sa charge, soit pour les séculiers, soit pour les Sœurs. - Ne pas s'exempter facilement de l'Office. - Attitude au parloir. - Les prétendantes opiniâtres et négligentes ne doi­vent pas être reçues. - Confiance aux Pères Jésuites. - Exercer les veu­ves. - Attirer doucement les Sœurs qui sont dans la peine. - Quelques au­tres points d'observance.

Tenes vostre courage en Dieu, vives saintement en sa Providence, res-jouisses vous d'avoir quelque chose a me riter pour luy, car en cela consiste le vray estat des enfans de sa Bonté.

Quand les filles n'ont que 14 ans, il y a peu a dire pour les recevoir, si d'ailleurs elles sont bien conditionnées ; et quand les filles ont fait leur essay dans la Maison on ne les fait pas sortir pour leur donner l'habit, ains tout cela se fait a la grille, parce qu'il a esté treuvé plus a propos pour eviter la presse et se conformer aux autres.

Pour celles qui ont la voix bonne et en tirent trop de complaysance il sera tres bon de les priver parfois de tenir les premiers rangs en telles charges, si ce sont filles qui ayent l'esprit fort a supporter la mortification; mais neanmoins il y en a auxquelles il est besoin de donner quelque complaisance au chant des Offices pour les y encourager, en les portant tous-jours de referer tout a Dieu en mortifiant la vanité. On ne peut donner une regle absolue sur ce sujet ; le tout depend de la prudence de la Superieure.

Quant a celles qui desirent les premiers rangs et charges parce qu'elles sont anciennes, en cela la Superieure doit faire selon qu'elle le jugera pour le mieux, sans avoir esgard a telles faiblesses ; car c'est en cela ou il faut rompre et mortifier la volonté et propre estime, sans faire semblant de rien. Faire le tout prudemment et suavement ; la Constitution n'est-elle pas pour cela, (const.47) affin de rompre les affections et attachemens aux charges ?

Pour les meres et filles qui sont Religieuses, je vous respons en un mot qu'elles se doivent appeller Seurs tout ainsy comme les autres ; mais je ne treuve pas bon qu'on en reçoive facilement ensemble, si ce n'estoyent filles oufemmes extraordinaires et de grande considération.

Pour les malades qui semblent ne prendre playsir a parler des choses bonnes, il faut en cela suivre la discrétion, car il ne les faut pas importuner, mais suavement leur dire de tems en tems quelque chose de bon, sans faire des longs discours. Et faut qu'en l'infirmerie l'ordre soit de lire au tems de la lecture au moins un quart d'heure ; non pas que les malades le facent, si cela les incommode, mais quelqu'autre en leur presence. Et pour leur traittement, il faut user de prudence pour leur faire recevoir les viandes, sans toutesfois tesrnoigner d'appreuver leur douilletterie, car il faut les gouverner comme malades, et néanmoins, imperceptiblement, les tenir en sousmission et obéissance. Il y en a qui tesmoignent la faiblesse du sexe, car si on les veut un peu tenir en devoir au tems de leurs maladies, elles se mettent au descouragement, s'imaginant d'estre abandonnées de Dieu et des créatures ; que s'il leur semble que la Superieure n'ayt essayé que c'est d'estre malade, elles prendront plus mal ce qui viendra d'elle : et nean- moins le support ne procede que de la grace de Dieu, quoy que l'expérience y serve en quelque façon pour la connoissance de cette infirmité.

Suit maintenant vostre demande, ma Seur, si on peut recevoir des Religieuses d'un autre Ordre ? Il est certain qu'on le peut, pourveu qu'elles ne soyent pas Professes ; si elles le sont, on ne le peut sans dispense de Rome. Pour les recevoir, il leurfaut faire poser leur habit et les faire habiller honnestement et modestement selon leur qualité ; on n'y doit point faire de différence, voire mesme il les faut mieux espreuver que pas un'autre.

Il ne faut pas appeller le medecin que pour la vraye necessité et tous-jours avec dispense pour chaque malade, si ce n'est que l'on fust bien pressé ; l'on ne leur doit parler des filles que fort discrettement et en sorte que la modestie y soit observee.

Touchant les Peres spirituels, il est malaysé d'en donner une regle ; les difficultés que vous aves sceu estre arrivees ailleurs vous ont fait faire cette demande. La prudence est icy grandement nécessaire pour traitter avec eux comme il faut, mais tous-jours avec humilité et douceur, en tenant néanmoins la regle droitte et ferme pour ce qui est de l'observance des Regles et de l'esprit de la Visitation.

Du jeusne, j'approuve grandement que personne ne s'en dispense de soy mesme ; mays si l'on en a besoin, il en faut laisser le soin a ceux qui ont charge de nous. Et si l'on vous remet a vostre choix, prenés le jeusne, car il est mieux de ne flatter pas le cors que de l'attendrir, si ce n'est pour les raysons suivantes : si le jeusne vous rend chagrine ou donne des estourdissemens de teste, ou bien si l'on est travaillé de quelque douleur, il n'y a -point de doute que l'on ne doit pas jeusner si cela accroist la douleur ; car l'Église ordonne le jeusne pour macerer un peu ceux qui sont sensuelz et pour faire pénitence ; mais ceux qui en reçoivent de l'incommodité qui empesche l'esprit de ses fonctions, l'on en peut dispenser, mais non pas de soy mesme. Si en prenant quelque petite chose l'on peut mieux porter le jeusne, l'on le doit faire sans scrupule ; mais si une fille ne peut supporter du fruit ou de la resinee, l'on peut luy donner un oeuf au tems qu'il est permis d'en manger. Mais de manger autant pesant que feroit une poire, il ne seroit pas a propos, d'autant qu'un oeuf est fort leger ; si ce n'est que l'on ne se peust pas passer a sipeu, car alhors l'on peut manger davantage : la discrétion doit gouverner le tout. Il y a plus de perfection a demander ses nécessités que de se laisser a la providence des Superieurs, qui ne doivent pas se lasser a observer celle ci et celle la. La Superieure doit donner rondement et franchement les soulagemens aux Seurs, mais elle les doit rendre simples a les demander. Pour celles qui sont tendres, il faut mespriser leur mal et se moquer d'elles mesmes: mais néanmoins, sil'on connoist qu'elles en ayent nécessité, il les faut soulager gracieusement.

Si une Seur murmurait contre la Superieure, treuvant a redire a ses actions, il ne faudroit en façon quelconque luy en rien tesmoigner ; mais si le murmure estoit d'importance, il faudroit prier une de celles qui les auroit ouy, d'advenir celle qui auroit murmuré, en particulier, sans luy donner a connoistre que la Superieure en sçache rien.

Quand les séculiers parlent a la Superieure de sa charge, il ne faut pas quelle dise beaucoup de paroles d'humilité, mais seulement qu'elle seroit bien ayse qu'on luy enseignast et que l'on ne l'y a mise que pour apprendre.

Il faut, au commencement de sa supériorité, qu'elle soit condescendante a contenter la curiosité des espritz, en leur respondant asses familierement selon les demandes que luy feront les séculiers, et mesrne aux Seurs de dedans, ayant un grand soin de les contenter ; et en cet abord il faut quelle donne une grande estime des Constitutions etqu'elle aye un grand soin de tenir les Seurs dans l'estroitte observance des menües choses, comme de lever ses habitz, fermer les portes apres soy, en leur faysant concevoir la sincérité des Constitutions qui n'obligent point a peché quand il n'y a point de négligence.

Il faut que la Superieure ayt une grande discrétion pour ne pas s'exempter des Offices, estant au parloir, si ce n'est qu'elle soit avec des personnes de respect, ou affligees, ou quelque affaire de la Mayson; alhors il faudroit patienter ; mais les autres, il leur faut dire humblement que c'est l'heurede l'Office ; hors de ce tems la, il s'y faut assujettir autant que l'on le requerra. Elle pourra lever le voyle devant les seigneurs de l'Eglise, devant les Evesques, devant les Princes et grans seigneurs. Il faut entrer au parloir tous- jours le voyle baissé, mesme devant les femmes, et s'il n'y a point d'homme on le peut lever. Il ne faut point donner a manger au parloir et ne toucher que rarement la main des séculiers.

L'on doit prendre garde de ne point rejetter des filles pour des choses legeres ; mais il faut prendre garde aussi de n'en point recevoir de celles qui sont opiniastres et negligentes a se corriger de leurs defautz et tout ensemble malicieuses ; mais si l'on voit qu'elles eussent [assez] de force a se surmonter, il faut alhors user de patience, en leur donnant du tems a se surmonter et corriger. Il ne faut pas que la Superieure s'informe des pechés particuliers lhors que les prétendantes luy rendent conte de l'histoire de leur vie ; la Directrice leur doit apprendre de le rendre ainsy : J'ay esté autrefois adonnee a la vanité, ayant beaucoup perdu de temps a cela ; j'ay esté sujette a la cholere ou a l'humeur melancholique. La Maistresse doit tout dire a la Superieure, quoy que la prétendante ne voulust pas ; mays la Superieure ne doit en façon quelconque en donner rien a connoistre a la Novice de le sçavoir.

L'on peut parler librement aux Peres Jesuites et leur fautdonner une grande confiance, mais avec beaucoup de respect. L'on leur peut mesme parler en particulier, quand quelque Seur en a nécessité.

Il faut exercer les vefves, pour spirituelles qu'elles soyent,

a la simplicité de la Communauté, mesme des exercices intérieurs.

La Superieure doit escouter les peynes abjectes des Seurs comme celle qui n'y pense pas, et pour les Seurs qui en sont en peyne et celles qui ne les disent pas, il faut charitablement leur aller au devant ; tout de mesme a celles qui sont trop tardifves a rendre conte, les attirer doucement.

L'on ne doit laisser lire des livres ou sont des autres Regles, affin que cela ne serve de tentation ; mesme il y en a qui ne permettent pas de lire les Chroniques de saint François a cause de cela.

La Superieure peut donner, s'il y a des commodités a la Mayson. Il faut eviter deux extrémités : d'estre trop liberale et aussi trop retenue. Il sera bon de s'informer s'il y a des pauvres, affin de les assister de quelque chose.

C'est a son choix de rendre conte ou a un Pere, ou au Confesseur, ou a son Ayde, et rien du tout si elle ne veut.

Si le Confesseur demandait souvent de parler a une Seur, il la faudroit mettre en quelque office qui l'occupast, affin d'avoir dequoy s'excuser.

La Superieure, en visitant les lavettes des Seurs, ne doit point lire les lettres du Pere spirituel ni de nostre Mere de Chantal ; mais pour les autres, elle les peut lire si elle veut.

ADVANCE \d8 Revu surun ancien Manuscritconservé à la Visitation de Bourg-en-Bresse.

XLI

FRAGMENTS D'AVIS AUX SUPERIEURES DE LA VISITATION

[1615-1622 [199] ]

Grand honneur d'être appelées à la conduite des âmes ; comment faut-il s'en acquitter ? - Les Supérieures doivent suivre les voies de Dieu et non les leurs. - Qualités de l'homme intérieur. - Comment agir avec les inférieures revéches et orgueilleuses. - Suivre l'esprit de douceur et cultiver surtout les âmes. - Souhaits du Saint aux Supérieures.

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Puisque c'est le haut point de la perfection chrestienne de conduireles ames a Dieu, l'aymant qui a attiré Jesus Christ du Ciel en terre pour y travailler et consommer son oeuvre dans la mort et par la Croix, il est aysé de juger que celles qu'il employe a cette fonction se doivent tenir bien honnorees, s'en acquittant avec un soin digne des espouses de Celuy qui a esté crucifié et est mort comme un Roy d'amour, couronné d'espines, parmi la trouppe de ses esleus, les encourageant a la guerre spirituelle qu'il faut soustenir icy bas pour arriver a la celeste Patrie promise a ses enfans.

Ainsy, mes cheres Filles, celles que Dieu appelle a la conduite des ames se doivent tenir dans leurs ruches mystiques ou sont assemblées les abeilles celestes pour rnesnager le miel des saintes vertus, et la Superieure, quiest entre elles comme leur roy, doit estre soigneuse de s'y rendre presente, pour leur apprendre la façon de le former et conserver. Mais il faut travailler cette oeuvre et cette sainte besoigne avec une entiere sousmission a la sainte Providence, puisant dans le sein du Pere celeste les moyens convenables a cet employ.

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Puisque vous tenes, mes cheres Filles, la place de Dieu dans la conduite des ames, vous deves estre fort jalouses de vous y conformer. Observes ses voyes et non les vostres, soustenant fortement son attrait dans chacune, en leur aydant a le suivre avec humilité et sousmission, non a leur façon, mais a celle de Dieu que vous connoistres mieux qu'elles tant que l'amour propre ne sera pas aneanti, car il fait souvent prendre le change, et tourner l'attrait divin a nos manieres et suites de nos inclinations.

Portes tous-jours a cet effect sur vos levres et par vos langues le feu que vostre ardent Espoux a apporté en terre (Lc 12,49)dans les coeurs, a ce qu'il consomme tout l'homme extérieur, et en reforme un intérieur (Ep 3,16 ;4,22 ; Col 3,8) , tout pur, tout amoureux, tout simple et tout fort a bien soustenir les espreuves et exercices que son amour luy suggereraen leur faveur, pour les purifier, perfectionner et sanctifier.

Mais si quelques unes se rendoyent contraires a cette conduite, vous pourries, prenant sujet de les y exercer, leur faire voir leur ignorance, leur peu de rayson et de jugement de s'amuser auxprésomptions et fauses imaginations que produit la nature depravee; combien l'esprit humain est opposé a Dieu, dont les secretz ne sont revelés qu'aux humbles (Mt 11,25 ; Lc 10,21) ; qu'il n'est pas question, en la Religion, de phi- losophes et de beaux espritz, mays de graces et de vertus, non pour en discourir, mais pour les prattiquer humblement ; leur faysant faire et ordonnant des choses difficiles a faire et comprendre et qui soyent humiliantes, pour les destacher insensiblement d'elles mesmes et les engager a une humble et parfaitte sousmission a l'ordre des Superieures, lesquelles aussi doivent avoir une grande discretion a bien observer le tems, les circonstances et les personnes.

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Serves vous volontier des conseilz, lhors qu'ilz ne seront point contraires au projet que nous avons resolu, de suivre en tout l'esprit d'une suave douceur et de penser plus a l'intérieur des ames qu'a l'extérieur ; car en fin, la beauté des filles du Roy est au dedans ( Ps 44,14), qu'il faut que les Superieures cultivent, si elles n'ont elles mesmes ce soin, crainte qu'elles ne s'endorment dans leur chemin et ne laissent esteindre leurs lampes par négligence ; car il leur seroit dit indubitablement comme aux vierges folles se présentant pour entrer au festin nuptial : je ne vous connois point (Mt 25,11).

Je vous recommande a Dieu pour obtenir ses saintes graces dans vos conduites, affin que, tout a son gré et par vos mains, il façonne les ames, ou par le marteau, ou par le ciseau, ou par le pinceau, pour les former toutes selon son bon playsir, vous donnant a ce dessein des coeurs de peres, solides, fermes et constans, sans omettre les tendresses de meres qui font desirer les douceurs aux enfans, suivant l'ordre divin qui gouverne tout avec une force toute suave et une suavité toute forte (Sg 8,1).

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XLII

AVIS SPIRITUELS A UNE PERSONNE VIVANT DANS LE MONDE

Novembre 1619 – 1622 [200]

Les satisfactions de l'amour-propre et l'exercice de l'amour de Dieu. - Craindre la tentation, c'est ouvrir la porte à l'ennemi ; la confiance en Dieu lui fait peur. - Mépriser les tentations et recourir à la prière. - Pourquoi le démon donne quelqu'apparence de vertu à ceux qui le servent. – " Celuy qui nous a donné la fleur du desir nous donnera aussi le fruit de l'accomplissement. " - Le Sauveur est père par sa providence et mère par son amour. - Un effet de la dévotion qui est selon Dieu. - Exemple du bienheureux Amédée de Savoie et de sainte Paule. - L'amour de Dieu ne trouve jamais qu'on fait trop pour lui.

C'est es choses difficiles, malaysees et desaggreables que nous devons prattiquer la fidelité envers Dieu, laquelle sera d'autant plus excellente que nous aurons moins de choix a ce qui nous sert d'exercice. L'amour propre se contente aucunement entre les souffrances, quand elles sont de son eslection ; l'amour de Dieu s'exerce plus heureusement es sujetz que la Providence divine permet ou ordonne sans nous, mais sur nous et pour nous.

La divine Escriture dit : Celuy qui n'est point esprouvé que sçait il (Ecl 34,9) ? Bienheureux est l'homme qui endure l'essay de la tentation, car apres avoir esté esprouvé par l'Esprit, il recevra la couronne de gloire que Dieu a promise a ceux qui l'aiment (Jc 1,12). Si vostre coeur craint plus la tentation qu'il ne faut, il donne l'ouverture a son ennemy ; comme au contraire, si nous avons une confiance filiale en Dieu et que nous nous retournions de son costé prenant asseurance en sa bonté, l'ennemy craindra de nous tenter, voyant que sa tentation nous donne sujet de nous jetter entre les bras de Nostre Seigneur. Et pour l'ordinaire, la meilleure methode de resister a la tentation, c'est de ne point disputer avec elle, ni mesme s'amuser a regarder les sujetz ; ains il faut, aussi tost qu'onla sent, parler d'autre chose avec Nostre Seigneur ou avec sa sainte Mere, ou avec les Anges et les Saintz, ou avec son ame mesme. Bref, si la tentation est d'une rose, il faut parler d'une violette, et ne point s'estonner de la varieté des pensees, puisqu'il n'est pas requis de les combattre l'une apres [l'autre], ains seulement de les maistriser et desdaigner toutes par un simple retour du coeur a Dieu, a la Majesté duquel on recourt par prieres ; par exemple, de luy dire, en se retournant vers luy : je suisvostre (Ps 118,94), mon Dieu ; hé, que vous estes aymable ! Jesus est bon ; VIVE JESUS ! et semblables paroles. En somme, c'est un bon moyen de vaincre que de ne point regarder l'ennemy, mais tous-jours se retourner devers le bienaymé Amy celeste ; et quoy que nostre ennemy crie et tempeste, il suffit pour le rejetter de ne point respondre, ne point s'amuser a luy et ne point faire semblant de luy. Tandis que l'on dit : Non, on n'est jamais vaincu.

N'estimer rien de soy mesme, sinon seulement parce que nous appartenons a Dieu et sommes a luy, et s'aneantir soy mesme. Helas ! tandis que les ames servent au peché, l'ennemy leur donne quelque apparence de vertu pour quelque particulier sujet, affin de nourrir en elles quelque sorte de presomption et une vayne complaysance en elles mesmes, sans laquelle on ne pourroit gueres demeurer en peché ; car, comme l'on ne peut gueres ressentir de perfection sans humilité, aussi ne peut on long tems demeurer en peché sans la vanité, c'est a dire sans presomption...(Quelques mots manquent ici),.. nous confions en ce grand Salutaire, esperans qu'en sa sayson elle le rendra multiplié. Confions nos bons desirs a Dieu et ne soyons point en anxieté s'ilz fructifieront, car Celuy qui nous a donné la fleur du desir nous donnera aussi le fruit de l'accomplissement pour sa gloire, si nous avons une fidelle et amoureuse confiance en luy.

Soyes toute a Dieu, ma tres chere Fille, penses en luy et il pensera en vous.(B Raym. De Cap., Vie Ste Cath. Sen 1,2). Il vous a tiree a soy affin que vous fussies sienne, et il aura soin de vous. Ne craignes rien, car si les petitz poussins se tiennent asseurés quand ilz sont sous les aisles de leur mere, combien doivent estre asseiirés les enfans de Dieu sous sa paternelle protection ! Derneures donq en paix, ma Fille, puisque vous estes de ces enfans ; et reposes vostre coeur et toutes les lassitudes et langueurs qui vous arriveront, sur la sacree et tres aymable poitrine de ce Sauveur, qui sert a ses enfans de pere par sa providence et de rnere par son doux et tendre et cordial amour. .

La devotion nous aydera beaucoup et nous servira grandement a la vraye perfection. Tout ainsy comme nous aydons aux malades, quand nous les allons visiter, a supporter leur mal en le regrettant et lamentant, de mesme aussi la devotion nous ayde, quand elle est simple et selon Dieu, a supporter plus patiemment les afflictions et tribulations quand elles nous arrivent.

Nous.lisons en la Vie du bienheureux Amedee, (Vie du B.Amédée III duc de Savoie par un Père SJ, Paris,Chappelet 1819, ch 12) que ceuxqui le voyoyent en devotion [disaient qu'il] falloit qu n'eussent point de coeur ou bien [qu'] ilz l'avoyent de roche s'ilz ne l'amollissoyent, a l'heure particulièrement que l'on le voyoit a la Messe ou aux Offices divins, " ou jamais il ne parloit a personne [qu'] a Dieu. La douceur de ses yeux, et ses larmes coulant si doucement sur sa face angelique, les ardens souspirs qui entrecoupoyent ses innocentes prieres, sa modestie en toute sa personne donnoyent de la devotion a tous ceux qui avoyent l'honneur de le voir en ce saint exercice. " Le monde disoit qu' il pleuroit trop. Ouy certes, mais je vous diray de luy ce que disoit saint Hierosme de sainte Paule (Epist.39 ad Paulam, super obitu Blaesilliae filiae, 5) : elle pleuroit trop pour une grande dame," il est " vray, mais les pechés de sainte Paule eussent esté de bien grandes vertus " a d'aucune. " Ainsy le bienheureux Amedee pleuroit trop, donnoit trop aux pauvres, s'humilioit trop, aymoit la solitude trop : soit ainsy, puisque vous le voulés ; mais trois fois et trois fois heureux trop ! et 0 sacrés excès.! ces pechés mortelz eussent esté de grandes vertus aux autres princes.

L' " homme qui ayme Dieu et qui a le coeur vivement frappé " de l'amour de Dieu " ne treuve rien de trop, hormis " le peché, et " Iuy semble de faire tous-jours trop peu pour Dieu qui a fait tant d'exces d'amour et de souffrance pour nous ; " mais nous autres, pour peu que nous fassions, nous pensons encor " avoir fait trop et que Dieu " nous en " doit de reste. " Miserables que nous sommes ! Oh, a Dieu ne playse que cette presomption si vayne nous entre dans la cervelle. Il faut tous-jours bien faire de mieux en mieux, car quand [nous] vivrions les siecles entiers en souffrance et peyne, nous ne pourrions trop faire pour un si bon Dieu qui nous a fait tant de graces et tant de biens. Servons le donq de bon coeur, avec amour ; courons a luy, affin qu'il nous donne sa gloire et la consolation de son Saint Esprit (Ac 9,31), laquelle soit a jamais au milieu de nos coeurs. Amen.ADVANCE \d7

Revu sur un ancien Manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bourges, A, n° 113

XLIII

AUTRES AVIS SPIRITUELS A UNE PERSONNE VIVANT DANS LE MONDE

Novembre 1619-1622

En quoi consiste la simplicité. - Qui ne cherche que Dieu le trouve toujours. - Il faut le chercher par le chemin qu'il nous a marqué. - Ce n'est pas " nostre mal qui nous fait mal ", c'est l'amour-propre. - L'homme simple ne se trouble point. - Exercice d'union à la volonté de Dieu pour le matin, et " acte de reunion " à multiplier dans la journée. - Ne faire aucun acte de piété par manière d'acquit. - Mieux vaut n'entendre qu'une Messe, mais avec attention, que plusieurs avec irrévérence. - Conseil de saint François de Sales aux personnes très occupées. - L'égalité d'esprit est l'un des plus beaux ornements de la vie chrétienne. - Tâcher de l'acquérir en demandant le secours du Saint-Esprit et en se tenant en garde contre la langue.

Nostre Seigneur desire de vous, ma tres chere Fille, une grande simplicité spirituelle et une grande prudence : la simplicité de la colombe et la prudence du serpent (Mt 10,16). Or, la simplicité de la colombe consiste a ne vouloir qu'une seule chose, comme fit cette corneille changee en blanche colombe, je veux dire Magdeleine convertie, qui pour tout ne cherche que son Maistre. Tout ce qui n'est pas Dieu ne luy est rien ; son coeur n'est point sujet au change, car elle rencontre les Anges, elle les quitte sans s'arrester avec eux, pour chercher son Bienaymé crucifié (Jn 20,12). Helas, mais helas ! que faites vous, ma chere Magdeleine ? vous laisses des Anges glorieux pour chercher un mort crucifié. En somme, elle ne cherche que son Maistre.

Ma tres chere Fille, le premier point de la simplicité de l'ame amante gist a ne chercher, a ne vouloir que Dieu. O si nous ne cherchions que cela, que nous serions heureux, car nous le trouverions tous-jours en le cherchant et le chercherions en le treuvant ; nous croiserions d'heure en heure au desir de le treuver, et le trouverions en la perseverance de le desirer. Mais, ce me dires vous, que desiray je sinon luy ? - Escoutes, ma Fille, et consideres le premier point de la simplicité celeste, qui consiste a ne chercher Dieu que par le chemin qu'il nous a marqué ; car qui ne veut pas aller par ou Dieu le conduit ne le treuvera jamais, d'autant qu'il ne le cherche pas simplement. - Et quel est le chemin qu'il vous a marqué, ma tres chere Fille ? Celuy auquel vous estes ; et croyes moy, Dieu conduisit les enfans d'Israel par la voye du desert pierreux, espineux et raboteux. O qu'heureux furent ceux qui ne murmurerent point, car jamais rien ne leur manqua ! O que malheureux furent ceux qui murmurerent, car ilz furent piqués du serpent (Nb 21,5) et eurent, mille angoisses.

Ne gromellons point dans nos coeurs, disant que nostre condition est insupportable. 0 combien de gens changeroyent volontier la leur a la nostre ! Ce n'est pas tant nostre mal qui nous fait mal, comme c'est nostre amour propre qui s'aigrit et inquiete a tout ce qu'il a a contre coeur. Le saint homme Job est moins inquiet entre les incomparables travaux sur son fumier (Jb 2,7), que le roy Achab sur son lit au milieu de son palais (3 R 21,4), et que les mauvais Israelites entre les delices de la manne (Nb 11,4). L'hiver nous nous plaignons du froid et l'esté du chaud ; les mouches nous mettent en peyne sur le chemin ; en fin il n'y a que l'homme simple qui ne se trouble point, car il ne cherche que Dieu par le chemin auquel il est. Nous avons passé plusieurs jours d'extreme ennuy du tems que nous n'estions pas tant a Dieu que nous devions estre, mays nous y remédierons, moyennant son ayde, et commencerons ainsy :

Premierement, le matin, prosternee devant. sa face et l'adorant profondément, vous jetteres vostre pensee a luy et considereres l'éternelle volonté qu'il a d'estre aymé de vous et d'estre uni par charité a vostre coeur, lequel donq vous eslanceres en cette souveraine Bonté et entre les bras aymables de cette sainte volonté. Vous unires la vostre avec icelle de toutes vos forces, par telles ou semblables protestations intérieures : Ouy, mon Dieu, mon ame se sousmet a vostre volonté et veut a jamais demeurer inseparablement unie et sujette a vostre intention. O Seigneur, que je sois donq sauvee, puisque telle est vostre volonté. Que je face a jamais vostre volonté et non la mienne (Lc 22,42). Vous estes le Dieu de mon coeur (Ps 72,26): qu'a jamais mon coeur soit dedié a l'obéissance du vostre, mon Dieu !

Secondement. Cet acte d'union a la volonté de Dieu estant fait au commencement de la journee, il faut souvent faire l'acte de reunion. Je dis de tems en tems, ou plustost de moment en moment, par des fréquentes eslevations de coeur en Dieu et par maniere de repetitions et confirmations de l'union des-ja faitte, comme disant interieurement - Ouy, Seigneur, je demeureray a jamais jointe et unie a vostre sainte volonté. O Seigneur, de grace, que ma volonté soit éternellement et inseparablement vostre. Mesme on peut repeter cet acte de reunion sans rien dire, faysant le signe de la Croix sur le coeur, ou levant les yeux au ciel, ou bien prononçant le sacré nom de JESUS. Et semble bon encores de faire cet acte de reunion au commencement de toutes les prieres qui se prattiquent parmy la journee, comme oyant la sainte Messe, au Benedicite et Graces de table, aux Ave de midi et du soir, apres l'examen, et particulièrement avant la confession, parce qu'il faut prendre soigneusement garde de ne faire aucun acte de pieté par maniere d'acquit, ains avec une serieuse et veritable affection.

Et en suite de cela, il est a noter que nous ne sommes pas obligés sous peyne de peché mortel ni mesme veniel d'ouyr la Messe, si ce n'est les jours de festes et Dimanche, non plus que d'ouyr les prieres extraordinaires du soir ; nous ne sommes point obligés d'ouyr Vespres ni de dire le Benedicite entrant a table, ni Graces en sortant, sous peyne de peché , et pourtant, quand nous faysons ces actes de religion et de devotion, nous sommes obligés de les faire sérieusement et avec reverence. Il vaudroit mieux n'ouyr qu'une Messe et l'ouyr reveremment, que d'en ouyr plusieurs ayant l'esprit distrait, sans attention ni reverence, n'estant pas loysible d'omettre le respect es exercices de religion, pour petitz qu'ilz soyent. C'est pourquoy, ceux qui sont sujetz a beaucoup d'occupations, je leur conseille de faire leurs exercices spirituels courtement, affin qu'ilz les puissent faire plus attentivement, s'y adonnant avec l'esgalité de l'esprit, qui est un des plus illustres ornemens de la vie chrestienne et un des plus aymables moyens pour acquerir et conserver la grace de Dieu, et mesme de bien edifier le prochain ; n'y ayant rien aussi qui detraque tant le bon estat du coeur, ni qui rende plus malaysee la conversation humaine que la bigearrerie de l'ame.

C'est une des plus blasmables conditions des créatures que d'estre immortifiees, c'est a dire d'estre sujettes a estre de différente humeur : tantost chagrine, melancholique, tantost colere, tantost rieux, tantost serieux, tantost censeur ; comme au contraire, c'est une inestimable perfection que d'avoir une humeur douce, esgale et qui face bon rencontre a quelqu'heure et a quelque tems que ce soit. Bien qu'il soit vray qu'il est presque impossible de conserver tous-jours si exactement cet advis parmy l'embarras de cette vie mortelle ; mais du moins il faut tascher d'acquérir ce bien nompareil de l'esgalité, et quand on s'apperçoit d'estre hors du train de la tranquillité, il faut avant toutes choses se mettre en devoir de corriger l'humeur et action contraire, s'humiliant devant le Saint Esprit et demandant son secours, ernpeschant du moinsque, pendant le trouble, la passion ne s'evapore par la langue, ni par les assautz extérieurs.

L'esprit de paix et de tranquillité, suavité et d'esgalité, c'est l'esprit de Dieu et d'édification que je vous souhaite de tout mon coeur, et qu'il demeure a jamais avec vous. Ainsy soit il.

ADVANCE \d4

Revu sur un ancien Manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bourges, A, n° 113.

XLIV

AVIS A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION D'ORLÉANS

[Juin 1620- 1622 [201] ]

Parler très peu de soi-même. - L'affabilité ne doit pas empêcher l'exercice de l'autorité. - La gravité avec les séculiers. - Ne pas cacher le bien qui se fait à la Visitation. - Rapports avec les Carmélites, les Jésuites et les Minimes. - Ce qu'il faut faire au parloir. - La Vie, Passion et Mort de Notre-Seigneur sont les meilleurs sujets d'oraison. - Certaines âmes sont attirées à une plus grande simplicité. - Marque d'une bonne oraison. - Ce que la Supérieure peut permettre. - Discrétion qu'elle doit observer. - Ne rien faire de plus que la Communauté. - La sainte Communion et la reddition de compte. - La charité. - Regarder Dieu.

Maintenant je vous dis : Ne parles que le moins qu'il se pourra de vous mesme ; mays ceci, je le dis tout de bon, retenes le bien et faites y attention. Si vous estes imparfaitte, humilies vous au fond de vostre coeur et n'en parles point ; car cela n'est que l'orgueil, qui fait que vous penses en dire beaucoup, affin que l'on n'en treuve pas tant que vous en dites. Parles peu de vous, mais je dis peu.

Ayes un grand soin de maintenir vostre extérieur parmi vos filles en telle mediocrité entre la gravité et la douceur et l'humilité, que l'on reconnaisse que si bien vous les aymes tendrement, que vous estes aussi la Superieure; car il ne faut pas que l'affabilité empesche l'exercice de l'authorité. J'appreuve fort que les Superieures soyent Superieures, se faysant obeir, pourveu que la modestie et le support soyent observés.

Ayes envers les séculiers une sainte gravité ; car tandis que vousestes jeune, il faut observer soigneusement cela. Que vostre rire soit moderé, et mesme envers les femmes, avec lesquelles on peut avoir un peu plus d'affabilité et de cordialité. Il ne faut pas entendre par cette gravité qu'il faille estre severe ou renfrognes ; car il faut conserver tous- jours une gracieuse serenité. Devant les jeunes gens, quoy que de profession ecclésiastique, ayes pour l'ordinaire vos yeux rabaissés, et soyes courte en paroles avec telles gens, observant tous-jours de proffiter a leurs ames, en faysant voir la perfection de vostre Institut. Je ne dis pas la vostre, ains celle de vostre Institut, non en paroles, que fort simplement, ne le loüant que comme on parle un chacun de soy mesme, ou de ses parens, c'est a dire courtement et simplement.

Loües grandement les autres Ordres et Religions, et le vostre au dessous des autres choses, bien que vous ne devies pas cacher que vous vives paisiblement, et disant, quand l'occasion s'en presente, le bien qui se fait, simplement.

Faites tous-jours grand cas des Seurs Carmelites, et vous entretenes en leur amitié par tout ou vous seres, tesmoignant tous-jours que vous en faites grande estime et que vous les aymes chèrement.

Entretenes vous fort avec les Peres Jesuites et communiques volontier avec eux, comme aussi les Peres de l'Oratoire et les Peres Minimes ; prenes conseil d'eux tous ou vous en aures besoin, et particulièrement des Peres Jesuites.

Ne soyes pas du tout tant retenue a relever le voile comme les Seurs Carmelites, mais pourtant uses de discretion pour cela, faysant voir, quand vous le leveres, que c'est pour gratifier ceux qui vous parlent ; observant de ne gueres vous avancer des treilles, ni moins d'y passer les mains que pour certaines personnes de qualité qui le desirent.

Pour ce qui. est de l'orayson, il faut que vous observies de faire que les sujetz sur quoy on la fera soyent sur la Mort, Vie et Passion de Nostre Seigneur ; car c'est une chose fort rare que l'on ne puisse proffiter sur la considération de ce que Nostre Seigneur a fait. En fin, c'est le Maistre souverain que le Pere eternel a envoyé au monde, pour nous enseigner ce que nous devons faire : et partant, outre l'obligation que nous avons de nous former sur ce divin Modele pour ce sujet, nous devons grandement estre excités a considerer ses oeuvres pour les imiter, parce que c'est une des plus excellentes intentions que nous puissions avoir pour toutce que nous avons a faire et que nous faysons, que de les faire parce que Nostre Seigneur les a faites, c'est a dire prattiquer les vertus parce que Nostre Seigneur les a prattiquees et comme il les a prattiquees. Ce que pour bien comprendre, il faut fidellement peser, voir et considérer dans ce : " Parce que nostre Pere l'a fait en telle façon je le veux faire, " en enclosant l'amour envers nostre divin Sauveur et Pere tres aymable ; car l'enfant qui ayme bien son bon pere a une grande affection de se rendre fort conforme a ses humeurs et de l'imiter en tout ce qu'il fait.

Il se peut faire pourtant qu'il y ayt certaines ames exceptees lesquelles ne peuvent s'arrester ni occuper leur esprit sur aucun mistere ; elles sont attirees a une certaine simplicité devant Dieu, toute douce, qui les tient en cette simplicité, sans autre considération que de sçavoir qu'elles sont devant Dieu et qu'il est tout leur Bien, demeurant ainsy utilement. Cela est bon; mais il me semble qu'il est asses clairement dit dans le livre de l'Amour de Dieu, ou vous pourres avoir recours, si vous en aves besoin, et aux autres qui traittent de l'orayson.

Mais, generalement parlant, il faut faire que toutes les filles, tant qu'il se peut, se tiennent en l'estat et methode d'orayson qui est la plus seure, qui est celle qui tend a la reformation de vie et changement de moeurs, qui est celle que nous disions premièrement, qui se fait autour des mysteres de la Vie et de la Mort de Nostre Seigneur. Et il ne faut pas tous-jours croire les jeunes filles qui ne font que d'entrer en Religion, quand elles disent qu'elles ont de si grandes choses ; car bien souvent ce n'est que tromperie et amusement. C'est pourquoy il faut les mettre au train et aux mesmes exercices que les autres ; car si elles ont une bonne orayson, elles seront bien ayses d'estre humiliees et de se sousmettre a la conduitte de ceux qui ont du pouvoir sur elles. Il y a tout a craindre en ces manieres d'oraysons relevees ; mais l'on peut marcher en asseurance dans la plus commune, qui est de s'appliquer tout a la bonne foy autour de nostre Maistre pour apprendre ce qu'il veut que nous fassions.

La Superieure peut, en quelque grande et signalee occasion, faire faire deux ou trois jours de jeusne a la Communauté, ou bien seulement aux filles qui sont plus robustes ; faire quelque discipline, plus librement que de jeusner, car c'est une mortification qui ne nuit point a la santé, et partant, toutes la peuvent faire en la sorte qu'on la fait ceans. Mais il faut tous-jours observer de n'introduire point les austérités en vos Maysons; car ce seroit changer vostre Institut, qui est principalement pour les infirmes.

La Superieure doit sans doute de tems en tems visiter les cellules des Seurs pour empescher qu'elles n'ayent rien en propre ; mais pourtant il faut faire cela si discrettement, que les Seurs ne puissent point avoir de juste rayson de penser que la Superieure ayt quelque desfiance de leur fidelité, soit en cela, soit en autre chose. Car il le faut tous-jours observer discrettement, ne les tenant ni trop resserrees ni trop en liberté ; car vous ne sçauries croire combien c'est une chose nécessaire de se tenir en cet entredeux.

Pour moy, j'appreuverois fort que vous ne fissies rien que de suivre simplement la Communauté en toutes choses, soit aux mortifications, ou en quoy que ce soit. Il me semble que ce devroit estre la prattique principale d'une Superieure que d'aller devant ses filles en cette simplicité, quede ne rien faire ni de plus ni de moins qu'elles font ; car cela fait qu'elle est grandement aymee, et qu'elle tient merveilleusement l'esprit de ses filles en paix. J'ay grandement envie que l'histoire de Jacob soit tous-jours devant vos yeux, affin de faire comme luy, qui ne vouloit pas seulement s'accommoder au pas de ses enfans, mais encor a ceux-la mesme de ses aigneletz (Gn 33,13).

Et quant a ce qui est de la Communion, je voudrois que l'on suivist l'advis des confesseurs ; quand vousaves envie de communier quelquefois extraordinairement, que vous prissies leurs advis. Pour communier une fois toutes les semaines de plus que la Communauté, vous le pouves bien faire, et a vostre tour comme les autres ; et mesme pour communier plus souvent extraordinairement. Vous feres ce que ceux quiauront soin de vous trouveront bon, car il leur faut laisser conduire cela.

Il sera bon, ma chere Fille, que vous vous assujettissies a rendre conte tous les mois, ou les deux ou trois mois, si vous voules, au confesseur extraordinaire, ou mesme au confesseur ordinaire, s'il est capable, ou tel autre que vous jugeres ; car c'est un grand bien que de ne rien faire que par l'advis d'autruy.

Il ne me semble pas que vous devies maintenant faire plus d'attention sur aucune autre prattique que sur celle de la tres sainte charité a l'endroit du prochain, en le supportant doucement et le servant amoureusement ; mais en sorte que vous observies tous-jours de conserver l'authorité et gravité de Superieure, accompagnée d'une sainte humilité.

Quand vous aures jugé que quelque chose se doit faire, marches seurement et sans rien craindre, regardant Dieu le plus souvent que vous pourres. Je ne dis pas que vous soyes tous-jours attentive a la presence de Dieu, mais que vous multipliies le plus qu'il se pourra les retours de vostre esprit en Dieu. [202]

ADVANCE \d4 XLV

AVIS SPIRITUELS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION [203]

(INÉDIT)

Marcher dans la vertu sinon toujours avec joie, du moins avec courage. - La statue dans sa niche. - Ne soyons pas des anges, mais de petits poussins. - Nous n'avons pas à craindre le jugement du monde. - Nos misères ne nous doivent pas accabler ni étonner.- Quel est, parmi les pauvres, " le plus advantagé "? - Parlons à Dieu de nos misères. - Ne pas insulter notre coeur et ne pas trop le presser. - Dieu seul doit y régner. - Le réjouir et le consoler. - La couche de l'Epoux, et l'agneau de l'holocauste. - Recevoir Jésus- Christ : le plus grand moyen d'arriver à la perfection. - Ne pas quitter la sainte Communion pour les distractions et aridités. - Le divin Maître est Roi, soleil, fournaise, baume, trésor, gage de la gloire. - Aspirer à l'éternité qui approche.

Ma Fille, demeures en paix devant Nostre Seigneur, ne vous embarrasses pas. Pourveu que vous marchies dans le chemin de la vertu, quoy que lentement, vous ne laissées pas d'arriver a vostre but. Alles donq avec joye ; mais si vous ne pouves marcher dans la carriere tous-jours avec joye, faites le au moins avec courage, et confies vous en Dieu. Faites comme ces enfans qui veulent marcher; mais des aussi tost qu'ilz font quelque faux pas, ilz courent a leurs meres, ilz se jettent entre leurs bras et sur leur sein et s'y tiennent attachés.

Travailles a l'acquisition des vertus de bonne foy, sans vous embarrasser; laisses vous gouverner a Dieu, serves le selon son goust et non selon le vostre, regardes que c'est luy qui vous a placee ou vousestes. Tenes vousdonq comme unestatue dans sa niche ; vous estes la pour luv plaire, cela vous doit suffire ( TAD liv 6 ch 11). Nostre divin Maistre, de tems en tems, vous regardera et jettera les yeux sur vous. Ne desires point estre autre que vous estes, car si vostre soleil semble s'ecclipser, il reviendra bien tost et vousesclairera de nouveau.

Tasches d'acquérir la perfection qui est propre a cette vie. Ne veuillons pas estre trop tost des anges ; soyons de petitz poussins sous l'aisle de nostre mere, car nous ne sçaurions pas encores voler. Prattiquons les petites vertus qui nous sont propres et qui n'ont pas tant d'esclat ; res- jouissons nous de nostre propre abjection. Il faut treuver bon que nostre parfum sente mauvais au nez du monde ; ne craignons point le jugement qu'il fait de nous, ne nous abbattons point, car tant que Dieu nous voudra bien faire la grace de nous tenir de sa main en nous conservant le desir que nous avons de l'aymer, nous n'avons rien a craindre.

Il ne faut pas aymer nos imperfections, ouy bien l'humiliation qu'elles nous causent. Il ne faut pas se laisser troubler et accabler dans nos miseres, il faut tascher d'en sortir avec paix. Cher mespris, que mes imperfections et defautz m'apportent, je vous ayme; je deteste le mal, et me res- jouis de la honte. Il faut, en cette vie, se porter, et avec tranquillité. Mais qu'est ce que nous portons quand nous nous portons nous mesme ? C'est rien qui vaille ; il ne faut pas que cela nous estonne.

Dieu ayme les misérables, il regarde ceux qui ne sont rien ; les chetifz et personnes abjectes deviennent le throsne de Dieu (Ps 112,6) ; il establit son siege sur une ame qui est vile. Confessons donq nostre pauvreté. Res-jouisses vous, ma Fille, de n'estre rien, monstres luy vos playes, exposes luy vostre indigence. Parmi les pauvres du monde, celuy qui n'a que des haillons a faire paroistre et des playes a monstrer s'estime le plus advantagé, esperant que, par la descouverte de sa pauvreté, il recevra de plus grandes aumosnes. Tenons nous dans cette disposition devant Dieu ; ne luy parlons que de nos miseres, allons a son temple sacré luy exposer ce que nous sommes (Ac 3,2), mais ne nous abbattons pas.

Releves vostre pauvre coeur quand il tombe, gardes vous d'insulter en son endroit ; prenes nouveau courage, car si vous tombes souvent, vous vous releves aussi souvent sans vous en appercevoir. Ne presses pas vostre coeur, tenes le au large, puisqu'il aymeroit mieux mourir que d'offenser son Dieu. Il faut aussi plustost perdre toutes choses que la paix. Marches donq simplement, et vous marcheres avec joye et confiance (Pr 10,9) ; tenes vostre coeur au large, et ne le presses pas trop. Soyes juste envers vostre ame, pour ne la pas accuser ni excuser trop legerement : l'un pourroit la rendre orgueilleuse, et l'autre la faire devenir pusillanime.

Tant que nous serons ferme dans nostre résolution que Dieu regne dans nostre coeur, ne craignons point. Ouv, ma Fille, ou la mort ou l'amour ; il faut aymer ou mourir : que Dieu seul y vive, ou rien du tout. Et tant que ce sentiment sera bien gravé dans nostre coeur, pourquoy nous tourmenter ? Ne voyes vous pas que c'est l'amour propre qui se mesle subtilement de nous donner la torture ? Je vous exhorte encor une fois de tenir vostre coeur au large ; Dieu mercy, il se porte bien, puisque l'amour l'anime et quil veut tous-jours aymer.

Res-jouisses donq, ma Fille, vostre pauvre coeur ; consoles le dans ses tristesses, fortifies le dans ses travaux, recrees le dans ses ennuis, consoles le dans ses angoisses, affin que n'estant point abbattu, il ressente un nouveau courage pour servir Dieu. C'est en cette considération que je vous prie de le tenir le plus joyeux que vous pourres ; mesnages le, affin quil fasse de grans progres. Songes que l'Espoux a choysi ce coeur pour en faire son lit de repos; il faut qu'il soit fleuri (Ct 1,15). Ce doit estre aussi l'aigneau que vous deves offrir en holocauste et que vous deves aussi immoler a Nostre Seigneur ; il faut qu'il soit gras et en bon point. Vous sçaves que Dieu reçoit avec playsir l'offrande qu'on luy fait d'une franche volonté (Ecl 35,11 ; 2 Co 9,7).

