Opuscules — volume IV

Formation

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ŒUVRES

DE

SAINT FRANCOIS DE SALES

ÉVÊQUE ET PRINCE DE GENÈVE

ET

DOCTEUR DE L' EGLISE

ÉDITION COMPLÈTE (Edition d'Annecy)

D'APRÈS LES AUTOGRAPHES ET LES ÉDITIONS ORIGINALES

ENRICHIE DE NOMBREUSES PIÈCES INÉDITES

DÉDIÉE A SA SAINTETE LE PAPE LÉON XIII

HONORÉE DE DEUX BREFS PONTIFICAUX

ET COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

PUBLIÉE SUR L'INVITATION DE Mgr ISOARD, ÉVÊQUE D'ANNECY

PAR LES SOINS DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION

DU 1er MONASTÈRE D'ANNECY

OPUSCULES - VOLUME IV

Op4 = TOME XXV

ANNECY

MONASTERE DE LA VISITATION

ANNECY, IMPRIMERIE J. ABRY & Cie

MCMXXX1

Table des matières 292 Glossaire 272 Index historique 289 Fac-similé 123


PRÉFACE

Qui veut connaître à fond saint François de Sales, qui veut approfondir sa pensée, deviner ses sentiments, avoir la révélation totale de son âme et de son cœur, qu'il lise ce volume. Dire que c'est un des plus importants de la col­lection de ses Œuvres pourra sembler étrange à quelques­6uns; pourtant, c'est la vérité.

Le Saint nous apparaît ici plus que partout ailleurs le grand homme complet, celui qui tient à la fois sous son regard en toutes choses, les lignes maîtresses et les plus menus détails. Il se dévoile avec sa charité, sa bonté, sa condescendance, mais aussi sa vigueur, sa noblesse et sa force. Il a donné à ses Filles tout ce qu'il y avait de ten­dre, de délicat dans son cœur si grand, dans son esprit si exquis, d'élevé dans son âme de gentilhomme. La Visi­tation fut, les quinze dernières années de sa vie, son œuvre par excellence, le fruit de ses méditations profondes et de ses soins paternels. Il lui prodigua les plus riches trésors de son génie, tout en la maintenant petite et cachée.

L'amour de Dieu est le caractère distinctif de saint François de Sales, le trait particulier de sa physionomie ; mais là se trouve également l'originalité de ses œuvres, de celles qu'il prépare de longue main, dans un si parfait abandon à la volonté du Père céleste. Dès sa naissance, la Visitation ne vit que de l'amour, tout y converge vers le même but sublime : aussi grandit-elle, se développe, se sanctifie par la force très suave de l'amour divin. Les exer­cices de piété, la mortification extérieure, les jeûnes y ont leur place, mais une place plus restreinte. Le recueille­ment intérieur supplée à la multitude et à la longueur des prières, le détachement de toutes choses à la pauvreté ri­goureuse et absolue, la mortification de l'esprit et de la volonté aux pénitences corporelles, la charité à la solitude, l'obéissance aux observances pénibles et à l'austérité. Les défauts sont réformés, les vertus sont acquises plus par l'attrait de l'amour que par la rigueur de l'ascétisme afflic­tif. Vie cachée et ignorée du monde, vie de silence et de prière, dans la pratique des vertus d'humilité, de simplicité, de douceur, de charité, de résignation: tel est l'idéal propo­sé par saint François de Sales à ses Filles. Son cher Institut fut vraiment l'enfant de l'amour de son cœur. Il n'a fait que reproduire en lui trait pour trait son âme et sa spiritualité.

Il voit chez plusieurs femmes, un ardent désir de " s'appliquer plus doucement et parfaittement a l'exercice du divin amour " ; c'est pour elles que " cette devote Con­gregation a esté dressee (p.106) " Mais la leçon primitive ne suffit pas à notre Saint, et dans le texte définitif il corrige : " pour y vaquer a la perfection du divin amour (p.28). " ­- A la veille de l' " establissement ", et plus tard de la Pro­fession, il apprend à la Novice qu'elle doit " s'escorcher tout a fait..., affin d'estre un' hostie et un holocauste aggreable " à Notre-Seigneur (p.212,213, 2e leçon). Pour cela, il faut qu'elle échauffe son cœur et allume " en iceluy le feu du saint amour (p.214), " pour que ce cœur ne soit ni " partagé ni dis­trait a la varieté des choses du monde, " mais qu'il recher­che " purement et simplement... l'unité du seul et unique amour de Dieu (p.216 2e leçon). "

Les vertus indiquées plus haut reviennent très souvent sous la plume du Fondateur ; elles seront l'ornement des Filles de la Visitation, bien plus, elles doivent en être le caractère. Il demande aux aspirantes qu'elles soient réso­lues de " vivre humblement, doucement et avec une par­faitte obeissance (p.107,176) ; " et parce que " cette Congregation, " écrivait-il en 1613, 1615-1616, n'a " pas beaucoup d'austérités, ni des liens si indissolubles comme beaucoup d'autres, " il faut que la ferveur de la charité et la force d'une tres intime resolution suppleent a tout cela, affin que soit veri­fié le dire de l'Apostre qui asseure que le lien de la charité est le lien de la perfection (p.107,176). " L'amour seul, doux et fort, suave et puissant - la " dilection " -, comme il le dit ailleurs (p.69), devait être, dans la première pensée du Saint,. l'unique lien qui rattacherait ses Filles à Dieu et les uni­rait entre elles.

S'il prescrit qu'on évitera de recevoir des femmes dans la Maison la matinée des fêtes, c'est pour " que les Seurs ayant communié puissent avoir plus de repos pour entretenir le celeste Espoux (p.178) " et le "caresser (p.110) ". Ailleurs il ordonne de ne point parler devant elles des affaires du Monastère, mais seulement entre la Supérieure et les Offi­cières, " a celle fin de retirer leur esprit des choses de la terre (p.123) " et le laisser " en plus grande tranquillité et li­berté (p.369). " Cependant, " la joyeuseté leur est recommandee es recreations, " où elles s'entretiendront de " propos saintement joyeux, avec paix, douceur et simplicité (p.123,184). "

Ce Maître incomparable veut encore que toutes ses Filles soient égales, que les premières soient " faites comme les dernieres (p.125) " ; dans ce but, à chaque fin d'année, elles tireront leur rang au sort. Pourtant, dit-il, " les jeunes s'humilieront beaucoup devant les vielles, encor que les vielles fussent arrivees en la Mayson les dernieres ; " et de leur côté, celles-ci " ne mespriseront point la jeunesse des jeunes, ains toutes, avec une genereuse et noble humilité, se previendront les unes les autres en hon­neur et respect, ainsy que l'Apostre l'ordonne (p.125,126,2e leçon). "

Humilité " genereuse et noble " : ces mots sont à remar­quer. Si le saint Fondateur forme ses Filles avec une bonté­ sans égale, il le fait aussi avec une force toute virile. Il ne veut point de cette humilité mesquine, rétrécie, qui ôte tout courage et qui n'est rien moins que la vraie vertu. " La Directrice, " dit-il, " doit avoir un esprit humblement genereux, noble et universel, pour conduire les filles a une devotion non feminine, tendre et molle, mays puyssante, courageuse, relevee et universelle (p.49). " Et lorsqu'il traite de la réception des sujets, il a un long passage où il stig­matise avec vigueur " celles qui sont trop adonnees a la tendreté et compassion sur elles mesmes, " et demande qu'on se garde bien de les admettre en sa Congrégation (p.201,202). On sent ici non seulement l'humilité surnaturelle du Saint, mais encore l'esprit élevé du gentilhomme. Il se révèle en d'autres endroits; par exemple, lorsqu'il écrit que le prix du travail " sera demandé charitablement et amiablement, non exactement et chichement (p.127), " ou quand il recommande si souvent la " propreté et netteté ", le bon ordre du :Monastère.

Grand partisan des infirmes, saint François de Sales leur ouvre toutes larges les portes de sa Congrégation ­ " helas ! " dit-il, " les maladives n'ont point d'autre retraite (p.63) " ; mais il entend " qu'elles ayent l'esprit sain et bien disposé a vivre en une profonde humilité, obeis­sance, simplicité, douceur et resignation (p.28)."

Les veuves y seront également reçues, elles excitent la compassion du Fondateur ; car " n'est ce pas dommage de voir une vefve croupir et tremper... dans les embarrasse­mens et inquietudes du mesnage, avec beaucoup de dan­ger de perdre l'affection qu'ell'aura a sa viduité et a la continence viduale (p.106)?"

Aux personnes " avancees en aage " il offre aussi un lieu de refuge; c'est en effet, dit-il, " un secours fort a propos de leur presenter une retraitte en laquelle elles se puissent mieux preparer pour estre retire es eternellement au Ciel (p.175). "

Semblable au roi dont parle l'Evangile, qui fit un grand souper pour les noces de son fils et y convia un grand nombre de gens (Mt 22,2 ; Lc 14,16), le cœur de François de Sales, ému de pitié à la vue de tant d'âmes qui ne peuvent entrer dans les Ordres austères, les appelle dans sa Congrégation : le festin nuptial de l'Epoux céleste est prêt, semble-t-il leur dire ; venez, vous qui êtes jeunes et saines, mais aussi vous qui êtes âgées ou infirmes, afin que ma maison se rem­plisse.

Dans la rédaction de 1613 on verra la part que le Saint entendait faire à la visite des pauvres et des malades ; les Sœurs " des-ja meures d'aage " devaient y être seules employées ; " quant aux jeunes, qui sont encor tendres et nouvelles a la devotion, elles demeureront a l'abry dans la Mayson, " dit-il, "laquelle par ainsy sera comme une ruche spirituelle, dont une partie des abeilles mystiques mesnagera le miel et la cire des exercices interieurs sous le couvert, et l'autre sortira pour recueillir le suc des œuvres de misericorde entre les prochains (p.113). " Et dans l'article suivant il ajoute que ces sorties pourraient se " retrancher du tout " dans les grandes villes, ou encore " les limiter pour la visitation des hospitaux et lieux pieux, " voire même se contenter d'y " suppleer par le seul apprest des viandes necessaires aux malades, pauvres et souffreteux (art 7 Du retranchement des sorties p.113). "

En lisant les différentes rédactions des Constitutions on se prend à regretter que saint François de Sales ait modifié certains passages et qu'il en ait supprimé d'autres dans le texte définitif. Sainte Jeanne-Françoise de Chantal éprouva, semble-t-il, un sentiment analogue, puisque en 1628 elle fit imprimer à part quelques-uns de ces morceaux qu'on est convenu d'appeler: Additions aux Constitu­tions. On ne les a pas groupés dans ce volume, mais on les trouvera çà et là dans le texte même ; il sera facile de se rendre compte que la Sainte, en préparant ces Additions, les a parfois retouchées pour ajuster quelques phrases ou les " accommoder " au sujet.

Saint François de Sales n'a pas seulement donné à ses Filles la Regle et les Constitutions : il leur a donné le Directoire (p.68-87) pour les former à la vie intérieure, et leur­ apprendre à y puiser l'esprit d'oraison. En leur traçant une route si directe et si sûre pour aller à Dieu, il s'est montré le Guide très éclairé qui avait déjà illuminé tant d'âmes et leur avait ouvert la voie qui mène au Ciel. Toutes les intentions sont suggérées en chaque article ; les moindres actions de la vie au-dedans sont fixées par ce béni petit livre, où, pour ainsi dire, tous les pas sont mar­qués à l'avance par ceux du Sauveur.

Non moins intéressants sont la Preface de 1614, les Medi­tations pour la Profession, les Directoires pour les offi­cières : celui de la Maistresse pour l'instruction des Novices (p.225) est un modèle de pondération, de bonté, de­ condescendance, de sainte liberté ; dans tous on voit re­luire cette discipline si attentive avec laquelle saint Fran­çois de Sales, de concert avec sainte Jeanne de Chantal ­entendait régler les petites comme les grandes choses.

Il nous reste à dire quelques mots sur l'ordre tenu dans­ la reproduction des différentes pièces de ce volume. Nous. avons cru devoir donner en premier lieu la Preface de la Regle et la Regle elle-même, les Constitutions, le Direc­toire, les Formulaires de Vêture et de Profession tels que­ le Saint les laissa en 1622 : c'est le texte définitif de son vivant. Au bas des pages des Constitutions, sont ajou­tées les variantes des Manuscrits de 1618, de 1621 et de l'édition princeps de 1619.

En 1929, le Saint-Siège apporta quelques modifica­tions à certaines Constitutions, à celles, par exemple, Du Confesseur ordinaire, Du compte de tous les moys, De l'eslection de la Superieure, etc. ; ces modifications ne figurent pas dans ce volume où, suivant le Bref de Sa Sain­teté Pie X [1], la Visitation a été autorisée à reproduire les écrits du saint Docteur " tels qu'ils sont sortis de sa plume. "

Le Manuscrit de Guingamp (Ms. K), qui remonte à 1613 (p.14-102), est donné avec douze pages très précieuses en seconde leçon, conservées à la Visitation de Thonon (p.102-103). Ces pages sont un premier jet des Constitutions de la Congréga­tion naissante et datent de juin-juillet 1610. Les variantes l'une rédaction postérieure, gardée à la Visitation d'An­necy, qu'on peut dater de juillet 1610-janvier 1611 (p.103,104), sont aussi insérées au bas du texte ; d'autres fragments provenant de divers endroits y sont joints, comme étant de la même époque (p.104-105).

Enfin, deux autres Manuscrits qui appartiennent au Monastère d'Annecy figurent en dernier lieu: l'un comme texte (Ms. Q), l'autre sous forme de variantes (Ms. P) : celui-ci, d'août-novembre 1615 et corrigé dans le courant de mars 1616 (p.170,173) ; celui-là, d'août 1616-janvier 1617 (p.173,174).

Avant ces deux dernières rédactions des Constitutions on pourra lire le Mémoire de Mgr de Marquemont et voir ses objections sur le nouvel Institut (p.161,166) ; puis la Réponse de saint François de Sales (p.166,170), où on admirera son humilité profonde, sa déférence pleine de respect, son exquise sua­vité, sa cordiale condescendance : en un mot, il cède à l'Archevêque, et la Congrégation est changée en Ordre religieux.

Et maintenant, que le lecteur prenne ce volume, qu'il le lise avec affection. Il y trouvera des richesses que nous n'avons fait que montrer, des trésors que nous avons à peine signalés ; il y trouvera saint François de Sales lui-même fondant " l'Institut de l'amour de Dieu [2] , " et apprenant à ses Filles comment, par la fidélité constante aux moindres actions, aux petites et humbles vertus, on peut gagner son Cœur.

LES EDITEURS.

Annecy,

en la Fête de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ,

25 décembre 1930.

AVIS A U LECTEUR

Des pièces publiées dans ce volume, le plus grand nombre a été revu sur les originaux ; la provenance est indiquée à la fin de chacune.

Les documents qui ne sont suivis d'aucune indication sont ceux dont, à défaut d'Autographes, ou de copies, on a dû em­prunter le texte à quelque publication antérieure.

Les Editeurs sont seuls responsables des titres et dates qui précèdent chaque pièce, sauf indication contraire. Quand la date attribuée à un document n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer.

Les Constitutions manuscrites de 1613 (Ms. K) sont reproduites dans le texte ; plusieurs pages autographes de 1610 (Ms. G) figurent en seconde leçon. Il en est de même pour la Preface de 1614, pour les Meditations pour la Profession et pour le Sacré Cartel de Desfy que saint François de Sales donna à

ses Filles le 1er janvier 1614.

Quant aux divergences qui existent entre les différentes leçons d'un même document, le lecteur les trouvera en petits ca­ractères au bas des pages. Le commencement de la variante est indiqué par la répétition en italiques, des mots qui la précè­dent immédiatement au texte ; la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Celle-ci signale le commencement de la variante alors seulement que cette variante embrasse plus d'une page. Les passages et mots biffés dans l'Autographe sont en­châssés entre ┌ ┘

Dans la Preface des Regles et dans celle de 1614 les références marginales ajoutées par les Editeurs sont insérées entre ( ).

Des points placés au commencement ou à la fin d'un docu­ment indiquent qu'il est incomplet.

A la suite du Glossaire se trouve un Index des notes histo­.riques et biographiques contenues dans ce volume.


CINQUIÈME SÉRIE

(SUITE)

LA VISITATION

TEXTE DÉFINITIF

[3] PREFACE DE FRANÇOIS DE SALES EVESQUE DE GENEVE

AUX SŒURS DU MONASTERE DE LA VISITATION D'ANNESSI

[Fin juillet-septembre] 1618 [4]

[5] Quicomque a tant soit peu de connoissance de la discipline de l'Eglise ne peut ignorer que des son commen­cement il ny eut une tres grande quantité de filles et femmes consacrees au service de Dieu par le vœu de la sainte continence. Saint Ignace, disciple des Apostres, escrivan aux Philippiens (Ad Phlipp. 15) : " Je salue, " dit-il, " l'assem­blee des vierges et la congregation des vefves ; " et ail­leurs (Ad Tarsens. 9) il recommande a ceux de Tharses d'honnorer les vierges " comme consacrees a Dieu, " et les vefves comme l'autel ou " sacraire de Dieu; " et en l'epitre aux Anthio­chiens (ch 8) : " Que les vierges, " dit-il, " reconnoissent a qui elles sont consacrees ; " et finalement, a Heron (ch 5) : " Conserve les vierges comme joyaux de Jesus Christ [6]. "

Rufin, en son Histoire (liv 1, ch 8), tesmoigne que sainte Helene, mere de Constantin, en treuva des-ja une troupe en Hie­rusalem (cf Préf. de 1614). En somme, toute l'antiquité rend un ample tesmoignage a cette verité ; mays pour le present, celuy de saint Gregoire Nazianzene suffira : " Il y a, " dit il (Carmin. Ad Hellen.2,1), " plusieurs femmes en toutes les regions que la salutaire doctrine de Jesus Christ a parcourues, desquelles une par­tie vit en societé, nourrissant un mesme desir de la vie celeste et suivant un mesme institut de vie; mais les autres assistent soigneusement a leurs peres et meres in­firmes, et a leurs freres, tesmoins de leur chasteté. "

Or [7], presque toutes, tant les unes que les autres, mais notamment celles de la premiere bande, qui vivoyent en congregation, estoyent consacrees par des vœux publiqs et grandement celebres ; car, qu'est ce que saint Ambroise (Ad virg.lapsam 5) ne dit pas a la vierge descheüe sur ce sujet ? Et ne tesmoi­gne-il pas que sa seur sainte Marceline fut consacree par le Pape Libere en l'eglise de Saint Pierre de Rome, et le propre jour de Nouel (De virg. 3) ? Certes, c'estoyent ordinairement les Evesques qui celebroyent ces consecrations, comme il est ordonné au Concile de Cartage (Decr.Gratiani 26,6,1), auquel le grand saint Augustin assista, et par saint Leon le premier, escrivant aux Evesques d'Allemaigne et de France (Leo epist 80, apocryp.) ; et est com­mandé dans le Pontifical que l'on ne les face qu'es jours de feste ou de Dimanche.

Mays quand je dis qu'elles estoyent consacrees par des vœux celebres et publiqs, je ne veux pas pourtant dire qu'ilz fussent solemnelz de la solemnité dont les scholas­tiques et canonistes parlent, par laquelle les mariages con­tractés par les Religieuses sont totalement invalides ; car encor que d'un commun consentement de tous les saintz Peres, et selon la parole du grand Apostre (1 Tm 5,12), les vierges et vefves qui par vœu et profession publique estoyent sa­crees a Dieu, ayent tous-jours esté tenues en execration l'orsqu'elles rompoyent et violoyent leur vœu, si est ce que, comme dit clairement saint Augustin au livre Du bien de la viduité (c 9 et 10), leurs mariages subsistoyent ; l'invalidité de telles noces ayant seulement esté introduite, premierement par l'authorité ordinaire de quelques Evesques en leurs diocaeses, puis par le Concile general tenu a Rome environ l'an 1136 ou 1139 sous Innocent second [8]. Et bien que plusieurs anciens et graves scholastiques pense­rent jadis que cette solemnité estoit une proprieté naturelle et essentielle des vœux de Religion, si est ce que le Pape Boniface VIII ayant du despuis determiné le con­traire (Sexti Decret. 3,15), il ny a plus lieu quekomque d'en disputer, ains faut avoüer ingenuement que cette proprieté n'est nul­lement inseparable des vœux de Religion, puisque ancien­nement les plus celebres et saintz Religieux faysoyent leur Profession sans icelle, et que, en nostre aage, le Pape Gregoire XIII l'a attachee aux vœux simples en fa­veur de la tres illustre Compaignie du Nom de Jesus (Préf. de 1614) ; declarant asses en cela que cette solemnité depend telle­ment de l'authorité de J'Eglise, qu'elle la peut oster aux vœux solemnelz sans pour cela les rendre simples, et l'ad­jouster aux vœux simples sans pour cela les rendre solem­nelz (L8, note 327), selon qu'il est expedient au bien des ames et a la gloire du Createur : ainsy qu'ont doctement expliqué le chancelier Jean Gerson (Opera omnia 1706,3), les Cardinaux Cajetan (Suppl.53,2) et Bellar­min (De.Matrim.1,21), les docteurs Lessius (2,40,6) et Azor (12,6,2 et 8), et briefvement, mais pertinemment a son accoustumee, Hierosme Platus en ses beaux livres Du bien de l'estat religieux (2,21), et en fin le tres docte Thomas Sanches qui en cite une legion d' autres (De Matrim. 7,25 et 26).

Il y a donq eu ci devant et a encor en ce tems des Con­gregations de femmes consacrees a Dieu, en deux sortes : car les unes ont esté establies en tiltre de Religion par les vœux solemnelz, et les autres en tiltre de simple Congregation, ou par les vœux simples, ou par l'oblation, ou par quelque autre sorte de profession sacree. Ainsy le tres glo­rieux saint Charles, mirouer des Prœlatz de ce tems, et, a son exemple, les Reverendissimes Evesques de sa province ont erigé plusieurs Congregations de diverses façons ; car voyci ce qu'en a escrit l'autheur de l'histoire de sa Vie (Giussano 8,22). Apres quil a dit que cet admirable Prœlat induisit plusieurs hommes a la chasteté : " Mais le nombre des femmes, " adjouste-il, " fut beaucoup plus grand, se remplissans de vierges non seulement les cloistres sacrés, ains aussi divers nouveaux colleges fondés a cette intention en la cité et diocaese, outre la Compaignie de Sainte Ursule, qui estoit estendue presque en toutes partz, si pleine de bonnes vierges que plusieurs monasteres en eussent esté remplis (L4, note 506) ; et semblablement la Compaignie de Sainte Anne, si nom­breuse en femmes et vefves qui servoyent Dieu avec beau­coup de pureté sous l'observance de leurs propres Regles [9]."

Ainsy sainte Françoise Romaine, divinement inspiree, institua la Mayson de la Tour des Mirouers en tiltre de sim­ple Congregation, qui est encor en grande splendeur de pieté a Rome (L4, note 507 ; L5, note 58)); comm'aussi a Cremone, la Congregation des vierges de Nostre Dame [10]; et de mesme y en a il en divers autres endroitz.

Or, mes tres cheres Seurs, vostre Congregation a esté jusques a present de cette seconde sorte, avec beaucoup de pratique d'une solide pieté pour l'avancement de vos ames, et beaucoup de bonne odeur pour l'edification du prochain. Mays despuis qu'il pleut a la divine Providence que cette petite compaignie [11], comme une ruche d'avettes mistiques, jettast des nouveaux esseims et qu'elle fut establie a Lyon et a Moulins [12], le tres illustre et Reveren­dissime Archevesque de Lyon, Mgr Denys Simon de Mar­quemont, jugea qu'il estoit expedient qu'elle fut re­duite en Religion, pour plusieurs raysons que sa grande sagesse et pieté luy suggererent [13]. Et Dieu a beni ce dessein, car en fin, apres plusieurs difficultés desquelles les projetz du service de Dieu ne sont jamais exemptz, nostre Saint Pere Paul V m'a commis pour eriger vostre Mayson en tiltre de Religion, avec toutes les praerogatives dont jouissent les autres Ordres religieux [14]; et ce, sous la Regle du glorieux saint Augustin [15].

Pour cela, donq, je vous presente cette sacree Regle, que. vous suivres meshuy comme le vray chemin auquel vous deves marcher pour parvenir a la perfection de la vie reli­gieuse, y ayant joint vos Constitutions, qui sont comme des marques mises en ce chemin affin que vous le sachies mieux tenir ; car, comme disent les Docteurs, les Regles des Religions proposent les moyens de se perfectionner au service de Dieu, et les Constitutions monstrent la façon avec laquelle il les faut employer. Comme par exemple: cette Regle commande qu'on vaque soigneusement aux prieres, et les Constitutions particularisent le tems, la quantité et la qualité des prieres qu'il faut faire ; la Regle ordonne qu'on ne regarde pas indiscrettement les hommes, et les Constitutions enseignent comme, pour executer cette Regle, il faut tenir la veüe basse, et le voyle sur le visage en diverses occurrences : de sorte que, pour le dire en un mot, la Regle enseigne ce qu'il faut faire, et les Constitu­tions comme on le doit faire. Et de la vient, ainsy que les mesmes Docteurs remarquent (Azor 13,11,2 ; Salas 8,13 et 16,16), que les Regles, comme fondemens principaux de la vie religieuse, doivent estre appreuvees par l'authorité de l'Eglise catholique ou par Decret apostolique; mais les Constitutions, qui ne con­tiennent que les moyens et la methode de bien observer la Regle, n'ont nul besoin d'estre confirmees que par l'autho­rité des Superieurs ordinaires, ou par les Chapitres des Religions.

Je sçay bien qu'au commencement de l'Eglise les Con­gregations religieuses durerent quelque tems et firent des merveilles au service de Dieu sans avoir presque aucunes Regles escrittes, ains par la seule observance des coustu­mes que la commune pratique et devotion des ames qui s'estoyent assemblees avoyt introduites, et par la bonne conduite des Superieurs suivie de la parfaite obeissance des inferieurs, desquelz la simplicité et bonne foy tenoyent heureusement lieu de loy. Mays environ le tems de Constantin le Grand, saint Pacome receut de la main d'un Ange une Regle escritte dans un tableau, que ses Monasteres tant d'hommes que de femmes observerent (Surium, De Sanctorum historiis).. Peu apres, le grand saint Basile, entre les Peres grecs, escrivit une Regle tres excellente pour ses Religieux (Coloniae, 1572, 3,264), comme fit saint Augustin, entre les latins, pour les siens; et sainte Melanie la jeune ayant dressé une Congregation en Hierusalem, leur donna aussi une belle Regle (Giry, Vie des Saints, 31 déc.). Et depuis, plusieurs Instituteurs de divers Ordres de Religieux ont laissé des autres tres saintes Regles, ou du moins des Constitutions qui tiennent lieu de Regle, pour leurs Congregations : comme le grand patriarche saint Benoist, duquel la Regle est si hautement louee par saint Gregoire le Grand (Dial. 2, 36), le seraphique saint François d'Assise, saint (Reprise du Ms. d'Annecy) Bruno, saint François de Paule, le bienheureux Ignace de Loyole.

Mais la grande authorité de saint Augustin, meritee par la tres excellente sainteté de sa vie et par l'incomparable doctrine dont il a orné l'Eglise, a fait qu'entre tous les le­gislateurs des Ordres religieux il a esté le plus suivi. Aussi " nostre Sauveur habitant en luy, " comme parle saint Hierosme (Epist 80 ad August.), luy inspira cette Regle tellement animee de l'esprit de charité, qu'en tout et par tout elle ne respire que douceur, suavité et benignité, et par ce moyen est propre a toute sorte de personnes, de nations et de com­plexions ; si que ce grand homme apostolique l'escrivant, pouvoit bien dire, a l'imitation de l'Apostre (1 Co 9,22) : J'ay esté fait tout a tous, affin de les sauver tous. Qui fait que non seulement plusieurs Congregations de Religieux cloistriers, comme celles des Chanoines et Clercz reguliers, des Ere­mitains, de Saint Dominique, de Saint Hierosme, de Saint Anthoine, de Presmonstré, des Servites, des Cruciferes, mais aussi les Ordres de plusieurs Religieux chevaliers, comme ceux de Saint Jean de Hierusalem, ceux des Saintz Maurice et Lazare, les Theutoniques, ceux de Saint Jaques et plusieurs autres, se sont rangés sous l'estendart de cet admirable conducteur.

Or, bien que cette Regle soit visiblement tressainte et que, comme appreuvee de l'Eglise, elle doive estre hors de toute censure, ains que le seul nom de celuy qui l'es­crivit la deust rendre venerable a tous ceux qui portent le tiltre de chrestien, si est-ce que la folle temerité des en­fans du monde ne laisse pas de vouloir y treuver je ne sçay quoy a dire, par maniere d'affectee curiosité. Et partant, affin que nul ne vous puisse troubler sur cette occasion, je veux prevenir leurs questions et demandes frivoles, et par mesme moyen esclaircir quelques difficultés qui pour­rayent arrester vostre esprit en la lecture d'icelle.

Ce que le glorieux Pere commande : " Avant toutes choses, que l'on ayme Dieu et le prochain, " n'est pas mis en sa Regle comme pour vouloir faire penser qu'il soit l'autheur de ces commandemens ; car, qui ne sçait que non seulement ilz sont de Dieu, ains qu' ilz sont le suc, la moelle et l'abregé de toute la loy de Dieu ? Mays ce que Dieu a commandé, ce sien serviteur le recommande com­me la fin et praetention unique pour laquelle il a dressé sa Regle et sa Congregation, et a laquelle tout se rapporte.

Ce qu'il dit : " Ce sont icy les choses que nous vous commandons a ce que vous les observies, " ne doit donner aucun scrupule aux Seurs, comme si cette Regle obligeoit en tous les articles sous peyne de peché ; car cela n'est pas, ainsy que, apres le grand saint Thomas, les Docteurs plus asseurés ont observé (S.Th 2,2,86 ; Azor 13,11,7 ; Sylvest.Religio 11). Et de fait, la parole (Reprise du Ms de Thonon) latine de . prœcepte, dont saint Augustin use, ne porte pas tous-jours force de commandement absolu, ains fort souvent signifie la methode, le moyen, la maniere, l'instruction et l'art pour bien faire quelque chose; voyre mesme elle est prise quelquefois pour un simple advis de ce qui est expedient. (La phrase suivante ne se trouve pas dans le Ms. de Thonon) Ainsy disons nous que la logique contient les prœceptes de bien argumenter ; la rhetorique, les prœceptes de bien parler ou haranguer ; et appellons prœcepteurs non tant ceux qui nous commandent, comme ceux qui nous ins­truisent. De sorte que cette sainte Regle n'oblige point a peché, sinon es articles principaux requis a l'observance des troys vœux, ainsy quil est plus amplement declaré a la fin des Constitutions (Const 49).

Plusieurs pensent que les Regles religieuses doivent taxer et determiner des peynes aux contrevenantz et de­linquans, mais ilz se trompent ; car il ny en a point en la Regle de saint Basile, ni en celle ci, comme vous verres,. sinon celle de l'ejection. Et certes, puisqu'aussi bien faut il ordinairement que les Superieurs moderent ou aggravent ­les loix punitives par la consideration des diverses circonstances qui accroissent ou diminuent les fautes, n'est-il pas bon de laisser les impositions des pœnitences a leur ­jugement et prudence ?

Il y a voirement en cette Regle quelques articles qui semblent n'avoir plus aucun usage : comme par exem­ple, de n'aller aux bains que tous les moys et que les Seurs. ne sortent pas qu'accompagnees; car on ne doit plus. sortir maintenant que pour des causes si grandes, si necessaires et rares qu'on peut dire en verité que les Seurs­ observantes ne sortent jamais. Et neanmoins, ces arti­cles de la Regle servent de lumiere pour faire voir comm' el­les en doivent observer quelques autres qui sont encor maintenant en usage.

En l'article qui dit : " Domtés vostre chair par jeusnes. et abstinences selon que vostre santé le permet," le bien­heureux Pere ne donne pas liberté pour cela a chasque Religieuse de faire des austerités de sa teste, ni de discerner ce que sa santé luy permet ; car au contraire, comm'il est porté en un autre article, c'est a la Superieure de faire distribuer les vivres, non egalement a toutes, mais a chacune selon quil est expedient. Et au Livre premier des Mœurs de l'Eglise, descrivant la façon de vivre des Religieux et Religieuses de son tems, il dit que plusieurs de for­te complexion s'accommodoyent de vivre comme les in­firmes, affin de ne point faire de particularité; et que, quand les foibles refusoyent de boire et de manger ce qui leur estoit convenable, on les en tansoit, de peur que, par une vaine superstition, ilz ne se rendissent plus de­biles que saintz, plustost malades que mortifiés. Ce qu'a la verité arrive a plusieurs, notamment parmi les femmes, qui, trompees de leur imagination, constituent la sainteté en l'austerité, et entreprennent plus aysement de priver leurs estomacs de viande que leurs cœurs de leur propre volonté.

Celle qui a la charge des autres est appellee Praeposee, .,comme qui diroit : mise et posee au devant ou au des­sus de la Congregation, et qui est praesidente a icelle, qu'on pourroit aussi appeller Praeferee. Mais par ce que ces motz ne sont pas usités, on les a peu et deu changer en ceux de Mere, ou Abbesse, ou bien Prieure, ou Supe­rieure; et par ce que le dernier et le premier de ceux ci sont plus simples et signifient la mesme chose que celuy de Praeposee, il a esté treuvé bon que vous les retinssies, notamment celuy de Mere, dautant que le saint Pere dit en fin : " Que les Seurs obeissent a la Superieure comme a leur Mere."

Il est dit au bout de la Regle : " Que l'on obeisse a la Superieure, et beaucoup plus au Prestre qui a soin de toutes. " Mays, qui est donq ce " Prestre qui a soin de tou­tes " ? Certes, dautant qu'en la Regle des Freres [16] aussi bien qu'en celle des Seurs cett'obeissance au Prestre est souvent inculquee, ceux que j'ay veu des interpretes de cette Regle (Sylvestre Religion 11) ont creu [17] que c'estoyt l'Evesque ; " dautant, " dit un d'entre eux, qui a fait de bonnes et belles remarques sur icelle [18], " que les Chanoynes reguliers en de­pendoyent ; mays despuis que les Evesques et leur clergé se sont, par dispense apostolique, secularisés, cest ordre n'est plus gardé. " Or, a la verité dire, quant a ce point je ne puis consentir a cette interpretation ; car encor qu'au commencement de l'Eglise les noms de prœstre et d'Evesque fussent souvent confondus et passassent l'un pour l'autre, ainsy qu'il est aysé a voir es Actes et es Epi­tres des saintz Apostres, si est ce que du tems de saint Augustin ces motz n'estoyent plus en cet usage et n'appel­loyt on pas les prestres Evesques, ni les Evesques simple­ment prestres, comme luy mesme le tesmoigne en l'epistre quil a escrite a saint Hierosme (Ep.19) ; et ne me souviens pas que jamais saint Augustin en ayt usé autrement. [19] De sorte qu'il n'y a donq point d'apparence qu'il ayt mis si souvent en sa Regle le mot de prestre pour celuy d'Evesque, puis­que mesme les monasteres des filles et femmes estoyent en grand nombre au diocaese d'Hippone et que l'Evesque n'eut peu estre ainsy par tout. Mays ce qui m'oste du tout de doute en ce point, c'est que saint Augustin, en cette mesme Regle des Seurs, distingue clairement le prestre d'avec l'Evesque, disant (ch 15) que si quelque Seur " est convaincue d'avoir receu des lettres ou presens en secret, elle " doit estre " griefvement corrigee et chastiee selon qu'il sera advisé par la Superieure, ou par le Prestre, ou mesme par l'Evesque. " Ainsy est distingué le Prestre d'avec l'Evesque. Et presque en mesme sujet, au troisiesme Concile de Cartage (can.33), auquel le saint Pere fut present : "Lhors que les vierges sacrees seront destituees de leurs peres et meres qui les protegeoyent, qu'elles soyent retirees en quelque monastere de vierges par la providence de l'Eves­que, ou bien par celle du Prestre, si l'Evesque est absent. " Ce sont les parolles du Concile. Mais il y a plus ; car au commencement de l'epitre ou la Regle est inseree (Ep.109), il est parlé manifestement de ce mesme Prestre qui avoit soin du Monastere, sous le nom de Praevost ou Praefect. :

[20] Et certes, je confesse que non seulement en la pri­mitive Eglise et jusques au tems du grand saint Augustin, mais aussi plusieurs siecles apres, les Religieux et Reli­gieuses vivoyent sous l'obeissance des Evesques; car c'est une venté trop certaine pour estre niee, trop evidente pour estre ignoree ; puisque Gratian au Decret (16,1,12,17 ; 18,2,1 à 29), Edmerus [21] en la Vie de saint Anselme, saint Bernard, au troysiesme Livre de la Consideration et en l'epistre qu'il escrit a l'Archevesque de Sens, Henri (Ep 42), et mesme le maistre de l'Histoire de l'Eglise, Baronius (Annales Eccles an 676, 4,7), le tesmoignent en termes qu'on ne peut dissimuler. Nous avons mesme encor, en ce diocaese de Geneve, quelques Monasteres de Chanoynes reguliers qui sont de la jurisdiction episcopale [22]; et y en a plusieurs ailleurs, notamment de filles, qui, selon l'ancienne discipline, sont en mesme condition. En foy dequoy, il appert par l'Estat de l'Eglise de Milan [23], que de 61 Monasteres de Religieuses qu'il y a, 46 sont sous la charge de l'Archevesque, n'y en ayant que 15 en celle des Reguliers. Mais pour tout cela il ne s'ensuit pas que les Evesques soyent ou fussent les Prestres de ces Monasteres, ains ilz en ont ou avoyent seulement la surintendance et jurisdiction generale, comme des autres eglises non exemp­tes, de leurs diocreses.

Ce " Prestre ", donq, dont ilest parlé en la Regle, estoyt ou le Curé qui, comme a remarqué le docte Filesac, theolo­gien de Paris (traité De Paroecia,Paris 1601) [24], estait jadis nommé simplement " le Prestre " par excellence; ou bien c'estoit le Prestre particulier, auquel l'Evesque avait commis le soin du Monastere pour les choses spirituelles et administration des Sacremens, Et vrayement, en cett' ancienne Eglise les Religieuses alloyent au service divin aux eglises paroi­chiales [25]. Saint Hierosme, en l'Epitaphe de sainte Paule (Ep 113 ad Eustoch. 19), parlant des Religieuses qui estoyent es trois monasteres de Bethleem : " Elles sortoyent, " dit-il, " seulement le jour du Dimanche pour aller a l'eglise qui estait a costé de leur sejour, chasque trouppe suivant sa Mere ; et de la s'en retournant, elles s'appliquoyent aux exercices qui leur estoyent assignés. " Saint Pacome et ses Religieux appelloyent un des prestres du voysinage pour recevoir la divine Eucharistie (est ildit en sa Vie Apud Surium 3)) et les immortelz Sacremens ; " estimant, " disait il, " que c'est chose profitable aux Monasteres de communiquer aux eglises. " La rayson de ceci futque les prestres estoyent rares, l'Ordre de prestrise estant en si grande consideration parmi ces Anciens, que peu de gens osoyent se faire pro­mouvoir. Tant ya, donq, que le Prestre dont il est parlé­ en la Regle estoit ou le Curé, ou celuy que l'Evesque com­mettoit a part pour le Monastere, comme qui diroit le Pere spirituel ; et tout ainsy que la Superieure avoit la direction ordinaire des Religieuses, aussi es choses d'im­portance et extraordinaires on appelloit le Pere spirituel, et si cela ne suffisoit, onrecouroit finalement a l'Evesque [26].

Ce qui est defendu que l'on ne porte pas les voyles si desliés qu'on puisse voir, a travers, la coeffeure, c'est parce qu'en Afrique, pais extremement chaud, les filles et fem­mes ne plioyent leurs cheveux qu'avec des petites coeffes de filet qu'onappelle en latin retiola, comme petitz retz et filetz, et en françois " du lacis ", comme petitz laqs ou lacetz. Mais de deça, les coeffeures des Religieuses observantes sont d'autre sorte, outre qu'elles se tondent; et toutefois ne laissent pas de devoir observer que leurs voyles ne soyent pas transparens.

Je n'ay pas estendu au long ce que le saint Pere met en l'article par lequel il defend l'amitié sensuelle entre les Seurs ; d'autant que, selon la necessité de ce tems la et de la province en laquelle il vivoit, il marque certaines par­ticularités peu conneües es contrees de deça, et dont la malice porte quant et soy tant d'horreur qu'il n'est pas besoin d'en exprimer plus clairement la prohibition.

Ce que porte la Regle de demander " tous les jours les livres a l'heure assignee, " regarde ce tems la, auquell'im­primerie n'estant pas encor exercee, on ne pouvoit pas avoir les livres a commodité, ains estoit requis de les lire l'un apres l'autre.

Ce qu'il donne permission aux Seurs d'aller " une fois le moys " aux estuves, provient de la bonne opinion que les Anciens avoyent des bains ; lesquelz, comme plusieurs prenoyent pour le seul playsir, aussi les autres, notamment es regions chaleureuses, les prenoyent pour tenir leurs cors netz des crasses que le hasle et les sueurs salees et adustes produisoyent, et les autres pour la santé, qui certes est grandement aydee de la netteté. Pline note (Hist nat 29,5) que Charmis, medecin marseillois, renversa toute la methode des autres medecins ; et qu'entre autres choses, il ostoit l'usage des bains chauds et faysoit des bains d'eau froide, et qu'il avoit veu de senateurs, mesme en plein hiver, grincer des dens dans ces bains froids. Saint Augustin mesme, racon­tant l'ennuy extreme qu'il eut du trespas de sa mere (Conf. 9,12), dit que pour s'en alleger il alla aux bains ; ayant appris qu'ilz estoyent appellés par les Grecz d'un nom qui tes­moignoit leur efficace a chasser l'ennuy et la melancolie. Donq ce n'est pas merveille s'il les permet aux Seurs, selon que la coustume de ce pais-la et le conseil des mede­cins le requeroit; puisque principalement il advertit si soigneusement qu'on n'en use pas pour playsir, ains seule­ment ou pour la netteté, ou pour la santé.

Certes, saint Policarpe, disciple des Apostres, au recit de saint Irenee (Contr. Haer.3,3) a tesmoigné que le glorieux saint Jean Evangeliste entrant en un bain a Ephese pour se laver, et y treuvant Cerinthus, haeresiarque, dit a ceux qui estoyent avec luy : " Retirons nous hastivement d'icy, de peur que nous ne soyons accablés de la cheute de cette estuve en laquelle est l'ennemi de la verité. " Ce grand Disciple bien­aymé de Nostre Seigneur ne faysant donq point de difficulté d'aller aux bains, qui pourra, je vous prie, censurer la douceur de saint Augustin s'il en permet l'usage aux Seurs de son Ordre ? Je voy que quelques uns (Epiph.Adv. Haer.1,30) ont attribué cette action de saint Jean a une speciale inspiration, comme s'il fut allé aux bains pour avoir sujet de dire la celebre parole qu'il y dit contre Cerinthus ; et je voys quant et quant que ce sentiment merite voyrement de n'estre pas mes­prisé, a cause du credit que les autheurs d'iceluy ont juste­ment merité parmi les amateurs des Lettres sacrees. Mays c'est une entorse neanmoins que l'on donne a l'histoire, en faveur de la rigoureuse et imployable austerité qu'on estime avoir deu regner en l'esprit de ce grand Saint ; car au reste, saint Irenee, qui est le premier escrivain de cette histoire, sur la tres asseuree foy de saint Policarpe, dit au contraire expressement que ce glorieux Evangeliste alloit aux bains pour se laver. Et me semble que cela estoit fort con­venable a son humeur naturelle qui le portoit, non tant comme un aigle que comme une blanche colombe, a desirer la netteté et du cœur et du cors, et le faysoit marcher, comme un enfant de suavité en son innocence, avec plus de simplicité et de confiance d'amour (Pr 10,9) que de timidité et d'affection a l'aspreté et rigueur : tesmoin sa petite per­drix, avec laquelle il recreoit quelquefois son ame ange­lique. La charité anime les espritz des Saintz de differentes perfections et affections, et empesche quelques uns, comme saint Jaques le Mineur, d'aller aux bains, par la severité (Hier.De viris 2), yen faysant aller d'autres, comme saint Jean, par le juste soin de l'honnesteté et de la santé.

L'article de l'expulsion des incorrigibles est fascheux aux gens du monde qui ne voudroyent jamais revoir parmi eux les filles dont ilz se sont une fois deschargés, et ceux qui l'ont veu ci devant en vos Constitutions l'ont aper­tement blasmé [27] ; mays, comme disent les doctes Azor (Liv 12,6,2) et Lessius (De Jur. 2,41,14) apres plusieurs graves autheurs, c'est un . article du Droit canon et de droit de nature, et par consequent de droit divin. Aussi, saint Benoist, ce grand Pere des moynes de nostre Occident, l'a mis expressement en sa Regle pour les deserteurs et fugitifs. Et ce qui est plus a mon propos, le nompareil saint Augustin l'ordonne en cette sainte Regle, de peur, dit il, qu'une ame empestee n'empeste et infecte toute une Congregation. Ce que saint Bernard a dit (Ep 102,2) en paroles differentes, mais en mesme sens : " Mieux vaut qu'un perisse que l'unité. " Et ce grand Pacome voulut expulser Sylvain et luy oster l'habit vint ans apres sa reception, par ce qu'il s'estoit rendu incorrigible en ses bouffonneries. En effet, cela eut esté executé, si le bon moyne Petronius n'eut intercedé pour luy et ne se fut rendu caution de son futur amendement : charité qui suc­ceda extremement bien, car Sylvain se corrigea et mourut saint (Vit.Patrum, 1,38 ; cf Entret.).

Or, remarques cependant, je vous prie, en ce peu de pointz que je viens de traitter, que, defendant vostre Regle, j'ay aussi defendu vos Constitutions. Certes, [28] ç'a esté une speciale providence de Dieu, qu'entre toutes les Regles celle du glorieux saint Augustin ayt esté choysie pour servir de loy en vostre compaignie, puis­que des-ja, par un secret instinct du Saint Esprit, vos Constitutions furent dressees au commencement en sorte qu'elles sont toutes conformes a cette sainte Regle, la­quelle, par ce moyen, vous observies sans y penser avant qu'elle vous fut ordonnee (L8, note 340), voire sans sçavoir quelle elle estoit. Car, quant a moy, je l'avois des-ja bien veue en la belle epistre 109 de saint Augustin ; mais, ni je n'en avois pas la memoire presente, ni je ne dressay pas ces Consti­tutions selon mon seul entendement, ains beaucoup plus selon la devote inclination des ames qui furent si heureuses d'estre appellees par l'Esprit de Dieu pour commencer cette si pieuse maniere de vie. En quoy je ne sçay comme quelques uns se sont trompés, pensant que vostre Institut soit ouvrage de ma seule cervelle, et par consequent moins estimable ; car, je vous prie, de quelle authorité eussé je peu vous ordonner une telle retraitte et vous obliger a une telle sorte de vie, sinon par la concurrence de vostre propre eslection et volonté? Certes, les conseilz evangeliques ne peuvent estre convertis en commandemens par nos supe­rieurs, si, de nous mesmes, librement et volontairement, nous ne nous obligeons a les observer par vœu, serment ou autre profession.

Mais a la verité, voyant vostre Congregation petite en nombre au commencement, et toutefois grande en desir de se perfectionner de plus en plus au tressaint amour de Dieu et en l'abnegation de tout autre amour, je fus obligé de l'assister soigneusement; me resouvenant bien que Nostre Seigneur, ainsy qu'il dit luy mesme (Jn 10,10), vint en ce monde pour le bien de ses brebis, non seulement affin qu'el­les eussent lavraye vie, ains aussi affin qu'elles l'eussent plus abondamment ; et que, pour la leur faire avoir plus abondante, il ne faut pas seulement les induire a l'obser­vance des commandemens, mais encor a celle des conseilz ; et qu'en cela ceux de ma condition doivent rendre fidele service a ce divin Maistre, puisque, comme dit saint Am­broyse (De Virg.5,26), ç'a tous-jours esté une particuliere grace aux Evesques de semer les graines de l'integrité et d'exciter es ames le desir et le soin de la virginité, comme firent jadis les premiers et plus grans serviteurs de Dieu et Pasteurs de l'Eglise. Que si, outre cela, j'authorisay vostre methode de servir Dieu, je ne fis rien que ce que je devois faire, comme declara asses le tressaint Pere Paul V quand, departant de belles et amples Indulgences a vostre Congregation, il dit : " Pourveu qu'elle soit appreuvee et erigee par l'au­thorité de l'Evesque [29] "

Somme toute, mes tres cheres Filles, a Dieu soit honneur et gloire (1 Tm 1,17), qui de toute eternité prepara ces saintes Regles pour vostre Congregation et vostre Congregation pour l'observance de ces Regles, ayant mesme ordonné, par une conduite admirable de sa Providence, que vos Cons­titutions fussent tout ainsy que des ruysseaux qui coulent et tirent leur origine des propres paroles et de l'esprit d'icelles, comme.de leur vraye source et tres pure fontayne ; [30] qui me fait hardiment vous prononcer cette exhortation : Venes, 0 Filles de la benediction eternelle, et comme il fut dit a Ezechiel (3,1) et au cher bienaymé du Bienaymé de vos ames (Ap 10,8) : Venes, tenes, prenes et manges ce livre, avales le, remplisses en vos poitrines et en nourrisses vos cœurs ; que les paroles d'iceluy demeurent jour et nuit devant vos yeux pour les mediter et sur vos bras pour les prattiquer (Jos 1,8), et que toutes vos entrailles en louent Dieu (Ps 102,1). Il donnera de l'amertume a vostre interieur, car il vous conduit a la parfaite mortification de vostre propre amour ; mays il sera plus doux que le miel a vostre bouche, par ce que c'est une consolation nompareille de mortifier l'a­mour de nous mesmes pour faire vivre et regner en nous l'amour de Celuy qui est mort pour l'amour de nous. Ainsy vostre tres amere amertume se convertira en la suavité d'une paix tres abondante (Is 38,17) et vous seres comblees du vray bonheur.

Je vous prie, mes Seurs, ains je vous supplie et conjure, mes Filles bienaymees, oyes, voyes et consideres: vous aves esté instruites jusques a present en ces observances, vous aves receu le voyle sacré sous icelles, par icelles vous aves esté multipliees et aves prins un saint accroissement en aage, en nombre et en pieté. Soyes donq fortes, fermes, constantes, invariables ; et demeures ainsy (Aug. Ep 211 ; L9, notes 974,977) affin que rien ne vous separe de l'Espoux celeste qui vous a unies en­semblement, ni de cette union qui vous peut tenir unies a luy, en sorte que, n'ayant toutes qu'un mesme cœur et qu'une mesme ame (Ac 4,32), ilsoit luy mesme vostre seule ame et vostre cœur.

Bienheureuse l'ame qui observera cette Regle, car elle est fidele et veritable (Ap 1,3 ; 1,4 ; 13,6). Et a toutes les ames qui la sui­vront soit a jamais donnee abondamment la grace, paix, consolation du Saint Esprit. Amen.

VIVE JESUS !

Revu en partie sur une copie faite par M. Michel Favre.

PREMIÈRE RÉDACTION DE LA PRÉFACE DES RÈGLES

Quicomque a tant soit peu de connoissance des meurs et de la discipline de l'Eglise ancienne ne doutera certes jamais que des lhors il ny eut tres grande quantité de filles et de femmes dediees et consacrees a Dieu par le vœu de la sainte continence. St Gregoire Nazianzene (Ad Hell.), rendant un illustre tesmoignage a cette verité, les divise en deux bandes : " Il y a plusieurs femmes, " dit-il, " en toutes les regions que la salutaire doctrine de J.C. a parcourues, des­quelles une partie vit en societé, nourrissant un mesme desir de la vie caeleste, et suivent un mesme institut de vie ; mais les autres assistent soigneusement a leurs peres et meres infirmes, et a leurs freres, qui sont tous tesmoins de leur chasteté. "

Or, celles de la premiere sorte, qui estoyent en congre­gation, vescurent, ce semble, toutes sans avoir des Regles escrites, sous la seule observance des coustumes intro­duites entre elles par leur commune devotion, jusques envi­ron le tems de Constantin, que St Pacome ayant receü sa Regle pour les hommes d'un Ange, il la donna par apres a la congregation des Seurs erigee a Tabenne, qui ne dura que quelque tems ; et tost apres, St Basile en l'Eglise grecque, et St Augustin en l'Eglise latine [31]; et sainte Melanie la Jeune, en Hierusalem, donna des loix a sa Congregation, ainsy qu'il est dit en sa Vie.

Mays la grande authorité de St Augustin, meritee par la tres illustre innocence de sa vie et par l'incomparable doctrine dont il a orné l'Eglise, a fait qu'entre tous les legislateurs des Religieux il a esté plus que nul autre suivi en la Regle quil a dressee; laquelle estant suave, benigne et vrayement digne de son tres doux esprit, et toute apostolique, il a rendu propre presque a toutes sortes de nations et de complexions. Qui fait que non seulement plusieurs Congregations de Religieux cloistriers, comme celle des Chanoynes reguliers, des Hreremitains, de St Ruf, de st Dominique, de St Anthoyne, de Praemonstré, des Ser­vites, des Crucifers, mais aussi plusieurs Religieux cheva­liers, comme sont les Chevaliers de St Jean de Hierusalem, des Sts Maurice et Lazare, de St Jaques, les Theutoniques...

Et il ny a point de doute pour ceux qui ont tant soit peu hanté les escritz des anciens Peres, que toutes ces Congre­gations de femmes ne fussent establies par des vœux publiqs et grandement celebres ; car, qu'est ce que St Ambroyse (Ad virg.laps.5) ne dit pas sur ce sujet a la vierge decheüe ? Et ne tesmoigne-il pas que sa seur Ste Marcelline fut consa­cree le jour de Noel, en l'eglise de St Pierre, par le Pape Liberius (De Virg. 3) ?

Mays, pour parler avec les scholastiques et canonistes, ilz n'estoyent pas pourtant marqués de la marque de so­lemnité que despuis on y a adjousté, par laquelle les ma­riages contractés par les Religieuses professes sont inva­lides ; car encor que d'un commun consentement de tous les saintz Pere (sic) et selon l'expresse parole du saint Apostre, les vierges ou vefves qui par vœu et profes­sion publique estoyent consacrees, ayt (sic) tous-jours esté tenues en execration lors qu'elles rompoyent et violoyent leurs vœux, ou par mariage ou autrement, si est ce que, comme dit clairement St Augustin au livre Du bien de la viduité (9 et 10), leurs mariages subsistoyent ; l'in­validité d'iceux ayant seulement esté introduite par droit ecclesiastique, et premierement par authorité de quelques Evesques en leurs dioceses, puis par le Concile general tenu a Rome l'an 1139, sous Innocent second. Et bien que les plus anciens et graves scholastiques eurent jadis opinion que cette solemnité estoyt de la propre nature de (sic) vœux de Religion, si est ce que le Pape Boniface huitiesme ayant du despuis determiné le contraire (6, De voto), il ne faut plus en disputer, ains avouer ingenuement que cette solemnité n'est nullement de l'essence des vœux de Religion, puisque anciennement tous les vœux des Religions estoyent sans cette solemnité, et que de nostre aage le Pape Gregoire tresiesme a declaré invalides les mariages de ceux qui en la tres illustre Compaignie de Jesus auroyent faitz les vœux, quoy que seulement simples. Dont il s'ensuit clairement que cette invalidité n'est nullement de l'essence de la Religion, ains depend tellement de l'Eglise, que elle l'adjouste aux vœux simples sans pour cela les rendre so­lemnelz, et la peut oster aux solemnelz sans les rendre sim­ples, selon quil est expedient pour la plus grande gloire de Dieu : ainsy qu'ont doctement monstré le chancelier Jean Gerson, les Cardinaux Cajetan et Belarmin, et briefvement, mais tres pertinemment a son accoustumé, le P. Hierosme Platus en ses livres Du bien de l'estat religieux(2,21); et apres eux, Azor, 1. XII, c. 6, quoesito [2,] 3 et 8 et passim, le docte Thomas Sanchez qui en cite une legion d'autres (De Matr.7,25 et 26).

De sorte qu'en fin il s'ensuit qu'il peut y avoir en la Ste Eglise trois sortes de Congregations de femmes (car je ne parle point des autres) : les unes, qui sont establies en titre de Religion par les vœux solemnelz ; les autres, qui sont establies en titre de simple Congregation par les vœux simples ; et les autres, qui sont en titre de Congre­ gation simple, par une simple oblation, sans aucun vœu. Ainsy le tres glorieux St Charles, miroüer des Prœlatz de nostre aage, erigea plusieurs Congregations de diverses sortes pour les filles et femmes, et a son exemple, les Reve­rendissimes Evesques de sa province ; car voyci ce qui est escrit en sa Vie. Apres quil a esté dit quil induisit plusieurs hommes a la chasteté : " Mays le nombre des femmes, " poursuit l'autheur, " fut beaucoup plus grand, se remplis­sans de vierges non seulement les cloistres sacrés, ains divers nouveaux colleges fondés a cett' intention en la cité et diocœse, outre la Compaignie de Ste Ursule qui estoit estendue presque en toutes partz de cette Eglise. [32]

……………………………………………………………………………………………………

ains il y a quelques articles en la Regle qui ne sont plus en usage : comme par exemple, de sortir de la Mayson pour les bains et pour quelques autres causes ordinaires ; car on ne sort plus maintenant sinon pour des causes ­du tout necessaires et, par consequent, infiniment plus rares.

L'article par lequel il est dit qu'on expulse et rejette les incorrigibles du monastere et Congregation semble rude et fascheux ; car les gens du monde ayans establis (sic) quelque fille en Religion, ne voudroyent que jamais, pour aucun cas, quel qu'il fut, on la peut renvoyer. Mays pourtant, non seulement St Augustin, ains aussi St Benoist ont ordonné l'ejection des incorrigibles, et St Pacome vo­lut oster l'habit et expulser Sylvain, vint ans apres sa reception. Et, comme disent Azor (12,6,2) et Lessius (De Just. 2,41,14), apres. plusieurs graves docteurs, ell'est conforme aux Canons, aux Regles de St Augustin et de St Benoist et au droit de nature, puis que, comme St Augustin a allegué en sa Regle, les incorrigibles doivent estre rejettees affin qu'une ame n'infecte et infeste toute une Congregation ; et, comme dit saint Bernard : " Il est mieux qu'un perisse que l'unité. "

En l'article qui dit aux Seurs : " Domtes vostre chair par jeusnes et abstinence de manger et boire autant que vostre santé le permet, " St Augustin ne donne pas pour cela liberté a chasque Religieuse de faire des austerités a son gré, ni de discerner quand sa santé luy permet de jeusner ou ne jeusner pas ; car il est porté en un autre article, que c'est a la Superieure de faire distribuer les vivres, non egalement a toutes, mais a chacune selon quil est requis. Et non seulement cela, mais en cet excel­lent chapitre trente troysiesme du premier Livre des Mœurs de l'Eglise Catholique, ou il descrit la maniere de vivre des Religieux et Religieuses de son aage, il dit que plusieurs de bonne complexion s'accommodoyent a vivre comme les infirmes, affin de ne point faire de parti­cularité ; et de plus, il dit encores que quant les foibles re­fusoyent de boire et manger ce qui leur estoit convenable on les en tansoit, de peur que, par une vaine superstition, ilz ne se rendissent plus tost debiles que saintz. Ce quil faut particulierement craindre es femmes, entre les­'quelles plusieurs treuvent bien plus facile, comm' en effect il est, de priver leur bouche de viande, que de priver leur cœur de leur propre volonté.

En somme, ce grand St Augustin, selon la celeste sa­gesse et l'incomparable charité que Dieu luy avoit departi, composa sa Regle en sorte que, comme St Hierosme ­confesse de soymesme, on reconnoissoit Nostre Seigneur et Sauveur estre habitant en luy ; et eut bien peu dire, a l'imitation du glorieux St Paul: Requeres vous quelque experience de Celuy qui parle en moy, a sçavoir Jesus Christ (2 Co 13,3)? et de rechef (1 Co 9,22) : J'ay esté fait toutes choses a tous, affin de les sauver tous. Car en verité, cette Regle est tellement detrempee en l'esprit de la suavité chrestienne, que elle est propre a toutes sortes de personnes, de nations et de complexions ; aux clercz, aux moynes, aux chanoynes, aux chevaliers, aux religieuses : aussi est elle la plus suivie de toutes. [33]

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[Mais, bien qu' elle] [34] merite du respect a cause de l'authorité quilz ont merité en l'Eglise, c'est une entorse que l'on donne a l'histoire, en faveur de la rigoureuse et impliable austerité qu'on estime devoir regner en tous les serviteurs [de Dieu] ; car St Irenee, qui est le premier qui rapporte cette histoire de St Jean, sur la tres asseuree foy de St Policarpe, dit expressement que cet admirable Apos­tre alloit aux bains pour se laver. Et je croy que c'estoit selon sa naturelle inclination par laquelle, comme blanche colombe, il se vouloit laver, aymant la netteté et du cœur et du cors, et marchant comme un petit enfant en son innocente simplicité, avec plus de suavité et de confiance d'amour que d'attention a l'aspreté et a la rigueur: tesmoin sa petite perdrix avec laquelle il se recreoit quelquefois. La charité opere diversement es ames saintes.

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L'article par lequel est prohibee l'amitié sensuelle entre les Seurs tend a ce qu'on ne tumbe en aucune tentation de certains pechés fort abominables que le grand Apostre St Paul marque au premier chapitre de l'Epitre aux Romains. Mays par ce qu'en ce tems le nom de telz pechés n'est jamais tant censuré qu'estant prononcé par ceux qui ne les nomment que pour les reprendre, corriger et detester, je n'ay pas estendu au long tout ce qu'en escrit le st Pere; quoy que devant toute sorte de juste juge on deut pouvoir parler en asseurance apres un maistre de telle authorité. Il faut neantmoins confesser qu'en ces contrees de deça il n'est pas si necessaire de parler clairement de ce malheur qui ny est aussi pas maintenant si frequent. [35]

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Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

REGLES DE L'INSTITUT DE SAINT AUGUSTIN POUR LES SEURS [36]

(Ep. 109) Ce sont icy les choses que nous ordonnons estre observees par vous qui estes au Monastere :

CHAPITRE 1

Avant toutes choses, mes tres cheres Seurs, que Dieu soit aymé, et puis le prochain ; car ces commandemens nous ont esté principalement donnés.

CHAPITRE II

Que vous observies ce pourquoy vous estes assemblees et congregees, qui est que vous habities unanimement en la Mayson, et que vous n'ayes qu'un ame et un cœur en Dieu (Ac 4,12).

CHAPITRE III

Et que vous ne disies pas que quelque chose soit a vous en proprieté, mais que toutes choses vous soyent communes.

CHAPITRE IV

Et que ce qui est requis pour la nourriture et les ves­temens soit distribué a une chacune d'entre vous par vostre Superieure, non pas egalement a toutes, parce que vous n'estes pas toutes de mesme complexion, mais a une cha­ cune selon qu'il sera besoin ; car ainsy lises vous es Actes des Apostres (2,44 ; 4,32), que toutes choses leur estoyent communes et qu'on distribuoit a un chacun .en particulier selon sa necessité.

Que celles qui avoyent quelque chose au siecle lhors de leur entree au monastere, veuillent librement que cela soit commun ; mais celles qui n'avoyent rien, qu'elles ne recherchent pas au monastere ce que mesme elles n'ont pas peu avoir hors d'iceluy. Et toutefois, qu'on baille ce qui est necessaire pour leur infirmité, quoy que leur pau­vreté n'eust pas peu mesme treuver les choses qui leur estoyent necessaires tandis qu'elles estoyent au siecle ; et que, pour cela, elles ne pensent pas d'estre heureuses si elles ont treuvé la nourriture et les vestemens telz qu'elles ne les eussent peu treuver dehors.

CHAPITRE V

Et qu'elles ne levent point la teste pour estre associees a celles qu'elles n'osoyent pas approcher au siecle, mais qu'elles levent leur cœur en haut [37] et ne cherchent point les biens terriens, affin que les monasteres ne deviennent utiles aux riches et non aux pauvres, si les riches y sont humiliees et les pauvres y sont enflees. Mais de rechef, que celles mesmes qui sembloyent estre quelque chose au monde ne desdaignent point leurs Seurs qui sont venues de la pauvreté a cette sainte societé; mays que plustost elles s'estudient de se glorifier, non de la dignité de leurs riches parens, ains de la societé de leurs pauvres Seurs. Et qu'elles ne s'eslevent point si elles ont contribué de leurs facultés a la Communauté, et ne deviennent point plus superbes de leurs richesses pour les avoir departies au Monastere que si elles en jouissoyent au siecle ; car toute autre iniquité est exercee es mauvaises œuvres affin qu'elles se facent, mais l'orgueil fait des embusches aux bonnes œuvres mes mes, affin qu'estant faites elles perissent. Dequoy sert il de distribuer en donnant aux pauvres, et se rendre pauvre soy mesme, si la miserable ame est rendue plus superbe en mesprisant les richesses qu'elle n'estoit en les possedant ? Vives donq toutes unanimement et de bon accord, et hon­nores Dieu, duquel vous aves esté rendues le temple (1 Co 3,17 ; 2 Co 6,16), les unes en la personne des autres reciproquement.

CHAPITRE VI

Soyes soigneuses des oraysons es heures et tems establis. Que personne ne face chose quelcomque en l'oratoire si­non ce pour quoy il est fait et d'ou il prend son nom ; affin que, si outre les heures determinees, quelques unes, si elles en ont le loysir, vouloyent prier, celles qui veulent y faire quelque autre chose ne leur donnent empeschement.

[38] Quand vous pries Dieu par Psalmes et cantiques, que ce que vous prononces de voix soit pareillement en vostre cœur; et ne chantes sinon ce que vous lises devoir estre chanté ; mays ce qui n'est pas escrit pour estre chanté ne le chantes pas.

CHAPITRE VII

Domtes vostre chair par jeusnes et abstinence du man­ger et boire autant que la santé le permet. Or, quand quel­que une ne peut porter le jeusne, que toutefois elle ne mange pas hors le repas, sinon qu'elle fut malade.

CHAPITRE VIII

Venant a table, oyes sans bruit ni contention ce que selon la coustume on lira, jusques a ce que vous vous levies ; et que vostre gosier seul ne reçoive pas la viande, mais que vos oreilles reçoivent pareillement la parole de Dieu.

Si on traitte differemment en viandes celles qui sont delicates par l'accoustumance passee, cela ne doit pas fas­cher les autres qui par une autre accoustumance sont rendues plus fortes, ni ne leur doit pas sembler in­juste. Et qu'elles ne les estiment pas plus heureuses de­quoy elles mangent ce qu'elles mesmes ne mangent pas ; mais que plus tost elles se res-jouissent en elles mesmes de ce qu'elles sont plus robustes qu'icelles et peuvent ce qu'icelles ne peuvent pas.

Et si on donne quelque chose en viandes, en habitz, en lit, en couvertes, a celles qui viennent d'entre les deli­catesses du monde au monastere, de plus qu'on ne donne aux plus robustes, et par consequent plus heureuses, celles, ci auxquelles on ne donne pas ces particularités doivent penser combien celles la se sont demises de leur vie mon­daine pour venir a la monastique, quoy que elles ne puis­sent pas arriver jusques a la sobrieté et frugalité des­autres qui sont de plus forte complexion. Et celles ci qui sont plus vigoureuses ne se doivent pas troubler si elles voyent que, plus tost par support et compassion que par honneur, celles-la reçoivent des meilleures portions, affin que cette detestable perversité n'advienne, qu'au mo­nastere ou, tant qu'il se peut, les riches sont rendues la­borieuses, les pauvres soyent faites delicates.

CHAPITRE IX

Certes, comme les malades ont besoin de manger moins de peur de se sur charger, aussi apres la maladie doivent elles estre traittees de sorte qu'elles puissent plus tost estre revigorees, bien qu'elles fussent issues de pauvre lieu, au monde, comme la recente maladie leur faysant avoir besoin de ce que la praecedente accoustumance a rendu necessaire aux riches. Mays ayant repris les forces pristines, qu'elles retournent a leur plus heureuse coustume, qui est dautant plus convenable aux servantes de Dieu qu'elles ont moins de besoin d'autre chose ; et que la vo­lupté des viandes ne les retienne plus, estant gueries, au train auquel la necessité les avoit portees durant la mala­die. Celles-la se doivent estimer plus riches qui sont plus robustes pour supporter l'abstinence ; car il est mieux de n'avoir pas besoin de beaucoup que d'avoir beaucoup.

CHAPITRE X

Que vostre habit ne soit point remarquable et n'affectes pas de plaire par les habitz du cors, mais par les habi­tudes du cœur ; et que vos voyles ne soyent pas si rares que vos coeffeures puissent paroistre au dessous. Que vos cheveux ne soyent descouvertz de nulle part, affin que la negligence ne les laisse esparpiller, ni l'artifice ne les com­pose et plie au dehors.

Quand vous alles dehors, marches ensemblement ; es­tant parvenues ou vous alles, demeures ensemble. En vostre marcher, en vostre sejour ou demeure, en vostre seance, en tous vos mouvemens, rien ne se face qui attire aucun a convoytise, mais qui soit convenable a vostre sainteté, c'est a dire a la sainteté de vostre vocation.

CHAPITRE XI

Si vous jettes vos yeux sur quelqu'un, ne les arrestes toutefois sur aucun, car allant dehors il ne vous est pas defendu de voir les hommes ; mais de les convoyter, ou vouloir estre convoitee par iceux, c'est une faute crimi­nelle ; ni ce n'est pas seulement par le toucher, mais aussi par l'affection et par le regard que la femme est convoytee et convoyte. Et ne dites pas que vostre intention est pu­dique si vous aves les yeux impudiques ; car l'œil impudi­que est messager du cœur impudique. Et lors que, la langue demeurant en silence, les cœurs par des regars mu­tuelz s'entretiennent de l'impudicité, et que par une convoytise ilz se complaysent en des reciproques ar­deurs, quoy que les cors demeurent purs d'impudicité la chasteté neanmoins perit es mœurs du cœur. Et celle qui arreste son œil sur un homme et ayme qu'iceluy arreste aussi son œil en elle, ne doit nullement penser de n'estre pas veüe en cett'action : certes, ell' est regardee, et par ceux qu'elle ne pense pas. Mays, soit que nul ni prenne garde : comme se cachera elle de ce Spectateur d'en haut auquel rien ne peut estre caché ? Doit on, je vous prie, estimer qu'il ne void pas nos actions par ce qu'il les void dautant plus patiemment qu'il les void plus sagement ? Qu'a Celuy la donq la femme sainte craigne de desplaire, affin qu'elle ne veuille meschamment plaire a l'homme. Qu'elle se resouvienne que Celuy-la void tout, affin qu'elle ne veuille estre mauvaysement regardee par l'homme ; car d'iceluy est recommandee la crainte, et pour cette mesme cause ou il est escrit (Pr 27,20) : Celuy est abomination au Seigneur, qui fiche et arreste l'œil.

CHAPITRE XII

Quand donq vous estes ensemble en l'eglise et ailleurs, partout ou les hommes se treuvent, prenes soin mutuelle­ment de garder vostre chasteté l'une de l'autre ; car en cette sorte, Dieu qui habite en vous, vous gardera de vous mesme. Et si vous vous apperceves que quelqu'une d'entre vous commette de l'œil cette insolence dont je parle, advertisses-la promptement, affin que ces commence­mens ne facent progres, mais soyent soudain corrigés. Que si, apres l'avertissement, de rechef, ou bien un autre jour vous luy voyes faire les mesmes traitz, alors celle qui l'au­ra apperceue, quelle qu'elle soit, la doit manifester comme une personne des-ja blessee, affin qu'on la guerisse. Avant cela, toutefois, il faut faire voir la mesme faute a une ou deux autres, a ce que, par le tesmoignage de deux ou de trois, elle puisse estre convaincue (Mt 18,16), et reprimee par une convenable severité.

Et ne juges pas qu'en descouvrant ce mal vous com­metties aucune malveillance ; car plus tost estes vous coul­pables lors que en accusant les fautes de vos Seurs vous les pouves faire amender, et en vous taysant vous permettes qu'elles perissent. Car si vostre Seur avoit un ulcere au cors qu'elle volut estre celé, crainte qu'on ne luy fit quel­que incision, ne series vous pas cruelle en vous taysant et benigne en le revelant ? Combien plus donq deves vous ma­nifester l'ulcere spirituel, affin qu'il ne pourrisse plus dangereusement au cœur.

CHAPITRE XIII

Mays avant qu'on face prendre garde de la faute aux autres, par lesquelles, en cas qu'elle la nie, elle puisse estre convaincue, si apres la premiere admonition elle ne se corrige pas il faut premierement advertir la Superieure, affin que, sil se peut, estant plus secretement corrigee, il ne soit besoin que les autres le sachent. Que si elle nie, alors il luy faut opposer des autres Seurs, affin qu'elle puisse non seulement estre reprise par une seule devant toutes les autres, mais que, par le tesmoignage de deux ou trois, elle soit convaincue.

CHAPITRE XIV

Estant convaincue, elle doit estre corrigee par chasti­ment et punition, selon le jugement de la Superieure ou du Praestre. Que si elle refuse de subir la poeine qu'on luy impose et si elle ne s'en va, qu'on l'expulse et mette dehors de vostre Congregation ou Societé. Et ceci ne se fait pas avec cruauté, mais avec misericorde, affin que par une pestilente contagion elle ne perde plusieurs autres Seurs. Et ce que j'ay dit de cette faute d'arrester la veue sur les hommes, doit estre diligemment observé, en remarquant, defendant, manifestant, convaincant et punissant les au­tres pechés, conservant en cela la charité envers les per­sonnes et la haine contre leurs vices.

CHAPITRE XV

Or, quelle que ce soit qui soit parvenue a ce signe d'iniquité que de recevoir ou lettres ou presens en secret, si elle le confesse librement qu'on luy pardonne et qu'on prie pour elle. Que si elle est surprise en cette faute et en est convaincue, qu'elle soit griefvement chastiee selon quil semblera bon a la Superieure, ou au Prestre, ou mesme a l'Evesque.

CHAPITRE XVI

Ayes toutes vos robbes en un lieu sous la garde et charge d'une Seur ou deux, ou d'autant de Seurs quil sera re­quis pour les secouer et conserver, affin que la tigne ne les gaste ; et comme vous vives toutes d'une despense, ainsy soyes toutes vestues d'un vestiaire. Et s'il se peut faire, ne prenes point garde a ce que l'on vous donnera a vestir, selon les saysons, pour voir si l'on vous donnera les habits que vous avies posés et remis, ou bien si l'on vous donne ceux qu'un' autre avoit portés, pourveu que ce qui est ne­cessaire a une chacune ne luy soit pas refusé. Que si pour ce sujet naissent entre vous des contentions et murmu­rations, quelqu'une par aventure se plaignant d'avoir des vestemens pires qu'elle n'avoit pas remis et d'estre tenue indigne de porter des habitz aussi bons qu'un' autre Seur, apprenes de cela combien vous estes mal en point es saintes habitudes interieures du cœur, qui estrives et debattes pour les habitz externes du cors.

Que si toutefois vostre infirmité est supportee pour vous faire avoir les habitz mesmes que vous avies posés, ayes neanmoins tout ce que vous poses en un mesme lieu, et le remettes a la garde des Seurs a ce commises ; en sorte que nulle d'entre vous ne travaille pour soymesme, soit pour se vestir, soit pour avoir dequoy maintenir son lit, soit pour avoir dequoy se ceindre ou affubler, ou pour cou­vrir sa teste. Mays que tous vos ouvrages se facent en commun, avec plus de soin et d'allegresse ordinaire que si vous les faysies pour vous mesme en particulier ; car la charité delaquelle il est escrit (1 Co 13,5) qu'elle ne cherche point les choses qui sont a elle (c'est a dire ses commodités, ses proffitz, ses avantages), doit estre entendue ainsy : a sça­voir, qu'elle ne praefere point ses commodités propres aux commodités communes, ains les communes aux propres. C'estpourquoy, dautant plus que vous praefereres la Communauté a vostre particularité, dautant plus deves vous sçavoir que vous aves proffité, a ce que parmi toutes les choses desquelles se sert la transitoire necessité on voye surexceller la permanente charité.

Et de la il s'ensuit que ce que quelqu'un donnera a ses filles ou a ses parentes et alliees qui seront dans le monas­tere, soit robbe, soit autre chose necessaire, ne doit point estre receu en secret ; ains que tout cela soit remis au pou­voir de la Superieure, affin qu'estant mis en commun, quand besoin sera il soit distribué. Que si quelqu'une cele ce qui luy aura esté donné, qu'elle soit condamnee comme larronesse.

Que vos vestemens soyent lavés selon qui! semblera bon a la Superieure, ou par vous mesme ou par les foulons, affin que le trop grand desir d'avoir des vestemens netz n'attire des souilleures en l'ame.

CHAPITRE XVII

Le lavement des cors et l'usage des bains ne soit pas frequent, ains soit accordé selon les intervales de tems accoustumés, c'est a dire une fois le moys. Mays celle dont la necessité de maladie requiert qu'elle se baigne, qu'on ne retarde pas davantage, ains que cela se face sans murmuration, par l'advis du medecin, en sorte que, quand mesme elle ne le voudrait pas, il soit fait ce quil faut faire pour sa santé. Que si elle veut le bain et qu'il ne soit pas expedient pour sa santé, que l'on ne seconde pas en cela son affection ; car quelquefois ce qui delecte semble estre proffitable, encor qu'il nuyse.

En fin, s'il y a quelque douleur cachee au cors de la ser­vante de Dieu, qu'on la croye simplement, sans doute ; mays toutefois a sçavoir si ce qui luy plaît est propre a guerir sa douleur. Si ce n'est pas chose asseuree, qu'on s'en conseille au medecin.

Et que les Seurs n'aillent point aux bains ni ailleurs, ou qu'il soit requis qu'elles aillent, moins de trois ensemble ; et que celle qui a besoin d'aller en quelque part ny aille pas avec celles qu'elle voudra, mais devra aller avec celles que la Superieure ordonnera.

Le soin de celles qui sont malades ou de celles qui, apres la maladie, ont besoin d'estre revigorees, ou de celles qui sont travaillees de quelque infirmité ou des fievres, doit estre enjoint a quelqu'une, affin qu'elle demande a la despense ce qu'elle estimera estre necessaire a une chacune. Et soient celles qui ont charge de la despense, soient celles qui ont charge des vestemens, soient celles qui ont charge des livres [39], qu'elles servent de bon cœur, sans murmuration, a leurs Seurs.

CHAPITRE XVIII

Qu'on demande les livres tous les jours a l'heure assi­gnee, hors delaquelle celles qui les demandent soyent esconduites. Mays quant aux habitz et soliers, que celles qui les ont en garde ne different pas de les donner a celles qui en ont a faire.

CHAPITRE XIX

[40] Que vous n'ayes aucun proces, ou qu'au plus tost vous le terminies, affin que l'ire croissant ne se con­vertisse en hayne et face un poutre d'un festu, et ne face l'ame homicide ; car ce n'est pas les hommes seulz que re­garde ce qui est escrit (1 Jn 3,15) : Celuy qui hait son frere est homicide, ains, au sexe des masles que Dieu crea le pre­mier, le sexe des femmes a aussi receu ce commandement.

CHAPITRE XX

Celle qui par injure, malediction, ou reproche de crime, offencera une autre, qu'elle se resouvienne de reparer au plus tost par satisfaction la faute qu'elle a commise ; et celle qui a esté offencee, de pardonner sans contention. Que si elles se sont reciproquement offencees, elles se doi­vent pardonner l'une a l'autre, a cause de vos prieres, les­quelles doivent estre d'autant plus saintes qu'elles sont plus frequentes. Or, celle-la est meilleure laquelle, bien qu'elle soit souvent tentee de courroux, se haste toutefois d'impetrer le pardon de celle a laquelle elle connoist d'avoir fait l'injure, que n'est pas celle qui est plus tardifve a se courroucer et plus malaysement aussi se laisse persuader de demander pardon. Celle qui ne veut pardonner a sa Seur ne doit point esperer de recevoir le fruit de l'orayson ; mais celle laquelle ne veut jamais demander pardon ou qui ne le demande pas de bon cœur, est en vain dans le monastere, quoy qu'on ne la rejette pas d'iceluy. Et par­tant, gardes vous des paroles dures, lesquelles si elles sont proferees par vostre bouche, qu'il ne vous fasche point de produire les remedes par la mesme bouche qui a fait la blesseure.

CHAPITRE XXI

Mays quand la necessité de la correction vous pousse de dire des paroles aspres pour reprimer les inferieures, si en cela vous aves outrepassé la rayson on ne requiert pas de vous que vous leur demandies pardon, affin que, prattiquant une trop grande humilité envers celles qui doivent estre sujettes, on n'esnerve pas l'authorité de gouverner. Mais toutefois il faut demander pardon au Seigneur de toutes choses, qui connoist de quelle affection vous aymes celle-la mesme laquelle, peut estre, vous corriges un peu plus asprement qu'il ne faut.

CHAPITRE XXII

Or, entre vous ne doit estre aucune dilection charnelle, ains spirituelle.[41]

CHAPITRE XXIII

Que l'on obeysse a la Superieure [comme à une mère [42]] en gardant l'honneur qui luy est deu, de peur qu'en icelle Dieu ne soit offencé ; beaucoup plus encor au Prestre qui a soin de toutes vous autres.

CHAPITRE XXIV

Or, affin que toutes ces choses soyent gardees et que si quelque chose n'est pas observee elle ne soit pas pourtant negligee, ains qu'on ayt soin de reparer et corriger le de­faut, cela est principalement de la charge de la Supe­rieure ; en sorte qu'en ce qui est extraordinaire et qui excede sa capacité, elle s'en rapporte au Prestre qui a soin de vous.

CHAPITRE XXV

Mays quant a elle, qu'elle ne s'estime pas heureuse pour l'authorité et maistrise qu'elle a, mays pour le devoir qu'elle a de rendre service aux autres avec charité.

Qu'elle vous soit superieure par honneur devant les hommes, et que devant Dieu elle soit prosternee sous vos piedz. Qu'elle se monstre exemple des bonnes œuvres envers toutes. Qu'elle admoneste les remuantes ; qu'elle console les pusillanimes ; qu'elle reçoive et soulage les in­firmes ; qu'elle soit patiente envers toutes.

Qu'elle soit exacte et severe pour elle mesme en l'obser­vance de la discipline et reglemens de la Mayson, et reser­vee l'imposant aux autres. Et que, bien que l'un et l'autre soit necessaire, que toutefois elle affectionne plus d'estre aymee que d'estre redoutee de vous, pensant tous-jours qu'elle doit rendre conte de vous a Dieu ; et partant, obeyssant de plus en plus, n'ayes pas seulement pitié et compassion de vous mesmes, mays aussi d'elle, qui est en un peril dautant plus grand parmi vous qu'elle est en une charge plus relevee.

CHAPITRE XXVI

Playse a Dieu que vous observies toutes ces choses icy avec dilection, comme amoureuses de la beauté spi­rituelle, et comme odoriferantes des bonnes odeurs de Jesus Christ (2 Co 2,15) par la bonne conversation ; non comme esclaves sous la loy, mais comme libres et affranchies, constituees sous la grace de Dieu (Rm 6,14).

CHAPITRE XXVII

Et affin que vous puissies souvent regarder en ce petit livret comm'en un miroüer et que vous ne negligies quel­que chose par oubli, qu'il vous soit leu chaque semayne une fois. Et quand vous treuveres que vous faites ce qui est escrit en iceluy, rendes en graces au Seigneur, distributeur de tous biens ; mais quand quelqu'une d'entre vous con­noist d'avoir failli, qu'elle se repente du passé et soit sur ses gardes pour l'advenir, priant Dieu que son offence luy soit remise, et qu'elle ne soit point induite en tentation (Mt 6,13). . AINSY SOIT IL.

CONSTITUTIONS DÉFINITIVES

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS

Deux éditions des Constitutions pour les Religieuses de la Visitation dont le texte a été revu et corrigé par saint François de Sales, ont été faites de son vivant : l'une en 1619, l'autre en 1622.

La Visitation d'Annecy possède deux Manuscrits de la seconde : une très jolie copie de 44 pages grand in-8°, qui paraît être de la Sœur Françoise-Marguerite Favrot, Assistante-commise au premier Monastère pendant que sainte Jeanne-Françoise de Chantal était à Paris. C'est assurément cette copie que le Fondateur revoyait lorsque, le 7 août 1621, il écrivait à la Sainte : " Il n'y a pas moyen de vous envoyer les Constitutions jusques a la semaine suivante ; car il faut que je les revoye, ayant des-ja, des le commencement, treuvé des fautes en l'escriture. " (L10, note 244). En effet, à la sixième page nous remarquons à la Constitution De l'obeissance deux corrections de sa main. On en trouve plusieurs dans la suite, entre autres, à la fin, celle d'Approbation substituée au mot Epilogue. A ce propos on se rappellera ce qu'il dit dans la lettre du 9 juin 1620, en parlant de l'édition de 1619 : " Il y a mille fautes, et sur tout celle la de la fin, ou, en lieu d'Approbation, on a mis Epilogue." (L9, note 558).

Ce Manuscrit a dû servir pour l'impression de l'édition de 1622, comme le prouvent les traits tirés à l'endroit où commence chaque nouvelle page de l'imprimé, le chiffre de celle-ci indiqué en marge, les lettres destinées à marquer au bas chaque feuille : tout concorde ­exactement avec le petit volume de 1622. Malheureusement, plu­sieurs feuillets manquent.

Le second Manuscrit est aussi un in-8°, de 57 pages, dont 32 de M. Michel Favre et les 25 autres d'une main qui nous est inconnue ; plus trois pages blanches à la fin. La Mère de Chantal y a corrigé quelques fautes des copistes, mais il n'y a aucune correction du Saint.

Cette copie est postérieure à celle de la Sœur Favrot, car toutes les modifications faites à cette dernière y figurent non pas en sur­ charge ou dans les interlignes, mais dans le texte même. " Voyla les Constitutions, " écrit le Fondateur à la Mère de Chantal le 21 sep­tembre 1621 (L10, note 300) ; et vers la fin de la lettre il ajoute : " Il sembleroit bon que l'on mist es Constitutions que la Superieure puisse changer les officieres a son gré parmi l'annee, mais je n'ay pas eu le loysir de l'inserer : faites le, s'il vous plait, a l'endroit le plus convenable. " (id notes 275,314). L'addition indiquée se trouve à la fin de la Constitution XLVII, De l'election de la Superieure et autres Officieres , la Sainte l'a écrite sur une bande de papier, épinglée ensuite au commencement de la page où se termine cette Constitution dans le Manuscrit qui nous occupe.

L'impression se fit rapidement à Paris et dut se terminer avant la fin de 1621, bien que le volume porte la date de 1622. Nous en avons la preuve dans ces lignes de sainte Jeanne de Chantal à son Bienheureux Père, 7 décembre 1621 : " Je ne sais si l'on m'apportera une Règle reliée pour vous l'envoyer, car il m'en tarde." (Lettres, vol. I, p. 591.) Et le 11 janvier de l'année suivante elle mandait à la Mère de Blonay : "Nous vous avons envoyé des Règles ; envoyez-en à Montferrand et à Valence. Mais, ma Fille, faites-les toutes re­garder, pour voir s'il n'y a point deux feuilles semblables, et, en ce cas, renvoyez les feuilles superflues et nous vous enverrons celles qui manquent. " (Ibid., vol. II, p. 3.) - Le petit volume parut sous ce titre :

Regles de sainct Augustin et Constitutions pour les Sœurs Religieuses de la Visitation. A Paris, chez Adrian Tiffaine, rue S. Jacques, à la Samaritaine. MDCXXII. Avec approbation et permission.

Il mesure 108mm de hauteur x 58 de largeur et 13 d'épaisseur, et se compose de 284 pages, dont les deux dernières - celles de l'Approbation - non chiffrées, ainsi que celle du titre : plus, six feuillets blancs à la fin. Les approbations de Robert Berthelot, évêque de Damas, de Nicolas Ménard, chanoine de Saint-Nizier à Lyon, et la permission du Vicaire général, Thomas de Meschatin La Faye, qui autorisèrent l'impression de 1619, n'y sont pas reproduites ; la seule Approbation de saint François de Sales, 9 octobre 1618. y est insérée.

Notre texte est celui de l'édition de 1622, sauf là où il présente des erreurs que corrige le Manuscrit revu par le Saint ; dans ce cas. ce dernier doit, naturellement, avoir la préférence. Parfois, cependant. on y rencontre des fautes qui ont échappé à sa révision ; de plus, comme nous l'avons dit à la page précédente, il y a une lacune de plusieurs feuillets : alors on s'est reporté à la copie de M. Michel Favre, ou encore au Manuscrit de 1618 dont nous allons parler.

Les corrections faites par le Fondateur en vue de la seconde édi­tion sont soulignées dans notre texte.

Les variantes (importantes ndlr) de l'édition de 1619, celles d'un Manuscrit complet de 1618 et de trois pages autographes que possède la Visitation de Thonon sont données au bas ; les ratures sont aussi reproduites.

Il convient de parler maintenant du Manuscrit complet que nous venons de mentionner et qui se conserve au Monastère d'Annecy : c'est un in-4° de 60 pages non chiffrées, dont plusieurs passages et onze pages entières de la main de saint François de Sales ; le reste est de celle de Michel Favre, mais le Saint y a fait çà et là des corrections. On en voit encore de la Mère de Chantal, même dans le texte écrit par son Bienheureux Père. Ce cahier est sans doute celui qui fut rédigé pour l'édition de 1619 ; les variantes entre celle-ci et l'édition de 1622 se retrouvent également dans le Manuscrit, avec quelques autres, cependant, et avec l'addition d'une Constitution, celle Des retraites ; plusieurs passages y sont aussi omis.

L'ordre suivi n'est pas celui qui fut adopté pour l'imprimé ; les Constitutions ne sont pas numérotées, sauf les trois premières, auxquelles le Saint a ajouté en marge des chiffres arabes. La Cons­titution Des trois rangs des Seurs est à la p. 56 du Manuscrit, avant celle de l'Election de la Superieure ; le numéro 2 ajouté par le Fondateur indique toutefois son intention de la déplacer. ­- La première Constitution, De la fin pour laquelle cette Congre­gation a esté erigee, n'a pas de titre, tandis qu'elle en a un dans l'édition de 1619 où elle est donnée sans numéro d'ordre. Au sujet de ce titre qui manque au Manuscrit, sainte Jeanne-Françoise de Chantal écrivait à la Mère Favre le 17 octobre 1618 (Lettres, vol. I, p. 282) ; "Demandez à notre très cher Père, Monseigneur, s'il ne faut pas mettre un titre au fin premier chapitre de nos Constitu­tions ; De la fin pour laquelle elles ont été dressées ; et comme il le vous dira vous l'y ferez mettre lorsque nous vous envoierons les Règles. " La Mère Favre était alors à Lyon, où saint François de Sales devait s'arrêter avec l'ambassade du prince cardinal Maurice de Savoie ; mais cet arrêt fut si court qu'il eut à peine le temps de voir ses Filles. Le Manuscrit des Constitutions fut néanmoins en­voyé à Lyon, et le 23 ou le 24 octobre la Mère de Chantal, de pas­sage en cette ville, dit à la Mère de Chastel (ibid., p. 285) : " Nous aurons, Dieu aidant, nos Règles imprimées dans trois semaines... Elles coûteront 20 écus pour l'impression et 10 écus pour la re­liure ; car nous tirons tout, et il y aura six cents copies. "

Jacques Roussin, de Lyon, imprima le petit volume, de 110mm de hauteur x 58 de largeur et 7 d'épaisseur. Il a 300 pages chif­frées, sauf la dernière qui est blanche, et celle du titre.

Quant à la date du Manuscrit de 1618, elle est certainement postérieure au mois d'avril de cette année. Le dernier jour du mois, saint François de Sales écrit à la Sainte, alors à Grenoble : Je me confirme tous-jours plus au desir... qu'en cette Congregation la Communion y soit quotidienne de quelques unes des Seurs a tour..., ainsy que je le dec1areray plus a plein es Regles. " (L8, note 497). Et en effet, cette Communion est prescrite à la dixième page du Manuscrit, au chapitre De la Communion. D'autre part, l'Approbation du Saint étant du 9 octobre, il est permis de supposer que les Constitutions furent terminées ce jour-là même ou peu de jours auparavant.

Dans la reproduction du texte de 1622 et des variantes qui s'y rattachent, l'édition de 1619 et les divers Manuscrits sont indiqués ainsi qu'il suit :

A - Copie corrigée par saint François de Sales (1621) ;

B - Copie de M. Michel Favre et d'un autre secrétaire (1621) ;

C - Edition de 1619 ;

D - Manuscrit écrit en partie par le Saint et en partie par M. Michel Favre (1618) ;

E - Trois pages autographes de Thonon (1618).

CONSTITUTIONS POUR LES SEURS RELIGIEUSES DE LA VISITATION

DE LA FIN POUR LAQUELLE CETTE CONGREGATION A ESTÉ INSTITUEE

Plusieurs filles et femmes, divinement inspirees, aspi­rentbien souvent a la vie religieuse, qui toutefois, ou par imbecillité de leur complexion naturelle, ou pour estre des-ja affoiblies par l'aage, ou en fin pour n'estre pas atti­rees a la prattique des austerités et rigueurs exterieures, ne peuvent pas entrer es Religions esquelles on est obligé a des grandes penitences corporelles, comme sont la pluspart des Congregations reformees qu'on void par deça ; et par ce moyen sont contraintes de s'arrester emmi le tracas ordinaire du monde, exposees aux continuelles occasions de pecher, ou du moins de perdre la ferveur de la devotion. En quoy, certes, elles sont dignes de grande compassion : car, qui ne plaindroit, je vous prie, une ame genereuse, laquelle desirant extremement de se retirer de la presse de ce siecle pour vivre toute a Dieu, ne peut neanmoins le faire, faute d'avoir un cors asses fort, une complexion asses saine ou un aage asses vigoureux, la poursuitte qu'elle voudrait faire pour acquerir une plus grande sainteté, de­meurant ou empeschee ou retardee par le manquement de la santé ?

Affin donq que telles ames eussent des-ormais quelque asseuree retraitte en ces contrees de deça, cette Congrega­tion a esté erigee en sorte que nulle grande aspreté ne puisse divertir les foibles et infirmes de s'y ranger, pour y vaquer a la perfection du divin amour. En suitte dequoy on pourra, premierement, recevoir les vefves egalement comme les filles, pourveu que si elles ont des enfans elles en soyent bien et legitimement deschargees, et qu'elles ayent suffisamment pourveu a leurs affaires selon qu'il sera jugé expedient par le Pere spirituel et autres personnes de qualité sur l'advis desquelz on se puisse reposer ; affin d'os­ter aux gens du monde toute occasion de murmurer, autant que faire se pourra, et de destourner l'inquietude que l'en­nemy a accoustumé de donner par le soin inutile et indis­cret qu'il suggere aux vefves des choses qu'elles ont laissees au monde.

On pourra, secondement, recevoir celles qui pour leur aage ou pour quelque imbecillité corporelle ne peuvent avoir acces aux Monasteres plus austeres, pourveu qu'elles ayent l'esprit sain et bien disposé a vivre en une pro­fonde humilité, obeissance, simplicité, douceur et resigna­tion. Neanmoins, on excepte celles qui seroyent atteintes de quelque mal contagieux, comme de lepre, escrouelles et autres semblables ; ou qui auroyent des infirmités si pres­santes qu'elles fussent tout a fait incapables de suivre la Regle et les exercices ordinaires de la Congregation.

[43] Tiercement, celles qui seront de bonne et forte com­plexion y seront receues comme appellees de Dieu au secours et soulagement des infirmes ; et tout ainsy que les foibles jouiront du fruit de la santé des robustes, les ro­bustes jouiront reciproquement du merite de la patience des imbecilles. Et affin que tant les unes que les autres puissent tous-jours avoir acces a cette Congregation, la Superieure prendra soigneusement garde a ce qu'on n'y introduise ni directement ni indirectement aucunes auste­rités corporelles, outre celles qui y sont maintenant, qui puyssent estre d'obligation ou de coustume generale. A quoy le glorieux Pere saint Augustin a visé, marquant si cordialement en la Regle (ch 4,8,9,17) le support des infirmes, et tesmoignant asses par la qu'il veut que les infirmes soyent receues et qu'a leur consideration on n'amplifie point les aspretés. Et semble que, selon la parabole (Lc,14,16) il face entrer en l'estat religieux, comme au festin nuptial de l'Espoux celeste, non seulement les sains et gaillars, mais aussi les infirmes, boiteux et aveugles, en sorte que sa mayson se remplisse d'invités.

CONSTITUTION I

DES TROIS RANGS DES SEURS

Les Seurs de la Congregation seront de trois rangs : les unes seront Choristes, c'est a dire employees a l'Office sacré du chœur pour y chanter les Heures ; les autres seront les Seurs Associees, c'est a dire, lesquelles n'ayant pas les forces et les talens de dire et chanter les Offices, sont nean­moins admises en la Congregation pour y prattiquer les autres exercices spirituelz et tout le reste de la vie reli­gieuse ; les autres sont les Seurs Domestiques (L9, note 296).

Quant aux Seurs Associees, elles ne laisseront pas d'estre capables de toutes les charges du Monastere, excepté celle de l'Assistente, et auront voix active et passive tout de mesme que les Seurs Choristes. Que si quelqu'une d'entre elles estoit esleue pour Superieure, elle fera tout ce qui ap­partient a cette charge la, sinon en ce qui regarde l'Office du chœur qu'elle laissera faire a l'Assistente, laquelle, comme ayant charge du chœur et des Offices sacrés, ne pourra jamais estre que des Seurs Choristes.

Mays les Seurs Domestiques ou du mesnage n'auront nulle voix, ni active ni passive, et ne leur sera jamais permis de demander d'estre admises au premier ou second rang des Seurs. Que si elles le font, qu'on ne puisse plus en façon quelcomque proposer leur admission, sinon trois ans apres qu'elles auront fait la demande. Nulle Seur des autres rangs ne pourra non plus jamais proposer ladite admission, ains sera cette proposition reservee a la Superieure, apres avoir ou l'advis des Seurs Coadjutrices ou Conseilleres ; et laquelle prendra garde a ne point proposer telle admission que pour des Seurs qui, volontier et de bon cœur, [44] au­ront esté douces, paysibles et humbles, et qui auront des ta­lens convenables pour pouvoir servir es autres rangs, aux­quelz, nonobstant tout cela, elles ne devront entrer que par les deux tiers des voix de la Congregation. Quant a celles qui pour leur long travail, ou pour avoir quelque infirmité d'aage ou de maladie devront estre soulagees, et neanmoins ne seront pas propres pour les autres rangs, on leur prouvoira de repos et de consolation en leur condition.

Les Seurs Associees comme les Seurs Domestiques, ne seront point obligees aux Heures, les unes ne pouvant les dire, et les autres estant destinees a d'autres services. Mays au lieu de Prime, Tierce, Sexte et None, elles diront douze fois le Pater noster et Ave Maria au matin, et une fois le Credo a la fin ; en lieu de Vespres et Complies, sept Pater et Ave, et pour Matines et Laudes, dix (L9, note 466) ; et ne manqueront point d'assister a la Messe tous les jours, tant que faire se pourra, et de mesme les festes a tous les Offices, en quelque lieu ou elles n'interrompent point les Seurs Cho­ristes, ni ne leur causent point de distraction s'il leur failloit entrer et sortir.

Les Seurs Domestiques ne prendront point de voyle noir a la Profession, ains seulement la croix d'argent, par la­quelle elles seront differentes des Seurs Novices. Mais elles ne seront nullement traittees differemment des autres, ni es habitz, ni es litz, ni au manger et boire, ni au soin de leur santé, ni es exercices propres a leur avancement spirituel, ni en autre chose quelcomque ; ains seront traittees cherement et cordialement par la Superieure et par toutes les autres Seurs, puisqu'en cette Congregation doit vivre sans murmuration ni mespris, ains avec esgale dilection, Marthe et Magdeleine, en vrayes seurs et bienaymees de Nostre Seigneur.

Au reste, les Seurs ne pourront estre que trente trois en tout, dont il y en aura pour le moins vingt Choristes, et pour le plus neuf Seurs Associees et quatre Seurs Do­mestiques ; sinon que pour quelque legitime et digne res­pect il semblast au Pere spirituel, a la Superieure et au Cha­pitre d'en prendre quelques unes de plus, avec dispense de l'Evesque.

CONSTITUTION II

[45] DE LA CLAUSURE

La clausure s'observera selon les propres termes du sacré Concile de Trente (Sess 25, De Monial. 5) qui sont telz : " Qu'il ne soit loysible a aucune Religieuse, apres la Profession, de sortir du monastere, non pas mesme pour quelque tems, pour court et brief quil puisse estre, ni pour aucun praetexte que ce soit, si ce n'est pour quelque cause legitime qui doit estre appreuvee par l'Evesque. Et quant a ce qui est d'entrer dans l'enclos du monastere, que cela ne soit permis a personne quelcom que, de quel genre, condition, sexe ou aage qu'elle soit,. sans licence expresse obtenue en escrit de l'Evesque, sous. peyne d'excommunication encorue soudain la faute faite. Or, l'Evesque doit seulement donner licence es cas neces­saires ; " et aux cas esquelz n'arrivera l'authorité de l'Evesque, l'on recourra au Saint Siege Apostolique. Mays quand le Concile parle de l'Evesque, il comprend celuy auquel l'Evesque a donné charge expresse de departir telles licences.

Quand le confesseur, medecin, apoticaire, cirurgien, masson, charpentier, ou tel autre qui par necessité et avec licence entrera dans le monastere, sera arrivé a la porte, deux Seurs le viendront prendre pour le conduire au lieu ou il doit faire sa charge, ayant auparavant fait sonner une clochette, affin que les Seurs se retirent en leurs chambres ou es lieux de leurs offices pour eviter d'estre rencon­trees ; ce qui se fera de mesme a la sortie, sans que les. Seurs deputees a la conduite devisent avec ces personnes-­la, sinon pour respondre.

Le confesseur oyant la confession, conferant l'Extreme­ Unction, ou assistant les mourantes, demeurera en sorte­qu'il soit veu des Seurs qui l'auront amené [46], et la porte de la chambre ouverte.

Toutes telles personnes ne s'arresteront dedans le monas­tere qu'autant que la necessité le requerra. Si on est con­traint pour occasion pressante et utilité de les appeller de nuit, quatre Seurs, avec plusieurs lumieres, les accom­pagneront a l'entree, a la sortie et pendant le sejour dans. la Mayson, qu'on procurera estre le plus court que faire se pourra.

CONSTITUTION III

[47] DE L'OBEISSANCE

L' Obeissant, dit l'Escriture (Pr 21,28), racontera les victoires. Affin donq que cette Congregation puisse surmon­ter ses ennemis spirituelz et conter un jour a Nostre Sei­gneur plusieurs saintes victoires, elle doit estre establie en une parfaite obeissance. En suite dequoy, toutes les Seurs obeiront soigneusement, fidelement, promptement, simple­ment, franchement et cordialement a la Superieure, comme a leur Mere, dit la Regle, c'est a sçavoir, avec une affection toute filiale.

Que si quelqu'une viole l'obeissance deüe a la Regle, ou aux Constitutions ou a la Superieure, elle sera soigneusement corrigee, et mesme par imposition de pœni­tences et mortifications, selon la qualité de la faute, et tous-jours neanmoins en esprit de charité.

Tous les messages et toutes les lettres qui seront appor­tés dedans la Mayson ou qui devront estre envoyés dehors seront premierement representés a la Superieure, qui en ordonnera selon qu'elle jugera pour le mieux. On excepte neanmoins les lettres du Pere spirituel, lesquelles estant receues par la Superieure seront remises a celles a qui elles seront addressees [48], sans estre ouvertes; comme de mesme celles que les Seurs escriront au Pere spirituel ne seront point veues par la Superieure, ains elles les remettront a celle qui en a le soin, pour estre cachetees [49] et les faire rendre audit Pere spirituel.

Es occasions particulieres ou il sera requis de dispenser de l'ordinaire façon de vivre selon la Regle et de moderer les exercices pour quelques Seurs, ou mesme quelquefois pour toutes (ce qui ne se doit faire que pour des occurrences rares et signalees), la Superieure en aura le pouvoir : [50] comme, par exemple, de dispenser une Seur de venir au chœur pour l'Office, de jeusner es jeusnes des Constitu­tions, de venir a la table commune, de parler a quelques uns le voyle levé, ou de faire la sainte Communion, et de dispenser mesme toute la Communauté du silence pour quelque juste occasion, de manger trois ou quatre fois l'an­nee hors des repas ordinaires ; laquelle neanmoins devra estre fort attentive a bien observer la discretion, pour n'es­tre ni trop pliable, ni trop impliable. Mays es choses d'im­portance et qui tirent consequence, comme, par exemple, de descharger tout a fait du jeusne et de la residence du chœur une Seur, et en pareilles occasions, elle prendra tous-jours l'advis du Pere spirituel et, sil est besoin, de l'Evesque, ainsy que la Regle dit (ch 24).

Aucune des Seurs n'entreprendra de faire des jeusnes, disciplines ou telles austerités corporelles qu'avec le congé de la Superieure ; et s'il s'en treuve qui soyent fortes pour cela, la Superieure le leur permettra selon qu'elle le jugera convenable. Que si plusieurs ont licence de prattiquer cette mortification de la discipline, elles la feront le vendredi l'espace d'un Ave, maris Stella, et toutes ensemble, affin d'observer en toutes choses, tant quil se pourra, la sainte communauté.

La Superieure estant malade ou tellement occupee qu'elle ne puisse exercer l'office de sa superiorité, l'Assistente tien­dra sa place, et luy sera fidelement et humblement obei et porté respect comme a la propre Superieure. Que si l'une et l'autre estoit malade ou occupee, la Superieure commet­ tra la charge a celle laquelle, selon Dieu, elle estimera en estre la plus capable. Que si par quelque soudain et impre­veu accident, ou faute d'attention, la Superieure ne commet pas la charge, celle des Seurs Surveillantes qui sera la plus ancienne en Religion l'exercera [51].

CONSTITUTION IV

[52] DE LA CHASTETÉ

Puysque la pudicité est l'honneur du sexe feminin, et que le vœu de chasteté a tous-jours esté estimé fondamen­tal es Congregations des filles et femmes, il n'est pas besoin de declarer combien les Seurs y sont obligees ; car en somme, elles ne doivent vivre, respirer ni aspirer que pour leur Espoux creleste, en toute honnesteté, pureté, netteté et sainteté d'esprit, de paroles, de maintien et d'actions, par une conversation immaculee et angelique. Et l'on void asses en la Regle (ch 12-14)le zele que le glorieux Pere a de cette. vertu pour les Seurs, en la severité par laquelle il veut estre reprimés les seuls regards desreglés.

CONSTITUTION V

DE LA PAUVRETÉ

C'est chose digne de remarque combien saint Augustin presse ardemment l'observance de la communauté en tou­tes choses (ch 16) : en suite dequoy, tout ce qui est et sera apporté et donné a la Mayson doit estre parfaitement reduit en communauté, sans que jamais aucune Seur puisse avoir chose quelcomque, pour petite qu'elle soit et sous quel prae­texte que l'on puisse alleguer, en proprieté particuliere; ains chasque Seur, faysant Profession, resignera et renoncera purement et simplement en faveur de la Congregation, es mains de la Superieure, non seulement la pro­prieté et l'usufruit, mais aussi l'usage et la disposition de tout ce qu'a sa consideration sera remis et assigné a ladite ­Congregation.

Et affin que cet article si important soit a jamais exacte­ment observé, et que toutes affections a la jouissance et usage des choses temporelles soyent retranchees, et que les Seurs vivent en une parfaite abnegation des choses dont elles useront, ainsy que la Regle l'ordonne en termes admirables, on distribuera tout ce qui est requis a la vie, soit en viandes, soit en vestemens, soit en meubles, linges, et, en somme, en quoy que ce soit, sans choix ni distinc­tion que de la necessité d'une chacune.

Et ceci s'observera si exactement, que ni les chambres, ni les litz, ni mesme les medailles, croix, chapeletz, images. ne demeureront point tous-jours aux mesmes Seurs ; ains. seront changees toutes ces choses entre les Seurs au bout de chasqu'annee, lors que l'on tire les billetz des Saintz [53], comm'on a fait jusques a present.

On excepte neanmoins que la Superieure puisse prouvoir, non obstant le sort du billet, aux Seurs qui ont beaucoup­ a escrire, comme l'Œconome, et a celle que le medecin jugeroit que pour le soulagement de la santé il falut. donner quelque chambre plus aeree. Et la Superieure mesme pourra choysir pour elle, pendant sa superiorité, la chambre la plus aysee au recours que les Seurs font a elle et a la descente aux Offices. [54]

Et pour plus parfaitement observer la sainte vertu de pauvreté, les bastimens des monasteres estans achevés, on limitera les revenus que l'on devra avoir selon le lieu ou le monastere se treuvera ; affin qu'en cela mesme la mediocrité soit suivie et qu'il n'y ayt nulle superfluité de biens en la Congregation, ains seulement l'honneste suf­fisance, a laquelle quand on sera parvenu, on ne prendra plus rien pour la reception des filles qui seront receues que ce qui sera requis pour conserver et maintenir bonnement la juste suffisance du monastere.

Et pour cela mesme on ne permettra qu'il y ayt es mo­nasteres aucun meuble qui ne ressente la veritable simpli­cité religieuse; et sur tout il n'y aura aucune sorte d'argen­terie, sinon des cuillers qui pourront estre d'argent a cause de l'honnesteté, et pour en cela suivre l'exemple du bien­heureux Pere saint Augustin [55] qui n'eut jamais autre sorte de vaisselle ou meuble d'argent (Vie par Possidio 22). On excepte toutefois l'autel et l'eglise, ou les meubles pourront estre riches et praetieux, selon qu'ilz se pourront saintement avoir, pour l'honneur et gloire de Dieu qui y reside en une façon tres speciale et admirable. Que si quelque Seur apportoit avec soy quelque meuble praetieux qui ne fust propre pour l'eglise, on le vendra apres sa Profession, pour, du prix d'iceluy, en conserver la suffisance ou faire quelque meuble ecclesiastique.

[56] CONSTITUTION VI

DE L'EMPLOY DU JOUR DES LA FESTE DE PASQUE JUSQUES A CELLE DE SAINT MICHEL

Despuis les cinq heures du matin jusques a huit :1. Les Seurs se leveront a cinq heures ; 2. a cinq heures, et demi elles s'assembleront au chœur, et apres l'adora­tion du Saint Sacrement on relira les pointz de la medi­tation, on dira le Veni, Sancte Spiritus, puis on entrera en l'orayson mentale jusques a six heures et demi ; 3. elles diront Prime ; 4. laquelle estant finie, elles se retireront pour ce qui leur aura esté ordonné.

Despuis huit jusques a dix : 1. A huit heures on chante Tierce ; 2. puis on dit Sexte ; 3. qui est suivie de la Messe ; 4. et la Messe de None ; 5. a la fin delaquelle on fait l'examen durant un Miserere ; 6. et s'il reste du tems, les Seurs se retirent a faire ce qui leur convient.

Despuis dix jusques a mydi : 1. A dix heures on prendra la refection [57]; 2. qui est suivie de la recreation jusques a mydi ; 3. puis on prend les obeissances.

Despuis mydi jusques a troys heures : 1. A mydi, les­Seurs se retirent en silence pour faire leurs ouvrages ; 2. et apres avoir pris le repos de demi heure, si bon leur semble. 3. A deux heures feront demi heure de lecture en parti­culier, parmi laquelle si quelqu'une se sent attiree a l'oray­son [58] , qu'elle suive volontier l'attrait, pourveu qu'elle lise suffisamment pour contribuer a l'entretien d'apres Vespres.

Despuis trois jusques a six : 1. A troys heures se di­sent Vespres ; 2. apres lesquelles on fait l'assemblee, en laquelle les Seurs, faysant leurs ouvrages, s'entretien­nent de leurs lectures jusques a Complies ; 3. qui se disent a cinq heures ; 4- qui sont suivies des Laetanies ; 5. et les Laetanies, de demi heure d'orayson mentale ; 6. puis les Seurs sont en liberté de relascher un peu leur esprit par quel­que exercice exterieur, observant toutefois le silence.

Despuis six heures jusques a dix : 1. A six heures ou en­viron on prendra la refection ; 2. suivie de la recreation ; 3. apres laquelle on prend les obeissances. 4. A huit heures et demi on sonne Matines, et le grand silence commence ; 5. un quart d'heure apres on dit Matines et Laudes ; 6. qui sont suivies de l'examen de conscience ; 7. et l'exa­men, de la lecture des pointz a mediter ; 8. apres quoy toutes les Seurs se retirent pour estre toutes couchees a dix heures precisement.

Mays es festes, outre l'orayson ordinaire, les Seurs non occupees a quelque office pourront, si bon leur semble, faire demi heure d'orayson apres la Messe ou None, et un' autre demi heure entre la recreation du disner et Vespres. [59]

En tous tems, on sonnera l'Ave Maria du soir entre jour et nuit, et des lhors ne sera plus loysible de demeurer au parloir ni d'ouvrir la porte, sinon pour quelque cause pres­sante qui ne puisse estre bonnement differee.

CONSTITUTION VII

DE L'EMPLOY DU JOUR DES LA FESTE DE SAINT MICHEL JUSQUES A PASQUE

Premierement, elles se leveront seulement a cinq heures et demi ; 2. elles entreront a l'orayson despuis six jusques a sept heures ; 3. Prime se dira.

A huit heures et demi se diront les Heures, suivies de la Messe et de Nonne.

A dix heures et demi on disne ; la recreation suit, jusques a mydi et demi qu'on entre en silence.

Tout le reste se prattique comm'il est dit au chapitre precedent .

CONSTITUTION VIII

EN CARESME

Tout se fait comme dessus, hormis qu'on dit Vespres a dix heures et demi, qui sont suivies de l'examen, et que la lecture ne se fait qu'a trois heures et l'assemblee a quatre, et qu'apres Complies, qui se disent a l'heure ordinaire, on chante le Stabat suivi des Lœtanies.

CONSTITUTION IX

DES DEUX OBEISSANCES JOURNALlERES

Apres la recreation du disné, toutes se presenteront de­vant la Superieure qui leur ordonnera ce qui se devra faire jusques au soir, et de mesme, apres la recreation du soir, elle leur departira les choses a faire jusques au disné du jour suivant. Que s'il ny a rien a commander, elle leur com­mandera la mutuelle dilection des unes envers les autres, avec la sainte paix de Nostre Seigneur.

Apres cela, les Seurs qui ont les charges de la Mayson pourront demeurer avec la Superieure pour l'advertir des choses requises, dont on ne doit point parler devant les autres, affin de laisser leur esprit en tranquillité

.

CONSTITUTION X

DU SILENCE

Le premier silence se fait des le premier son des Ma­tines jusques apres Prime du jour suivant ; le second, des qu'on a sonné le Benedicite jusques a la recreation du disné ; le troisiesme, des la recreation jusques a Vespres ; le qua­triesme, des qu'on a sonné Complies jusques a la recreation du soupé.

Mays es jours de jeusne, le silence s'observera des Tierce jusques a la recreation du disné, et des la recreation jusques a troys heures.

Et faut noter qu'en tous tems le silence s'observe au chœur, au dortoir et au refectoir, sans que l'on y puisse parler que pour des occasions necessaires ; et de plus, que l'on peut tous-jours parler a la Superieure, et les Novices a leur Maistresse, quand il est requis [60].

CONSTITUTION XI

DE LA VARIETÉ DU CHANT

Prime se dit a droite voix ; 2. Tierce, avec inflexion de chant; 3. Sexte, a droite voix ; 4. None, a droite voix, hormis es Dimanches et grandes festes, et es jours des Apostres [61], qu'elle se chante avec inflexion ;.5:Vespres, ordinairement a droite voix, hormis le Magnifieat qui se dit en tous tems en chant, excepté en Caresme [62] ;. mays es Dimanches et festes commandees, toutes les. Vespres se chantent. 6. Complies se dit a droite voix en tous tems, hormis l'antienne de Nostre Dame qu'on dit a la fin, qui se chante, et le Nune dimittis aux grandes festes [63]. 7. Matines et Laudes a droite voix, hormis es grandes festes, que l'on chante l'Invitatoire, le Te Deum laudamus et le Benedictus avec son antienne [64]. 8. Es processions esquelles on chante les Hymnes, on chantera par l'inflexion ordinaire ; mays en celles es quelles on chante les Litanies, on pourra parfois varier le chant, comm'il est porté par le Directoire (Pour l'Office)..[65]

Au reste, on ne tirera jamais les Seurs de l'Office ni de l'orayson sans quelque grande et pressante occasion. Que si on les en tire, elles reprendront, tant qu'il se pourra, en quelque autre tems le loysir de faire l'exercice qu'elles auront layssé.

CONSTITUTION XII

DES ASSEMBLEES

[66] Les Seurs s'assembleront : 1. A l'Office ; 2. a l'oray­son mentale ; 3. au Chapitre ; 4. a la refection ; 5. aux re­creations ; 6. aux entretiens des lectures ; 7. extraor­dinairement, quand la Superieure l'ordonnera.

CONSTITUTION XIII

DES RECREATIONS ET CONVERSATIONS DES SEURS

Les Seurs demeureront ensemble es recreations et, fay­sant leurs ouvrages, s'entretiendront de quelques propos aggreables et saintement joyeux, avec paix, douceur et simplicité ; [67] et pourront mesme parler les unes avec les autres en particulier, en telle sorte neanmoins qu'elles ne soyent pas moins de quatre ou cinq qui se puissent enten­dre les unes les autres, sans toutefois dire des choses mes­seantes et inciviles, ni raillier ou dire paroles de mespris :sur le sujet des nations, provinces ou naissances.

Es autres conversations elles tascheront de parler utile­ment, saintement et modestement.

Elles ne joueront point, ni auront dans la Mayson aucun oyseau ou animal de passetems, comme escuyrieux, petitz chiens et autres telles bestes d'amusement inutile [68].

CONSTITUTION XIV

[69] DES OUVRAGES

Les ouvrages que les Seurs prendront a faire des gens de dehors seront receus par la Superieure ou celle qu'elle deputera, sans qu'aucune autre ayt soin de cela. La May­son ne fournira jamais la matiere d'aucune besoigne, affin qu'il ne semble au monde qu'on veuille faire traffiq de marchandise. Le prix du travail sera purement remis en commun, et ne sera proposé ni demandé que fort charitablement et amiablement, non exactement et chere­ment .

Elles ne se mesleront point des affaires du monde, ne prenant aucune commission de vendre ni d'acheter pour les estrangers et gens de dehors.

Au demeurant, elles ne feront aucune besoigne pour la vanité, comme seroit laver des gans, faire des frisons, des fars et choses semblables.

On ne dira point quelles sont celles d'entre les Seurs qui font les ouvrages, ni aux Seurs a qui sont les ouvrages qu'elles font, ains seront rendus par quelque Seur deputee a cela.

Et bien que toutes les Seurs soyent obligees de faire les ouvrages qui leur sont donnés avec grande fidelité et diligence, si est-ce que, pour eviter toutes sortes d'em­pressemens et laisser aux Seurs la liberté de s'appliquer a l'orayson interieure, et ne point suffoquer l'esprit de de­votion par une trop grande contrainte de s'employer aux ouvrages, la Superieure ne prefigera point aucun terme aux Seurs dans lequel leurs ouvrages soyent achevés, ains laissera cela a leur diligence et souplesse spirituelle, delaquelle pourtant, en cas qu'elle les vist negligentes et paresseuses, elle les advertira ou fera advertir.

CONSTITUTION XV

DE LA FAÇON DE PARLER AVEC LES ESTRANGERS

Quand il est requis que les Seurs parlent a ceux de dehors la Mayson, on observera que celle qui doit parler soit assis­tee d'une autre qui puisse ouïr ce qui se dira, sinon que, pour quelque respect, la Superieure treuve bon que la Seur qui parle soit veue et non ouye par celle qui l'assis­tera ; laquelle, en ce cas, se retirera a part, faysant quelque ouvrage ou, si c'est jour de feste, lisant quelque livre ou faysant quelque orayson ; et ce pendant prendre garde aux parolles (si elle doit ouyr) et aux contenances de la Seur, affin d'en rendre conte a la Superieure.

Au reste, les Seurs prendront garde de n'ouyr ni dire des paroles inutiles, coupant court en toute sorte de devis, si ce n'est en ceux qui regardent le bien spirituel.

Elles tiendront le voyle baissé devant les hommes, sinon que la Superieure les en dispense.

On donnera plus aysement dispense aux Novices de parler a leurs peres et meres, freres et seurs, oncles et tantes, et mesme a visage descouvert ; comme au contraire on les exemptera, tant qu'il se pourra bonne­ment faire, de parler a tous autres.

[70] Les Seurs ne toucheront point la grille en parlant, ains s'en tiendront un peu esloignees, si elles n'ont permis­sion de faire autrement.

CONSTITUTION XVI

[71] DU MANGER ET BOIRE

On pourra demeurer une heure entiere a table, s'il est expedient [72] afin que celles qui mangent lentement pren nent leur refection a loysir ; et ce pendant, celles qui auront plus tost achevé leur repas demeureront attentives a la lecture, sans sortir de leurs places avant Graces, sinon que quelque grande et urgente necessité le requit.

Aucune ne boira ni mangera hors le repas sans congé, lequel elles demanderont avec confiance ; ce qu'elles obser­veront en toutes autres occurrences esquelles elles croiront d'avoir quelque necessité.

Chasque Seur lira sa semaine a table en son rang, et tour a tour, hormis la Superieure, sauf si quelqu'une, pour avoir la voix foible ou pour ne sçavoir pas convenable­ment lire doive estre pour cela exceptee. Or, la lecture se fera clairement, distinctement et avec des justes pauses de periode en periode ; et pour le mieux faire, celle qui aura cette charge fera fort bien de prevoir ce qu' ell' aura a lire.

On commencera la lecture par un chapitre des Consti­tutions, hormis le vendredi, qu'on lira les Regles tout au long du disner. [73]

La Superieure dira le Benedicite et les Graces des clercz a droite voix, et ce dans le refectoire et pour la premiere table ; mays quant a la seconde, on ne dira que le petit Benedicite et les petites Graces, d'autant que la benedic­tion de la premiere table s'estend encor a la seconde, en laquelle aussi il suffira de lire un quart d'heure.

Outre les jeusnes commandés par la sainte Eglise, les Seurs jeusneront les veilles de la Trinité, Pentecoste [74], Ascension, Feste Dieu, des festes de Nostre Dame, de saint Augustin, et tous les vendredis des la feste de saint Michel jusques a Pasques, sinon qu'en iceux escheut quel­que feste de commandement ; car en ce cas, le jeusne se remettra au samedi, auquel si encor il y avoit feste, le jeusne sera laissé.

Es autres vendredis de l'annee se fera une simple absti­nence au souper, laquelle consiste a ne manger qu'une sorte d'apprest avec le pain.

CONSTITUTION XVII

DES HABITZ ET LICTZ

Elles s'habilleront de noir, le plus simplement qu'il se pourra tant en la matiere qu'en la forme, ainsy qu'elles sont maintenant. Les robbes seront faites a sac, asses am­ples neanmoins pour faire des plis estant ceintes ; les man­ches, longues jusques a l'extremité des doigtz, et asses larges pour pouvoir tenir dans icelles les mains et les bras cachés et repliés l'un sur l'autre.

Le voyle sera d'estamine [75] noire, sans aucune doubleure,. du moins d'autre couleur, et pendra par dernier jusques a demi pied plus bas que la [76] ceinture ; le bandeau du front, noir ; la barbette, de toyle blanche mediocre, sans plis, et ne porteront ni attifez, ni empoy, ni chose quelcomque qui ne ressente entierement la simplicité religieuse et le mes­pris du monde.

Tant que faire se pourra, les Seurs auront chacune sa petite chambre, et du moins elles coucheront seules, une chacune en son lit. Les litz seront de mattelatz (le chevet, toutefois, pourra estre de plume) et entourés de futayne blanc; et l'esté elles pourront, si elles veulent, le retrous­ser pour prendre l'air.

CONSTITUTION XVIII

[77] DE L'OFFICE

Elles diront l'Office au chœur selon qu'il est marqué au Directoire [78], prononçant nettement et distinctement les paroles, observant les pauses, mediations, accens, moderant et ajustant leurs voix les unes aux autres, et composans leur maintien le plus devotement qu'elles pourront.

Elles seront promptes au premier son de la cloche pour aller au chœur, ou elles s'achemineront avec gravité et re­verence ; et y estant, apres avoir fait la genuflexion et ado­ration devant le Saint Sacrement, elles prendront leurs places paysiblement et sans faire bruit ; et n'y parleront jamais les unes avec les autres, sinon pour des choses ur­gentes, et lhors elles parleront fort bas et en peu de motz. Et ne sortiront que pour des causes tres pressantes, et, l'Office fait, aucune ne se remuera que le signe ne soit donné pour s'en aller.

Si quelqu'une fait quelque faute qui se puisse reparer, celles qui s'en appercevront la repareront doucement et, s'il se peut, insensiblement: comme, par exemple, si celles qui commencent les Psalmes avoyent pris l'un pour l'autre, les autres qui s'en apperçoivent, sans faire sem­blant de cela, reprendront le Psalme laissé, le poursui­vant sans empressement. Mays celle qui aura fait quelque faute notable demandera par apres pardon a la Superieure en esprit d'humilité et de sousmission.

Or, parce que les espritz humains prennent bien souvent des secrettes complaysances en leurs propres inventions, mesme quand c'est sous pretexte de devotion ou accrois­sement de pieté, et que neanmoins il arrive quelquefois que la multitude des Offices empesche l'attention, gayeté ,et reverence avec laquelle on les doit faire, il ne sera point loysible a la Congregation, sous quel pretexte que ce soit, de se charger d'autres Offices ou prieres ordinaires que de celles qui sont marquees en ces Constitutions et Direc­toire; car ainsy elle aura tant plus de moyen et de sujet de dire et chanter l'Office avec la gravité et le respect .qu'elle y observe maintenant.

CONSTITUTION XIX

[79] DU CONFESSEUR ORDINAIRE

En toutes les occurrences es quelles il sera necessaire ou expedient de faire election d'un Confesseur ordinaire, le Pere spirituel avec la Superieure et les Seurs Conseilleres confereront soigneusement ensemble des qualités et con­ditions des ecclesiastiques qu'on pensera pouvoir prendre cette charge tant importante ; puis, toutes choses bien considerees, le Pere spirituel et la Superieure choysiront .celuy qu'en bonne conscience ilz jugeront plus propre a cela.

Or faut il qu'il soit homme de doctrine, de prudence et de vie irreprehensible, discret, honneste, stable et devot, et tel que l'Evesque, le Pere spirituel et la Superieure se puissent reposer en son soin et en son zele en ce qui est requis pour le bon estat de la conscience des Seurs ; car, encor que l'on employe a cela mesme plusieurs autres bons moyens, comme sont les confessions extraordinaires et les communications avec des personnes spirituelles, et specia­ lement avec la Superieure, ainsy qu'il est dit en divers en­.droitz des Constitutions et notamment au chapitre sui­vant [80], si est ce que le Confesseur ordinaire a plus de pouvoir pour maintenir les consciences des Seurs en pureté et sincerité que nul autre, estant comme l'ange visible de­puté a la conservation des ames du Monastere et pour leur avancement au salut eternel.

Et de mesme, s'il arrivoit qu'il fallust en demettre un pour quelque occasion, la Superieure et les Seurs Coadju­trices en confereront avec le Pere spirituel ; et la confe­rence estant faite, le Pere spirituel et la Superieure se re­soudront. Et tant pour l'election comme pour la deposition, on rapportera a l'Evesque ou a son Vicayre general ce qui aura esté fait, affin qu'il l'appreuve, et qu'en cas que le Pere spirituel et la Superieure ne fussent pas de mesme advis, il determinast l'election ou la deposition par son authorité.

Le Confesseur ordinaire devant estre si bien qualifié, le Pere spirituel luy laissera toute la charge des affaires spiri­tuelles ordinaires du Monastere, ouy mesme d'octroyer les congés par escrit, pour faire entrer, selon les Constitutions (const 2,28), les charpentiers, maçons, laboureurs, medecins, cyrurgiens et et autres personnes dont les entrees sont fort souvent re­quises, affin que les Peres spirituelz soyent tant moins importunés et incommodés et qu'on n'ayt recours a eux que pour les choses de grande consideration. Comme aussi pour les choses temporelles ou la presence du Pere spirituel seroit requise, le Confesseur ordinaire pourroit tenir sa place, quand il luy semblera a propos et a la Superieure. Il prendra encor de l'Evesque l'authorité pour donner les dispenses de travailler ou faire travailler es jours de festes, quand il jugera qu'il soit requis, et de dispenser pour l'usage des viandes prohibees en Caresme, jours de jeusne, vendre­dis et samedis, quand la Superieure jugera qu'il en soit besoin par l'advis des medecins.

Quand les Seurs et la Superieure mesme luy parleront, elles l'appelleront ou " Monsieur ", ou " mon Pere ", et luy porteront une grande et sainte reverence, comme a celuy duquel Dieu se sert pour leur distribuer ses graces et mise­ricordes es tres saintz Sacremens.

Il prendra un soin particulier a ce que, ni par l'imposi­tion des penitences extraordinaires, ni par les conseilz et advis qu'il donnera en confession, rien ne se face qui puisse troubler l'ordre et le train du Monastere, autant que faire se pourra, et mesme affin qu'on ne s'apperçoive de l'estat des consciences des Seurs qui se sont confessees. [81] Et finalement, comme les Soeurs le doivent grandement respecter, ainsy quil a esté dit, de mesmes doit il aussi traitter avec revence envers elles, les considerant comme espouses sacrees du Fils de Dieu.

CONSTITUTION XX

DES CONFESSIONS EXTRAORDINAIRES [82]

Quatre fois l'annee, environ de trois moys en trois. moys, la Superieure demandera a l'Evesque ou au Pere spirituel un Confesseur extraordinaire, homme [83] bien conditionné, auquel toutes les Seurs et elle aussi se confesseront. [84] Or, ledit Confesseur prendra garde, tout de mesme que l'ordinaire, de ne point imposer de peni­tences ni donner aucun advis qui puisse contrarier a l'ordre ­ou a l'esprit de cet Institut : comme seroit s'il leur imposoit ou qu'il leur conseillast de demeurer en priere pendant les assemblees, de se lever avant l'heure, ou de veiller et de demeurer en quelque exercice apres l'heure ordinaire de la retraitte, ou de ne point se recreer au tems des recrea­tions, ou de jeusner plus souvent que les autres, ou de caresmer es tems esquelz la Congregation ne caresme pas.

Et outre cela, quand quelqu'une desirera de se confesser ou conferer de sa conscience avec quelque personne bien reconneue et de bonne condition, la Superieure le permettra volontier, sans s'enquerir du sujet pour lequel telle confe­rence ou confession est demandee. Mays pourtant, si la Superieure voyoit quelque Seur requerir souvent telles conferences ou confessions, specialement si c'est avec un mesme confesseur, elle en advertira le Pere spirituel pour, avec son advis, prouvoir dextrement a ce que la sainte liberté de la confession et conference ordonnee pour le bien et la plus grande pureté, consolation et tranquillité des ames, ne soit convertie en detraquement de cœur, inquietude d'esprit, curiosité, bigearrerie, melancolie, pour nourrir quelque tentation secrette de praesumption ou d'aversion au Confesseur ordinaire, ou en fin de singu­larité et vaine inclination aux personnes. [85]

En cas que quelque personnage de qualité passast, de la .conference duquel la Superieure conneust que les Seurs pour­royenttirer de l'edification, elle pourra, si bon luy semble, le faire inviter a cela et permettre aux Seurs de luy parler, ou en confession ou autrement.

CONSTITUTION XXI

[86] DE LA COMMUNION

Le sacré Concile de Trente (Sess 22, De Missa 6) a declairé qu'il desireroit qu'il y eust tous-jours des communians a chasque Messe ; en suite dequoy et pour seconder entant qu'il se peut cette sainte inclination de l'Eglise, on distribuera en sorte le benefice de la Communion entre les Seurs que, tour a tour, il s'en communie trois tous les jours.

Outre cela, toutes communieront les Dimanches et festes de commandement et le jour du jeudi, sinon quand il y aura quelque feste le mercredi ou le vendredi. Que si. quelques unes desirent de communier hors ces jours la, elles ne le pourront faire sans l'advis du Confesseur et l'authorité de la Superieure.

Et quant aux malades qui ne pourront bonnement venir au chœur, on leur portera la tressainte Communion tous les huit jours, si la qualité de leur mal le leur permet.

CONSTITUTION XXII

[87] DE L'HUMILITÉ

L'humilité est l'abbregé de toute la discipline religieuse, le fondement de l'edifice spirituel et le vray caractere et marque infallible des enfans de Jesuschrist. C'est pourquoy les Seurs auront un'attention particuliere a la prattique. de cette vertu, faysans toutes choses en esprit de profonde, sincere et franche humilité.

Elles se porteront donq un grand honneur cordial les. unes aux autres, non tant en gestes, contenances et pa­roles, comm' en verité et effect.

La Superieure tiendra par tout le premier rang et l'Assis­tente le second, comme vicaire de la Superieure ; mais elles ne laisseront pas pour cela de s'exercer aux offices de l'humilité, comme de ballier, laver les escuelles, nettoyer les malades une chacune a son tour. Et quant au reste des Seurs, quelz offices qu'elles ayent, elles ne tiendront aucun rang sinon en ce qui regarde leurs charges ;­ ains elles les changeront au bout de l'annee selon le nombre qui leur escherra [88] es billetz des Saintz, (note 53) horsmis celle qui sera deposee de la superiorité, laquelle pour un'annee ira par tout [89] la derniere, quoy que la Superieure la puisse employer a se conseiller, et qu'en toutes autres occurrences on luy doive du respect.

Le tiltre de Dame et Madame ni celuy de Vostre Reverence, ne seront point donnés a aucune des Seurs ni a la Superieure, ains seulement celuy de ma Mere pour la Superieure, pendant sa superiorité, et de ma Seur pour les autres ; comm'aussi elles useront des tiltres de Vostre Charité, Vostre Dilection les unes envers les autres.

Les jeunes honnoreront les vielles d'aage, encor qu'elles fussent nouvellement venues a la Congregation ; et toutes, avec une noble, genereuse et cordiale humilité, se praeviendront mutuellement en honneur et respect, com­me l'Apostre ordonne (Rm 12,10).

Elles useront encor de respect envers toutes les personnes mesme seculieres, et les nommeront tous-jours honnorable­ment, une chacune selon sa qualité, sans en mespriser aucune, pour pauvre, vile et abjecte qu'elle soit.

CONSTITUTION XXIII

[90] DE LA MODESTIE

Que les Seurs en toutes leurs actions observent une grande simplicité, modestie et tranquillité, fuyant le faste et ap­pareil des contenances mondaines et affectees. Que leur parole soit humble et basse, les yeux doux et sereins et pour l'ordinaire baissés, specialement au chœur, au refec­toir (cf Entretiens), au Chapitre et quand elles paroissent devant les seculiers. Elles eviteront tant qu'il leur sera possible toute sorte de gestes qui sentent la legereté, sur tout estant au parloir, gardant une humble et douce gravité, sans familiariser avec ceux qui leur parleront.

Qu'elles soyent humbles, douces, cordiales et franches entre elles, se respectant amiablement et s'entresaluant par l'inclination de la teste lhors qu'elles se rencontreront ( cf Entretiens), sans pourtant s'arrester les unes avec les autres en devis, ne parlant que pour choses necessaires, sinon lhors qu'il leur sera permis.

Qu'elles n'usent d'aucunes caresses les unes envers les autres qui puissent tant soit peu causer aucune imagi­nation badine et folastre, ou produire aucun amusement sensuel, si expressement defendu en la Regle (ch 22). Et mesme quand, quelquefois, elles s'entredonneront le bayser de paix, comme au jour de la reception de l'habit, a la Profession et au renouvellement general [91], que ce soit seulement a la joue, et non a la bouche, et que cela se face fort simplement, selon l'ordre que l'on se treuvera au chœur, a la fin de tout l'Office, apres la Messe.

Qu'elles ne contestent point, non pas mesme en choses legeres.

Qu'elles gardent la netteté et l'honnesteté de la bien­seance religieuse en leurs habitz, sans aucune affectation ni curiosité.

Estant adverties en Chapitre ou au refectoir de leurs defautz, elles recevront avec humilité l'advertissement, sans replique ni excuse, ni n'en parleront point hors de la, ni d'aucune autre chose qui s'y face ou dise ; ains gar­deront la reverence deüe a toutes telles actions, morti­fications et humiliations, non seulement faites de leur propre mouvement, mais beaucoup plus lhors qu'elles sont en­jointes ou qu'elles leur sont faites par la Superieure, regardant avec estime tous ces moyens comme inspirés de Dieu pour leur avancement.

Quand on fera la correction a quelque Seur ou que l'on en mortifiera en presence des autres, nulle n'entreprendra de la defendre ni excuser ; mays si quelqu'une sait quelque chose en faveur de son innocence, elle pourra en particulier le dire a la Superieure, avec humilité et modestie.

Nulle ne presumera d'aller au parloir, ou tournoir, ni ailleurs pour parler aux estrangers, ni escouter ceux qui parlent, ni demander a la Portiere ou quelqu'autre qui y aura esté [92], ni que c'est que l'on y a dit.

Elles ne parleront aucunement a ceux de dehors de ce qui se fait en la Mayson, sinon que ce fust quelque chose qui peust servir d'edification.

Elles n'entreront point es chambres les unes des autres sans congé et sans advertir celle qui est dedans, heurtant premierement a la porte et attendant qu'elle die : " Au nom de Dieu. " Et tandis qu'elles seront plusieurs en une chambre, faute de logis, elles ne remueront point les be­soignes les unes des autres.

Elles n'entreront point dans les chambres des offices les unes des autres sans congé et n'y prendront rien qu'elles n'en advertissent la Seur qui en a la charge, et par apres auront soin de le rapporter en tems convenable.

CONSTITUTION XXIV

DU COMPTE DE TOUS LES MOYS

Tous les moys les Seurs descouvriront leur cœur som­mairement et briefvement a la Superieure et, en toute sim­plicité et fidele confiance, luy en feront voir tous les replis avec la mesme sincerité et candeur qu'un enfant monstreroit a sa mere ses esgratigneures, ses foroncles ou les pi­queures que les guespes luy auroyent faites ; et par ce moyen rendront compte tant de leur avancement et pro­gres que de leurs pertes et defautz es exercices de l'orayson, des vertus et de la vie spirituelle, manifestant encor leurs tentations et peynes interieures, et non seulement pour se consoler, mays aussi pour se fortifier et humilier. Bien­heureuses seront celles qui prattiqueront naïfvement et devotement cet article, qui enseigne une partie de la sacree enfance spirituelle que Nostre Seigneur a tant recomman­dee (Mt 18,3), delaquelle provient et par laquelle est conservee la vraye tranquillité de l'esprit [93].

Le premier jour de Communion de chasque moys, une chascune fera a part soy le renouvellement de sa Profes­sion a la fin de l'orayson du matin ; et a cet effect, chasque Seur aura en escrit la forme de sa Profession [94] signee de sa main, qu'elle lira alhors. La veille du renouvellement de chasque moys, l'on advertira les Seurs, en donnant l'obedience a mydi (const 9), de se praeparer pour faire cette action avec le plus de soin et de devotion que faire se pourra. Comme aussi une chascune lira les Constitutions et Direc­toires particuliers qui regardent son office ou condition, tous les moys, avec pareille devotion que si alhors ilz leur estoyent donnés nouvellement; et Dieu leur donnera tous­jours des nouvelles lumieres par la lecture d'icelles.

CONSTITUTION XXV

DE LA CORRECTION

Quand quelqu'une [95] fera quelque faute legere, les autres ne la reprendront point ; mais en cas qu'elle continuast, elles en advertiront la Superieure, affin qu'elle y mette ordre. Que si la faute estoit d'importance et secrette, celle qui l'aura apperceue fera doucement et amiablement la correction fraternelle, selon l'Evangile (Mt 18,15), jusques a trois foys; apres quoy, si la defaillante persevere en [96] ses fautes, elle sera deferee a la seule Superieure, affin que par tous les moyens possibles elle y remedie ; mays si la faute n'est pas secrette, elle en advertira la Superieure d'abord. Et en cas que la faute qui est descouverte, pour le scandale, consequence et nuysance qu'elle tire apres soy semblast devoir estre promptement manifestee a la Superieure, celle qui l'aura veue ou sceue prendra l'advis de la Superieure mesme ou [97] du Pere spirituel, sans nommer ni faire con­noistre celle qui sera coulpable, sinon apres qu'elle aura esté conseillee de la nommer.

Affin que l'amendement se face plus grand en la Congre­gation, la veille de la Circoncision, apres que l'on aura tiré les Saintz [98], l'Assistente priera la Superieure, au nom de toutes les Sëurs, de donner a chascune [99] une ayde (cf Entretiens); ët la: Superieure la baillera, leur enjoignant d'avoir: soin particulier de s'exciter réciproquement a l'amour de Dieu, a se corriger de leurs defautz en esprit de douceur et de charité, et sans faire, en sorte que ce soit, aucune autre particularité ensemble. Et lhors elles se prieront l'une l'autre de faire soigneusement cet office reciproque, lequel par apres elles prattiqueront fidelement, sans mons­trer aucune sorte de degoust ou de desfiance, se gardant neanmoins de mesler en leurs corrections la censure ou murmuration pour les imperfections d'autruy.

Et parce que la coustume est que non seulement les Surveillantes, mays aussi les autres Seurs facent les adver­tissemens au refectoir, apres Graces, des fautes qu'elles auront remarquees, qui est de tres grand prouffit, elle sera gardee et observee inviolablement, comme aussi celle de dire les coulpes et faire les mortifications devant le Bene­dicite.

CONSTITUTION XXVI

DU CHAPITRE

Le samedi, toutes les Seurs, sans qu'aucune s'en puisse excuser, si ce n'est pour cause extremement grande, tant les Professes que les Novices et les Seurs du mesnage, s'assembleront au Chapitre ; et apres avoir dit le Veni, Sancte Spiritus, la Superieure dira tout ce qu'il luy semblera devoir estre dit pour le bien spirituel de la Con­gregation. Que si quelqu'une des Seurs avoit quelque chose a proposer sur ce sujet mesme, elle le dira a l'advantage a la Superieure, laquelle, pour ayder sa memoire, fera une petite liste de tout ce qu'elle aura a desduire, [100] si bon luy semble.

Apres cela, celles qui voudront diront leurs coulpes pour plus grande humilité, et on les corrigera doucement et amiablement, sans toutefois extenuer leurs fautes.

Que s'il n'y a autre chose a dire, la Superieure lira ou fera lire au Chapitre quelque advis tiré de quelque livre devot, ou un article de la Regle. Et attendu qu'en toute assemblee faite au nom de Dieu il se treuve au milieu (Mt 18,20), les Seurs doivent assister en celle ci, qui est vrayement faite en ce tressaint nom, avec grande reverence, devotion et attention, s'imaginant de voir Nostre Seigneur au milieu d'elles, par l'ordonnance et inspiration duquel leur sont dites plusieurs choses pour leur perfection. [101]

CONSTITUTION XXVII

DE LA RECEPTION ET DISTRIBUTION DES MOYENS DE LA MAYSON

Les denrees seront receues par l'Œconome, qui rendra conte de moys en moys a la Superieure, en presence de la Portiere et d'une des Surveillantes. Mays l'argent sera de­posé en un coffre a troys clefz, dont une sera gardee par la Superieure, l'autre par la Portiere et la troysiesme par l'Œconome; et sera tenu roolle des sommes qu'on rece­vra, avec les particularités du jour et des personnes qui les delivreront, et les causes pour quoy.

Lhors que par le commandement de la Superieure on prendra ce qui sera requis pour les necessités de la May­son et des Seurs, l'on fera un autre roolle qui contiendra les sommes tirees, escrit de la main de l'une de celles qui garderont les clefz, et les causes pour quoy elles ont esté tirees; et sera signé de la main de la Superieure et de l'autre qui garde les clefz, affin que, au bout de chasque annee, un peu avant Noel, toutes les Officieres ensemble avec la Supe­rieure facent sommairement un estat de tout ce qui s'est passé au maniement exterieur de la Mayson, lequel estat sera representé au Superieur en la Visite [102].

Et quant a la despense journaliere, l'Œconome en aura le soin, faysant faire les employtes requises par l'une des Seurs Tourieres.

CONSTITUTION XXVIII

DU PERE SPIRITUEL DE LA MAYSON

La Congregation demeurera sous l'authorité ordinaire de l'Evesque, ainsy que la Regle le porte (ch 24), auquel elle de­mandera un Pere spirituel qui, de la part d'iceluy, prendra garde a ce que les Regles soyent bien observees et qu'aucun abus ni changement ne s'introduise ; visitera la Mayson une foys l'annee, assisté d'un compaignon meur d'aage, discret et vertueux; se treuvera aux elections de la Supe­rieure et du Confesseur ordinaire ; signera les causes des sorties extraordinaires des Seurs, s'il en arrive quelque legitime sujet, et celles des entrees des hommes et femmes qui y entrent pour quelque service necessaire, sinon qu'il juge a propos, quant a cet article de l'entree, d'en laisser la charge au Confesseur ordinaire, ainsy qu'il a esté dit ci dessus (const 19). Et a ce Pere spirituel, tant la Superieure que les autres Seurs pourront avoir recours ou il sera besoin d'une speciale providence.

Mays quant a la Visite, il seroit expedient qu'elle se fist par l'Evesque mesme, avec l'assistance du Pere spirituel et du Confesseur ordinaire.

Ce Pere, donq, doit estre homme de grande vertu et bien reconneu docte, expert et de grande charité, affin qu'il sçache conduire la Congregation, sans se lasser de la peyne qu'il aura en cette sainte besoigne.

CONSTITUTION XXIX

DES OFFICIERES DE LA MAYSON - PREMIEREMENT DE LA SUPERIEURE

Comme l'ame et le cœur respandent leur assistance, mou­vement et action en toutes les parties du cors, aussi la Superieure doit animer de sa charité, de son soin et de son exemple toute la Congregation, vivifiant par son zele toutes les Seurs qui sont en sa charge, procurant que les Regles soyent observees le plus exactement qu'il se pourra, et que la mutuelle charité et sainte amitié fleurisse en la Mayson. Et pour cela, elle ouvrira sa poitrine maternelle et amiable a toutes les filles esgalement, affin qu'en toute .confiance elles ayent recours a elle en leurs doutes, scru­pules, difficultés, troubles et tentations.

Qu'elle observe de tout son pouvoir les Regles et Consti­tutions, sans qu'elle prattique aucune singularité, ni prenne ou reçoive aucun advantage en habitz, viandes et autres choses, sinon comme les autres, a mesure que la necessité le requerra.

Elle commandera a une chascune des Seurs et a toutes en general avec des paroles et contenances graves, mays suaves ; avec un visage et maintien asseuré, mays doux et humble, et avec un cœur plein d'amour et de desir du prouffit de celle a qui elle commande.

Elle tiendra les yeux attentifs sur ce petit cors de Con­gregation, affin que toutes les parties d'iceluy respirent la paix, la concorde, l'union et le service tres amiable de Jesus Christ. Et partant, lhors qu'une foys le moys les Seurs luy rendront conte de leurs ames (const 24), elle les examinera, s'enquerant discrettement de l'estat present de leur esprit, pour par apres les ayder, exciter, corriger ou soulager.

Elle prouvoira avec un soin particulier a la necessité des malades, et les servira fort souvent de ses propres mains es maladies de consequence.

Elle eslevera avec un amour paternelles les Seurs qui, com­me petitz enfans, seront encor foibles en la devotion, se resouvenant de ce que dit saint Bernard a ceux qui ser­vent les ames : " La charge des ames," dit il (Ep 73 ad Rainald ; Op2, note 132/133), n'est pas des ames fortes, mais " des infirmes ; car si quelqu'un te se­court plus qu'il n'est secouru de toy, reconnois que tu es non son pere, mais son pair. " Les justes et parfaitz n'ont point besoin de superieur et conducteur ; ilz sont eux mesmes leur loy et leur direction, par la grace de Dieu, et font asses sans qu'on leur commande. La Superieure, donq, doit estre principalement pour les imbecilles et debiles, bien qu'aussi elle ne doive pas abandonner les parfaites, affin qu'elles perseverent sans se relascher.

Et partant, qu'elle prenne garde [103] aux necessités des Seurs selon la sincerité de la dilection chrestienne et non selon les inclinations naturelles, et sans avoir esgard a l'extraction ou origine des filles, a la gentillesse de leurs espritz, bonnes mines et autres telles conditions at­trayantes; et qu'elle ne familiarise pas en telle sorte avec les unes que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres.

Elle ne reprendra point les fautes qui se commettront, sur le champ devant les autres, ains en particulier avec charité; sinon que la faute fust telle que, pour l'edification de celles qui l'auront veu faire, elle requiere un prompt ressentiment; lequel, en ce cas la, elle fera en telle sorte que, blasmant le defaut, elle soulage la defaillante, tas­chant d'estre vrayement redoutee, mays pourtant beau­coup plus aymee, comme dit la sainte Regle (ch 25).

Qu'elle ne concede point aysement a pas une l'usage des Sacremens plus frequent que celuy qui est porté par les Constitzttions (const 21), de peur qu'en lieu d'une amoureuse et . respectueuse Communion, il ne s'en face plusieurs par imi­tation, jalousie, propre estime et vanité.

Qu'elle ayt un grand soin de faire continuer toute la Congregation a dire l'Office tres devotement, et a faire les offices spirituelz de l'orayson, meditation, examen de cons­cience, praeparation du matin, oraysons jaculatoires, lec­tures et continuelle presence de Dieu. [104] Comme aussi elle tienne main que toutes les Officieres ayent un Directoire particulier de toutes les choses qu'elles doivent observer en leurs charges.

Elle aura soin tres particulier que les filles et femmes ne soyent jamais receues en la Congregation que leur voca­tion ne soit bien espreuvee, et que aucun respect humain n'entre point en la consideration de leur reception, ains la seule inspiration. Et partant, que l'on les face arrester quelques semaines en la Mayson avant que de leur donner l'habit du novitiat, affin qu'elles soyent considerees a loysir en leurs humeurs, inclinations et deportemens (const 43). .

Qu'elle procure que le Pere spirituel allant dehors, laisse sa charge entre les mains d'un autre bien qualifié.

Qu'elle ait un grand soin d'empescher que rien ne soit en la Mayson et ne s'y face qui ne soit conforme a la sainte pudicité et pureté, a la parfaite pauvreté et a l'exacte obeissance; et partant, si quelque Seur avoit un peu trop d'inclination a converser avec les seculiers, quoy qu'ilz fussent de profession ecclesiastique ou religieuse, ou proches parens, qu'elle luy en retranche toutes les com­modités. Et quant aux conseilz spirituelz ou communica­tion de conscience, comme la Superieure les doit librement permettre, aussi doit elle faire que ce soit avec des person­nes dignes d'estre employees a cet office angelique, et avec le soin ci dessus mentionné (const 20).

Que jamais on ne face aucun proces sans premierement faire rechercher la partie d'en venir a la voye amiable dont on puisse prendre acte. Et que l'on prenne l'advis du Pere spirituel et de quelques uns des principaux amis de la Mayson et des mieux entendus, lesquelz conseillans d'en­trer en proces, la Congregation se tiendra grandement sur ses gardes a ce que rien ne se passe de son costé avec in­justice, par animosité, contention et passion, ni en paroles, ni en escritures, ni en œuvres. Et en cas de perte de proces, que la Superieure et toute la Congregation s'abstienne de toutes murmurations, jugemens temeraires et paroles piquantes, soit contre le juge soit contre les parties.

Qu'elle ne change ni innove rien [105]. Que si elle a besoin elle mesme d'estre dispensee de la Regle, elle le pourra faire de sa propre authorité, apres en avoir conferé avec sa Coadjutrice (const 35) ; sinon en chose de consequence, qu'elle recourra au Pere spirituel ou a l'Evesque. Qu'au de­meurant elle reçoive si humblement et doucement les advis et remonstrances qui luy seront donnés, que les Seurs puis­sent avoir une juste confiance et liberté de l'advertir ou faire advertir es occurrences, selon qu'il sera dit ci apres (const 35). .

En somme, la Superieure se doit tenir si bien aupres de Dieu, qu'elle soit le miroüer et le patron de toute vertu parmi les Seurs, et qu'elle puisse puiser dans le sein du Sauveur la force et la lumiere dont elle a besoin.

CONSTITUTION XXX

DE LA MANIERE QUE LA SUPERIEURE DOIT TENIR POUR LES AFFAIRES

La Superieure estant esleuë, avant toutes autres cho­ses doit choysir quatre Seurs qu'elle jugera plus propres pour luy donner conseil es occurrences (const 31), avec lesquelles elle conferera pour l'ordinaire de quinze en quinze jours les affaires tant spirituelles que temporelles de la Mayson, sans toutefois leur communiquer aucunement l'estat des ames qu'elle aura appris par la reddition des comptes qu'en font les Seurs tous les moys.

Outre cela, comme la Superieure doit avec une modeste et prudente liberté ordonner, commander et disposer selon la Regle et les Constitutions et selon qu'elle jugera estre expedient es occurrences communes et ordinaires, aussi es difficiles et importantes elle doit prendre l'advis des dites Seurs ; et si la chose le merite, elle en doit encor conferer avec le Pere spirituel, ou mesme avec l'Evesque.

Or il ne s'ensuit pas pourtant que la Superieure doive tous-jours suivre le conseil des dites Seurs; ains suffit qu'elle l'entende pour mieux se resoudre elle mesme a ce que, selon Dieu, elle estimera estre plus convenable, apres avoir bien consideré et pesé ce que lesdites Seurs auront allegué et remonstré. Et neanmoins, bien qu'elle ne soit pas obligee le suivre le conseil, si est ce qu'elle doit l'escouter avec tranquillité et suavité, sans tesmoigner aucun mespris ni desdain, affin de laisser la liberté et confiance aux Seurs de dire ce qui leur semblera bon.

Mays il y a des occurrences esquelles, selon les canons et coustumes generales des Monasteres des filles et femmes, il faut ouyr et suivre la pluralité des voix de tout le Cha­pitre des Seurs : comme s'il faut, pour quelque rayson, aliener, eschanger ou alberger [106] les biens du Monastere, recevoir une fille au Novitiat ou a la Profession, eslire la Superieure, rejetter une Seur, demander un Pere spirituel, et s'il se treuve d'autres occasions esquelles le Pere spirituel et la Superieure treuvent estre expedient que les choses passent en Chapitre. [107]

Or, en toutes occurrences esquelles le Pere spirituel et la Superieure ne se treuveront pas de mesme advis, on re­courra a l'Evesque ou a son Vicayre general, qui marquera ce qui devra estre suivi et determiné.

CONSTITUTION XXXI

DES SEURS CHOISIES POUR CONSEILLER LA SUPERIEURE

[108] ET QUI POUR CELA SONT APPELLEES SES COADJUTRICES

Les quatre Seurs choisies pour conseiller la Superieure demanderont souvent l'assistance du Saint Esprit pour bien exercer leur charge, tascheront de ne jamais se laisser preoccuper de leurs humeurs, inclinations ou aversions, en ce qui regarde les deliberations qu'on doit prendre; ains, avec une intention pure et simple, donneront saintement leur advis, sans estriver ni disputer ensemble, et sans mes­priser et avilir l'advis les unes des autres, quel qu'il soit. Et s'il faut repliquer, que cela se face suavement, avec toute modestie.

Apres la consultation, qu'elles se sousmettent au juge­ment de la Superieure, luy laissant prendre telle resolution qu'elle treuvera plus a propos, sans murmurer, ni reveler aux autres Seurs ce qui aura esté dit. Que si neanmoins lesdites Seurs voyoyent que la Superieure se resolust a quelque chose notablement dangereuse ou manifestement pernicieuse, elles en advertiront le Pere spirituel, ou mesme l'Evesque, le plus discrettement qu'elles pourront, affin qu'il y remedie.

Au demeurant, elles doivent estre les plus humbles, sous­mises et obeissantes de toutes a la Superieure.

CONSTITUTION XXXII

DE L'ASSISTENTE

En toutes les occasions esquelles la Superieure ne pourra pas estre presente, l'Assistente tiendra le pouvoir et le lieu d'icelle (horsmis au chœur, ou elle se tiendra en sa place, qui sera tous-jours la premiere et la plus honnorable apres celle de la Superieure), et par consequent elle sera soigneuse de se treuver par tout ou les Seurs seront assemblees, pour les tenir en respect et faire observer la Regle.

Elle aura le soin particulier de la direction des Offices du chœur, duquel elle departira les charges es samedis et veilles des festes esquelles on change l'Office, et ce, apres la recreation du disné [109] ; prenant garde que les pauses, mediations, prononciations, ceremonies, gravité et reve­rence soyent devotement observees. Que si quelque Seur y commet des manquemens, elle en advertira au Chapitre affin qu'il y soit remedié ; mays si ce sont des manquemens reparables, comme de prendre un Psalme pour un autre, ou un ton trop haut ou trop bas, ou semblables accidens, elle les reparera sur le champ, le plus insensiblement que faire se pourra.

Elle prendra garde qu'on ne reçoive en la Mayson aucun. livre que par la permission du Pere spirituel ou du Confes­seur ordinaire, si ce sont des livres nouveaux. Elle don­nera ordre aux lectures, et pour cela aura les livres en charge, qu'elle tiendra en bon ordre [110], et les distribuera. selon que la Superieure luy dira, quant aux Professes ; mays quant aux Novices, selon que la Directrice ordon­nera.

Elle deputera toutes les semaines les lectures, tant pour la premiere que seconde table [111], et corrigera les defautz de celles qui liront, si elles lisent trop precipitamment, ou qu'elles ne prononcent pas bien, ou qu'elles facent quelque autre manquement; mays elle fera elle mesme la lecture qui se fait le soir [112] pour la meditation du lendemain [113], ou bien la fera faire par quelque Seur qui lise bien et clairement.

Elle aura un particulier soin du zele de la Regle et ad­vertira la Superieure du manquement qui y surviendra et aura memoyre que, comme lieutenante de la Superieure elle doit en tout et par tout conspirer avec elle pour le bon estat de la Mayson et avancement des Seurs en la perfection, suyvant au plus pres qu'il luy sera possible non seulement les ordonnances, mais encor les intentions de la Superieure.

S'il se presente quelque affaire duquel on ne puisse diffe­rer la resolution, lhors que la Superieure empeschee de maladie ou autrement n'y pourra pas prouvoir, elle s'en resoudra elle mesme avec l'advis des Seurs que la Supe­rieure employe pour se conseiller, en advertissant par apres la Superieure si tost qu'il se pourra bonnement faire.

Elle prendra garde si toutes les Seurs vont aux exercices spirituelz, et si elles observent le bon ordre requis allant a la Confession et Communion.

Elle visitera au soir les portes qui ont leurs issues, hors de la Mayson, pour voir si elles sont bien fermees ; et visitera aussi les Seurs un quart d'heure apres qu'elles seront retirees, pour voir si elles sont couchees et si elles ont esteint leurs lampes; et s'en treuvant qui y ayent manqué, elle en advertira la Superieure.

CONSTITUTION XXXIII

DE LA DIRECTRICE

De la bonne nourriture et direction des Novices depend la conservation et le bonheur de la Congregation: et partant, la Directrice qui en doit avoir le soin ne doit pas seulement estre discrette, douce et devote, mays elle doit estre la douceur, sagesse et devotion mesme, pour, avec un amour plus que maternel, eslever ses Novices de degré en de­gré a la perfection religieuse, comme des futures espouses, du Filz de Dieu.

Or, ce qu'elle taschera le plus de leur faire concevoir et bien entendre, c'est principalement l'intention qu'elles doivent avoir eue en l'eslection qu'elles ont faite d'abandonner le monde pour se retirer au monastere : qui est affin de s'unir plus parfaitement a Dieu, mortifiant leurs sens exterieurs et encor plus leurs passions interieures, pour rappeller toutes leurs forces au service de l'Espoux celeste, par une chasteté toute pure, une pauvreté despouil­lee de toutes choses et par une obeissance establie en une parfaite abnegation de sa propre volonté ; et que, en som­me, cette Congregation est fondee spirituellement sur le mont de Calvaire, pour le service de Jesus Christ cru­cifié, a l'imitation duquel toutes les Seurs doivent crucifier leurs sens, leurs imaginations, passions, inclinations, aver­sions et humeurs pour l'amour du Pere celeste.

Elle exercera les Novices en humilité, obeissance, douceur et modestie, leur aggrandissant le courage et arrachant, tant que faire se pourra, les niayseries, tendretés et fades humeurs qui ont accoustumé d'alangourir et affoiblir les espritz, principalement du sexe feminin, affin que, comme des filles fortes, elles facent des œuvres d'une perfection solide et puyssante. Et parce que l'entreprinse est grande, elle leur apprendra a ne point se confier en elles mesmes, mays a jetter toute leur confiance en Dieu et en l'intercession et protection de la glorieuse Vierge Marie. En suite dequoy, elle les instruira a bien faire l'orayson et meditation et autres exercices spirituelz ; comme aussi a se bien confesser, briefvement, distinctement et cordiale­ment, et a bien employer les Confessions et Communions ; a bien lire, prononcer, reciter et chanter l'Office, avec toutes les contenances et bons maintiens qu'on doit observer au chœur et en toutes autres occurrences. Et ne fera pas moins, en tout ce qui a esté dit, pour les Seurs Domestiques et Associees [114] que pour les autres, en ce que leur capacité pourra porter.

Elle fera que les Novices prennent l'esprit d'un amour tres affectionné au salut de tout le monde, affin qu'elles prient Dieu pour tous, mays specialement pour la tressainte Eglise catholique et pour tous les Prelatz et officiers d'icelle; faysant souvent leurs oraysons et Communions pour l'exaltation de la foy catholique, pour la conversion des infideles et pecheurs, comme aussi pour tous les Princes chrestiens, et nommement pour celuy du pais ou la Con­gregation se treuve.

Elle leur annoncera souvent la sincere dilection envers tous les Ordres des Religions qui sont en l'Eglise de Dieu, affin que non seulement elles prient pour iceux, ains aussi qu'elles apprennent a les estimer et respecter cordialement. Sur tout elle taschera d'imprimer dans le cœur de ses No­vices que toutes les Seurs de la Congregation ne doivent avoir qu'un seul cœur et qu'une seule ame (Ac 4,32), avec memoyre continuelle que Nostre Seigneur, par son inspiration et vocation, et Nostre Dame, par une secrette visitation de laquelle elle a visité leur cœur, les a jointes et unies ensemble, affin que jamais elles ne fussent separees d'amour et de dilection, ains qu'elles demeurassent en unité d'esprit par le lien de charité, qui est le lien de per­fection (Ep 4,3 ; Col 3,14).

La Directrice, donq, doit avoir un esprit humblement genereux, noble et universel, pour conduire les filles a une devotion non feminine, tendre et molle, mays puyssante, courageuse, relevee et universelle, maniant neanmoins dif­feremment les cœurs des Novices selon la diversité de leur portee et condition de leur esprit, affin de les former toutes selon le bon playsir de Celuy au service duquel elles sont dediees. Que s'il s'en treuve, comme il pourroit arriver, qui ayent le cœur un peu plus rude, grossier et agreste, mais qui ayent pourtant la volonté bien determinee a vou­loir obeir et bien faire, donnant esperance de pouvoir estre addoucies et civilisees, elle usera d'un amour tout particu­lier et genereux pour, avec patience et perseverance, bien cultiver et dresser ces plantes ainsy tortues, parce que bien souvent, moyennant la main et le soin du laboureur, elles portent a la fin des fruitz fort delicieux.

Les Novices s'addresseront en toutes leurs necessités a la Directrice, laquelle, si ce sont des necessités d'importance et de consequence, en advertira la Superieure ; mays pour les menues et ordinaires necessités auxquelles la Direc­trice peut pourvoir aysement, elle le fera sans en donner la peyne a la Superieure.

Elle prendra garde a ne point s'amuser aux apparences exterieures des Novices, qui souvent dependent de la bonne mine et de la composition et du maintien du cors, ou de l'habileté de l'esprit et de la proprieté du langage ; mais penetrera tant qu'il luy sera possible le fond du cœur et de l'ame des filles, affin qu'elle sache discerner leurs defautz et de quelle main il les faut conduire.

On la deschargera tant qu'il sera possible de toutes les autres affaires de la Mayson, affin qu'elle puisse tant mieux vacquer a celle ci qui est si importante.

Elle pourra quelquefois, selon qu'elle le jugera conve­nable, faire essay de la bonté et douceur des Novices, leur commettant d'instruire les autres a lire, coudre, dire l'Office, selon leurs talens.

Les mercredis, apres Prime, elle fera l'assemblee au no­vitiat en forme d'un petit Chapitre, ou les Novices diront leurs coulpes, desquelles elle les corrigera, les instruisant et mortifiant selon les sujetz ; et consecutivement, elle leur dira quelque chose en general pour leur avancement et prouffit spirituel, selon qu'elle jugera estre a propos, ou bien elle leur fera seulement faire le choix des vertus et detestation des vices.

Or, bien qu'elle puisse diversifier les exercices spirituelz selon les occurrences, elle ne pourra neanmoins en admettre de nouveaux et extraordinaires sans l'advis du Pere spiri­tuel et de la Superieure; et qu'elle prenne garde a ce que les Novices ne soyent pas chargees d'exercices, soit spi­rituelz, soit temporelz.

CONSTITUTION XXXIV

DES SURVEILLANTES

La Superieure choysira deux de ses Coadjutrices, [115] ou telles autres des Seurs que bon luy semblera, qui, avec elle, prendront garde aux fautes et manquemens particu­liers qui se commettent, pour les luy faire sçavoir et con­ferer avec elle des remedes convenables ; voyre mesme, quand la Superieure l'ordonnera, elles pourront proposer les fautes et manquemens en plein Chapitre, avec modestie et simplicité. Mays la Superieure ne fera jamais cela qu'avec meure et grave deliberation, et se gardera bien de leur faire proposer publiquement chose qui puisse infamer, sinon qu'elle fust publique.

Ces deux Seurs doivent estre grandement unies ensemble et s'entreporter au zele de l'observance des Regles, mar­chant en esprit d'humilité et sincerité [116].

Ayant conferé avec la Superieure des fautes qu'elles ont reconneuës et proposé leur advis, elles s'arresteront simple­ment a celuy de la Superieure, sinon qu'elles vissent en icelle une manifeste connivence qui peust beaucoup nuire a la Congregation ; car alhors elles en pourront conferer avec le Pere spirituel, en toute sousmission et reverence.

Jamais elles ne diront rien de ce qui a esté traitté et re­soulu entre elles et la Superieure, ou bien mesme au Cha­pitre, layssant a la Superieure la poursuite de la correction ainsy qu'elle verra a faire.

En l'absence de l'Assistente et de la Superieure, la plus ancienne d'entre elles tiendra la place de la Superieure, et en la place de la plus ancienne l'autre succedera, sinon que la Superieure en ayt nommé une autre, cela demeurant en sa liberté.

Et sur tout, qu'elles s'abstiennent de parler des defautz des Seurs, sinon avec la Superieure et en esprit de charité.

CONSTITUTION XXXV

DE [117] L'AYDE DE LA SUPERIEURE

La Superieure choysira a son gré une des Seurs qui aura charge de l'admonester des fautes qu'elle commettra, et a laquelle toutes les Seurs s'addresseront pour faire faire la. correction par icelle a la Superieure, affin que la Superieure, qui doit ayder et corriger toutes les autres, ne demeure pas elle seule privee du bien d'estre aydee et corrigee. A cet effect, elle annoncera en plein Chapitre celle qu'elle aura choysie pour son Ayde et correctrice, exhortant pour l'amour de Nostre Seigneur toutes les Seurs, et sur tout celle qu'elle aura choysie, de luy faire sincerement et fidelement, avec toute confiance, cet office de charité (const 29).

Or, cette Seur doit tellement exercer sa charge, que pour cela elle ne rabbatte rien de l'honneur, respect et obeissance qu'elle doit a la Superieure, ains taschera de servir en cela mesme d'exemple a toutes les Seurs.

Elle prendra garde de ne point importuner l'esprit de la Superieure par des trop frequentes et inutiles reprehen­sions : comme elle feroit si, pour des fautes legeres et pas­sageres et qui ne tirent point de consequence, elle venoit a tous propos faire des advertissemens.

Jamais elle ne donnera connoissance a la Superieure des Seurs qui auront prié de l'advertir, ni ne dira non plus aux Seurs ni a personne ce qu'elle aura dit a la Superieure, ni ce que la Superieure luy aura respondu ; ains si elle void la Superieure se rendre incorrigible en chose de consequence, elle pourra seulement en conferer avec le Confesseur ordi­naire, ou mesme, s'il semble mieux, avec le Pere spirituel, qui aussi sera obligé de couvrir si discrettement ce secret en remediant au mal que l'Ayde n'en puisse estre con­tristee.

Elle aura le sceau pour cachetter toutes les lettres des Seurs apres que la Superieure les aura veuës (const 3), sans qu'il luy soit loysible a elle de les voir, sinon que la Superieure luy en donne la charge.

CONSTITUTION XXXVI

DE L'OECONOME

Une des Seurs aura le soin de toute la Mayson comme Econome generale d'icelle, laquelle, avec une fidelité et allegresse toute particuliere, entreprendra cette charge a l'imitation des saintes dames qui suivoyent Nostre Sei­gneur et les Apostres, pour leur administrer les choses re­quises a leur vie corporelle (Mc 15,40 ; Lc 8,2), embrassant la diligence et ferveur de sainte Marthe, mays fuyant son trouble et son empressement (Lc 10,40).

Elle communiquera donq de tems en tems, et selon que les occurrences le requerront, de toutes les necessités de la Mayson avec la Superieure, pour prendre l'ordre et l'ins­truction d'icelle.

[118] Elle fera toutes les provisions de la Mayson en leur tems et sayson, les faysant retirer proprement et en lieu convenable, et les visitant comme il convient, affin que rien ne s'y gaste.

Elle pourvoyra que les Officieres ayent tout ce qui leur est necessaire pour leur charge [119].

Elle prendra deux foys l'annee avec soy les Surveillantes pour visiter soigneusement tous les offices et tout le reste de la Mayson, pour, par apres, faire le rapport a la Superieure si tout est en bon ordre et estat ; et outre cela, elle mesme fera cette visite selon qu'elle jugera estre expedient.

Elle tiendra un roolle bien daté de l'argent qui luy sera donné pour la despense et de [120] celuy qui proviendra des ventes ou des presens charitables.

Elle ordonnera a la Despensiere (const 40 n°4), de moys en moys, ce qu'il faudra pour la table, et regardera souventesfois ce qu'elle luy aura mis en main, affin que tout soit tenu en bon ordre.

Qu'elle prenne garde au moys de febvrier et au moys d'aoust que rien ne manque pour les vestemens de l'hiver et de l'esté.

Elle tiendra les inventaires de tous les meubles de chas­que office, et procurera que chasque officiere en ayt un par­ticulier de ce qui est de sa charge, qu'elle reverra chasque annee en l'une des visites generales qu'elle fera de toute la Mayson.

Elle distribuera les besoignes, comme de filer et coudre, aux Seurs selon les occurrences; et toutes les besoignes faites luy seront remises, affin qu'elle les mette sur son conte.

Elle fera un roolle de tout ce que les Novices apporteront a la Mayson, qu'elle leur fera signer si elles le sçavent faire ; sinon, la Superieure le signera.

Elle fera voir son conte a la Superieure tous les moys, tant de ce qu'elle aura receu que de ce qu'elle aura des­pendu.

Elle se rendra prompte et charitable a toutes les neces­sités des Seurs, selon l'ordonnance de la Superieure, et prendra garde que les Seurs de l'office de la cuysine et les Seurs Tourieres facent bien et a propos ce qui est de leur charge, et avec la douceur et support requis.

Elle tirera tous les jours conte de la Seur Touriere qui fait les provisions.

Elle aura soin particulier que les Seurs Tourieres ne soyent point trop chargees de besoigne, ni aussi qu'elles ne perdent point le tems, et aura le mesme regard sur les Seurs Domestiques ; et fera que les Seurs Tourieres [121] pren­nent le tems, es jours de festes, d'ouyr lire ou s'entretenir des choses spirituelles et saintes, pour s'exciter a la devotion selon leur capacité.

CONSTITUTION XXXVII

DE LA PORTIERE

La Portiere doit estre grandement discrette pour faire sagement les responces et messages qui viennent en la May­son et en sortent, pour faire doucement attendre les per­sonnes auxquelles on ne peut pas donner satisfaction sur le champ.

Or, elle n'ouvrira jamais a personne sans la licence de la Superieure et sans son assistente, et prendra garde qu'en ouvrant elle ne puisse estre veuë de dehors, ni [122] sa com­paigne aussi.

Elle verra ce qui sort de la Mayson et l'escrira, si c'est chose d'importance.

Les Seurs estant aux Offices, en l'orayson et a table, elle s'excusera de les appeller, si ce n'est pour chose qui presse et de grande importance. Elle rendra toutes les lettres qui arriveront a la Superieure, et n'en fera point sortir sans son ordre (const 3).

Si quelqu'un donne quelque chose a la Congregation, elle en fera le recit sur le soir, apres la recreation

[123] , affin que l'on prie pour les bienfacteurs.

Qu'elle soit courte en paroles avec ceux qui viendront a la porte, ne s'enquerant d'aucune chose non necessaire.

Elle ne laissera point les clefz a la porte, et les rendra tous les soirs a la Superieure, comme aussi celles du parloir et tournoir.

Elle ne fera aucun message de dehors aux Seurs, ni des Seurs a ceux de dehors sinon par l'ordre de la Superieure, ou bien de la Directrice en ce qui regarde les Novices.

Elle n'usera d'aucune authorité sur sa compaigne, ains s'en servira simplement pour estre tesmoin de ses actions et pour estre assistee a fermer a bonne heure les portes.

CONSTITUTION XXXVIII

DE LA SACRISTAINE

La Sacristaine aura charge et tiendra un roolle de tout ce qui appartient a l'eglise et chappelle de la Congregation, et tiendra tous les ornemens, paremens et meubles qui appartiennent au service de l'autel et de l'eglise propre­ment, nettement et en bon ordre; parera la chappelle, et praeparera les habitz sacerdotaux avec grande diligence, selon la varieté des testes et des tems, se souvenant que Nostre Seigneur a tous-jours aymé la netteté et mondicité, et que Joseph et Nicodeme sont loüés d'avoir proprement et nettement enseveli son cors, avec parfums et unguens pretieux (Mt 27,59 ; Jn 19, 38).

Elle advertira la Superieure s'il arrive quelque prestre estranger pour dire la Messe, et sçaura s'ilz ont licence de l'Evesque.

Si quelqu'un venant a la sacristie veut parler d'affaires, elle l'envoyera a la porte, sinon que pour la qualité des personnes il fust mieux d'advertir la Superieure.

Elle sonnera tous les Offices, les Messes et les Ave Maria a propos.

Elle advertira de bonne heure s'il y a des Confessions et Communions a faire.

Elle ne s'arrestera point a parler avec le Pere confesseur et chapelain ordinaire non plus qu'avec le clerc, ni moins avec les estrangers, sinon pour les choses necessaires.

Elle ira le matin, avant que sonner l'orayson, par toutes les cellules des Seurs pour voir si quelqu'une, par in­commodité, ne peut pas venir a l'Office ; et si elle en treuve, elle en advertira la Superieure.

On ne fera point de poupees en toute la Mayson et moins en mettra-on sur l'autel, ni pour representer Nostre Sei­gneur, ni Nostre Dame, ni les Anges, ni choses quelcom­ques ; ains on aura des images bien faites et appreuvees par le Pere spirituel, notamment celles qu'on met sur l'autel [124].

Et parce que les particularités du soin que doit avoir la Sacristaine pour la proprieté et bienseance de toutes les choses sacrees qu'elle a en sa charge sont en trop grand nombre, on luy en doit faire un Directoire a part ; et qu'elle l'ayt tous-jours devant les yeux, en le lisant tous les moys, affin de ne point manquer a tout ce qui sera par escrit, la Congregation ayant interest nompareil que cette charge soit passionnement bien exercee.

CONSTITUTION XXXIX

DE L'INFIRMIERE

Celle ci ne doit respirer que charité, tant pour bien servir les Seurs malades, que pour supporter les fantasies, cha­grins et mauvaises humeurs que le mal cause quelquefois aux pauvres infirmes, les divertissant neanmoins de leurs impressions le plus dextrement et le plus suavement qu'elle pourra, sans jamais tesmoigner d'estre degoustee ni ennuyee de les servir. Ainsy, donq, elle les doit regarder comme la vive image de Jesus Christ crucifié ; et si les anciens chrestiens, comme saint Chrisostome asseure (Homil. ad Antioch), alloyent bien loin en Arabie voir et reverer le fumier sur lequel saint Job souffrit tant de travaux (Jb 2,7), avec quelle reverence devons nous approcher le lit sur lequel nos freres et nos seurs sont couchés pour endurer leurs maladies au nom de Dieu !

Elle se chargera de tout ce qui appartient a l'infirmerie et au service des malades, dont elle tiendra un memoyre ; et aura un extreme soin que les chambres soyent nettes, propres et bien ornees d'images, feuillages et bouquetz, selon que la sayson le permettra, et que rien ne demeure autour des malades qui puisse rendre des puanteurs, ains au contraire, si le medecin le permet, elle y tiendra tous­jours des bonnes senteurs et odeurs.

[125] Elle s'essayera de donner aux malades toute confiance, sans acquiescer toutefois a leurs volontés en ce qui leur pourroit nuyre.

CONSTITUTION XL

DES MENUS OFFICES DE LA MAYSON [126]

1. - DE LA ROBIERE [127]

Celle ci aura la charge de tous les habitz et chaus­seures des Seurs, comme aussi des lictz et de toutes leurs appartenances ; dequoy elle tiendra un roolle, et les con­servera diligemment, prenant garde que tout cela soit en bon ordre et raccommodé selon le besoin, si que rien ne s'y gaste par negligence et que rien n'y soit contraire a la pauvreté et simplicité.

Elle fera la distribution selon l'ordonnance de la Supe­rieure, sans permettre que les Seurs facent aucun choix, ains regardera simplement a la necessité de chacune.

Elle tiendra un roolle particulier des habitz seculiers des Novices, et les conservera soigneusement pour en rendre conte au jour de leur Profession.

2. - DE LA LlNGERE

Celle ci doit avoir le mesme soin des linges que la Robiere des habitz, pour les bien conserver, raccoutrer et distribuer selon la necessité des Seurs; puis les retirer, faire blanchir, plier et secher.

Elle en fera un roolle et en tiendra conte au bout de­ chasque annee; et les serrera en bon ordre, mettant a part ceux qui sont propres pour les Seurs de grande taille d'avec ceux qui sont pour les petites, affin de les treuver plus aysement et les distribuer sans choix.

Quand les Seurs auront des necessités extraordinaires, elle leur en donnera charitablement; et au reste, luy sera fait un petit Directoire pour toutes les particularités qui regardent sa charge.

3. - DE LA REFECTORIERE

Celle ci doit tenir proprement tout ce qui regarde les meubles du refectoir et praeparer toutes les choses a propos.

4. - DE LA DESPENSIERE

L'office de la Despensiere depend de celuy de l'Œconome. C'est a elle de despenser en detail le vin, le pain, l'huyle, le sel, le beurre et autres choses requises pour la nourri­ture des Seurs, pour l'aumosne et autres telles occasions.

Elle fera les portions, et prendra garde que tout se face ­fort honnestement en la cuysine. [128]

CONSTITUTION XLI

DES SEURS [129] DOMESTIQUES

Les Seurs employees a la cuysine et autres services du mesnage le feront avec allegresse et consolation, se resou­venant que sainte Marthe le fit (Lc 10,40), se representant les petites mays douces meditations que faysoit sainte Catherine de Sienne (Raym de Cap. Vie Ia,2 ) laquelle, parmi des semblables exercices, ne lais­soit pas d'estre ravie en Dieu (Intr. VD III, 35). Ainsy doivent les Seurs, tant qu'il leur sera possible, tenir leurs cœurs recueillis en la divine Bonté, laquelle, si elles sont fideles, declairera un jour devant tout le monde que ce qu'elles ont fait pour ses servantes a esté fait pour elle (Mt 25,40)..

Elles feront neanmoins les exercices spirituelz selon qu'il y aura plus ou moins a faire et que la Superieure leur or­donnera ; laquelle aura un soin particulier de ne laisser les Seurs sans la nourriture convenable a leur esprit, puisqu'elles servent a la nourriture corporelle de toute la Congregation.

[130] Toutes seront esgales en cet office, et s'entr'ayderont mutuellement en paix et charité ; et lhors que le loysir le permettra, elles iront l'une apres l'autre, alternativement, aux assemblees de la Communauté.

Elles tiendront conte de tous les meubles servant a leur office, tant linges qu'autres, et rendront conte une foys l'annee a l'Œconome.

CONSTITUTION XLII

DES SEURS TOURIERES [131]

La Congregation recevra le moins qu'elle pourra des Seurs Tourieres; et semble bien que deux ou troys se­ront esgalement et necessaires et suffisantes pour tout ce qui est requis au service de la Mayson.

Or, la Superieure prendra garde que celles qu'elle prendra soyent de bon cors et de bon cœur, de bonne complexion et de bon naturel, mais sur tout grandement resolues de ser­vir Nostre Seigneur en travaillant pour la Congregation, avec obeissance, douceur et humilité.

On les espreuvera donq six semaines durant, pendant lequel tems on leur proposera les articles du service et de l'obeissance qu'elles auront a rendre, la sousmission de leur propre volonté en toutes choses, avec le reste de l'ob­servance de la Regle. Apres quoy on les recevra avec les mesmes conditions et considerations que les autres Seurs.

Elles ne changeront point d'habit en leur reception ni en leur establissement, ains demeureront vestues comme les honnestes filles de leur qualité originaire, a la façon du lieu ou est la Congregation, sans aucune [132] difference, sinon qu'elles seront vestues simplement et modestement de noir, sans ouvrages ni mignardise quelcomque, avec une croix d'argent pendue en leur col comme les autres.

Elles demeureront deux annees Novices, passees lesquelles elles seront establies en la Congregation par le vœu simple d'obeissance et l'oblation, comme il sera dit [133].

Elles observeront les jeusnes comme les autres et communieront tous les Dimanches et bonnes festes ; diront tous les jours le Chapelet, feront l'examen qui se fait apres Ma­tines ; les Dimanches et festes, ne se treuvans pas occupees, elles assisteront a Vespres. Bref, autant que les occupations auxquelles elles sont destinees le permettront, on les rendra conformes en mœurs, en exercices et en affection aux Seurs de la Congregation.

Personne ne leur commandera que la Superieure et l'Econome, [134] lesquelles leur donneront une Seur pour les instruire et consoler aux choses spirituelles. En tout, la Superieure leur commandera avec amour, et les Seurs les nommeront seurs, se resouvenant que, quoy qu'elles ser­vent a l'exterieur, elles ne laissent pas, selon l'interieur, d'estre filles de Dieu, coheritieres de Jesus Christ (Rm 8,16), esgales en nature et en la praetention de la grace et de la gloire aux plus grandes du monde; et qu'en fin, comme dit saint Paul (1 Co 8,6), elles et nous n'avons qu'un seul Maistre, Jesus Christ, esgalement Seigneur et Sauveur des unes et des autres.

Quand donq elles seront malades, la Superieure les fera retirer dans l'infirmerie, et l'Infirmiere les traittera ne plus ne moins que les autres en toutes sortes de services et en toutes occasions, de quelque necessité corporelle et spi­rituelle qu'elles puissent avoir. La Superieure leur ouvrira son sein maternel comme au reste des Seurs, allegeant leur travail corporel par ce soulagement spirituel.

Quand elles iront faire les provisions, elles se conduiront avec tant de modestie et de retenue qu'elles edifient un chacun ; et se comporteront tout ne plus ne moins que si elles estoyent dans la Mayson, a la veuë de la Superieure.

Elles ne doivent entrer en aucune mayson ni manger dehors [135] sans l'avoir demandé a la Superieure, sinon qu'il y eust quelque necessité qu'elles n'eussent pas peu pre­voir avant que sortir ; ni ne parleront ni s'amuseront par les rues, sinon pour les affaires qu'elles y auront.

Qu'elles n'apportent nulle sorte de nouvelles de la ville, ni messages, lettres ou recommandations, sinon a la seule Superieure. [136]

CONSTITUTION XLIII

DE LA PREMIERE RECEPTION DE CELLES QUI DESIRERONT ESTRE DE LA CONGREGATION

On ne recevra aucune fille pour entrer en la Congrega­tion qui n'ayt quinze ans accomplis et ne sache lire, si elle est presentee pour estre du chœur, et qui ne tesmoigne un grand desir de la perfection chrestienne; et quant aux moyens requis pour l'entretenement, on y advisera de tems en tems, selon les commodités de la Mayson.

Et quand quelque fille ou femme sera proposee pour estre receue, avant toutes choses on la fera venir en la Mayson, ou elle arrestera quelques jours comme estran­gere, pour estre veuë et consideree de la Superieure et des Seurs. Et quand la Superieure jugera qu'il en soit tems, elle fera faire la demande de l'entree par la pretendante en plein Chapitre, puis elle prendra les voix de toutes les Seurs ; et si la Superieure avec la pluspart des Seurs s'ac­cordent a la reception, on l'admettra au premier essay, le tout neanmoins ayant prealablement pris l'advis du Pere spirituel qui, de son costé, s'enquerra des conditions de la fille affin de mieux conseiller les Seurs en cette occur­rence.

Les vefves seront de mesme condition quant a ce point, horsmis qu'il faudra prendra garde de n'en point recevoir qui ayent des enfans pour la conduite desquelz il soit vrayement necessaire qu'elles demeurent au monde, ni de celles qu'on reconnoist estre fort tendres de leurs enfans et sujettes a se troubler. Car encor que telles vefves semblent a l'abord bien disposees, tandis que la ferveur des premieres impressions de la devotion les anime, elles sont toutefois grandement sujettes peu apres aux tenta­tions de l'inquietude a la moindre difficulté qui se presente, s'imaginant que si elles estoyent au monde elles feroyent des miracles pour leurs enfans, et ne cessent jamais de parler d'eux et de les lamenter ; et quoy que leur entree fust grandement utile a leurs enfans mesmes, pour peu qu'elles fussent faschees d'ailleurs, elles prendroyent occa­sion de blasmer et censurer leur retraitte, avec scandale de plusieurs.

Et en general, on evitera de prendre des filles ou femmes qui soyent mutines ou opiniastres, ou trop esgarees et fo­lastres, les unes s'arrestant trop a leur propre cervelle, et les autres ne s'arrestant a rien; comme encor on se gardera, tant qu'il sera possible, de prendre celles qui sont trop adonnees a la tendreté et compassion sur elles mesmes.

CONSTITUTION XLIV

DE L'ENTREE DES NOVICES

La praetendante ayant asseurance de sa reception, pourra, quand la Superieure l'ordonnera, faire le premier essay avec ses habitz ordinaires, esquelz elle demeurera pour quelques semaynes, selon que la Superieure advisera, pour essayer et considerer si elle pourra bien s'accommoder aux Regles et observance de la Congregation, lesquelles on commencera a luy faire exactement prattiquer. Et luy fera-on entendre que la Congregation est une escole de l'abnegation de soy mesme, de la mortification des sens et de la resignation de toutes les volontés humaines, et, en somme, un mont de Calvaire ou, avec Jesus Christ, ses chastes espouses doivent estre crucifiees spirituelle­ment, pour, apres cette vie, estre glorifiees avec luy (Rm 8,17).

Et ce pendant, on la fera preparer par meditations et oraysons a faire une bonne confession generale, sinon qu'elle l'eust des-ja faite, en sorte que le Pere spirituel et la Superieure jugeassent qu'il ne fust pas expedient de la refaire encor une foys ; auquel cas on luy fera seulement faire une confession despuis la generale qu'elle aura faite. Et elle, par apres, dira de gros en gros ses inclinations, hu­meurs et passions qui ont jusques a l'heure principalement regné en elle, faysant un abbregé de l'histoire de sa vie, tant du mal que du bien, avec confiance et fidelité, affin que la Superieure entende mieux comme il la faut conduire et faire exercer, gardant comme un secret de conscience tout ce qui luy aura esté dit pour ce sujet.

Or, le tems prefix estant passé, on tirera les voix, lesquelles luy estans favorables elle se praeparera, et on luy donnera l'habit du novitiat [137].

Pendant le novitiat des Seurs on taschera de fortifier leurs cœurs et les rendre devotes, non d'une devotion mi­gnarde, tendre ou pleureuse, mays d'une devotion esgale­ment douce et courageuse, humble et confiante. Et sur tout on procurera que la Novice esgale et applanisse ses humeurs et inclinations a la regle de la charité et discretion : c'est a dire, qu'elle apprenne a ne point vivre selon ses humeurs, passions, inclinations et aversions, mays selon l'ordre de la vraye pieté, ne pleurant, riant, parlant, se taysant que par rayson, et non quand le caprice ou fan­tasie luy en vient: en sorte qu'elle reserve les demons­trations de sa joye ordinaire pour les recreations ; l'in­clination de se taire, pour le silence; celle de pleurer, quand la grace l'excitera aux larmes de devotion, sans les employer en des frivoles occasions. Et en fin on luy fera entendre qu'elle ne doit se servir de son cœur, ni de ses yeux, ni de ses paroles que pour le service de la dilection de son Espoux, et non pour le service des humeurs et incli­nations humaines.

CONSTITUTION XLV

DES VŒUX ET PROFESSION

Il ne sera jamais loysible aux Novices de demander la Profession; ains seulement, estans interrogees de leur desir pour ce regard, elles l'expliqueront en verité, et la Supe­rieure aura soin de leur faire faire les vœux et la Profes­sion quand il en sera tems, selon les ceremonies accous­tumees [138].

CONSTITUTION XLVI

DU RENOUVELLEMENT ET CONFIRMATION DES VŒUX

Le jour de la feste de saint Michel, la Superieure [139] advertira toutes les Seurs Professes de se preparer a faire le renouvellement de leurs vœux pour le jour de la Presentation de Nostre Dame [140]; et pour s'y preparer, elles feront chacune la retraitte, selon qu'il sera ordonné par la Superieure.

[141] Outre laquelle, les Seurs feront trois jours de re­traitte avant Noel, avant la Pentecoste et avant la Pre­sentation de Nostre Dame, et de plus toute la Semaine Sainte, jusques apres la Messe du samedi ; et ne se fera aucune assemblee pendant lesditz tems de retraitte, que celle de la recreation du soir, qui sera employee a parler des choses saintes et de devotion.

CONSTITUTION XLVII

DE L'ESLECTION DE LA SUPERIEURE ET AUTRES OFFICIERES [142]

La Superieure ne demeurera en charge que troys ans, a la fin desquelz, le samedi apres l'Ascension de Nostre Seigneur, le Chapitre assemblé dans le chœur, en presence du Pere spirituel qui sera assis a la treille, se mettant a genoux au milieu des Seurs, elle renoncera et deposera sa superiorité entre les mains du Pere spirituel qui, ayant accepté sa resignation, l'absoudra de sa charge di­sant : " La Congregation vous descharge, au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit; " et la remettra a l'Assis­tente. Et la Superieure demeurera ainsy deposee, et dira sa coulpe [143] des fautes commises en sa charge, et le Pere spirituelluy donnera la penitence, et elle se retirera en la derniere place.

Apres quoy, le Pere spirituel exhortera de penser serieu­sement a une nouvelle eslection pour le jeudi suyvant, sans autre consideration que de la plus grande gloire de Dieu et sanctification de son nom. Puys on dira le Veni, creator Spiritus, et on se retirera.

Le Dimanche suyvant, on fera la Communion generale pour l'eslection future, de laquelle eslection ni de la deposi­tion faite les Seurs ne parleront point ni es recreations ni es assemblees ; ains une chacune pensera a faire l'eslec­tion qu'elle estimera estre meilleure selon Dieu, et dira­-on tous les jours apres la Messe et le soir apres les Letanies le Veni, creator Spiritus. Puys, le jeudi, apres la Com­munion generale faite a cette intention, toutes les Seurs estans sorties du chœur, apres qu'on aura mis une table au milieu d'iceluy, avec du papier, de l'encre et de la poussiere, l'Assistente rentrera la premiere, et s'estant mise a genoux, apres avoir fait le signe de la Croix, elle escrira le nom de celle qu'elle voudra eslire ; puys, l'ayant plié, elle sortira, et les autres, toutes l'une apres l'autre, feront de mesme.

A une heure apres mydi, le Pere spirituel estant revenu, s'il y a des Seurs malades il ira prendre leurs voix et les escrira en des billetz, et les mettra dans la boëte ou les autres seront mis. S'il y a des Seurs qui ne sçachent pas escrire, il les fera venir au parloir et luy mesme escrira leurs billetz. Puys, toutes les voix estant escrittes, on ira au chœur comme le samedi precedent, et apres avoir dit le Veni, creator Spiritus, toutes les Seurs viendront, les unes apres les autres, apporter leurs billetz au Pere spirituel qui, les ayant tous receus dans la boëte, les retirera et les lira l'un apres l'autre ; et deux des Seurs, qui auront une liste du nom de toutes les Seurs qui peuvent estre esleuës, avec des lignes tirees a l'endroit de chasque Seur, marque­ront d'une traverse la ligne du nom qui se lira. Et en fin on verra laquelle des Seurs aura le plus de voix, et celle la sera la Superieure, sans qu'il luy soit loysible ni de refuser, ni de s'excuser, ni de dire des belles parolles, ains s'estant agenouillee, elle fera la Profession de foy [144].

Le Pere spirituel confirmera l'eslection au nom de l'E­vesque, disant : " Et nous, de l'authorité que nous avons, confirmons vostre eslection a ce que vous soyes Mere et Superieure de toute cette Congregation, au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. " Apres quoy, elle va s'asseoir en la place de la Superieure, et toutes les Seurs, l'une apres l'autre, luy vont bayser la main a genoux. On dit l'Ave, maris Stella, et en fin Laudate Dominum omnes gentes (Ps 116),. et cela fait, l'Assistente va escrire dans le Livre [145] le jour de cette eslection.

S'il se treuvoit que deux Seurs eussent esgalement des voix, il faudra alhors que le Pere spirituel escrive leurs noms en une feuille, tirant une ligne a l'endroit de chas­cun d'iceux; puys les Seurs sortiront et viendront l'une apres l'autre a luy, et diront laquelle des Seurs elles desirent, et il la marquera par la traverse, en sorte que nul ne puisse voir le papier ou se font les marques, ni ouyr les voix, sinon le Pere spirituel et celuy qui l'accompaigne. Et s'il y a des malades, il ira prendre leurs voix luy mesme comme dessus. Toutes les voix estans prinses, le Pere spi­rituel bruslera tous les billetz, affin qu'il n'en soit plus memoyre et que les voix demeurent secrettes.

Au reste, on ne pourra eslire aucune Seur pour Supe­rieure qui n'excede l'aage de quarante ans et qui ne soit Professe de huit ans. Et s'il n'y en a pas au Monastere on en pourra eslire une des autres Monasteres du mesme Ins­titut de la Visitation ; ou du moins faudra-il que celle qui sera esleuë ayt cinq ans de Profession et trente ans d'aage, selon que le sacré Concile l'ordonne (Sess 25, De Mon.7).

[146] La Superieure estant esleuë et ayant choysi celles que, selon Dieu, elle jugera estre plus propres pour exercer les charges d'Assistente et Coadjutrices, elle les proposera au Chapitre, et l'eslection s'en fera par la pluralité des voix. Que si elles n'en ont les deux tiers, la Superieure en proposera des autres, et l'eslection en estant faite, elle choysira avec l'advis desdites Seurs esleuës, celles d'entre les autres Seurs qu'elle jugera estre plus propres pour exercer les autres offices ; et toutes demeureront en l'exercice de leurs charges jusques a ce que la Superieure jugera a pro­pos de les changer.

CONSTITUTION XLVIII

DES PENITENCES ET CHASTIMENS

Le glorieux Pere saint Augustin tesmoigne asses qu'il veut la justice punitive estre employee au service et con­servation de la charité en sa Congregation; mais il laisse au jugement de la Superieure la qualité et quantité des penitences et punitions qu'elle doit imposer selon la diver­sité des coulpes (ch 14,15). Ce sera donq a elle de proportionner les chastimens avec les fautes, enjoignant des penitences petites ou grandes a mesure que les fautes le meriteront, ainsy qu'il se fait maintenant et que le Directoire le porte (art 31).

Mays si les fautes sont griefves et qu'il y ayt de la malice, opiniastreté et obstination, alhors elle conferera avec ses Coadjutrices pour prendre leur advis sur la correction con­venable ; et s'il est besoin, fera paroistre la coulpable devant elles pour la convaincre, et mesme, s'il est jugé a propos, devant le Confesseur, affin qu'il l'ayde, ou devant le Pere spirituel; et la, luy faire sa sentence, pour luy donner la sainte confusion qui reduit a penitence.

Mays s'il arrivoit, ce que Dieu ne veuille jamais permet­tre, que quelqu'une se rendist tout a fait incorrigible et incurable en son obstination, alhors il faudroit assembler le Chapitre devant le Pere spirituel pour prouvoir de re­mede ; et s'il estoit expedient [147], on en conferera non seu­lement avec le Pere spirituel, mays aussi avec l'Evesque, s'il est au lieu, ou s'il n'y est pas, avec son Vicayre general, pour prendre tous les moyens requis et convenables affin de remedier a ce mal [148].

CONSTITUTION XLIX

BRIEFVE DECLARATION DE L'OBLIGATION DES SEURS

A L'OBSERVANCE [149] DE LA REGLE ET DES CONSTITUTIONS

C'est l'opinion commune [150] des Docteurs (S.Th. IIa IIae 186,9, ad 1 et 3) et la vraye verité que ni la Regle de saint Augustin, ni certes la pluspart des Regles des autres Religions n'obligent nullement a peché d'elles mesmes, ains seulement a ray­son des circonstances suyvantes :

1. Quand la chose defendue est en soy peché, ou que ce qui est commandé est necessaire a salut.

2. Quand on fait ou qu'on laisse a faire quelque chose par desdain et mespris de la Regle.

3. Quand on contrevient a l'obeissance que la Superieure impose en ces termes ou semblables : " Je commande au nom du Saint Esprit ", ou " sous peyne de peché mortel " Mays la Superieure ne doit jamais faire telz commande­mens que pour des choses de tres grande importance, et ce par escrit, s'il se peut.

4. Quand le Pere spirituel ou l'Evesque commandent ou defendent quelque chose sous peyne d'excommunication majeure qui soit encourue par la transgression mesme.

5. Quand on transgresse absolument la Regle es vœux essentielz de chasteté ou pauvreté, ou de la vie reguliere : comme il arriveroit donnant, ou prenant, ou gardant chose notable sans congé, rompant la clausure, quittant tout a fait l'habit, et semblables.

6. Quand on viole la Regle avec scandale et en sorte que la consequence apporte manifestement quelque grand praejudice au Monastere. .

7. Quand on fait quelque manquement en la Regle par quelque desordonnee passion: comme, par exemple, de n'aller pas au chœur aux heures marquees par une grande negligence et paresse ; de manger hors du repas par une grande avidité et friandise ; de rompre le silence, [151] par cholere, et autres semblables, bien que telz pechés ne soyent pas souvent mortelz. Mays, comme ilappert, ce n'est pas la Regle, niles Constitutions qui en ces cas cau­sent le peché, ains les circonstances qui de leur nature le causeroyent en toutes autres occasions ; car ce seroit tous-jours peché aux seculiers mesme de faire ce qui est peché en soy, de laisser ce qui est requis au salut, d'enfrein­dre quelque loy par mespris, de violer les vœux, de scan­daliser le prochain, de se relascher a quelque passion de­sordonnee (cf Entretiens).

La Regle donq et, comme il a esté dit, beaucoup moins les Constitutions n'obligent nullement a peché d'elles mesmes ; mays les Seurs craindront pourtant tous-jours de les violer si elles se resouviennent que leur vocation est une grace tres particuliere delaquelle ilfaudra rendre conte au jour du trespas ; et qu'elles portent gravee en leur memoyre la sentence du Sage (Pr 19,16) : Qui neglige sa voye sera tué. Or, la voye des Seurs de la Visitation ce sont leurs Regles et Constitutions (cf Enretiens), esquelles elles doivent marcher de vertu en vertu jusques a ce qu'elles voyent leur Espoux eternel en Sion (Ps 83,8),. et partant, qu'elles y cheminent sage­ment et soigneusement, sans se fourvoyer ni a droite ni a gauche (Dt 17,11 ; Pr 4,26 ; Is 30,21).

CONSTITUTION L

DE L'ENTERREMENT DES SEURS

Quand les Seurs decederont, on fera appeller le Curé du lieu, avec deux ou trois [152] assistans, pour faire l'enterrement ainsy qu'il est marqué au Directoire (art 24).

On ne recevra aucune sepulture de dehors que de ceux qui, par quelque signalé bienfait, auront obligé le Monastere, ou desquelz la devotion singuliere meritera exception, avec permission neanmoins et dispense parti­culiere de l'Evesque [153]. Et les Seurs ne s'employeront nullement pour les choses requises a telles sepultures, ains en lairront la conduite avec tous les prouffitz et esmolu­mens a qui il appartiendra.

[154] APPROBATION DES CONSTITUTIONS

Nous, FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, et commis par nostre Saint Pere Paul cinquiesme pour l'erection, establisse­ment et institution du Monastere de la Visitation sous la Regle de saint Augustin, avons dressé et de nouveau examiné et appreuvé les Constitutions ci dëvant escrites, ordonnanï et establissant de Nostre authorité, ains plustost de l'authorité Apostolique a Nous commise pour ce regard, icelles Constitu­tions devoir estre a perpetuité inviolablement observees et gar­dees audit Monastere et par toutes les Seurs d'iceluy.

Fait a Annessi, le neutviesme d'octobre mil six cens et dix huit.

FRANÇs, E. de Geneve.

(cf p.26) APPROBATIONS

Comme chose que le S. Esprit à si grand sien favory a dicté luy mesme, pour le bien non d'une mais de plusieurs Congregations religieuses, ces Constitutions doyvent estre publiees par l'impresse que trop plus que licitement s'en doit faire. D'un si digne Autheur, ,digne œuvre.

A Lyon, ce huietieme de Decembre 1618.

FR. ROB. BERTHELOT, Evesque de Damas (L4, note 624).

Ces Regles dressees par ceste grande lumiere de l'Eglise sainct Augustin, et les Constitutions y adjointes par une autre grande lumiere de ce siecle, sont autant de rayons qui, faisants jour aux ames assizes en tenebres et a l'ombre du monde, addressent leurs pas au chemin de la paix et du repos interieur, les conduisant efficacement à la perfection religieuse apres les avoir soüefvement introduictes à la vie devote et faict savourer le sacré miel de l'a­mour de Dieu. Elles se font encores jour à elles mesmes, et meritent .de le voir et estre imprimees, à fin d'estre veuës, luës, et bien prat­tiquees des Religieuses qui aspirent à la perfection. Ce que j'atteste.

A Lyon, ce huictieme de Decembre, mil cinq (sic) cents dixhuict.

N. MENARD, Chan. et Sacrist.

de l'Eglise Collegiale S. Nizier (L7, note 296).

PERMISSION

THOMAS DE MESCHATIN LA FAYE ( L7, note 535), Chanoine, chamarier et Comte de l'Eglise de Lyon, Conseiller au Parlement de Dombes, Official de la Primace de France, et Vicaire General au spirituel et temporel d'Illustrissime et Reveren­dissime Pere en Dieu Messire DENIS-SIMON DE MARQUEMONT (L7, note 41), Archevesque et Comte de Lyon, Primat des Gaules, et Conseiller du Roy en ses Conseils privé, et d'Estat :

Veu l'Approbation des Docteurs Theologiens, Nous permettons l'impression des susdictes Regles et Constitutions, et louons grandement la generosité Chres­tienne des ames qui se resolvent a si saiuctes et heureuses observations.

A Lyon, ce dixieme de Decembre mil six cents dixhuict.

MESCHATIN LA-FAYE, Vic. Gen.

REMARQUES DE SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL ET DU PÈRE ÉTIENNE BINET, JÉSUITE [155] SUR LA PREMIÈRE ÉDITION DES CONSTITUTIONS DE LA VISITATION

Août 1620 [156]

(INÉDIT)

VIVE + JÉSUS

P. B. - A la page…note 44 : Je pense qu'il serait bon de dire que, avant la réception des veuves, ses (sic) parents principaux fissent quelque acte avec elles, ou en quelque autre forme qui puisse servir, si l'on voulait inquieter pour dettes ou brouilleries.

[Il suffit que] La prudence fera cela.

P. B. – Page…note 44 : Semble qu'il faudrait ajouter : " ou si elles. sont maladives ", car autrement, avec le temps, au lieu d'avoir une Religion on aurait un hôpital.

La prudence humaine ne fera que trop cela; helas ! les maladives n'ont point d'autre retraite [157].

P. B. - P. id : C'est une porte aux tentations de faire passer les Sœurs Domestiques au chœur. Je propose s'il ne serait point bon qu'elles fissent deux ans de probation et si, en cette même Constitution, il serait bon de dire un mot comme l'on ferait si l'on voulait monter une Sœur Domestique au rang des Choristes, ou descendre une Choriste à être Sœur Associée ou Domestique.

P. B. - P. note 45 : Ces Associées qui n'assistent point au chœur­ est chose bien digne de considération. Quel mal y aurait-il qu'elles y assistassent, encore qu'elles n'y chanteraient pas, ou comme elles pourraient ? car au moins seraient-elles en la Communauté.

Monsieur Michel dira, s'il lui plaît, à Monseigneur ce que nous avons pensé là-dessus.

Je pense qu'il faudrait donc dire : " En cas qu'elles eussent des offices qui les occupassent beaucoup. "

Elles diront toujours qu'il n'y a rien qui presse, afin d'être au chœur à ne rien faire.

Et je pense qu'en chaque Maison il suffirait d'en recevoir, au plus, trois ou quatre ou cinq, car la Règle étant si douce, si la béné­diction du petit Office y est continuée chacun le peut dire, ou fort peu de personnes s'en trouveraient incapables.

Page id : DE LA CLAUSURE. Ne serait-il point à propos de dire que les Sœurs pourront entrer dans le presbytère pour parer l'autel, à la charge que l'église soit fermée et qu'elle soit vide ? car je craindrais que quelque Visiteur ne retranchât cela s'il n'est écrit [158].

P. B. – Page..note 47 : Ces lettres closes, envoyées sans être vues, est chose bien délicate . Si on pouvait trouver quelque expédient, il serait bien nécessaire, comme qu'il y eut une des plus anciennes députée pour cela, ou autrement.

Mon Dieu, je trouverais rude qu'une fille ne pût écrire à son Supérieur sans que sa lettre fût vue.

Au point suivant, en la même page : Ne serait-il point bon de marquer en quoi la Supérieure peut dispenser : comme de l'Office, du jeûne pour quelque Sœur qui en aurait besoin pour peu de jours, et semblables ; comme aussi de dispenser du si­lence toute la Communauté à certains jours, afin que les Sœurs s'entretiennent et récréent ? Et marquer aussi que les choses d'importance dont il faut dispenser avec le conseil du Supé­rieur seraient de décharger tout à fait une fille du jeûne ou de l'Office (note 50), afin d'ôter toute liberté et prétexte de changement aux Constitutions, et que, qui que ce soit, n'a ce pouvoir.

Page 131..note 54 : DE LA PAUVRETÉ. Ne serait-il point à propos d'ajouter que les rentes et revenus seront réglés selon les lieux, après que les bâtiments seront faits, afin que l'on se tienne en la médiocrité et que les trop grandes richesses ne gâtent tout ; et que l'on n'ait aucun meuble qui ne ressente la pauvreté et simplicité religieuse, excepté pour l'église, et des cuillers d'ar­gent pour les malades ? Que les meubles mondains que les filles apportent soient serrés, et vendus après la Profession ; l'on a peine de faire quitter les miroirs.

P. B. – Page..note 56 : J'ôterais ce mot de "dormir demi heure ", non qu'elles ne le puissent faire, mais afin que les séculiers ne s'en édifient pas mal ; en France ce n'est pas la coutume.

En la page..note 58 : Je voudrais ajouter que l'on soupera environ six heures.

Page ..note 59: Parce que souvent l'on n'a point de temps après None, l'on pourrait dire : qu'elles pourront devant ou après la Messe et None, faire la demi-heure d'oraison. Et à la fin de cet article, serait-il bon d'ajouter que l'on sonnera les Ave Maria le soir " entre jour et nuit," apres lesquelles il " ne sera plus loisible de demeurer au parloir ni d'ouvrir les portes, sinon pour quelque chose de grande importance "?

Page..id : Elles se leveront après cinq heures et demie, s'il vous plaît, parce que le temps d'un quart d' heure est trop court, cela ôte la tranquillité en s' habillant.

Page 145 note 62: A u lieu du mot de " solennité ", il faut dire "fête": car en de nos Maisons ils prennent cela pour les grandes fêtes, et ne chantent point Vêpres les petites.

S'il ne faut point chanter None les fêtes d'Apôtres, de saint Jean-Baptiste, saint Laurent et semblables ?

P. B. – Page..note 68 : Quel mal y aurait-il quand elles joueraient, à certains jours de l'année, à quelque jeu innocent, comme on fait aux Religions saintes, pour débander un peu l'esprit ?

Je crois qu'il entend aux jonchets, aux martelets, et semblables.

P. B. – Page..note71: Ce mot de donner " librement congé aux Novices ", avec le temps pourra donner de la peine.

L'expérience fait voir que c'est leur grand bien d'aller peu au parloir.

En cette même Constitution quinzième, serait-il bon d'ajouter que " les Sœurs ne toucheront point la grille, ains s'en tiendront un peu éloignées, " sinon quand il sera permis de parler en secret ?

P. B. – Page..note 72 : Les Supérieurs, quasi partout, sont exemp­tés de lire, et pour cause .

Dire seulement : environ une heure pour la table. A jouter aux deux points, qu'elles demanderont aussi leurs autres néces­sités ; que la lecture se commence par un article des Constitu­tions ; que tous les vendredis l'on lise la Règle au dîner, cela se peut facilement. Ne lire qu'un quart d'heure à la seconde table, parce que les Sœurs venant de dîner, cela leur fait peine. Il faut en la même Constitution, ajouter le jeûne de la veille saint Augustin.

En la page..id : Le voile ne sera doublé de blanc ; " le bandeau noir, la barbette de toile blanche médiocre, sans plis ; " le lit de matelas, mais le chevet de plume.

P. B. – Page..note 78 : Faudrait ajouter : Et en cas de nécessité " parleront fort bas et en " fort " peu de mots. "

Ne faudrait-il point exprimer que l'on ne dira que l'Office de Notre-Dame ?

P. B. – Page..id : Ne se charger d'autre Office, ni de soi-même, ni de Père spirituel, de qui que ce soit.

P. B. – Page…note 85 : Serait bon d'ajouter : spécialement se voulant confesser souvent au même Confesseur extraordinaire.

P. B. – Const 21 : Cette Communion de tous les jours se tournera en coutume ; cela est selon l'inclination de ces bons Pères.

Ce sera une grande affliction à toutes les Sœurs si on leur ôte cette consolation : je vous supplie, au nom de Dieu, Monsei­gneur, de le bien consulter avec Dieu avant que le résoudre.

Page id : Ne serait-il point utile d'ajouter trois ou quatre des meilleures pratiques d' humilité que vous nous désirez le plus, mon très cher Père ?

Page ..note 72 : Oter qu'elles n'avanceront point les mains sur les treillis, si l'on le met ailleurs,…

En la page..note 92 : Il serait utile d'ajouter : ni n'entreront dans les offices sans congé et n'y prendront aucune chose sans avertir la Sœur qui en aura la charge ; et prenant quelque chose, auront soin de la rapporter.

En la page..note 100 : Oter et retrancher : que la Supérieure fasse une liste, sinon qu'elle eût Plusieurs choses à proposer.

P. B. – const. 26 : S'il ne serait point à propos d'ôter le chapi­tre : Des séculiers ?

Il le dit à cause de la difficulté que Monseigneur le Cardinal en fit [159] ; il le passa pourtant.

P. B. – Page…note 103 : Il faut bien peser ce mot: " Sans profit tem­porel ".

Il trouve le Père spirituel trop chargé pour être tel que l'on le' désire ; qu'il le faut réserver pour les choses grandes, graves et nécessaires, autrement qu'on n'en trouvera point .. ou, si l'on en trouve, qu'ils voudront tout faire. Qu'il faut plus clairement spécifier ce qu'il peut et ne peut, afin qu'on ne prétende cause d'ignorance. Et surtout, qu'il ne puisse rien changer de la Règle ni des Constitutions, quelque apparence de sainteté qu'on puisse avoir ; que ses visites servent spécialement à cela : de maintenir l'observance, sans adjonction ni diminution. Je crois qu'il serait aussi à propos de dire un mot aux Religieuses quelle est la confiance et obéissance qu'elles lui doivent, parce qu'à l'ordinaire on ne lui parle pas de l'intérieur.

P. B. – const.19 :On ne parle point du Confesseur en aucune façon, ni ne sait-on par les Constitutions ce qu'il doit faire ou non faire ; et il est très necessaire de savoir ce qu'il peut, ce qu'il ne doit et ne peut, afin d'éviter mille inconvénients .

Je crois qu'il serait utile de marquer quelles doivent être ses qualités et comme l'on fera son élection, dont il est parlé, ou son rejet, s'il était requis de le faire. [160]

P. B.– Page..note 105: Il serait bon de retrancher: spécialement si ce sont "jeunes gens vains et mondains "

En la page..id : Ajouter : " selon les Constitutions synodales de ce diocèse, " ou autres où la Congregation sera établie.

En la page..id : Ne faut-il point retrancher : que " si elle con­naît qu'il soit nécessaire» de changer quelque chose, qu'elle en confère " ? Je ne voudrais nullement ouvrir la porte au chan­gement ; je dis pour les Constitutions et coutumes d'impor­tance.

Page..note 110 : Ajouter : qu'elle fera ou fera faire par une autre la lecture de la méditation.

P. B. – Page..note 114 : Faut mettre: pour le Roi et autres princes. Il n'a pas égard que l'Institut a commencé à Annecy. (J' ai failli à la suite des pages.)

P. B. – Page..note 106 : Non seulement aux choses nécessaires, mais ès autres, tant que faire se pourra, vaut mieux suivre la plu­ralité des voix, non par obligation, mais par prudence. Si le Père spirituel et la Supérieure se trouvaient d'avis différent, que fau­drait-il faire ? la Règle n'en dit rien.

Page…id : Que les Coadjutrices assisteront et signeront les contrats.

P. B. – Page..note 110 : Touchant les livres, faut dire : " par la permission du Père spirituel, ou du Confesseur, " qui suffira pour telle petite chose.

P. B. – Page..note 101 : Le Confesseur y peut-il pas bien servir, puisque le secret de la confession lui donne tant d'avantage et de liberté ?

P. B. – Page..note 125 : Déterminer comme aux autres : " tous les mois " lire son Directoire.

P. B. – Page…id : Faudrait spécifier qu'elle fera tout ce que le médecin ordonne pour la malade.

P. B. – Page.. note 130 : S'il se pouvait, trois seraient bien mieux; mille occasions surviennent qui montrent cette nécessité.

L'expérience a enseigné que deux suffisent ; toutefois on pourra dire " deux ou trois ", s'il est convenable.

P. B. – Page…id : Et plus que tout, d'en prendre seulement pour les biens temporels et pour les grandes commodités qu'elles apportent.

Je pense que la Constitution 43 et 44 peuvent être assemblées. Ajouter que l'on pourra, après avoir un peu reconnu les filles, les faire entrer une fois ou deux dans la Maison, sans toutefois y coucher, afin de leur faire voir le train de la Communauté et aussi que l'on les considère.

Tout ceci ne seroit pas receu en Italie.

Et ayant l'entrée pour son essai, l'on le lui fera commencer de quelques jours après, qu'elle demandera au Chapitre d'y être admise. Au bout de quelques semaines, la Supérieure fera tirer les voix(note 137).

Ne faudrait-il point ajouter que l'on pourrait retarder la Pro­fession ? Il me semble utile, et aussi que le Supérieur examinasse les filles avant qu'elles fissent la sainte Profession. Et des jeunes filles, que l'on ne les prisse qu'à quatorze ans ; encore faut-il qu'elles témoignent le bien désirer. Si, pour quelque digne sujet, il fallait en prendre quelqu'une plus jeune d'une ou deux années au plus, il ne se pourrait qu'avec licence de l'Evêque et grande considération [161].

Page…note 140 : Si Monseigneur le trouve bon, on retranchera toute assemblée es temps qui sont donnés en retraite ; et ajouter que les Sœurs ne parleront facilement au Carême et en l'Avent, sinon qu'il soit nécessaire.

P. B. – Page..id : Il serait bon de brûler les billets au lieu même.

Il dit encore qu'il seroit à propos pour les sermons d'établir à peu près les jours qu'il en faudroit [162], et qu'il ne fusse aisé­ment permis que ceux qui s'invitent d'eux-mêmes fussent reçus indifféremment.

Il me semble qu'il serait bon de dire si l'on peut, en une Maison, recevoir plus d'une fondatrice et une bienfaitrice (aux Carmélites, je crois qu'elles en reçoivent bien jusques à trois), et marquer leurs privilèges, surtout quand elles veulent être Religieuses [163]. Si l'on en pourrait garder toujours avec l'habit de Religion, sans faire Profession, ou quelque autre fille ou femme qui se voulussent re­tirer avec les Religieuses, en leur habit seculier.

Oh ! ce dernier point est grandement considérable, d'avoir des séculières, et ne serait guère bien goûté des Sœurs. Si les fon­datrices voulaient opiniâtrément outrepasser leurs privilèges et inquiéter le Monastère, que faudrait-il faire ?

Puisque le peuple nous appelle de Sainte Marie, ne faudrait-il point au commencement de la Règle dire : " de la Visitation Sainte Marie " [164] ?

Je supplie très humblement Monseigneur et mon très cher Père de finir et clore ses CONSTITUTIONS par une ardente et vive conjuration, qui presse saintement et force doucement les filles Religieuses de ne se départir jamais de leurs très saintes Constitutions, sous quelque prétexte que ce soit. Mais, mon Père, gravez ceci avec les paroles les plus prégnantes qui vous seront possibles, et surtout obtenez-nous cette grâce de la misé­ricorde de Dieu qui soit à jamais béni.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.


LE DIRECTOIRE SPIRITUEL

NOTE EXPLICATIVE

Le Directoire spirituel fut imprimé pour la première fois à Lyon avec le Coustumier de 1628, par Vincent de Cœursilly. En 1631, la Mère Marie-Jacqueline Favre en fit faire à Paris une petite édition, intitulée : VIVE JESUS. Directoire des choses spirituelles pour les Sœurs de la Visitation. M.DC. XXXI. Elle a 9 cent. 1/2 x 5 1/2, et se compose de 147 pages, y compris celle du titre; plus une page blanche à la fin. Le lieu d'impression n'est pas indiqué, mais il est évident qu'elle se fit dans la capitale, où la Mère gouvernait le second Monastère.

" Nos Sœurs sont toutes fort en œuvre du petit Directoire", lui écrit sainte Jeanne de Chantal le 10 novembre 1630 ; " mais elles désireraient bien, s'il se pouvait, que l'on y ajoutât l'Exercice de l'union [165] et les trois Souhaits de notre Bienheureux Père qui sont au commencement du Coutumier. " (Sainte Jeanne-Fran­çoise Frémyot de Chantal, sa Vie et ses Œuvres ; Lettres, vol. III, Paris, Plon, 1878, p. 535.) Ce qui fut fait. On répara aussi l'omis­sion commise à l'article De la rejection, signalée par la Sainte dans la même lettre. Plusieurs réimpressions du Directoire, cependant, ont omis le membre de phrase indiqué; il faut croire que les édi­teurs n'avaient pas connaissance de la lettre de la Mère de Chantal. (Voir ci-après, remarque (i), p. 146.)

En 1633, Vincent de Cœursilly, à Lyon, fit une nouvelle édition de la Regle... et Constitutions et Directoire, avec les trois Souhaits et l'Exercice de l'union ; mais le premier article: Intentions generales pour les Sœurs, n'y est pas donné. Il manque également dans l'édition de 1631, tandis qu'il se trouve dans le Coustumier de 1628. On dut l'arranger lors de la rédaction de celui-ci, car on verra par le Manuscrit de 1624 qu'il était conçu à cette époque en termes différents.

Ce Manuscrit est reproduit dans notre texte ; nous donnons en variantes les divergences et additions du Directoire de 1637, qui est la leçon actuelle. Tous les articles imprimés sont, pour le fond, de saint François de Sales : on en trouve de presque identiques au Manuscrit ; d'autres toutefois ont subi quelques retouches. Des passages plus ou moins longs y ont été ajoutés, probablement d'après des écrits du Saint qu'il ne put classer avant sa mort. Pour " ageancer " ce qui n'était pas coordonné, sainte Jeanne de Chantal y mit-elle parfois du sien ? Il est permis de le croire, quand on voit l'addition de fragments considérables qui n'existent pas dans le Directoire manuscrit ; mais il est certain qu'elle a toujours inter­prété la pensée de son Bienheureux Père, si elle n'en a pas repro­duit textuellement les paroles.

DIRECTOIRE SPIRITUEL

POUR LES SŒURS RELIGIEUSES DE LA VISITATION SAINTE MARIE

[166] INTENTION ET SOUHAITZ DE NOSTRE PERE SUR LES SEURS DE LA VISITATION

(INÉDIT)

L'intention de nostre tres honnoré Pere, d'heureuse me­moyre, estoit que toute la vie et exercice des Religieuses de la Visitation fussent dediés pour leur union avec Dieu, pour ayder par prieres et bons exemples a la reformation de l'Eglise et au salut du prochain, et parce qu'il ne desi­roit rien tant sinon que nos Seurs fussent excellentes en toute sorte de vertus, dont la bonne odeur, en aggreant a Dieu, se respandist dans les ames [des] fidelles. Lequel desir tira de son cœur paternel et tout ardent de la ferveur du Saint Esprit les troys souhaitz suyvans, qu'il escrivit es premieres feuilles du Livre de nos Professions.

J H S

MARIA

LIVRE AUQUEL LES SEURS DE LA CONGREGATION DE NOSTRE DAME DE LA VISITATION

ESCRIVENT LES ANS ET JOURS DE LEURS OBLATIONS ET VŒUX ET DES ANNUELLES

CONFIRMATIONS QU'ELLES EN FONT [167]

6 juin 1611

L'HUMBLE GLOYRE DES SEURS DE LA CONGREGATION

Nous n'avons aucun lien que le lien de la dilection, qui est le lien de la perfection (Col 3,14) ; car la dilection est forte comme la mort et le zele d'amour ferme comme l'enfer (Ct 8,6). Comme donques pourroit on avoir des liens plus fortz que le lien de la dilection, qui est le lien de la perfection ?

La charité de Jesuschrist nous presse. (2 Co 5,14)..

SOUHAIT A L'IMITATION DE CELUY QUE JOB A FAIT

AU 31e CHAPITRE DE SON LIVRE, VERS. 35sq

A JESUS CHRIST NOSTRE SEIGNEUR

O Vray Dieu, mais qui me fera tant de grace que le Tout Puissant escoute mon desir, et que luy mesme escrive ce livre, affin que je le porte sur mes espaules, et que je m'en environne comme d'une couronne, et que je le pro­nonce a chasque pas, et que je le luy offre comm' a un Prince ?

Ouy, Seigneur JESUS, escoutes l'exclamation que mon cœur fait pour vos servantes : escrives vous mesme en ce livre, et ne permettes pas qu'aucune y mette jamais son nom que par vostre inspiration et mouvement, affin que ce volume soit un manteau d'honneur sur mes espaules et une couronne de gloire sur ma teste. Ainsy je nommeray en toutes les aspirations que mon esprit fera vers vous, les noms qui y seront marqués, comm'un cantique de joye et de louange, et en offriray le roole, comm'un bouquet de suavité, a vostre divine Providence.

Faites, 0 JESUS, saint et doux amour de nos ames, que l'an auquel une chascune Seur inscrira son oblation [168] en ce livre luy soit un an de sanctification ; le jour, un jour de salut, et l'heure, un'heure de perdurable benediction. Et que les cœurs que vous aves congregés sous vostre nom et celuy de vostre chere Mere ne se disperse (sic) point, que ce que vous aves assemblé ne se dissipe point, et ce que vous aves conjoint ne se separe point ; mays que les noms marqués en ces feuilles perissables soyent a jamais escritz au Livre des Vivans, avec les justes qui regnent aupres de vous en la vie de l'immortelle fœlicité.

Ainsy soit-il. Ainsy soit il. Amen.

DESIR A L'IMITATION DE CELUY DE SAINT PAUL CHAP. 4. AUX PHILIPP. (vers 1)

AUX SEURS DE LA CONGREGATION

Donques, mes tres cheres Seurs, mes Filles tres desirees, ma joye et ma couronne, demeures ainsy en Nostre Sei­gneur, mes bienaymees. O filles de bonne odeur, filles des colloques cœlestes, je vous prie, ains je vous conjure de sentir toutes un mesme amour et vivre toutes en un mesme accord de cette vocation, en JESUSCHRIST Nostre Seigneur et en sa Mere Nostre Dame. Amen.

FRANçs, Evesque de Geneve.

L'an 1611, a Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

DIRECTOIRE DES CHOSES SPIRITUELLES

Du lever des Seurs et de la droiture de l'intention [169]

Premierement, les Seurs doivent a leur resveil jetter leurs ames toutes en Dieu par quelques saintes pensees, telles que celles ci :

Le sommeil est l'image de la mort et le resveil est l'image de la resurrection ; ou bien celle de la voix qui retentira au dernier jour : O mortz, leves vous et venes au jugement (Ex script S.Hier. 23). Ou bien qu'elles dient avec Job : Je croy que mon, Redempteur est vivant et qu'au dernier jour je resusci­teray. O mon Dieu, faites que ce soit a la gloire eternelle ; cette esperance repose dans mon sein (Jb 19,25). D'autres fois : " En ce jour la, O mon Dieu, vous m'appelleres et je vous respondray ; vous donneres vostre dextre a l'ouvrage de vos mains ; vous aves conté tous mes pas (Jb 14,15).

Les Seurs feront ainsy des saintes aspirations, ou telles autres que le Saint Esprit leur suggerera, ayant la liberté de suivre son attrait interieur.

Commençant a se vestir, en faysant le signe de la Croix, elles diront : Couvres moy, Seigneur, du manteau d'innocence et de la robbe de charité. Hé, mon Dieu, ne permettes pas que je paroisse nue de bonnes œuvres devant vostre face. Puis elles se prepareront pour l'Exercice du matin, pensant briefvement aux imperfections esquelles elles sont sujettes, et aux resolutions qu'elles doivent faire contre icelles.

Quand on sonne l'Ave Maria, elles se mettront a ge­noux sur le lict, ou a bas si elles sont vestues, pour les dire ; en suitte desquelles elles feront l'Exercice du matin, adorant Nostre Seigneur du profond de leurs ames, le re­ merciant de tous ses benefices, et luy offrant leur cœur avec leurs affections et resolutions, et tout leur estre, en l'union de cette offrande amoureuse que le Sauveur fit en l'arbre de la Croix, de soy mesme a son Pere eternel, luy demandant son ayde et benediction, saluant Nostre Dame, luy demandant aussi sa benediction, celle du saint Ange et des saintz Protecteurs, et diront le Pater, si bon leur semble.

Tout ceci se doit faire vivement, courtement et a genoux ; puis, le reste du tems, elles occuperont leur esprit au point de la meditation.

En esté elles feront leur lict et, s'il se peut, se laveront les mains et la bouche avant l'orayson ; et pour cela il sera besoin qu'elles soyent tres diligentes a se lever et habiller. [170]

Les Seurs qui voudront prosperer et faire progres en la voye de Nostre Seigneur doivent, au commencement de toutes leurs actions, tant exterieures qu'interieures, de­mander sa grace et offrir a sa divine Bonté tout ce qu'elles feront de bien, se preparant ainsy a supporter toute la peyne et mortification qui s'y rencontrera avec paix et douceur d'esprit, comme provenante de la main paternelle de nostre bon Dieu et Sauveur, duquel la tres sainte inten­tion est de les faire meriter par telz moyens pour, par apres, les recompenser de l'abondance de son amour. Et qu'elles ne negligent point ceci es choses petites et qui leur semblent de peu d'importance ; voire mesme si on les employe a des choses qui leur soyent du tout aggreables et du tout conformes a leur volonté et necessité, comme de boire, manger, se reposer et recreer, et choses semblables, affin que, suyvant le conseil de l'Apostre (1 Co 10,31 ; Col 3,17), tout ce qu'elles feront soit fait au nom de Dieu et pour son seul bon playsir.

De l'Office divin

Les Seurs diront a l'ordinaire le petit Office de Nostre Dame, veu que cet Ordre ayant esté institué particu­lierement pour la retraitte des infirmes et a l'honneur de la Bienheureuse Mere de Dieu Nostre Dame, cet Office leur est plus sortable que le grand. Les Dimanches et festes de commandement elles adjousteront les commemora­tions du jour, selon qu'il leur est marqué au Directoire de l'Office.

Les Seurs auront en singuliere recommandation la sim­plicité et promptitude a l'obeissance; et partant, quand les Offices sonneront, elles doivent courir a la voix de l'Espoux qui les appelle, c'est a dire partir allegrement au premier coup, se mettre en la presence de Dieu et, a l'imi­tation de saint Bernard (G. de St Thier. Vie de S. Bern. 1,4), demander a leurs ames ce qu'elles vont faire au chœur. Comme aussi elles pourront tenir cette methode en tous leurs autres exercices, affin qu'elles por­tent a chacun d'iceux l'esprit qui leur convient ; car il ne faut pas une mesme action et contenance au chœur qu'a la recreation. Il faut es exercices qui regardent imme­diatement l'honneur et service de Dieu un esprit humble­ment rabbaissé, grave, devot et serieusement amoureux.

Avant donq que commencer l'Office, les Seurs provoque­ront leurs ames a de semblables affections, et, apres l'adoration, offriront a Nostre Seigneur cette action pour sa gloire, a l'honneur de la Sainte Vierge, nostre Dame et Maistresse, et au salut de toutes les creatures.

Disant le Deus in adjutorium meum intende, elles doivent penser que Nostre Seigneur leur respond : " Soyes aussi attentives a mon amour. "

Pour se maintenir avec le respect et attention con­venable, il faut qu'elles considerent de tems en tems com­bien ce leur est d'honneur et de grace de faire ça bas en terre le mesme office que les Anges et les Saintz font la haut au Ciel, et qu'elles prononcent, quoy qu'en divers langage, les louanges au mesme Seigneur, la grandeur et majesté duquel fait trembler les plus hautz Seraphins.

Que celles qui entendent quelque peu ce qu'elles dient a l'Office, qu'elles employent fidellement ce talent selon le bon playsir de Dieu qui le leur a donné pour les ayder a se tenir recueillies par le moyen des bonnes affections qu'elles en pourront tirer ; et que celles qui n'y entendent rien se tiennent simplement attentives a Dieu, faysant des eslancemens amoureux tandis que l'autre chœur dit le verset et qu'elles font les pauses.

Mays la principale attention et le plus grand soin que doivent avoir les Seurs qui ne sont pas encor habituees a l'Office, c'est de bien prononcer , faire les accens, pauses, mediations, de prevoir ce qu'elles ont a dire selon les charges qui leur sont donnees, se tenir prestes pour com­mencer, et faire les ceremonies avec gravité et bienseance, sans exceder en la crainte de faillir non plus qu'en la presomption de bien faire.

Bref, il ne se pourroit presque exprimer combien grand estoit le desir que nostre tres honnoré Seigneur et Pere avoit que, dans nos Maysons, l'Office sacré se celebrast avec la reverence et attention deüe a la presence de la divine Majesté, avec l'observance du Ceremonial.

Comme il faut ouïr la sainte Messe

Pendant que le prestre se prepare a l'autel ilse faut mettre en la presence de Dieu, et quand il dit le Confiteor il se faut prosterner. en esprit devant Dieu, reconnoistre ses pechés, les detester et luy en demander pardon.

Apres cela, on pourra dire le Chapelet ou telle autre priere que l'on goustera le plus, jusques a l'Evangile, au­quel il se faut lever promptement pour tesmoigner que l'on est appareillé pour cheminer en la voye des commande­mens de l'Evangile, et dire : Jesus Christ a esté fait obeis­sant jusques a la mort, et mesme a la mort de la croix (Ph 2,8). Et faysant le signe de la Croix sur le front, sur la bouche et sur le cœur elles diront : Dieu soit en mon esprit, en ma bouche et en mon cœur, affin que je reçoive son saint Evangile. Si l'on dit le Credo il faut dire le com­mun, protestant mentalement de vouloir vivre et mourir en la foy de l'Eglise.

Apres le Sanctus il faut en grande humilité et reverence penser au benefice de la Mort et Passion de nostre Sauveur, le suppliant de la vouloir appliquer au salut de tout le monde, et particulierement au nostre et a celuy des enfans de son Eglise, a la gloire et felicité de tous les Saintz et au soulagement des ames du Purgatoire.

A l'eslevation du tres saint Sacrement il faut avec une grande contrition de cœur l'adorer ; puis, avec le prestre, l'offrir a Dieu le Pere pour la remission de nos pechés et de tout le monde, et nous offrir nous mesmes quant et luy avec toute l'Eglise et nos prochains.

Apres l'eslevation il faut remercier Jesus Christ de sa Passion et de l'institution de ce tres saint Sacrifice de l'autel.

Quand le prestre dit le Pater il le faut dire avec luy, ou vocalement ou mentalement, avec une grande humilité et devotion, tout ainsy que si l'on l'oyoit dire a Nostre Seigneur et que l'on le dist mot a mot apres luy.

Apres cela, si l'on ne veut faire la Communion reelle il la faut faire spirituelle, s'approchant de Nostre Seigneur par un saint desir d'estre unie a luy et le recevoir en son cœur.

A la benediction il se faut representer que Jesus Christ en mesme tems nous donne la sienne.

De l'examen de conscience

Les Seurs doivent faire l'examen deux fois le jour, a sçavoir, le soir apres Matines et le matin apres None. Apres le Pater, Ave Maria et le Credo qui se dit a la fin des. Offices, les Seurs rendront graces a Nostre Seigneur de tous ses benefices, particulierement de sa sainte Passion, de ses divins Sacremens, du benefice de leur vocation, de ce qu'il luy a pleu les conserver cette journee, leur adminis­trant en icelle, par sa douce bonté, toutes leurs necessités. Faut qu'elles confessent et reconnoissent devant Dieu que ce jour ne s'est point passé sans qu'elles l'ayent offensé en quelque sorte ; et parce que nous sommes aveugles en nos propres affaires, il faut demander la grace et lumiere du Saint Esprit affin qu'elles puissent bien reconnoistre leurs fautes.

Puis, qu'elles dient leur Confiteor jusques a mea culpa, et se mettent a rechercher les actions, paroles et pensees despuis le dernier examen.

Ayant treuvé le nombre et l'espece de leurs pechés, elles les adjousteront avec les autres de leur precedent exa­men et, de tous ensemble, en demanderont humblement pardon a Nostre Seigneur, acheveront le Confiteor et feront un ferme propos de s'en amender, moyennant la grace de Dieu, qu'elles luy doivent demander a cet effect avec toute l'affection et devotion qu'il leur sera possible.

Apres cela elles recommanderont a la divine misericorde leurs ames, leurs cors et tout leur estre ; prieront pour la sainte Eglise, pour leurs parens et pour tous ceux a qui elles ont un particulier devoir, n'oublieront les pauvres ames du Purgatoire; salueront Nostre Dame, leur bon Ange et les saintz Protecteurs. Si en s'examinant elles ne peuvent rien remarquer, qu'elles s'abbaissent profonde­ment devant Dieu et luy rendent graces, confessant neanmoins qu'elles ont fait plusieurs fautes dont elles n'ont pas memoyre ni connoissance.

Pour faciliter leur examen, il leur sera fort utile, lhors qu'elles tombent en quelque faute parmi la journee, de l'examiner sur le champ et regarder un peu par quel mouvement elles l'ont faite ; puis s'abbaisser devant Dieu, et graver cela en l'esprit pour le mettre au soir en l'exa­men .

En l'examen du matin il n'est pas requis d'y apporter tant de formalités, ains seulement, apres le Pater, Ave M aria et Credo, il faut dire le Confiteor, et regarder un peu comme l'on s'est comporté la matinee es Offices et oraysons; puis, si on treuve quelque faute, l'adjouster aux precedentes et faire l'acte de contrition avec le ferme propos de s'amender.

Pour s'ayder la memoyre affin de bien connoistre leurs fautes, elles regarderont comme elles se seront comportees a l'orayson, aux Offices, au silence, aux assemblees communes, et si elles ont esté employees a quelque chose extraordinaire ; comme aussi, si elles ont eu congé de parler en particulier, de quelz propos elles se sont entre­tenues, car c'est la ou il est dangereux de faillir.

Outre cet examen general, les Seurs pourront prattiquer le particulier, lequel se fait d'une vertu particuliere qui soit la plus convenable et qui s'oppose directement es imper­fections esquelles l'on se sent plus incliné.

Et non seulement les Seurs peuvent prattiquer cet exa­men en elles mesmes, mays encor, autour des bonnes festes et quand la Superieure le treuvera bon, elles pourront faire quelques entreprises ou desfis ensemble, pour la prat­tique de quelques vertus.

De l'ordre qu'on tiendra au refectoir, et des recreations

Que les Seurs n'aillent pas au refectoir seulement pour manger, ains pour obeir a Dieu et a la Regle, ouyr la sainte lecture, dire les coulpes, recevoir les advertissemens et faire les mortifications qui y sont pour l'ordinaire prattiquees ; et que, partant, elles y entrent avec gravité et modestie, les robbes abattues et les yeux en terre.

Pour prendre sa refection on gardera cet ordre : Les Seurs estans dans le refectoir, feront l'inclination au Crucifix qui sera eslevé entre la place de la Superieure et celle de l'Assis­tente, et se rangeront de chœur en chœur, tournees les unes contre les autres, selon leur rang, tenant les mains jointes pendant la Benediction et les Graces qui se disent selon les tems, ainsy qu'il est marqué au Breviaire.

Celles qui voudront dire leurs coulpes se mettront a ge­noux devant la place de la Superieure, troys a la fois, et n'en pourront dire qu'une, et les ayant dites elles s'iront ranger en leurs places.

En disant leurs coulpes, qu'elles soyent courtes et claires, parlant mediocrement haut et intelligiblement, affin qu'elles puissent estre aysement entendues.

La Superieure dira le Benedicite a l'endroit de sa place, et les Seurs s'inclineront quand elle fera la benediction et a la fin quand elles se retireront pour s'asseoir. Elle se prendra garde de laisser ranger les Seurs avant que de commencer; de mesme pour les Graces.

La lectrice, apres le Benedicite, prendra la benediction les mains jointes, toute debout, et la Seur qui servira a la table sera aupres d'elle. La lectrice s'inclinant dira : Jube, etc., et la Superieure ayant respondu : Mensae, etc., elle montera en sa chaire, et se tenant debout, les mains jointes, dira : ln nomine Domini Jesu Christi ; les Seurs respon­dront : Amen. Alhors elle commencera sa lecture; apres quoy la Superieure donnera le signe, disant: Au nom de Dieu, et toutes desp1ieront leurs serviettes.

Les Seurs ne laisseront point de places vuides entre elles; si quelqu'une manque, elles luy laisseront place au bout d'en haut, ou bien en bas; et celles qui par negligence seront tardifves, ne venant qu'apres que les autres seront assises, bayseront la terre au milieu du refectoir.

S'il y en a quelques unes qui soyent naturellement douil­lettes, ou trop avides a manger, qu'elles facent en entrant une bonne resolution, en invoquant la grace et faveur de Nostre Seigneur, affin de se surmonter courageusement. Que la douillette considere le fiel qui fut presenté a Nostre Seigneur au fort de ses plus ameres douleurs (Mt 27,34) ; celle qui est trop avide pense a l'abstinence et jeusnes rigoureux des Peres du desert et de tant d'autres Saintz qui ont si puissamment mortifié leur sensualité.

Qu'elles ne sortent point de table sans s'estre mortifiees en quelque chose ; et que neanmoins elles usent sans scru­pule ni ceremonie des viandes qui leur seront donnees pour le soulagement de leur infirmité, prenant indifferemment de la main de Nostre Seigneur, tant pour les viandes que pour toutes autres choses, ce qu'elles aymeront comme ce qu'elles n'aymeront pas ; [171] voire mesme en l'infirmerie, ou elles se rendront douces, patientes et obeissantes a l'Infirmiere, et recevront ce qui leur sera donné avec action de graces, reconnoissant qu'elles ne meritent pas un si bon et charitabletraittement.