Alles librement, ma chere Fille, vous consacrer a nostre divin Sauveur ; donnes luy le sacré bayser de la charité (Ct 1,1), et continues tous-jours a vous humilier profondément, affin que vous l'approchies sans crainte ; car je croy que le plus grand moyen pour arriver a la perfection est de recevoir Jesuschrist, pourveu qu'on ayt soin de destruire tout ce qui peut luy desplaire. Croyes moy, ma Fille, rien ne me fortifie plus l'estomac que de ne manger que d'une viande qui soit excellente ; nourrisses vous donq de la viande des Anges. Il vous fera faire une bonne digestion de luy mesme, il.se communiquera a toutes vos puissances, il agira en vous, il y operera ; ce sera luy quiesclairera vostre esprit, qui eschauffera vostre volonté, et ne sera plus vous qui vivres, ce sera Jesuschrist en vous (Ga 2,20). Et pour recevoir cette grace, il faut nous repaistre de Jesus christ crucifié ; c'est luy qui eschauffera et fortifiera l'estomac de nostre ame, et qui nous preparera et rendra dignes de le recevoir souvent.

Ne quittez donq pas vos Communions pour les peynes et faiblesses que vous sentes, quoy que vous soyes distraitte et que vous soyes en sécheresse. Tout cela n'est que dans la partie inférieure, car je sçai que la supérieure est unie a Dieu et ne souspire que pour luy. Et puisque vous cherches nostre divin Maistre, ou le pouves vous mieux treuver que dans le throsne de son amour ? Il veut estre nostre Roy : et ainsy il nous donnera la paix, il fera cesser la guerre, il mettra le calme dans nos puissances et nous fera recueillir.

Ne vous esloignes pas de vostre Soleil si vous voules estre esclairee. C'est une fournaise d'amour ou nos tiedeurs seront consumées, c'est un bausme pretieux qui guerira nos blesseures, c'est en fin un thresor de toutes les graces qui vous enrichira. Si vous estes dure, vous seres amollie ; si vous estes seche, vous seres arrousee ; si vous estes en tristesse, il sera vostre joye. Bref, Jesuschrist, dans ce divin Sacrement, vous veut estre toutes choses : c'est cette tablette cordiale que vous deves prendre, affin de vous conforter et de vous préserver de la corruption. En fin, ce divin Sauveur veut bien estre le gage de la gloire qu'il nous a promise.

Hastons nous d'aspirer a cette bienheureuse eternité ; elle s'approche, le tems passe. Hé, quil importe peu, ma Fille, que les momens de cette vie soyent fascheux, pourveu qu'a jamais nous louionset bénissions Nostre Seigneur.

Tasches ma chere Fille, de faire une bonne provision de sousrnission a la sainte volonté de Dieu. Amen

ADVANCE \d6

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

XLVI

AUTRES AVIS SPIRITUELS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION [204]

(INÉDIT)

ADVANCE \d7Trésor de l'abandon total à Dieu. - Bonheur d'une âme petite et humble. - Les emplois dans la maison du Seigneur. - Tout est indifférent au coeur qui ne veut que Dieu. - Dans les choses qui ne sont pas clairement manifestées, interroger nos Supérieurs et suivre leurs avis. - Suavité des inspirations divines ; trouble et inquiétude en celles qui viennent du démon. - L'humilité change en or le plomb de nos infirmités. – " Mesnager les petites rencontres ". - Bienheureuse est l'âme dépouillée de toutes choses. - Ce qui nous empêche de nous jeter à corps perdu entre les bras de la providence. - Dieu n'est pas comme les hommes. – " Ayrner sans mesure l'Amour eternel."

Ma chere Fille, si vous connoissies le thresor qui est enfermé dans l'abandon total que I'ame fait de tout elle mesme entre les mains de Dieu pour ne plus vouloir que ce qui luy plaist, vous souspireries apres cet estat, et vous ne souhaitteries rien que d'estre ce que Dieu veut que vous soyes. Que les autres soyent eslevés comme des Seraphins ; mon partage est de me tenir petite et humble aux pieds de mon Sauveur ; hé bien, je veux m'y tenir contente. Laissés la tous les raysonnemens et tous les desirs que vostre pauvre coeur voudroit vous suggerer pour sortir de cet estat. Croyes moy, que dans la mayson du Seigneur les emplois les plus vilz ne sont pas les moins advantageux ; mais le coeur qui est indifférent dit mesme qu'il ne peut pas envi- sager les advantages qui s'y treuvent. Je sçay que c'est mon Dieu, qui m'ayme, qui m'a choysi cest employ et cette maniere de vie ; je ne veux plus envier l'excellence des autres, mais je veux me perfectionner sans empressement et sans inquiétude. Si je tombe, je ne m'abattray pas, car le Tout Puyssant me peut relever ; si je suis dans l'obscurité, le Seigneur est ma lumiere, que craindray- ie ?(Ps 26,1) En fin, ni le ciel, ni la terre, ni mesme l'enfer ne me peuvent oster mon Dieu (Rm 8,38). Je ne souhaitte que luy : tout m'est indifférent ; je veux aymer toutes choses en Dieu et pour Dieu ; j'iray avec luy a la bonne foy, sans trop critiquer. Je veux luy obeir dans ce qu'il me demande, mais pour connoistre sa volonté dans une infinité de choses qui ne me sont pas clairement manifestées, je ne veux point donner la torture a mon pauvre coeur, ni les examiner avec scrupulosité ; je m'en tiendray a ce que me diront ceux que Dieu a establis pour me conduire et, en paix, je tascheray a suyvre ses inspirations.

Remarqués que lhors qu'elles viennent du Seigneur, c'est avec douceur et suavité qu'elles nous portent au bien, et nous sommes indifferens du succes, parce que, pourveu que nous ayons fait de nostre costé ce qu'il demande de nous, nous demeurons en paix. Au contraire, le malin esprit nous suggere des desirs des vertus avec aspreté, inquiétude, chagrin et empressement ; si nous treuvons quelqu'obstacle, tout a l'heure nous sommes troublés, nous nous empressons. Ne sçaves vous pas, ma Fille, que nostre Dieu est le véritable Salomon qui veut se reposer dans nostre coeur ? Il est bon ; si nous pouvons le placer dans le Ciel, nous ne nous troublerons pas des accidens de cette vie.

Ne nous affligeons pas si nous sommes appesantis par le poids de nos mauvaises inclinations; aymons l'abjection qui nous en revient. Vous ne sçaves pas la force de l'humilité qui change en or tres pur le plomb de nos infirmités, laquelle sainte métamorphose opere dans l'ame cette vertu. Faites que ce bausme salutaire nage tous-jours dans vostre ame.

Ayes tous-jours une grande douceur et affabilité ; vous sçaves que l'affabilité est la cresme de la charité. Ayes soin de mesnager les petites rencontres que Dieu vous presente, mettes en cela vostre vertu, et non pas a desirer de grans travaux ; car souvent on se laisse abbattre par un mouscheron quand on combat des monstres par imagination.

Ne vous inquietes point dans la veuë des maux et des peynes qui vous peuvent arriver ; car le Seigneur ne permettra pas qu'ilz vous arrivent, ou il vous donnera la force de les porter, s'il vous les envoye. Laisses vostre ame et vostre cors entre ses benites mains, abandonnes vous a luy, perdes vous en luy, n'aymes que luy, ne veuilles que luy, et que toutes choses hors de luy vous soyent indifférentes ; et vous connoistres dans le Ciel que bienheureuse est l'ame qui a vescu dans ce monde despouillee de toutes choses, et qui a rendu hommage au grand despouillement et a la nudité de son Espoux attaché a la croix, et mourant, affin d'enrichir et de revestir ses espouses bienaymees.

Pour affermir nostre amour pour nostre souverain Bien, resveillons nostre foy ; car la prudence de la chair et les raysonnemens de nostre esprit nous nuysent souvent et nous empeschent de nous jetter a cors perdu entre les bras de la divine Providence. Nous croyons, parce que nous ne valons rien, que le Seigneur n'aura point soin de nous : ne voyes vous pas la finesse de la prudence humaine qui nous trompe en nous faysant sortir de l'estat, d'une parfaitte confiance ? Ne faysons point ce [ tort ] a sa divine Majesté de raysonner si bassement ; Dieu n'est pas comme les hommes, qui ne font cas que de ce qui peut leur estre utile. Je sçay, dira une ame fidele, que la foy m'enseigne que le Seigneur supporte et reçoit les foibles et les misérables qui se confient en luy : je veux donq m'y confier et abandonner.

C'est dans la sainte dilection, ma chere Fille, quil faut bastir nostre demeure ou tabernacle, car il n'y a rien de bon pour nous que d'aymer sans mesure l'Amour eternel. Presses fort, mùa chère Fille, ce divin Sauveur sur votre coeur : c'est luy qui l'a scellé et cachetté (Ct 8,6), affin qu'il soit tout sien. Amen

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy

XLVII

FRAGMENTS SUR LA PAUVRETÉ [205]

(INÉDIT)

En quoi consiste la parfaite pauvreté intérieure. - Comment regarder les biens dela Communauté. - Accepter avec amour les disettes. - Trois degrés de la pauvreté spirituelle. - La grande et sainte pauvreté-. Quel en est le dernier degré. - Celui qui n'a aucune confiance en soi-même est vraiment fidèle.

ADVANCE \d7 La parfaitte pauvreté intérieure consiste a avoir le coeur destaché et disjoint de toutes les choses dont il se sert, ne les tenant que par emprunt, estant prest de les quitter sans fascherie, toutes fois et quantes que les Superieurs l'ordonneront. Ainsy, ceux qui ont le vray amour divin sont contens des choses nécessaires ; et encor en sont ilz destachés non seulement d'affection, mais aussi en la façon d'en parler, n'usant point du mot de mien, mais nostre. [C'est] avec la mesme modération qu'il faut aymer les biens de la Communauté, les regardant non avec une affection propriétaire qui nous oste la paix du coeur ou nous desregle en la prétention, conservation ou distribution d'iceux, ains avec un esprit religieux, comme choses consacrées a Dieu, lesquelles il ne faut aymer que selon le goust du Seigneur a qui elles sont consacrées.

La pauvreté religieuse engendre pauvre table, pauvre lict, pauvres habitz et pauvre cellule. Cela doit sembler nécessaire, dont nous ne sçaurions nous passer commodement; tout le reste doit estre retranché, autant que nous pourrons. Il se faut mesme retrancher quelquefois des choses mesme nécessaires ; mays sur tout accepter avec amour tous les manquemens des choses nécessaires qui nous arriveront, de quelque part qu'ilz viennent, recevant aussi de bon coeur les choses pauvres qui nous arriveront, en quoy que ce soit.

Par dessus toute pauvreté, il nous faut avoir celle du coeur, qui nous rend humbles et petitz a nos yeux. La pauvreté spirituelle, c'est l'abandonnement de toutes choses, le mespris de soy mesme et la renonciation de toutes choses et de la propre volonté en toutes choses :. ces trois degrés sont les enseignemens de la vraye Religion. Ne se vanter jamais de ce que l'on a esté au monde, n'en vouloir estre loüé ni estimé ; fuir cela tant qu'il se peut, craignant que nostre pauvreté n'en soit plus prisee, c'est imiter la souveraine humilité de Nostre Seigneur. Il faut fuir tout ce qui est d'honnorable.

La grande et sainte pauvreté est de reconnoistre que nous n'avons rien [et]ne pouvons rien de nous mesme que misere. Je suis mendiant et pauvre : mon Dieu, aydes moy (Ps 39,18 ; 69,6). Il est bon de regarder nostre bassesse en comparayson de la sainteté des Saintz, qui se tenoyent pour rien.

Le dernier degré de la pauvreté c'est l'absolu renoncement de sa propre volonté, se conformant en toutes choses a celle du prochain, et ne vouloir chose quelconque sinon Dieu et l'accomplissement de son bon playsir.

Bienheureux le pauvre, car il se reposera au sein de Dieu. Ayes fiance en Dieu (Ecl 11,22), mettes vous en sa garde, dresses vers luy vostre pensee, et il vous nourrira (Ps 54,23 ; 1 P 5,7). Affin qu'en fidelité vous puissies dire : Le Seigneur a soin de moy (Ps 39,18), mettes tout vostre soin vers luy, car il a soin de vous.

Se fier en soy mesme n'est point le propre de la foy, mays de la perfidie. Celuy la est vrayement fidele qui ne se fie ni a aucune confiance en soy, qui s'est rendu comme un vaysseau corrompu et qui perd tellement son ame, qu'il la veut conserver pour la vie éternelle (Mt 10,39 ; Lc 9,24 ; 17,33). La seule humilité de coeur est cause que l'ame ne se fie pas en elle mesme ; mais la tenant en abandon, se retire au desert, se reposant toute sur son Bienaymé (Ct 8,5).

Revu sur un ancien Manuscrit conservé à la Visitation de Nancy.

XLVIII

FRAGMENTS SUR L'OBÉISSANCE

(INÉDIT)

L'obéissance religieuse est un holocauste. - Devoir du Supérieur et de l'inférieur. - Qu'est-ce que le propre jugement ? - L'indifférence du parfait obéissant.

Saint Pierre dit (1 P 2,13) : Sousmettes vous a toutes créatures humaines pour I'amour de Dieu. L'obeissance religieuse est un holocauste qu'on offre a Dieu, sans se rien reserver de sa propre volonté. L'obeissance est la supresme et unique vertu. Saint Bernard dit:(De praeceptis 5 et 6) : " Que le Prelat ne commande a sa poste, ains selon la Regle ;.. qu'il n'accroisse les voeux sans la volonté du sujet, qu'il ne les diminue aussi que par nécessité ; " mais " que le sujet sçache que l'obéissance est imparfaite qui se renferme dans les bornes des voeux, car la parfaite s'estend a toutes choses auxquelles la charité se treuve." Saint Bernard dit (id 9) : " Celuy que nous avons pour Superieur au lieu de Dieu, nous le devons ouyr comme Dieu mesme, es choses qui ne sont apertement contre Dieu. "

Il faut obeir par la sousmission du jugement. L'on appelle jugement propre celuy qui se separe du sens de l'Église, des Prelatz et Superieurs ; celuy qui se despart du sens de l'Église, des Prelatz, des Superieurs est en erreur.

L'indifference consiste a n'incliner pas plus d'un costé que d'autre ; de sorte que le parfait obéissant, encor qu'il soit resolu d'accomplir tout ce qui sera de precepte, de Regle, d'ordonnance, il est indifférent a tout le reste, ayant tous- jours au coeur et en la bouche : Seigneur, que voules vous que je face ( Ac 9,6

Revu sur un ancien Manuscrit conservéàla Visitation de Nancy.

XLIX

CONSEILS A UN RELIGIEUX POUR L'EXAMEN DE CONSCIENCE [206]

Mon Filz, si vous desires faire quelque progres en la per­fection religieuse, consideres Dieu tous-jours present en toutes vos actions, et ne manques point de faire troys fois le jour l'examen de vostre conscience.

Le matin, consideres comment est ce que vous aves passé la nuit; prevoyes avec prudence comment est ce que vous employeres ce jour au service de Dieu.

Sur le midy, faites une reflexion sur toutes vos actions, si vous aves mis en execution. les bons propos qu'aves fait le matin, si vous aves surmonté vos passions, fait toutes vos œuvres avec une pureté d'intention et donné bon exem­ple a vos Freres.

Le soir, ne manques point de faire encor une reveüe, pour voir si vous seres plus souvent tombé aux imperfections que vous aves remarqué en vous sur le midy, ou si vous aves esté plus prompt a l'exercice de la vertu. Conferes les ac­tions d'un jour avec un autre, pour voir si vous proffites ou si vous retournes en arriere, taschant de reconnoistre l'im­perfection principale, qui est comme la source et origine de tous vos manquemens, affin que vous la puissies peu a peu surmonter.

L [207]

MÉDITATION SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE POUR UN ASPIRANT A LA VIE RELIGIEUSE

Bonté de Dieu qui se contente de nous obliger à garder ses Commandements. - Ce qu'il nous conseille. - Toujours nous aurons à combattre. - Consolations de la vie religieuse et de la " vie commune ". - Examiner ses dispositions et attendre.

ADVANCE \d8 O que Dieu est bon a son Israël ! Qu'il est bon a ceux qui sont droitz de coeur (Ps 72,1)! Consideres premièrement, que Nostre Seigneur ayant peu obliger ses créatures a toutes sortes de services et obeissances envers luy, il ne l'a pas néanmoins voulu faire, ains s'est contenté de nous obliger a l'observation de ses Commandemens ; de maniere que s'il luy eust pleu d'ordonner que nous jeusnassions toute nostre vie, que nous fissions tous vie d'hermites, de Chartreux, de Capucins, encor ne seroit ce rien au respect du grand devoir que nous luy avons : et néanmoins, il s'est contenté que nous gardassions simplement ses Commandemens.

Consideres secondement, qu'encor qu'il ne nous aye point obligé a plus grand service qu'a celuy que nous luy rendons en gardant ses Commandemens, si est ce qu'il nous a invités et conseillés a faire une vie tres parfaite, et observer l'entier renoncement des vanités et convoytises du monde.

Consideres troysiesmement, que, soit que nous embrassions les conseilz de Nostre Seigneur nous rangeant a une vie plus estroitte, soit que nous demeurions en la vie commune et en l'observance seule des Commandemens, nous aurons en tout de la difficulté : car si nous nous retirons du monde, nous aurons de la peyne de tenir perpétuellement bridés et sujetz nos appetitz, renoncer a nous mesmes, re- signer nostre propre volonté et vivre en une tres absolue sujettion sous les loix de l'obéissance, chasteté et pauvreté ; si nous demeurons au chemin commun, nous aurons une peyne perpétuelle a combattre le monde qui nous environnera, a resister aux fréquentes occasions de pecher qui nous arrivent, et a tenir nostre barque sauve parmi tant de tempestes.

Consideres quatriesmement, qu'en l'une et en l'autre vie, servant bien Nostre Seigneur nous aurons mille consolations. Hors du monde, le seul contentement d'avoir tout quitté pour Dieu vaut mieux que mille mondes ; la douceur d'estre conduit par l'obeyssance, d'estre conservé par les loix, et d'estre comme a couvert des plus grandes embusches, sont de grandes suavités : layssant a part la paix et tranquillité qu'on y treuve, le playsir d'estre occupé nuit et jour a l'orayson et choses divines, et mille telles delices. Et quant a la vie commune, la liberté, la varieté du service qu'on peut rendre a Nostre Seigneur, l'aysance de n'avoir a observer que les Commandemens de Dieu, et cent autres telles considérations la rendent fort délectable.

Sur tout cela : Helas ! dires vous a Dieu, Seigneur, en quelle condition vous serviray-je ? Ah ! mon ame, ou que ton Dieu t'appelle, tu luy seras fidele : mais de quel costé t'est il advis que tu ferois mieux ?

Examinés un peu vostre esprit pour sçavoir s'il sent point aucune inclination plustost d'un costé que d'autre, et l'ayant descouvert, ne faites encor point de résolution, ains attendes jusques a ce qu'on vo us le dise.

LI

AUTRE MÉDITATION POUR LE MÊME ASPRANT SUR LA NAISSANCE

DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

L'arrivée de Marie et Joseph à Bethléem ; ils reçoivent le mépris avec une douceur incomparable. - Le moindre oubli excite notre arrogance. - L' " establerie " pour le Sauveur, et " les superbes edifices " pour les pécheurs. - Tout est pauvre dans cette naissance et nous ne cherchons qu'à nous satisfaire.

Imagines vous de voir saint Joseph avec la sainte Vierge, sur le point de son accouchement, arriver en Bethleem et chercher par tout a loger, sans treuver aucun qui les veuille recevoir (Lc 2,7). O Dieu, quel mespris et rejet le monde fait des gens celestes et saintz, et comme ces deux saintes ames embrassent volontier cette abjection ! Ilz ne s'eslevent point, ilz ne font point de remonstrances de leur qualité, mais tout simplement reçoivent ces refus et aspretés avec une douceur nompareille. Ah ! misérable que je suis ! le moindre oubli que l'on fait de l'honneur pointilleux qui m'est deu, ou que je m'imagine m'estre deu, me trouble, m'inquiete, excite mon arrogance et ma fierté ; par tout je me pousse a vive force es premiers rangs. Helas ! quand auray je cette vertu, le mespris de rnoy mesme et des vanités ?

Consideres comme saint Joseph et Nostre Dame entrent dans l'entree et porche qui servoit par fois d'establerie aux estrangers, pour y faire le glorieux enfantement du Sauveur. Ou sont les superbes edifices que l'ambition du monde esleve pour l'habitation des vilz et détestables pecheurs ? Ah ! quel mespris des grandeurs du monde nous a enseigné ce divin Sauveur ! Que bienheureux sont ceux qui sçavent aymer la sainte simplicité et rnoderation ! Miserable que je suis, il me faut des palais, encor n'est ce pas asses ; et voyla mon Sauveur sous un toit tout percé, et sur du foin, pauvrement et piteusement logé.

ADVANCE \d2 Consideres ce divin petit Enfançon né nud, frileux, dans une cresche, enveloppé de bandelettes. Helas ! que tout est pauvre, que tout est vil et abject en cet accouchement, et que nous sommes doüilletz et sujetz a nos commodités, amoureux des sensualités ! Il faut grandement exciter en nous le mespris du monde et le desir de souffrir pour Nostre Seigneur les abjections, mesayses, pauvretés et manquemens.

LII

TROISIÈME MÉTHODE POUR RÉCITER LE CHAPELET [208]

Ayant pris vostre chapelet par la croix et l'ayant baysee, vous feres avec icelle le signe de la Croix sur vous, et vous mettres en la presence de Dieu, luy offrant vostre ame avec toutes ses puissances, principalement vostre entendement et volonté, avec un grand desir de considerer avec atten­tion les misteres de nostre foy et de tirer d'iceux quelque sainte affection d'imiter les vertus que nostre Redempteur nous a enseigné, et de faire d'autres actes d'amour de Dieu, d'admiration de ses perfections infinies, d'actions de graces pour ses benefices, de contrition de vos pechés, de saintz propos de vous amender, de surmonter vos passions, de prouffiter en la vertu. En apres, vous prieres Dieu, par les merites de la vie, mort et passion de nostre Sauveur, par l'intercession de la glorieuse Vierge et de vostre Ange tute­laire, d'accepter vos foibles prieres pour ceux ou celles des vivans et trespassés pour lesquelz vous aures prins reso­lution de prier.

Cela fait, vous dires avec grande foy le Credo, et pour vous preparer a dire plus devotement le Chapelet, vous implore­res le secours divin en disant: Deus, in adjutorium meum intende.. Domine, ad adfuvandum me festina (Ps 69,2) ; et vous adjousteres : Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, et ce, avec un grand desir d'adorer et glorifier la tres sainte Trinité; et en fin adjousteres le devot hymne : Memento, salutis auctor, avec le verset Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

Apres cette preparation vous commenceres le Chapelet, et aux trois petitz grains vous demanderes l'intercession de la glorieuse Vierge, affin que vous le puissies bien dire et en tirer quelque fruict spirituel. Et a cette intention, au premier grain des trois petitz, vous salueres Nostre Dame comme la Fille la plus chere du Pere eternel; au second, vous la salueres comme Mere tres chere du Filz de Dieu, nostre Sauveur; et au troysiesme, vous la salueres comme Espouse bienaymee du Saint Esprit (2e méth.)..

Cela fait, vous commenceres a mediter les misteres du Rosaire, prenant ou les joyeux, ou les douloureux, ou les glorieux, ou mesme quelque autre devot sujet, tel que Dieu vous inspirera (id), vous entretenant en la meditation d'iceluy, pendant que vous dites la premiere dizaine; et me semble encor estre plus utile de s'y entretenir quelque peu avant que de la commencer. Et apres, dires l'Orayson domini­cale, par laquelle doivent commencer toutes vos oraysons, comme estant la plus excellente que nous puissions faire ; et ensuite vous dires les dix Ave Maria, continuant en cette maniere de dire les cinq dizaines d'une partie du Ro­saire.

A la fin, vous reprendres le gros grain qui est au com­mencement dudit Chapelet et remercieres Dieu de la grace qu'H vous a faitte de vous permettre de dire le Chapelet, luy demandant l'assistence de sa grace pour pouvoir mettre en execution les bons propos qu'il vous a donnés. Et pas­sant aux trois petitz grains suivans, vous salueres la Sainte Vierge, la suppliant, au premier, d'offrir vostre entende­ment au Pere eternel, affin que vous puissies a jamais con­siderer ses misericordes; au second, vous la supplieres d'offrir vostre memoire au Filz, a ce qu'a jamais vous ayes souvenance de sa Passion; au troysiesme, vous la supplie­res d'offrir vostre volonté au Saint Esprit, affin qu'a jamais vous puissies estre enflammé de son saint amour (id). Et en fin, au gros grain qui est au fin bout, vous feres un bouquet spirituel de recollection, renouvellant tous les bons propos et saintes resolutions qu'aves faites en la meditation de ces cinq mysteres, suppliant la divine Majesté qu'elle accepte et addresse toutes vos oraysons a son honneur et gloire et pour le bien de son Eglise, en la foy et union de laquelle vous prieres sa Bonté de vouloir rappeller tous les desvoyés. Et prieres encor pour toutes vos necessités particulieres et de vos amis, finissant comme vous aves commencé, par la profession de foy, disant le Credo (id).

Puys, vous signant et baysant la croix, mettes vostre chapelet a la ceinture, comme une sainte marque par la­quelle vous voules protester que vous voules estre servi­teur du tout dedié au service du Sauveur et de sa sainte Mere (id), disant devotement ces paroles de David (Ps 115,16) : Je suis votre serviteur, et le fils de votre servante.

LIlI

PARAPHRASE DE L'ORAISON DOMINICALE ADRESSÉE A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES [209]

(INÉDIT – EN ITALIEN)

POINTS A MÉDITER SUR L'ORAISON : NOTRE PÈRE

Ayant d'abord fléchi les genoux devant le Père de Notre-Sei­gneur Jésus-Christ en toute humilité, que Votre Excellence lève au Ciel les yeux de son âme et s'imagine voir ce grand Père des lu­mières, Dieu, assis sur le trône de sa gloire, entouré de millions d'Anges et de Séraphins ; puis, avec une grande foi, respect et amour, faites cette prière que Jésus-Christ nous a enseignée, et adressez-­lui ces sept demandes qui y sont contenues. Faites cela avec des amoureux et ardents colloques avec le même Père, car toute cette prière n'est autre chose qu'un très doux entretien de l'âme avec Dieu.

Et afin que la chose soit rendue plus facile à Votre Excellence, je mettrai ici quelques points à méditer sur chaque parole du Notre Père, comme vous me l'avez demandé par vos lettres. Ensuite, je commenterai le Notre Père plus amplement que ce que je com­muniquai autrefois de bouche à Votre Excellence.

Sur la première parole du Pater

Premièrement: que Votre Excellence considère ce que Dieu lui a donné, le faisant son fils adoptif, et il veut pour cela qu'elle le nomme Père, Ce Dieu qui créa toutes choses du néant et qui tient tout entre ses mains, à qui servent toutes les hiérarchies du Ciel, est notre Père. Un pauvre berger qui garde ses brebis dans les champs s'estimerait heureux et bien fortuné si Votre Excellence l'adoptait pour fils et pour son héritier ; bien plus, etc, Nous pou­vons dire à bon droit ce que David répondit au roi Saül quand il lui offrit pour épouse sa fille [Mérob] [210]: Qui suis-je et qu'est-ce que ma vie, qu'est-ce que la famille de mon Père en Israël, pour que je devienne le gendre du roi ? (1 R 18,17). Et qui suis-je, ô Dieu du Ciel, pour que vous me vouliez pour votre enfant et que vous vouliez que je vous appelle Père ?

2. Vous pouvez exciter l'espérance d'obtenir tout ce que vous de­manderez, pour grand qu'il soit, car le père ne refuse rien à son fils de ce qu'il lui demande, si la chose demandée tourne à son avantage.

3. Vous pouvez exciter l'amour envers ce bon Père, car ce nom de Père est un nom d'amour réciproque.

4. Considérez en notre bon Père et vis-à-vis de nous tous, les effets de père. Il nous aime : Dieu a tellement aimé le monde : (Jn 3,16) Mon Père nous aime, dit le Christ. (Jn 16,27). Il nous pourvoit de tout ce qui nous est nécessaire pour le corps et pour l'âme ; il met à notre service toute cette grande machine du monde, ces éléments, ces cieux et même les Anges ; il pourvoit notre âme de sa nourriture, qui est le précieux Corps et le Sang de son Fils unique. Il nous dirige vers le Ciel par la prédication de son Evangile, nous aide et défend contre nos ennemis, nous conseille, nous honore, nous revêt et nous châtie aussi quand il en est besoin.

5. Lui demander que puisqu'il exerce si bien vis-à-vis de nous les offices d'un bon père, nous exercions aussi à son égard les devoirs de bons fils, qui sont l'amour, l'obéissance, le respect; que nous l'ai­mions tendrement et nous réjouissions d'avoir un Père si bon, si saint, si sage et si puissant, qu'il est la même bonté, sainteté, sagesse, beauté et infinie puissance ; que nous obéissions à sa loi, que nous lui portions en tout lieu le respect qui lui est dû et que nous cherchions que le monde entier l'honore et le révère. Enfin il faut lui demander que puisque nous nous réjouissons d'avoir un Père si bon, il nous rende tels qu'il puisse se réjouir de nous avoir pour enfants.

Sur cette parole : Notre

Que Votre Excellence considère que ce grand Père a voulu com­muniquer à tous cette très excellente dignité ; c'est pourquoi il ne dit pas qu'il est Père des riches et des seigneurs, mais nôtre, c'est­-à-dire de tous, même des pauvres: comme le soleil, qui darde ses rayons, sa lumière et sa splendeur sur la plus petite plante, sur la plus petite fleur qui se trouve sur une grande montagne, et sur la montagne même. Ainsi Dieu a voulu communiquer à tous le nom de Père.

2. Notre, pour nous révéler que nous sommes tous frères, que nous devons aimer tout le monde, prier pour tous et observer les deux commandements auxquels se rattache toute la Loi : le pre­mier, d'aimer Dieu parce qu'il est Père; le second, d'aimer le pro­chain parce qu'il est notre frère. (Mt 22,36 ; Jn 13,34 ; 15,12).

3. Notre, afin que nous soyons siens. C'est bien la raison: nous sommes tout siens parce qu'il est tout nôtre. Ici je m'offrirai tout entier à lui, lui demandant de n'être plus à moi, mais tout à lui, puisqu'il daigne être tout mien.

Sur [cette parole] : Qui êtes aux Cieux

1. Qui êtes aux Cieux. Je prierai ce grand Père de me rendre un ciel spirituel, afin que mon âme soit la demeure de sa très haute Majesté. Le ciel est fort, mobile, rempli d'étoiles; je le prierai de me rendre fort dans son saint service, de me donner un mouvement continuel d'amour envers lui, d'orner mon âme d'autant de vertus qu'il y a d'étoiles au ciel et d'y mettre les deux grands luminai­res : le plus grand, l'amour fervent de sa Majesté; le plus petit, celui du prochain. (Gn 1,16).

2. Aux Cieux. Dans les Anges: les éclairant, afin qu'ils le con­naissent, lui, lumière éternelle (Sg 7,16) qui éclaire tout (Jn 1,6); les enflammant, afin qu'ils l'aiment, puisqu'il est un feu qui embrase ; les comblant de béatitude, afin qu'ils soient éternellement bien heureux, puis­qu'il est le Bien infini qui remplit tout. Je le prierai de demeurer dans mon âme pour la remplir de ses grâces et de ses dons.

3. Aux Cieux. Pour que je comprenne bien que mon âme ne doit pas embrasser la terre, mais le Ciel ; qu'elle ne doit plus che­miner ayant l'affection aux choses basses et transitoires, mais s'élever aux choses du Ciel, afin que notre conversation soit dans les Cieux,(Ph 3,3)où nous avons pour Père Dieu lui-même. C'est ce que vous demanderez.

Sur la première demande : Que votre Nom soit sanctifié

1. Demander d'abord que son saint Nom soit sanctifié ; c'est­-à-dire que Dieu lui-même soit connu, aimé, adoré, honoré, glorifié et exalté dans le monde entier comme le vrai Dieu, éternel, immor­tel, tout-puissant, seul bon, seul saint, seul juste, seul admirable, seul digne d'être infiniment aimé. Il faut ensuite le prier de répandre sa lumière sur tout l'orient et l'occident et sur les parties du monde où règnent les Turcs, les Maures, les Gentils, les payens et autres peuples semblables, afin qu'ils arrivent à la connaissance de son Nom très saint, (Sg 12,27) qu'ils plient les genoux devant lui ( Is 45,24 ; Rm 14,11 ; Ph 2,10) et devant son Fils et le Saint-Esprit, et qu'ils disent tous : Notre Père qui êtes aux Cieux, que votre Nom soit sanctifié.

2. Que votre Nom soit sanctifié. Prier le Seigneur de me rendre bon et saint, afin le monde voyant mes bonnes œuvres, loue, bé­nisse et exalte sa très haute et glorieuse Majesté.(Mt 5,16).

3. Que votre Nom soit sanctifié. Le prier de donner à tous l'en­tendement, afin que nous puissions comprendre avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la pro­fondeur (Eph 3,18) : la largeur de ses bienfaits, la longueur et grandeur de ses promesses, la hauteur de sa Majesté et la profondeur de ses jugements.

Sur la deuxième demande : Que votre Règne arrive

1. Demander instamment qu'il vienne en nous ce céleste Royaume que son Fils béni nous a mérité par sa très sainte Passion.

2. Que pendant que nous sommes en cette vallée de larmes ,(Ps 83,7) il règne par sa grâce en notre âme et sur notre corps, et qu'il donne à l'un et à l'autre de lui obéir comme à leur Roi.

3. Que vienne le jugement, après lequel lui seul règnera dans ses Saints.

Sur la troisième demande : Que votre volonté soit faite en la terre comme au Ciel

1. Demander que de même que les cieux, qui sont les Anges et les Saints, font toujours sa volonté, de même la terre, c'est-à-dire nous, la fassions aussi.

2. Que votre volonté soit faite. Cette volonté est que nous ai­mions Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces, et le prochain comme nous-mêmes. (Mt 22,37 ; Mc 12,30 ; Lc 10,27).

3. Que votre volonté soit faite, afin que nous imitions le Christ qui a dit : Non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite. (Lc 22,42).

Sur la quatrième demande : Donnez-nous aujourd' hui notre pain de chaque jour

1. Demander le pain pour nous, pour tout le monde et surtout pour le pauvre.

2. Notre pain super substantiel,(Mt 6,11)qui est son saint Fils dans le Saint Sacrement, afin que nous ayons le souvenir et l'intelligence de l'amour qu'il nous a porté et des choses qu'il a faites et souffertes pour nous, qui sont infinies.

3. Pain de sa sainte parole qu'il nous distribue par ses prédica­teurs, et par lui-même lorsque nous faisons oraison.

Cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme, etc.

1. Considérer qu'il veut que nous nous humiliions, confessant que nous sommes pécheurs: Si nous disons que nous sommes sans peché, nous nous séduisons nous-mêmes. (1 Jn 1,8).

2. Considérer qu'il dit, debita, dettes, afin que nous comprenions que nous péchons tous en beaucoup de choses (Jc 3,2) ; comme on le voit dans la parabole de celui qui devait dix mille talents (Mt 3,25).

3. Comme nous les pardonnons, car de la même mesure que nous [aurons] mesuré, on nous mesurera. (Mt 7,2 ; Lc 6,38).

Sur la sixième demande : Et ne nous induisez point en tentation

1. [Tentations] du monde; 2. de la chair; 3. du diable.

Sur la septième demande : Mais délivrez-nous du mal

I. Du mal, du péché, c'est-à-dire de la faute.

2. De la peine éternelle.

3. De toutes les adversités, de tous les dangers, de tous les maux qui nous arrivent du dehors.

LE NOTRE PÈRE PARAPHRASÉ

O Père éternel, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père des lumières, (Jc 1,17),Père saint, Père très doux et aimant, Père Créateur de l'univers : quand méritai-je de vous appeler Père, moi terre, poussière et cendre (Gn 18,27), le dernier de tous vos serviteurs ? Et quel bien avez-vous découvert en moi ou en quelqu'autre enfant d'Adam, pour que vous ayez voulu être notre Père ? " Qui êtes-vous, Seigneur, et qui suis-je ? " (S Fr Ass). Vous êtes le Dieu d'infinie majesté, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, (Ap 17,14 ; 19,16),Saint des Saints, gloire des Anges et allégresse de tous les Bienheureux. En votre présence, les cieux, la terre et tout ce qu'ils contiennent, sont moins qu'un petit grain de sable en face du monde entier ; moi, d'autre part, je suis un petit ver de terre, pécheur et enfant d'Adam pécheur, qui si souvent ai offensé votre souveraine Majesté: et cependant, vous voulez que je vous appelle Père ! Oh ! quelle excellence, quelle digni­té me donnez-vous ! Qu'il vous plaise, Seigneur, que mon âme la sa­che reconnaître et qu'elle vous rende les dues actions de grâce pour tant de bienfaits. Mais parce que je ne suffis pas à cela, je prie les An­ges de m'aider à louer et remercier continuellement votre Majesté.

Père, je dois confesser deux choses : l'une, que ce don et ce grand bienfait vient de votre bonté infinie et de l'amour infini que vous avez pour moi ; l'autre, que ce mot de Père sied bien sur les lèvres de votre Fils unique mon Seigneur Jésus-Christ, qui est votre Fils par une éternelle et consubstantielle génération, mais sur les mien­nes, moi qui suis un si grand pécheur, il ne sied pas, il ne con­vient pas, je ne mérite pas, Seigneur, un si grand bien. Cependant, puisqu'il plaît ainsi à votre Majesté, de grand cœur désormais je vous appellerai Père et je jouirai de ce doux nom de Père.

Ce mot m'atteste l'amour immense que vous me portez, Sei­gneur; c'est pourquoi votre Evangéliste, émerveillé, dit : Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet.(1 Jn 3,1). Il m'apprend aussi et m'avertit également que je dois vous aimer de tout mon cœur : Je vous aime, Seigneur, ma force, mon rocher, mon refuge, mon libérateur (Ps 17,2) et mon Père. Quel fils ingrat peut-on trouver au monde, qui ayant un Père bon, saint, doux, glorieux et aimant comme vous l'êtes, il ne l'aime pas ? O Père, où trouverons-nous quelqu'un qui soit aussi bon, aussi saint, aussi doux et aimant que vous l'êtes ? Donc, Père, que de mon cœur soit chassé tout autre amour, qu'il soit enflammé, afin qu'entre vous, mon Père, et moi votre enfant il y ait un continuel amour réciproque.

Ce mot de Père m'excite à vous demander les choses qui me sont nécessaires, car le père ne refuse jamais à son enfant ce qu'il voit lui être nécessaire, pourvu qu'il puisse le lui donner. Je sais, mon Père, que vous pouvez et que vous voulez; vous pouvez, parce que vous êtes tout-puissant; vous voulez, parce que vous êtes tout bon. Les besoins ne me manquent pas : je suis blessé par beaucoup de péchés, il me faut des remèdes; vous, Père, vous êtes le médecin qui guérit toute langueur et soigne toute infirmité (Ps 102,3 ; Mt 4,23).. Ayez donc pitié de moi, Seigneur, car je suis faible,. guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont tremblants, (Ps 6,3) et je serai guéri. Seigneur, guérissez cette âme, voyez comme elle se présente devant vous toute bles­sée. (Ici elle montre toutes ses blessures d'orgueil, d'avarice, de luxure, etc., et affectueusement elle demande la santé.)

En outre, ô Père, je suis nu et dépouillé des vêtements des vertus. Revêtez-moi, ô Père, vous qui revêtez le ciel de tant d'étoiles et la terre de tant de fleurs; donnez-moi la robe nuptiale de la charité, afin que je puisse paraître à vos noces (Mt 22,2); la robe de l'obéissance, afin que j'obéisse à vos commandements et à vos lois; la robe de l'hu­milité, afin que je sois agréable à vos yeux. Revêtez-moi des riches vêtements des vertus infuses; donnez-moi la parfaite foi, la ferme espérance, l'ardente charité.

Je vous demande ensuite, ô bon Père, que vous daigniez exer­cer envers moi les offices de père. Le père frappe le fils quand il s'égare, afin qu'il se corrige, parce qu'autrement, s'il ne le frappait pas, il ferait pire, et parfois serait même pendu. Frappez-moi, Sei­gneur, avec miséricorde. Je vous demande, Seigneur, la verge avec votre miséricorde; brûlez, tranchez ici-bas, afin que vous me pardonniez dans l'éternité. Et si je ne m'amende pas, appesantissez, ô Père, votre sainte main et frappez-moi plus fort avec des tribulations, des maladies, des afflictions et des angoisses. Que la pourriture entre dans mes os et qu'elle me consume au-dedans de moi, afin que je sois en repos au jour de la tribulation et que je me joigne à notre peuple pour marcher avec lui (Ha 3,16);je vous prie, ô bon Père, que dans ces os entre la pourriture, c'est-à-dire que, comme un autre Job, mon corps soit couvert de plaies et flagellé, pourvu que mon âme soit en repos au jour de la tribula­tion, qui est celui de la mort, et soit du nombre de vos enfants qui sont ce peuple céleste, ceint de gloire et de béatitude.

Le père, après avoir châtié et frappé son enfant, lui fait quelques caresses. Père, après m'avoir frappé pour mes folies avec votre mi­séricorde, daignez me visiter par quelque consolation spirituelle, caressez cette âme par la suavité intérieure, afin qu'elle brûle de votre amour et ne cesse point de vous louer.

Oh ! quelle consolation excite dans mon âme cette parole : Père, et non seulement consolation, mais allégresse, joie et souverain contentement. Vous ferez entendre à mon cœur des paroles de joie et d'allégresse, et mes os humiliés exulteront, (Ps 50,10) disait le saint Prophète; et cependant, ce nom de Père, ne lui était pas encore révélé. Et moi, que dirai-je ? Père, vous m'avez fait entendre des paroles de joie et d'allégresse ; oh ! quelle est ma joie, quelle mon allégresse lorsque cette douce parole : Père, résonne à mes oreilles ! Mon âme humiliée, mes os anéantis [211] à cause de la multitude de mes péchés, se récréent et prennent une nouvelle vigueur entendant cette parole : Père. Quelle plus grande joie puis-je avoir que de me ressouvenir que j'ai un Père si bon, qu'il est la bonté même ; si saint, qu'il est la sainteté même ; si sage, qu'il est la sagesse même, et enfin si puissant, qu'il peut toutes choses au Ciel, sur la terre et dans les abîmes. Que les riches se réjouissent de leurs richesses, les puissants de leur puissance, les sages de leur sagesse : pour moi, je me réjouirai dans mon Seigneur,(Ha 3,18)parce qu'il est Père et notre Père. Ceux-ci mettent leur confiance dans leurs chars et ceux­-là dans leurs chevaux ; nous, nous exulterons dans le nom de notre Dieu. (Ps 19,8). Seigneur, que mon esprit tressaille en vous, ô Dieu notre Sauveur et notre Père. (Lc 1,47).

Ce mot de Père me montre votre soin et combien est grande votre providence à mon égard et à l'égard de tous. Chaque jour, ô Père, vous préparez la table et faites le festin pour le monde entier, et je participe toujours à ce festin ; chaque jour vous faites que le soleil nous éclaire, nous vos enfants, et le soir vous cachez cette belle lampe et il semble en certaine façon que vous éteigniez cette belle lumière afin que nous, vos enfants, puissions reposer et prendre le sommeil ; vous occupez, Seigneur, le ciel et la terre à mon service, et vous m'avez même confié aux soins des Anges : tout cela afin que j'obtienne l'héritage réservé à vos enfants, qui est le Royaume des Cieux. Par là je reconnais quel Père prévoyant vous êtes pour nous, qui sommes vos fils.

Enfin, ce mot de Père m'encourage, afin que lorsque je tomberai je coure me jeter dans vos bras avec contrition, car je serai reçu bien plus amoureusement que l'enfant prodigue. Et maintenant, me souvenant des fautes passées, je cours vers vous, Père, et je dis : Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne suis pas digne d'être appelé votre fils ; traitez-moi comme l'un de vos mercenaires.(Lc 15,18). Ou bien, Père, parce que je connais votre miséricorde et l'amour que vous me portez, venez à ma rencontre, ouvrez les bras de votre miséricorde, embrassez cet enfant prodigue, donnez­-moi la robe d'innocence, l'anneau de la foi vive, les souliers des exemples de vos Saints que je dois imiter. Donnez-moi, ô Père, le veau gras, (Lc 15,25) c'est-à-dire votre Fils béni dans le Très Saint Sacre­ ment, afin qu'il soit la nourriture de mon âme et… [212], par sa grâce la plus abondante.

Pour conclusion, ô Père, cette parole très douce est un verbe abrégé (Rm 9,28)qui contient toute douceur, comme la manne que vous donnâtes jadis à manger à votre peuple dans le désert (Ex 16,14 ; Nb 11,7) ; et moi, je suis heureux que ce mot, Père, soit une nourriture très savou­reuse pour mon âme. Il suffisait à l'apôtre Paul de savoir seulement et de comprendre [Jésus-Christ] crucifié (1 Co 2,2) ;et à moi il suffit de sa­voir et de comprendre cette parole : Père, parce que la comprenant, je saurai que vous m'avez pris pour votre fils adoptif, qui est la plus grande dignité qui existe au Ciel et sur la terre après celle de fils naturel, qui appartient en propre à votre Fils unique et mon Seigneur Jésus-Christ.

Sur cette parole : Notre

Vous êtes, Seigneur, notre Père : qu'elle est grande votre bonté ! Vous ne vous contentez pas de communiquer ce nom de Père à vos Anges et à vos Saints qui sont dans votre maison, mais vous voulez aussi le communiquer à ceux qui sont dans ce monde, et non seule ment aux riches et aux puissants, mais aux plus pauvres bergers qui, sur les ponts et dans les forêts, dorment sur la terre nue. Il me semble, Seigneur, que vous êtes comme le soleil qui communique sa lumière et envoie ses rayons à la plus petite fleur de la montagne comme à la montagne même ; ainsi vous, mon Seigneur, communi­quez également votre nom si doux de Père aux grands et aux pe­tits, aux riches et aux pauvres, et vous voulez que pour cela nous vous appelions nôtre.

Dans ces deux mots : Notre Père, vous me découvrez, Seigneur, un autre grand mystère : c'est que vous voulez que j'aime beaucoup votre sainte loi d'amour et de charité, car vous l'avez toute ramenée à votre amour et à l'amour du prochain. Par la première parole, Père, vous me demandez l'amour pour votre très souveraine Ma­jesté ; par la seconde, notre, vous me demandez d'aimer mon pro­chain, puisque vous me le donnez pour frère et vous voulez que je prie pour lui.