La Seur qui sert, ayant pris la benediction, troussera sa robe et les grandes manches jusques au coude, ceindra son devantier et prendra sur la fenestre du service l'ais chargé de portions. Estant au milieu du refectoir, elle fera l'inclination, et proche de la Superieure un' autre pour luy presenter sa portion ; puis a l'Assistente, continuant ainsy, commençant par le chœur de la Superieure, obser­vant de faire des enclins en passant et repassant devant la Superieure. Les Seurs prendront leurs portions sans choix, et ne s'envoyeront rien l'une a l'autre, excepté la Superieure quand elle le jugera a propos.

Celle qui servira prendra garde que rien ne manque aux Seurs et de lever les choses qui ne serviront plus, se servant de l'ais pour cela quand il sera besoin, et des corbeilles pour les tassines et pour le pain qu'elle levera avec le cousteau; et mettra les potages de la seconde table sur la fin de la premiere [172].

Le signe pour finir estant donné, la lectrice dira : Tu autem, Domine, miserere nabis, et toutes respondront : Deo gratias. Puis elle viendra avec celle qui aura servi, laquelle abbattra ses manches et sa robbe, bayseront terre au milieu du refectoir et, ayant fait une inclination a la Superieure, se retireront et s'iront mettre a table.

[173] On doit estre fort propres, nettes et tranquilles au refectoir, et pour cela on ne servira ni desservira pendant le Benedicite et les Graces.

Les Graces estant dites, celles qui auront a faire des advertissemens se mettront a genoux et les feront devant la Superieure. Les Seurs Domestiques et Despensiere qui auront des coulpes a dire les diront au mesme tems, puis se retireront; et la semainiere commencera le De profundis, que toutes poursuivront alternativement, et apres, les Seurs, deux a deux, une de chasque chœur, s'advanceront l'une aupres de l'autre, au droit de leur place, pour faire l'enclin a la Superieure, et s'en iront en silence jusques au lieu de la recreation, excepté la lectrice de la seconde table qui rentrera et commencera sa lecture, et la finira de mesme qu'a la premiere table, ne relisant pas ce qui a esté leu.

Aux jours de jeusne que l'on ne fait que collation, elles diront pour Benedicite et pour Graces l'Ave Maria avec le signe de la Croix.

Les Seurs qui feront des mortifications au refectoir les commenceront quand on aura dit : Au nom de Dieu, devant la refection, et ne seront que troys ou quatre a chaque fois. Quand on baysera les pieds des Seurs, elles en advanceront un, s'inclinant un peu, et quand ce sera la Superieure, les Seurs se leveront a mesure qu'elle les baysera, se tenant un peu courbees. Celles qui s'exerceront en telz actes d'hu­milité ne se traisneront point par terre, ains de troys en troys se releveront et feront un enclin pour se remettre derechef a genoux, et ainsy consecutivement jusques a la fin; apres quoy, retournant au milieu du refectoir, elles bayseront terre et se retireront. Celles qui mangeront a terre ayant achevé, se mettront a genoux, si elles le peuvent sans incommodité, ou demeureront assises en la mesme place, jusques a ce que le signe soit donné, qu'elles se re­tireront en leur rang, apres avoir baysé terre.

Les jours de festes et de Chapitre on ne dira point de coulpes ni on ne fera point d'advertissemens au refectoir, comme aussi quand la Superieure ni l'Assistente ne s'y treuveront pas, sinon que [la Supérieure] nomme une Seur pour les recevoir.

Le Dimanche matin toutes les Seurs se mettront a ge­noux, et la Superieure leur donnera sa benediction apres l'avoir donnee a la lectrice.

On lira le Coustumier et les Directoires (excepté celuy de la Directrice et les penitences) deux fois l'annee, dont l'une sera quelque peu de tems avant la Visite [174]. On lira aussi une fois l'annee la Preface des Regles (note 4), comme aussi les Entretiens, dans le refectoir pendant les repas, au moins un ou deux tous les mois, et les Sermons, selon les festes et ceremonies dont ils traittent. On les tiendra dans la chambre des Assemblees, avec les livres de nostre Bienheu­reux Pere, pour donner commodité aux Seurs de les lire ; comme aussi le Coustumier, lequel Coustumier les Seurs qui sont encores au novitiat ne liront point.

Les Seurs allant au lieu de la recreation demanderont a Nostre Seigneur la grace de ne rien dire ni faire qui ne soit a sa gloire. Estant entrees, la premiere parole sera : " Dieu soit beni ! " ce qu'elles observeront de dire en toute occasion pour premier salut, mesme au parloir.

Puis, qu'elles se rangent promptement et prennent leurs ouvrages, lesquelz elles doivent tous-jours tenir au lieu de l'assemblee, ou si proche qu'elles les puissent prendre com­modement.

Qu'elles n'apportent point aux recreations des conte­nances tristes et chagrines, ains un visage gracieux et affable, et qu'elles s'entretiennent ainsy qu'il est porté par les Constitutions. Et comme les Seurs doivent avec sim­plicité et franchise se recreer par obeissance, aussi doivent elles, par devotion, s'affectionner a parler souvent des choses bonnes et saintes.

Si quelques unes estoyent sujettes a parler d'elles mesmes, a faire des esclatz de rire, parler trop haut et fort, et tel­les autres immodesties, qu'elles fassent en entrant un petit regard sur cette imperfection et se resolvent d'estre sur leur garde affin de n'y pas tomber, invoquant pour cela la grace du Saint Esprit et le secours de leurs bons Anges.

Qu'elles n'estiment pas que ce soit peu de vertu de faire la recreation comme il faut, et que, partant, elles n'y vien­nent par coustume et par maniere d'acquit , ains avec preparation et devotion.

[175] L'on les resouviendra souvent de Dieu durant la recrea­tion et on en donnera la charge aux Seurs tour a tour, et de dire quelque chose de bon sur la fin ; et le soir, on em­ployera la derniere demy heure de la recreation a faire lire l'Epistre et l'Evangile, la veille des festes, ou quelque point de la Communion, et les autres jours quelque chose de devotion ; ou bien l'on s'entretiendra de quelque chose utile par maniere de conference, ainsy que la Superieure le Jugera a propos.

Sur la fin de la recreation les Seurs doivent prevoir les choses qu'elles auront a demander ; et apres que l'Obedience sera donnee, les officieres marqueront aux Seurs l'heure qu'elles [la] leur pourront donner, et elles se rendront soi­gneuses de l'aller prendre.

Lhors que quelques officieres auront beaucoup de choses a faire venir de la ville, elles l'escriront en un billet qu'elles donneront a la Seur Econome [176].

Du silence

Quand on sonne l'Obeissance, que les Seurs se levent promptement et demeurent debout, avec un maintien humble et devot, attendant l'Obedience, disant en elles mesmes : Parles, Seigneur, vostre servante vous escoute (1 R 3,9) ; o mon Dieu, rendes moy digne d'accomplir vos saintes vo­lontés. Et recevront en cette qualité tout ce qui leur sera enjoint par la Superieure, sans replique ni excuse, encores qu'elles eussent quelque autre chose a faire. Mays si c'estoit chose pressee et necessaire, elles le diront par apres a la Superieure ; que si elles sont Novices, elles s'addresseront a leur Maistresse qui en advertira la Supe­rieure.

Si tost que l'Obedience sera donnee, les Seurs qui n'ont rien a demander se retireront en leurs cellules, ou autre lieu qui leur sera convenable, pour faire leurs ouvrages et ce qui leur sera ordonné. Qu'en entrant elles se mettent plus particulietement en la presence de Dieu, demandant la grace d'employer le silence selon la fin pour laquelle il a esté saintement institué, qui est non seulement pour empescher le vain babil, mais aussi pour retrancher les pensees vagabondes et inutiles, s'entretenant avec l'Es­poux, et pour prendre nouvelles forces affin de travailler sans cesse a son divin service.

Elles se pourront servir de l'orayson du matin, regar­dant Nostre Seigneur au mistere ou elles l'ont medité, et s'arrestant sur quelques uns des pointz qu'elles auront plus goustés. Par exemple, si elles ont consideré le mis­tere de la flagellation, et que le regard doux et amoureux que le beni Sauveur jettoit de fois a autre sur ceux qui le flagelloyent ayt touché leur cœur, elles doivent se le re­presenter souventesfois, faysant ensuite cet eslancement : O doux Jesus, regardes moy des yeux de vostre misericorde. Une autre fois : Seigneur, ostes de moy tout ce qui peut desplaire a vos yeux.

Elles pourront aussi demeurer doucement aux pieds de Nostre Seigneur comme Magdelaine, escoutant ce qu'il dira a leurs cœurs, regardant sa bonté et son amour, et luy par­lant de tems en tems par des eslancemens de cœur et oraysons jaculatoires, telles ou semblables :

1. O Dieu, vous estes mon Pere ; receves moy entre les bras de vostre Providence.

2. Mon Dieu, ayes pitié de ma misere.

3. Hé, Seigneur, que je ne vive que pour vous.

4. Helas ! mon Salut, donnes moy vostre amour.

5. Vous estes, O mon Dieu, toute mon esperance.

6. JESUS, soyes moy JESUS.

7. Sauveur de mon ame, quand seray je toute vostre ?

8. Receves moy, O bon Jesus, entre les bras de vostre Providence.

9. Mon Dieu, faites de moy vostre divine volonté.

10. Seigneur, que je ne vive point si je ne vis pour vous.

11. O mon Roy, quand vous verray je en vostre gloire ?

12. Seigneur, soyes propice a moy, pauvre pecheresse (Lc18,13).

13. Hé Dieu, quand vous aymeray je parfaittement ?

14. Seigneur, donnes moy un cœur humble et doux.

15. Mon Salut et mon Amour !

16. " Mon Dieu, " vous estes " mon Tout." (Chronica Fr.Mon. 1,8)

17. O Jesus, vous estes les delices de mon cœur.

18. Hé Seigneur, que j'accomplisse toutes vos volontés.

19. Par vostre bonté, Seigneur, gardes moy de vous des­plaire.

20. O mon souverain Bien, je ne veux plus que vous.

A LA SAINTE VIERGE

1. Ma chere Maistresse, je vous salue et vous revere de tout mon cœur.

2. Mere de misericorde, priés pour moy.

3. Reyne du Ciel, je vous recommande mon ame.

4. Ma douce Mere, obtenes moy l'amour de vostre Filz.

5. Ma chere Esperance aupres de JESUS.

6. Je me jette a vos pieds, O doux Refuge des pe­cheurs.

7. Faites moy sentir vostre pouvoir envers la Sainte Trinité, O glorieuse Vierge.

AU BON ANGE

1.Ange glorieux qui m'aves en garde, priés pour moy.

2.Mon cher Gardien, donnés moy vostre benediction.

3. Bienheureux Esprit, defendes moy de l'ennemi.

4. Mon cher Protecteur, donnés moy une grande fidelité a vos saintes inspirations.

Elles en feront de mesme envers les Saintz et Saintes auxquelz elles auront plus de devotion : comme a saint Joseph, saint Augustin, saint Jean Baptiste, les Princes de l'Eglise saint Pierre et saint Paul, saint Jean l'Evangeliste, patron des vierges, saint Bernard, saint François, sainte Anne et sainte Magdelaine, les troys saintes Catherine, et autres glorieux Saintz dont on a leu la Vie a table.

Quand l'horologe sonne, qu'elles souspirent les heures inutilement passees ; qu'elles pensent qu'il faudra rendre conte de cette heure et de tous les momens de leur vie.

Qu'elles s'approchent de l'eternité.

Que les heures sont des siecles aux malheureux damnés.

Que nous courons a la mort.

Que nostre derniere heure sonnera peut estre bien tost.

Que les Seurs facent donq en suitte de telles pensees quelque devote aspiration, affin que Dieu leur soit propice a cette derniere heure : ce qui arrivera infalliblement a celles qui se rendront tres soigneuses de cet exercice, lequel elles doivent prattiquer en tout tems et en toutes occasions, par le moyen duquel elles croistront et prouffiteront tous les jours de vertu en vertu, jusques a la perfection de l'amour divin (Ps 83,8 ; Pr 4,18).

Celles qui seront travaillees de quelque forte tentation ou passionpourront s'encourager et fortifier par la con­sideration des travaux de Nostre Seigneur, se le represen­tant aux siens. Et quand elles auront des difficultés aux exercices des vertus, si elles le regardent en la prattique de celles qu'il a operees tandis qu'il a esté en cette vie : elles seront instruites et aydees.

Du coucher

Que les Seurs soyent promptes a se deshabiller, et tien­nent, tant qu'il leur sera possible, leur esprit attentif' au point qu'on aura leu pour l'orayson du matin.

Qu'elles soyent tres exactes a garder l'honnesteté et sainte pudeur, ne se descouvrant en aucune façon, ni re­gardant leur cors nud ; et soyent soigneuses qu'on ne les voye point en se couchant lhors qu'elles n'auront pas chacune leur chambre.

Qu'elles ne sortent point de leurs cellules sans estre ves­tues, sinon par quelque pressante necessité, ni sans avoir le voyle sur la teste.

Estant au lit, qu'elles se souviennent que Nostre Sei­gneur et plusieurs Saintz dormoyent sur la terre froide, et combien elles sont obligees de l'aymer et servir, puisque sa douce Bonté leur donne si paternellement leurs petites commodités.

[177] Estant couchees, elles se representeront qu'un jour elles seront ainsy estendues dans le tombeau, et prieront Dieu qu'il les assiste a l'heure de la mort.

Qu'elles se couchent en la mesme posture qu'elles feroyent si elles voyoyent Nostre Seigneur de leurs propres .yeux ; car veritablement il les regarde en cette action aussi bien qu'en nulle autre.

Qu'elles s'essayent de s'endormir tous-jours sur quelque bonne pensee, parce qu'il y a un demon qui espie leur som­meil pour l'infecter de quelques mauvaises imaginations, et un qui espie semblablement leur resveil affin de rem­plir leur esprit de mille vaynes et inutiles cogitations.

Elles porteront leur croix la nuit, un petit voyle noir sur la teste et une barbette.

Des Confessions et de l'ordre d'y aller

Quand les Seurs se voudront confesser, elles feront la preparation en cette sorte :

S'estant prosternees en esprit d'humilité aux pieds de Nostre Seigneur crucifié, elles diront devotement le Con­fiteor jusques a mea culpa, et demanderont la grace et la lumiere du Saint Esprit affin qu'elles puissent bien con­noistre leurs fautes ; puis rassembleront tout ce qu'elles ont treuvé en leurs examens journaliers despuis la der­niere Confession, penseront un peu s'il y a rien de plus, et acheveront le Confiteor disant mea culpa. Apres quoy elles demanderont tres humblement pardon a Nostre Seigneur et la grace de se corriger ; dequoy elles ­feront une bonne resolution, specialement des choses plus. importantes qu'elles remarqueront, les detestant et tas­chant de donner a leur ame une vraye douleur de leurs fautes, pour petites qu'elles soyent; car c'est tous-jours trop de mal d'avoir despleu a la souveraine bonté de Nostre­Seigneur qui nous fait journellement tant de misericorde.

Apres avoir remarqué leurs fautes presentes, elles y ad­jousteront quelque chose de ce qu'elles ont fait au monde, qui soit manifestement peché : comme une mesdisance par hayne, ou un mensonge par vanité; et feront de tout. ensemble l'acte de contrition.

Puis iront avec humilité devant le Confesseur, ou estant, elles feront un enclin fort bas, les mains jointes et les yeux en terre, honnorant Dieu et le sacré sacerdoce en la personne du prestre, le considerant en Confession comme un ange de Dieu, qu'il nous envoye pour nous reconcilier avec sa divine Bonté.

Qu'elles dient purement et simplement ce qui les touche et se gardent bien d'accuser la faute d'autruy avec la leur. Qu'elles soyent courtes et claires en leurs con­fessions, [178] et n'y aillent point par coustume ni sur des vains scrupules, ains avec devotion et attention, comme en une action de tres grande importance et gravité.

Estant a genoux elles feront le signe de la Croix, disant : ln nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. Benedic, Pater, quia peccavi. Apres avoir receu la bene­diction, elles commenceront a dire clairement et nette­ment tout ce qu'elles auront remarqué en leur examen, et adjousteront, a la fin de chacune de leurs confessions, un peché, comme il a esté dit cy dessus, en cette sorte : Je m'accuse aussi d'avoir mesdit, estant au monde, d'une personne par hayne ; ou bien : Je m'accuse d'avoir dit autrefois un mensonge par vanité, ou pour porter dommage a autruy; une autre fois : Je m'accuse d'avoir autrefois murmuré des actions d'autruy, etc.

Ayant achevé leur accusation, qu'elles escoutent avec humilité et tranquillité ce que le Confesseur leur dira ; mays s'il leur conseilloit quelque chose contraire aux Regles et coustumes de la Mayson, elles ne le prattiqueront en aucune sorte, bien que toutefois elles ne leur en doivent point faire de semblant ; et s'il les pressoit elles en adver­ tiront la Superieure. Comme aussi, leur estant enjointes quelques penitences extraordinaires et hors du train de la Communauté, elles diront : Mon Pere, je supplie tres humblement Vostre Reverence de me changer cette pe­nitence, car je ne pourrois pas bonnement l'accomplir.

Si les Confesseurs les enquierent de quelque chose qui ne soit pas de la confession, comme par exemple, de quel­que tentation, exercice ou difficulté, elles pourront, si elles veulent, respondre en ce qui les touche seulement ; mais si elles ne desirent pas d'en parler avec eux, elles. Diront : Mon Pere, excuses moy, s'il vous plaist ; je crains­ de m'embrouiller l'esprit en parlant de cela ; je n'en ay, graces a Dieu, aucun scrupule ni remords de conscience.

Au partir de la, elles ne doivent aucunement parler de ce qui leur a esté dit en confession, sinon que ce fust quel­que chose si utile et devote qu'il semblast a propos de le dire pour l'instruction et edification des autres. Mais si quelque Confesseur les troubloit en confession, apres avoir invoqué Nostre Seigneur, elles demanderont humblement a la Superieure de ne s'y plus confesser.

Les Seurs se confesseront deux fois la semaine en tous tems, a sçavoir, tant qu'il se pourra, le jour precedant la sainte Communion qui se fait le Dimanche et le jeudy, sans qu'il soit loysible a aucune de remettre la confession au lendemain, sinon qu'il y ayt cause legitime et licence de la Superieure ; et en ce cas elle ira tirer son cordon en la carte. Si on anticipe ou retarde le jour de la sainte Communion, on devra de mesme anticiper ou retarder la confession. [179]

Les Seurs Domestiques iront les premieres a la confes­sion ; s'il y a des pretendantes elles les suivront, et puis les. dernieres Novices, et toutes, tant Novices que Professes, suivront chacune selon leur rang. Et tandis que la pre­miere se confessera, celles qui suyvent se prepareront, pour entrer promptement quand celle qui precede sortira de de­vant le Confesseur, auquel elles feront l'enclin. Elles seront tous-jours deux ou troys qui attendront pour se confesser. Celle qui sortira du confessionnal ira promptement appellercelles qui doivent suyvre les deux qu'elle a laissees.

On ne [se] confesse point pendant l'Office, tant qu'il se peut, s'entend les Seurs du chœur, sinon pour quelques reconciliations le matin.

Les Seurs oyant sonner la Confession, se rendront si a propos au lieu que la Superieure ordonnera, que l'on n'aye pas la peyne de les aller chercher ailleurs.

Celles qui communient le mercredi et samedi se pourront confesser le matin, et en ce cas tireront leur cordon en la carte. Outre cela on ne se confessera point extraordinaire­ment; plustost on differera la Communion, sinon que pour quelque digne occasion la Superieure treuve a propos de le permettre.

De la sainte Communion

La principale intention que les Seurs doivent avoir a la sainte Communion c'est de s'unir avec Nostre Seigneur.

Or, pour s'y mieux preparer, le soir devant que de la faire, il sera bon en l'orayson et en son recueillement de dresser quelque peu sa pensee a Nostre Seigneur en ce saint Sacrement, excitant en son ame une sainte reve­rence et joye spirituelle de devoir estre si heureuse que de recevoir nostre doux Sauveur; et alhors il faut faire nou­velle resolution de le servir fervemment, laquelle elles pour­ront reconfirmer l'ayant receu, non pas par vœu, mais par un bon et saint propos.

Sur le point de la Communion elles pourront user de quelqu'eslancement de paroles mentales ou vocales, comme celle de saint François : " Qui suis je, Seigneur, et qui estes vous (Specul.Vitae S.Fr. ) ? " ou bien de sainte Elisabeth : D'ou me vient ce bonheur que mon Seigneur vienne a moy (Lc 1,43)? ou celle de saint Jean l'Evangeliste : Ouy, venes, Seigneur Jesus (Ap 22,20), ou celle de l'Espouse sacree : Que mon Es­poux me bayse d'un bayser de sa bouche (Ct 1,1), et sembla­bles.

Apres la sainte Communion, il faut regarder Nostre Sei­gneur assis dans nostre cœur comme dans son throsne et luy faire venir, l'une apres l'autre, nos puissances et sens pour ouyr ses commandemens et luy promettre fidelité.

On pourra encores semondre l'ame a plusieurs saintes affections, comme de crainte de contrister et perdre ce Saint des Saintz, disant avec David : Seigneur, ne vous despartes point de moy (Ps 37,22), et avec les Pelerins : Demeures avec nous, car il se fait tard (Lc 24,29).

A la confiance et force d'esprit, avec [David : Je ne craindray nul mal, parce, Seigneur, que vous estes avec moy (Ps 22,4).] [180]

[A l'amour] avec l'Espouse: Mon Bienaymé est a moy, et moy je suis a luy ; il demeurera sur mon cœur (Ct 2,16 ; 1,12). J'ay treuvé Celuy que mon ame desire, je le conserveray soi­gneusement (Ct 3,4).

A l'action de graces : O Seigneur, par ce que vous m'aves fait cette grande grace, je vous beniray de bene­dictions eternelles, immortelles, et multiplieray vos louanges comme les estoilles du ciel (Gn 22,16).

A la resolution de le servir, par les parolles de Jacob : Dieu sera mon Dieu, et la pierre de mon cœur ci devant endurcie sera sa mayson (Gn 28,21).

On peut penser aussi a l'ardeur interieure de Nostre Dame lhors que l'Ange luy dit que le Saint Esprit viendroit en elle (Lc 1,35), sa devotion, son humilité, sa confiance, son courage ; et qu'a [181] mesme tems qu'elle entendit que Dieu luy donnoit son cœur, qui est son Filz, elle se donna recipro­quement a Dieu, et que lhors cette supersainte ame se fondit en charité, si qu'elle pouvoit dire : Mon ame s'est liquefiee ou fondue quand mon Bienaymé m'a parlé (Ct 5,6).

Or, quant a nous, nous recevons une pareille grace en la Communion : car non un Ange, mays bien Jesus Christ mesme nous asseure qu'en icelle le Saint Esprit vient en nous [et la vertu celeste nous enombre, et le Filz de Dieu vient reellement en nous,] et, par maniere de dire, il naist en nous et y est conceu. O Dieu, que de suavité et douceur ! Et partant, l'ame peut bien dire comme cette sainte Dame, apres cette consideration: Voyci la servante du Seigneur, me soit tait selon sa parole (Lc 1,38), qu'il a dite de sa sacree bouche : Que quicomque le mange, il demeure en luy et luy en nous ; que quicomque le mange, il vivra pour luy, par luy et en luy, et ne mourra point eternel­lement (Jn 6,57 sq).

Les Seurs pourront, tant pour la sainte Messe que pour la tressainte Communion, faire ces considerations ou telles autres que le Saint Esprit leur suggerera.

[182] La Superieure communiera tous-jours la premiere; apres elle l'Assistente, puis les autres consecutivement, chacune selon leur rang. Elles iront a main droitte et se retireront a la gauche, affin de ne s'embrouiller. Elles feront l'enclin a la Superieure quand elles iront, chacune a mesme tems que celle qui la precedera fera la genuflexion, laquelle elles feront a l'instant que celle qui est proche de communier se mettra a genoux pour recevoir la sainte Communion. Sortant de la Communion, elles feront la genuflexion au Saint Sacrement, l'enclin a la Superieure et se remettront en leur place.

La Superieure, ou celle qui communiera la premiere, a mesme tems que l'on dit le Confiteor s'ira mettre a genoux a la fenestre en attendant que le prestre y apporte la sainte Communion, et toutes iront, le voyle baissé jusques sur le nez, prenant fort garde toutefois qu'il n'empesche celuy qui donne la Communion. Quand les Seurs communieront, qu'elles tiennent la teste droitte et ferme.

Outre les Communions que les Constitutions ordonnent, elles communieront, selon la coustume, une fois la semaine de plus durant le Caresme; comme aussi le jour de la Con­version de saint Paul, le jour de saint Joseph, de sainte Catherine de Sienne, les festes de sainte Croix, saint Claude, (en memoyre qu'a tel jour la Congregation fut commen­cee), de sainte Marie Magdelaine, de sainte Anne, de Nostre Dame aux Neiges, de saint Bernard, de saint Augustin, duquel nos chosmons la feste, du Patron de l'eglise Cathedrale du diocese, de la feste du Saint principal auquel leur eglise est dediee, de saint François d'Assise, de sainte Catherine, vierge et martyre, de saint Charles, le jour des Innocens et celuy auquel elles auront fait la sainte Pro­fession.

Et aux festes suyvantes, si elles n'arrivent la veille ou le lendemain des Communions ordinaires, on pourra com­munier si la Superieure le treuve bon, sçavoir : le jour de [183] saint Anthoine, sainte Agnes, saint Ignace de Loyola, saint Thomas d'Acquin, saint Benoist, saint François de Paule, saint Jean Porte Latine, sainte Monique, saint Alexis, sainte Marthe, saint Louys, la Decollation de saint Jean, saint Nicolas [de] Tolentin, saint Denys, saint Do­minique, saint Bonaventure, sainte Therese, saint Nicolas, du saint Ange gardien, le jour qu'elles ont pris l'habit et les jours des Saintz dont elles portent les noms.

Elles appliqueront la premiere Communion de chasque moys pour le renouvellement de leurs vœux; et s'il n'y a occasion qui empesche, elles appliqueront la seconde pour l'exaltation de la sainte Eglise et pour le Pape, Prelatz et officiers d'icelle. La troysiesme, pour la conservation de l'Ordre et [pour] y maintenir l'union et charité mutuelle par la bonne observance des Regles. La quattriesme, pour la conversion des infidelles et pecheurs. La cinquiesme, pour l'union entre les Princes chrestiens [184] et pour toutes les necessités publiques. Et tant qu'il se pourra bonnement, une pour les ames du Purgatoire chasque fois que l'on dira l'Office des Mortz.

Quand leurs peres, meres, freres et enfans decederont, on leur appliquera une Messe sans autres prieres ni ceremonies, excepté que celle qui est parente peut, avec congé, faire plusieurs Communions a l'intention du deffunct, durant l'annee du trespas.

Quand la Superieure communiera extraordinairement, cela n'empeschera pas que troys Seurs ne communient avec elle, excepté quand ce sera a son tour de la Commu­nion joumaliere.

Quand on fera de nouvelles fondations, elles ne commu­nieront qu'une ou deux chasque jour, jusqu'a ce que le nombre soit tel qu'il n'y puisse avoir qu'une Communion extraordinaire par semaine. [185]

On ne dit rien de l'orayson, parce que l'Introduction a la Vie devote suffit pour y dresser les ames qui n'en ont pas encor l'usage, et le Traitté de l'Amour de Dieu et plusieurs autres livres qui traittent de cette matiere, avec les Entre­tiens, fourniront suffisamment de lumiere et d'addresse aux plus advancees ; et qu'en fin, le Saint Esprit est le vray Directeur en ce chemin, quoy qu'il faille tous-jours marcher appuyees sur le conseil de la Superieure, laquelle, autant qu'il luy sera possible, doit ayder et advancer les ames en cet exercice, comme tres important et utile en la vie spirituelle.

Advis de nostre tres Honnoré Pere sur le Directoire spirituel

[186] Le Directoire propose quantité d'exercices, il est vray, et il est encores bon et convenable, pour le commence­ment, de tenir les espritz rangés et occupés. Mays quand, par le progres du tems, les ames se sont exercees en cette multiplicité d'actes interieurs et qu'elles sont façonnees, desrompues et desengourdies, alhors il faut que ces exer­cices s'unissent en un exercice de plus grande simplicité, a sçavoir : ou a l'amour de complaysance, ou a l'amour de bienveuillance, ou a l'amour de confiance, ou de l'union et reunion du cœur a la volonté de Dieu, ainsy que l'Exercice de l'union marque [187], de sorte que cette multiplicité se convertisse en unité. Mais c'est a la Superieure a recon­noistre et discerner l'attrait interieur et l'estat de cha­cune de ses filles en particulier, affin qu'elle les conduise toutes selon le bon playsir de Dieu. Et de plus, s'il se treuve quelques ames, voire mesme au Novitiat, qui craignent trop d'assujettir leur esprit aux exercices marqués, pourveu que cette crainte ne procede pas de caprice, outrecuidance, desdain ou chagrin, c'est a la prudente Maistresse de les conduire par une autre voye, bien que pour l'ordinaire, celle ci soit utile, ainsy que l'experience le fait voir.

Du devoir des Novices envers leur Maistresse

Qu'elles ayent un amour tres cordial envers leur Mais­tresse [et] une confiance toute filiale, accompaignee de respect, luy tesmoignant de la gratitude et reconnoissance pour le soin et travail qu'ellê a a dresser leur esprit.

Qu'elles suyvent sa direction avec humilité, luy rendant fidellement conte de leurs actions et de tout leur interieur, luy parlant en la mesme sorte qu'il est dit pour la Su­perieure (art sq) .

Mais quand elles seront aux assemblees ou la Superieure sera presente, il ne sera pas besoin qu'elles se levent lhors que la Directrice entrera ou sortira, ains seulement elles feront l'enclin de la teste. Si neanmoins la Directrice vient parler a quelques unes d'entre elles, quelque part que ce soit, il faut que la Novice se leve, comme aussi quand elle entrera au novitiat.

Quand la Superieure envoyera une Novice en quelque lieu hors de l'assemblee, il ne faut point qu'elle demande congé a la Directrice ; mays seulement, si c'est pour de­meurer long tems, elle ira luy dire : Ma Seur, nostre Mere m'envoye en telle part ; et fera l'enclin. [188] Et si c'est la Directrice qui les envoye, elles feront l'enclin a la Superieure des la place ou elles seront.

Si tost que l'Obeyssance sera donnee, que les Novices se retirent promptement au novitiat, se mettant plus particu­ lierement en la presence de Dieu, luy demandant sa grace affin de bien prouffiter des enseignemens qui leur seront donnés. Qu'elles facent des questions a la Directrice pour avoir un plus grand esclaircissement des Regles, Consti­tutions et coustumes.

Quand la Directrice aura achevé de leur dire ou expli­quer un point de la Regle, du Directoire ou Cathechisme, elles demeureront en silence, en s'occupant selon qu'il leur sera ordonné.

Qu'elles ne sortent en aucune maniere hors du novi­tiat sans la licence de la Directrice ou de celle qu'elle aura nommee Assistente, et qu'en sortant elles l'advertissent du lieu ou elles iront.

Les Novices professes ne seront obligees de demeurer dans le novitiat sinon tandis que l'on y prattiquera quel­ques uns des exercices, et elles s'addresseront a la Direc­trice pour toutes leurs necessités, horsmis quand elles seront en la presence de la Superieure, et luy rendront conte seule­ment une fois la semaine.

Toutes rendront une obeyssance tres simple a la Direc­trice en tout ce qu'elle leur commandera, sans replique ni excuse, et ne parleront point de ce qui se fait au novi­tiat, tant des coulpes qu'autres choses.

[189] Pour apprendre a se bien confesser, elles iront le matin, tant qu'il se pourra, parler a la Directrice pour estre instruites a se confesser clairement, courtement et avec contrition, et [à] aller comme il faut a ce saint Sacrement, sans y conter des histoires qui ne servent a rien.

Les Novices ne lairront pas de faire leurs ouvrages au novitiat en tous tems, excepté !hors que la Directrice leur parlera a toutes en commun le mercredy matin, apres les coulpes. Et doivent, selon la signification de leur nom, se tenir pour les moindres et dernieres de toutes, et par consequent estre grandement humbles, servant et respec­tant un chacun avec une sousmission remarquable.

Plusieurs advis de nostre Tres Honnoré Seigneur et Fondateur concernant la prattique des vertus et du devoir des Seurs envers la Superieure [190]

Toutes les Seurs doivent estre fort attentives et tres affectionnees a se perfectionner selon leur Institut par une ponctuelle observance, rapportant a cela toutes les lumieres qu'elles recevront, tant aux lectures, conferences, oraysons, predications qu'autrement, d'autant [191] que les preceptes de toutes vertus et perfections sont enclos dans leurs Regles et Constitutions, et ne doivent rien tant craindre sinon que l'on vienne a les negliger, et, par ce moyen, a se relascher de cette exactitude tant necessaire.

Que la Superieure de chasque Monastere prenne soigneusement garde qu'on n'introduise aucune nouveauté, retranchant toute pretention de faire plus ou moins que ce qui est compris en l'Institut. Et sur tout il est requis, disait nostre bon Seigneur et Pere avec des paroles tres pregnan­tes, [192] que les Seurs continuent a se descouvrir a la Supe rieure avec l'entiere simplicité et sincerité que la Constitu­tion (n°24) marque ; et que, reciproquement, les Superieures ayent un tres grand soin de conserver cette confiance filiale des Seurs en leur endroit par un amour tout cordial et respectueux. Cet advis est de si grande importance pour maintenir l'esprit de l'Institut en sa perfection, que, quand il manquera, l'esprit de la compagnie defaudra aussi, lequel esprit, disoit il, estant conservé, enrichira le Pa­radis d'ames.

Les Seurs rendront aussi (Du devoir des Seurs vers la Superieure. cf note 190) un grand respect a la Supe­rieure, regardant Dieu en elle et l'honnorant comme l'or­gane du Saint Esprit. En signe dequoy, lhors qu'elles luy rendent conte de leur conscience, elles se mettront a genoux, s'humiliant non seulement de cors, mais aussi de cœur et d'esprit, pour recevoir les advis, remonstrances et corrections qu'elle leur fera, tout ainsy que de la propre bouche de Dieu. Mays si la Superieure leur commande de se lever, elles le feront simplement.

Que si par rencontre elle mortifie quelque Seur, elle se mettra soudain a genoux, demeurant ainsy, les yeux bas et les mains jointes, jusques a ce que la Superieure cesse de parler a elle; puis elle baysera terre, et si la Superieure est encores presente, elle luy fera un grand enclin en se relevant : car il leur sera tres utile de recevoir en cette sorte les mortifications et humiliations, comme remedes conve­nables et necessaires a leurs maladies, s'imaginant qu'elles sont ainsy que des petitz enfans auxquelz la douce et cha­ritable mere donne l'absinthe et le chicotin, drogues tres ameres, l'une pour les garentir des vers, l'autre pour les sevrer de la mammelle et les accoustumer aux viandes solides. Qu'elles se gardent donq bien de croire, quand on les corrigera ou qu'on leur fera des advertissemens, que cela se face par passion ou mauvaise volonté; ains qu'elles tien­nent pour asseuré que c'est une vraye marque de l'amour qu'on leur porte, et du desir qu'on a de les voir perse­verer en leur vocation et parvenir a une tres haute perfec­tion. [193] Les Novices recevront de mesme esprit les advertissemens de leur Maistresse.

Et recevant quelques obediences un peu extraordinaires, elles se mettront a genoux et bayseront la terre.

Lhors qu'elles prendront quelque chose de la main de la Superieure, soit lettres, livres, ouvrages ou choses semblables, elles mettront un genou en terre et bayseront sa main.

En quelque part qu'elles soyent, si la Superieure passe pres d'elles, elles se leveront et feront un enclin, excepté ,quand elles sont a genoux au chœur qu'elles le feront sans se lever.

(note 190) De l' humilité et pauvreté

Les Seurs doivent continuellement aspirer a la veritable et sincere humilité de cœur, se tenant basses a leurs yeux. Et quand le monde les tiendra pour telles et les mes­prisera, qu'elles reçoivent le mespris comme chose tres convenable a leur petitesse et un gage pretieux de l'amour de Dieu envers elles ; car Dieu voit volontier ce qui est mesprisé, et la bassesse aggreee luy est tousjours fort aggreable.

[194] Qu'elles se monstrent tres affectionnees, autant que la Constitution seiziesme le permet (note 73), a la prattique de ce document qui est d'un prix inestimable: ( Ne demandes rien, ne refuses rien ; " mays qu'elles se tiennent disposees pour faire et souffrir tout ce qui leur arrivera de la part de Dieu et de la sainte obeyssance. Cela nourrira en elles la sainte paix et tranquillité de cœur qui leur a esté si souvent recommandee ; a quoy servira encores qu'elles ne se plai­gnent point, les unes parmi les autres, de leurs tentations, desgoustz, aversions et difficultés, ni mesme des incommo­dités corporelles, sinon a la Superieure.

Qu'elles facent grande profession de ne se point excuser, non seulement sur les advertissemens, mais encores es fautes legeres.

La suavité et douceur de l'Institut doit paroistre en toutes les actions des Seurs, de maniere que s'il arrive a quelqu'une de dire a une autre des paroles seches ou tant soit peu contraires a l'humilité, elle doit incontinent luy demander pardon, se mettant a genoux et baysant terre ; ce que l'autre Seur fera pareillement, usant de quelque trait de cordialité en son endroit.

C'est une marque d'humilité de ne parler point de soy mesme, mays on ne le peut quelquefois esviter. Quand donq les Seurs parleront de leurs defautz et de ce qui touche a leur personne, elles useront du terme singu­lier, comme par exemple : J'ay rompu le silence ; je suis imparfaite ; j'ay mal a la teste, et semblables. Mais en tout le reste elles parleront en pluriel, comme : Nous avons des cellules ; nostre robbe est gastee ; nostre lit est fait ; nous avons donné une image. Or, ce n'est pas a dire que les Seurs puissent d'elles mesmes donner aucune chose, car il ne leur est pas seulement loysible de se prester ou donner les unes aux autres chose quelconque sans li­cence. Mais quand il sera requis de faire quelque present, la Superieure le doit donner ou faire donner au nom de toute la Communauté, et se tenir, mesme en cela, dans les bornes de la modestie, de l'humilité et pauvreté religieuse, qui sont les vertus propres et particulierement recomman­dees aux Filles de la Visitation.

Les Seurs s'essayeront d'estre courtes et retenues au parloir, mesme avec les personnes spirituelles, parce qu'aux longs entretiens il se glisse facilement des super­fluités et oysivetés de paroles. Il ne leur sera jamais loysible. d'y manger ; et, tant qu'il se pourra, on les exemptera d'y aller la matinee des festes, au tems du Caresme, de l'Advent et pendant les retraittes ; mais neanmoins la Superieure le leur permettra pour les occasions qu'elle jugera a propos.

De la charité

La Superieure, pour quelque grande et signalee occasion d'affliction publique ou particuliere peut faire faire des oraysons, jeusnes, penitences et Communions extraor­dinaires pour quelques jours, prenant l'advis toutefois de ses Coadjutrices.

Elles feront demy heure d'orayson pour les pecheurs. aux troys jours de caresme prenant, devant ou apres la lecture.

[195] Les Monasteres qui sont plus commodes pourront et feront tres bien de secourir charitablement ceux qui se treuveront en necessité, prenant neanmoins l'advis et per­missions des Superieurs lhors qu'il s'agira de chose notable ; et que cela se face sans aucune alienation des fonds et revenus des monasteres. Mays sur tout se rendront un grand secours spirituel en cas de maladie ou autres occur­rences semblables. S'il arrive quelques inconveniens re­marquables ou chose qui peust grandement ayder les autres Monasteres et leur donner lumiere, elles s'en advertiront.

Elles ne doivent jamais parler des autres Monasteres qu'avec beaucoup d'honneur et de respect, louant et ap­preuvant les vertus qui s'y prattiquent. Et que les Supe­rieures ne permettent point qu'on parle dans leurs Com­munautés des defautz qui s'y pourront commettre, ni mesme en ceux des autres Ordres, lesquelz elles doivent beaucoup honnorer, mais en parler peu, a cause de l'incons­tance de l'esprit humain. L'union et parfaite charité doit estre si entiere et indissoluble entre les Monasteres, que jamais il n'y ayt proces, ni aucune mauvaise intelligence. Nostre tres honnoré Seigneur disoit qu'il estoit capable de souffrir toute autre sorte de desplaysir, mais que celuy de voir la desunion entre nos Maysons seroit au dessus de ses forces.

Les Superieures doivent avoir un tres grand soin et .affection de conserver la sainte amitié avec les autres Mo­nasteres, et pour cela elles doivent s'escrire au moins une fois ou deux l'annee, voire plus souvent entre les Maysons proches, pour s'encourager a la parfaite observance et se communiquer cordialement les benedictions extraordi­naires dont Dieu gratifiera leurs Communautés.

Les Seurs porteront un grand respect a la parole de Dieu, de quelle part qu'elle leur soit annoncee, l'escoutant avec attention et reverence ; et feront le mesme de toutes les choses saintes et des vertus, desquelles elles parleront avec honneur et devotion, sans les retourner en recreation. [196]

Tant qu'il se pourra bonnement, la Superieure fera qu'il y ayt predication toutes les festes solemnelles de l'annee, tous les premiers Dimanches du moys, les Dimanches et festes de l'Advent, les Dimanches du Caresme et une ou deux fois la semaine.

Les Seurs auront un jour tous les moys pour s'entretenir toutes ensemble et pour se recreer saintement par forme de conference spirituelle, environ une heure du silence­ de l'apres disnee, ou autre heure que la Superieure jugera a propos. C'est aussi a sa discretion de les coupler deux a deux, ou plusieurs ensemble, ou de les laisser en liberté de se coupler elles mesmes, ou bien la Superieure avec les Professes, et les Novices ensemble; mais non point dans. les cellules, ni les Aydes aussi quand elles s'entretiennent a la fin du moys, sinon qu'elles ayent congé.

Des menues licences

Les Seurs seront en liberté d'aller visiter le saint Sacrement, pour faire courtement quelques actes d'adoration.

En liberté de faire quelque priere vocale allant et venant par la Mayson, et pour qui elles voudront.

D'aller au chœur les festes entre Prime et Tierce pour environ demy heure.

De demeurer dans le chœur apres None, es jours de feste ; d'y faire la lecture, ou dans le jardin.

De se pourmener ou retirer en solitude entre les Offices du matin et autres heures qui ne sont de communauté, en fàysant leurs ouvrages, en sorte toutefois que cette liberté ne nuyse point a la retraitte et recueillement.

De lire quelques chapitres des Regles et Constitutions a quelle heure du jour qu'elles voudront. De lire quelque peu dans leurs livres hors le tems de la lecture ordinaire, pour se soulager es tentations et resveiller l'esprit de devo­tion, quand elles en ont besoin.

De chanter des cantiques spirituelz aux recreations et. mesme au silence, mays fort doucement et en sorte que cela ne distrayse point les autres. [197]

De parler au silence pour les choses vrayement neces­saires, pourveu que ce soit bassement et courtement, comme elles doivent faire aussi par tous les lieux d'ou elles peuvent estre entendues des seculiers.

De se retirer pour quelque peu en solitude lhors que, pendant le silence, elles travaillent plusieurs en mesme ouvrage, si elles pensent en avoir besoin ; mais elles ne quitteront jamais les exercices communs pour aucun ou­vrage, si la necessité n'estoit fort extraordinaire.

Elles pourront s'entretoucher lhors' que la charité et bienseance le requerra.

L'esté elles pourront se pourmener un peu aux recrea­tions, en faysant neanmoins leurs ouvrages ; les jours de feste aussi, apres le rapport des lectures, s'entretenant. saintement.

Revu sur le Coustumier manuscrit de 1624, conservé à la Visitation d'Annecy.

FORMULAIRE DE LA VÊTURE

Vers juillet 1620 [198]

LA MANIERE DE DONNER L'HABIT

ET RECEVOIR LES SEURS DE SAINTE MARIE DE LA VISITATION

POUR LE NOVITIAT

1. Le Pere spirituel, ou celuy qui de sa part celebrera cette action, sera a l'autel, revestu tout ainsy comme pour dire la sainte Messe, horsmis qu'au lieu de la chasuble, il portera une chappe blanche.

2. Si c'est un Evesque, ilusera de la mitre es occurren­ces, selon qu'il sera dit ci apres ; si c'est un Prestre, il usera du bonnet.

3. Le sermon qui se doit faire pour cett'action pourra estre fait ou par le celebrant, ou bien par quelqu'autre prredicateur ; et pourra estre fait ou bien au commence­ment, ou bien a la fin de l'action, selon qu'il sera jugé plus a propos.

4. Et quand celuy qui fera l'action ne fera pas le ser­mon, on mettra deux chaires : l'une pour le celebrant, l'autre pour le praedicateur; et le praedicateur, s'il n'est Evesque, prendra la benediction du celebrant.

5. Les chaires seront mises en sorte que le praedicateur ayt le visage tourné partie du costé des Seurs et partie du .costé du peuple, de maniere que tous le puissent commode­ment voir et ouïr, autant que faire se pourra; et le ser­mon se fera, le praredicateur estant tous-jours assis et cou­vert, soit que ce soit le celebrant ou que ce soit un autre.

6. Quand le celebrant fera la ceremonie de cette action, assis ou debout aupres de sa chaire, il aura de mesme le visage tourné partie du costé des Seurs, partie du costé du peuple, affin qu'il puisse estre entendu d'un chacun, et a ces fins, sa chaire, comm' aussi celle du praedicateur, devra estre un peu esloignee du chœur des Seurs.

7. Si donq le sermon se fait avant l'action, apres que le celebrant, revestu comme il a esté dit, aura un peu prié a genoux au pied de l'autel, il s'ira asseoir ; et luy, ou bien celuy qui devra exhorter, commencera le sermon, apres lequel immediatement [se dira le Veni, creator ; et le ce­lebrant, s'estant] assis et couvert, commencera l'action de la reception. Que si le sermon se differe jusques a la fin, [le Veni, creator se dira le celebrant estant a genoux de­vant l'autel; et achevé qu'il sera, il ira a la grille ou, estant de mesme] assis et couvert, commencera ladite reception comm' il s'ensuit, parlant a la future Novice, qui sera un peu esloignee de la grille, a genoux sur un petit rehaiisseement, en sorte que, s'il se peut, on la puisse voir ; et [dira ainsy :

8.Ma fille, que demandes vous ? declares vostre intention devant toute cette assemblee.

Ou, si elles sont plusieurs:

Mes filles, que demandes vous ? declares vos intentions devant toute cette assemblee.

Et la fille respondra :

Une chose ay je demandé au Seigneur, c'est celle que je requiers : que j'habite en cette mayson du Seigneur tout le tems de ma vie (Ps 2,4).

Ou, si elles sont plusieurs, l'une d'entre elles dira pour toutes :

Une chose avons nous demandé au Seigneur, c'est celle que nous requerons maintenant: que nous habitions en cette mayson du Seigneur tout le tems de nostre vie.

9. Lhors le Pere spirituel luy fait un brief advertissement par telles ou semblables paroles: .

Il est vray que cette Mayson est une mayson du Sei­gneur, en laquelle est convenable toute sainteté (Ps 92,5) ; et celles qui y habitent doivent de tout leur cœur et tous les jours de leur vie prattiquer la parole de Nostre Seigneur : Si quelqu'un veut venir apres moy, qu'il renonce a soy mesme, prenne sa croix et me suive (Mt 16,24). Cette Mayson est une escole de la mortification des sens et de la propre volonté (const. 44), ou on doit continuellement crucifier l'homme exterieur avec toutes ses inclinations, habitudes et convoytises (Ga 5,24), et en somme, mourir a soy mesme pour vivre a Dieu (Ga 2,19). Et je sçay bien que vous aves esté souvent advertie que celles qui entreprennent de vivre ceans ne doivent avoir aucune autre intention que de plaire a Dieu par ces moyens-la, affin d'estre conformes a l'image du Filz de Dieu crucifié (Rm 8,29), leur unique et souverain Espoux. Il me reste seulement a vous dire que, comme vostre dessein de faire une vie de si excellente perfection ne peut estre prat­tiqué que parmi plusieurs contradictions, difficultés et travaux tant exterieurs qu'interieurs, aussi Dieu tout puis­sant et tout bon, qui par sa misericorde vous y a appellee, vous assistera de sa sainte protection (1 Co 1,8 ; 1 Th 5,24), pourveu que, avec fidelité et humilité, vous suivies et secondies les attraitz et operations de sa grace.

10. Le Celebrant apres cela, ayant fait une petite pause, adjoustera parlant a celle ou celles qui se presentent :

Perseveres vous en la demande que vous aves faite ? Et elle respondra :

Ceux qui se confient au Seigneur pour habiter en sa mayson, ne vacilleront jamais, non plusque la mon­taigne de Sion (Ps 124,1). Et partant, je persevere et repete en toute humilité la demande que j'ay faite ; car esperant en la bonté de mon Dieu, si une armee estoit campee devant moy, mon cœur ne la craindra point, et si la bataille m'estoit livree, en cela mesme je m'encourageray (Ps 26,3).

Ou bien, si elles sont plusieurs, l'une d'entre elles dira pour toutes :

Ceux qui se confient au Seigneur pour habiter en sa mayson, ne vacilleront non plus que la montaigne de Sion. Et partant, nous perseverons et repetons en toute humilité la demande que nous avons faite ; car esperant en la bonté de Nostre Seigneur, si une armee estoit cam­pee devant nous, nos cœurs ne la craindront point, et si la bataille nous estoit livree, en cela mesme nous nous encouragerons.

11. Le Celebrant sur cela dira comme il s'ensuit :

Nostre Seigneur Jesus Christ qui vous a donné cette bonne volonté veuille, par sa misericorde et l'intercession de la tressainte Vierge sa Mere, vous donner la perseve rance pour la bien executer (Ph 2,13).

Puis, se levant, dira :

Domine Jesu Christe, sine quo nihil possumus facere (Jn 15,5), da huic famulœ tuœ, et semper velle quod te inspirante intendit, et illud ipsum te adjuvante perficere. Qui vivis et regnas in sœcula sœculorum. Amen.

12. Ce qu'estant dit, il se levera, et se tournant devers l'autel ira du costé de l'Epistre, ou les prestres et clercz assistans luy presenteront les habitz et les voyles blancz, avec l'eau benite et l'encens. Que s'il ny a pas suffisam­ment de c1ercz pour faire cet office-la, on mettra lesditz voyles et habitz sur une petite table aupres de l'autel, avec l'eau benite, le tout bien ageancé et accommodé. Puis le Celebrant, ayant la teste descouverte, commencera la bene­diction des habitz disant :

V&. Adjutorium nostrum in nomine Domini.

R;. Qui fecit cœlum et terram.

V&. Dominus vobiscum.

R;. Et cum spiritu tuo.

OREMUS

Deus œternorum bonorum fidelissime promissor et certissime persolutor, qui vestimentum salutis et indumentum œternœ jucunditatis (Is 61,10) tuis fidelibus promisisti ; clementiam tuam sup­pliciter exoramus, ut hœc indumenta humilitatem cordis et contemptum mundi significantia, quibus famulœ tuœ sancto visibiliter sunt informandœ proposito, propitius bene† dicas, ut beatœ castitatis habitum quem te inspirante susciient, te protegente custodiant, et quas venerandis vestibus induis tem­ poraliter, beata facias immortalitate vestiri. Per Dominum nos­trum, etc.

Apres cela on benit les voyles blancz en disant :

V&. Dominus vobiscum.

R,. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Domine Jesu Christe, Flii Dei vivi, cujus Apostolus (1 Co 11,5) mulierem sexum in signum subjectionis, humilitatis et honestatis velamen super caput suum propter Angelos habere prœcepit, cujusque oculos tempore acerbissimœ Passionis tuœ ad oppro­brium peccatores impii velaverunt (Mc 14,65 ; Lc 22,64) : quœsumus, propter gloriam honorandi nominis tui, tam copiosam benedictionis tuœ † super his velaminibus infunde virtutem, quod famulas tuas illa gerentes, tibi subjectas in omnibus, et cuicumque tenentur ex ordine quem assumunt efficiant, ne proprias virtutes et bona cernentes in gloriam elatœ deperdant, sed in vera humilitate conservent et obumbrent, ab omni etiam oculos earum vani­tate compescant. Demum, turpissimœ mortis tuœ dulcis Sponsi sui memoriam hoc viduitatis indicium sœpe mentis earum oculis reprœsentent, ac radicibus cordis continuo recolendam tenacius astringant : ut cum hac galea salutis (Ep 6,17), tanquam so­ciœ Passionis tuœ, consolationem tecum œternam, et cum omni Curia cœlesti semper valeant experiri. Qui vivis et regnas cum Deo Paire, in unitate Spiritus Sancti Deus, etc.

Apres lesquelles oraysons il jettera de l'eau benite en fonne de croix sur les habitz et sur les voyles, et les encen­sera de mesme façon ; et les assistans porteront les habitz ou pour estre receuz dedans le chœur des Seurs, s'il se peut, ou dedans le tornet de la sacristie des Seurs, ou la Sacristaine les ira prendre.

13. Cela fait, le Celebrant portera ou, s'il ayme mieux, fera porter par l'un des assistans un cierge allumé a celle qui est receue, ou a chacune d'icelles, si elles sont plusieurs, disant :

Receves, ma tres chere fille (ou mes tres cheres filles), la lumiere corporelle en signe de la lumiere spirituelle de laquelle nous supplions Dieu vous illustrer, affin qu'avec la ferveur du Saint Esprit vous puissies parvenir a l'eter­ nelle societé de l'Espoux sacré de la tressainte Eglise, Nostre Seigneur Jesus Christ, qui, avec le Pere et le mesme Saint Esprit, vit et regne es siecles des siecles. A men.

Ce qu'ayant dit, il se levera, disant :

OREMUS

Domine Jesu Christe, lumen mundi (Jn 1,9; 8,12; 9,5; 12,46) et splendor gloriœ Dei Patris omnipotentis (He 1,2), illumina faciem tuam speciosissimam su­per hanc famulam tuam (Ps 118,135), ut lumine vultus tui illustrata, et igne amoris tui accensa, quœ tibi sunt placita cognoscat (Ps 66,1), et eadem sine fine perficiat. Qui vivis et regnas in sœcula sœculorum. Amen [199].

Et de rechef il dira :

Beatœ et gloriosœ semperque Virginis M ariœ, quœsumus, Domine, intercessio gloriosa nos protegat, et ad vitam perducat œternam.

14. Puis le Celebrant ira luy mesme a la grille et, ostant le rabat ou goderon de la Seur, dira :

Exuat te Dominus veterem hominem cum moribus et actibus suis (Col 3,9).

Puis, luy couvrant la teste du voyle, dira :

lnduat te Dominus novum hominem, qui secundum Deum creatus est in justitia [et] sanctitate veritatis (Ep 4,24) Apres quoy il luy dit :

Vous ne seres plus appellee N. mais N. N.

Ce qu'estant fait, retournant en son siege il donne la benediction a la nouvelle Novice, disant :

Benedicat te Pater et Filius et Spiritus Sanctus, et exaltet te in sanctitatem et dilectionem, et impleat omnes petitiones tuas (Ps 19,7) in saecula sceculorum.

Rl. Amen [200]

15. Et finalement il jette de l'eau benite sur elle sans autre chose dire, et les Seurs commencent a chanter les Psaumes qui seront ci apres marqués, tandis que l'on va vestir la nouvelle Seur dans la sacristie des Seurs ou ail­leurs, hors du chœur. Ce qui se fera le plus vistement qu'on pourra, affin de ne pas faire beaucoup attendre le Celebrant, lequel aussi, de son costé, s'estant retiré dans la sacristie des Prestres, se preparera pour venir dire la sainte Messe a mesme tems que les Seurs avec la nouvelle Novice seront retournees au chœur , et auront achevé de chanter, ou tous, ou partie des Psaumes marqués pour cet effect.

Ecce quam bonum et quam jucundum (Ps 132), [etc.]

Lœtatus sum in his (Ps 121).

Levavi oculos meos in montes (Ps 120).

Nisi Dominus œdificaverit domum (Ps 126).

Gloria Patri et Filio.

Lequel Gloria Patri ne se devra dire qu'a la fin du der­nier Psaume, quand les Seurs voudront achever de chan­ter.

16. La Messe estant dite, si l'exhortation n'a pas esté faitte au commencement, elle se pourra faire immediate­ment apres l'Evangile de saint Jean. Et les Seurs inconti­nent apres chanteront :

Laudate Dominum omnes gentes (Ps 116), [etc.]

Gloria Patri.

Ce Psaume estant achevé, la nouvelle Novice donnera le bayser de paix, commençant a la Superieure, puis aux autres consecutivement du costé de ce chœur ; lequel ayant parcouru en donnant a chasque Seur le bayser de paix, et ayant fait la genuflexion devers l'autel et l'enclin a la Superieure, elle reviendra a l'autre chœur, et commen­cera a donner le bayser de paix a l'Assistente, puis aux autres tout en suivant.

Et si elles sont deux ou plusieurs, l'une commencera a la Superieure et l'autre a l'Assistente, et poursuivront cha­cune son chœur jusques a la fin, qu'elles feront la genu­flexion contre l'autel et reviendront ensemblement faire l'enclin a la Superieure, poursuivant de donner le bayser de paix chacune du costé ou elle ne l'avoit pas donné, en sorte que celle qui avoit commencé a la Superieure re­viendra a l'Assistente, poursuivant son chœur de cet endroit la ; et celle qui avoit commencé par l'Assistente recommence a la Superieure, en poursuivant aussi jusques a la fin de ce chœur la, ou se rencontrans, elles feront de­rechef la genuflexion ensemblement contre l'autel, et se donneront le bayser de paix l'une a l'autre.

Apres quoy, l'on entonnera le Psalme Laudate, pueri, Dominum (Ps 112), lequel toutes les Seurs iront chantant de chœur en chœur alternativement, s'en allant droict au novitiat pour faire escrire la reception de la nouvelle Seur.

Laudate, pueri, Dominum, [etc.]

Gloria Patri, etc.

Est a noter finalement, que soit qu'il y ait plusieurs praetendentes a voyler ou une seule, les Oraysons de la benediction des voyles et habitz se fera en nombre plurier, dautant que les voyles et habitz sernt indistinctement appliqués a l'usage commun de toutes les Seurs ; mais en toutes les autres Oraysons, le Celebrant changera le nombre, selon qu'il y aura ou une ou plusieurs praetendantes

Revu sur un Manuscrit de M. Michel Favre, corrigé par saint François de Sales, qui appartenait en 1897 au Dr Moriez, à Nice.

FORMULAIRE DE LA PROFESSION

Vers juillet 1620 [201]

FORMULAIRE POUR LA PROFESSION DES SEURS DE LA VISITATION DITES DE SAINTE MARIE

Tout ce qui a esté dit devoir estre observé en la recep­tion des Seurs au Novitiat se doit pareillement faire en la Profession, despuis le premier article jusques au septies­me.

La Novice, donq, estant a genoux au milieu du chœur, a trois pas de la grille, ayant a ses costés la Superieure et l'Assistente, dira en voix intelligible : [202]

Je N., demande, pour l'amour de Dieu nostre Sau­veur, d'estre receuë a la sainte Profession en la Congrega­tion de Nostre Dame de la Visitation, pour m'exercer toute ma vie en icelle au service divin, par obeissance, chasteté et pauvreté.

[203] Si elles sont plusieurs, elles feront la demande l'une apres l'autre.

Le Celebrant [204]

Aves vous fermement establi en vostre cœur, n'ayant point necessité, mais ayant la liberté de vostre volonté, de garder obeissance, chasteté et pauvreté a Jesus Christ nostre Seigneur ? Car, ma chere Seur, vos habitz du monde vous sont conservés, et voyci le voyle de la Congregation ; l'un et l'autre vous est proposé, affin que vous puissies estendre vostre main a celuy que vous voudres, pour le prendre et choisir.

La Novice dira :

Je me suis volontairement despouillee des robbes mon­daines (Ct 5,3) ; jamais, Dieu aydant, je ne les reprendray. Je me suis destournee de la vanité (Ps 118,37)et en ay lavé mes piedz (Ct id) ; jamais je n'y retourneray.

Si elles sont plusieurs, l'une dira pour toutes ainsy qu'il s'ensuit :

Nous nous sommes volontairement despouillees des robbes mondaines ; jamais, Dieu aydant, nous ne les re­prendrons. Nous nous sommes destournees de la vanité et en avons lavé nos pieds ; jamais nous n'y retournerons.

Le Celebrant

Vous aves donq bien resolu de vous dedier a Dieu et vivre a jamais ainsy ?

La Novice

Je l'ay resolu en mon cœur, parce qu'il m'est tres bon d'estre comme cela.

Si elles sont plusieurs, elles diront l'une apres l'autre:

Je l'ay resolu, etc.

Le Celebrant

Il est vray qu'il vous sera tres bon d'estre ainsy, et per­severant, vous recevres la benediction du Seigneur et la misericorde de Dieu nostre Sauveur. Telle est la gene­ration de ceux qui le craignent et cherchent la face du Dieu de J acob (Ps 23,5).

La Novice joignant les mains et comme acceptant la benedic­tion qui luy est predite, elle dira :

O Seigneur Dieu, confirmes moy a cette heure, affin que je face ce que je voy pouvoir estre fait par vostre grace (Jdt 13,7). Voyci, O mon Dieu, que je viens a vous parce que vous m'aves appellee (1 R 3,4). Receves moy selon vostre parole, et je vivray, et ne m'esconduises point de mon attente (Ps 118,116).

Si elles sont plusieurs, l'une dira pour toutes ainsy qu'il s'ensuit :

O Seigneur Dieu, confirmes nous a cette heure, affin que nous facions ce que nous voyons pouvoir estre fait par vostre grace. Voyci, O mon Dieu, que nous venons a vous parce que vous nous aves appellees. Receves nous selon vostre parole et nous vivrons, et ne nous escon­duises point de nostre attente.

Lhors le chœur respond en chantant doucement, s'il n'y en a qu'une :

Deus misereatur tui [205] et benedicat tibi ; illuminet vultum suum super te, et misereatur tui.

Ut cognoscas in terra viam suam (Ps 66,2) ; gressus tuus dirigat secun­dum eloquium suum, et non dominetur tui omnis injustitia (Ps 118,133).

Gloria Patri et Filio, etc.

Si elles sont plusieurs on dira :

Deus misereatur vestri et benedicat vobis ; illuminet vultum suum super vos, et misereatur vestri.

Ut cognoscatis in terra viam suam ; gressus vestros dirigat secundum eloquium suum, et non dominetur vobis omnis injus­titia.

Gloria Patri et Filio, etc.

Apres que le chœur aura chanté le Psalme Deus miserea­tur, le Celebrant, se levant et descouvrant, dira :

V& Salvam fac ancillam tuam (vel ancillas tuas),

R. Deus meus sperantem (vel sperantes) in te (Ps 85,2).

V&. Mitte ei (vel eis) auxilium de sancto.

R. Et de Sion tuere eam (Ps 19,3) (vel eas).

V&. Dominus vobiscum.

R. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Actiones nostras quœsumus, Domine, aspirando prœveni, [etc.]

Apres quoy le Celebrant [206] interroge la Superieure, disant :

Vous aves ouy, ma Seur, la demande et poursuitte que cette nostre Seur a faite (ou que ces Seurs nostres ont fai­te) : a-elle (ou ont elles) le consentement de la Congre­gation ?

La Superieure respond :

Ouy, par la grace de Dieu, nos Seurs luy (ou leur) sou­haitent le bonheur de vivre et mourir en leur union, et que pour cela elle face (ou elles facent) maintenant [207] les vœux sacrés et la sainte Profession, selon qu'il est requis a cet effect. ­

Sur quoy le Celebrant dit a la praetendante ;

Or sus, ma chere fille (ou mes tres cheres filles), si telle est vostre volonté, venes a Dieu vostre Createur et soyes esclairee, et vostre face (ou vos faces) ne sera point (ou ne seront point) confondue (Ps 33,6) ; sacrifies luy le sacrifice [208] de justice et esperes en luy, car il vous monstrera le bien (Ps 4,6).

Sur cela la Novice et les Seurs qui l'assistent, se levant, font la genuflexion, et la Novice venant s'agenouiller sur le marchepied proche de la grille, demeurera un peu en silence, les mains jointes, les yeux baissés, et les assistentes se mettront a genoux a costé de la Novice. Ce pendant le Celebrant benira le voyle comm'il est dit de celuy des Novices au 12. point de leur reception, [209] et on donnera a toutes les Seurs un petit cierge allumé en leurs mains.

BENEDICTION DU VOYLE

V&. Dominus vobiscum.

R. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Caput omnium fidelium, Deus, et totius corporis Salvator (Ep 1,22 ; 5,2 ; Col 1,18) ; hoc operimentum velaminis quod famulœ tuœ, propter tuum tuœque Genitricis Beatissimœ Virginis Mariœ amorem, suo capiti sunt impositurœ, dextera tua sancti † fica ; et hoc quod per illud mistice datur intelligi, tua semper custodia, corpore pariter et animo incontaminato custodiat, ut quando ad per­petuam Sanctorum remunerationem venerit, cum prudentibus et ipsa virginibus preparata, te perducente ad sempiternœ fœli­citatis nuptias introire mereatur (Mt 25,1). Qui vivis et regnas in sœ­cula sœculorum. Amen.

Puis, le Celebrant estant assis et couvert, la Novice pro­nonce clairement et distinctement la Profession ainsy qu'il s'ensuit :

[210] O Cieux, oyes ce que je dis ; que la terre escoute (Is 1,2)les propos de ma bouche. C'est a vous, O Jesus mon Sauveur, a qui mon cœur parle (Ps 26,8), encores que je ne sois que poudre et cendre (Gn 18,27). O mon Dieu, je vous fay vœu de vivre en perpetuelle chasteté, obeissance et pauvreté, selon la Regle de saint Augustin et les Constitutions de la Congregation de Nostre Dame de la Visitation, pour l'observation desquelles j'offre et consacre a vostre divine Majesté et a la sacree Vierge Marie vostre Mere, nostre Dame et a laditte Congregation ma personne et ma vie.

Receves moy, O Pere eternel, entre les bras de vostre tres pitoyable paternité, affin que je porte constamment le joug et le fardeau de vostre saint service (Mt 11,29), et que je m'abandonne a jamais totalement a vostre divin amour, auquel derechef je me dedie et consacre.

O tres glorieuse, tres sacree et tres douce Vierge Marie, je vous supplie pour l'amour et par la mort de vostre Filz, de me recevoir au giron de vostre protection maternelle.

Je choysis Jesus, mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20,28), pour l'unique objet de ma dilection; je choysis sa sainte et sacree Mere pour ma protection, et la Congregation de ceans pour ma perpetuelle direction. Gloire soit au Pere, et au Filz, et au Saint Esprit. Amen.

.

Quand elles seront plusieurs, elles diront l'une apres l'autre les paroles de la Profession ;

" O Cieux, oyes ce que je dis, " et ce qui s'ensuit, jusques aux paroles suyvantes, que l'une d'icelles dira pour toutes, en cette sorte :

Receves nous, O Pere eternel, entre les bras de vostre tres pitoyable paternité, affin que nous portions constam­ment le joug et le fardeau de vostre saint service, et que nous nous abandonnions a jamais et totalement a vostre divin amour, auquel derechef nous nous dedions et consa­crons.

O tres glorieuse, tres sacree et tres douce Vierge Marie, nous vous supplions par l'amour et par la mort de vostre Filz, de nous recevoir au giron de vostre protection ma­ternelle.

Des icy, les Seurs disent l'une apres l'autre ce qui s'ensuit, si elles sont plusieurs :

Je choysis Jesus, mon Seigneur et mon Dieu, pour l'uni­que objet de ma dilection; je choysis sa sainte et sacree Mere pour ma protection, et la Congregation de ceans pour ma perpetuelle direction. Gloire soit au Pere, au Filz, et au Saint Esprit. Amen.

Les vœux achevés, les Seurs se levent, tournees l'une devant l'autre, et chantent le Psalme suyvant (Ps 19,1) : [211]

Exaudiat te Dominus in die visitationis; protegat te no­men Dei Jacob.

Mittat tibi auxilium de sancto ; et de Sion tueatur te.

Memor sit omnis sacrificii tui, et holocaustum tuum pingue fiat.

Tribuat tibi secundum cor tuum, et omne consilium tuum confirmet.

Gloria Patri et Filio, etc.

Si elles sont plusieurs, on dira l'Exauàiat comme s'ensuit: Exaudiat vos Dominus in die, [etc.] .

Le Psaume achevé, le Celebrant, levé et descouvert, dit :

V&. Dominus vobiscum.

R. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Defende, quœsumus Domine, Beata Maria intercedente, is­tam ab omni adversitate famulam tuam, et toto corde tibi pros­tratam ab hostium tuere clementer insidiis. Per Christum Do­minum nostrum. Amen.

L'Orayson estant dite, le Celebrant viendra a la grille et, estant couvert, il mettra la croix au col de la Novice, disant :

Receves, ma fille tres chere, la croix de Nostre Seigneur Jesus Christ, comme une chaisne tres aymable et un rem­part tres asseuré sur vostre poitrine contre toutes les em­busches de l'ennemy, affin qu'estant crucifiee au monde (Ga 6,14), vous puissies, sous le joug de vraye obeissance, en la com­paignie de tous les Saintz, triompher a jamais avec iceluy Nostre Seigneur Jesus Christ, qui, avec le Pere et le Saint Esprit, vit et regne es siecles des siecles.

[212] Cela fait, le Celebrant estant debout et la teste nue, dit l'Orayson suivante :

V&. Dominus vobiscum.

R. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Respice, quœsumus, super hanc famulam tuam pro qua Do­minus noster Jesus Christus, [etc.]

Puis il luy donne le voyle, disant :

Ceci vous sera un voyle sur vos yeux contre tous les regars des hommes, et un signe sacré affin que vous ne recevies jamais aucun signe d'amour que celuy de Jesus Christ.

[213] Lhors le Celebrant, se levant et descouvert, dit :

OREMUS

Famulam tuam, Domine, protectio tuae muniat pietatis, ut sanctae castitatis propositum quod te inspirante suscepit, te adjuvante custodiat. Qui vivis et regnas, Deus, in saecula saeculorum..

R. Amen.

Apres quoy, la nouvelle Professe se leve et chante, ou si elles sont plusieurs, elles chanteront ensemblement :

Hœc requies mea in sœculum sœculi ; hic habitabo, quoniam elegi eam (Ps 131,14).

Puis le Celebrant luy dit :

Ma Seur, vous estes morte au monde et a vous mesme pour ne vivre plus qu'a Dieu (Col 3,3 ; 2 Co 5,14).

Les Seurs respondent en chantant :

Beati mortui qui in Domino moriuntur (Ap 14,13).

Puis la Seur s'estend sous le drap qui sera preparé au long de la grille ; les deux assistentes la couvrent, et une des Seurs dit au milieu du chœur la Leçon suivante (Off Defunct.) : Homo natus de muliere brevi vivens tempore... poterunt.

Apres quoy, toutes les Seurs disent alternativement:

De profundis clamavi ad te, Domine (Ps 129), [etc.]

Gloria Patri, et Filio, etc.

Le Celebrant dira :

OREMUS

.

Inclina, Domine, aurem tuam ad preces nostras, quibus misericordiam tuam supplices deprecamur, ut qui hanc famulam tuam de saeculo migrare jussisti, in pacis ac lucis regione constituas, et Sanctorum tuorum jubeas esse consortem. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Puis il jette de l'eau benite et dit :

Leves vous, vous qui dormes.. releves vous d'entre les mortz, et Jesus Christ vous illuminera (Ep 5,14).

Alhors les deux assistentes descouvriront la Novice, laquelle se leve incontinent debout; et le Celebrant, luy mettant un cierge en la main, dit :

Faites que vostre sentier s'avance comme l'aurore res­plendissante, et qu'il croisse jusques a la perfection du jour (Ct 6,9 ; Pr 4,18).

La fille respond en chantant, ou si elles sont plusieurs, toutes disent ensemblement :

Dominus illuminatio mea et salus mea ; quem ti­mebo ?

Dominus protector vitae meœ ; a quo trepidabo (Ps 26,1)?

[214] Le Celebrant se leve et, descouvert, dit :

V&. Dominus vobiscum.

R;. Et cum spiritu tua.

OREMUS

Absorbeat, quœsumus Domine, mentem nostram ignita et melliflua vis amoris tui, ut amore amoris tui ardeamus, qui amore amoris nostri dignatus es mori. Qui vivis et regnas, cum Patre et Spiritu Sancto, in sœcula sœculorum. Amen.

Puis il donne en main le crucifix a la nouvelle Professe di­sant :

Vostre vie est cachee avec Jesus Christ en Dieu ; mais lhors que Jesus Christ qui est vostre vie paroistra, lhors vous paroistres avec luy en gloire (Col 3,3). Ja n' advienne que vous vous glorifiies sinon en la Croix de Jesus Christ (Ga 6,14).

La Seur respond, ou si elles sont plusieurs, toutes disent ensem­blement :

Absit mihi gloriari nisi in Cruce Domini nostri Jesu Christi, per quem mihi mundus crucifixus est, et ego, mundo (Ga 6,15).

Le chœur respond :

Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto.

Sicut erat, etc .

Le Celebrant finalement dit:

OREMUS

Deus, qui pro nobis Filium tuum crucis patibulum subire­ voluisti, ut inimici a nobis expelleres potestatem ; concede­ nobis famulis tuis, ut resurrectionis gratiam consequamur. Per eundem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, etc.

L'Orayson finie [215], la Superieure prend la nouvelle Seur par la main, la fait lever, et le Celebrant luy dit :

Alles donq, ma fille, et Dieu vous soit propice ; demeures en vostre sejour, car Dieu vous a gratifiee.

Lhors la Seur et les assistentes font la genuflexion, et on entonne le Psalme suivant, pendant lequel on coiffe la Seur :

Quam dilecta tabernacula tua, Domine virtutum (Ps 83), [etc.] .

Apres cela on celebre la sainte Messe.

Il est a noter que tandis qu'on fait le sermon, les Seurs devront estre assises de chœur en chœur en leurs sieges, excepté la Novice et les assistentes, qui sont sur des sieges a trois ou quatre pas de la grille, eslevés [216].

Tout le reste de la ceremonie se fait comme a la recep­tion des Novices, ainsy qu'il a esté dit au commencement ; excepté qu'en conduisant la nouvelle Seur on chante le Psaume Lcetatus sum in his quce dicta sunt mihi (Ps 121), etc., et que les Seurs tiennent tous-jours leurs cierges allu­més, horsmis le tems de la Communion, et que l'on benit les habitz le jour precedent, affin que la Seur les prenne le matin. [217]

Item quand il y a plus d'une fille qui fait la Profession, il faut que l'une parle pour toutes, ainsy qu'il a esté marqué en son lieu; et tout de mesme le Celebrant parlera au nombre plurier, quand elles sont plusieurs.

MANUSCRITS PRIMITIFS DES CONSTITUTIONS

(Ms. F)

FRAGMENT D'UN PREMIER JET

[Janvier-avril 1610 [218]]

……………………………………………………………………………………………..

DE LA CLAUSURE

Quant a l'entree des hommes, on observera rigoureuse­ment ce que le Concile de Trente ordonne pour la reforma­tion des Monasteres (Sess 25 De Monial. 5), en la façon quil est declairé en la Regle des Carmelines ( publiées en 1581).

Mays quant a l'entree des femmes, on observera les pointz suivans : 1. Nulle femme, de quelle condition et qua­lité qu'elle soit, n'entrera dans la Mayson sans expresse licence par escrit, signee de la main de l'Evesque ou de ce­luy qu'il deputera pour ce regard. 2. Il ne sera permis d'arrester dans la Mayson, ni pour manger, ni pour coucher, ni apres le soleil couché, sil n'est expressement porté par la permission en escrit. 3. Une femme de dehors entrant dedans la Mayson, on sonnera une clochette pour advertir toutes les Dames de se retirer chacune en sa chambre ou au lieu de son office. 4. En suite de quoy, il ne sera permis a aucune d'icelles Dames de se presenter pour rencontrer ou voir celle qui entrera, sinon que la Superieure la face appeller pour cela. 5. Celle qui entrera sera receüe par deux Dames a ce deputees par la Superieure, qui la conduyront, selon le commandement d'icelle, ou et comm'il leur aura esté ordonné. 6. Nulle des Dames ne parlera aux femmes qui viendront de dehors qu'avec le congé de la Superieure et en presence d'un'autre des Dames, hors la veüe de laquelle elle ne s'escartera point, ni mesme ne parlera point en sorte qu'elle ne soit entendue d'icelle, si toutefois la Superieure ne juge quil soit expedient de per­mettre quelque conference secrette de quelqu'une des Dames avec celle qui entrera, en quoy elle pourra dispen­ser ; c'est a dire, que telle conference se face hors l'ouye de l'assistente, mais non jamais hors la veüe.

7. Mays quant aux autres personnes auxquelles il est requis de parler sans qu'elles entrent, soyent hommes, soyent femmes, elles viendront aux treilles ou deraize du chœur de l'eglise, ou a l'autre qui est a la porte [219] ; et la, les dittes treilles estant fermees, les Dames qui seront ap­pellees pour leur parler viendront voylees, et ne parleront point autrement, sinon que la Superieure juge quil faille faire d'autre sorte. Item, elles demeureront autant esloi­gnees de la treille qu'il faut pour n'estre point touchees, ni en leurs habits ni autrement, par ceux qui leur parleront; et tous-jours s'observera que les Dames ne parlent a per­sonne en secret, c'est a dire sans qu'elles puissent estr'ouyes de leur assistente, sinon avec la licence de la Superieure, et jamais sans qu'elles puissent estre veües d'icelle. 8. Elles prendront garde a ne point dire ni ouyr des paroles cu­rieuses, mondaines, vaines et superflues, ains de se tenir courtes en tout autre devis qu'en ceux qui regarderont le prouflit spirituel ou de celle qui parle ou de celle a qui l'on parle.

DE L'EMPLOYTE DE LA JOURNEE ET DES HEURES [220]

Despuis Pasques jusques a la feste saint Michel, elles se leveront a cinq heures; de six a sept elles feront l'orayson mentale, apres laquelle elles diront Prime et Tierce ; a huit heures et demi elles diront Sexte et Nonne qui seront suivies de la sainte Messe. A dix heures l'on disnera, et aux jours de jeusne a onz'heures et demi. De troys a quattre elles diront Vespres et Complies. A six heures elles soupe­ront ; et l'orayson des cinq heures, qui se commencera par les Letanies, en sorte que le tout soit achevé un quart d'heure avant le soupper. A sept heures et demi elles com­menceront Matines, apres lesquelles elles feront l'examen et la leçon d'un quart d'heure; apres quoy elles se retire­ront, en sorte que toutes soyent couchees a neuf heures et demi.

L'heure qui se treuve de reste entre Tierce et Sexte sera employee a quelqu'œuvre corporelle selon que la Supe­rieure ordonnera. L'heure qui se treuve de reste entre le souper et Matines sera [221] employee en recreation, com­m'aussi l'heure qui suit le disner : laquelle recreation se fera en commun, une chacune faysant quelque legere besoigne, sans soin; et pourront, pendant lesdittes recrea­tions, parler ensemble : deux et deux, ou trois et trois, ou ainsy qu'elles treuveront mieux.

Le demeurant du tems sera employé a faire des ouvra­ges, chacune en sa chambre, observant le silence. Et de deux a trois elles pourront s'assembler pour, toutes ensemble, reprendre haleyne a chanter des cantiques et ouyr la leçon spirituelle qui se fera de demi heure ; en sorte que le tout cesse un peu devant Vespres, c'est a dire quand le premier son de Vespres se fera, car alhors une chacune pour[ra] aller prendre les commodités requises pour re­tourner en l'oratoire.

Des le jour saint Michel jusques a Pasques elles se leve­ront a six heures, et disneront a dix et demi. Et seront employees toutes les heures proportionnement a ce qui a esté dit cy dessus, en retardant le tout d'un'heure, hormis la sainte Messe qui se dira tous-jours a 9, ou environ.

Elles ne mangeront ni boyront hors le repas sans li­cence.

Toutes choses seront en commun entr'elles, sans qu'au­cune puisse avoir aucune chose en particulier dont l'en­tiere et libre disposition n'appartienne a la Superieure, une chacune resignant a l'entree l'usage de tout ce qui luy peut ou pourra appartenir, es mains de la Superieure.

Les ouvrages qui seront donnés de dehors seront receuz ou par la Superieure ou par celle qu'elle deputera, sans que celles qui les font en traittent en aucune façon. Et quand au prix du travail, il sera delivré purement et simplement en communauté, sans que l'on sache de quel travail il est arrivé.

Elles ne feront aucune besoigne qui serve a la coeffeure et affiquerie et vanité des femmes.

On ne recevra aucune besoigne a faire, sinon que les ma tieres soyent donnees par ceux qui la donneront; et la Superieure traittera du prix des besoignes charitable­ment, et non exactement.

Elles jeusneront, outre les jeusnes commandés, les ven­dredi de toute l'annee, sinon ceux esquelz escherra quelque feste solemnelle, ou les festes de Nostre Dame ; car, quant aux festes de Nostre Dame, elles auront jeusné la veille.

Le silence se gardera despuis Matines jusques apres Sexte.

La sainte Communion generale se fera toutes les Diman­ches et festes de commandement ; et, outre cela, selon quil sera advisé par le directeur, avec le congé de la Superieure.

Nulle Dame n'entrera en la chambre d'un'autre sans congé de la Superieure.

Les habitz seront noirs, et extremement simples tant en la matiere qu'en la forme, avec des voyles d'estamine.

Les litz simples et de mattelatz, avec des tours de litz d'estoffe simple.

Toutes obeiront exactement et sans reserve aucune a la Superieure, et, en son absence, a celle qu'elle deputera.

Toutes les lettres qui arriveront de dehors aux Dames seront premierement remises a la Superieure, qui les verra avant celle a qui ell' est addressee, pour la luy donner si bon luy semble ; comm'aussi nulle Dame n'escrira sans congé et sans avoir monstré sa lettre a la Superieure, qui seule la fera remettre pour estre portee ainsy qu'ell'avisera.

Tous les messages qui s'addresseront aux Dames seront premierement faitz a la Superieure, qui les fera faire ou re­tenir ainsy qu'ell'advisera estre expedient.

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Revu sur l'Autographe conservé en partie à la Visitation de Rennes-Gennes; (Ille-et-Vilaine) et en partie à la Visitation d'Annecy.

­

MANUSCRIT DES CONSTITUTIONS

DE JUILLET-SEPTEMBRE 1613

(Ms. K)

AVERTISSEMENT DESÉDITEURS

Trois Manuscrits des premières rédactions sont groupés ici ; nous y joignons quelques fragments qui datent de la même époque -et se conservent en divers lieux.

1) Manuscrit de Thonon (G)

Le premier Manuscrit, le plus incomplet mais non le moins pré­cieux, puisqu'il est tout entier de la main de saint François de Sales, appartient à la Visitation de Thonon. Des quatre feuilles qui le composent, les deux premières sont plus petites (19 cm. ½ x 14) ; les deux autres ont 29 cm. x 19. Malgré cette différence de format, il est évident que ces seize pages sont d'une seule ré­daction : le texte se suit parfaitement ; on peut même dire que le Saint dut écrire sans interruption notable les douze premières pages : plume, encre, mouvement de la main sont les mêmes par­tout. Par contre, il y a quelque différence entre ces douze pages et les quatre dernières : celles-ci sont de la même époque, sans doute, mais écrites peut-être à quelques semaines d'intervalle : la main semble plus reposée, les caractères sont plus serrés et plus droits, c'est une autre plume. On remarque en outre une regrettable la­cune entre la 12e page et la 13e ; une feuille entière, au moins, doit manquer.

Après les quatre pages de Gennes et Annecy (Ms. F), le Ms. G est certainement le premier en rédaction. Tâtonnements, ratures et surcharges permettent de croire que nous possédons le premier jet d'une rédaction suivie des Constitutions de la Congrégation nouvelle.

Quelle est sa date ? - Juin-juillet 1610 parait convenir, d'après les observations suivantes :

a) Il y a déjà des divergences entre le règlement De l'employte des jours du Ms. G et celui proposé dns le Ms. F.

b) Le Ms. G contient un article relatif aux " sorties " des " Da­mes " ; le Ms. F n'en parle pas.

c) En écrivant à Philippe de Quoex le 20 juillet 1610, le Saint lui dit (L4, note 503) : " Quant aux Regles, voyci le sommaire, en attendant de vous faire avoir un double de toutes. " Dans le cou­rant de ce mois, peut-être, il dut faire quelques retouches à son Manuscrit pour le donner ensuite à transcrire.

d) A l'article De la reeeption des Novices au noviciat et puis a l'offrande, le Fondateur avait écrit au Ms. G : " Un jour de Dimanche, le P. Spirituel, ou au moins quelque prestre de respect, fera la reception, ainsy quil sera dit... " Mais au Ms. H, dont il est parlé ci-après, il change : c'est la Supérieure qui fera cette ré­ception; elle ôtera les " habitz et coeffeures " à la prétendante, qui " prendra les habits et coeffeures de la Mayson dedans le refectoir ou ailleurs. " Probablement, le Saint avait songé à donner plus de solennité à cette vêture lorsqu'il pensait faire prendre le voile dès le Noviciat ; ce fut sa première idée (voir ci-dessus, p. 101, et note 263 ).

e) La Congrégation " a convenablement choysi pour Patronne Nostre Dame de la Visitation, " lisons-nous dans le Ms. G ; il semble donc que les premières Sœurs étaient déjà réunies. La Mère de Chaugy raconte dans l'Histoire de la Fondation : " Notre Bh Pere... fut long tems dans la pensee que nous nous appellerions les Filles de Ste Marthe, chere et bien aimee hostesse du Sauveur du monde ; mais Dieu luy donna quelque lumiere speciale qu'il vouloit que ce petit Institut s'honnora du nom de sa tres sainte Mere, et un matin, le saint Prelat, tout extraordinairement joyeux, dit a notre digne Mere : " Il faut que notre petite Congregation s'apelle la Visitation de Notre Dame, et que nous soions tout dediés au service de cette grande Reine du Ciel. " Dans l'Année sainte (ancien Ms. d'Annecy), l'annaliste relate que le 1er juillet 1610 le Fondateur " fut visiter " les " premieres Meres dans la clo­ture de leur Noviciat, et leur dit qu'apres avoir mile fois pensé et repensé au nom particulier qu'il devoit laisser a la Congregation, il s'etoit enfin resolu qu'elle seroit nommee de la Visitation. " Les deux récits et le texte cité du Ms. G ne se contredisent pas ; la question du vocable ayant été assez débattue dès les débuts de la fondation, notre Saint put se décider et en parler à la Mère de Chan­tal avant le 1er juillet, voire même rédiger le premier article des Constitutions avant cette date, tout en se réservant d'annoncer ce jour-là à ses Filles la résolution prise.

Nous donnons in-extenso, en seconde leçon, le texte du Ms. G. ; les variantes entre celui-ci et les deux autres Manuscrits sont trop nombreuses pour être morcelées.

II) Manuscrit d'Annecy (H)

Il se compose de vingt pages du même format que les grandes du Ms. G, et se conserve à la Visitation d'An­necy. La 13e page et la moitié de la 14e sont de la main du Saint; toutes les autres sont écrites par Pierre Thibaut, le jeune secrétaire et serviteur que lui envoya en mars 1608 la baronne de Chantal (L3, note 477) et qui fut le copiste de la pre­mière rédaction de l'Introduction a la Vie devote. Bon nombre de corrections du saint Auteur et même quelques-unes de la Mère de Chantal augmentent l'intérêt de ce Manuscrit.

Il présente une double leçon des articles 23, 24, 25, qui concer­nent l'admission des sujets, leur reception au Noviciat et leur éta­blissement dans la Congrégation par " l'Oblation et dedicace ". Les deux textes sont différents et corrigés par le Saint, mais le premier, qui se trouve aux pp. 15, 16 du Manuscrit, est en réalité le second en rédaction : celui du Manuscrit de Guingamp - nous en parlerons ci-après, p. 206 - est absolument le même, sauf de très légères variantes à l'article 24. Quant au texte qui occupe les pp. 17, 18 et le haut de la p.19, il se rapproche davantage du Ms. G, bien qu'il en diffère pour plusieurs passages. Le Ms. H ayant été réparé en divers endroits, il est assez probable qu'on ait réuni, par méprise, des feuillets appartenant à deux rédactions successives.

Une feuille gardée à la Visitation de Turin a dû faire partie de la première de ces rédactions. Elle comprend, dans le premier feuillet, les articles 19, 20, 21, 22 ; les articles 23-28 et le commencement du 29e se trouvent aux pp. 17-20 du Manuscrit d'Annecy, tandis que la suite de l'article 29e figure sur le second feuillet de Turin. Malheureusement, celui-ci est coupé ; il devait contenir au recto, avec la fin de l'article 29e, le commencement du 30e (Formulaire de l'Oblation), qui se poursuit au verso, écrit par saint François de Sales. C'est à cette même ébauche du Formulaire qu'il faut rat­tacher un fragment appartenant à la Visitation de Caen, deux pages détachées qui se conservent en celle d'Annecy avec un autre petit fragment. Ce dernier est en partie de la main du Saint, en partie de celle de Thibaut ; les deux pages sont autographes, et contiennent le premier jet de la formule de l' " Oblation ".

Nous désignerons la feuille de Turin sous la lettre I, et les frag­ments de Caen et d'Annecy sous la lettre J1, J2.

La rédaction du Ms. H fut sans doute élaborée bientôt après les premiers essais, c'est-à-dire en juillet 1610 ; puis, de nouveau revue et corrigée les mois suivants ; la date serait donc : juillet 1610­ -janvier 1611. En voici quelques raisons:

a) Si l'on compare avec ce Manuscrit la lettre du 20 juillet à Philippe de Quoex (L4, note 502), on peut faire plus d'un rapprochement : des deux côtés, mention des Congrégations instituées par " le Bienheureux Cardinal Borrhomee ; " mêmes heures indi­quées pour le lever et le coucher, et à peu près mêmes termes tou­chant la clôture.

b) " Elles font le vœu de chasteté simple, par l'advis du confes­seur et de la Superieure, " écrit le Saint dans la même lettre; et dans le Ms. H, à l'article 29 : " Aucune des Dames de la Congregation ne fera le vœu de chasteté ni d'obeissance qu'avec l'advis du Pere spirituel et le congé de la Superieure. "

c) Le Saint dit encore à son ami : " En leur establissement, elles offrent leur ame, leur cors et l'usage de leurs biens a Dieu et a Nostre Dame ; " et dans la première ébauche de la formule de l' " Oblation " déjà mentionnée nous lisons : " ... J'offre et dedie et consacre a vostre divine Majesté et a la sacree Vierge vostre Mere nostre Dame, mon ame, tout mon cors et toute ma vie. " Enfin le. saint Fondateur ajoute que cet " establissement... se fait par une. belle ceremonie " (L4, note 506), preuve qu'il en avait au moins ébauché le Formulaire, s'il n'était déjà complètement rédigé.

d) Outre les jeûnes de l'Eglise et des " vigiles de Nostre Dame ",. saint François de Sales note dans la même lettre ceux du vendredi ; de fait, le Ms. H les prescrit à l'article 9. Il faut remarquer cepen­dant que le Saint y ajoute en surcharge : " despuis la St Michel jus­ques a Pasques " ; ce qui permet de supposer que cette correction, et. peut-être la plupart, sont postérieures à la lettre du 20 juillet.

Des retouches ne furent pas faites au Manuscrit après janvier 1611 ; plusieurs preuves pourraient être alléguées, mais nous n'en. citerons que deux:

1. - Le décret de Canonisation de saint Charles Borromée fut rendu le 1er novembre 1610; la nouvelle ne dut pas trop tarder à arriver à Annecy. Or, comme nous l'avons remarqué ci-dessus, le premier article des Constitutions désigne sous le titre de " Bien­heureux» l'Archevêque de Milan, et n'a pas été corrigé par le Fon­dateur qui, cependant, a fait sur la même page deux modifications.

2. - Le 6 juin 1611, Sœur Claude-Marie Thiollier reçut la pre­mière de la main du Fondateur, et avec quelque cérémonie, l'habit de Novice. Nous avons dit plus haut, que d'après le Ms. H,. c'est la Supérieure qui le donne, avec les " coeffeures de la Mayson " ; donc, ce Manuscrit est antérieur.

Les variantes reproduites ci-après, au bas du Ms. K dont nous. allons parler, sont celles des Mss. H, I, J.

III) Manuscrit de Guingamp (K)

Ce Manuscrit, relié en parchemin, appartient aux Filles de la. Croix de Guingamp qui le communiquèrent avec beaucoup de bienveillance aux éditeurs en 1899. Il a 27 cm.7 mill. x 20 cm..et se compose de soixante-douze pages chiffrées au crayon ; cette. numérotation est moderne. Le Manuscrit est une ancienne copie, toute de la même main, sauf les deux premières pages dont le papier est plus blanc et les caractères plus récents. L'article de­ l'Expulsion et les Trois souhaits (copie de ceux que saint Fran­çois de Sales écrivit en 1611 au commencement du Livre du Cou­vent de la Visitation d'Annecy) sont d'une écriture beaucoup plus. grosse, mais toujours de la même plume. De rares corrections d'une autre main rectifient simplement des erreurs évidentes.

La transcription a dû être faite sous dictée; plusieurs fautes provenant de la même prononciation de deux mots différents, les erreurs dans le latin, l'absence de toute ponctuation semblent le ­prouver. Les omissions sont rares, il y en a pourtant quelques-unes. Malgré ces légères inexactitudes, le Manuscrit de Guingamp est certainement très authentique et par conséquent bien précieux; il suffit, pour s'en convaincre, de comparer certains articles avec les; articles correspondants du Ms. H : on les trouvera conformes de tous points.

La provenance du Ms. K reste encore douteuse. D'après le Direc­toire pour les Sœurs de la Congregation de la Croix etablie dans le Diocese de Treguier, on a dit L8, note 850, que Mme de Villeneuve, leur fondatrice, " obtint du Bienheureux une copie des Constitutions primitivement dressées " pour ses Filles ; le P. de SaIllis répète la même chose dans sa Vie de Madame de Villeneuve (Paris, Beauchesne, 1918). Toutefois, il semble plus probable que ce don lui ait été fait par la Mère de Chantal, qui pro­digua ses encouragements à la nouvelle Société.

Avant d'aborder la question de la date, quelques observations ne seront pas inutiles .

1. - De tous les Manuscrits, celui de Guingamp (Ms. K) est. le seul où figurent les articles : Du retranchement des sorties et De l'eslection de celles qui visiteront les malades ; preuve qu'il est antérieur à la fondation du Monastère de Lyon (1615) où cette visite ne se fit jamais.

2. - Les articles du Ms. K qui sont conformes à ceux du Ms. H reproduisent les corrections faites par le Saint à celui-ci (elles sont, dans notre texte, marquées d'un souligné) ; c'est donc sur ce der­nier ou sur une copie semblable qu'ils ont dû être transcrits.

3. - Le nom de Dames qui se trouve toujours sous la plume du Fondateur dans les Mss. G, H, est ordinairement remplacé, dans le Ms. K, par celui de Seurs.

4. - Pour quelques articles, nous avons des fragments auto­graphes qui sont des minutes. du Ms. K. Un demi-feuillet conservé à. Besançon, chez Mlle Gauvain (Ms. L), parait être la minute des additions faites aux articles l, 3, 4 du Ms. H, additions reproduites avec de légères variantes au Ms. K. - Deux pages appartenant à la Visitation de Milan (Ms. M) se retrouvent exactement, sauf de très petites variantes, dans le même Manuscrit ; nous en excep­tons l'article : Du maintien exterieur et des devis, qu'on trouvera plus loin. - Les Jésuites de Saint-Acheul possédaient en 1894 deux pages qui représentent la minute de l'article 42 (Ms. N), et la Visi­tation de Bordeaux a celle de l'article 49 (Ms. 0).

Le Ms. K est à coup sûr postérieur au 6 juin 1611. C'est quelques jours avant l' " Oblation " des trois premières Mères que fut réglée la manière d'arranger le voile ; elle est indiquée, avec le reste du costume religieux, dans le Manuscrit qui nous occupe, tandis qu'il n'en est pas question dans le Ms. H. Celui-là marque également que la nouvelle Novice recevra " les habitz et coeffures de la Mayson... dedans le chœur, " pendant le chant du Veni, creator.. comme nous l'avons dit ci-dessus, cela se pratiqua pour la pre­mière fois le 6 juin 1611.

D'autre part, ce Manuscrit est antérieur au mois de décembre 1614, car le voile blanc n'y est pas encore prescrit pour les No­vices; et, en effet, les premières voilées furent les Sœurs Paule­ Jéronyme de Monthoux et Jeanne-Marie de la Croix, dont la vê­ture eut lieu le 27 décembre 1614. (L9, note 853)..

Mais nous croyons pouvoir préciser davantage et dire que le Ms. K dut être rédigé en 1613, et très vraisemblablement après le retour du saint Evêque de son voyage à Milan, 25 mai. En voici des preuves:

a) L'addition faite à l'article 1er, sur les Congregations " insti­tuees par saint Charles, Cardinal Borromee, " donne à supposer qu'il en avait acquis une plus particulière connaissance ; de même, la digression sur la différence de situation morale entre les " filles et femmes " d'Italie et celles des " pais de deça ".

b) Une autre addition, article 3, pour l'entrée des " peres, filz, freres,... oncles " en cas de très grave maladie, n'aurait-elle pas été motivée par les grandes maladies de la Mère de Chantal et par celle de Sœur Claude-Françoise Roget qui mourut en juin 1613 ? (L5, note 191 ; L6, note 98).

c) Les prescriptions plus détaillées au sujet des femmes qui en­trent pour plusieurs jours dans la Maison, surtout ces mots : " et s'en iront en leur pais ", font songer au séjour que des dames de Lyon firent à Annecy avec Mme des Gouffiers, du 28 mai jusque vers le 10 juin 1613. (L6, notes 50,72).

d) A l'article 7, Du retranchement des sorties, il est dit : " Mais si la Congregation s'establissoit en quelque grande ville... " Or, dans les derniers mois de 1613, non seulement de Lyon, mais aussi de Paris on faisait des démarches; vers le 8 novembre le Saint écrit à Mme de la Fléchère : " On a envoyé prendre les Constitutions de Lyon, ou on projette d'en eriger une, et de Paris, pour voir si on en pourra desseigner un'autre. " (L6, note 223). Il est fort probable que la rédaction du Ms. K fut envoyée dans les deux villes.

e) Au mois de janvier 1612 commença la visite des malades, mais l'article qui concerne l'élection des visiteuses n'était, peut-être, pas encore rédigé. En tout cas, il dut subir quelques retouches dans la suite, du moins pour ce qui a trait à la visite des " malades riches ". Mme de Miribel, on s'en souvient, atteinte " d'une paralysie uni­verselle, " se plaignait de ce que sa fortune et sa situation sociale la privaient de la consolation accordée aux pauvres. (L5, notes 611,615). Cette dame, à force d'instances, obtint du saint Fondateur ce qu'elle souhaitait si ardemment: d'être visitée par la Mère de Chantal. Elle mourut en février 1613, laissant héritière de ses biens la Congrégation. Ne serait-ce pas à la suite de ces faits que le Saint aurait écrit dans ses Constitutions : " Et bien que l'on pourra visiter et servir les malades riches, et principalement les dames et bourgeoises qui seront devotes et .affectionnees a la Congregation... " ?

f) Un petit cahier contenant le Formulaire de l'Oblation ré­digé au pluriel, copié par M. Michel Favre et corrigé par sainte Jeanne-Françoise de Chantal, se conserve au Monastère d'Annecy. Il est antérieur au texte inséré dans le Ms. K. Le 12 juin 1612, les Sœurs Marie-Adrienne Fichet, Claude-Marie Thiollier et Anne­-Jacqueline Coste firent l'Oblation ; les Sœurs Claude-Agnès de la Roche et Marie-Aimée de Blonay, le 10 janvier 1613. Le susdit Manuscrit doit remonter à l'une de ces dates, mais la première est prouvée par le fait que cette Oblation eut lieu à la Galerie. (Voir plus loin, art. 46, note (1) de la variante (b).)

De tout ce que nous venons d'exposer, on peut conclure avec beaucoup de vraisemblance que la date du Ms. K est: juillet-sep­tembre 1613.

Ce Manuscrit est donné ci-après comme texte, avec les variantes du Ms. H et des autres fragments dont nous avons parlé. Les di­vers Manuscrits sont ainsi désignés:

G - Autographe de Thonon, 2e leçon (juin-juillet 1610) ;

H - Copie de Pierre Thibaut, corrigée par saint François de Sales: Annecy (juillet 1610-janvier 1611 ;

1 - Une feuille conservée à Turin, dont trois pages écrites par Thibaut, corrigées par le Saint, et la quatrième de la main de celui-ci ;

JI - Fragment autographe de Caen ;

J2 - Deux pages autographes et un fragment écrit en partie par le Saint et en partie par Thibaut: Annecy;

K - Manuscrit complet de Guingamp, texte (juillet-septembre 1613) ;

L - Fragment autographe de Besancon ;

M - Deux pages autographes, Milan ;

N - Deux pages autographes, Saint-Acheul ;

0 - Deux pages autographes, Bordeaux.

REGLES ET CONSTITUTIONS DE LA CONGREGATION DES SEURS

DEDIEES A DIEU SOUS L'INVOCA TION

DE NOSTRE DAME DE LA VISITATION

EN LA VILLE D'ANNESSI

(INÉDIT)

ARTICLE PREMIER

DE LA FIN POUR LAQUELLE CETTE CONGREGATION EST ERIGEE

Plusieurs femmes et filles vertueuses desirent bien souvent de consacrer tous les momens de leur vie a l'amour et service de Dieu; lesquelles neanmoins, pour l'imbecillité de leur complexion corporelle, ou pour estre des-ja affoi­blies par l'aage, ou mesme pour avoir urgente obligation ­d'ordonner de tems en tems des affaires de leur mayson, ou bien, en fin, pour n'estre pas disposees ni inspirees d'embrasser une vie austere et rigoureuse, ne peuvent pas entrer es Religions formelles [222], et par consequent sont contraintes d'arrester au monde emmi les tracas ordi­naires d'iceluy, exposees aux perpetuelles distractions et aux dangers et occasions de pecher et vivre sans de­votion. En quoy il y a beaucoup de perte et de sujetz de compassion; car, qui n'auroit pitié d'une ame bien vertueuse, laquelle ayant un extreme desir de se perfec­tionner et vivre toute a Dieu, ne peut neanmoins le faire qu'avec mille difficultés et mille peynes, faute d'avoir un cors asses fort et une complexion saine, la pour­suite qu'elle desire faire de la sainteté, estant retardee par le manquement de la santé ? Et n'est ce pas dommage de voir une vefve, laquelle n'aura peut estre bonnement d'affaires domestiques qu'elle ne puisse despecher en huit ou quinze jours chasqu'annee, pour ces huit ou quinze jours croupir et tremper toute l'annee dans les embarras­semens et inquietudes du mesnage, avec beaucoup de danger de perdre l'affection qu'ell'aura a sa viduité et a la continence viduale ? [223]

Affin donq que telles ames pleines de bonnes affections ayent moyen, parmi tous ces empeschemens que nous avons dit, de se retirer du monde, fuir les occasions du peché et s'appliquer plus doucement et parfaittement a l'exercice du divin amour, cette devote Congregation a esté dressee et procuree, sur l'exemple de celles qu'a mesme intention furent instituees par saint Charles, Cardinal Borromee, en son diocese de Milan [224], et de celle de sainte Françoise, de Rome [225].

[226] Il est vray que les Congregations erigees par saint Charles Borromee n'obligent pas des filles a se retirer en­semblement dans une mayson, bien que plusieurs nean­moins l'ayent fait avec une très

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(Ms. G)

Juin-juillet 1610

DE LA FIN ET PRAETENTION POUR LAQlJELLE CETTE CONGREGATION EST ERIGEE

Plusieurs femmes et filles ont souvent des grans desirs de servir: purement et particulierement a Nostre Seigneur en luy dediant et consacrant tout leur estre et tous les momens de leur vie, lesquelles. neanmoins, ou pour l'imbecillité de leur [santé et] complexion corporelle, ou pour estre des-ja trop aagees, ou bien encor pour avoir des urgentes [necessités] obligations de revoir a certains tems les choses de leurs maysons, ou en fin pour [n'avoir pas l'es­prit disposé a vouloir...] n'estre pas inspirees ni disposees a embras­sé (sic) un Institut austere, ne [pourroyent] peuvent pas entrer en une Religion formelle. [Pour toutes celles la a esté dressee cette Congregation, en laquelle...]

Affin donq que telles ames pleynes de bonnes affections peussent parmi tout cela [avoir..aire une retraitte du...]

grande utilité et edification dans la ville de Milan, ou il y a plusieurs telles Congrega­tions retirees ensemblement dans les maysons ; ains et seulement [à] s'assembler de tems en tems pour rendre conte de leur vie et s'unir en leur entreprise. Mays il faut considerer aussi qu'en Italie les filles et femmes sont pres­que autant asseurees et separees de la conversation des hommes dans leurs maysons paternelles comme si elles estoyent dans un Monastere (L7, note 373) ; ou au contraire, es pais de deça elles ne sçauroyent demeurer chez elles ni chez leurs parens qu'elles ne soyent perpetuellement inquietees et attaquees des conversations et rencontres d'hommes, a cause de la grande liberté qui regne pour ce regard (L7, note 625). C'est pourquoy il a esté convenable de ranger toutes les femmes et filles de la Congregation dans une mayson ou elles soyent a l'abri et hors du commerce des hommes, pour, avec moins d'empeschement et de danger, suivre leur entreprise.

Or, cette Congregation ayant deux principaux exercices : l'un, la contemplation et orayson, qui se prattique prin­cipalement en la mayson ; l'autre, du service des pauvres et malades, principalement du mesme sexe, elle a convena­blement choysi pour Patronne Nostre Dame de la Visita­tion [227], puisque en ce mistere la tres glorieuse Vierge fit cet acte solemnel de sa charité envers le prochain que d'aller visiter et servir sainte Elizabeth au travail de sa grossesse, et composa neanmoins le cantique du Magnificat (Lc 1,33), le plus doux, le plus relevé, plus spirituel et plus contemplatif qui soit escrit

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se retirer du monde, fuir [toutes] les occasions du peché et s'employer et [de­dier] donner pleynement au saint amour de Dieu, cette benite Congregation a esté dressee : laquelle ayant deux principaux exer­cices, l'un de contemplation et orayson, qui se prattique princi­palement dedans la mayson, l'autre du service des pauvres, qui se prattique hors de la mayson, ell'a convenablement choysi pour Patronne N. D. de la Visitation, puisqu'en ce mistere la glorieuse [Vierge [228] ], faysant cet acte solemnel de sa charité envers le prochain que d'aller servir sa cousine es travaux de sa grossesse, [rendit neanmoins ce...] chanta neanmoins ce cantique si spirituel, si relevé et si contemplatif du saint Magnificat.

2.

On recevra donq en cette Congregation: les vefves desquelles les enfans seront hors de leurs mains, es estudes, es cours et ailleurs, bien que pour la conservation des biens d'iceux elles soyent obli­gees de prendre quelque soin general des affaires de leurs (sic) mayson, comme seroyt de faire rendre conte a ceux qui les ma­nient une foys l'annee, ou de les admodier ; pourveu que tel soin puiss'estre executé en peu de jours, car pour cet effect telles vefves pourront sortir et aller ou il sera requis, ainsy quil sera dit ci apres.

2. De mesme pourront estre receües en cette Congregation les femmes et filles qui, pour l'imbecillité de leur santé et complexion corporelle, ne peuvent entrer es Religions, pourveu qu'elles ayent l'esprit et le cœur en bon estat et propre aux saintz exercices de cet Institut ; exceptant neanmoins celles qui auroyent quelque mal contagieux ou dangereux, comme les escrouelles, lepre, le haut mal et autres semblables.

Sur toutes les qualités requises a celles qui entreront, on doit rechercher l'humilité et soupplesse de cœur ; car cette Congrega tion n'ayant pas beaucoup d'austerités, ni des regles si fortes com­me celles des Religions, il faut que la douceur et bonté du cœur supplee a tout cela, et qu'elles [y soyent comme ces petitz enfans qui se layssent conduire par la main en toute simplicité...] servent de [murailles], loix, de vœux et de jurisdiction.

Au demeurant, celles qui auront esté en mauvayse reputation, pourveu qu'elles soyent notoirement de bonne vie [pour le tems present...] et que leur vertu presente puisse contrepeser leur tare passee, elles pourront estre aussi receües.


ARTICLE 2

DES PERSONNES QU'ON POURRA RECEVOIR EN CETTE CONGREGATION ET DE LEURS QUALITÉS

On pourra donq recevoir en cette Congregation les vefves desquelles les enfans sont dehors de leurs maysons, comme aux estudes, aux cours et ailleurs, bien qu'elles fussent .obÏigees d'avoir le soin general d'iceux et de leurs affaires; pourveu que tel soin ne les oblige pas a resider en leur mesnage, ains puisse estre executé en peu de jours, comme seroit de faire rendre conte a ceux qui manient leurs affaires une foys l'annee, et telles autres occurrences ; car pour cet effect telles vefves pourront aller ou il sera requis, sous les conditions qui seront dittes ci apres (art 6 ; L7, notes 367,625).

2. De mesme pourront estre receües les vefves et filles ; qui pour l'infirmité de leur santé ne se peuvent ranger es Religions, pourveu qu'elles ayent l'esprit et le cœur en bon estat, pour vivre sous l'obeissance et en la prattique de la devotion (L4, note 509 ; L7, note 373). On excepte neanmoins celles qui auroyent quelque mal contagieux et dangereux, comme les escrouelles, la lepre et autres semblables. Mais celles qui auront esté en mauvaise reputation, pourveu qu'elles soyent a l'heure notoirement de bonne vie et que leur vertu pre­sente puisse contrepeser la tare passee, elles pourront estre receües ; combien qu'il faille pour cela employer une tres speciale consideration, ainsy qu'il sera dit ci apres.

3. Or, sur toutes les qualités requises a celles qui entre­ront, on doit rechercher qu'elles ayent une tres profonde re­ solution de mespriser le monde, vivre humblement, douce­ment et avec une parfaitte obeissance ; car cette Congre­gation n'ayant pas beaucoup d'austerités ni des liens si indissolubles comme

les Religions formelles et Congrega­tions regulieres, il faut que la ferveur de la charité et la force d'une tres intime resolution suppleent a tout cela et tiennent lieu de loix, de vœux et de jurisdiction, affin qu'en cette Congregation soit verifié le dire de l'Apostre (Col 3,14) qüi asseure que le lien de la charité est le lien de la per­fection.

ARTICLE 3

DE LA CLAUSURE QUANT A LA FORCLUSION DES HOMMES

Le principal point de la clausure des femmes est qu'on n'entre point en leurs Maysons, et notamment les hommes ; et partant, les hommes n'entreront en façon quelcomque en la mayson de la Congregation, sinon quand la chose pour laquelle ilz entrent ne peut estre executee autrement qu'en entrant, et lhors il faut que ce soit avec la licence par escrit de l'Evesque, ou de celuy qui sera commis de sa part.

Or, le medecin, cyrurgien, Confesseur, ou manœuvre de­vant entrer par necessité en la Mayson, il sera conduit au lieu ou il doit faire sa charge par deux des Dames qui fe­ront auparavant sonner une clochette qui s'entendra parmi la Mayson, affin que l'on sache quil y a des hommes dedans, et que toutes se retirent en leurs chambres et au lieu de leurs offices, sans qu'il soit permis a aucune de se tenir en lieu ou elle puisse rencontrer ceux qui entrent sinon que la Superieure les fit appeller pour cela.

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La clausure des femmes consiste en deux pointz, dont le premier est qu'on n'entre point en leur Mayson; le second, qu'elles ne sor­tent point.

Quant au premier, [nul homme du monde ne peut aucunement entrer...] les hommes n'entreront point dans la mayson de la Con­gregation, sinon es cas esquelz il est permis de les recevoir es Religions les plus reformees du monde ; comme sont les cas de vraye necessité, qui ne doivent estre jugés telz sinon quand [le Monastere] la Mayson a besoin de l'assistence et presence des hom­mes : comme des massons, charpentiers, medecins, cyrurgiens, Confesseurs, et que la chose pour laquelle ilz sont necessaires ne peut estre executee de dehors ; et lhors, encor faut il que ce soit avec la licence [particuliere] par escrit de l'Evesque ou de celuy qui sera commis de sa part.

Le medecin et cyrurgien feront tous-jours leurs charges en presence de deux Dames qui les accompaigneront ; et quant au Confesseur, tandis quil confessera les malades qui ne peuvent venir a la treille, ou quil donnera l'Extreme Unction, ou qu'il aydera les mourantes, il fera le tout en sorte quil soit veu des deux Dames qui l'accompaigneront. Et en fin, tant les uns que les autres ayant fait leur devoir, seront reconduitz droit pour se retirer. [229] Celles qui les accompaigneront ne deviseront point avec eux, sinon pour repondre simplement de la disposition des malades.

Or, outre ceux là qui pour telles necessités urgentes en­treront dans la Mayson, pour la consolation des plus pro­ches parens des Dames, les peres, filz, freres et les oncles, freres des peres ou des meres, pourront entrer pour visiter leurs filles, meres, seurs et nieces quand elles seront telle­ment malades qu'elles ne pourront descendre au parloir, et qu'on jugera leur maladie devoir estre perilleuse. Que sil se peut bonnement faire, telz parens n'entreront qu'avec le medecin ou Confesseur, affin qu'on ne multiplie pas les entrees. Que sil ne se peut aysement, on observera a leur entree et visite ce qui a esté dit des entrees des Con­fesseurs et medecins.

ARTICLE 4

DE L'ENTREE DES FEMMES DEDANS LA MAYSON

Mais quant aux femmes, elles pourront entrer dans la Mayson non seulement pour la necessité, mais encor pour l'utilité, consolation et edification de leurs ames, en obser­vant neanmoins les conditions suyvantes :

Premierement, que ce soit avec licence par escrit du Pere spirituel de la Mayson (L4, notes 464,506).

Secondement, que ce ne soit pour prendre aucun repas, ni pour y arrester apres le soleil couché, s'il n'est expres porté par la licence.

Tiercement, qu'a leur entree on observera ce qui s'ob­serve a l'entree des medecins et cyrurgiens, horsmis que la Superieure pourra user de toute liberté a faire entretenir les femmes qui entrent par celles des Dames que bon luy semblera, ou en chambre ou dehors par les jardins ; et pourra les admettre aux exercices de la Mayson, voire mesme a celuy de la recreation, s'il y a apparence que cela se puisse faire

avec edification.

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La clef de la porte [et de la grille] demeurera es mains de la Su­perieure, et [quant il faudra fair'entrer le medecin, ou le Confes­seur, ou quelqu'autre homme, on sonnera une clochette au para­vant...] le medecin, ou Confesseur, ou quelqu'autre homme entrant en la Mayson, il sera conduit droit au lieu ou il doit faire sa charge (sans qu'il luy soit loysible de divertir ailleurs) par deux des Dames qui feront au paravant sonner une clochette

parmi la Mayson, affin que toutes les autres se retirent en leurs chambres, ou au lieu de leurs offices ; et ne sera permis a aucune de [venir rencontrer...] se tenir en lieu ou elle puisse estre veue ou rencontree de ceux qui entreront, sinon que la Superieure la fit appeller pour cela.

Le medecin et cyrurgien feront leur (sic) charges tous-jours en presence des deux Dames qui les accompaigneront, [et ne diront... parleront...] Et quant au Confesseur, tandis quil confessera les malades qui ne peuvent venir a la [ grille ] treille, ou quil donnera [Ie St Huile] l'Extrem'Unction, ou qu'il aydera les mourantes, il le fera [tous-jours a la veüe...] en sorte quil puisse estre veu des Dames assistentes. Et en fin, tant les uns que les autres ayants executés (sic) leurs charges, [seront] [230] reconduitz droit, sans di­vertir ni s'arrester, pour se retirer comm'ilz sont venus.

Mais quant aux femmes, elles pourront entrer dans la Mayson, non seulement pour les causes de necessité,

Quatriesmement, en tous cas, nulle des Dames ne pourra parler a celle qui vient de dehors qu'avec licence de la Superieure, et non jamais qu'a la veüe d'une autre Dame, bien que la Superieure pourra permettre, quand elle le treuvera raysonnable, que l'entretien se face sans que la Dame qui y assistera puisse ouïr ce qui se dira.

Cinquiesmement, on prendra garde que les femmes qui entreront ne troublent point le train ordinaire des exercices de la Mayson. Et pour cela on n'en recevra que deux ou trois au plus a la fois, sinon que quelque grande occasion requiere le contraire ; car autrement il y auroit danger de grande distraction. [231]

Sixiesmement, les jours de feste les femmes n'en­treront point en la Mayson, affin que les Dames; qui toutes auront esté communiees, ayent plus de repos pour traitter des choses spirituelles et caresser le celeste Espoux qu'elles auront receu. On excepte neanmoins les femmes estran­geres qui en autre tems n'auroyent pas commodité, les­quelles pourront estre consolees; comme aussi celles de la ville en cas que quelque urgente necessité spirituelle le requist.

. Septiesmement, la Congregation devant avoir le service des pauvres en recommandation et n'y ayant point de pau­vreté si grande que celle de l'ame, il sera permis de recevoir en la Mayson, mesme pour plusieurs jours, les femmes les­quelles, ou pour se consoler, ou pour se preparer a faire des confessions generales, ou pour s'establir en l'amende­ment de leur vie auront besoin d'un peu de retraitte (L7, notes 367,373,625) : a la charge qu'estant entrees elles obeissent a la Superieure, [232] sans sortir a la ville tandis qu'elles feront leurs exer­cices, ni permettre qu'elles soyent visitees ; au moins, que celles qui les viendront visiter ne puissent entrer dans la Mayson, car autrement leur retraitte serviroit de dis­traction et a elles et aux Seurs, et se rendroit inutile. Et ayant achevé leur exercice pour lequel elles sont entrees, elles quitteront la Mayson et s'en iront en leur païs. Et qu'il n'y en ayt que trois au plus au mesme tems ; et pen­dant que telles femmes seront en la Mayson, la Superieure, par soy mesme ou par l'une des Dames, les fera assister de conseil, livres et exercices propres au sujet pour lequel elles seront venues, tesmoignant tous-jours la cordiale charité de la Congregation envers elles. Que si, en sortant de la Mayson, ou mesme en entrant, elles donnent quelque chose pour leur despense, il pourra estre charitablement accepté, mays non pourtant jamais demandé. [233]

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mais aussi pour les causes d'utilité, comme de leur consolation et edification, en obser­vant neanmoins ces conditions :

1. Que ce soit par licence [de l'Evesque en escrit...] signé (sic) de l'Evesque ou de son deputé. 2. Que ce ne soit pour [manger, boire] prendre aucun repas, ni pour coucher, ni pour y arrester apres le soleil couché, sil n'est expressement porté par la licence. 3. Qu'a leur entree on sonnera une clochette, differemment neanmoins que quand on sonne pour les hommes ; et tout le reste s'ob­servera comme a l'entree des hommes, sinon que la Superieure pourra user de toute liberté a faire entretenir les femmes qui entreront par celles que bon luy semblera, ou en chambre ou dehors, et les admettre a [faire tous les exercices...] voir et se treuver aux exercices de l'orayson, de la leçon, voire mesme a celuy de la recreation, sil y a apparence que cela se puisse faire avec edification. 4. Mais en tous cas, nulle des Dames ne pourra [entretenir] parler a celle qui viendra de dehors qu'avec licence de la Superieure, et non jamais qu'a la veüe d'une Dame assistente ; bien que [quelquefois] la Superieure puisse permettre, quand [bon luy semblera...] elle le treuvera a propos, que l'entretien se face sans que l'assistente puisse ouïr ce qui se dira. [5. On ne recevra a la fois que deux femmes...]

Or, en tout et partout, on prendra garde que les femmes qui en­treront ne troublent point le train ordinaire des exercices de la Mayson [tant quil sera possible..] que le moins quil sera possible ; et pour cela, on n'en recevra que deux a la fois, ou trois au plus, car autrement il y auroit danger de grande distraction.


En somme, il faut faire en sorte que quand les personnes entreront en la Mayson, le monde pourtant n'y entre point : ce qui arrivera si les Filles de la Congregation atti­rent par leurs devis, contenances et belles façons les fem­mes de dehors a parler modestement, chrestiennement, spirituellement,nevoulant ouïr d'elles les nouvelles su­perflues, murmurations et autres devis importuns, mays monstrant un vray et naïf mespris de tout cela.

ARTICLE 5

DE LA FAÇON DE PARLER ENVERS LES ESTRANGERS

Quant aux autres personnes, soit hommes soit femmes, ausquelles il est requis de parler sans qu'elles entrent, on observera :

Premierement, qu'aucune des Seurs ne leur parle sinon aux treilles a ce destinees, et icelles fermees, sinon que la Superieure en permette l'ouverture. Secondement, que tous-jours celle qui y ira parler soit assistee d'une autre Seur qui puisse ouïr ce qui se dira, si la Superieure ­ne le permet autrement ; auquel cas tous-jours faudra-il que celle qui parle soit a la veüe de celle qui assis­tera. Troisiesmement, elles prendront garde de n'ouïr ni dire beaucoup de paroles vaynes, couppant court en toutes sortes de devis, si ce n'est en ceux qui regardent le prouffit spirituel.

ARTICLE 6

QUAND ELLES SORTIRONT, ET COMMENT

Si les Dames de cette Congregation observent tant de discretion et de bon ordre a l'entree des personnes de dehors en leur Mayson, elles en doivent encor plus avoir es sorties qu'elles feront, affin que

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La Congregation [ayant la charité du prochain...] devant avoir le service des pauvres en recommandation, et n'y ayant point de pauvreté si grande que celle de l'ame, il sera permis de recevoir en la Mayson, non seulement pour un jour, mais pour plusieurs jours, ainsy quil sera requis, les femmes lesquelles, ou pour se consoler, ou pour se praeparer a faire des confessions generales, ou pour s'establir en l'amendement de leurs vies, [demanderont] auront besoin d'un peu de retraitte ; a la charge qu'estant entrees elles observent de point en point tous les exercices de la Mayson, et qu' [on n'en reçoive au...] il n'y [en] [234] ait au plus que trois a mesme tems.

Que si en sortant de la Mayson elles veulent donner quelque chose pour la despense qu'elles auront faitte, il sera accepté chari­tablement, mais il ne sera pourtant jamais rien demandé.

Pendant le tems que telles femmes seront en la Mayson, la Supe­rieure, ou par soymesme ou par une des Dames, les fera assister de conseilz, advis, livres et exercices propres a l'intention pour laquelle elles seront entrees, et aura soin de leur tesmoigner la cordiale charité de la Congregation.

Mais quant aux autres personnes, soyent (sic) hommes soyent femmes, ausquelles il est requis de parler sans qu'elles entrent, on observera :

1.Qu'aucune des Dames ne leur parle sinon aux treilles a ce destinees, icelles estant fermees. 2. [Et ce] en telle sorte quil y ayt quelque distance entre celle [qui parlera] de dedans et ceux de dehors, autant que la civilité et modestie requiert. 3. Que tous­jours celle de dedans ayt une Dame assistente qui escoute ce qui se dira, sinon que l'on parlast en matiere de conscience, ou que, par licence de la Superieure, il fut permis de parler en secret ; et lhors l'assistente s'esloignera en sorte que, sans ouïr ce qui se dit, elle puisse neanmoins voir [ce qui se fait] celle qui parle et ce qui se fait de dedans. Et tous-jours elles observeront [a ne point s'amu­ser a...] de n'ouïr, et beaucoup moins dire des paroles curieuses et vaynes, couppant court en toutes sortes de devis, si ce n'est [es spi­rituelz] en ceux qui regardent le prouffit spirituel de celle qui parle ou de ceux a qui on parle.


comme le monde n'entre point en leur Mayson encor que les personnes du monde y entrent, on puisse aussi dire qu'elles ne vont pas au monde encor qu'elles aillent parmi les lieux et personnes du monde, et qu'elles soyent comme l'huyle qui, passant entre les autres liqueurs, n'est pourtant jamais confuse, meslee ou alteree entre icelles.

1. Donq, elles ne sortiront que pour des causes ou extre­mement pieuses, comme est le service des pauvres et ma­lades (art 9), a l'exemple des anciennes vefves chrestiennes ; ou pour autre service grandement necessaire, comme quand, pour leur juste devoir, elles auront besoin d'aller mettre ordre en quelques affaires urgentes, pour par apres se retirer avec plus de repos. Et en ce dernier cas, il sera requis que la sortie soit appreuvee par leur Pere spirituel et par la Superieure, avec licence par escrit qui contienne les causes de la sortie, les conditions d'icelle et la limitation du tems qu'elles pourront employer dehors [235]. Et en ce cas, aucune ne sortira qu'avec une compaigne de la Con­gregation, laquelle tiendra place de la Superieure a l'autre, [236] pour l'ayder et fortifier en la devotion contre les tentations que les connoissances et autres amorces domestiques luy pourroyent exciter. Elles se tiendront tous-jours proches l'une de l'autre, en sorte qu'elles se puissent voir et rendre tesmoignage de leurs actions, observant toutes deux, tant que faire se pourra, toutes les regles de la Congregation et les advis que la Superieure leur donnera a leur despart pour leur conduitte. A leur retour, elles rendront fidelle­ment conte a la Superieure de tous leurs deportemens, et se remettront en la plus grande humilité qu'il leur sera possible, pour reprendre le train des exercices de la Mayson et reparer les pertes spirituelles que la sortie leur pourroit avoir apporté.

2. Celles qui sortiront pour visiter les pauvres et mala­des seront tous-jours deux de compaignie qui ne s'aban­donneront aucunement: l'une desquelles, selon que la Superieure l'aura designé, aura la charge de l'autre, la quelle ne parlera ni ne fera chose quelcomque sinon a me­sure que celle ci le luy signifiera; en sorte que l'une prat­tique la charité, et l'autre l'humilité, qui sont les deux grandes vertus de la Congregation et Visitation de Nostre Dame.

3. Rencontrant quelque personne a laquelle il faille parler, elles le feront le plus courtement qu'il se pourra.

4. Elles n'entreront en aucune mayson, sinon simple­ment en celles pour lesquelles elles ont pris l'obeissance.

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[DES SORTIES]

COMM'ELLES SORTIRONT

[Cette Congregation estant erig...] Les Dames de la Congregation observant tant de discretion et de bon ordre en ce qui regarde l'entree des personnes de dehors vers elles, n'en doivent pas moins observer es sorties qu'elles feront, affin que, comme par les regles sus escrittes on empesche que le monde n'entre en leur Mayson avec les personnes [mondaines] du monde, aussi, par autres regles, on puisse les empescher d'entrer au monde lhors qu'elles sortiront et seront parmi les personnes du monde ; [ains que, comm'un huile sacré, elles se meslent tellement...] car, comme l'huyle [se meslant avec...] passant entre les autres liqueurs n'est jamais pour­tant confus ni meslé avec icelles, ainsy [doivent] les ames de cette Congregation [avoir un cœur si bien fait et des si bonnes...} doi­vent sortir emmi le monde sans s'affectionner au monde, ni s'infecter du monde.

Premierement donq : elles ne sortiront que pour des occasions ou extremement pieuses, comme le service des pauvres et malades,. a l'exemple des anciennes vefves de la primitive Eglise ; ou extremement necessaires, comme quand les vefves, pour leur juste devoir, devront pour quelques jours aller mettr'ordre aux affaires, urgentes de leurs maysons, pour par apres se retirer avec plus de repos. Et en ce dernier cas, il sera requis que la sortie soyt

5. Et ne mangeront hors de la Mayson, si ce n'est par grande necessité et grand sujet.

6. Ni ne sortiront devant jour et n'attendront a se re­tirer que le soleil soit couché.

7. Estant de retour, elles iront humblement devant la Superieure luy rendre conte de leur petit voyage ; [237] et celle qui sert de compaigne dira en particulier, naifvement et fidellement, a la Superieure comme l'autre se sera com­portee, quelles compaignies elles auront veuës et a qui elles auront parlé.

8. Or en fin, on observera d'employer a ces sorties de pieté celles qui sont des-ja meures d'aage, ou qui, pour des justes considerations, seront estimees capables de faire cet exercice sans detriment de leur devotion. Mays quant aux jeunes qui sont encor tendres et nouvelles a la devo­tion, elles demeureront a l'abry dans la Mayson (L4, note 507), laquelle par ainsy sera comme une ruche spirituelle, de laquelle une partie des abeilles mystiques mesnagera le miel et la cire des exercices interieurs sous le couvert, et l'autre sor­tira pour recueillir le suc des œuvres de misericorde entre les prochains qui sont emmi l'affliction comme des fleurs entre les espines (Ct 2,2).

[238] Mays pourtant, aucune ne sortira en la nef de l'ora­toire, ni devant l'autel tandis qu'il y aura des autres femmes, et principalement des hommes, si ce n'est pour affaires bien urgentes et en presence des autres Seurs.

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appreu­vee par l'Evesque ou son deputé, et par la Superieure, avec licence par escrit qui contienne les causes de la sortie et les conditions d'icelle, avec limitation du tems auquel [celles qui sortiront] elles pourront demeurer dehors.

2. Celles qui sortiront pour visiter et servir les pauvres et mala­des seront tous-jours [accompaignees d'un'autre aussi, laquelle…] deux de compaignie, qui en toute leur visite ne s'abbandonneront aucunement; et l'une des deux, ainsi que la Superieure l'aura desi­ gné, aura la charge de l'autre, laquelle ne parlera ni fera chose quel­comque sinon a mesure que celle qui aura la charge le luy signifiera. Et en cette sorte, l'une prattiquera la charité, et l'autre l'humilité, qui sont les deux principales vertus de la Congregation.

3. Elles ne s'amuseront point par les rues, ains rencontrant quel­que personne a laquelle il faille parler, ce sera le plus courtement .que faire se pourra.

4. Elles n'entreront en aucune mayson, sinon justement en celles pour lesquelles elles auront pris l'obeissance avant que de sortir de la Mayson.

5. Jamais elles ne mangeront hors de la Mayson, si ce n'est par une vraye necessité.

6. Jamais elles ne sortiront devant jour, et se retireront tous­jours avant le soleil couché ou environ.

7. Estant de retour, elles iront au plus tost simplement s'age­nouiller devant la Superieure, luy rendre conte de leur petit voyage.

8. Or [en ces sorties de pieté...] on observera d'employer a ces sorties de pieté celles qui seront des-ja meures d'aage, ou qui, pour des justes considerations, seront estimees capables de faire cet exercice sans detriment de leur devotion ; et quand a celles qui sont jeunes, ou celles qui sont encor tendres et nouvelles a la de­votion, elles demeureront a l'abry, sous le couvert de leur sacree. retraitte. Et par ainsy, toute la Mayson sera [Comm'] une ruche spirituelle, en laquelle une partie des abeilles mystiques mesnagera le miel et la cire des oraysons et autres exercices interieurs, et l'autre sortira pour recueillir le [miel] suc des œuvres de miseri­corde entre les pauvres et affligés, qui [comme les roses entre...] sont aux yeux de Dieu des belles fleurs entre les espines.

9. Elles pourront aussi sortir pour quelques grandes et extraor­dinaires œuvres de pieté, comme pour gaigner les Jubilés, esquelz il est porté que toutes personnes qui n'observent pas la rigoureuse clausure soyent tenues, pour gaigner l'Indulgence, de visiter les eglises. Et lhors elles iront la moytié ensemble une fois, et l'autre moytié l'autre fois, sinon que la Superieure jugeast plus a propos de partager en trois ou quatre trouppes, selon le nombre ; mais, comme que ce soit, en chasque trouppe il y aura tous-jours une qui aura la charge, et les autres seront en obeissance. Et en fin, quand elles sortiront pour telz sujetz, elles pourront encor com­munier en l'eglise que la Superieure leur permettra, toutes ensem­ble. Et ce qui est dit pour le Jubilé pourra aussi estre prattiqué en

ARTICLE 7

DU RETRANCHEMENT DES SORTIES [239]

Mais si la Congregation s'establissoit en quelque grande ville [240] en laquelle les sorties pour visiter les malades par ticuliers fussent perilleuses, ce seroit au Prelat du lieu ou de les retrancher du tout, ou de les limiter pour la visitation seule des hospitaux et lieux pieux, ou pour la visitation des maysons conneuës, ainsy quil l'estimeroit estre plus a propos. Et mesme, s'il y avoit des moyens en la Congregation, on pourroit suppleer par le seul apprest des viandes necessaires aux malades, pauvres et souffreteux ; car c'est un des advantages plus desirable des simples Congrega­tions, qu'elles puissent estre employees diversement, selon la varieté des lieux, des tems et des circonstances.

ARTICLE 8 (art 7 ms H)

DES SORTIES EXTRAORDINAIRES

Elles pourront encor sortir pour quelque grande et extra­ordinaire occasion: comme pour gaigner les Jubilés (L6, notes 874,880), quand il est porté par iceux que toutes personnes qui ne sont en rigoureuse clausure soyent tenues, pour gaigner l'Indulgence, de visiter les eglises designees. Et !hors la Superieure donnera ordre qu'elles aillent trouppe a trouppe, et qu'en chasque trouppe il y en ayt une qui tienne sa place, sous l'obeissance de laquelle les autres marcheront. Que si il est jugé a propos qu'en cette occasion la elles com­munient en quelques unes des eglises designees, ou ailleurs, la Superieure le leur pourra permettre. Et ce qui est dit pour le Jubilé pourra mesme estre prattiqué en quelque autre occurrence signalee, par l'advis du Pere spirituel de la Congregation. [241]

Or, telles occurrences pourront estre diverses, comme par exemple : quand on celebreroit les Quarante

Heures en la ville, quand on consacreroit un Evesque, lhors qu'en tems de calamité on feroit des prieres publiques avec quel­que sorte d'ardeur et d'appareil particulier, et en telles autres qui pourroyent arriver et qu'on ne peut specifier. Et quant aux sermons, les Seurs y pourront aller tantost les unes, tantost les autres, principalement a certains ser­mons signalés (L6, notes 874,880) , n'estant pas expedient qu'elles viennent communement, tant pour eviter une trop grande distrac­tion que pour garder la bienseance de leur retraitte

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quelqu'autr'occurrence signalee, [avec] par l'advis de l'Evesque et de la Congregation

10. Mais pourtant, nulle Dame de la Congregation [n'entrera] ne sortira en la nef de l'eglise, ni au chœur devant l'autel tandis quil y aura des hommes ou femmes en l'eglise, [ni ne parlera en façon...] si ce n'est pour quelqu'affaire bien urgente et en presence d'un'au­tre Dame.

ARTICLE 9

DE L'ESLECTION DE CELLES QUI VISITERONT LES MALADES [242]

Le second jour de l'an on eslira celles qui feront la visi­tation des malades [243]; or l'eslection se fera de cette façon :

La Superieure et les Seurs estant venues dans le refec­toir ou en quelqu'autre chambre, ayant dit le Veni, creator Spiritus, toutes se mettront a genoux ; la Superieure s'as­siera, et les autres demeurant a genoux diront : Nous de­mandons l'obeissance pour aller visiter les malades de Nostre Seigneur, affin qu'au jour du jugement il nous puisse dire, selon l'Evangile (Mt 25,36) : J'estois malade, et vous m'aves visité.

Et la Superieure dira : Treuves vous pas [qu'il est juste] que je sois du nombre de celles qui exerceront cette cha­rité, avec la Seur Assistente et la Seur Directrice ?

Et les filles respondront : Nous treuvons qu'il est juste et raysonnable qu'en tout et par tout vous soyes la pre­miere a bien faire.

Lhors la Superieure dira : Dieu nous en face la grace. Puis s'addressant aux Seurs, elle leur dira : Alles en paix.

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Quant aux sorties qui se feront pour plusieurs jours en affaires d'importance, et quand il sera jugé necessaire, ainsy quil a esté dit ci dessus [pour le regard des vefves qui ont quelque charge des maysons], il faudra observer qu'aucune ne sorte qu'avec une compaigne de la Congregation, et qu'au tems qu'elles seront dehors elles observent, tant que faire se pourra, les regles de la Mayson, et principalement quant a l'orayson mentale, la confession et Com­munion. Et tous-jours la compaigne tiendra lieu de Superieure a l'autre en faveur de laquelle la sortie se fera [sans toutefois employer la superiorité], employant cett'authorité pour ayder et fortifier la devotion de l'autre contre les [occasions] tentations que les con­noissances et autres amorces domestiques luy pourroyent donner.

A leur retour, elles rendront fidelement conte a la Superieure de la Congregation de tous leurs deportemens ; et se remettront [avec grande] en la plus grande humilité quil leur sera possible pour reprendre le train des exercices de la Mayson, se tenant comm'a moytié novices, affin de reparer les ruines spirituelles que la sortie leur pourroyt avoir apportees.


Et retenant avec soy l'Assistente et la Directrice, elles feront le choix des Seurs qui auront la charge de visiter, en observant de choisir celles qui auront l'esprit meur, doux, sage, discret, et lesquelles elles reconnoistront avoir du zele pour les ames et pour le bien du prochain. Or, elles en choisiront en nombre, affin quil y en ayt plus qu'on [n'en] employera, ou pour le moins qu'il y en ayt pour changer de tems en tems, selon qu'il sera jugé expedient. Ce choix estant ainsy fait, on le publiera le jour suyvant, devant Graces. Jamais aucune de celles qui auront esté choisies ne demandera plus aucune obedience du long de cette annee la, ains attendra seulement que la Superieure dispose d'elle pour cest effect.

La Superieure ordonnera donq, avec l'advis de l'Assis­tente [et] de la Directrice, tous les premiers jours du moys celles qui feront la visite des malades, ou les changeant, ou les continuant en leur obedience, [laquelle] se publiera au disner, immediatement devant Graces, en cette sorte : Telles et telles, de la part de cette Mayson, visiteront les malades de Nostre Seigneur, au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit.

Or, nonobstant cela, si pour quelque sujet on voyoit quil fust expedient d'en avoir des autres en la place de celles qu'elle aura nommees au commencement du moys, elle le pourra faire sans difficulté: comme quand la maladie de quelqu'une, ou la necessité qu'on a d'elle dans la may­son, ou quelque autre consideration requiert qu'elle se­journe. Mais il faut pourtant tous-jours prendre de celles qui auront esté choysies au commencement de l'annee.

Celles qui sortiront le doivent faire de bon cœur, pour exercer la charité selon la volonté de Dieu, et penser que Nostre Seigneur, tandis qu'il vesquit en ce bas monde, quoy qu'il peust guerir les malades sans aller vers eux, voulut neanmoins plusieurs fois les visiter, les toucher, affin de nous donner exemple d'une cordiale affection et d'une sainte douceur envers les infirmes.

Elles se prendront garde de respandre par tout ou elles passeront et iront l'odeur des bons exemples et des par­fums de sainteté es maysons esquelles elles entreront ; et partant, elles se garderont de toutes babilleries et multi­tudes de paroles, de curiosité des affaires d'autruy et des nouvelles du monde, de toute dissolution tant de paroles que de gestes et actions ; ains auront soin de se tenir en une sainte composition et contenance, et de dire des pa­roles d'edification, lesquelles elles avanceront sans affectation, mays avec une bonne et simple affection; non point magistralement et faysant les entendues, mais charita­blement et humblement, quand les occasions et propos les y convieront.

Elles ne contrerolleront jamais ni d'une façon ni d'autre les medecins, apothicaires et cyrurgiens ; ains avec sim­plicité serviront les malades en ce qu'elles pourront, se­courant les pauvres malades necessiteux de ce qu'ilz auront besoin, selon les commodités de la Mayson, avec grande charité [244].

Quant aux hommes, elles ne les visiteront point que pour des maladies griefves et fortes, et lhors qu'ilz com­menceront a se remettre elles cesseront de les visiter, ne laissant pas, en ce qu'elles pourront, de leur procurer du soulagement sans y venir elles mesmes ; mays quant aux femmes, elles les assisteront tandis qu'elles auront besoin. sans tant de considerations. Neanmoins elles doivent faire leurs visites courtes, specialement quand il y aura des com­paignies seculieres, sinon que la charité requist le contraire.

Si en quelque logis de malade il se treuvoit des personnes indiscretes qui, par parolles ou gestes, violassent le respect deu a la qualité des Seurs qui visiteront, l'on en advertira soudain la Superieure, laquelle fera ou cesser les visites, ou, par des humbles et charitables advertissemens, fera sçavoir en la mayson qu'on visite que l'on desire continuer, a la charge que le respect deu a leur vocation soit gardé; ou on y pourvoira autrement selon les occurrences.

Si quelqu'un apres estre gueri veut remercier celles qui l'auront assisté, on ne le permettra pas, si quelque speciale consideration n'invite a cela; ains la Superieure, ou telle autre des Seurs qu'elle treuvera mieux, ira recevoir les remerciemens au nom de la Superieure, le plus courtoyse­ment que se pourra, sans affectation. Or, la speciale con­sideration pourroit estre si quelqu'une des Seurs en visitant auroit attiré a penitence ou bonne resolution quelque femme; car alhors il seroit bon qu'elle luy parlast elle mesme.

En la visitation on devra procurer que les malades se disposent de bonne heure [à recevoir les Sacrements) et. par des bons propos, les exciter a l'amendement de vie ou avancement a la pieté.

Et bien que l'on pourra visiter et servir les malades riches, et principalement les dames et bourgeoises qui seront devotes et affectionnees a la Congregation [245], si est ce qu'il faut sur tout exercer cette charité envers les pauvres et destitués. Et quant aux affligés, comme femmes desolees pour la perte de leurs proches, on pourra aussi les voir pour exercer la consideration [246] en leur endroit mays non par maniere de compliment, ains seulement lhors que vrayement on estimera de pouvoir alleger des desplaysirs ceux qui en auront.

ARTICLE 10 (art 8 ms H) [247]

DE L'EMPLOYTE DU JOUR

Despuis Pasques jusques a la saint Michel: elles se leveront a cinq heures et demie, pour estre a l'orayson l'heure entiere de six a sept, laquelle l'on sonnera en clochant seu­lement durant trois Pater et trois Ave, et a celle fin que toutes les Seurs ayent commodité de s'assembler ; et l'on la commencera par le Veni, Sancte Spiritus ; a la fin de laquelle elles diront Prime a basse voix. Apres quoy, elles­ feront quelque exercice corporel, selon que la Superieure ordonnera; pendant lequel tems elles demeureront toutes ensemble, sinon que les officieres ayent quelques affaires qui les appellent ailleurs. Et celles qui voudront parler le feront, mays avec modestie et devotion, esvitant tous propos vains et inutiles, pour la reverence de la Commu­nion reelle ou spirituelle qu'elles ont a faire.

A huit heures on dira Tierce, et en chant, et tout conse­cutivement Sexte a basse voix ; et apres on ouïra la sainte Messe, laquelle dite, on recitera Nonne a basse voix, sinon les festes que l'on la chantera. Cela fait, on fera l'examen; et de la jusques a disner, chacune se pourra retirer ou bon luy semblera pour se recreer, en faysant neanmoins leur ouvrage.

Elles disneront a dix heures, et apres qu'on aura sonné le Benedicite toutes seront en silence jusques apres Graces, qu'elles entreront en recreation jusques a mydi ; des lequel jusques apres Vespres elles se retireront et feront leur ouvrage en silence, leur estant neanmoins loysible de dor­mir demie heure de ce tems la. A deux heures elles feront chacune en particulier demi heure de lecture.

Vespres se diront a trois heures a basse voix, excepté le Magnificat et l'antienne de Nostre Dame ; et icelles dites, elles demeureront en conversation, et mesme deviseront de leur lecture ou chose utile jusques a Complies, qui se diront a cinq heures a basse voix, et qui seront suivies des Letanies et d'une demi heure d'orayson mentale. Et des lhors elles se relascheront un peu jusques a souper ou collation, qui se feront tous-jours a six heures. Le silence et la lecture se feront a la seconde table comme a la premiere.

Apres souper elles entreront en recreation jusques au premier coup de Matines, qui sonnera en tout tems a huit heures et demi ; despuis lequel coup on demeurera en silence jusques apres Prime du lendemain. Les Matines seront suivies de l'examen de conscience, lequel estant .achevé on lira la matiere de la meditation du jour suivant ; apres quoy, toutes se retireront pour estre chacune couchee a dix heures precisement.

Es jours de jeusne, que l'on disne a onze heures, l'on fera le matin le silence qui defaudra l'apres disner, de Tierce jusques apres Graces ; et alhors le silence de l'apres. disner ne commencera qu'a une heure apres mydi. Despuis la saint Michel, qu'elles se leveront a six heuresr elles entreront en l'orayson a six et demi jusques a sept et demie ; Prime se dira apres. A huit heures et demie on dira Tierce et Sexte, puis se dira la Messe, et le reste a l'accoustumee ; et disneront a dix heures et demi, et sou­peront a l'heure ordinaire, et le silence commencera a demi heure apres mydi.

Le Caresme on dira Vespres a dix heures et demi, a basse voix, apres lesquelles on fera l'examen. La lecture se fera a trois heures, l'assemblee a quatre. Complies se diront a l'heure ordinaire, a basse voix, et ausquelles on adjoustera le Stabat en chant, qui sera suivi des Letanies a basse voix et de l'orayson a l'accoustumee.

…………………………………………………………………………………………………….

DE L'EMPLOYTE DES JOURS [248]

Despuis Pasques jusques a la feste St Michel, les Dames de la Congregation se leveront a cinq heures, et feront leurs lictz et leurs chambres, en sorte qu'a six heures elles puissent entrer en l'oray­son mentale, laquelle elles continueront jusques a sept heures, qu'elles diront Prime et Tierce b) [et Sexte]. Apres cela, elles s'em ployeront enquelqu'œuvre exterieure, selon que la Superieure .treuvera bon, jusques a huit heures et demiqu'elles reviendront dire Sexte [et Nonne], et ouïr tout consecutivement la sainte Messe, apres laquelle elles dirontNonne.

Elles disneront a dix heures, et demeureront par apres en recrea­tion jusques a mydi. De mydi a deux heures elles se retireront en 1eurs chambres et feront [des] leurs ouvrages en silence. A deux heures elles s'assembleront et feront demi heure de leçon. [249] A deux heures et demi elles se retireront en silence pour se prœparer a dire Vespres qui se chanteront [250] avec Complies de trois a quatre. De quatre a cinq elles feront un peu d'exercice corporel, selon quil sera advisé par la Superieure. A cinq heures elles feront l'oray­sonmentale qui se commencera par les Letanies, en sorte que le tout soit achevé a cinq heures trois quartz, qu'elles se relasche­ront un peu, en silence neanmoins, pour revenirsouper a six heures.

Des le souper elles seront en recreation les unes avec les autres, jusques au premier son de Matines qu'elles se retireront en silence pour se treuver au chœur et commencer Matines a huit heures ; apres lesquelles elles feront l'examen de conscience, qui estant achevé, elles feront un peu de [leçon] lecture pour la meditation du jour suivant ; et de la se retireront en silence, en sorte que toutes soyent couchees a dix heures.

Es jours de jeusne, qu'elles disneront apres onz'heures, ellesrempliront les heures [251] qui abonderont devant disner a faire des ouvrages, [comm'aussi celles qui surabonderont apres... Mais apres disner elles employeront...] Et quant a l'apres disner, il ny aura­ rien de moins qu'es autres jours, par ce que l'heure qu'on employe­roit a souper

suppleera presque a l'heure que le retardement du disner aura retranchee [252] …………………………………

ARTICLE 11

DES HEURES, ORAYSONS ET COMMUNIONS

Elles diront le petit Office de Nostre Dame au chœur, et le chanteront [253] distinctement et posement ;

horsmis les festes suyvantes, sçavoir est : le jour de Noel, des Rois, de la Purification, Annonciation, Visitation, Assomption, Nativité et Conception de Nostre Dame, Pasques, Ascen­sion de Nostre Seigneur, la Pentecoste, le Dimanche de la tressainte Trinité, en commemoration de leur premiere entree en la Congregation qui fut faitte a tel jour, la Feste Dieu et de Toussaintz (toutes lesquelles festes seront suy­vies chacune de son octave [254], excepté la feste de la tres sainte Trinité, qui n'en a point) ; et en toutes ces festes. on chantera l'Invitatoire a Matines, qui sera de propre, et a Laudes le Cantique Benedictus, avec son antienne devant et apres, ce qui ne s'observera point pendant les octaves. Mays quant aux Psaumes et Leçons, on ne [les] changera point, ains on les dira du petit Office de Notre Dame, sinon es trois jours des Tenebres qu'on dira les Psaumes. Les susditz jours de festes elles diront l'Office ainsy qu'il est marqué en leur Abbregé fait expres [255].

Elles seront promptes a partir au premier son de la cloche pour se treuver au chœur, et y viendront avec gra­vité et reverence [256]; comme aussi elles se mettront en un maintien le plus devot qu'il leur sera possible, et ne parle­ront que pour chose extremement necessaire et urgente, ni ne sortiront que par necessité pressante. Que si quel­qu'une fait faute au chœur, personne ne la reprendra ; mais si la faute se peut reparer, celles qui s'en apperce­vront la repareront froidement et sans empressement ; comme par exemple : celle qui commence les Psaumes, auroit prins l'un pour l'autre ; les autres reprendront le Psaume laissé, sans donner signe de la faute. Mais celle qui l'aura faite, apres l'Office ira demander pardon, non tristement mais humblement, a la Superieure. Apres l'Office, aucune ne se levera pour s'en aller que le signe ne soit donné.

Or, parce que les espritz [humains] ont accoustumé de prendre des secrettes complaysances en leurs inventions et nouveautés, mesme quand c'est sous prœtexte de devo­tion et accroissement de pieté, et que neanmoins il arrive ordinairement que la multitude des charges et prieres em­pesche l'attention, gayeté et devotion avec laquelle on les doit faire, il ne sera point loysible a la Congregation de se charger d'autres Offices, sous quelque prœtexte que ce soit, que de celuy de Nostre Dame, qu'on appelle le Petit Office, avec la variation des seules antiennes, chapitres, himnes, versetz et oraysons, es festes nommees ci dessus.

Au reste, les Seurs Servantes [257] diront le matin, au lieu de Prime, Tierce, Sexte et None, douze Pater et Ave Maria ; en lieu des Vespres et Complies, sept, et en lieu des Ma­tines et Laudes, dix ; et assisteront a la sainte Messe tous les jours en tant que faire se pourra.

[258] (const 21) La sainte Communion se fera generale tous les Dimanches et festes de commandement ; et celles qui voudront communier plus souvent ne le feront point qu'avec l'advis du Confesseur et le commandement de la Supe­rieure.

(const 20) Quatre fois l'annee, la Superieure fera appeller quelque Confesseur extraordinaire, auquel toutes se confesseront ; et outre cela, quand quelqu'une desirera de se confesser ou conferer de sa conscience a quelqu'autre qu'au Confes­seur ordinaire, pourveu que ce soit a quelque personne de bonne condition, la Superieure le luy permettra volontier.

ARTICLE 12 (art 14 ms H) [259]

DES LlTZ ET HABITZ

Elles s'habilleront le plus simplement que faire se pour­ra, tant a la matiere qu'a la forme, ainsy qu'elles sont main­tenant [260]. Pour habillement elles porteront des robbes et cottes noires, d'estoffe simple, comme serge d'estoc, gros bura, estamete et autres semblables. Elles porteront pour coëffeure un voyle d'estamine, long jusques au dessous de la ceinture et qui leur couvrira tout le visage, sans artifice ni aucune façon [261] ; un bandeau noir qui couvre le front; leur collet, de toyle mediocre, avec les barbettes sans plis et les manchettes de mesme [262], le tout sans empois. Les Novices seront en tout vestues comme les Professes, hors le voyle et la barbette, ains porteront des grandes coëffes de taffetas. [263]

Voir page suivante le fac similé de la page 19 autographe de S.François de Sales, manuscrit H :

article 14 : Des litz et habitz (qui est l'article 12 du Ms G ) et article 15 : De l'obéissance

Leurs litz seront de mattelatz, et les tours du lit se­ront d'estoffe fort simple et de couleur brune. Les ou­vertures des tours de lit se feront en sorte que les Seurs couchant plusieurs en une chambre ne se voyent point l'une l'autre quand elles se leveront et coucheront ; c'est pourquoy lesdittes ouvertures ne seront point l'une contre l'autre.

Et en toutes choses on rendra tesmoignage en la Mayson d'un vray mespris du monde.

ARTICLE 13 (art 9 ms H)

DU MANGER

On pourra demeurer une heure entiere a table, pour don­ner loysir a celles qui mangent lentement de prendre ayse­ment leur refection. Et cependant, celles qui auront plus tost fait ne perdront point le tems, demeurant attentives a la lecture qui se fera, pour laquelle on deputera de semai­ne en semaine quelqu'une des Dames, qui lira clairement, distinctement et lentement, faysant des justes pauses de periodes a periodes, affin que toutes, gardant le silence, en­tendent sans peyne ce qui se lira. Que si celle qui aura charge de lire prend le soin de prevoir la lecture qu'elle devra faire, pour la rendre plus fructueuse, ce sera chose fort aggreable a Dieu, et imitera le grand saint Thomas d'Ac­quin lequel, quoy quil fust le plus docte homme qui aye jamais esté despuis saint Augustin, ne laissoit pas de pre­voir tous-jours la Messe avant que la dire.

On devra mettre le pain et la viande si nettement sur table qu'aucune des Dames n'ayt besoin de racler et de pincer et escrouter, ou [rendre] quelque tesmoignage de delicatesse particulier.

Aucune ne mangera ni boyra hors le repas sans congé.

Chacune lira a la table a son tour, sauf si quelqu'une pour avoir la voix cassee ou empeschee, ou pour ne sçavoir promptement lire, devra estre excusee. Elles demeureront en cet office de lire, une semaine entiere, commençant au Dimanche matin ; et de cet office, la Superieure mesme ne sera point exempte, ains servira en iceluy, comme en tous les autres, de bon exemple et de patron a tout le reste de la Mayson [264]

Elles diront les Graces et le Benedicite des clercz dans le refectoir et a basse voix.

Outre les jeusnes commandés par l'Eglise, elles jeusne­ront tous les jours des veilles de Nostre Dame et les jours du vendredi despuis la saint Michel jusques a Pasques, sinon ceux esquelz escheront les festes de commandement ; car alhors les jeusnes seront differés au samedi, sinon qu'il fust un jour de feste, car en ce cas ilne se jeus­nera point cette semaine la. [265]

Les Seurs estant a table, nulle ne desployera sa serviette ni ne mettra la main au cousteau que la Superieure n'ayt donné l'obedience disant : Au nom de Dieu. Aux colla­tions, pour le Benedicite on dira l'Ave Maria avec le signe de la Croix, et en icelles on pourra manger trois onces de pain chacune, avec un peu de fruitz, cuitz ou cruds [266].

ARTICLE 14 (art 10 ms H)

DU PARLER, DES RECREATIONS ET CONVERSATIONS ENTR'ELLES

Elles pourront es recreations s'entretenir toutes ensem­ble (sinon que la Superieure les dispensast de se separer) de ce que bon leur semblera, faysant neanmoins quelques besoigne legere [267] qui ne requiere pas beaucoup d'atten­tion, et laquelle puisse estre faitte negligemment et avec interruption.

En toutes occasions elles parleront et feront toutes actions doucement, paysiblement et simplement, non point brusquement ni hautement, ni avec paroles recherchees ; s'abstiendront tant quil sera possible de parler de leurs maysons, races, familles et honneurs; et comme la joyeu­seté leur est recommandee es recreations, aussi le jeu, de quelle sorte qu'il soit, leur est defendu.

(const 23) L'une n'entrera point en la chambre de l'autre sans congé de la Superieure, et tandis que pour la petitesse du logis deux ou trois n'auront qu'une mesme chambre, celles qui se treuveront logees ensemble ne s'advanceront point a remuer les besoignes des unes des autres sans s'advertir.

[268] ARTICLE 15

DE L'OBEISSANCE

L' homme a beissant, dit la Sainte Escriture, parlera des victoires. Cette Congregation donques, estant com­m'une petite armee dressee contre la vanité du monde, affin que, combattant heureusement, elle puisse rendre conte a Nostre Seigneur et a Nostre Dame de plusieurs belles victoires, elle doit estre establie en une parfaite obeissance. Et pour cela, toutes les Seurs obeiront exactement et sans reserve a la Superieure, faysans toutes choses, tant en la Mayson que dehors, par son ordre.

Tous les messages et lettres luy seront premierement rapportés, affin que, selon son jugement, elle les rende ou retienne. De mesme, nul message ni aucune lettre ne sor­tiront de la Mayson que sous son bon playsir.

Apres la recreation du soir, avant que d'aller a Matines, toutes se presenteront devant la Superieure, qui leur com­mandera ce qui sera requis pour ce soir la et pour la mati­nee suivante ; comme de mesme, apres la recreation du disner, elle leur ordonnera ce qui se devra faire jusques a l'apres souper ; et ny ayant rien a commander, elle leur recommandera la mutuelle dilection des unes aux autres. [269] Toutes les Seurs qui n'auront rien a proposer se retireront promptement, mays celles qui ont quelque charge des affaires du mesnage demeureront avec la Superieure pour l'advertir des choses qui seront necessaires a ordonner; et prendra-on garde de n'en parler point devant les autres, a celle fin de retirer, tant qu'il se pourra, leur esprit des choses de la terre.

En toutes occasions ou il sera requis de dispenser de la regle ou moderer les exercices, la Superieure aura le pou­voir de le faire, prenant garde neanmoins de bien obser­ver la vertu de discretion pour n'estre ny trop plyable ni trop implyable ; et es choses de consequence ou importance, elle prendra l'advis du Pere spirituel.

[270] Aucune n'entreprendra de faire des jeusnes, disci­plines et autres austerités qu'avec le congé de la Supe­rieure.

ARTICLE 16 (art 29 ms H)

DES VŒUX

Par ce que la sainte chasteté est la vertu fondamentale de la retraitte qui se fait en cette Congregation, toutes celles qui seront receuës au voyle en feront le vœu sim­plement, immediatement devant que de se presenter a la sainte Oblation. Mays quant au vœu de pauvreté et d'obeis­sance, il ne se fera [271] qu'avec l'advis du Pere spirituel et le congé de la Superieure, laquelle ayant conferé avec le Pere spirituel, deliberera meurement avant que de per­mettre que de telz vœux se facent, affin qu'estans faitz avec tant de consideration ilz soyent tant mieux observés. Que si quelque Novice les veut faire, il ne luy sera permis par la Superieure [272] sinon avec reserve qu'icelle Supe­rieure les puisse casser toutes fois que bon luy semblera. Et quant a icelles qui auront fait l'Oblation, elles pourront, si elles en ont la devotion, les faire quand bon leur sem­blera; a quoy neanmoins elles ne seront aucunement provoquees, ains on laissera cela a leur pleine disposition et bonne volonté. Et sera tenu un roolle de celles qui auront voüé, pour plusieurs bonnes occasions.

[273] Mays touchant le vœu de pauvreté, elles ne le feront pas quant a la proprieté sinon pour les biens qu'elles ou leurs parens auront volontairement donnés a la Congregation ; car quant aux autres, elles ne feront ledit vœu sinon pour l'usufruit et l'usage, lequel elles sousmettront a la disposition de la Congregation, comme font [les] Oblatz de Saint Ambroyse [274]. Or, pour ce vœu de pauvreté entant qu'il regarde l'usage des biens qu'elles auront hors de la Congregation, il faudra bien examiner la qualité de l'esprit des Seurs avant que de le leur permettre, et encor les necessités et particulieres conditions des familles qu'elles ont laissees ; ce qui demeurera a la [275] connoissance du Pere spirituel et de la Superieure.

ARTICLE 17 (art 12 ms H) [276]

DE LA PAUVRETÉ

Tout ce qui sera apporté ou donné a la Mayson pour l'usage des Seurs sera parfaittement reduit a la Commu nauté, sans qu'aucune ayt chose du monde, pour petite qu'elle soit, en particulier ; ains une chacune, entrant, resignera et renoncera es mains de la Superieure l'usage, usufruit et libre disposition de tout ce qu'a sa contempla­tion sera donné et remis a la Congregation. Que si, outre cela, elle avoit quelque autre chose, elle en pourra dispo­ser a son gré, avec l'advis neanmoins du Pere spirituel de la Mayson et de la Superieure. Mays en cas que quelqu'une, par quelque accident, fust separee de la Congregation (ce qu'il faut esperer ne devoir jamais arriver), la Congrega­tion luy rendra la moytié du don qui seroit [277] esté donné a sa contemplation [278].

Et affin que toute affection quipourroit naistre dans le cœur des Seurs soit retranchee et qu'on voüe en la Congre­gation une parfaitte abnegation des choses exterieures et de toute proprieté, on ne servira pas une des Seurs de ce qu'elle aura apporté en la Mayson ou de ce qu'on aura donné a sa contemplation, ains indifferemment. On dis­tribuera les linges et toutes autres choses selon le rencon­tre, pesle mesle, sans distinction ni consideration quelcom­que, sinon de la necessité d'une chacune. Ce qui s'observera si exactement, que ni les chapeletz, medailles, reliques, images ne demeureront point tous-jours a une mesme, ains seront changés entre les Seurs chasque annee, en cette sorte :

Lhors que l'on donnera les Saintz la veille du jour de l'an [279], des nombres on fera des billetz, en chacun des­quelz sera escrit le nom de quelqu'un des Saintz qu'on doit tirer ; et puis on mettra les chapeletz, Agnus Dei, reliquaires sur une table, par ordre, et a chasque chapelet, auquel on joindra un Agnus Dei et un reliquaire, on atta­chera l'un des billetz. Et les Saintz estans tirés, chacune prendra reveremment le chapelet, Agnus Dei, reliquaire, sur lequel le nom de son Saint sera attaché ; et par ainsy, les chapeletz seront parfaittement communs et on n'attache­ra point ses affections a iceux [280]. Et neanmoins, une chacune prendra reveremment le chapelet qui luy adviendra, com­me si le Saint qu'elle a tiré le luy avoit donné cette annee la.

Et quant aux reliques, les Seurs par ce moyen les auront toutes en leur protection, puisqu'elles leur seront communes, et que la communion fait que chacun jouit de ce que le commun jouit ; car, comme ayant des reliques pendues sur ma poitrine j'estime qu'elles servent de protection a ma teste et mes bras parce que mes bras sont conjointz a ma poitrine, ainsy les reliques qui sont sur l'une des Seurs serviront de protection pour toutes les autres, communiees par le lien indissoluble de la charité.

En fin, si ce n'estoit qu'a cause de la diversité des sta­tures et tailles on ne peut pas se servir les unes des robbes des autres, on en feroit de mesme des robbes et de tous autres habitz, pour lesquelz neanmoins, estans tous de mesme façon et de vile estoffe, il n'y a pas de l'apparence qu'aucune doive avoir de particuliere affection.

ARTICLE 18 ( art 26 ms H)

DE L'HUMILITÉ

La Superieure sera par tout la premiere, et ne laissera pourtant pas de faire les exercices communs de l'humilité et les services de la Mayson a son tour comme les autres : comme de ballier, laver les escuelles, nettoyer les malades et autres [281]. Mais quant aux autres qui seront en office, elles ne tiendront aucun rang sinon en ce qui regarde leurs offices, comme par exemple : l'Assistente ne precedera les autres qu'au chœur ; la Directrice sera la derniere des Dames dediees, pour estre la premiere aupres des Novices.

Au demeurant, la veille du premier jour de l'an, que l'on donnera les Saintz (note 53), au bout de chasque billet on mettra un nombre selon la quantité des Dames dediees qui se treuveront en la Mayson ; et selon le nombre qu'une cha­cune treuvera en son billet, elle prendra le mesm'ordre toute l'annee. Comme, par exemple: celle qui se treuvera le nombre 1 sera la premiere apres celles qui auront charge en quelque office, sinon celle qui sera deposee de Superieure, laquelle pour un'annee ira par tout la derniere, bien que la Superieure s'en ayde pour se conseiller es occurrences, et que les autres luy doivent porter du respect es autres occasions. Et ainsy les premieresseront faitës comme les dernieres, et les dernieres comme les premieres.(Mt 19,30 ; 20,16).

Mais, hors de la, les jeunes honnoreront les vielles, encor que les jeunes soyent venues devant elles en la Congrega­tion ; et les vielles reciproquement n'useront d'aucun mespris envers les jeunes, ains toutes, avec une genereuse et noble humilité, se previendront mutuellement les unes les autres en honneur et respect, ainsy que l'Apostre l' ordonne (Rm 12,10).

Et quant aux dames de dehors qui entrent en la May­son, on les fera marcher devant tots celles de la Mayson, apres la Superieure. Que si elles sont Religieuses professes, la Superieure les fera marcher devant elle, sinon qu'elles fissent trop de resistence.

ARTICLE 19 ( art 27 ms H))

DE LA CORRECTION

Quand quelqu'une fera quelque faute legere, les autres ne la reprendront point ; mays en cas qu'elle continuast, elles en advertiront la Superieure. Et si la faute estoit d'importance et secrette, celle qui l'aura apperceue fera doucement et charitablement la correction chrestienne jusques a troys fois ; apres quoy, si la defaillante perse­vere en sa faute, elle sera deferee a la seule Superieure, affin que par tous les moyens possibles elle la face amender. [282] Mays si la faute n'est pas secrette, elle en adver­tira la ………………………………………………………………………………………………………………

DE L'HUMILITÉ ET PŒNITENCE [283]

Celles qui seront en office, hormis la Superieure qui partout sera la premiere, ne tiendront aucun rang sinon en ce qui regarde leurs offices ; comme par exemple : celle qui est [Ia Directrice] l'Assis­ tente ne [sera la premiere] precedera les autres qu'es Offices [tandis que la Superieure sera presente,..] ; la Directrice ira la derniere des dediees, pour estre la premiere aupres des Novices ; et ainsy, l'Enfermiere ne sera la premiere qu'en l'enfermerie ; et de mesme les autres.

Au demeurant, la veille du jour de l'an, que l'on donnera les Saintz, au bout de chasque billet on mettra un nombre selon la quantité des Dames dediees qui se treuveront en la Mayson, et selon le nombre qu'une chacune treuvera en son billet, elle prendra ce mesm'ordre toute l'annee, a suivre ou preceder les autres ; de sorte que si la plus jeune ou derniere treuve en son billet le nom­bre 1, elle sera cett'annee la, la premiere au chœur, au refectoir et, es autres occurrences, apres celles qui auront charge en chasque office : et ainsy les premieres seront faites comme les dernieres, et les dernieres comme les premieres. Aux portes, neanmoins, et es autres occasions qui ne regardent pas les seances, les jeunes s'hu­milieront beaucoup devant les vielles, encor que les vielles fussent arrivees en la Mayson les [dernières] [284] ; et les vielles ne mespri­seront point la jeunesse des jeunes, ains toutes, avec une genereuse et noble humilité, se previendront les unes les autres en honneur et respect, ainsy que l'Apostre l'ordonne.

Quand il y en aura quelqu'une qui fera quelque faute, si ell'est legere, les autres ne la reprendront point, sinon qu'elle y conti­nuast et multipliast la faute ; et lhors, celle qui la reprendra le fera en toute charité et douceur. Mais si la faute est [scandaleuse] d'importance, celle qui l'aura [veue] apperceue fera doucement et secrettement la correction chrestienne jusques a trois fois ; et apres cela. si la defaillante persiste en ses fautes, elle sera deferee a la Superieure, affin que par tous les moyens possible (sic) elle la face amender.

La veille du jour de l'an quand on donne les Saintz, [une chacune demandera pour soy une surintendente,... ayde particuliere, la­quelle ayt soin particulier de la reprendre des fautes qu'elle fera et de l'exciter souvent au Si amour de Dieu... avec laquelle elle s'excite a l'amour de N. S. et a la correction de leurs defautz. Et la Superieure la luy donnera...] elles demanderont des aydes a la Superieure, laquelle les leur [donnera en cette sorte : elle re­gardera...]

Superieure. Et en cas que pour la qualité du mal elle fust en perplexité si elle la devroit deferer, elle en prendra l'advis ou de la Superieure ou du Pere spirituel, sans nommer ni faire connoistre la defaillante, sinon apres qu'elle aura esté conseillee de le faire.

Et affin que l'amendement se face plus grand en la Congregation, la veille du jour de l'an, quand on donne les Saintz (art 17), elles demanderont a la Superieure des aydes pour leur amendement. Et elle les leur accordera au nom de Nostre Seigneur, donnant a une chacune d'icelles une compaigne pour cette annee là; et leur enjoindra d'avoir soin particulier l'une de l'autre a s'[exciter [285]] a l'amour de Dieu et a se corriger l'une l'autre de leurs defautz, en esprit de douceur et charité, sans toutefois que pour œla elles facent aucun'autre particularité ensemble, sinon de s'admonester paysiblement l'une l'autre ; ce que pour faire avec plus de suavité, de moys en moys elles se prie­ront l'une l'autre de [se] faire la reciproque correction.

[286] ARTICLE 20 (art 33 ms M)

DU CHAPITRE

Le samedi toutes les Seurs s'assembleront, tant Offertes que Novices, et apres avoir dit le Veni, Sancte Spiritus, la Superieure dira tout ce quil luy semblera devoir estre dit et proposé pour le bien spirituel de la Congregation. Que si quelqu'une des Seurs avoit quelque chose a proposer, elle le dira a l'advantage a la Superieure, laquelle, pour ayder sa memoire, fera une petite liste des poins a proposer. Ce qu'estant fait, celles qui voudront dire leurs coulpes pour plus grande humilité le pourront faire ; et on les corrigera doucement et amia­blement, sans extenuer les fautes.

ARTICLE 21 (id)

DU COMPTE DE TOUS LES MOYS

Tous les derniers jours du moys les Seurs rendront compte sommairement a la Superieure de leur avancement ou defaillance en l'orayson, humilité, douceur et simplicité. Et le premier jour de Communion du suivant, une chacune fera un renouvellement de son Oblation apres l'orayson ; et a cet effect, chasque Seur aura en escrit l'Oblation signee de sa mayn (art 46), qu'elle lira apres l'oray­son.

[287] ARTICLE 22

DES OUVRAGES

Les ouvrages que les Seurs prendront a faire des gens de dehors seront receus par la Superieure, ou celle qu'elle deputera, sans qu'aucune autre aye a traitter de cela. Le prix sera purement remis en aux affiquetz et vanité des femmes : comme seroit laver les gans, faire des frisons, faire des fards et choses semblables

.…………………………………………………………………………………

accordera au nom de Nostre Seigneur, en donnant a une chacune une compaigne pour cett'annee là ; et leur enjoindra d'avoir soin particulier l'une de l'autre a s'exciter en l'amour de Dieu et se corriger de leurs defautz, en esprit de douceur et de charité, sans toutefois………………………………………………..


ARTICLE 23 [288]

DE LA RECEPTION ET DISTRIBUTION DES MOYENS DE LA MAYSON

Les denrees seront receuës par l'Œconome qui en tiendra conte de moys en moys a la Superieure, en pre:sence de la Portiere. Mays l'argent sera deposé en un coffre a troys clefz, dont l'une sera gardee par la Superieure, l'autre par la plus ancienne des Seurs et la troysiesme par la seconde des Seurs ; et [289] sera tenu roolle dës receptions des sommes, avec les particularités du jour et des personnes qui les delivreront, et des causes pourquoy. Et lhors que par le commandement de la Superieure on prendra ce qui sera requis pour les necessités de la Mayson et des. Seurs, on fera un autre roolle qui contiendra les sommes tirees et les causes pourquoy on les a tirees, escrit de la main de la Portiere et signé par la Superieure et la plus ancienne des Seurs, affin qu'au bout de chasque annee; un peu avant Noel, toutes les Officieres ensemble, avec la Su­perieure, facent sommairement un estat de tout ce qui s'est passé au maniement exterieur de la Mayson [290].

Et quant a la despense journaliere, elle se fera par les ­mains de l'Œconome, qui aura le soin de faire faire les. employtes requises par les chambrieres [291].

ARTICLE 24 [292]

DES JEUNES FILLES

On ne pourra recevoir des jeunes filles en la mayson qu'elles n'ayent au moins dix ou douze ans, et n'en pourra-on recevoir que troys a la foys, et de celles qui ont quelqu'inclination, ou au moins auxquelles les parens de­sirent qu'on donne inclination d'estre Religieuses [293].

ARTICLE 25 (art 36 ms M)

DES ENSEIGNEMENS POUR LES SECULIERES [294]

Quand il plaira a Nostre Seigneur que les Seurs ayent un lieu propre, elles s'essayeront d'attirer, les festes et Dimanches, les filles et femmes de la ville au lieu praparé a cela, et qui ne sera pas dedans [le cours des [295]] chambres et offices des Seurs, affin de les enseigner des exercices de pieté : comme de l'examen de conscience, de la praepara­tion du matin, de la façon de dire le chapelet et la cou­ronne, de se confesser et communier, et de bien faire 1'0­rayson vocale.

ARTICLE 26 [296]

DU PERE SPIRITUEL DE LA MAYSON

Cette Mayson demeurant [297] sous l'authorité de l'Evesque.. comme toutes les autres de pareille forme, il commettra un. ecclesiastique discret, docte et irreprehensible, de sa part, qui prendra garde a la Mayson et Congregation, a ce que les regles soyent bien observees et qu'aucun abus ne s'y introduise ; visitera la Mayson une foys l'annee, assistera aux elections de la Superieure et du Confesseur ordinaire, appreuvera les Confesseurs extraordinaires, donnera les licences aux femmes d'entrer en la Mayson, signera les causes des sorties extraordinaires des Seurs et celles des entrees des hommes, selon quil a esté dit ci dessus (art 3). Et a luy auront recours tant la Superieure que les autres Seurs, ou il sera besoin d'une speciale providence. Mais quant a la Visite, il seroit expedient qu'elle se fist par l'Evesque mesme, avec l'assistence du Pere spirituel et de quelque autre grave personnage.

………………………………………………………………………………………………………….

[298] Au demeurant, cette Mayson demeurera sujette a l'Evesque. qui, pour la conduite d'icelle, commettra un ecclesiastique meur, discret, docte et irreprochable, qui, comme deputé de luy, sera le Pere spirituel de cette [devote] Congregation, ayant charge de procurer l'advancement d'icelle tant es choses spirituelles que temporelles, et surveillant a ce que les regles y soyent bien obser­vees, et qu'aucun abus ne s'introduise contraire a la bonn'odeur qui doit sortir de cette devote Mayson [pieusej]; et a ce Pere spiri­tuel auront recours tant la Superieure que les autres Dames, en toutes les occurrences ou il sera requis et necessaire. Et a luy appar­tiendra de visiter la Mayson une fois l'an, assister aux elections de la Superieure et du Confesseur ordinaire, appreuver les Confes­seurs extraordinaires, donner les licences aux femmes d'entrer en la Mayson, et signer les causes des entrees des hommes quand il sera requis et celles des [grandes] sorties extraordinaires des Dames, ainsy quil a esté dit ci dessus; bien que, quant a la Visite, il sem­ble expedient qu'elle se face par l'Evesque mesme, en l'assistence du susdit deputé et d'un autre a ce pris par office.

L'obedience, grand appuy de la vie spirituelle, [est quelquefois employee...] L'ennemi, voyant que l'obedience est le grand appuy de la vie spirituelle, tasche ordinairement de la rendre odieuse par des scrupules quil fait naistre autour d'icelle. C'est pourquoy il faut sçavoir que ces Constitutions et regles, ni mesme les commande­mens de la Superieure, ou du Pere spirituel et de l'Evesque, n'obli­gent point a aucun peché ni mortel ni veniel, sinon quand on contre­viendroit par mespris, ou quand la Superieure, ou le Pere spirituel, ou l'Evesque, es cas esquelz la direction leur appartient, comman­derait [en vertu...] sous peyne d'encourir la des-obeissance, [car alhors on ne pourrait pas des-obeir sans vray mespris...] ou que la chose commandee seroit de grand'importance.

ARTICLE 27

[299] DES SCRUPULES QUI PEUVENT ARRIVER TOUCHANT L'OBEISSANCE

(const 479 ; Entretiens 1) L'ennemi, voyant que l'obeissance est le grand appuy de la vie spirituelle, tasche ordinairement de la rendre odieuse par des scrupules quil fait naistre autour d'icelle. C'est pourquoy il faut sçavoir que ces Constitutions et re­gles, ni mesme les commandemens de la Superieure, ou de l'Evesque et Pere spirituel, n'obligent nullement a aucune sorte de peché, sinon quand on y contreviendroit par mes­pris, ou que le commandement seroit fait sous peyne d'en­courir des-obeissance, ou que la chose commandee seroit de grande importance.

ARTICLE 28

DES [300] SEURS VEILLANTES

La Superieure fera deux Seurs veillant es qui pren­dront garde aux fautes et manquemens qui se commet­tent, pour en advertir la Superieure; et si la Superieure l'ordonne ainsy, elles reprendront les fautes publiquement au Chapitre, mais avec extreme modestie et simplicité.

Or, la Superieure n'ordonnera pas cela qu'avec prudence et discretion, et se gardera bien de faire reprendre publique­ment de chose qui peut infamer et qui d'ailleurs ne soit pas. conneüe.

[301] ARTICLE 29

DE LA MODESTIE

Qu'en toutes leurs actions elles observent une grande simplicité et modestie, fuyant le faste et l'appareil des. contenances mondaines et affectees, portant la teste mode­rement droite, non point haute ni renversee. Que leurs ­paroles soyent humbles et basses, leur visage doux et se­rein; qu'elles tiennent les yeux baissés, specialement au chœur, au refectoir (Entretiens p.187), au Chapitre et quand elles paroissent devant les seculiers.

Elles esviteront tant qu'il leur sera possible toutes sortes­ de gestes qui sentent la legereté, sur tout estans au par­loir ; elles n'avanceront point les mains sur le treillis, gar­dant une humble et douce gravité, sans se familiariser trop avec ceux ausquelz elles parIeront.

En leur conversation elles essayeront d'estre douces, humbles, cordiales et franches, se portant un respect amou­reux et s'entresaluant par une inclination de la teste lhors qu'elles se rencontreront (Entretiens p.187), sans pourtant faire des devis en particulier, sinon lhors que la Superieure l'aura permis. Et ce respect amoureux qu'elles se doivent rendre requiert qu'elles ne s'interrompent point les unes les autres lhors qu'elles parleront, specialement quand on rapporte les lectures, que l'on parle de choses bonnes ; et qu'elles ne contestent point, non pas mesme en chose legere.

Qu'elles gardent en leurs habitz la netteté et bienseance religieuse, sans aucune curiosité, donnant en toutes choses bonne edification.

[302] ARTICLE 30

DES SEURS SERVANTES

La Congregation recevra le moins qu'il sera possible de Seurs Servantes, et la Superieure prendra garde que celles qu'on recevra soyent de bon naturel et resolues de servir Nostre Seigneur pour son amour, en travaillant pour la Congregation, avec volonté d'obeir et de s'humilier en tout et par tout.

Avant leur reception en la Mayson, on les espreuvera quelques jours, selon que la Superieure treuvera bon, pen­dant lesquelz on [leur ] proposera les articles du service et de l'obeissance qu'elles auront a faire, et le renoncement a la propre volonté en toutes choses ; apres cela, [on les] recevra avec les mesmes considerations que les autres Seurs, et avec mesme consentement.

Elles demeureront deux annees au Noviciat, pendant lesquelles elles seront vestues [comme les honnêtes fem­mes de leur qualité [303].]

Elles observeront les silences et jeusnes, tant qu'il se pourra, comme les autres ; se communieront les Diman­ches, diront leurs Pater et Ave marqués ci dessus (art 11), assis­teront a la lecture de la meditation et a l'examen qui se fait apres Matines, prenant l'obeissance avec les autres. Les festes et Dimanches, si elles ne sont pas occupees, elles assisteront a Vespres et a la lecture qui se fait devant Vespres. Bref, autant que les occupations auxquelles elles seront destinees le permettront, on les rendra conformes en mœurs, en exercices et en affection aux Seurs de la Mayson.

Personne ne leur commandera que la Superieure et l'Œconome et celle a qui la Superieure l'ordonnera, et la Directrice tandis qu'elles seront Novices ; et tant la Supe­rieure que les autres leur commanderont avec respect amiable, se resouvenant que, quoy qu'elles servent a l'exterieur, elles sont neanmoins filles de Dieu, coheritieres de Jesus Christ (Rm 8,16), nos Seurs selon l'esprit et nos esgales en nature ; et qu'en fin, comme dit saint Paul (1 Co 8,6), elles et nous n'avons qu'un seul Seigneur Jesus Christ, esgalement Seigneur des uns et des autres. Et pour cela, quand elles seront malades, la Superieure et Infirmiere les traitteront esgalement comme les autres en toute sorte de services ; et quand elles seront tentees et troublees, la Superieure leur ouvrira le sein maternel comme aux autres, affin d'alleger leur travail corporel par ces soulagemens de la sainte charité.

Les deux ans expirés, on observera a leur reception ce qui s'observe pour la reception des Seurs, soit pour l'exa­men ou deliberation de les recevoir ou de differer leur recep­tion, soit pour l'Oblation; laquelle neanmoins elles ne feront point, tant qu'il sera possible, que quand quelque Seur la fera, affin qu'apres les articles esquelz il est marqué, la Superieure, parlant pour elles, n'ayt a faire que de dire simplement: " Ces deux Seurs... ", et ce qui s'ensuit (Ms Q art 41). Que si elles font seules leur Oblation, faudra faire comme il est marqué au Formulaire (id).

Quand elles sortiront pour faire leurs provisions, elles doivent avoir grand soin sur toutes leurs actions, [se con­duisant [304]] avec tant de modestie et de retenue qu'elles edifient un chacun. Elles ne doivent point parler ni s'amu­ser par les rues sinon pour les affaires qu'elles y auront, ni entrer es maysons ou elles n'auront point d'affaire.

Qu'elles n'apportent aucune sorte de nouvelle de la ville, ni aucun message, lettre ni recommandation sinon a la seule Superieure. Qu'elles ayent une grande fidelité a faire les negoces. esquelz elles seront employees, et qu'elles rendent conte tous les soirs de tout ce qu'elles [auront] acheté a l'Œconome.

ARTICLE 31 [305]

DE L'OFFICE DE L'ASSISTANTE

En toutes les occasions esquelles la Superieure ne pourra pas estre presente, l'Assistente tiendra le pouvoir et la place d'icelle, et par consequent sera soigneuse de se treuver par tout ou les Seurs seront assemblees, pour les tenir en respect et faire observer la Regle.

Et tous-jours ell'aura le soin particulier de la direction des Offices du chœur, desquelz elle departira les charges le samedi et veille des festes que l'on change l'Office, apres la recreation de l'apres disner (note 109), et des lectures, bien que, quant aux livres quil faudra lire, elle n'en face point le choix que par l'ordre de la Superieure. Et en suite de cette charge, l'Assistente precedera tous-jours au chœur, apres la Superieure.

Elle fera la revëue des Seurs apres qu'elles seront retirees, pour sçavoir sil leur faut point quelque chose.

ARTICLE [32] [306]

DE LA DIRECTRICE

Ell'aura le soin d'eslever et conduire les Novices, et par­tant elle doit estre la douceur, la discretion et la devotion mesme, pour, avec un amour plus que maternel envers ses filles, les nourrir dignement en qualité de futures espouses du Filz de Dieu. [307] Or, les enseignemens qu'elle leur don­ nera seront de l'exercice des vertus, particulierement de l'obeissance, douceur et mortification des passions, et l'orayson; de bien lire et bien prononcer tant l'Office que tout le reste; de bien faire au matin la preparation, et au soir l'examen, avec les autres pointz qui regardent leur avancement et observation des Regles ; jusques mesme aux contenances, et principalement celle quil faut tenir en l'Office, en la Communion, en la table et quand l'on paroist devant les mondains.

Et sera pareillement a elle de dresser les Seurs Servantes aux exercices spirituelz selon leur capacité, laquelle se treuvant bonne, elle leur enseignera a faire l'orayson men­tale, dire le chapelet, faire l'examen, la preparation du matin, et l'usage des oraysons jaculatoires entre les labeurs et exercices corporelz, a se bien confesser et communier, et autres telles prattiques.

Et partant, la Directrice doit avoir un esprit universel, pour manier differemment les cœurs des filles de la May­son, tant Seurs que Servantes, selon la diversité de leurs espritz, affin de les former a la pieté, devotion, douceur et charité. Et dautant que les Seurs Servantes qui, pour l'or­dinaire, sont rustiques, dures et de naturel moins poli, sont aussi plus malaysees a manier, la Directrice usera d'un amour tout particulier en leur endroit, affin d'avoir de la patience, tolerance et perseverance a bien cultiver leur esprit.

Les Novices, tant les unes que les autres, s'addresseront a la Directrice pour toutes leurs necessités, et elle en ad­vertira la Superieure.

La Directrice ne sera gueres employee aux affaires de la . Mayson; elle aura aussi le soin des jeunes filles (art 24) et de les instruire comme les Novices.

ARTICLE [33]

DE LA PORTIERE

Elle doit estre grandement prudente pour respondre charitablement et discretement a ceux qui viennent a la porte; pour conduire les femmes qui entrent, affin qu'elles ne troublent point les exercices qui se font pour l'heure ; pour faire les responces et messages qui viennent de dehors, et pour faire doucement patienter les personnes qui vou­droyent entrer ou celles qui voudroyent parler, quand il ne .se peut. [308]

Quand la Superieure sortira, la Portiere sera tenue de luy rendre conte a son retour de tout ce qui se sera fait, tant a la porte qu'au parloir.

Quand on donnera quelque aumosne, elle le dira le soir apres la recreation, affin que l'on prie pour les bienfacteurs.

Qu'elle soit courte et retenue en parolles lhors qu'il viendra des hommes a la porte, voire mesme avec les femmes, et qu'elle ne s'enquiere de nulle sorte de nouvelle, sinon necessaire.

Qu'elle soit soigneuse de tenir la porte bien fermee, sans y laisser les clefs, lesquelles elle portera tous les soirs a la Superieure.

Elle n'ouvrira jamais la porte seule, si ce n'est aux Seurs Servantes, et a celles qui iront et viendront des visites [309].

Elle ne prendra aucune chose pour retirer a la Mayson sans le congé de la Superieure.

Elle ne portera aucun message ni recommandation de ceux de dehors aux Seurs, ni ne redira les choses qu'elle aura entendues au parloir ou ailleurs ; comme aussi elle n'envoyera ni recommandation ni message a ceux de dehors.

Elle n'usera de nulle authorité sur celle qui luy sera don­nee pour compaigne, pour luy defendre et ordonner quelque chose, ains s'en servira simplement pour estre presente a ce .qu'elle fera et luy ayder a ouvrir et fermer ses portes ; a .quoy elle ne doit jamais manquer, comme aussi a fermer de bonne heure avant la nuit, et n'ouvrira point le soir, pour quelque affaire que ce soit, sans le congé de la Superieure.

ARTICLE [34] [310]

DE L'OECONOME

L'une des Seurs aura le soin de toute la Mayson comme Econome generale d'icelle, laquelle avec une fidelité et allegresse toute particuliere doit entreprendre cette charge, representant en icelle les saintes Dames qui servoyent Nostre Seigneur et les Apostres pour leur administrer les choses requises a la vie humaine (Lc 8,2 ; Mc 15,41), et entre autres la glo­rieuse vierge sainte Marthe, la diligence et ferveur delaquelle elle suivra, et fuira neanmoins son trouble et son empressement (Lc 10,40).

Qu'elle aye le soin de faire tenir toute chose en bon ordre par la Mayson ; que les chambres et les offices soyent tenus netz, et pour cela elle les visitera une fois ou deux la se­maine, prenant garde si toutes s'acquittent bien de leurs offices, pour en advertir la Superieure. Qu'elle se rende prompte et facile a la necessité des Seurs, selon l'ordon­nance de la Superieure, leur donnant toute confiance.

Elle sera soigneuse de faire rendre conte tous les jours a celle qui a la charge de faire les provisions dehors, et de l'escrire affin qu'elle n'oublie rien ; comme aussi de pre­voir les choses qui sont a faire en sa charge, pour en adver­tir la Superieure apres la recreation du soir et du matin ; et ordonnera le soir aux Seurs Servantes et a celles qui ser­vent a la cuysine ce qui sera a faire pour le lendemain matin, et quand le silence d'apres disner sera sonné, ce qui se devra faire le reste de la journee, affin que toutes choses se fassent par ordre et sans empressement.

ARTICLE [35]

DE L'INFIRMIERE

Celle ci ne doit respirer que charité, tant pour bien ser­vir les Seurs malades, que pour supporter les humeurs im­portunes que le mal donne quelquefois aux pauvres [in­firmes] auxquelles elle doit compatir, en les divertissant neanmoins de leurs humeurs le plus dextrement et suave­ment qu'elle pourra, sans jamais tesmoigner d'estre de­goustee ni ennuyee de les servir. Elle les doit regarder comme la vive image de Jesus Christ crucifié; et s'il est vray, comme saint Chrisostome l'asseure (note 125), que les anciens chrestiens alloyent en Arabie pour seulement voir et re­verer le fumier sur lequel saint Job souffrit tant de travaux (Jb 2,7) avec quelle reverence devons nous approcher les litz sur lesquelz nos freres et nos seurs endurent leurs maladies pour Jesus Christ !

Elle aura la charge de tout ce qui appartient a l'Infir­merie et au service des malades, et en fera un memoyre ; comme aussi elle devra tenir les chambres bien nettes, solli­citer celle qui appreste, pour donner les repas aux malades selon l'ordonnance du medecin duquel elle la recevra. Qu'elle essaye de donner aux malades toute la confiance qu'il luy sera possible, sans acquiescer trop aux choses qui leur pourroyent nuire.

Mays les malades aussi, reciproquement, se resouvenant de l'infinie douceur et patience de Nostre Seigneur crucifié, qui receut le fiel (Ps 68,22 ; Mt 27,34) et toute sorte d'aspreté sans aucun meslange de consolation pour leur salut, s'essayeront de l'imiter, prenant les medecines, viandes et autres traittemens de l'Infirmiere avec action de graces et benediction du nom de Dieu, de la part duquel tous les soulagemens et services que l'on leur fait leur arrivent, dont tant d'autres, qui sont peut estre plus fidelles qu'elles au service de Dieu, se treuvent privees tout a fait.

ARTICLE [36]

DE LA SACRISTINE

Outre cela, une des Seurs aura soin particulier de parer la chappelle et sonner a propos pour les Offices et oraysons ; et elle aura un grand soin de la netteté et propreté du chœur, de l'autel et des habitz ecc1esiastiques, se souvenant que Nostre Seigneur a tous-jours aymé la netteté et mon­dicité des lieux, et que Joseph [et] Nicodeme sont loüés, de luy avoir preparé un sepulchre neuf, des linges neufs, des parfums et unguens pretieux (Mt 27,30 ; Lc 23,53 ; Jn 19,38).

Elle aura un roolle de tout ce qui appartient a la sacris­tie. Qu'elle ayt le soin de donner du vin et de l'eau purs et netz pour la sainte Messe.

Quand il viendra des prestres estrangers dire la Messe, elle en advertira la Superieure ; et s'il faut donner quelque ornement, elle tiendra le voyle bas, et ne parlera point que pour ce qui ne se pourra esviter.

Sil vient quelqu'un a la sacristie qui ayt quelque affaire, elle l'envoyera a la porte, si ce n'est des personnes de res­pect, auquel cas elle ira advertir promptement la Supe­rieure.

Elle ira le matin, avant que sonner l'orayson, par toutes les celles, voir.si toutes les Seurs seront levees; et si quel­ques unes avoyent de l'incommodité, elle en advertira la Superieure.

ARTICLE [37]

DE L'OFFICE DE LA ROBIERE

Elle doit garder soigneusement les habitz comme appar­tenans aux servantes de Dieu, et les avoir tous par escrit, y adjouster ce qui se fera de nouveau, avec la date du jour et de l'an.

Elle ne les distribuera point aux Seurs que par l'ordon­nance de la Superieure.

Elle sera fort vigilante a les bien entretenir et raccom­moder, affin quilz ne perissent par negligence et quil n'y ayt rien contre la sainte pauvreté. Aucun habit ne sera rompu ni laissé que par l'ordonnance de la Superieure.

Elle fera un roolle de tout ce qui appartient aux Novices jusques apres la probation.

ARTICLE [38]

DE L'OFFICE DE LA LINGERE

Celle qui a la charge des linges doit avoir le mesme soin que la Robiere, pour les bien conserver et entretenir, pour les distribuer a propos selon la necessité des Seurs, et les retirer lhors qu'elles les auront laissés.

Elle doit avoir un roolle, et les donner par conte qu'elle escrira quand on fera les lessives; et lhors qu'on le pliera, qu'elle prenne garde si le conte s'y treuvera.

Le samedi elle portera les linges par toutes les celles, et le Dimanche chacune luy rendra ceux qu'elles auront laissé. Elle prendra garde s'il ny aura rien de perdu.

L'esté elle donnera de troys semaines [en trois semai­nes] des linceulz blancz, et l'hyver de moys en moys [311].

Quand les Seurs auront des necessités extraordinaires de quelques linges, qu'elle leur en donne charitablement,

ARTICLE [39] [312]

DE L'OFFICE DE LA REFECTORIERE

Elle doit avoir beaucoup de soin et d'amour de tenir net et propre le refectoir, et tout ce qui en depend, specia­lement le pain, le vin et l'eau.

Qu'elle prenne garde si la vaisselle, tant de terre que d'estain, sera bien nette, pour en advertir la Superieure, affin qu'elle ordonne aux Seurs qui la lavent a tour d'y faire mieux leur devoir.

Elle aura la charge de tirer le vin, de couper les portions de pain et d'advertir quand il n'y aura plus gueres de l'un et de l'autre, affin qu'on y pourvoye. Elle tiendra tous­jours du pain, du vin et de l'eau dans son refectoir pour les necessités qui peuvent survenir, et des linges pour essuyer les Seurs quand elles se voudront laver.

Elle aura la charge de tout ce qui appartient au refec­toir, tant linge qu'autre chose, et en fera un roolle, regar­dant de tems en tems s'il n'y aura rien de perdu ou esgaré.

Elle lira a la seconde table, sinon quand elle sera en se­maine de servir ou de lire a la premiere [313].

ARTICLE [40]

DE CELLES QUI SERVENT A LA CUYSINE [314]

Les Seurs qui seront employees en cet office de la cuysine doivent estre contentes et consolees de rendre aux espou­ses de Nostre Seigneur le mesme service que sainte Marthe, qui estoit une grande dame, luy rendoit, apprestant les viandes pour luy et pour ses Apostres ; se souvenant aussi des petites meditations que faysoit sainte Catherine de Sienne, laquelle en semblable exercice ne laissoit pas d'estre ravie en extase (Raym. De Cap. Vita Scath.1,2 ; IVD 3,35) Ainsy doivent elles, tant qu'il leur sera possible parmi leur petit labeur, tenir leurs cœurs recueillis et eslevés en Dieu, et par ce moyen elles n'auront pas moins aggreable leur service fait par l'action que si elles estoyent tous-jours en contemplation. Elles feront fidelle­ment et simplement leur exercice spirituel, ainsy que la Superieure le leur marquera.

Elles doivent avoir en singuliere recommandation la netteté, tant en leurs personnes qu'es choses qu'elles ma­nient. Qu'elles soyent soigneuses de tenir les repas prestz a l'heure ordonnee, affin que par leur faute il n'y ayt point de desreglement; ayant special soin de bien apprester pour les malades.

L'une, qui aura le gouvernement principal, aura la char­ge de tous les meubles de cuysine, tant linge qu'autres, et en gardera le roolle. Apres la recreation du soir et du matin, elle ira prendre l'ordonnance de l'Œconome pour .ce qu'elles devront apprester.

ARTICLE [41]

DE LA SUPERIEURE

La Superieure sera l'ame, le cœur et l'esprit de la Con­gregation; en sorte que, comme l'ame, le cœur et l'esprit d'un cors respand son assistence, son mouvement et ses actions par toutes les parties d'iceluy, aussi la Superieure .doit animer de son zele, de son soin et de son exemple tous les membres de la Congregation, et doit vivifier par sa .charité et dilection maternelle toutes les Seurs et filles de la Congregation: procurant que les regles soyent observees le plus exactement que faire se pourra, que la mutuelle charité et sainte amitié soyent prattiquees en toutes sortes de vertus ; ouvrant sa poitrine maternelle et amiable a toutes ses filles esgalcment, affin qu'elles y ayent recours en leurs doutes, scrupules, difficultés, secheresses, troubles et tentations ; commandant a une chacune et a toutes en .general avec des paroles et contenances graves mays suaves, avec une contenance asseuree mays douce et humble, et avec [un] cœur plein d'amour et du desir du prouffit de celles auxquelles elle commande.

Elle tiendra les yeux dessus ce petit cors, affin que toutes les parties d'iceluy respirent la paix, la concorde, la dou­ceur, l'union et le service amoureux de Jesus Christ. Et pour cela, au moins une foys le moys, elle fera un examen particulier de chacune des Seurs, tant Servantes qu'autres, s'enquerant discretement de leur avancement et condition presente de leurs ames, outre ce qu'elle mesme en aura :remarqué, pour voir si quelqu'une aura besoin d'estre .aydee, excitee, corrigee et allegee.

Elle considerera specialement la Directrice et les Novices, affin que cette pepiniere soit bien cultivee ; comme:. aussi elle pourvoira avec un soin particulier a la necessitéo et consolation des malades et, tant qu'il luy sera p.ossible,. les servira de ses propres mains es maladies de consequence.

Elle eslevera avec un amour maternel les filles qui,. comme petitz enfans, sont encor foibles en la devotion, se resouvenant de ce que dit saint Bernard a ceux qui ser­vent aux ames : " La charge des ames", dit il (note 103), n'est pas. des ames fortes, mays " des ames infirmes ; car si quelqu'un te donne plus de secours quil n'en reçoit de toy, reconnois ­que tu es non pere, mais pair en son endroit. " Les justes. et les parfaitz n'ont point besoin de superieur et de con­ducteur ; ilz se servent de loy a eux mesmes et font asses sans qu'on leur commande. La Superieure, donq, et guide. de cette Congregation, doit estre principalement pour les debiles et foibles, comme les medecins pour les malades ; bien qu'aussi ne doit elle pas abandonner les parfaittes, affin qu'elles ne se relaschent.

ARTICLE [42]

DE L'ELECTION DE LA SUPERIEURE [315]

On ne deposera la Superieure que de troys ans en., trois ans, sinon que quelque particuliere necessité le re­quit. Et lhors on procedera a nouvelle election, qui pourra. neanmoins estre faite de la mesme personne en la con­tinuant encor pour trois ans, passé lesquelz il ne sera plus. loysible d'user de continuation, ains faudra qu'elle demeure deposee au moins un an entier avant que de rechef on la puisse eslire en la mesme charge.

Mays quant aux autres officieres, la Superieure les mettra a son gré, apres les avoir proposees aux Seurs qui auront fait l'Oblation pour en faire [selon] leur advis. Et en cas que les deux tiers des Seurs reprouvassent l'election, la Superieure en fera un'autre, ou au moins ne laissera guere en office celle qui aura esté esleüe, sinon qu'elle se comportast tellement, qu'on vit clairement les Seurs satis­faites d'elle en sa charge [316].

Or, l'election de la Superieure se fait en cette sorte : L'Evesque, ou Pere spirituel, [317] venant dedans le chœur des Seurs, leur dira briefvement de quell'importance est cett' election et les exhortera de la faire en presence de Dieu, selon la connoissance qu'elles ont de la suffisance des personnes. Cela fait, la Superieure qui est pour lhors s'agenouillera au milieu des Seurs. Le Pere spirituel luy dira : " La Congregation vous descharge de l'office que. vous aves exercé, au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. " Et elle respondra : Amen, et de la vien­dra s'asseoir avec les autres, la derniere de toutes.

Et puis on dira le Veni, creator Spiritus, toutes s'estans. mises a genoux a l'endroit de leurs places, et le Pere spiri­tuel dira l'orayson; apres laquelle, chasque Seur ve­ nant vers la table ou escabelle qui sera mise en un endroit du chœur auquel on ne puisse point voir la main ni le papier de celle qui escrit, ell'escrira simplement le nom de celle qu'elle voudra choysir, en l'un des billetz prae­parés a cet effect ; et l'ayant replié, elle le portera au Pere spirituel qui le recevra dans une boite mise sur un'es­cabelle aupres de luy. Et tous les billetz ayantz estés re­ceuz, le Pere spirituel les lira l'un apres l'autre ; et celle des Seurs quil aura choysie, ayant le roolle de toutes les autres dans une feuille, avec une ligne tiree .au bout de chaque nom d'icelles, marquera celle que le Pere spirituel lira, faysant une traverse sur la ligne qui est a l'endroit de son nom. Puis on verra celle qui aura le plus de voix, et elle demeurera Superieure. [318] Tout cela estant ainsy fait, le Pere spirituel ramassera tous les billetz et les bruslera sur le lieu, et prendra garde que l'on ne puisse sçavoir ni descouvrir les nominations faittes esditz billetz.

Apres cela l'on dira l'Ave, maris Stella, en action de graces, et la nouvelle Superieure se viendra asseoir en la place premiere, ou la Superieure deposee viendra la pre­miere, et puis les autres de suite viendront luy bayser la main; et elle, en fin, s'agenouillera devant le Pere spi­rituel pour recevoir la benediction, laquelle receüe elle luy baysera la main, et il se retirera.

Sil y a des Seurs malades, le Pere spirituel estant entré pourra les aller visiter et prendre leurs billetz, ou si elles ne peuvent escrire, escrira leurs voix sur leurs billetz.

Au reste, les Seurs Servantes ni les Novices n'auront point de voix aux elections.

[319] ARTICLE [43]

DE LA RECEPTION DES NOVICES

On ne recevra aucune fille pour estre Novice [320], qui n'ayt seize ans completz, qui ne sache lire ; et qui ne tes­moigne un extreme desir de vivre en devotion et resi­gnation de sa volonté propre. Et quant aux moyens requis pour l'entretenement, on y advisera de tems en tems selon les commodités ou incommodités de la Mayson.

Quand quelque fille ou femme sera proposee pour estre receüe, on la fera premierement voir a la Superieure et aux Dames, et sil est expedient, elles la retiendront quelque tems en ses habitz mondains

dans la mayson pour la mieux considerer. Puis la Superieure prendra les voix de toutes les Dames, et si la Superieure consent avec la plus part d'icelles, la reception se fera ; mais neanmoins avec l'advis du Pere spirituel, qui s'enquerra des conditions de la fille, affin d'en advertir les Dames, et que par ce moyen elles facent meilleure deliberation [321],

La reception des vefves se fera de mesme, horsmis quil faudra prendre garde de n'en point recevoir qui ayent des enfans pour la conduite desquelz elles soyent vrayment necessaires [322].

ARTICLE [44]

DE L'ENTREE DES NOVICES

Celle qui pretend entrer ayant asseurance de sa recep­tion, entrera avec ses habitz ordinaires en la Mayson, et se praeparera par meditations et oraysons a une bonne [323] confession generale, sinon qu'elle l'eust des-ja faite aupa­ravant, en sorte que le Pere spirituel jugeast quil ne fust pas expedient de la refaire une autre foys.

Cela fait, un jour de [324] feste ou de Dimanche, la Supe­rieure luy ostera ses habitz seculiers dedans le chœur, en presence de toutes les Seurs [325], et luy donnera les habitz et coeffeures de la Mayson [326], lesquelles a cet effect on benira. [327]Elle, estant tous-jours a genoux, et toutes en respect et reverence pour

l'importance de l'action, chanteront le Veni, creator Spiritus, puis viendront toutes a la Messe et se ommunieront, sans autre ceremonie.

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DE LA RECEPTION DES NOVICES

On ne recevra point de fille pour estre au nombre des Novices qu'elle n'ayt 16 ans, qu'elle ne sache lire et qu'elle ne tesmoigne un extreme desir de vivre en parfaitte devotion, et sur tout en un'entiere resignation de sa volonté es mains de la Superieure. Et quant aux moyens requis a leur sustentation, on y advisera de tems en tems selon que la Mayson se treuvera incommodee ou accommodee. –

La reception des Novices se fera par [Ies Dames, en sorte que les...] la Superieure, si, ayant pris les voix des Dames dediees, la plus part d'icelles y consent ; [mais si la plus part consent a la reception et la Superieure ne consent pas, la Novice ne doit pas estre receüe, sinon que les deux partz des trois faysantes le tout ne consent. Et sur la proposition de quelque Novice, la Su­perieure advertira tous-jours le P. spirituel, affin quil use

ARTICLE [45]

DE LA RECEPTION DES NOVICES A L'OBLATION ET DEDICACE

Apres l'annee d'essay ou de probation, la Superieure fera l'examen de celle qui doit faire l'Oblation. Et premiere­ment, elle considerera a part soy si telle personne a les conditions requises pour demeurer en la Congregation, et specialement si elle est douce, humble et obeissante. Se­condement, elle en conferera avec les autres Dames et prendra leurs voix; que si des troys parties les deux ne consentent, on retardera pour encor l'Oblation. Et la Superieure appellant a soy celle dont il s'agit, luy pourra dire discretement et charitablement a quoy il tient qu'elle ne soit admise, luy representant que la Congregation desireroit fortqu'elle le fust, mais qu'avant cela elle voudroit qu'elle se fust amendee de telle et telle chose ; adjoustant une exhortation a ne point perdre courage, ains de faire prouffit de ce retardement [328].

On pourra donq ainsy retarder encor pour un'annee, apres laquelle, s'il se treuve quil ny aye point d'amende­ment ni volonté de s'amender, on luy donnera congé, la priant de se retirer en paix ; mais si l'on void en elle une bonne volonté de s'amender, encor que pour son in­ firmité elle ne soit pas du tout amendee, on luy donnera encor quelque tems, ou bien un'annee entiere, pour para­chever son amendement [329].

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de consi­deration et] s'enquiere des conditions de la fille qu'on propose, et que son advis serve d'ouverture a la deliberation que les Dames. en feront. Or en ceci [comm'en toutes elections, on usera...] on prendra les voix secrettement, par febves noyres et blanches.

Tout ce qui se dit de la reception des filles s'observera aussi en la reception des vefves, ormis quil faudra encor prendre garde a n'en point recevoir qui ayt des enfans a la direction desquelz elle soit necessaire (sic).

DE LA RECEPTION DES NOVICES AU NOVICIAT ET PUIS A L'OFFRANDE

La fille ou femme qui voudra estre receüe au Noviciat, apres avoir eü asseurance de sa reception, entrera dans la Mayson et se prœparera, avant toutes choses [a faire une vraye...], par les Medi­tations qui sont mises au livre (IVD 1, 9-18) ; et au choix de la vie devote elle specifiera le choix de celle de la Congregation. Puis fera une entiere confession generale, sinon qu'elle l'eut faitte auparavant, en sorte que [Ia Superieure] le P. spirituel jugeat quil ne fut pas besoin de la faire un'autre fois.

Cela fait, un jour de Dimanche, le P. spirituel, ou au moins quelque Prestre de [qualité] respect, fera la reception ainsy quil sera dit ci apres, au chapitre de l'office du P. spirituel [330].

Or, apres l'annee de probation ou essay, au jour que la Supe­rieure le treuvera bon, elle fera l'examen de la fille ou vefve qui voudra estre receue a faire l'offrande. Et premierement, elle consi­derera a part soy si telle fille ou vefve a les conditions requises pour demeurer en la Congregation, et specialement si ell'a l'esprit de douceur, d'humilité et d'obeissance. Secondement, apres avoir consideré cela a part soy, avant que de dire son avis elle proposera aux autres Dames la reception dont il sera question, pour sçavoir leurs opinions, et si [la plus part] des troys parties de la Congrega­tion les deux ne consentent, on retardera encor la reception a l'offrande. Et la Superieure appellant a part soy celle de laquelle il s'agit, luy pourra dire a quoy il tient qu'on ne l'a pas receüe a l'offrande, par telles ou semblables paroles :

"Ma chere Seur, nos Seurs ont grand desir que, comm'elles, vous facies la ste offrande et soyes establie en la Congregation ; mais avant que vous y recevoir, elles voudroyent que vous vous amandassies de telle et telle chose, affin que, par apres, vous puissies faire un'offrande plus entiere et aggreable a Nostre Seigneur et a sa sainte Mere.

[331] [ARTICLE 46]

FORMULAIRE DE L'OBLATION DES SEURS DE LA VISITATION

L'Oblation ne se fera jamais qu'a jour de feste ; et lhors la Seur pretendante s'estant preparee selon qu'il a esté dit ci dessus [332], elle sortira de la Mayson par la porte du chœur, et apres elle, la Superieure et une autre Seur, les­quelles demeureront a costé d'elle [333], ou debout ou assises [334] .

Lhors le Pere spirituel de la Mayson ; ou quelqu'autre Prestre de respect en son nom, estant revestu comme pour dire la Messe, horsmis la chasuble, estant assis sur une chaire sur le marchepied de l'autel, du costé de l'Evangile, avec le bonnet en teste, [335] fera un petit sermon sur le mespris du monde, selon quil verra a propos ; lequel estant achevé, la praetendante dira a voix intelligible, comme parlant au Prestre :

Je, N. telle, demande, pour l'amour de nostre Sauveur, [336] d'estre receüe en la Congregation de Nostre Dame de la Visitation et en la Mayson de ceans, pour m'exercer fidellemcnt au service de Dieu, par obeissance, chasteté et pauvreté.

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Prenes bien courage, ne vous troubles point pour cela ; si vous sçaves faire vostre prouffit de ce retardement en vous humiliant, vous en aures par apres de la consolation et toutes nous autres de l'edification."

On pourra donq ainsy retarder encor pour un'annee. Que si apres la seconde annee elle ne s'amende point, et que l'on voye qu'elle mesprise de s'avancer en la reformation de sa vie, on luy pourra donner son congé et la prier de se retirer en paix avant que d'entrer plus avant en l'entreprise de cette vie. Mays si l'on void en elle une bonne volonté de s'amender, encor que pour son infir­mité elle ne se soit pas du tout amendee des fautes qu'on luy aura marquees, on luy donnera encor quelques moys, ou mesme un'an­nee entiere pour parachever son amendement, l'encourageant a cela par paroles et promesses de l'ayder avec toute charité et confiance ; et si, avec humilité, elle continue en son amendement, la Superieure la fera recevoir a l'offrande au tems qu'elle luy aura marqué.

Que si, au contraire, passé l'annee de l'essay, la Superieure et les Dames treuvent la fille ou femme qui demande de faire l'offrande, propre et disposee a cela, elles luy donneront un loysir suffisant pour se praeparer par

une confession annuelle et les exercices qui seront marqués ci apres, affin que cette offrande se face avec toute la

Le Prestre, sur cette demande, dira :

Aves vous fermement establi en vostre cœur, n'ayant point de necessité, mais ayant la liberté de vostre volonté, de garder obeissance, pauvreté et chasteté a Nostre Sei­gneur Jesus Christ [337]?

Et luy monstrant ses anciens habitz qui seront sur une escabelle du costé gauche de l'autel, et puis le voyle de la Congregation qui sera sur une autre escabelle du costé droit de l'autel, il continuera son propos disant :

Car, ma chere Seur, voyla vos habitz du monde, et voyci le voyle de la Congregation ; l'un et l'autre vous est proposé, affin que vous puissies estendre vostre main a celuy que vous voudres, pour le prendre et le choysir.

Lhors la prœtendante dira : Je me suis volontairement despouillee des robbes mondaines ; comment m'en revestirois-je (Ct 5,3)? Je me suis destournee de la vanité (Ps 118,37) ­et en ay lavé mes pieds ; comment y retournerois-je (Ct 5,4) ?

Le prestre adjouste : Vous aves donq resolu de vous dedier a Dieu et vivre a jamais ainsy ?

Et elle respond : Je l'ay resolu en mon cœur, parce que il m'est tres bon d'estre comme cela.

[338] Le Prestre replique : Il est vray quil vous sera tres bon d'estr'ainsy, et perseverant, vous recevres la benediction du Seigneur et la misericorde de Dieu nostre Sauveur. Telle est la generation de ceux qui cherchent le Seigneur, qui cherchent la face du Dieu de Jacob (Ps 23,5).

La pretendante, joignant les mains et comme accep­tant la benediction que le Prestre luy a predite, elle dira :

O Seigneur Dieu, confirmes moy a cett' heure, affin que je face ce que je vois pouvoir estre fait par vostre grace (Jdt 13,7). Voyci, O mon Dieu, que je viens a vous parce que [vous] m'aves appellee (1 R 3,4). Receves moy selon vostre . parolle, et je vivray,. et ne m'esconduises point de mon attente (Ps 118,116).

Lhors le chœur respond en chantant doucement : Deus misereatur tui et benedicat tibi ; illuminet vultum suum super te, et misereatur tui (Ps 66,2).

Ut cognoscas in terra viam suam (Ps 66,3) [339]; gressus tuos dirigat secundum eloquium suum, et non dominetur tui injustitia (Ps 118,133).

Cela estant ainsy chanté, le Prestre interroge la Supe­rieure disant :

Vous aves ouy, ma chere Seur en Jesus Christ, la de­mande et poursuitte que cette nostre Seur a faitte; a-elle le consentement de la Congregation de ceans ?

La Superieure respond : Oüy, par la grace de Dieu, nos Seurs luy souhaitent de bon cœur de vivre et mourir en leur union, et que pour cela elle face maintenant la sainte Oblation requise a cet effect.

Le Prestre sur cela dit en fin a la prretendante :

Or sus, ma chere Fille, si telle est vostre volonté, venés a Dieu vostre Createur, et soyes esclairee,. et vostre face ne sera point confondue (Ps 33,6). Offres luy l'offrande de justice, et esperes en luy, car il vous monstrera le bien (Ps 4,6).

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solemnité interieure qu'il sera possible, comm'aussi elle se fera avec grande solemnité exterieure. [340] Et en l'offrande seulement on donnera le voyle, pour couvrir la chose offerte comme reservee a Dieu seul. [341]

Sur cela, la praetendante se leve et est conduitte par la Superieure et l'autre Seur) pour s'agenouiller sur le milieu du marchepied de l'autel, ou elle demeurera un peu en silence, les mains jointes et les yeux bayssés. Cependant, la Superieure fait venir toutes les Seurs voylees, qui se mettent en cercle derriere la prretendante, toutes avec une chandelle en leurs mains ; et la prretendante com­mence a lire clairement, distinctement et posement son offrande ainsy quil s'ensuit :

O Cieux, oyes ce que je dis ; que la terre escoute (Is 1,2)les paroles de ma bouche. C'est a vous, mon Jesus et Sauveur, a qui mon cœur le dit (Ps 26,8). Je proteste de vouloir desormais et a jamais vivre en obeissance, chasteté et pauvreté, selon les regles et Constitutions de la Congregation de ceans, pour l'observation desquelles j'offre et dedie a vostre divine Majesté, et a la sacree Vierge, vostre Mere, ma Dame, mon cors, mon ame et ma vie. Receves moy, O Pere eternel, entre les bras de vostre tres pi­toyable paternité, affin que par [342] le merite de vostre Filz, .mon Redempteur, je porte constamment le joug et le fardeau (Mt 11,29)de vostre saint service en cette Congregation, et que je m'abbandonne totalement a vostre divin et celeste amour, auquel je me dedie et consacre de rechef.

O tres glorieuse, tres sacree et tres douce Vierge Marie, je vous conjure, par l'amour et la mort de vostre Filz, de me recevoir au giron de vostre protection et dilection ma­ternelle.

Je choysis JESUS, mon Seigneur et mon Dieu, pour l'unique object de ma dilection ; je choysis sa sainte et :sacree Mere pour ma protection, et la Congregation de ceans pour ma perpetuelle direction. Gloire soit au Pere. [et] au Filz, et au Saint Esprit. Amen.

Sur cela toutes les filles chanteront alternativement le Psalme : Exaudiat te Dominus in die visitationis (Ps 19,1). etc. [343]

Cela fait, le Prestre luy met le voyle sur la teste disant :

Cecy vous sera un voyle sur vos yeux contre tous les regards des hommes [344], et un signe sacré affin que ja­mais vous ne recevies aucune sorte d'amour que celuy de Jesus Christ.

Et la Seur respondra : Mon Bien aymé est tout mien, et moy je suis toute sienne (Ct 2,16 ; 6,2).Je ne pourray donq jamais l'ab­bandonner pour le regard d'aucun homme ; car a luy je suis toute unie par charité, et sa bonté surpasse tout amour. O Dieu, destournes mes yeux affin qu'ilz ne voyent ja­mais la vanité, et que nulle injustice ne domine sur moy (Ps 118,37).

Apres, il luy met une chandelle en main, luy di­sant :

Faites que vostre sentier s'avance comme l'aube res­plendissante, et qu'il croisse jusques a la perfection du jour (Ct 6,9 ; Pr 4,18).

Et la Seur respond : O Dieu, vostre parolle est une lampe devant mes pieds, une lumiere a mes sentiers (Ps 118,105); vostre lumiere est marquee sur nous, vous aves donné l,'allegresse a mon cœur (Ps 4,7).

Lhors la Superieure, prenant la nouvelle Seur par la main, la fait lever, et le Prestre luy dit :

Alles donq, ma Seur , Dieu vous soit propice. Entres en vostre sejour, car Dieu vous a gratifiee.

Lhors elle fait une reverence a l'autel, puis un'autre au peuple, et la Superieure la conduit dedans le chœur des Seurs , avec toutes les autres, ou estant agenouillee au milieu d'iceluy elle chante :

Quam dileeta tabernaeula tua, Domine virtutum ; eoncupiseit et defieit anima mea in atria Domini.

Elegi abjeeta esse in domo Dei mei, magis quam habitare in tabernaeulis peeeatorum (Ps 83,2).

Hœe requies mea in sœeulum sœeuli ; hic habitabo, quoniam elegi eam (Ps 131,14).

Gloria Patri et Filio et Spiritui Saneto, etc. [345]

Cela fait, on dit la Messe, et la nouvelle Seur vient com­munier la premiere; comme aussi tout ce jour la elle va par tout la premiere, et on la laisse en paix tout le long de la journee, affin qu'elle puisse mieux savourer le don qu'elle a receu d'estre donnee a Nostre Seigneur.

Apres l'office de la reception, on mene la nouvelle Seur au refectoir, ou, en presence de toutes, elle escrit de sa main, si elle le peut faire, dans un livre destiné a cela [346] : Je, N. telle, ay par la grace de Dieu, ce jourd'huy de l'an N, celebré mon Oblation, pour vivre et mourir en la Congregation de Nostre Dame de la Visitation. Veuille mon Sauveur benir cette journee et me la rendre proffitable pour l'eternité.

Tout le reste de la feuille ou cela sera escrit demeurera en blanc pour y estre escrittes les confirmations qui, d'an­nee en annee, se feront de la mesme Oblation.

[ARTICLE 47]

PREPARATION A L'OBLATION POUR LES FILLES DE NOSTRE DAME DE LA VISITATION

(Voir ci-dessus, note 332 )

[ARTICLE 48]

DECLARATION DE L'OBLIGATION DES REGLES ET CONSTITUTIONS

(Cet article du Ms. K n'étant que la reproduction du premier Entretien de saint François de Sales à ses Filles, nous ren­voyons le lecteur à "Entretiens" p.32)

[ARTICLE 49]

DE L'EXPULSION DES SEURS SCANDALEUSES [347]

Les filles de la [348] Congregation s'estant ainsy solemnel lement offertes et dediees a Dieu, il ne sera jamais parlé ni traitté de leur expulsion et rejettement qu'en deux cas : a sçavoir, ou pour des crimes scandaleux, ou pour une ma­nifeste contumace et obstination contre la Regle et l'obeissance. Et en ces deux cas, il sera requis que l'expulsion se face en cette sorte.

La Superieure, a laquelle il appartient de ne point permettre que la Congregation ayt des personnes scanda­leuses et obstinees, ayant remarqué ce malheur en quel­qu'une des Seurs, si jamais il arrivoit quil y en eut de telle, en conferera premierement avec les officieres de la Mayson (qui aussi sont les plus obligees d'estre jalouses du bien, de l'honneur et de la conservation de la Congregation), et entendra leur advis; lequel se treuvant conforme au­ sien, ell'assemblera toutes les Seurs, et leur proposera sincerement et clairement le crime scandaleux ou la contumace de celle qu'il luy semble devoir estre expulsee et rejettee.

Et si l'avis des Seurs est tel, on fera une troysiesme assem­blee, en laquelle sera appellé le Pere spirituel de la May­son ; et en icelle, en sa presence, sera de nouveau deliberé­ si on devra faire l'expulsion et rejection.

Que si il est conclud qu'elle soit faite, la Seur sera appel­lee et degradee, le Pere spirituel luy ostant le voyle, et la croix qu'elle aura a son col, et le chapelet qu'ell'aura a sa ceinture. Le tout, neanmoins, apres qu'avec une charitable ­remonstrance on luy aura fait entendre la juste [349] cause ­de son expulsion et le regret qu'on a d'y estre contraint,. adjoustant une exhortation a ne point se perdre pour cela,. ains tascher de faire son salut ailleurs, au mieux quil luy sera possible.

Cela fait, on prendra quelque loysir convenable pour luy donner moyen de se retirer, pendant lequel tems on la fera manger a part, et n'entrera point es exercices, si ce n'est a celuy des oraysons et prieres, si bon luy semble. Et neanmoins on procurera qu'au plus tost, et avec le moins de bruit que faire se pourra, elle sorte et s'en aille, avec ce qu'ell'aura apporté en la Mayson, selon ce qui est contenu en l'article De la pauvreté, ci-dessus (art 17) ; a quoy il faudra prouvoir de bon'heure, et qui neanmoins ne sera pas pour l'ordinaire si malaysé, puisque si on ne peut luy rendre l'argent, on luy rendra le bien qu'on en aura acheté, ou, en attendant, la cense convenable, jusques a ce qu'on ayt commodité de rendre le fond et principal.

Quant aux crimes scandaleux, on ne peut en dire abso­lument le nombre ni les especes, ains la connoissance de ce cas demeurera a la Congregation et au Pere spirituel d'icelle. On peut neanmoins dire, par exemple, et pour donner lu­miere au jugement qui se devra faire des autres cas, que la lubricité, l'entreprise d'empoysonner, charmer, enchan­ter, le larcin de chose importante, l'accusation faulse des Seurs en chose qui regarde lhonneur et renommee, les essays de pervertir les Seurs ou autres personnes en ma­tiere de chasteté et d'honneur, battre les Seurs, si cela se fait plusieurs fois, et semblables, sont des cas vrayement scandaleux. Or, ces cas n'adviendront jamais, Dieu ay­dant; mays silz advenoyent et qu'on en eüt telle connois­sance qu'on peut le reveler loysiblement, apres la correc­tion fraternelle faitte, ainsy quil a esté dit ci devant (art 19), [350] la Seur qui les aura commis pourra estre expulsee et rejettee comme scandaleuse, avec la methode ci dessus escritte. Je dis qu'elle pourra estre expulsee, par ce que si, par quelque tentation, il estoit arrivé a quelqu'une quelque action de soy mesme scandaleuse que les seules Seurs ou une d'icelles sceussent, et que la Superieure et lesdittes Seurs qui le sçauroyent jugeassent que la repentance de celle qui seroit tombee meritast qu'on dissimulast pour cette foys la faute, cela se devroit faire. Mays si c'estoit un peché scan­daleux qui fust conneu a plusieurs gens hors de la Mayson, il faudroit alhors l'expulser sans remission.

Quant a l'obstination et contumace, elle peut estre grande, bien que le peché sur lequel elle arrive soit petit. Et parce que toute la liayson de cette Congregation con­siste en l'obeissance et charité, si on y souffroit les obsti­nees, rebelles et contumaces, soudain toute la Congrega­tion se dissoudroit et perdroit. Si donq une des Seurs, ce qu'a Dieu ne plaise, ne vouloit pas vivre selon la Regle, ains vouloit obstinement perseverer a la rompre, refusant les corrections et tesmoignant de ne vouloir point s'amender, en fin, apres qu'on auroit essayé par toutes voyes, et mesme avec du loysir, de la reduire a son devoir, si elle continuoit au mespris et s'obstinoit en son malheur, on la pourroit et devroit expulser et rejetter comme scandaleuse ; car encor que le peché auquel elle s'obstineroit ne seroit pas scandaleux, l'obstination neanmoins seroit scandaleuse.

Or, d'autant que l'expulsion d'une Seur est si impor­tante, on observera la solemnité dite ci dessus, et en fera-on troys deliberations : entre la Superieure et les officieres ; la seconde entre la Superieure et toutes les Seurs, et la troysiesme entre le Pere spirituel, la Superieure et toutes les Seurs ensemblement. Et lhors, parce qu'on fera la deli­beration definitive et irrevocable, il faudra que, pour le moins, les deux tiers des voix (celle du Pere spirituel estant contee pour une) concourent a l'expulsion. Et affin que lesdites voix se donnent plus sincerement, le jour de cette assemblee la, toutes les Seurs qui devront deliberer com­munieront et, avant toute deliberation, jureront a genoux, toutes ensemble, de dire ce qu'elles croiront estre le plus a la gloire de Dieu, selon [la] justice et selon la charité deuë tant a la Congregation qu'a celle qui est accusee.

Mays si les deux tiers des voix ne concouroyent pas, on delibereroit alhors des remedes propres a la correction de l'accusee, et pourroit on quelque tems apres remettre en deliberation son expulsion, en cas qu'elle perseverast en son mal.

Et on observera tous-jours en tel cas d'importance, de prendre les voix secrettement, comme on fait en l'election de la Superieure.

On doit faire mesme jugement d'une Seur qui seroit en tentation de sortir de la Congregation et la quitter ; car tandis quil y auroit une vraye apparence de l'ayder a vaincre ladite tentation, la Superieure, les Seurs et le Pere spirituel ne devront rien oublier a cette intention. Mays si la Seur se laissoit volontairement surmonter a la tentation et s'obstinoit a vouloir tout quitter d'une obsti­nation qu'on vist probablement estre irremediable, alhors. il la faudroit rejetter comme incorrigible et scandaleuse.

Revu sur une copie de l'époque conservée à Guingamp, chez les Filles de la Croix.

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[Nous donnons ici les notes des Méditations du Manuscrit G écrites par saint François de Sales et indiquées ci-dessus, note 338].

1. Meditation: De la fin pour laquelle on est creé, conforme a­ l'offrande.

2. De la dependance de nostre vie et de tous nos biens de Dieu,.dont il est raysonnable que nous luy offrions toute nostre vie.

3. De l'offre que N. S. nous fait de l'eternité et du Paradis, dont il est raysonnable que nous luy offrions nostre tems et nostre misere.­

4. De l'offrande des Saintz et des Anges en la compaignie desquelz nous nous offrons.

5. De l'offrande de N. D. : Ecce ancilla (Lc 1,38), a l'imitation de laquelle, etc.

6. De l'offrande de N. S. pour nous, qui nous oblige a nous offrir­ pour luy.

7. Nous prendrons un special parrein qui nous presente, consi­derant comm'il s'est presenté, et celuy la, avec la Vierge et nostre. bon Ange, sera nostre special protecteur de nostre offrande, qui fera la solemnité invisible.

PRAEFACE

POUR L'INSTRUCTION DES AMES DEVOTES

SUR LA DIGNITÉ, ANTIQUITÉ, UTILITÉ ET VARIETÉ DES CONGREGATIONS

OU COLLEGES DES FEMMES ET FILLES DEDIEES A DIEU

Septembre-décembre 1614 [351]

(INÉDIT)

" Dieu crea l' homme a son image et semblance ; il le crea a l'image de Dieu, il les crea masle et femelle "(Gn 1,27). La femme donq, non moins que l'homme, a la faveur d'avoir esté faite a l'image de Dieu ; honneur pareil en l'un et en l'autre des sexes ; leurs vertus sont egales ; a l'un et a l'autre est proposee une recompense pareille, et s'ilz pechent, une damnation semblable. Je ne voudrois pas que la femme die : Je suis infirme et d'imbecille con­dition. Cette infirmité est de la chair, mais la vertu ferme et puissante a establi son siege en l'ame. Or, puisque cette divine image est honnoree en l'un et en l'autre sexe, que pareille aussi soit en tous deux la vertu qui face paroistre sa force par bonnes œuvres (Paroles de S. Basile homil. 10 - Les homélies de saint Basile sur la Genèse, ou Hexaméron, sont au nombre de neuf ; mais quelques anciennes éditions ajoutent, sous le nom d'Homélie X in Genes. un discours apocryphe dont nous donnons le titre en marge.)

Ce sont les paroles du grand saint Basile, qui ne nie pas que la femme ne doive reconnoistre en l'homme l'advantage de la superiorité et praeeminence, trait de la ressemblance divine que l'homme a de plus que la femme (1 Co 11,7), laquelle étant extraite de l'homme, est aussi faite pour luy (1 Co 11, 8) ; mais il veut bien pourtant qu'en tout le reste la femme est egale a l'homme, et sur tout en la praetention de la grace et de la gloire, qui est le fruit de l'honneur que la nature humaine possede d'avoir esté faite a l'image et semblance de son Createur. Ainsy, la premiere femme treuva egalement, comme le premier homme, lieu de pœni­tence apres le peché, et furent sauvees autant de femmes que d'hommes dans l'arche

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La presumption et importune arrogance de plusieurs enfans de ce siecle, qui font profession de blasmer tout ce qui n'est pas selon leur esprit, blasphemans, comme dit un Apostre (Jude 10), tout ce qu'ilz ignorent, me donne occasion, ains me force de faire cette Prœface, mes tres cheres Seurs, pour armer et mettre en defence vostre sainte vocation contre la pointe de leurs langues empestees ; affin que [352] les bonnes et pieuses ames, qui sans doute affectionneront vostre tant aymable et honnorable Institut, treu­vant icy dequoy repouser ces traitz et fleches de la temerité de ces bigearres et insolens censeurs.

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Fin de l'Autographe d'Annecy.

de Noë (Gn 8,7), et le Royaume des cieux est preparé pour l'un et l'autre sexe ; ains il semble que la puissance divine, pour manifester sa perfection en l'infirmité (2 Co 12,9), a pris playsir de faire reluire excellemment le sexe feminin en devotion et sainteté, affin de confondre le fort par le foible (1 Co 1,27). "Celles ci, " dit saint Gregoire Nazian­zene (Ad Hellen.) parlant des femmes devotes, " sont douees d'un grand et genereux esprit, comme ayant rejetté de leur poitrine, par un vaillant et vrayement masle courage, les qualités de cette ancienne et trompeuse Eve ; elles ont obtenu l'oubli de toutes leurs praecedentes infirmités par l'attouchement du bord de la robbe du Sauveur (Mt 9,20 ; Lc 8,43) ; elles se sont affranchies du goust ancien de la pomme mortelle par celuy qu'elles ont pris a savourer Jesus Christ ; leur foiblesse ne leur demeure plus que pour la splendeur de la vertu divine, et leur infirmité que pour servir de throsne a l'humilité (2 Co 12,9). "

Sur cette consideration, les tressaintz Pasteurs de l'Eglise ancienne ont eu un soin tres particulier de l'avancement de ce sexe en la profession et perfection de la vie chres­tienne, a l'exemple du Maistre et Seigneur, qui, par des graces extraordinaires, le favorisa en l'election de l'incom­parable Vierge qu'il voulut estre sa Mere ; en la personne de Magdeleine et Marthe (Jn 11,5), de la Samaritaine (Jn 4,5) et Chana­nee (Mt 15,22), et en cette trouppe qui le suivoit et le servoit es tres adorables necessités de sa vie mortelle (Mc 15,40 ; Lc 8,2).

Pour cela on vit, tout au fin commencement de l'Eglise, les Apostres grandement affectionnés a bien instruire ce sexe en la pieté, comm'il appert par leurs Epistres, es­quelles ilz traittent les femmes devotes non seulement cor­dialement, mais aussi honnorablement (Rm 16,6 ; 1 Co 16,19 ; Phm 2 ) ; le grand saint Jean ne se desdaignant point d'escrire a l'une d'icelles, que par honneur il appelle Madame (2 Jn Electae Dominae). Etpar apres, les Evesques des premiers siecles du Christianisme, gens de vie et de succession apostolique, n'oublierent rien de ce qui estoit requis pour saintement continuer ce bon office ; mays sur tout envers les femmes et filles qui, par une spe­ciale inspiration, estoyent appellees a l'estat de la sacree continence, qui pour lhors estoyent de deux sortes, com­me le docte Cardinal Baronius tesmoigne (Ann.Eccl. anno 328, 20 et 21), et qu'il est evident a tous ceux qui ont quelque part es escritz de l'antiquité.

" Il y a plusieurs femmes, " dit saint Gregoire Nazian­zene, " en toutes les regions que la salutaire doctrine de Jesus Christ a parcourues, desquelles une partie vit en societé, nourrissant un mesme desir de la vie caeleste et suivant un mesme institut de vie ; mais les autres assis­tent soigneusement a leurs peres et meres infirmes, et a leurs freres qui sont tesmoins de leur chasteté. " Or, quant aux femmes et filles consacrees a Dieu par le vœu de con­tinence, demeurantes en leurs maysons particulieres, la quantité et la sainteté en a tous-jours esté grande ; telles furent les anciennes devotes de saint Hierosme et de saint Augustin : Blesile, Aselle, Laeta, Demetrie, Marcelle, Prin­cipie et mille milliers d'autres, entre lesquelles estoit celle du lieu Caspalian [353], qui, en vertu des reliques de saint Estienne, resuscita de mort a vie, au recit de saint Augus­tin (De Civit. 22,8) ; et la pluspart de celles que le grand saint Ambroyse dit (De Virgin. 1,10) estre venues a luy pour recevoir le voyle sacré, non seulement des quartiers de Bologne et de Playsance, mays aussi de Mauritanie. Telles encor furent, du despuis, les deux saintes Catherine de Sienne et de Gennes, la bienheureuse Angele de Foligni, sainte Elizabeth de Hon­grie et, selon quelques uns, sainte Claire de Montfalcon (Chron. de S Fr 9,2 [354]), comme aussi cette multitude innombrable enroolee es confrairies ou compaignies de divers tiltres, qu'en Italie on appelle Tertiaires, Pizzocare [355] ou Casalingues, et en Espaigne las Beatas, pour la direction desquelles lë doc­teur Diegue Perez, regent es saintes Lettres a Barcellone, a fait un juste volume d'excellens advertissemens qui ont despuis esté traduitz en Italien avec beaucoup de louanges. [356]

Mais de la seconde sorte, a sçavoir des femmes et des filles consacrees a Dieu qui vivoyent en Congregation, laissant a part ce que plusieurs sçavans hommes ont ob­servé de celles qui jadis furent assemblees aupres du Tem­ple de Hierusalem (Baronius in Appratum 1 ; Canis. De Virg.Maria 1,12), et ce qu'aucuns rapportent que la tressainte Vierge nostre Dame erigea une Congregation de filles et femmes dediees a son Filz en la ville d'Ephese (Alonsum de Villegas, De victoria Christi) et que sainte Marthe en institua un' autre aupres de Mar­seille (id, lect festi 29 jul.), certes, nul ne peut bonnement ignorer que le grand saint Basile n'ayt dressé plusieurs Congregations de filles leur prescrivant une methode de vivre saintement, puisque saint Gregoire Nazianzene, son cher ami, le tesmoigne (de laudibus Basil. 43). Et quant a saint Augustin, Possidonius dit ainsy (Vita S. Aug. 8,3) : " Entre les rares tesmoignages de son soin pastoral que l'on voyoit apres son trespas en son diocese, l'un des plus grans fut qu'il laissa un clergé tres suffisant et des monasteres, tant d'hommes que de femmes devotes, avec leurs Superieurs et Superieures."

Saint Ambroyse, au commencement du Livre troysiesme des Vierges (ch 1), semble vouloir dire que sa seur sainte Mar­celline, ayant esté consacree a Dieu le jour de Noël et en l'eglise de Saint Pierre de Romme par le Pape Liberius entra quant et quant en quelque Congregation, quand il dit qu'il y avoit quantité de servantes de Dieu qui dispu­toyent de sa societé ; c'est a dire, comme je pense, qui desiroyent de l'avoir a l'envi en leurs Congregations, car saint Augustin tesmoigne (De moribus Eccles.1,2,31 et 33) quil avoit veu a Milan et a Romme plusieurs assemblees de vefves et filles qui vi­voyent ensemble et avoyent chacune une Superieure. Et en Afrique, la seur de saint Augustin fut jusques a sa mort Superieure des servantes de Dieu, ainsy que Possi­donius recite (Vita Aug. 26) ; comme sainte Paule le fut en Bethleem. au rapport de saint Hierosme (Epitaph.Paulae 108,19), lequel escrivant a Deme­trie, vierge romaine, dit ainsy : "Les femmes et filles de­diees a Dieu qui vivent dans le monastere et desquelles aussi il y a grand nombre, ne doivent jamais sortir seules, sans mere (Epist. 130,19). " Et en l'epistre a Principie, il tesmoigne qu'il y avoit de son tems, a Rome, force monasteres de vierges (Epist 127,8). Et des-ja auparavant, lhors que sainte Helene fut en Hie­rusalem, ( elle y treuva des vierges consacrees a Dieu, les­quelles elle invita a disner et-les traitta si devotement que, s'estant retroussee, elle mesme, comme servante, couvrit la table de ses propres mains, leur donnant a laver et ver­sant a boire, en sorte qu'elle, qui estoit Reyne du monde et mere de l'Empire, se rendit servante des servantes de Nostre Seigneur (Paroles de Rufin Hist Eccles. 1,8) "

Saint Ignace, disciple des Apostres, escrivant aux Philip­piens : " Je salue," dit il, " l'assemblee des vierges et la congregation des vefves ; " et ailleurs il recommande a ceux de Tharses d'honnorer les vierges " comme consa­crees a Dieu, " et les vefves comme l'autel ou " sacraire de Dieu ; " et finalement, en l'epistre aux Antiochiens : " Que les vierges, " dit il, " reconnoissent a qui elles sont consacrees ; " et en l'epistre a Heron : " Conserve, " dit il, " les vierges comme joyaux de Jësus Christ (cf Preface des Regles. note 6 ) De sorte que les Colleges ou Congregations des femmes et filles devotes estoyent des-ja introduites et loüees en l'Eglise du tems des Apostres ; qui rend d'autant plus probable ce qui a esté dit de celles que la glorieuse Vierge et sainte Marthe instituerent.

Or, du despuis ces Congregations de filles et femmes se sont rendues differentes et de deux sortes : car les unes ont esté reduites en terme de Religion formelle au moyen de la Profession que l'on y fait par les vœux solemnelz, et telles sont celles des Carmelines, Jacobines, Chartreuses, de sainte Claire, de Cisteaux, de Fontevrault ; des autres sont demeurees en tiltre de simple Congregation, a la façon des anciennes. Toutes neanmoins sont en estat de perfec­tion, comme encor les femmes et filles qui, par vœu ou oblation manifeste, se sont dediees a Dieu, bien qu'elles ne se soyent point rangees sous aucune Congregation ; puisque pour estre en estat de perfection il suffit que par une solemnité publique on se soit dedié et obligé de ser­vir Dieu en quelque façon convenable pour acquerir la perfection.

Mays il faut en cet endroit considerer qu'il y a divers degrés en l'estat de perfection, comme tous les Docteurs l'advoüent (Verbi gratia : Denys.Aerop. De Eccl.Hier. 5 ; STh.2a 2ae, 184,4). Les Evesques tiennent le premier rang, com­me dediés, par une consecration sacramentelle, a la charge pastorale qui consiste en la prattique d'une perfection ac­quise et consommee. Les Religieux des vœux solemnelz et parfaitz tiennent le second rang, comme obligés a suivre les principaux moyens et conseilz propres a s'acquerir la perfection, et ce par une obligation si estroitte, que non seulement en conscience, mais encor selon la police ecclesiastique, ilz ne peuvent en estre delivrés que par l'extra­ordinaire et souveraine puissance de l'Eglise. Le troysiesme rang est de ceux qui par les vœux parfaitz, mais simples, sont rendus vrays Religieux: comme sont les estudians de la tres honnorable Compaignie de Jesus, [lesquelz, encor qu'en conscience ilz ne se puissent desfaire eux mesmes des sacrés liens de leurs vœux simples, si est-ce neanmoins qu'ilz en peuvent estre absous non seulement par le Saint Siege Apostolique, mais aussi par les Superieurs de l'Or­dre;] [et si par leur malheur ilz quittent sans congé leur sainte vocation pour revenir au monde et se marier, leur mariage est valide, quoy que devant Dieu ilz offencent tres griefvement et meritent le nom d'apostatz, jusques a ce qu'ilz soyent legitimement absous de leurs vœux.] (Ceci doit estre osté, parce qu'encor quil fut vray au commencement, neanmoins Gregoire 13 a annullé par une Bulle les mariages de ceux qui sortent sans licence).[357]

Le quatriesme rang est de certains Ordres que le Saint Siege a receu et appreuvé en tiltre de Religion, encor qu'ilz ne facent pas tous les vœux essentielz, et que, de plus, ilz ne facent que des vœux imparfaitz en comparayson des autres Religieux; d'autant qu'ilz ne voüent ni la chasteté absolüe, ni la pauvreté entiere, ni l'obeissance que pour certaines actions. Telz sont les Chevaliers surnommés de Christ, en Portugal [358], et plusieurs autres qui sont tant en France qu'en Italie : tous lesquelz, quoy que plusieurs excellens docteurs nient pouvoir estre nommés Religieux, doivent neanmoins estre ditz et tenus pour telz, comme a sagement observé le docteur Navarrus (Liv 3 Consil. Cons 11) [359], puisque le 'Saint Siege les accepte pour telz et les honnore de ce nom.