Vous êtes notre Père, parce que vous nous avez créés : Vos mains Seigneur, m'ont formé (Jb 10,8) ; N'abandonnez pas l'ouvrage de vos mains.(Ps 137,8).Vous êtes notre Père parce que vous nous avez achetés avec le précieux sang de votre Fils, l'Agneau immaculé, notre Christ (1 P 1,19) Jésus, avec qui nous avons été adoptés pour vos enfants. Vous êtes notre Père parce que vous nous consolez très suavement dans cette vallée de larmes. Enfin vous êtes notre Père parce que, après cette vie de travaux et de pénitence, vous nous préparez une vie de repos et d'éternelle béatitude.

Enfin vous êtes notre Père parce que vous vous employez tout entier pour nous, si pauvres, et parce que vous nous avez tout com­muniqué en ce monde dans le Très Saint Sacrement; et puis, au Ciel, vous vous communiquerez plus manifestement, nous décou­vrant votre bienheureuse essence, les trésors infinis de votre béa­titude et la gloire de votre Majesté. Faites donc, je vous en prie, ô Père, que puisque vous êtes tout nôtre, je sois aussi votre enfant; vous, Père, et moi fils. Ces mots : Notre Père, siéront bien sur mes lèvres quand mon âme et mon corps seront tout vôtres, puisque vous êtes tout à nous.

Sur ces mots : Qui êtes aux Cieux

Je sais, Seigneur, que vous êtes partout et que les cieux et la terre sont pleins de votre gloire (Is 6,3) ; et même je sais, Père, que vous tenez l'univers dans vos mains et que vous le conservez, car s'il en était autrement, toutes choses retourneraient dans le néant d'où vous les avez tirées. Vous êtes aussi, ô Père, dans les Cieux, où vous glorifiez cette immense multitude d'Anges et de Saints qui sont continuellement présents devant le trône de votre gloire, vous ado­rant en toute révérence. Quand sera-ce, ô Père, que mon âme sera comme un ciel, élevée de la terre par la force de l'amour ; ornée d'autant de vertus que le ciel contient d'astres et d'étoiles; ferme et forte en votre service, sans jamais tomber, ainsi que les cieux qui ne tombent pas, afin qu'elle soit toute belle et agréable devant votre face et que vous, Père, daigniez y habiter comme en un ciel très beau ? Je vous demande encore, ô Père, qu'afin que mon âme soit un ciel et la demeure de votre très souveraine Majesté, elle puisse se mouvoir comme les cieux, selon le mouvement du premier moteur. Vous êtes le premier et souverain Moteur ; que mon âme n'ait de mouvement que par votre sainte volonté, afin qu'en toutes choses elle se rende conforme à votre vouloir.

Vous êtes aux Cieux, ô Père, c'est-à-dire dans les Anges et dans les Saints; vous les éclairez afin qu'ils vous connaissent, car vous êtes la lumière éternelle qui éclaire tout. Vous êtes, Père, dans les Anges et dans les Saintz, et vous les enflammez du feu d'un ardent amour, afin qu'ils vous aiment parfaitement, car vous êtes ce feu qui consume toute imperfection : Vous rendez vos Anges aussi prompts que les vents et des flammes de feu vos serviteurs.(Ps 103,4 ; He 1,7).Vous êtes, Père, dans vos Anges et dans vos Saints, les comblant de béa­titude afin qu'ils soient éternellement heureux, car vous êtes la béatitude, la gloire, le repos de cette glorieuse assemblée. Faites, ô Père, que je sois un ange et un saint par grâce, afin que je devienne participant de si grands biens et que mon entendement soit éclairé pour vous connaître. Vous avez donné, ô Père, à votre serviteur François ces deux grandes lumières : la première pour connaître votre sublime Majesté, la seconde pour se connaître lui-même. Donnez-moi, ô Père, cette grande lumière, afin que je vous connaisse comme les Anges et votre serviteur François, vous, mon Dieu, d'infinie vertu, de puissance infinie, de sagesse infinie et de beauté infinie. Donnez-moi aussi l'autre grande lumière par laquelle je connaîtrai ma bassesse et ma misère.

Je vous demande aussi, ô Père, que vous daigniez embraser mon cœur du feu du Saint-Esprit, comme vous embrasez les Anges au Ciel, et de même que vous embrasâtes sur la terre les cœurs des Apôtres le saint jour de la Pentecôte.(Ac 2,1). O Père très heureux, envoyez quelques parcelles de ce grand fleuve et de ce grand feu qui procède de votre siège et de l'Agneau, (Ap 22,1)c'est-à-dire du Saint-Esprit ; envoyez- les à mon âme afin qu'elle brûle de votre amour. Lancez d'en haut le feu dans mes os (Lam 1,13),. que ce feu, Père, pénètre jusqu'à la moëlle de mon âme, afin que les grandes eaux de la tribulation ne puissent éteindre la charité.(Ct 8,7).Avec ce grand feu, embrasez mes affections, afin que je n'aille plus mendier les choses viles de la terre, mais qu'entraîné par sa vertu je cherche les choses éternelles du Ciel.(Col3,1).

Père saint, il est bien juste que puisque vous, mon Dieu, mon Père et mon héritage (Ps 15,5)êtes au Ciel, je ne cherche ni ne m'embarrasse plus de la terre; qu'ai-je à faire de la terre, ô Père, puisque tout mon bien, tout mon trésor est au Ciel ? (Mt 6,20). Si vous, mon Père, êtes au Ciel, il suit de là que moi, votre enfant, je suis étranger (Ps 38,13) ; 1 P 2,11) dans ce monde et que je marche toujours vers ma patrie, qui est le Ciel. Si le pèlerin, quand il marche, a le corps sur la route et l'âme en la douce patrie, chaque heure lui semblant mille ans pour le désir qu'il a de l'atteindre et de voir son cher père et ses très doux frères, pourquoi n'en sera-t-il pas ainsi de moi ? Pourquoi, notre Père, mon âme ne converse-t-elle pas dans les Cieux comme l'âme de votre saint Apôtre qui disait : Notre conversation est dans le Ciel, (Ph 3,20)et pourquoi chaque heure de cet exil ne me semble-t-elle pas mille ans ? pourquoi ne désiré-je pas voir mes chers frères, qui sont les Anges et les Saints ? pourquoi, Père, ne réputé-je pas toutes les choses de cette vie, basses, viles et indignes d'y attacher mon cœur, puisque je suis créé pour posséder les biens du Ciel ? Il est hors de doute, ô Père, que ce serait un grand déshonneur pour le fils d'un grand prince ou d'un roi d'étriller de ses mains les chevaux ou, avec les mêmes mains, ramasser les immondices et le fumier dans les rues ; mais c'est un bien plus grand déshonneur pour moi de ce que sachant, ô Père céleste, que vous m'avez adopté pour votre fils et que vous me préparez des biens infinis, des richesses inestimables et même le royaume du Ciel, je m'abaisse et me rende méprisable en recherchant les choses viles et basses de ce monde. Donc, notre Père qui êtes aux Cieux, donnez-moi l'amour des choses célestes, afin qu'aimant celles-là je méprise les choses de la terre et que tout mon amour soit en vous, notre Père du Ciel.

Je vous demande enfin, ô Père, que de même que vous remplis­sez les cieux, qui sont les Anges et les Saints, de gloire, de même vous daigniez remplir mon âme, lorsque, quittant ce monde, elle se présentera devant vous, afin qu'elle soit un " Ciel plein de votre gloire. " (Hymn S.Aug et S.Ambr).

Sur ces mots : Que votre Nom soit sanctifié

O Père éternel, faites, je vous en prie, que ce Nom si doux et suave soit connu dans le monde entier. Ne tenez pas caché, ô Père, un si riche trésor aux âmes auxquelles vous avez imprimé votre image et ressemblance.(Gn 1,26 ; 5,1 ; 9,6)Que l'orient, l'occident et les autres parties du monde sachent que vous êtes Père, que Jésus-Christ est votre Fils unique, coéternel et consubstantiel, et que tous peuvent être vos enfants d'adoption. Découvrez, ô Père, et communiquez à toutes les nations cet aimable Nom, afin que toutes s'embrasent et s'en­flamment de votre saint amour. Oh ! quelle joie serait pour mon âme de voir un jour le monde entier plier le genou pour adorer votre très souveraine Majesté ! Père de mon Seigneur Jésus-Christ, si mon sang et ma vie étaient nécessaires pour cela, j'offrirais vo­lontiers mon sang, ma vie et mille vies, si je les avais.

Que votre Nom soit sanctifié. Faites, ô Père, que mon âme et celles du monde entier aient toujours une plus claire connaissance de votre Majesté. Nous savons, Père, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur .­nous connaissons la largeur de vos bienfaits envers nous, qui est plus vaste que la mer et la terre ; la longueur de vos promesses, qui sont infinies ; la hauteur de votre Majesté, qui est immense ; la profondeur de vos jugements, qui sont un abîme.

Que votre Nom soit sanctifié. Père saint, toutes vos créatures m'excitent à louer votre saint Nom, à vous bénir incessamment : les Anges avec leur douce musique, vous chantent sans cesse de suaves matines, vous louent, vous bénissent et ne cessent de s'écrier : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu des armées, (Is 6,3 ; Ap 4,8) et ils m'invitent à leur tenir compagnie. Les cieux, avec leurs continuels mouvements, les étoiles avec leur brillante lumière, et surtout ces deux plus grands luminaires, le soleil et la lune, par la splendeur de leur clarté, m'excitent à adorer et bénir votre saint Nom. Tous les éléments, le feu, l'air, l'eau, la terre, les oiseaux qui volent dans l'air, les poissons qui nagent dans la mer, les fleuves, les fontaines, les monts et les vallées, les plantes de la terre et enfin tous les ani­maux qui la parcourent, me prêchent l'adoration et me disent de vous bénir. Donc, ô Père, que votre Nom soit sanctifié ,. dai­gnez faire de moi un saint, afin que je ne cesse de bénir votre souveraine Majesté et que le monde, voyant que je suis occupé à vous louer et à vous bénir, vous glorifie, ô notre Père (Mt 5,16), et sanctifie votre Nom qui est béni dans les siècles des siècles. (Rm 1,25).

Sur ces paroles : Que votre règne arrive

Deuxième demande

Je vous demande, ensuite, ô Père, le royaume des Bienheureux, ce royaume de tous les siècles, si ardemment désiré par un fils, celui où reposeront nos âmes et où elles jouiront. En ce saint royau­me, nous vous louerons toujours, nous vous aimerons et nous joui­rons de vous, ô Père saint, avec votre Fils béni et le Saint-Esprit. O Père saint, que votre règne arrive, parce que c'est dans ce but que vous avez créé nos âmes ; que votre règne arrive, parce que c'est pour cela que vous avez voulu que votre Fils mourût sur l'arbre de la croix ; que votre règne arrive, pour que je bénisse votre nom : les justes sont dans t'attente de la justice que vous me rendrez (Ps 141,8);vos Anges et tous les Saints désirent ce jour, parce qu'il découvrira en vous, Père, un abîme d'infinie beauté, de puissance infinie ; c'est pourquoi ils désirent ardemment avoir de nombreux compagnons qui les aident à louer et à aimer votre souveraine Majesté,

Dans votre bonté, Seigneur, répandez vos bienfaits sur Sion et que les murs de Jérusalem soient bâtis, (Ps 1,20). Voyez, ô Père, une bonne partie des murs de votre Jérusalem sont tombés jusqu'au profond de l'enfer ; recueillez-nous dans votre bonté, ô Père saint, et placez-nous dans cette glorieuse cité, afin que vous puissiez achever de bâtir ses saintes et bénites murailles.

Que votre règne arrive : Père saint, bannis de votre royaume, nous sommes " dans cette vallée de larmes. " Faites, ô Père, que nous y revenions. Comme les pèlerins désirent la dernière journée qui terminera leur voyage et où ils retrouveront leur ville et leurs demeures, ainsi nous désirons que votre règne arrive, afin que s'a­chève notre pèlerinage et que nous entrions dans le séjour que vous nous avez préparé dans votre saint royaume.

Que votre règne arrive : nous sommes en guerre; faites, Sei­gneur, que nous remportions la victoire, afin que nous obtenions le prix qui est votre saint royaume. Vous êtes juste, Seigneur, vous serez trouvé juste dans votre sentence. (Ps 118,137 ; 50,6). Vous nous avez pro­mis votre royaume; je vous prie donc humblement de ne pas re­garder nos démérites, mais le sang précieux de votre Fils bien aimé Jésus-Christ Notre-Seigneur : Regardez, Père, la face de votre Christ, (Ps 83,10)et que par votre Christ votre règne arrive.

Que votre règne arrive. Oh ! jour heureux ! Oh ! heure bénie! Quand sera-ce, ô Père, que ce jour s'approchera et que viendra cette heure ? Quand viendrai-je et apparaîtrai-je devant votre face ? (Ps 47,3).Quand verrai-je, ô Père, les murs de votre royaume, travail­lés avec des pierres précieuses ? (Ap 21,18). Quand frapperai-je à tes portes, ô céleste Jérusalem ? Quand verrai-je tes riches palais ? quand joui­rai-je de tes beaux jardins revêtus de fleurs éternelles ? quand m'abreuverai-je à tes sources de vie ? O Père saint, quand verrai-je dans votre royaume ces innombrables légions d'Anges et de Saints pleins de gloire, ces chœurs de vierges qui, les palmes à la main, chantent et suivent votre Agneau ? (Ap 7,9 ; 14,4).Quand donc mes oreilles en­tendront-elles la douce musique, l'harmonie des Anges et le concert des Saints qui tous chantent devant vous : Saint, Saint, Saint le Seigneur, Dieu des armées ? Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des armées ! (Ps 83,2).O Dieu des Anges, qu'ils sont beaux, qu'ils sont aimables vos tabernacles ! Mon âme s'épuise en sou­pirant après les parvis du Seigneur : mieux vaut un jour dans vos parvis que mille [loin de vous].(Ps 83,3) Donc, Ô Père éternel qui êtes aux Cieux, afin que je puisse jouir de votre glorieuse présence et voir la gloire de votre Majesté, pour la louer, aimer et bénir [et être enfin, logé parmi] vos fils, [213] je vous prie humblement, qu'une fois dépouillé de mon enveloppe mortelle, votre règne arrive.

Que votre règne arrive. Voici, Père, votre royaume: mon corps et mon âme. Dans ce royaume vous voulez régner ; je vous le rends, ô Père, je vous le donne, qu'il soit bien vôtre, puisqu'en réalité il est vôtre ; que je ne l'usurpe pas, que je ne le livre plus au démon, au monde ni à la chair, qui sont de très cruels tyrans , mais à vous qui en êtes le vrai Seigneur. Donc, ô Père, que votre règne arrive. Régnez dorénavant en mon âme: en ma mémoire, afin qu'elle se souvienne toujours de vous ; en mon intelligence, afin qu'elle considère toujours votre bonté infinie et votre grandeur ; en ma volonté, afin que sans cesse elle vous aime, vous loue et vous bénisse. Régnez, ô Père, en mon corps et en tous ses sens, afin qu'il s'emploie tout entier à votre saint service et que je sois un royaume où votre Majesté règne paisiblement dans les siècles des siècles.

Sur ces paroles : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel

Troisième demande

Père, je vous prie aussi que votre très sainte volonté soit faite sur la terre comme elle se fait au Ciel. Faites, ô Père, que de même qu'en cette terre des vivants, (Ps 26,13 ; 141,6) qui est le Ciel, tous les Anges et les Saints font votre divine volonté, ainsi sur cette terre des mourants, qui est ce monde, mon âme fasse votre sainte volonté. Votre vo­lonté, ô Père, est sainte et bonne ; la mienne est mauvaise et sen­suelle : que votre volonté, donc, soit faite sur cette terre de mon âme comme au Ciel. Mon âme sera bénie lorsqu'en tout elle se rendra conforme à votre volonté. Père saint, ôtez de mon âme, je vous prie, la volonté propre et greffez en elle la vôtre, afin que tou­jours votre volonté se fasse et jamais la mienne. Lorsqu'à un arbre on coupe une branche et qu'on y greffe une autre meilleure, bien meilleurs aussi sont ses fruits ; enlevez de cet arbre, ô Père, la petite branche de la volonté propre et greffez-y celle de votre volonté sainte ; alors je suis sûr qu'il portera de très beaux fruits. Tous mes défauts et péchés procèdent de cette volonté mauvaise. Donc, Sei­gneur, qu'attendez-vous ? Coupez seulement ce qui est mien et greffez ce qui est vôtre. Je dirai, ô Père, avec votre Fils bien aimé Notre-Seigneur Jésus-Christ : Père, non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite (Mt 26,42 ; Lc 22,42) ; Père, non ce que je veux, mais ce que vous vou­lez (Mc 14,36) ; Père, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. (Mt 6,9).

Je vous prie aussi, Père, que de même que les esprits angéliques, signifiés par les cieux, font toujours votre très sainte volonté, de même l'âme des pécheurs, représentés par la terre, fasse aussi ce qui est de votre volonté, car de cette manière ils ne vous offenseront plus.

Je vous demande avec instance, ô Père, que votre volonté soit faite en moi et en tous, parce que je suis sûr que votre volonté est que nous soyons tous des saints. Soyez saints, car je suis saint (Lv 11,44 ; 19,2) ; et : Ce que je veux, c'est votre sanctification. (1 Th 4,3).O Source de toute sainteté, faites-nous saints, car telle est votre volonté. Quel est donc l'homme si aveugle d'intelligence qu'il ne désire être saint ? Père saint, je ne cherche, je ne désire autre chose ; mes richesses, mes biens, mes trésors seront d'être saint. Que votre volonté soit donc faite en moi, afin que je sois saint.

Père saint, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. " Votre volonté est que je sois ferme dans la foi, humble dans la conversation, modeste dans mes paroles, juste dans mes actions, miséricordieux avec les nécessiteux, bien réglé dans mes mœurs; que je ne fasse injure à personne, que je supporte tous les hommes, qu'avec tous je garde la paix, que je vous aime comme Père, que je vous craigne comme Père. " (Cypr.Orat.Domini,15). Que votre volonté soit faite. Père, c'est cela que je veux, que je demande, que je désire de tout mon cœur, que votre volonté sainte soit faite en moi. Que l'accomplisse­ment de votre volonté soit le plaisir, le contentement, la joie de mon âme en tout lieu et en tout temps ; car je sais, Père, qu'il est plus utile à mon âme de souffrir tous les tourments du monde, si telle est votre volonté, que de jouir de tous les divertissements et plaisirs des enfants d'Adam. La joie des Anges, le désir des Saints et la consolation des justes sont en cela : que votre volonté soit faite. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel ; je vous prie donc, ô Père, que votre volonté soit faite en moi.

Enfin, ô Père, vous et votre Fils bien aimé m'avez déclaré votre volonté quand celui-ci a dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même. (Lc 10,27 ; Mc 13,30). O Père, puisque votre volonté est que je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces, donnez-moi, ô Père, de faire " ce que vous ordonnez et ce que vous voulez. " Source de charité, donnez-moi la charité ; abîme d'amour infini, donnez-moi l'amour.(Aug. Confes.10,29). Allumez, Père, cette lampe de mon âme avec la lumière de votre amour. Vous nous avez ordonné, Père, qu'il y eût toujours du feu sur votre autel. Je vous offre, ô Père, mon âme pour autel (Lv 6,12) ; faites que le feu de votre amour brûle sans cesse en elle. O Lumière éter­nelle, "qui éclairez toute lumière et consumez dans l'éternelle splen­deur des milliers et des milliers d'étincelants flambeaux devant le trône de votre Divinité dès le point du jour ! " O Lumière éternelle qui éclairez toute lumière et la conservez dans votre éternelle splen­deur, des milliers et des milliers d'Anges sont devant votre Majesté comme autant de flambeaux allumés par le feu de votre charité et brûlent continuellement sans se brûler ni se consumer. Permettez­-moi, mon Dieu et mon Père, d'approcher de vous, Feu d'amour, ce flambeau de mon âme, afin qu'étant allumé, il brûle sans cesse, vous aimant vous-même et le prochain en vous : ainsi sera faite en moi votre sainte volonté.

Sur ces paroles : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour

Quatrième demande

Oui, Père, les enfants ont besoin de pain ; ne nous le refusez pas, de peur que nous ne mourions. Donnez-nous, ô Père, notre Pain supersubstantiel, (Mt 6,11) votre Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur dans le Très Saint Sacrement, afin que par ce Pain nous soyons nour­ris dans la vie spirituelle, nous croissions dans la vertu et nous soyons tellement fortifiés, que nous puissions faire le voyage en cette vallée de larmes, (Ps 83,7) jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. (3 R 19,8) .Père saint, ce Pain est celui que votre Fils nous a apporté, ce sont les choses merveilleuses qu'il a opérées, prêchées, endurées ; faites, ô Père saint, que pendant la durée de ce pèlerinage, cette manne cé­leste ne vienne jamais à nous manquer et que nous goûtions son immense suavité.(Sg 16,20).

Les yeux de tous les êtres sont tournés vers vous dans l'attente, Seigneur, et vous leur donnez la nourriture en temps oppor­tun (Ps 144,15) ; les yeux de vos enfants vous regardent, ô Père, et deman­dent ce Pain de vie, (Jn 6,35) parce que par lui on mène une vie céleste. Moi donc, Père, l'un de vos enfants, bien que d'ailleurs indigne, grand par les années, mais très petit en mérites, affamé et beso­gneux, je vous demande le pain. Et parce qu'en moi se trouvent deux substances, l'une corporelle, l'autre spirituelle, pour toutes deux je vous demande du pain. Pour le corps, qui est terre, je vous demande le pain de la terre ; pour l'âme, qui est esprit, Je vous demande le Pain céleste, le Pain des Anges. (Ps 77,25). Or, Père plein de pitié, souvenez-vous que lorsque les petits enfants demandent du pain à leur père, surtout s'ils ont bien faim, ils crient de toutes leurs forces ce mot : Pain, pain ! et avec ce mot, comme avec autant de flèches, ils blessent le cœur de leurs pères qui, sur la terre, cherchent du pain pour le donner à leurs enfants. Me voici bien affamé, ô notre Père; écoutez ce mot que je vous adresse : Du pain, Père, du pain ! Daignez donc, Père saint, ouvrir les entrailles de votre miséri­corde,(Lc1,78)et puisque vous le pouvez, secourez-moi et donnez à votre enfant le pain de votre grâce et le Pain supersubstantiel du Très Saint Sacrement.

Donnez-nous en outre, ô Père, le pain de votre suave et très douce parole; rompez-le-nous, coupez-le en morceaux par le moyen de vos ministres qui sont vos prédicateurs ; faites qu'il fructifie dans nos âmes, comme ce bon grain qui tomba dans la bonne terre et qui rapporta le cent pour un. (Mt 8,8 ; Lc 8,8).

Enfin, Père, je suis maintenant sous la table de votre haute Majesté, où mangent une multitude d'Anges et de Saints ; age­nouillé devant votre face royale, humilié en votre présence comme les petits chiens qui sont sous la table de leurs maîtres guettant les miettes qui en tombent,(Mt 15,27)daignez m'honorer de cette suavité, de cette douceur que goûtent les Bienheureux à votre table, afin que dans mon oraison je goûte quelque chose de ce que goûtent vos enfants au Ciel. Faites, ô Père, que mon oraison ne soit pas aride et sèche, mais douce et suave, avec le pain de vos consolations et de vos visites.

Sur ces paroles : Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés Cinquième demande

Père, nous sommes pauvres et pleins de dettes ; vous, vous êtes riche et notre créancier ; il faut que le riche remette au pauvre ses dettes : remettez-nous donc nos dettes. Père, faites miséricorde à votre enfant qui a contracté autant de dettes qu'il a commis de péchés. Quel est le père qui ne remettrait pas à son fils tombé en grande pauvreté n'importe quelle dette, si humblement il le lui demandait ? Et qui donc, ô Père saint, est un fils plus pauvre et plus chargé de dettes que moi ? Voici que, comme un autre publi­cain, (Lc 18,13) humblement je vous prie : remettez-moi tant de dettes de péchés par lesquels je vous ai offensé ; " O Dieu, dont le propre est de faire toujours miséricorde et de pardonner, " ayez pitié de ce pauvre enfant et remettez-moi toutes mes dettes. Je reconnais, ô Père, que les dettes sont nombreuses (dix mille talents Mt 18,24), parce que j'ai péché contre toute votre loi ; mais les richesses de votre miséricorde les surpassent infiniment. Souvenez-vous, ô Père, de vos miséricordes qui sont éternelles,(Ps 24,6)et de même que vous avez usé de miséricorde à l'égard de tant de vos serviteurs, daignez me remettre tous mes péchés.

Je me souviens, ô Père, de votre miséricorde à l'égard de votre ancien peuple à qui tant de fois vous pardonnâtes ses péchés. Je me rappelle, ô Père, que vous vous êtes souvenu de votre serviteur David et que vous lui avez pardonné sa grande faute.(2 R 12,13). Je me sou­viens, ô Père, que votre bien aimé Fils, étant en ce monde, regarda d'un œil de pitié son Apôtre quand il le renia (Lc 22,55) et Madeleine quand elle se convertit, (Lc 7,37) et enfin qu'il recevait tous les pécheurs à péni­tence et mangeait avec eux.(Lc 15,1).Vous n'êtes point changé ; vous étiez autrefois le Dieu très miséricordieux, vous ne l'êtes pas moins main­tenant ; vous êtes le même Dieu que jadis, votre miséricorde n'est pas finie puisqu'elle est infinie ; elle ne s'est point arrêtée puisqu'elle n'a point d'arrêts et que, plutôt, on fermerait le Ciel ; elle n'a pas cessé, puisque de même que le feu opère toujours tant qu'il y a de la matière à consumer, ainsi votre miséricorde, tant qu'il y a des pé­chés à brûler et des dettes à remettre. Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent : (Lc 1,50)cantique de la très sainte Mère de votre Fils béni, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui savait bien qu'elle était immense. Vous avez mis, Seigneur, des bornes à la mer, (Pr 8,29) mais vous avez laissé sans bornes votre miséricorde, afin que toujours elle aille chercher les pécheurs chargés de dettes pour leur pardonner. Voilà, ô Père, que votre miséricorde se rencontre avec le plus grand pécheur entre tous les pécheurs, avec celui qui a plus de dettes qu'aucun autre enfant d'Adam : effacez mes péchés, re­mettez-moi la grande somme de mes dettes et passez toujours plus avant pour chercher les autres débiteurs. Un abîme appelle un autre abîme ; (Ps 41,8)le fils de la misère invoque [le Père des miséri­cordes.] Que l'abîme absorbe un autre abîme ; que l'abîme, mes misères infinies, soit absorbé par l'abîme. Je sais, ô Père, que tous mes péchés, pour nombreux qu'ils soient, et tous ceux du monde entier, sont devant votre miséricorde comme un brin de paille en présence d'un grand feu. Enfin je vous prie, Père saint, par votre miséricorde infinie, par la vertu de cette Passion que votre Fils bien aimé endura sur le bois de la croix et par les mérites et l'intercession de la Bienheureuse Vierge et de tous les élus qui existent depuis le commencement du monde, de daigner nous remettre nos dettes.

Comme nous les remettons à ceux qui nous ont offensés. Je vous prie aussi, ô Père, de me donner assez de vertu et votre grâce pour que je puisse parfaitement pardonner à ceux qui m'ont offensé ; et si vous trouvez dans mon cœur quelque reste d'imperfection contre ceux qui m'ont offensé, vous, Père, par le feu de votre charité, faites-le disparaître, brûlez-le, faites que nulle trace ni ombre de rancune demeure dans mon cœur, afin que je puisse dire en toute vérité : Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous induisez point en tentation

Nous sommes, ô Père, en un lieu de tentation. Notre adversaire, le diable, rôde autour de nous, cherchant qui dévorer. (1 P 5,8). Donnez les moyens, portez secours, ô Père; les ennemis sont aussi nombreux que le sable de la mer et expérimentés dans le combat ; mon âme est languissante, faible, impuissante si vous ne venez à son aide. Saisissez donc vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour me secourir : tirez la lance et barrez le passage à mes persécu­teurs ; dites à mon âme : Je suis ton salut. (Ps 34,2). O Seigneur, que cette pauvre âme a besoin de votre grâce, de votre secours, de votre assis­tance pour ne pas succomber aux tentations ! Une petite brebis au milieu des loups se perd si le berger ne la sauve ; ainsi, Père, cette âme au milieu de tant de loups qui l'assaillent dans un monde où elle est sollicitée par mille occasions de péchés, avec la chair qui continuellement la combat, que fera-t-elle sans votre secours ?

Père saint, je lèverai mes yeux au Ciel d'où me viendra le se­cours ; mon secours vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.(Ps 120;1). O Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, venez à mon aide (2 Co 1,3) ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir. (Ps 69,2).Père saint, quand donc ferez-vous justice de ceux qui me persécutent ?(Ps 118,84).Faites justice, Seigneur, de ceux qui cherchent la mort de mon âme, donnez-moi cependant votre aide pour ne point tomber, pour ne pas vous offenser. Je ne demande pas que vous me déli­vriez des tentations, ô Père, mais je vous demande la grâce et la force pour résister et combattre énergiquement. Par amour pour vous, je veux bien avoir des tribulations et des angoisses en ce monde, pourvu que dans les tribulations mon âme ne défaille pas. Faites, Seigneur, que, comme l'or dans la fournaise (Pr 17,3 ; 27,21 ; Sg 3,6) devient plus beau, ainsi mon âme jetée dans la fournaise des tribulations, devien­ne plus pure, lumineuse et resplendissante. Qu'elle ne soit pas comme la paille qui, par manque de force, se laisse brûler et consumer par le feu. Que je sois plutôt comme vos Saints qui, en ce monde, jetés dans les flammes et le feu, restèrent forts et fermes, et ensuite, comme des pierres précieuses, en sortirent avec plus de splendeur et de lumière. Ne nous induisez donc pas en tentation, ô Père, afin que nous n'offensions pas une telle Majesté.

Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il

Père saint, je reconnais vos miséricordes sur moi, car vous m'avez préservé de beaucoup de maux que j'avais mérités par mes péchés ; autant de fois que je péchai, autant de fois je méritai ce mal infini qui est la damnation éternelle. Qu'ils sont nombreux, Père, ceux qui ont encouru ce malheur ! Ils avaient commis moins de péchés que moi; et combien, parce qu'il ne leur fut pas donné, comme à moi, le loisir de faire pénitence, moururent misérablement dans leurs péchés et se perdirent ! Je vous en prie, ô Père, délivrez-moi désormais de toute faute, afin que j'échappe aux peines de l'enfer ; faites, Seigneur, que je ne vous offense plus ; vous avoir offensé dans le passé est bien suffisant. Que mes péchés, Seigneur, ne se multiplient pas comme le sable de la mer (Jb 6,3) et les étoiles du ciel ; que l'enfer ne m'engloutisse pas et que la fosse ne se terme pas sur moi (Ps 68,16).

Vous m'avez délivré, ô Père, de beaucoup de maux qui sont en ce monde. Que d'aveugles, que de sourds, que de muets, que de paralytiques sont au nombre des enfants d'Adam ! et vous, Sei­gneur, m'avez préservé de tous ces maux, bien que je fusse comme eux enfant d'Adam, et pécheur plus qu'eux tous ; cependant, cela me servirait de peu de chose ou même de rien, si vous ne me déli­vriez du mal du péché. Donc, du péché, de la faute et de la peine due au péché, je demande d'être délivré : Mais délivrez-nous du mal.

Vous m'avez délivré, ô Père, des ténèbres et de l'aveuglement où se trouvent les Turcs, les Maures, les Juifs, les Gentils et payens, me faisant naître dans le sein de la sainte Eglise ; délivrez-moi, ô Père, des ténèbres et de l'aveuglement du péché, afin que je jouisse du sang et des mérites de votre Fils béni, Jésus-Christ mon Sei­gneur, et que je sois compté parmi vos enfants, qui sont les fils de la lumière dans votre Royaume.(Lc 16,8 ; Eph 5,8 ; 1 Th 5,5).

Père, je me rappelle cette bonne femme de Thécua qui, entrant chez le roi David, lui demanda pardon pour Absalon son fils (2 R 14,1) ; et ce bon roi, entendant que la demande avait été ordonnée par le capitaine Joab, son bien aimé et son favori, aussitôt il lui accorda la grâce qu'elle implorait. Père, votre saint et bien aimé Fils Jé­sus-Christ m'a ordonné de faire cette prière et m'a envoyé à vous afin que je vous demande les grâces qui y sont contenues. Ne me regardez pas, ô Père, moi qui suis le plus grand de tous les pécheurs, mais regardez votre Fils très saint et béni, le plus grand de tous les Saints, voire le Sanctificateur d'eux tous; et par l'amour que vous lui portez,(1 Co 1,30) accordez-moi ce qu'il m'a ordonné de vous demander.

Je me souviens aussi, Père, qu'il n'était pas permis aux fils de Jacob de paraître une seconde fois en présence de Joseph s'ils ne con­duisaient avec eux leur frère cadet Benjamin ; (Gn 42,20 ; 43,3 ; 44, 23) et à nous il n'est pas permis de paraître en votre présence sans notre frère aîné, qui est votre Fils unique Jésus-Christ. Voilà donc, ô Père, je viens maintenant devant vous avec votre saint Fils, mon Seigneur Jésus. Je vous le présente, et vous prie humblement que par ses mérites et par sa très sainte Mort et Passion vous daigniez m'accorder ce que lui-même, dans cette Oraison et cette requête qui sont siennes, m'a ordonné de vous demander, afin que mon âme soit toute vôtre et qu'elle vous loue et bénisse dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


APPENDICE

A

DÉVOTES MEDITATIONS SUR TOUS LES MYSTÈRES DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE [214]

PETITE PREFACE

On celebre la sainte Messe en memoire de la Passion de Nostre Seigneur Jesus Christ, comme il a commandé a ses Apostres leur donnant son corps et son sang, et leur disant : Hoc facite in meam commemorationem, c'est a dire : Faites cela en memoire de moy. Comme s'il vouloit dire : Souvenes vous de ce que j'ay enduré pour vostre salut, prattiques donq ce mesme mystere pour vous et pour les vostres.

L'ENTREE DU PRESTRE A L'AUTEL

(Jesus entre au Jardin)

Mon Seigneur Jesus Christ, Filz de Dieu vivant, qui aves voulu estre saisi de crainte et de tristesse a l'instant de vostre Passion, donnes moy la grace de vous consacrer tous mes ennuis. O Dieude mon cœur, aydes moy a les endurer dans l'union de vos souffran­ces et tristesses, affin que par le merite de vostre Passion ilz me soyent rendus salutaires. Amen.

AU COMMENCEMENT DE LA MESSE

(Les prieres de Jesus au Jardin)

Mon Seigneur Jesus Christ, Fils de Dieu vivant, qui aves voulu estre conforté lhors que vous priies au Jardin des Olives, faites que par la vertu de vostre orayson, vostre saint Ange m'assiste tous-jours en mes prieres.

AU CONFITEOR

(Jesus est courbé en terre)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves sué du sang par tous vos membres et dans l'exces de vostre douleur, lhors qu'estant reduit a l'agonie vous priies le Pere eternel au Jardin, faites que par le souvenir de vostre Passion, je puisse participer a vos douleurs di­vines, et qu'au lieu de sang je verse des larmes pour mes pechés.

AU BAYSER DE L'AUTEL

(Jesus est trahi par le bayser de Judas)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves enduré le bayser du traistre Judas, faites moy la grace de ne vous trahir jamais, et de rendre a mes calomniateurs les offices d'une amitié chrestienne. Amen.

A L'EPISTRE [215]

(Jesus est mené prisonnier)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves bien voulu estre garrotté par les mains des meschans, rompes les chaisnes de mes pechés, et retenes moy tellement par les liens de la charité et de vos comman­demens, que les puissances de mon ame et de mon cors ne s'eschap­pent point a commettre aucune chose qui soit contraire a vostre sainte volonté.

A l'INTROIT

(Jesus est souffletté)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre conduit comme un criminel a la maison d'Anne, faites moy la grace de ne pas estre attiré au peché par l'esprit malin, ou par les hommes pervers, mais d'estre guidé par vostre Saint Esprit a tout ce qui est aggreable a vostre divine volonté. Amen.

AU KYRIE ELEISON

(Jesus est renié par Pierre)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves permis d'estre trois fois re­nié en la maison de Caïphe par le prince des Apostres, preserves moy des mauvaises compagnies, affin que le peché ne me separe jamais de vous. Amen.

AU DOMINUS VOBISCUM

(Jesus regarde Pierre et le convertit)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui par un regard de vostre amour aves tiré des yeux de saint Pierre les larmes d'une veritable peni­tence, faites par vostre misericorde, que je pleure amerement mes pechés, et que je ne vous renie jamais de fait ou de parole, vous qui estes mon Seigneur et mon Dieu. Amen.

A L'EPISTRE

(Jesus est mené chez Pilate)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre mené devant Pilate et accusé fausement en sa presence, apprenes moy le moyen d'eviter les tromperies des meschans et de professer vostre foy par la prattique des bonnes œuvres. Amen.

AU MUNDA COR MEUM

(Jesus est mené chez Herode)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estant en la presence d'Herode aves souffert les fauses accusations sans repliquer un seul mot, donnes moy la force d'endurer courageusement les injures des ca­lomniateurs, et de ne pas publier aux indignes les sacrés mysteres. Amen.

A L'EVANGILE

(Jesus est moqué et ramené devant Pilate)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves souffert d'estre renvoyé d'Herode a Pilate, qui devinrent amis par ce moyen, faites moy la grace de ne pas craindre les conspirations que les meschans font contre moy, mais d'en tirer du proffit, affin d'estre digne de vous estre conforme. Amen.

A L'OUVERTURE DU CALICE

(Jesus est despouillé)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre despouillé de vos habitz et cruellement fouetté pour mon salut, faites moy la grace de me descharger des pechés par une bonne confession, affin de ne pas paroistre devant vos yeux despouillé des vertus chres­tiennes. Amen.

A L'OFFERTOIRE

(Jesus est fouetté)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre lié a la colomne et deschiré a coups de fouetz, donnes moy la grace d'endurer pa­tiemment les fleaux de vostre correction paternelle, et de ne vous point affliger doresnavant par mes pechés. Amen.

LHORS QU'ON COUVRE LE CALICE

(Jesus est couronné)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre couronné d'es­pines pour moy, faites que je sois tellement piqué par les espines de la penitence en ce monde, que je merite d'estre couronné au Ciel. Amen.

LHORS QUE LE PRESTRE LAVE SES MAINS

(Pilate lave ses mains)

Mon Seigneur Jesus Christ, Filz de Dieu vivant, qui estant declaré innocent par la sentence du president Pilate, aves souffert les impostures et les reproches des Juifz, donnes moy la grace de vivre dans l'innocence et de ne me point inquieter de mes ennemis. Amen.

A L'ORATE, FRATRES

(Pilate dit aux Juifz : Ecce homo)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre bafoué pour moy en presence des Juifz, portant les marques de leurs risees, faites que je ne ressente point le chatouillement de la vaine gloire, et que je comparoisse au jugement sous l'enseigne de ces marques mys­tiques.

A LA PREFACE

(Jesus est condamné a mort)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu, quoy qu'innocent, estre condamné pour moy au supplice de la croix, donnes moy la force de soustenir la sentence d'une mort cruelle pour vostre amour, et de ne redouter pas les faux jugemens des hommes et de ne juger personne injustement. Amen.

AU MEMENTO POUR LES VIVANS

(Jesus porte sa Croix)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves porté la croix pour moy sur vos espaules, faites que j'embrasse volontairement la croix de la mortification et que je la porte journellement pour vostre amour. Amen.

A L'ACTION

(Sainte Veronique essuye d'un linge la face de Nostre Seigneur)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estant dans le chemin par lequel vous marchies au supplice de la croix, aves dit aux femmes qui pleuroyent pour l'amour de vous qu'elles devoyent pleurer pour elles mesmes, donnes moy la grace de bien pleurer mes pechés, don­nes moy les larmes d'une sainte compassion et d'un saint amour, qui me rendent aggreable a vostre sainte Majesté.

A LA BENEDICTION DES OFFRANDES

(Jesus est attaché en croix)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre attaché en croix pour mon salut, y attachant avec vous l'obligation de nos pechés et de la mort, percés ma chair d'une sainte crainte, affin qu'embras­sant fortement vos commandemens, je sois tous-jours attaché a vostre Croix. Amen.

A L'EsLEVATION DE L'HOSTIE

(Jesus crucifié est es levé)

Mon Seigneur Jesus, Christ, qui aves voulu estre eslevé en croix, et exalté de la terre pour moy, retires moy des affections terrestres, esleves mon esprit a la consideration des choses celestes. Amen.

A L'ESLEVATION DU CALICE

(Le sang de Jesus Christ coule de ses playes)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves fait couler de vos playes salutaires la fontaine de vos graces, faites que vostre sacré sang me fortifie contre les mauvais desirs et me soit un remede salutaire a tous mes pechés. Amen.

AU MEMENTO POUR LES TRESPASSÉS

(Jesus prie pour les hommes)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estant attaché a la croix aves prié vostre Pere pour tous les hommes, mesme pour vos bourreaux, donnes moy l'esprit de douceur et de patience qui me fasse aymer mes ennemis, rendre le bien pour le mal, suivant vostre exemple et vos commandemens. Amen.

AU NOBIS QUOQUE PECCATORIBUS

(La conversion du larron)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves promis la gloire du Paradis au larron qui se repentoit de ses pechés, regardes moy des yeux de vostre misericorde, affin qu'a l'heure de ma mort vous disies a mon ame : Aujourd' huy tu seras avec moyen Paradis. Amen.

AU PATER

(Les sept paroles de Jesus en croix)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estant attaché a la croix aves recommandé vostre sainte Mere au Disciple bienaymé et le Disciple a vostre Mere, faites moy la grace de me recevoir sous vostre protection, affin que me preservant parmi les dangers de cette vie, je sois du nombre de vos amis. Amen.

A LA DIVISION DE L'HOSTIE

(Jesus meurt en croix)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui mourant en la croix pour mon salut aves recommandé vostre ame au Pere eternel, faites que je meure avec vous spirituellement, affin qu'a l'heure de ma mort je rende mon ame entre vos mains. Amen.

QUAND LE PRESTRE MET UNE PARTICULE DE L'HOSTIE AU CALICE

(L'ame de Jesus descend aux enfers)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui, apres avoir terrassé les puissances du diable, estes descendu aux enfers, et aves delivré les peres qui y estoyent detenus, faites, je vous prie, descendre en Purgatoire la vertu de vostre sang et de vostre Passion sur les ames des fidelles trespassés, affin qu'estant absoutes de leurs pechés, elles soyent receues dans vostre sein et jouissent de la paix eternelle. Amen.

A L'AGNUS DEI

(La conversion de Plusieurs a la mort de Nostre Seigneur)

Mon Seigneur Jesus Christ, plusieurs ont deploré leurs pechés par la consideration de vos souffrances: faites moy la grace, par les merites de vostre Passion douloureuse et de vostre Mort, de conce­voir une parfaite contrition de mes offenses, et que desormais je cesse de vous offenser. Amen.

A LA COMMUNION

(Jesus est enseveli)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu estre enseveli dans un nouveau monument, donnes moy un cœur nouveau, affin qu'es­tant enseveli avec vous, je parvienne a la gloire de vostre resur­rection.

A L'ABLUTION

(Jesus est embaumé)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves voulu mourir, estre embau­mé, enveloppé d'un linge net par Joseph et Nicodeme, donnes moy la grace de recevoir dignement vostre saint corps au Sacre­ment de l'autel et dans mon ame embaumee des precieux unguens de vos vertus. Amen.

APRES LA COMMUNION

(La resurrection de Jesus)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estes sorti victorieux et triom­phant du sepulchre fermé et cacheté, faites moy la grace que re­suscitant du tombeau de mes vices, je marche dans une nouvelle vie, affin que, Ihors que vous paroistres dans vostre gloire, j'y pa­roisse aussi avec vous. Amen.

AU DOMINUS VOBISCUM

(Jesus apparoist a ses Disciples)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves resjoui vostre chere Mere et vos Disciples apparaissant a eux apres vostre resurrection, donnes moy cette grace, que puisque je ne puis vous voir en cette vie mortelle, je vous contemple en l'autre en vostre gloire. Amen.

AUX DERNIERES COLLECTES

(Jesus converse avec ses Disciples pendant quarante jours)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui apres vostre resurrection aves daigné converser l'espace de quarante jours avec vos Disciples et leur aves enseigné les misteres de la foy, resuscites dans moy et m'affermisses dans la creance de vos divines ventés. Amen.

AU DERNIER DOMINUS VOBISCUM

(Jesus monte au Ciel)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui estes monté au Ciel en presence de vos disciples, apres avoir accompli le nombre de quarante jours, faites moy la grace que mon ame se degouste pour vostre amour de toutes les choses de la terre, qu'elle aspire a l'eternité et qu'elle vous desire comme le comble de la felicité. Amen.

A LA BENEDICTION

(La descente du Saint Esprit)

Mon Seigneur Jesus Christ, qui aves donné le Saint Esprit a vos disciples perseverant unanimement en l'orayson, espures, je vous prie, l'interieur de mon cœur, affin que le Paraclet treuvant un sejour aggreable en mon ame, l'embellisse par ses dons, de ses graces et de sa consolation. Amen.

ACTIONS DE GRACES APRES AVOIR OUY LA SAINTE MESSE

Mon Seigneur Jesus Christ, Fils de Dieu, mon Redempteur, je vous remercie de ce que vous m'aves fait la grace d'avoir entendu aujourd'huy la sainte Messe. Je vous prie, par les merites de ce divin Sacrifice, de me donner l'esprit et la force de resister tous-jours a toutes les mauvaises tentations, affin que, sortant de ce monde, je sois digne du Paradis. Ainsy soit il.

B

PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE ATTRIBUÉE A SAINT FRANÇOIS DE SALES [216]

Je vous salue, tres douce Vierge Marie, Mere de Dieu. Vous estes ma Mere et ma Souveraine; partant je vous supplie de m'accepter pour vostre filz et serviteur, parce que je ne veux plus avoir de Mere et de Maistresse que vous. Je vous prie donq, ma bonne, gra­cieuse et douce Mere, qu'il vous playse de me consoler en toutes mes angoisses et tribulations, tant spirituelles que corporelles.

Ayes memoire et souvenance, tres douce Vierge, que vous estes ma Mere et que je suis vostre filz, que vous estes tres puissante et que je suis une pauvre creature vile et foible. Partant je vous sup­plie, ma tres douce Mere, que vous me gouvernies et defendies en toutes mes voyes et actions, car helas ! je suis un pauvre disetteux et mendiant qui ay grand besoin de vostre sainte protection. Sus donq, ma tres sainte Vierge, ma douce Mere, preserves et delivres mon cors et mon ame de tous maux et dangers, et, de grace, faites moy participant de vos biens et de vos vertus, et principalement de vostre sainte humilité, excellente pureté et fervente charité.