Le cinquiesme rang appartient a toutes les autres Con­gregations, tant d'hommes que de femmes, es quelles on s'oblige, soit par vœu simple, soit par oblation, soit par simple protestation et declaration publique, a la prattique des conseilz evangeliques ; lesquelles, bien qu'elles soyent de beaucoup plus grande perfection que celles des Cheva­liers mentionnés, quant a la prattique, ne sont pas nean­moins si avant dans l'estat de la perfection selon la police exterieure de l'Eglise, ni ne portent pas le titre de Religion entre ceux qui manient les affaires ecclesiastiques, puisque le Saint Siege ne leur donne pas ce nom, ains les laisse sous le simple nom de Congregations pieuses et de­votes, comme tesmoigne le docteur Navarre en deux con­seilz donnés pour les Dames oblates de la Tour des Mi­rouërs de Rome (Liv 3 cons 6 et 7 de Statu Monach.) (notes 9,224). Et bien que anciennement, du tems de saint Augustin et de saint Hierosme, et en tous ces premiers siecles despuis les Apostres on appellast indis­tinctement Moynesses, Religieuses et Sanctimoniales toutes les femmes et filles qui se dedioyent a Dieu, ou en Congre­gation ou hors de Congregation, si est ce que maintenant on ne parle pas comme cela selon le stile present de la Cour Romaine (qui en cecy doit estre suivi), ne plus ne moins ­qu'on n'appelle plus les Evesques Papes, tressaintz Peres,. tres heureux Peres, Vostre Sainteté, Vostre Beatitude; qui sont neanmoins les tiltres ordinaires desquelz l'anti­quité les honnoroit ; l'usage, qui a toute authorité sur les paroles, ayant reservé ces eloges et appellations d'hon­neur au seul Evesque Romain qui tient la primauté de saint Pierre. Mais quant au vulgaire, il donne le nom de Religieux et de Religieuse a tous ceux qui, par changement d'habit, font quelque speciale profession de servir Dieu ;­ et mesme, en quelques quartiers d'Italie, on appelle Reli­gieux tous les clercz. En quoy il ny a rien de reprehensible, puisque le simple peuple n'est pas obligé de sçavoir les. distinctions dont on use parmi ceux qui manient les. affaires.

Le sixiesme rang est de ceux qui, hors de Congregation, font profession speciale de vivre devotement par quelque vœu, oblation ou protestation manifeste.

De tout ce que nous avons dit jusques a present pro­vient la difference que l'on observe entre l'erection et l'ins­titution des Congregations qui portent tiïtre de Religion, et les Congregations qui sont marquees du seul nom de simple Congregation ; car nulle Religion ne peut estre instituee sans l'expresse approbation du Siege Apostolique, ayant esté ainsy determiné au Concile de Latran (Concil. 4, can 13). Certes, presque toutes les Religions, despuis plusieurs centaines. D'annees, praetendent tous-jours de se pouvoir estendre en toute l'Eglise, sous l'obeissance d'un General qui gouverne par tout leurs Congregations, sans dependance de la juris­diction ordinaire des Evesques : ce qui ne se peut faire que par la puissance generale du Saint Siege Apostolique, estant raysonnable qu'un Ordre qui se respand sur tout le cors de l'Eglise en ayt le congé du directeur universel d'icelle ; car une Congregation dilatee parmi le Christianisme sous un chef extraordinaire, ne devroit elle pas estre appellee faction, monopole ou sedition, plustost que Religion, sinon qu'elle fut appreuvee de l'Eglise ?

Or, il ne suffiroit pas pour cela qu'elle fut appreuvee par aucun Evesque particulier, car l'authorité des Evesques particuliers ne s'estend pas sur toute l'Eglise. C'est pour­quoy, cette approbation appartient ou au seul Evesque qui, a rayson de sa primauté, tient la surintendence gene­rale en l'Eglise universelle, ou a la generale congregation des Evesques, que nous appelions Concile, qui n'est qu'une mesme chose quant a ce point ; puisque l'authorité du Pape est tous-jours es Conciles generaux et celle des Con­ciles au Pape, l'Eglise estant en son Evesque, comme dit saint Cyprien (Ep. 69 ad Florent.), et l'Evesque en son Eglise.

Mays quant aux simples Congregations, elles ne sont point exemptes de l'authorité ordinaire, ains demeurent avec le reste du peuple en l'obeissance spirituelle des­ Evesques des lieux ou elles sont establies. Elles n'ont point de jurisdiction ni aucune puissance qui s'estende hors d'une seule mayson ; de sorte que, comme elles n'ont point­ de dependance hors des diocreses esquelles elles sont, aussi l'Eglise les a tous-jours tenues pour suffisamment autho­rizees et canoniquement instituees quand elles ont esté erigees et appreuvees par l'authorité des Evesques des lieux ou elles se treuvent instituees ne plus ne moins que les societés et autres confrairies pieuses ; les Ordinaires demeurans, quant a cela, en leur ancienne authorité, puis­qu'elle ne leur a esté limitee que pour le regard des Congre­gations lesquelles, selon le stile de ce tems, portent le tiltre de Religion, et qu'il ne faut pas estimer que le Saint Siege ayt jamais voulu lier les mains aux inferieurs Pre­latz, en ce qui ne regarde que leurs troupeaux particuliers et qui est convenable a l'avancement des ames en la per­fection chrestienne.

Mais, pour ne point trop s'amuser a preuver une chose qui est si evidente, la coustume, qui donne la loy aux loix, ou qui du moins leur sert d'authentique interprete, nous oste de toute difficulté en cet endroit ; car, comme du tems de saint Gregoire Nazianzene, de saint Hierosme et de saint Basile les Evesques avoyent erigé force Congrega­tions presque en tous les endroitz du Christianisme, aussi du despuis, et jusques au tems ou nous sommes, les Eves­ques en ont dressé en plusieurs lieux, et mesme en Italie, ou il semble que la prattique de la discipline ecclesiastique doive estre plus exactement observee.

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13 [360] Certes, une Congregation dilatee en divers endroitz du Chris­tianisme, ayant un chef extraordinaire et a part, sans estre ­appreuvee de l'Eglise, devrait plustost estre appellee une faction, monopole et sedition qu'un (sic) Religion, jusques a ce qu'elle fut appreuvee de l'Eglise

Or, une Congregation de cette sorte ne pourroit estre appreu­vee par aucun Evesque particulier ; car [361] l'authorité des Evesques particuliers ne s'estend pas sur toute l'Eglise. C'est pour­quoy cela appartient au seul Evesque qui, a rayson de sa primauté, a la surintendence generale sur l'Eglise universelle, ou a la generale congregation des Evesques, que nous appelIons Concile, qui n'est qu'une mesme chose ; puisque l'authorité du Pape est tous­jours es Conciles generaux, et celle des Conciles en celle du Pape, l'Eglise estant en son Evesque, comme dit St Cyprien, et l'Evesque en son Eglise.

Mays quant aux simples Congregations, elles ne sont point exemptes de la jurisdiction ordinaire ; elles n'ont point de chef extraordinaire a part, ains demeurent, comme le reste des fideles, une chascune en l'obeissance spirituelle et sous l'authorité ecclesiastique des Evesques des lieux ou elles sont establies.


Et pour particulariser davantage, comme le grand saint Ambroyse forma de son tems plusieurs Congregations en son diocese de Milan, tant d'hommes que de femmes, aussi le grand saint Charles, son

successeur, en a erigé de nostre tems plusieurs autres en ce mesme lieu. Et d'effect, le docteur Giussan,

gentilhomme milanois [362], parlant du zele que ce saint Archevesque avoit pour la sacree vertu de chasteté, recite qu'il induisit plusieurs hommes a la garder, et adjouste en son italien ce qui s'ensuit (Vie de St Charles 8,22), rapporté de mot a mot en nostre françois : " Mais le nombre des femmes fut beaucoup plus grand, se remplissant de vierges non seulement les cloistres sacrés, mais divers nouveaux colleges fondés a cette intention en la cité et diocaese, outre la Compaignie de Sainte Ursule, qui estoit estendue pres­que en toutes partz de cette Eglise, si pleine de bonnes vierges que plusieurs monasteres en eussent esté remplis, et semblablement la Compaignie de Sainte Anne (note 10), tant nombreuse en femmes vefves qui servoyent Dieu avec beaucoup de pureté de vie, sous l'observance de leurs propres Regles. " Aussi les Reverendissimes Evesques de cette province là ont par apres erigé une multitude de Congregations de filles et femmes vivantes ensemble, sous les noms de la glorieuse Vierge, de sainte Ursule et autres, comme il appert par les livretz des Regles qu'ilz ont donné, imprimés en divers endroitz d'Italie [363]. Et de deça, les eompaignies de sainte Ursule ont esté en plusieurs endroitz reduites en Colleges et Congregations, le Saint Siege tenant pour canoniquement fait, quant a cela, ce que chasque Evesque ordonne en son diocaese pour la plus grande gloire de Dieu.

Or, entre ces simples Congregations, il y en a esquelles on ne s'oblige ni par vœu, ni par serment, ni par oblation, ains seulement par une simple volontaire entree par laquelle on se range en icelles, ainsy que l'on fait en la Congregation de l'Oratoire de Romme, en laquelle non seulement on ne fait point de vœu, ni de serment, ni d'oblation manifeste, mays il est mesme expressement ordonné (Liv Institutorum 4)

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14 Elles n'ont point d'authorité qui se respande hors d'un diocaese, ni mesme, le plus souvent, hors d'une mayson ; de sorte que, comme elles n'ont point de dependance hors des diocaeses esquelz elles sont, aussi l'Eglise les a tous-jours tenu (sic) pour suffisamment authorizees et canoniquement instituees quand elles ont esté erigees par l'authorité des Evesques des lieux ou elles sont : ne plus ne moins que les confrairies et autres societés pieuses, que le Pape a accoustumé de gratifier et favoriser par la conces­sions (sic) d'Indulgences et autres advantages spirituelz, pourveu qu'elles auront esté canoniquement erigees par les Ordi­naires, lesquelz, quant a cela, demeurent en leur ancienne autho­rité qui ne leur a esté limitee que pour le regard des Congregations lesquelles, selon le stile present du St Siege, portent le tiltre de Reli­gions ; puisque la limitation et restriction de la puissance ordinaire­ ne doit operer que selon la rigoureuse signification des motz esquelz elle est conceüe, et que le St Siege ne doit estre estimé vou­loir lier les mains aux Evesques inferieurs en ce qui est utile pour l'avancement de leurs brebis en la perfection chres­tienne, affin qu'un chacun d'eux puisse dire quil est venu en son diocaese afiin que les ames eussent la vie, et qu'ilz (sic) l'eussent plus abondamment (Jn 10,10).

15 Et la coustume, qui semble donner la loy aux loix mesme et laquelle au moins leur sert de tres bon interprete, nous oste de toute sorte de difficulté en cet endroit, et monstre bien que l'Eglise et le St Siege tient pour legitimement et canoniquement insti­tuees et appreuvees les simples Congregations erigees par les Or­dinaires qui, en cela, possedent sans contradiction quelcomque leur ancienne authorité. Car, comme le grand St Ambroyse de son tems forma plusieurs Congregations, tant d'hommes que de femmes au diocaese de Milan, aussi le grand St Charles, son successeur, en a formé de nostre tems plusieurs autres en ce mesme lieu. Et com­me du tems de St Gregoire

que jamais nul de ceux qui y sont n'ayt a pretendre d'introduire aucune telle obligation, puisque l'intention du bienheureux Philip­pe, leur Instituteur, n'avoit jamais esté d'advis que cela fust. Telle semble estre a Milan la Congregation ou College des Dames appelle es Guastales [364] qui ne font qu'une simple promesse au College d'y demeurer en servant Dieu.

Il y en a des autres ou l'on fait des vœux simples : comme l'on void en la pluspart de celles de la province de Milan, esquelles les Seurs font vœu publiq de chasteté et de per­severer en l'obeissance des Regles [365], ainsy qu'il appert par les formulaires de leurs receptions, qui est presque semblable, quant a ce point, a celuy que les Oblatz de Saint Ambroyse [366] observent quand ilz font le vœu (Institutiones 1,3).

En quelques Congregations on ne s'astreint pas par vœu, ains seulement par oblation et publique protestation : comme on fait a Romme en celle de sainte Françoise (Navar. sup. const 6,9), ditte de la Tour des Mirouërs (L5, note 58), et en la Congregation des Oblatz susmentionnés, en laquelle, bien qu'on puisse faire les vœux, comme il est porté au livre de leur Insti­tut, si est ce que pour estre receu en icelle il suffit de faire l'oblation simple.

Or, l'oblation ou offrande n'oblige pas si fort que le vœu, quoy qu'elle oblige grandement ; car le vœu estant une legitime et sainte promesse faite a Dieu, ceux qui le font sont liés en trois façons : premierement, en vertu de la verité qui est tousjours violee quand on rend volontairement fause la parole qu'on a donnee ; secondement, en vertu de la bonne foy et loyauté qui est violee quand on trompe celuy a qui l'ona promis, ou que l'on fait ce que l'on peut pour le tromper ; tiercement, en vertu de l'honneur et du respect que l'on doit a la souveraine majesté de Dieu, a laquelle on fait un mespris extreme de fauser la foy et loyauté que l'on luy doit, rendant la parole qu'on luy a donnee fause et mensongere.

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Nazianzene les Evesques avoyent erigé force telles Congregations presque en tous les endroitz du Christianisme,

aussi du despuis et jusques a ce tems auquel j'escris, les Evesques en ont dressé en plusieurs endroitz, et mesme en Italie, ou il semble que la prattique de la discipline ecclesiastique soit et doive estre le modelle pour le reste [367]………………………………………………………………………………

16 et autres, comm'il appert par les livretz des Regles quilz leur ont donnees, imprimees en divers endroitz d'Italie. Et de deça, en France, les compaignies de sainte Ursule ont esté en plusieurs endroitz reduites en Colleges et Congregations par l'authorité ordinaire, l'Eglise et le St Siege tenant pour canoniquement institué pour ce regard ce que chasque Evesque fait en son diocaese, com­m'elle fait en plusieurs autres occasions.

DES DIVERS LIENS ET DIFFERENTES FAÇONS DE S'OBLIGER A LA PRATTIQUE

DES CONSEILZ EVANGELIQUES QUE L'ON OBSERVE ES CONGREGATIONS

Il y a des Congregations esquelles on n'est obligé ni par vœu, ni par serment, ni par oblation, ains seulement par une simple et volontaire entree, par laquelle en effect on se joint a icelles : comme l'on fait en la Congregation de l'Oratoire de Romme, en laquelle non seulement on ne fait point de vœu, ni de serment, ni d'oblation manifeste, mays il est expressement ordonné que jamais nul de ceux qui y sont ne puisse pretendre d'introduire aucun lien de semblable nature ; telle ayant esté l'intention du grand Bienheureux Philippe Nerie, l'Institu­teur. Et telle semble estre a Milan la Congregation ou College des Dames appellees Guastales, [lesquelles ne font ni [368] ] vœu, ni serment, ni oblation, ains …………………­………………………………..

Mais en l'offrande ou oblation, on ne promet rien expres­sement, ains seulement on declare et asseure l'affection que l'on a de servir Dieu; et partant, quand on manque, on ne peche pas contre la verité ni contre la loyauté, ains seulement contre la fermeté que l'on doit avoir en ses justes affections et contre la reverence que l'on doit a celuy a qui on s'est offert, quand il est personnage de respect. De sorte que, qui contrevient a l'oblation qu'il a fait de soy mesme a Dieu pour le servir en quelque Congregation, il peche contre la fermeté que l'on doit avoir en ses bonnes resolutions et contre le respect ou reverence que l'on doit a l'infinie bonté de Dieu a laquelle il s'estoit offert. Que si l'oblation est faite en publiq, il viole encor la charité par le scandale qui s'en ensuit ; si que le lien de l'oblation est de grande importance et suffit pour mettre la personne en quelque degré de l'estat de perfection.

Or, quant aux Congregations de femmes et filles, l'un des principaux moyens pour leur acheminement a la per­fection a tous-jours esté la clausure ou reclusion, que le tres sacré Concile de Trente (Sess 25,de Reg. 5) reduit a deux pointz : 1. Qu'elles ne sortent jamais, voire mesme pour un peu de tems, si ce n'est pour quelque cause legitime qui soit appreuvee par l'Evesque ; 2.:et que nul, quel qu'il soit, non pas mesme les femmes, ne puissent entrer en leurs monasteres sans la licence de l'Evesque ou du Superieur, obtenue par escrit, laquelle ne doit estre donnee que pour des cas necessaires.

Ce sont donq les deux articles necessaires de la closture des monasteres, qui, comme a sagement remarqué le doc­teur Navarrus, n'obligent que les Congregations qui sont erigees en tiltre de Religion ; entre lesquelles ce decret neanmoins est diversement observé par l'introduction de diversité de clausures, toutes utiles, toutes selon Dieu, toutes tressaintes, d'autant que selon la varieté des lieux, des nations, des vocations on a jugé les causes des sorties et des entrees estre necessaires et legitimes en certains Monasteres et non pas es autres.

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17 [369] es formulaires de leurs receptions, qui est presque semblable a celuy que le glorieux St Charles prescrivit a ceux qui font le vœu en la Congregation des Oblatz de St Ambroyse.

En quelques unes on ne s'astraint pas par vœu, ains seule­ment par oblation et publique protestation : comme on fait a Romme en la Congregation de sainte Françoise, ditte de la Tour des Mirouërs (Nav. Liv 3 const 6, 21 et 22), et en la Congregation des Oblatz de tI Ambroyse a Milan, en laquelle, bien qu'on puisse faire les vœux, comm'il est porté en leur Institut, si est ce que pour estre receu en icelle il suffit de faire l'oblation simple.

Or, l'oblation ou offrande n'oblige pas si fort que le vœu; car au vœu il [y] a trois nœuds qui nous obligent: la verité, foy et loyauté que nous devons avoir en nos paroles, nous obligent d'observer nos legitimes promesses a un chascun, mais sur tout a Dieu tout puissant auquel devans, outre cela, porter un souverain respect, c'est un acte d'irreverence extreme de ne point tenir les promesses et vœux que nous luy faysons. Mays quant a l'oblation et offrande, n'estant qu'une simple declaration de la resolution que nous avons de donner a Dieu…[Le saint Auteur a laissé sa phrase inachevée pour lui substituer une autre leçon.]

Car le vœu estant une legitime et sainte promesse faite a Dieu, il lie ceux qui le font en trois façons : Premierement, par la vertu de la verité, qui est tous-jours violee quand volontairement on rend faulse sa parole ; et

18 partant, qui ne garde pas sa promesse, il viole la vertu de verité rendant sa parole fause. Secondement, par la vertu de la bonne foy et loyauté , qui est violee quand on trompe celuy qui s'attend sur nos promesses. Tiercement, par l'honneur et respect que l'on doit a la souveraine majesté de Dieu ; car c'est faire un mespris extreme a cette supreme Bonté, de mentir devant elle et fauser la foy et loyauté que l'on luy doit. C'est pourquoy l'obligation d'observer les vœux est tres grande.

Mays en l'offrande ou oblation, par ce qu'on ne promet rien ex­pressement, ains seulement on declare et asseure l'affection que l'on a de servir Dieu, quand on manque contre l'oblation on ne peche pas contre la verité ni contre la loyauté, ains seulement con­tre la fermeté en ses justes affections, et contre la reverence que l'on doit a celuy auquel on s'est offert, si c'est une personne digne de respect. Qui offre son service a un prince ne luy promet rien, ains seulement luy propose l'affection et le desir present quil a de le servir. Que si le prince l'accepte, certes, il sera desormais obligé de continuer au service ; autrement il violera la fermeté et cons­tance qu'il doit avoir en ses resolutions, et de plus fera contre le respect et la reverence deu (sic) au prince auquel il a donné, par cette
Ainsy, en quelques couvens de la bienheureuse Colette, jamais ni fille, ni femme seculiere, ni mesme reguliere d'aucun autre Ordre n'y peut avoir acces. En des autres, tres reformés et pieux, les filles seculieres sont receues pour estre instruites, ainsy que l'on peut voir en toute l'Italie et qu'il est tesmoigné es Conciles provinciaux celebrés sous saint Charles a Milan (Acta Eccles.Mediol. 1599 tom I p.51 ; Const.Mediol. 6 De Puellis secularibus). Du tems de sainte Claire, les Seurs converses entroyent et sortoyent librement pour le service des Monasteres : tesmoin celle laquelle, lhors que la Sainte luy lavoit les piedz, la blessa au visage (Chron. Minorum 8,7 p.291), et l'ad­vertissement qu'elle leur donne en la Regle de ne rapporter pas des nouvelles de dehors ; comme aussi le glorieux saint Charles, avec les Evesques de sa province, permettent les entrees et sorties des dites converses selon les occurrences (De Conversis L.6). Et en l'Ordre si saint des Carmelines on fait quelquefois sortir les Religieuses pour les transferer d'un monastere en un autre ; et tout cela se fait tres religieusement.

Certes, la clausure absolue, perpetuelle, rigoureuse et si estroitte, que plusieurs estiment estre la seule vraye clau­sure, ne fut jamais guere en usage parmy les anciens, des­quelz la bienheureuse simplicité ne requeroit pas une si exacte rigueur ; ains ilz se contentoyent d'une clausure moderee, qui avoit pour bornes la bienseance de la voca­ tion religieuse (Navar.Consil de Statu Monach. 3 const 5, 4et 5) : en sorte que les hommes n'entrassent jamais es lieux des Religieuses sans cause tres urgente, et avec une circonspection qui ostast le juste sujet de tout sinistre soupçon, et que d'ailleurs les Religieuses ne sortissent non plus jamais que pour des bonnes et saintes occasions, avec: tant de bienseance que nul ne peust avec rayson les blas­mer. Mais quant au reste, les femmes et filles seculieres avoyent acces aux mcmasteres, y estant mesme receues par hospitalité ; et les Religieuses sortoyent sans diffi­culté, pour plusieurs causes ordinaires qui, pour lhors, es­toyent estimees convenables. Et par ainsy, cette absolue et rigoureuse clausure n'estoit pas jugee necessaire, la­quelle neanmoins a despuis esté tres utilement introduite en plusieurs couvens.

Saint Hierosme (Epitaph.Paulae Ep 108,19) parlant des Religieuses qui estoyent es trois monasteres de

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declaration, sujet de se tenir asseuré de ce qui luy a esté offert. De sorte que, par l'oblation que l'on fait de soy mesme pour vivre en quelque Institut et Congregation, on ne fait pas a pro­prement parler une promesse, mais on donne neanmoins asseurance que l'on y vivra ; et partant, de contrevenir a son oblation, c'est violer la fermeté que l'on doit avoir en ses bonnes resolutions et le respect que l'on doit a celuy auquel on s'est offert. Et si l'oblation est faite en publiq, c'est encor violer la charité, par le scandale que l'on donne. De sorte que le lien de l'oblation est de grand'im­portance, quoy quil ne soit pas si fort comme celuy du vœu.

19 DE LA D!VERSITÉ DES CLAUSURES ES CONGREGATIONS DES FEMMES

Il a une clausure ou reclusion des femmes que l'on appelle perpetuelle, rigoureuse et absolue, qui comprend deux parties.

L'une est que jamais les femmes recluses ne puissent sortir sinon pour quelque necessité extreme et force inevitable, comme est le feu embrazant le monastere, ou le monastere estant affligé de peste, ou quand, les ennemis de la foy entrans en quelque lieu, il y a juste crainte de violence, forcement ou massacre.

L'autre partie de cette si estroitte clausure est que non seule­ment nul homme, mais non pas mesme aucune femme, pour quelqu'occasion que ce soit, ne puisse entrer dans le monastere, si ce n'est pour quelque necessité violente qui ne puisse estre evitee : comme pour reparer les edifices, medicamenter les malades, les confesser, communier, oindre de l'Extreme Unction et ensevelir. Et telle est la c1ausure de plusieurs Religieuses en divers endroitz du Christianisme, a laquelle quelques unes ont adjousté de ne lever jamais leurs voyles et de n'estre jamais veues, non pas mesme au travers des treilles.

Or, cette clausure si estroitte estoit peu en usage parmi les an­ciens, desquelz la bienheureuse simplicité ne requeroit pas une si grande rigueur. C'est pourquoy ilz se contentoyent des par­ties essentielles de la c1ausure : c'est a dire, que les hommes n'en­ trassent jamais es monasteres des femmes sans cause tres urgente, et en sorte que leur entree ne peut causer aucun soupçon; et que les Religieuses ne sortissent non plus jamais que pour des bonnes et saintes occasions, et avec tant de bienseance que nul ne peut avec rayson les blasmer. Et quant au reste, les

sainte Paule, en Bethleem : " Elles sor­toyent, " dit il, " seulement le jour du Dimanche pour aller a l'eglise qui estoit a costé de leur sejour ; chasque trouppe suivoit sa mere particuliere, et de la s'en retournant pa­reillement, elles s'appliquoyent aux exercices qui leurestoyent assignés. "

St Augustin, en l'epistre cent et neufviesme, [370] parlant a des Reli­gieuses de son diocaese : " Quand vous sortes, "dit-il, " marches ensemble ; quand vous seres arrivees ou vous allés, demeures aussi ensemble. En vostre demarche, en vostre maintien, en vos habitz, en toutes vos contenances, que rien ne se face qui puisse attirer la convoitise d'aucun, ains que tout soit conforme a vostre sainteté. Quand vous alles dehors, on ne vous defend pas de voir les hommes ; mais de les desirer ou vouloir estre desirees d'eux, c'est un grand crime. "

Les Religieuses de Tabenne, au tems de Constantin le Grand, qui furent si heureuses de vivre sous la conduite du grand St Pacome et sous la Regle quil avait receue d'un Ange (Vita, apud Surium), ne firent nulle difficulté de recevoir en hospitalité la mere du jeune Religieux Theodore. Sainte Scho­lastique, seur de saint Benoist, ayant institué une Congre­gation de Religieuses, alloit toutes les annees visiter son frere ; et la derniere fois qu'elle y fut, advint le miracle de la pluye et tempeste que Dieu fit venir expres pour arres­ter le glorieux patriarche saint Benoist qui ne vouloit pas demeurer davantage avec sa chere et sainte seur, ainsy que saint Gregoire (ejus Vita. Dialog. 2,33) et les autres autheurs ecclesiastiques racontent (Beda Homil in festo S.Scholast ; S.Bertarius Carmen de S. Bened. 126, 976). Saint Bernard escrit un traitté De la façon de bien vivre a sa seur Religieuse, ou il tesmoigne claire­ment, par les advertissemens qu'il luy fait, qu'elle ne vivoit pas en l'extremité de la rigoureuse clausure (Lib apocriph. De modo bene vivendi). Au cinquiesme Concile d'Orleans, celebré il y a plus de mille ans sous le Pape Virgile [371], il est ordonné (can 19) que les filles qui entrent es Religions esquelles elles ne demeurent pas perpetuellement recluses, demeurent troys ans a faire leur probation en leur habit seculier.

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femmes et filles seculieres avoyent acces aux monasteres, et on leur y fay­soit mesme l'hospitalité ; les Religieuses 20 sortoyent sans difficulté. pour les occasions qui alhors estoyent jugees convenables. Et par ainsy, cett'absolue et si rigoureuse clausure qui a, despuis peu , esté tres utilement introduite en plusieurs monasteres, n'estoit pas estimee essentiellement necessaire es Congregations an­ciennes, comme mesme elle n'est pas observee maintenant en plusieurs saintes Religions et Congregations ou la discipline religieuse ne laisse pas de fleurir grandement.

St Hierosme, parlant des Religieuses qui estoyent es trois mo­nasteres de Ste Paule, en Bethleem : "Elles sortoyent, " dit il,. " seulement le jour du Dimanche pour aller a l'eglise ; chasque trouppe suivait sa mere particuliere, et de la s'en retournant pa­reillement, elles s'appliquoyent aux exercices qui leur estoyent assignees (sic). "

St Augustin, en l'epistre cent et neufviesme, parlant a des Reli­gieuses de son diocaese : " Quand vous alles dehors, on ne vous defend pas de voir les hommes ; mais de les desirer ou vouloir estredesirees d'eux, c'est un grand crime. Quand vous sortes," dit il, " marches ensemble ; quand vous seres arrivees ou vous allés, demeures aussi ensemble. En vostre demarche, en vostre maintien, en vos habitz, en toutes vos contenances, que rien ne se face qui puisse attirer la convoitise d'aucun, ains que tout soit conforme a vostre sainteté. Quand vous alles dehors, " etc.

Les Religieuses de Tabenne, au tems de Constantin le Grand, qui furent si heureuses de vivre sous la conduite du grand St Pacome et sous la Regle quil avait receue d'un Ange, ne firent nulle difficulté de recevoir en hospitalité la mere du jeune Religieux Theodore. [372]…………………………………………………………

25 [373] par la consideration des causes, qui doivent estre saintes, graves, appreuvees par l'Evesque, de sorte qu'elles ne sortent jamais pour aller passer le tems, ni pour aller simplement visiter les parens et amis, ni pour aller


Que si la clausure moderee et terminee par la sainte bienseance de la vocation religieuse a esté suffisante et suffit encor pour maintenir en discipline reguliere plu­sieurs Congregations, et que le Concile de Trente (supra) es­tant sainement entendu n'oblige pas à la plus rigoureuse, certes, a plus forte rayson les pieuses et devotes Congrega­tions, qui ne sont point erigees en tiltre de Religion, seront tres suffisamment acheminees a la perfection de la vie chrestienne si elles observent fidelement une moyenne .clausure, une chacune selon sa vocation. Car il faut consi­derer qu'a mesure que les Religions et Congregations des femmes sont dediees aux exercices de la vie contemplative, elles ont aussi besoin d'une plus estroitte clausure ; de maniere qu'estant receües par l'Eglise a cette intention, et ayant d'ailleurs solemnisé le vœu de leur sousmission et obeissance pour tout ce qui est requis a l'exacte prattique de leur vocation speciale, c'est avec juste rayson qu'on leur impose une clausure exacte, quoy que non pas egalement rigoureuse a toutes selon ce qui a esté dit ci dessus.

Mays les simples Congregations n'estant pas instituees pour les seulz exercices de l'orayson, ains encor pour plu.sieurs autres, et estant introduites en l'Eglise pour des louables et sacrees retraites esquelles on ne solemnise point les vœux, ains on les y fait simplement pour ce seul genre de vie, que le docte et pieux Navarrus appelle saint (Liv 3 Consil. cons.,7,1), certes il leur suffit de garder la clausure necessaire pour la. bienseance de leur vocation ; laquelle au reste les oblige estroittement de ne permettre non plus d'acces aux hom­mes en leurs maysons qu'on en permet es plus estroittes. Religions, d'autant que cet article est essentiel a la conser­vation de la pudeur et chasteté des femmes consacrees a. Dieu, et a tous-jours esté observé en toute Congregation de femmes ; lesquelles, par la condition de leur propre estat, doivent estre separees d'habitation d'avec les hom­mes, sans leur permettre aucune entree que par une tres. urgente necessité. Voire, mesme es maysons seculieres des anciens Hebreux et orientaux et de plusieurs seigneurs de: divers endroitz de l'Europe, les femmes et filles ont eu leurs. quartiers retirés et a part de celuy des hommes.

Mais pour le demeurant, elles peuvent donner entree aux filles et femmes seculieres pour plusieurs saintes et bonnes occasions, appreuvees neanmoins, ou en general, ou en particulier, par leurs Superieurs ; comme aussi elles peuvent sortir pour plus d'occasions que celles qui ser­vent a Dieu en tiltre de Religion, pourveu tous-jours que ce soyent occasions pieuses, graves et jugees convenables par les mesmes Superieurs.

Et a la verité, tout ainsy qu'il faut exalter la clausure rigoureuse comme clausure plus parfaite, aussi est ce une tentation extreme de n'en vouloir aucune autre en l'Egli­se ; car si bien il semble que par cette rigueur on favorise fortla retraitte des servantes de Dieu, toutesfois en effect on la diminue extremement, en leur ostant la commodité des retraittes moderees et faciles que l'antiquité et l'expe­rience a tesmoigné estre fortutiles au salut et perfection de plusieurs ames.

Il ya beaucoup de gens qui, feignans de ne se pouvoir pas bien retirer du monde s'ilz sont quelque chose moins que Chartreux ou anachoretes, demeurent sous ce pretexte et se perdent emmi le monde. Dieu a disposé plusieurs estages en sa mayson, et la hauteur et dignité des uns n'empesche pas l'utilité des autres. Dieu a donné l'instinct aux oysillons de nicher dans les buissons et sur les arbres des vallees,

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faire des complimens, ni pour aller acheter, vendre, playder et semblables mondanités messeantes a des ames qui font profession d'avoir renoncé au siecle, a la mayson paternelle, aux parens et en somme a toutes affections, hormis a celles que la charité commande.

DE LA SUFFISANCE DE CETTE CLAUSURE POUR LES CONGREGATIONS

A mesure que les Religions et Congregations des filles et femmes :sont plus dediees aux exercices de la vie contemplative, elles ont aussi besoin d'une plus estroitte clausure, pour n'estre du tout point diverties ; et d'autant qu'elles sont appreuvees par l'Eglise a cette seule intention, et que d'ailleurs elles ont solemnisé le vœu de sousmission pour tout ce qui est requis a l'exacte observance de leur vocation, c'est avec juste rayson que l'on leur impose a toutes une clausure exacte, quoy que non pas egalement rigoureuse, ainsy qu'il a esté dit ci dessus.

aussi bien qu'aux aigles de faire leurs retrait­tes es cimes des inaccessibles rochers. Les petites simples­ Congregations ne doivent jamais entrer en comparaison d'egalité avec les Religions, ni aussi les Religions en prefe­rence de mespris sur ces petites assemblees qui, selon leur condition, s'essayent de servir Dieu devotement.

Il ny a point de genre de vie en ce monde auquel il ne survienne des inconveniens. La solitude tire souvent apres ­soy la melancolie, et la conversation attire la dissolution ; la doctrine est ordinairement suivie de vanité, et l'igno­rance de rusticité et opiniastreté. A changer les Superieurs­ et Superieures des Religions tous les troys ans, il y a du danger d'amoindrir leur authorité ; de les avoir perpetuelz, il y a du peril de leur donner sujet d'audace et de fierté. Quelques Religions se treuvent bien d'avoir des Generaux qui les visitent par tout le monde ; les autres estiment d'es­tre mieux gouvernees de les avoir tous-jours en un lieu destiné. Quelques autres treuvent de l'inconvenient si leurs Religieux preschent ou confessent, et les autres font ces offices avec beaucoup de suavité. La mendicité es Monas­teres des femmes les met bien souvent au hazard d'une solicitude trop active, d'une recherche de faveurs trop affectee et d'un chagrin accompaigné de plusieurs plaintes ; et les moyens donnent ouverture a la pompe et outrecuy­dance.

Les abeilles en hiver, observant l'estroitte closture, sont sujettes a la sedition et a s'entretuer les unes les autres ; mais l'esté qu'elles prennent l'air, elles sont sujettes a s'esgarer. Si souvent le marcher nous lasse, souvent aussi le repos nous engourdit. Il arrive quelquefois que pour eviter un danger present, nous employons des remedes qui en engendrent de plus grans a l'advenir ; l'esprit humain se contente maintesfois plus a se desfaire promptement des affaires que de demeurer longuement a les bien faire, et semble que le mal n'est pas mal quand il ne paroist pas. En somme, si l'esprit de devotion regne dans les Congregations, une mediocre clausure suffira pour y faire des bonnes servantes de Dieu ; s'il n'y regne

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26 Mays les Congregations simples n'estant pas instituees pour les seulz exercices de l'orayson, ains pour ceux encor de la charité envers le prochain, estant receues et appreuvees de l'Eglise pour des simples, louables et saintes retraites esquelles d'ail­ leurs on ne fait les oblations ou vœux a Dieu que pour cette seule vocation et genre de vie que le sçavant et tant pieux Navarrus­ appelle saint, partant la bienseance de leur vocation les obligent (sic) a quelque sorte de clausure, ne permettant non plus d'ac­ces aux hommes en leurs maysons qu'on en permet aux plus es­troittes Religions, car cet article icy est essentiel a la bienseance­de leur vocation. Mays quand au reste, demeurant en liberté­ de sortir et de laisser entrer les filles et femmes seculieres, pour plu­sieurs autres raysons, outre celles pour lesquelles la sortie ou l'entree: des femmes est permise aux Religions reformees.

Et certes, c'est une tentation extreme de ne vouloir que l'extreme et rigoureuse clausure pour les femmes et filles ; car si bien par icelle il semble que l'on favorise fort la retraitte des servantes de Dieu, neanmoins, on la diminue extremement ostant la com­modité de se retirer a toutes celles qui ne sont appellees qu'a la retraite suffisante et moderee, que l'antiquité et l'experience nous tesmoigne estre neanmoins fort aggreable a Dieu et utile au salut et perfection de plusieurs ames.

27 Plusieurs estimant de ne se pouvoir point retirer du monde silz ne se retirent de la veue du monde, demeurent tous-jours dans le monde. Ou ilz veulent estre au monde, ou n'estre rien moins que Chartreux, qu'anachoretes ; et pour n'avoir pas asses de cou­rage pour entreprendre une vie si relevee, plus tost que d'en choisir une moins retiree, ilz demeurent emmi la foule du monde, .affoulés de leur vanité. Dieu a disposé plusieurs estages en sa mayson, et la hauteur ou dignité des uns n'empesche pas l'utilité des autres. Dieu a donné l'instinct aux petitz oysillons de faire leurs petites retraittes dans les buissons et sur les arbres des vallees, aussi bien qu'aux aigles de les faire es cimes des inac­cessibles rochers. Et comme les petites simples Congregations ne doivent pas entrer en comparaison d'egalité avec les Religieuses, aussi les Religieuses ne doivent pas entrer en preference de mes­pris sur ces petites assemblees qui, selon leur condition, s'es­sayent de servir Dieu devotement.

Il ny a point de genre de vie en ce monde auquel on ne treuve des inconveniens. La solitude tire souvent apres soy la melancolie, la hantise des hommes apporte de la dissolution ; l'estude et les lettres enflent, l'ignorance traine la rusticité et bestise. Les avettes en hiver, observant l'estroitte clausure, sont sujettes a la sedition et a s'entredesfaire ; l'esté, a s'esgarer. Si souvent le marcher nous lasse, souvent le repos nous engourdit.

28.Quelques Religions treuvent bon d'avoir leurs Generaux qui les visitent par tout le monde ; les Chartreux et la

pas, la plus es­troitte clausure du monde ne suffira pas. Or, l'esprit de pieté y regnera tous-jours si les Superieurs en ont le soin paternel qu'ilz en doivent avoir. La seule vie eternelle est exempte d'inconveniens.

Mais en fin, combien ces Congregations sont desirables, le grand saint Gregoire, Pape, le tesmoigne suffisamment, qui, ayant dit que de son tems il y avoit a Romme bien troys mille femmes et filles dediees a Dieu, il adjouste (Epist. Liv 7, 26 ; Pauli Diac. Vita S.Greg. 7,27) : " Or, leur vie est telle, que nous croyons que si elles n'es­toyent point, nul de tous nous, il y a long tems, n'eust peu durer en ce lieu parmy les espees des Lombars. " Et l'autre grand saint Gregoire, Evesque de Nazianze, estimait tant les servantes de Dieu, soit qu'elles fussent en Congrega­tion, soit qu'elles fussent es maysons de leurs parens, qu'il ne fait point de difficulté de les appeller son grand honneur et la tres illustre lumiere de son parc (ad Hellen.Carmin. 2,2,1) ; car encor que le sçavant et devot de Billy [374] estime ces tiltres estre donnés a une seule de ces Religieuses, qui surpassoit les autres en vertus, si est ce qu'il y a, a mon advis, plus d'apparence que cela soit attribué a la trouppe entiere ; d'autant que ce mesme Saint ayant descrit par apres la vie de ces Dames, il poursuit en cette sorte (L7, note 622) : " Quoy que certes, quant a moy, j'aye peu de telles femmes, toutesfois je tressaillis tellement d'ayse de voir ces celestes et tres belles estoiles, que pour ce peu que j'en ay je ne fay point de difficulté d'entrer en desfy d'excellence de vertu avec un beaucoup plus grand nombre. " Et sur cela il proteste qu'il se glo­rifie plus d'avoir quantité de gens dediés a Dieu, qu'il ne ferait de toutes les grandeurs du monde, et dit que sa pe­tite Nazianze estait appel1ee Bethleem pour les amys de Dieu qui y estoyent. [375]…………………………………………….

Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy.

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Compaignie de ­Jesus se treuvent bien de les avoir tous-jours en un lieu destiné. Quelques Monasteres de femmes sont regis par des Superieurs re­guliers, les autres par les Ordinaires, et on treuve des raysons pour l'une et pour l'autre administration. Quelques Ordres ne veulent pas que leurs Religieux preschent ni confessent, et disent quilz s'en treuvent mieux ; les autres aussi font ces offices avec beaucoup d'utilité. La mendicité es Monasteres tire souvent apres soy une solicitude plus active, des recherches affectees et des plaintes continuelles ; les moyens donnent de la fierté et de l'outrecuy­dance. [376] Souvent pour eviter un danger present, on employe des remedes qui en engendrent de plus grans a l'advenir ; mais l'esprit humain se contente, pourveu qu'il se desface des affaires, et luy est advis que le mal n'est pas mal, pourveu quil ne pa­roisse pas.

En somme, si l'esprit de devotion regne dans les Congregations, une mediocre clausure suffit pour faire des

bonnes servantes de Dieu ; s'il ne regne pas, la plus estroitte du monde ne suffit pas. Or, l'esprit de pieté regnera tous-jours si les Superieurs prouvoyent de bons Peres spirituelz et ont le soin quil convient pour l'obser­vation des Regles et la conservation de la discipline devote. [377] La seule vie eternelle est exempte de perilz et d'inconveniens. [378]

MEMOIRE CONCERNANT LA CONGRÉGATION DE LA VISITATION

ADRESSÉ A SAINT FRANÇOIS DE SALES

PAR Mgr DENIS-SIMON DE MARQJJEMONT, ARCHEVÊQUE DE LYON (L7, note 45)

20 janvier 1616

[379] Il a remarqué en l'institut de la Congregation de la Visita­tion ce qui s'ensuit, que Monseigneur de Geneve est supplié tres humblement de considerer et y faire, avec son prudent, docte et pieux jugement, une charitable reflexion, apres laquelle le tout est sousmis avec grande ingenuité a sa censure.

L'on met premierement et principalement an consideration que cete Congregation n'est point approuvee du Sainct Siege et, qu'an quelque maniere et sous quelque loy qu'on la mette, les vœux qui se feront en icelle seront tousjours vœux simples, et les filles veufves qui entreront an la Congregation ne seront jamais proprement ny vrayement Religieuses. Et de cela l'on infere deux choses :

L'une est qu'il y a pour les filles du regret et du desplaysir qu'elles ayent les obligations essentielles de la Religion et qu'elles n'en ayent ny le nom, ny le merite, ny la perfection, ny les Indul­gences ; et que les liens qui les tiendront en cete Congregation ne soyent pas si fermes et indissolubles qu'elles ne puissent craindre de veoir, sinon an ces premices de l'esprit de devotion, au moins dans quelques annees et par succession des temps, des tentations et des desordres parmy elles.

L'autre poinct qu'on infere est qu'il y a an cela grande appre­ hension et grand danger pour les parens et les familles. La rayson est que si les filles, apres avoir faict les vœux et estre demeurees longues annees an la Congregation, venoient, par tentations, seductions ou autrement, a contracter mariage, bien qu'elles of­fenseroient griefvement Dieu, neantmoins le mariage seroit valide; et lhors, quelle honte et quel malheur a la fille, et quel regret a ses parens ! Mais, quelles semences de proces et de mauvais mesnages dans les familles ! car, a la rigueur et severité du droict, l'on ne pourroit lhors refuser a cete fille son partage. Ce qui est d'autant plus grief en France, a cause de la liberté de conscience ; car si une fille tentee vient a se faire protestante, elle demandera son partage au bout de vingt ans, et fauldra le luy bailler, et le prendre sur tel qui l'aura dissipé il y aura dix ans; et sur cela, combien d'ac­tions hypothecaires, combien de reductions de familles ! Les Edicts ont reglé et empeché cela quant a celles qui ont faict les vœux solemnels et profession en des Religions approuvees [380] ; mais ces Filles de la Visitation, lesquelles n'auront faict ny vœux solemnels, ny profession an Religion, ne sont point comprises dans les reglemens et exceptions des Edicts ; et partant, elles reviendroient an partage comme les aultres protestans. C'est l'un des poincts que les Parlemens de ce royaume ont remarqué contre l'institut des Jesuites [381], encor que pour le regard de ce dernier il y ait moins de dangers.

Il fault adjouster que par la coustume generale de ce royaume les hommes ou femmes proffés en des Religions ne succedent plus aulx biens temporels qui leur pourroient escheoyr ; mais tels biens appartiennent a leurs parens plus proches. Comme fera-on donc pour les filles de la Congregation ? Si elles ne succedent point, c'est blesser la disposition du droict ; si elles succedent. leurs parens ne vouldront point qu'elles entrent an cete Congregation. Et si quel­ques unes y entrent, voyla des proces, et la Congregation a la censure du Parlement, qui sans doute n'approuvera pas cela, et renversera tout l'Institut comme des choses nouvelles et contrayres aulx coustumes du royaume.

Les vœux des Jesuites, bien que simples an certaine façon, par l'approbation et privileges particuliers du Pape, sont pourtant tousjours vœux de Religion : et partant, celuy qui sort avec congé de son Superieur, peult contracter mariage; mais celuy qui sort sans congé est apostat, et non seulement il peche griefvement an contractant mariage, mais encor de plus, tel mariage est inva­lide.

Donc, pour se recueillir, les parens dient qu'ils ne veoyent pas vollontiers entrer leurs parentes an cete Congregation, d'aultant qu'ils ne sçavent si elles sont Religieuses ou seculieres, si elles per­severeront ou non, si elles partageront avec leurs freres et sœurs ou si elles demeureront contentes de la dot qui leur aura esté attri­buee ; et cete incertitude est aussi longue que la vie de la fille.

Or, ce n'est point une speculation des plus sçavans, mais une plainte fort ordinaire et qui s'entend tous les jours en cete ville (à Lyon), an laquelle les parens ne sont pas fort portés a consacrer leurs filles au service de Dieu, hors du monde ; et quand ils s'y laissent aller, il y a bien souvent beaucoup de considerations temporelles. Et a la verité, quand il n'an seroit point question, la prudence doit aprendre aux Prelatz et Superieurs de ces Maisons, qu'ils prenent soigneusement garde a ne laisser pas des portes ouvertes par les­quelles le peché et l'inquietude puyssent entrer an l'ame des Sœurs, le desordre et la honte dans les Maisons, et le scandale dans le monde.

On propose, pour remede a cela, de convertir ces Congregations an vrayes et formelles Religions qui demeurent soubs la jurisdic­tion de l'Evesque diocesain, et que les Religieuses ayent a vivre an la mesme façon qu'il est porté dans les Regles de la Congrega­tion, qui sont a la verité excellentes (L7, note 371) et respirent de toutes parts la pieté et l'esprit de Dieu. Cela se peult faire an leur donnant la Regle de sainct Augustin, qui est fort douce, peu chargeante et approuvee depuis tant de siecles du Sainct Siege [382]. Pour Cons­titutions, on leur peut donner celles de la Visitation, estant loy­sible a chaque Evesque de les donner a son arbitre, pourveu qu'elles soyent honnestes et raysonnables. Ainsy an usa sainct Charles envers les Angeliques de Sainct Paul de Milan, gouverne es par les Barnabites (L8, note 661) ; ainsy a faict depuis peu Monseigneur de Paris avec les Ursulines [383], ainsy font tous les Evesques. .

Quand les Sœurs seront Religieuses, et qu'elles auront faict les vœux solemnels, elles seront pour leur regard an estat plus parfaict ; elles, les Monasteres et les parens hors de dangers, craintes et apprehensions susdites.

Et au reste, de deux fins aulxquelles l'institut de la Visitation jette son dessein, cet expedient an embrasse une, qui est d'ouvrir une porte par laquelle puissent passer au service de Nostre Sei­gneur les personnes desja aagees ou foibles, ou qui ne se sentent pas appellees aulx rigueurs des Religions plus estroittes.

Quant a l'aultre fin, qui est de donner une retraitte a des per­sonnes lesquelles sont encor dans le monde pour quelques restes d'affaires et sont pourtant obligees d'an sortir quelquefois pour y pourveoyr, la verité est que la Religion ne peult admettre telles personnes, pour ce qu'elle enjoinct de vivre an perpetuelle clos­ture, laquelle exclut toutes sorties. Mais on respond, qu'an ce siecle et dans la France ces vœux simples et ces sorties pourroyent tirer apres soy des inconveniens et des incommoditez sans compa­raison plus importantes et plus considerables pour le publiq, que ne doibt estre la consolation et le contentement d'un fort petit nombre de personnes ; car c'est une chose bien rare qu'une veufve touchee de ces ardeurs efficaces de devotion, et neantmoings tel­lement attachee aulx affayres de ses enfans qu'elle ne s'an puysse descharger sur quelques parens. Pour passer a de secondes noces, ou pour entrer an Religion, on sçait bien s'an desfaire.

Et quand il n'y a point de moien de rompre ses liens, possible est il plus asseuré de demeurer au monde que d'entrer an Congre­gation ; car, exceptant quelques vertus extraordinaires, et parlant comme il fault des choses qui se font ordinayrement, ilest fort malaysé qu'une mere renfermee an une Maison de devotion, ap­pliquee a l'oraison et a la mortification, puysse an huict ou dix jours, an un ou deux ans, donner l'ordre necessaire aulx affaires de ses enfans ; et neantmoings, si vous la presupposes attachee a ce soing par une absolue necessité, elle est comptable a Dieu des omissions qu'elle faict a ce debvoir. Et qui dira qu'une mere, bonne mesnagere et sage, ne fasse, estant dans le monde, mille mesnages et pratiques pour ses enfans, qu'elle ne sçauroit faire estant renfermee dans une Congregation ?

On veoyt souvent a Romme des veufves, niepces des Papes, faire publiquement an l'eglise vœux de continence et chasteté viduale, et puis retourner an leur maison a l'instruction de leurs enfans et gouvernement de leurs biens. Les principaulx docteurs de la Sorbonne n'ont ils pas resolu que la marquise de Magneley seroit mieulx au monde qu'an Religion ? Et le Pape, an suite de cete resolution, ne luy a il pas commandé par son Nonce qu'elle demeurast au monde [384] ? Sera il dict que pour une veufve qui paroistra au monde comme un phœnix an un siecle, il faille tenir un bon nombre de filles an des Congregations, plus tost que dans le nom et la profession d'une Religion ?

Mais il y a eu et il y a encor a Romme, a Milan et an aultres endroicts d'Italie, de ces Congregations. Je ne sçaurois que dire de celles qui sont hors de Romme, sinon que, par les petitz livres que nous an avons (note 364), il se peult colliger que les dictes Congregations sont instituees principalement pour recueillir les pauvres filles qui n'ont pas les moiens qu'il fault pour entrer an Religion. Il se col­lige encor des dicts livres que ces Congregations sont fort diffe­rentes de celle de la Visitation; et pourtant, si l'on veult inferer de celles la a celle ci, il an fault trouver quelques unes qui luy soyent du tout semblables, et signamment an donner une an la­quelle il y aye communaulté, eglise, chœur, Sainct Sacrement, habitz de Religieuses, profession des trois vœux, et de laquelle on veoye sortir de temps a aultre une mere, pour aller, comme tu­trice et curatrice de ses enfans, faire des contractz et baulx a ferme.

Je puis asseurer que cela n'est point a la Tour des Miroüers a Romme [385], an laquelle depuis long temps an ça, on ne reçoit gueres que des filles aulxquelles l'on permet quelques fois d'aller dans la ville visiter quelques parens malades, a la charge de retourner le soir au logis ; mais de se mesler d'affayres, il ne s'an parla jamais. Encor puyssé je dire davantage, qu'on a parlé plusieurs fois de supprimer ce Monastere; son antiquité et les Cardinaulx parens des Religieuses l'ont conservé, mais il est unique an Italie.

Et bien qu'an toutes les villes de cete province l'on erige conti­nuellement de nouveaux Monasteres de filles, l'on ne veoyt point qu'on an aye erigé un aultre comme celuy cy, parce que l'on ne l'auroyt pas permis. Certes, il semble inconvenant qu'une femme que l'on a veue, an grande solemnité, couverte d'un drap de mort dans l'eglise, comme mourante a toutes les choses du monde, on la veoye quelque temps apres dans le soin d'un mesnage temporel. Ce qui ne se dict point par exageration, ny pour trouver a redire an celles qui, assistees de l'Esprit de Dieu et de la direction d'un angelique Prelat, ont frayé heureusement ce chemin, et se font admirer et non reprendre ; mais il fault jetter les yeux dans les annees a venir, et penser au temps que, cete direction manquant et les ardeurs de cete devotion ralenties, les choses pourront suc­ceder moins heureusement.

De plus, ilfault penser au jugement du monde, et s'imaginer que ceulx qui verront cete Sœur de la Congregation par les chams et dans les villes, n'auront pas tous veu le conseil de Navarre [386], et ne sçauront pas les distinctions subtiles entre Religion et Con­gregation. Tant ily a, que voyant une Religieuse par le monde et dans les affayres, il s'an scandalisera; tant y a, que les Monasteres lesquels an execution du Concile (Trente sess.25, de Regul. 5) on veult remettre an closture, auront fort que dire et dequoy se plaindre ; tant y a, que les pro­testans et les libertins auront dequoy censurer les clostures de nos Monasteres, puisque par le moien des Congregations nous sçavons bien nous an passer, et prouver qu'elles n'estoyent point an la primitive Eglise ; tant y a, que ces sorties seront occasion de grandes distractions aux Sœurs qui sortent, et de tentations a celles qui demeurent a la maison, et, par succession de temps, l'on ne peult que l'on n'an apprehande des desordres. Si donc les occasions des veufves devotes et necessairement attachees au monde sont fort rares, et si leurs sorties sont fort dangereuses, il semble plus expedient de les exhorter qu'elles demeurent a servir Dieu dans le monde, combattant vertueusement par sa grace, qui suffit a toutes nos necessités et tribulations et infirmités de leur vie (2 Co 12,9), que non pas, an les retirant dans des Congregations, donner occasion a toutes les incommodités susdictes.

Et par consequent, puisque ces Congregations ne sont neces­saires que pour ces veufves, estant suffisamment pourveu a l'aultre­ fin des Congregations par le moien de la Regle de sainct Augustin et des Constitutions doulces et gratieuses, comme il a esté dict au commencement, il semble que l'on peult conclure qu'il est plus expedient d'eriger des Monasteres et Religions formelles, esquelles les Sœurs serviront Dieu an un estat de plus grande perfection et participeront a mille benedictions et Indulgences que les Souve­rains Pontifes ont concedees aulx dictes Religions ; ou, aultrement, les Seurs ne peuvent seulement estre asseurees d'avoir le consente­ment de Sa Saincteté, car, recherchee plusieurs fois d'autoriser icelles Congregations, jamais elle l'a voulu faire : oultre qu'il y a grande difference entre sa tolerance, et sa benediction et ses Indul­gences. Il y a de plus, qu'elle tolere bien souvent ce qu'elle ne peult empescher ; oultre que, pour se servir de sa tolerance, il la fault avoir an un cas du tout semblable au nostre, et ne fault pas mettre an une seule Congregation ce que l'on trouve toleré an diverses ; car Sa Saincteté souffrant les choses singulieres, l'on ne peult pas inferer qu'elle les veuille souffrir toutes ensemble.

Il y a plus de la part des Religieux ou casuistes qui, entendant parler de cete Congregation, an louent grandement les exercices, et admirent la pieté de l'Instituteur et sa charitable prevoyance, deferant infiniment a sa suffisance et a la lumiere que le Ciel luy donne ; neantmoings, quand il est question d'accorder ces vœux et ces sorties, et ces aultres inconveniens sus allegués, chacun sub­siste ; et si l'on les proposoit sans alleguer l'autheur, beaucoup diroyent qu'an cete saison et an ce pais cela est fort dangereux ; et ne croit on pas qu'il se puysse trouver aultre exemple d'aulcune­ Congregation religieuse an laquelle il entre des femmes encor chargees d'affaires, qui, an habit de Religieuse, an sortent de fois a aultre pour pourveoir aulx dictes affaires.

Si, nonobstant toutes ces considerations, il est jugé expedient de demeurer an termes de simple Congregation, on remarque que ­l'invocation de la Visitation ayant esté prinse sur le dessein que ­les Sœurs serviroyent les malades, et ce dessein ne se devant plus effectuer, il sembleroit a propos de changer cete invocation et prendre celle de la Presentation de Nostre Dame, a laquelle l'obla­tion des Sœurs peult avoir plus de rapport [387].

L'on remarque aussy que les paroles de l'oblation contiennent vœux de chasteté, pauvreté et obeissance. L'on doubte si tels vœux publiqs et avec solemnité ecclesiastique se peuvent faire avec l'authorité des Ordinaires, sans authorité et approbation Aposto­lique ; et croit on qu'il n'y a point d'exemple de cela an l'Eglise, ains cela semble directement contraire a la disposition des Conciles de Latran et de Trente [388], qui portent defense d'introduire aul­cune sorte de Religion nouvelle sans l'approbation du Sainct Siege. Et ne semble pas asses asseuré de recourir a la distinction des vœux solemnels et simples, et des Congregations et Religions ; car, oultre que ce seroyt eluder l'intention desdicts Conciles, qui a esté d'empescher les nouveautés et diversités an l'Eglise (et ces Congregations sont les vrays moiens de les introduire, estant cer­tain que jamais deux Evesques ne seront du mesme advis), il est apparent que cete prohibition s'estend aulx Congregations que vouldroyent introduire les Evesques, puisqu'elle requiert l'appro­bation Apostolique. Et il ne fault pas dire qu'an cela le Sainct Siege fasse prejudice aulx Ordinaires [389] ; car nous sommes tous d'accord qu'il leur laisse ce qui leur appartient, et qu'ils peuvent eriger des Congregations et Confreries seculieres tant qu'ils voul­dront. Mais nous disons qu'ils ne peuvent pas, soubs le nom de Congregation ou College, eriger des assemblees qui ayent toutes les marques et l'essence encor des Religions, an sorte qu'il n'y aye a dire que le nom : les trois vœux, la communauté, l'eglise, Sacrement, le chœur, chanter tous les jours les divins Offices ; et que peult on avoir plus que cela an la Religion ?

L'on dict : La Religion a, de plus, qu'elle est approuvee du Pape. et qu'on y faict des vœux solemnels et plus indissolubles [390].

Je respons qu'a la verité voyla deux marques principales de la Religion qui ne conviendront jamais aulx Congregations ; mais je dis que quand les Conciles ont deffendu d'eriger des Religions nouvelles, ils sçavoient fort bien qu'il n'y a que le Pape qui les puysse eriger avec ces conditions la, puisqu'elles ne peuvent estre sinon an suite de l'approbation du Pape. Mais l'intention des Conciles a esté d'empecher les nouveautés et diversités an l'Eglise.

Quoy qu'il an soit, cete oblation avec les vœux est jugee peril­leuse, et il fauldroit avant s'informer si elle se prattique an quelque lieu soubs la simple authorité des Ordinaires, pour ne pas, commen­cer cela sans quelque grand exemple. Bien est vray qu'il seroyt a propos de laisser cete oblation avec ces trois vœux, si l'on le peult faire canoniquement ; car cela consolerait fort et les Sœurs qui entreront an la Congregation, et leurs parens, attendu que chacun n'entend pas ces distinctions des vœux simples et solemnels, et pourtant semblerait aulx uns et aulx aultres que ce soyt vraye­ment Religion : qui ne seroyt qu'un bon et pieux equivoque. Mais si cela ne se peult faire canoniquement, il fauldra se restreindre au vœu de chasteté et au ferme propos et establissement du reste ; .et possible seroyt il a propos de le concevoir ainsy : " Je, N., fais vœu a Dieu de le servir en perpetuelle chasteté, et de vivre et mou­rir en la Congregation de ceans, selon les Regles et Constitutions .d'icelle [391]. " Et dans les Regles on expliquera que l'on ne fait pas vœu expres de pauvreté et d'obeissance, mais que les Sœurs observeront pourtant l'un et l'aultre volontairement et pour l'amour .de Dieu, avec aultant de fidelité et de courage que si elles y estoyent liees et obligees par des vœux les plus solemnels du monde.

On remarque encor ce qui est des entrees des hommes an la Con­gregatiou, et pour les sorties des femmes. Pour le premier, il les fauldroit restreindre a celles des peres et enfans seulement, et au cas de l'extreme maladie des Sœurs ; et pour les sorties des Sœurs, il fauldroit declarer qu'elles se concederont fort rarement et pour quelques grandes, necessaires raisons, comme pour aller faire quel­que fondation [392]. Mais pour les affaires temporelles des Sœurs, les sorties ne seront permises sinon pendant le noviciat, et jamais apres l'oblation; et partant, avant que venir a l'oblation, soit filles ou veufves, devront estre deschargees de toutes affaires. An ce poinct on pourra se servir du privilege des Congregations et se dispenser an quelque chose du droict commun, faisant durer le noviciat 2, 3, 4, plusieurs annees, selon qu'il sera besoing pour li­quider les affaires de celles qui auront esté receues.

Et afin qu'elles puyssent sortir sans murmuration des seculiers, il fauldra ordonner qu'an sortant de la Congregation pour leurs affaires, pendant le noviciat comme est dict, elles ne porteront point la barbette, ny le voile blanc de la Congregation, ains iront an habit modeste, comme des veufves chrestiennes et devotes ; ou plustost (cela sembleroit encor mieux) a icelles veufves, pen­ dant leur noviciat, on ne changeroit point d'habit [393]. Avec cet expedient et cete moderation, l'on pourrait pourveoir an partie aulx inconveniens qui procedent des sorties, et satisfaire par mesme moien aulx desseins et a l'intention de la Congregation, qui est de donner retraitte a des veufves, bien que chargees encor de quelques affaires pour lesquelles il leur fust besoin de sortir quelquefois au monde ; intention que l'on trouve bien louable et charitable, s'il estoit aussy aysé de rencontrer les moiens de l'executer sans inconveniens et incommodités.

Tousjours faudra-il mettre quelques gloses qui expriment que telles veufves ne seront pas receues indifferemment, mais quand il y aura de grandes raisons qui convient la Congregation a leur user de cete charité. Et il sera bon d'expliquer que c'est principalement pour telle raison que l'on se tient dans les termes de Congregation, afin de pouvoir, an ces sorties et cete prorogation de noviciat, an l'entree des peres et enfans, an l'entree des femmes seculieres et choses semblables (si chose aultre y a), mitiger an quelque chose la rigoureuse observance des Religions et s'accommoder aux infir­mités des personnes, pour la plus grande gloire de Dieu ; mais qu'au reste, les Sœurs de la Congregation, apres avoir fait ce sacrifice a Dieu pour le bien de leur prochain, doibvent estre, an ce qui les regarde an particulier, aussy fideles a Nostre Seigneur et aussy observantes de leurs Regles comme si elles estoient an la Religion du monde la plus estroitte.

Or, il se fault determiner de tout cecy et an demeurer d'accord uniformement, s'il est possible ; car il fault prendre garde que dans les Constitutions qu'on fera imprimer, on ne doibt pas dire que les Evesques, selon les necessités de leur diocese, pourront faire cecy ou cela. Il n'y a que le Pape et les Conciles qui puyssent parler ainsy, oultre que les autres Evesques s'an scandaliseroyent, et il semblerait qu'on leur voulust apprendre leur leçon.

Davantage, les Constitutions sont faictes non pas pour donner loy aulx estrangers, mais pour la donner aulx sujetz. De maniere qu'il fault dire precisement ce que l'on veult faire ; aultrement ce serait faire le docteur et non le legislateur, ou faire le Pape et non l'Evesque [394]. Si donc l'on se peult accorder uniformement, les Constitutions se pourront publier comme estans faictes pour les Congregations d'Annecy et de Lyon. Que si l'on ne peult pas de­meurer d'accord, Monseigneur de Geneve disposera des siennes, comme il luy playra, et l'Archevesque de Lyon disposera des sien­nes comme il jugera a propos, soit an terme de Congregation, soit, de Monastere, a quoy il incline bien fort, principalement s'il se fault diversifier an quelque chose de mondict Seigneur de Geneve ; ce qu'il ne vouldroit an façon quelconque, et ne le feroyt jamais qu'avec un regret extreme. An tout cas, pourtant, quand il fau­droit venir a faire des Regles separees, on a l'exemple des Evesques d'Italie, lesquels, an la province mesme de Milan, ne se sont pas entierement accommodés ny avec leur Archevesque, ny les uns, avec les aultres [395].

Finalement, il sera bien a propos de penser quelles appellations; l'on donnera a ces Congregations et aux Sœurs qui entreront an icelles, et si on les appellera Congregations religieuses et les Sœurs,. Religieuses, comme il semble qu'il se pourra faire et qu'il sera. bienseant.

RÉPONSE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES AU MÉMOIRE DE Mgr DE MARQUEMONT

CONCERNANT LA CONGRÉGATION DE LA VISITATION

2 février 1616 [396]

Sur les remarques qu'il a pleu a Monseigneur l'Arche­vesque de Lyon communiquer a l'Evesque de Geneve, on lesupplie tres humblement d'aggreer ces petites remons­trances lesquelles, veuës et considerees, il luy plaira em­ployer son authorité pour le choix qui luy est deferé ; au­quel ledit Evesque acquiescera non seulement humblement et reveremment comm'il doit, mais cordialement, gaye­ment et en toute suavité.

La Congregation de la Visitation fut simplement pro­jettee et erigee pour Annessi, sans praevision qu'elle deust estre dilatee ailleurs, au moins hors du diocaese de Geneve, et se contenta-on d'estre asseuré qu'elle pouvoit sainement et legitimement estre establie en la sorte qu'elle l'est. Or, les moyens de cette asseurance furent divers.

Premierement, on considera qu'en la province et ville de Milan il y en avoit quantité, toutes presque differentes les unes des autres ; qui faisoit foy que ces erections es­toyent pleinement au pouvoir des Evesques, d'autant plus que cette province la est advouee la mieux disciplinee qui :soit en Italie.

Secondement, on en fit parler a Sa Sainteté, laquelle tesmoigna de la treuver bonne, accorda des Indulgences et benedictions sur un sommaire escrit qui luy fut fait par le R. P. François de Beugey, Commissaire de la Province­ de la Mission des Peres Capuçins [397] ; bien que le seigneur Cobellutio [398] ne voulut pas se departir du formulaire ordi­naire lhors qu'il :fit dresser le Brief desdites Indulgences (L6, note 354).

Aussi, en l'affaire de Mme de Gouffiers, on exprima qu'elle estoit en la Mayson de la Congregation des Oblates d'An­nessi [399], et ni le nom, ni la chose ne fut point treuvee es­trange : signe manifeste qu'elle est de l'espece des Insti­tutz qui sont suffisamment appreuvés quand ilz sont erigés­par les Evesques, desquelz les actions n'ont pas besoin d'approbation speciale, sinon es cas que le Saint Siege s'est expressement reservé.

Et l'exemple sus allegué de la province de Milan semble estre garend irreprochable de cette verité ; comm' encor qu'il ne soit point necessaire que cette Congregation soit en tout semblable a quelqu'autre d'Italie, puisque mesme en cette province-la on void que chasque Evesque donne des Constitutions a celles qui sont en son diocaese, dissem­blables a celles des autres, et mesme de leur Metropolitain, et Metropolitain tel qu'estoit saint Charles (note 395). De sorte qu'il suffit de sçavoir que telles Congregations sont en usage en l'Eglise de Dieu entre les Pasteurs les plus reformés et dignes d'imitation, et qu'elles peuvent estre establies sous­ differentes Constitutions, selon que les lieux, les occasions. et les fins qu'on praetend le requierent; estant au reste tres certain que non seulement a Milan, mais en la pro­vince de Milan, telles Congregations ont eglise, Messe, Sacremens, chœur, bien que non pas toutes. Exemple en soit les Guastales a Milan, ou nos bons Peres Barnabites disent tres souvent la Messe; ou l'Institutrice, Contesse Guastale, a establi un confesseur et un clerc ordinaire pour dire la Messe et administrer les Sacremens, ainsy qu'il appert par son testament imprimé, que l'Evesque de Geneve a [400]. Et l'on peut bien comprendre que les Urse­lines qui sont en Congregation, ont eglise interieure, c'est a dire chœur pour elles, et exterieure pour les Messes, au diocese de Novare [401], puisque au Formulaire de la recep­tion, qui est imprimé parmi les autres escritz pastoraux de Monseigneur de Novare, il est dit tout a la fin que les filles receuës seront ramenees en leurs maysons, " ou bien en l'eglise interieure, si elles sont receuës en Congregation [402]. "

Et quant a dire l'Office ensemble, a la verité l'Evesque de Geneve n'a pas encor certitude si cela se fait es eglises de Milan, mais oui bien que la permission de le dire n'est point du genre des choses prohibees aux Evesques, qui le permettent en Italie aux Confrairies des Pœnitens ou Di­sciplinanti [403], sans reprehension de personne ; et ces Con­frairies, composees de gens mariés, imitent en cela les Religieux et le Clergé d'une bonne imitation. Cela, comme l'on pense, avec ce qui a esté escrit au papier ci devant pre­senté a Monseigneur l'Archevesque [404], peut suffire pour monstrer que l'erection de telles Congregations est tres 1oysible, d'autant plus que celle de la Tour des Miroüers de Romme est non seulement toleree, mais appreuvee expressement par le Saint Siege, et grandement louëe comm'une maniere de vivre sainte ; tesmoin Navarre [405].

Mays, que non seulement elles soyent loysibles, ains aussi utiles au salut des ames et gloire de Dieu, il est advis qu'on n'en puisse pas douter sans blasmer ces bons Eves­ques d'Italie, qui, avec beaucoup de soin, les erigent, dres­sent et instruisent ; laissant a part que la chose parle d'elle mesme. Et sainte Françoise, tous-jours conduite par son bon Ange, pensa que la sienne seroit a l'honneur et plus grande gloire de Dieu. Et toutes, presque, les anciennes Congregations estoyent de cette nature, les vœux solem­nelz des Religieux et Religieuses n'estans introduitz que despuis cinq cens ans en ça, ainsy que remarque doctement Hieronimus Platus, in lib. De Bono status religiosi. (liv 2,21 ; note 8 ; L8, note 326). Et en ces Congregations-la vivoyent et fleurissoyent les grans Saintz et grandes Saintes qui faysoyent leurs vœux en grande celebrité, mais sans solemnité ; ainsy que font encor a present les estudians des Jesuites, lesquelz, s'ilz sortent sans congé apres leurs vœux simples, sont voyrement apos­tatz, puisqu'ilz sont tenus pour Religieux, mais les ma­riages qu'ilz contractent ne sont pourtant pas invalides, puisque en cela seulement consiste la solemnité du vœu de chasteté, laquelle n'a jamais esté en leur vœu [406].

En somme, les fruitz de cette Congregation sont appreu­vés. Si donq ell' est loysible, on ne peut douter qu'elle ne soit tres utile, sans que pour cela on veuille l'esgaler en reputation, dignité et perfection aux Religions formelles ou Congregations des vœux solemnelz ; car en l'Eglise il y a des rangs et methodes pour le service de Dieu en grand nombre et en grande difference, tous bons, tous honnorables, mais plus les uns que les autres.

La fin particuliere de l'erection de la Congregation de la Visitation en la ville d'Annessi, futla retraitte des filles infirmes de cors ou pour l'imbecillité de la complexion, ou pour l'aage, et des vefves encor aucunement attachees aux affaires de leurs enfans, ainsy quil est dit es Regles (art 1) ; comm'encor le refuge et retraitte des femmes qui demeu­rent au monde, quand elles desireroyent prendre des reso­lutions etinstructions pour mieux et plus saintement vivre enleurs maysons et mesnages. Car, quant a la visite des malades, elle futplustost adjoustee comme exercice con­forme a la devotion de celles qui commencerent cette Con­gregation eta la qualité du lieu ou elles estoyent [407], que pour fin principale. Il est vray que cet exercice futaymé non seulement parce que de soymesme il est pieux et gran­dement aggreable a Dieu, mays parce que celles qui le prattiquoyent n'alloyent jamais pour le faire sans revenir meilleures et plus consolees. Et comme telles Congre­gations peuvent estre exercees diversement, on treuva bonne eta propos cette charité, qui excitoit un' odeur de grande suavité parmi ce peuple [408].

Or maintenant, venans a ce qu'il faut resoudre, et con­siderant que le genre de vie prattiqué en cette Congrega­tion pourra estre receu avec beaucoup d'utilité et de gloire de Dieu endivers endroitz du royaume de France, sil estoit reduit au point auquel Monseigneur l'Archevesque le desire, l'Evesque de Geneve, de tout son cœur, sans un seul brin de repugnance, acquiesce a l'establissement de cette Congregation en tiltre de simple Congregation, sous la condition d'une clausure perpetuelle, toute telle qu'elle est marquee au Concile de Trente pour les Religieuses formelles (sess 25 De Reg. 5), et sous cette douce et benigne interpretation que, comme a Romme et en Italie presque partout on estime une suffisante cause pour faire entrer les filles du monde es monasteres quand elles ont besoin et volonté d'y estre instruites (L7, note 625), on puisse aussi y faire entrer les femmes et filles qui auront besoin et volonté de s'y retirer pour un peu, affin de mettre ordre et restaurer leurs consciences ; puis­que cette necessité est grande, et les fruitz de ces entrees plus grans qu'il ne se peut dire, ainsy que l'experience l'a fait voir de deça. Et quant a l'entree des peres et en­fans [409], s'il est treuvé bon de les gratifier, on croid que ce sera beaucoup de consolation pour eux et sans apparence de peril, la chose estant bien conduite avec l'entree des medecins et confesseurs.

Pour la retraitte des vefves qui seront encor obligees de sortir parfois, il suffira aussi qu'elles la facent en habit se­culier et modeste, jusques a ce qu'elles soyent du tout deli­vrees des necessités de sortir (notes 392,393).

Et pour satisfaire encor plus pleinement aux concep­tions des hommes du monde, on pourroit, ce semble, obtenir aysement de la Cour de Parlement, ou du Conseil du Roy, que les renoncemens faitz par les filles, a leur entree, des praetentions temporelles, tiendroyent; aux reserves de ce qui leur seroit accordé en leurs entrees, qui demeurera acquis a la Congregation, sinon en cas d'expulsion, qu'il leur sera rendu, ou a leurs parens, pour leur entretien, sans qu'elles puissent praetendre autre chose ; car une telle declaration seroit utile, pour le temporel, aux familles, et pour la descharge des Maysons, et par consequent il y a lieu de croire qu'il seroit facile d'obtenir.

Mays quant au nom de la Congregation, Monseigneur l'Archevesque est supplié tres humblement d'aggreer qu'en tous cas celuy de la Visitation demeure; puisque sous ce nom-la, la Congregation d'Annessi est receüe en l'Estat de Savoye, et les patentes enterinees au Senat [410], et plusieurs contractz faitz avec quantité d'autres escritures. Aussi ce tiltre de Visitation est fort authentique; et pour­veu qu'on soit d'accord des choses, il semble que les noms sont de fort peu de consideration.

Pour la forme des vœux, il importera aussi fort peu, et Monseigneur l'Archevesque pourra la dresser a son gré; quoy que celle qui avoit esté dressee est pareillement con­forme a celle des Congregations de la province de Milan, que Monseigneur l'Archevesque pourra voir es livretz quil a [411], si toutefois la memoyre de l'Evesque de Geneve ne le trompe.

Mais, en fin finale, parce que l'on void clairement que l'esprit de Monseigneur l'Archevesque auroit une plus entiere et aggreable satisfaction que cette Congregation fust convertie en une Religion formelle, sous la Regle de saint Augustin, avec les mesmes Constitutions qu'ell'a maintenant, l'Evesque de Geneve y acquiesce aussi fort librement et de grand cœur, non seulement pour le respect, honneur et veneration qu'il doit a l'esprit majeur, mais aussi parce que, selon quil peut discerner des articles pro­posés, tout ainsy que Monseigneur de Paris a converti la simple Congregation des Urselines en Religion formelle sans changer la fin principale de la Congregation (note 383), de mesme, en la transmutation de la Congregation de la Visi­tation en Religion formelle on pourra exactement garder la fin d'icelle Congregation : ce qu'estant, il n'y a rien a dire que la Religion formelle ne soit plus desirable pour la reputation envers le monde, et pour la descharge particu­liere de l'Evesque de Geneve qui n'aura plus occasion de faire des apologies et esclarcissemens pour la Visitation.

Or, la fin de la Congregation sera aysee a conserver dans la Religion, pourveu que cette fin soit aymee, aggreée et favorisee autant qu'elle le merite et qu'en ces quartiers des Gaules la necessité du bien des ames le requiert ; car, quand mesme il faudroit avoir approbation expresse du Saint Siege, estant bien remonstré que les vefves en ces pais de deça, pour resolues qu'elles soyent, ne peuvent demeurer en leurs maysons sans des continuelles sollici­tations au mariage, sans estre attaquees, courtisees et exposees a mille incommodités a cause de la grande liberté qui regne entre les deux sexes, il n'est pas croyable qu'il ne soit treuvé bon qu'on les retire dans cette Congregation en leurs habitz, et a la charge qu'y estant, elles se con­forment aux Regles et usages d'icelles, observant la clau­sure au plus pres quil se pourra.

Item, que pour les mesmes considerations on retire pour quelques jours les femmes qui voudront se recueillir en Dieu, pour establir leur vie en son service, au monde (L7, notes 625,626). Mais sur tout, si on remonstre un peu fermement la difference qu'il y a entre la France et l'Italie, et qu'en Italie les fem­mes et filles ont mille commodités es Compaignies, Societés et Congregations de prattiquer la devotion de plus qu'en France (note 224) ; car il semble qu'il n'y peut avoir aucune replique a ces remonstrances, et que si l'on prouvoit aux jeunes filles de retraitte pour les faire instruire dans les monas­teres, on doit aussi prouvoir aux vefves, filles infirmes et aux femmes mesme mariees, de cette commodité, pour leur establissement et advancement en la devotion ; les autres plus rigoureuses Religions n'y servant pas conve­nablement, puisqu'elles ne donnent que le mouvement d'admiration et estime, mais non pas celuy de prattique et d'imitation.

On ne dit rien en cet endroit de l'expulsion des Seurs, parce que, puisqu'il s'agit de la Regle de saint Augustin, elle y est expressement marquee (ch 14), et ne restera sinon de l'execution, comm'il est noté dans les Regles (art 40 Ms K ; art 46 Ms P). .

Pour ce qui regarde de corriger l'incivilité du langage, en l'endroit ou il est parlé en sorte qu'il semble qu'on veuille faire la leçon aux Evesques et traitter en Pape (note 395), il ne faut sinon corriger cet endroit-la et tous les autres esquelz on verra qu'il sera a propos.

Reste qu'il playse donq a Monseigneur de Lyon de conclure toute cette affaire, affin que, sans plus de delay, on puisse faire l'establissement en l'une des deux façons: d'autant que les Regles sont demandees de toutes partz et la Congregation desiree en plusieurs endroitz, et mesme en ce pais de Savoye; a quoy il n'est pas expedient de respondre ni correspondre que tout ne soit arresté. Et aussi n'y a-il plus lieu de retarder, attendu que l'Evesque de Geneve est en une parfaite indifference pour aggreer avec suavité le choix qu'il plaira a Monseigneur l'Arche­vesque de faire ; et mesme a pris plus d'inclination pour celuy de la Religion, y voyant plus reluire le contentement de celuy auquel il doit et veut rendre toute obeissance, et l'applaudissement des gens du monde et mesme de plu­sieurs Religieux, avec la conservation des fruitz praetendus par la Congregation, affin que les fruitz et tout l'arbre soit cheri et appreuvé esgalement en l'esprit de celuy auquel ledit Evesque se sousmet, a la gloire et louange de Dieu, a qui soit honneur et gloire (1 Tm 1,17).

Si par adventure on retenoit la Congregation, il sem­bleroit a propos de faire faire les vœux les plus expres qu'il se pourroit, pour exciter les ames a plus grande reverence envers les Regles, puisque en Italie on les fait ainsy ; et les paroles : " selon les Regles et Constitutions, " limitent les vœux de pauvreté et obeissançe, non pas celuy de chasteté ; et semble qu'es formulaires d'Italie on ayt eu esgard a cela.

Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy.

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AUTRE MANUSCRIT DES CONSTITUTIONS

AOUT 1616 - JANVIER 1617

(Ms. Q)

AVERTISSEMENT DES EDITEURS

Les deux Manuscrits donnés ci-après, l'un comme texte, l'autre sous forme de variantes, appartiennent à la Visitation d'Annecy. Nous désignerons le premier sous la lettre Q et le second sous la lettre P. L'ordre chronologique exige que nous parlions d'abord de ce dernier.

I) Manuscrit P

Il compte 76 pages, dont la 76e est blanche ; il est complet, sauf le 1er article qui a seulement 6 lignes en tête de la première page, lesquelles d'ailleurs sont biffées. Copié en grande partie par M. Mi­chel Favre, il a été surtout corrigé par la Mère de Chantal; quelques corrections cependant, sont de la main de saint François de Sales. Les marges de certaines pages sont remplies par la sainte Fonda­trice qui a écrit dans tous les sens ; la plupart de ses modifications sont adoptées dans le Ms. Q, mais souvent avec quelques change­ments de style.

A partir de la fin de 1613, les Constitutions du Ms. K furent sans doute celles que suivait la Communauté d'Annecy; c'est encore ce texte qui fut emporté à Lyon par les fondatrices du deuxième Monastère, en janvier 1615. Celui du Ms. P semble être postérieur non seulement au voyage du Saint en cette ville (25 juin 1615) et à la visite de Mgr de Marquemont à Annecy (30 octobre­-5 novembre), mais encore à la fête de la Présentation de la Sainte Vierge, 21 novembre de cette même année. En voici quelques preuves:

a) Les dernières lignes de l'article 1er ont disparu. Comme on l'a vu ci-dessus (note 227), elles faisaient allusion à la visite de Notre-­Dame à sainte Elisabeth. et à celle des pauvres et malades prati­quée à Annecy dans les premières années de la fondation : cette visite ne se fit jamais à Lyon.

b) L'article 6 : Des sorties des Sœurs, a subi une modification considérable. Il y est dit, en effet, que "les Congregations establies en tiltre de simple congregation pieuse ne sont point sujettes a la rigoureuse clausure... Celle ci sera neanmoins obligee a garder es­troittement celle qui est requise pour la conservation et bienseance de sa vocation. Et partant, les Seurs voyIees... ne sortiront point du tout, sinon pour des causes... de grande importance, selon qu'il sera advisé par l'Ordinaire..."

c) La suppression des articles 7 et 8 : Du retranchement des sorties, et Des sorties extraordinaires, qui figurent dans le Ms. K. Or, le 18 avril 1615 le Fondateur écrivait à la Mère de Chantal, à Lyon : " Prenés garde a retenir la liberté des sorties extraordinai­res : entre lesquelles, les Jubilés, la visite des proches malades, ouy mesme de quelques signalés bienfacteurs ou grand amy de la May­son, et mesme de quelque sermon, comme celuy de la Passion, doivent, ce me semble, estre reservees... " (L6, notes 829,831,874,880). A cette époque, donc, les articles 7 et 8 des Constitutions de 1613 étaient encore en vigueur.

d) L'article 13 : De la chasteté, paraît pour la première fois dans le Ms. P ; il commence ainsi : "Puisque le vœu fondamental de cette Congregation se fait expressement et formellement de la chasteté.".. Ce fut seulement le 20 novembre 1615 que les " Seurs establies " firent entre les mains de leur Fondateur ce vœu perpétuel, avec celui de " vivre a jamais en la Congregation... selon les regles et Constitutions d'icelle. " Le lendemain, elles les renouvelèrent solen­nellement pour la première fois; depuis lors, la rénovation fut fixée au 21 novembre. (L7, note 302).

e) Dans l'article 15 : De l' humilité, on trouve ces détails tou­chant la manière d'écrire des lettres (ils furent plus tard insérés dans le Coustumier) : " En s'escrivant, comme il pourroit arriver quand quelqu'une seroit envoyee pour dresser quelque Mayson... "} Et pour la façon de mettre l'adresse, l'exemple est à noter : " A ma tres chere Seur en N. S., Ma Seur Agathe Marcelline de Mon­martre, en la Congregation de la Visitation a Lyon " ou " Annessi ".

f) Le Formulaire de l'Oblation inséré dans le Ms. P prescrit pour la première fois la cérémonie du drap mortuaire, à laquelle Mgr de Marquemont fait allusion dans son Mémoire du 20 janvier 1616. La formule des vœux est ainsi conçue : " Je vous fay vœu de perpetuelle chasteté, et de vivre a jamais en obeissance et pauvreté en la Congregation de ceans, selon les regles et Constitutions d'icelle. " Cette phrase fut ensuite modifiée par le saint Fondateur, d'après l'avis de l'Archevêque de Lyon qui l'avait discutée dans son Mémoire.

g) L'article 45 : Du renouvellement et confirmation des vœux, marque les exercices préparatoires, les cérémonies à observer et même la manière d'écrire ce renouvellement dans le Livre du Cou­vent : autant de choses qui n'ont dû être réglées que peu avant la " Saint Martin ", 11 novembre, et peut-être écrites seulement après que le premier essai en avait été fait. A Lyon, la rénovation des vœux n'eut pas lieu, en 1615, le 21 novembre (L7, lettre du 13 décembre à la Mère Favre, note 297) ; il est bien permis de supposer que les dernières dispositions furent prises trop tard à Annecy pour que la Supérieure de Lyon en pût être avertie à temps ; autrement, elle n'eût pas manqué de se conformer à la première Maison de la Congrégation. - On pourrait multiplier les remarques et par là même les preuves en faveur de la date que nous suggérons : août-novembre r615 ; mais celles que nous venons de donner suffisent amplement.

Après le retour de la Mère de Chantal à Annecy (vers le 26 ou le 27 octobre 1615) et la visite de Mgr de Marquemont, le Saint dut se mettre de suite à l'œuvre pour revoir et corriger ses Constitu­tions qui avaient été le principal sujet des entretiens des deux Evêques. (L7, note 305). Celui de Genève put même com­mencer à les travailler en juillet, après être revenu de Lyon, mais assurément rien n'était encore définitif. Il écrit en effet le 16 ou le 17 août à sainte Jeanne de Chantal : " II faut attendre que nos Regles soyent bien appreuvees et la Mayson de Lion bien establie par [l'autorité de Mgr] l'Archevesque. " (L7, note 97). ­- Les Constitutions, revues, corrigées, augmentées et copiées furent envoyées promptement à Mgr de Marquemont, qui différa assez longtemps avant d'en écrire son sentiment au Fondateur, comme il le lui dit lui-même dans sa lettre du 20 janvier 1616. (L7, note 981). Elles auraient donc été expédiées à Lyon les premiers jours de décembre ou peut-être le 13, date d'une lettre du Saint à la Mère Favre.

A quelle époque remontent les corrections et additions faites au Ms. P par la Mère de Chantal ? - Elles sont postérieures à la ré­ception du Mémoire de Mgr de Marquemont ; il dut parvenir vers le 25 janvier 1616 à saint François de Sales, qui y répondit le 2 février. (notes 379,395 ; L7, note 367). Trois preuves suffiront.

a) Dans son Mémoire, l'Archevêque proteste contre les sorties même des veuves, pour l'arrangement des affaires de famille (note 383) ; dans notre Manuscrit, l'article 6 est complète­ment changé ; le nouveau texte est écrit par M. Michel Favre sur deux bandes de papier collées en sorte que le texte primitif reste visible.

b) L'Archevêque demande que les entrées " des proches parens en cas de maladie perilleuse " soient limitées aux " peres et enfans seulement " ; or, à l'article 3 : De la clausure quant a la forclusion des hommes, la sainte Fondatrice a biffé les mots : " freres et les oncles, freres des peres ou des meres " (voir note 419). Puis, à l'article 6, le nouveau texte renvoie pour ces entrées à l'ar­ticle 3.

e) Mgr de Marquemont note " que les paroles de l'oblation con­tiennent vœux de chasteté, pauvreté et obeissance, " et propose­de modifier la formule (note 391) ; le Fondateur se rend à ses désirs et corrige de sa main le texte du Ms. P. Nous avons donné ci-dessus, (note 342) le passage de la formule primitive, et voici celui de la nouvelle : " Je vous fay vœu de perpetuelle chasteté, et de ­vivre a jamais en cette vostre Congregation de ceans pour vous y servir en obeissance et pauvreté, selon les Regles et Constitutions d'icelle Congregation... "

Mais quelques lettres de la Mère de Chantal permettent de pré­ciser davantage la date des corrections du Ms. P. " Je vous prie, renvoyez-nous nos Règles; elles nous font grand' faute, " écrit-elle­ à la Mère Favre le 26 février 1616. (Lettres, vol. I, p. 89.) Et le 14 mars : " Notre bon Père ne peut mettre la main aux Règles qu'après Pâques, " 3 avril. (Ibid., p. 92.) Enfin, le jour même de Pâques elle mande à sa grande fille : " Vous les aurez, ces chères Règles, sans faillir, Dieu aidant, à la première commodité; mais non pas polies, car le bon Père n'en peut sitôt prendre le loisir, et je pense encore que pour nous reculer, il lui vient un ouvrage sur les bras du côté de Thonon. Il y mettra pourtant les choses nécessaires, essentielles, selon le Mémoire que vous avez vu." (Ibid., p. 98.) Le 14 avril, les Constitutions étaient entre les mains de la Mère Favre, comme l'indique encore une lettre de la Sainte : " Voyez celle que j'écris à ma Sœur de Gouffier, puis fermez-la bien, et lui .envoyez la Règle que vous ferez pour cela copier en toute diligence...Si ces gens d'Auvergne vous la demandent, envoyez-la-leur, avec conjuration qu'ils n'en fassent aucune copie, à cause que la dernière main du maître n'y a pas passé; mais rien pourtant ne s'y chan­gera de l'essentiel, ni de tous les exercices. " (Ibid., p. 99.)

Par ces diverses citations il est facile de conjecturer que le Ms. P lut corrigé par la Mère de Chantal et revu sommairement par saint François de Sales dans le courant de mars et dans la première semaine d'avril 1616.

II) Manuscrit Q

C'est un très beau Manuscrit, grand in-4°, de 110 pages; les trois dernières sont blanches et les trois qui les précèdent sont occupées par la Table des matières ; le premier feuillet, qui devait porter le titre, manque. Il est tout écrit de la même main, sauf de très rares corrections qui rectifient quelques erreurs du copiste. Ces correc­tions ne paraissent pas être de la Mère de Chantal ; elles sont faites, toutefois, par une femme. Les caractères sont gothiques et très soignés.

Cette rédaction est postérieure à la fondation du Monastère de Moulins, le troisième de la Congrégation :

a) La plupart des modifications proposées par la Mère de Chan­tal dans le Ms. P, sont faites dans le Ms. Q, comme nous l'avons dit ci-dessus..

b) Bon nombre d'articles se rapprochent beaucoup de la rédac­tion définitive.

c) A l'article 2, on remarquera la longue addition concernant la réception des veuves : recevoir seulement celles qui n'auront " pas les affaires qui tirent " à la longue et qui ne demandent pas " des frequentes sorties " ; - essai de six semaines avant de " tirer les voix " ; - si elles ont le consentement de la Supérieure et des Sœurs, on leur fera écrire leur admission, elles prononceront " le vœu de chasteté et de demeurer en la Congregation, " puis on les remettra pour une année à la Directrice, sans pourtant qu'elles " soyent tenues pour estre du cors de la Congregation, bien qu'elles soyent obligees d'en observer toutes les regles et coustumes "; - à la fin de l'année, si leurs affaires ne sont pas encore réglées, elles sortiront du Noviciat jusqu'à ce qu'elles soient " prestes a prendre l'habit, qu'on ne leur donnera point pendant qu'elles " ne pour­ront pas s'exempter de sortir, " et, par conséquent, elles ne seront pas " receues a l'establissement solemnel. " C'est encore ce que Mgr de Marquemont avait demandé dans son Mémoire (note 393).

d) L'article 6 reproduit la leçon du même article substituée à la précédente dans le Ms. P, mais avec ce titre : De la clausure des Seurs.

e) A l'article 40 : De la premiere reception de celles qui desi­reront estre de la Congregation, il faut signaler le modèle de l'acte que devront écrire les " femmes ou filles " qui, " ayant les voix pour la reception, " auront " besoin de retourner chez elles " pour affaires : " Je N., ayant instamment requis... d'estre receue en la Congregation de Nostre Dame de la Visitation de Moulins, ay receu cette grace de Nostre Seigneur que d'y estre admise... " etc.

f) Le 25 avril 1617 le Saint écrit à la comtesse de San Secondo : " Or, voyla les Regles de la Visitation " ; et le lendemain, à la pré­sidente Le Blanc de Mions, à Grenoble : " J'envoyeray les Regles de la Visitation au premier jour ; je les avoys fait des-ja transcrire, mais il les faut envoyer a Thurin, ou l'on pense a l'erection d'une Mayson puissamment. " (L7, notes 933,957).

A cette époque donc, non seulement les Constitutions avaient été retouchées et corrigées, mais encore mises au net. Saint Fran­çois de Sales ayant prêché à Grenoble l'Avent de 1616 et le Carême de 1617 ne put certainement pas s'occuper des " Regles " pendant ces stations ; aussi reste-t-il que la révision, commencée au mois d'août 1616, si elle n'était pas terminée avant la fin de novembre de la même année, dut s'achever en janvier de la suivante. Ainsi, les dates extrêmes de la rédaction du Ms. Q sont : août 1616-janvier 1617.

A partir de l'article 16e jusqu'au 45e inclusivement, de longs passages des Mss. P, Q sont répétés dans le texte définitif. Dans ce cas, une note en caractères italiques renvoie à celui-ci et les pas­sages en question sont omis.


DE LA FIN POUR LAQUELLE LA CONGREGATION DE LA VISITATION EST ERIGEE [412]

[ARTICLE PREMIER]

Plusieurs femmes et filles vertueuses, divinement inspi­rees, bien souvent aspirent a la perfection de la vie chres­tienne par le desir de consacrer tous les momens de leur vie a l'amour et service de leur Redempteur ; lesquelles nean­moins, ou pour l'imbecillité de leur complexion corporelle, ou pour estre des-ja affoiblies par l'aage, ou pour avoir des urgentes obligations d'ordonner de tems en tems les affaires temporeHes de leur mayson, ou bien en fin pour n'estre pas poussees et incitees a la recherche d'une vie rigoureuse, ne peuvent pas entrer es Religions austeres, et par conse­quent sont contraintes d'arrester au monde, emmi le tra­cas ordinaire d'iceluy, exposees aux perpetuelles distrac­tions, et aux occasions et dangers de pecher ou vivre sans devotion. En quoy, outre la perte qu'elles souffrent, elles sont dignes de grande compassion; car, qui n'auroit pitié d'une ame genereuse, laquelle ayant un extreme desir de se perfectionner et de vivre toute a Dieu, ne peut nean­moins presque bonnement le faire, faute d'avoir un cors asses fortet une complexion saine, la poursuitte qu'elle voudroit faire de la sainteté estant empeschee par le man­quement de la santé ? Et n'est ce pas grand dommage de voir une vefve qui n'aura peut estre d'affaires domestiques que pour ou huit ou quinze jours chasqu'annee, croupir toutefois et tremper tout le reste de sa vie dans les in­quietudes d'un mesnage, emmi les perilz de perdre a chas­que moment l'affection qu'elle aura a sa viduité ? Et n'est ce pas un secours fort a propos pour celles qui sont avan­cees en aage, de leur presenter une retraitte en laquelle elles se puissent mieux preparer pour estre retirees eternelle­ment au Ciel ?

Affin donq que telles ames pleines de bonne affection ayent des-ormais moyen en ces quartiers de deça de se retirer du monde, fuir les occasions et dangers de se per­dre, et s'appliquer doucement et parfaittement a l'exer­cice du divin amour, cette Congregation a esté dressee et procuree sur l'exemple de beaucoup d'autres, lesquelles, a mesme intention, furent instituees par le grand saint Charles et plusieurs autres Prelatz de grande authorité en Italie, et de celle que sainte Françoise fonda a Rome [413].

DES PERSONNES QUI PEUVENT ESTRE RECEUES EN CETTE CONGREGATION, ET DE LEURS QUALITÉS

ARTICLE 2

Non seulement les vefves ont eu acces a la pluspart des saintes Congregations du tems jadis, mais elles ont esté fondatrices de plusieurs d'icelles, comme il appert de sainte Paule, sainte Melanie, sainte Françoise et autres. Et quant a la derniere, en la Regle que saint Paul mesme luy dicta, il est expressement marqué que les dittes vefves fussent receues esgalement comme les vierges en sa Congregation (notes 10,369).

On pourra donq recevoir en cette Congregation les vefves desquelles les enfans sont hors de leurs maysons, comme aux estudes, aux cours et ailleurs, ou a l'education desquelz elles peuvent bien et deüement pourvoir par autruy, quoy que d'autre part elles fussent obligees d'avoir le soin general d'iceux et de leurs affaires, pourvu que tel soin ne requiere pas leur residence en leurs mesnages, ains puisse estre prattiqué et executé en peu de jours ; car, pour cest effect, telles vefves pourront prendre les commodités requises, avec le moins de distraction que faire se pourra.

[414] Faudra soigneusement prendre garde que telles vefves soyent bien appellees de Dieu et fort propres pour son service ; qu'elles n'ayent pas des affaires qui tirent beaucoup en longueur ni qui requierent des frequentes sorties ; que l'on leur face faire l'essay de six semaines avant que tirer les voix, au bout desquelles, si elles sont treuvees capables et qu'elles ayent le consentement de la Superieure et des Seurs, on leur fera escrire comme elles ont esté admises, ainsy qu'il sera marqué ci apres (art 40). On leur fera faire le vœu de chasteté et de demeurer dans la Congregation ; puis seront mises a la charge de la Direc­trice pour estre dressees et enseignees comme les Novices, ou elles demeureront une annee, sans que pourtant elles soyent tenues pour estre du cors de la Congregation, bien qu'elles soyent obligees d'en observer toutes les regles et coustumes. Que si dans cette premiere annee leurs affaires. ne sont expediees, on les retirera du Novitiat jusques a ce qu'elles soyent prestes a prendre l'habit, que l'on les y remettra pour encor un an ; car tandis qu'elles ne pour­ront pas s'exempter de sortir quelquefois pour le regle­ment des affaires de leur mayson temporelle, elles ne pren­dront point l'habit de la Congregation, ains demeureront en l'habit de leur viduité ordinaire, mais grandement mo­deste et simple ; ni ne seront point, par consequent, re­ceuës a l'establissement solemnel de la Congregation jusques a ce qu'elles soyent en liberté d'y demeurer et vivre sans sortir, comme les autres [415].

De mesme pourront estre receuës les vefves et filles qui pour l'infirmité de leur santé ne se peuvent ranger es: Monasteres plus severes, pourveu qu'elles ayent l'esprit et le cœur en bon estat et bien disposé pour vivre en obeis­sance et en la prattique de la devotion. On excepte nean­moins celles qui auroyent quelque mal contagieux et dangereux, comme les escrouelles, la lepre et autres semblables. Il ne faudra pourtant recevoir des personnes tellement infirmes qu'elles ne puissent en point de façon observer la regle, sinon qu'elles fussent de telle et [416] si grande consi­deration que l'on treuvast a propos de le faire. En suite dequoy ne sera permis d'introduire aucune sorte d'aus­terité dans la Congregation, sous quelque pretexte que ce­soit.

[417] Or, sur toutes les qualités requises a celles qui entre­ront, on doit rechercher qu'elles ayent une tres profonde­ resolution de mespriser le monde et de vivre humblement et doucement, avec une parfaite obeissance ; car cette Con­gregation n'ayant pas beaucoup d'austerités, ni des liens, si indissolubles comme beaucoup d'autres, ilfaut que la ferveur de la charité et la force d'une tres intime resolu tion supplee a tout cela [418], affin qu'en cette Congregation soit verifié le dire de l'Apostre (Col 3,14) qui asseure que le lien de la charité est le lien de la perfection.

DE LA CLAUSURE QUANT A LA FORCLUSION DES HOMMES

ARTICLE 3

Le principal point de la clausure des Congregations des femmes et filles est que leurs maysons soyent fermees aux hommes; et partant, les hommes n'entreront en façon quelcomque en la Mayson de cette Congregation, sinon pour chose necessaire et qui ne puisse estre executee que par l'entree d'iceux, pour laquelle il faudra encor avoir li­cence par escrit de l'Evesque ou de celuy qui sera commis de sa part.

Le confesseur, donq, medecin, apothicaire, cyrurgien, maçon, charpentier ou tel autre venant par necessité en la Mayson, il sera conduit au lieu ou il doit faire sa charge par deux des Seurs, lesquelles feront auparavant sonner une clochette, affin que l'on sache qu'il y a des hommes dedans, et que toutes les Seurs se retirent en leurs cham­bres et es lieux de leurs offices pour esviter d'estre veuës et rencontrees par ceux qui sont entrés.

Le medecin, apothicaire et cyrurgien feront tous-jours leur charge en presence de deux Seurs qui les accompai­gneront. Et quant au confesseur, tandis qu'il ouyra la confession des malades qui ne peuvent venir a la treille, ou qu'il donnera l'Extreme Unction, ou qu'il aydera les mourantes, il demeurera tous-jours en sorte qu'il soit veu des deux Seurs qui l'auront amené ; et, tant les uns que les autres, ayant fait le devoir de leurs offices, seront re­conduitz droit a la porte pour se retirer, et les Seurs qui auront la charge de cette conduitte, ni les amenant ni les ramenant, ne deviseront point avec eux, sinon pour res­pondre simplement de la disposition des malades.

Or, outre ceux-la qui pour telles urgentes necessités pourront entrer dans la Mayson, pour la consolation des plus proches parens des Seurs et attendu qu'il n'y peut avoir aucune apparence de mal, les peres et les [419] filz pourront entrer pour visiter leurs filles et meres, quand toutefois elles seront tellement malades qu'elles ne pour­ront descendre au parloir et qu'on jugera leurs maladies devoir estre perilleuses ; et s'il se peut bonnement faire, telz parens n'entreront qu'avec le confesseur ou medecin, affin qu'on ne multiplie pas les entrees. Mais sil ne se peut pas faire aysement, on observera a leur entree et visite ce qui a esté dit des entrees des confesseurs et medecins ; et que ce ne soit qu'une seule fois a chaque maladie que lesditz parens puissent entrer seulz, combien qu'avec le medecin et confesseur ilz puissent entrer plusieurs fois, .ainsy qu'on le jugera expedient. Et affin que l'entree pour les malades se face avec moins d'interest de la closture, on observera de faire les infirmeries en sorte que pour y :aller des la porte on ne passe point dans le dortoir, ains par les lieux moins sujetz au rencontre des Seurs.

[420] On n'appellera jamais le confesseur, medecin, apo­thicaire ou cyrurgien la nuit, sinon en cas de tres grande necessité et peril de mort. Et lhors, quatre Seurs, avec plu:sieurs lumieres, les iront recevoir et les accompaigneront tandis qu'ilz seront dans la Mayson, et les reconduiront, procurant qu'ilz sejournent le moins qu'il se pourra.

DE L'ENTREE DES FEMMES DANS LA MAYSON

ARTICLE 4

Ce n'est pas un point essentiel de la closture des May­sons des servantes de Dieu que les autres femmes ne puis­sent pas entrer, comme il a esté declaré en la Praeface [421].

Elles y pourront donq entrer non seulement en cas de ne­cessité, ains aussi pour l'utilité, consolation et edifica­tion de leurs ames. Mays pour autant que si l'acces leur estoit indistinctement permis, la paix des Seurs seroit grandement troublee, elles n'entreront que sous les condi­tions suivantes :

[422] Que ce soit avec licence par escrit du Pere spirituel de la Mayson.

Que ce ne soit pour prendre aucun repas, ni pour y arres­ter apres le soleil couché, s'il n'est expres porté par la li­cence.

Qu'a leurs entrees on observe ce qui a esté dit pour l'entree des cyrurgiens et medecins, horsmis que la Su­perieure pourra avec liberté faire entretenir celles qui entreront par les Seurs que bon luy semblera et es lieux qu'elle treuvera plus a propos, voire mesme pourra les admettre aux exercices de la Mayson, s'il y a apparence d'edification.

En tous cas, nulle des Seurs ne pourra parler a celles qui viennent de dehors qu'avec la licence de la Superieure, et non jamais qu'a la veuë d'une autre Seur ; bien que la. Superieure pourra permettre, quand il luy semblera bon,. que l'entretien se face sans que la Seur presente oye ce qui se dira.

On prendra garde que les femmes qui entrent ne trou­blent point le train ordinaire des exercices de la Mayson, et pour ce on n'en recevra que deux ou trois a la fois, sinon que pour quelque grande et extraordinaire occasion il y eust licence par escrit d'en recevoir davantage ; car autrement il y auroit danger de grande distraction et im­portunité.

Les jours de festes les femmes n'entreront point dans la Mayson, affin que les Seurs ayant communié puissent avoir plus de repos pour entretenir le celeste Espoux. On excepte neanmoins les femmes estrangeres qui en autre tems n'auroyent pas commodité de venir, comme aussi toutes les autres en cas de necessité spirituelle requise.

Il sera permis de recevoir en la Mayson, mesme pour y demeurer plusieurs jours, les femmes qui, pour se prepa­rer a faire des confessions generales, ou pour s'establir en l'amendement de leur vie, ou pour se fortifier et confirmer en la vertu auront besoin d'un peu de retraitte ; a la charge qu'estant entrees elles obeiront a la Superieure, sans sortir de la Mayson ni permettre, autant qu'elles pourront, d'estre visitees. Que si elles le sont, que ce soit au parloir et nullement en la Mayson ; car autrement leur retraitte seroit rendue inutile et serviroit de distraction a la Congre­gation. Or, celles cy ayant achevé leurs exercices pour les­quelz elles seront entrees, se retireront en paix, sans que pour l'hospitalité que l'on leur aura faite on leur de­mande aucune recompense temporelle; bien que si en sortant de la Mayson, ou mesme en entrant, elles donnent quelques aumosnes, on les puisse charitablement rece­voir, principalement si ce sont personnes de moyens.

Au demeurant, on doit observer de n'en recevoir pas tant en mesme tems qu'elles apportassent de l'empesche­ment. Et on leur fera leur logis a part, affin qu'elles n'entrent point dans les dortoirs ni aucun autre office de la Mayson, ni moins leurs filles de chambre, sans le congé de la Superieure; laquelle [423], par soy mesme ou par l'une des Seurs, leur fera toute assistence de conseil, livres et commodités propres au sujet pour lequel elles seront ve­nues, tesmoignant envers elles une tres cordiale charité de toute la Congregation.

En fin, il faut que les personnes du monde entrent en la Mayson en sorte que le monde n'y vienne point avec elles ; ce qui arrivera si les filles de la Congregation attirent par leurs devis, modestie et sainte contenance les femmes qui viennent, a parler chrestiennement et spirituellement, sans meslange de murmuration, curiosité ou autres entre­tiens superflus.

DE LA FAÇON DE PARLER AVEC LES ESTRANGERS

ARTICLE 5

Mays quant aux autres personnes, soit hommes ou fem­mes, auxquelles il est requis que les Seurs parlent au par­loir, on observera :

Premierement, que les Seurs jamais ne parlent qu'aux treilles [424]. 2. Que tous-jours celle qui parlera soit assistee d'une autre Seur qui puisse ouyr ce qui se dira, sinon que pour quelque respect la Superieure se contente que la Seur qui parle soit veüe et non ouye par celle qui l'assis­tera, laquelle, en ce cas, se retirera a part faysant quel­ que ouvrage, ou lisant quelque livre, ou priant Dieu. [425] Les Novices auront toute liberté de parler a leurs pa­rens proches en la façon susdite, comme au contraire on les tiendra exemptes de parler a tous autres, tant que faire se pourra. 3. Et toutes prendront garde de n'ouyr ni dire beaucoup de paroles inutiles, coupant court en toutes sortes de devis, si ce n'est a ceux qui regardent le prouffit spirituel.

(const 6) [426] Apres que l'Ave Maria du soir sera sonné, il ne sera plus permis d'ouvrir la porte ni d'aller au parloir, sinon pour quelque grande et absolue necessité.

[427] DE LA CLAUSURE DES SEURS

ARTICLE 6

Bien que les Congregations establies en tiltre de simple Congregation pieuse, tant a Romme mesme qu'es autres lieux d'Italie, ne soyent point sujettes a la rigoureuse et exacte clausure, en celle ci toutefois s'observera exactement la clausure prescritte aux Monasteres par le sacré Concile de Trente, selon la forme et teneur des paroles d'iceluy qui sont telles : " Or, a aucune des Religieuses soit loysible, apres la Profession, sortir du monastere, pour peu que ce soit, sous quel praetexte que ce soit, sinon pour cause legitime qui soit appreuvee par l'Evesque. Et quant a l'entree dans l'enclos du monastere, qu'il ne soit loysible a personne, de quelque qualité, condition, sexe ou aage qu'il soit, sans la permission donnee en escrit par l'Evesque" ou Superieur. " Or, l'Evesque " ou Superieur " doit seulement donner telle permission en cas necessaire."

Ce que neanmoins, quant a cette Congregation, sera entendu des Seurs qui seront voylees, les Seurs Servan­tes (Srs Tourières, note 257) pouvant sortir, comm'il se prattique mesme en Italie en plusieurs Monasteres (cf Préface); et sauf encor quant aux entrees des femmes, qui pourront estre permises non seulement pour l'absolue necessité, mays, de plus, pour l'utilité, selon quil a esté dit en l'article 4 ; comm'aussi pour le regard de l'entree des proches parens en cas de perilleuse maladie des Seurs, comm'il a esté dit en l'ar­ticle 3.

[428] La clausure n'exclud pas les Seurs de sortir dans le chœur des prestres pour parer l'autel, a condition quil ny ayt personne estrangere, et que la porte de la nef soit bien fermee [429]; laquelle nef, comme aussi la grande treille et le parloir se fermeront en dehors par les Seurs Ser­vantes qui en apporteront tous les soirs les clefz a la Superieure.

DE L'EMPLOYTE DU JOUR

ARTICLE 7

Despuis Pasques jusques a la saint Michel: elles se leve­ront a cinq heures, pour entrer en l'orayson mentale une heure entiere despuis cinq et demi jusques a six et de­mi [430] ; et sera ladite orayson sonnee en clochant seule­ment durant trois Pater et Ave, affin que toutes les Seurs ayent commodité de s'assembler. Or, elle se commencera par le Veni, Sancte Spiritus ; a la fin de laquelle se dira Prime a droitte voix. Apres quoy, elles feront [431] quelques exercices corporelz selon que la Superieure l'aura ordonné. Et pendant ce tems elles ne seront point obligees de s'as­sembler, sinon quand la Superieure l'ordonnera; et alhors chacune pourra parler, si bon luy semble, pourveu que ce soit avec modestie et devotion, pour la reverence de la Communion reelle ou spirituelle qu'elles auront a faire.

A huit heures elles diront Tierce en chant, et tout conse­cutivement Sexte a droitte voix ; apres quoy, toutes ouyront la sainte Messe, laquelle dite, on recitera None encor a droitte voix, horsmis les grandes festes et Di­manches qu'on la chantera. Cela fait, on fera l'examen l'espace environ d'un Miserere, et de la jusques au disner chacune se peut retirer ou bon luy semble, se recreant a faire quelque ouvrage.

Elles disneront a dix heures, et apres qu'on aura sonné le Benedicite toutes seront en silence jusques apres Graces, qu'elles entreront en recreation jusques a mydi ; des lequel jusques a Vespres elles se retireront et garderont silence, faysant leurs ouvrages, sauf qu'elles pourront dormir demi heure. A deux heures elles feront chacune demi heure de lecture en particulier.

Vespres se diront a trois heures a droitte voix, excepté le Magnificat et l'antienne de Nostre Dame qui se dit apres Vespres, qui se doivent chanter [432]. Vespres dites, les Seurs font leurs ouvrages de conversation, devisant de leur lecture et choses utiles jusques a Complies, qui se disent a cinq heures a droitte voix [433], excepté les grandes festes que l'on chante le Nunc dimittis ; et sont suivies des Letanies et d'une demi heure d'orayson mentale. Et des lhors elles seront en liberté pour relascher un peu leur esprit jusques a souper ou collation, qui se feront tous­jours a six heures [434].

Apres le souper elles entrent en recreation jusques au premier coup de Matines qui, en tous tems, se sonnera a huit heures et demi ; despuis lequel coup s'observe le si­lence jusques apres Prime du lendemain. Les Matines, qui se commenceront a huit heures trois quartz, seront suivies de l'examen de conscience, lequel estant achevé on lira la matiere de la meditation du jour suivant; apres quoy, toutes se retireront pour estre chacune couchee a dix heures precisement.

Es jours de jeusne, que l'on disne a onze heures, le si­lence s'observera despuis Tierce jusques apres Graces, et le silence de l'apres disné ne commencera qu'a une heure apres mydi.

Despuis la feste saint Michel, qu'elles se leveront seule­ment a cinq heures trois quartz, elles entreront a l'orayson demi heure apres le lever, selon l'ordinaire [435]. A huit heures et demi on dira Tierce, Sexte, la Messe et le reste a l'accoustumee. On disnera a dix heures et demi, et sou­pera a l'heure ordinaire ; mais le silence de l'apres disnéne commencera qu'a mydi et demi.

En Caresme, Vespres se diront a dix heures et demi, toutes a droitte voix, apres lesquelles se fait l'examen; et en ce tems la lecture ne se fait qu'a trois heures et l'assemblee a quatre. Complies se disent a droitte voix et a l'heure ordinaire, auxquelles on adjouste le Stabat chanté, suivi des Letanies a droitte voix et de l'orayson accoustumee.

(const 6) Et pour le regard de la lecture, si quelque Seur, en la faysant, se sent attiree a l'orayson, elle pourra suivre cet attrait, observant neanmoins de lire et retenir suffisam­ment pour fournir a l'entretien de l'assemblee qui se fait apres Vespres.

DES HEURES DE NOSTRE DAME, ORAySONS ET COMMUNIONS

ARTICLE 8

Elles diront le Petit Office de Nostre Dame au chœur, ou a droitte voix ou en le chantant, selon qu'il est marqué en leur Directoire de l'Office (note 78) fait expres pour elles; [436] observant de prononcer nettement et distinctement, faysant les pauses, mediations et accens avec grand soin et attention.

Elles seront promptes au premier son de la cloche pour aller au chœur avec gravité et reverence; et y estant, apres avoir fait la genuflexion devant le Saint Sacrement, elles se mettront a leur place avec un maintien le plus devot qui leur sera possible; et ne parleront jamais entre elles, sinon pour chose extremement urgente, ni ne sortiront que pour des necessités fort pressantes.

Si quelqu'une fait faute au chœur, personne ne la re­prendra sur le champ ; mais si elle se peut reparer, celles qui s'en appercevront la repareront doucement et sans s'en empresser ; comme par exemple: si celles qui com­mencent les Pseaumes avoyent pris l'un pour l'autre, les autres reprendront le Psalme laissé sans faire semblant de la faute. Majs celle qui l'aura faite, apres l'Office ira de­mander pardon, non tristement mays humblement, a la Superieure. L'Office fait, aucune ne se levera que le signe ne soit donné pour s'en aller.

Or, parce que les espritz humains ont accoustumé de prendre des secrettes complaysances en leurs inventions et nouveautés, mesme quand c'est sous le prretexte de la devotion et accroissement de pieté, et que neanmoins il arrive ordinairement que la multitude des Offices empes­che l'attention, gayeté et reverence avec laquelle on les doit faire, il ne sera point loysible a la Congregation, sous quel praetexte que ce soit, de se charger d'autres Offices ou prieres quelcomques ordinaires que des Heures de Nostre Dame, qu'on appelle le Petit Office, avec la varia­tion des seules antiennes, Chapitres, himnes, versetz, lnvi­tatoires et Oraysons es festes nommees ci dessus (Ms k, art 11), selon quil est porté au Formulaire de leur Office [437] ; et par ce moyen elles auront tant plus d'occasion d'apprendre a bien, distinctement et gravement dire, prononcer et chan­ter leur dit Office.

Au reste, les Seurs Servantes diront le matin, en lieu de Prime, Tierce, Sexte et None, douze Pater et Ave Maria, et le soir, en lieu de Vespres et Complies, sept; pour Matines et Laudes, dix (note 257). Mais elles ne manqueront point d'assister a la sainte Messe tous les jours, tant que faire se pourra.

(const 21) La sainte Communion se fera generale toutes les Dimanches et festes de commandement. Que si quelqu'une veut communier hors ces jours la, elle ne le pourra faire qu'avec l'advis du Confesseur et le commandement de la Superieure. L'on portera le tressaint Sacrement de quinze en quinze jours aux malades [438] qui ne pourront en point de façon aller au chœur [439].

(const 20) Quatre fois l'annee, d'environ trois moys en trois moys, la Superieure fera appeller quelque Confesseur extraor­dinaire, bien qualifié et bien experimenté, auquel toutes les Seurs se confesseront. Et outre cela, quand quelqu'une desirera de se confesser ou conferer de sa conscience avec quelque personne capable et de bonne condition, la Supe­rieure le permettra volontier.

DES LITZ ET HABITZ

ARTICLE 9

Elles s'habilleront le plus simplement que faire se pour­ra, tant en la matiere qu'en la forme, ainsy qu'elles sont maintenant, de robbes et cottes noires; et seront coëffees d'un voyle d'estamine noire, long jusques au dessous de la ceinture et qui leur couvre tout le visage, sans attiffetz, sans aucune façon, avec un bandeau noir qui couvre le front ; leurs colletz (note 262), avec leurs barbettes, de toyle mediocre, sans plis ni empois. Leurs robbes seront sans cors et un peu amples, pour pouvoir faire des plis estans ceintes. Les manches de leurs robbes, [440] longues jusques au fin bout des doigtz et larges en sorte qu'elles puissent ayse­ment tenir leurs mains et bras pliés l'un sur l'autre dans leurs manches ; et en somme, elles ne porteront rien qui ne ressente extremement la simplicité religieuse.

Leurs litz seront de mattelatz, et les tours d'iceux de simple estoffe brune, qui se feront en sorte que les Seurs couchant plusieurs en une chambre ne se puissent point voir l'une l'autre en se levant ou se couchant ; et pour cela les ouvertures des tours de lit ne seront point tour­nees l'une contre l'autre. Mays, tant quil se pourra, elles auront chacune leur petite chambre, et ne coucheront ensemble que pour l'extreme et inevitable necessité [441]

Et tant es litz et habitz comme en toute autre chose, on rendra tesmoignage d'un vray mespris du monde.

DU MANGER

ARTICLE 10

On pourra demeurer une heure entiere a table, affin que celles qui mangent lentement prennent leur refection a l'ayse ; et ce pendant, celles qui auront plus tost fait de­meureront attentives a la lecture, en attendant la fin de la table. On mettra le pain et le reste sur table si propre­ment et nettement qu'aucune des Seurs n'ayt besoin de racler, pincer ou rendre quelque tesmoignage de delica­tesse particuliere.

Aucune ne mangera ni boyra hors le repas sans congé, qu'elles demanderont avec humilité et confiance quand elles en auront necessité.

Chacune lira et servira a la table a son tour, voire mesme 1a Superieure (note 264), sauf si quelqu'une pour avoir la voix foible ou pour ne sçavoir pas promptement lire semble devoir estre exceptee. Or, cette lecture doit estre tous­jours commencee par un article de la Regle [442], faite [443] distinctement et clairement, avec des justes pauses de periode en periode, affin que toutes les autres estant en silence entendent sans peyne ce qui se dira. Que si celle qui aura cette charge prend le soin de prevoir la lecture qu'elle devra faire pour s'en bien acquitter, elle fera chose aggreable a Dieu.

L'une des Seurs qui auront mangé a la premiere table demeurera pour faire la lecture a la seconde, selon que la Superieure ordonnera (note 313).

La Superieure dira les Graces et Benedicite des clercz dans le refectoir a droitte voix, quant a la premiere table ; mais quant a la seconde, on ne dira que le petit Bene­dicite et les petites Graces, et l'office s'en fera par celle qui sera la premiere de la table selon l'ordre de cette an­nee la, et la leçon ne se continuera que jusques a moytié table [444].

Outre les jeusnes commandés par l'Eglise, elles jeusne­ront toutes les veilles de Nostre Dame [445] et celles de Pentecoste, de l'Ascension, Trinité et Feste Dieu, et tous les vendredis despuis la feste saint Michel jusques a Pas­ques, sinon qu'en ce jour la se celebrast quelque feste de commandement, car en ce cas le jeusne seroit remis au samedi ; que sil estoit encor feste le samedi, le jeusne ne se feroit point cette semaine la. Et les autres vendredis se fera une simple abstinence au souper.

Avant le Benedicite et apres, les Seurs pourront faire les mortifications permises, a l'accoustumee [446].

[447] Les Seurs estant entrees a table, nulle ne despliera sa serviette ni ne mettra la main au pain ni au cousteau que la Superieure n'ayt donné l'obedience disant : " Au nom de Dieu. " Et taschera on non seulement d'observer le silence, mais de faire le moins de bruit quil se pourra; que si quelque Seur a besoin de quelque chose qu'elle puisse faire entendre par signe, elle n'employera point les paroles pour cela.

Aux collations, pour le Benedicite et pour les Graces on dira l'Ave Maria avec le signe de la Croix, et pourra on manger environ troys onces de pain, avec un peu de fruit cuit ou crud.

DU PARLER, DES RECREATIONS ET DES CONVERSATIONS QUI SE FONT ENTRE LES SEURS

ARTICLE 11

Sinon que la Superieure permette a quelques unes de se separer des autres au tems de la recreation, elles demeure­ront toutes ensemble pour s'entretenir (en faysant nean­moins leurs ouvrages) de quelques propos et devis sainte­ment joyeux, avec paix, douceur et simplicité, sans pour­tant loüer leurs maysons, races et familles, ni murmurer ou mespriser personne, tant des particulieres en general, que des nations et provinces.

Mais en toutes leurs autres conversations elles observe­ront de parler utilement et modestement.

Elles ne joueront point en quelque sorte de jeu que ce soit, ni n'auront point dans la Mayson d'oyseau de recrea­tion, ni des chiens, escurieux ou telles bestes d'amuse­ment (note 68).

DE L'OBEISSANCE

ARTICLE 12

L' homme obeissant, dit l'Escriture Sainte, dira les victoires. Or, cette Congregation estant comme une petite armee dressee contre la vanité du monde, affin que com­battant heureusement elle puisse rendre conte a Nostre Seigneur et a Nostre Dame de plusieurs belles victoires, elle doit estre establie en une parfaite obeissance; et pour cela, toutes les Seurs obeiront exactement, fidellement et sans reserve a la Superieure, ne faysant chose quelcomque que par son ordre [448].

Tous les messages, donques, et lettres qui entreront et sortiront luy seront premierement rapportés, affin qu'elle les permette ou retienne, ainsy que bon luy semblera; horsmis les lettres que les Seurs escriront au Superieur et Superieure absens, car celle qui demeurera en la place de la Superieure par maniere de lieutenante ne verra point telles lettres addressantes aux Superieurs, bien que tous­jours on luy doive demander licence pour leur escrire et faire cachetter les lettres par celle qui a le sceau de la Mayson (note 47). Que si quelque Seur vouloit les monstrer, il faut que ce soit en sorte que les autres ne s'en apperçoivent pas, affin de ne tenir point leurs espritz en contrainte [449].

(const 9) Apres la recreation du soir, avant que d'aller a Ma­tines, toutes se presenteront devant la Superieure qui leur commandera les choses requises pour ce soir la et pour la matinee suivante ; comme de mesme, apres la recreation du disner, elle leur ordonnera ce qui se devra faire jusques au soir. Que sil ny a rien a commander, elle leur recomman­dera simplement la mutuelle dilection les unes envers les autres, avec la sainte paix de Nostre Seigneur.

Cela fait, les Seurs qui n'auront rien a proposer se retire­ront. Mays celles qui ont quelque charge des affaires de la Mayson pourront demeurer avec la Superieure pour l'ad­vertir des choses qui seront necessaires ; dequoy on ne parlera point devant les autres Seurs, affin de laisser leur esprit en plus grande tranquillité et liberté.

En toutes occasions ou il sera requis de dispenser de la Regle ou moderer les exercices, la Superieure en aura le pouvoir, laquelle neanmoins sera grandement attentive pour observer la discretion, affin de n'estre ni trop ployable ni trop imployable; mais es choses d'importance elle prendra tous-jours l'advis du Pere spirituel.

Aucune n'entreprendra de faire des jeusnes, disciplines ou autres telles austerités qu'avec le congé de la Superieure; laquelle treuvant des filles de bonne et forte complexion leur en permettra quelques unes avec discretion, comme la discipline, et celles qui auront congé, la feront toutes en­semble le vendredi [450].

La Superieure estant malade, absente ou tellement occu­pee qu'elle ne puisse exercer l'office de la superiorité, l'Assistente tiendra sa place, et luy portera on le mesme respect et pareille obeissance qu'a la Superieure. Et toutes deux estant malades ou occupees, comme il a esté dit, la Superieure commettra la charge a celle laquelle, selon Dieu et en conscience, elle estimera estre la plus propre pour la bien exercer. Que si elle ne la commet, il s'entendra qu'elle laisse la plus ancienne Surveillante ; et celle la sera estimee la plus ancienne qui sera venue la premiere en la Congre­gation.

DE LA CHASTETÉ

ARTICLE 13

Puisque le vœu fondamental de cette Congregation se fait expressement et formellement de la chasteté et conti­nence perpetuelle, il n'est point besoin de declarer combien toutes les Seurs y sont obligees ; car, en un mot, elles doi­vent estre toutes a Dieu leur Espoux, de cœur et de cors, en toute honnesteté, pureté, netteté et sainteté, en esprit, en paroles et en œuvres, par une angelique conversation.

DE LA PAUVRETÉ

ARTICLE 14

Tout ce qui sera apporté et donné a la Mayson sera par­faitement reduit en communauté, sans qu'aucune aye ni puisse avoir chose quelcomque, pour petite qu'elle soit, en proprieté particuliere ; ains une chacune Seur entrant en la Congregation et faysant son vœu et Oblation, resignera et renoncera en faveur de la Congregation, mettant es mains de la Superieure l'usage, usufruit et libre disposition de tout ce qu'a sa contemplation sera apporté, donné et remis, assigné a ladite Congregation.

[451] Chasque Seur ayant traitté des affaires necessaires a sa reception et entretenement en la Congregation, selon quil sera advisé par le Pere spirituel et la Superieure (ce qui se fera tous-jours avant la reception de l'habit, sil se peut), elles renonceront, le jour avant leur vœu et establis­sement, a toutes les pretentions qu'elles peuvent avoir au monde, en la meilleure façon que le Pere spirituel et la Superieure adviseront par conseil. Que si lhors elles ne sont en l'aage requis pour faire valablement ledit renoncement, elles le ratifieront ou referont quand elles auront l'aage de vingt cinq ans [452].

Et faudra observer exactement qu'en la Congregation il n'y ayt aucune proprieté ni particularité de chose quel­comque, pour petite qu'elle soit; ni que la Mayson soit meublee de meubles mondains et superflus, comme tapis, tapisseries, miroüers, bagues, anneaux [453] et vaisselle d'ar­gent, si ce ne sont cuillers pour les malades [454]. Ce qui ne s'entend pas pour l'eglise, laquelle pourra estre ornee et embellie autant que les moyens et facultés des Maysons le porteront ; lesquelles Maysons on ne devra beaucoup enri­chir, ains tesmoigner l'amour de la sainte pauvreté, mesme: es rentes, revenus et bastimens.

Et affin que toutes affections qui pourroyent naistre dans le cœur des Seurs soyent retranchees, et qu'on vive en la Congregation avec une parfaite abnegation des choses exte­rieures et de toute proprieté, [455] on ne servira pas une Seur de ce qu'elle aura apporté en la Mayson ou de ce qu'on auroit donné a sa contemplation ; ains indiffe­remment, sans distinction quelcomque, on distribuera les robbes, voyles, linges et toutes autres choses selon le ren­contre et sans faire aucun choix, ni entrer en considera­tion quelcomque sinon de la necessité de chacune des. Seurs. Ce qui s'observera si exactement, que ni les chape letz mesmes, medailles reliques, et images, ni les litz, ni les chambres ne demeureront point tous-jours aux mesmes Seurs, ains seront changees toutes ces choses entre les Seurs au commencement de chasque annee, en cette sorte [456].

La veille de la Circoncision, lhors que l'on tire les billetz des Saintz, on escrira en chasque billet le nom de l'un des Saintz que l'on veut tirer, et de l'autre costé on marquera par nombre quelqu'une des chambres ; et mettra-on sur une table, par ordre, les chapeletz, Agnus Dei et reliques des Seurs. Puis, chacune tirera son billet et prendra sa chambre et (k) ce qui est dedans, et les chapeletz, reli­ques, croix, images et Agnus Dei selon le nombre qui sera marqué en leur billet ; comme, par exemple : celle a laquelle sera escheu le nombre de 4, prendra la chambre quatriesme, avec tout l'emmeublement, et le chapelet, croix, reliques et images qui sera le quatriesme en ordre sur la table (note 53). Le (1) tout se fera avec devotion et reverence, pour l'amour du Saint qu'on aura tiré, et pour imiter en quelque sorte, par cette circoncision des menues affections qu'on pourrait avoir, celle de nostre (m) Sauveur.

Toutefois, si les Seurs qui ont beaucoup a escrire, comme l'Œconome, tiroyent quelque chambre trop obscure, on pourroit, par l'ordre de la Superieure, pourvoir a cette ne­cessité, comme aussi a celle de quelque Seur melancholi­ que qui auroit besoin de beaucoup sejourner dedans sa chambre et a laquelle le medecin jugeroit en devoir estre donné une qui fut bien aeree.

En fin, si ce n'estoit qu'a cause de la diversité des sta­tures et tailles on ne se peut pas servir des robbes de mesme grandeur, il serait expedient qu'on en fist de mesme comme des chapeletz et croix; neanmoins, tous les habitz estans sans façon et tous d'estoffes viles, il n'y a pas de l'apparence qu'aucune y doive avoir de la particuliere affection.

Et pour oster le scrupule des reliques, les Seurs doivent croire qu'elles serviront de protection pour toutes estans communes entre toutes ; et celles d'un Saint qu'une Seur portera, n'auront pas moins de vertu pour toutes les Seurs que si une chacune les portait, puisque celle qui les porte les a de la part de toutes et pour le bonheur de toutes. Telle est la force de la communauté et de l'union charitable.

DE L'HUMILITÉ

ARTICLE 15

La Superieure aura par tout le premier rang, mays elle ne laissera pas pourtant de faire tous les exercices com­muns de l'humilité en tous les services de la Mayson, bal­liant et lavant les escuelles, nettoyant les malades a son tour comme les autres. Et quant au reste des Seurs, quelz offices qu'elles ayent, elles ne tiendront aucun rang, sinon en ce qui regarde leurs charges ; comme, par exemple, l'Assistente ne precedera les autres qu'au chœur, sinon en l'absence de la Superieure. La Directrice sera la derniere des Seurs establies [457], pour estre la premiere en teste des Novices.

Au demeurant, la veille du premier jour de l'an, chacune prendra son ordre selon le nombre qui se treuvera au billet de son Saint (const 5), horsmis la Superieure. Comme, par exemple: celle qui aura le nombre 3 ira la troysiesme par tout, horsmis, comme il a esté dit, si elle estoit officiere ; car alhors, es choses de sa charge elle precedera. Item, celle qui se treuvera deposee de Superieure, laquelle pour une annee ira la derniere, bien que la Superieure l'employe pour se conseiller es occurrences et que toutes luy doivent porter le respect en toutes autres occasions.

Or il faut noter qu'entre tous les billetz des Saintz il y en doit avoir un ou il n'y ayt point de nombre, qui sera tous-jours pour la Superieure; en sorte que si quelqu'autre Seur tire ce billet sans nombre, elle le changera avec celuy que la Superieure aura tiré, c'est a dire elle mettra sur son billet le nombre qui est escheu a la Superieure, et pren­dra le rang, la chambre et le chapelet selon ce mesme ordre.

Ainsy donq, les premieres seront faites comme les der­nieres, et les dernieres comme les premieres (art 18). Mais hors de la, les jeunes honnoreront les vielles, encor que les jeunes soyent venues devant elles en la Congregation, et les vielles, reciproquement, n'useront d'aucun mespris; ains toutes, avec une genereuse et noble humilité, se previen­dront mutuellement les unes les autres en honneur et respect, ainsy que l'Apostre l'ordonne.

Quant aux dames de dehors qui entrent dedans la May­son, on les fera marcher devant toutes les Seurs, apres la Superieure. Que si elles sont Religieus.es, de quelqu'Ordre que ce soit, la Superieure les fera marcher devant elle, sinon qu'elles fissent trop de resistence.

En s'entreparlant les unes aux autres elles n'useront point du terme de Madame, ni en escrivant aussi; ains simplement elles s'appelleront ma Seur, sinon la Superieure, laquelle, pendant sa charge, elles appelleront ma M ere. Et n'useront point du mot de Vostre Reverence, ains seule­ment de celuy de Vostre Charité et de Vostre Dilection.

S'escrivant les unes aux autres, comme pourroit arriver quand quelques unes seroyent envoyees pour dresser quelque Mayson, ou celles d'un lieu escrivant a celles d'un autre [458], elles feront l'inscription de cette sorte :

A ma tres chere Seur en N. S.

Ma Seur Agathe Marcelline de Montmartre, en la

Congregation de la Visitation

a Lyon, ou a N. (Annessi)

Et si c'est a la Superieure: A ma tres chere M ere en N.S.

Ma Seur N., Superieure de la Congregation de la

Visitation de N.

Au commencement de la lettre, pour salutation, elles mettront: VIVE JESUS ! Elles se souscriront

simple­ment, les Seurs les unes aux autres : Vostre tres humble et indigne Seur et servante ; et aux Superieures, au lieu de Seur, elles mettront fille ; et les Superieures, tant aux Superieures qu'aux autres, elles n'useront que du mot de Seur et servante. Et se signant, elles mettront aussi simplement leur nom, en cette sorte : Angelique Marcelle de la Montaigne, de la Visitation ; et au bout : Dieu soit beni.

Escrivant aux Praelatz elles mettront: Vostre tres hum­ble et tres obeissante fille et servante en N. S. ;

et a tous les prestres : Vostre humble fille et servante en N. S. ,. et aux autres Religieux ou cclesiastiques qui ne sont pas prestres : Vostre humble seur et servante en N. S.

Et quant aux seculiers et mondains, elles useront des motz de tres humble et tres obeissante servante ;

envers tous les grans, horsmis aux Princes dans les Estatz et terres desquelz elles habitent, qu'elles adjousteront oratrice et sujette. Elles useront indistinctement envers tous du mot de servante en N. S.;. et selon la distinction des personnes elles mettront : humble, bien humble, plus humble et tres humble, suivant leur qualité.

Et en somme, tant en leur langage qu'en leur maintien, elles seront humbles de cœur et de fait, honnorant un cha­cun librement et simplement. Mais elles n'escriront point de [459] lettres de compliment, sur tout les Novices, si ce n'est pour des occasions grandement legitimes, comme de condoleance avec les parens ; et que ce soit d'un stile pieux et devot.

DE LA CORRECTION

ARTICLE 16

(Pour le premier alinéa de cet article, voir ci-dessus, note 95, celui du texte définitif de la Constitution XXV qui reproduit la leçon des Mss. P, Q.)

……………………………………………………………………………………

de la nommer a la Superieure.

Affin que l'amendement se face plus grand en la Congre­gation, la veille de la Circoncision, apres qu'on aura tiré les Saintz, chasque Seur demandera a la Superieure un'ay­de ; et la Superieure donnera a chacune une compaigne pour cette annee-la, leur enjoignant a l'une et a l'autre d'avoir soin particulier a s'exciter a l'amour de Dieu et a se corriger l'une l'autre de leurs defautz en esprit de douceur et de charité, sans faire aucune autre particula­rité ensemble, sinon de s'admonester paysiblement. Et lhors elles se prieront aussi entre elles mesmes l'une l'autre de faire soigneusement cet office reciproque ; [460] ce qu'elles prattiqueront fidellement, sans monstrer aucune sorte de degoust, difficulté ou mesfiance, se gardant, en cette sorte d'entretien comme aussi en tout autre, de parler de l'imperfection d'autruy.

Et parce que la coustume que les Surveillantes et mesme toutes les Seurs facent les advertissemens et corrections des fautes qu'elles auront remarquees, au refectoir apres Graces, est de grand prouffit, elle sera gardee et observee.

DU CHAPITRE

ARTICLE 17

Le samedi, toutes les Seurs, sans qu'aucune s'en puisse excuser, si ce n'est pour cause extremement grande, tant celles qui sont establies que les Novices [461], s'assembleront au Chapitre ; et apres avoir dit le Veni, Sancte Spiritus, la Superieure lira quelques advis tirés de quelque livre devot, ou un article de la Regle, et dira tout ce qui luy sem­blera devoir estre dit pour le bien spirituel de la Congrega­tion. Que si quelqu'une des Seurs avoit quelque chose a proposer sur le mesme sujet, elle le dira a l'advantage a la Superieure, laquelle, pour ayder sa memoyre, fera une petite liste de tout ce qu'elle aura a desduire.

Apres que cela aura esté fait, celles qui voudront dire leurs coulpes pour plus grande humilité, le pourront faire, et on les corrigera doucement et amiablement, sans toutefois extenuer leurs fautes.

Et attendu que c'est la parole de Dieu qu'en toutes assemblees qui se feront en son nom il sera [462] au milieu (Mt 18,20), les Seurs doivent assister a celle ci, qui est vrayement faite en ce tressaint nom, avec grande reverence et devotion, s'imaginant de voir Nostre Seigneur au milieu d'elles, par l'ordonnance et inspiration duquel leur sont dites et enseignees plusieurs choses necessaires a leur perfection ; c'est pourquoy elles les doivent conserver soigneusement en leur esprit, pour les reduire par apres en prattique.

DU COMPTE DE TOUS LES MOYS

ARTICLE 18

Tous les derniers jours du moys les Seurs rendront comp­te sommairement et briefvement a la Superieure de leur avancement ou defaillance en l'orayson, douceur, humilité et simplicité; non point pour se consoler, mais pour re­prendre force, et s'abbaisser devant Dieu et devant celle qui tient la place d'iceluy parmi elles.

Le premier jour de Gommunion de chasque moys, une chacune fera a part soy le renouvellement de son vœu et Oblation a la fin de l'orayson du matin ; et a cet effect, chas­que Seur aura en escrit la forme du vœu et Oblation signee de sa main, qu'elle lira alhors. Et affin que cela se face avec plus de fruit et d'utilité, on advertira les Seurs des la veille, a l'obedience du mydi, affin qu'elles se preparent ainsy quil est convenable [463].

Comm'aussi une chacune lira la Regle tous les moys, avec pareille devotion que si alhors elle leur estoit donnee nouvellement ; et Dieu leur donnera tous-jours des nou­velles lumieres par la lecture d'icelle.

DES OUVRAGES

ARTICLE 19

Les ouvrages que les Seurs prendront a faire des gens de dehors seront receus par la Superieure ou celle qu'elle deputera, sans qu'aucune autre ayt a traitter de cela…………………………………….

(Pour la suite de l'alinéa, voir ci-dessus, note 69, texte définitif de la Constitution XIVe, avec la variante.)

Et que l'on ne se mesle point des affaires du monde, ne prenant aucune commission de vendre ou acheter pour les estrangers et gens de dehors [464]……………………………………………..

(La suite est, dans le Ms. Q, conforme au texte de 1619; voir ci-dessus,note 69, et les variantes. Le dernier alinéa, qui n'est pas donné dans le Ms. P, se termine ainsi :)

…..elle les advertira et fera advertir, comme il est dit des autres fautes et coulpes.

DE LA RECEPTION ET DISTRIBUTION DES MOYENS DE LA MAYSON

ARTICLE 20

Les denrees seront receues par l'Œconome, qui en tiendra Conte de moys en moys a la Superieure, en presence de la Portiere. Mays l'argent sera deposé en un coffre a trois clefz, dont l'une sera gardee par la Superieure, l'autre par la plus ancienne des Seurs et la troysiesme par la seconde selon l'ordre de reception ; et sera tenu. …………………………………………………………………………

(La suite est conforme au texte définitif, Constitution XXVII, sauf que les mots : " lequel estat... Visite" de l'avant-dernier alinéa de celle-ci ne se trouvent pas dans les Ms. P, Q. Voir ci-dessus note 102 et variante.)

DE LA MODESTIE

ARTICLE 21

Que les Seurs, en toutes leurs actions, observent une grande tranquillité, simplicité et modestie, fuyant le faste et appareil des contenances mondaines et affectees. Que leur parole soit humble et basse, leurs yeux.

………………………………………………………………

(Voir la suite au texte définitif, Constitution XXIII notes 88,91, et variante.)

Qu'elles ne s'interrompent point les unes les autres lhors qu'elles parlent ensemble, et specialement lhors qu'elles font la conference des lectures et que l'on parle de chose serieuse.

Qu'elles gardent la netteté et bienseance religieuse en leur habit, sans toutefois aucune affectation ni curiosité.

[465]Si quelqu'une manque par oubli ou negligence a ce qui est de sa charge, celle qui s'en appercevra l'en pourra ad­vertir , non par forme de remonstrance, ains comme la faysant resouvenir et la remettant en memoire. Mays celle qui sera ainsy advertie le doit prendre en bonne part et tesmoigner d'en sçavoir gré.

Estant adverties en Chapitre ou refectoir de leurs de­fautz, elles recevront avec humilité l'advertissement, sans replique ni excuse, et n'en parleront point hors de la,. ni d'aucune autre chose qui s'y face ou dise ; ains garderont la reverence deüe a toutes telles actions, mortifications et humiliations, non seulement faites de leur propre mou­vement, mais aussi lhors qu'elles sont enjointes ou qu'elles leur sont faites par la Superieure, les regardant avec estime, comme des moyens inspirés de Dieu pour leur avancement.

Quand on fera la correction a quelque Seur ou que l'on la mortifiera……………………………….

(Voir la suite ci-dessus, texte définitif,note 92, et la remarque (h).)

Parlant aux seculiers, elles ne parleront aucunement de ce qui se fait en la Mayson, sinon que ce fust chose qui peust servir d'edification.

Elles n'entreront point es chambres les unes des autres sans licence [466] et sans advertir celle qui est dedans, heur­tant premierement a la porte et attendant qu'elle die : " Entres, au nom de Dieu." Et tandis qu'elles seront plu­sieurs en une chambre, faute de logis, elles ne remueront point les besoignes les unes des autres sans s'advertir [467].

DES ENSEIGNEMENS POUR LES SECULIERS

ARTICLE 22

Les Seurs s'essayeront es festes et Dimanches d'at­tirer les filles et femmes de la ville au lieu preparé pour cela, affin de leur enseigner familierement les exercices de pieté : comme de l'examen de conscience, de la preparation du matin, de bien dire le Chapelet et la Couronne et de bien prier Dieu, pourveu que cela se face hors de l'heure du Catechisme et du sermon [468]. Et pour cet office, la Superieure nommera au commencement de l'annee quelqu'une des Seurs qu'elle jugera propre pour cela ; lesquelles exer­ceront cette charge avec humilité, simplicité et modestie, enseignant d'abord a celles qui leur viendront parler, de n'apporter point les nouvelles de la ville et autres telz entretiens inutiles.

[469] DU PERE SPIRITUEL DE LA lIiAYSON

ARTICLE 23

Ces Congregations demeurant sous l'authorité ordinaire des Evesques, elles leur demanderont, une chacune au lieu ou elle est establie, un Pere spirituel, lequel de la part de l'Evesque prenne garde a ce que les Regles soyent bien observees et qu'aucun abus ne s'introduise; visite la May­son une fois l'annee, assisté d'un compaignon meur d'aage, discret et vertueux; se treuve aux eslections de la Supe­rieure et du Confesseur ordinaire ; donne les licences aux femmes d'entrer en la Mayson ; signe les causes des sorties extraordinaires des Seurs quand elles arriveront, et les entrees des hommes, selon quil a esté dit ci dessus (art 3 et 6) ; et que a luy, tant la Superieure que les autres Seurs puissent avoir recours ou il sera besoin d'une speciale providence. Mays quant a la Visite, il serait expedient qu'elle se fist par l'Evesque mesme, avec l'assistance du Pere spirituel.

Donq, il doit estre homme de grande vertu et bien re­conn en docte, expert et de grande charité, affin quil sache conduire la Congregation sans se lasser de la peyne que, sans prouffit temporel, il aura en cette sainte besoigne.

DES JEUNES FILLES QUI SERONT RECEUES DANS LA MAYSON POUR Y ESTRE INSTRUITES

ARTICLE 24

On ne pourrar ecevoir qu'une fille a la fois, et qui ayt pour le moins passé douze ans, qui ayt quelque inclination a l'estat religieux, ou qu'au moins leurs parens veuillent bien qu'on la luy donne.

DES OFFICIERES DE LA MAYSON ET PREMIEREMENT DE LA SUPERIEURE

ARTICLE 25

Comme l'ame et le cœur respandent leur assistance, mouvement et action par toutes les parties du cors, aussi. la Superieure doit animer de sa charité, de son soin et de son exemple tous les membres de la Congregation, vivi­fiant par son zele toutes les filles qui sont en sa charge,.procurant que les Regles soyent observees le plus exacte­ment quil se pourra, et que la mutuelle charité et sainte amitié fleurisse en toute la Mayson. Et pour cela elle ouvrira sa poitrine maternelle et amiable a toutes ses. filles esgalement, affin qu'en toute confiance elles y ayent recours en leurs doutes, scrupules, difficultés, troubles et tentations.

Elle commandera a une chacune des Seurs et a toutes en general par des paroles et des contenances graves, mais douces et humbles, et avec un cœur plein d'amour et de desir du prouffit de celles a qui elle commande.

Elle tiendra les yeux attentifz sur ce petit cors de Congregation, affin que toutes les parties d'iceluy respirent la paix, la concorde, l'union et le service amoureux de ­Jesus Christ. Et partant, lhors qu'une fois le moys les Seurs luy rendent conte de leurs ames, elle les examinera,. s'enquerant discrettement de l'estat present de leur esprit, pour, par apres, les ayder, exciter, corriger et soulager..

[470] Elle considerera specialement la Directrice et les. Novices, affin que cette pepiniere soit bien cultivee en la vie spirituelle.

Elle prouvoira avec un soin particulier a la necessité des­ malades et, tant qu'il luy sera possible, les servira de ses propres mains es maladies de consequence. Elle eslevera avec un amour maternel les Seurs………………………………………………………

………………………………………………………………………………………..

(Voir la suite de l'alinéa au texte définitif de la Constitu­tion XXIX, ci-dessus, note 103)

[471] En suitte dequoy elle prendra garde de porter la main aux necessités des Seurs……………………..

………………………………………………………………………………………………………..

(Reprendre au texte définitif, note 103, et voir la va­riante note104).

Qu'elle ne concede pas aysement a pas une un usage plus frequent des Sacremens que celuy qui est porté par la Regle (art 8), de peur qu'en lieu d'une amoureuse et respectueuse Communion, il ne s'en face plusieurs par imitation, ja­lousie, propre estime et vanité.

[472] Qu'elle ayt un grand soin de faire continuer toute la Congregation a dire l'Office tres devotement. et a faire les exercices spirituelz de l'orayson, meditation, exa­men de conscience, preparation du matin, oraysons jacu­latoires, lecture et continuelle presence de Dieu, affin que la reformation de l'homme exterieur ne soit pas sans celle de l'homme interieur, et que la Congregation connoisse tous-jours que l'union des ames avec Dieu est sa princi­pale fin, les filles d'icelle ne se retirans pas du monde seule­ment pour fuyr les peynes et travaux, perilz et dangers de damnation qui y sont, mais aussi, et principalement, pour estre tirees, jointes et unies de plus pres et plus fortement a leur Sauveur et Createur.

Elle aura un soin tres particulier que les filles et femmes ne soyent jamais receües en la Congregation que leur voca­tion ne soit bien espreuvee et qu'aucun respect humain n'entre point en la consideration de leur reception, ains la seule inspiration. Et partant, que pour le moins on les face arrester six semaines dans la Mayson avant que leur donner l'habit du novitiat, ainsy quil sera dit ci apres (art 41) [473].

Qu'elle procure que le Pere spirituel allant dehors, laisse sa charge entre les mains d'un autre bien qualifié.

[474] Qu'elle ayt un grand soin d'empescher que rien ne soit en la Mayson et rien ne s'y face qui ne soit conforme a la [sainte] [475] pudicité et pureté, a la parfaite pauvreté et a l'exacte obeissance ; et partant, si quelque Seur avoit un peu trop d'inclination a converser avec les seculiers, principalement si c'estoit jeunes gens vains et mondains, quoy qu'ilz fussent de profession ecclesiastique ou reli­gieuse, qu'elle luy en retranche toutes les commodités. Et quant aux conseilz spirituelz ou communications de conscience, comme la Superieure les doit librement per­mettre, aussi doit elle prendre garde qu'elles se facent saintement et [476] avec des personnes dignes d'estre em­ployees a cet office angelique. [477] (note en marge).[478]

Elle procurera que les Seurs ayent chacune sa chambre, ou du moins son lit separé, avec les tours ouvertz a la fa­çon qui a esté ci dessus dit (art 9) [479].

Que jamais on ne face aucun proces sans premierement faire rechercher la partie d'une voye amiable, et que l'on n'ayt eu l'advis du Pere spirituel et de quelques uns des principaux amis de la Mayson et des mieux entendus, les­quelz conseillans d'entrer en proces, la Congregation se tiendra grandement sur ses gardes a ce que rien ne se passe de son costé par animosité, contention et passion, ni en paroles, ni en escritures, ni en œuvres. Et en cas de perte de proces, que la Superieure et toute la Congrega­tion s'abstienne de toute murmuration, jugemens teme­raires et paroles piquantes contre les juges ni mesme contre la partie.

Qu'elle ne change ni innove rien d'elle mesme, mais si elle connoist qu'il soit necessaire de le faire, qu'elle en confere avec le Pere spirituel pour suivre son conseil. Que si elle a. besoin elle mesme d'estre dispensee de la Regle, elle le pourra faire de sa propre authorité, sinon en chose de con­sequence qu'elle recourra au Superieur ou Pere spirituel. Et que, au demeurant, elle reçoive si humblement et dou­cement les advis et remonstrances qui luy seront donnés, que les Seurs puissent avoir une juste confiance et liberté. de l'advertir ou faire advertir es occurrences, selon qu'il sera dit ci apres (art 39).

En somme, la Superieure se doit tenir si bien aupres de Dieu, qu'elle soit le miroüer et le patron de toutes vertus parmi les Seurs, et qu'elle puise dans le sein du Sau­veur la force et lumiere dont elle a besoin.

DE L'ASSISTENTE

ARTICLE 26

[480] En toutes les occasions esquelles la Superieure ne pourra pas estre presente, l'Assistente tiendra le pouvoir et la place d'icelle, et par consequent sera soigneuse …………………………………………

(Voir la suite à la Constitution XXXII du texte définitif)

……………………………………………………………………………………………

devotement observees en tout l'Office. Que si quelque Seur commet des manquemens pour ce regard, ell'en ad­vertira au Chapitre affin quil y soit remedié ; mays si ce sont des manquemens reparables promptement, comme de prendre un Psalme pour un autre, ou un ton trop haut ou trop bas, ou semblables accidens, elle les reparera sur le champ. .

Elle donnera ordre aux lectures, et pour cela elle aura les livres en charge, qu'elle tiendra en bon ordre, et les distribuera selon que la Superieure luy dira, quant aux Seurs establies ; mais quant aux Novices, selon que la Directrice ordonnera, [481] escrivant en un petit roolle a qui elle les a donnés, et particulierement si la Superieure en faysoit prester hors de la Mayson. Que s'il y a des livres qui ne soyent pas propres a la Congregation, elle en adver­tira la Superieure affin que l'on s'en desface.

Elle deputera toutes les semaines les lectrices et celles qui serviront, tant a la premiere que seconde table, et corrigera les defautz de celles qui liront, si elles lisent trop precipitamment, ou qu'elles ne prononcent pas bien, ou qu'elles facent quelqu'autre manquement; mays elle fera la lecture de la meditation du lendemain, qui se fait le soir (note 111), elle mesme.

Elle advertira la Superieure des diversités des tems qu'il faut prendre pour les Offices, pour le lever et manger, du renouvellement des vœux et autres telles choses.

Elle aura un particulier soin du zele de la Regle et ad­vertira la Superieure des manquemens qui surviendront ;……………………………………………………………………..

(Vair la suite au texte définitif, note 110)

…………………………………………………………………………………………………….

avec l'advis de l'Œconome et des deux Surveillantes, en advertissant par [482] apres la Superieure si tost quil se pourra bonnement faire.

Elle prendra garde si toutes les Seurs vont aux exercices spirituelz et si elles observent le bon ordre requis a la Confession et Communion.

Elle visitera le soir les portes qui ont leur issue dehors de la Mayson pour voir si elles sont bien fermees ; et visitera aussi les Seurs apres qu'elles seront retirees, pour sçavoir sil leur faut point quelque chose.

Elle sonnera la retraitte en hyver un quart d'heure apres Matines , affin que les Seurs ayent le loysir de se chauffer un peu [483].

DE LA DIRECTRICE

ARTICLE 27

(Voir le texte définitif de la Constitution XXXIII, note 114)

…………………………………………………………………………………………………..

eslever les Novices de vertu en vertu, comme des futures es­pouses du Filz de Dieu.

Or, les enseignemens qu'elle leur donnera seront princi­palement de la fin pour laquelle elles se doivent estre re­tirees du monde, qui est affin de s'unir plus parfaitement a Dieu ; que non seulement elles sont entrees en la Congrega­tion pour se retirer du monde, mais pour se retirer et se­parer d'avec elles mesmes, mortifians leurs sens exte­rieurs et encor plus leurs passions interieures, rappellant toutes leurs forces [484] au service de Nostre Seigneur, par une chasteté tres parfaite, une pauvreté et despouillement de toutes choses tres entiere, et par une obeissance et ab­negation de toute propre volonté; et que, en somme, toute la Congregation est fondee spirituellement sur le mont Calvaire, pour considerer Jesus Christ crucifié pour l'amour de nous, affin que toutes les Seurs apprennent a crucifier leurs sens, passions, inclinations et humeurs pour l'amour de luy.

Elle exercera donq les Seurs Novices en l'humilité, obeis­sance, douceur, modestie …………………

(Voir la suite au texte définitif, note 114)

…………………………………………………………………………………………………….

comme aussi a bien employer les Confessions et Commu­nions; puis a bien lire, prononcer, reciter et chanter les Offices, avec toutes les contenances et bons maintiens qu'on doit observer tant au chœur qu'en toutes autres occurrences. Et ne fera pas moins en tout ce qui a esté dit pour les Seurs Servantes que pour les autres, autant que leur capacité le permettra.

Elle fera que les Novices prennent l'esprit d'un amour tres affectionné envers un chacun, pour prier Dieu pour le salut de tous ; mays specialement envers l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine et tous les Prelatz et officiers d'icelle, priant souvent et faysant leurs exercices spirituelz pour l'exaltation de la foy catholique et pour la conversion des infideles et pecheurs, comme aussi pour tous les Princes chrestiens, et specialement pour ceux es provinces des­quelz la Congregation se treuve erigee.

Elle leur annoncera souvent la sincere dilection envers tous les Ordres de Religion qui sont en l'Eglise de Dieu, affin que non seulement elles prient pour iceux, mais qu'el­les apprennent a les estimer et respecter cordialement. Mais surtout ………………………………………………………….

(Voir la suite au texte définitif, note 114)

……………………………………………………………………………………………….

mays une devotion puyssante, courageuse, relevee et uni­verselle, maniant neanmoins differemment les cœurs des Novices selon la diversité de leurs espritz, affin de les former toutes selon le bon playsir de Celuy au service du­quel elles sont dediees. Que si elle en treuve, comme il pourroit arriver, specialement entre les Seurs Servantes, qui ayent le cœur un peu plus rude et agreste, mais pour­tant la volonté bonne, en sorte qu'il y ayt bonne esperance de les pouvoir apprivoyser et polir, elle usera d'un amour tout particulier a leur endroit, affin d'avoir de la patience, tolerance et perseverance a bien cultiver leurs espritz.

Les Novices, tant les unes que les autres, s'addresseront a la Directrice en toutes leurs necessités, et si ce sont necessités d'importance ou consequence, elle en advertira la Superieure ; mays pour les menues necessités auxquelles la Directrice peut prouvoir par elle mesme, elle le fera sans en donner la peyne a la Superieure.

Elle prendra garde a ne point s'amuser aux apparences des vertus et bonnes inclinations des Novices, mais pene­trera, tant quil luy sera possible, le fond de leur ame, affin qu'elle sache discerner de quelle main il les faut conduire.

On la deschargera tant qu'il sera possible de toutes les autres affaires de la Mayson, affin qu'elle puisse tant mieux vaquer a celle cy qui est si importante. Que s'il y a quelque jeune fille, selon qu'il a esté dit ci dessus (art 24), en la Mayson, ell'en aura aussi le soin et la charge, faysant mesme essay de la bonté et souplesse des Novices en leur ordonnant d'enseigner et servir ces jeunes filles selon leur capacité.

Les mercredis apres Prime, elle fera l'assemblee du No­vitiat en forme d'un petit Chapitre, ou les Novices diront leurs coulpes, desquelles elle les corrigera, les instruisant et mortifiant selon le sujet ; et ..

………………………………………………………………………………………………………

(Pour la fin de cet article, voir le texte définitif,note 115)

DE LA PORTIERE

ARTICLE 28

[485] La Portiere doit estre grandement discrette pour respondre sagement a ceux qui viennent a la porte, pour faire les responses et messages qui viennent en la Mayson et en sortent, pour faire doucement attendre les personnes :auxquelles on ne peut pas donner satisfaction sur le champ et pour conduire les femmes qui entreront, en sorte que les Seurs en soyent le moins incommodees que faire se pourra.

Or, elle n'ouvrira jamais a personne sans la licence de la Superieure, [486] prendra place dans le chœur proche de la porte, pour sortir plus a propos quand il sera besoin d'aller a sa charge.

Estant a la porte pour y attendre quelque chose, elle priera. ou lira. ou fera quelqu'ouvrage.

EUe verra ce qui sort de la Mayson et ce qui y entre, escrira que c'est, si c'est chose d'importance. Ne pouvant exercer sa charge pour quelque empeschement, advertira la Superieure affin qu'elle y pourvoye.

Appellant une Novice pour aller au parloir, elle en advertira la Directrice.

Les Seurs estant es Offices, en l'orayson et a table, elle s'excusera de les appeller, si ce n'est pour chose pressee et de grande importance.

Elle rendra toutes les lettres qui arriveront a la Supe­rieure, et n'en fera point sortir, ni autre chose, sans son ordre.

Quand l'aumosne se donnera, elle procurera que ce soit promptement ; et quand elle ne se donnera pas, elle ren­voyera les pauvres avec humilité et charité.

Si quelque estrangere arrive en la Mayson, elle en ad­vertira l'Œconome, affin qu'elle pourvoye a leur traitte­ment, et remettra entre ses mains tout ce qui sera donné [487].

Elle tiendra netz les lieux proches des portes, avec quel­que image et eau benite aupres d'icelles.

S'il se donne quelque aumosne a la Mayson, elle en fera le recit le soir, apres la recreation, affin que l'on prie pour les bienfacteurs.

Qu'elle soit courte en paroles avec ceux qui vienrlront a la porte, ne s'enquerant d'aucunes nouvelles non neces­saires.

Elle ne laissera point les clefz a la porte, et les rendra tous les soirs a la Superieure.

Elle n'ouvrira jamais la porte estant seule, si ce n'est aux Seurs Servantes [488].

Elle ne recevra aucune chose pour retirer en la Mayson sans le congé de la Superieure.

Elle ne fera aucun message de dehors aux Seurs, ni des Seurs a ceux de dehors sinon par l'ordre de la Superieure, ou bien de la Directrice en ce qui regarde les Novices.

Elle n'usera d'aucune authorité sur sa compaigne, ains s'en servira simplement pour servir de tesmoin a ses ac­tions et l'assister a fermer de bonne heure les portes.

DE L'OECONOME

ARTICLE 29

[489] Une des Seurs aura le soin de toute la Mayson comme Œconome generale d'icelle, laquelle, avec une fidelité et allegresse toute particuliere, entreprendra cette charge a l'imitation des saintes dames qui suivirent Nostre Seigneur et les Apostres pour leur administrer les choses requises a la vie temporelle (notes 118,343), embrassant la diligence et ferveur de sainte Marthe, mais fuyant son trouble et son empres­sement.

Elle communiquera donq de tems en tems, et selon que les occurrences le requerront, de toutes les necessités de la Mayson avec la Superieure, pour prendre l'ordre et l'inten­tion d'icelle, affin de l'executer.

Elle fera toutes les provisions de la Mayson en leurs tems et saysons, les faysant retirer promptement

………………………………………………………………………………………….

(Voir la suite au texte définitif de la Constitution XXXVl, note 118)

………………………………………………………………………………………………….

Elle ordonnera a la Despensiere de moys en moys ce qu'il faudra pour la table, et regardera toutes les semaines ce qu'elle luy aura mis en main, affin que tout soit tenu en bon ordre.

Qu'elle prenne garde au moys de febvrier et au moys d'aoust que rien ne manque pour les vestemens de l'hyver et de l'esté.

Elle tiendra un inventaire de tous les meubles de chasque ()ffice et procurera que chasque officiere en ait un particu­lier de ce qui est de sa charge, qu'elle fera revestir chasque annee en l'une des visites generales qu'elle fera de toute la Mayson.

Elle distribuera les besoignes, comme de filer et coudre, aux Seurs selon les occurrences ; et toutes les besoignes faites luy seront remises, affin qu'elle les mette sur son conte.

Elle fera un roolle de tout ce que les Novices apporte­ront en la Mayson, qu'elle leur fera signer si elles le sçavent faire ; si moins, la Superieure le signera.

………………………………………………………………………………………..

(Suivent trois phrases conformes au texte de 1619; voir ci­-dessus, note 120)

………………………………………………………………………………………………………

Elle aura soin particulier que les Seurs Servantes ne soyent point trop chargees de besoigne, et que les jours des festes elles prennent tems de venir aupres d'elle lire les Regles, s'entretenir de choses spirituelles et [s'exciter] a la devotion selon leur capacité.

DE L'INFIRMIERE

ARTICLE 30

(Voir le texte définitif, Constitution XXXI X, note 126. Deux seules variantes entre celui-là et le M s. Q: ligne : " al­loyent de bien loin... "; ligne : " approcher les litz sur les­quelz... ")

……………………………………………………………………………………………………….

[490] propres et bien ornees d'images, feuillages et bouquetz, selon que la sayson le permettra, et que rien ne sejourne autour des malades qui puisse rendre de la puanteur ; ains au contraire, si les medecins le permettent, quil y ayt tous-jours des bonnes odeurs.

(const. 39) Elle sollicitera celles qui apprestent pour les malades de bien suivre les heures ordonnees par le medecin, duquel elle recevra et taschera de bien entendre toutes les ordonnances, et mesme les marquera dessus ses tablettes pour les faire suivre de point en point, sans rien changer.

Elle s'essayera de donner aux malades toute confiance, sans acquiescer toutefois a leurs volontés en ce qui leur pourroit nuyre.

DE LA SACRISTAINE

ARTICLE 31

(Le premier alinéa est conforme au texte définitif de la Cons­ditution XXXVIII ; voirnote 123)

…………………………………………………………………………………………………..

Elle preparera le vin et l'eau purs et netz pour la sainte Messe, fera raffraischir soigneusement l'eau beniste tous les Dimanches.

Elle advertira la Superieure sil arrive quelques prestres estrangers pour dire la Messe, et leur demandera s'ilz ont permission de l'Evesque.

Si quelqu'un venant a la sacristie veut parler d'affaires, elle l'envoyera a la porte, sinon que pour la qualité des per­sonnes il fust mieux d'advertir la Superieure.

Elle sonnera tous les Offices, les Messes et les Ave Maria a propos.

Elle advertira de bonne heure le Confesseur s'il y a des Confessions et Communions a faire. [491]

Elle ira le matin, avant que de sonner l'orayson, par toutes les celles des Seurs pour voir si quelqu'une, par incommodité, ne peut pas venir a l'Office ; et si elle en treuve, elle en advertira la Superieure.

Et parce que les particularités du soin que doit avoir la Sacristaine pour la proprieté et bien seance de toutes les choses sacrees qui sont en sa charge sont en trop grand nombre, on luy en doit faire un Directoire a part qu'elle ayt tous-jours devant les yeux, en le lisant fort souvent, affin de ne point manquer a tout ce qui sera prescrit, toute la Congregation ayant interest que cette charge soit passionnement bien exercee.

Elle ne s'arrestera a parler avec le chapelain ordinaire, ni moins avec les autres prestres qui viendront a la sacris­tie, que justement des choses requises pour l'exercice de sa charge.

DE LA ROBIERE

ARTICLE 32

(Même texte que celui de 1619; voir note 126, et variantes, sauf trois légères différences.. ligne : " un grand soin et les... " Ms. Q -ligne : " Elle en fera..." -ligne 18 : " leur establissement. " Mss. P, Q.)

DE LA LINGERE

ARTICLE 33

La Lingere doit avoir le mesme soin des linges que la Robiere a des habitz …………………….

(Voir la suite au texte définitif, note 126. Deux petites variantes.. ligne : " Elle les serrera... " Ms. Q - ligne : " et pour le reste..." Mss. P, Q.)

DE LA REFECTORIERE

ARTICLE 34

Celle ci doit tenir proprement tout ce qui regarde les meubles du refectoir et preparer toutes choses a propos ; dequoy luy doit estre fait un Directoire comme aux autres.

DE LA DESPENS1ERE

ARTICLE 35

(Conforme au texte de 1619; voir plus haut, note 128 et va­riante. Dans leMs. P, les phrases : "Elle fera les portions... Elle fera un roolle... " sont encadrées et barrées.)

[492] DES SEURS DE LA CUYSINE

ARTICLE 36

Les Seurs employees a l'office de la cuysine …………………………………………………………..

(Voir la suite au texte définitif. premier alinéa de la Consti­tution XLl, note 1289). ……………………………………………………………………………………………..

Elles feront neanmoins les exercices spirituelz selon quil y aura plus ou moins a faire [493] et que la Superieure leur ordonnera …………………………………………………………………..

(La suite est conforme au M s. de 1618 (D); voir plus haut, note 130 et les variantes)

……………………………………………………………………………………………………

Toutes deux seront esgales en cet office et s'entr'ayde­ront mutuellement en paix et charité ; et lhors que le loysir le permettra, elles iront l'une apres l'autre, alterna­tivement, au chœur et aux autres assemblees de la Com­munauté.

Elles tiendront conte de tous les meubles servant a la cuysine, tant linges qu'autres, et le rendront quatre foys l'annee a l'Œconome.

DES SEURS SERVANTES

ARTICLE 37

[494] La Congregation recevra le moins qu'il sera possible des Seurs Servantes, et semble bien que deux seront esgalement necessaires et suffisantes pour tout ce qui est requis au service de la Mayson.

Or, la Superieure prendra garde que celles qu'on prendra………………………………………

(Voir la suite au texte définitif. Constitution XLII, note 130. A la ligne 5. les deux Manuscrits ont : " l'observance des Regles. ")

…………………………………………………………………………………………………..

comme les honnestes femmes de leur qualité originaire, a la façon du lieu ou est la Congregation, sans aucune autre difference, sinon qu'elles [495] seront vestues simplement et modestement de noir, sans ouvrages ni mignardises quelcomques, avec une croix d'argent pendue a leur col comme les autres Seurs.

Elles demeureront deux annees au novitiat, passé les­quelles elles seront establies en la Congregation comme il sera dit ci apres (art 44).

Elles observeront les silences et jeusnes comme les autres, communieront toutes les Dimanches et bonnes festes, di­ront leurs Pater et Ave marqués ci dessus (art 8), assisteront a la lecture de la meditation et a l'examen qui se fait apres Matines, prenant l'obeissance avec les autres. Les festes et Dimanches ne se treuvant pas occupees, elles assiste­ront a Vespres. Bref, autant que les occupations auxquelles elles sont destinees le permettront, on les rendra con­formes en meurs, en exercices et en affection aux autres

Seurs de la Congregation.

[496] Personne ne leur commandera que la Superieure et l'Œconome, et celle a qui la Superieure l'ordonnera, hormis la Directrice, tandis qu'elles seront Novices, en ce qui regarde le Novitiat (const 42). Et tant la Superieure que les autres leur commanderont avec amour et les appelleront leurs Seurs, se resouvenant que, quoy qu'elles servent a l'exte­rieur, elles ne laissent pas, selon l'interieur, d'estre filles de Dieu, coheritieres de Jesus Christ, esgales en nature et en la praetention de la grace et de la gloire aux plus grandes dames du monde; et qu'en fin, comme dit saint Paul, elles et nous n'avons qu'un seul Maistre, Jesus Christ, esgalement Seigneur et Sauveur des unes et des autres.

Quand donq elles seront malades, la Superieure et l'In­firmiere les traitteront ne plus ne moins que les autres en toutes sortes de services et en toutes occasions, de quel­que necessité corporelle et spirituelle qu'elles puissent avoir. La Superieure leur ouvrira son sein maternel comme au reste des Seurs, allegeant leur travail corporel par ce soulagement spirituel.

Quand elles sortiront pour faire les provisions………………………………………………………

(Voir la suite au texte définitif, note 136))

……………………………………………………………………………………………………..

sortir; ni parler ou [497] s'amuser par les rues, sinon pour les affaires qu'elles y auront.

Qu'elles n'apportent nulle sorte de nouvelles de la ville, ni messages, lettres ou recommandations, sinon a la seule Superieure.

(const 43) Qu'elles ayent une grande fidelité a faire les negoces, .. et qu'elles rendent conte tous les soirs a l'Œconome [498].

DES SURVEILLANTES

ARTICLE 38

La Superieure choisira deux Seurs qui, avec elle, pren­dront garde aux fautes et manquemens qui se commet­tront, pour les luy faire sçavoir et conferer avec elle des remedes convenables; voyre mesme, quand la Superieure l'ordonnera, elles pourront proposer les fautes et manquemens en plein Chapitre, avec modestie et simplicité. Mays la Superieure n'ordonnera [499] jamais cela qu'avec meure et grande deliberation ……………………………………………………………………………………

(Voir la suite au texte définitif de la Constitution XXXlV, ligne 15. Légères variantes des deux Manuscrits ; ligne : " qu'elles auront reconnuees..." - ligne : " avec toute sousmission " -ligne : " de ce qui aura esté traiteé...")

DE LA COADJUTRICE DE LA SUPERIEURE

ARTICLE 39

(Cet article est reproduit textuellement dans le Ms. D et l'édition de 1619. Voir ci-dessus, Constitution XXXV, et variantes.)

:DE LA PREMIERE RECEPTION DE CELLES QUI DESIRERONT ESTRE DE LA CONGREGATION

ARTICLE 40

On ne recevra aucune fille pour entrer en la Congrega­tion qui n'ayt seize ans accomplis, qui ne sache lire et qui ne tesmoigne un grand desir de la perfection de la vie chrestienne. Et quant aux moyens requis pour l'entrete­nement, on y advisera de tems en tems selon les commodités ou (a) incommodités de la Mayson [500].

Or, quand quelque fille ou femme ……………………………………

(Voir la suite au texte définitif, Constitution XLIII )

……………………………………………………………………………………………….

et si la Superieure avec la pluspart des Seurs s'accordent a la reception, on en donnera promesse a la praetendante, du [501] tout neanmoins ayant prealablement pris l'advis du-Pere spirituel, qui, de son costé, s'enquerra des con­ditions de la fille, affin de mieux conseiller les Seurs en cette occurrence…………………………………………………………………………

(La suite est conforme au texte définitif, note 136, sauf qu'après le mot " tendres ", les Mss. P, Q, ajoutent : " et embesoignees ".)

……………………………………………………………………………………………………

Comme encor on se gardera, tant qu'il sera possible, de prendre celles qui sont trop adonnees a la tendreté et com­passion sur elles mesmes ; [502] car, pour dire un mot de ce malheur qui est souvent secret, telles femmes remplis­sent ordinairement une mayson de pleurs, de plaintes, de doleances, et font a tous propos des mines melancholiques et despiteuses et se treuvent fort souvent descouragees au bien, leur estant advis que les difficultés soyent des impossibilités et que tout ce qui n'est pas a leur goust est insupportable ; et pour maintenir leur cause, forment quan­tité de tristes et scandaleuses raysons contre la Regle ou contre la conduitte de ceux qui gouvernent. Que si on les reprend de leurs molles et ennuyeuses humeurs, elles les redoublent, murmurant qu'on est sans charité si on ne va pleurer et gemir avec elles pour les plaindre et lamenter, et protester qu'elles ont bien du sujet de s'affliger. Que si elles sont malades et qu'on ne s'embesoigne a prescher la grandeur de leur mal et a courir ça et la pour amasser tous les remedes qui leur viennent en fantasie, c'est alhors qu'elles s'estiment miserables et negligees et qu'a leur advis tout le monde est sans pitié. Et en fin, cette espece de gens est tous-jours a guetter et considerer si on fait rien plus pour les autres que pour elles, leur amour propre suggerant a leur fantasie qu'on ne fait jamais tant pour elles comme il seroit requis : imperfection feminine, propre pour troubler, amollir et allentir toute une trouppe. [503]

Quand quelque femme ou fille ayant les voix pour sa reception aura besoin de retourner chez elle ou chez ses parens pour quelque affaire, on luy fera escrire et signer de sa main, au Livre de la reception des Novices, ce qui s'ensuit :

" Je, N., ayant instamment requis et demandé d'estre receue en la Congregation de Nostre Dame de la Visitation de Moulins, ay receu cette grace de Nostre Seigneur que d'y estre admise, par le consentement de touteladite Congregation, ce jourd'huy (note 412)..."

DE L'ENTREE DES NOVICES

ARTICLE 41

La praetendante ayant asseurance de sa reception, pourra, quand la Superieure l'ordonnera, entrer dedans la Mayson pour faire le premier essay avec ses habitz ordinaires, esquelz elle demeurera pour le moins six semaynes, pour essayer derechef et considerer…………………………………………….

(Voir la suite au texte définitif de la Constitution XLIV, note 137 ; le Ms. Q porte : " une' confession entiere... ")

…………………………………………………………………………………………

Or, les six semaines estans passees et la Seur praetendante estant bien preparee, on luy donnera l'habit du Novitiat, un jour de feste, en cette sorte.

Le matin, le Pere spirituel estant preparé comme pour dire Messe (horsmis qu'en lieu de la chasuble il portera une chappe), et s'estant assis sur une chaire au milieu de l'autel, ayant le visage tourné du costé du peuple, avec le bonnet en teste, ou bien la mitre si c'est l'Evesque, la postulante prosternee a genoux tout vis a vis de luy, au bas du degré, les Seurs chanteront le Veni creator Spiritus. Ce qu'estant fait, celuy qui fait l'office interrogera la praetendante, disant ou en latin ou en françois, selon quil luy semblera plus a propos : Filia, quid petis ? Ma Fille, que demandes vous ?

Et elle respondra : Unam petii a Domino, hanc requiro : ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitre meae (Ps 23,4).

Ou bien en françois : Une chose ay je demandee au Seigneur, c'est celle que je requiers : que j'habite en la mayson du Seigneur tous les jours de ma vie.

Apres cela on benit les habitz, l'Evesque, ou celuy qui fait l'office se retournant du costé de l'autel, a teste nue, et disant :

V&. Adjutorium nostrum in nomine Domini.

………………………………………………………………………………………………

(Voir ci-dessus le Formulaire définitif de la Vêture, note 198 sq, jusqu'à la fin du second Oremus.)

……………………………………………………………………………………………………………..

Apres cela, on asperge de l'eau benite et on encense tant les habitz que les voyles, puis on donne les habitz et les voyles aux Seurs qui sont dedans leur chœur ; et celuy qui fait l'office estant assis et couvert, met en main a la postu­lante un cierge allumé, disant :

Accipe, Filia charissima, lumen corporale in signum luminis interioris, ut lumine divinae sapientiae illustra­ta, cum fervore Sancti Spiritus, Jesu Christi, Ecclesiae Sponsi, aeternum consortium merearis.

Ou bien en françois :

Prenes, ma tres chere Fille, la lumiere corporelle en signe de la lumiere interieure, affin qu'illustree de la lumiere de la sapience divine, vous merities la societé de Jesus Christ, Espoux de l'Eglise, avec la ferveur du Saint Esprit.

Apres cela il se leve a teste nue, disant :

OREMUS

Beatœ et gloriosœ semperque Virginis Mariœ, quœsumus, Domine, intercessio gloriosa nos protegat, et ad vitam perducat œternam.

Et se recouvrant et asseyant, il donne la benediction a la postulante, disant :

Benedicat te Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus, et exaltet te in sanctitatem et dilectionem, et impleat omnes petitiones tuas. Qui vivit et regnat Deus in sœ­cula sœculorum. Amen.

Cela fait, la postulante se leve debout, tenant les yeux baissés et sa chandelle allumee entre ses deux mains join­tes, jusques a ce que la Superieure ou l'Assistente, avec la Maistresse des Novices, viennent se mettre l'une deça, l'autre dela la postulante ; et estans toutes troys de rang, elles font la genuflexion devant l'autel, puis emmenent gravement la postulante dedans leur chœur, la faysant entrer la premiere ; ou estans arrivees, la postulante s'age­nouille a la treille a l'endroit de la porte, et les Seurs ac­commodent [son rabat [504] ] ou goderon en sorte qu'il luy puisse estre facilement osté ; puis l'Evesque l'ostant du tout, dit : .

Exuat te Dominus veterem hominem cum actibus suis .

Puis il luy met le voyle blanc, disant :

Induat te Dominus novum hominem, qui secundum Deum creatus est in justitia et sanctitate veritatis.

Et alhors, l'Evesque la nomme par son nom, disant par exem­ple :

Non amplius vocaberis Paula [505], sed Paula Maria.

Ou en français :

Vous ne seres plus appellee Paule, mais Paule Marie.

Cela fait, les Seurs luy ostent sa robbe et ses vestemens mondains, avec la plus grande bienseance qui se peut, et ce pendant chantent le Psalme (Ps 132) :

Ecce quam bonum, [etc.]

Gloria Patri et Filio, etc.

Apres quoy, on met la nappe pour la Communion ; l'Evesque oste la chappe, se lave les mains et prend la chasuble, puis dit la Messe, si bon luy semble avec la mitre.

Que si l'Evesque veut, il pourra benir les habitz avant toutes choses.

La Messe estant achevee, la Novice sera conduite au novitiat, ou elle escrira elle mesme sa reception en cette forme :

" Je, N., Paule de la Riviere, fille d'Anthoine de la Ri­viere et de Marguerite du Ruysseau, aagee d'environ dix­sept ans, de mon plein gré et du consentement de mes ditz pere et mere, apres avoir esté en la Mayson de ceans six semaines, veu et consideré les Regles et exercices d'icelle, ay volontairement demandé d'estre receue a l'habit et au rang des Novices de cette Congregation. Ce que j'ay obtenu, par la grace de Nostre Seigneur, ayant avec l'habit changé de nom et receu celuy de Paule Marie. Fait ce jourd'huy, " etc. [506]

………………………………………………………………………………………………..

(Dans les deux Manuscrits, cet article se termine par le der­nier alinéa de la Constitution XLIV du texte définitif, note 138, avec trois légères variantes : ligne " tendre et pleureuse..." - ligne: " esgale ses humeurs... " - ligne : " de sa foye extraordinaire... " )

DE L'ESTABLISSEMENT DES NOVICES EN LA CONGREGATION PAR LES VŒUX ET OBLATION

ARTICLE 42

Il ne sera point permis aux Novices de demander leur establissement ; ains seulement, estans interrogees de leur desir pour ce regard, elles l'expliqueront en verité.

Or donq, apres l'annee d'essay et de probation, qui se prend despuis le jour de la reception au Novitiat et change­ment d'habit, la Superieure fera l'examen de celle que l'on pretend establir. Et premierement elle considerera a part soy si cette personne la a les conditions requises pour de­meurer en la Congregation. 2. Elle en conferera avec les autres Seurs et prendra leurs voix; que si des troys parties les deux ne consentent, on retardera pour encor l'establis­sement. Et la Superieure, appellant a soy celle dont il s'agit, luy dira charitablement a quoy il tient qu'elle ne soit admise, luy representant que la Congregation desire­roit qu'elle fust amendee de telle et telle imperfection ; ad­joustant une exhortation a ne point perdre courage, ains de faire prouffit de ce retardement.

On pourra donq ainsy retarder encor pour une annee, apres laquelle, s'il se treuve qu'il n'y ayt point d'amende­ment ni apparence qu'a l'advenir il y en puisse avoir, on luy donnera congé, la priant de se retirer en paix ; luy ren­dant, ou a ses parens, tout ce qu'a sa consideration aura esté donné a la Mayson, horsmis la pension qui aura esté employee a son entretenement.

Mais si l'on void en elle une bonne volonté de s'amender, encor que pour son infirmité elle ne se soit pas du tout amendee, on luy donnera encor quelque tems, ouy mesme, sil est besoin, une annee entiere pour parachever son amen­dement, l'encourageant et l'aydant a cela avec toute cha­rité et confiance.

Que si, passee l'annee du novitiat, la Novice est treuvee propre a l'establissement, les voix estans recueillies, on l'advertira de se bien preparer a cela par la confession an­nuelle et les exercices qui a cet effect seront dressés [507] , affin que le vœu et l'offrande se facent avec toute la solemnité interieure quil sera possible, ainsy qu'elle se fera avec une grande solemnité exterieure. Et pendant le tems de sa preparation on la fera tenir retiree autant que l'on pourra, sans la charger d'aucun service, affin qu'elle ayt tant plus de commodité de bien ruminer et digerer les exer­cices et resolutions qu'elle fera.

On traittera de mesme les Seurs Servantes au bout de leurs deux annees, hormis que si elles ne sont pas amen­dees elles n'auront plus qu'une annee de delay pour faire leur amendement.

FORMULAIRE DE L'ESTABLISSEMENT DES SEURS EN LA CONGREGATION

ARTICLE 43

L'establissement ne se fera jamais qu'en jour de feste, et l'on taschera qu'il se face tous-jours pour plusieurs, affin que la solemnité en soit plus grande.

La veille donq de la feste en laquelle l'establissement se doit faire, Vespres estans achevees, la Superieure conduira toutes les Seurs en Chapitre (sinon qu'on treuvast a propos que la ceremonie se fist dans le chœur mesme des Seurs, pour la consolation des seculiers qui la pourroyent voir) [508], ou estans toutes assises, la Novice delaquelle il s'agit se prosternera a genoux, et la Superieure luy dira :

Perseveres vous, ma Fille, a desirer vostre establisse­ment perpetuel en la Congregation de ceans ?

Et elle respondra : Graces a Dieu, je persevere ferme­ment en ce desir.

Et la Superieure repliquera : Dieu soit beni, ma Fille. Toute nostre Congregation vous donne son consentement, mais resouvenes vous de ce que tant de foys on vous a remonstré : que pour estre de cette Congregation, il faut mourir au monde et a soy mesme pour vivre a Dieu.

Et la Novice dira : Que je meure, donq, affin que je vive, car Jesus Christ est ma vie, et la mort ma gloire (Ph 1,21).

Et alhors la Novice se prosternera en terre, sur le costé droit, et on la couvrira d'un drap noir ; puis une des Seurs dira la leçon de l'Office des Mortz, qui commence : Homo natus de muliere, brevi vivens tempore, etc., a la fin de laquelle les Seurs diront le Psalme De projundis, apres lequel la Superieure dira l'orayson suivante :

Inclina, Domine, [etc.)

Puis elle luy jettera de l'eau benite dessus; et par apres, se re­tirant en sa place, elle dira :

Leves vous, vous qui dormes,. releves vous d'entre les mortz, et Jesus Christ vous illuminera.

Et lhors deux des Seurs descouvriront la Novice, laquelle se levera a genoux ; et la Superieure continuera, disant:

Le Seigneur soit vostre lumiere ; qui craindres vous ? Le Seigneur soit vostre protection,. devant qui tremble­res vous (Ps 26,1) ?

Puis, mettant un Crucifix entre les bras de la Novice, elle luy dira :

Vostre vie est cachee avec Jesus Christ en Dieu ; mais lhors que Jesus Christ qui est vostre vie paroistra, lhors vous paroistres avec luy en la gloire. Ja n'advienne que vous vous glorifiies sinon en la Croix de Jesus Christ.

Cela fait, les Seurs conduiront la Novice au chœur, ou, apres un peu d'orayson, elles [509] la meneront en sa chambre, ou elle colloquera son Crucifix en son oratoire ; et puis elles retourneront dire Complies, s'il en est tems.

Le matin estant arrivé, la Sacristaine preparera une es­cabelle du costé de l'Evangile, au bas de l'autel, sur laquelle ­on mettra le voyle noir dans un bassin parsemé de fleurs, et du costé de l'Epistre quelques uns des habitz mondains de celle qui doit estre establie, sur une escabelle couverte de quelque drap brun, honneste ; et sur le milieu des voyles y mettra les croix d'argent que l'on porte pendues au col Puis, l'heure estant venue, quand l'Evesque est revestu avec la chappe et la mitre, assis sur le marchepied de l'au­tel, la Novice sortira modestement du chœur des Seurs, et apres elle la Superieure, l'Assistente ou la Maistresse des. Novices; et toutes troys ayans fait la genuflexion a l'autel et un peu d'orayson, elles se leveront et s'assieront toutes troys un peu loin de l'autel, droit vis a vis de l'Evesque.

Et lhors le Prelat, ou celuy qui fera l'office pour luy, fera une exhortation sur l'action que l'on va celebrer, selon qu'il verra a propos.

Le sermon achevé, les troys Seurs se leveront et se met­tront a genoux aupres de leurs sieges, et la Novice dira en voix intelligible, comme parlant a celluy qui fait l'office :

Je, N., demande, pour l'amour de nostre Sauveur, d'estre receuë en la Congregation de Nostre Dame de la Visitation, pour m'exercer toute ma vie en la Mayson de ceans au service divin, par obeissance, chasteté et pauvreté.

A quoy le Prestre respondra ;

Aves vous fermement establi en vostre cœur, n'ayant point de necessité, mais ayant la liberté de vostre volonté de garder obeissance, chasteté et pauvreté a Jesus Christ Nostre Seigneur ?

Et luy monstrant ses habitz anciens du monde, qui sont a sa gauche, puis le voyle de la Congregation, qui sera du costé droit il continuera son propos, disant :

Car, ma chere Seur, voyla vos habitz du monde, et voyci le voyle de la Congregation ; l'un et l'autre vous est proposé, affin que vous puissies estendre vostre main a celuy que vous voudres prendre et choysir.

Lhors la Novice dira ;

Je me suis volontairement despouillee des robbes mon­daines; comme m'en revestirois-je ? Je me suis destour­nee de la vanité, et en ay lavé mes pieds ;. comme y re­tournerois-je ?

Le Prestre adjoustera ;

Vous aves donq bien resolu

……………………………………………………………………………………………….

(Voir la suite ci-dessus, Ms. K, art. 46. Légères variantes : ligne " Le Prelat replique " ; ­ligne : " la benediction qui luy a esté preditte... " ; ligne " le Praelat interroge... " ; ligne :" ma Seur. la demande.")

…………………………………………………………………………………………………….

Ouy, par la grace de Dieu, nos Seurs luy souhaittent le bonheur de vivre et mourir en leur union, et que pour cela elle face maintenant le vœu sacré et l'Oblation sainte, selon quil est requis a cet effect.

Sur quoy le Prestre dit en fin a la praetendante :

Or sus, ma chere Fille, si telle est vostre volonté, venes a Dieu vostre Createur et soyes esclairee, et vostre face ne sera point confondue. Offres luy l'offrande de justice et esperes en luy, car il vous monstrera le bien.

Sur cela, la praetendante et les Seurs se levent, et est conduitte par icelles pour s'agenouiller sur le milieu du marchepied de l'autel, ou elle demeurera un peu en silence, les mains jointes et les yeux baissés, ce pendant que toutes les Seurs viendront se mettre en cercle autour d'elle, leurs voyles baissés, avec une chandelle allumee en leurs mains. Puis, la praetendante commence a lire clairement, distinctement et posement ainsy qu'il s'ensuit :

O Cieux, oyes ce que je dis; que la terre escoute les paroles de ma bouche. C'est a vous, o Jesus mon Sauveur, a qui mon cœur parle, encores que je ne sois que poudre et cendre. O mon Dieu, je vous fay vœu de per­petuelle chasteté, et de vivre a jamais en cette vostre Congregation de ceans, pour vous y servir en obeissance et pauvreté selon les regles et Constitutions d'icelle Congregation [510], pour l'observation desquelles j'offre et donne a vostre divine Majesté et a la sacree Vierge vostre Mere, nostre Dame, mon ame, mon cors et ma vie.

………………………………………………………………………………………………..

(La suite de la formule du vœu est conforme à celle du texte définitif, sauf deux variantes : ligne : " par l'amour et... " ; -ligne : " protection et direction... "

………………………………………………………………………………………………………..

Sur cela, toutes les Seurs chanteront alternativement ce Psalme :

Exaudiat te Dominus in die visitationis, [etc.]

Gloria Patri, etc.

Sur cela, le Prelat met la croix au col de la Novice, disant :

Receves, ma Fille tres chere, la croix de Nostre Seigneur Jesus Christ, comme une chaisne tres aymable et un rem­part tres asseuré sur vostre poitrine contre toutes les em­busches de l'ennemy, affin qu'estant crucifiee au monde, vous puissies, sous le joug de vraye obeissance, en la compai­gnie de toutes les Saintes, triompher a jamais avec ice­luy Nostre Seigneur Jesus Christ, qui, avec le Pere et le Saint Esprit, vit et regne es siecles des siecles. Amen.

Puys il luy donne le voyle, disant :

Cecy vous sera un voyle sur vos yeux contre tous les regards des hommes, et un signe sacré affin que vous ne recevies jamais aucun signe d'amour que celuy de Jesus Christ.

Apres, il luy met une chandelle en main, luy disant :

Faites que vostre sentier s'avance comme l'aube res­plendissante, et qu'il croisse jusques a la perfection du jour.

Lhors la Superieure, prenant la nouvelle Seur par la main, la fait lever, et le Praelat luy dit :

Alles donq, ma Fille, et Dieu vous soit propice. Entres ..en vostre sejour, car Dieu vous a gratifiee.

Lhors eHe fait la genuflexion a l'autel, puis, estant a la .porte du chœur des Seurs, elle fait une reverence ou incli­nation au peuple ; et estant entree dedans le chœur, toutes les Seurs entrent apres elle, et estans agenouillees on chan­te :

Quam dilecta*, [etc.]

Gloria Patri, etc.

Cela fait, on dit Messe, et la nouvelle Seur vient commu­nier la premiere ; comme aussi elle va par tout la premiere ce jour la.

Apres l'office de l'establissement, on mene la nouvelle Seur­

………………………………………………………………………………………………….

(La suite est conforme au Ms K, note 345, excepté que les Mss. P, Q ont : "celebré mon vœu et mon Obla­tion... ")

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Puis elle se signera, tout le reste de la feuille demeurant en blanc pour y estre escrittes les confirmations des vœux ainsy qu'il est porté en l'article suyvant [511].

DE LA RECEPTION DES SEURS SERVANTES A L'ESTABLISSEMENT'

ARTICLE 44

Quand on recevra les Seurs Servantes avec les autres, quand les autres Seurs auront fait la demande au commen­cement, la Superieure dira :

" Cette Seur N., ou ces deux Seurs N. N., icy presentes, demandent aussi la mesme grace, pour s'exercer au service divin en la Mayson de ceans, par obeissance, pauvreté et chasteté. "

Et apres le vœu et l'Oblation, la Superieure dira encor :­ " Ces deux Seurs N. N., ou cette Seur N., en veulent aussi faire de mesme. "

Et les Seurs Servantes diront l'une apres l'autre " Je fay vœu de chasteté perpetuelle, et de vivre a jamais en obeissance et pauvreté selon les Regles de la May­son de ceans. Au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Amen. "

Quant au reste des ceremonies, on les fait toutes pour­ elles comme pour les autres, car on leur donne la croix et le cierge ; seulement on laisse tout ce qui appartient au voyle, lequel on ne leur donne point. Elles ne vont pas les pre­mieres a la Communion ni ailleurs ; et l'on va par apres es­crire leur Oblation.

Mays si on reçoit les Seurs Servantes a part et qu'elles­ ne sachent pas lire, la Superieure dira tout pour elles en :nombre pluriel, horsmis la demande, qu'elle fera en cette :sorte :

" Voyci une telle, N., laquelle demande, pour l'amour de nostre Sauveur... " et ce qui s'ensuit ; [512] layssant tous-jours .ce qui regarde le voyle. Et quand la Superieure aura dit l'Oblation, tous-jours en nombre pluriel, la Seur Servante dira :

" De tout mon cœur je fay le vœu de chasteté perpetuelle, et de vivre a jamais en obeissance et pauvreté selon les Regles de la Mayson de ceans. Au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Amen. "

Et quant aux preparations, on les leur fera faire comme .aux autres Seurs, autant que leur capacité le permettra.

DU RENOUVELLEMENT ET CONFIRMATION DES VŒUX

ARTICLE 45

Le jour de saint Martin, en novembre, la Superieure advertira toutes les Seurs establies de se preparer a faire le renouvellement de leurs vœux et oblations pour le jour de la Presentation de Nostre Dame, et qu'a ces fins elles facent leur retraitte et prattiquent les oraysons et exercices, qui pour cela seront marqués dans leur Directoire, [513]et facent [514] une reveüe et confession de toute l'annee passee.

Le jour, donq, de la Presentation estant venu, l'Evesque, ou Pere spirituel de la Mayson, ou quelqu'homme de qualité a ce deputé, fera a heure convenable une exhortation sur le sujet du renouvellement des vœux et oblations, puis dira la Messe; et estant parvenu a la Communion, apres que les Seurs auront dit : Domine, non sum digna, la Superieure, ou premiere qui doit communier, dira ou lira en un billet les paroles suivantes :

" Je, N., renouvelle et confirme de tout mon cœur, le vœu et Oblation que j'ay ci devant fait a mon Dieu, de le servir a jamais en la Congregation de ceans, par obeissance, chasteté et pauvreté. Au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Amen [515]. "

Cela dit, le Prestre immediatement apres la communiera, disant : Corpus Domini, etc. Puis, l'autre Seur suivante dira tout de mesme que la precedente, et consecutivement le Prestre la communiera ; en sorte que la Communion d'une chacune se face immediatement apres qu'elle aura fait le renouvellement.

Et quant aux Seurs Servantes qui ne sçauront pas lire elles ne diront que ces motz :

" Je, confirme mon vœu et mon Oblation, au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Amen [516]. "

La Messe achevee et None dite, elles iront toutes. escrire leurs confirmations au mesme feuillet auquel elles auront escrit leurs Oblations, disant en cette sorte :

" J'ay confirmé mon vœu et mon Oblation ce jour de la Presentation de Nostre Dame, de l'an... Au nom du Pere et du Filz, et du Saint Esprit. Amen. "

Or, comme cette action du renouvellement est grande­ment importante, aussi doit elle estre faite gravement,. distinctement et intelligiblement.

DE L'EXPULSION DES SEURS SCANDALEUSES

ARTICLE 46 [517]

Tous les anciens Peres ont tous-jours estimé que c'estoit un extreme malheur aux filles et femmes qui s'estoyent dediees a Dieu en quelque Congregation d'estre separees [518] d'icelle; de sorte que saint Augustin tient que la moytié de la ruine d'une servante de Dieu gist a se separer et abandonner la Societé et Congregation, et l'autre moytié a perdre la chasteté [519]. Et neanmoins, le mesme saint Au­gustin, en l'epistre cent et neufviesme*, ordonne a la Congregation a laquelle il escrit, que si une Seur se rend incorrigible, on la chasse et mette dehors de la Con­gregation, n'estant pas raysonnable de mettre toute une compaignie en danger de se perdre y voulant conserver une personne scandaleuse.

Or, les Filles de la Visitation s'estant ainsy serieusement et saintement vouees et liees (c) a Dieu, il faut esperer, avec ferme confiance en la misericorde divine et en la protection de la glorieuse Mere de Dieu, que jamais il n'ar­rive qu'aucune merite d'en estre separee. Et toutefois, en deux cas il sera loysible de rejetter et retrancher les Seurs de la Congregation, a sçavoir : quand elles commettroyent quelque crime scandaleux, et quand elles commettroyent une manifeste contumace et obstination contre la Regle et obeissance ; car en ces deux occasions la charité requiert que l'expulsion se face.

La Superieure, donq, ayant remarqué l'un des deux cas en quelqu'une des Seurs (ce que Dieu ne veuille jamais permettre), elle en conferera premierement avec les officieres, de la Mayson et entendra leur advis ; lequel se treuvant conforme au sien, qu'on doive traitter l'expulsion, elle assemblera toutes les Seurs, et leur proposera sincerement et clairement le crime ou la contumace de celle qui semble devoir estre rejettee. Et si l'advis des Seurs est tel, on fera une troysiesme assemblee, en laquelle sera appellé l'Evesque et le Pere spirituel de la Mayson, ou le Grand Vicayre [520], et en leur presence sera de nouveau deliberé si on devra faire l'expulsion. Que s'il est conclud qu'elle soit faite, la .Seur sera appellee, et degradee par l'Evesque et le Pere spirituel, ou le Grand Vicayre, luy ostant le voyle et la croix qu'elle aura en son col.

Mais d'autant que l'expulsion d'une Seur est si impor­tante, on observera les pointz qui s'ensuyvent : 1. De faire trois deliberations, ainsy qu'il a esté dit. 2. Qu'en la troy­siesme deliberation, qui est definitive et finale, les deux tiers des voix et celle du Pere spirituel concourent a l'ex­pulsion. 3. Que le jour de cette assemblee toutes les Seurs .se soyent confessees et communiees pour obtenir la lu­miere du Saint Esprit, affin de bien faire une resolution de si grand poids. 4. Toutes les Seurs, apres avoir dit le Veni, 5ancte Spiritus, protesteront a genoux devant Dieu, tou­tes ensemble, de dire ce qu'elles croiront estre a la gloire .de Dieu, selon l'equité et selon la charité deüe tant a la Congregation qu'a la Seur dont il s'agit.

Que si les deux tiers des voix ne concouroyent pas a l'expulsion, on delibereroit alhors des moyens propres a la correction; et pourrait on quelque tems apres remettre en deliberation l'expulsion, si la delinquante persistoit en .son obstination. Et tous-jours, comme que ce soit, en ces occasions si importantes, on observera de prendre les voix secrettement, comm'on fait en l'eslection de la Superieure.

Et avant toutes choses, on ne parlera point d'expulsion, pour ce qui regarde la contumace, qu'on n'ayt essayé toutes sortes de moyens pour reduire la Seur a son devoir ; car autrement, on ne pourroit pas estre esclarci qu'il y eust de la contumace, laquelle presuppose une desobeissance in­corrigible. Or cette contumace peut estre grande, bien que le peché sur lequel elle arrive soit petit, comme par exem­ple : une Seur qui ne voudroit pas s'assujettir au silence, ains le romproit obstinement a la table, au chœur et ail­leurs, elle pourroit et devroit estre rejettee comme scanda­leuse ; car encor que le peché ne seroit pas grand de sa na­ture, l'obstination neanmoins et volontaire continuation seroit grandement scandaleuse. Et parce que tout le bon­heur [521] de la Congregation consiste en l'obeissance des Regles, si on y souffroit des Seurs qui obstinement, par rebellion et contumace, voulussent violer les Regles, toute la Congregation se dissoudroit et depraveroit, degenerant en dissolution et desordre.

Autant en doit on dire d'une Seur qui seroit en tentation de sortir et quitter la Congregation ; car tandis qu'il y auroit une vraye apparence de l'ayder a vaincre ladite ten­tation, la Superieure, les Seurs et le Pere spirituel ne de­vroyent rien oublier a cette intention la. Mays si la Seur se laissait volontairement surmonter a la tentation et s'obstinoit de vouloir tout quitter, d'une obstination qu'on vid probablement estre invincible, alhors il faudroit ex­pulser une telle Seur comme incorrigible et scandaleuse. Quant aux crimes scandaleux, on ne peut bonnement les specifier, ains la connoissance de ce cas demeurera a la Congregation, au Pere spirituel et a l'Evesque. Nean­moins, pour donner quelque lumiere sur ce sujet, on peut, par exemple, dire que la lubricité, l'entreprise d'empoyson­ner, charmer, enchanter, le larcin de chose importante, 1'accusation fause des Seurs en chose d'importance, les .essays de pervertir les Seurs ou autres personnes en matiere de chasteté et d'honneur, battre les Seurs, sont des cas vrayement scandaleux. Or, ces cas n'adviendront jamais, Dieu aydant ; mays s'ilz advenoyent et qu'on en eust telle connoissance qu'on peust les reveler loysiblement, apres la correction fraternelle, la Seur qui les aura commis pourra estre expulsee comme scandaleuse. On dit qu'elle pourra estre expulsee, parce que si, par quelque tentation, il estoit arrivé a une Seur quelque action qui fust de soy mesme scandaleuse delaquelle on ne se fust point apperceu hors de la Mayson, et que la Congregation jugeast que la repen­tance de celle qui serait tombee meritast pour cette foys qu'on luy fist pardon, le pardon se devroit faire. Si le scandale s'estoit espanché hors de la Mayson, il faudroit faire l'expulsion sans remission quelcomque.

L'expulsion estant meurement et charitablement resolue et arrestee selon qu'il a esté dit ci dessus, on fera venir la Seur qui l'aura meritee en presence du Prelat et de [522] toute l'assemblee, et luy fera-on entendre la juste cause de son expulsion et le regret qu'on a de son malheur ; adjous­tant une exhortation tendante a luy persuader de tascher de faire son salut ailleurs, au mieux qu'il luy sera possible. Ce qu'estant fait, on la degradera, le Prelat ou [523] Pere spirituel luy ostant le voyle et la croix qu'elle aura en son col ; et par apres on prendra un loysir convenable pour luy faire faire d'autres habitz et pour luy donner moyen de prouvoir a sa retraitte de la Congregation, et preparer ce qu'il luy faudra rendre : c'est a dire, tout ce qu'elle a apporté a la Mayson ou qui a esté remis a sa consideration pour son dot, excepté ce qui aura esté consumé par l'usage. Et pendant ce loysir qu'on luy donnera, on la fera manger a part, sans permettre qu'elle vienne aux exercices communs, si ce n'est a celuy des oraysons et prieres.

DE L'ESLECTION DE LA SUPERIEURE ET AUTRES OFFICIERES

ARTICLE 47

Que si la Congregation faysoit jamais si mauvaise eslec­tion de Superieure qu'elle meritast d'estre expulsee elle mesme, les Seurs qui en conscience croiroyent que cela deust estre fait en advertiroyent le Pere spirituel, qui en confereroit avec les officieres, puis avec toutes les Seurs ; et en fin prieroyent le Prelat du lieu qu'il vinst en l'assem­blee, ou depustast quelque personne signalee pour s'y treuver. Et en cette troysiesme deliberation on procederoit et conclueroit ainsy qu'il a esté dit de l'expulsion des autres Seurs (art 46).

Et tant en ce cas, comme la Superieure venant a mourir ou tomber en maladie qui la rende du tout inhabile aux exercices de sa charge, on pourra proceder a l'eslection d'une nouvelle Superieure. Mais autrement, on ne deposera point la Superieure que de troys ans en troys ans, que tous-jours on procedera anouvelle eslection, laquelle neanmoins pourra estre faite de la mesme personne en la continuant encor pour trois ans, passé lesquelz il ne sera plus loysible d'user de continuation, ains faudra qu'elle demeure deposee au moins un'annee entiere avant que l'on la puisse de nouveau eslire en la mesme charge.

Or, l'eslection se fera en cette sorte ; L'Evesque, ou le Pere spirituel, entrant dans le chœur des Seurs, leur dira briefvement, par maniere d'exhortation, de quelle impor­tance est cette eslection et combien elles sont obligees de la faire consciencieusement et saintement.

Cela fait, on dira le Veni, creator Spiritus, puis l'Eves­que, ou le Pere spirituel, estant assis, fera asseoir aussi toutes les Seurs, selon qu'il est convenable, horsmis la Superieure, laquelle s'agenouillera au milieu du chœur, et le Pere spirituel luy dira :

" La Congregation de ceans vous descharge de l'office de Superieure que vous aves ci devant exercé. Au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. " Et elle respondra ; Amen. Et de la elle s'ira asseoir la derniere de toutes.

Et chasque Seur venant l'une apres l'autre vers la petite table qui sera mise aupres de l'Evesque, ou du Pere spirituel, en sorte qu'on ne puisse point voir ce qui s'escrira sur icelle,. elle prendra le billet et escrira simplement le nom de celle qu'elle voudra choysir ; puis, l'ayant replié, elle le donnera au Pere spirituel qui le recevra dans une boite mise sur un'escabelle aupres de luy. Et tous les billetz ayant esté receus, le Pere spirituelles lira tous l'un apres l'autre, et l'une des Seurs qui aura esté choysie a cet effect, ayant le roolle de toutes les Seurs dans une feuille, avec une ligne tiree au bout de chasque nom d'icelle, marquera celle que le Pere spirituel lira, faysant une traverse sur la ligne qui est a l'endroit du nom d'icelle ; puis, tout estant fait, on verra s'il y en a quelqu'une qui ayt plus de la moytié des voix, et celle la demeurera Superieure.

Mais s'il ny en a point qui ayt la pluspart des voix, on re­gardera les troys qui en auront le plus, et puis de ces trois la on en choysira une en cette sorte. Chasque Seur viendra de rechef escrire sur un autre billet le nom de celle des trois qu'elle voudra choysir pour sa Superieure ; et toutes en ayant fait de mesme, le Pere spirituel lira les billetz, et la Seur deputee ayant tiré des lignes comm'il a esté dit ci dessus, marquera celle qui aura le plus de voix, laquelle demeurera Superieure.

Que si encor ou toutes troys ou deux se treuvoyent es­gales en voix. alhors la plus ancienne en reception sera preferee, sinon que l'Evesque ou le Pere spirituel voulust donner sa voix, laquelle feroit la decision.

Mais tous-jours, l'eslection estant faite, les billetz seront bruslés sur le lieu, en sorte que personne ne puisse sçavoir qui a donné sa voix.

Apres cela on dira l'Ave, maris Stella, en action de graces, et la nouvelle Superieure se viendra asseoir en la premiere place, ou la Deposee viendra avant toutes, et puis les autres de suite, luy bayser la main ; et elle, en fin, s'age­nouillera devant le Pere spirituel pour recevoir sa benedic­tion laquelle receüe elle luy baysera la main,et il se retirera.

S'il y a des Seurs malades, le Pere spirituel estant entré pourra les aller visiter et prendre leur billet. Que si elles ne peuvent escrire, luy mesme escrira leurs voix sur iceux.

Et en cette eslection les Seurs Servantes et Novices n'au­ront point de voix.

Mays quant aux autres officieres, la Superieure seule les proposera aux Seurs establies ; et en cas que les deux tiers des Seurs rejettassent celles qui sont proposees, la Supe­ rieure en proposera des autres. Mais si elles ne sont point rejettees, elles demeureront en leurs offices et charges par la seule eslection de la Superieure, jusques a ce qu'elle juge a propos de les changer, auquel cas elle fera la proposition comme dessus.

DECLARATION DE L'OBLIGATION DES REGLES

ARTICLE 48 [524]

Ces regles et Constitutions n'obligent aucunement d'elles mesmes sous peyne d'aucun peché ni mortel ni ve­niel, ains sont seulement donnees pour la direction et con­duite de la Congregation. Mais pourtant, si quelque Seur les violoit volontairement, destinement, avec scandale ou par mespris, elle commettroit sans doute une grande offence ; car on ne sçauroit exempter de coulpe celle qui avilit et deshonnore l'escole de Dieu, desment sa profes­sion, renverse la Congregation et dissipe les fruitz de bon exemple et de bonn' odeur qu'elle doit donner au prochain. Si que un tel mespris volontaire seroit en fin suyvi de quel­que grand chastiment de la part de Dieu, et specialement de la privation des graces et dons du Saint Esprit, qui sont ordinairement ostés a ceux qui abandonnent leurs bons desseins et quittent le chemin auquel Dieu les a mis.

LAUS DEO VIRGINIQUE MATRI

VIVE JESUS !

Revu sur une copie de l'époque, conservée à la Visitation d'Annecy.

PREPARATION ET MEDITATIONS POUR LA PROFESSION

1616 [525]

Les Seurs que Dieu appellera a la sainte Profession se doivent representer que, comme brebis et aigneaux, elles doivent estre immolees, voüees et sacrifiees a la divine Majesté. Et comme en l'ancienne Loy la victime et hostie, c'est a dire l'animal qui devoit estre immolé, estoit pre­mierement escorchee (Lv 1,6), ainsy les Seurs qui desirent offrir et vouer leurs personnes a Dieu en cette Congregation, doivent escorcher leurs cœurs, se resouvenant que Nostre Seigneur mesme voulut s'offrir a Dieu son Pere pour nous, tout nud et despouillé sur l'arbre de la croix.

Et par ainsy elles feront devant Dieu, tant en leurs oraysons qu'es eslancemens ordinaires, qu'encor es devis qu'elles feront avec leur Superieure et Directrice, voire mesme avec leurs compaignes, si bon leur semble, des renoncemens vifs et fervens du monde et de la vanité de la chair et de ses sensualités. Et pour venir a l'escorchement de la victime, elles renonceront en mesme sorte a leurs inclina­tions, mouvemens naturelz, et mesme a la fause liberté de leurs volontés, pour vivre des-ormais contre leurs inclina­tions et selon la perfection des vertus ; contre leurs mouve­mens naturelz et selon la direction et conduite d'autruy ; contre la liberté de leurs volontés et selon les regles et Cons­titutions de la Congregation. Et en ce renoncement con­siste la vraye abnegation de soy mesme et le vray escor­chement de la victime, qui se doit faire affin de la rendre plus aggreable a Nostre Seigneur.

Quelques jours, donq, avant les vœux, celles qui les devront faire s'occuperont fort a cet exercice du renonce­ment, lequel affin qu'elles sçachent faire plus aysement, je marqueray quelques particulieres choses auxquelles on renonce en cette Congregation :

A la liberté d'aller ça et la en divers lieux ; a l'estime de: soymesme ; a la liberté de parler et converser avec autruy ; a la liberté de se vestir, mirer, accommoder, faire paroistre aggreable et bref, de monstrer les advantages que la na­ture peut avoir donné a quelques unes ; a la liberté du choix des exercices spirituelz, laquelle d'autant plus qu'elle semble honneste, d'autant est elle difficile a quitter ; au contentement de voir et frequenter ses parens ; a l'incli­nation que nous avons d'estre estimees judicieuses, sages,. discrettes, bien seantes, car on ne peut y vivre selon son jugement, ni selon sa propre sagesse ou propre discretion, ni selon sa propre bienseance, mays selon celle d'autruy.

Cette bienseance est une des choses plus difficile a renoncer ; c'est pourquoy il en faut faire un grand renonce­ment entre les femmes, qui y sont grandement atta­chees. Et ce fut celle a laquelle renonça Nostre Seigneur, demeurant nud sur la croix ; Job, sur le fumier, luy qui estoit prince (Jb 1,3 ; 2,8) ; David, sautant comme hors de soymesme devant l'Arche (2 R 6,14 ; 1 Ch 15,29) ; saint Louys, mangeant entre les pauvres (Vie par confess. Reine Marguerite) ; sainte Elizabeth, vestue en pauvre femme (Surius de probatis.Sanctrum historiis 6,9), et le bienheureux Louys Luzague, vestu en chevalier, portant sous son manteau des bouteilles de vin et un pot plein de potage aux pauvres, sans se mettre en peyne d'estre descouvert avec cela [526]. Et ainsy, qui regarderoit les choses esquelles on s'est pleu au monde, on treuveroit mille renoncemens a faire, et dequoy dire mille et mille adieux au monde et a ses lanterneries et frivoles complaysances.

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ADVERTISSEMENT SUR L'ABNEGATION ET RENONCEMENT QI]'IL FAUT FAIRE AVANT LA

PROFESSION

En l'ancienne Loy, l'animal qui devoit estre immolé estoit pre­mierement escorché. Ainsy, la personne qui se veut immoler et sacrifier a Dieu en la Religion doit, avant toutes choses, s'escorcher tout a fait; comme N. S. Jesuschrist se voulant immoler sur la croix, non seulement fut despouillé et denüé de ses croix, non seulement fut despouillé et denüé de ses habitz, mays escorché par les fouets et escorgees. Il faut donq renoncer a tout et a soymesme, avant la Profession, affin d'estre un'hostie et un holocauste aggreable.

On renonce donq a la liberté d'aller ça et la, par la clausure ; a la liberté de parler et converser, par le silence et la solitude ; a la. liberté de se vestir, mirer et ageancer pour se rendre aggreable et faire paroistre les advantages naturelz ; a la liberté du choix des exercices spirituelz pour suivre ceux qui sont prescrips au Monas­tere ; a l'inclination que l'on a de voir les parens ; a l'inclination que l'on a de bien parler et d'estre estimee judicieuse, sage

dis­crette et bien seante, car apres la Profession on ne doit plus vivre selon son jugement ni selon sa discretion, mais selon la discretion d'autruy ; ni selon sa propre bienseance, mays selon la bienseance commune du Monastere.

Or, cette bienseance, civilité et courtoysie propre et particuliere est une des choses plus difficile a quiter, principalement pour les femmes qui y sont ordinairement grandement attachees. Et ce fut celle la a laquelle renonça Nostre Seigneur, permettant d'estre mis nud sur la croix, au milieu de tant de nations; [Job, sur le fumier, lui qui était prince ; David, sautant comme hors de soymesme devant l'Arche de l'alliance ; St Louys, ce grand Roy, servant les pauvres a genoux, mangeant avec eux un mesme po­tage ; Ste Elizabeth de Hongrie, s'habillant en pauvre femme et servant es hospitaux. Et ainsy, qui regardera les bienseances du monde, et la civilité qu'il estime tant, et la discretion delaquelle il fait tant de profession, il treuvera mille et mille renoncemens a faire presque a toutes heures.

Il faut donq ainsy, par des eslancemens de cœur, renoncer a ces choses la, et prendre, au lieu de tout cela, le dessein d'agreer en tout et partout a Nostre Seigneur, disant, a l'imitation de saint Paul (Ph 3,8) : J'ay reputé toutes choses estre fange et ordure, affin de mieux gaigner Jesus Christ et ses bonnes graces.

Mais affin que nostre sacrifice soit un sacrifice d'holo­causte, il nous faut eschauffer nostre cœur et allumer en iceluy le feu dusaint amour par diverses meditations, que nous ferons par maniere d'orayson, si nous pouvons, et si nous ne pouvons, par maniere de consideration simple. Ce que je dis pour celles qui, en l'orayson, ne peuvent travailler de l'entendement, ni mesme de la volonté, que par des actes d'abandonnement et renoncement d'elles mesmes en Dieu, et par maniere de simple acquiescement.

MEDITATIONS POUR SEPT JOURS AVANT LA PROFESSION

Or, la premiere meditation pourra estre celle de la crea­tion, jointe a celle de la fin pour laquelle nous sommes creés. Mays en lieu de toutes autres affections, il n'en faut tirer que celle de l'offrande: considerant combien il est raysonnable que nous nous offrions et donnions a Dieu qui nous a donné l'estre, et le nous a donné affin que nous fussions tres uniquement siens. Et pour nourrir en nous cette affection, nous pourrons employer l'exemple d'Isaac, lequel se laissa lier et se disposa d'estre immolé, sans repliques ni difficultés, parce qu'Abraham qui l'immolait estoit son pere(Gn 22,9), remettant ainsy son estre a celuy qui, selon nature, le luy avoit donné.

La seconde meditation pourra estre celle du Choix de la vie devote (IVD I,18) , en cette sorte :

Vous considereres Nostre Seigneur crucifié qui appelle un chacun a sa suite par des raysons admirables et des promesses desirables sur toutes choses. Oyes qu'il crie : Venes a moy, vous tous qui pretendes au Ciel, venes a la source de benedictions, affin que vous soyes consolés (Mt 11,28 ; Jn 7,37) ; venes apres moy, prenes vostre croix et me suives (Mt 4,19 ; 16,24).

Secondement, vous considereres que ceux qui suivent Nostre Seigneur et qui prestent l'oreille a sa sainte vocation sont de troys sortes. Car les uns le suivent, mais de fort loin; ilz se retournent devers luy, mais ilz ne s'en .approchent gneres ; et ce sont les chrestiens qui, sans avoir aucun soin de se perfectionner en l'amour de Dieu, se contentent d'eviter la damnation par l'observance de ­ses commandemens. Helas, qu'ilz sont en grand danger de se perdre ! Ilz font bien de suivre Nostre Seigneur, mais ilz sont en grand peril de le suivre de trop loin. Ilz sont semblables a saint Pierre qui, au jour de la Passion, sui­voyt Nostre Seigneur [de loin [527]] et, sans s'approcher, demeura parmi le reste du

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Il faut donq, par divers eslans de cœur, rejetter et renoncer le monde et ses frivoles et fades imaginations, et prendre, en lieu de tout cela, le dessein d'agreer en tout et partout a Nostre Seigneur, souspirant avec St Paul, ces admirables paroles : J'ay reputé toutes choses estre comme fange et ordure, affin de mieux [ga­gner] Jesuschrist et sa bonne grace.

MEDITATIONS POUR SEPT JOURS AVANT LA PROFESSION

La premiere meditation pourra estre celle de la creation, jointe a celle de la fin pour laquelle nous pour laquelle

avons esté creés. Mays au lieu de toutes autres affections, il n'en faut tirer que celle des vœux de la Profession: considerans combien il est juste et raysonnable que nous offrions, dediions et consacrions a Dieu l'estre, l'ame et le cors qu'il nous a donné luy mesme, et qu'il nous a donné affin ..que nous fussions tres uniquement siens.

O que ne sommes nous aussi bons, doux et reconnoissans que le juste Isaac qui, sans replique ni difficulté quelcomque, s'exposa librement a la mort, et se disposa pour estre sacrifié par les mains de son pere Abraham, remettant et abandonnant sa vie et son .estre a celuy qui, selon nature, le luy avoit donné!

monde; aussi il cuyda se perdre (Lc 22,54).

Les autres passent plus avant, et s'unissent a la Croix de Nostre Seigneur et le suivent au plus pres qu'ilz peuvent ; mais ceux ci sont de deux façons. Les uns ne lais­sent pas pour cela les occupations et vacations exterieures du monde, entre lesquelles ilz ne peuvent eviter plusieurs empeschemens, destourbiers et tracas grandement contraires a leurs bonnes intentions et resolutions ; de sorte que c'est avec grand'peine et perpetuelz dangers qu'ilz se maintiennent au train de la perfection et de la suite de Nostre Seigneur. Heureux qu'ilz sont neantmoins si, nonobs­ tant tout cela et a travers de tant de contradictions, ilz perseverent jusques a la fin (Mt 24,13).

Mais les autres, affin de suivre plus aysement, plus libre­ment et plus avantageusement Nostre Seigneur, oyans la voix de Celuy qui les appelle a sa suite, quittent les richesses et commodités mondaines (qui pour l'ordinaire nous incommodent tant au chemin du Ciel), quittant tout comme les Apostres (Mt 19,27 ; Lc 5,11), s'attachant seulement au seul soin de plaire a Dieu et de le suivre, ne voulant que leur cœur soit partagé ni distrait de la varieté des choses, mais cher­chant simplement, d'un cœur tout uni, l'unité d'un seul et unique amour de Dieu. O Dieu, qu'ilz sont heureux ! le monde ne les connoist plus, ni eux ne connaissent plus le monde ; ilz disent adieu a toutes choses, pour estre sur toutes choses a Dieu. Ilz ont deux grans avantages sur les autres : l'un est que, deschargés d'autres occupations, ilz s'employent plus facilement a celle de l'amour divin; l'autre est qu'ilz font un acte nompareil, renonçant tout a coup et si genereusement a toutes choses pour Dieu, qui est une œuvre d'une perfection vive, masle, genereuse et hardie.

Considerant donq le bonheur de ceux ci et la dignité de leur entreprise, faites election de cette sorte de suite, pour confirmation de celle que vous aves des-ja faite, et, par des­eslancemens affectionnés, renonces a tout, embrassés cette si excellente resolution, donnes vous a Dieu pour cela, offres luy toute vostre vie pour cette suite si parfaite. O s'il y avoit encor quelque autre façon de suivre de plus. pres Nostre Seigneur, combien serions nous obligés, par amour, de l'entreprendre et embrasser !

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La 2. meditation pourra estre tiree de celle du Choix de la vie devote, en cette sorte :

1nt, consideres Nostre Seigneur crucifié qui appelle un chacun a sa suite par des raysons admirables et des promesses tout a fait desirables : Venes a moy, O vous tous qui estes travaillés et char­gés de peine, et je vous soulageray ; venes a moy, prenes vostre croix et suives moy, et je vous conduiray a la vie eternelle.

2. Consideres que ceux qui suivent Nostre Seigneur sont de troys sortes. Car les uns le suivent voirement, mais de fort loin ; et ce sont les chrestiens qui se contentent d'eviter la damnation eternelle par l'observance des commandemens de Dieu, mais n'ont aucun soin de se perfectionner par l'exercice de l'amour celeste. Et ceux ci sont comme St Pierre qui, au jour de la Passion, suivoyt Nostre Seigneur de loin et demeura en danger de se perdre; et en effect renia son Maistre, parce qu'il estait demeuré parmi le monde et dedans le vulgaire.

Les autres, qui sont de la seconde sorte, suivent Nostre Seigneur de plus pres et s'addonnent a la sainte devotion le mieux qu'ilz peuvent, mais neantmoins demeurent engagés dedans le commerce­ et la vie ordinaire des mondains; en suite dequoy ilz ne peuvent eviter plusieurs empeschemens, destourbiers et tracas grandement contraires a leur bonne intention, de maniere que c'est avec grande difficulté, et non sans des perpetuelz dangers, qu'ilz se maintiennent et conservent en leur bonne resolution. Heureux qu'ilz sont neant­moins, si, parmi tant de peines et de perilz, ilz perseverent jusques a la fin.

Finalement, il y en a des autres lesquelz, pour suivre plus ayse­ment, plus librement et plus avantageusement Nostre Seigneur, oyans la voix de Celuy qui les appelle a son amour œternel, quittans les honneurs et les richesses mondaines avec toutes les commodités et libertés qui les accompaignent (lesquelles pour l'ordinaire in­commodent grandement nostre acheminement a la perfection), abandonnans entierement toutes choses, comme firent les Apos­tres, et s'attachans fermement au seul soin de plaire a Dieu et le suivre, ne voulans que leur cœur soit partagé ni distrait a la varieté des choses du monde, recherchent purement et simplement, d'un cœur tout uni et joint en soy mesme, l'unité du seul et unique amour de Dieu. O Seigneur Jesus, que ceux ci sont heureux ! car ilz disent un eternel a Dieu a toutes choses pour estre œternelle­ment a Dieu sur toutes choses. En quoy ilz ont deux avantages : l'un est que, deschargés de toutes autres occupations, ilz s'em­ployent plus facilement a celle de l'amour celeste; l'autre est qu'ilz font un acte incomparable de devotion, renonceant (sic} tout a coup si generalement et si

La troisiesme meditation sera de l'offre que Nostre Seigneur nous fait de l'eternité et du Paradis.

Nostre Seigneur nous offre la tressainte aeternité, affin qu'en icelle nous jouissions d'une jouissance parfaite de sa fœlicité; n'est il pas donq bien raysonnable que nous luy offrions les momens du tems que nous avons a vivre, et que nous le rendions, le plus parfaitement qu'il nous sera possible, jouissant de nostre estre, qui n'est qu'une vraye­ misere, sans que nous nous en reservions un seul moment, ni aucune partie de nostre vie, ni une seule de nos actions ? Helas ! qu'est ce que nous offrons a Dieu en eschange des­ choses qu'il nous offre ?

Mays, puisque nous n'avons et ne sommes rien qui me­rite luy estre offert, faisons qu'au moins nous luy offrions. de grand courage et avec grande affection cette misere mesme que nous sommes. Benissons de tout nostre cœur sa Bonté qui ne dedaigne point, ains a tres aggreables nos vœux et nos sacrifices.

La quatriesme meditation sera de l'oblation des Anges. etdes Saintz.

Les Anges ayans esté tous creés en la grace de Dieu­ et vrayement bons, les uns abandonnerent ce bonheur, et furent rendus diables par leur volontaire despart de la grace et obeissance de Dieu ; les autres demeurerent, Anges glorieux, par leur volontaire union avec Dieu. Or, cela arriva d'autant que les anges malins ne voulurent pas se dedier et offrir au service de Dieu, mais voulurent de­pendre d'eux mesmes et avec une fause liberté. Or les bons reconneurent leur devoir, offrirent a Dieu leurs services et obeissance eternelle, leur estre et toutes les dependances d'iceluy, sans reserve ni limitation quelcomque (S3, p.55 ). Heureuse oblation, et laquelle rendit plus excellens ceux qui la firent plus parfaitement.

Et quant aux Saintz, quelle oblation fut celle des Apos­tres ! Voici, Seigneur, que nous avons tout quitté, disent ilz, et t'avons suivi (Mt 19,27). Quelle celle des Martirs qui, comme brebis d'immolation (Ps 43,22 ; Rm 8,36), ont offert leur vie et leur mort douloureuse avec tant de courage et de constance ! Quelle celle des anacoretes et de tant de confesseurs, de vierges et autres, qui, comme petitz oyseletz, se sont volontaire­ment enfermés dans des cavernes, en des monasteres, dans des hospitaux et en d'autres sortes de vies, pour plus a commodité chanter, comme dans des cages, les louanges aeternelles de leur Dieu (S2,p.62 ; S3, pp.30,157), et se sont rendus heureuse­ment ses esclaves affin de ne pouvoir jamais se dedire, ni dementir le vœu de leur fidelité.

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absolument a toutes choses pour ­Dieu, qui est une œuvre d'une perfection vive, genereuse et tout a fait surnaturelle

. Considerant donq le bonheur de ces ames et la dignité de leur entreprise, faites le choix et l'election de cette sorte de vie, et, par des eslans affectionnés, renonces a tout, offres tout a Dieu, embras­sés cette si excellente perfection, donnes luy toute vostre vie et tous les momens d'icelle. O s'il y avoit en cette vie mortelle une plus digne maniere de suivre Nostre Seigneur, combien serions ­nous heureux de l'embrasser et entreprendre par amour!

La 3. meditation sera de l'offre que Nostre Seigneur nous fait de son Paradis et de son aeternité bienheureuse, affin qu'a jamais­ nous jouissions parfaitement de son infinie fœlicité; car n'est il pas donq reciproquement convenable que nous luy consacrions­ et donnions les petitz et chetifz momens de cette vie mortelle, et que nous le rendions, le plus parfaitement qu'il nous sera possible, jouissant de nous mesme et de nostre estre qui n'est en effect qu'une veritable misere ? Helas ! qu'offrirons nous a Dieu en contre­change de la sainte aeternité de son Paradis qu'il nous offre ?

Mays. puisque nous ne sommes rien et n'avons rien qui merite ­luy estre offert, donnons luy, au moins, et luy dedions ce mesme­ rien et cette mesme misere que nous sommes, benissans son infinie ­Bonté qui ne dedaigne point, ains accepte cordialement nostre neant et nostre misere en sacrifice.

La 4. meditation sera de l'oblation, de la profession et des vœux. solemnelz des Anges et des Saintz.

Les Anges ayantz esté creés en l'amour et grace de Dieu, les ­uns, par apres, abandonnerent et perdirent ce bonheur et, par un volontaire rejet de la grace de Dieu, se rendirent diables ; comme ­les autres, par leur volontaire union avec Dieu, devindrent saintz. et bienheureux espritz. Or, cela arriva dautant que les anges malins. ne voulurent pas se dedier ni s'offrir a Dieu par la profession et de­termination de leur volonté a l'amour et service aeternel de sa di­vine Majesté, ains voulurent dependre d'eux mesme (sic) et avoir ­tous-jours leur fause liberté, sans s'astreindre a la

La cinquiesme meditation sera de l'oblation de Nostre Dame.

Nostre Dame fit son oblation le jour et a l'heure mesme .de l'Incarnation, par ces paroles : Voyci la servante du Seigneur ; me soit fait selon ta parole (Lc 1,38). Des-ja au paravant elle avoit voué sa virginité a Dieu ; mays par ces paroles icy elle s'abandonne a luy sans reserve quelcomque, et se rend sa servante actuelle et perpetuelle.

Or, David avoit praedit (Ps 44,15) que plusieurs filles seroyent amenees et conduittes a Jesus Christ apres elle : voyla pourquoy, a son imitation, ayant ouy que Nostre Seigneur conseille que, pour plus entierement, plus purement et plus constamment estre servantes de sa divine Majesté, il failloit quiter tout (Mt 19,21) et renoncer tout son estre entre les mains de sa Providence, vous deves d'un grand courage, apres Nostre Dame, dire : Nous voyci meshuy servantes de Dieu, ayant tout quitté pour cela ; nous soit fait selon sa parole. C'est a dire : Qu'a jamais soyons nous siennes, qu'a jamais le puissions nous servir.

La sixiesme meditation sera de l'oblation de Nostre Seigneur.

Nostre Seigneur s'est offert pour nous sur la croix (He 9,28), a laquelle il voulut estre cloué. Helas, combien est il juste que nous nous offrions a luy, et que pour luy nous nous attachions et soyons clouees en nostre vocation ! Et pour cette meditation suffisent les paroles de saint Paul (2 Co 5,14) : Jesus Christ, dit il, est mort pour tous, donques tous sont mortz en luy. Il reste que ceux qui vivent ne vivent plus en eux mesmes, mais en Celuy et pour Celuy qui est mort pour eux.

O mon Jesus, mon Sauveur, vous estes mort pour me donner la vie ; hé donques, ma vie n'est plus mienne, ains vostre. Je la vous dois et je la vous donne; et pour la vous mieux donner, je l'offre et sacrifie a la façon de vivre qui vous est la plus agreable, selon ma condition et portee. Je ne veux donq plus vivre a moy, mais vivre a vous, et pour ce­la je fais ce choix, pour mieux vivre a vous et moins a moy.

C'est bien la rayson de nous donner a Celuy qui s'est si liberalement et absolument donné pour nous.

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volonté de Dieu et a sa sainte obeissance. Mays les bons Anges, au contraire, firent une generale et invariable profession de vouloir eternellement et sans reserve quelcomque estre sujetz et sousmis a l'obeissance de Dieu en toutes choses, sans limitation aucune. Heureuse profes­sion, qui rendit ces espritz saintz en un moment, et qui rendit plus excellens ceux qui la firent plus amoureusement.

Et quant aux autres Saintz, quelle profession fut celle des Apos­tres ! Voici, disent ilz, O Seigneur, que nous avons tout quitté et t'avons suivi. Quelle profession des Martirs qui, comme des innocentes brebis, ont esté immolés, vouans leur vie et leurs peines a la gloire de Jesuschrist ! Quelle oblations (sic) des anacoretes, des moynes, des religieuses, qui, comme petitz oyseletz du ciel, se sont volontairement enfermés dans les desertz, dans les forestz et dans les monasteres pour, avec plus de sainteté, chanter comme de­dans des saintes cages les louanges aeternelles de Dieu, et se sont heureusement rendus prisonniers et esclaves dedans les cloistres pour ne pouvoir jamais se dedire de leur profession, ni dementir le vœu de leur fidelité ! O combien de sujet y a il d'imitation en ces saintes trouppes !

La 5. meditation pourra estre de l'oblation de Nostre Dame, qu'elle fit au jour et a l'heure mesme de la tressainte et tres divine Incarnation : Voyci, dit elle, la servante du Seigneur. Ell'avoit fait au paravant le vœu de virginité, ainsy qu'elle le declare elle mesme, disant que, selon l'ordre de la nature, elle ne pouvoit ja­mais avoir enfant. Mays par ces paroles : Voyci la servante du Seigneur. elle fait profession de renoncement a toutes choses, s'abandonnant entierement a l'obeissance et disposition de la volonté divine, les serviteurs et servantes ne reservant aucune volonté ni aucune chose qui ne soit a la disposition de leur (sic) seigneurs.

Or, David avoit praedit que plusieurs filles seroyent amenees a Jesuschrist [apres] cette tres unique Reyne du Ciel : c'est pour­quoy, a son imitation, suivant le conseil caeleste, plusieurs ames ont tout quité pour plus constamment, purement et parfaitement estre servantes de Dieu ; a la suite desquelles il faut, d'un grand courage, que vous vous consacries a cet amour divin, en sorte que vous puissies dire en toute verité : Me voyci la servante de Dieu; me soyt fait selon sa parole, et qu'a jamais je soye toute sienne.

La 6. meditation pourra estre sur l'oblation et consecration, ou profession, que Nostre Seigneur fit de soymesme

La septiesme meditation sera de l'offrande invisible, pour le jour de la Profession.

Nous avons choysi la Sainte Vierge pour nostre Protec­trice ; supplions-la qu'elle nous offre comme chose sienne et ses filles, quoy qu'indignes, a son Filz Nostre Seigneur. Choysissons encor quelque Saint special et nostre bon An­ge; et ayons confiance en leur charité, et qu'en mesme tems que nous nous sacrifierons et vouerons icy bas en terre, ilz nous offriront la haut au Ciel, ou ilz celebreront et solemniseront nos vœux a la veüe de toute la Cour celeste. La, Nostre Seigneur tiendra le lieu du Pere spiri­tuel, Nostre Dame de la Superieure, et les Saintz que nous avons choysis seront comme les deux Assistentes. Mais, avec quelle ferveur, avec quel zele feront ilz cette solemnité, esperant que, par le moyen d'icelle, nous arriverons a la celebrité de l'œternelle gloire ! A ces parrains, il nous faut bien protester que nous ne les desavouerons point en ce qu'ilz pleigent pour nous, et les conjurer qu'ilz soyent speciaux protecteurs de nos vœux .

Bienheureuse est l'ame qui peut de bon cœur dire avec saint Paul (Col 3,3) : Ma vie est cachee avec Jesus Christ en Dieu.

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a son Pere en la croix, sur laquelle il voulust estre attaché et lié comme un esclave, pieds et mains. Et sur ce point, nous devons peser et ruminer ces admirables paroles de St Paul : Jesuschrist est mort pour tous, donques tous sont mortz en luy. Il reste que ceux qui vivent ne vivent plus a eux mesme (sic), ains qu'ilz vivent a Celuy et pour Celuy qui est mort pour eux.

O Jesus, vous estes mort pour me donner la vie ; donques, ma vie n'est plus mienne, mays vostre. Je vous la dois, O mon Sauveur, et je la vous immole ; et pour la vouer et dedier plus entierement a vostre gloire, je m'oblige, par la Profession et par les vœux de Religion, de vivre en la façon qui vous est la plus agreable, selon ma portee et condition.

La 7. meditation: de l'offrande et Profession invisible. Nous avons choysi la Ste Vierge Nostre Dame pour nostre Protectrice au Ciel; supplions-la qu'elle nous presente a son Filz.

Choysissons encor quelque Saint particulier : comme St Joseph et nostre bon Ange, ou St Augustin, ou St Dominique ; et ayans con­fiance en leur charité, supplions les de nous presenter a Dieu, le Pere œternel, par le merite de son Filz, en la dilection du Saint Esprit. Et prenons confiance qu'au mesme instant auquel nous ferons icy bas en terre les actes de nostre Profession et de nos vœux solemnelz, ilz les celebreront et solemniseront la haut au Ciel, a la veüe de toute l'Eglise triomphante, ou Nostre Seigneur luy mesme nous sacrifiera a son Pere eternel, nous immolant a son amour œternel ; et Nostre Dame, avec tous les Saintz, appreuvans nostre Profession, chanteront les alleluya et le Te Deum d'allegresse. Avec quelle humilité, avec quelle douceur, avec quelle fermeté de cœur fera-on la haut cette solemnité !

Disposons nous donques a bien correspondre icy bas, et pensons que comme Nostre Dame, par son infinie bonté, chantera sur nostre Profession son divin cantique : Magnificat anima mea Domi­num (Lc 1,46), aussi serons nous obligees de le chanter interieurement nous mesme; et le saint esprit de devotion nous fera sentir combien grande est la grace que Dieu fait a un'ame de la tirer a soy par un attrait si excellent comm'est celuy de la Profession religieuse. Bienheureuse est l'ame qui peut dire de bon cœur avec St Paul : Ma vie est cachee avec Jesuschrist en Dieu. Amen. (col 3,3)

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

NOTES AU SUJET DU FORMULAIRE DE LA PROFESSION

Juillet-août 1619 [528]

(INÉDIT)

Il semble que les Seurs peuvent demeurer dedans le cœur (sic) et que la Seur Novice doive demeurer a la treille descouverte pendant le sermon. a

En icelle. b

Il n'est pas besoin de mettre en veüe les habitz du monde. c

Vos habitz du monde vous sont conservés. d

Jamais, Dieu aydant, je ne les reprendray e

Jamais je ny retourneray. f

Il ne sortira que deux Seurs g.

Apres que la Seur sera rentree dedans le cœur, on chan­tera le Quam dilecta tabernacula (Ps 83); et s'il se peut, la nou­velle Professe chantera seule : Haec requies mea in secu­lum seculi ; hic habitabo, quoniam elegi eam (Ps 131,14).

En suite, le Prœlat dira a la Professe : Ma Seur, vous estes morte au monde et a vous mesme pour ne vivre qu'a Dieu (Col 3,3 ; 2 Co 5,14).

Et les Seurs, toutes ensemble, chanteront :

Beati mortui qui in Domino moriuntur (Ap 14,13).

Puys, la nouvelle Professe s'estendra couchee en terre, et on la couvrira; et lhors une Seur dira la leçon : Homo natus de muliere (Off Defunct.). Et le reste se fera par le Praelat, sinon que la Seur estant relevee elle chantera ce verset :

Dominus illuminatio mea, quem timebo ?

Dominus protector vitœ meœ, a quo trepidabo (Ps 26,1) ?

[529] Si ne cera pas bien que les Seurs die ausi le De profundis ? Si la Seur se levera toute debout pour chanter le Dominus illuminatio ; si elle le dira en chant, et les Seur (sic) le Bcati mortui.

Apres, il faudroi dire la sainte Messe, a la fin de laquelle il faut chanter le Laudate, donné le baiser de pais, puis sortir par ordre, en chantant le Letatus, porté le Crusifis en la celule et dire l'orai­son des Sain (sic). .

Si l'on ira prendre les pretendantes au ceur.

Si cera bon que les Seur alument leur cierge avent celui de la Novise.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

NOTES RELATIVES A DIVERS POINTS D'OBSERVANCE

Septembre 1617-15 octobre 1618 [530]

(INÉDIT)

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austerités corporelles, et sur l'exemple des Jesuites.

R. Quilz ont la consolation de s'employer pour le pro­chain.

1. Mortification des sens est une grande austerité, mays surtout celle de l'esprit. Il faut fermement batre sur cette tentation d'austerité.

2. Orayson. Le moins qu'il se pourra, laissee ; et s'il est expedient d'en avoir deux heures.

3. Toute la vie des Seurs dediee pour leur union avec Dieu, la reformation de l'Eglise et salut du prochain (Directoire Spirituel art 1).

4. Liberté, a la Messe, de faire l'orayson ; liberté de regarder les ceremonies de la Messe : l'un contraire a l'autre.

5. Liberté de regarder les prœdicateurs et les images.

6. Liberté de faire la lecture au chœur et d'aller visiter le Saint Sacrement (id art 16)

7. Liberté de lire la Regle en l'heure du jour qu'on treuvera meilleure.

8. Liberté de lire les livres parmi la journee, pour se soulager es tentations.

9. Liberté pour les ouvrages, qu'on ne soit point reprise si on ne fait pas beaucoup, a cause qu'on a eu besoin de se promener, ou lire a cause des tentations. Cela peut donner des inquietudes, les unes monstrant d'avoir beaucoup ouvré, et les autres peu.

10. Solitude, et liberté de ne point ouvrer.

11. Solitude deux jours apres les confessions annuel­les [531].

12. Silence jusques a la chambre des recreations (Directoire sp. Art 7).

13. Le soir, recreation d'un'heure ; apres, silence jusques a Matines, ou lecture de quelque trait de la Communion (id art 8). Cantiques (id art 16). .