Ne me dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouves, car vostre bienaymé Filz vous a donné toute puyssance, tant au Ciel comme en la terre. Ne me dites pas que vous ne deves, car vous estes la commune Mere de tous les pauvres humains, et singulierement la mienne. Si vous ne pouvies, je vous excuserois disant : Il est vray qu'elle est ma Mere et qu'elle me cherit comme son filz, mais la pauvrette manque d'avoir et de pouvoir. Si vous n'esties ma Mere, avec rayson je patienterais disant : Elle est bien asses riche pour m'assister, mais hclas ! n'estant pas ma Mere elle ne m'ayme pas.

Puis donq, tres douce Vierge, que vous estes ma Mere et que vous estes puyssante, comment vous excuseray je si vous ne me soulages et ne me prestes vostre secours et assistance ? Voyes, ma Mere, que vous estes contrainte de m'accorder ce que je vous demande.

Soyes donq exaltee sur les Cieux et sur la terre, glorieuse Vierge et ma tres haute Mere Marie, et pour l'honneur et la gloire de vostre Filz, acceptes moy pour vostre enfant, sans avoir esgard a mes mi­seres et pechés. Delivres mon ame et mon cors de tout mal, et donnes moy toutes vos vertus, sur tout l'humilité. Faites moy present de tous les dons, biens et graces qui playsent a la tres sainte Trinité, Pere, Filz et Saint Esprit. Ainsy soit il.

C

AUTRE PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE ATTRIBUÉE AU MÊME

O bienheureuse Vierge Marie, digne Mere de Dieu et fidele Dis­pensatrice de toutes les graces qu'il veut nous distribuer en cette vie, je vous supplie, par l'amour de vostre cher Filz, nostre Sauveur Jesus Christ, de m'obtenir de vostre divin Espoux, le Saint Esprit, une lumiere celeste et un bon conseil pour connoistre ce que je dois faire et comment je dois me conduire pour la gloire de Dieu et l'advancement de mon salut.

J'espere, O Sainte Vierge, recevoir par vostre moyen cette fa­veur du Ciel, car apres Dieu, j'ay mis en vous toute ma confiance.

NOTE DES ÉDITEURS

Toutes les éditions des Œuvres de saint François de Sales, à commencer par celle in-folio de 1637, p. 1033, donnent une pièce intiiulée : Maniere devote pour celebrer avec fruict le tres-sainct Sacrifice de la Messe. On nous permettra de l'écarter de notre Edition, comme n'ayant aucune preuve d'authenticité ; on n'y retrouve ni les pensées du Saint, ni son style, mais un amas de considérations qui suffoquent l'esprit, au lieu de le recueillir ; plusieurs mots y sont employés qui ne se rencontrent pas dans ses écrits.

De nombreux déposants au Procès de Béatification du Serviteur de Dieu par­lent de différents documents de moindre étendue : tels, la Briefve Meditation sur le Symbole des Apostres, l'Advertissement aux Confesseurs, etc. ; aucun ne mentionne la Maniere devote pour celebrer... la Messe.

Avant 1637, elle fut publiée à la suite de l'Advertissement aux Confesseurs, dans le petit volume imprimé à Lyon par Jean Charvet, 1620, ou 1615 ? (Op2, note 132). C'est de là, sans doute, que les éditeurs de 1637 l'auront tirée, sans trop examiner si elle était vraiment du saint Evêque de Genève. Mais M. de Ville, qui donna une Approbation à l'opuscule de Charvet le 24 août 1615, s'exprime ainsi : " Certifie avoir leu ces deux presents traictés, dont le premier (l'Advertissement) marque la rare capacité de son Autheur, le se­cond temoigne la ferveur et zele de la saincte Messe. " A noter qu'il ne dit pas " sa ferveur ", mais " la ferveur ". Le " Permis " de Fr. Robert Berthelot, évêque de Damas, ne se rapporte qu'au second traité ; il nous paraît très sec, contrairement à son habitude, quand il s'agit des ouvrages de saint François de Sales. Qu'on en juge : "Ce devot traicté, traictant d'un haut mystere, est digne de paroistre par­tout ; car, comme son Aucteur est orthodoxe, aussi l'est l'œuvre. "

Pour ces raisons, qui nous semblent probantes, nous supprimons dans notre Edition authentique l'opuscule en question.

D

LETTRES DÉCOUVERTES APRÈS L'IMPRESSION DES VOLUMES PRÉCÉDENTS

(qui ont été replacées, dans ce CD, à leurs bonnes dates. JG)

LETTRE (CCLXXVI) - A LA BARONNE DE CHANTAL (1né­dite en partie). – 28 février 1605

La santé est inutile si elle n'est em­ployée à la « conques te de la sainteté. " - Ecrire à la Baronne ne peut nuire au Saint. - Plus la croix est grande, moins elle pèse. - Pieux souhaits, ardentes aspirations à propos d'une " image devote ". - Un projet de voyage à Annecy et une dé­cision. - Avis de saint François de Sales touchant le désir de mesdames Brûlart et de Villers d'accompagner en Savoie Mme de Chantal. - Mme de Boisy recevra celle-ci " avec plus de cœur et d'amour. " - Prière de l'excuser auprès de MM. Fré­myot, père et oncle - Reclassée dans L3, p.20, sous le n° 276 bis

MMCI - A MESSIEURS LES CURÉS DE VALROMEY ET DE SUR-SEMINE (Inédite). 13 avril 1606

Monsieur Rosetain est char­gé de transmettre aux ecclésiastiques destinataires l'avis du Saint au sujet de leurs bénéfices

Reclassée dans L3, p.106, sous le n° 342.

MMCII- A Mme DE LA FOREST, RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE BONS (Inédite). Octobre 1608-1610 ?

- Une excommunication qui, peut­-être, reste sans effet. - Quand nous commettons des fautes, les réparer par l'humilité et nous abîmer dans la confian­ce en Dieu et la défiance de nous-mêmes. - Soumission amoureuse à l'Abbesse du monastère ; ne pas la regarder " com­me mauvaise, mais comme malade. " - Nos Supérieurs sont les officiers de Dieu. - Vaincre ses répugnances en témoignant à l'Abbesse une vraie charité Reclassée dans L4, p.58, sous le n° 488 bis

(MCCCXL) - A LA PRÉSIDENTE DU FAURE (Fragment inédit). Avril 1617

-Un mot du cœur. - Prière du Saint pour la destinataire Reclassée dans L7, p.227, sous le n°1235

MMCIII- A M. SYLVESTRE DE SALUCES DE LA MENTE, ABBÉ D'HAUTECOMBE. 3 novembre 1622

- Reconnaissance de saint François de Sales pour un service qui lui est rendu ; sa pauvreté. - Il aurait de bonnes raisons pour se dispenser d'accompagner le duc de Savoie et le prince Cardinal en France ; mais pour leur être utile, mort ou vif il ira. - Si l'Abbé d'Hautecombe lui indique le jour, le Saint ira le chercher en son monastère. - Remercie­ments de l'Evêque de Chalcédoine Reclassée dans L10, p.230, sous le n° 1956 bis.

GLOSSAIRE

DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNÉS

OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITÉE AUJOURD'HUI [217]

(L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans les Glossaires des tomes précédents.)

*A - pour contre, dans , dans une, pour une, de, de façon à , en, en­vers, par, pour, vers.

*AAGE - pour époque, temps

*ABBAYEMENT - aboiement

*ABBAYER - aboyer

ABESTON - asbestos, asbeste, mi­néral incombustible dont on tissait des toiles

*ABORD - pour arrivée, contact

*ACCOINTANCE (avoir) – avoir union charnelle, en dehors du mariage

ACCOLER - embrasser

*ACCOMMODÉ - pour adapté, ap­proprié

*ACCOMMODER, ACCOMMODER (s') - pour adapter, s'a­dapter

ACCORD - pour accort, avisé; mot emprunté à l'italien ACCORTO, adroit, rusé

ACCORTEMENT - adroitement, d'une manière avisée

ACCOSTER D'UN ARBRE (s') ­- s'appuyer au moyen d'un arbre

ACCOUSTRER - pour arranger, disposer

*ACCOUSTUMÉ (avoir) - avoir cou­tume

*ACCOYSER - apaiser

ACCRESTÉ - droit

ACCROISTRE - pour augmenter

*A CE QUE - afin que, pour que

*A CETTE CAUSE - c'est pour­quoi, c'est pour cela que, pour ce motif que

ADAMANTIS - espèce d'herbe ma­gique mentionnée par Pline, mais inconnue

ADMINISTRANS - qui dirigent

*ADMIRABLE - pour étonnant

*ADMONESTER - pour avertir

*ADRESSER- pour diriger

ADVANCÉ - pour favorisé, pri­vilégié

*ADVANCER - pour faire avancer

*ADVANTAGÉ - favorisé

*ADVENIR - arriver

ADVENIR (ce jour la) - ce jour à venir, qui viendra

ADVlS (il est) - il semble

*ADVlSER - avertir, conseiller

*AFFECTION - pour désir, dispo­sition

* AFFECTIONNÉ - pour attaché ,dévoué

AFFECTIONNÉS (les) - les âmes dévouées

*AFFECTIONS - pour la libre expression de ses sentiments, mouvements du cœur, senti­ments

AFFECTIONS (faire les) - faire naître un mouvement du cœur, un sentiment ).

*AFFETERIE - pour affectation

AFFLUENT - pour abondant

AFFOLER - pour rendre comme fou

AFFRIANDER - être alléché par, être friand

A FONS - pour au fond

AHEURTÉ - arrêté, tenace

AIGUEMORTE - eau morte

*AINS - bien plus, et même, mais, mais au con­traire, mais encore, mais plutôt, ou plut6t

AIRAGNEE - araignée

*AIS - planche

*ALANGOURI - alangui, languis­sant

*ALANGOURIR (s') - se rendre languissant

ALASCHIZ - affaiblis, sans force; du verbe alaschir

*A L'ENTOUR - à proximité d'elles, autour d'elles

*ALLENTIR - ralentir, rendre plus lent

A LUY - pour vers lui

*A MESME - à une même

*A MESME QUE - en même temps que

A MESME QU'IL A - étant à même d'avoir

*AMIABLE - douce

*AMIABLEMENT - aimablement

AMORTIR - pour engourdir, ren­dre comme mort

*AMUSER - pour occuper, dis­traire

*AMUSER (s') - pour passer son temps, perdre le temps

*AMUSER A - pour perdre le temps avec, s'occuper de

ANGARIE - impôt mot médiéval tiré du latin ANGARIA, obligation d'aider aux courses et transports du

prince.

ANNELER - enrouler en forme d'anneaux, faire des boucles, friser

*A PECHÉ - sous peine de péché

*APERTEMENT - ouvertement

APOSTEME – apostème, abcès Du lat. APOSTEMA, corrompu.

*APPARTENANCES - qui ont la qualité de se rattacher à

APPARTENANTE - appartenant, qui appartient

* APPERT (il) - il est évident

APPETITIVE (l') - la pensée qui désire

*APPREHENDER - pour com­prendre, saisir par l'esprit

*APPREHENSION - pour con­ception, idée vive

APPREHENSIVE (l') - la pensée qui craint ou appréhende un péril

APRES - pour d'après

A QUOY - pour auquel

ARAGNE, ARAIGNE - araignée

ARAIGNE PHALANGE - arai­gnée venimeuse ou Phalange

*ARONDELLE - hirondelle

*ARRESTER - pour projeter, rè­gler

ARRHE - comme un acompte

ARTIFICIEL - pour manuel, mé­canique

*ASPRETÉ - pour dureté

ASSAULT - assaille, attaque brusquement

*ASSEURÉ - pour sûr

*ASSEURÉ (est)-pour ferme

ASSEURER - pour affermir, être sûr

ASSISENT (s') - s'asseyent

*ASSISTER - pour prêter son aide, son concours

ASSISTER A - prêter son aide pour

ASSOUPIR SON BRUIT - calmer le bruit qu'il faisait dans le monde, diminuer sa réputation

ASSOUVIR (s') - se contenter

ASSOUVIR - contenter, satisfaire

ASTRICTIONS - contraintes, obli­gations

*ATTENDRIR - pour amollir

*ATTREMPER - modérer, tempé­rer

*AU - pour à, dans le, en, le, pour le, vers le

AU CONTRAIRE - pour le con­traire

*AUCUN, AUCUNE - pour quel­que

AUCUNE (d') - quelqu'une

*AUCUNEMENT - pour de quelque manière, en quelque façon, en aucune façon

*AUCUNES FOIS - quelquefois

AUCUNS - pour quelques-uns

*AU DEMEURANT - au reste

AU LIEU - pour à la place

AUPARAVANT QUE DE – avant de

AU PLUS PRES QUE L'ON PEUT- le plus exactement possible

*AU PRIS, AU PRIX - pour en comparaison

*AUQUEL - pour dans lequel, où, en qui

*AUSSI - pour non plus

AUTANT PESANT QUE FEROIT UNE POIRE - autant en poids que le ferait une poire

AUTRE (qu') - qu'une autre

*AUTRES - pour d'autres

*AUTRES FOIS - pour d'autres fois

*AUX - pour après les, avec les, dans les, par les

AUX YEUX DE DIEU - suivant, selon le regard observateur, le jugement de Dieu

* AVANCER - pour approcher

AVANT - pour plus profondé­ment

*AVANT QUE DE - avant de

AVEC (qu') - pour sinon avec

*AVIDEMENT - avec empresse­ment

*A VISER (s') - croire

AYSANCE - pour commodité, faci­lité

BAIGNER (se) - pour être satis­fait pleinement

*BAILLER - donner

*BANDER - pour appliquer forte­ment, tendre

*BASSE - pour petite

*BASSEMENT - bas, à voix basse, d'une manière grossière, vulgaire

BASS'ESTOFFE (de) - d'un ta­lent inférieur

BATTELEUR - charlatan

*BEE - béante

BELLEMENT - doucement

*BELLEMENT (tout) - tout douce­ment, tout simplement

*BENEFICE - pour bienfait

*BIENFACTEUR, BIEN FACTEUR- bienfaiteur

*BIGEARRERIE - bizarrerie

BLANDISSANT - caressant, disant des paroles doucereuses

BONNE FOY (a la) - avec une confiance assurée

*BONNEMENT - facilement

BONNEMENT SE RESOUDRE DE L'ENVIRON - facilement dé­nouer la difficulté au sujet du nombre

approximatif

BOUGER (se) - bouger, se remuer

BOURGUESPINE-arbuste à baies, nerprun

*CAREMPRENANT - les trois jours qui précédent le mercredi des Cendres

*CARESSER - pour accueillir, traiter avec bienveillance

*CARESSES - pour accueil bien­veillant

*CARQUAN - collier de femme

CATABLEPA (serpent) - le texte de Pline porte catoblepas, mot ve­nu du grec, mais inconnu. Il y a peut-

être confusion avec le basilic

*CE - pour ceci, cela.

*CEANS - ici

*CELLE - du lat. CELLA, cellule

CELLE ICY - celle-ci

CE NONOBSTANT - malgré cela, non obstant cela

CESSE L'ON (ne) - l'on ne cesse

*CESTE CI - celle-ci

C'EST POINT - ce n'est point

*CESTUY LA - celui-là

*CHAMS (aux) - à la campagne

*CHANGE - pour changements

CHAPPONS - nom donné à des boutures de vignes

*CHARGE (a la) - à cette condition

CHARION - chariot

CHASTAGNE - oursin

*CHEREMENT - pour avec ten­dresse

CI BAS - ci-dessous

COCOMBRE - ancienne forme de concombre

*COGITATION - du lat. COGITATIO, pensée

*COL - cou.

*COLLOQUE-entretien

*COLLOQUER - du lat. COLLOCARE, placer

COLOMBEAU - petit pigeon

COMBIEN QUE LATENTATION NE CESSEROIT POINT-bien que la tentation pourrait ne pascesser

*COMME - pour comment, de la manière que, de la même manière que, que

COMME A EXERCER EN VOSTRE ENDROIT comme s'ils de­vaient s'exercer, être mis en jeu en vous

*COMMODITÉ - pour facilité

*COMMODITÉS - pour aises, avantages, bien­-être, facilités de vivre, fa­cilités, occasions d'agir,

ressources pécuniaires

COMMOSIS- sorte de résine

*COMMUNIER (se) - pour commu­nier

COMPETENCE - pour compéti­tion

*COMPOSITION - pour accord, ar­rangement

CONCUSSION-gain illicite de fonctionnaire public, perception frauduleuse de taxes qui ne sont pas dues

*CONDUITE, CONDUITTE - pour direction, manière de gouverner

*CONFERER - pour comparer

*CONFORTER - pour affermir, réconforter

CONFRONTER - pour être atte­nant à, en bordure à

*CONJOINT - pour adhérent

*CONSIDERABLE - pour digne de considération

*CONSIDERATION (pour nostre) ­ si nous nous considérons

*CONSIDERER - pour se consi­dérer

*CONSOMMER (se) - pour se con­sumer

*CONTE - pour compte

*CONTEMPLATION (en) – pour en considération

CONTEMPTIBLEMENT - par mé­pris

*ONTENTER (se) - pour être content, satisfait

*ONTENTIEUX - pour porté aux contradictions

*ONTENTION - pour contesta­tion, effort

*CONTER - pour compter

*CONTOURNER (se) - pour se tourner

CONTRARIETÉ EST PARFAITE (si la) - si cette opposition est absolue

*CONTRECHANGE - compensa­tion, échange en retour

*CONTRECHANGER – échanger un bienfait par autre chose, le compenser par

*CONTREGARDÉ - préservé, sau­vegardé

*CONTRE MONT - en remontant la pente

*CONTREROLLER - contrôler

*CONVERSATIONS - pour compagnies, société

*CORPOREL-pour physique

CORRESPONDRE (y) - s'y conformer, y répondre

CORRIVAUX - pluriel de corrival

COTULE PUANTE - plante, genre de composées antémidées

*COUCHÉ - pour exposé par écrit

COUCU - coucou

*COULPE - du lat. CULPA, faute

*COUPEAU – cime

*.COURAGE - pour cœur

COURIR LA BAGUE - jeu où des cavaliers enlèvent avec le doigt une bague à la course

COURRE - ancien infinitif de cou­rir

COUVERTE (donner la) - berner, faire sauter en l'air quelqu'un dans une couverture (p. 254).

COUVRIR (se) - pour cacher ses fautes

*COYE - coite

CRACHÉ - couvert de crachats

*CREANCE - Credo, Symbole, croyance .

CREANT - pour croyant .

CREDIT - pour confiance que quelqu'un inspire

CRITIQUER - pour examiner

*CROISTRE - pour accroître, aug­menter

*CURIEUSE - pour pleine de re­cherche, pleine de recherches intéressées

*CURIEUSEMENT - pour d'une manière trop recherchée

CURIEUX (qui soit) - qui excite la curiosité, l'intérêt

*CY APRES - pour à l'avenir, dé­sormais

CYTRE - cithare

D' (ours) - sens partitif indéterminé pour des

DACE - tribut Du lat.DATIO, action de donner

DANS SOY - pour en elle-même

*DE - pour à, au point de vue, pour ce qui est de, au sujet de, du, par

DEBTEUR - débiteur

DE CELA - pour cela

*DEDANS - pour dans

DEDANS SOY -en soi-même, en soi

DE DEDANS (Seurs) - qui sont à l'intérieur du monastère

DE DEVANT - pour de leur présence

*DEDUIRE - énoncer, exposer

*DEFAILLANCE - pour manque

DEFAILLIR EN - faire défaut en, manquer en

*DEFAUT - pour faute

DEFAUT (le) - à ce qui manque

*DEFAUT (luy) -lui manque

DEFFAIT - en effet

DE GRACE - par faveur

*DEITÉ - du lat. DElTAS, divinité

DELIBERATION - pour décision, réflexion

DE NE POINT SORTIR - pour en ne sortant pas

*DEPARTIR-pour accorder

DEPARTIT (nous le) - nous le don­ne comme part

DE PROPOS DE - faite de sujets de conversation sur

*DEPUTÉ - pour commis

*DEQUOY - pour de ce que

*DES - pour par les

DES AUTRES - pour d'autres

DESCOUVERTE - action d'étaler, de montrer

*DESENGAGER - dégager, déli­vrer de ses entraves

*DESPARTIR (se) - pour se sépa­rer

DESPITER (quelqu'un) - mépri­ser quelqu'un

*DESPLAYSANT - désagréable

*DESPLAYSIR - pour chagrin, douleur, impression pénible

*DESPLOYER - pour manifester, mettre à nu

*DESPRENDRE (se) - se dégager

*DESSOUS - pour sous, sous la face inférieure de

*DESSUS - pour sur

*DESTOURBIER - empêchement, obstacle, trouble

DESTOURNER - pour écarter

DESVOYÉ - écarté, sorti de la voie

DETESTATION - pour aversion.

*DEVANT - pour avant, dès avant, en avant

DEVANT (en) - en avant

DEVANT A - devant

*DEVERS - vers

DEVINER - découvrir ce qui est caché dans le présent, le passé, l'avenir

*DEVIS - pour discours

*DEVOT - pour pieux

*DEVOTIEUSE - dévote, pleine de dévotion

*DEXTRE - droite

*DIE - dise

*DISCOURIR - pour parler, raisonner

*DISCOURS - pour raisonnement

*DISCRET - circonspect

*DISCRETION - pour discerne­ment

*DISJOINT - pour séparé

*DISTILLER - pour couler goutte à goutte

*DISTRAIT - pour détourné

*DIVERTIR - du lat. DIVERTERE, détourner

DIVERTIR (se) - se détourner, se distraire

DIVERTIR A - se détourner pour, jusqu'à

*DIVERTISSEMENT - action de se détourner

*DONT - pour à la suite de quoi, au sujet de laquelle, au sujet de quoi, au sujet desquels, de là, c'est

pourquoi, de là, d'où, d'où il arrive que d'où il résulte que

DOUILLET - pour délicat

*DRESSER - pour diriger, lever, tenir droit

DRESSER A - diriger vers

*DU - pour au point de vue de, pour le, dès le, pour le

*DUIT - dressé, instruit pour

DU TEMS QUE - dans le temps où, quand

*DU TOUT - entièrement, tout à fait

ECHENEIS - échénéide, rémora

EMATISTE - améthyste

EMBARRASSEUR - qui cause de la gêne, de l'inquiétude

EMBESOIGNER DE LEUR PROUF­FIT (sans s') - sans s'embarras­ser de leur progrès, sans s'en

donner du souci

*EMMI - au milieu de, dans, dans les

EMOUVOIR L'AFFECTION – faire naître un mouvement du cœur, un sentiment

*EMPESCHÉ - pour embarrassé

EMPESCHE DE SES FONCTIONS - qui embarrasse, entrave ses fonctions

*EMPESCHER (s') - pour s'em­barrasser

EMPESCHENT TANT PLUS (s') ­- sont entravés d'autant plus

EMPETRÉ - pour embarrassé com­me par des entraves

EMPRESSER A LA QUESTE (s') ­-s'empresser en la recherche

*EN - pour à, avec l', dans l' , dans le, dans les, sur

*EN APRES - ensuite

ENCLOSANT (en) - en y compre­nant, en y renfermant

ENCONTRE (a l') - contre

ENCOR BIEN QUE - alors même que, bien que, quoique

ENCORES QUE, ENCOR QUE - ­bien que, étant donné que, quoi­que

ENCOR QU'IL EST - bien qu'il soit, quoiqu'il soit

ENDORMISSEMENT - nom inu­sité, formé sur endormir

EN FAÇON DE - comme des, en manière de

*ENFANÇON - petit enfant

ENGROSSIR (s') - devenir grosse

ENIVRER (d')-de s'enivrer

ENLACER - pour prendre comme dans un filet

EN L'ENDROIT DE VOUS – envers vous, en votre endroit

*EN LIEU - pour au lieu

*ENOMBRER - couvrir de son ombre

EN SA GARDE - sous sa garde, sa protection

*ENSEMBLEMENT - ensemble

"ENSUIT (s') - arrive par suite, en conséquence, suit, vient ensuite

ENSUIT (s'en) - de là s'ensuit, en résulte

EN SUITE - pour à la suite de cela, en conséquence

ENSUIVY (ne sera pas) - n'aura pas eu l'effet voulu

*ENTANT QUE - autant, dans la mesure que,, dans la mesure où,, d'au­tant que, parce que

ENTÉ - greffé

*ENTENDRE A - s'adonner à

ENTENDRE QU'A (n') - ne penser qu'à, ne porter son attention qu'à

EN TERRE - pour sur la terre

*ENTRE - pour dans, parmi

ENTREFAIRE (s') - se faire réci­proquement

*ENTREJETTER - pour mêler

*ENTREPRINSE - entreprise

ENTREREGARDER - se regarder réciproquement

ENTRERENDRE (s') - se rendre réciproquement

*ENTRETENIR (nous) - pour nous tenir ensemble, nous tenir unis

ENTRETENIR SUR LES (vous) ­- pour converser avec vous-même, vous occuper des

*ENVERS - pour à

*EQUIPPAGE - pour état

ESCACHER - comprimer, fouler

ESCHARAVEAU - nom vieilli d'é­charbot ou escarbot,mot tiré de SCARABAEUS, scarabée, bousier

*ESCIENT (a nostre, a son) - à notre connaissance, en connaissance de cause, sciemment, exprès

ESCLAIRE - nom vulgaire de la chélidoine

ESCLAIRES - pour rendez visible

*ESLANCEMENT - pour élan

*ESLECTION - pour choix

ESPARSEMENT - d'une manière éparse

ESPÉS - ancienne forme d'épais, du lat. SPISSUM ; ici, nombreux

*ESPLUYER (s') - se répandre en pluie

*ESPRAINDRE - presser

ESQUELZ - dans lesquels

*ESSAY - pour épreuve

*ESSAYER (s') - essayer, s'efforcer

*ESTABLERIE - auberge

EST CE PAS - n'est ce pas, avec la négation sous entendue

EST D'HONNORABLE (ce qui) ­- ce qu'il y a en fait d'honneur

ESTOURDI - pour engourdi

ESTRAPADE - châtiment par le­quel on élevait en l'air un crimi­nel au moyen d'une corde, pour le

laisser ensuite retomber brus­quement de tout son poids

ESTRESSIT CONTRE BAS (s') ­devient étroit, s'étrécit en bas

*ET SI - et ainsi, et aussi

ET SI ME SEMBLE - et ainsi il me semble

*EXALATION - exhalaison

*EXECUTION - pour action

*EXQUISEMENT - d'une manière recherchée

*EXTENUER - pour atténuer, rabaisser

*EXTERNE - pour extérieur

FAÇONS - pour manières

*FAIRE - pour accorder, entretenir, rendre

FAIRE DES PERSUASIONS ­- essayer de persuader

FAIRE PAS DES ATTENTIONS SUPERFLUES, S'ENQUERANT DE (ne) - ne pas porter sa pensée

sur des choses superflues, cher­chant à connaître

FAIRE PROFESSION - pour avoir l' habitude de déclarer hautement que

FAITZ A LA MODE D'HUISTRES - faits, pour ainsi dire, à la manière des huîtres, ont la forme des

huîtres

FANS - orthographe du XVIe siècle, pour faons, les petits d'un ani­mal

*FANTASIE (a sa) - selon son imagination

*FASCHERIE - contrariété, ennui, peine

FAU - hêtre

FAUT - manque, défaille

*FERMEMENT - pour constamment

FESTOYER - fêter

FEUGERE - fougère, anc. fran­çais feugière

FEUILLER (au) - nom verbal de feuiller ; quand les arbres se cou­vrent de feuilles

*FIANCE - confiance

*FICHÉ, FICHER - enfoncé, fixé, enfoncer, fixer

FIGURE DEQUOY (en) - en com­paraison de quoi

FIGURER - pour représenter

*FIN BOUT (au) - au dernier bout, tout au bout

FIN COMMENCEMENT (au) - tout à fait au commencement

FINEMENT - pour adroitement, subtilement

FIN FONS - dans la profondeur extrême

FLAMBE - autre forme de flamme, feu clair, nom de l'iris des jardins ou glaïeul

FLUER - couler

*FOL - fou

FONDENT (se) - pour se dirigent d'une façon continue, se reposent sur

FONT LEUR CHEMIN DROIT (ilz) - ils vont leur chemin tout droit

*FORCE (a) - beaucoup de, de nombreux

FORCENERIE (c'est) - c'est une folie, c'est être hors de ses sens

*FORCER - pour faire céder, s'opposer résolument à

FORMÉ (coadjuteur) - qui a fait ses derniers vœux

*FORTUNE - chance, risque

FORTUNE DES - chance, risque de rencontrer des

FOUDRE (du, le) - aujourd'hui féminin; de la foudre

FRAIS - pour présence, trace fraîche

FRONCE - pour pli, ride

*GARDER - pour préserver

*GAUCHIR - se détourner pour éviter un coup

GAUSSERIE - moquerie

GLAY - glaïeul

*GLOTONNIE - gloutonnerie

*GOUST - pour saveur, sensation agréable

*GRAND - pour gros

GREFFE (le) - aujourd'hui la greffe

*GROSSIERE - formulée en gros, imparfaite

GUIDE (une) - est aujourd'hui mas­culin

*HABILITÉ - aptitude, habileté

*HANAP - grande coupe à boire

HARIER - harceler, tourmenter

HASLE - exhalaison chaude

HAUT - élevé, grand

HELENE - probablement le feu Saint Elme

*HONNESTE - pour bienséant, convenable

HONNESTE (ce qui est) - ce qui est conforme aux devoirs dont il est question

*HONNESTEMENT - pour conve­nablement

HONNESTE SUJET - cause, mo­tif convenable

*HONNESTETÉ - pour conve­nance, vertu

*HORS - pour dehors

*HUMEUR, HUMEURS - carac­tère, caractère, goûts

*HUYS - porte extérieure, porte

IL EST BIEN EMPLOYÉ - c'est bien fait, il est bien naturel

*IMBECILLE - pour faible

*IMBECILLITÉ - pour faiblesse

*IMPERTINENCE - pour chose déplacée, qui ne convient pas

*IMPERTINENTE - pour dépla­cée, hors de propos

*IMPETRER – obtenir, obtenir par prières

*IMPROUVEÜE (a l') - à l'impro­viste

INADVERTANCE - ne pas tour­ner son esprit vers

*INCOMMODITÉ - pour difficul­té, gêne, préjudice

*INCONSIDERABLE - qui n'est pas digne d'attention

INDIE - Inde, forme du 15e siècle, tirée du grec.

INDISCRETTEMENT - pour sans discernement

*INFAMER - avilir, flétrir

INGREDIENT - pour élément qui entre

INQUIETE - pour inquiet

INSIGNEMENT - d'une façon remarquable

INSPIRER DEVERS - respirer en se tournant vers

*INTERESSÉ - pour attaché à des questions d'intérêt person­nel

INTERNE - pour intérieur

*IRE - du lat. IRA, colère, courroux

*JA - déjà

JA NE VOUS PLAYSE - puisse­-t-il ne pas vous plaire

*JOINT QUE - ajoutez que, joi­gnez à cela que

*LAIRRAY - laisserai

*LAMENTER - pour se plaindre fortement

LANGOUREUX - pour languis­sant, plein d'abattement

*LA OU - pour alors que, tandis que

*LES - pour pendant les

LEUR EST ADVIS - il leur paraît

*LEVER - pour élever, relever

*LHORS - pour alors

*LIBREMENT - pour avec plus de liberté

LIEPARD - forme du 15e . siècle, pour léopard

LOGE - pour cabane

*LOISIBLEMENT - bien

LONGER - pour loger

LOTE - lotus

LOTTE - cf. le patois savoyard : LOTTA, hotte

*LOURDISE - grosse maladresse

*LOYSIBLE - pour permis

*LUITTE - du lat. LUCTA, combat, lutte

MACERÉ - pour mortifié

MAINTENEUR - soutien

MAISTRISER - exercer sa maî­trise, son autorité

MANDUCATION - action de man­ger, quand il s'agit d'un acte re­ligieux

*MANQUEMENS - pour privation

MANTICHORE - on qualifie le mantichoras de Pline d'animal fa­buleux, car on n'a pu l'identifier

*MARQUER - pour

*MARRI, MARRY - attristé, fâ­ché

MAUDISSONS - anc. français mau­dirons, paroles de malédiction .

*MEMOIRE-pour souvenir

*MERCY - pour miséricorde, pitié

MERITOIREMENT - de façon à être digne de récompense, d'une manière méritoire

*MESMEMENT - même

MESPRENDRE - pour se mé­prendre

MESSEANCE - inconvmance

MESSEANTE - inconvenante

*MESSEL - missel

*MESTIER (faire) - avoir l' habi­tude, prmdre pour habitude

METTRAY MA VIE POUR LA TIENNE (je) - j'abandonnerai ma vie en faveur de la tienne

MIEUX FAISANTES (les) – celles qui font mieux

MINAIS - minyas

MITHIDRAT - mithridate, sorte de drogue

MODE DE (a, en) - à la manière de, en forme de, comme des

*MOL - mou

MONSTRANT DE - faisant mon­tre de

*MOUCHON - moucheron ou pe­tite mouche

*MOUVOIR - pour émouvoir

MOYENNANT QUE - à la condi­tion que, pourvu que

MUFFLE (la) - le mufle

MUGUETTER - courtiser, faire le galant, le muguet, le jeune hom­me élégant qui se parfume d'es­sence

de muguet

MULETAILLE - famille des mulets­

MUNITION - pour provision

*MURMURATION - mécontente­ment, murmure

NAPEL - sorte d'aconit

*NAVRÉ, NAVRER - blessé, bles­ser

*NE - pour et, forme ancienne de la conjonction ni

"NEANT - pour rien, négatif

*NECESSITÉ - pour besoin

*NECESSITÉS (ses) - ce dont on a besoin

NE REGARDER POINT AUX ­- ne faire point attention aux

NERIUM - nérion, genre de plante de la famille des apocynées

*NI MOINS - moins encore

*NOMPLUS - pour pas plus

*NONOBSTANT - malgré

*NOURRIR - pour entretenir

*NOYSE - dispute, querelle (

*NUYSANCE – dommage, préjudice

*OBEDIENCE - du lat. OBEDIENTIA, obéissance

*OBLIGER A-pour tenue de

OFFENCÉ DE SON CORPS ­- offensé Dieu au sujet de son corps, avec son corps

OFFENSÉ DE LUY - blessé par lui

*OFFICE - pour emploi

OLEEUX - du lat. OLEOSUS, hui­leux

OMBRAGER - pour cacher, voiler

*ONQUES - jamais

OPPOSITE - une chose qui est opposée à une autre

*ORDONNÉ - pour préposé

*ORDRE - synonyme de degré

*ORES - tantôt

ORIGINAIRE - qui touche notre origine

*OR SUS - parole d'encouragement, courage cf l'ital. ORSÙ.

*OU - pour là où, quand, tandis que

*OUTRE - pour au-delà de, au-des­sus de

OUTRE CE - outre cela

*OUTRECUIDÉ - présomptueux, qui croit trop en lui

*OUTRECUYDANCE - présomption

OUY BIEN - mais plutôt

*OUY DA - oui vraiment

*OUYES - entendez

*OY, OYANT, OYENT, OYONS, OYT – écoute, enten­dant, enten­dent, écoutons, il entend

PAISSANS - troupeaux paissant

PAISTRE (se) - se nourrir, se re­paître

PANTELER - s'agiter convulsi­vement

*PAR - pour par suite d'une ha­bitude

*PARACHEVER - achever com­plètement

*PAR AINSY - ainsi, c'est ainsi que

*PAR APRES - après, en suite de, ensuite

*PAR CE - pour pour cela, pour ce motif

*PAR CI APRES - à l'avenir, dé­sormais

PAR EFFECT - effectivement

.PAREMENT - ce qui sert à parer

*PARENTAGE - parenté

PARER (se) - se garantir, se pro­téger

PARFAIRE - achever

PARFAIRE (se) - se perfectionner

*PARMI - pour au cours de, au milieu de, dans, entre, pendant

PARON - oiseau appelé aussi verdon

*PARTIAL - préféré

PARTICULARISER - pour donner des détails

PARTIE (d'une) - pour d'un côté .

PASSANT (les) - pour les faisant passer

PASSANT PAR LE MILIEU (vous) - vous faisant passer au milieu

*PASSER - pour dépasser, passer à côté, faisant passer

PASSER A SI PEU (se) - s'accom­moder de si peu, se contenter de si peu

PATENOSTRE - Pater noster, Notre Père

PATRON (a) - à la ressemblance

*PENDU - pour suspendu

*PENNAGE - Plumage des oi­seaux de proie en général, Plumage, Plumes, Plumes des ailes

PENSER (se) - se croire

*PERTUIS - ouverture, trou

PESAMMENT - comme si cela était à charge, lourdement

PESANTEUR - pour accablement, lourdeur de l'esprit

PETENE - patene

*PETIT (un) - pour un

*PETIT COMPAGNON - homme qui fait petite figure parmi les au­tres

PETIT DE RECOLLECTION (un) ­- un peu de recueillement

PHALANGE - araignée veni­meuse ou palange, d'après Go­defroy

*PIECE - pour partie

PIGNONS - graines de la pomme de pin prises en décoction

PIQUÉ - aigri, tourné comme le vin

PIS - pour Pire

PLANE - forme dialectale de Pla­tane

PLANTEMENT - action de fixer, de planter

*PLAYSANT -pour attrayant

PLEUR - larmes

PLOMB (a) - directement, perpen­diculairement

*PLUS - pour davantage

PLUS FORT - pour davantage

POINTILLE - chicane, pointille­rie

POINTURE - piqûre

POLEMONIA - polemoine bleue ou valériane grecque

*POLICE - pour gouvernement

POLIPODE (herbe) - sorte de pe­tite fougère aux multiples raci­nes

POLY - au poil luisant, lustré,

PORTANT (en les) - en les pous­sant

PORTOYENT DEVANT LEURS YEUX (se) - allaient, mar­chaient droit devant eux

POSSIBLEMENT - d'une manière possible

*POSTE (a sa) - à sa convenance, à sa guise

*POULET - pour billet d'amour, billet doux plié en ailes d'oiseau

*POUR - pour par

*POUR CE, POURCE - pour cela

*POUR CE QUE - parce que

*POURMENER - promener

POURPRE (du) - du manteau de pourpre

POURPRE DE SON SANG (au) - au prix de son sang rouge

*POURPRINE - purpurine

*POUR QUOY - pour quelle rai­son, pour quel motif

POURTANT- pour tout cela

POUSSER DE (le) - le faire sor­tir de

PRAESUPPOSER - supposer avant tout

*PRAETENTION, PRETENTION - action de prétendre à, but où ten­dent les désirs, af­firmation de la

possession, désirs avoués, ouvertement expri­més

PRAEVALOIR - pour tirer avan­tage

PRATTIQUE (la) - pour le moment de les pratiquer, de passer à l'action

PREFIGÉ A - déterminé d'avance pour, fixé pour

PRENDRE A (se) - pour se mon­trer envers

*PRESSER - pour accabler, comprimer, gêner, serrer

*PRETENDANTE - pour per­sonne qui aspire à la vie reli­gieuse

PREVOSTÉ - fonction du prévôt, agent du souverain, chargé de rendre la justice

*PRIMICE - prémice, premiers fruits de la terre

*PRINS, PRINT - pris, prit

*PRIS - pour prix

PRIVÉ - pour cultivé

*PROFONDITÉ - du lat. PROFUN­DITAS, profondeur

*PROPOS - pour résolution, sujet de conversation

PROPOS D'ESPERANCE - paro­les ayant comme sujet l'espérance

PROPOSER - pour mettre devant les yeux, montrer

*PROPRE - pour approprié, convenable, con­venable à notre état

*PROPREMENT - pour convena­blement

PROPRES (sont ilz) - ont-ils les qualités convenables, requises pour nous

*PROU - beaucoup

*PROUVOYANCE - prévoyance

*PROVENANTE - provenant, qui provient

*PSALME - Psaume

PTIAS - sorte de serpent veni­meux

*PURGATION - pour purifica­tion

*PURGER - pour débarrasser, pu­rifier

QU'A - pour que

*QUAND BIEN - lors même que

*QUANT ET QUANT - aussi, en même temps

QUANTITÉS (grandes) - grandes sommes

*QUE-pour car, si ce n'est, sinon

QUE CE QU'ILZ - que ce qui fait qu'ils

QUE C'EST - ce que c'est

*QUI - pour ce qui

*QU'IL - alors que

QUOY PLUS - que dire de plus, quoi de plus

RABAISSÉ - pour baissé

RABAISSER - pour abaisser

*RAFRAISCHIR - pour renouveler

*RAMASSER - pour amasser, concentrer, recueillir, uni­fier, rassembler, réunir

RAMPOYENT (qui leur) – qui grimpaient sur elles

RANGER A - ramener à

RAPHANUS - nom latin du rai­fort sauvage ou cran

RASSEOIR - pour remettre dans son état premier

RAVALER - pour rabaisser

RAYSON DES (a) - par rapport aux

RECHASSE - pour chasse

RECONNOISSANCE DE (sans) - sans se montrer reconnaissant envers

REDUIRE EN MEMOIRE (nous) ­- nous rappeler, ramener à notre mémoire

*REFORMATION - action de ré­former

*REGARD (pour ce) - sur ce point

*REGARD (pour le) - au sujet de, en ce qui concerne, pour ce qui est, en considération de, pour ce

qui concerne le

REGARD (pour nostre) - pour ce qui est de nous, si nous nous considérons

*REGARDER A - diriger son esprit, ses regards vers

REGENTE - pour celle qui gou­verne, directrice

REGENTE (estre) - diriger, gou­verner

*RELEVÉ - pour élevé, situé plus haut

RELEVER A (se) - pour s'élever jusqu'à

*RELIGION - pour état religieux, vie religieuse, Maison religieuse, Or­dre religieux

REMASCHER - pour repasser dans l'esprit

*REMONSTRANCE - pour repré­sentation

REMONSTRANCES DE LEUR QUALITÉ - exposé, représenta­tion de leur situation

RENCHERI - dédaigneux, qui se donne une grande valeur

RENCONTRE (bon) - bon accueil

RENCONTRE (le) - la rencontre

*RENFORCER - augmenter les forces, fortifier, rendre plus fort

*RENGREGER - aggraver, aug­menter

REPAISTRE (se) - pour se nourrir, se rassasier

REPANDRE AU - répandre dans le

*REPENTANCE - repentir

REPETITIONS - réclamations

*REPRINS - repris

*REQUERIR - demander, demander instam­ment, exiger

REQUIS - demandé comme né­cessaire, nécessaire

*RESIGNER (se) - s'abandonner

RESINEE - raisiné, confiture de' raisin mêlé de poires et autres fruits

RESOULURA (se) - se résoudra

*RESPECT (au) - en considéra­tion

RESSEMBLER - pour rappeler, ressembler à

*RESSENTIMENT - pour vif sen­timent

*RESSENTIR - pour sentir pro­fondément

*RESSERRÉ - pour renfermé

RESVEILLE (on se) - pour on a plus d'attention pour

*RETARDEMENT - retard

RETENIR JAMAIS LES AFFEC­TIONS (de ne) - de ne pas garder en soi les élans du cœur, de les

laisser aller

RETIRANT - pour ressemblant

*RETIRER A - ressembler à

*RETRAITTE - pour action de se retirer

REUSCIT (en) - à la suite de cela on vient à bout, on réussit

REVANCHER (s'en) - se dédom­mager de cela

REVELEMENT - révélation

REVERENCE - acte de respect, respect

*REVEUË -. pour considération générale, examen général, examen général et accusation

RIEUX - rieur

RIGUEUR (a la) - pour rigoureu­sement, strictement

*ROUBE - ancienne forme de robe

SAILLANT - pour sautant, s'élan­çant

SAILLENT - montent, s'élancent

*SAILLIE - pour élan de la pensée

SALARIÉ - obtenir son salaire, payé de son travail

*SALUTAIRE (ce grand) – ce grand instrument de salut

*SAUME - bête de somme Cf. le patois savoyard, SÔMA, ânesse.

*SAVOUREMENT - mot rare ex­primant l'action de savourer

SAYSON (qu'en sa) - qu'au mo­ment propice

SCEUT (il ne) - il ne put

SCRUPULOSITÉ - scrupule Du lat. SCRUPULOSITAS, exactitude minutieuse.

SEANT - pour bienséant, qui con­vient, qui est admis comme con­venable

SELEUCIDES (oiseaux) - de la fa­mille des Pies grièches

*SEMONDRE, SEMONDRE (y) ­– inviter, inviter à cela

SENT GRANDE ENVIE (l'on) ­- l'on sent qu'on a grande envie

*SENTIMENT - pour impression que l'âme ressent, mouvement d'humeur, de sensibilité qui trou­ble la

paix spirituelle, sens, anc. français SEN­TEMENT

*SENTIR (s'en) - s'en ressentir

SERPE - cf. l'ital. SERPE, serpent

*SERRÉ - pour caché, enfermé comme en un lieu sûr

*SERRER - pour tenir fermé

SERVANS - qui servent

*SI - pour ainsi, aussi,. cependant, pourtant

*SI BIEN - bien que, quoique

*SI BIEN QUE - de telle manière que

*SI EST CE - il n'est pas moins vrai

*SI EST CE QUE-cependant, néan­moins, toujours est-il que, toutefois

SI FAIT - oui vraiment, il en est ainsi

*SI FAITES - faites ainsi, faites­ le

SI FERONS - nous ferons ainsi

*.SIGNE - pour preuve, témoignage, marque

SIMPLIFICATEUR - qui simpli­fie tout

SINGLER - cingler

SINGULIER - odoriférant, rare

SINGULARITÉ - pour affection particulière, particularité

*SINON QUE - à moins que

SION - rejeton ; anc. fran çais CION, aujourd'hui scion.

*SI QUE - de sorte que, si bien que, tellement que

*SI TOST - pour aussitôt

SOIGNENT DE NOUS - ont soin de nous

*SOIN - pour sollicitude, souci

SOIT AINSY - qu'il en soit ainsi

SOPHISTIQUÉ - dénaturé

SORTE (en la) - de la même ma­tière

*SOUAIFVEMENT, SOUËFVEMENT - suavement

*SOUËFVE - suave

*SOUVENANCE - souvenir, sou­venir lointain

*SOUVENTESFOIS - souvent

*SOUVIENNE VOUS - souvenez­ vous

*STACTE - du lat. STACTA, li­queur extraite de la myrrhe, ou gomme

SUFFISANCE (a) - à ce qui suffit, suffisamment

*SUITTE (en la) - pour au cours

*SUJET - pour personne, soumis

SUPERMISTIQUE - mystique au plus haut degré

*SUPERSAINTE - sainte au plus haut degré

*SUPPORTER, SUPPORTER (se)­ - pour soutenir, se soutenir

SUPPORTER EN - soutenir sur la

*SUR - pour au-dessus de, par dessus toute chose, en s'appuyant sur, en

SURCELESTE - au-dessus de cé­leste, plus que céleste

SUREFFLUENTE - débordante au plus haut degré

SUREMINENCE-qualité d'être é­minent au suprême degré, lat.SUPEREM1NENTIA, grandeur suprême.