14. Recreation trop dissipee, trop de bruit.

15. Qu'on mene celles qui entrent de nouveau, saluer le Saint Sacrement (Coutumier art 4).

16. Liberté de faire prieres vocales parmi la journee, allant et venant,pour qui on voudra (Dir. Sp. art 16).

17. La mortification enseignee aux Novices, et les ver­tus (Coutum. art 6).

18. Methode pour les Novices quant a l'orayson en sept stations ; Alcantara a fait cela.

19. Voir mourir les Seurs et donner le Saint Huile (Ceremonial).

20. Pour les trespassés, 30 Messes de saint Gregoire (id). (Celle ci n'a veu mourir que ma seur [532], pour laquelle on a prié.)

21. Tableaux et Crucifix dans le chœur (Coutum art 35).

22. En la celule de mesme, et eau benite (id).

23. Advis de la Mere Therese.

24. Liberté, es festes de la ville, de se promener et faire telz exercices qu'on voudra, et qu'on ne fut point chargee d'escrire ou copier.

[533] [Promenades quelques fois (Direct. Spirit. art 16).]

25. De ne faire perdre les exercices communs pour aucun ouvrage (id ).

26. Et que travaillans plusieurs en un ouvrage, il leur soit permis, a celles qui voudront, de se retirer en silence selon qu'elles estimeront en avoir besoin (id).

27. Feste de saint Joseph, saint Antoine, sainte Magdeleine, sainte Anne, saint François.

28. Praedications frequentes (id art 15), et les sujetz d'icelles. [Cathechisme aux Novices (Coutum. art 6).]

29. Processions en quelque lieu, autel ; procession Rameaux, Purification (id art 35Direct. pour Office 1850).

30. Le tems de l'assemblee d'apres Vespres si long.

31. Liberté de ne point faire de pœnitences et dire des coulpes, es jours solemnelz (Direct. Spir. art7)

32. Parfum quand on communie (id art 12).

33. Portes ou portieres au cœur (sic) pour fermer les fenestres a la Messe et orayson, et praedication. [En la prae­dication, il faudrait donq qu'on ne vid que le praedicateur : liberté de dormir ! On pourroit un peu obscurcir [534].]

34. Lumiere au chœur des le premier de Matines pour pouvoir lire (a neant.)

35. Repeter la lecture de la meditation, la lire pausement et au milieu du chœur [535].

36. On est trop ensemble : liberté, apres Prime, de s'aller promener, notamment l'esté, en solitude [536].

­37. Pour la santé: Faire voir au mois de may au mede­cin celles qui auront besoin d'estre purgees (Coutum. art 33) ; canelle, sa­fran, herbes potageres, quelles ? marjolaine, hyzope.

38. Liberté moderee aux officieres.

39. Confession libre, pour n'estre point regardee si on demeure plus ou moins (Entret. 11 p.94)

40. Qu'on puisse parler librement aux confesseurs extra­ordinaires de tout ce qu'on voudra (id).

41. On est trop courte aux confessions ordinaires. (Il n'est pas vray.)

42. En la sujettion qu'on donne, paroist le defaut de bonne conduite. - Ouy, et de bonne obeissance et abnega­tion de soymesme.

43. Qu'on puisse dire les defautz de la Superieure a la Coadjutrice (Const. 35)

44. Un grand soin de bannir la tristesse. – Pœnitence Joyeuse.

45. En quoy consiste la Communauté, et fause liberté.

46. Prieres publiques pour le tems et autres necessités (Direct. Spir. art15)

47. Ceremonie de la veille de la Profession; procession, Crucifix, table paree de noir [537] .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon-Fourvière.

DU SUPERIEUR DE LA VISITATION ET MOYENS D'UNION

[538] Nostre tres honnoré Seigneur et Pere desiroit ardem­ment que nous eussions l'esprit d'une entiere dependance du soin paternel de nostre bon Dieu en nostre Congrega­tion, et que tout nostre repos et confiance fust en sa provi­dence. En suite dequoy il a voulu que les Seurs de la Visi­tation n'eussent aucun General ni Generale, sinon Jesus Christ, le Seigneur de tous (Ga 4,1), et son Vicaire nostre Saint Pere ; d'autant, me dit il, " que la conservation de l'Insti­tut et le bonheur des Religieuses ne depend pas d'estre rangees sous un chef, ains de la fidelité que chasque Seur aura en son particulier et que toutes auront en general de s'unir a Dieu par l'exacte observance des Regles, Consti­tutions et Coustumes establies en leur Ordre."

Et vouloit que les Seurs eussent en singuliere recomman­dation de porter un honneur tout sacré a Messeigneurs leurs Prelatz, qui sont les vrays et legitimes Superieurs des Monasteres establis en leurs dioceses, et qu'elles leur ren­dissent une tres humble et sainte obeissance, conformement a leurs Regles, Constitutions et Coustumes. Et pour ce, elles les feront saluer et offrir obeissance a leur advenement ; et lhors qu'elles seront nouvellement establies en leurs dio­ceses, elles prieront journellement pour eux ; appliqueront tous les ans une Communion generale a leur intention au jour de leur sacre ; en leurs voyages, maladies et affaires importantes elles redoubleront leurs prieres pour leur santé et heureux succes, et quand il plaira a Dieu de les appeller a luy, elJes feront les mesmes suffrages pour eux aux Monasteres du diocese que pour leurs Seurs defunctes.

Que si un jour il arrivait (ce que Dieu ne permette) que quelque Monastere descheust de sa perfection, les autres qui s'en appercevront se devront employer avec une ex­treme charité et humilité pour les ayder a se relever et re mettre en devoir, les admonestant par supplications pleynes de douceur et de zele de retourner a leur premiere ferveur, les assistant en tout ce qui leur sera possible, et leur pro­curant du secours et des exhortations et remonstrances, tant des Superieurs que d'autres personnes d'authorité et pieté qu'elles connoistront estr'e affectionnees a leur Insti­tut.

De mesme, s'il arrivoit quelque trouble ou difficulté entre divers Monasteres de l'Ordre ou en quelqu'un d'iceux, soit pour l'observance ou autres affaires quelles qu'elles puis­sent estre, elles ne s'addresseront point a la justice seculiere,. ains toutes les Seurs auront leur refuge a leur Chef, Nostre­Seigneur Jesus Christ, par penitences et continuelles oray­sons, non seulement dans les Monasteres affligés, mais encor en tous ceux de l'Ordre qui en seront advertis. Elles recourront aussi a leurs Superieurs ordinaires, affin d'estre ­conservees et maintenues en l'integrité et parfaite obser­vance de l'Institut. Que si pour quelques occasions elles n'en pouvoyent avoir le secours et assistance necessaires, apres l'avoir recherché le plus humblement et efficacement qu'il leur sera possible, mesme par l'entremise de quelque per­sonne de qualité et consideration, elles s'addresseront a nostre Saint Pere ou a celuy qui tiendra sa place en chasque ­royaume ou Estat, qui est le Nonce Apostolique, affin que­ par ce moyen toutes choses soyent pacifiees et reduites a l'uniforme observance.

Mais pour esviter que par la longueur du tems ou autres: accidens cet esprit d'uniformité vienne a se dissiper, en cer­tains tems, comme environ de six ans en six ans, elles de­manderont un Visiteur a nostre Saint Pere ou a Monsei­gneur le Nonce, qui visitera une fois en six ans tous les Monasteres de l'Ordre, ou au moins tous ceux d'une langue, pour remettre ce qui pourroit estre descheu de l'obser­vance premiere. Neanmoins, l'intention de nostre tres hon­noré Pere et Instituteur n'estoit pas que ce Visiteur eust aucune authorité sur les Monasteres, ains seulement pour voir si les Maysons conservent l'uniformité entre elles par l'exacte observance ; et desiroit qu'il rendist un tres grand honneur et respect aux Prelatz, et que des choses ausquelles il ne pourroit remedier doucement, avec leur faveur et .authorité, il en fit son rapport a nostre Saint Pere ou a Monseigneur le Nonce pour y estre pourveu.

C'estoit encor la volonté de ce bon et digne Prelat, nostre Instituteur d'heureuse memoire, qu'es doutes et difficultés qui pourroyent survenir es Monasteres touchant la prattique des Regles, Constitutions et Coustumes, on demandast .advis aux Monasteres plus anciens, et notamment a celuy .d'Annessy ; car ayant receu les premices de l'esprit, et estant le cœur et fontaine de la vie spirituelle de tout l'Ordre, d'ou sont issus tous les autres Monasteres, on peut justement et raysonnablement croire que l'eau sera tous­jours plus claire en sa source et qu'on y aura plus de lu­miere et d'intelligence de toutes les choses qui appartien­nent a l'Institut ; [539] joint l'honneur et bonheur qu'a ce Monastere d'avoir en preciput les reliques du Fondateur, qui est une grace tres pretieuse [540].

L'honneur que les Seurs doivent porter a leur Prelat doit encor s'estendre a l'endroit de celuy qu'elles auront de :sa part pour Pere spirituel. Or, le Pere spirituel doit tous­jours estre du clergé, comme aussi le Confesseur ordinaire. Elles traitteront donq avec luy humblement et respectueu­sement, avec une confiance toute filiale, les rendant par­ ticipans de leurs petitz biens spirituelz ; et a leur deces feront un service tel qu'il sera advisé par le Chapitre, selon la qualité et merite de telles personnes. Et on deliberera de mesme pour ce qui devra estre fait au deces des Confesseurs.

Le Confesseur ordinaire sera entretenu aux frais du Mo­nastere par une raysonnable pension ; mais les Seurs ne se chargeront point de sa nourriture, tant qu'il se pourra, ni d'aucune autre chose, sinon de le payer aux termes con­venus. Es lieux ou il sera requis de luy faire un logis, il ne. tiendra point avec le Monastere, bien qu'il puisse estre joignant l'eglise, pourveu toutefois qu'il n'y ayt aucune porte par ou il puisse entrer de son logis a l'eglise ni a la. sacristie, ains qu'il passe par la porte ordinaire.

Revu sur le texte inséré dans le Coustumier manuscrit de 1624.

DIRECTOIRES POUR LES OFFICIERES [541]

DIRECTOIRE DE LA SEUR ASSISTENTE

La Seur Assistente aura soin de la direction des ceremo­nies du chœur, tant ordinaires qu'extraordinaires, et pour cela elle taschera de se rendre fort attentive et prevoyante, affin que rien ne manque.

Quand il sera requis de changer de ton a l'Office, elle fera un signe, frappant un petit coup sur ses Heures avant que l'on commence, puis elle entonnera ou fera entonner ce qu'il faudra dire par une autre, si elle ne le peut faire elle mesme; et lhors que l'on dira l'Office rudement et presse­ment, elle frappera trois coups, et deux lhors que l'on le ­dira trop lentement.

Elle prendra garde que tous les Diurnaux et toutes les Heures des Seurs se rapportent, tant aux accens qu'aux pauses, soit aux Offices ordinaires ou extraordinaires.

Quand elle distribuera les charges aux Seurs, les veilles des grandes festes et solemnités, elle les advertira en mesme tems de dire l'Office plus gravement.

Elle tiendra ou fera tenir par une autre Seur le livre et le sujet de la meditation tout prest pour le lire au milieu du chœur, observant de lire posement, distinctement et asses. haut, et des choses les plus substantielles et devotes.

Pour soulager la memoire de la Superieure, qu'elle la face resouvenir des choses qui se font de tems en tems : .comme de l'intention des Communions, de faire prescher, des renouvellemens des vœux, de faire entretenir les Seurs, de demander les licences pour les entrees et de les faire renouveller quand elles se donnent pour trois moys, de faire venir le Confesseur extraordinaire de trois en trois moys, de faire donner le congé aux Seurs de faire des peni­tences, de faire tenir l'assemblee pour les affaires et semblables.

Elle escrira ou fera escrire les billetz des Saintz, dons du Saint Esprit et les beatitudes. Et voyci comme l'on escrit les billetz des Saintz de l'annee. Par exemple : Saint Jean l'Evangeliste, la pureté de cœur ; de l'autre costé du billet, le tiltre d'une cellule avec le nombre du rang.

Elle lira, ou fera lire a la recreation de l'apres disnee, la

veille des grandes festes ou il y a ceremonie extraordinaire, ce qu'il faut observer pour l'Office et ceremonie; elle de­partira le samedi, a la recreation du matin, les charges du chœur , et le soir les autres petites : comme de resouvenir de la presence de Nostre Seigneur et dire quelque chose de bon a la fin de la recreation ; nommera les lectrices et celle qui servira a la table.

Elle aura soin de bien conserver les livres, et advertira la Superieure s'il s'en treuve quelqu'un qui ne soit pas de devotion, pour les faire vendre ou changer. Comme aussi de faire escrire les Professions et Renouvellemens des Seurs dans le Livre destiné du Couvent (note 145).

Elle aura un roolle de tous les livres qui sont en la May­son, et en fera un autre ou elle escrira ceux qu'on donnera, tant aux Seurs qu'a ceux de dehors. Si la Superieure en fait prester, elle aura soin de les faire retire ; et luy monstrera a l'advantage le roolle des livres que les Seurs ont, affin que, par son ordre, elle fasse la liste de ceux qu'elle leur devra distribuer au commencement de chasque annee. Elle biffera .les noms particuliers qui seront escritz aux livres, et y mettra : Ce Livre est du Monastere de la Visitation Sainte Marie de N. Elle mettra l'intitulation dessus chas­que livre, affin qu'ilz se treuvent plus aysement.

S'il est requis d'ouvrir la porte, ou si quelqu'un sonne au tour la retraitte estant sonnee, elle y assistera; et aura soin particulier de prendre garde si la Sacristaine fait son devoir en sa charge et si, selon les solemnités, l'autel est suffisamment bien paré, pour seulement en donner advis a la Superieure. Comme aussi quand quelque chose manque­ra, et principalement aux Professions et receptions des Seurs, observant des la veille si tout ce qui est requis pour la ceremonie du lendemain est prest, prenant garde que rien ne demeure a faire qui serve d'empressement. Elle .commettra une Seur des le soir pour avoir le soin des choses requises a la ceremonie, qu'elle ne pourra pas faire : com­me de distribuer les cierges aux Seurs, commencer les Psalmes, et autres choses.

Quand il y aura des ceremonies extraordinaires pour l'autel elle en advertira le Confesseur des la veille, et de l'heure qu'il faudra commencer l'Office; comme aussi la Sacristaine de ce qu'elle aura a son pouvoir.

Ce sera a elle de tenir ou faire tenir le chœur des Seurs en bon ordre et bien net, le balliant deux fois la semayne, voire plus s'il en est besoin; et le tiendra fermé des le disner jusques a la lecture, et des lhors il demeurera ouvert, jus­ques apres Vespres, et des les Complies jusques au souper. Mais les jours des festes elle l'ouvrira apres la recreation, ou bien elle laissera a la Sacristaine le soin de l'ouvrir et fermer, en ayant toutesfois une clef.

Elle fera laver les vitres du chœur une fois l'annee, mettant des linges dessus les fenestres, affin que les mu­railles ne se gastent. Et fera mettre au derriere des sieges, des caisses ou platz de bois, pleins de chaux, ou de poudre tombee sous la scie, ou autre chose qui soit propre a cela, prenant garde que les Seurs qui sont nommees pour les tenir netz le fassent soigneusement et les mettent souvent au soleil.

Elle aura soin que les Seurs, au partir de Prime ou l'apres disnee, preparent tout ce qu'elles auront a dire au chœur d'extraordinaire, comme les commemorations, ce qui se devra chanter a la sainte Communion, aux processions et semblables.

DIRECTOIRE DE LA MAISTRESSE POUR L'INSTRUCTION DES NOVICES

Affin que les instructions que la Directrice donnera soyent receues plus souëfvement des Novices, il faut qu'elle s'estudie de leur monstrer un amour cordial et tendre, affin qu'elles prennent une vraye confiance et entiere certitude de son affection ; a quoy servira de s'enquerir souvent de leur santé, tesmoignant de la compassion de leurs maux, et les visitera et servira charitablement quand elles en auront besoin. Voire mesme quand elle verroit clairement que quelqu'une manqueroit de confiance en son endroit, elle doit, sans luy en faire aucun semblant, s'essayer de gaigner son cœur par toutes sortes de demonstrations de bienveuillance, prenant garde toutesfois que la Novice ne puisse pas descouvrir qu'on a reconneu son defaut. Ceci importe beaucoup, c'est pourquoy la Directrice y doit estre fort attentive ; comme aussi a ne tesmoigner aucun desgoust ni ennuy des fades et importunes humeurs qui se pourront rencontrer parmi les Novices, et moins aucune sorte d'affection particuliere, si bien il y en a quelqu'unes qui semblent le meriter ; ains qu'elle monstre un amour universel et un soin esgal au service de toutes, affin d'oster d'entre elles tout sujet de murmure et d'envie. Et qu'elle aye un grand soin de les maintenir en union et estime l'une de l'autre, et qu'elle garde comme un secret de cons­cience ce qu'elles luy diront, n'en parIant qu'avec la Su­perieure.

S'il arrive a la Directrice de commettre des imperfec­tions un peu remarquables devant les Novices, elle en doit dire sa coulpe au refectoir et, avec congé, en faire quelque mortification pour satisfaction du mauvais exemple qu'elle pourroit avoir donné.

Qu'elle ne s'estonne point si elle treuve des filles qui ayent beaucoup a combattre, soit par les anciennes habitudes, mauvaises inclinations et autres tentations, ains qu'elle les conforte et assiste charitablement, leur donnant courage et esperance qu'elles emporteront en fin la vic­toire ; comme en verité, si telles ames sont bien aydees, tant de la grace de Dieu que du soin de la Directrice, elles deviendront plus parfaittes que celles qui sont entrees plus innocentes en la Religion, d'autant que, pour l'ordi­naire, elles haïssent mortellement le mal qu'elles ont re­conneu, et produisent des actes de vertu tres excellens.

Qu'elle laisse une pleine liberté aux Novices de parler a la Superieure tant qu'il leur plaira, quand bien ce seroit par quelque motif imparfait ; car la Superieure sçaura bien retrancher cette superfluité quand il en sera tems. Et mes­me si quelque Novice n'avoit point de confiance a la Supe­rieure ni a la Directrice et desiroit parler a quelqu'une des autres Seurs, on le luy permettra librement, sans faire aucun semblant de s'appercevoir de sa mesfiance, affin de soulager et consoler autant qu'il se pourra telz espritz, desquelz il faut avoir grande compassion et les attendre avec une patience extraordinaire.

Qu'elle prenne bien garde a ne mortifier point les Novi­ces par bigearrerie, aversion ou passion, car elle se des­truiroit elle mesme et ne prouffiteroit point aux autres. Mays qu'elle le face consciencieusement, avec le zele de Dieu (1 M 2,54)et la charité, n'exerçant point la charge comme Maistresse, ains comme servante des espouses de Jesus Christ, duquel elle doit en toutes occurences demander la grace et ne chercher que sa tres pure gloire.

Elle doit donq employer l'annee de probation selon la sainte intention pour laquelle elle est ordonnee ; c'est a dire, qu'elle exerce les Novices convenablement, pour essayer et reconnoistre leur vocation (car il ne serait pas a propos d'attendre de les espreuver apres la Profession), ob­servant neanmoins la discretion en telle sorte que les es­preuves n'excedent pas la portee des espritz.

Qu'elle ne les travaille point par des penitences et mor­tifications lhors qu'elles seront affligees de quelques peynes ou tentation, crainte de les surcharger de nouvelles pres­seures ; au contraire, il les faut ayder, soustenir et consoler, leur enseignant de tirer le fruit de leurs tentations et dif­ficultés.

En fin elle doit avec grande confiance et sousmission aller a la Superieure, pour se resoudre et conseiller es dou­ tes et difficultés qui luy pourroyent arriver en l'exercice de sa charge ; car c'est de la que Nostre Seigneur luy fera puyser les forces, la lumiere et la patience dont elle aura ponr l'ordinaire grand besoin : de maniere que le plus sou­vent qu'elle pourra le faire sera le meilleur.

La Directrice se rendra fort soigneuse d'apprendre aux Novices a bien dire, prononcer et chanter l'Office divin, et pour cela, le matin apres Prime, elle se retirera le plus promptement qu'elle pourra au novitiat pour les faire estudier, commettant pour luy ayder celles qui sçauront le mieux lire et chanter, affin qu'elle ayt asses de tems pour vacquer aux autres obligations de sa charge.

Qu'on ne leur face pas estudier le latin et le françois tout de suite, ains l'un le matin et l'autre l'apres disnee, de peur qu'elles ne s'embrouillent l'esprit.

Elle leur apprendra aussi, par elle mesme ou par son Assistente, a escrire, bien orthographier, chiffrer, jetter, coudre, filer, et telz autres exercices convenables a leur condition.

Elle leur donnera le point de l'orayson un moys ou six semaines durant, tous les jours entre les deux coups de Matines, ou, si la necessité le requiert, apres Matines; voire plus long tems s'il est requis. Elle leur en fera rendre conte tous les jours trois moys durant, s'il se peut, comme aussi de leur interieur et prattiques de vertus.

Toutes les apres disnees la Directrice estant retiree au novitiat avec les Novices, elles diront le Salve Regina, etc., devant l'oratoire, pour saluer Nostre Dame; puis elle leur lira un point de la Regle, qu'elle leur expliquera clai­rementpour leur en faire bien concevoir l'esprit. Quand elle aura parcouru toutes les Regles, Constitutions et Coustumes, elle leur lira le Cathechisme, sans leur permet­tre pourtant de subtiliser et faire des questions curieuses ; car ce seroit un tems inutilement perdu, qui se doit plus­tost employer au saint recueillement et a la prattique des vertus.

Elle leur pourra et devra aussi fort souvent lire les Ser­mons et Entretiens spirituelz qui leur ont esté faitz, com­me le vray pain et la nourriture plus convenable a leurs espritz, leur apprenant a tenir leurs affections arrestees et encloses dans les enseignemens qui y sont contenus, d'au­tant que ce sont les seulz moyens par lesquelz elles peuvent parvenir a la perfection de leur vocation.

Mais es jours de sermon, ni les samedis elle ne lira rien aux Novices, pour leur donner plus de loysir de se preparer a la Confession. Comme aussi les festes et Dimanches elle leur laissera le tems libre pour faire orayson ; ou bien les entretiendra, ou pourra faire entretenir toutes ensemble ou deux a deux pendant le silence, leur apprenant a le faire utilement et a ne parler que de Dieu, des Regles, des advis et entretiens susditz, du bonheur et excellence de leur vocation et de la pretention qu'elles doivent avoir de parvenir au plus haut degré de la perfection de leur voca­tion, s'excitant l'une l'autre a l'amour de Dieu, du prochain et a la prattique de toutes les vertus.

Elle ne leur permettra point de parler les unes parmi les autres de leurs tentations, aversions, difficultés et des­goustz, si elles en ont, car cela seroit tres mauvais et per­nicieux. Et pour obvier a cela, que la Maistresse soit fort prudente a discerner celles qu'il ne faut point mettre ensemble.

Elle devra aussi estre fort advisee a distribuer aux No­vices les livres pour la lecture ordinaire qui soyent de prattique et qui enseignent les bonnes et solides vertus, comme l'Imitation de Nostre Seigneur [542] et de Nostre Dame [543]; Gerson de la Perfection Religieuse [544]; le Chemin de Perfection [545]; l'Introduction a la Vie de­vote, en leur marquant neanmoins les chapitres qui ne leur conviennent pas, et semblables. Mais sur tout, qu'elle les rende soigneuses et affectionnees de lire les Regles, les Sermons et Entretiens spirituelz, affin qu'elles en con­çoivent le sens et prennent l'esprit ; voire mesme des Cous­tumes et des ceremonies qui s'observent, tant en general qu'en particulier, leur inculquant qu'elles ne doivent sça­voir que cela.

Pour y parvenir, la Maistresse les ira petit a petit des­pouillant de toutes autres choses, affin que plus parfaitte­ment elles s'arrestent a celle ci qui est de si grande impor­tance ; et ne leur permettra point de lire des livres qui traittent des oraysons extraordinaires et surnaturelles, sinon par l'advis de la Superieure et de quelque personne bien versee en la spiritualité.

La Directrice doit avoir un grand soin de tenir les No­vices joyeuses et ferventes, et pour cela elle diversifiera les exercices du novitiat : par exemple, quelquefois, au lieu de faire dire des coulpes, elle leur fera dire quelques vertus qu'elles estiment et affectionnent le plus, les interrogeant toutes l'une apres l'autre. Et puis, quand les Novices auront dit, elle dira un mot sur chacune des vertus qui auront esté proposees, et conclura en faveur de celle qui aura parlé plus conformement a la Regle, enseignant a chacune la prattique de la vertu qu'elle aura choisie.

D'autres fois elle leur fera detester les vices et benir les vertus, en cette sorte :

La Directrice s'estant mise a genoux devant l'autel (qui sera d'environ troys pieds ou troys pieds et demy) , elle commencera a dire : " O mon Dieu, je deteste la desobeys­sance, " et toutes les Novices respondront : " Nous la de­testons aussi. " La Maistresse : " Je deteste l'envie; " les Novices : " Nous la detestons. " Et ainsy des autres vices qu'elle verra plus familiers entre elles. Puis, en ayant detesté deux ou troys, la Maistresse ensuite benira les vertus contraires aux vices qu'elles ont detestés, disant : " Benite soit la sainte obeyssance ; " et les Novices respon­dront : " Benite soit elle. " Et ainsy des autres ; la Mais­tresse concluant par une petite orayson, comme seroit : " Seigneur Jesus, regardes, s'il vous plaist, ce petit trou­peau des yeux de vostre misericorde et respandes sur ice luy vos celestes benedictions, par les merites de vostre glorieuse Mere, nostre sainte Maistresse, affin que nous puissions, par la prattique de ces benites vertus, vous .estre aggreables en cette vie et jouir de vous en l'antre. Amen. "

Elle leur fera faire des entreprises ou desfis pour la prat­tique des vertus au commencement de chasque moys, dont elles luy rendront conte une fois la semayne, en l'assemblee qui se fait l'apres disnee, au lieu de lire la Regle. Or, ces petitz desfis doivent estre quelquefois generaux, quelque­fois particuliers ; c'est a dire, que toutes les Novices facent .ensemble le desfi de la douceur ou de l'obeyssance, si la Maistresse apperçoit un defaut universel de ce costé la. D'autres fois il sera bon de les mettre deux a deux a cet .exercice, et leur donner pour l'ordinaire sujet de telles entreprises la simplicité, douceur ou obeyssance, mortifi­cation de la propre volonté, l'humilité, cordialité, le sup­port mutuel des unes avec les autres, le saint recueillement, le retranchement des repliques, repugnances et sembla­bles, distribuant a chacune les prattiques selon les necessités.

La Directrice doit avoir l'œil sur la recreation de ses Novices, affin qu'il ne s'y passe aucune immodestie ; mais .elle doit aussi procurer qu'elles la facent allegrement et avec une honneste franchise, leur ouvrant elle mesme J'esprit par quelques petites questions, et les excitant d'en faire aussi les unes aux autres.

Elle doit avoir un soin particulier des filles qui sont a l'essay et des Novices nouvellement receues, les entrete­nant souvent et les faysant entretenir par quelques unes des plus advancees en la vertu, affin de les recreer et tenir leur esprit en haleyne, de peur qu'elles ne s'ennuyent et .estonnent au commencement.

Elle leur assignera certain nombre de prattiques de ver­tus et de retours de leur esprit en Dieu, chasque jour, pour les acheminer au saint recueillement et a la mortification tant interieure qu'exterieure, doucement, comme des nouvelles plantes au jardin de Nostre Seigneur.

Quand la Superieure jugera qu'il soit tems de mettre les filles a l'essay, la Directrice les fera entrer au Chapitre pour le demander.

Tous les mercredis la Directrice fera l'assemblee du No­vitiat immediatement apres Prime, ainsy qu'il est porté par les Constitutions (const 23), ou estant a genoux devant l'ora­toire et les Novices aussi, toutes en rang derriere elle, elle entonnera le Veni, Sancte Spiritus, etc., et les Novices. poursuivront jusques au verset, que la Directrice dira avec l'Orayson ; puis, ayant offert cette action a Nostre Seigneur et invoqué sa grace, elle s'assiera sur un siege a costé de l'autel, et toutes les Novices en terre ou sur des sieges fort bas, travaillant; puis viendront deux a deux dire chacune troys ou quatre coulpes, sur lesquelles la Directrice leur dira ce qu'elle jugera estre a propos; et a la fin, si elle a remarqué quelque defaut universel ou plus frequent entre les Novices, elle prendra occasion la dessus de leur parler a toutes en general pour leur donner horreur de cette sorte de defaut, et les excitera a l'amour de la vertu contraire, s'essayant de les laisser tous-jours encouragees. Qu'elle ne leur face pour des fautes legeres de grandes corrections.

Proche des grandes festes, elle leur fera renouveller leurs entreprises et prattiquer l'exercice des vertus.

La Directrice commettra une Surveillante au Novitiat pour prendre garde aux defautz qui s'y feront, dont elle fera les advertissemens les mercredis apres les coulpes. Comme aussi elle nommera une Assistente pour tenir les. Novices en respect et donner les licences necessaires en son absence ; lesquelles Surveillante et Assistente la Direc­trice pourra changer de tems en tems, ainsy qu'elle verra estre pour le meilleur.

DIRECTOIRE DES SEURS SURVEILLANTES

Les Surveillantes se surveilleront elles mesmes, taschant de donner bon exemple, par une estroitte observance de­la Regle. Qu'elles soyent grandes amatrices du bien com­mun, pour bien faire leurs charges ; qu'elles n'abondent pas en leur propre sens, ains marchent sincerement selon l'esprit de Dieu et de leur vocation, en toute pureté d'in­tention, disant leurs advis avec modestie. Qu'elles entendent bien tout le Coustumier [546], les Directoires et les.choses desquelles elles auront a parler es conferences ; et ne se hastent pas trop de dire leurs opinions, ains, apres avoir invoqué Dieu, qu'elles dient ce qu'elles sçauront et ce dont elles seront requises, briefvement.

Elles assisteront aux visites qui se feront, liront les Direc­toires de chasque office, observant si les officieres auront bien fait leur devoir ; et ce qui manquera, tant pour le regard de l'observance que pour les meubles et ustensiles necessaires, elles en advertiront la Superieure, sans en parler ailleurs, ni faire la correction aux officieres.

Qu'elles observent les actions des Seurs a l'eglise, au refectoir, aux assemblees et recreations, et rendent fidellement conte toutes les semaynes, avant le Chapitre, a la Superieure de ce qu'elles auront remarqué.

Quand elles advertissent les Seurs au Chapitre et au refectoir, que ce soit sans exagerer ni aggrandir les fautes,. ni selon leurs inclinations ou aversions, ains par le seul amour de Dieu et le zele de la perfection des Seurs, ne par­lant jamais des fautes qu'elles remarqueront, sinon a la seule Superieure.

DIRECTOIRE DE LA SEUR OECONOME

Que la Seur Œconome donne a la prouvoyeuse de l'ar­gent moderement, selon les lieux, pour les menues provi­sions, et sache si elle a tout employé avant que de luy en donner d'autre.

Qu'elle ayt soin de l'entretien des bastimens et de faire conserver le bien de la Mayson, affin qu'il ne se face point d'exces, comme estant le propre bien de Jesus Christ. Qu'elle prevoye que proche des bonnes festes il n'y ayt rien qui puisse empresser ni distraire les Seurs de l'atten­tion qu'elles doivent avoir a ces grans misteres.

A l'Obeyssance du soir et du matin elle saura de la Supe­rieure ce qu'elle aura a faire a la ville, comme aussi ce que les Seurs desireront, affin qu'elle ordonne aux Seurs Tourieres ce qui sera requis, en sorte que tant qu'il se pourra elles n'aillent qu'une fois le matin et une l'apres disnee pour les messages ordinaires a la ville. Quand il y aura beaucoup de choses a faire venir, elle leur en fera une liste, et tous les soirs, a l'heure que la Superieure jugera la plus propre, elle leur ordonnera, et aussi aux Seurs Domesti­ques, les choses extraordinaires a quoyelle les voudra employer le lendemain.

Qu'elle voye quelquefois les portions, affin que l'esgalité soit conservee, et la necessité en ce qui regarde les infirmes, desquelles elle prendra soin particulier. Qu'elle dresse la carte des choses dont elle devra faire les provisions neces­saires, selon les saysons propres a acheter chasque chose ; elle tiendra lesdites cartes sur des petits ais attachés en sa chambre en lieu ou elle les puisse facilement voir.

Elle donnera de tems en tems a la Seur que la Superieure aura nommee, le chanvre, filet, esguilles et telles autres choses necessaires aux ouvrages des Seurs, pour en faire la distribution par le menu; laquelle prendra garde, selon qu'il est ordonné en la Constitution (const 14), a celles qui se ren­droyent negligentes a bien faire et diligemment leurs ou­vrages, pour en advertir la Superieure.

Qu'elle parle fort bas au tour. Qu'elle ne barguigne point en achetant, mais apres avoir dit deux ou trois fois ce qu'elle jugera raysonnable, qu'elle laisse ou prenne la chose et ne renvoye personne mal content, tant qu'il se pourra.

Elle aura un petit livre journalier ou elle escrira tous les soirs ce que l'on aura acheté ; et a chasque semayne, s'il se peut, elle l'escrira selon l'ordre accoustumé dans son livre des comptes. .

Elle aura soin de faire payer et recevoir ce qui est deu a la Mayson, prenant a cet effect un memoire, au commence­ment de l'annee, de la Seur qui a la charge des papiers, de tout ce qui est deu au Monastere, advertissant la Superieure des moyens qu'elle tiendra pour cela. Elle fera les quit­tances qu'elle luy fera signer, et escrira le jour et les per­sonnes de qui elle a receu l'argent, lequel elle portera dans 1e cabinet vouté, attendant la fin du moys, qu'elle remettra le tout a la Superieure pour le faire escrire sur le livre.

Elle aura soin de faire nettoyer les cheminees deux fois l'annee, et recommandera souvent aux Seurs Domesti­'ques d'estre sur leurs gardes crainte du feu ; elle visitera apres Matines les lieux ou on le fait et les poësles.

Elle aura un livre dans lequel elle escrira toutes les choses qui luy peuvent donner lumiere et adresse en sa Charge, tant a elle qu'a celle qui luy succedera en sa charge : comme seroit la quantité de blé, vin, huyle, beurre, chan­delles, sel, poys et choses semblables qu'il faut pour la nourriture et entretien des Seurs ; comme aussi la quantité d'estoffes qu'il faut pour les habiller, tant pour l'esté que pour l'hyver, et combien elles coustent et ou s'en doit faire .f'employte.

Elle sçaura combien il faut d'estoffe pour un ornement d'eglise et le memoire des meubles qu'il faut faire donner aux pretendantes; comme aussi ce que l'on donne aux Con­ifesseurs, aux pauvres tous les moys, au medecin, au procureur du Monastere, et autres telles choses dequoy on a besoin journalierement.

On achetera les provisions au lieu ou elles seront esta­blies, si elles s'y peuvent treuver, encor qu'elles deussent couster un peu plus cher, affin de ne pas surcharger les Maysons qui sont aux grandes villes ; l'Œconome doit estre fort attentive sur ce point.

DIRECTOIRE DE CELLE QUI AURA CHARGE DES. PAPIERS

La Superieure commettra le soin des papiers et tiltres de la Mayson a une Seur, laquelle les serrera et tiendra en bon ordre, prendra garde qu'ilz ne se gastent ou esga­rent ; elle les tiendra au lieu qui sera destiné a cela dans le cabinet vouté.

Elle mettra tous les papiers qui concernent un affaire ensemble, pour les treuver plus facilement ; comme aussi les contratz seront a part, les quittances aussi et ainsy des autres, le tout bien rangé et avec des escriteaux, pour les prendre plus a propos selon le besoin.

Quand il faudra donner quelque papier dehors le Monas­tere, elle l'escrira, marquant la date du jour et a qui elle l'a donné et pour quel sujet, et procurera qu'il luy soit ren­du au plus tost; et fera que le notaire ou quelque autre escrive au parloir, en dehors, les contratz permanens tout au long dans le livre fait expres, qu'elle fera collationner et signer par ledit notaire, lequel livre ne doit point sortir du Monastere. Que s'il en faut produire quelque contrat, elle en fera faire une copie collationnee ; comme aussi, a mesme tems que l'on passera les contratz qui ne sont per­manens, elle en escrira ou fera escrire la substance par le mesme notaire dans le livre fait expres, laissant entre chas­que contrat portant rente deux ou trois feuilletz en blanc pour escrire la reception des pensions ou interestz, lesquelz. elle n'escrit sur ledit livre qu'a la fin de l'annee que la Seur Œconome luy remet le roolle de ce qu'elle a receu. Et aux contratz de simple obligation on laissera une feuille pour escrire les sommes que l'on recevra sur icelle, affin de tenir meilleur compte a ceux qui doivent, et aussi pour les faire payer au tems marqué, affin que par sa faute rien ne demeure a payer ; et retirera du notaire tous les extraictz des contratz et autres papiers necessaires. Et pour cela il seroit bon qu'elle fust presente quand l'on passera les contratz, si la Superieure le juge a propos ; ou du moins l'on luy fera sçavoir ceux qui se feront es lieux ou les no­taires n'expedient les contratz sinon a la fin de l'annee. Elle doit faire un petit roolle de tous les contratz qui se passeront, qui contiennent seulement le jour et les personnes. avec qui l'on a contracté, sur lequel elle verifiera les con­tratz que le notaire luy expediera, pour voir s'il n'en a. point oublié.

Au commencement de chasque annee elle fera un extraict ou roolle de tout l'argent et rentes qui sont deuës au Monas­tere, tant en blé, vin, qu'autres choses, supputant ce que doivent ceux qui n'ont payé annuellement, le mettant bien au clair, et remettra ledit bordereau et extraict a la Seur Œconome, pour solliciter et faire payer ceux qui doivent, ainsy qu'il est marqué en son Directoire, et luy en baillera. toute l'intelligence necessaire, affin que tous-jours l'on se paye des fruitz escheus avant que de recevoir les sommes principales ; et avant que de parler a ceux qui doivent, elle soit instruite de ce qu'ilz sont redevables, affin de ne se pas embrouiller et que rien ne se perde par sa faute.

Si le Monastere doit quelque rente, elle aura un livre ou elle fera escrire toutes les quittances que l'on passera en sa faveur.

Elle escrira aussi dans le livre de la substance des con­tratz tout l'argent que l'on prestera dehors, dont l'on ne fait point de contrat, comme quand l'on preste aux pau­vres Monasteres de nostre Ordre, et en telles autres petites occasions ; et aura soin de retirer les promesses particu­lieres qui se feront a cet effect. Et sera soigneuse d'escrire sur ledit livre ce que l'on paye tous les ans, et pour cela elle verra, a la fin de l'annee, les memoires et extraictz qu'elle a donné a l'Œconome, pour en charger ses livres et faire des nouveaux extraictz de ce qui sera deu.

Aussi tost qu'elle sera mise en cette charge elle lira l'in­ventaire des papiers, pour s'instruire des affaires du Monas­tere, avec l'ayde de la Seur qui sort de cette charge, laquelle luy en doit donner toute l'intelligence possible.

DIRECTOIRE DE LA SEUR PORTIERE

Quand la Seur Portiere est a la porte pour y attendre quelque chose, elle priera ou lira et n'y demeurera point oysive (art 28), et tous-jours y parlera fort bas. Tous les soirs a l'Obeyssance elle rendra conte a la Superieure de tout ce que l'on aura donné ou presté hors la Mayson ce jour la.

Si elle est des Seurs du chœur elle prendra place proche la porte, pour sortir plus a propos quand il sera besoin d'aller en sa charge.

Appellant une Novice pour aller au parloir, elle en ad­vertira la Directrice, si elle est au novitiat.

Si quelqu'un vient demander quelque Seur au tems des Communautés, elle priera d'attendre qu'elle en soit dehors, leur demandant s'ilz sont pressés, auquel cas elle l'ira dire a la Superieure. Mais si c'estoyent personnes de grand respect, elle l'en advertira promptement et instruira les. Seurs Tourières sur ce sujet.

Elle donnera aux Seurs Tourieres ce qui sera pour les. pauvres apres la seconde table, pour en faire la distribu­tion tous-jours a une mesme heure, tant qu'il se pourra.. Mays quand il sera requis de donner de l'argent a quelque ­pauvre passant elle le fera elle mesme selon la necessité des. pauvres, advertissant la Superieure de ceux qui pour leur necessité auroyent besoin d'aumosne extraordinaire, com­me seroyent des hommes d'Eglise et pauvres honteux.

Elle tiendra les parloirs fort netz, les balliant, avec les. lieux proches des portes, et torchera les grilles, deux fois la semayne.

Elle tiendra les tours et les parloirs bien fermés a clefs, lesquelles elle gardera. Elle instruira les Seurs Tourieres de ne laisser entrer personne aux parloirs sans en advertir, tandis qu'il y en aura d'autres qui parleront aux Seurs, sinon pour quelque legitime occasion. Elle ne recevra aucune chose pour retirer en la Mayson sans le congé de la Superieure (art 28) .

Si on cuit le pain dehors du Monastere, elle le contera. quand on le portera au four et quand on le rapportera, affin qu'elle puisse advertir l'Œconome s'il s'en perd.

Qu'elle ne parle jamais des choses qu'elle a appris a la. porte et au parloir, ni ne fera entendre aux Seurs ceux qui. y auront esté, sans le congé de la Superieure.

Qu'elle n'envoye point les Seurs au parloir sans assis­tente et qu'elle leur die a qui elles vont parler.

Qu'elle face fermer l'eglise avant le disner, s'il se peut,. et qu'elle en retire les clefs, la faysant ouvrir a deux heures ou environ, voire plus tost s'il est requis, principalement les festes, pour la consolation du peuple ; et que tous les. soirs elle en retire les clefs et celle de la porte des Seurs Tourieres apres l'Ave Maria.

S'il y avoit quelque Seur qui s'amusast autour des portes des parloirs ou qui s'enquist des nouvelles qui s'y disent, elle en advertira la Superieure.

Quand on apportera les denrees et provisions a la. Mayson elle en advertira l'Œconome.

DIRECTOIRE DE LA SEUR SACRISTAINE

La Seur Sacristaine aura soin de mettre au tour ce quii est necessaire pour la sainte Messe, en sorte qu'elle entende celle de la Communauté avec tranquillité et qu'elle sorte le moins qu'il se pourra de l'Office. Elle dira le Confiteor pour la sainte Communion, lequel elle commencera apres la Communion du prestre.

Elle parlera tous-jours fort bas en la sacristie, et procurera que l'on face le mesme en celle des prestres.

Apres l'Office elle ira retirer ce qui sera de la sacristie, vuidant et rinçant les burettes, ausquelles elle ne lairra jamais du vin ni de l'eau; et tous les quinze jours elle les rincera avec des coques d'œufs, ou bien avec de l'avoyne, ayant un grand soin de bien essuyer celle ou elle mettra le vin et de les tenir couvertes.

Elle fera que le Tabernacle soit doublé de quelque belle estoffe, s'il se peut, et aura soin de le faire tenir fermé a clef. Elle fera mettre tous-jours un Crucifix sur l'autel devant le Tabernacle, si c'est la coustume du lieu. Elle aura soin que l'huyle de la lampe qui esclaire de jour et de nuit devant le Saint Sacrement soit bien pure et nette et la mesche fort petite ; elle la fera nettoyer par le clerc, ou par les Seurs Tourieres, quand elle en aura besoin.

Elle fera les hosties tous les quinze jours ou trois se­maynes, ou pour le moins tous les moys, et fera renouveller l'eau benite tous les huit jours, et consommera le reste dans la piscine ; comme aussi les cendres benites et l'eau dans laquelle on aura laissé tremper ou lavé les choses. sacrees, ou bien la mettra au feu.

[547] Quand il sera requis qu'elle pare l'autel (s'entend quand il sera besoin qu'elle le fasse parer pour les occasions extraordinaires), elle se tiendra en grande reverence devant la grille, faysant couvrir l'autel de quelque linge ou tapis aux Seurs Tourieres ou au clerc, par qui elle le fera parer, leur enjoignant aussi de deschausser leurs souliers. Et en ces rencontres ou il sera requis qu'elle soit a la grille, elle ne le fera jamais que l'egJise ne soit vuide de toute sorte de personnes, excepté de ceux qui pareront, et fermee a la clef qui sera rendue a la Portiere, et assistee de son ayde, ou autre Seur qu'il plairoit a la Superieure luy donner.

Elle suivra l'ordre qui luy sera marqué sur la carte, pour parer l'autel selon les couleurs propres. Quand on aura deparé l'autel apres les festes, elle retirera soigneusement les paremens et bouquetz apres les avoir nettoyés, ayant un tres grand soin de les conserver.

Qu'elle fasse parer l'autel de la sacristie fort honneste­ment : qu'il y aye tous-jours un Crucifix sur l'autel, des images ou tableaux, un benitier, une chaire pour confes­ser, une serviette et de l'eau pour laver les mains des pres­tres avant qu'ilz se revestent pour dire la sainte Messe.

Qu'elle prevoye de bonne heure a ce qu'il faut pour les grandes festes et solemnités. Sur tout, s'il est besoin d'em­prunter quelque chose, elle le dira a la Superieure et puis l'envoyera querir par la Seur Touriere qui luy sera nommee, ayant soin de le faire rendre par elle mesme, s'il se peut, apres avoir bien nettoyé et mis le tout en bon ordre, pre­nant garde de ne rien gaster.

Aux jours de Pasques, Pentecoste, Noël, Feste Dieu, Epiphanie et Visitation Nostre Dame elle fera servir a la Messe de la Communauté la plus belle chasuble et les plus beaux ornemens, selon les couleurs de l'Eglise ; pour les autres Messes de ces jours-la, l'une des plus belles chasubles d'apres celle qui a servi a la Messe de la Communauté. Le second jour des troys susdites festes, comme aussi a toutes les autres festes de Nostre Seigneur, Nostre Dame, Tous­saintz, de saint Jean. 24 juin, de saint Pierre et saint Paul, 29 juin, saint Augustin, saint Joseph, Dedicace de l'Eglise -et des Renouvellemens, elle fera servir le second bel or­nement, observant de donner de belles aubes et de [la] vaisselle d'argent selon les jours et solemnités. Mays en l'octave du Saint Sacrement, et tous-jours quand il sera exposé sur l'autel, elle fera servir tous les jours les chasu­bles et aubes destinees pour les Dimanches et festes de .commandement, et aura soin de changer de parement d'autel trois ou quatre fois pendant l'octave ; se pour­voyant a l'advantage d'une chappe, si c'est la coustume du lieu, et d'un encensoir pour la Benediction, et fera servir la plus belle aube, si c'est une personne de grande conside­ration qui la fait.

Elle fera changer, s'il se peut, le dais aux grandes testes seulement, es lieux ou l'on s'en sert ; mais quant au petit qui se met sur la fenestre de la sainte Communion, elle le changera, tant qu'il se pourra, selon les couleurs de l'autel, faysant en cela selon que les lieux et les commodités le permettront et selon que la Superieure ordonnera et jugera estre mieux.

Elle fera oster la premiere nappe de l'autel de moys en moys, et pendant ce tems la elle la fera retourner une fois, observant de faire mettre des plus belles aux grandes festes, sans toutesfois les y laisser longuement, ni les den­telles, sinon en quelque octave signalee.

Les aubes et cingules se changeront tous les moys ou six semaynes, les amictz tous les huit ou quinze jours, obser­vant de faire des œilletz aux quatre coins, ou des boucles, pour changer les cordons. Les corporaux de trois en trois moys, les purificatoires tous les huit jours et les serviettes de mesme, tant pour servir a la sacristie que pour celles qui serviront a l'autel. Celles de Communion (qui seront fort proprement pliees et un peu empesees si on veut) pour­ront servir un moys ou deux. Elle changera toutes ces cho­ses plus ou moins souvent, si elle voit qu'il en soit besoin, observant plustost d'exceder en la netteté que d'y manquer tant soit peu.

Qu'elle ayt soin de bien empeser les corporanx sur des mestiers, tant qu'il se pourra, et a sayson propre, qui est des le moys de may jusques en octobre ; mais elle ne les doit pas empeser tous a la fois. Les plus beaux pourront estre gardés un an empesés, ne les faysant servir que fort rare­ment ; elle n'y mettra pas de trop grandes dentelles. Elle aura soin de desempeser ceux qui seront sales des qu'ilz ne serviront plus, comme aussi tous les autres linges. Elle fera blanchir ceux qui appartiennent au service de l'autel a part. Qu'elle tienne les corporaux et purificatoires dans des boëtes bien nettes, les faysant laver au Confesseur avant que de les blanchir, se gardant bien de toucher avec les mains les choses sacrees. Il seroit requis que la Sacris­taine eust des gantz de toile fort espaisse, bien blanche, avec lesquelz elle peust toucher les choses sacrees.

Qu'elle ayt un grand soin de monstrer son luminaire a la Superieure (ou a l'Assistente en son absence) et a l'Œcono­me un peu avant les grandes festes, affin qu'elles voyent s'il en faudra acheter ; et qu'elle en soit grandement soi­gneuse, les serrant en lieu qui ne soit pas trop sec, adver­tissant pour en faire la provision en tems convenable. Et qu'elle prenne garde a ne laisser perdre la cire qui en tombe, ains qu'elle la resserre, comme aussi tous les boutz qui ne pourront plus servir, n'en prenant pour son usage, pour petitz qu'ilz soyent ; ains qu'elle face fondre le tout quand il y en aura quantité, en faysant un pain qui pourra servir pour faire d'autres cierges avec de la cire neuve. Qu'elle ante les gros cierges des qu'ilz seront usés passé la moitié, ayant soin de faire lever l'anture des qu'elle sera proche d'estre usee, crainte du feu. Elle les fera anter fort proprement, affin qu'il ne paroisse que le moins qu'il se pourra, observant d'anter ceux qui sont d'une esgale gros­seur ensemble, mettant tous-jours le plus gros bout des­sous ; elle les raclera et tiendra le plus nettement qu'il luy sera possible. Pour les cierges communs elle ne les antera

point, ains les fera user entierement aux Messes qui se diront tous les jours.

Elle tiendra a l'ordinaire deux cierges sur l'autel pour les Messes des jours ouvriers, et un gros cierge ou flambeau pour l'eslevation du Tres Saint Sacrement. Elle en fera mettre quatre sur l'autel les Dimanches et festes d'Apos­tres, tant pour la Messe que pour Vespres ; mays toutes les grandes festes de Nostre Seigneur et de Nostre Dame et de celles dites cy devant, elle en fera mettre six des plus beaux et deux flambeaux, si elle en a, ou deux gros cierges pour l'eslevation du Saint Sacrement.

Elle observera de faire mettre des plus beaux luminaires qu'elle ayt quand on fait la Benediction le jour de la feste et le jeudy de l'octave du Saint Sacrement; comme aussi elle donnera quatre flambeaux, et deux aux jours ouvriers, sinon que quelque personne de grand respect fist la cere­monie ; en ce cas elle en donnera quatre.

Le Jeudy Saint elle fera tenir tout le jour huit ou dix cierges allumés devant le Tres Saint Sacrement, observant d'en faire mettre des plus beaux environ une heure apres. midy, et deux flambeaux pour la sainte Messe. Et en toutes. ces grandes solemnités, si c'est la coustume du lieu et le tems des fleurs, elle y fera des guirlandes; observant que les cierges des festes cy dessus nommees et autres princi­pales ne soyent pas usés plus du tiers ou de la moytié, et qu'ilz soyent de cire blanche, s'il se peut, tant pour Vespres que pour la Messe, mais ilz pourront estre un peu moindres pour la vigile.

Qu'elle se prouvoye de parfum, faysant mettre la casso­lette ou autres senteurs a toutes les bonnes festes, Bene­diction du Saint Sacrement, Reception ou Profession des, Seurs, en quelque predication signalee, quand quelque Evesque ou personne de grande consideration dira la sainte Messe, quand quelque grand seigneur ou dame l'en­tendront en nostre eglise et quand on fait la Communion generale.

Qu'elle advertisse le clerc de tout ce qu'il y aura a faire ; comme de ne point servir, tant qu'il se pourra, sans avoir sa robe et son surplis, tant a la Messe de la Communauté­ qu'aux premieres Vespres des grandes festes et a celles de tous les Dimanches et festes de l'annee, ausquelles il se doit treuver, et durant les Offices de l'octave du Saint Sacre­ment, quand on l'expose sur l'autel et quand on fait quelques ceremonies ou solemnités, luy recommandant de tenir fort net le presbytere et de la sonner quand quelque ­prestre viendra dire la Messe, et de telles autres choses dont il sera requis de l'instruire.

Une fois la semayne elle nettoyera les chandeliers du chœur, les mouchettes et tout ce qui est requis, les prepa­rant pour les Offices a bonne heure.

Elle tiendra le chœur fermé, si la Superieure luy en donne la charge, des qu'on sonne le disner jusques a deux heures, et des Vespres jusques a Complies, et des le dernier coup du souper jusques au premier de Matines. Les jours de feste elle l'ouvrira apres la recreation du disner.

Qu'elle tienne les chasubles tout de leur long et large, et du linge ou du papier deslié dans celles ou il y a de l'or ou de l'argent, comme aussi dans les .paremens, pavillons et voyles de calice, observant de ne les pas charger, de peur que l'or ne se coupe. Les pavillons seront tenus despliés et estendus tout de leur long, et les paremens pliés ou atta­chés sur des cadres.

Elle observera tant qu'elle pourra de mettre a part les ornemens des grandes festes, ceux des secondes et des communes, affin de ne les remuer ou froisser que le moins qu'il sera possible, appareillant la chasuble, le voyle, le pa­rement et le pavillon de l'autel le plus convenablement qu'il se pourra, tant en couleur qu'a la beauté de l'estoffe. On mettra des escaliers de linople ou de toyle bien blanche et fort bien plissee, ou autre selon la coustume des lieux.

Qu'elle mette une fois l'annee tous les ornemens a l'air, mais non pas au soleil, et qu'elle laisse quelquefois la cham­bre ou l'on les tient, ouverte.

Qu'elle die les samedys au soir les festes et vigiles qui escherront la semayne suivante.

S'il y a des Messes de fondation, elle aura soin de les faire dire aux jours destinés.

Le jour de la Purification

Elle preparera autant de cierges qu'il y a de Seurs et de Tourieres dans le Monastere, comme aussi pour le Confes­seur et pour le clerc ; et sera soigneuse d'en donner un qui soit benit a la Seur Infirmiere pour signer les mourantes, et retirera ceux qu'elle aura donnés dehors.

Le jour des Cendres

Ce jour icy elle aura soin de preparer des cendres qu'elle aura fait des rameaux de l'annee precedente, sans meslange d'autre bois; elle les donnera au celebrant dans un vase.

Le jour des Rameaux

Elle preparera des rameaux de romarin ou de buis, ou d'autres choses semblables, de bonne heure; lesquelz elle donnera au celebrant le matin devant la sainte Messe.

Le Mercredy Saint

Elle aura soin de faire mettre le chandelier triangulaire pour Tenebres, avec quinze chandelles de cire jaune; le deuxiesme jour de Tenebres on le posera au milieu de l'autel, au bas des degrés, selon la façon commune de l'Eglise.

Durant les trois jours de Tenebres le luminaire de l'autel doit estre de cire jaune, sinon que l'on fust contraint de faire le paradis ou sepulchre (ce qui ne se doit faire que par necessité), et en ce cas le luminaire du paradis seroit de cire blanche.

Le Jeudy Saint

Elle preparera deux calices, si c'est la façon des lieux. Elle sonnera en bransle pendant le Gloria in excelsis de la Messe, et des lhors ne sonnera point jusques au samedy.

En pareille occasion elle fera mettre la cassolette ou autre bonne senteur tout le jour, devant le Saint Sacrement.

Le Vendredy Saint

Elle preparera la chasuble noire, l'encensoir, un Crucifix; et doit [y] avoir sur l'autel six cierges de cire jaune, si c'est la coustume du lieu. Et apres les Heures elle estendra dans le chœur un asses grand drap noir, avec un oreiller, pour mettre le Crucifix pour l'adorer.

Le Samedy Saint

Elle doit avoir preparé en la sacristie l'encensoir avec de l'encens; cinq gros grains pour le cierge benit ; du char­bon noir avec une pierre a feu et un fusil, et de la mesche propre a prendre feu; trois petites chandelles blanches, avec un baston de canne ou roseau fendu en triangle, ou un cierge triangulaire ; la chappe ou l'estole et chasuble violette; le cierge paschal et la Croix. Et lhors que le pres­tre dira Gloria in excelsis, a la mesme heure elle sonnera en bransle.

Elle aura soin, a tel jour, de faire renouveller le saint Huyle tous les ans.

Pasques

Elle donnera l'encensoir les trois festes, pour la Messe conventuelle; ce qu'elle fera aussi a Noël, Pentecoste et autres, selon qu'il est marqué [548].

DIRECTOIRE DE LA SEUR INFIRMIERE

La Seur Infirmiere escrira les remedes que le medecin ordonnera, si luy mesme ne le fait, ou que la chose fust si facile qu'il n'en fust pas besoin.

Qu'elle parle fort bas en l'infirmerie.

Elle aura des livres devotz pour les malades, qui les re­creent saintement: comme le Sermon fait par nostre Bien­heureux Pere sur l'Evangile de la guerison de la belle mere de saint Pierre (S4, serm 60 p.165) [549], Le Pelerin de Lorette [550], la Consola­tion des malades, par le R. P. Binet [551], et semblables.

Quand elle reconnoistra quelques desirs des malades ou jugera quelque chose leur estre propre, soit pour les re­medes et soulagemens extraordinaires ou qu'elles fussent fort desgoustees, elle en advertira la Superieure; comme aussi quand le medecin commandera qu'on achete quelque chose pour leur necessité, affin qu'il se face promptement.

Elle fera souvenir la Superieure de les faire visiter et recreer saintement par les Seurs ; ce qu'elle devra s'essayer de faire elle mesme, et pour cela elle parlera ou pourra parler avec celles qui les iront visiter, en la façon et avec les conditions portees par les Regles et selon les heures et exercices, tant qu'il se pourra.

S'il y a des Seurs malades de quelque maladie dange­reuse, elle se gardera bien de servir les autres de ce qu'elles ont touché, et s'enquerra soigneusement du medecin s'il juge que la malade doive mourir, affin de la faire preparer a la reception du Saint Sacrement, et advertira prompte­ment la Superieure quand elle la verra decliner. Et quand il en mourra quelqu'une, elle advertira incontinent la Sacristaine pour faire sonner, selon la coustume de la Mayson.

Qu'elle tienne fort nettement tout ce qui est de l'infirme­rie, et les malades blanchement et nettement accommo­dees, les servant des linges de l'infirmerie, si leur necessité ou delicatesse le requiert. Et quand on leur portera le Tres Saint Sacrement, elle preparera proprement l'autel (sur lequel il y aura de l'eau benite, une Croix, deux cierges allumés, un corporal) et tout ce qui est requis, avec un grand soin et reverence ; elle ageancera la malade le plus nettement qu'il luy sera possible et mettra sur son lict un linceul pendant.

Elle tiendra tous-jours un Crucifix a l'infirmerie sur l'autel, de l'eau benite et force images devotes pour la consolation des malades ; comme aussi une table, couverte d'une nappe fort blanche, pour poser les petites choses dont elle aura presentement besoin, et sur icelle quelque vase de fleurs en la sayson ; mais qu'elle n'y en tienne point d'odeurs fortes, de peur de nuire aux malades.

Qu'elle ayt des petites tables a mettre sur le lict pour faire manger les malades qui n'en seront incommodees. Elle les servira tous-jours nettement, sans toucher avec les mains ce qu'elle leur donnera a manger que le moins qu'il sera possible, affin de ne les point desgouster. Et qu'elle ne mette point devant elles toutes leurs portions, si elle juge qu'elles ne les desirent, ains les servira a mesure qu'elles mangent, n'estant pas aussi necessaire, quand il y a plusieurs malades, de faire a chacune leurs portions, ains on doit mettre pour toutes ensemble ; et elle les ser­ vira chacune selon leurs besoins, si ce n'est qu'il faille­ quelque viande plus particuliere a quelques unes : dequoy elle en advertira des le soir la Despensiere et de ce qu'il faut pour leur dejeusner et disner ; et des la recreation d'apres le disner ce qu'il faut pour leur gouster et souper,. quand elle jugera que quelque chose de particulier leur sera necessaire, sans pourtant exceder aux diversités des choses qui peuvent trop surcharger celles qui apprestent, sinon lhors que le medecin aura reglé leur manger.

Apres que les malades seront gueries, qu'elle batte, secoue et nettoye leurs tours de lict, matelas, chevet, pail­lasse, les mettant au soleil et les nettoyant bien.

Qu'elle tienne tous les linges marqués d'un I, outre la marque ordinaire, et un roolle de tout ce qui est de sa charge ; procurant d'avoir tous les meubles qui seront ne­cessaires en icelle, pour faire les eaux et les petites choses. dont les malades pourroyent avoir besoin, desquelz elle aura soin, ne les laissant mesler ou traisner par la mayson, sur tout le linge si tost qu'il est blanchi et la vaisselle des qu'elle est lavee.

Elle aura en garde les drogues et medicamens, sirops,. herbes, fleurs et toutes autres choses propres a son office, lesquelles elle aura soin de faire preparer en la sayson con­venable. Elle les visitera souvent, affin que rien ne se gaste, ne laissant point defaillir les choses dont on a de besoin et dont on doit avoir provision ; ains advertira la Superieure et l'Œconome a l'advantage pour y prouvoir, et mettra en toutes les eaux, sirops et autres drogues, des billetz escritz de leur nom.

Des que les malades seront suffisamment fortes pour sortir de l'infirmerie, pour venir au chœur ouyr la sainte Messe, elle les y conduira, comme aussi au refectoir a une­petite table, s'il est besoin, et aux assemblees des que leur santé le pourra permettre bonnement; le tout avec l'advis de la Superieure.

Elles iront tour a tour, son assistente et elle, tant a la premiere que seconde table, comme aussi a tous les autres exercices de la Communauté. Que s'il est requis d'en estre­ dispensees, elles demanderont congé a la Superieure.

DIRECTOIRE DE LA SEUR ROBIERE

La Seur Robiere procurera que les Seurs ayent chacune, tant qu'il se pourra, un habit d'esté et un d'hyver et non plus, prenant garde qu'elles ne les portent trop tachés et avec indecence.

Qu'elle tienne des voyles de reserve pour en donner a celles qui auront besoin de les changer aux grandes festes, ou quand on reçoit des Religieuses ; comme aussi des ban­deaux, desquelz elle changera aux Seurs tous les moys en hyver et l'esté tous les quinze jours, prenant garde que l'estamine dequoy elle les fera soit espaisse, en sorte que l'on ne voye pas la doubleure, et les fasse estroitz.

Au printemps elle mettra a l'air tous les habitz de reserve et tout ce qui est en sa charge pour les nettoyer. priant les Seurs d'y porter tous leurs matelas et couvertes, affin de les bien nettoyer, changer leurs paillasses au moys. de mars et de faire blanchir leurs tours de litz au printems et en automne, ou il sera besoin.

Elle prendra garde si les Seurs sont nettes et propres en leurs habitz, si elles les conservent et si elles l'advertissent quand ilz ont besoin d'estre raccommodés.

Qu'elle donne les habitz fort netz et bien raccommodés aux Seurs selon les saysons : ceux de l'hyver environ la Toussaint, et ceux de l'esté environ Pasques, retirant ceux que les Seurs auront posés, apres qu'elles les auront net­toyés. Qu'elle marque les chausses, affin de ne les pas changer.

Elle escrira les habitz qui se font chasque annee, mettant a part ceux qui ne pourront plus servir ; elle escrira aussi ceux que l'on ostera et rompra, pour faire voir l'estat de son office tous les ans, lhors que les Surveillantes font la visite.

Environ le moys de janvier elle demandera ce qui est necessaire pour raccommoder les vestemens de l'esté, pour en faire de neufs quand il sera requis; elle fera de mesme environ le moys de may pour ceux de l'hyver. Qu'elle ne se charge de besoigne, mais demande des aydes a l'advantage., Qu'elle prenne garde soigneusement que rien ne se gaste en sa charge par les ratz et artisons, mettant de l'absinthe dans les habitz qu'elle tiendra enfermés, et que ceux qui seront sur des perches soyent bien couvertz affin que la poussiere ne les gaste. Qu'elle tienne fort net tout ce qui .est en sa charge, et ne fasse rien de nouveau aux habitz des Seurs, ains qu'elle suive par tout son Directoire et la coustume.

Qu'elle face benir les voyles et les habitz neufs, avant que de les donner aux Seurs.

Les robes d'hyver se feront de grossiere sarge drapee, ou de drap, selon les pays, et les cottes de mesme, voire encor plus vile et grossiere. Celles d'esté et les tuniques, de gros­siere sarge noire et legere ; les tuniques d'hyver, de quelque estoffe de couleur brune, qui soit bonne et chaude, selon la necessité de chacune, les couvrant de quelque legere estoffe, au moins le cors et les manches seulement, pour .celles qui portent des cottes. Quant aux cottes des Seurs Domestiques et Tourieres, on les pourra faire d'estoffe brune et grossiere, mais les Seurs Tourieres porteront par dessus des robes ou garderobes noires. Pour les chausses elles se feront de grossiere sarge tannee ou grise, ou de laine, faites a l'aiguille; celles d'esté seront de toile ou filet. [552]

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La croix d'argent, de la forme marquee.

Elle attachera a la cotte ou a la tunique un petit cordon pour attacher la pelote noire et les ciseaux au costé droit, affin que rien ne se porte a la ceinture ni sur la robe que le seul chapelet noir, que la Seur Robiere procurera estre de mediocre grosseur, avec une croix au bout d'en bas, sans que l'on les porte retroussés a la ceinture ; et prendra garde que les Seurs ne portent ruban ni autre chose de soye.

Qu'elle face faire des souliers de vache paree, ou de bon veau, un peu liegés si l'on veut, faitz a l'aiguillette, sans estre ouvertz, et doublés pour l'hyver ; ou bien des pantoufles, selon la plus grande commodité des Seurs.

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Quand on devra donner l'habit a quelque pretendante, la Seur Robiere portera des le matin a la sacristie, dans une corbeille, tout ce qui sera requis pour la vesture de la pre­tendante, delaquelle elle retirera les habitz et chausseures seculieres, dont elle rendra conte a la Seur Œconome apres sa Profession.

L'aune dont elle se doit servir pour mesurer c'est celle de Paris.

DIRECTOIRE DE LA SEUR LINGERE

La Seur Lingere donnera des linceulz blancs de cinq ou six semaynes en hyver, et en esté tous les moys ou cinq semaynes ; mais quant aux chemises, mouchoirs, voyles blancs barbettes, petites coëffes, bandeaux des Novices et bas de toile l'esté, elle en portera tous les samedis sur les litz des Seurs, et des devantiers a celles qui en portent; et des coëffes, barbettes et bandeaux de nuit de quinze en quinze jours, ou tous les huit jours quand la Superieure le jugera necessaire.

Qu'elle ne donne pas des linges qui seront de la derniere lessive tandis qu'elle en aura de la precedente, prenant garde de ne les enfermer qu'ilz ne soyent bien secs. Estans sales qu'elle les estende sur des perches en quelque lieu ou il y ayt de l'air, affin qu'ilz ne pourrissent.

Elle escrira sur son roolle les linges, a mesure qu'elle augmentera ou diminuera; cela s'entend des linceulz, che­mises, devantiers ou voyles, car pour tout le reste elle ne sera point obligee d'en tenir conte par le menu.

Qu'elle soit soigneuse de raccommoder les linges des qu'ilz commenceront a se rompre, affin qu'ilz ne se dissi­pent par negligence, et qu'elle le fasse proprement; et pour ce faire plus aysement, elle mettra a part celuy qu'elle treuvera rompu en pliant le linge. Les vieux linges qui ne pourront plus servir seront mis a part.

Qu'elle ne laisse ni dentelles ni ouvrages autour des linges, ni rien qui ne ressente la vraye simplicité et pauvreté ; que­ si on apporte des chemises carrees, qu'elle les raccommode promptement et y mette des petitz colletz. Elle fera vuider les manches devant et doubler la largeur de trois doigtz, si mieux il n'est treuvé autrement. Elle mettra des atta­ches aux chemises, pres des colletz et au milieu de l'ouver­ture, dont l'une sera attachee sur la toile affin de mieux fermer l'ouverture.

Le lundy apres Prime elle se treuvera au lieu ou elle doit enliasser le linge pour recevoir celuy que les Seurs luy porteront, prenant garde si elles luy rapportent tout ce qu'elle leur a donné, affin qu'elle advertisse en charité ­celle qui manquera; puis elle l'enliassera et estendra sur des perches le plus tost qu'elle pourra.

Qu'elle compte et escrive tous les gros linges et liasses qu'elle mettra a la lessive, prenant garde quand elle sera faite s'il n'y a rien de perdu Qu'elle demande, le soir, des Seurs autant qu'il luy en faut pour estendre ou plier les. linges de la lessive ; et quand elle sera pressee de besoigne, qu'elle demande humblement des aydes a la Superieure.

La Seur Lingere prendra garde s'il y a des Seurs difficiles au linge que l'on leur donne, affin d'en advertir la Superieure.

Qu'elle demande suffisamment des linges pour l'usage de toutes les Seurs.

Les linceulz de la Communauté se feront d'environ deux: aunes et demy quart de long, et de largeur d'environ une: aune et demy tiers.

DIRECTOIRE DE LA SEUR REFECTORIERE

La Seur Refectoriere aura un tres grand soin de tenir tout ce qui est de sa charge fort proprement et nettement, donnera des torchemains deux fois la semayne, voire plus s'il est besoin. Elle balliera son refectoir tous les matins avant que de dresser les tables, et apres disner s'il est ne­cessaire ; et tous les quinze jours, une fois, elle balliera les. murailles et ostera les araignees ; torchera les tables tous. les jours apres le repas.

Qu'elle tienne un roolle de tout ce qui est du refectoir, tant des serviettes, torchemains qu'autres meubles, pour en rendre conte au bout de chasque annee a l'Œconome. Qu'elle raccommode son linge soigneusement.

Qu'elle lave toutes les semaines une fois les potz d'estain, dedans et dehors ; outre cela elle les escurera tous les quinze jours ou trois semaynes. Elle aura un grand soin de n'y lais­ser du vin, les tenant sens dessus dessous, comme aussi ceux de l'eau, qu'elle rincera toutes les semaynes avec le compilon ou vergette. Elle escurera une fois la semayne les cousteaux et cuilliers ; les salieres de quinze en quinze jours, et lavera les tassines a tous les repas, sinon que les Seurs les rincent elles mesmes et, en ce cas, elle les lavera une fois la semayne et les verres a tous les repas.

Elle donnera aux Seurs, les jours de jeusne, troys onces .de pain pour la collation, et aux Seurs Domestiques et Tourieres de mesme, sinon que l'on luy ordonne autrement.

La Seur Refectoriere dressera les tables, ou elle ne mettra point de nappes, ains tous les Dimanches des serviettes blanches, pliant l'un des boutz d'icelles en dedans de la serviette qu'elle posera sur la table, et de l'autre bout elle en couvrira les portions de pain qu'elle aura coupé. Elle preparera aussi pour la seconde table a mesme tems, s'il se peut.

Elle mettra a chacune un cousteau, une cuillier et une tassine, et des salieres de trois en trois, et des potz de deux en deux, ou a chacune le sien s'ilz sont petitz; aussi un petit pot de vin, et dessous chasque pot un petit tranchoir de bois.

Qu'elle mette des serviettes autant d'un costé que d'au­tre, affin que l'on garde plus facilement l'ordre. Tous les jeudis au matin elle les tournera, mettant le bout qui aura servi devant les Seurs, sur la table, replié contre icelle, affin que le sale ne soit point veu, et de l'autre couvrira le pain, les laissant chacune en leur place, prenant garde de ne les point changer. Elle n'en mettra point a la table de la Superieure, si elle ne [le] luy dit expressement, que celle de l'Assistente au bas bout; excepté les jours de la recep­tion de l'habit et Profession des Seurs, qu'elle en mettra entre deux.

Au partir des Graces elle resserrera le reste du pain et du vin.

Apres la recreation du disner elle ira dans le refectoir pour tout resserrer, et le soir elle y rentrera si tost que les. Seurs en seront sorties pour faire le mesme.

Elle tiendra en bon ordre et fort netz les chandeliers du refectoir.

Aux grandes festes et solemnités elle fleurira les tables du refectoir, pour reverence du saint jour.

Qu'elle tienne son refectoir fermé a la clef, excepté entre ­les deux coups de Vespres et apres None.

Elle dressera les tables a l'heure que la Superieure jugera plus a propos, et semble que le mieux est apres Complies l'esté, et l'hyver apres la lecture.

Elle sonnera la seconde table a la fin des Graces de la ­premiere table, ou bien au sortir de table.

DIRECTOIRE DE LA SEUR DESPENSlERE

L'office de la Seur Despensiere depend de celuy de l'Œco­nome; elle aura un grand soin de tout ce qui luy sera com­mis.

Qu'elle tienne le vin, en sorte qu'il ne s'en perde point, tenant tous-jours un plat dessous les tonneaux, qui soit fort net, affin qu'elle puisse mettre le vin qui tombe avec l'autre.

Quand on amenera le vin, elle aura soin de le bien faire emmarcher sur de gros bois carrés, affin que les tonneaux ne tirent l'humidité et ne soyent si pres de la muraille qu'elle ne puisse voir derriere; qu'elle regarde souvent s'ilz ne s'en vont point, specialement quand ilz sont encor chauds, visitant si les cercles sont bons.

Elle tiendra a la cave des tenailles, un marteau et une vilette pour percer les tonneaux, des estoupes, coton et vieux drappeaux et un chandelier pour tenir la chandelle quand elle ira sur le soir.

Avant que l'on vendange elle advertira l'Œconome a. bonne heure de faire relier les tonneaux. Tandis que le vin bouillira elle sera soigneuse de les remplir souvent, et quand ilz cessent de bouillir qu'elle les scelle et estoupe bien. Qu'elle prenne bien garde d'advertir l'Œconome, si c'est la coustume, quand il faudra tirer le vin de dessus la mere, affin qu'il ne pousse.

Quand les tonneaux seront vuides elle les torchera bien et fera mettre hors de la cave, tenant main que l'Œconome les face desfoncer, secher et racler, et les retirera en lieu ou ilz se conservent bien, si la coustume des lieux ou la Superieure n'ordonne autrement.

Quand on entonnera le vin ou que l'on en achetera, elle sera soigneuse de mettre des billetz sur les tonneaux, pour marquer ceux qui sont bons pour garder, ou pour boire promptement, et combien ilz tiennent et de quel creu ilz sont, avec 1'annee. Qu'elle ne perce jamais tonneau sans l'ordonnance de 1'Œconome et ne le laisse point defaillir sans l'advertir. Qu'elle tire le vin de la table avant que le premier coup du repas soit sonné et le porte au refectoir.

Quant au pain, elle le portera au partir de Prime, affin que la Refectoriere ayt le tems de couper les portions.

Elle tirera le vin, tant qu'il sera possible, dans des bou­teilles de verre, avec un entonnoir qu'elle tiendra fort net,­ comme aussi les potz et bouteilles, les rinçant au moins deux fois la semayne. Quand le vin sera fleuri elle le coulera par un linge bien net.

Apres la recreation du matin elle ira ordonner aux Seurs. qui ont la charge de la cuysine ce qu'elles doivent faire et apprester pour le souper, et apres que la seconde table du soir aura soupé ce qu'il faudra faire pour le disner du lendemain, estant fort soigneuse de leur donner a point nommé ce qu'elles luy demanderont, pour esviter l'empressement.

Elle marquera sur sa carte le poids de la viande qu'il faut pour chasque Seur, et a proportion ce qu'il faudra toute la semaine. Elle escrira, si elle veut, dans un billet la quantité ­des viandes et autres choses necessaires pour la nourriture des Seurs, qu'elle pourra donner elle mesme aux Seurs, Tourieres, leur recommandant de bien choisir ce qu'elles acheteront.

Elle ira a la cuysine un peu devant que l'on sonne le pre mier coup du repas, pour couper la viande et faire les por­tions, affin qu'elle ne laisse attendre les Seurs a table ; pre­nant garde de les faire tenir chaudes, les faisant le plus net­tement et esgalement qu'il se pourra, observant de faire pour les infirmes ce qui est ordonné. Elle donnera ou fera donner les portions et tout ce qui sera necessaire a celles qui mangent a la seconde table.

Si elle juge quelquefois de changer les choses qui sont en la carte, elle en advertira l'Œconome, pour suivre son or­donnance.

Qu'elle ne touche point la viande cuite avec les mains, tant qu'il se pourra, ains avec les fourchettes, et ne manie guere la crue, de peur de la faire corrompre ; qu'elle soit soigneuse de la saler bien a point en esté et un peu en hy­ver ; qu'elle ne laisse point gaster et ne fasse point manger des viandes de mauvais goust.

Qu'elle ne laisse point de faillir les provisions qui sont en sa charge, sans en advertir l'Œconome.

Qu'elle surveille les Seurs qui ont charge de la cuysine, pour voir si elles font bien leur devoir, et les aydera, s'il se peut, quand il y aura des affaires extraordinaires.

Qu'elle se montre fort charitable et affectionnee au ser­vice des Seurs, specialement envers les infirmes qui ont .besoin de quelque soulagement en ce qui regarde sa charge, .et qu'elle le face promptement et de bon cœur pour l'amour .de Dieu.

Elle se treuvera au refectoir immediatement au tems qui luy sera marqué le matin et apres le premier coup de Ves­pres, pour donner aux infirmes, s'il y en a, ce qui sera necessaire selon l'ordonnance de la Superieure; mettant a la place de chasque Seur le pain, le vin et autres choses, si la Superieure l'ordonne, prenant garde si toutes viennent a l'heure marquee, mesme les Seurs Domestiques, qu'elles ne donneront rien hors ce tems la sans congé de la Superieure.

Qu'elle tienne fort net ce qui est de sa charge et ballie la despense, oste les araignees et poussiere une fois la se­mayne, et la cave tous les moys, delaquelle elle portera les .clefs ; et gardera les balais et autres petites choses, et les distribuera selon la necessité.

Elle fera tous les exercices de devotion, tant que sa charge le pourra permettre , comme les autres de son rang ; et ne doit estre, tant qu'il se pourra, des Seurs choristes. Que si elle est du chœur, devant la lecture elle pourra faire la demi heure d'orayson ; si elle n'en est pas, elle la pourra faire pendant Vespres.

DIRECTOIRE DE LA SE UR QUI A CHARGE DES OUVRAGES

Elle prendra l'ordre de la Superieure pour l'employ des Seurs, et exercera cette charge avec grande humilité, sans desdaigner ni mespriser les ouvrages qu'elles feront ; et n'en fera voir les defautz aux autres Seurs, ains a la Supe­rieure, et ceux des Novices a leur Maistresse.

Les ouvrages que les Seurs ne sçauront pas faire elle leur monstrera avec douceur et humilité, ou leur fera monstrer. Toutes s'addresseront a elle pour prendre et rendre les ouvrages, excepté ceux dont la Superieure donneroit la charge a quelque autre Seur, se sousmettant entierement et simplement a les faire selon qu'elle leur dira. S'il s'en treuve qui tesmoignent beaucoup de repugnance ou qui fassent trop de repliques, elle les en advertira au refectoir, et fera le mesme a celles qui seront negligentes, trop longues ou malpropres a leurs besoignes.

Elle aura soin de tenir les ouvrages prestz, pour ne laisser chomer les Seurs a qui elle en devra donner.

Elle sera soigneuse de se treuver au lieu de son office a l'heure qu'elle aura nommee aux Seurs, pour recevoir les ouvrages et leur dire ce qu'elles ont a faire pour cela ; et les Seurs ne manqueront de les aller prendre au tems marqué, luy rendant les choses qui ne leur serviront plus lhors qu'elles changeront d'ouvrages.

Elle demandera a la Seur Econome ce qui luy sera ne­cessaire pour les ouvrages, laquelle luy doit donner fran­chement et suffisamment de tems en tems.

Pour les ouvrages de la ville, si la Superieure luy en commet la charge, qu'elle aye soin de les faire le plus prompte­ment et proprement qu'il se pourra ; comme aussi, tant qu'il sera possible, on l'envoyera au parloir pour les rece­ voir, selon que la Constitution marque (const.14), affin de donner plus de satisfaction aux seculiers. Elle s'instruira d'eux de la façon qu'ilz desirent qu'on les face et, tant qu'il se pourra on sçaura d'eux, devant que de les commencer, ce qu'ilz en donneront.

Elle s'instruira de la Seur Œconome et beaucoup plus de la Superieure de ce qu'elle doit demander pour la façon des ouvrages, si elle ne le sçait, et tous-jours quand on luy presentera des ouvrages d'importance, elle prendra l'advis de la Superieure. Qu'elle ne reçoive point d'ouvrages ser­vant a l'usage des hommes, comme seroyent des caleçons,. chemises et choses semblables.

Qu'elle tienne en memoyre les ouvrages d'importance ­qu'elle recevra de la ville, avec le prix pour lequel elle les fait, et l'argent qui sera deu pour ceux qu'elle aura rendus.

DIRECTOIRE POUR LES SEURS DOMESTIQUES

Les Seurs Domestiques seront employees a faire tous les services du mesnage : comme de faire la lessive, petrir le ­pain, ayder a faire le jardin, apprester a manger, laver la vaisselle et autres services exterieurs de la Mayson aus­quelz elles seront employees par la Superieure ou l'Œco­nome.

Elles se leveront en esté a quatre heures et demie et l'hyver a cinq, et se coucheront en tout tems environ neuf heures. Elles employeront le matin demie heure a l'orayson, en suite diront les Pater qui sont marqués aux Constitutions (const.1) pour Prime, Tierce, Sexte, None, et pour cela elles iront au chœur soudain qu'elles seront habillees excepté une des Seurs, laquelle ayant charge du manger ira, s'il se peut, faire l'orayson et dire les Pater immedia­tement apres que les autres auront achevé leurs exercices. Elles entendront la sainte Messe ainsy que la Communauté faysant l'exercice de la Messe, en disant leur Chapelet, si bon leur semble.

Elles feront demie heure de lecture a mesme tems que la Communauté, si leurs affaires le permettent aysement ; et si quelqu'une ne sçait pas lire, elle entendra l'une de ses compaignes qui luy fera cet office de charité. Elles employe­ront la demie heure de Vespres, ou autre selon la direction­ de la Superieure ou de l'Œconome, tant a faire l'orayson qu'a dire leurs Pater de Vespres et Complies toutes en­semble, excepté celle qui est en semayne, qui prendra pour son orayson l'heure de la lecture, s'il est plus commode, et fera la lecture a la demie heure d'apres. Et suivront cet ordre fort exactement, sinon par grande necessité.

Soudain que l'Obeyssance du soir sera donnee, apres avoir receu les ordonnances de la Seur Œconome, elles s'en iront ­au chœur ou une Seur leur lira le point de l'orayson, si elles mesmes ne le sçavent faire ; et diront leurs Pater de Matines et Laudes, suivis de leur examen, et se retireront apres que ­les trois PsaImes de Matines seront achevés, pour se coucher toutes ensemble, si la Superieure n'en ordonne autrement selon leurs exercices.

Lhors que leur loysir et leur charge le permettra, elles iront les unes apres les autres aux assemblees de la Com­munauté, observant neanmoins qu'il en demeure tous­jours une a la cuysine, tant qu'il se pourra bonnement faire, lhors qu'il y aura des potz aupres du feu ; sinon au tems de la sainte Messe, s'il ne s'en dit qu'une, car si l'on en dit deux, l'une d'entre elles l'entendra, et mesme communiera si c'est jour de Communion.

Tandis qu'elles seront Novices elles iront au novitiat tour a tour, tant que leur charge permettra.

Elles tireront tous les ans leur rang, et changeront entre ­elles leurs croix, chapeletz, images et litz, ainsy que les autres Seurs.

Une des Seurs Domestiques (selon que l'Œconome ordon­nera et pour le tems qu'elle jugera a propos, avec l'advis de ­la Superieure) aura la charge d'apprester le manger et de ­tout ce qui appartient a la cuysine, tant linges que vaisselle­et autres meubles ; a laquelle l'Œconome donnera une ayde­ de mesme rang, la plus convenable en cette charge, sur la­quelle neanmoins ladite Seur cuysiniere ne prendra nulle sorte d'authorité, ains s'en servira simplement selon la necessité de la charge. Et comme elle doit user d'une grande humilité en l'employant, l'ayde aussi doit faire ce qu'elle­ luy dira avec grande fidelité et sousmission, faysant avec autant de soin ce qu'elle verra devoir estre fait, comme estant esgalement chargee de la part de Dieu et de la Congregation. Elles auront soin d'aller aux exercices spiri­tuelz aux heures ordinaires, l'une apres l'autre, selon que celle qui aura la charge le treuvera a propos ; et quand il y aura quelque malade, ou affaire extraordinaire, l'on com­mettra encor une Seur pour en avoir le soin.

Une des Seurs Domestiques pourra avoir le soin du jardin et des meubles appartenans a son office ; de cueillir et esplucher les herbes necessaires, affin que celles qui sont en la cuysine ayent le tems d'aller quelquefois travailler au jardin a ce que la jardiniere leur dira.

L'autre Seur pourra avoir charge des lessives, de la boulangerie et d'ayder a la jardiniere; laquelle prendra soin de racler le pain, quand il sera trop bruslé, a mesme tems que l'on l'apportera du four ; apres quoy elle le rendra a la Despensiere. Observant encor d'advertir l'Œconome de faire moudre a l'advantage, affin qu'il y ayt tous­jours de la farine pour faire cuire au moins deux ou trois fois. Et tant l'une des Seurs que l'autre tascheront de bien faire avec affection leur charge, demandant a l'Œco­nome des aydes selon leur besoin. Aux Maysons ou l'on laissera la charge de la boulangerie aux Seurs Tourieres ou au boulanger, on l'employera a d'autres choses, ou bien on se pourra contenter de trois Seurs Domestiques.

Que celles qui ont charge d'apprester ayent un grand soin de bien assaysonner les viandes, sans exces neanmoins, observant la pauvreté; prenant garde de n'espicer ni trop saler les viandes, et de tenir les repas prestz a l'heure or­donnee; preparant les platz a l'advantage sur la table, et sur les ais les portions. Et qu'elles tirent la viande un peu de­vant le quart d'heure, la mettant nettement dans le lieu propre pour la tenir chaude, et l'hyver elles mettront les petitz platz aupres du feu, sur un ais renversé, pour les reschauffer.

Qu'elle ne touche point la viande avec les mains, tant qu'il se pourra, ains avec des fourchettes. Qu'elle resserre soigneusement et promptement les viandes qui resteront de la premiere table, a mesme tems que l'on les rapporte, et les tienne chaudes ; qu'elle dresse a propos les potages de la seconde table, affin qu'[ilz] se treuvent au refectoir immediatement apres que les Graces seront dites de la premiere table.

Elles suivront la direction de la Despensiere en ce qu'elle leur ordonnera pour cette charge, l'appellant tous les soirs a la fin de la seconde table et le matin a l'issue de la recrea­tion, pour sçavoir d'elle ce qu'elles devront apprester pour le disner et souper. Qu'elles luy demandent a l'advantage le vinaigre, le verjus, le sel et autres semblables choses, pour esviter l'empressement. Qu'elles prennent garde de ne laisser brusler du bois inutilement, mais qu'elles ayent neanmoins un grand soin de bien faire cuire les viandes ; et si la Despensiere ou quelqu'autre les empesche de tenir le repas prest, elles en advertiront la Superieure avec humilité.

Qu'elles tiennent leur cuysine bien nette, la balliant tous les matins et lhors qu'elle en aura besoin ; qu'elles net­toyent bien soigneusement la cheminee et tout ce qui est en leur charge une fois la semayne et seront soigneuses de bien accommoder et couvrir le feu, retirant tout le bois et autres choses pour esviter le danger.

Qu'elles retroussent leurs grandes manches fort haut et qu'elles portent des fausses manches de toile ou autre estoffe, et des devantiers qui ayent des pieces, pour conserver leurs habitz, lesquelz neanmoins elles osteront quand elles iront au chœur ou aux assemble es de la Communauté. L'une des Seurs qui ne sont de l'office de la cuysine ira dans le refectoir au quart d'heure, pour mettre les potages sur table ; l'une des Seurs qui sera hors de l'office de la cuysi­ne avec l'une de celles qui y seront mangeront a la premiere table, tant qu'il se pourra; voire troys y pourront manger, car une peut suffire a la cuysine pour faire ce qu'il faut et qui est requis : comme de faire des potages pour la seconde table, retirer les viandes et faire chauffer l'eau pour laver la vaisselle, en sorte que celles qui auront mangé a la pre­miere table les aillent laver immediatement apres qu'elles en sortiront, qui sera tous-jours des qu'elles auront disné ou soupé, appellant apres Graces la Seur qui leur doit ayder, affin qu'elles puissent aller toutes, tant que faire se pourra, a la recreation.

Les festes, celles qui n'ont pas l'office de la cuysine y se­ront employees tour a tour, affin que celles qui y sont d'or­dinaire soyent aussi soulagees l'une apres l'autre, si la .Su­perieure le juge a propos.

Qu'elles ayent un grand soin que rien ne se gaste de ce qui est de leur charge, par leur faute, raccommodant leurs linges soigneusement, lesquelz elles conteront a toutes les lessives, tant en les y mettant qu'en les retirant ; et la vaisselle d'estain toutes les semaynes une fois, chacune en ce qui sera de sa charge; tiennent leur office et tout ce qui en depend fort net.

S'il arrive qu'elles prestent, soit vaisselle ou autres us­tensiles, tant pour servir en la Mayson que pour porter dehors, qu'elles ayent un grand soin de les faire rapporter ; que si on ne le fait, ou que l'on prenne quelque chose de ce qui est de leurs charges sans les advertir, qu'elles en adver­tissent les Seurs en charité au refectoir, a l'issue de la pre­miere table, apres Graces, auquel tems elles diront leurs coulpes quand elles en voudront dire.

DIRECTOIRE DES SEURS TOURIERES

Elles se leveront l'esté a quatre heures et demie et l'hy­ver a cinq heures. Elles prendront demi heure pour s'habiller et demi heure pour prier Dieu. Apres disner elles choisiront demi heure la plus commode, qu'elles employe­ront tant a prier Dieu qu'a lire, si elles le sçavent faire. Elles se coucheront en tout tems environ les neuf heures, apres avoir fait l'examen et un peu de priere.

Qu'elles ne gardent rien en leurs chambres, sur tout pour manger, sans licence de la Superieure, ni auront rien en particulier. Elles seront esgales entr'elles et grandement unies, s'entr'aydant mutuellement avec paix et charité.

Quand quelques femmes auront congé de la Superieure d'entrer dedans leur chambre pour les visiter, elle tasche­ront de parler utilement et devotement, coupant court a toutes sortes de devis inutiles et ne s'enquerant d'aucunes nouvelles non necessaires, ni ne se mesleront d'aucune af­faire de ceux de dehors sans congé.

Qu'elles soyent douces, humbles et affables envers ceux qui viendront, faysant sagement les responses pour faire doucement attendre les personnes ausquelles on ne peut pas donner satisfaction sur le champ.

Quand elles auront la charge de parer l'autel [553] elles le feront selon l'ordre de la Seur Sacristaine et avec singuliere devotion, gardant la reverence deuë au Tres Saint Sa­crement et ne parlant que pour choses necessaires. Qu'elles manient les ornemens fort proprement, les conservant avec soin, ayant les mains fort nettes et un linge blanc devant elles.

Que l'eglise soit balliee avant que l'on la pare, obser­vant de mettre le devant d'autel et les dentelles les dernie­res. Qu'elles couvrent les tableaux et les autelz avant que de ballier et arrouser. Qu'une fois la semayne elles torchent le tabernacle, les escaliers, tableaux, vases, croix et chandeliers ; qu'elles ballient le dais et tapis, et toutes les fois qu'on change de premiere nappe a l'autel qu'elles net­toyent dessus et tout autour. Et tous-jours elles auront un grand soin de tenir l'eglise nette et les environs d'icelle, la sacristie et confessionnal fort netz, les balliant autant qu'il sera necessaire. Tous les moys elles ballieront ou feront ballier par le clerc les voutes de l'eglise, les murail­les et les vitres avec des balais doux. Qu'elles torchent sou­vent le balustre, degrés de l'autel, chandeliers et sieges gui sont dans le chœur, et une fois la semayne avec un torchon .de cire ; mais sur tout, que le marchepied de l'autel soit net et luisant.

Une fois l'annee elles laveront ou feront laver les vitres de l'eglise, prenant bien garde de tenir des linges dessous pour empescher que l'eau ne coule et gaste les murailles. Elles les ouvriront souvent, ou feront ouvrir par le clerc, quand le tems sera beau, les refermant devant la nuit.

Elles donneront au clerc quelque chose pour torcher les souliers des prestres qui viendront celebrer la sainte Messe au tems des fanges, affin qu'ilz ne gastent les ornemens ; comme aussi elles essuyeront de deux en deux jours la. lampe du chœur avec quelque vile estoffe, la nettoyeront et laveront entierement au moins tous les quinze jours, ayant un soin special qu'elle soit nette et l'huyle pur. Bref, elles auront en singuliere recommandation la proprieté et netteté en tout ce qui regarde l'autel et l'eglise, si elles en ont la charge.

Pendant la sainte Messe, l'Office, oraysons et les sermons,. qu'elles soyent soigneuses d'empescher le bruit tant dehors que dedans l'eglise, si faire se peut.

Qu'elles ouvrent l'eglise le matin a six heures et la re­ferment devant le disner, donnant la clef a la Portiere ; qu'elles l'ouvrent a deux heures jusques apres Vespres, et des Complies jusques a six heures du soir, ou bien a l'heure que la Superieure ordonnera. Pendant qu'elle sera ouverte,. qu'elles ayent l'œil pour voir si l'on ne gaste rien, et que le presbytere soit tous-jours fermé, horsmis quand on dit les Messes.

Qu'elles tiennent netz les parloirs et la chambre du predi­cateur et tout ce qui sera de leur costé.

PIÈCES DIVERSES

I

LETTRE D'OBEDIENCE A LA MERE DE CHANTAL

POUR SON PREMIER VOYAGE EN BOURGOGNE [554]

5 septembre 1611

FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, a Nos tres cheres Seurs et Filles en Jesuschrist, Jeanne Françoise Fremyot, Superieure de la Congregation de Nostre Dame de la Visitation de la presente ville, et Jacqueline Favre, sa compaigne (L5, note 323).

Par ces prœsentes confirmons l'advis de vostre Congre­gation. Nous vous donnons le congé requis, affin qu'au nom de Nostre Seigneur vous allies au duché de Bourgoigne­ pour l'accommodement de quelques affaires qui regardent vostre soin, lesquelles estans [malaisées [555]], ne peuvent estre faites en peu de jours. Nous terminons vostre voïage a dix semaines, a conter des ce jour de vostre despart [556]; priant Dieu qu'il vous conduise et ramene, avec la paix, grace et consolation de son Saint Esprit, et vous tienne tous-jours sous la protection de sa misericorde. Amen.

Fait a Neci, le cinquiesme septembre mil six cent et onze.

FRANÇs, E. de Geneve.

M. FAVRE [557].

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

II

LETTRE D'OBÉDIENCE A LA MÊME POUR SON SECOND VOYAGE EN BOURGOGNE [558]

16 juillet 1613

(INÉDIT)

FRANÇOIS, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apos­tolique Evesque et Prince de Geneve.

Nous attestons que nostre tres chere Seur en Jesus Christ, M. Jeanne Françoise Fremyot, Baronne de Chantal, .et Perrette de Chatel sa compaigne [559], de la Congregation de Nostre Dame de la Visitation erigee en cette Nostre citté d'Annessi, partent de ce lieu par le consentement de ladite Congregation et le Nostre, pour les affaires que la­ dite Jeanne Françoise Fremyot doit traitter en Bourgoigne, lesquelles ne pourroyent bonnement estre faites sans sa presence ; et c'est pour le tems, et non plus, que lesdites affaires requerront [560]. .

Qu'elles aillent donq sous la grace et protection de Nos­tre Seigneur et de sa sainte Mere, et en ce nom Nous les recommandons a tous.

Fait a Annessi, le XVI julliet 1613.

FRANÇs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de San Remo (Italie).

III

VIVE JESUS

SACRÉ CARTEL DE DESFY A MES CHERES FILLES DE LA VISITATION SAINTE MARIE

EN BONNE ESTRENNE POUR CETTE ANNEE 1614

FRANÇOIS. EVESQUE DE GE NEVE

1er janvier 1614 [561]

La vie de l' homme est une continuelle bataille sur la terre (Jb 7,1). Nostre ennemy est tous-jours aux aguetz pour nous surprendre, et il dresse ordinairement sa batterie contre la citadelle de nostre cœur a l'endroit le plus foible ­et ou il connoist, par nos frequentes cheutes, le penchant de nostre inclination perverse ou passion mignonne qui nous fait le plus de mal, et que nous pensons le moins de destruire parce qu'elle nous est aggreable et que nous nous flattons dans la croyance que nos pertes y sont petites; et c'est par la neanmoins que nostre ennemy fait ses ad­vances et tasche de nous surprendre et prendre s'il peut. Il faut donq que chacune fasse bonne garde en cet endroit le plus foible de son ame.

Et pour commencer a vous donner quelque jour en cette guerre spirituelle, mes tres cheres Filles, je vay marquer a chacune en particulier, selon ma connaissance, le defaut sur lequel vous deves veiller, et l'amende que vous deves payer quand vous aures failly. Mais je desire qu'ayant payé cette amende, vous prenies un nouveau courage pour batailler plus genereusement au premier choc, et que jamais vous ne perdies le cœur de batailler, ni l'esperance de vaincre.

LE DESFY GENERAL

La frequente pensee de la parole que Dieu dit a Abraham : Marche devant moy et sois parfait (Gn 17,1). Et affin que l'action exterieure ne desrobe l'attention interieure, mes cheres Filles feront six retours a Dieu dans le tems non occupé aux meditations, Offices, lectures, ou l'attention doit estre actuellement appliquee.

L'amende pour chaque faute sera le verset : Et beata viscera Mariœ Virginis, quae partaverunt, etc. ; et les protecteurs du Desfy, saint Anthoine, saint Bruno et saint François de Paule.

DESFY POUR L'EXAMEN PARTICULIER

1. L'amour universel au culte de Dieu, specialement la preparation et attention a l'Office divin, prieres vocales et mentales, lectures, sermons et discours de devotion ; contre les souvenirs du monde et les attentions temporelles. L'amende a chasque manquement, le Psalme Laudate Dominum omnes gentes (Ps 116) pour le restablissement de la. perfection ecclesiastique.

Avec nostre Mere Jeanne Françoise Fremyot de ChantaL - Nostre Dame, l'Ange gardien et saint François d'Assise­

2. Le recueillement interieur et l'entretien d'esprit avec nos Saintz particuliers et l'Ange gardien, au tems du si­lence, en la solitude, en la cellule et autres lieux desoccupés. des exercices qui requierent une autre attention ; et c'est contre l'ennuy naturel et les distractions importunes. A l'amende pour chasque manquement, l'antienne Sancti Dei omnes (Petit Office de ND), pour tous les Praelatz et Pasteurs de l'Eglise.

Avec ma Seur Marie Jacqueline Favre (L5, note 178). - Saint. Joseph et saint Michel.

3. La serieuse attention a nous mesmes et a nos offices propres, contre le soin superflu de la charge des autres et contrerollement de leurs actions. A l'amende pour chasque ­manquement, le Salve Regina,pour tous les Princes et Rois chrestiens.

Avec ma Seur Jeanne Charlotte de Breschard (L4, note 116). -. Saint Augustin et sainte Catherine

4. La commiseration sur le defaut d'autruy quand on ne le peut legitimement excuser, mais ne le point reveler ni n'en parler jamais que pour l'amendement, aux superieurs, aux confesseurs ou a nostre Mere ; contre la facilité a parler du prochain en mauvayse part. A l'amende pour chasque manquement, l'antienne Sancta Maria, succurre miseris. (Op2, note 70).

Avec ma Seur Anne Jacqueline, tourierc [562], - Saint Jean Baptiste et saint Paul.

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CARTEL DE DESFY

I. De la preparation et attention a l'Office divin, prieres vocales et mentales, a la lecture et aux sermons et discours devotz ; .a l'amende du Psalme Laudate Dominum omnes gentes a chasque manquement, pour le restablissement de la perfection ecclesiastique..

Avec nostre Mere. - Nostre Dame, l'Ange gardien et saint­ François.

2. Le recueillement interieur et entretien devot avec nos Saintz particuliers et Ange gardien, au tems du silence et solitude et de­soccupé des exercices qui requierent un'autre attention ; a l'amende ­de l'antienne Sancti Dei omnes, etc., a chasque manquement,. pour tous les Praelatz et Pasteurs de l'Eglise.

Avec ma Seur Favre. - Saint Michel, saint Joseph.

3. La serieuse attention a nos offices, contre le soin superflu de ­la charge des autres et contrerollement de leurs actions; a l'amende­de l'antienne Salve Regina, pour tous les Rois et Princes chrestiens.

Avec ma Seur de Brechard. - Saint Augustin, sainte Catherine­et le Saint du moys (note 581).

4. La commiseration sur les defautz d'autruy, quand on ne les peut legitimement excuser ; ne point les reveler ou accuser, s'il n'y a particuliere obligation ; a l'amende de Sancta Maria succurre miseris etc pour tous les pecheurs.

Avec ma Seur Jaqueline. - Saint Jean Baptiste et saint Paul.

5. La douceur envers tous et la condescendance ; contre le chagrin et nostre propre pensee. A l'amende pour chas­que manquement, le verset Virgo singularis, inter omnes mitis, etc., pour tous ceux qui aspirent a la perfection chrestienne

Avec ma Seur Peronne Marie de Chastel (L5, note 248). – Saint Jean et saint Hierosme.

6. L'indifference en la qualité et quantité de viandes, comme a toute autre chose qui repugne a nostre sensualité ; contre la douilletterie et le soin de nous mesme. A l'amende pour chasque manquement, le Sub tuum prœsidium, pour tous les pauvres necessiteux, desbauchés et malvivans.

Avec ma Seur Claude Françoise Roget (note 561 ; L5, note 191). - Sainte Anne et saint Joachim.

7. La frequente rememoration de la presence de Dieu aux recreations et par tout ailleurs ; contraire a l'empresse­ment exterieur et esvagation interieure. A l'amende, Do­minus pars hcereditatis meae (Ps 15,5), etc., pour tous ceux qui sont voués a Dieu.

Avec ma Seur Marie Marguerite Milletot (L5, note 14). - Saint Bernard et sainte Agnes.

8. Le renoncement de la propre volonté en tout et pour tous ceux que nous pouvons, indifferemment, avec la promptitude de l'obeissance envers ceux qui ont pouvoir sur nous ; contre la propre volonté et liberté imparfaite. A l'amende pour chasque manquement, l'orayson Respice quaesumus, Domine, pour tous les captifz et prisonniers.

Avec ma Seur Marie Adrienne Fichet (L5, note 27). - Saint Pierre et sainte Magdeleine.

9. L'acceptation et congratulation amoureuse de toute sorte d'incommodités corporelles et suggestions spirituelles ; contre l'immortification des sens et liberté. A l'amende pour chasque manquement, un Pater et un Ave pour tous pelerins et estrangers.

Avec ma Seur Claude Marie Thiollier (L5, note 28). -. Saint Gre­goire et sainte Claire.

……………………………………………………………………………………………………………

5. La douceur envers un chacun et condescendance legitime es œuvres de charité ; a l'amende du verset Virgo singularis, inter omnes mitis, etc., pour tous ceux qui aspirent a la perfection chres­tienne.

Avec ma Seur de Chastel. - Saint Jean Evangeliste, saint Hierosme.

6. L'indifference en la qualité et quantité des viandes, et de l'heure du manger, comm'en toutes autres choses qui repugnent a nostre sensualité; a l'amende de Sub tuum prœsidiwm confu­gimus, etc., pour tous les pauvres necessiteux.

7. La simplicité et modestie [au] manger, au parler et aux re­creations, contraires a l'empressement et au marcher demesuré ; a l'amende de Ne reminiscaris, Domine, delicta nostra, etc., pour l'amendement de tous les desbauchés et malvivans.

8. La frequente rememoration de la presence de Dieu, de nostre profession et du devoir envers nous mesmes ; a l'amende de l'an­tienne, Dominus pars hœreditatis meœ, etc., pour tous ceux qui se sont voués a Dieu.

Avec ma Sem Milletot. - Saint Bernard, sainte Agnes.

9. Le renoncement a la propre volonté en tout et pour tous ceux que nous pouvons, indifferemment, avec la promptitude de l'obeis sance envers ceux qui ont pouvoir sur nous; a l'amende de l'orayson Respice quœsumus, Domine, etc., pour tous les captifs et prisonniers.

Avec ma Seur Fichet. -- Saint Pierre, sainte Magdeleine.­

10. L'acceptation et congratulation amoureuse de toutes sortes d'incommodités qui [sont maladies, hontes, contraires a la nature... ] repugnent a nostre sensualité, tant corporelles que spirituelles ; a l'amende d'un Pater et Ave pour tous pelerins et estrangers. Avec ma Seur Thiolier, l'aisnee professe. - Saint Gregoire, sainte Claire.

10. La fidelité et promptitude a travailler a nostre perfection ; contre les irresolutions et pusillanimités.

A l'amen­de pour chasque faute, l'antienne Beata Dei Genitrix Ma­ria, pour la conversion des payens, Turcs et infidelles.

Avec ma Seur Claude Agnes Joly de la Roche (L8, note 837),-Saint Alexis et sainte Elizabeth.

11. La mortification des sens, tant interieurs qu'exte­rieurs ; contre toute sorte de curiosité et d'empressement d'esprit. A l'amende pour chasque faute, l'Ave Maria, pour l'extirpation de l'haeresie.

Avec ma Seur Marie Aymee de Blonnay (L5, note 538)). – Saint Charles et sainte Françoise.

12. La simplicité, verité et candeur; contre l'emulation, jalousie et artifice. A l'amende pour chasque manque­ment, le verset Monstra te esse Matrem, etc., pour le­ restablissement de la perfection chrestienne.

Avec ma Seur Marie Marthe Legros (L5, note 421). - Sainte Mar­the et saint Bernardin.

13. L'humiliation, bassesse et mespris de soy mesme; contre la hardiesse et bonne estime. A l'amende pour chasque manquement, le verset Vitam praesta puram, etc., pour les courtisans, affin qu'ilz se connoissent dans leur estat de vanité.

Avec ma Seur Marie Avoye Humbert (L7, note 642). - Saint Bonaventure et sainte Catherine martyre.

14. L'affabilité et societé avec les moindres ou esgaux, avec l'esgalité d'humeur ; contre la propre estime et trop grande taciturnité. A l'amende pour chasque manquement, le verset Salve vincla reis.

Avec ma Seur Anne Marie Rosset (L9, note 78). - Saint Ambroyse et saint Anthoyne de Padoüe.

15. La vigilance sur ses propres actions, le bon employ manuel du tems, ne point parler de soy mesme ni de ses appartenances ; contre la paresse, caquetterie des vains et inutiles discours. A l'amende pour chasque manquement, l'orayson Respice quœsumus, Domine, pour tous les vagabons de la terre.

Avec ma Seur Marie Anthoyne Thiollier (L5, note 297). - Sainte Brigitte et sainte Barbe.

………………………………………………………………………………………………………….

11. La fidelité et promptitude, contre les irresolutions et pusil­lanimités ; a l'amende de Sancta Maria, succurre miseris, pour la conversion des infidelles et payens.

Avec ma Seur de la Roche. - Saint Alexis, sainte Elisabeth.

12. La mortification des sens tant interieurs qu'exterieurs, con tre toutes sortes de curiosités ; a l'amende de l'Ave Maria, pour l'extirpation des hœresies.

Avec ma Seur de Blonnay. - Saint Charles, sainte Françoise.

13- La simplicité, verité, candeur et sincerité, contre l'emula­tion, jalousie, simulation et artifice ; a l'amende du verset Mons­tra te esse Matrem, pour le restablissement de la perfection chres­tienne.

Avec ma Seur Legros. - Sainte Anne, saint Bernardin.

14. L'humiliation, bassesse et mespris, contre l'hardiesse, pro­pœ estime et ostentation ; a l'amende de Vitam praesta puram, pour les courtisans, affin qu'ilz se reconnoissent.

Avec ma Seur Humbert. - Saint Bonaventure et sainte Ca­therine martire.

15. L'affabilité et societé avec les moindres ou esgaux, avec l'esgalité d'humeur ; a l'amende du verset Solve vincla reis, pour les infirmes et valetudinaires.

Avec ma Seur Rosset. - Saint Ambroyse et saint Anthoyne de Padoüe.

16. La vigilance sur les actions, avec l'employte du tems, con­traire a la paresse et caquetterie, vains et inutiles discours ; a l'amende de l'orayson Respice quœsumus, pour tous les vagabons de la terre.

Avec ma Seur Thiolier, la jeune professe. - Saint Aegide, sainte Barbe.

16. La parfaitte envie de contenter Dieu et nos Supe­rieurs en nos actions ; contre la propre inclination de nous rechercher nous mesme et de playre au monde. A l'amende pour chasque manquement, Regi sœculorum immortali, pour l'exaltation du saint nom de Dieu parmi tous les mortelz.

Avec ma Seur Anne Françoise Chardon (L6, note 847). – Sainte Catherine de Gennes et saint Onofrius.

17. Ne se point plaindre d'aucune chose qui nous arrive, comme infirmité, incommodité ou disette de quelque chose temporelle, ni mesme de nos imperfections ou retar­dement a la perfection ; ne se point accuser a tous propos par humilité, ou plustost par legereté, et ne faire point la correction a nostre prochain. A l'amende, un De profundis (Ps 129)pour les ames du Purgatoire.

Avec ma Seur des Gouffiers (L5, note 649). - Saint Anthoyne et sainte Reparate.

…………………………………………………………………………………………………………………..

17. La perpetuelle envie de contenter Dieu et les Superieurs en nos actions, contre la propre inclination de nous y rechercher nous mesme et de plaire au monde ; a l'amende de Regi sœculorum im­mortali, etc., pour l'exaltation du nom de Dieu parmi tous les mortelz.

Avec ma Seul Chardon. - Sainte Catherine de Gennes, saint Onoffrius.

18. Ne se point plaindre d'aucune chose qui nous arrive : comme ­infirmité, incommodité, manquemens, ni mesme de nos imper­fections ou retardement a la perfection; comme encor de ne point se troubler, s'accuser a tous propos par humilité, ou plustost le­gereté; a l'amende d'un De profundis pour les trespassés du Pur­gatoire.

Avec ma Seur des Gouffiers. - Saint Anthoyne, sainte Reparate.

[563] Le recit des b... vertus de ses proches, par... Ne point faire la correction a personne es choses legeres et qui ne sont point peché - L'accommodement de soy mesme a un chacun, selon que dit St Paul: Omnibus omnia factus sum, ut Christum lucrifaciam (1 Co 9,12 ; Ph 3, 8).

Ne parler point de soy, ni de ses parens et amis, de propos deli­beré, en matiere de louange, jactance et ostentation.

Avec ma Seur Favre.

Ave M.

­

IV

APPROBATION ET CONFIRMATION DES CONSTITUTIONS DE LA VISITATION

PAR L'ARCHEVÊQUE DE LYON ET L'ÉVÊQUE DE GENÈVE

1er juillet 1615 [564]

(MINUTE INÉDITE – EN LATIN)

SIMON DENYS DE MARQUEMONT (L7, note 41), etc., et FRANÇOIS DE SALES, .à tous ceux qui verront les présentes lettres, salut abondant dans le Christ.

Nous avons vu et, en raison de Notre charge pastorale, attenti­vement examiné tout ce qui avait trait aux débuts, aux progrès et aux fruits des Congrégations des Sœurs de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu, établies dans Nos diocèses. N'y ayant absolument rien remarqué qui n'exhalât le parfum et n'eût la saveur de très saintes mœurs, des pratiques approuvées et la mise à exécution des saintes instructions de l'Eglise Catho­lique, Apostolique et Romaine, notre Mère ; autant que Nous l'avons pu, avec l'aide du Seigneur (Mc 16,20), Nous avons très volontiers employé Notre soin et Notre autorité pastorale à favoriser, en­courager et promouvoir les très saints efforts de ces Sœurs, assu­rés dans le Saint-Esprit que ces Congregations fourniront unport de salut à de nombreuses vierges et veuves que le même Es­prit daignera arracher aux flots tempêtueux du siècle.

Et comme il est arrivé que ces Communautés, sous l'inspiration et avec l'aide de Dieu, augmentent tous les jours d'une manière sensible en mérite et en nombre, pour qu'un Institut si pieux et digne de louange se conserve fixe et stable, Nous lui avons unani­ mement destiné et assigné ces Règles et Constitutions qui, à l'instar de murailles très solides, serviront de rempart et de fonde­ment à son genre de vie, voulant mettre avec un amour puisé dans les entrailles du Christ, sous Notre garde pastorale et sollicitude et celle de Nos successeurs, les Congrégations susdites établies dans Nos diocèses.

Afin que ceci soit attesté et manifesté pour l'avenir, autant que cela peut l'être de Notre part, Nous avons rédigé et signé ces lettres.

Lyon, premier juillet, etc.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

V

NOTICE DE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN-CHANTAL BARONNE DE THORENS

Septembre 1617 [565]

MARIE AYMEE DE RABUTIN, fille de nostre Mere, et vefve de Bernard de Sales, baron dudit lieu et de Thorens [566].apres mille et mille souhaitz d'estre receue en la Congregation de ceans, estant tumbee malade et saysie d'un sou­dain accident en cette Mayson : pleine d'une nompareille resignation, d'une rare douceur de cœur et d'une profonde humilité ; avec un esprit extremement tranquille, d'une parole extremement distincte, suave et claire, apres avoir fait sa confession et receu l'absolution sacramentelle, de­manda l'habit de la Visitation, qui luy fut accordé pour la grande devotion qu'ell'y avait tesmoignee; et ayant receu la sainte Extreme Unction, requit de pouvoir faire les Vœux, ce que luy ayant aussi esté concedé, elle les fit d'un courage nompareil ; et trois heures apres expira, ayant continuellement, jusques au dernier souspir, prononcé tres sciament et devotement le mot : VIVE JESUS.

Elle fut admise a l'habit et a la Profession par son Eves­que, frere de son feu mari; par sa mere, Superieure de la .congregation, et par toutes les Seurs, qui furent presentes a son devot et amiable trespas, le 6 septembre 1617 ; car ce jour la, elle tumba en cet accident mortel a huit heures de nuit, a 9 heures elle fut receue a l'habit, a 10 elle fit Profession, et entre une et deux heures apres minuit du septiesme jour dudit moys, qui estoit la veille de la Nati­vité de Nostre Dame, elle passa a meilleure vie, laissant un rare exemple de devotion et une consolation spirituelle incomparable a ceux qui, d'ailleurs, marris de son deces, en virent et admirerent les pieuses circonstances.

FRANÇs, E. de Geneve,

qui confessa, communia, donna l'Extreme Unction et admit les vœux de cette aymable Seur trespassee, agee de dix et neuf ans, deux moys et 6 jours.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

VI

LETTRE D OBEDIENCE A LA MERE DE CHANTAL POUR LES FONDATIONS

DES MONASTÈRES DE BOURGES, PARIS ET DIJON

16 octobre 1618

(INÉDIT)

FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, a Nostre tres chere Fille et Seur en Jesus Christ, Nostre Seur Jeanne Françoise Fremyot, Superieure du Monastere de la Visita­tion erigé en la presente cité d'Annessi, paix, grace et con­solation du Saint Esprit.

Ayant esté desiree et invitee par Monseigneur l'Illustris­sime et Reverendissime Archevesque et Patriarche de Bourges, duquel vous aves le bien d'estre seur selon le sang [567], affin qu'avec nombre suffisant d'autres Seurs de vostre monastere vous allies fonder, eriger et establir un monastere de pareil Institut en la cité de Bourges [568], et que d'ailleurs vous estes de mesme invitee a faire semblables fondations a Paris [569] et Dijon [570] : Nous vous permettons la sortie de vostre monastere et les voyages requis a cet effect ; comm'aussi de prendre avec vous autant de Seurs et telles que vous jugeres convenable pour des si bonnes œuvres, sans que pour telles sorties, ni vous ni vos Seurs. puissent estre censees violatrices de la sainte clausure ; a la charge neanmoins, qu'apres avoir fait les fondations et establi l'ordre convenable, vous vous retiries dans vostre dit monastere, selon que par Nous ou Nos successeurs il sera treuvé convenable [571], et que par tout vous observies la Regle et les Constitutions de vostre dit Monastere.

Alles donq ainsy, ma tres chere Seur, avec vos autres. Seurs, alles au nom de Dieu, qui vous benisse et tienne en sa dilection. Amen.

Annessi, le XVI octobre 1618.

FRANÇs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Debroise, à Rennes.

VII

ERECTION DE LA VISITATION D ANNECY EN ORDRE RELIGIEUX

16 octobre 1618

(EN LATIN)

ERECTION DU MONASTÈRE APPELÉ DES RELIGIEUSES DE LA BIENHE'UREUSE

MARIE DE LA VISITATION, DANS CETTE VILLE D'ANNECY

FRANÇOIS DE SALES, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique Evêque et Prince de Genève, et Commissaire député en cette affaire par le Saint-Siège Apostolique, par Bref, dont teneur ci­-après, donné à Rome, [572] près de Sainte-Marie-Majeure, sons l'anneau du Pêcheur, le 23 avril de la présente année, mettant ce Bref à exécution.

Vu et considéré ce qui devait l'être, Nous avons érigé et érigeons la présente Maison appelée " de la Congrégation de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu de la Visitation ", en Monastère, sous la Règle de saint Augustin (L8, note 721), décrétant, en vertu de la même auto­rité Apostolique, que toutes les Sœurs ou Religieuses de cette Mai­son et tout le monastère lui-même devront à l'avenir jouir et pro­fiter de toutes et chacune des immunités, privilèges, indults et con­cessions dont les autres monastères de Religieuses vivant sous la même Règle ont coutume de faire usage, de jouir et profiter ; en outre, Nous imposons et ordonnons aux mêmes Sœurs de se sou­mettre à la clôture perpétuelle, selon les décrets du Concile de Trente, avec toutes les lois qui concernent la solennité des vœux.

Mais comme Nos bien aimées Sœurs dans le Christ, Jeanne­ Françoise Frémyot, Supérieure de la Maison, et Marie-Madeleine de Mouxy (L5, note 506) Nous ont exposé qu'elles avaient encore la propriété de certains biens dans le monde, dont elles n'ont pu jusqu'ici disposer commodément, et auxquels cependant elles désirent renoncer avant d'être tenues aux lois de la solennité des vœux : en consé­quence, Nous leur fixons, à toutes deux, le délai de six mois, à dater du jour des présentes, pendant lequel elles pourront licite­ment disposer des biens susdits ; après lequel délai, qu'elles soient tenues de déclarer si elles veulent se soumettre à la solennité des vœux et à ses effets. Une fois écoulé le délai et reçu leur déclara­tion, Nous règlerons leur situation comme il Nous semblera convenable [573].

En foi de quoi, etc.

Donné à Annecy, le 16 du mois d'octobre 1618.

Etant présents : les Rds Jean-François de Sales, chantre et cha­noine de l'Eglise de Genève, Vicaire et Official du même évêché (L7, note 136) ; .Philibert Roget, docteur en théologie (L1, note 230 ; L6, note 338) ; Etienne de la Combe (Op1, note 181), [Janus] Regard [574], François Roux [575], chanoines de la même Eglise de Genève; M. Michel Favre, prêtre [576] ; honorables Fran­çois Favre et Guichard Rosset, témoins [577].

Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1613 - 1622, de l'ancien Evêché de Genève.

VIII

LETTRE D OBEDIENCE AUX SOEURS DE MONTHOUX ET DE MUSY

POUR SE RENDRE A MOULINS

16 juillet 1620

Nos tres cheres Seurs Paule Jeronymede Monthou (L9, note 853) et Françoise Jacqueline de Musy (L9, note 694), Religieuses professes du monastere de Nostre Dame de la Visitation de cette con­tree d'Annessi, ayant esté desirees par les Seurs du mo­nastere de Moulins qui est du mesme Ordre, l'une pour y estre Superieure et l'autre pour l'y accompaigner, sous le bon playsir de Monseigneur de Lion [578], et ayant eu, sur ce, ledit consentement dudit Monastere de cette presente cité: Nous leur donnons aussi le congé a ce requis, et ce pour le tems que, par les occurrences, ilsera treuvé a propos; suppliant Dieu qu'elles soyent benites en son nom, allant, demeurant et revenant, affin qu'elles facent son service en l'œuvre pour laquelle elles vont, en toutes leurs actions et en toutes les peynes qu'elles endureront pour ce sujet [579].

Fait a Annessi, le 16 julliet 1620.

FRANÇs, E. de Geneve.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire manuscrite de la Fondation de la Visitation de Nevers, conservée au Monastère d'Annecy.