SUR LE POINT - au moment voulu,

SURPRINS - surpris

SURSOUVERAINE – souveraine au plus haut degré

TABLE (a la) - à table

TABLETTE - substance médica­menteuse solidifiée en forme de petite planchette

TACITEMENT - pour mentale­ment

TAISES VOUS DE - gardez le silence sur

*TANT - pour autant, il tel point, tellement, si

TANT A PART SOY QU'A L'EN­DROIT DES AUTRES – tant en soi-même qu'avec les autres

TANT LUY - aussi bien lui

*TANT PLUS - d'autant plus

TARANTOLE - de l'ital. TARAN­TOLA, tarentule .

*TARDIFVE - hésitante, s'attar­dant pour agir

TELLE MEDIOCRITÉ (en) – dans un état moyen tel

*TEMPERATURE - pour consti­tution physique, tempérament

*TENDRE .- pour douillet, sensi­ble faible, impressionnable,

*TENDRETÉ - tendresse

TENES VOUS COURTE - consa­crez peu de temps

TEPIDITÉ - tiédeur

TEREBINTIN - térébinthe

TERIERE - tarière

TESNIERE - tanière

TESTIFIER - attester

THYSIQUE - phtisique

TIENT LE GOUST DU TRONC - ­a un goût qui vient du tronc

*TIERCEMENT - troisièmement

TINDRENT - tinrent

TIRÉ - pour attiré

TIRÉ OBLIQUEMENT – reproduit de profil

*TIRER - pour entraîner, faire sortir, retirer

TIRER LE MOTIF DU SAINT AMOUR SUR - amener le sujet, la raison du saint amour, vous

appuyant sur

TIRERONS PAÏS (nous) – nous nous en irons

TORS - tordu

TOURNEBOULER - tourner com­me une boule

*TOUT A COUP - pour tout à la fois

*TOUT AINSY COMME - de même manière que, de même que

*TOUT AINSY QUE – comme, de la même façon que, de même, de même que

TOUT A LA FOIS - pour en une fois

*TOUT A L'HEURE - pour aussi­tôt

TOUTE FINE NUE - tout à fait dénuée de toute personnalité

TOUT ENSEMBLE - pour en même temps

TOUT ENTIEREMENT - entière­ment, tout entier

'TOUTES FOIS ET QUANTES ­- toutes les fois

'TOUT FIN NUD - tout à fait dépouillé de ses vêtements

'TOUT PAR TOUT - en tout lieu, partout ; locution qui renforce le sens de partout

TRAIN – chemin, manière d'agir, d'aller, d'être, de faire, de vivre

TRAIN DE LA - manière d'agir, manière d'être de la

*TRAIT - pour actes, marque, marque en actions ou en paroles de quelque qualité

*TRAVAIL - pour fatigue, lassitude, souffrance,

*TRAVAILLÉ - pour fatigué

*TRAVAILLÉ DE - tourmenté par

*TRAVAILLER - pour faire des efforts, se donner de la peine, tourmenter

*TRAVAUX - fatigues, lassitudes, fatigues, souf­frances, grands efforts à faire

TRAVERSÉ - pour qui est de travers

*TREILLE - grille

*TREMOUSSER - remuer, trem­bler

TRESOÜAIFVE - très suave

*TRICHERIE - bagatelle, chose de peu d'importance

TROCISQUE - trochisque, forme tir­ée du latin; pastille

*TROP PLUS - extrêmement, in­finiment

*TROUBLEMENT -trouble.

*VEFVE - veuve

VENEFICE - empoisonnement ac­compagné de sortilège

*VERS - pour auprès de, en se tournant vers

VERS LUY - de son côté, en se tournant vers lui

VETONICA - bettonica, bétoine

*VEUË - pour regard intérieur

VEXATION - du lat. VEXATIO, tourment

VEXÉ - pour harcelé, tourmenté

*VIANDE - pour aliment, ce qui le fait vivre, mets, nourriture

VIANDIS - pâture

VIERGINITÉ - virginité

VIL - pour sans valeur

VILIPENDER - mépriser, rendre vil

VINDRENT - vinrent.

*VISTE - pour rapide, adjectif

*VISTEMENT - promptement, vite

VOCATION - pour appel

*VOIREMENT - à la vérité, vrai­ment

*VOUÉ - pour promis par vœu

*Y A - il y a

INDEX

DES DESTINATAIRES ET DES NOTES HISTORIQUES ET BlOGRAPHIQUES

DE CE VOLUME [218]

Ami (un) ……………………………………………………………………………….158

Bellegarde Roger de Saint-Lary, duc de ………………………………………………160

Bourgeois Rose, Abbesse du Puits-d'Orbe …………………...110,120,131,140,150,154

Brûlart Marie Bourgeois, présidente …………………………………………125,126,154

CALCEOLARIO François ……………………………………………………….……..72

CALEPINO Ambroise, Augustin ……………………………………………………..108

Chantal Jeanne-Françoise Frémyot (Sain­te), Mère de. Voir FRANÇOIS DE SALES …..128,129

…………………………………..154,156,159,163,165,166,168,173,175,176,182,205,173

Christin Marie-Philiberte, Tourière de la Visitation d'Annecy ………………………..197

Destinataires inconnus. Voir AMI, RE­LIGIEUX, SUPÉRIEURS …………………….207,174

Destinataires inconnues. Voir RELI­GIEUSE DE LA VISITATION, SUPÉRIEURES…….152,153

ETUDE sur les fragments qui concernent les Vertus cardinales et morales……..fragment 3

FAVRE Michel ………………………………………………………………………….153

Fichet Marie-Adrienne, Religieuse de la Visitation d'Annecy …………………………184

GOSSIN Jules ……………………………………………………………..…..fragment 3

IALYSUS (Dalylus)……………………………………………………………………...79

INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE attaquée à Avignon ……………………………158

Monthoux Paule- Jéronyme, Religieuse de la Visitation d'Annecy ……………….196,198

PARAPHRASE DE L'ORAISON DOMINICALE………………………………....……..209

RECTEUR DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS …………………………………………….….63

Religieuse de la Visitation d'Annecy ………………………………..185,186,201,203,204

Religieuse de la Visitation d'Annecy (Mère de Chantal?) ………………...205, lettre 48

Religieuses de la Visitation d'Annecy …………………………………….…………193

Religieux…………………………………………………………………………….…206

Roche Claude-Agnès Joly (de la), Reli­gieuse de la Visitation d'Annecy …180,194,195,201

Rosset Anne-Marie, Religieuse de la Visitation d'Annecy ……………………………188

SAINT JEAN D'AULPS (Saint François de Sales à )………………………………..152

SALES FRANÇOIS de (Saint). Voir CHRIS­TIN, INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE…

……..110,125,126,129,131,140,150,152,153,159,160,164,176,182,189,208,214,216, App C

SCAGLIA Dona Ginevra. Voir PARAPHRASE…………………………………………….209

SIMILITUDES (Manuscrits autographes de) …………………………….………64,78,102

Supérieures de la Visitation ………………………………………………………….199

Supérieurs de Communautés ……………………………………………………..…..62

THIOLLAZ Claude-François (de), Evêque d'Annecy (Lettre à Mgr de). Voir GOSSIN.

Thorens Marie-Aimée de Rabutin-Chantal (baronne de )……………………………..164

Vilbert Humbert ……………………………………………………………………….181

Villesavin Isabelle Blondeau (dame de)……………………………………………..…189

TABLE GÉNÉRALE DES OPUSCULES

DE

SAINT FRANÇOIS DE SALES [219]

Opuscule-note-ordre DATES ET TITRES DES PIÈCES Autogr./ néd

1 51 1 [Avant 1586] - Règles pour la réception de la sainte Communion.

1 49 2 Octobre 1585-février 1586 - Premier Manus­crit de Philosophie Aut/Inéd

1 50 3 Mars 1586 - Second Manuscrit de Philosophie

1 53 4 1586 ou 1587 Recueil d'Oraisons jaculatoires tirées des Psaumes Aut/Inéd

1 55 5 1586 ou 1587 - Aspirations et Prières.

1 56 6 1586 ou 1587 - Acte d'abandon héroïque Inéd

1 58 7 1590 - Exercice de la Préparation.

1 58 8 1590 - Conduite particulière pour bien passer la journée.

1 60 9 1590 - Exercice du Sommeil ou Repos spi­rituel.

1 60 10 1590 - Règles pour les conversations et ren­contres.

1 61 11 1590 - Communion fréquente; Préparation et action de grâces.

1 62 12 Fin juillet-août 1590 - Beauregard (fragment d'une pièce de vers) Aut/Inéd

1 64 13 15 décembre 1590 - Notes de Théologie.

1 66 14 Janvier-juin 1591 - Notes de Théologie Inéd

1 69 15 Janvier-juin 1591 - Fragment sur la Prédestination . Aut

1 81 16 1591 - Protestation au sujet de la réprobation des méchants.

1 84 17 22 février-20 novembre 1591 - Manuscrit du cours de Droit (extraits) Aut/Inéd

1 1002 18 5 septembre 1591 - Harangue de remerciement aux docteurs de Padoue

1 114 19 17 septembre-décembre 1591 - Extraits du Manuscrit du cours de Droit Aut/Inéd

1 132 20 [1592-1594] - Mourir pour vaincre (fragment d'une pièce de vers ) Aut/Inéd

1 133 21 [1592-1594] - Qu'est-ce que combattre l'ennemi spirituel

1 134 22 19 mai 1593 - Retraite préparatoire aux saints Ordres [220].

3 571 23 1er septembre 1593 - Statuts de la Confrérie de la Sainte Croix.

1 135 24 19 avril [1595 ou 1596] - Pendant la mission du Chablais.

1 136 25 25 mai 1595 - En la fête du Saint-Sacrement.

1 190 26 Mai ou juin 1595 - Mémoire adressé au duc de Savoie pour le rétablissement de la religion

Catholique …………………………………………… Inéd

2 2 27 [1594-1596] - Fragment sur la Prédestination. Aut/Inéd

2 4 28 [1594-1596] - Notes théologiques Aut/Inéd

5 2 29 [1594-1596] - Fragments d'une Concordance sur la Passion Aut/Inéd

2 6 30 16 juillet 1596 - Fragment d'un Catéchisme dialogué.

2 8 31 4 octobre 1596 - Formule de l'abjuration de M.Gabriel de Saint-Michel Aut/inéd

1 203 32 Octobre 1596 - Memoires pour estre praesentés a Son Altesse, sur le restablissement de la religion

catholique en Chablaix …………………………………………………….. Aut

5 64 33 1594-1598 - Premier recueil de Similitudes Aut/inéd

5 71 34 1594-1598 - Deuxième recueil Aut/inéd

5 73 35 1594-1598 - Troisième recueil Aut/inéd

1 224 36 Octobre 1596-septembre 1598J - Requête au duc de Savoie en faveur du Chapitre de Saint-Pierre de

Genève……………………………………………………

2 9 37 [Janvier-avril?] 1597 - Briefve meditation sur le Symbole des Apostres.

2 13 38 [Mai ou juin?] 1597 - Lettre au ministre Viret en réponse à ses attaques contre la virginité de Marie,

Mère de Dieu ……………………………………….. Inéd

2 16 39 [Mai ou juin?] 1597 - Autre lettre au même sur le même sujet Inéd

1 237 40 29 juillet 1597 - Projet d'un Mémoire à pré­senter au duc de Savoie d'après les conclusions adoptées

à Annemasse ………………………..

1 247 41 21 octobre 1597 - Avertissement aux héréti­ques qui désirent rentrer dans le sein de l'Eglise Aut

3 17 42 [1597-septembre 1598] - Lettres testimoniales données par saint François de Sales agissant au nom

de Mgr de Granier (fragment) ………………………….. Aut/inéd

2 17 43 [Avril-juin] 1598 - Demandes aux ministres de la praetendue religion reformee sur leur doctrine

touchant la cene.

1 137 44 6-15 août 1598 - La Transfiguration et leCœur de Jésus (Essai de poésie) Aut/Inéd

1 137 45 6-15 août 1598 - En l'honneur du Saint-Sacre­ment (Essai de poésie). Aut/inéd

Documents relatifs à une conférence entre le P. Chérubin de Maurienne, Capucin, et les ministres de Genève :

2 25 46 16 août 1598 - Première réponse du P. Ché­rubin à M. Sarasin, délégué de Genève Au/inéd

2 31 47 18 septembre 1598 - Deuxième réponse du même à M.Sarasin Aut

2 37 48 24 septembre 1598 - Troisième réponse du même à M. Sarasin Orig.

2 41 49 15 octobre 1598 - Quatrième réponse du même à M. Sarasin. Orig

1 138 50 Septembre ou octobre 1598 - La Croix (Essai de poésie). Aut/Inéd

1 251 51 Fin septembre-4 octobre 1598 - Articles pré­sentés au Duc de Savoie en faveur de la reli­gion catholique,

et réponses de Son Altesse.

1 259 52 Vers le 15 octobre 1598 - Autres articles pré­sentés au Duc de Savoie pour la conserva­tion et propagation

de la religion catholique en Chablais, et réponses de Son Altesse.

1 273 33 Octobre 1598 - Mémoire présenté à Sa Sain­teté Clément VIII au nom de Mgr de Granier. Aut/inéd

1 276 54 Octobre 1598 - Autre Mémoire présenté au même Pontife au nom de Mgr de Granier.

1 281 55 Octobre 1598 - Supplique du Prévôt et du Chapitre de la cathédrale de Saint-Pierre de Genève au même

Pontife.

1 140 56 25 mars 1599 - Note intime touchant une faveur surnaturelle reçue à Rome.

1 284 57 Fin avril 1599 - Mémoire concernant diffé­rentes affaires du diocèse de Genève, adres­sé à Mgr Riccardi,

Nonce de Savoie.

1 294 58 1er ou 2 mai 1599 - Réponse à une Requête des Chevaliers des saints Maurice et Lazare.

1 301 59 [Vers le 15] mai 1599 - Requête au Duc de Savoie Aut

1 306 60 Vers le 15 novembre 1599 - Mémoire adressé à Mgr Riccardi, Nonce de Savoie Aut

3 482 61 [Décembre 1601] - Mémoire destiné à prouver que l'Evêque de Genève est le seul légitime Prince

souverain de la cité et de ses dépen­dances Aut

1 333 62 [20 décembre 1601-fin janvier 1602J - Mémoi­re remis à Mgr del Bufalo, Nonce de France, pour le

rétablissement du culte catholique dans le pays de Gex Inéd

1 344 63 [20-25 décembre 1601 - Requête au Roi de France, au nom de Mgr de Granier Aut/Inéd

1 354 64 [Fin janvier] 1602 - Autre minute de la même Requête Aut/Inéd

1 358 65 [Commencement de février] 1602 – Requête au Roi Henri IV et à son Conseil privé Inéd

1 359 66 [Vers le 8] février 1602 - Mémoire présenté à M. de Villeroy pour le rétablissement de la reli­gion

catholique dans le pays de Gex.

1 364 67 Vers la fin de mars 1602 - Mémoire adressé au Conseil privé du Roi de France Aut/inéd

1 141 68 Fin novembre - 8 décembre 1602 – Règlement épiscopal.

1 171 69 Fin novembre-8 décembre 1602 – Fragment du même document.

3 367 70 19 décembre 1602 - Mandement sur l'immu­nité de l'église de Faverges, à propos d'un soldat espagnol

qui s'y était réfugié Inéd

3 370 71 21 décembre 1602 - Mandement pour la resti­tution à l'église de Faverges du même soldat espagnol Aut

3 598 72 29 décembre 1602 - Légalisation d'un acte con­cernant la Sainte-Maison de Thonon.

3 373 73 1er janvier 1603 - Sentence en faveur du sol­dat espagnol réfugié dans l'église de Faverges. Aut

2 101 74 15 janvier 1603 - Mandement pour le Carême et le Synode de 1603 ; obligation des bénéficiers à la

résidence

3 594 75 [Janvier-mars1603]-Réponse à quelques objections contre les privilèges de la Confrérie de la

Sainte Croix …………………………….. Aut/inéd

3 285 76 21 mars 1603-Faculté accordée à M.Charles­-Emmanuel Ginod de prêcher, exorciser et administrer les

Sacrements dans le diocèse de Genève Aut/Inéd

3 599 77 [1er-11 août 1603] - Mandement sur les Indul­gences accordées par le Saint-Siège à la Con­frérie de Notre-

Dame de Compassion de Thonon.

1 373 78 10-20 août 1603 - Conventions relatives à la cession du prieuré d'Asserens au curé de Farges. Aut/Inéd

3 60 79 16 septembre 1603 - Patentes d'érection d'une chapelle contiguë à l'église de Notre-Dame de Compassion

de Thonon, fondée par le marquis de Lullin Orig/Inéd

3 377 80 [Vers le 21 septembre 1603] - Recommandation en faveur d'une mère de famille obligée de quitter Genève

pour soustraire ses enfants au danger d'apostasie Aut

3 604 81 Vers le 21 septembre 1603 - Acte par lequel saint François de Sales cessant d'être Préfet de la

Congrégation de la Sainte-Maison de Thonon, se dédie à ladite Congrégation. . Aut

3 63 82 21 septembre 1603 - Patentes d'érection d'une chapelle en l'église paroissiale d'Allinges, réédifiée par M.

Jean-Louis de Bonivard et sa femme Orig

3 666 83 24 septembre 1603 - Procès-verbal de la pre­mière visite de saint François de Sales à l'ab­baye de Sixt. Aut

2 104 84 2 octobre 1603 - Constitutions faites au Si­node du diocese de Geneve.

2 119 85 [Octobre 1603] - Règlements pour l'enseigne­ment du Catéchisme. Pour la ville d'Annecy.

2 128 86 Pour les Paroisses du diocèse.

3 67 87 12 novembre 1603 - Nomination d'un coadju­teur en faveur du curé des Clefs Inéd

2 132 88 1603 ou 1604 - Avertissements aux Confesseurs.

2 140 89 [1603 ou 1604] - Fragment de conseils aux Con­fesseurs.

3 286 90 28 mars 1604 - Testimoniales en faveur du cha­noine Jean-François de Sales son frère.

5 110 91 Avril 1604 - Avis à Mme Rose Bourgeois, Ab­besse du Puits-d'Orbe, sur les devoirs que lui imposent

sa profession religieuse et sa charge. Aut*

5 120 92 [Avril 1604] - Méditation pour le commence­ment de chaque mois avant la sainte Commu­nion, adressée

à la même.

5 121 93 [Avril 1604] - Fragments d'Avis sur la manière de méditer, suivis d'une méditation incom­plète sur le

crucifiement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aut/Inéd*

5 125 94 15 avril 1604 - Méditation sur le crucifiement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, donnée à la présidente

Brûlart.

5 126 95 3 mai 1604 - Fragment d'un avertissement sur la perfection chrétienne, envoyé à la pré­sidente

Brûlart Aut/Inéd

5 128 96 [3 mai 1604 ?] - En quoi consiste la perfection et comment l'acquérir; degrés de l'obéissance. Ecrit envoyé

à la baronne de Chantal.

2 141 97 5 mai 1604 - Ordonnances synodales (Appendice, p. 173).

1 382 98 11 mai 1604 - Requête à M. François Briet Inéd

1 386 99 11 mai 1604 - Autre requête au même Inéd

2 3 sq 100 Vers le 13 juin 1604 - Ordonnance pour la pro­cession du Saint-Sacrement le jour de la Fête-Dieu. Aut

3 70 101 16 août 1604 - Concession d'Indulgence pour chaque visite à un oratoire érigé à Chatelard­-en-

Bauges Aut/Inéd

5 129 102 26 ou 27 août 1604 - Avis à la baronne de Chantal.

5 131 103 9 octobre 1604 - Divers Avis pour l'oraison, les aridités et les distractions, et sur la ma­nière de se comporter dans les exercices spiri­tuels de la journée, envoyés à Mme Rose Bour­geois, Abbesse du Puits-d'Orbe. -

Medita­tion sur l'eslevation de Jesus Christ crucifié.

5 132 104 Conseils pour la méditation.

5 134 105 Exercice pour le matin.

5 136 106 Avis pour bien entendre la sainte Messe.

5 137 107 Les retours vers Notre-Seigneur, les oraisons jaculatoires et la pensée de la mort pendant la journée.

5 137 108 Exercice pour le soir.

5 139 109 Avis divers sur les exercices précédents.

3 72 110 6 novembre 1604 - Requête des syndics et pa­roissiens de Veyrier demandant la Visite de leur Evêque,

et Décret de celui-ci Orig/Inéd

3 78 111 18 décembre 1604 - Requête des paroissiens de Domancy sollicitant la confirmation du vœu fait en 1596 de chômer plusieurs fêtes, et Approbation de saint François de Sales. Inéd

5 9 112 [1602-1604] - Déclaration mystique du Cantique des Cantiques.

5 74 113 [1602-1604] - Similitudes, et Notes sur la Sainte Vierge Aut/Inéd

5 78 114 [1600-1604] - Recueil de Similitudes Aut/Inéd

2 142 115 [Après 1604] - Avis aux Confesseurs et Direc­teurs pour discerner les opérations de l'Es­prit de Dieu et

celles du malin esprit dans les âmes.

2 45 116 [1595-1605] - Premier Titre du Code Fabrim.

2 144 117 [1603-1605 ?] - Exhortation aux ecclésiasti­ques pour qu'ils s'appliquent à l'étude.

5 140 118 [Décembre 1604 ou commencement de 1605] ­Petit traité sur la sainte Communion, rédigé pour Mme

Rose Bourgeois, Abbesse du Puits-d'Orbe Aut*

3 83 119 [1605 ?] - Indulgences accordées aux membres Archiconfrérie du Cordon de Saint­ François Aut/éd

2 146 120 20 avril 1605 - Constitutions synodales.

5 120 121 [Mai] 1605 - Quelques Avis pour combattre la tristesse et l'inquiétude intérieure, adressés à Mme Rose

Bourgeois, Abbesse du Puits­d'Orbe.

3 18 122 6 et 7 juin 1605 - Procès-verbal et Ordonnan­ces concernant le différend entre le Chapitre cathédral et

la Collégiale de Notre-Dame d'Annecy, par rapport à la préséance en la procession de la Fête-Dieu Inéd

1 380 123 Juillet-août 1605 - Requête aux députés du Clergé de France Aut/Inéd

1 395 124 Juillet-août 1605 - Mémoire adressé aux mêmes Inéd

2 43 125 6 août 1605 - Déclaration au sujet d'une con­férence avec les ministres de Genève.

3 606 126 [Vers le 25 août] 1605 - Note sur les revenus de la Sainte-Maison de Thonon et sur le

service de l'église Aut/Inéd

3 379 127 5 février 1606 - Diverses permissions à l'occa­sion de la célébration d'un mariage Aut

3 509 128 [Vers le 6 mars] 1606 - Mémoire adressé à M.Charles d'Albigny, concernant une pension at­tribuée à

l'Abbé commendataire de Filly Aut/Inéd

2 156 129 12 avril 1606 - Ordonnances synodales (Ap­pendice, p. 173).

3 84 130 14 juin 1606 - Approbation de l'établissement de la Confrérie du saint Rosaire au Petit­ Bornand Aut

3 380 131 27 juin 1606 - Commission au curé de Rumilly pour la célébration d'un mariage.

3 85 132 2 juillet 1606 - Requête de M. Aubert Darand au sujet d'une chapelle de l'église paroissiale de Saint-

Félix, et Décret de saint François de Sales Aut/Inéd

3 90 133 2 juillet 1606 - Requête de M. Nicolas Clerc, curé de Saint-Félix, au sujet de différends survenus avec

ses paroissiens pour les sépul­tures et l'entretien des cordes des cloches, et Décret de saint

François de Sales. Inéd

3 92 134 23 juillet 1606 - Confirmation de la fondation d'une plébanie à Flumet Inéd

5 152 135 14 août 1606 - Première méthode pour réciter le Chapelet, écrite à Saint-Jean d'Aulps.

3 95 136 15 septembre 1606 - Procès-verbal de la con­sécration d'un autel de l'église d'Allinges, et Indulgences

accordées à cette occasion Aut/Inéd

3 97 137 20 septembre 1606 - Requête de M. Pierre Vallet, curé de Vacheresse, touchant une quête, et Décret de

saint François de Sales.

2 157 138 Novembre 1606 - Compte-rendu de l'état du diocèse de Genève, envoyé à Sa Sainteté Paul V Aut

3 383 139 9 novembre 1606 - Dispense de proclamations pour un mariage Aut/Inéd

3 438 140 [Novembre-décembre 1606] - Statuts de l'Aca­démie Florimontane.

2 188 141 [Novembre 1606 ou vers le 15 janvier 1607] Mémoire touchant les revenus et les charges de la mense

épiscopale Aut

3 595 142 [1607] - Sommaire des Statuts de la Confré­rie de la Sainte Croix, et Indulgences accor­dées à celle-ci par

Sa Sainteté Paul V : Note sur la Confrérie Inéd

3 597 143 Abbregé des exercices spirituels et Indulgences de la Confrerie.

3 598 144 Indulgences.

3 512 145 14 janvier 1607 - Procuration pour le serment de fidélité à prêter au prince de Piémont, Victor-Amédée.

2 193 146 [Mars] 1607 - Premier mandement pour le Ju­bilé de Thonon Aut

2 195 147 Avril 1607 - Publication d'Indulgences Aut/Inéd

3 618 148 1er mai 1607 - Publication d'Indulgences en faveur des membres de la Confrérie de Notre­-Dame de

Compassion de Thonon. Inéd

3 688 149 2 mai 1607 - Délégation à M. Jean Favre , pour l'introduction des Pères Feuillants à Abondance.

2 196 150 8 mai 1607 - Second mandement pour le Ju­bilé de Thonon Aut

2 196 151 30 juin 1607 - Ordonnances synodales (Appendice, p.174).

3 287 152 11 juillet 1607 - Testimoniales dimissoires en faveur de M. Henri Barbier Aut/Inéd

3 620 153 Mai ou 6-15 juillet 1607 - Advis sur l'establis­sement de la Sainte Mayson de Thonon Aut

3 639 154 [6-15 juillet 1607?] - Sommaire des avis pré­cédents Aut/Inéd

3 645 155 18 juillet 1607- Procès-verbal de l'érection de la Sainte-Maison de Thonon et confirmation

de ses Statuts Inéd

3 100 156 27 octobre 1607 - Requête de M. Pierre Gros, curê de Lullin, touchant l'exaction des déci­mes,

et Décret épiscopal Aut/Inéd

5 153 157 [1604--1608] - Deux occupations pour la re­traite spirituelle.

1 139 158 1605-1608-Au pied dela Croix (Essai de poésie) Aut/Inéd

1 323 159 [1607-1608] - Mémoire adressé aux Chevaliers des saints Maurice et Lazare Aut

3 104 160 22 janvier 1608 - Ordonnance accordant un supplément à la portion congrue du curé

de Versonnex. Fin février-mars 1608 –

3 107 161 Ordonnance concer­nant l'église de Rumilly Aut/Inéd

2 199 162 23 avril 1608 - Ordonnances synodales (Appendice, p. 176).

3 289 163 19 mai 1608 - Décret donnant charge à M.Jean-Claude Blanc, curé d'Arith,

de l'entre­tien de son prédécesseur Orig.

3 320 164 15 juin 1608 - Procès-verbal de la première abjuration de l'ex-Jésuite Claude Boucard. Inéd

3 323 165 15 juin 1608 -Minute de la pièce précédente. Aut/Inéd

3 325 166 15 juin 1608- Notes pour le procès-verbal de l'abjuration de l'ex-Frère Mineur, Pierre Gil­lette. Aut/Inéd

3 290 167 25 ou 30 juin 1608 - Commission à M. Scipion Machet, curé de Saint-Julien, pour instruire

les procès contre certains laïques Aut/Inéd

5 154 168 29 septembre 1608 - Deuxième méthode pour réciter le chapelet, envoyée à Dijon.

3 717 169 [Octobre ou novembre] 1608 - Advis pour la reparation de la discipline reguliere au

Monas­tere du Puys d'Orbe.

3 110 170 5 décembre 1608 - Assignation de portion congrue aux curés de Craz et de Surjoux en Michaille.

5 107 171 [1604-1609 ?] - L'imitation de Notre-Seigneur.

2 201 172 Janvier 1609 - Requête de saint François de Sales et de Mgr Milliet, Evêque de Maurienne,

au Duc de Savoie.

3 386 173 15 janvier 1609 - Requête touchant la célébra­tion d'un mariage, et Décret épiscopal. Aut/Inéd

2 209 174 6 mai 1609 - Ordonnances synodales (Appendice, p. 173).

3 115 175 11 mai 1609 - Ordonnances touchant le service de l'église de Rumilly dû par les Altariens Aut/Inéd

3 121 176 4 juin 1609 - Assignation de portion congrue à M. Guillaume Coudurier, curé de Feigères. Inéd

3 126 177 12 août 1609 - Requête de MM. de Vallon de­mandant une chapelle en l'église de Samoëns,

et Décret de saint François de Sales.

3 326 178 22-29 octobre 1609 - Projet de transaction entre les Carmélites de Dijon et Mme Chevrier. Aut/Inéd

3 131 179 6 janvier 1610 - Confirmation de la Confrérie du Saint-Sacrement érigée en la paroisse

de Saint-Félix Inéd

3 692 180 28 janvier 1610 - Exécution d'un Bref autori­sant l'Abbé d'Abondance à donner à cens

le membre de Présinges.

3 135 181 22 février 1610 - Procès-verbal de la consécra­tion d'un maitre-autel, et Indulgences

accordées à cette occasion.

5 156 182 15-20 avril 1610-Avis à la baronne de Chantal. 28 avril 1610 –

2 209 183 Ordonnances synodales (Appendice, p. 180).

3 37 184 29 avril 1610 - Sentence arbitrale de saint François de Sales et du président Antoine Favre

au sujet d'un différend entre la Collégia­le de Samoëns et les Chartreusines de Mélan.

4 218 185 [Janvier-avril 1610] - Fragment d'un premier jet des Constitutions de la Visitation, Ms. F. Aut

4 220 185bis Suite Aut/Inéd

3 136 186 13 mai 1610 - Assignation de dîmes pour l'en­tretien du curé de Thonex Inéd

3 336 187 19 juin 1610 -Lettres déclarant nulle la Pro­fession de François Bochatton, Cordelier

du couvent de Cluses.

4 222 188 Juin-juillet 1610 - Constitutions de la Visita­tion, 2dc leçon, Ms. G. Aut/Inéd

3 137 189 31 août 1610 - Requête de M. Nicolas Perrolaz touchant l'érection d'un oratoire à Vorsiers,

paroisse de Sallanches, et commission de saint François de Sales Aut/Inéd

5 158 190 1609-1610 - Conseils à un ami.

4 223 191 Juillet 1610-janvier 1611 - Constitutions de la Congregation des Dames dediees a Dieu

sous l'invocation de Nostre Dame de la Visitation en la ville de Neci. (Variantes, Ms. H.) Inéd

4 561 192 [Ier janvier 1611 ?] - Cartel de Desfy aux Dames de la Visitation, 2de leçon, nos 1-8 Inéd

2 209 193 20 avril 1611 - Ordonnances synodales (Ap­pendice, p. 181).

4 167 194 6 juin 1611 - Souhaits de saint François de Sales à ses Filles Aut

3 146 195 22 juillet 1611 Requête de M. Pierre Vallet, curé de Vacheresse, de ses paroissiens et de ceux

de Bonnevaux et Chevenoz touchant l'érection projetée de deux oratoires, et Dé­cret épiscopal.

5 159 196 22 août 1611 Le Saint reçoit les vœux de Re­ligion de la Mère de Chantal, renouvelle

son vœu de chasteté et fait celui de servir l'âme de la Sainte.

4 554 197 5 septembre 1611 Lettre d'obédience à la Mère de Chantal pour son premier voyage

en Bourgogne.

3 391 198 12 septembre 1611 Approbation de la Vie de saint Bernard de Menthon par M. Ni­colas de Farnex.

3 151 199 11 octobre 1611 Procès-verbal de la consé­cration du maître-autel de l'église de Meinier,

et Indulgences accordées à cette occasion.. Inéd

3 153 200 19 octobre 1611 Approbation d'un accord passé entre le Prieur des Feuillants d'Abon­dance

et le curé du lieu, M. Jean Moccand. Aut/Inéd

3 43 201 [608-1612 ?] - Notes relatives à la juridiction du Doyen d'une Collégiale Aut/Inéd

2 210 202 8 février 1612 - Quelques pièces du Rituel de 1612 - Prœfatio ad parochos.

2 214 Appendix ad calendarium.

2 216 Formulaire du Prône.

2 218 Fêtes commandées et Fêtes de dévotion.

2 218 Casus episcopales Gebennensis diœcesis.

2 219 Exorcismus pro impeditis in matrimonio a dœmone vel maleficis.

3 516 203 [Entre la mi-mars et le 22 avril] 1612 - Mémoire adressé à Sa Sainteté Paul V pour l'érection

d'un évêché à Chambéry.

3 338 204 17 mai 1612 - Pouvoirs accordés à des Pères Capucins du diocèse de Genève Aut

3 339 205 18 mai 1612 - Pouvoir accordé à Dom Jean de Saint-Pasteur, Prieur des Feuillants

d'Abon­dance, et à ses successeurs.

3 330 206 24 mai 1612 - Supplique des habitants de Ma­cherine au sujet d'une chapelle récemment

érigée par eux, et Décret de saint François Aut/Inéd

3 161 207 11 août 1612 – Concession d'indulgence pour chaque visite à la chapelle rebâtie

par les habitants de Macherine Aut/inéd

3 162 208 1er septembre 1612 - Nomination d'un curé à Maxilly.. Inéd

1 400 209 Août-septembre 1612 - Requête au Roide France, Louis XIII.

3 293 210 28 septembre 1612 - Pouvoir d'administrer les Sacrements, accordé à M. Jean-Pierre Moccand Aut/Inéd

1 412 211 [Vers la fin de 1612] - Requête à Mgr André Frémyot, Archevêque de Bourges Aut

2 285 212 1605-1613 - Fragment d'Ordonnances syno­dales (Appendice, p. 183).

2 88 213 1608 et 1613 - Notes sur le culte des Saints. Aut/Inéd

3 164 214 29 janvier 1613 Approbation et homologa­tion des conditions faites entre

M. et Mme de Bonivard et le curé d'Allinges pourla dota­tion d'une chapelle fondée par les premiers. Orig/Inéd

3 504 215 3 avril 1613 - Accusé de réception de Lettres de l'Empereur Mathias Orig/Inéd

3 341 216 [Entre le 8 mars et le 15 avril ?] 1613 - Testi­moniales en faveur de deux Cordeliers du

cou­vent d'Annecy se rendant en celui des Récol­lets de Grenoble, ou autre de la même ob­servance Aut/Inéd

2 221 217 24 avril [1613 ?] - Notes pour des Ordonnances synodales Aut/Inéd

3 720 218 Mai 1613 - Mémoire adressé à la Sacrée Con­grégation des Réguliers en faveur

des Religieuses de Savoie Aut/Inéd

3 654 219 [Fin mai ou juin 1613 ?] - Mémoire touchant les prétentions des Chevaliers des saints

Maurice et Lazare sur la Sainte-Maison de Thonon. Aut/Inéd

3 169 220 27 juin 1613 - Sentence au sujet d'un différend entre le curé des Ollières et Aviernoz

et trois de ses paroissiens.

4 558 221 16 juillet 1613 - Lettre d'obédience à la Mère de Chantal pour son second voyage en Bour­gogne Aut/Inéd

3 175 222 22 juillet 1613 - Requête de M. Guillaume Marin, curé de Saint-Nicolas-la-Chapelle, touchant

les abus qu'il a trouvés dans sa pa­roisse, et Ordonnance de saint François de Sales à ce sujet Aut/Inéd

5 160 223 24 août 1613 - Memorial pour bien faire la confession, adressé au duc de Bellegarde

4 222 224 Juillet-septembre 1613 - Regles et Constitu­tions de la Congregation des Seurs dediees a Dieu

sous l'invocation de Nostre Dame de la Visitation en la ville d'Annessi Inéd

5 214 225 [1613] - Preparation a l'Oblation pour les Filles de Nostre Dame de la Visitation (Ms. K, variantes).

1 413 226 20 novembre 1613 - Ordonnances pour le service divin à Gex et dans les autres pa­roisses du bailliage.

3 725 227 28 novembre 1613 - Signification et Certificat à l'Archevêque de Corinthe et à l'Evêque de Toul

touchant une commission du Pape de visiter l'abbaye de Remiremont. Orug/Inéd

5 163 228 [1610-1613 ?] - Sur la Très Sainte Vierge, à la Mère de Chantal (?).

5 102 229 1612-1614 - Recueil de similitudes Aut/Inéd

5 105 230 1612-1614 - Autre recueil de similitudes Aut/Inéd

5 106 231 1612-1614 - Recueil de similitudes et Notes pour la rédaction du Traité de l'Amour de Dieu Aut/Inéd

4 562 232 [1er janvier 1614 ?] - Cartel de Desfy pour ses Filles de la Visitation (Suite de la 2de leçon, n° 9-18).

4 561 233 1er janvier 1614 - Sacré cartel de Desfy a mes cheres Filles de la Visitation Sainte Marie,

en bonne estrenne pour cette annee 1614.

5 11 234 1614 - Fragments sur les vertus cardinales et morales. . Aut*/Inéd*

2 228 235 [Janvier ou février 1614J - Fragment d'un compte-rendu de l'état du diocèse de Genève

concernant les Monastères Aut

3 294 236 27 mars 1614 - Faculté de binage accordée au curé de Pringy et à son vicaire Aut/Inéd

3 296 237 29 mars 1614 - Pouvoir de prêcher et d'admi­nistrer les Sacrements, conféré à M. Louis Chevrier Aut/inéd

3 182 238 8 avril 1614 - Sentence touchant les différends entre les habitants du village Saint-Robert et

les autres paroissiens de Montcel. . Aut

3 298 239 13 avril 1614 - Dimissoires pour la promotion aux saints Ordres de M. Jean de Vassau Orig/Inéd

2 233 240 16 avril 1614 - Ordonnances synodales (Ap­pendice, p. 183).

3 508 241 3 juillet 1614 - Accusé de réception de Lettres de l'Empereur Mathias, et testimoniales

en faveur du porteur Inéd

3 186 242 11 juillet 1614 - Supplique de M. Nicolas Clerc, curé de Saint-Félix, touchant la procession

mensuelle des confrères du Saint-Sacrement, et Décret de saint François de Sales Orig/Inéd

3 342 243 31 juillet 1614 - Ratification de l'élection de Frère Maximien de Moulins, Capucin, dé­puté

par le clergé du bailliage de Gex aux Etats généraux Aut

3 189 244 11 octobre 1614 - Supplique des paroissiens de La Giettaz touchant le service et entretien

des chapelles de leur église paroissiale, et Dé­cret épiscopal. Aut/inéd

3 442 245 1er décembre 1614 - Homologation du con­trat d'introduction des Barnabites au

Collège Chappuisien d'Annecy Orig/Inéd

4 351 246 Septembre-décembre 1614 - Preface pour l'instruction des ames devotes, sur la dignité,

antiquité, utilité et varieté des Congregations ou Colleges des femmes et filles dediees a Dieu. Orig/Inéd

3 192 247 13 décembre 1614 - Supplique de maître Guil­laume Faucoz touchant l'érection d'une cha­pelle

sur la paroisse de Vacheresse, et Décret de saint François de Sales.

3 45 248 7 janvier 1615 - Déclaration sur le privilège de l'alternative ou droit d'élection de l'Evéque

aux canonicats de l'Eglise cathédrale.

3 196 249 28 janvier 1615 - Supplique de M. Jacques Evrard au sujet d'un legs fait pour la fondation

d'une Messe, et Décret épiscopal. Aut/Inéd

5 164 250 Février 1615 - Prière composée pour la ba­ronne Marie-Aimée de Thorens, sa belle-sœur.

2 233 251 6 mai 1615 - Ordonnances synodales (Appen­ dice, P.184)

4 564 252 1er juillet 1615 - Approbation et confirmation des Constitutions de la Visitation par

l'Archevêque de Lyon et l'Evêque de Ge­nève Aut/Inéd

3 658 253 Août 1615 - Constitutions et Regles de l'Ora­toire de Thonon. Inéd

3 345 254 13 octobre 1615 - Pouvoirs accordés au Père André de Constance, du Tiers-Ordre

de Saint-François Aut/inéd

1 444 255 Vers la fin de 1615 - Mémoire pour la conver­sion des hérétiques et leur réunion à l'Eglise.

5 165 256 [1613-1615] - Avis à la Mère de Chantal.

2 88 257 [1600-1616] - Notes sur la Sainte Trinité . Aut/Inéd

5 166 258 [1613-1616] - Fragments de conseils à la Mêre de Chantal.

5 173 259 [1615-1616] - Fragments de conseils à la même.

4 525 260 1616 - Preparation et Meditations pour la Profession.

4 396 261 2 février 1616 - Réponse de saint François de Sales au Mémoire de Mgr de Marquemont

concernant la Congrégation de la Visitation.

4 412 262 Août-novembre 1615-mars-avril 1616 – Autre Manuscrit des Constitutions de

la Visitation (Ms. P, variantes).. Inéd

5 168 263 31 mars 1616 - Avis à la Mère de Chantal sur la simplicité, l'abandon et l'amour du prochain Aut*

3 202 264 29 avril 1616 - Supplique des syndics et nota­bles de Bonne au sujet de M. Jean-François

du Martherey, et acte d'institution de celui­-ci pour vicaire perpétuel de la paroisse Orig/Inéd

3 211 265 30 avril 1616 - Confirmation d'Indulgence en faveur de la Confrérie de Saint-Sébastien Inéd

2 233 266 20 mai 1616 - Ordonnances synodales (Ap­pendice, p. 184).

5 174 267 6 juin 1616 - Derniers avis à la Mère de Chantal.

3 732 268 Septembre 1616 - Mémoires présentés au prince de Piémont, Victor-Amédée, pour le

rétablissement de la discipline religieuse dans les Monastères de Savoie. - Pour les Monas­teres des hommes

3 744 269 Pour la reformation des Monasteres des filles de l'Ordre de Cisteaux.

3 299 270 7 septembre 1616 - Dimissoires en faveur de M. Pierre Godet Aut/Inéd

5 177 271 Fin mai et août-novembre 1616 - Questions de la Mère de Chantal à saint François de Sales,

et réponses de celui-ci. Aut

3 301 272 23 novembre 1616 - Dimissoires en faveur de M. Claude Garbillon, étudiant à Lyon.

5 180 273 [1612-1617] - Avis à la Sœur Claude-Agnès de la Roche, Religieuse de la Visitation d'Annecy.

4 412 274 Août 1616-janvier 1617 - Autre Manuscrit des Constitutions de la Visitation (Ms. Q) Inéd*

3 347 275 Mi-février-mars 1617 - Procès verbal de la se­conde abjuration de M. Claude Boucard Aut/Inéd

2 233 276 12 avril 1617 - Ordonnances synodales Orig

3 304 277 12 avril 1617 - Patentes d'institution du cha­noine François de l'Espine comme surveillant. Aut

5 181 278 13 avril 1617 - Dédicace d'un exemplaire du Traité de l'Amour de Dieu à M. Humbert Vibert Aut/Inéd

3 448 279 Pièces relatives à la fondation de M. François Bochut en faveur du Collège et de l'église

pa­roissiale de Cluses: -- 12 juin 1617 - Règles fondamentales des ré­gents du Collège Inéd.

3 450 280 2 juin 1617 - Approbation des Statuts en fa­veur de la fondation du Collège Inéd

3 350 281 9 juillet 1617-Procès-verbal de la consécration de l'église des Capucins de Thonon.

3 307 282 19 juillet 1617 - Supplique de M. Pierre Vallet, curé de Vacheresse, et consentement de

saint François de Sales.

3 212 283 27 juillet 1617 - Procès-verbal de la consécra­tion d'un autel de l'église de Gex, et Indul­gences

accordées à cette occasion Orig/Inéd.

3 452 284 12 août 1617 - Décret portant l'union de deuxchapelles au Collège de Cluses Inéd

4 565 285 Septembre 1617 - Notice de Marie-Aimée de Rabutin-Chantal, baronne de Thorens. Aut

3 392 286 23 octobre 1617 - Dispense de proclamations de mariage.

1 437 287 30 octobre 1617 - Mandat à M. Claude Jacquin pour le payement d'une somme Aut/Inéd

3 524 288 [Novembre] 1617 - Témoignage sur les vertus de Mgr Juvénal Ancina, Evêque de Saluces.. Aut

3 351 289 2 novembre 1617 - Permission pour un voyageà Lyon accordée au Père André de Constance,

du Tiers-Ordre de Saint-François Aut/Inéd

1 172 290 29 novembre 1617 - Premier testament de saint François de Sales Aut

3 181 291 29 novembre 1617 - Enveloppe du testament. Aut

3 352 292 [1617 ou 1620 ?] - Lettres de recommanda­tion en faveur d'un quêteur de l'hospice

du Grand Saint-Bernard Aut

5 182 293 [1610-1618] - Confidences à la Mère de Chantal.

4 165 294 [1610-1618 ?] - Directoire spirituel pour les Sœurs Religieuses de la Visitation Sainte Marie.

5 184 295 [16II-1618] - Avis à la Sœur Marie-Adrienne Fichet, Religieuse de la Visitation d'Annecy. Inéd

5 185 296 [1612-1618] - Avis à une Religieuse de la Visi­tation, sur les vertus qu'elle doit pratiqucr. Inéd

5 186 297 [1612-1618] - Autres Avis à une Religieuse de la Visitation, sur l'obéissance et l'examen

qui doit suivre l'oraison. Inéd

4 36 298 1618 - Regles de l'Institut de saint Augustin pour les Seurs. (Traduction de saint François de Sales Aut*

3 214 299 9 janvier 1618 - Homologation du contrat de fondation pour l'entretien d'un vicaire à Morzine Inéd

3 221 300 12 janvier 1618 - Approbation et homologation d'une clause du testament de M. Nicolas Clerc,

curé de Saint-Félix, concernant la fonda­tion d'une chapelle et d'une école à Ville-en­-Michaille Inéd

3 392 301 17 janvier 1618 - Dispense de proclamations de mariage Aut/Inéd

3 681 302 23 janvier 1618 - Homologation de l'acte des Chanoines de Sixt, du 30 décembre 1617.

3 354 303 26 janvier 1618 - Renouvellement des pou­voirs d'exercer le ministère, accordé au

Père André de Constance, du Tiers-Ordre de Saint-François Aut/Inéd

3 355 304 13 février 1618 - Approbation d'un ouvrage de Don Redento Baranzano, Barnabite.

3 224 305 20 février 1618 - Requête de M. Gaspard de Lucinge et des paroissiens de Sales, deman­dant

la séparation de leur cure de celle de Cranves et un prêtre pour la desservir, et Décret épiscopa1 Inéd

3 229 306 21 février 1618 - Dissolutio unionis parro­chiarium ecclesiarum de Cranves et de Sales Inéd

3 231 307 21 février 1618 - Approbation et homologation d'une donation en faveur des curés d'Epagny. Inéd

3 394 308 10 mars 1618 - Conventions relatives au ma­riage projeté entre le baron Celse-Bénigne de Chantal

et Mlle Huguette Liotard Aut/Inéd

1 325 309 [Avant avril ? 1618] - Requête au prince de Piémont, Victor-Amédée, en faveur

des curés d'Armoy et de Draillant Aut

3 356 310 16 avril 1618 - Délégation à Don Juste Guérin, Barnabite, pour la visite ad limina Aut/Inéd

3 234 311 29 mai 1618 - Projet de transaction entre le Prévôt du Mont-Joux et le curé des Allinges Orig/Inéd

3 238 312 29 mai 1618 - Décret relatif à certains revenus appartenant à la Confrérie du Saint-Esprit

érigée à Jarsy-en-Bauges Aut/Inéd

3 399 313 19 juin 1618 - Attestation du mariage de M. Roc Ca1cagni avec Mlle Marguerite de Chavanes Orig

3 241 314 22 juillet 1618 - Reconnaissance des reliques de saint Joyre, faite au prieuré de St-Jorioz.

4 3 315 [Fin juillet-septembre] 1618 - Preface de François de Sales, Evesque de Geneve, aux Sœurs du

Monastere de la Visitation d'An­nessi.

3 242 316 7 et 8 septembre 1618 - Supplique des syndics et paroissiens de Saint-Félix touchant la célé­bration

de la fête de saint Grat, et Décret épis­copal . Inéd

3 309 317 9 septembre 1618 - Testimoniales en faveur de M. Jacques Deléglise Orig/Inéd

3 53 318 15 septembre 1618 - Requête des chanoines de la Collégiale de Samoëns au sujet d'une dé­votion

en l'honneur des saints Fabien et Sébastien, et Ordonnance de saint François de Sales Aut/INéd

3 683 319 15 septembre 1618 - Décrets pour la réforme de la discipline régulière dans l'abbaye de Sixt Orig

3 687 320 [Fin septembre 1618 ?] - Vœux de saint Fran­çois de Sales pour les Chanoines de Sixt

4 44 321 [Mai-9 octobre 1618] - Constitutions pour les Religieuses de la Visitation (Variantes) Aut

4 530 322 Septembre 1617-15 octobre 1618 - Notes re­latives à divers points d'observance Aut/Inéd

3 310 323 Mai-mi-octobre 1618 - Testimoniales en faveur de M. Gaspard Perrucard de Ballon,

présenté au Saint-Siège pour coadjuteur, avec future succession, de l'Abbé de Chézery Aut/Inéd

5 188 324 Vers le 15 octobre 1618 - Avis à la Sœur Anne-Marie Rosset lors de son départ d'An­necy

pour la fondation duMonastère de la Visitation de Bourges.

4 569 325 16 octobre 1618 - Lettre d'obédience à la Mère de Chantal pour les fondations des Monas­tères

de Bourges, Paris et Dijon Aut/Inéd

4 572 326 16 octobre 1618 - Erection de la Visitation d'Annecy en Ordre religieux.

2 89 327 [1619] - Note sur la présence réelle de Notre­ Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie Aut/Inéd

4 44 328 1619 - Constitutions pour les Sœurs Religieuses de la Visitation (Variantes).

2 91 329 [Février ou mars] 1619 - Déclaration tou­chant une conférence avec le ministre du Moulin Aut

3 455 330 13 mai 1619 - Approbation de la fondation d'une Messe perpétuelle pour la Maison

de Savoie en l'église des Barnabites d'Annecy Inéd

4 528 331 Juillet-août 1619 - Notes au sujet du Formu­laire de la Profession de la Visitation . . Aut/Inéd

5 189 332 Juillet-août 1619 - Exercice envoyé à Mme de Villesavin.

3 401 333 4 septembre 1619 - Attestation de l'abjura­tion d'Alexandre Gauttier, seigneur de Beau­regard Aut/Inéd

3 403 334 11 septembre 1619 - Testimoniales en faveur de M. Guillaume de Bernard de Foras.

3 246 335 18 novembre 1619 - Supplique de M. Jean Moccand, curé d'Abondance, pour l'érection de la

Confrérie du saint Nom de Jésus dans sa paroisse, et Approbation de saint Fran­çois de Sales Aut/Inéd

3 359 336 18 novembre 1619 -Lettres de recom­mandation en faveur d'un quêteur Domini­cain

du couvent d'Annecy Orig

5 193 337 [1612-1620] - Aux Religieuses de la Visitation d'Annecy.

3 249 338 17 mars 1620 - Deux suppliques au sujet des Altariens et du service religieux de la pa­roisse

de Rumilly, et Décrets de saint Fran çois, de Sales. - Supplique du curé et des Altariens Orig/Inéd

3 254 339 17 mars 1620 - Supplique des syndics, conseil­lers et habitants de Rumilly Orig/Inéd

3 406 340 [Vers la fin de mars ?] 1620 - Requête à Henri de Savoie, duc de Nemours Aut

3 414 341 [Vers la fin de mars ?] 1620 - Requête à M.de la Pierre Aut/Inéd

3 712 342 Entre le 9 mai et le 7 juin 1620 - Abrégé des Constitutions des Ermites du Mont-Voiron.

4 198 343 Vers juillet 1620 - Formulaire de la Vêture pour les Religieuses de la Visitation.

4 201 344 Vers juillet 1620 - Formulaire de la Profession pour les mêmes.

5 194 345 Juin ou commencement de juillet 1620 – Avis pour la charge de Supérieure, à la Mère

Claude-Agnès de la Roche.

3 698 346 19 mai, 7 juin et 16 juillet 1620 -- Premier projet des Règles des Ermites du

Mont-Voiron, et Décrets épiscopaux Inéd

5 195 347 Vers le 10 juillet 1620 - Adieux à la Mère Claude-Agnès de la Roche, première

Supérieure de la Visitation d'Orléans.

4 578 348 16 juillet 1620 - Lettre d'obédience aux Sœurs de Monthoux et de Musy pour se rendre à Moulins Inéd

3 314 349 22 juillet 1620 - Confirmation de l'élection de M. Jean Moccand, curé d'Abondance,

pour la visite du district d'Evian Aut

5 196 350 27 juillet 1620 - Lettre d'obédience à la Sœur Paule-Jéronyme de Monthoux pour être

Su­périeure au Monastère de la Visitation de Nevers.

3 256 351 6 septembre 1620 - Procès-verbal de la consé­cration du maître-autel de l'église

de Non­glard et concession d'Indulgences à cette occasion Orig

3 257 352 22 octobre 1620 - Permission de célébrer la sainte Messe dans un oratoire construit

sur la paroisse de Moye Aut/Inéd

4 580 353 30 décembre 1620 - Conventions du Prieur Jean-François de Blonay pour le paiement

de la dot de sa sœur Marie-Aimée, Religieuse de la Visitation, et Approbation de saint Fran­çois de Sales Orig/Inéd

4 551 354 [1618-1620?] - Directoires pour les Officières de la Visitation.

3 416 355 9 janvier 1621 - Supplique de François Delesvaux, sentence du Procureur fiscal

de l'évê­ché et Décret épiscopa1. Aut/Inéd

3 362 356 13 février 1621 - Faculté accordée au Père Philibert de Bonneville, Capucin, d'ériger

dans le diocèse de Genève les Confréries du Rosaire et du Saint-Sacrement Aut/Inéd

5 197 357 8 mars 1621 - Ecrit dans un volume de l'Introduction a la Vie devote donné à la: Sœur

Marie-Philiberte Christin, tourière de la Visitation d'Annecy Aut/Inéd

4 586 358 Avril 1621 - Mémoire présenté par le prince Cardinal Maurice de Savoie à

Sa Sainteté Grégoire XV en faveur de la Visitation... Inéd

4 592 359 Avril 1621 - Autre Mémoire présenté par le Cardinal Maurice de Savoie

au même Pontife pour les Monastères de la Visitation Inéd

1 330 360 [Avril ou mai 1621?] - Requête au prince de Piémont, Victor-Amédée; minute

pour les curés d'Armoy et de Draillant Aut/Inéd

3 261 361 29 mai 1621 - Supplique de M. Gaspard Quer­laz touchant le service d'une chapelle

dont il était recteur, et Décret épiscopaL Aut/Inéd

3 268 362 4 juin 1621 - Supplique des paroissiens de Tully au sujet des réparations à faire à leur église,

et Décret épiscopal Aut

3 272 363 11 juin 1621 - Commission à MM. de Blonay et de Châtillon d'examiner une requête

des paroissiens de Lully Aut

3 277 364 11 juin 1621 - Autre commission aux mêmes concernant les services à faire

pour les fidèles inhumés au cimetière de Saint-Bon.

3 422 365 12-14 juin 1621 - Requête relative à la conclu­sion d'un mariage, et Décret de

saint Fran­çois de Sales Orig/Inéd

3 459 366 1er, 5 octobre 1621 - Documents relatifs à la cession du prieuré de Saint-Clair aux Barna­bites

d'Annecy. - Première supplique des Pères Barnabites à saint François de Sales, et Décrets de celui-ci. Orig/Inéd

3 468 367 4 novembre 1621 - Deuxième supplique des mêmes, et Décret du Saint Orig/Inéd

3 471 368 18 novembre 1621. -- Troisième supplique des mêmes, et Décret du Saint. Orig/Inéd

3 473 369 19 novembre 1621 - Décret d'union du prieu­ré de Saint-Clair au Collège d'Annecy Orig/Inéd

1 439 370 17 décembre 1621 - Délégation de M. Claude de Nambride, curé de Divonne,

à l'adminis­tration d'une partie des biens ecclésiastiques du bailliage de Gex Orig/Inéd

5 198 371 Décembre 1620-1621 - Avis à la Mère Paule- Jéronyme de Monthoux, Supérieure de la

Visitation de Nevers Inéd

5 199 372 [1615-1622] - Fragments d'Avis aux Supé­rieures de la Visitation.

5 200 373 Novembre 1619-1622 - Avis spirituels à une personne vivant dans le monde Inéd

5 163 374 Novembre 1619-1622 - Autres Avis spirituels à une personne vivant dans le monde Inéd

5 201 375 [Juin 1620-1622] - Avis à la Mère Claude­ Agnès de la Roche, Supérieure de la Visita­tion d'Orléans.

4 44 376 1622 - Constitutions pour les Seurs Reli­gieuses de la Visitation (Manuscrit de 1621).

3 434 377 20 janvier 1622 - Dispense de proclamations de mariage Aut/Inéd

3 278 378 9 avril 1622 - Commission à M. Pierre Vernet, curé de Corbonod, de visiter et bénir

l'oratoire de Grex Aut/Inéd

3 476 379 16 et 17 avril 1622 - Quatrième supplique des Pères Barnabites à saint François de Sales, et

deux Décrets de celui-ci Orig/Inéd

3 281 380 20 mai 1622 - Requête de Mme Jeanne Cons­tantin et de son fils, touchant l'érection d'un oratoire

en leur château de Magny, et com­mission de saint François de Sales au cha­noine de Pollinge.

3 316 381 5 juin 1622 - Testimoniales de la tonsure conférée à Jean Scozia, à Pignerol Orig

3 714 382 31 août 1622 - Lettres patentes en faveur des Ermites du Mont-Voiron.

4 525 383 [Septembre ou octobre] 1622 - Advertisse­ment sur l'abnegation et renoncement qu'il faut faire

avant la Profession, envoyé à la Sœur Marie-Christine Scaglia, Dominicaine (2e leçon ) Aut/Inéd

3 363 384 29 octobre 1622 - Permission pour un voyage à Lyon accordée au Père André de Constance,

du Tiers-Ordre de Saint-François Au/Inéd

3 436 385 3 novembre 1622 - Commission à M. Laurent de la Place de célébrer le mariage de

M. Antoine de Rossillon avec Mlle Marie de Viry. Inéd

1 183 386 6 novembre 1622 - Second testament de saint François de Sales, fait conjointement

avec Jean-François, son frère et Coadjuteur.

4 539 387 [1619-1622 ?] - Du Supérieur de la Visitation et moyens d'union.

2 247 388 Sans date - Sentiment sur la collation des bénéfices et la nomination des curés.

5 58 389 Fragments sur la Sainte Vierge.

5 59 390 Sur le signe de la Croix.

5 60 391 De la charité dans les jugements.

5 61 392 Sur la conduite à tenir par les Pasteurs de l'Eglise.

5 62 393 Conseils aux Supérieurs.

5 203 394 Avis spirituels à une Religieuse dela Visitation. Inéd

5 204 395 Autres Avis spirituels à une Religieuse de la Visitation Inéd

5 245 396 Fragment sur la pauvreté Inéd

5 172 397 Fragments sur l'obéissance

5 206 398 Conseils à un Religieux pour l'examen de conscience.

5 207 399 Méditation sur le choix d'un état de vie pour un aspirant à la vie religieuse.

5 175 400 Autre méditation pour le même aspirant, sur la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

5 208 401 Troisième méthode pour réciter le Chapelet.

5 209 402 Paraphrase de l'Oraison dominicale


TABLE DES MATIÈRES

Son Excellence Mgr Florent du Bois de la Villerabel aux lecteurs de l'Edition authentique des Œuvres de saint François de Sales ………………………………………………………………………….2

Préface ………………………………………………………………………………………….5

Avis au Lecteur………………………………………………………………………………….7

SIXIÈME SÉRIE : ASCÉTISME ET MYSTIQUE

A) OPUSCULES ET FRAGMENTS SANS DESTINATAIRES

I- FRAGMENTS D'UNE CONCORDANCE SUR LA PASSION, 1594-1596, (Inédit)…………… 8

II- DÉCLARATION MYSTIQUE SUR LE CANTIQUE DES CANTI­QUES,[1602-1604]. - Advertissement. - Préface. – Le Cantique des Cantiques, eglogue de Salomon : 1. Premier empes­chement : la souvenance des playsirs sensibles. - II. Second empeschement : la distraction imaginative. - III. Troisiesme empeschement : les louanges humaines. - IV. Quatriesme em­peschement : le travail du cors. -V. Cinquiesme empesche­ment: les respectz humains. - VI. L'ame ayant surmonté tous les empeschemens, n'a plus besoin de remede, mals demeure absorbee et unie en Dieu par une parfaitte devotion. - Appro­bation des Docteurs …………………………………………………………………………..10

III- FRAGMENTS SUR LES VERTUS CARDINALES ET MO­RALES, 1614. - Avertissement des Editeurs [Quelques moyens pour transformer nos œuvres par la charité.] - Comme l'amour employe les vertus cardinales, et premierement la prudence. - Comme la charité employe la justice. - De la force. - De la temperance ou moderation …………………………………………………………………….23

IV - FRAGMENTS SUR LA SAINTE VIERGE ………………………………………………………44

V - SUR LE SIGNE DE LA CROIX ……………………………………………………………………45

VI- DE LA CHARITÉ DANS LES JUGEMENTS. - Dieu seul doit juger. - Mal penser et parler mal du prochain est la marque la plus sûre d'une âme vicieuse. - Le portrait d'Anti­gone. - Ceux qui jugent témérairement et qui médisent sont des aveugles et des esprits pleins de malice. - Injustice, de vouloir être absous de ses fautes et de condamner les moindres en autrui. - Qui ne regardera son prochain avec pitié gâtera toutes les parties de son âme. - Le temps fera voir si nous sommes meilleurs que ceux que nous jugeons. – Exemples . ­Considérons nos propres défauts, et nous ne verrons pas les vices du prochain ………………………………………………………………………………………45

VII-SENTIMENT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES SUR LA CONDUITE A TENIR PAR LES PASTEURS DE L'EGLISE.­ - Comment un Supérieur doit sortir de la lecture et de la médita­tion. - Ne pas négliger le bon exemple. - Quel doit être l'a­bord de ceux qui commandent. - Leur attitude envers ceux qui les visitent. - Les " malades honteux " et les remèdes pour les grandes maladies de l'âme. - Suivre une multiplicité de con­seils est chose dangereuse …………………………………………………..47

VIII - CONSEILS AUX SUPÉRIEURS. - Porter remède aux moindres murmures. - Avec quelle discrétion un Supérieur doit accorder quelques particularités. - Les enfants qui pleu­rent. - Bien examiner les sujets avant de les recevoir. - Cer­tains esprits trop prompts sont comme la pierre lancée avec la fronde. - Mieux vaudrait pour un Ordre religieux n'avoir que deux Maisons, plutôt que de les multiplier par la prudence hu­maine. - Les fondements de la vie religieuse ……………………………………………….47

IX - SIMILITUDES. Premier recueil, 1594-1598, (Inédit) …………………………………….48

X - Deuxième recueil, 1594-1598, (Inédit) …………………………………………………..50

XI- Troisième recueil, 1594-1598, (Inédit) …………………………………………………….51

XII - Similitudes et Notes sur la Sainte Vierge, [1602­ – 1604],(Inédit) ………………………..52

XIII - Recueil de similitudes, [1600-I604]. (Inédit)………………………………………………53

XIV- Recueil de similitudes, 1612-1614, (Inédit) ……………………………………………….67

XV - Autre recueil de similitudes, 1612-1614, (Inédit) ………………………………………….69

XVI - Recueil de similitudes et Notes pour la rédaction du Traité de l'Amour de Dieu, 1612-1614, (Inédit)…………………………………………………………………………………………….71

B) PETITS TRAITÉS ET AVIS A DES DESTINATAIRES PARTICULIERS

l- AVIS A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS -­D'ORBE, sur les devoirs que lui imposent sa profession religieuse et sa charge, avril 1604. - Qu'est-ce que la dé­votion. - La vraie Religieuse " doit estre devote " et fervente. - Fuir le péché et tout ce qui peut être une entrave pour l'âme. - La méditation, l'Office divin, les oraisons jaculatoires, la lecture spirituelle. - Conseils pour le coucher et le lever. ­- Comment on acquiert la " promptitude a bien faire ". - La sain­te Communion les premiers dimanches de chaque mois : prépa­ration et action de grâces. - Eviter la mélancolie, et pourquoi. - Douceur, joie, humilité et tranquillité, accompagnées d'une grande confiance en Dieu. - Obligation, pour une Abbesse, de travailler â la perfection de ses Religieuses et de réformer le Monastère. - L'exemple est le meilleur moyen. - Le dortoir doit être fermé aux séculiers. - Livres à lire pendant les repas. - Que faire pour l'Office. - Choisir une Religieuse pourles affaires temporelles. - Le rétablissement de la perfection et de la Règle sera le plus grand service que l'Abbesse pourra rendre à Notre-Seigneur; le désirer et le poursuivre, mais avec patience …………………………………………………………………..71

II- MÉDITATION POUR LE COMMENCEMENT DE CHAQUE MOIS AVANT LA SAINTE COMMUNION, ADRESSÉE A LA MÊME, [avril 1604]. - Pourquoi sommes-nous en ce mon­de ? - Tout ce qui est contraire à notre fin dernière doit être rejeté. - Malheur de ceux qui n'y pensent point. - Aveu de notre misère et résolutions. - Un motde saint Bernard. - La couronne de roses après la couronne d'épines….76

III- FRAGMENTS D'AVIS SUR LA MANIÈRE DE MÉDITER, SUIVIS D'UNE MÉDITATION INCOMPLÈTE SUR LE CRU­CIFIEMENT DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, [avril 1604]. …………………77

IV- MÉDITATION SUR LE CRUCIFIEMENT DE NOTRE-SEI­GNEUR JÉSUS-CHRIST, DONNÉE A LA PRÉSIDENTE BRULART le 15 avril 1604…………………………………………………………..80

V- FRAGMENT D'UN AVERTISSEMENT SUR LA PERFECTION CHRÉTIENNE, ENVOYÉ A LA PRÉSIDENTE BRULART, 3 mai 1604, (Minute inédite). - En quoi consiste la perfection. - Reconnaître la volonté de Dieu pour l'accomplir. - Les commandements de Dieu et le devoir d'état ; les tribu­lations et les maladies ; les " petites traverses et incommodités ". - - Erreur de ceux qui se préparent aux grandes épreuves et qui ne savent pas supporter les petites. - Pour les actions de peu d'importance et auxquelles on n'est pas obligé, considérer avec liberté d'esprit ce qui tend davantage à la gloire de Dieu et se résoudre. - Ce qui doit être soumis au guide de notre âme. ­Deux moyens pour parvenir à la perfection .82 VI- EN QUOI CONSISTE LA PERFECTION ET COMMENT L'AC­QUÉRIR ; DEGRÉS DE L'OBÉISSANCE. ECRIT ENVOYÉ A LA BARONNE DE CHANTAL, [3 mai 1604 ?]. – La perfection n'est autre chose que la charité. - Qu'est-ce qui la produit. - La prière, les Sacrements, l'exercice des vertus : moyens pour l'acquérir. - Les trois vertus de Religion, quoi­que non vouées, rendent parfait -Les degrés de l'obéissance par rapport à ceux à qui on la rend. - Exemple de Jésus-Christ.­- Obéir aux commandements de Dieu et des Supérieurs, aux con.seils évangéliques suivant sa vocation, aux inspirations de la grâce. - L'obéissance dans les choses agréables, dans les indiffé­rentes et dans les difficiles …………………84

VII - AVIS A LA BARONNE DE CHANTAL, 26 ou 27 août 1604. - Pensées et aspirations pour le lever. - Exercice pour la sainte Messe. - Le congé et la bénédiction du bon Ange. ­Oraisons jaculatoires et regard sur " la divine Bonté ". - L'entrée dans les plaies du Sauveur ………………………………………85

VIII - DIVERS AVIS POUR L'ORAISON ET SUR LA MANIÈRE DE SE COMPORTER DANS LES EXERCICES SPIRITUELS DE LA JOURNÉE, ENVOYÉS A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE, le 9 octobre 1604

1) Meditation sur l'eslevation de Jesus Christ cru­cifié

2) Conseils pour la meditation.- Quand faut-il " lascher la bride aux affections ". - Un avis de saint François de Sales et de saint Pierre d'Alcantara. - A qui on peut parler pendant la méditation. - Trois remèdes contre les engourdissements d'esprit et les sécheresses. - Pourquoi on se met en la présence de Dieu. - Les courtisans en la chambre du roi et l'âme dans l'oraison. - C'est un grand honneur d'être auprès de Dieu.- ­Que faire lorsqu'on est distrait. - L'oraison doit toujours se finir en paix et avec la résolution de servir Dieu fidèlement. . .. :

3) Exercice pour le matin. - Considérations et aspi­rations pour le lever. - Exercice de la " Preparation"; en quoi il consiste. - Une partie de celui-ci peut se joindre â la médita­tion quand elle se fait le matin. - Ce qu'il ne faut pas prévoir pendant l'oraison ..

4) Avis pour bien entendre la sainte Messe

5) Les retours vers Notre-Seigneur, les oraisons ja­culatoires et la pensée de la mort pendant la journée.

6) Exercice pour le soir. - L'examen de conscience.- Le souvenir de la mort

7) Avis divers sur les exercices précédents. - Vivre sans scrupules et servir Dieu avec amour. - La durée de la méditation, et quand la faire. - Encore la Messe. - C'est une superstition de croire qu'il faille recommencer le Chapelet ou autres prières quand, légitimement, on les a interrompus.- Se mettre toujours en la présence de Dieu avant de prier……………………………………………………86

IX - PETIT TRAITÉ SUR LA SAINTE COMMUNION, RÉDIGÉ POUR Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS­-D'ORBE, [décembre 1604, ou commencement de 1605].- Une seule chose est nécessaire pour communier : le bon état de l'âme. - Chasser de notre entendement toute cu­riosité. - Comparaison de la manne. - S'humilier dans les tentations, ou encore les mépriser. - Qu'est-ce que la sainte Communion ? - Pour s'y préparer, oublier les affaires domesti­ques et les choses matérielles, et se rappeler les bienfaits de Dieu. - Les " affections» ne doivent pas estre a l'abandon, mais res­serrees et couvertes ". - Exemple des Israëlites mangeant l'agneau pascal. - Ardent désir. - Ne pas disputer avec l'en­nemi. - Considérations suggérées pour la veille de la Commu­nion. - Un peu de retraite intérieure et récréation plus " de­vote ". - Retrancher peu â peu les attaches. - Que faire la nuit et le matin au réveil. - Ce que le Saint n'approuve pas. ­Comment traiter avec Notre-Seigneur le jour où on l'a reçu.- Préparation et action de grâce, diverses aspirations. - Com­ment se servir de l'imagination. - La Sainte Vierge, et l'âme qui communie. - Que personne ne s'approche de la Table sainte par coutume. - L'un des principaux fruits de la Communion : la charité mutuelle ……………………………………………………………………………………..95

X-QUELQUES AVIS POUR COMBATTRE LA TRISTESSE ET L'INQUIÉTUDE INTÉRIEURE, ADRESSÉS A Mme ROSE BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE, [mai] 1605. - La tristesse et l'inquiétude s'engendrent l'une l'autre, et pour­quoi. - L'âme peut chercher à être délivrée d'un mal ou pour l'amour de Dieu ou pour l'amour-propre : effets contraires de ces deux amours. - Grand mal de l'inquiétude ; d'où elle vient.- ­Quand on tombe en quelque imperfection, rasseoir d'abord l'es­prit et puis y mettre ordre. - La sentinelle de l'âme. - Notre " edification spirituelle " doit se faire dans une grande paix.- La tristesse peut être bonne ou mauvaise, mais elle est plus souvent mauvaise. - Ses productions. - Marques de la mauvaise tristesse et de la bonne. - D'où vient la différence qui existe entre elles : le Saint-Esprit est "l'unique Consolateur" ; le malin esprit, " un vray desolateur". - Remèdes contre la mau­vaise tristesse: avoir patience ; contrarier ses inclinations ; chanter des cantiques spirituels; s'employer aux œuvres extérieures ; faire souvent des actes extérieurs de ferveur ; la dis­cipline modérée ; la prière et s'adresser à Dieu avec des mots de confiance ; la sainte Communion ; l'ouverture de cœur. ………………..102

XI - PREMIÈRE MÉTHODE POUR RÉCITER LE CHAPELET, écrite à St-Jean d'Aulps, 14 août 1606 ..106

XII - DEUX OCCUPATIONS POUR LA RETRAITE SPIRITUELLE [1604-1608]. - La sainte enfance de Notre-Seigneur. – Sa Passion…………………………………………………………………….107

XIII - L'IMITATION DE NOTRE-SEIGNEUR, [1604-1609 ? ] ­- Comment Jésus a-t-il agi pendant sa vie ? - Exciter notre âme par ses exemples; un seul regard suffit ……………………………………….107

XIV-DEUXIÈME MÉTHODE POUR RÉCITER CHAPELET envoyée à Dijon 29 septembre1608….108 XV- AVIS A LA BARONNE DE CHANTAL, 15-20 avril 1610.­Ne pas faire de réflexions sur les choses qui arrivent. – Dans les sécheresses, s'humilier. - Comment reprendre le prochain. - Le voyageur dans un navire et le soin du pilote …………………………………………………………………………..109

XVI - CONSEILS A UN AMI, 1609-1610. - Le secret pour avoir la paix extérieure et intérieure……109

XVII- LE SAINT REÇOIT LES VŒUX DE RELIGION DE LA MÈRE DE CHANTAL, RENOUVELLE SON VŒU DE CHAS­TETÉ ET FAIT CELUI DE SERVIR L'AME DE LA SAINTE, 22 août 1611 ………….110

XVIII- MÉMORIAL POUR BIEN FAIRE LA CONFESSION, A­DRESSÉ AU DUC DE BELLEGARDE, le 24 août 1613. ­Faire sa confession devant Jésus crucifié qui, " avec une dou­ ceur de misericorde incomparable ", nous prépare son par­don. - Il faut s'accuser non seulement du genre de péché, mais de l'espèce, du nombre, des divers degrés du péché.- Entre ces degrés, celui qui multiplie la malice du péché en une seule action doit être déclaré. - Le désir et la résolution de pé­cher est de fait un péché, ainsi que les mauvaises pensées volon­tairement entretenues. - Certaines actions comprennent en elles plusieurs espèces de péché : on doit s'en accuser. - Détail des péchés contre les commandements de Dieu. - Examen sur les sept péchés capitaux. - Les péchés contre les commande­ments de l'Eglise. - Comment discerner le péché mortel du véniel. - Moyens suggérés pour détourner du péché les grands de ce monde. - Prière avant la confession ………………………………………………………………………..111

XIX - SUR LA TRÈS SAINTE VIERGE, A LA MÈRE DE CHANTAL? [1610-1613 ?]. - Marie a passé par tous les états de vie pour attirer toutes les âmes à son divin Fils …………………………………120

XX - PRIÈRE COMPOSÉE' POUR LA BARONNE MARIE-AIMÉE DE THORENS, février 1615……121

XXI - AVIS A LA MÈRE DE CHANTAL, [1613-1615 ? ].­- Confiance et abandon. - La Mère de Chantal doit tenir son âme ferme, sans " vouloir voir ce qu'elle fait ou si elle est satis­faite " - Bel exemple de simplicité des petits enfants. - De la trop grande activité d'esprit naît l'inquiétude. - Quitter tout ce qui déplaît à Dieu et ne pas " s'embesoigner " de notre avan­cement spirituel ……………………….122

XXII- FRAGMENTS DE CONSEILS A LA MÊME, [1613-1616] -.­Les petites vertus. - Tout faire pour Dieu. - Garder la paix et reposer dans le sein de la Providence ………………………………….123

XXIII-AVIS A LA MÊME, SUR LA SIMPLICITÉ, L'ABAN­DON ET L'AMOUR DU PROCHAIN, 31 mars 1616. ­- Comment marcher en esprit de simplicité. - Ne pas faire des retours sur soi-même. - Exemple des petits enfants. - Les " amantes spirituelles " se " purifient et ornent " pour plaire à l'Epoux céleste. - Leur préparation n'est pas longue ni em­pressée, mais fidèle et amoureuse. - Avis de saint François d'Assise. - Imiter le Sauveur sur la croix. - Les inquiétudes de notre cœur et l'avancement dans la perfection. - Rien ne peut ébranler celui qui se remet au bon plaisir de Dieu. - Re­garder le prochain dans la poitrine du Sauveur. - La présence ne peut rien ajouter " a un amour que Dieu a fait, soustient et maintient ". - Vivre et mourir comme il plaira au " cœur sou­verain " de Notre-Seigneur. - Arrêter l'inconstance de l'esprit humain par la force des anciennes résolutions. …………………………………………………..123

XXIV-FRAGMENTS DE CONSEILS A LA MÊME, [1615-1616]. --­Excellence du sommeil amoureux entre les bras du Sauveur. - La Mère de Chantal doit demeurer en la remise de tout elle- ­même à Notre-Seigneur et coopérer à sa grâce. - Que faire à l'oraison. - Délaisser sa vie et ses affaires au bon plaisir de Dieu ………………………………………………………………………………………………125

XXV- DERNIERS AVIS A LA MÊME, 6 juin 1616. - Simpli­cité de l'amour, remise de soi-même en Dieu. - Tout recevoir de sa main et ne vouloir que lui. …………………………………………………126

XXVI-QUESTIONS DE LA MÈRE DE CHANTAL A SAINT FRANÇOIS DE SALES, ET RÉPONSES DE CELUI-CI, fin mai et août-novembre 1616. - Renouveler chaque année l'abandon de soi-même entre les mains de Dieu. - Les pa­roles et pensées qu'il faut retrancher. - Petit examen conseillé. - Oublier tout. - Que la Mère de Chantal demeure ferme en l'oraison de simplicité et d'abandon ; commandement que le saint Directeur fait à son esprit. - Etre comme de petits enfants.- L'indifférence doit se pratiquer en toutes rencontres. - Que l'obéissance à la Règle domine les " menus attraitz ". - Ce que le Saint " desire bien fort ". - Parler peu de soi-même et pour­quoi. - Le Traitté de l'Amour de Dieu est fait surtout pour la Sainte. - L'oraison et la contrition ………………………………………………………………127

XXVII - AVIS A LA SŒUR CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE, Religieuse de la Visitation d'Annecy, [1612-1617]. ­- Tenir son âme en paix, mais avec simplicité et amour. - Un seul désir: plaire à Dieu. - Pour se débarrasser des troubles de la partie inférieure, passer outre, sans les regarder. - Il faut du temps pour parvenir à la paix. - Pourquoi se défaire de la propre volonté. - Dieu veut détacher de toutes choses la desti­nataire pour la " mieux serrer à sa Bonté ". - Indifférence, con­fiance, humilité. - Plus on se sent pauvre, plus il faut avoir de grandes prétentions de bien faire. - Essayer d'aimer la correc­tion. - L'égalité du maintien extérieur. - S'abîmer dans son néant devant Notre-Seigneur et la Sainte Vierge……129

XXVIII - DÉDICACE D'UN EXEMPLAIRE DU Traité de l'Amour de Dieu A M. HUMBERT VIBERT, 13 avril 1617, (Inédit) ……………………………………………………………………………….132

XXIX - CONFIDENCES A LA MÈRE DE CHANTAL, [1610-1618].- Pourquoi le Saint-Esprit nous donne le don d'intelligence. ­Faveurs divines accordées à saint François de Sales ………………………132

XXX - AVIS A LA SŒUR MARIE-ADRIENNE FICHET, Re­ligieuse de la Visitation d'Annecy, 1611-1618, (Iné­dit) :

De l'obeyssance

De l'humilité

De la douceur

De la simplicité

De la generosité.

Du parler

Comme il se faut relever quand on est tombee

Comme il faut vivre selon la partie superieure

Comme il faut tous les jours renouveller ses bons propos

De l'amour de Dieu [et du prochain ]

Des secheresses et sterilités

Des tentations : premierement de la vocation

Des aversions

De la melancolie

Del'Office

De l'orayson …………………………………………………………………..133

XXXI - AVIS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION SUR LES VERTUS QU'ELLE DOIT SURTOUT PRATIQUER, [1612-1618], (Inédit)

Prattique de l'humilité

Prattiquedeladouceur.

Prattique de la simplicité

Prattique de la modestie

Prattique de la charité fraternelle

Prattique de la mortification

Prattique de la patience

Prattique de l'obeyssance

Prattique de la pauvreté

Prattique de la chasteté

Prattique de la generosité

Prattique de la devotion forte et intime

Prattique de la conformité à la volonté de Dieu ………………………………146

XXXII - AUTRES AVIS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISI­TATION, SUR L'OBEISSANCE ET L'EXAMEN QUI DOIT SUIVRE L'ORAISON, [1612-1618], (Inédit) :

Del'obeyssance

xamen sur l'orayson, qui se doit faire apres icelle,se pourmenant ou faysant son ouvrage….150

XXXIII - AVIS A LA SŒUR ANNE-MARIE ROSSET lors de son départ d'Annecy pour la fondation du Monastère de la Visitation de Bourges, vers le 15 octobre 1618 - Etre couverte d'humilité. - Moins on sent de capacité en soi, plus il faut s'appuyer avec confiance sur Notre-Sei­gneur. - La Mère Rosset doit être " Depenciere " des dons de Dieu. - Vertus qu'elle devra pratiquer envers les âmes appelées à la Visitation …………………………………………………………………………………………..151

XXXIV - EXERCICE ENVOYÉ A MADAME DE VILLESAVIN, juillet-août 1619 ………………..152

XXXV - AUX RELIGIEUSES DE LA VISITATION D'ANNE­CY, [1612-1620]. - Une leçon de Marie à propos de la fête de la Transfiguration …………………………………………………………….154

XXXVI - AVIS POUR LA CHARGE DE SUPÉRIEURE, A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE, juin ou com mencement de juillet 1620. - Chaque jour, au réveil, dire la parole de saint Bernard : " Qu'es-tu venu faire ceans ? " - Ne pas subtiliser, mais avoir une intention droite de tout faire pour Dieu. - Supporter les imparfaites et les aider. – Le maintien extérieur. - Importance de la charge. - La nouvelle Supérieure doit demander à la Sainte Vierge de l'offrir à son di­vin Fils, et renouveler son âme. - Après cet acte de parfait abandon, Marie la gardera tout le temps de sa vie…………………………….154

XXXVII - ADIEUX A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE, première Supérieure de la Visitation d'Orlé­ans, vers le 10 juillet 1620. - Trois vertus spécialement Recommandées ………………….155

XXXVIII - LETTRE D'OBÉDIENCE A LA SŒUR PAULE- JÉRC­NYME DE MONTHOUX, pour être Supérieure au Mo­nastère de la Visitation de Nevers, 27 juillet 1620 ……………………………..156

XXXIX - ECRIT DANS UN VOLUME DE L'INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE, DONNÉ A LA SŒUR MARIE-PHILIBERTE CHRISTIN, Tourière de la Visitation d'Annecy, 8 mars 1621, (Inédit)……..156

XL - AVIS A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX, Supérieure de la Visitation de Nevers, décembre 1620­1621, (Inédit). - La prise d'habit doit se faire à la grille du chœur. - Vanité et discrétion. - Les mères et les filles s'appellent " Seurs ". - Conduite à tenir à l'égard des malades. - On peut admettre des Novices d'un autre Ordre ; pour les Professes, il faut une dispense de Rome. - N'appeler le mé­decin que pour la vraie nécessité. - Avis touchant les Pères spirituels. - Raisons qui peuvent dispenser du jeûne. - De­mander ce dont on a besoin est plus parfait que de se laisser à " la providence des Superieurs" - Murmures contre la Supé­rieure. - Ce que la destinataire doit faire au début de sa charge, soit pour les séculiers, soit pour les Sœurs. - Ne pas s'exemp­ter facilement de l'Office. - Attitude au parloir. - Les prétendantes opiniâtres et négligentes ne doivent pas être reçues. - Confiance aux Pères Jésuites. - Exercer les veuves. - ­Attirer doucement les Sœurs qui sont dans la peine. - Quel­ques autres points d'observance ……………………………………………………………………………………….157

XLI - FRAGMENTS D'AVIS AUX SUPÉRIEURES DE LA VI­SITATION, [1615-1622]. - Grand honneur d'être appelées à la conduite des âmes ; comment faut-il s'en acquitter ? ­ - Les Supérieures doivent suivre les voies de Dieu et non les leurs. - Qualités de l'homme intérieur. - Comment agir avec les inférieures revêches et orgueilleuses. - Suivre l'esprit de douceur et cultiver surtout les âmes. - Souhaits du Saint aux

Supérieures ………………………………………………………………………………………..160

XLII - AVIS SPIRITUELS A UNE PERSONNE VIVANT DANS LE MONDE, novembre 1619-1622, (Inédit). - Les satisfactions de l'amour-propre et l'exercice de l'amour de Dieu. - Craindre la tentation, c'est ouvrir la porte â l'ennemi ; la confiance en Dieu lui fait peur. - Mépriser les tentations et recourir à la prière. - Pourquoi le démon donne quelqu'ap­parence de vertu à ceux qui le servent. - "Celuy qui nous a donné la fleur du desir nous donnera aussi le fruit de l'ac­complissement." - Le Sauveur est père par sa providence et mère par son amour. - Un effet de la dévotion qui est selon Dieu. - Exemple du bienheureux Amédée de Savoie et de sainte Paule. - L'amour de Dieu ne trouve jamais qu'on fait trop pour lui ……………………………………………………………………………………………..161

XLIII - AUTRES AVIS SPIRITUELS A UNE PERSONNE VI­VANT DANS LE MONDE, novembre 1619-1622, (Inédit). --- En quoi consiste la simplicité. - Qui ne cherche que Dieu le trouve toujours. - Il faut le chercher par le chemin qu'il nous a marqué. - Ce n'est pas " nostre mal qui nous fait mal ", c'est l'amour-propre. - L'homme simple ne se trouble point. - Exercice d'union à la volonté de Dieu pour le matin, et "acte de reunion" à multiplier dans la journée. - Ne faire aucun acte de piété par manière d'acquit. - Mieux vaut n'entendre qu'une Messe, mais avec attention, que plusieurs avec irrévérence.- ­Conseil de saint François de Sales aux personnes très occupées.- L'égalité d'esprit est l'un des plus beaux ornements de la vie chrétienne. - Tâcher de l'acquérir en demandant le secours du Saint-Esprit et en se tenant en garde contre la langue ……………………………………………………………………………163

XLIV - AVIS A LA :MÈRE CLAUDE-AGNÈS DE LA ROCHE, Supérieure de la Visitation d'Orléans, [juin 1620­- 1622]. - Parler très peu de soi-même. - L'affabilité ne doit pas empêcher l'exercice de l'autorité. - La gravité avec les sé­culiers. - Ne pas cacher le bien qui se fait à la Visitation.- ­Rapports avec les Carmélites, les Jésuites et les Minimes.- ­Ce qu'il faut faire au parloir. - La Vie, Passion et Mort de Notre-Seigneur sont les meilleurs sujets d'oraison. - Certaines âmes sont attirées à une plus grande simplicité. - :Marque d'une bonne oraison. - Ce que la Supérieure peut permettre. - Dis­crétion qu'elle doit observer. - Ne rien faire de plus que la Communauté. - La sainte Commuuion et la reddition de compte. - La charité. - Regarder Dieu ………………………………………………………………………………..165

XLV - AVIS SPIRITUELS A UNE RELIGIEUSE DE LA VI­SITATION, (Inédit) .-Marcher dans la vertu sinon toujours avec joie, du moins avec courage. - La statue dans sa niche. - Ne soyons pas des anges, mais de petits poussins. - Nous n'avons pas à craindre le jugement du monde. - Nos misères ne nous doivent pas accabler ni étonner. - Quel est, parmi les pauvres, " le plus advantagé " ? - Parlons à Dieu de nos misè­res. - Ne pas insulter notre cœur et ne pas trop le presser. ­Dieu seul doit y régner. - Le réjouir et le consoler. - La cou­che de l'Epoux et l'agneau de l'holocauste. - Recevoir Jésus­-Christ : le plus grand moyen d'arriver à la perfection. - Ne pas quitter la sainte Communion pour les distractions et aridités.-Le divin Maître est Roi, soleil, fournaise, baume, trésor, gage de la gloire. - Aspirer à l'éternité qui approche…………………………………………………………………………………………167

XLVI- AUTRES AVIS SPIRITUELS A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (Inédit). - Trésor de l'abandon total à Dieu. - Bonheur d'une âme petite et humble. - Les em­plois dans la maison du Seigneur. - Tout est indifférent au cœur qui ne veut que Dieu. - Dans les choses qui ne sont pas clairement manifestées, interroger nos Supérieurs et suivre leurs avis. - Suavité des inspirations divines ; trouble et inquiétude en celles qui viennent du démon. - L'humilité change en or le plomb de nos infirmités. – " Mesnager les petites rencontres " - Bienheureuse est l'âme dépouillée de toutes choses .-Ce qui nous empêche de nous jeter à corps perdu entre les bras de la Pro­vidence. - Dieu n'est pas comme les hommes. – " Aymer sans mesure l'Amour eternel "……………………………………………………..169

XLVII - FRAGMENTS SUR LA PAUVRETÉ (Inédit).-­En quoi consiste la parfaite pauvreté intérieure. - Comment regarder les biens de la Communauté. - Accepter avec amour les disettes. - Trois degrés de la pauvreté spirituelle. - La grande et sainte pauvreté. - Quel en est le dernier degré.- ­Celui qui n'a aucune confiance en soi-même est vraiment fidèle……………………………………………………171

XLVIII - FRAGMENTS SUR L'OBÉISSANCE, (Inédit). ­L'obéissance religieuse est un holocauste. - Devoir du Supé­rieur et de l'inférieur.-Qu'est-ce que le propre jugement ?-­L'indifférence du parfait obéissant..172

XLIX - CONSEILS A UN RELIGIEUX POUR L'EXAMEN DE CONSCIENCE …………………….173

L- MÉDITATION SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE POUR UN ASPIRANT A LA VIE RELIGIEUSE. - Bonté de Dieu qui se contente de nous obliger à garder ses Commandements. - Ce qu'il nous conseille. - Toujours nous aurons à combattre.- ­Consolations de la vie religieuse et de la " vie commune."- Exa­miner ses dispositions et attendre. …………………………………………………………………….173

LI- AUTRE MÉDITATION POUR LE MÊME ASPIRANT, SUR LA NAISSANCE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. -- L'arrivée de Marie et Joseph à Bethléem; ils reçoivent le mépris avec une douceur incomparable. - Le moindre oubli excite notre arrogance. - L' " establerie " pour le Sauveur, et " les superbes edifices " pour les pécheurs. - Tout est pauvre dans cette naissance, et nous ne cherchons qu'à nous satisfaire …………………………………………………………………………………….174

LII - TROISIÈME MÉTHODE POUR RÉCITER LE CHAPELET……………………………………….175

LIII- PARAPHRASE DE L'ORAISON DOMINICALE ADRESSÉE A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES, (Inédit) ……………………………………………………………………………………………176

APPENDICE

A - DÉVOTES MÉDITATIONS SUR TOUS LES MYSTERES DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE ..190

B - PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE, ATTRIBUÉE A SAINT FRAN­ÇOIS DE SALES ……………..195

C - AUTRE PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE, ATTRIBUÉE AU M:ÊME ………………………..…196

NOTE DES EDITEURS ………………………………………………………………………………….197

D – LETTRES DÉCOUVERTES APRÈS L'IMPRESSION DES VOLUMES PRÉCÉDENTS………..197

(qui ont été replacées, dans le CD, à leurs bonnes dates. JG)

LETTRE (CCLXXVI) - A LA BARONNE DE CHANTAL (1né­dite en partie). – 28 février 1605

La santé est inutile si elle n'est em­ployée à la « conques te de la sainteté. " - Ecrire à la Baronne ne peut nuire au Saint. - Plus la croix est grande, moins elle pèse. - Pieux souhaits, ardentes aspirations à propos d'une " image devote ". - Un projet de voyage à Annecy et une dé­cision. - Avis de saint François de Sales touchant le désir de mesdames Brûlart et de Villers d'accompagner en Savoie Mme de Chantal. - Mme de Boisy recevra celle-ci " avec plus de cœur et d'amour. " - Prière de l'excuser auprès de MM. Fré­myot, père et oncle - Reclassée sous le n° 276 bis dans L3, p.20,

MMCI - A MESSIEURS LES CURÉS DE VALROMEY ET DE SUR-SEMINE (Inédite). 13 avril 1606

Monsieur Rosetain est char­gé de transmettre aux ecclésiastiques destinataires l'avis du Saint au sujet de leurs bénéfices Reclassée sous le n°342 dans L3, p.106

MMCII- A Mme DE LA FOREST, RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE BONS (Inédite). Octobre 1608-1610 ? - Une excommunication qui, peut­-être, reste sans effet. - Quand nous commettons des fautes, les réparer par l'humilité et nous abîmer dans la confian­ce en Dieu et la défiance de nous-mêmes. - Soumission amoureuse à l'Abbesse du monastère ; ne pas la regarder " com­me mauvaise, mais comme malade. " - Nos Supérieurs sont les officiers de Dieu. - Vaincre ses répugnances en témoignant à l'Abbesse une vraie charité Reclassée sous le n° 488 bis dans L4, p.58

(MCCCXL) - A LA PRÉSIDENTE DU FAURE (Fragment inédit). Avril 1617 -Un mot du cœur. - Prière du Saint pour la destinataire Reclassée sous le n° 1235 dans L7, p.227

MMCIII- A M. SYLVESTRE DE SALUCES DE LA MENTE, ABBÉ D'HAUTECOMBE. 3 novembre 1622 - Reconnaissance de saint François de Sales pour un service qui lui est rendu ; sa pauvreté. - Il aurait de bonnes raisons pour se dispenser d'accompagner le duc de Savoie et le prince Cardinal en France ; mais pour leur être utile, mort ou vif il ira. - Si l'Abbé d'Hautecombe lui indique le jour, le Saint ira le chercher en son monastère. - Remercie­ments de l'Evêque de Chalcédoine Reclassée sous le n° 1956 bis dans L10, p.230

Glossaire des locutions et des mots surannés ……………………………………………………....198

Index des destinataires et des notes historiques et biographi­ques de ce volume…………………….217

Table générale des Opuscules de saint François de Sales ……………………………………………218

Table des matières……………………………………………………………………………………..229

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[1] - Lettre à M. Noël Brûlart, commandeur de Sillery, 27 avril. (Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa Vie et ses Œuvres, Paris, Plon, 1879, Lettres, vol. IV, p. 621.)

[2] - De cette Concordance nous avons : 1. six pages d'un petit cahier, con­servées à la Visitation de Turin ; 2. un feuillet de grand format, d'une écriture identique, également gardé au même Monastère (ce feuillet, plié en deux, donne les. dimensions du susdit cahier) ; 3. deux fragments écrits au verso d'une mi­nute de lettre au sénateur Favre, datée de 1594 (L1, p. 62) ; 4. un autre fragment commençant par ces mots : Tenebrœ factae sunt, qui occupe la quatrième page de la feuille sur laquelle se trouve le plan d'un Sermon pour la fête de Pâques (L7, 377). La Visitation d'Annecy possède ces deux derniers fragments. L'identité des caractères permet de placer les quatre morceaux à la même époque, en leur assignant une date approximative. Il eût été inutile de donner en entier les pages de cette Concordance ; nous nous sommes bornés à citer les passages qui contiennent des paroles et des réflexions de saint François de Sales; le reste est simplement le récit des Evan­gélistes. Notre texte commence par l'Autographe indiqué au n°1 de la présente note et se poursuit avec le n° 2 (p. 6) : " Mort de Pilate, " etc. ; vient enfin la fragment Tenebrœ factae sunt, que signale le n° 4 (p. 8). L'un des passages du n° 3 est reproduit sous la variante (c) ; l'autre ne comprend que sept lignes du récit évangélique et débute par ces mots : Hymno dicto, venit in montem Oliveti. etc.

[3] - La référence originale est 1 R au lieu de 2 R. La faute est dans Tolet, que saint François de Sales a copié.

[4] - Suit l'agonie, l'arrivée de Judas et son baiser, d'après les Evangélistes..

[5] - Il y a ici une lacune considérable ; une feuille du petit cahier, peut-être même deux, manquent. Le Manuscrit reprend à ces mots: Dicunt omnes : Crucifigatur.

[6] - [Un autre fragment, conservé à la Visitation d'Annecy, porte la leçon sui­vante :] Ja Nostre Seigneur avoit esté pris, examiné, souffleté, batu, craché, couronné, quand Pilate, pensant le delivrer, le leur presenta au plus pitoyable equippage que jamais homme fut veu, pour les esmouvoir a compassion affin de le delivrer, et dict : Ecce Rex vester ; Voyci vostre Roy. Lhors les Juifz crie­rent : Tolle, tolle, etc. ; et leur repliquant : Crucifieray je vostre Roy ? Ilz res­pondent : Non habemus regem nisi Cœsarem. Alhors Ponce Pilate, voyant que rien n'y proufitoit, tradidit eis ilium ut crucifigeretur.

[7] - Nous supprimons les dernières paroles de Notre-Seigneur et sa mort.

[8] - Ici commence le second fragment que possède la Visitation d'Annecy.

[9] - Le lecteur remarquera sans doute ces mots, dans l'Advertissement qu'on va lire : " estant un des premiers exercices de la plume... du Bien-heu­reux François de Sales " ; cette pièce serait donc antérieure à l'Introduction a la Vie devait (1608), le style même paraît l'indiquer. Faut-il la placer avant la ré­daction de la Defense de l'Estendart de la sainte Croix (1598), ou entre 1602 et 1604 ? La première hypothèse nous semble très douteuse, car dans ce cas on devrait écarter les années de la mission du Chablais, où le saint Apôtre ne put certainement pas s'occuper de ce travail, et remonter peut-être à la dernière période de ses études (1590-1592). C'est un peu tôt, étant donnée l'autorité avec laquelle il écrit. Nous suggérons, mais sous toutes réserves, 1602-1604.

[10] - Le texte latin du Cantique des Cantiques n'ayant pas été mis par le Saint, on a jugé bon de le supprimer.

[11] - Ce fragment est donné d'après l'édition Blaise (1833), tome XVI ; il a été déjà reproduit, sauf les trois premières lignes, dans l'Appendice du Traitté de l'Amour de Dieu, (non numérisé sur le CD)

[12] - L'alinéa suivant est emprunté à l'édition Blaise, pp. 13, 14 ; la fin du fragment se conservait en 1894 à la Visitation de Meaux, avec le commencement du chapitre.

[13] - En marge du Ms : La charité, comme vertu eminente, supplee a toutes les vertus, comme le soleil par sa lumiere remplit toutes estoiles, en sorte qu'on peut dire que la lumiere de la lune ell'est ou lumiere de la lune ou lumiere du soleil; ainsy ou peut dire que toute vertu est amour, comme st Augustin dit que je cite ci apres.

[14] - Les deux fragments qui suivent sont inédits. Ils représentent le tiers d'un feuillet autographe dont la partie supérieure a été coupée. En 1894, l'original appartenait à M. Charles Tresvaux du Fraval, propriétaire à Laval

[15] - Ce " cayer " n'a pas été retrouvé.

[16] - Ici et dans la suite de notre texte les points de suspension remplacent des lignes ou des mots disparus dans la mutilation de l'Autographe. Les mots qu'on a pu suppléer d'après le sens sont insérés entre crochets.

[17] - Ce qui suit, jusqu'à la note 20 est donné d'après le texte de Blaise, tome XVI, pp. 15-18.]

[18] - Une partie de cette phrase, jusqu'à " d'empressé ", est insérée dans un recueil d'extraits des premiers manuscrits du Traitté de l'Amour de Dieu, fait par sainte Jeanne-Françoise de Chantal et relié dans un volume in-12 de la Vie... de S. Catherine de Gennes (Paris, 1610), conservé à la Visitation de Trévise. (Voir TAD note 131). On trou­vera aux ch 9 et 10 du liv 1 du TAD d'autres fragments du même recueil.

[19] - Des lignes de cette page figurent dans le recueil de la Mère de Chantal.

[20] - L'Autographe des pages suivantes, jusqu'aux mots : " luy est adjousté ", se conserve au 1er Monastère de la Visitation de Paris. Des lignes de ces pages se trouvent dans le recueil de la Mère de Chantal.

[21] - La fin de cet alinéa, empruntée au recueil de sainte Jeanne de Chantal, est inédite. Viennent ensuite, après une lacune, deux pages autographes qui appartenaient à Mgr Monnier, évêque de Troyes.

[22] - var: Il veut dire, Philothée, que c'est un amour par lequel nous avons une constante et perpetuelle volonté de rendre a Dieu le service qui luy est deu et, pour l'amour de Dieu, ce qui appartient a un chacun. [Sans biffer cette phrase, le Saint a mis un signe de renvoi après .l'homme", indiquant ainsi son intention de rattacher à ce mot la phrase: " Ou il faut noter, " etc et de transporter quelques lignes plus bas la pensée supprimée ici.]

[23] - Les éditeurs précédents ont substitué des ... aux paroles de saint Augustin et de saint François, et à plusieurs autres mots que le copiste n'avait pu dé­chiffrer.

[24] - Au lieu de "Te decet "(à toi convient) de la Vulgate d'après les Septante, saint Jérôme traduit l'hébreu par " Tibi silentium "(attente silencieuse, faite d'adoration et de confiance).C'est bien le sens du mot hébreu actuel, comme la traduction du Targum : le mot lu par les Septante, légèrement différent, semble demandé par le parallélisme. Ici, saint François de Sales garde le " Te decet "de la Vulgate et ajoute le silentium de saint Jérôme d'après l'hébreu actuel. Pour lui, le Te decet équivaut sans doute simplement à tibi, et il veut dire : A toi convient la louange faite de silence.

[25] - Ici commencent deux autres pages autographes qui se conservaient en 1893 au Grand Séminaire de Verdun,

[26] - Voir ci-dessus, p.29, et Op4, note 525, les Meditations écrites pour la Visitation.

[27] - Op4, note 369.

[28] - L4, note 507 ; L5, note 58 ; Op4, note 369.

[29] - Op4, notes 363,305

[30] - Op4, note 367.

[31] - Fin du feuillet qui se conservait à Verdun. Il y a une lacune entre ces pages et la suite de notre texte, donnée d'après l'Autographe gardé à Avignon, au Séminaire Saint-Charles.

[32] - Comme on l'a dit ci-dessus, p. 28, le Manuscrit autographe de ce Traité se composait de plusieurs feuilles formant un cahier dont quelques parties ne nous sont pas parvenues : telle la feuille qui contenait la suite du texte de la présente page. La Visitation d'Annecy en possède cependant une copie partielle, restée inédite jusqu'à ce jour, et faite en 1840 par M. l'abbé Combeyrat, à qui appartenait le feuillet original.

[33] - Lacune de deux pages autographes qui n'ont pu être retrouvées. L'alinéa : " En fin, dans le Sanctuaire " etc., égaré plus loin dans l'édition Blaise (p. 46) et dans les suivantes, semble devoir se placer ici.

[34] - Les éditeurs précédents donnent cette leçon évidemment fautive : " et ceux cy representoyent l'arche des Anges assistans, qui n'ont aucune contem­plation."

[35] - Notre texte reproduit la seconde moitié de la feuille gardée au Séminaire d'Avignon, voir note 31.

[36] - L' Autographe (un feuillet) des trois pages suivantes se conservait, en 1898, à Paris, au couvent de Notre-Dame de la Charité, dit de Saint-Michel.

[37] - var: Mays pour vous affranchir de scrupule, saches que nous ne sommes pas obligés de dire tous nos sentimens, ains seulement...

[38] - Le Saint a écrit cet alinéa après coup, dans la marge de la page.

[39] - Ce " livre " était donc déjà commencé quand saint François de Sales écrivit ces pages.

[40] - Nouvelle lacune, de deux pages, pour le moins.

[41] - La moitié d'un feuillet du Manuscrit original appartient aux Rdes Obla­tes de saint François de Sales, Paris. Il comprend cet alinéa, qui occupe le recto, et, au verso, le fragment qui le suit dans notre texte.

[42] - Par suite de la mutilation du feuillet, le commencement de ce chapitre manque.

[43] - Mots coupés.

[44] - Fin du fragment autographe,

[45] - Les onze lignes suivantes, et d'autres plus loin, reproduisent le recto et le verso d'un fragment autographe conservé au 1er Monastère de la Visitation de Paris. Le reste de notre texte, jusqu'à la page 81 est emprunté à l'édition Blaise, dont nous corrigeons les erreurs évidentes.

[46] - L'édition Blaise et les suivantes ont fasderies.

[47] - Ce mot est substitué à choses qui se lit dans Blaise et les éditions qui l'ont suivi.

[48] - var - il nous faut supporter une longue duree du mal, et que nous n'avons pas seulement du mal, mays que... [Ce membre de phrase, que les éditeurs précédents ont rattaché au texte, doit être une première leçon, ensuite abandonnée, de lignes de cette page et de la suivante : " nous devons... du mal ".]

[49] - Le Saint avait-il laissé inachevée cette phrase, ou bien le copiste ne sut-il pas en déchiffrer la suite ?

[50] - Saint François de Sales au début de ce travail a indiqué cet ordre : pru­dence, justice, tempérance, force. S'il met ici la tempérance comme " le 4e fleuve ", c'est qu'ayant écrit ces pages à diverses reprises, il a dû oublier l'ordre suivi au commencement.

[51] - Nous croyons qu'ici encore il y a une lacune.

[52] - Ici se termine le texte publié par Blaise. Un feuillet autographe conservé à la Visitation du Mans semble en être la suite, mais avec une lacune avant le début ; Migne l'a donné au tome VI, col. 42.

[53] - Le bas du feuillet a été coupé ; quelques membres de phrases et deux ou trois lignes au plus ont disparu. Nous rétablissons entre [] les premiers, d'après le sens.

[54] - Fin du verso du feuillet mutilé. Entre celui-ci et les quatre pages auto­graphes et inédites gardées à la Visitation de Milan, qui terminent notre texte, il doit manquer un autre feuillet.

[55] - Le Saint a ajouté en marge cet alinéa.

[56] - Ces deux alinéas sont en effet séparés du reste du texte par un trait horizontal.

[57] - Ici finit la deuxième page de l'Autographe conservé à Milan. Comme il est intact et que; d'autre part, il y a. une lacune entre le dernier alinéa. de notre texte et la suite de celui-ci, on peut supposer qu'une feuille entière du cahier original manque.

[58] - Ces fragments sont extraits d'un ancien manuscrit de l'Année Sainte de la Visitation, qui n'est pas l'original de la Mère de Chaugy, mais une copie de l'époque. L'annaliste, en les citant, les donne comme paroles de saint François de Sales ; il peuit se faire, cependant, qu'elle leur ait fait subir des retouches, tout en conservant les pensées. Ils sont reproduits ici sous toutes réserves.

[59] - Le Bienheureux, écrit le P.Philibert de Bonneville dans la Vie du Saint, ch 33, p.345 "faiaoit le signe de la Croix avec grand ressentiment de devotiont, et donnoit pluisurs devotes considerations pour cet effect." Et il cite fragment reproduit ici, auquel on nepeut assigner aucune date.

[60] - Ce texte pourrait être un fragment du Traité de l 'Amour du prochain que notre Saint aait en projet ; cf note 39. Il est cité par Mgr de Maupas, la Vie du Vénérable Serviteur de Dieu François de Sales (Paris 1657), Partie V, ch 3 p.336

[61] - Ce fragment est tiré de la Vie de tres-illustre Messire François de Sales, par Longueterre (Lyon, Coeursilly, 1624) pp408, 412-414 ; on trouvera ci-après le contenu des pp.409-411. Le biographe écrit à la page 407 : "Mais avant qu'on luy ferme la bouche et que la mort luy serre les dents, tirons quelques salutaires instructions de ses discours ordinaires, et les recueillons comme des miettes de pain qui tombent de la table…" Il serait téméraire d'avancer une date quelqconque, et ce n'est guère possible.

[62] - Comme la pièce précédente, ce texte est emprunté en grande partie à la Vie du Saint par Longueterre p.409. Mgr de Maupas, partie 4 ch 15, le cite avec quelques variantes, comme ayant été adressé à l'Abbesse du Puits d'Orbe. Mais, outre que ce n'est pas le style de saint François de Sales écrivant à Rose Bourgeois, le biographe y a interpolé un morceau de la lettre due janvier 1603 à Mme de Beauviller, abbesse de Montmartre ; la supposition de la destinataire paraît donc plus que douteuse, c'est pourquoi nous n'en tiendrons pas compte – Un alinea donné par Mgr de Maupas ne se trouve pas dans Longueterre ; il est placé à la fin de notre texte, bien que nous ne puissions affirmer qu'il appartient au même écrit.

[63] - Il est spécialement recommandé aux Recteurs d'éviter les pârticularités et d'agir avec discrétion : Communes Regulas servet et particularia in cibo, indumentis et aliarum rerum usuquantum fieri potest vitat, et familiaritate atque indulgentia cum quibusdam alios ne offendat. (Regulae Rectoris, entrées dans la Compagnie de Jésus pa r décret de la quatrième Congrégation générale, 1580)

[64] - Les trois recueils suivants sont écrits sur du papier du même format que le plan du Sermon sur la Transsubstantiation et la sainte Messe, placé en octobre 1594 ; ce sont aussi les mêmes caractères. Pour cette double raison, nous proposons les dates de 1594-1598. Le premier de ces Autographes est un feuillet écrit au recto et au verso ; celui-ci est partagé en deux colonnes, dont celle de droite est restée blanche. Le second a deux pages ; le troisième n'en a qu'une, et même les deux tiers de la deuxième colonne sont laissés en blanc, ainsi que la quatrième page.

[65] - Plusieurs passages de ce texte sont aussi insérés dans le 2e recueil suivant. Pour éviter des répétitions inutiles, nous en donnerons seulement les variantes. Il est encore des similitudes qui reparaissent dans le recueil de 1600-1604 conservé à Harrow et reproduit ci-après.; elles sont d'ordinaire plus étendues, nous les avons laissées dans les deux textes.

[66] - Pour les emprunts à Mattioli, saint François de Sales semble avoir uti­lisé deux traductions. Les Commentaires sur Dioscoride sont ordinairement pris dans la traduction d'Antoine Du Pinet (in-folio, Lyon, 1572) ; mais pour l'Epître dédicatoire que Mattioli a mis en tête de son ouvrage, le Saint a dû se servir de la traduction de Desmoulins (in-folio, Lyon, 1572). C'est donc à celle-ci que nous renvoyons.

[67] - Dans ce recueil et les suivants, saint François de Sales a dû se servir, pour la traduction de Pline, de l'ouvrage intitulé : L'histoire du monde de C. Pline second, collationnée et corrigée sur plusieurs vieux exemplaires latins et enrichit d'annotations en marge, servant à la conference et decla­ration des anciens et modernes noms de villes, regions, simples et autres termes obscurs comprins en icelle. Le tout fait et mis en François par An­toine Du Pinet, seigneur de Noroy. (2 vol. in-fol., Lyon, 1562.)

[68] - Coriacesia est le mot de Du Pinet ; maintenant on dit coraceica.

[69] - Appelé actuel1ement minyas.

[70] - Des guerres des Romains, livres XI, traduit en français par Claude de Seyssel ; Lyon, 1544, in-fol-Guerre parthique, chap.. v. Les Guerres parthiques ont été retranchées dans les éditions modernes parce qu'elles ne sont pas d'Appien.

[71] - Il le dit en effet au mot paliure, qui est un rhamnus ; Pline l'appelle agrifolium, soit le houx.

[72] - François Calceolario était un apothicaire de Vérone, que Mattioli avait connu. La racine trouvée par lui est le solanum majus, appelé en Italie belladonna, au dire de:Mattioli.

[73] - Il en est question dans l'Epître que Mattioli a mise en tête de ses Com­mentaires sur Dioscoride. Deux pages sont 'consacrées à cette herbe servant aux charlatans pour tromper le public.

[74] - L'apparence de l'Autographe, format, écriture, etc., est celle des quel­ques Sermons qui nous restent de 1602 ; c'est sur cette apparence que reposent nos conjectures pour la date.

[75] - Ce titre est écrit par le Saint au coin supérieur de la quatrième page de la feuille ; les deux premières pages seules sont remplies. Il est très possible que cette feuille ait fait partie d'un petit cahier dont les feuillets intérieurs auraient été dispersés ; mais les notes qu'elle contient sont trop disparates pour qu'on puisse l'affirmer.

[76] - Saint François de Sales en citant ce verset, a mis le sens de l'hébreu : La trace de l' homme dans l'almah (adolescentula, c'est-à-dire la vierge), et il a ajouté almah pour expliquer la raison de sa préférence pour adolescen­ula au lieu d'adolescentia de la Vulgate

[77] - C'était un des généraux d'Alexandre

[78] - Le Manuscrit autographe reproduit ici est celui qui a été mentionné dans la Préface de l'Introduction à la Vie Dévote note 49, et aussi dans Sermons2. note 51. Mgr d'Arenthon d'Alex, évêque de Genève, parle dans son attestation d'un cahier de " seize feulliets ", soit de 32 pa­ges ; mais actuellement, le recueil conservé à Westbury-Harrow n'a que treize feuillets, auxquels il faut en ajouter un autre - le premier - qui en a été détaché pour être offert aux Oblats de Saint-Charles, de Westminster où, ce­pendant, malgré de soigneuses recherches, il n'a pas été possible de le retrouver. Nous en avons un calque. Le troisième et le septième feuillets ont été aussi coupés et sont introuvables. C'est donc par erreur que dans la Préface de l'Introduction à la Vie Dévote il est question d' " un manuscrit inédit de 52 pages " ; la copie occupe ce nombre de pages, mais l'Autographe lui-même en a 26, sans compter les deux de Westminster..- L'écriture de ce recueil est à peu près la même tout au long ; les caractères sont ronds et serrés, ils se rapprochent de ceux de la Defense de l'Estendart de la sainte Croix ; d'autre part, l'orthographe de certains mots est d'une date postérieure à cet ouvrage. Par conséquent, il est assez difficile de fixer, même approximativement, celle du Manuscrit; mais il nous paraît presque certain qu'il faut le placer entre 1600et 1604.

[79] - La traduction de Du Pinet porte Ialylus, mais l'Autographe ici est très clair. Ialysus est le héros tutélaire de Rhodes, que Protogènes avait sans doute représenté soit chassant, soit revenant de la chasse.

[80] - Le bas de l'Autographe est coupé ; des trois dernières lignes du recto 1 ne reste que les premiers mots.

[81] - Du Pinet traduit ainsi Pline qui écrit simplement Bacchœ, c'est-à-dire Bacchantes

[82] - Par suite de la coupure signalée à la note 80, une partie des cinq dernières lignes du verso manque. Nous avons comblé cette lacune d'après le texte du Traitté de l'A mour de Dieu, Livre XI, chap. V, où se trouve la comparaison de Pireicus que saint François de Sales note ici ; on remarquera qu'elle se rattache parfaitement aux premières lignes du recueil de Harrow. Il devait cependant y avoir quelques divergences entre le texte du Traitté et celui des Similitudes, si on en juge par la place qu'occu­pèrent jadis les mots disparus de ce dernier.

[83] - Fin des deux pages qui se conservaient à Westminster

[84] - Ici encore deux lignes et demi du bas du feuillet sont coupées, mais on a pu suppléer à cette lacune par la traduction de Du Pinet.

[85] - Au verso du feuillet autographe, deux ou trois lignes manquent et le feuillet suivant a été enlevé.

[86] - Voir premier recueil note 2..

[87] - Maintenant on ne les nomme plus " chastaignes ", mais oursins. Les châtaignes d'eau sont les macres. Saint François de Sales a pris ce mot dans Du Pinet; ouvrage cité plus haut,.

[88] - C'est ainsi que Du Pinet rend Ariana de Pline, pays des ariens. Cela, en effet, correspond en partie.

[89] - Le texte des éditions actuelles a Rufus, mais Du Pinet, selon quelques manuscrits de Pline, a Rufinus.

[90] - C'est Pline (Hist. nat. 8,16) qui cite Polybe ; nous n'avons plus, dans le livre de ce dernier, le chapitre qui contenait ce texte.

[91] - Le septième feuillet de l'Autographe manque.

[92] - Pline l'appelle ainsi, et Du Pinet Soldi ; en langue turque, son nom est actuellement : Soueïdiyèh.

[93] - Les diverses leçons de Pierre Messie, gentilhomme de Sevile, mises de Castellan en François par Ch. Gruget, parisien. ln-8, Lyon, 1592 p.178.

[94] - Descriptio Grœciœ,9,28

[95] - Pline raconte plusieurs histoires prodigieuses de dauphins, et ensuite il dit : " De sorte que" etc. C'est tiré mot à mot de Du Pinet.

[96] - " En la province de Narbonne, " dit Pline ; Du Pinet traduit : " En Languedoc ".

[97] - Du Pinet, en effet, le dit en marge de sa traduction

[98] - Quelques mots de l'Autographe sont coupés

[99] - C'est la traduction de Du Pinet ; le latin a scarabœos, et nous disons maintenant: scarabées, bousiers.

[100] - Les deux dernières lignes de la page autographe n'étaient pas pleines ; quelques mots seulement ont disparu dans la mutilation. Nous suppléons entre crochets ceux qui manquent à la ligne précédente

[101] - Dans cet alinéa, quelques mots sont oblitérés; à la fin, une ou deux lignes ont été coupées

[102] - On a parlé dans l'Introduction générale (Controverses p. L IlI) et, avec plus de détail, dans l'avant-propos de L8,p. X-XVII, d'un grand Manus­crit de Sermons appartenant à la Visitation de Turin. Les Similitudes et les Notes qui vont suivre font partie de ce Manuscrit: elles occupent les folios 300, 324 recto, et 342 recto et verso. Ce dernier contient des Notes pour le Traitté de l'Amour de Dieu, écrites évidemment avant sa rédaction défini­tive. - Les années 1612-1614 semblent convenir à ce recueil ; une année postérieure à 1614 ne saurait être indiquée : 1. - Dans nn plan de Sermon du 26 octobre 1614, saint François de Sales renvoie au folio 324 de son Manuscrit, lequel est justement un des trois qui nous occupent. 2. - Au folio 342 recto, se trouve cité un mot de saint Gré­goire de Nazianze : Episcopi sunt pictores, etc., que le Saint rappelle dans le plan de Sermon pour la fête de saint Charles Borromée, 4 novembre 1614 (Sermon CI). 3. - Quant aux Notes relatives au Traitté il est impossible de les reculer au-delà de 1614 ; on sait, en effet, que e'est à partir de cette année que le saint Evêque travailla assidûment à son chef-d'œuvre.

[103] - Il y a ici une petite faute au sujet de Polyclète ; il ne fit pas des pein­tures, mais des sculptures. Du Pinet a induit en erreur saint François de Sales en unissant les œuvres des deux sous le nom de tableaux. Pline parle des œuvres des deux maîtres dans l'art de peindre et de sculpter

[104] - Du Pinet traduit orygem, oryx, par chevreul.

[105] - Ces lignes ont primitivement appartenu au Manuscrit de Turin comme les pages précédentes, et on doit leur assigner la même date. Actuellement, elles se conservent dans la même ville, à la Maison mère des PP. Salésiens du Bienheureux don Bosco.

[106] - Ce texte ne se trouve pas dans les Œuvres du saint Docteur.

[107]- H. Lauretus, Sylva allegoriarum totius Scripturae, ln-8°, Venetiis, 1575, p. 451

[108] - Ambroise Calepino, Augustin (1440-1510), né à Caleppio, composa un Dictionnaire latin-italien (in-fol. 1502; autre édition, 1509) qui eut une vogue immense. Dans les éditions postérieures on a ajouté la traduction des mots latins en plusieurs autres langues. Le nom de Calepin est devenu usuel pour désigner les registres de notes de renseignements.

[109] - J. Azor (1533-1603), Institutiones morales, lib. III, cap. IV.

[110] - Dans une lettre du 3 mai 1604, saint François de Sales dit à la destina­taire : " J'ay envoyé a madame la presidente Brulart, vostre seur, un escrit que je desire vous estre communiqué; non pas que celuy que je vous ay donné ne suffise pour vous et pour ce tems, mais affin que vous ayés tous-jours plus d'esclaircissement en vostre esprit... " (L2, notes 291,296). A la même date, le Saint adresse à la Présidente l'Advertissement qu'on trou­vera ci-après ; quant au document reproduit ici, il doit être antérieur, puisque l'Evêque le donna à l'Abbesse. Or, il quitta Dijon le 26 avril (L2, note 288) et n'alla pas au Puits-d'Orbe en 1604 ; Rose Bourgeois (L1, note 296) dut le voir et le consulter à Dijon, peut-être chez M. de Crépy, son père, ou chez Mme Brûlart. La Visitation de Dijon conserve quatre pages autographes de cette pièce ; la suite est empruntée à l'édition in-folio des Œuvres du Saint (1652), Epistres spirituelles, liv. II, epistre XXXI, col. 982.

[111] - Probablement, ses Devotes contemplations et spirituelles instructions sur la Vie, Passion, Mort, Resurrection et Ascension de N. S. J. C. Paris, De la Noue, 1572. (IVD note 106)

[112] - Pratique de l'Oraison mentale, parue en italien, à Brescia, en 1573; une traduction française fut publiée à Lyon en 1601. (IVD note 103 ; L2, note 206)

[113] - Les mots et les finales des mots insérés entre [ ] sont oblitérés sur l'Auto­graphe.

[114] - Omis par le Saint, sans doute par distraction.

[115] - Ici se termine l'Autographe conservé à Dijon.

[116] - La guide des Pecheurs, ou encore ses Œuvres spirituelles et devotes, dont une traduction française fut imprimée à Paris en 1602. (IVD note 53 ; L2,notes 178,201 ; Op2, note 116).

[117] - Ouvrage publié en espagnol par le P. Diègue Stella, et traduit en latin : De contemnendis mundi vanitatibus, libri tres, in latinam linguam trans­lati a R. P. Petro Butrgundo, S. J. ; Coloniae, 1585. Plus tard, il eut aussi une version française.

[118] - C'est, vraisemblablement, l'Imitation de Jésus-Christ que saint Fran­çois de Sales veut indiquer à l'Abbesse du Puits-d'Orbe. On sait que ce livre était d'ordinaire désigné sous le nom de l'auteur auquel il était plus généralement attribué. (IVD note 161 ; L2, note 388).

[119] - Breviarium Romanum, ex decreto sacrosancti Concilii Tridentilti restitutum, Pii V, Pont. Max. jussu editum; 1568. (Op3, note 679).

[120] - La destinataire est désignée par son prénom à la fin de cette Meditation qui, dans l'édition de 1652 et les suivantes, vient immédiatement après les Avis donnés au n°1. Etait-elle, en effet, jointe à ces Avis, ou l'a-t-on placée après ceux-ci à cause de la recommandation que le Saint fait à Rose Bourgeois de " communier tous les premiers Dimanches du mois, " de se confesser la veille et de faire " alhors nouvelle resolution de servir " Notre-Seigneur ? Il n'est guère possible de le dire. Une chose, cependant, semble être en faveur de la place que lui a assignée le premier éditeur : la phrase finale de cette Meditation est suivie des clausules et de la signature de saint François de Sales, que ne portent pas les Avis, ce qui permet de supposer que ceux-ci et celle-là furent écrits à la même date. Dans l'Introduction a la Vie devote, 1e Partie, chap. x, la Méditation deu­xième : De la fin pour laquelle nous sommes creés, paraît avoir été calquée sur celle-ci ; on y retrouve des phrases textuelles.

[121] - Une minute incomplète (six pages autographes) de conseils pour la médi­tation et d'une méditation sur le crucifiement de Notre-Seigneur a été retrouvée : quatre pages à la Visitation de Milan, elles sont inédites ; les deux dernières à Venise, en l'église Saint-Thomas, publiées par Migne, tome VI, col. 77. Le commencement et la fin du document font défaut. Avons-nous ici la minute de l'écrit envoyé par saint François de Sales à l'Ab­besse du Puits-d'Orbe au mois d'octobre 1604 (voir ci après, p. 194), ou bien la rédigea-t-i1 à Dijon pendant le Carême de la même année ? L'une et l'autre sup­positions sont également probables, car nous savons que le Jeudi-Saint (15 avril) le Prélat donna à la présidente Brûlart une méditation dont il lui recommande " la methode " le 3 mai suivant. (note 125 ; L2, note 292) En faveur du mois d'avril, nous avons cette phrase ci-après : " C'est le mistere de l'elevation de Jesus crucifié sur le mont de Calvaire [pour un ven­dredi de Caresme ], et praesuppose " etc. (les mots insérés entre les signes [ ] sont biffés). Cependant, lors même que la présente minute daterait du Carême, il est certain que le Saint dut s'en servir pour la rédaction de l'écrit destiné à Rose Bourgeois

[122] - Ce sous-titre est ajouté en surcharge.

[123] - Probablement, le Saint a biffé ces mots par mégarde; c'est pourquoi nous les rétablissons entre [ ].

[124] - Ici commence l'Autographe qui se conserve à Venise.

[125] - " Vous choysirés... la meditation que vous voudres faire, et la lirés atten­tivement pour vous en resouvenir au tems de l'orayson, et n'avoir autre chose a faire que de la remascher, suyvant tous-jours la methode que je vous mis par escrit en la meditation que je vous donnay le Jeudy Saint, " lisons-nous dans une lettre de saint François de Sales, 3 mai 1604, à la présidente Brûlart. (note 121 ; L2, notes292,296). Sans vouloir l'affirmer, nous avons quelques raisons de croire que cette Méditation est celle mentionnée par le Saint. " Vous verres l'exercice de l'orayson que j'envoye a Madame du Puis d'Orbe, " lui écrit-il encore le 13 octobre ; " tirés-en une copie, et vous en prevalés, car je le desire. " N'est-ce pas une preuve que l' " exercice " fait pour l'Abbesse était plus détaillé que la présente Méditation ? Celle-ci a paru pour la première fois dans Les vrays Entretiens spirituels du Bien-Heureux François de Sales... Quatriesme edition, augmentée de divers Entretiens. (A Lyon, chez Vincent de Coeursilys, 1649.) On lui a donné, mais à tort, le titre de : " Entretien XXIII. "

[126] -La date, non pas de la rédaction, mais de l'envoi de cette pièce est indiquée par la lettre du même jour à la présidente Brûlart : " J'ay fait," lui dit le Saint, " un petit advertissementsur le sujet de la perfection chrestienne, dont je vous envoye une copie que je desire estre communiquee a Madfame du Puis d'Orbe. Prenes-la en bonne part…" (L2, lettre 218). Il la mentionne aussi à l'Abbesse (L2, note 296) ; et à l Baronne de Chantal il écrit en lui faisant part du document: "Je l'ay dressé non pour vous, mays pour plusieurs autres ; neanmoinsvous verres en quoy vous le pourres faire valoir…"(L2, note 291). Malheureusement, il est incomplet ; saint François de Sales a laissé en blanc les deux tiers de la troisième page et la quatrième. Cf la pièce suivante.

[127] - A Saint-Bernard de Fontaine les Dijon, lieu de naissance du saint Docteur, où avait été bâti un monastère de Feuillants. (L6, note 528).

[128] - Citant ces pages au chapitre XI de la Vie du Saint, pp. 409-417, le Père Philibert de Bonneville les intitule : Discours remarquable des moyens propres pour acquerir la charité, treuvé parmy ses escritz. Avons-nous ici un fragment du Traité sur les vertus cardinales et morales, ou bien est-ce un écrit du genre de celui que le saint Evêque adressa à la présidente Brûlart le 3 mai 1604 ? (Voir V). La seconde hypothèse nous semble plus probable et, dans ce cas, il aurait été rédigé vers la même date pour la baronne de Chantal. Noter, en effet, ces mots : " ...comme de demeurer vefve quand on l'est ; de rechercher celuy qui nous a offencés..."

[129] - Ce texte est tiré du P. de la Rivière (La Vie de l'Illustrissime et Reveren­dissime François de Sales, Lyon, 1625, liv. III, chap. XXIII p.315), qui, en relatant le voyage du Saint et de la baronne de Chantal à Saint-Claude, s'exprime ainsi : " Avant le despart, il luy donna plusieurs salutaires advis, et luy escrivit certains articles, desquels voicy une partie : Mettez ordre, Madame, " etc. De son côté, la Mère de Chaugy (Mémoires sur la Vie et les vertus de Sainte Jeanne­ Françoise Frémyot de Chantal, Paris, 1874, 1ere Partie, chap. xv, p. 63) dit : " Notre Bienheureux Père lui écrivit de sa main une méthode nouvelle pour passer dévotement la journée, laquelle est un crayon du Directoire spirituel que ce Bienheureux Père a dressé puis après pour notre Congrégation. Il lui donna encore une méthode pour entrer chaque jour de la semaine dans une des plaies sacrées de Notre-Seigneur. " Charles-Auguste (Histoire, etc., liv. VI, p. 325) cite ce même document in-extenso, avec de légères variantes dont sans doute il est responsable. En 1626, il fut inséré dans le petit volume qui a pour titre : Les sacrees Reliques du Bien-Heureux François de Sales, chap. II, p. I4, d intitulé : Practique pour tout le jour, conseillée à une Dame qui commençait la vie devote. On le trouve encore dans les éditions des Œuvres du Saint, 1637, 1641 et suivantes. Au mois d'octobre de cette même année 1604, l'Abbesse du Puits-d'Orbe re­çut du saint Evêque des Avis dont une partie est résumée ici ; on peut les lire ci-après…

[130] - Le P. de la Rivière et les éditions des Œuvres de saint François de Sales terminent par un alinéa dont un fragment appartient à la lettre du 14 octobre 1604 à Mme de Chantal (2, note 364) 359), le reste a été don­né dans L11.

[131] - Le 9 octobre 1604, saint François de Sales écrivant à l'Abbesse du Puits ­d'Orbe, lui envoie " un escrit touchant la façon de faire l'orayson mentale qui me semble, " dit-il, " la plus aysee et utile. Je vous ay mis quelques autres exer­cices et des oraysons jaculatoires. Cela suffira bien pour vous enseigner la forme qu'il faut tenir a passer la journee. Je desire que vous la communiquies a ma­dame la Presidente vostre seur, et a madame de Chantal... " (L2, note 350). Il y revient encore le 13 du même mois : " J'ay bien peur que l'escrit de la medi­tation ne soit si mal fait que vous ne sachies pas le lire ; vous prendres la peyne, s'il vous plaist, de le faire mettre au net pour le pouvoir lire avec plus de fruit. J'estois si indisposé quand je le fis escrire, que je ne peus y mettre la main pour l'escrire, me contentant de le dicter. " (L2, note 355). Ce " petit memorial ", comme le Saint l'appelle ailleurs (L2, lettre 231), fut im­primé à Paris, en 1688, dans l'opuscule intitulé : Instructions et pratique de piété pour communier saintement. Avec des Lettres spirituelles sur divers sujets, tirées des Manuscrits originaux nouvellement trouvez de saint François de Sales, conservés " dans l'Abbaye Roiale du Puits d'Orbe, " est-il dit dans l'Avertissement. En comparant certaines pièces de ce recueil avec les Autographes, on est obligé de se convaincre que ceux-ci ont subi, par endroits, des retouches dans le style; mais à défaut de ces Autographes, force nous est de reproduire le texte imprimé. L' " escrit de la meditation " est incomplet; le commencement doit manquer. On peut s'en rendre compte en le confrontant avec celui donné ci-dessus (note 121), qui lui-même n'est pas entier. Le Saint avait sans doute ce dernier sous les yeux, comme nous l'avons dit dans la note 121, quand, vers le 9 octobre 1604, il rédigea cette " façon de faire l'orayson mentale " pour Rose Bourgeois, Les pensées sont identiques, quoique exprimées différemment; elles sont les mêmes aussi dans la Méditation attribuée à la présidente Brûlart (note 125), mais les divergences entre l'un et l'autre texte sont trop nombreuses pour qu'on puisse les donner en variantes.

[132] - On peut faire des rapprochements entre ces pages et les chapitres 5,8,9 de la seconde Partie de l'Introduction a la Vie devote ; certaines phrases sont textuelles. Preuve que le saint Auteur se reporta à ces Avis, dont sans doute il avait gardé une copie, quand il rédigea les chapitres indiqués. L'Intro­duction n'a donc pas été composée tout entière de mémoires écrits exclusive­ment pour Mme de Charmoisy.

[133] - Celle que le Saint a donnée dans la Meditation précédente.

[134] - " Le matin, estant levee, vous dcves fairc vostre meditation, et l'exercice du matin que j'ay appellé preparation. " C'est ce que saint François de Sales écrit à Rose Bourgeois le 9 octobre 1604 (L2, lettre 231). Nous avons donné plus haut (note 129) un " exercice " semblable adressé à la baronne de Chantal; toutefois, celui-ci est plus détaillé et il a en plus la " Preparation ". On y retrouve les mêmes pensées que dans le chapitre 10 de la seconde Partie de l'Introduction a la Vie devote ; l'article Du lever des Seurs, dans le Directoire spirituel des Religieuses de la Visitation (Op4, note 169), est manifestement tiré de celui-ci, aussi bien que l'article : Comme il faut ouïr la sainte Messe (Op4, p.171) l'est du suivant. Cf. aussi, Op1, note 58, l'Exercice de la Préparation que le Saint se prescrivit à Padoue.

[135] - Sainte Jeanne-Françoise de Chantal transcrivit pour elle-même les deux alinéas suivants ; ils sont copiés, avec de petites variantes, dans le recueil conservé à la Visitation de Nancy (L11, note 630).

[136] - Saint François de Sales mentionne cet exercice dans sa lettre du 14 octobre 1604 à Mme de Chantal : " Oyés tous les jours la Messe, " lui dit-il, " en la façon que j'ay descritte en l'escrit de la meditation... " (L2, lettre 234). Déjà il lui en avait donné un abrégé à Saint-Claude, le 26 ou le 27 août. (note 129).

[137] - Un gros in-folio gardé à la Visitation de Caen, copié par la Sœur Anne­-Thérèse de Matignon, morte en 1694, renferme bon nombre d'extraits de Lettres de saint François de Sales à sainte Jeanne de Chantal, déjà donnés dans les tomes précédents. Il contient aussi l'avant-dernier alinéa du n°7, page suivante, et ensuite, avec les variantes que nous relevons, le passage ci-dessus : " Il est bon ", etc. Si l'on en croit la copiste, ces deux fragments auraient été retranchés de la lettre du 14 octobre 1604 à la Sainte (L2, lettre 233) ; ils se trouvent dans ses Œuvres, tome II (1875), pp. 30, 31

[138] - Les lignes qui suivent sont omises dans le Ms. de Caen, qui reprend à : " Beni soit Dieu ! "

[139] - La suite ne se trouve pas dans le Manuscrit ni dans les Œuvres de sainte Jeanne-Françoise de Chantal.

[140] - Saint François de Sales désigne la destinataire et la date approximative de ce petit traité quand il écrit vers le 22 novembre 1604 à Rose Bourgeois : " Je ne puis vous envoyer maintenant l'escrit de la Communion, car vostre homme. me presse trop. Je vous l'envoyeray bien tost, car j'en auray commodité". (L2, note 391). Le 7 décembre, le messager ne lui donne loisir d'écrire qu'à Mme de Chantal (L2, lettre 242) ; probablement, il aura tenu sa promesse avant la fin de 1604 ou les premiers jours de 1605. Dans le courant de janvier de cette année, le Saint fut saisi " d'une fievre continue " qui, le 22, l'obligeait à se servir de " la main d'autruy " ; le 18 février il emploie encore un secrétaire " au sortir de sa maladye ", mais ajoute lui-même quelques lignes. (L3, notes3,12). Ce n'est donc pas dans ce laps de temps qu'il aura pu rédiger ce traité. L'édition des Sermons (1643) l'a donné pour la première fois à la fin du vo­lume avec des changements de mots et plusieurs omissions qui sont répétés dans les Œuvres de 1652 et les suivantes, y compris les éditions de Vivès et de Migne. Hérissant (1767) a reproduit le texte complet, Opuscules, tome III, p. 172, l'empruntant en partie au petit livre de 1688 : Instructions et pratique de piété pour communier saintement (note 131), et en partie à une copie que l'éditeur tenait des " Dames de Sainte Marie de Langres, laquelle, " dit-il, " a été tirée sur l'original qu'elles ont entre les mains et qui leur est venu du Puits d'Orbe. " (Note des pp. 172, 173.) Le " Certificat " lui fut dé­livré avec la copie le 26 janvier 1751. Deux pages in.folio du Manuscrit autographe se conservent à la Visitation d'Annecy, nous les signalerons en leur lieu ; tout le reste est perdu. Nous avons dit, note 131, que l'éditeur du petit volume de 1688 a plusieurs fois modifié le style du saint Auteur, qui est plus fidèlement reproduit par Hérissant ; c'est donc son texte que nous suivrons de préférence.

[141] - Les variantes [ ] sont tirées du recueil d'extraits de Lettres et Avis de saint François de Sales, fait par sainte Jeanne Françoise de Chantal, conservé à la Visitation de Nancy ; il en a été parlé note 135 et L11, note 629

[142] - Cet alinea et nes n° 9-13 ne se trouvent pas dans les éditions de 1643, 1652 et suivantes.

[143] - L'édition de 1652 et les suivantes, ainsi que celle de Hérissant, donnent cet alinea qui ne figure pas dans le petit livre de 1688.

[144]-Le bas de l'autographe est coupé et, par suite, une ligne a disparu : nous l'empruntonsaupetit volume de 1688 et à Hérissant.

[145] -Mot déchiré il est rétabli d'après les imprimés, de même que celui de la page suivante.

[146] - Le Manuscrit de Nancy donne encore ce passage inédit : "Quelquefois, après la sainte Communion, imagines vous quez vostre sainte Abbesse vous donne son cher Fils pourle dorlotter et caresser. Autres fois, imagines vous quez vous portes entre vos mains un beau vase de cristal dans lequel est le pretieux sang de nostre Sauveur.

[147] - Fin de la partie autographe.

[148] - Ces deux derniers alineas sont omis dans les éditions de 1643,1652 et suivantes.

[149] -Par erreur, sans doute, Hérissant n'a pas donné cette phrase qui se trouve dans le petit livre : Instructions et pratique, etc

[150] - Malgré la ressemblance qui existe entre ce petit traité et l'Introduction a la Vie devote, Partie IV, chapitres XI et XII, il est certain que saint François de Sales rédigea d'abord le premier pour quelques personnes placées sous sa di­rection. L'Abbesse du Puits-d'Orbe lui avait demandé " quelque chose touchant la paix de l'ame et l'humilité. " Le Saint répond de Sales, par sa lettre du 15-18 avril 1605 (L3, note 41) ; ensuite il ajoute : " Si j'avois icy mes papiers, je vous envoyerois un traitté que je fis a Paris pour ce sujet, en faveur d'une fille spirituelle et Religieuse d'un digne monastere, qui en avoit besoin et pour soy et pour les autres. Si je le treuve, a la premiere fois je vous l'enverray. " (L3, note 45). Dans la note de cette page, il est dit que " ce traité ne nous est pas parvenu " ; mais on peut se demander si nous ne l'aurions pas dans le présent écrit ? Rose Bourgeois dut recevoir celui-ci au mois de mai ; bien que dans les lettres qui suivirent celle d'avril il n'en soit pas fait mention, elle en fut, à coup sûr, sinon la première, du moins la seconde destinataire, comme le prouve l'in­sertion de ce document dans le petit livre de 1688 (voir ci-dessus, note 131), où figurent nombre de pièces conservées jadis à l'abbaye du Puits ­d'Orbe. Mme de Chantal eut-elle communication de ce traité par l'Abbesse, ou bien le Saint lui-même lui en envoya-t-il une copie ? Si on en juge par les extraits donnés en variantes, la seconde hypothèse parait plus probable ; autrement, il faudrait croire que la sainte baronne a considérablement changé, en le transcrivant par­tiellement, le texte de son Directeur.

[151] - Les variantes, non reproduites ici, sont extraites du recueil d'Avis du Saint à la Mère de Chantal, qu'on est convenu d'appeler : Manuscrit de Nancy (notes 135,141). Ce Manuscrit ne contient qu'un Abre­gé tiré d'un plus grand discours faict par notre Bx Pere pour combattre l'inquietude [et] la tristesse interieure : c'est le titre qu'il porte dans le recueil. Il a été imprimé au tome III, pp. 362-364, de Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa Vie et ses Œuvres, Paris, Plon, 1876.]

[152] - " Le quatorzieme jour d'aoust, " lisons-nous dans l'Année Sainte de la Visitation (Ms. conservé au Monastère d'Annecy), " saint François de Sales vi­sita avec une devotion extraordinaire l'eglise de Saint Jean Baptiste d'Aux…. Ce fut en ce jour que ce grand Eveque composa et ecrivit de sa main la Méthode de dire le Chapelet, parce qu'il trouva dans cette parroisse plusieurs bonnes ames fort affectionnées a la Mere de Dieu et trop peu instruites daus le mistere de sa sainte vie. Il en corrigea fort paternellement le curé, qui gardait chere­ment, comme une relique pretieuse, dans sa parroisse, l'escrit de ce saint Pasteur, dont voicy la coppie : Vous prendrez vôtre chapelet par la Croix, " etc. Cette Méthode figure dans les Œuvres in-folio du Saint, 1637 (Tolose, Bosc), immédiatement après le dernier chapitre de l'Introduction a la Vie devote (p. 110) et avant la Table des matières de celle-ci; il en est de même dans l'édi­tion de 1641, tome 1er. Pourquoi lui a-t-on assigné cette place, tandis qu'une autre Méthode, publiée par le P. de la Rivière (on la trouvera ci-après), est donnée à la p.1051 de l'édition de 1637, parmi Les sacrees Reliques du Bien-Heureux François de Sales ? Peut-être avait-elle été insérée dans quelque édition de l'Introduction antérieure à 1637, comme on l'a fait plusieurs fois depuis.

[153] - Le P. de la Rivière a publié ces trois " Exercices" dans sa Vie du Saint, liv. III, chap. xxx, comme si celui-ci les avait donnés aux " Dames de la Visita­tion. " Dans le petit volume des Sacrees Reliques du B.-H. François de Sales (1626), il n'est fait aucune mention des Religieuses, pas plus que dans les éditions de 1637, 1641, 1652. Nous les croyons antérieurs à la fondation (1610) et, les deux premiers du moins, rédigés pour l'une des filles spirituelles que le Saint avait à Dijon, peut-étre même pour la baronne de Chantal : de là notre date oscillante entre 1604 et 1608. Quant au troisième, nous avons ce témoi­gnage de Michel Favre, déposant au Procès de Béatification : " Souventes fois emmy la journee, le Bienheureux faisoit des elevations de cœur en Dieu, s'unis­sant a luy par des eslancemens d'amour et employant toutes sortes de rencon­ tres, ainsy que j'ay veu par un eseript de sa main et que j'ay longtemps porté sur moy, que je donnay l'annee derniere au premier gentilhomme de la chambre de S. A. de Lorraine qui me le demanda pour relique, et duquel voicy la teneur : " Vous pouves excellemment, " etc. (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 26.) Les petites variantes qui existent entre ce texte et celui du P. de la Rivière sont reproduites ci-après. En lisant la déposition de l'aumônier de saint François de Sales on peut se demander si cet " Exercice " n'aurait pas été écrit pour lui ; ou bien, sainte Jeanne de Chantal, qui l'aurait eu de première main étant dans le monde, s'en serait ensuite dessaisie en faveur du confesseur de la Visitation. Dans le premier cas, on ne devrait pas songer à une date antérieure à 1609, M. Michel n'étant entré au service du Saint qu'à la fin de l'année précédente ; dans le second, les dates extrêmes proposées pour les deux autres "Exercices " pour­raient convenir. Il semble néanmoins que le troisième ne fut pas envoyé en même temps que les deux premiers; c'est pourquoi nous l'en détachons.

[154] - Longueterre, dans La Vie de tres illustre Messire François de Sales, Evesque et Prince de Geneve (Lyon, Cœursilly, 1624, p. 440), écrit: " Une grande ame et relevée en qualité voulut sçavoir de luy une methode de servir la sacree Vierge ; il la dressa avec une industrie toute saincte et toute simple. La voicy telle qu'il l'envoya, car je fay scrupule d'en chasser ses pierreries en d'autre or que dans le sien propre. " Après avoir cité la Méthode telle qu'elle se lit dans notre texte ; le biographe ajoute, p. 444: "Et puis, j'entasse d'une sincere affection ce que m'a donné un esprit grandement couvert en ce monde, mais veritablement bien conneu de Dieu. " De qui veut-il parler ? Serait-ce de la Mère de Chantal qu'il appellerait aussi très justement " une grande ame et relevée en qualité " ? - D'autre part, nous lisons dans le P. de la Rivière (Vie de l'Illustrissime et Reverendissime François de Sales, Lyon, Rigaud, 1625, liv. I, chap. V11, p. 32) : " Peut-estre que quelques uns prendront de bonne part si je viens à glacer ce chapitre d'une methode de reciter le S. Rosaire, qu'il donna à un de ses domestiques, estant desja Prelat, et que j'ay veuë et leuë moy.mesme escripte de sa propre main. " Enfin, le 29 septembre 1608, le Saint envoie à la baronne de Chantal, à la présidente Brùlart et à ses deux sœurs " le papier du chapelet" (L1,lettre 68); ce qui prouve que la Méthode est antérieure. C'est tout ce qu'on peut dire pour la date. Quant au premier destinataire de ce petit écrit, il est impossible de le désigner. Si la " grande ame " dont parle Longueterre est Mme de Chantal, il a pu le rece­voir d'elle sans qu'il ait été rédigé exprès pour elle ; de même, le saint Evêque put donner " à un de ses domestiques ", comme le dit le P. de la Rivière, " une me­thode de reciter le S. Rosaire " composée d'abord pour une autre personne, et avec les variantes que nous allons reproduire au bas des pages. En 1626, cette "Méthode " parut dans le petit volume intitulé : Les. sacrees Reliques du Bien-Heureux François de Sales... contenant diverses Practiques et Exercices de devotion. Elle y porte ce titre, au chap. III, p. 21 : Maniere tres-aysée pour dire le Chappellet ; titre qui est également répété dans les éditions des Œuvres du Saint, de 1637 et 1641. (Cf note 129).

[155] - Le contexte demande porterez au lieu de portant, qui se lit dans Longue­terre.

[156] - Le recueil manuscrit conservé à la Visitation d'Annecy, d'où sont ex­traits ces Avis, porte à la fin de ceux-ci : " Escrit sur mes tablettes a Sales, en avril 1610. " Mme de Chantal arrivée à Annecy le dimanche des Rameaux, 4 avril, dut y passer la Semaine Sainte et les fêtes pascales. Elle était probablement à Sales le 14 ; le saint Evêque l'y accompagna ou l'y rejoignit bientôt. Ces données fixent à peu près la date de ces lignes.

[157] - Cette phrase figure déjà dans L11, note 646, d'après les Manuscrits qui nous ont fourni les textes qui la précèdent et la suivent.

[158] - Un des amis du saint Evéque " luy demanda les moyens qu'il pourrait tenir pour passer sa vie en l'exercice de cette veritable et perpetuelle paix en laquelle il le voyoit estably dans les tribulations. " Il lui répondit : " Voules vous que rien ne traverse vostre vie ? " etc. Demande et réponse furent faites de vive voix et très probablement en 1609-1610, peu après l'apparition de l'Introduc­tion a la Vie devote. On se rappelle qu'il y eut dans la ville d'Avignon un Religieux d'un Ordre austère qui ne craignit pas d'attaquer du haut de la chaire le " petit livret " qu'un concert unanime venait d'acclamer ; il le mit en pièces et osa même nommer le saint Auteur un vrai successeur de Calvin, un docteur corrompu et corrupteur. La nouvelle en courut bientôt à Annecy, et ce fut alors qu'un ami de saint François de Sales, admirant sa paix merveilleuse, le pria de lui confier son secret. (Voir Maupas, La Vie du Venerable serviteur de Dieu François de Sales, Paris, 1657, Partie V, ch. v, p. 352.)

[159] - Les éditrices des Œuvres de sainte Jeanne-Françoise de Chantal ont rec­tifié au tome II (Paris, Plon, 1875), p. 50, l'erreur de plusieurs écrivains du XIXe siècle qui attribuent à ce document la date de 1604, le confondant avec la promesse faite par saint François de Sales à Saint-Claude. Tout d'abord, notre document est du 22 août, tandis que les deux Saints n'arrivèrent à Saint-Claude que le 24. En second lieu, le 25 août 1604, le saint Evêque, en acceptant la con­duite spirituelle de Mme de Chantal, fit une simple promesse ; ici, il s'agit d'un vœu. Enfin, le même jour, la Baronne fit vœu d'obéissance à son Directeur et le lui envoya ensuite par écrit (Chaugy, Mémoires, 1e Partie, chap. xv, pp. 62, 63) ; elle ne pouvait donc le renouveler le 22 août de la même année. Moins encore pouvait-elle renouveler celui de pauvreté, qu'elle prononça pour la première fois le 22 août 1611, comme l'atteste la Mère de Chaugy (Partie II, chap. IV, p. 154), qui cite la formule écrite par la Sainte. Les Religieuses de la Visita­tion, on s'en souvient, ne vouèrent la pauvreté qu'à partir du 20 novembre 1615 (voir Op4, p.172 et L7, note 297) ; mais la Mère de Chantal fit ce vœu et renouvela ceux de chasteté et d'obéissance en 1611, avant son voyage en Bourgogne, après la mort du président Frémyot. Son obé­dience est du 5 septembre (Op4, note 554) ; le lendemain elle partait avec la Sœur Favre et le baron de Thorens.

[160] - Saint François de Sales écrit le 24 août 1613 à Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde (L5, note 545) : " Parmi les lassitudes et autres ressen­timens que la maladie m'a layssé, j'ay dressé le Memorial qu'il vous avait pleu desirer de moy... Vous y treuverés, Monsieur, des marques de ma maladie ; car si j'eusse fait ce petit ouvrage en pleine sauté, j'eusse sans doute employé un soin plus exacte de le rendre moins indigne de vostre reception. Jen'ay sceu non plus l'escrire moy mesme, mais ceux qui l'ont escrit n'ont point de connaissance de l'usage auquel je l'ay dedié. " (L6, note 151) Le Saint y avait joint un abrégé qui n'est pas arrivé jusqu'à nous. Evidemment, c'est une minute qui est conservée à la Visitation d'Annecy. Elle comprend vingt-cinq pages, dont les trois premières, le quart de la quatriè­me et la dernière, écrites par un secrétaire inconnu ; la plus grande partie est de M. Michel Favre et corrigée par l'Auteur. Dans notre texte, ses corrections sont soulignées.Les pages du secrétaire que nous n'avons pas réussi à identifier doivent appartenir à une autre transcription ; en effet, le reste de la quatrième est laissé en blanc et s'arrête à ces mots : " seroit de grande quantité " (voir 4e Advis), tandis que l'écriture de l'aumônier du Saint commence presque au début du " 4e Advis ", par : " du peché en une seule action ". (Voir note dans 4e Advis ; note 162). Migne, tome VI, p. 61, a publié ce Memorial, mais en y faisant bon nom­bre de suppressions et en modernisant le style de saint François de Sales. Il le dit écrit " tout de sa main ", ce qui est une erreur.

[161] - Ce titre estmis en surcharge avec un signe de renvoi qui est répété dans la marge où on lit cette note : "8e Advis. Regarde la dernière feuille." Malheureusement, celle-ci manque au cahier.

[162] - La vingt-cinquième et dernière page du Manuscrit commence isi ; elle est écritepar le secrétaire qui a tyranscrit les quatre premières pages. Mais le texte de Michel Favre finit un opeu plus bas, au mot "aumosne " ; ce qui prouve encore une fois qu'il devait y avoir une copie complète de la main de l'aumônier du Saint, dont quelques pages ne nous sont pas parvenues.

[163] - Ce texte, que nous empruntons à l'Année Sainte de la Visitation (ancien Ms.), pourrait être un fragment d'Avis à la Mère de Chantal, ou encore le pas­sage d'un Sermon aux Religieuses de la Visitation. Le membre de phrase : " De la, elle passa fort humblement dans la societé des vefves ", fait plutôt son­ger à la première, déjà peut-être à Annecy; d'où les dates extrêmes proposées, mais sous toutes réserves.

[164] - Le 4 février 1615 saint François de Sales écrit à la Mère de Chantal, alors à Lyon : " Nostre fille de Thorens se confessa " le 1er février, " et s'en alla bien brave ; elle m'a prié de luy faire un'orayson qu'elle die tous les jours tandis qu'elle sera grosse ; ce que je feray, et vous en envoyeray une copie affin que vous sachies tout. " (L6, note 749). Le Saint ne dut pas tarder à satisfaire le pieux désir de Marie-Aimée, sa belle-sœur ; la prière fut certainement composée dans le courant de février, et imprimée pour la première fois en 1629, Epistres spirituelles, liv. III, p. 567.

[165] - Les éditrices des Œuvres de sainte Jeanne-Françoise de Chantal ont inséré cet écrit dans le tome II, pp. 19, 20, avec quelques autres fragments ; elles ont intitulé le tout : Derniers avis du Bienheureux [Pendant la Retraite de 1616.] Les crochets indiquent que la date a été ajoutée par elles, mais aucune note n'en donne la raison. Les premiers numéros (46,47) sont bien de la Retraite de 1616 ; les numéros 48-50, qui représentent cet écrit, nous semblent antérieurs. Ne seraient-ils pas de 1613-1615 ? Nous proposons ces dates avec dues réserves.

[166] - Ces fragments sont empruntés aux Œuvres de sainte Jeanne de Chantal, tome II, pp. 65-67. Nous avons supprimé plusieurs passages qui se retrouvent ailleurs dans notre Edition. En 1875, une copie faite par la Sainte se gardait dans le volume de ses Constitutions, conservé à la Visitation de Rennes ; elle l'avait donné à la Mère Claude-Agnès Joly de la Roche lors du départ de celle-­ci pour la fondation d'Orléans (1620). - Blaise (1821) a publié ces conseils pour la première fois, tome IV des Lettres du Saint, p. 70, les tirant d'un imprimé qui appartenait à la Visitation de la rue Saint-Antoine, à Paris. - La Mère de Chantal n'a pas copié seulement un écrit de son Bienheureux Père, mais divers conseils reçus à des dates différentes, entre autres en 1616 ; de là, les dates extrêmes suggérées.

[167] - Pour ces trois premières phrases, cf. L11, notes666,669.

[168] - Le P. de la Rivière est le premier qui ait publié cet écrit dans sa Vie de notre Saint (1625), liv. III, chap. XXXII, p. 351; il l'adresse aux Religieuses de la Visitation, avec ce titre : Exercice de l'abandonnement de soy-mesme entre les mains de Dieu, donné aux mesmes Dames. En 1626 il fut reproduit dans le petit volume des Sacrees Reliques du Bien-Heureux François de Sales, et depuis lors dans les éditions des Œuvres du Saint, soit dans les Sacrees Reliques, soit dans les petits Traités. On le trouve également dans les Vrays Entretiens spirituels (1629), où il a été intercalé dans le douzième Entretien : De la Sim­plicité. (Entretien 14 p.121-122) - Au livre IV, chap. VI, p. 381 de la même Vie, le P. de la Rivière a inséré les deux alinéas de la page 275, qu'il a seulement intervertis ; " Alhors nous serons tout destrempés en douceur... " et ; " Quand sera ce que cet amour nature!... " - La Mère de Chantal n'est pas nommée, mais ces mots la désignent : " Cet incom­parable Evesque... manda dans un billet, il y a environ huict ans, a une sienne fille de cœur et au cœur d'une sienne fille spirituelle. " - Nous avons donné, mais à tort, ces deux alinéas L7,note 544, sous la date du 15-17 mai 1616 ; on nous permettra de les rétablir à leur vraie date, sur laquelle le Manuscrit de Nancy, qui ne nous était pas alors connu, ne laisse aucun doute. - C'est en partie à ce Manuscrit, en partie à l'Autographe même que notre texte est emprunté ; on y remarquera quelques différences avec le texte du P. de la Rivière. La destinataire est évidemment la Mère de Chantal ; cet écrit fut-il ensuite retouché par l'auteur et donné à ses Filles de la Visitation ? Nous ne le pensons pas. Peut-être la Sainte aura-t-elle fait les changements qu'on voit dans la biographie du Religieux Minime, qui date de 1625. - Le premier alinéa est inédit; il est extrait du Manuscrit de Nancy, ainsi que des pages suivantes..

[169] - A partir d'ici jusqu'aux mots : " aggreé devant vous ", notre texte est pris sur l'Autographe conservé à la Bibliothèque royale de Turin. Il a deux pages.

[170] - La suite est tirée du Manuscrit de Nancy.

[171] - Les trois pages interpolées dans l'Entretien De la Simplicité finissent par ces mots : " du bon playsir divin."

[172] - Cet alinéa est inédit.

[173] - Les deux premiers alinéas sont extraits du Manuscrit de Nancy; ils se trouvent aussi dans les Œuvres de sainte Jeanne de Chantal, tome II, pp. 14, 15, n° 40, 41. La suite est empruntée au même tome, p. 62. Il parait assez probable que ces fragments .remontent aux années 1615, 1616.

[174] - Migne, tome VI, col. 1004, donne ces Avis d'après une copie de la Mère de Chantal, trouvée, après sa mort, dans le livre de ses Constitutions. Cet autographe de la Sainte était soigneusement conservé au monastère de la Visi­tation de la Charité, à Nevers. Il a été inséré dans ses Œuvres, tome II (Plon, 1875), p. 63, où il est précédé de ces mots : "Abrégé des Avis de notre Bienheureux Père et le fin dernier. Il me dit ainsi : En ce jour, " etc. Le Manuscrit de Nancy reproduit cet écrit avec de légères variantes.

[175] - C'est en effet en la fêtede saint Claude, 6 juin 1610, qu'avait commencé, dans la petite maison de la Galerie, l'Institut de la Visitation.

[176] - " Je vous assure, ma vraie première et très chère fille, " écrivait le même jour la Mère de Chantal à la Mère Favre, " que je tâche aujourd'hui de fort re­nouveler mon cœur, afin de vivre dorénavant selon la très sainte volonté de Dieu. " (Lettres, vol. l, p. 123.)

[177] - Le petit cahier autographe qui contient ces pages se compose de dix feuil­lets, et a 13 cm.x 8 cm. Sur son enveloppe, la Mère de Chaugy a écrit : Piece excellente de la main de nos B. Peres et Meres (sic) pour estre produite au proces de Bm. Dans notre reproduction, l'orthographe de saint François de Sales est maintenue ; à celle de sainte Jeanne-Françoise de Chantal, trop difficile à lire, est substituée la moderne, et ses questions sont en caractères moins gros. - Pour la date de la plus grande partie de ces pages, c'est-à-dire jusqu'à : " Faites le et vous vivres. Amen ", fin mai 1616 paraît convenir. Ces questions de la Mère de Chantal et les réponses de son Bienheureux Père ont dû suivre de très près la grande retraite qu'ils firent simultanément au mois de mai de la même année et qu'ils terminèrent le 22, fête de la Pentecôte. (L7, notes 542,551,982,983). D'autre part, le 6 juin, le Saint écrit encore à sa chère Fille : " En ce jour de saint Claude, memorable a nostre Congregation, je ramasse ainsy tout ce que je vous ay dit... " (note 174). Il semble donc que les réponses ci-dessus ont dû précéder ces Avis. - Quant à la dernière partie du petit cahier, la mention du " livre de l'Amour de Dieu ", achevé d'imprimer le 31 juillet 1616, permet de la placer entre août et novembre suivants ; le dé­part du saint Evêque pour Grenoble eut lieu le 24 ou 25 novembre.

[178] - Il faut lire : " que si l'on insiste ".

[179] - La Mère de Chantal a sans doute voulu écrire : exempter.

[180] - Ces Avis, publiés par Hérissant (Lettres, 1758, tome V, p. 144), furent écrits par la Sœur de la Roche elle-même dans un petit livre à son usage. Il est évident que le Saint ne les a pas tous donnés 1618-1619. - Voir la note de la destinataire L8, note 837. en une seule fois ; nous proposons les dates 1612-1617 comme assez probables, n'entendant pas exclure, toutefois, les années

[181] - Humbert Vibert, de Beaufort, demeurant à Moûtiers, fut un des condis­ciples de saint François de Sales à Paris et à Padoue. C'est tout ce que nous sa­vons sur cet ami du Saint à qui il envoya la première édition de son chef.-d'œuvre.

[182] - " Un jour, traictant avec une bonne ame de la foy parfaicte, " le Bien­heureux lui dit les paroles que nous reproduisons d'après le P. de la Rivière, dans sa Vie du Saint (1625), liv. IV, chap. III, p. 366. La " bonne ame " n'est autre que la Mère de Chantal ; elle-même le dépose en ces termes (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 24) : " Un jour, comme il m'instruisoit sur ce sujet, il me dit des choses admirables de l'excellence de la sainte foy catholique, adjoustant que Dieu l'avoit gratifié de beaucoup de lumieres... pour l'intelligence des mysteres " etc. La variante est tirée du Manuscrit de Nancy. Nous ne pouvons qu'indiquer les dates extrêmes entre lesquelles on peut placer ce fragment.

[183] - var : Dieu m'a favorisé de grandes clartés pour l'intelligence des misteres de nostre foy. Je pense que j'entens fort bien l'intention de l'Eglise en tout ce qu'elle propose a ses enfans. Dieu m'a donné un tres grand amour aux maximes de l'Evangile; je croy que c'est en suite de la connoissance qu'il me donne de leur beauté et excellence.

[184] - Il est hors de doute que ces Avis ont été donnés à la Sœur Fichet (L5, note 27), qui les a ensuite recueillis avec soin. Quelques-uns sont insérés dans sa biographie (tome XI, p. 2 de l'Année Sainte) ; de plus, la phrase suivante de ce recueil la désigne clairement : " Je veux que vous soyes la fille forte de ceans, la plus courageuse, douce et humble de toutes, parce que vous estes nee entre mes bras. " (Voir ci-après, Comme il se faut relever quand on est tombee.) On se rappelle, en effet, que la petite Adrienne fut baptisée par saint François de Sales le 30 décembre 1594. - Les dates extrêmes que nous proposons semblent assez probables. Certains conseils sont évidemment du commencement de la vie religieuse de la dirigée ; d'autres cependant paraissent postérieurs de quelques années. Il est question, par exemple, de lettres à écrire aux Sœurs absentes ; ce qui ne put se vérifier la première fois qu'en 1615, puis en 1616, 1618 et plus tard encore. Le long séjour du Fondateur à Paris, les occupations absorbantes qui l'accablèrent ensuite, le nombre croissant de la Communauté d'Annecy font supposer que ces Avis ne doivent pas se placer dans les dernières années de la vie du Saint. Nous croyons aussi que les copies conservées à la Visitation de Pignerol et à celle de Caen ne représentent pas dans son ordre le manuscrit de la Sœur Fichet ; vraisemblablement, on aura groupé sous un même chef et sans tenir compte des dates ce qui se rapportait au même sujet.

[185] - La destinataire pourrait être la Sœur Anne-Marie Rosset, qui prit l'habit à la Visitation d'Annecy le 27 septembre 1612. (L9, note 78). Donnés de vive voix par le saint Fondateur, ces Avis ont été résumés et recueillis par celle à qui il s'adressait. On en trouve la copie dans un Manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bourges.

[186] -Ces deux ùorceaux extraits du même Manuscrit que les Avis précédents ont-ils la même destinataire ? C'est possible, mais rien ne le prouve.

[187] - La suite manque.

[188] - Dans un recueil de lettres des saints Fondateurs, fait par la Sœur Rosset, elle a aussi inséré ce que son Bienheureux Père lui dit lorsqu'elle fut envoyée à la fondation de Bourges. Nous reproduisons cet écrit et en gardons l'orthographe. La Mère de Chantal et les Sœurs destinées à l'établissement partirent d'Annecy le 22 octobre 1618 ; le Saint, le 17 ou le 18 pour se rendre à Paris.(L8, notes 703,704). Pour la destinataire voir L9, note 78.

[189] - Une lettre de saint François de Sales à Isabelle Blondeau, dame de Ville­savin, nous indique la destinataire et la date approximative de ce texte, juillet­-août 1619 : ' Je vous envoye une petite methode de vous unir a Nostre Seigneur le matin et toute la journee. " Puis, le 10 ou 11 novembre 1621 il écrit à la Mère de Chantal : " M. Crichant m'a dit que nostre tres chere et tres bonne madame de Villesavin avoit une de mes lettres qu'elle aymoit bien fort ; et parce que je crois que ce soit celle par laquelle je luy envoyois l'Exercice du matin et de la reunion a Dieu, que j'escrivis avec une grande affection, je vous prie de luy en demander une copie dextrement, comme de vous mesme ; m'estant advis que l'affection que je porte a cett'ame me fit exprimer mieux qu'a mon ordinaire. " (L8, note 975 ; L10, note 377). - Pour la destinataire, voir L8, note 909). L' " Exercice " qu'on va lire a été publié par le P. de la Rivière avec plusieurs variantes et sous ce titre: Exercice de l'union, addressé ausdites Dames [de la Visitation], que l'on peut praticquer parmy les secheresses et ariditez spirituelles. (liv. III, chap. XXXIII, p. 354.) C'est le texte du biographe qui a été donné depuis 1631 à la fin du Directoire spirituel (Op4, note 187) et dans les éditions des Œuvres de saint François de Sales; en 1626, il fut aussi inséré dans le petit volume des Sacrees Reliques. Nous en reprodui­sons quelques variantes, sans toutefois pouvoir affirmer qu'elles soient toutes du Saint.

[190] - Ce titre n'est pas dans le P. de la Rivière, mais dans le Directoire

[191] - var : Voyla, O Seigneur, ce pauvre et miserable cœurqui a conceu, par vostre Bonté, plusieurs saintes affections; mais, helas ! il est trop imbe­cille et chetif pour effectuer sans vostre ayde le bien qu'il desire. J'invoque la tres sacree Vierge Marie, mon bon Ange et toute la Cour de Paradis; que leur faveur me soit maintenant propice, s'il vous plaist.

[192] - var : ou bien seulement : Ouy, Seigneur, ouy mon Pere, ouy, tous-jours ouy. Si vous voules aussi, vous pourres faire le signe de la Croix, ou bayser celle que vous portes ou quelque image; car tout cela signifiera que sou­verainement vous voules la providence de Dieu,- que vous l'acceptes, que vous l'adores et aymes

[193] - Dans un ancien Ms de l'Année Sainte de la Visitation, qui paraît ùertre une copie de celui de la Mère de Chaugy, on lit à la date du 6 août : "Notre Père saint François de Sales nous a marqué pour aujourd'huy nôtre Epitre, pieyse considération en faveur de l'amour solide de la Mère de Dieu. " L'annaliste propose pour chaque jour de l'année, aux Filles de l'Evêque de Genève une "station" dans quelque église ou lieu de dévotion, où ellesferont en esprit un pieux pèlerinage et leurs exercices ; de là, l'allusion à l' "Epitre". (Année Sainte tome VIII, p.111, où le passage que nous citons a été modifié.) Il est difficile si nous avons ici le frazgment d'un sermon ou d'un écrit spirituel, et il est également impossible de lui assignerune date positive.

[194] - La Mère de la Roche et ses compagnes partirent d'Annecy pour Orléans "environt le dizeime juillet " ; saint François de Sales dut donner ces Avis à la première dans le courant de juin ou le commendement du mois suivant.

[195] - Saint François de Sales avait écrit lui-même ces lignes dans un livre à l'usage de la nouvelle Supérieure. Elle quitta Annecy, avec plusieurs Sœurs, vers le 10 jui1let. (note 194).

[196] - Cette pièce aurait dû être insérée Op4, note 579 ; elle est placée ici pour réparer un oubli. (L9, note 853 ; Ap­pendice et les notes indiquées dans Op4).

[197] - Elle était de Saint-Claude, d'une honnête famille de bourgeois. Saint Fran­çois de Sales y étant allé en pèlerinage en 1613, cette bonne fille entendit sa Messe, puis elle lui dit : " Monseigneur, je viens me donner à vous. " A quoi il répondit :"« Ma fille, je le veux bien; je m'en vais vous donner à Dieu. Venez à Annecy, et nous vous ferons fille de la très sainte Vierge. " Elle prit cela telle­ment à la lettre, qu'elle épia le moment où le Saint montait à cheval, et se mit à sa suite. Tout en admirant sa simplicité, il la corrigea, lui disant qu'on n'était plus au temps des Apôtres, où les sœurs charitables se mettaient du train de ces hommes célestes. Le Fondateur la fit recevoir comme seconde tourière de l'Institut ; il prenait un soin particulier de lui enseigner à bien faire son emploi, à diriger ses intentions, à réparer ses défauts. Sœur Marie-Philiberte fit son obla­tion le 25 mars 1620 ; en 1632 elle futmise au rang des Sœurs associées, et en 1634 elle partit pour la fondation du Monastère de Pignerol où elle travailla, jusqu'à soixante-sept ans, aux offices les plus pénibles, " disant que c'était l'in­tention de notre Bienheureux Père que cela fûtainsi. " Sa mort arriva le 5 dé­cembre 1655. (Année Sainte de la Visitation, tome XII, 1871, p. 280.). L'édition de l'Introduction est de 1620, imprimée chez Rigaud, à Lyon; les premières lignes du Saint ont été écrites au commencement du volume, les dernières, à la fin.

[198] - Pour la destinataire, voir L9, note 853. - Nous ignorons si ces Avis ont été écrits en une seule fois ou en plusieurs, mais ils doivent plutôt dater de la première année de l'établissement de la Visitation à Nevers.

[199] - Hérissant au Tome V des Lettres de saint François de Sales (1758) p.132, a publié le premier un manuscrit qui se trouvait " dans le monastère de la Visitation de la rue Saint-Antoine de Paris, et qui avait été écrit par une ancienne Mère de cet Ordre." Des onze pages qu'il a éditées, nous ne donnons que quelques fragmenrs qui n'ont pas encore figuré dans notre Edition. Toutle reste n'est qu'une mosaïque composée de morceaux delettres aux Supérieures et Directrices des Maisons fondces du vivant du Saint : aux Sœurs de Compain et de Blonays, aux Mères Favre, de Brachard, de la Martinièren de Villette, etc. En recueillant ces Avis, on a substitué le pluriel au singulier et fait plusieurs changements pour former un tout. A coup sûr, lesfragments que nous reproduisons ici ont subi les mêmes retouches ; ils contiennent cependant les paroles du Fondateur, et c'est à ce titre que nous les conservons. Les dates extrêmessont celles entre lesquelles ces fragments ont pu être écrits : la fondation du monastère de Lyon (1615), et la mort du Saint, 28 décembre 1622.

[200] -Ce texte et le suivant sont empruntés à un petit in-4° conservé à la Bibliothèque publique de Bourges, dontil est parlé dans la Préface des Entretiens. Probablemnt le Manuscrit fut à l'usage particulier d'une Religieuse, qui réunit à quelques Entretiens plusieurs extraits du Coutumier, divers Avis de saint François de Sales, certains passages des Réponses de sainte Jeanne de Chantal, etc. Il est impossible d'indiquer ou même de proposer une destinataire pour les deux documents ; il semble bien pourtant qu'ils s'adressent à une fille spirituelle vivant dans le monde. Ont-ils été écrits pour la même personne ? autre question qu'il serait téméraire de résoudre. Quant à la date, nous pouvons leur assigner les dernières années de la vie du Saint, après son retour de Paris : novembre 1619-1622. Si pour la première pièce elle est certaine à cause de la Vie du Bien-Heureux Amedee (1619) qui y est citée, pour la seconde elle est assez probable ; nous y trouvons en effet un écho de la "petite methode" pour s' "unir a Nostre Seigneur " envoyée à Mme de Villesavin en juillet-août 1619 (note 189 ; L8, note 977).

[201] - Le Saint donna-t-il ces Avis de vive voix ou par écrit ? Dans le premier cas la date serait juin 1620 ; dans le second il faudrait les placer entre cette date et 1622.

[202] - A la suite de ces conseils, la Mère de la Roche a écrit: : " C'est ce dernier point que, de tout mon coeur, j'ay promis a mon Dieu de pratiquer fidelement, moyennant sa grace, ayant pris Nostre Dame protectrice de cette mienne résolution. "

[203] - Nous sommes, croyons-nous, en présence d'une compilation ; il n'est donc guère possible d'attribuer une date à ces Avis.Une partie de ceux-ci aurait-elle été adressée à sainte Jeanne de Chantal encore dans le monde ? La signaler sous toutes réserves c'est tout ce que nous pouvons faire.

[204] -Ces Avis sont-ils tpus de la même date et ont-ils été donnés à la même destinataire ? Double question qu'il est imposible de résoudre. Pour quelques-uns du moins on pourrait proposer la Soeir de Blonayet ne pas les pla cer avant 1612. (L5, note 538)

[205] - Les fragments qu'on va lore sur la Pauvreté ou l'Obéissance sont extraits du Manuscrit de Nancy dont il a été déjà question plus haut, notes 135,141. Il peut se faire qu'ils aient été adressés à la Mère de Chantal ; mais il est tout aussi probable que le Saint ait dit ces paroles à ses Filles dans quelque conférence spirituelle. Le recueil d'où elles sont tirées ne suivant pas l'ordre chronologique, on ne saurait non plusen indiquer la date même approximative ; nous dirons seuleet qu'elles font suiteaux passages de 1620-1622.

[206] - Le P. Philibert de Bonneville cite ce fragment dans sa Vie du B. François de Sales (1628), chap. XXVI, p. 269. " Un devot Religieux, " dit-il, " auquel il se communiquoit fort familierement, l'ayant supplié de luy donner quelque brief document pour profiter à la vie spirituelle," il reçut du saint Evêque ces conseils touchant l'examen de conscience. Qui est le destinataire ? Ne serait-ce point le P. Philibert lui-même ?

[207] -Dans l'édition de 1641 et les suivantes, la seconde Méditation se termine par un frabment de lettre à la Mère Paule Jéronyme de Monthoux; 9 novembre 1620 (L9, p.577) : est-ce une raison pour croire que l'aspirant à la vie religieuse, destinataire de ces deux pièces, est son cousin Jean-Marc de Monthoux en Duingt, qui fit profession chez les Capucins le 13 août 1612 ? Nous ne pouvons faire plus que suggérer ce nom et poser de point d'interrogation.

[208] - Cette troisième Méthode est une compilation. Le P. Philibert de Bonne­ville l'a insérée au chapitre XXXI, p. 330, de sa Vie du B. François de Sales (Lyon, Rigaud, 1628), où il dit que le Saint l'a laissée " a quelque sien amy ". Mais dans sa déposition au 1er Procès de Genève (ad art. 33), le même P. Capu­cin s'exprime ainsi : " J'ay veu une maniere fort devote pour dire le Chapelet, escripte de sa propre main, et une aultre quil avoit baillié a un devot Religieux, lesquelles j'ay colligé en une parce qu'elles estoient fort semblables, retenant tant que j'ay peu les paroles de l'autheur. " Donc, non seulement le déposant a fait une compilation de deux textes, mais il y a fait encore quelques retouches. Plusieurs passages ont dû être empruntés à l'écrit cité par le P. de la Rivière (note 154); la plupart sont textuels. Toutefois, comme il serait difficile de les séparer du reste, nous donnons en entier la compilation du P. Philibert de Bonneville et, en marge, des renvois à la 2e Méthode qu'on a lu plus haut, (note 154). Il est évident qu'aucune date ne peut être proposée.

[209] - En 1880 un chanoine de Crémone se rendait à Annecy. Il était porteur d'un Manuscrit et demandait si l'écriture était de saint François de Sales. La réponse fut facile; les anciennes Religieuses du 1er Monastère de la Visitation répondirent que les caractères n'étaient pas du Saint; quant à savoir si le texte venait de lui, la chose était à étudier. Le Manuscrit italien portait ce titre (en italien): " PATER NOSTER composé et écrit de la propre main de saint François de Sales, jadis remis à une dame, sa fille spirituelle, passé ensuite au Père Général des Dominicains et donné par lui à madame Anne Galliana de Gara, sa Nièce." Bien des recherches ont été faites récemment, soit pour retrouver le Manuscrit, soit pour en découvrir la destinataire, ainsi que le Général des Dominicains et sa nièce; toutes les démarches ont été infructueuses. Mgr l'Evéque de Crémone interrogé, a répondu qu'on n'a rien pu trouver dans la ville ; mais qu'à " la Chan­cellerie de l'évêché il existe une enveloppe vide sur laquelle on a écrit : Pater noster commenté par saint François de Sales. " Donc la pièce a disparu. Dans l'absence de documents, nous sommes réduits à des conjectures. Saint François de Sales a dû écrire cette paraphrase en français; l'italien et l'ortho­graphe ne sont pas de lui, mais la traduction italienne date certainement du XVIIe siècle. Le traducteur aurait-il mis au masculin ce membre de phrase : Consideri Sua Eccellenza [cio] ch' Iddio gl' ha data, facendolo suo figl'iuolo adoptivo, etc., " le faisant son fils adoptif " ? On le dirait, si le document a été rédigé par le Saint pour une fille spirituelle ; mais il peut se faire aussi qu'il l'ait d'abord écrit pour lui-même ou pour d'autres, et " remis " ensuite à celle-ci avec quelques retouches. Cette destinataire serait-elle Dona Ginevra Scaglia, fille de l'ambassadeur du duc de Savoie en France et sœur de l'ambassadeur du même à Rome, à qui saint François de Sales écrit plusieurs lettres et qui s'honorait d'être sa fille spirituelle ? Le Saint ne la vit que lors de son dernier voyage en Piémont en 1622, et, à cette époque elle avait déjà pris le voile à Chieri, chez les Reli­gieuses Dominicaines, avec le nom de Sœur Marie-Chrétienne. (L8, note 419 ; L10, notes 327,778). Le fait que le Manuscrit original a été transmis plus tard au Général des Frères Prê­cheurs serait en sa faveur ; le doute néanmoins plane toujours, et c'est tout ce qu'on en peut dire. Les références en italiques ont été mises par saint François de Sales, les autres sont ajoutées par les éditeurs.

[210] - Il y a ici une petite erreur: c'est à propos de Mérob que David dit à Saül les paroles citées.

[211] - Ce mot n'est pas italien. Faudrait-il lire abattuti, abattus ?

[212] - Quelques mots manquent ici.

[213] - L'italien est certainement fautif ici ; peut-être faudrait-il lire : e finalmente alberghato tra i vostri figliuoli.

[214] - Hérissant qui, le premier, a inséré ces Dévotes Méditations parmi les Œuvres de saint François de Sales (Opuscules, 1767, tome III, p. 51), les a tirées d'un opuscule qui a pour titre : La piété françoise vers la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, Nostre Dame de Liesse en Picardie, par le R. P. Artus du Mons­tier, de Rouen, predicateur Recollet de la province de Saint Denis. (Paris, 1637, in-12.) Il n'y a rien dans cet opuscule qui concerne notre Saint; seulement, à la suite des Méditations, on lit cette Approbation : "Nous soussignés, Docteurs en théologie, certifions avoir lu ce petit livre trouvé écrit de la main de saint François de Sales, auquel nous n'avons rien trouvé de contraire à la foi de l'Eglise catholique. Fait ce 20 janvier 1643. - CANTAL et FLEURY." Les Dévotes Médita­tions, approuvées en 1643, ont donc été reliées ensuite avec le volume de 1637, mais elles en sont indépendantes. La " Petite Preface " donnée par Hérissant, est l'exacte traduction du texte d'Alcuin qui se trouve dans le recueil in-folio fait par Melchior Hittorp et intitulé : De divinis Catholicœ Ecclesiœ officiis et ministeriis scriptores vetustiores. Collegit Hittorpius, Coloniae, 1568. Le troisième Livre de ce recueil est d'Albi­nus Flaccus Alcuin : Des offices divins ; à la p. 79, De celebratione Missœ et ejus significatione, on lit la " Petite Preface " que nous reproduisons. Les prières qui suivent sont-elles vraiment de saint François de Sales ? Nous avons peine à le croire en lisant, par exemple, ce qu'il écrit déjà à l'Abbesse du Puits-d'Orbe en 1604 : "Pour le regard de la Messe, je n'ay pas voulu particula­riser sur tous les misteres d'icelle, pour vous instruire comme il y faut corres­pondre par le menu avec des oraysons et des pensees, d'autant que cela charge tant la memoyre que la volonté n'a pas ses affections libres. " (note 138) Il en dit autant à Mme de Chantal, et toutes deux reçoivent du Saint un " exercice " beaucoup plus simple, le même, à peu de chose près, qui fait partie du Directoire spirituel des Religieuses de la Visitation. (note 136 ; Op4, p.71). De plus, le style ne nous paraît pas le sien. Il peut se faire que le " petit livre trouvé écrit de la main de saint François de Sales ", comme il est dit dans l'Approbation, ait été copié et non composé par lui, et trouvé ensuite parmi ses papiers. Le doute au sujet de l'auteur de ces Dévotes Méditations persistant, nous les donnons, non pas dans les textes au­thentiques du Saint, mais en Appendice, comme texte douteux.

[215] - C'est-à-dire: le Prêtre va du côté de l'Epître.

[216] - De plusieurs côtés on nous a interrogés au sujet de cette prière: est-elle de saint François de Sales ? Une tradition déjà ancienne en 1726, l'attribue au saint Evêque de Genève. On la trouve dans l'Histoire de la découverte de l'ima­ge de Notre-Dame de l'Etang, par le P. Dejoux (Ire édition 1726; 2e édition 1853) ; dans l'Histoire de la statue miraculeuse de Notre-Dame de Bonne Délivrance, par un prêtre du diocèse de Paris (Gaume, 1844) ; dans le Mois de Marie, tiré des écrits de saint François de Sales, par le R. P. Huguet, etc. Le P. Dejoux raconte que le saint Evêque se trouvant à Dijon où il avait prêché le Carême (1604), " concerta avec " Mme de Chantal " l'établissement de la Visitation. " C'est une erreur; on sait que jusqu'à 1607 le Saint garda son se­cret, même avec sa fille spirituelle. L'auteur continue : " Afin que cette entreprise eût un heureux succès, tous deux se rendirent dans la chapelle de Notre-Dame de l'Etang, où étant prosternés devant l'image miraculeuse, ils lui adressèrent humblement leurs prières. On nous a même conservé heureusement la dévote oraison que l'on assure avoir été faite en cette occasion par cet incomparable Evêque..." Il a pu la faire, sans doute; mais fut-elle composée par lui, ou la trouva-t-il sur une " tablette ", comme le Memorare de saint Bernard à Notre ­Dame de la Délivrance à Paris ? Toutes les recherches ont été infructueuses. La prière a été souvent reproduite avec des variantes qui sont identiques pour le fond ; le texte donné ci-dessus nous parait plus conforme au caractère et au style de saint François de Sales : il est plus simple, plus pressant, plus confiant, plus naïf. Quant à la seconde prière, nous n'avons aucune preuve en faveur de son attribution à saint François de Sales, mais nous n'avons non plus aucune preuve du contraire.

[217] - Nous n'avons pas songé à dresser ici, pour ce volume, en toute rigueur scientifique, le Lexique de saint François de Sales. Un tel travail, à peine est-il besoin de le dire, ne pourra être établi qu'après l'achèvement de cette publication. Notre but a été surtout de rendre provisoirement service aux lecteurs français ou étrangers qui seraient peu familiarisés avec les particu­larités du vieux langage. On voudra bien, en se servant de ce recueil, se souvenir de la pensée d'ordre tout pratique qui l'a inspiré.

[218] - Les caractères et les chiffres gras désignent les noms des correspondants avec notes biographiques. Les noms suivis d'un astérisque * indiquent les auteurs ou les destinataires des pièces qui figurent à l'Appendice. Les chiffres en italique renvoient aux numéros des documents (ou à la page où se trouve le document) ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples :

376 = note de bas de page n° 376

190, 721 = note de bas de page n° 190 , et document n°721

[219] - Il a semblé intéressant de donner dans ce tableau, par ordre chronologique, les titres des pièces qui figurent dans les cinq volumes des Opuscules selon la Série à laquelle elles appartiennent. A la première colonne on trouve : 1.le n° du volume ; 2. sur le CD, en chiffres ordinaires la note de bas de page (ou celle de la plus proche du document) ; à son défaut on trouve, en italiques, le n° de la page du document ; 3. enfin le numéro d'ordre chronomogique. ; A la deuxième colonne, on trouve les titres des documents. A la troisième, les abréviations aut. et inéd. indiquent les pièces autographes et les inédites ; l'astérisque désigne celles qui ne le sont qu'en partie.

[220] - Saint François de Sales fit une retraite d'environ un mois. La date de l'Année Sainte de la Visitation, 19 mai, fête de

saint Célestin, est exacte, mais la note du 1er volume des Opuscules qui s'y rattache est fautive ; le Saint reçut les Ordres

mineurs le 9 juin, et le sous-diaconat le 12 du même mois.