IX

CONVENTIONS DU PRIEUR JEAN-FRANÇOIS DE BLONAY [580] POUR LE PAIEMENT DE

LA DOT DE SA SOEUR MARIE-AIMÉE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

ET APPROBATION DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

30 décembre 1620

(INÉDIT)

[581] Je soubssigné, Jean François de Blonnay, Prieur de Sainct Paul, conciderant les despens qu'a fait et supporté Rev. mes­sire Claude de Blonnay, mon seigneur et pere, pour m'eslever, mes freres et mes seurs [582] ..., et me faire prouvoir d'un bon bene­ fice, avec ses peu de moyens comme i! a fait, et que je ne pourrois employer cest argent que je porres faire du revenu de mon bene­fice mieux qu'a la dot de l'une de mes seurs ; dautant que ladicte. pousse et solicite ledict seigneur de Blonnay mon pere, avec pro­messe que je luy faisois de payer ce quil coüteroit de loger la Rev. Marie Amé, Religieuse de la Visitation, a ladicte Visitation, comme­ a esté fait (L7, notes 214,222), et qu'elle a donné et donne grand tesmoignage de sa pieté, devotion et zele...

Je promets... de paier ladicte dot promise par... mon pere aux Rev. Dames de la Visitation d'Annessy……Je donne a posseder­ a noble Jacques de Blonnay, mon frere, les fruicts d'un diesme appellé le diesme de Sevree, qui depend de... Sainct Paul,... pour ces ans 1621, 2, 3, me reservant 1624; .... mon frere aura 1625, 6, 7... En outre, les fruicts du diesme de Grange Blanche pour 1628 ,... aux conditions quil paiera la dot de ladicte seur, de l'argent... de la dot de damoyselle Marie d'Avise, sa femme... ; laquelle dot, pro­mise a madicte Rev. Seur par contrat receu par Me Mingon, notaire d'Annessy [583], je constitue de nouveau,... tant par office de frere que d'œuvre pie...

J. F. DE BLONNAY,

J. DE BLONNAY.

[584] Ayans veu et consideré l'escrit fait en l'autre part de cette feuille, et sachans fort bien la verité des choses qui y sont contenues, Nous l'avons treuvé bon, le louons et entant qu'en Nous est, Nous l'appreuvons.

Annessi, le jour penultiesme de l'an 1620.

FRANÇs, E. de Geneve.

J'ai été présent comme témoin à la convention écrite ci-dessus

VESPASIANO AIAZZA [585].

Revu sur l'original qui se conservait dans les archives de Blonay, au château. de Marin (Chablais).

X

MEMOIRE PRÉSENTÉ PAR LE PRINCE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE

A SA SAINTETÉ GRÉGOIRE XV [586]

Avril 1621

(INÉDIT – EN LATIN)

Le Pape Paul V, d'heureuse mémoire (L3, note 97 ), le 23 avril de l'an 1618, à l'instance du duc de Savoie, donna le pouvoir et enjoignit à l'Evêque de Genève d'ériger en Monastère de Religieuses [587] vivant sous la Règle de saint Augustin la Maison et Congrégation pieuse de femmes qui, sous le nom de la Bienheureuse Vierge Marie de la Visitation, avait été instituée depuis quelques années à Annecy, diocèse de Genève: ce qui fut fait (note 572).

Mais comme la Congrégation de ces femmes demandait très hum­blement au Saint-Siège Apostolique que, même transformée et érigée en Monastère, elle ne fût pas davantage pour cela tenue de réciter les Heures canoniques de l'Office qu'on appelle le grand Office, qu'elle ne l'était auparavant, mais qu'il plût au même Saint­ Siège de lui accorder que les Sœurs du Monastère érigé, en récitant chaque jour le petit Office de la Très Sainte Vierge Marie au chœur, sérieusement, gravement, lentement. dévotement et religieuse­ment, comme elles avaient jusque-là coutume de le faire, fussent délivrées et exemptées de l'obligation de réciter un antre Office ; le même Souverain Pontife leur accorda ce privilège pour sept ans, assurant de vive voix que, s'il était toujours en vie, il accorderait ensuite facilement ce privilège à perpétuité (au témoignage du R P. Don Juste Guérin, Supérieur des Clercs réguliers de Saint­ Paul de Turin, lequel poussait alors cette affaire [588], et, de plus que, s'il était mort à ce moment, son successeur ferait de même volontiers ; mais, s'agissant d'une chose peu usitée jusque là, il ne voulait pas la concéder à perpétuité pour commencer et de prime abord.

Les raisons qui portèrent le Souverain Pontife à accorder pour un temps ce privilège et à dire qu'il voulait ensuite l'octroyer pour toujours furent les suivantes [589] :

1. Les femmes ignorant la plupart du temps le latin, surtout en France et dans les pays de langue française, peu importe pour leur édification et consolation spirituelle qu'elles récitent un Office ou l'autre, pourvu qu'elles le récitent convenablement et dévotement.

2. Mais pour qu'elles récitent convenablement et dévotement l'Office, il importe beaucoup qu'elles récitent toujours le même : elles prononcent, en effet, plus clairement, plus distinctement et avec plus de sûreté ce qu'elles ont coutume de prononcer si souvent, et elles ne mettent pas toute leur attention à la lecture et bonne­ prononciation: ce qui leur est nécessaire si chaque jour il leur faut dire du nouveau et de l'inattendu.

3. Ceci a lieu surtout dans nos régions françaises, où les femmes ont une prononciation du latin, non seulement tout à fait inepte, mais ridicule, en sorte que ceux qui entendent les Offices en d'au­tres Monastères, ne peuvent presque retenir leur rire, à moins que­ plutôt ils rougissent de honte.

4. Aussi, lorsqu'elles réciteront tous les jours le même Office, elles pourront s'en acquitter plus facilement, plus soigneusement et, tout en chantant, élever leur piété et leur attention intérieure vers Dieu.

5. De fait, elles prononcent et chantent avec tant de dévotion, de précision et de gravité ces Heures de la Bienheureuse Vierge, bien que brèves, qu'elles n'emploient pas moins de temps à cette récitation que les autres Moniales à chanter le grand Office.

6. Et de même que l'Eglise a destiné presque chaque semaine un jour au culte de la Bienheureuse Vierge, de même elle ne fera rien qui ne soit convenable et de nature à lui plaire, en destinant un Ordre, surtout de femmes, au chant public des louanges quo­tidiennes de la Mère du Christ Notre-Seigneur et de toute la chrétienté ; ce sera là, au contraire, faire chose très agréable, et au Christ, et à sa Mère, et à leurs dévots.

7. Enfin, la plupart des vierges et aussi des veuves d'âge avancé n'arrivent presque jamais à apprendre exactement à réciter le grand Office ; pour cela, le plus souvent, elles ne peuvent entrer en Religion : c'est pour elles un avantage si cet Institut de la Visi­tation de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu, de l'Ordre de Saint-Augustin, n'est pas tenu désormais à d'autre Office qu'au petit, récité convenablement. Il arrivera ainsi que toutes les vieilles avec les jeunes, pourront louer le nom du Seigneur.(Ps 148,12).

Du reste, la récitation du grand Office n'est pas inséparable de l'état religieux ; car, sans parler de l'illustre et très célèbre Compagnie de Jésus, ni des Ordres militaires, il y a en France des Monas­tères de femmes, par exemple le Monastère de l'Ordre de Saint ­Augustin de Pontoise, où les Moniales ne sont tenues qu'à la réci­tation au chœur du petit Office de la Bienheureuse Vierge [590]; de sorte qu'accorder ce privilège aux Monastères de femmes, est une chose qui, tout en n'étant pas très usitée, n'est pas totalement nouvelle, et d'ailleurs à désirer pour de nombreuses et très graves raisons.

Revu sur une copie de M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy­

XI

AUTRE MÉMOIRE PRÉSENTÉ PAR LE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE

AU MÊME PONTIFE

Avril 1621

(INÉDIT- EN LATIN)

En 1610 fut fondée une Congrégation de pieuses vierges et veuves oblates, dans la ville d'Annecy, du diocèse de Genève, qui, s'étant ensuite multipliée, donna naissance à des fondations sem­blables dans plusieurs villes : Lyon, Moulins, Grenoble, Bourges, Paris, Montferrand, Nevers, Orléans. Chaque jour voit surgir des demandes de fondation et des fondations nouvelles pour d'autres villes [591].

Or, la première Communauté d'Annecy, par Décret de Paul V, fut transformée en Monastère de Religieuses sous la Règle de saint Augustin en 1618, chose qui a servi à la gloire de Dieu et à l'édification du peuple. C'est pourquoi les autres Communautés, issues de cette première soit médiatement, soit immédiatement, font-elles des vœux ardents et présentent une humble requête pour être transformées en Monastères de même Institut et de même Règle, soit parce qu'elles seront ainsi attachées plus fortement à Dieu et à la vie religieuse, soit parce que cela sera plus agréable aux po­pulations, soit parce qu'elles acquerront plus de conformité et de ­cohésion entre elles [592].

Revu sur une copie de M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy

APPENDICE

A

INSTITUTION DES RELIGIEUSES DE SAINTE MARIE

PAR MR DE GENE5VE [593]

L'institution des Sœurs religieuses de ste Marie a esté concedee par Sa Sté, a la charge qu'elles auront pour Superieurs les Evesques diocesains, qui auront toute visitation sur leurs Monasteres ou elles feront veu (sic), de Religieuse et ne seront en simple Congregation, Ces statues (sic) et regles des quelles Religieuses et de ce qui concerne leursdits Monasteres sont icy transcrits sommairement et par abregé, tirés et extraits de chacun des cha­pitres,

SOMMAIRE DES CONSTITUTIONS

DE LA CONGREGATION RELIGIEUSE DE SAINTE MARIE

ARTICLE 1er

De la fin pour laquelle ceste Congregation est erigee

Plusieurs femmes et filles vertueuses desirant bien souvent de consacrer touts les moments de leur vie a l'amour et service de Dieu, lesquelles neantmoins pour l'imbecillité de leur complexion corporelle, ou pour estre ja affoiblies par l'aage, ou mesme pour avoir des urgentes obligations [d'] ordonnés de temps en temps des affaires de leur maison, ou bien, enfin, pour n'estre pas inspirés ny .disposés, ne peuvent pas entrer ez Religions esquelles on mene une vie austere et rigoureuse, et par consequent sont contraintes de s'arrester au monde parmi les tracas ordinaires d'iceluy, exposés aux perpetuelles distractions et grands dangers et occasions de toute sorte de pechés et vivre sans devotion : en quoy il y a beau­coup de perte et compassion.

Affin donc que telles personnes ayent moien de se retirer du .monde, fuir ses appasts et amorces de peché et s'appliquer plus doulcement et parfaictement au service et amour de Dieu et exer­cices des vertus et choses spirituelles, ceste devote et religieuse Congregation a esté dressee et procuree envers nostre St Pere le Pape sur l'exemple de celles qui, a mesme intention, furent instituees par St Charles Borrhomee, en son diocese de Milan, et de celle de Ste Françoise a Rome.

ARTICLE 2.

Des personnes qu'on pourra recevoir en ceste Congregation et de leur qualitez

On y pourra donc recevoir les veufves qui ont encore quelques obligations d'avoir soin de leurs enfants et des affaires de leur maison, a condition toutes fois qu'elles ne prendront point l'habit de la Religion qu'elles ne soient entierement libres des occupa­tions de leur mesnage, et qu'estans une fois admises en la compagnie, elles vivront avec mesmes devoirs et observances que les Sœurs professes, sinon qu'il sera permis a telles veufves d'aller quelque­fois l'annee [594] donner ordre aux affaires de leur maison en la sorte qu'il a esté dict; et cependant elles porteront un habit simple et modeste, en un mot, de vrayes veufves.

En second lieu on y pourra recevoir les veufves, et filles aagees de seize ans, qui, pour l'infirmité de leur santé et complexion naturelle, ou pour quelqu'une des causes cy dessus en l'article premier mentionnés, ne peuvent supporter l'austerité et rigueur d'aultres Re­ligions ; pourveu qu'elles ayent l'esprit et le cœur en bon estat, pour vivre soubs l'obeissance et en la praticque de la devotion et exercices de la vie spirituelle. On excepte neantmoins celles qui auroient quelque mal contagieux et dangereux, comme les escruel­les, la lepre et autres semblables.

Mais sur toutes les qualités requises a celles qui entreront, l'on doibt rechercher qu'elles ayent une tres profonde resolution de mespriser le monde, vivre humblement, doulcement et avec une parfaicte obeissance, charité et grand desir de se perfectioner en toutes sortes de vertus et perfections propre d'une vraye servante de Dieu et espouze de Jesu Christ.

ARTICLE 3e

De la closture et entree des hommes

Les hommes n'entreront en façon quelqu'onque en ceste ste Maison, sinon quand la chose pour laquelle ils devroient entrer ne peust estre executee autrement qu'en y entrant ; et lors il fault que ce soit avec la licence de l'Evesque, par escript, ou de celuy qui sera commis de sa part.

Quand au medecin, chirurgien, confesseur, manœuvres qui .doibvent entrer par necessité, ilz seront conduicts aux lieux ou ils doibvent ferre leur charge par deux Sœurs qui feront auparavant sonner une clochette parmi la Maison,

………………………………………………………………………………………….

(La suite est conforme au Ms. K, sauf le dernier alinéa).

……………………………………………………………………………………………………

Outre les susdicts, pourront entrer les peres et meres pour la consolation des Sœurs malades, quand elles seront tellement ma­lades qu'on jugera leurs maladies perilleuses. Que sil se peut bon­nement fere, tels parens n'entreront qu'avec le medecin ou Con­fesseur, affin de ne multiplier tant les entrees. Que s'il ne se peut aisement, on observera a leurs entree et visite ce qui a esté dict icy dessus de l'entree du Confesseur et medecin.

ARTICLE 4e

De l'entree des femmes

Les femmes pourront entrer dans la Maison ……………………………………………….[595]

……………………………………………………………………………………………

(La suite est conforme au Ms. K, jusqu'à " Septiesmement ".)

………………………………………………………………………………………….

Septiesmement : Il sera permis de recevoir en la Maison, mesme pour plusieurs jours, les femmes lesquelles, ou pour se consoler, ou pour se preparer a ferre des confessions generales, ou pour s'esta­blir a l'amandement de leur vie auront besoin d'un peu de retraitte, a la charge qu'y estant entrees, elles obeissent a la Superieure et qu'il n'yen aye que trois au plus au mesme temps.

…………………………………………………………………………………

(Voir le Ms. K.)

…………………………………………………………………………

En somme, il fault fere en sorte que quand ces dites personnes du monde entreront en la Mayson, le monde pourtant ny entre point : ce qui arrivera si les filles de la Congregation attirent par leur devis, contenance et modestie et religieuse façon les femmes de dehors a parler modestement, chrestiennement et spirituellement,. ne desirant ny voulant ouir d'elles les nouvelles superflues, murmu­rations, detractions et semblables devis importuns et seculiers ;­ mais monstrant un vray et naïf mespris de tout cela, comme du tout aliené de leur Institut et contraire a la loy chrestienne, a la perfection de laquelle elles aspirent.

ARTICLE 5e

De la façon de parler avec les estrangers

Quand aux estrangers, soient hommes ou femmes, ausquelles il est requis de parler sans qu'elles entrent dans la Maison, on obser­vera ce qui s'ensuit :

……………………………………………………………………………………………………..

(Le texte est semblable au Ms. K, sauf ce qui suit.)

……………………………………………………………………………………………………

coupant cour en toutes sorte de devis et discours, si ce n'est en ceux qui regardent le proffit spirituel de l'ame et consolation d'icelle.

Quand est de la closure des Sœurs voilees, elle s'observera. exactement selon la prescription du sacré Concile de Trente, en sorte qu'elles ne pourront aucunement sortir [sinon] es cas notés en iceluy et permis par les sacrez Canons. Toutefois, les Sœurs Ser­vantes pourront sortir pour le service de la Maison, comme il: sera dict cy apres.

ARTICLE 6e

De l'employte du jour

Depuis Pasques jusques a la St Michel: elles se leveront a cinq heures, pour entrer a l'oraison l'heure entiere de cinq et demie a six et demie, laquelle on sonnera en clochetant seulement durant trois Pater, a cette fin que toutes les Sœurs ayent commodité de­ s'assembler ; et l'on la commencera par Veny, Sancte Spiritus, a la fin de laquelle elles diront Prime a basse voix. Apres quoy elles feront quelques exercices corporels, selon que la Superieure ordon­nera.

A huict heures on dira Tierce en chant, et tout consequemment Sexte a basse voix ; et apres on ouira la sainte Messe, laquelle dicte, on recitera Nonne a basse voix, sinon les festes qu'on la chantera. Cela faictz, l'on fera l'examen.

Elles disneront a 10 heures, et apres qu'on aura sonné le Bene­dicite toutes seront en silence jusques apres Graces, qu'elles en­treront en recreation jusques a midi, depuis lequel jusques a deux heures elles se retireront et feront leurs ouvrages en silence, leur estant permis neantmoins de dormir demye heure de ce temps la.

A deux heures elles feront demi heure de leçon spirituelle en particulier, apres laquelles elles iront a Vespres, lesquelles se chan­teront a trois heures; et icelles dictes, elles pourront demeurer en conversation et deviser de choses qu'elles auront leu, jusques a Complie qui se diront a basse voix a cinq heures, et seront suivies des Litanies et d'une demie heure d'oraison mentale, en sorte que le tout soit achevé a cinq heures 3 quartz; et des lors elles relas­cheront un peu [leur esprit] jusques au souper, le tout neantmoins en silence, qui durera jusques apres le souper ou collation qui se feront tousjours a six heures.

……………………………………………………………………………………………………

(Voir la suite au Ms. Q,)

…………………………………………………………………………………………………………….

Es jours de jeusne, que l'on disne a unze heures, l'on fera le ma­tin l'heure de silence qui defaudra l'apresdinee, et rempliront les heures qui abonderont avant disné a fere des ouvrages ; et en l'apresdinee il n'y aura rien de moins qn'es austres jours, parce que l'heure qu'on emploie a souper supplera a l'heure que le retar­dement du disné a retranché.

Depuis la St Michel, qu'elles se leveront a six heures, elles entreront a l'oraison a six et demie jusques a 7 et demie; Prime se diront apres. A 8 heures et demye on dira Tierce et Sexte, puis se dira la Messe, et le reste a la coustume ; et disneront et souperont a l'heure ordinaire.

Le Charesme on dira Vespre a dix heures et demye, a basse voix, apres lesquelles on fera l'examen. Complie se diront a l'heure ordi­naire et a basse voix, ausquelles on adjoustera le Stabat en chant, qui sera suivi des Litanies a basse voix et de l'orayson, en sorte que pour le tout soit employé l'heure.

Ce qui a esté dict que toutes se treuvent couchés a dix heures n'empesche pas qu'elles ne se puissent coucher incontinant apres la retraicte, ains sera expedient que celles qui sont subjectes au someil le fassent de bon cœur, pour estre plus prompte et agile au lever.

ARTICLE 7e

Du manger

(Cet article est conforme au Ms. K)

ARTICLE 8e

Du parler, des recreations et conversations entre elles

(Cet article est conforme au Ms. K)

ARTICLE 9e

Des Heures, oraisons et Communions

Elles diront le petit Office de Nostre Dame au chœur, et le chan­teront distinctement, sçavoir possement ; hormis les festes suyvan­tes, sçavoir est : le premier jour de Noel ………………………….

…………………………………………………………………………………………….

(La suite reproduit 1e texte du Ms. K, excepté le deuxième alinéa de celui­ ci, qui est omis dans le Ms. de Paris. ).

ARTICLE 10e

De la pauvreté

(Les deux premiers alinéas de cet article sont la reproduction du Ms. K ; la suite est conforme au Ms. Q, sauf le dernier alinéa de celui-ci, qui est omis dans le Ms. de Paris.)

ARTICLE 11e

Des ouvrages

(Cet article reproduit textuellement le Ms. K)

ARTICLE 12e

Des litz et habitz

Elles s'habilleront le plus simplement que fere se pourra, tant en la matiere qu'en la forme, ainsy qu'elles sont maintenant. Pour habillement elles porteront des robbes et cottes noires, d'ettoffes simples, comme drap cadis, gros burail et estamine. Elles porte­ront pour coiffures un voile d'estamine, long jusques au dessous de la ceinture et qui leur couvrira tout le visage, sans attüfet ny aucune façon. Un bandeau noir qui couvre le front; leurs colletz de toile mediocre, avec les barbettes sans plis, et sans manchettes: le tout sans empoys. Les Novices seront vestues comme les Pro­fesses, fors le voile et la barbette, ains porteront un voile blanc.

Elles porteront le voile abbatu sur le visage jusques au bout du­ nez, entrant au chœur pour les Communions, predications et en tout autres occasions quil conviendra paroistre devant les secu­liers, sinon quand la Superieure en ordonnera aultrement.

……………………………………………………………………………………………………….

(La fin de cet article est conforme au Ms. K)

ARTICLE 13e

De l'obeissance

(Cet article reproduit le Ms. K, excepté quelques lignes qui sont omises dans le Ms. de Paris, lequel donne en plus le dernier alinéa, du Ms. Q)

ARTICLE 14e

De la chasteté

(Voir le texte du Ms. Q)

ARTICLE 15e

De l' humilité

(Cet article est conforme au Ms. Q, mais les deux derniers alinéas et la dernière phrase sont omis dans le Ms. de Parts.)

ARTICLE 16e

De la correction

(Pour le premier alinéa, voir le texte définitif, pour la suite, voir le Ms. Q)

ARTICLE 17e

Du Chapitre

Le samedi toutes les Sœurs, et mesme les Novices, s'assemble­ront au Chapitre, et apres avoir dit le Veni, creator, la Superieure lira queloues advis tirés de quelque livre devot ou un article de la Regle, et dira tout ce qui luy semblera debvoir estre dict pour le bien spirituel de toutes. Que si quelqunes des Sœurs avoit quelque choses a proposer sur le mesme subject, elle le dira a la Superieure.

………………………………………………………………………………………………………….

(La suite reproduit le texte du Ms. Q, sauf le dernier alinéa de celui-ci qui manque dans le Ms. de Paris)

ARTICLE 18e

Du compte de tous les mois

(Voir le Ms. Q, ci-dessus)

ARTICLE 19e

De la modestie

Que les Sœurs en toutes leurs actions observe[nt] une grande tranquilité, simplicité et modestie, ne suivant le faste et appareil des contenances mondaines et affectees …………………………

………………………………………………………………………………………

(La suite est conforme au texte définitif, et au Ms. Q, jusqu'à la fin de la Constitution.)

ARTICLE 20e

Des enseignemens pour les seculiers

Quand il plaira a Dieu que les Sœurs ayent un lieu propre, elles s'essayeront es festes et Dimanches d'attirer les filles et femmes de la ville au lieu preparé pour cela, a fin de leur enseigner familiere­ment les exercices de pieté : comme de l'examen de conscience, de la preparation a la Communion et Confession, de bien dire le Cha­pelet et la Couronne, de bien prier Dieu le matin, le soir, entandant la Messe, et semblables exercices de vray chrestiennes ; pourveu que le tout se fasse hors de l'heure du Catechisme et sermon.

ARTICLE 21e

De la formule des vœus [pour celles] que font la Profession

L'annee du noviciat expiree, la Novice sera admise pour faire les vœus, si elle est jugee par la Congregation des Sœurs avoir sa­tisfaict durant son noviciat; et pour ce il fault que des trois partie les deux de l'assemblee y consentent.

Apres donc plusieurs belles ceremonies qui se practiquent en ceste solennité, qui sont au long descrittes dans les Constitutions de ceste Congregation, la Novice se prosterne devant l'hostel, accompagnee de toutes les Sœurs, et lict clairement, distinctement et posement la formule qui s'ensuit :

O Cieux, oyez ce que je dis, [etc.]

……………………………………………………………………………………………………..

(La formule du vœu est pareille et celle dit M s. Q).

………………………………………………………………………………………………………..

Et les susditz vœus se renouvellent tous les ans le jour de la Presentation de Nostre Dame (apres sy estres bien preparee, de­puis le jour de la sainct Martin, par quelques particulieres oray­sons, meditations et mortifications) en ceste sorte : Je, N., renou­vele et confirme de tout mon cœur le vœu et Oblation que jay cy devant faict a mon Dieu, de le servir a jamais en la Congre­gation de ceans par obeissance, chasteté et pauvreté. Au nom du Pere, [et] du Filz et du Sainct Esprit. Amen.

Quoy dict, immediatement apres, les communiees escrivent par apres au mesme Livre et feillet dans lequel elles ont premierement escript le jour de leurs vœus, la confirmation d'iceluy.

ARTICLE 23e

Des Sœurs Servantes

Outre les Sœurs voilees et qui gardent la closture, comme il a esté dict cy dessus, on en reçoit quelques autres que l'on appelle Sœurs Servantes, qui sont destinees pour le service exterieur de la Maison, qui, pour ce, doibvent estre de bon corps et de bonne com­plexion et bon naturel, mais sur tout grandement resolues de ser­vir Nostre Seigneur en travaillant pour la Congregation, avec obeissance, douceur et humilité.

………………………………………………………………………………………………………..

(Suivent deux alinéas conformes au Ms. Q).

……………………………………………………………………………………………………….

Elles demeureront deux annees au noviciat, passé lequel temps elles seront reçues en la Congregation et feront les mesmes vœus que les autres Sœurs, en la façon cy dessus explicquée.

………………………………………………………………………………………………………..

(Voir le Ms. Q)

…………………………………………………………………………………………………………..

Enfin il fauIt noter que la Congregation ne se doibt charger de plusieurs telles Sœurs, mais seulement en recepvoir pour survenir a la necessité de la Maison, a quoy semble que deux seront suffi­santes, pour l'ordinaire, pour chaque Mayson.

ARTICLE 24 e

Declaration de l'obligation des Regles

Toutes les regles et Constitutions de cete Congregation, tant communes a toutes les Sœurs cy dessus expliqués que particulieres des Officiantes, que nous n'avons icy mises pour briefveté, n'obli­gent aucunement d'elles mesmes soubs peine d'aucun peché ny mortel ny veniel, ains sont seulement donnés pour la direction et conduicte de la Congregation. Si toutesfois quelque Sœur.

……………………………………………………………………………………………..

(Voir la suite au Ms. Q),

………………………………………………………………………………………………………

Outre ce que dessus, la Superieure, la Directrice, Œconome et autres Officieres de la Maison ont leurs particulieres regles, qui n'on esté icy mises, pource que suffit, pour avoir la connaissance de cet Institut, de considerer ce qui a esté cy dessus expliqué.

LOUÉ SOIT JESUS ET MARIE.

Revu sur un Manuscrit inédit de l'époque, conservé à Paris, Bibliothèque Nationale, n° 4353.

B

FRAGMENTS DE TROIS LETTRES DE DON JEAN-AMBROISE MAZENTA

GÉNÉRAL DES BARNABITES (L6, note 464)

I

MONSIGNOR VESCOVO DI GENEVA

Monsignor di Novara [596]dal sua letto governa tuttavia la sua diocesi con tanto compimento che tutti ne restano edificati; con il quale farà l'ufficio che Sua Signoria Rma li commanda, et crede che ne resterà consolatissimo ……………………………………………….

Li 14 dicembre 1614.

II

MONSIGNOR VESCOVO DI NOVARA

L'avisa che Mons. Vescovo di Geneva scrive a S. Pta efficacissimamente, accio a nome sua facci sapere a Sua Signoria Rma quanta egli resti obligato et, divoto delle sue virtù, qual affetto a con questa per li meriti di quel Prelato, ecc. Li chiede la bene­ditione.

Li 14 dicembre 1614.

III

MONSIGNOR DI GENEVA

Ritorna il Padre D. Giusto nostro (L7, note 461) con agni buona risolutione dal canto nostro di servire a V. S. Rma anche in Tonone, quando. cio si possi fare con l'osservanza delle nostre Constitutioni alle quali sa ch'Ella sarà amorevolissimo protettore.

Li dice che essendo questi ministri del Signor Card. Borro­meo (L7, note 429) di presente in Visita et in villa, S. Pta non puo per hora man­dargli le Regole et ordini delle case di Monache et donne gover­nate dall' Arcivescovo. Farà pero ogni dilligenza per sodisfare al desiderio di V. S. Rma, quale fra tanto potrà vederne molte stam­pate nel libro intitolato : Acta Ecclesiœ Mediolanensis (Op2, note 279).

ln ogni altra cosa se gli offerisce prontissimo.

Il 2 sbre 1615.

Texte inédit, revu sur l'Epistolario generalizio, conservé dans les Archives. de Saint-Barnabé, à Milan.


GLOSSAIRE

DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNÉS

OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITÉE AUJOURD'HUI [597]

(L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans les Glossaires des tomes précédents.)

*A - pour au, avec, dans, de, en, en un, il y a, par, pour, sous peine de.

*AAGE - pour temps

A AUCUNE SORTE - sous peine

*ABANDONNEMENT - abandon

ABBATTRE - pour baisser

ABONDER - être en plus

*ACCOMMODÉ – ajusté, dans une situation aisée, pourvu de ressources

*ACCOMMODEMENT - action de s'adapter aux autres

*ACCOMMODER - pour ajuster,arranger

ACCOMMODER (s') - pour s'adap­ter

ACCOMMODER DE - trouver bon de

*ACCOUSTUMANCE - habitude

ACCOUSTUMÉ - pour ordinaire

ACCOUSTUMÉ (a son) – suivant son habitude, son ordinaire

* ACCOUSTUMÉ (avoir)- avoir cou­tume

ACCOUSTUMEE (a l') - à l'ordi­naire, comme de coutume, selon la coutume

*A CE - à cela, de cela, pour cela,

*A CE QUE - afin que

*ACTION - pour cérémonie, fonction ecclésias­tique

ADDRESSANTE - adressée

*ADDRESSE - pour direction mo­rale

A DEMI HEURE - une demi heure

ADMETTRE- pour recevoir

ADMINISTRANT - pour pouroyant

*ADMONESTER (s') - pour s'aver­tir

ADVANCER - pour faire avancer

*ADVANCER A(s') - pour prendrela liberté de, se mettre en avant pour

*ADVANTAGE (a l') - à l'avance,d'avance, par avance,

*ADVENIR - du lat. ADVEN1RE, arriver,échoir .

*ADVISÉ - attentif

*ADVISER - juger à propos, pourvoir

*ADVOUÉ-reconnu pour

A FAIRE - besoin

A FAIRE A LA VILLE - à faire venir de la ville

*AFFECTION – attache, désir, inclination, ferveur

*AFFECTIONNÉ - pour affec­tueux, attaché , dévoué, zélé

. AFFINEMENT DES CONTES ­apurement, clôture des comptes,

AFFIQUERIE - recherche des affiquets, coquetterie

*AFFIQUETZ - menus obiets d'aiustement

AFFOULÉ DE - qui éprouve un dommage moral par suite de

AFFUBLER (s') -s' habiller, se vêtir

AGEANCER - arranger

AIGUILLETTE (faitz a 1') faits pour l'aiguillette, cordon ou lacet terminé par une petite pointe defer

*AINS - au contraire, bien plus, et même, et de plus, mais, mais au contraire, mais de plus, mais en­

core, mais plutôt.

AINS DE - mais à

*AIS - planche, planchette

A LA - pour par la

A LA CLEF - à clef

ALANGOURIR-alanguir

A LA TABLE - à table

A LA VERITÉ DIRE - pour dire la vérité

ALBERGER - donner en emphy­téose ou céder la jouissance d'un héritage pour un temps très long et même à perpétuité sous la réserve d'une redevance Voir Ie Suppément du Dictionnaire de Littré, au mot

ALBERGUE.

* A L'HEURE - à l' heure actuelle, présentement

A L'HEURE (jusques) - iusqu'à cette heure

ALLEGREMENT – gaiement

*ALLENTIR-pour ralentir

A L'ORDINAIRE - d'ordinaire, ordinairement, selon la manière accoutumée, or­dinairement

AMATRICE - féminin rare d'ama­teur Etait à tort qualifié de mot nouveau dans le Dictionnaire de

l'Académie française de 1798.

*A MESME - dans la même

A MESME TEMS - au même mo­ment

* AMIABLE, AMIABLEMENT - ai­mable, aimant, doux, aimablement

*AMUSER (s') - pour perdre letemps

AMUSER AUX (s') - pour perdre son temps à, s'occuper des

ANTER, ANTURE - enter, enture,greffer, greffe

* APERTEMENT - ouvertement

*APOTHICAIRE, APOTICAIRE ­ pharmacien

APPAREILLANT – assortissant

*APPAREILLÉ - pour préparé

*APPAROISTRE - pour parattre

* APPERT (il) - il est évident, il est prouvé

APPORTER DE L'EMPESCHE­MENT - causer de l'embarras

*APPRIVOYSER - pour accoutu­mer, rendre traitable

APRES (d') - après

ARDEUR - pour ferveur, commeune sorte de feu qui embrase

*ARRESTER - pour s'arrêter, de­meurer

ARRESTER AU - demeurer, rester dans le

A SON TOUR - pour son tour

*ASPRETÉ - pour austérité, ri­gueur, rigidité, ru­desse, mauvais traite­ments

*ASSEMBLER - pour réunir

*ASSEURÉ - pour ferme, sûr

ASSISTER A - donner ses soins, prêter assistance à

A TEL - pour en ce

ATTENDRE (s') - pour compter

ATTENTIONS TEMPORELLES ­ soin, souci des choses de la vie qui n'ont qu'un temps

ATTIFFET - ornement de pure co­quetterie, parure de tête

*AU - pour avec le, dans le, en, le, pendant le

*AUCUN, AUCUNS - pour quelque, quelqu'un, quelques­-uns

* AUCUNEMENT - pour en aucune façon, en quelque façon, quelque peu

AU DROIT DE – devant

AU MIEUX - pour le mieux

AU MONDE (qu'elles ne vont pas)­vers le monde, qu'elles n'ont pas pour but le monde

AU PARTIR DE PRIME - depuis l'après Prime, après Pri­me

*AUQUEL - pour dans lequel,

AURONT ESTÉ COMMUNIEES­ auront fait la sainte Communion

*AUSSI - pour au contraire, non plus

AU TEMS - durant le temps, pen­dant

AU TRAVERS DES - à travers les

*AUX-pour avec les, dans les, envers les, pour les

AUX RESERVES - avec la réserve, en réservant

*AVANT QUE - avant de,

AVEC (d') - pour de

*AVETTE - abeille

AVOIR A SON POUVOIR - être de sa charge

*BAILLER - donner

*BALLIER - balayer

BARBETTE - guimpe

*BARGUIGNER - marchander.

BAS - pour baissé

*BASSEMENT - à voix basse, bas

BATRE SUR - au figuré, frapper sur, vaincre

BELLES FAÇONS - bonnes ma­nières

*BENEFICE - pour bienfait

BESOIGNE, BESOIGNES-affaires, objets nécessaires, affaire, travail , ouvrages

BESOIN (de) - besoin

*BIEN - pour avantage, bonheur

*BIENFACTEUR- bienfaiteur

*BIGEARRE, BIGEARRERIE bizarre, bizarrerie

BOÉTE - boite

BONNES FESTES - fêtes, grandes fêtes

*BONNEMENT - aisément, faci­lemen, de bonne foi, suffisamment, vraiment

*BRIEF, BRIEFVE - bref, brève

BURAT - étoffe de laine grossière ou bure

*ÇA BAS - ici-bas

*CARESME PRENANT - les trois jours qui précèdent le mercredi des Cendres

CARESMER - faire Carême.

*CARMELINE - Carmélite

.*CE - pour ceci, cela.

*CEANS - ce lieu, cette Maison, d'ici, de ce lieu, ici

*CELLE - du lat. CELLA, cellule

*CELLE - pour cette

*CE PENDANT - en attendant, pendant, pendant ce temps

*CHAGRIN - pour mélancolie, tristesse

*CHAIRE - pour siège

*CHAMBRIERE - servante

*CHARGE (a la) - à condition, sous la con­duite

CHARGER SES LIVRES – inscrire sur ses livres

CHAUSSE - bas

CHIFFRER - écrire les nombres

CIRURGIEN, CYRURGIEN - chi­rurgien

CIVILITÉ - pour politesse

*CLAUSURE - du lat. CLAUSURA, clôture

CLOCHER - pour sonner des coups de cloche successifs, sans volée

*CLOISTRIER - qui habite les cloîtres

*COGITATION - du lat. COGITATIO, pensée

*COL - pour cou

*COLLOQUER - du lat. COLLOCARE, placer

*COMBIEN QUE - bien que,quoique

*COMME - comme il, comment, que

*COMMETTRE - pour charger, confier, remettre

*COMMIS - pour chargé, délégué

COMMIS (ce qui luy sera) - ce dont elle sera chargée

COMMODE - pour à l'aise, pourvu de biens, de ressources.

.*COMMODITÉ, COMMODITÉS chose qui rend la vie commode, facilité, ressources

COMMODITÉ (a) - commodément, à loisir

COMMUNIEES - pour rendues communes

*COMMUNIER (se) - pour com­munier

COMPILON - probablement syno­nyme de vergette ; sorte de brosse de menus brins de bruyère ou de

soie de porc

COMPOSITION (une sainte) pour action de se donner un main­tien d'une pureté parfaite

*CONFORTER - pour consoler

*CONGÉ - pour autorisation, per­mission

CONGRATULATION - pour féli­citation qu'on s'adresse à soi­-même au sujet de

*CONGREGÉS - du lat. CONGRE­GATl, assemblés, réunis

*CONJOINT - uni

*CONSIDERATION - pour atten­tion, réflexion

*CONTE - pour compte

*CONTER - pour compter (

CONTEMPLATION (a sa) - en con­sidération pour elle

*CONTENTER (se) - pour per­mettre Cf. l'ital. CON­TENTARSl.

*CONTENTION - pour contesta­tion, esprit de dispute

*CONTRARIER - pour être con­traire

CONTREE - pour cité

*CONTRECHANGE - échange

*CONTREROLLEMENT - critique

*CONTREROLLER - contrôler

CONTUMACE - du lat. CONTUMA­CIA, esprit de révolte, révolté

*CONVERSATION - pour com­pagnie, société

CONVERSATION (de) - en com­pagnie, ensemble

CONVERSÉ AU MESNAGE (au­ront) - auront vécu dans le mé­nage

CONVERTI - pour changé

CORS - pour taille

CORS (seront sans) - ne seront pas coupées a la taille, seront sans que le buste soit apparent

*COTTE - jupe courte, petite jupe et corselet taillés d'une même pièce, sans manches,

*COULPE - du lat. CULPA, faute

COUPLER- mettre en couple

COUPLER (se) - se mettre deuxà deux.

*COURAGE - pour cœur

COUVERT (sous le) - sous le toit où elles sont à l'abri, protégées

COUVERTE - pour couverture

CREU - forme du XVIe siècle pour crû ­

*CURIOSITÉ - du lat. CURIOSITAS, recherche, soin particulier

*CUYDER - faillir

DANS LA - sur le

DANS LE - pour au

*DE - pour à, à l'égard de, depuis, par

*DEÇA - d'un côté

*DEÇA (de) - de ce côté-ci, de ce pays, de ces côtés, d'ici, de ce pays, en ce pays, ici, en ce pays

*DEDANS - pour dans

DEDANS LE - pour au milieu du

*DEFAILLANCE - pour affai­blissement, manquement

*DEFAILLIR - pour manquer

*DEFAUDRA- manquera

*DEHORS - pour hors

DELA - de l'autre côté

DE LA - pour depuis lors

DE L'EXECUTION - de l'exécu­ter, l'exécution

DE MESME - pour avec le même

DEMESURÉ (marcher) – faisant de trop grands pas

*DEMEURANT (au, le) - au reste, le reste

*DEMEURANTES - pour demeu­rant

DENUÉ - dépouillé, mis à nud Du lat. DENUDARE.

D'ENVIRON - pour environ de

*DEPORTEMENT - pour conduite, manière de se comporter

DE PROPRE (sera)-sera approprié, conviendra

*DEPUTÉ - pour chargé, délégué,

DEPUTÉ A - pour chargé de

DEPUTÉ DE - pour délégué par.

*DEPUTER - pour assigner, fixer par avance, charger, déléguer

DE QUELQUE - pour quelque

*DEQUOY - pour dont

DERAIZE - grille ou grillage en bois ou en fer ; cf. le lat. populaire DERETIA. (Billiet et Al­brieux,

Chartes de Maurienne avec Glossaire, p. 412; Mém. de l'Acad. de Savoie, 1861, Doc. II.)

DERNIER (par)-par derrière

DERRIERE DES (au) - derrière les

*DES - pour depuis, les

DESDAIGNER (se) - dédaigner

*DESDUIRE - pour dire

DE SEMBLANT - semblant

*DESENGOURDI - dégourdi

DESFI, DESFY - mot emprunté aux jeux et tournois de la cheva­lerie : exercice spirituel entrepris par

deux ou plusieurs Religieuses

DESLlÉ - pour fin, mince

DESOCCUPÉ DES - non occupé par les

*DESPART - pour séparation

DESPARTIR - pour éloigner, re­tirer

DESPENDU - pour dépensé

DESPENSER - pour distribuer

*DESPLAYSIR - pour chagrin

*DESPLOYER - pour déplier

DESREGLEMENT - pour chose contraire à la Règle

*DESROMPU - accoutumé, rom­pu à

*DESSOUS - pour sous

*DESSUS - pour ci-dessus, il est dit ci-dessus,sur

DESTINÉ - pour fixé, marqué

*DESTINEMENT - à dessein, délibérément

*DESTOURBIER - obstacle

*DE SUITE - pour à la suite

DETRAQUEMENT DE CŒUR ­ dérangement moral, trouble de la conscience

*DEVANT - pour avant, avant le, de

DEVANTIER - tablier

*DEVANT QUE - avant de

DEVANT QUE DE - avant de

*DEVERS - se tournant vers, vers

DEVINDRENT - devinrent

*DEVIS - pour entretien

*DEVISER - parler, s'entretenir

*DEVOT - pour pieux

*DEXTRE - droite

*DEXTREMENT - adroitement

DIE, DIENT - dise, disent

DIGERER LES EXERCICES - se les rendre accessibles par la ré­flexion

DILATÉ - pour qui a acquis de l'extension, répandu

*DISCRET - pour circonspect, pru­dent

*DISCRETION - pour discerne­ment, prudence

DISPENSER - pour permettre

DISPOSITION - pour état du corps ou de l'esprit

DISPUTOYENT DE SA SOCIETÉ­ - contestaient, luttaient pour l'avoir en leur société

*DISSEMBLABLE A - différent de

*DISSIPER (se) - se perdre

DISSOLUTION - pour relâchement

DISTRAYSE - distraye

DIVERSIFIER - varier

DIVERSITÉ DES TEMS - parties du jour, temps qu'il faut choisir

*DIVERTIR - pour détourner, distraire, se détourner

DONNER SIGNE - faire connaître, faire remarquer

*DONT - pour c'est pourquoi, d'oû

DOT (son) - sa dot

*DRESSÉ - pour dirigé, élevé, formé, préparé

*DRESSER - pour diriger, ériger, établir, faire, former

DROIT - pour directement, tout droit, tout droit à la porte

DROIT VIS A VIS – directement en face

*DU - pour de

*DU DESPUIS - à partir de ce temps-là, depuis ce temps-là, depuis lors

DU LONG - le long

DUR - pour peu apte à compren­dre

DU SUJET - sujet

*DU TOUT - absolument, tout à fait, entiè­rement, sur toutes choses

*DU TOUT POINT - point du tout

*EFFECT (d') - en effet

*EFFICACE - du lat. EFFICACIA,.efficacité

*EJECTION - du lat. EJECTIO, ex­pulsion, renvoi

*EMBARRASSEMENT - embarras.

EMMARCHER - Placer les ton­neaux sur les poutres du chantier disposées en marches d'escalier.

EMMEUBLEMENT - ameuble­ment

*EMMI - au milieu de, dans, au milieu des, au milieu du, dans le

EMMI LE - au milieu du, dans

*EMPESCHÉ - pour embarrassé

EMPESTÉ - empoisonné

*EMPLOYTE – emploi, emploi du jour mis en œuvre dans ses détails, em­plette

*EMPORTER - pour remporter

*EN - pour à, au, avec, dans, de, faire, par, sous, sur, sur la

*EN APRES- après, ensuite

*ENCLOS - pour renfermé

EN ELLES MESMES - pour en leur particulier

ENFERME RIE - infirmerie

ENFERMIERE - infirmière

ENFLER - pour faire gonfler de vanité

ENLIASSER - mettre en liasses, en paquets attachés

*EN LIEU - pour au lieu, en un endroit, en un lieu

EN MAIN - dans la main

EN NOMBRE - un certain nom­bre

*ENOMBRER - couvrir de son ombre, envelopper de sa protec­tion

EN QUELQUE PART - pour quel­que part

ENQUIERENT DE (les) – leur demandent

ENSEIGNÉ, ENSEIGNER – pour instruit, instruire

ENSEIGNER DES (les) – leur enseigner les, les instruire au point de vue des

*ENSEMBLEMENT - ensemble

EN SIGNE DEQUOY - en témoi­gnage de cela

*ENSUIVRE - suivre

*ENTANT QUE - autant que, dans la manière que, selon que

ENTANT QU'EN NOUS EST ­pour ce qui nous concerne

*ENTENDRE - pour savoir

ENTREDESFAIRE (s') - se dé­truire, se tuer

ENTREDONNER (s') - se donner réciproquement

ENTREPARLANT (s') - se par­lant

*ENTREPORTER (s') - se porter mutuellement

*ENTREPRINSE - entreprise

ENTRERENCONTRER (s') – se rencontrer

ENTRESALUER (s') - se saluer réciproquement

*ENTRETENEMENT - entretien

ENTRETOUCHER (s') - se tou­cher réciproquement les mains, le visage

ENTRETUER (s') - se tuer

*ENVERS - pour avec

ENVOYERA - enverra

ENVOYERONT (s') - s'enverront

ESCABELLE - escabeau

ESCALIER - pour gradin

ESCALIER DE - pour gradin de l'autel recouvert de

*ESCLARCI - sûr

ESCLAVÉ - cloué

ESCONDUIRE DE – repousser dans

*ESCORGEE - fouet fait de courroies

ESCRITEAU - pour étiquette

*ESCUYRIEU - écureuil

*ESLANCEMENT - pour élan

*ESLECTION - pour libre choix. Du lat. ELECTIO.

ESPANCHÉ - pour divulgué

ESQUELZ - auxquels, avec lesquels, dans lesquels, .

ESQUELZ IL EST MARQUÉ ­- dans lesquels cela est marqué

*ESSAYER (s') - pour essayer, s'efforcer, tâcher

*ESTABLIR - pour établir à demeure dans la Congrégation

ESTAMETE - petite étoffe de laine ou lainage léger, mot dérivé d'ESTAME, ESTAIM, fil de laine.

ESTENDU - pour répandu

EST POUR LHORS (qui) – qui est alors, en ce moment en charge .

ESTRE COMMENCEE - se com­mencer

ESTRE EN TENTATION – avoir la tentation

ESTRIVER - disputer, quereller

ESTUVE - pour bain .

EXERCICE-pour épreuve

*EXPRES - pour expressément

EXTENUER - atténuer, diminuer

EXTERNE - extérieur

*EXTREMITÉ - pour plus haut degré

*FADE - manifestation insigni­fiante des caractères

*FAILLIR - pour manquer

*FAIRE - pour cultiver, donner

FAIRE PARDON - pardonner

FARD - composition destinée à embellir le teint

FAUT - pour il faut

FAUTE (fait) - fait quelque faute, une faute ).

FAYSANTES - faisant

FICHER - fixer

FIN BOUT (au) - à l'extrémité

*FLEURI (vin) - aura des fleurs, c'est-à-dire des moisissures que le contact de l'air amène à la sur­face

du liquide

FORCEMENT - action de forcer une femme, de lui faire violence

FORCLUSION - exclusion

*FORME - pour formule

FORONCLE - furoncle

FOULON - artisan qui nettoyait le linge et les étoffes en les pres­sant dans une cuve avec les pieds ou à

l'aide d'un rouleau mécani­que, comme dans le moulin dit à foulon

FRANCHEMENT - pour sans dif­ficulté et en suffisance

FROIDEMENT - pour doucement, sans passion

. GODERON - gaudron ou go­dron, col, collet rabattu

GRAND - pour long

*GRIEFVE - grave

HARDIESSE – témérité

HAUT ESLEVEE – élevée

HONNESTE - pour convenable, honorable, raisonnable

HONNESTEMENT - pour con­venablement, proprement

HONNESTES FILLES DE LEUR QUALITÉ ORIGINAIRE - les filles de leur condition originaire qui

se respectent dans leur con duite et leur tenue

*HONNESTETÉ - pour bienséance, propreté, pureté

HORS LA VEÜE - sans que l'assistante puisse voir

HORS LES - pour en dehors des

HORS L'OUYE - sans que l'assis­tante puisse ouïr

HUMEURS IMPORTUNES - ma­nifestations déplaisantes des ca­ractères

HUMILIATION - pour humilité

*ICY - pour ci

ILLUSTRER - pour éclairer

.*IMBECILLE - du lat. IMBECILLIS, faible

.*IMBECILLITÉ - du lat. IMBECILLI­TAS, faiblesse, indisposition

*IMPERTINENT - pour déplacé, hors de propos

.*IMPETRER - pour demander, obtenir

INCOMMODE - pour dans la gêne

.*INCOMMODÉ - pour dans la gêne, gêné

*INCOMMODITÉ - du lat. INCOM­MODITAS, difficulté, gêne, manque de ressources

*INDECENCE - pour messéance

INFAMER - détruire la bonne ré­putation

*INFIRME - pour faible

INFIRMITÉ - pour faiblesse

INHABILE AUX - incapable des

*INSTINCT - pour impulsion, ins­piration

INSTITUT DE VIE - façon d'or­ganiser la vie, règlement de vie

*INTEREST - pour préjudice

*IRE - du lat. IRA, colère

JA N'ADVIENNE- certes, puisse­-t-il ne pas advenir, arriver

*JETTER - pour calculer

JOINT - pour uni, ramassé

*JOURD'HUY - aujourd'hui

JOURNALIEREMENT - d'ordi­naire, ordinairement, tous les jours

*JOURNELLEMENT - tous les jours

* JURER - pour prêter serment

JUSTE - pour conforme à une certaine mesure

*LAIRRA, LAIRRONT – laissera, laisseront

LAMENTER-pour pleurer

*LANTERNERIE-fadaise

*LAQ - réseau

*LAVEMENT - pour lavage

LAVER - pour se laver

*LE - pour du

*LEÇON - pour lecture

*LE MESME - pour de même

LEVÉ - pour debout

*LEVER - pour enlever, ôter

*LHORS - pour alors

*LIBREMENT - pour franchement, spontanément, vo­lontiers

LICENCE - pour permission

LIEGÉ - garni d'une mince se­melle de liège

*LIEU (en, le) - en un endroit,, la place

LIMITATION - limite

LINCEUL - pour drap de lit

LINOPLE - linomple, ancien nom, du linon

LIVRET - opuscule

LOYSIBLE - pour permis

*LOYSIBLEMENT -librement

MAL CONTENT - mécontent

*MAL EN POINT (estre) – être mal pourvu des

MAL VIVANT - homme de mau­vaise vie

*MANQUEMENT - pour défaut, manque, disette

*MARRI - affligé, peiné

MATIERE - pour sujet

MAUVAYSEMENT - avec inten­tion répréhensible

*MERE - vendange pressurée

*MESHUY - désormais

*MESTIER (faire) - faire profes­sion

*MIGNARD - pour délicat

*MIGNARDISE - pour ornement de pure coquetterie

MIROUER, MIROÜER - miroir

*MOINS - pour moins encore

MONDAIN, MONDAINS-pour du monde, séculier,gens du monde

*MONDICITÉ - propreté

MOYNESSE – moniale

MOYTIÉ TABLE (a) - à la moitié du repas

*MURMURATION - bruit sourd de paroles, murmure

NAÏF - pour naturel, sincère

NAIFVEMENT - pour simplement

NECESSITÉ (a la) - pour pourvoir aux besoins

NECESSITÉ (n'ayant point, n'ayant point de) - n'y étant point contrainte, forcée

NECESSITÉ (pour leur) - dont elles ont besoin, qui leur est nécessaire

NECESSITÉS (toutes leurs) – tout ce qui leur est nécessaire

NECESSITÉS DE SA VIE - ce qui était nécessaire à sa vie

*NEGLIGEMMENT - pour sans attention

*NEGOCE - pour affaire, commis­sion

*NE PLUS NE MOINS - ni plus ni moins

NI MOINS - pour moins encore

NOMBRE - pour chiffre, numéro

NOMMEE - pour désignée

*NON PLUS - pour pas plus

NON PLUS QUE - pour moins encore

*NOURRIR - pour élever, entretenir

*NOURRITURE - pour formation

NOUVELLEMENT - pour la pre­mière fois

*NUYSANCE - préjudice

*OBEDIENCE - du lat. OBEDIEN­TIA, obéissance

OBSERVANTE - qui vit dans l'observance

OCCURRENCES (es) - à l'occa­sion, dans les occasions

ŒUVRE - pour ouvrage

*OFFICE - pour emploi, exercice

*ORATRICE - titre que prenaient autrefois les Religieuses écrivant à des souverains

ORATOIRE - partie d'une pièce réservée à la prière et disposée à cet effet

ORDONNANCE - pour ordre

ORDONNER DES, LES – mettre ordre aux

ORDRE - pour rang

*OR SUS – allons ! courage!

OSTER - pour mettre de côté

*OU - pour tandis que

*OUTRECUYDANCE – arrogance, présomption

*OYANT, OYES – entendant, écoutez, entendez-le

OYE (qu'elle) - qu'elle entende

OYOIT (1') -l'entendait

OYSEAU DE RECREATION­ - petit oiseau en cage, avec lequel on peut se distraire

*PAR - pour dans

*PARACHEVER - achever, par­faire

*PAR'ADVENTURE, PAR AVENTURE - par hasard

*PAR AINSY - ainsi, de cette manière

*PAR APRES - ensuite

PARC - pour bergerie

*PAR DEÇA - dans ce pays

PAR DEHORS - pour à l'extérieur, du dehors

PAREE (vache) - vache corroyée, préparée

PAREMENT - pour ornement d'étoffe de soie enrichi de broderie et de frange pour parer le devant

d'autel

PAR LA, PAR LES - dans la, dans les

*PARMI - pour avec, dans, dans la .

*PARMI LE- au milieu du

*PAROICHIALE - paroissiale

PART (en l'autre) - de l'autre côté

PART (qui ont leur) - qui ont eu leur part, qui ont participé com­me écrivains aux ouvrages de l'antiquité

PARTICULARISER DAVANTAGE - entrer dans plus de détails

PENDU - pour suspendu

PENDU EN - pour suspendu à

*PERDURABLE -:- du lat. PERDURABILIS, éternel

PESTILENTE CONTAGION - con­tagion empoisonnée semblable à la peste

PINCER - pour prendre avec deux doigts

*PITOYABLE - compatissant, se­courable, plein de pitié

PLURIER - pluriel

*POINT DE (en) - en aucune

*POLICE - pour action de gouver­ner, gouvernement

POLIR - pour adoucir, éduquer

PORTION DE PAIN - morceau de pain

*POUDRE - pour poussière

*POUR AUTANT - pour parce que

*POUR CE - pour cela

POUR L'HEURE - à ce moment alors

*POUR LHORS - alors

*POURMENER - promener

POUR QUELQUE PEU - un peu

*PRAEFIGÉ - fixé d'avance

PRAETENDANTE - personne qui aspire à la vie religieuse, postulante

*PRAETENDU - pour espéré

*PRAETENTION - pour but, but où tendent les désirs de quelqu'un, espérances d'avantages ou de

biens temporels

PRATTIQUE (qui soyent de) qui soient pratiques

*PRATTIQUES - pour vertus à pratiquer

PRECEDER - être la première­

*PREFIGER - fixer

*PREGNANTE - pressante

*PRENDRE (se) - pour commen­cer

PRENDRE GARDE (se) – prendre garde, s'appliquer à

PRESSEURE - pour peine

*PRETENDRE - pour désirer fermement

PREVOIR A - prévoir

*PRINS - ancienne forme de pris

PRISTINE - première Du lat. PRISTINUS, premier.

PROCURER - pour prendre soin.

*PRONONCER (vous) adresser

*PROPOS - pour discours, entretiens, paroles

*PROPRE - pour approprié, qui convient,apte, capable, convenable

PROPRE (estre) - convenir

PROPRE AUX, POUR-pour apte à capable de

PROPRIETÉ - pour propreté

*PROTESTER - pour attester so­lennellement

*PROUVOIR - pourvoir

PROUVOYEUSE - celle qui a la charge d'approvisionner, pour­voyeuse

PROVENANTE - pour provenant

*PROVIDENCE - pour sage pré­voyance, soin

*PSALME - Psaume.

QUAND BIEN - lors même que

QUAND CE VIENDRA - quand cela, ce dont on parle, c'est-à­-dire la préparation par la médi­tation, en

sera arrivée là

QUAND ET LUY - avec lui

*QUANT ET QUANT - au même temps, en même temps.

*QUANT ET SOY - avec elle

*QUARTIER - de l'ital. QUARTIERE, appartement, partie

*QUE - pour ce que, de, qui, qu'il

*QUE DE - pour de

QU'ELLES - pour qui

QU'EN - pour que

*QUI - pour ce qui

QUI EST POUR LHORS – qui est en ce moment en charge

RABAT - col, collet rabattu

RACCOUTRER - raccommoder

*RAFFRAISCHIR - renouveler

*RAPPORTÉ - pour apporté, remis

*RARE - pour excellent, mince, transparent

RECITER - pour raconter

*RECOMMANDATIONS - pour­ compliments, salutations

*REDUIRE - pour ramener

*REDUIT - pour changé, mis, rangé, remis

REDUITE EN RELIGION - re­constituée en Ordre religieux

*REFORMATION - du lat. REFOR­MATlO, réforme

*REGARD (pour ce) - à ce sujet, à cet égard, pour ce sujet

*REGARD (pour le) - en ce qui est, pour ce qui concerne, pour ce qui est

REJECTION - du lat. REJECTIO,.rejet,

REJETTEMENT - rejet

RELASCHER (se) - pour se dé­tendre

*RELEVÉ - pour haut

*RELIGION - pour état religieux, Ordre religieux, profes sion religieuse

RELIGION (en) - dans un Ordre religieux

*RELIGION (Ordre de, des) – Ordre religieux

REMEMORATION - souvenir

*REMONSTRANCE - pour repré­sentation

REMONSTRÉ (estant bien) - faisant bien remarquer

*REMONSTRER - pour faire re­marquer, représenter

*RENCONTRE (au) - à rencon­trer

*RENCONTRE (le) - l'occasion

RENDRE (se)-pour devenir

RENVOYERA - renverra

*REPENTANCE - repentir

*REPRESENTÉ - pour présenté

*REQUERIR - demander avec insistance

*RESOUVENIR (se) - se souvenir

*RESSENTIR A - porter le carac­tère de

*RESSERRER - pour enfermer, retirer

RET - filet Cf. l'ital. RETE.

*RETARDEMENT - délai, retard

RETIRER A - pour introduire en

*RETOURNER - pour s'en aller, tourner

RETRAITTE (a la) - à l'esprit de retraite, à la récollection

RETRAITTE (apres leur) – après s'être retirées

*REVESTIR - pour mettre à l'in­ventaire tout ce qui est nécessaire pour qu'il soit valide

*REVËUE - pour visite

* REVIGORÉ (estre) - être forti­fié, rendu vigoureux

ROBE - pour soutane

*ROMPRE - pour déchirer

*ROOLLE - pour liste, rôle

*RUDE - pour inculte

RUMINER - pour méditer, repas­ser dans son esprit

SACRAIRE - du lat. SACRARIUM, sanctuaire

SACRÉ - pour consacré

SACRISTAINE - sacristine

SANCTIMONIALE - du lat. SANC­TIMONIALIS, femme consacrée à Dieu

*SAPIENCE - sagesse

*SÇAVOIR EST- à savoir

*SEANCE - pour réunion

SEANCE (en vostre) - quand vous êtes assises

SECONDE TABLE - les Sœurs qui prennent leur repas à la seconde table

SEJOURNE (qu'elle) - qu'elle de­meure, qu'elle reste dans la mai­son, dans sa chambre

*SEJOURNER - demeurer

SEMBLABLEMENT - de la même façon, de même

*SEMBLANCE - ressemblance

*SEMONDRE - inviter

SERGE D'ESTOC - serge d'origine grossière, sans apprêts ?

*SERRER - du lat. SERRARE, mettre sous clef

SERVICE ET DE L'OBEISSANCE QU'ELLES AURONT A FAIRE (du) - du service à faire et de

l'obéissance à pratiquer

*SI - pour cependant

*SI BIEN - bien que, quoique

SI BIEN IL Y EN A - quoiqu'il y en ait

*SI EST CE QUE – cependant, néanmoins

*SIGNE - pour preuve

SIGNER (se) - pour mettre sa signature, signer de son nom

*SI MOINS - sinon

SIMULATION - pour dissimula­tion

SINON - pour excepté

SION FAIT RIEN PLUS - si on ne fait rien de plus

*SI QUE - de sorte que

*SI TOST - pour aussitôt

SOCIETÉ - pour compagnie, con­versation

*SOIN - pour sollicitude

SOMME TOUTE - enfin, en résu­mé

*SORTABLE - convient mieux

*SOUËFVEMENT - suavement

*SOUVENTESFOIS - souvent

*SUBSTANCE - pour partie essentielle

*SUFFISANCE - du lat. SUFFICIEN­TIA, capacité, mérite, talent, qui est suffisant

*SUITE - pour action de suivre

SUITE (de) - pour à la suite, en suivant

SUIVANTE - qui suit

*SUIVRE - pour poursuivre

SUPERIEURE (de) - de la charge de Supérieure

SUPERSAINTE - Plus que sainte

SUPERSTITION - pour scrupule

*SUR - pour en, par dessus

SUR LE MILIEU - au milieu

*SUS - ci-dessus

SUSTENTATION - alimentation, entretien

TABLE - pour repas

TANT - pour aussi bien, aussi bien des, autant, si

TANT LINGES QU'AUTRES ­aussi bien des linges que des autres

*TANT MIEUX - pour d'autant mieux, d'autant plus

TANT MOINS - d'autant moins

*TANT PLUS - d'autant plus

*TANT QUE - pour autant que

TARDIF-pour en retard

*TARE - pour faute

TASSINE - petite tasse

TENDANTE - qui tende

*TENDRE - pour faible, qui cède facilement aux impressions, sensible

*TENDRETÉ - délicatesse, sen­sibilité, douillette­rie, mollesse

TENIR CONTE - pour rendre compte

TENIR EN MEMOYRE - consi­gner par écrit sur un papier, un mémoire

TERME (en) - sous le nom

*TERRIEN - du lat. TERRENUS, terrestre

*TIERCEMENT - troisièmement

*TIGNE - du lat. TINEA, teigne

TIREE DE SON NOM - tirée à partir de son nom, vis-à-vis de son nom

*TIRER - pour entraîner, retirer

TIRER LA VIANDE - amener à soi la viande en l'éloignant du feu

TORCHEMAIN - essuie-mains

TORCHER - essuyer avec un torchon

TORNET - tour

TOUR - Voir TOUR DE LIT.

TOUR (a) - à tour de rôle

TOUR DE LIT - garniture d'étoffe qu'on mettait autour du lit, ri­deaux

TOURNOIR - tour

*TOUT AINSY – ainsi, comme, de même

TOUT AINSY COMME - comme

TOUT AU FIN COMMENCE­MENT - au tout premier com­mencement

TOUT CONSECUTIVEMENT ­- tout de suite après

TOUT DE SUITE - pour tout à la suite, tout en suivant

TOUTE DEBOUT - debout, toute droite

*TOUTES FOIS ET QUANTES ­- toutes les fois

TOUT NE PLUS NE MOINS – ni plus ni moins

*TRAIN - pour genre de vie, ma­nière d'être, la succes­sion, la suite, manière de vivre

TRAIN (au) - dans le chemin, dans la pratique

TRAISNER - pour entrainer avec elle

*TRAIT - pour action

TRANCHOIR - petit rond de bois sur lequel on place les pots de vin et d'eau

*TRANSMUTATION -. du lat. TRANSMUTATIO, changement

*TRAVAIL - pour peine, souffrance

*TRAVAILLÉ - pour fatigué, tourmenté par

TRAVAILLÉ DE – tourmenté par

*TRAVAILLER - pour éprouver

*TRAVAUX - pour souffrances

TRAVERSE - ligne transversale

*TREILLE - pour grille, treillis

TREILLIS - pour grille

*TREMPER - pour se plonger

TRESSAILLIS (je) - je tressaille

TREUVER (se) - pour trouver

TROP IMPLOYABLE - ne pas céder, ne pas se plier assez

TROP PLOYABLE - se plier trop, trop céder

TROUSSER - retrousser

UN POUTRE - une poutre

*URSELINE - Ursuline

*VACATION - emploi, profession

VEFVE -

*VEILLANTE - surveillante

*VERRA A FAIRE - jugera à propos de faire

VERRA A PROPOS - jugera à propos, trouvera bon

VESQUIT - vécut

VESTIAIRE (d'un) - d'un même costume

VEUË (qu'a la) -,--- sinon en sorte qu'elle soit vue

*VIANDE - pour aliments, mets

*VILETTE - pour veillette, petite vrille ou percerette

*VISITATION - du lat. VISITATIO, visite

*VISTEMENT - vite

VIVANTE - pour vivant

*VOIREMENT, VOYREMENT – à la vérité

*VOUÉ - pour consacré, fait les vœux

VUIDER LES MANCHES – creuser les manches, couper ce qui est de trop

*Y - pour il y, n'y, s'y

Y A - pour il y a

YEUX EN TERRE (les) - les yeux baissés vers la terre

INDEX

DES DESTINATAIRES ET DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES [598]

ANNECY (œuvre hospitalière d')………………………………………………………………….407

AZPILCUETA ou A ZPILQUET, docteur de Navarre ……………………………………………359

BASCAPÉ Charles*, Barnabite et Evêque de Novare. Voir CONGRÉGATION………………...402,596.

BILLY Jacques de……………………………………………………………………………….…375

BINET Etienne*, Jésuite …………………………………………………………………………..155

BLONAY Claude de (enfants de …………………………………………………………………..582

Blonay Jean-François de, Prieur de Saint-Paul en Chablais ………………………………….…….530

CASPALIUM ou CASPALIANA (villa) …………………………………………………………..353

Chantal Jeanne-Françoise de* (Sainte) ……………………..…156,165,171,412,554,556,558,560,571

CHAUGY Françoise-Madeleine de (Lettre sur le Défi de la Visitation, de la Mère) ………………561

CHEVALIERS DU CHRIST ……………………………………………………………………….358

COMPAGNIE DE SAINTE ANNE ………………………………………………………………….9

CONGRÉGATION DE FEMMES, fondée à Mi­lan par le P. Bascapé, Barnabite …………………364

CONGRÉGATION DES VIERGES DE NOTRE­ DAME à Crémone ………………………………10

CONGRÉGATIONS D'URSULINES. ………………………………………………………..……401

COUSTUMIER DE LA VISITATION (Sentiment de sainte Jeanne-Françoise de Chantal sur le) ..541

DISCIPLINANTI (Confrérie des) …………………………………………………………………..403

DOCTEUR DE NAVARRE. Voir AZPILCUETA.

FAVRE Michel ……………………………………………………………………………………..156

FAVROT Marguerite

Admission à la Visi­tation de ……………………………………………………………...415

FILESAC Jean ……………………………………………………………………………………….24

GALERIE (chœur et parloirs de la maison de la )……………………………………..………219,334

GIUSSANO Jean-Pierre …………………………………………………………………………….363

GONDI Henri (de), Evêque de Paris

Erection en Monastère de la Maison des Ursulines, par …………………………………384

GOUFFIERS Elisabeth Arnault des, à la Visitation …………………………………….………55,399

Grégoire XV …………………………………………………………………………………..586,591

GUASTALLA Lodovica Torella, comtesse de (codicille au testament de) ………………………...400

GUÉRIN Juste, Barnabite ………………………………………………………………………….588

INDULGENCES pour la Visitation d'Annecy…………………………………………………..29,397

LUZAGO Alexandre (Luzague Louis) …………………………………………………………….526

JÉSUITES (Leurs Constitutions attaquées par les Parlements) …………………………………….381

MAIGNELAIS (Magneley) Charlotte-Mar­guerite de Gondi, marquise de

Déci­sion du Saint-Siège au sujet de la voca­tion de ………………………...….384

Marquemont Denis-Simon* (de), Ar­chevêque de Lyon ……………………………...…175, 379,563

MAZENTA Jean-Ambroise*, Général des Barnabites ………………………………………..266, 596

MINGON Georges ………………………………………………………………………………….583

Monthoux Paule- Jéronyme de, Reli­gieuse de la Visitation ……………………………..……505,579

Mouxy Marie-Madeleine de, Religieuse de la Visitation ………………………………………..…573

Musy Françoise-Jacqueline de, Religieuse de la Visitation. ………………………………………..578

PINZOCHERE (Pizzocare) ………………………………………………………………………….355

PONTOISE (Monastère de l'Ordre de Saint-Augustin de). ………………………………………….590

PURIFICATION (octave de la) . ……………………………………………………………………..254

RELIGIEUSES et RELIGIEUX (mort civile des) ………………………………………………..….380

ROUX François………………………………………………………………………………………..575

SALES FRANÇOIS * de (Saint). Voir THORENS, VJSJTATION : Costume, Cou­tumes, Formulaires, Jeûne. Manuscrits, Moineau, Sorties extraordinaires, Visite des malades, Vœux ; VISITATION D'ANNECY : Défi, Paradis, Préface………………..…175,68,124,157,158,198,201,412,528,530,565,596

SCAGLIA Dona Ginevra (Marie-Christine, Novice Dominicaine à Chieri ………………………...…525

SERCLIER Jude et son NAZAREEN EVAN­GELJQUE ………………………………………………...18

THORENS Marie-Aimée de Rabutin-Chan­tal, baronne de

(Notice écrite par saint François de Sales sur)…………………………………….……..565

VJSJTATION

Baiser de paix à la……………………………………………………………………………………91

Constitutions imprimées en 1619 et 1622………………………………………………………...43 sq

Costume ………………………………………………………………………………..………262,263

Coutumes …………………………………………………..……….175,53,251,264,313,314,432,534

Erection en Ordre religieux des Monastères de la …………………………………………………..592

Formulaires de la Vêture et de la Profes­sion ………………………………………...…….198,201,537

Jeûne …………………………………………………………………………………………….…..266

Le moineau de Françoise de Chantal et défense du Saint d'avoir des bêtes d'amusement …………...68

Manuscrits primitifs des Constitutions ……………………………………………………...….175,412

Méditations préparatoires à la Profes­sion des Religieuses …………………………….……………525

Règle …………………………………………………………………………………………………...3

Retraite des Religieuses. ………………………………………………………………………....4,512

Sommaire des Constitutions.. ………………………………………………………………….…..593

Sorties extraordinaires.. ……………………………………………………………………………..175

Sorties pour le parement de l'autel.. ……………………………………………………………...…429

Variations à l'Office. ……………………………………………………………………………255

Visite des malades……………………………………………………………………..243,244,256

Vocable de la Congrégation ………………………………………………………………..175,412

Vœux et rénovation…………………………………………………………………….175,511,515

VISITATION D'ANNECY

Déférence des au­tres Monastères de l'Ordre pour la ………………………………….540

Défi pour la…………………………………………………………………..…………561

Paradis du Jeudi-Saint à la . ……………………………………………………………121

Visitation d'Annecy

Préface de 1614 aux Sœurs de la ………………………………………………………………351

Préface de la Règle aux Sœurs de la………………………………………………………………..3

VISITATION DE BELLEY, DIJON, SAINT­ ETIENNE et VALENCE …………………………..591

VISITATION DE MOULINs.Voir MONTHOUX …………………………………………………..579

VISITE CANONIQUE ……………………………………………………………………….…….102


TABLE DES MATIÈRES

Préface………………………………………………………………………………………2

Avis au Lecteur …………………………………………………………………………….5

CINQUIÈME SÉRIE (suite) : LA VISITATION

TEXTE DÉFINITIF

Préface de François de Sales, Evesque de Geneve, aux Sœurs du Monastere de la Visitation d'Annessi,

(fin juillet-sep­tembre] 1618. ……………………………….6

Première rédaction de la Préface des Règles ……………………………………………..15

Regles de l'Institut de saint Augustin pour les Seurs ……………………………………..16

CONSTITUTIONS DÉFINITIVES

Avertissement des Editeurs ……………………………………………………………….25

CONSTITUTIONS POUR LES SEURS RELIGIEUSES DE I.A VISI­TATION.- De la fin pour laquelle

cette Congregation a esté instituee ………………………………………….28

CONSTITUTION 1. Des trois rangs des Seurs …………………………………………29

CONSTITUTION II .De la clausure ……………………………………………………..30

CONSTITUTION III. De l'obeissance ……………………………………………………30

CONSTITUTION IV. De la chasteté……………………………………………………..31

CONSTITUTION V.De la pauvreté ……………………………………………………...32

CONSTITUTION VI. De l'employ du jour des la feste de Pasques jusques a celle de st Michel …33

CONSTITUTION VII. De l'employ du jour des la feste de saint Michel jusques a Pasques ………34

CONSTITUTION VIII. En Caresme ……………………………………………………..34

CONSTITUTION IX. Des deux obeissances journalieres ………………………………34

CONSTITUTION X. Du silence …………………………………………………………..34

CONSTITUTION XI. De la varieté du chant………………………………………………35

CONSTITUTION XII. Des assemblees …………………………………………………..35

CONSTITUTION XIII. Des recreations et conversations des Seurs ……………………35

CONSTITUTION XIV. Des ouvrages …………………………………………………….36

CONSTITUTION XV. De la façon de parler avec les estrangers …………………………36

CONSTITUTION XVI. Du manger et boire ……………………………………………….37

CONSTITUTION XVII. Des habitz et lictz ……………………………………………….38

CONSTITUTION XVIII. De l'Office ……………………………………………………..38

CONSTITUTION XIX. Du Confesseur ordinaire …………………………………………39

CONSTITUTION XX. Des Confessions extraordinaires …………………………………..40

CONSTITUTION XXI. De la Communion ………………………………………………..40

CONSTITUTION XXII. De l'humilité. ……………………………………………………40

CONSTITUTION XXIII. De la modestie. ……………………………………………….41

CONSTITUTION XXIV. Du compte de tous les moys. …………………………………..42…

CONSTITUTION XXV. De la correction. …………………………………………………43

CONSTITUTION XXVI. Du Chapitre. …………………………………………………….44

CONSTITUTION XXVI. Des enseignemens pour les seculiers ……………………………44

CONSTITUTION XXVII. De la reception et distribution des moyens de la Mayson. ……..44

CONSTITUTION XXVIII. Du Pere spirituel de la Mayson ……………………………….45

CONSTITUTION XXIX. Des officieres de la Mayson : premiere­ment de la Superieure ………...45

CONSTITUTION XXX. De la maniere que la Superieure doit tenir pour les affaires ……………47

CONSTITUTION XXXI. Des Seurs choisies pour conseiller la Superieure et qui pour cela sont

appellees ses Coadjutrices ………………………………………….48

CONSTITUTION XXXII. De l'Assistente ………………………………………………………...48

CONSTITUTION XXXIII. De la Directrice ………………………………………………………49

CONSTITUTION XXXIV. Des Surveillantes. …………………………………………………….51

CONSTITUTION XXXV. De l'Ayde de la Superieure. …………………………………………..51

CONSTITUTION XXXVI. De l'Œconome ………………………………………………………..52

CONSTITUTION XXXVII. De la Portiere ………………………………………………………53

CONSTITUTION XXXVIII. De la Sacristaine. ………………………………………………….53

CONSTITUTION XXXIX. De l'Infirmiere ………………………………………………………54

CONSTITUTION XL. Des menus offices de la Mayson :

1. – De la Robiere …………………………………………………………………………...55

2. - De la Lingere.. …………………………………………………………………………..55

3. - De la Refectoriere. ………………………………………………………………………55

4. – De la Despensiere. ………………………………………………………………………55

CONSTITUTION XLI. Des Seurs Domestiques …………………………………………………...56

CONSTITUTION XLII. Des Seurs Tourieres. ……………………………………………………..56

CONSTITUTION XLIII. De la 1ere reception de celles qui desireront estre de la Congregation ….57

CONSTITUTION XLIV. De l'entree des Novices ………………………………………………….58

CONSTITUTION XLV. Des vœux et Profession. ………………………………………………….59

CONSTITUTION XLVI. Du renouvellement et confirmation des vœux …………………………59

CONSTITUTION XLVII. De l'eslection de la Superieure et au­tres officieres. …………………….59

CONSTITUTION XLVIII. Des penitences et chastimens …………………………………………61

CONSTITUTION XLIX. Briefve dec1aration de l'obligation des Seurs a l'observance de la Regle et des

Constitutions ………………………………………………….61

CONSTITUTION L. De l'enterrement des Seurs. …………………………………………………62

Approbation des Constitutions. ……………………………………………………………………62

Approbations et Permission …………………………………………………………………………63

Remarques de sainte Jeanne-Françoise de Chantal et du Père Etienne Binet, Jésuite, sur la première

édition des Cons­titutions de la Visitation, août 1620 (Inédit)…………………….63

LE DIRECTOIRE SPIRITUEL

Note explicative.. …………………………………………………………………………………..69

Intention et souhaitz de nostre Pere sur les Seurs de la Visitation (Inédit)…………………………69

L'humble gloire des Seurs de la Congregation, 6 juin 1611. ……………………………………..70

Souhait a l'imitation de celuy que Job a fait au 31 chapitre de son Livre, vers. 35 : A Jesus Christ Nostre

Seigneur ……………………………………………………………………..70

Desir a l'imitation de celuy de saint Paul, chap. 4 aux Phi­lipp : Aux Seurs de la Congregation. …..71

DIRECTOIRE DES CHOSES SPIRITUELLES. –

Du lever des Seurs et de la droiture de l'intention……………………………………………………71 .

De l'Office divin. ……………………………………………………………………………………72

Comme il faut ouïr la sainte Messe. ………………………………………………………………73

De l'examen de conscience.. …………………………………………………………………………74

De l'ordre qu'on tiendra au refectoir, et des recreations……………………………………………75

Du silence. …………………………………………………………………………………………77

Du coucher ………………………………………………………………………………………..79

Des Confessions et de l'ordre d'y aller. ……………………………………………………………80

De la sainte Communion …………………………………………………………………………...81

Advis de nostre Tres Honnoré Pere sur le Directoire spirituel …………………………………….84

Du devoir des Novices envers leur Maistresse ……………………………………………………84

Plusieurs advis de nostre Tres Honnoré Seigneur et Fonda­teur concernant la prattique des vertus, et du

devoir des Seurs envers la Superieure …………………………………85

De l'humilité et pauvreté ………………………………………………………………………….86

De la charité…………………………………………………………………………………………87

Des menues licences ……………………………………………………………………………….88

FORMULAIRE DE LA VÊTURE, vers juillet 1620. - La maniere de donner l'habit et recevoir les Seurs

de Sainte Marie de la Visitation pour le Novitiat …………………….88

.FORMULAlRE DE LA PROFESSION, vers juillet 1620 -.­ Formulaire pour la Profession des Seurs de

la Visitation, dites de Sainte Marie ………………………………….93

MANUSCRITS PRIMITIFS DES CONSTITUTIONS

FRAGMENT D'UN PREMIER JET, janvier-avril 1610. - De la Clausure ………………………100

De l'employte de la journee et des Heures. ………………………………………………………101

MANUSCRIT DES CONSTITUTIONS DE JUILLET-SEPTEMBRE 1613

Avertissement des Editeurs ………………………………………………………………………102

REGLES ET CONSTITUTIONS DE LA CONGREGATION DES SEURS DEDIEES A DIEU SOUS L'INVOCATION DE NOSTRE DAME DE LA VISITATION EN LA VILLE D'ANNESSI (Inédit)……106

ARTICLE PREMIER. De la fin pour laquelle cette Congregation est erigee…………………….107

ARTICLE 2. Des personnes qu'on pourra recevoir en cette Congregation, et de leurs qualités…109 . . ARTICLE 3. De la clausure quant a la forclusion des hommes ……………………………………109

ARTICLE 4. De l'entree des femmes dedans la Mayson …………………………………………..110

ARTICLE 5. De la façon de parler envers les estrangers……………………………………………112

ARTICLE 6. Quand elles sortiront, et comment ……………………………………………………112

ARTICLE 7. Du retranchement des sorties …………………………………………………………115

ARTICLE 8. Des sorties extraordinaires ……………………………………………………………115

ARTICLE 9. De l'eslection de celles qui visiteront les ma­lades …………………………………...116

ARTICLE 10. De l'employte du jour. ………………………………………………………………117

ARTICLE 11. Des Heures, oraysons et Communions. ……………………………………………120

ARTICLE 12. Des litz et habitz.. …………………………………………………………………….121

Fac Similé……………………………………………………………………………………………..123

ARTICLE 13. Du manger. …………………………………………………………………………..124

ARTICLE 14. Du parler, des recreations et conversations entr'elles ………………………………..125

ARTICLE 15. De l'obeissance ………………………………………………………………………125

ARTICLE 16. Des vœux ……………………………………………………………………………..126

ARTICLE 17. De la pauvreté ………………………………………………………………………...126

ARTICLE 18. De l'humilité ………………………………………………………………………127

ARTICLE 19. De la correction ……………………………………………………………………128

ARTICLE 20. Du Chapitre ……………………………………………………………………….129

ARTICLE 21. Du compte de tous les moys ………………………………………………………129

ARTICLE 22. Des ouvrages ………………………………………………………………………129

ARTICLE 23. De la reception et distribution des moyens de la Mayson …………………………130

ARTICLE 24. Des jeunes filles ……………………………………………………………………130

ARTICLE 25 Des enseignemens pour les seculieres …………………………………………….130

ARTICLE 26. Du Pere spirituel de la Mayson ……………………………………………. ……131

ARTICLE 27. Des scrupules qui peuvent arriver touchant l'obeissance ………………………….132

ARTICLE 28. Des Seurs veillantes... ………………………………………………………132

ARTICLE 29. De la modestie …………………………………………………………………….132

ARTICLE 30. Des Seurs Servantes ………………………………………………………………133

ARTICLE 31. De l'office de l'Assistante …………………………………………………………134

ARTICLE 32. De la Directrice …………………………………………………………………….134

ARTICLE 33. De la Portiere ………………………………………………………………………135

ARTICLE 34. De l'Œconome ……………………………………………………………………...135

ARTICLE 35. De l'Infirmiere ……………………………………………………………………...136

ARTICLE 36. De la Sacristine ……………………………………………………………………..137

ARTICLE 37. De l'office de la Robiere ……………………………………………………………137

ARTICLE 38. De l'office de la Lingere ……………………………………………………………137

ARTICLE 39. De l'office de la Refectoriere ……………………………………………………….138

ARTICLE 40. De celles qui servent a la cuysine …………………………………………………138

ARTICLE 41. De la Superieure …………………………………………………………………...139

ARTICLE 42. De l'election de la Superieure ……………………………………………………...139

ARTICLE 43. De la reception des Novices ……………………………………………………….140

ARTICLE 44. De l'entree des Novices ……………………………………………………………141

ARTICLE 45De la reception des Novices a l'Oblation et de­dicace ……………………………….142

ARTICLE 46. Formulaire de l'Oblation des Seurs de la Visi­tation ………………………………..143

ARTICLE 47. Preparation a l'Oblation pour les filles de Nostre Dame de la Visitation. ………..147

ARTICLE 48. Declaration de l'obligation des Regles et Consti­tutions. …………………………..147

ARTICLE 49. De l'expulsion des Seurs scandaleuses ……………………………………………..147

PRAEFACE POUR L'INSTRUCTION DES AMES DEVOTES SUR LA DIGNITÉ, ANTIQUITÉ, UTILITÉ ET VARIETÉ DES CONGREGA­TIONS OU COLLEGES DES FEMMES ET FILLES DEDIEES A DIEU, septembre-décembre 1614 (Inédit)……………………………….149

Mémoire concernant la Congregation de la Visitation, adressé à saint François de Sales par Mgr Denis-

Simon de Marque­mont, Archevêque de Lyon, 20 janvier 1616 …………………..163

Réponse de saint François de Sales au Mémoire de Mgr de Marquemont, concernant la Congrégation de la

Visitation, 2 février 1616 …………………………………………………………168

AUTRE MANUSCRIT DES CONSTITUTIONS AOUT 1616-JANVIER 1617

Avertissement des Editeurs…………………………………………………………………………173

ARTICLE PREMIER. De la fin pour laquelle la Congregation de la Visitation est erigee ……….177

ARTICLE 2. Des personnes qui peuvent estre receues en cette Congregation

et de leurs qualités ………………………………….177

ARTICLE 3. De la clausure quant a la forclusion des hommes …………………………………..179

ARTICLE 4. De l'entree des femmes dans la Mayson ……………………………………………179

ARTICLE 5. De la façon de parler avec les estrangers …………………………………………..181

ARTICLE 6. De la clausure des Seurs……………………………………………………………..181

Des sorties des Seurs ……………………………………………………………….181

ARTICLE 7. De l'employte du jour ……………………………………………………………….182

ARTICLE 8. Des Heures de Nostre Dame, oraysons et Com­munions …………………………….183

ARTICLE 9. Des litz et habitz …………………………………………………………………….184

ARTICLE 10. Du manger …………………………………………………………………………185

ARTICLE 11. Du parler, des recreations et des conversations qui se font entre les Seurs ……….186

ARTICLE 12 De l'obeissance …………………………………………………………………….186

ARTICLE 13. De la chasteté ………………………………………………………………………187

ARTICLE 14. De la pauvreté ………………………………………………………………………187

ARTICLE 15. De l'humilité ………………………………………………………………………..189

ARTICLE 16.De la correction ……………………………………………………………………..190

ARTICLE 17. Du Chapitre ………………………………………………………………………...191

ARTICLE 18. Du compte de tous les moys ……………………………………………………..191

ARTICLE 19. Des ouvrages ………………………………………………………………………..191

ARTICLE 20. De la reception et distribution des moyens de la Mayson ………………………….192

ARTICLE 21. De la modestie ………………………………………………………………………192

ARTICLE 22. Des enseignemens pour les seculiers ……………………………………………….193

ARTICLE 23. Du Pere spirituel de la Mayson. …………………………………………………….193

ARTICLE 24. Des jeunes filles qui seront receues dans la Mayson pour y estre instruites ……….194

ARTICLE 25. Des officieres de la Mayson, et premierement de la Superieure ……………………194

ARTICLE 26. De l'Assistente ………………………………………………………………………196

ARTICLE 27. De la Directrice ……………………………………………………………………..197

ARTICLE 28. De la Portiere ………………………………………………………………………..198

ARTICLE 29. De l'Œconome ……………………………………………………………………..199

ARTICLE 30. De l'Infirmiere ………………………………………………………………………200

ARTICLE 31. De la Sacristaine …………………………………………………………………...200

ARTICLE 32. De la Robiere ………………………………………………………………………201

ARTICLE 33. De la Lingere ……………………………………………………………………….201

ARTICLE 34. De la Refectoriere ………………………………………………………………….201

ARTICLE 35. De la Despensiere ………………………………………………………………….201

ARTICLE 36. Des Seurs de la cuysine …………………………………………………………...201

ARTICLE 37. Des Seurs Servantes ………………………………………………………………202

ARTICLE 38. Des Surveillantes …………………………………………………………………..203

ARTICLE 39. De la Coadjutrice de la Superieure …………………………………………………203

ARTICLE 40. De la premiere reception de celles qui desireront estre de la Congregation.. ……...203

ARTICLE 41. De l'entree des Novices ……………………………………………………………204

ARTICLE 42. De l'establissement des Novices en la Congre­gation par les vœux et Oblation …..206

ARTICLE 43. Formulaire de l'establissement des Seurs en la Congregation ……………………..207

ARTICLE 44. De la reception des Seurs Servantes a l'establissement …………………………...210

ARTICLE 45. Du renouvellement et confirmation des vœux …………………………………….210

ARTICLE 46. De l'expulsion des Seurs scandaleuses …………………………………………...211

ARTICLE 47.De l'eslection de la Superieure et autres officieres ………………………………..213

ARTICLE 48. Declaration de l'obligation des Regles, …………………………………………..214

Preparation et Meditations pour la Profession, 1616 …………………………………………….215

Notes au sujet du Formulaire de la Profession, juillet-août 1619,(Inédit) ………………………222

Notes relatives à divers points d'observance, septembre 1617-15 octobre 1618, (Inédit) ………223

Du Superieur de la Visitation et moyens d'union ……………………………………………….225

DIRECTOIRES POUR LES OFFICIÈRES.

Directoire de la Seur Assistente ………………………………………………………………..227

Directoire de la Maistresse pour l'instruction des Novices ……………………………………228

Directoire des Seurs Surveillantes …………………………………………………………….231

Directoire de la Seur Œconome ………………………………………………………………232

Directoire de celle qui aura charge des papiers ……………………………………………….233

Directoire de la Seur Portiere …………………………………………………………………234

Directoire de la Seur Sacristaine ……………………………………………………………..234

Directoire de la Seur lnfirmiere ………………………………………………………………238

Directoire de la Seur Robiere ……………………………………………………………...240

Directoire de la Seur Lingere …………………………………………………………………241

Directoire de la Seur Refectoriere ……………………………………………………………242

Directoire de la Seur Despensiere. …………………………………………………………..243

Directoire de la Seur qui a charge des ouvrages ………………………………………………244

Directoire pour les Seurs Domestiques ……………………………………………………….245

Directoire des Seurs Tourieres ………………………………………………………………..247

PIÈCES DIVERSES

1 - Lettre d'obédience à la Mère de Chantal pr son pre­mier voyage en Bourgogne, 5 septembre 1611..248

II - Lettre d'obédience à la même pour son second voyage en Bourgogne, 16 juillet 1613, (Inédit)…..249

III - Sacré Cartel de Desfy a mes cheres Filles de la Visita­tion Sainte Marie, en bonne estrenne pour cette

an­nee1614, ler janvier ………………………………………249

IV - Approbation et confirmation des Constitutions de la Visitation par l'Archevêque de Lyon et

l'Evêque de Genève, 1er juillet 1615, (Minute inédite) ……………254

V - Notice de Marie-Aimée de Rabutin-Chantal, baronne de Thorens, septembre 1617 …………..255

VI - Lettre d'obédience à la Mère de Chantal pour les fondations des monastères de Bourges, Paris et

Dijon, 16 octobre 1618, (Inédit) ………………………………..256

VII - Erection de la Visitation d'Annecy en Ordre reli­gieux, 16 octobre 1618 ………………………257

VIII -Lettre d'obédience aux Sœurs de Monthoux et de Mu­sy pour se rendre à Moulins, 10 juillet 1620,

(Inédit)…………………………………………………………..258

IX - Conventions du Prieur Jean-François de Blonay pour le paiement de la dot de sa sœur Marie-Aimée, Religieuse de la Visitation, et Approbation de saint François de Sales les 30 décembre 1620,

(Inédit) …………………………………………………………259

X Mémoire présenté par le Prince cardinal Maurice de Savoie à Sa Sainteté Grégoire XV, avril 1621 (Inédit) 260

X - Autre Mémoire présenté par le cardinal Maurice de Savoie au même Pontife, avril 1621, (Inédit) ………262

APPENDICE

INSTITUTION DES RELIGIEUSES DE SAINTE MARIE PAR Mr DE GENESVE. - Sommaire des Constitu­tions de la Congregation religieuse de Sainte Marie …………………………………………………..263

B

Fragments de trois lettres de Don Jean-Ambroise Mazenta, Général des Barnabites ………………….270

Glossaire des locutions et des mots surannés ………………………………………………………..272

Index des destinataires et des notes biographiques et histori­ques ……………………………………289

Table des matières…………………………………………………………………………….192

Fin ……………………………………………………………………………………………299



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[1] - Bref pour le troisième Centenaire de la fondation de la Visitation, daté du 13 décembre 1909

[2] - Panégyrique de saint François de Sales prononcé dans la chapelle de la Visitation de Roubaix, le 29 janvier 1889, par Mgr Baunard.

[3] - Les variantes qui suivent sont celles du Ms. de Thonon et de l'édition de 1619. Nous donnons les premières sans en indiquer chaque fois la source. (Seules les variantes importantes ont été prises en compte. Ndlr)

[4] - C'est au mois de juillet 1618 que saint François de Sales reçut de Rome le Bref d'érection de la Visitation en Ordre religieux (L8, note 602) ; il le mit à exécution le 16 octobre suivant (ibid., note 721). D'autre part, le 27 août de cette même année il écrit à D. Juste Guérin : " Je seray bien ayse si je puis avoir la Regle de saint Augustin d'Italie, car j'ay celle des Augus­tins de France, outre la latine qui est en ses Œuvres. " (Ibid., note 659). Donc, à ce moment-là, le Saint s'occupait de la Règle et sans doute aussi de la Préface dont le texte définitif doit se placer entre la fin de juillet et de septembre 1618. Pour ce travail il se servit des matériaux réunis dans la Preface pour l'instruc­tion des ames devotes, sur la dignité, antiquité, utilité et varieté des Congre­gations de femmes dediees a Dieu, qu'on trouvera plus loin ; elle est de 1614­ Nous avons trois rédactions de cette Préface, toutes trois incomplètes. La pre­mière se conserve à la Visitation d'Annecy : elle a sept pages autographes, sur­chargées de corrections et de ratures ; nous la reproduisons à la suite du texte définitif (voir ci-après, p. 25). La seconde, également autographe, est gardée à la Visitation de Thonon ; elle se compose de trois feuilles formant cahier, c'est. à-dire de douze pages, dont les quatre dernières sont laissées en blanc ; les va­ riantes que présente ce Manuscrit avec le textedéfinitif sont données au bas de celui-ci. Enfin, la troisième rédaction, écrite par M. Michel Favre, est celle de notre texte;une seule référence marginale et une petite correction à la troisième page sont de la main de saint François de Sales. L'original a huit pages in-4°; il appartient au Monastère d'Annecy; un fragment de ce même Manuscrit est conservé en celui de Metz. Les références marginales ajoutées entre ( ) sont dues aux éditeurs; les autres, qui figurent soit dans les Manuscrits, soit dans le texteimprimé, sont du Saint. Parfois on les a complétées, également entre parenthèses.

[5] - Var : L'arrogance de plusieurs enfans et serviteurs de ce [siecle] monde, qui font mestier de blasmer et blasphemer, comme dit un saint Apostre, tout ce qu'ilz ignorent, me force presque de faire cette Prœface, mes tres cheres Seurs, pour armer et mettre en quelque sorte de defense vostre sainte vocation contre les attaques de leur bigearre et frivole prœsumption. (Cf. la Preface de 1614.)

[6] - Les quatre lettres de saint Ignace citées ici sont du nombre des lettres non authentiques, mais elles sont très anciennes. On les trouve dans l'édition critique de Funk et dans la Patrologie grecque de Migne, à la suite des sept lettres dont l'authenticité est reconnue. Saint François de Sales consulta probablement l'édition Morel (Paris, 1558) ; la première édition critique est de 1646.

[7] - Var : Or, [celles de la premiere bande dont parle ce grand Docteur de l'antiquité, qui estoyent en congregation, vescurent longuement sans avoir des regles escrittes...]

[8] - C'est bien en l'année 1139 qu'eut lieu ce Concile.

[9] - Les Règles de la Compagnie de Sainte Anne furent données par saint Charles lui-même en 1570 et imprimées en 1578. Elles sont insérées dans les Acta Ecclesiœ Mediolanensis (édition Ratti, 1892), vol. III, col. 1309-13Z0. Le but de cette Congrégation, qui n'existe plus, était d'aider les veuves qui la com­posaient à se sanctifier dans leur état; elles ne vivaient pas en communauté. (Note de M. le chanoine Charles Gorla, de Milan.)

[10] - Fondée le 6 mai 1610 par Lucie Perotti, veuve de Joseph Somenzi, qu'elle perdit après deux ans et demi de mariage. Le P. Melina, de la Compagnie de Jésus, en dressa les Statuts, et, de concert avec lui, la pieuse fondatrice établit un " Collège" pour l'éducation des jeunes filles dont la plupart étaient de la première noblesse. Un externat fut ajouté au pensionnat, et même une école pour les pauvres. Le 8 décembre 1612, Lucie et ses premières filles reçurent l'habit des mains de Mgr Brivio, évêque de Crémone, et firent entre ses mains leur " éta­blissement ", qui consiste dans les vœux de chasteté perpétuelle et de persévé­rance dans le Collège jusqu'à la mort. Ces vœux sont simples, mais réservés au Souverain Pontife. Les " vierges de Notre-Dame " pratiquent la pauvreté et l'obéissance aussi strictement que si elles les avaient vouées ; la vie commune est parmi elles en parfaite vigueur. Bien qu'elles ne soient pas obligées à la clôture, elles ne sortent que pour aller avec leurs élèves, pendant les vacances, dans une maison de campagne hors de Crémone, où elles restent jusqu'à la rentrée des classes. Cette Congrégation subsiste encore avec les mêmes Statuts et les mêmes vertus, mais elle ne s'est jamais répandue ailleurs. (Voir. Vita di Lucia Perotti, Fondatrice e prima Madre dei Collegio della Beata Vergine in Cremona, dal P. E. Baccolo, della Compagnia di Gesù, Cremona, 1883.)

[11] - Il y a, à partir d'ici, une lacune dans le Ms. d'Annecy, qui reprend plus loin à " Bruno ".

[12] - La première de ces fondations se fit le 2 février 1615 (L6, Appendice III) ; la seconde, le 24 août 1616 (L7, notes 635,640,678).

[13] - Sur Mgr de Marquemont, voir L7, note 41. Quant aux rai­sons pour lesquelles i! jugea expédient que la Visitation " fut reduite en Religion ", on peut consulter (L7,notes 366,981) la Lettre du Saint à la Mère Favre, 2 février 1616, et celle de l'Archevêque de Lyon à saint François de Sales, 20 janvier 1616. ; dans le présent volume, le Mémoire adressé par Mgr de Marquemont au Saint, et les Réponses de celui-ci, donnés plus loin.

[14] - Le Bref de Paul V est daté du 23 avril 1618 ; on peut le voir L8, Append.D, en latin).

[15] - Suit, dans le Ms. de Thonon, un passage paraphé et transposé plus loin par le saint Auteur…Avec ce passage se terminent les quatre premières pages de l'Autographe, après lesquelles i! y a une lacune de deux pages.

[16] - Ici se termine le Ms. d'Annecy; la suite manque.

[17] - Dans la lettre CCXI (al. CIX) de saint Augustin adressée à des moniales, se trouvent des prescriptions et conseils qui ont été l'origine de la Règle appelée ensuite de Saint Augustin. Plus tard on l'adapta à des Religieux: c'est la Regula ad servos Dei donnée en Appendice des Œuvres du saint Docteur. (P. L tom. XXXII, col. 1377.) Benoit d'Aniane, au VIIIe siècle, avait réuni le Codex regu­larium monasticarum et canonicarum quas SS. Patres monachis... et vir­ginibus sanctimonialibus prœscripserunt (Migne, P. L, tom. CIII); on y voit la Regula ad servos Dei.

[18] - JudeSerclier dans son Nazareen evangelique, que saint François de Sales nomme en marge, était de la Côte-Saint-André et Chanoine régulier de Saint-Ruf. Il vivait en 1600 et a com­posé plusieurs ouvrages, entre autres: Le Nazareen Evangelique divisé en deux Parties. En la premiere est traicté ce que doit faire et eviter le bon Reli­gieux, avec l'excellence et perfection de ses vœus ; en la seconde sont conte­nues les Reigles de S. Augustin, expliquees apres leur texte couché au long…Le tout tres utile et necessaire à toute personne desirant de servir Dieu, soit Religieux ou seculier. Par Jude 5erclier, Chanoine regulier de l'Ordre de S. Rufz. A Lyon, chez Pierre Rigaud, MDCXII. - Un exemplaire de ce petit volume in-I2 se conserve à la Bibliothèque de Grenoble. Le passage auquel notre Saint fait allusion se trouve dans la seconde Partie,. p. 486, où l'auteur cite la Règle de Saint Augustin : " Cap. XXIII. Prœposito tanquam patri obediatur, multo magis Presbitero qui omnium vestrum cu­ram gerit. " Et il ajoute dans l'Annotation : " Il a esté monstré cy-dessus, ". (A nnotation XIV au chapitre XIV. de la Règle, p. 443) " comme par le prestre,. souvent nommé en ces Reigles, est entendu l'Evesque, d'autant que les Chanoi­nes reguliers en dependoient, les Abbez et Prieurs d'iceux n'estant sous eux alors. que comme les Vicaires et Sous-prieurs sont ores sous les Abbez, Prieurs, Gardiens et Recteurs. Mais depuis que les Evesques et leur Clergé se sont, par dispense apostolique, secularisez, c'est (sic) ordre n'est plus gardé, suffisant pour ­l'explication de ce mot, que nous portions honneur aux Evesques diocesains et autres pour leur grade et dignité. "

[19] - Var : Ouï bien du nom de sacerdos, ou, sil est loysible... et, si ainsy se peut dire, sacerdote ; car quant au nom latin de sacerdos, ou en fran­çois sacerdote (si toutefois on peut ainsy parler), non seulement du tems de St Augustin, ains encor maintenant, on le prend quelquefois pour celuy d'Evesque, mais non jamais celuy de prestre.

[20] - Var : Et de fait il est fort vray que non seulement es premiers siecles et du tems de St Augustin, mais aussi long tems mesme plusieurs siecles apres, les Religieux et Religieuses [estoyent subjectz aux...] vivoyent sous l'obeissance des Evesques, [et que mesme St Bernard et St François desiroyent de leur tems. qu'ilz le fussent tous-jours... Au commencement des Ordres de Cisteaux et des Mineurs, plusieurs estoyent encor de cette condition, St Bernard et St François l'ayant ainsy desiré... ce que St Bernard et St François eussent desiré estre tous­jours observé.] Or, je dis ceci simplement par rencontre ; car au reste je ne doute point qu'il ne faille vivre paysiblement et amiablement selon les loix du tems auquel on passe cette vie mortelle, et que ce qui a esté fait despuis n'ayt aussi ses raysons. Mays cependant, en suite de cela, plusieurs Monasteres, et princi­palement des Religieuses, [demeurerent en charge aux Evesques et le sont encor maintenant...] sont demeurés, selon l'ancienne discipline, sous l'authorité epis­copale. En foy dequoy, au seul diocaese de Milan, de 61 Monasteres de femmes il ny en a que 15 qui soyent sujetz aux Reguliers, et le reste a l'Archevesque ; et en ce mesme diocaese il y a encor quelques Monasteres d'hommes sous la charge de l'Evesque. Mais il ne s'ensuit pas pour tout cela que les Evesques fussent ou soyent les Prestres de ces Monasteres, ains ilz en ont seulement [les surinten­dans en general...] la surintendance generale, comme des autres eglises de leurs diocaeses.

[21] - Eadmer, Bénédictin, disciple de saint Anselme.

[22] - Ces Monastères étaient Sixt (L1, note 293 ; L10, note 523 ; Op3, notes 666,683) et Peillonnex (L2, note 265 ; L5, note 419).

[23] - De soigneuses recherches ont été faites à Milan pour découvrir l' "Estat " dont parle saint François de Sales. N'ayant rien pu trouver, M. le chanoine Charles Gorla, érudit milanais, pense qu'il s'agit de notes manuscrites transmises successivement par les Evêques du diocèse et communiquées au Saint par don Juste Guérin, ou par quelqu'autre Barnabite.

[24] - Maître ès-arts dès 1571, professeur des humanités pendant six ans au collège de la Marche, Jean Filesac enseigna ensuite la philosophie, fut élu recteur de l'Université en 1586, et en 1590 reçut le grade de docteur. Pendant plusieurs années il présida en qualité de Doyen les assemblées de cette célèbre Faculté dont il fut un des plus grands ornements, et mourut fort âgé le 27 mai 1638, Doyen de la Faculté de théologie, après s'être distingué par sa fermeté, sa droi­ture, sa science et sa piété. (Moreri, 1740, tome IV.)

[25] - Var : es eglises paroichiales et les Monasteres mesme des hommes employent (sic) les Curés voysins, ou recevoyent les Sacremens des Curés voysins,

[26] - Fin des huit pages autographes conservées à la Visitation de Thonon.

[27] - Notamment à Lyon. (L8, note 326)

[28] - C'est ici que saint François de Sales a transposé le fragment qui termine les quatre premières pages de l'Autographe de Thonon.

[29] - Des Indulgences avaient été obtenues en 1613 pour la Congrégation nais­sante, mais le Fondateur n'en fut pas satisfait (L6, note 354) ; c'est pourquoi, écrivant à un gentilhomme le 27 avril 1616, il Ie prie de s'em­ployer auprès du Saint-Père pour en avoir de nouvelles (L7, notes 518,519527. Le Saint fait sans doute allusion à ces dernières, mais le Bref qui les accordait n'a pu être retrouvé.

[30] - Un fragment écrit de la main de M. Michel Favre et conservé à la Visitation de Metz, comprend la fin de cet alinéa et les deux premières lignes du suivant. Ce morceau a dû être détaché du Ms. d'Annecy dont nous n'avons pas les dernières pages.

[31] - Var :puis St Benoist en Occident. - [L'auteur a inséré entre crochets la phrase suivante qui se lit dans le texte.]

[32] - Ici se terminent les trois premières pages du Ms. d'Annecy. Entre celles-­ci et la suite, il y a une lacune de deux ou quatre pages ; on ne peut la préciser exactement, l'ordre de cette première rédaction n'étant pas le même que celui du texte définitif.

[33] - Probablement, nous avons ici encore une lacune ; les deux pages auto­graphes qui suivent sont détachées du feuillet précédent, elles ont un centimètre de plus en longueur et les caractères sont plus fins et plus serrés. Elles contiennent les passages du texte définitif.

[34] - Ces mots sont omis sur l'Autographe, ainsi que les deux ajoutés plus bas entre []. Les huit lignes qui suivent sont barrées par des traits verticaux, et la fin de l'alinéa, barrée aussi par un trait, est écrite en travers, dans la marge.

[35] - Fin de l'Autographe de la première rédaction.

[36] - On conserve à la Visitation d'Annecy une minute de la traduction de la Règle de saint Augustin faite par saint François de Sales. Le manuscrit comprend dix pages, dont six de sa main, et quatre de celle de son aumônier, Michel Favre, avec des corrections du Saint.

[37] - Dans la partie écrite par M. Michel Favre, nous soulignons les corrections du saint Fondateur.

[38] - Ici commence l'écriture du Saint

[39] - Est-ce par distraction, ou bien volontairement, que le Saint a corrigé ce qu'il avait lui-même écrit auparavant, et mis les trois fois soient au lieu de soit ?

[40] - Les pages qui suivent, jusqu'à la fin, sont de la main de M. Michel.

[41] - Var: Car ce que les femmes oublieuses de la pudicité. font aux autres femmes, se jouant et passant le tems deshonnestement ensem­ble, non seulement ne doit pas estre fait par les vefves et vierges servantes de Nostre Seigneur establies en la ste vocation, mais ni mesme en sorte quelconque­par les femmes mariees ni par les filles a marier. [Saint François de Sales a sans. doute jugé à propos de supprimer cette phrase qu'on ne retrouve pas dans. l'imprimé, quoiqu'elle ne soit pas biffée dans le Manuscrit.]

[42][42] - L'omission de ces quatre mots est due sans doute à M. Michel Favre qui. a écrit ces dernières pages de la Règle. Nous les rétablissons, nous appuyant sur le témoignage de saint François de Sales lui-même qui écrit dans la Préface : " d'autant que le saint Pere dit en fin : Que les Seurs obeyssent a la Superieure comme a leur mere ; " (voir note 16) et dans la Constitution De l'Obeis­sance : que les Seurs obeiront "cordialement a la Superieure, comme a leur mere, dit la Regle " (note 47).

[43] - var: Ce dernier alinéa, sauf la phrase biffée reproduite ci- après, est de la main de saint François de Sales. [Tiercement, celles qui ayant un cors robuste et fort, desirent entrer en la Con­gregation pour y servir Dieu et soulager les infirmes, pourveu qu'elles ne soyent pas addonnees et attachees a la rigueur et aspreté exterieure, ains soyent forte­ment resolues de n'en prendre que autant que la Superieure jugera estre convenable.] (D)

[44] - var : auront conversé au mesnage pour le moins trois ans des leur Profession, qui (C-D)

[45] - Cette Constitution est toute entière de la main de l'Auteur

[46] - Par une faute d'impression évidente l'édition de 1619 a : " qu'il aura amené. " Les derniers mots de l'alinéa n'y sont pas et dans le Ms. D non plus.

[47] - Seules les lignes 20-23 de cette Constitution sont écrites par M. Michel Favre.

[48] - var : qu'elles s'addressent [Cette faute de M. Michel dans le Ms. D n'est pas corrigée dans l'édition de 1619.]

[49] - C'est la Sœur Coadjutrice ou " Ayde de la Superieure " qui a ce soin. (Voir Constitution 35)

[50] - Les quatre lignes suivantes et, plus bas, le membre de phrase : " comme par .exemple... occasions, " ne figurent ni dans le Ms. D, ni dans l'édition princeps.

[51] - var : elle ne le fait, il s'entendra qu'elle la laisse a celle des Seurs Surveillantes qui sera la plus ancienne au Monastere en la Congregation. (C-D)

[52] - Cette Constitution et la suivante sont de la main du Saint.

[53] - Au Chapitre annuel du 31 décembre. La Sœur Assistante prépare sur une. table les croix, chapelets et quelques images auxquels elle joint un numéro ; les. Sœurs viennent ensuite tirer au sort, des mains de la Supérieure, un billet qui. porte un numéro avec le nom du Saint que chacune aura pour spécial Protecteur pendant l'année, puis reçoivent de l'Assistante les objets de dévotion qui leur sont échus. (Voir note 52 la leçon du Ms. K, art. 17, De la pauvreté, et les Entretiens).

[54] - Dans le Ms. D et l'édition de 1619, la Constitution se termine ici.

[55] - Pendant que Mme des Gouffiers et ses compagnes étaient à Annecy en 1613 (L6, notes 50,70) " notre Bienheureux Pere prenoit grand soin de les visiter. Demandant une fois a Mlle Colin qu'est ce qui estonnoit le plus Mme des Gouffiers, elle luy fit response que tout y estoit grande­ment a son gré, excepté qu'elle avoit grande peine de voir aux refections que l'on ne se servoit que d'escuelles de terre et de cuillieres de bois... Ce tres debon­naire Pere, quoy qu'il aymast cette simplicité et pauvreté,... considera cela, et ajouta dans nos Constitutions, qui n'estoyent pas encore imprimees, que nous pourrions avoir des cuillieres d'argent a cause de la propreté, et pour suivre l'exemple du grand saint Augustin. " (Hist. de la Fondation du 1er Monas­tère de Lyon, par la Mère de Chaugy.)

[56] - Pour les sept Constitutions suivantes, nous avons, outre le Ms. D, trois ­pages autographes d'une rédaction antérieure, conservées à la Visitation de Thonon. Nous en reproduisons les variantes. Dans le Ms. D, les quatre premiers alinéas de cette Constitution, sauf un membre de phrase du quatrième, sont écrits par M. Michel Favre.

[57] - var : 1. A dix heures elles disneront, observant le silence des qu'on aura sonné le Benedicite jusques apres Graces….

[58] - Ici reprend, dans le Ms. D, l'écriture du Saint, jusqu'à la Constitution XIIIe inclusivement.

[59] - La Constitution se termine ici dans le Ms. D. et l'édition de 1619. Le Ms. E a en plus un membre de phrase, biffé, précédé d'une + qui, évidem­ment, marque un renvoi : [Or, la façon de donner les obediences est telle...)

[60] - var : dortoir et au chœur, si ce n'est pour choses necessaires ; et que l'on, peut tous-jours parler a la Superieure, quand elle le permet] et les Novices a leur Maistresse, quand l'on en a besoin. (E)

[61] - Ces mots soulignês ne se trouvent ni dans les Mss. D, E, ni dans l'édition de 1619 ; ils ont été ajoutés par le Fondateur dans le Ms. A, et reproduits dans. le Ms. B.

[62] - Ces trois mots sont ajoutés par sainte Jeanne-Françoise de Chantal dans le. Ms. D (1618). A la phrase qui suit, écrite par le Saint, elle a substitué "festes " à " solemnités " ; toutefois, ce mot subsiste encore dans l'édition de 1619.

[63] - A partir de ." hormis ", autre correction de la Mère de Chantal qui modifie ­la leçon du Ms. de Thonon, reproduite dans celui d'Annecy. Cette modification se trouve dans les deux éditions.

[64] - Ici encore la Sainte remplace par le membre de phrase qui se lit au texte, le suivant écrit d'abord par le Fondateur au Ms. D : " hormis le Te Deum et le Benedictusj es grandes festes, l'Invitatoire et les Himnes.."

[65] - var : disent avec l'inflexion. 6. Complies se disent a droite voix, hormis le Nunc dimittis et l'antienne de Nostre Dame qu'on dit a la fin, avec inflexion. 7. Matines a droite voix, hormis... [La phrase est laissée inachevée.] 8. Aux processions esquelles on chante les Letanies, elles pourront varier le chant, comme il sera mis au Directoire. [Le dernier alinéa n'est pas donné dans le Ms. E ; c'est une addition faite après coup par le Saint, en marge du Ms. D.]

[66] - var : Les Seurs outre les Offices, s'assemblent ( ) fois (La place du chiffre est laissée en blanc): 1. Le matin apres Prime, celles qui voudront (Il sera peut estre mieux de ne point faire cett'assemblee, et laisser ce peu de tems en liberté (En marge et vis-à-vis, le Saint a tracé un petit index) ; 2. a la recreation de l'apres disné; 3. apres Vespres, pour s'entretenir des lectures ; 4. a la recreation de l'apres soupé ; 5. et es cas extraordinaires, quand la Superieure le commande. [Plus tard, car la couleur de l'encre est différente, le Saint corrigea le commen­cement de la manière suivante ] : Les Seurss'assemblent es Offices ; 2. en l'orayson mentale ; 3. au Chapitre... (E)

[67] - [Les deux lignes qui suivent sont ajoutées en marge du Ms. D par M. Mi­chel Favre.] (D)

[68] - Un petit incident, arrivé pendant que la Mère de Chantal était en Bour­gogne (1611), donna lieu à cette prescription ; la Sœur Marie-Adrienne Fichet nous le conte avec sa simplicité ordinaire : " Nous eumes pour quelque temps une fille de notre tres digne Mere " - c'était Françoise -. " Pour la recreer on luy donna un petit oiseau aprivoisé, qui etoit un moineau, qui se laisoit prendre et semblait qu'il aimait plus les Religieuses que sa petite métresse. L'on fut en cherche de l'oiseau une fois que l'Office sonna, et il y eut un peu d'emotion entre deux ou trois Sœurs qui se plaignait (sic) de ce que l'on avait laissé la .porte de la chambre ouverte et que le chat aurait entré et aurait mangé le tant joli oiseau. Ce pendant on le treuva et il fut cause que trois Sœurs manquerent a l'Office. On le dit a notre saint Fondateur qui commenda a notre Sr Jeanne -Charlotte de Brechard, pour lors Assistante, de donner le vol a l'oiseau et de remarquer si l'on s'en inquieteray. La Sr Assistante fit donc perdre l'oiseau, chose edifiante : l'on n'en dit pas le mot, quoique l'on ne sceut pas que notre Saint l'avait ordonné. Une Sœur voulant demender ce quil estait devenu, on luy mit le doigt sur la bouche pour marque qu'il n'en faloit plus parler. - Le mesme arriva trois mois apres, d'un petit ecureux (écureuil) que notre Mere de Brechard fit perdre pour le mesme sujet, sans que pas une demenda seulement ce quil estait devenu. Mais comme on disait tout a notre saint Fondateur, on ne manqua pas de luy raconter ce petit amusement des Sœurs ; et il repondit : " Laisses moy faire, j'y mettray de l'ordre. " En effet, ce fut en suitte de cela .qu'il insera dans nos Constitutions que l'on n'aurait dans la Maison aucune bete d'amusement innutille. " (Hist. de la Galerie, Archives de la Visitation d'An­necy.)

[69] - Ici reprend l'écriture de M. Michel.

[70] - Cet alinéa ne se trouve ni dans le Ms. D ni dans l'édition 1619.

[71] - Cette Constitution et la suivante sont de la main du Saint.

[72] - var : On demeurera environ une heure entiere a table (D) - On demeurera une heure entiere a table (C) - [Les mots du texte marqués par un pointillé ont été substitués par le Fondateur, dans le Ms. A, à la leçon de la première édition qui s'y trouvait reproduite.]

[73] - Le Ms. D et la première édition ne donnent pas cette dernière phrase

[74] - La prescription du jeûne pour la veille de la Trinité et de la Pentecôte, " outre les jeusnes commandés par la sainte Eglise, " a été ajoutée par la Mère de Chantal au Ms. P (voir plus loin) et reproduite dans les suivants. C'est par inad­vertance, sans doute, que le saint Fondateur a maintenu cette addition.

[75] - Les lignes qui suivent, jusqu'au mot " plis ", ne sont pas dans le Ms. D ni dans la première édition.

[76] - Addition du Saint au Ms. A. - La seconde édition port : " un peu plus bas ", mais par erreur sans doute, puisque ces deux mots sont omis dans les Mss. définitifs A, B. Ils ont cependant été maintenus dans l'édition de 1628 et suivan­tes, y compris celle de 1889.

[77] - Cette Constitution est de la main de M. MicheL

[78] - Il fait partie du Coustumier et porte ce titre : Directoire avec l'explica­tion pour l'Office et autres ceremonies des Monasteres des Sœurs de la Visita­tion. Dans le Coustumier de 1637 la pagination recommence ; ce qui concerne. l'Office et les différentes cérémonies va jusqu'à la p. 39, et dans l'édition de­1850, de la p. 169 jusqu'à la p. 208.

[79] - Cette Constitution ne se trouve pas dans le Ms. D ni dans l'édition de 1619

[80] - [en ce chapitre] - [Ces mots, écrits primitivement dans les Mss. A, B, ont été corrigés dans le premier par la même main, et dans le Second par la Mère de Chantal]

[81] - Dans le Ms. A cette dernière phrase est de la main du Fondateur.

[82] - C'est M. Michel qui a commencé à écrire­ cette Constitution dans le Ms. D ; l'écriture du Saint reprend à : " bien qualifié.."

[83] - Lacune dans le Ms. A, jusqu'aux mots " qui leur escherra " de la Constitution 22. Voir note 88.

[84] - Le Ms. D et l'édition de 1619 n'ont pas la suite de l'alinéa.

[85] - La Constitution se termine ici dans le Ms. D et J'édition de 1619.

[86] - De la main de M.Michel

[87] - De la main du saint

[88] - Ici reprend le Ms. A. Cf. ci-dessus, p. 76, (b

[89] - ira -Cette leçon est sans doute une erreur des copistes des Mss. A, B, reproduite dans l'édition de 1622. Elle est corrigée dans notre texte d'après l'Autographe (Ms. D) et l'édition de 1619.

[90] - Ici reprend dans le Ms. D, l'écriture de M. Michel Favre; elle continue jusqu'à la fin, sauf quelques mots de la main de saint François de Sales qui se­ront signalés.

[91] - C'est-à-dire le 21 novembre, jour de la rénovation des vœux. Le baiser de paix se donne en outre aux fêtes de Noël, Pâques, Pentecôte, du Sacré-Cœur, de la Visitation, à celles des saints Fondateurs, 29 janvier et 21 août, et de sainte Marguerite-Marie, 17 octobre.

[92] - Le Ms. D et l'édition princeps ne donnent pas la fin de cette phrase ni le dernier alinéa de notre texte.

[93] - var : Tous les derniers jours du moys (C-D) les Seurs rendront compte..., découvriront leur cœur (Le souligné indique les corrections autographes) sommairement et briefvement a la Superieure, et rendront ainsi compte de leur avancement ou defaillance en l'orayson, douceur, humilité et simplicité ; non point seulement pour se consoler, mais aussi pour reprendre force, et s'abbaisser devant Dieu et devant celle qui tient la place d'iceluy parmi elles. (D) - [Trois traces de pain d'hostie que conserve à cet endroit le Ms. D permettent de croire qu'une bande de papier, aujourd'hui perdue, portait une leçon différente de celle qu'on vient de lire ; peut-être la leçon définitive que donne déjà l'édition de 1619. Celle-ci a : " qu'un petit enfant ", au lieu de : " qu'un enfant " et, par une faute d'impression sans doute, " testes " à la place de " guespes ".]

[94] - Voir plus loin, au Ceremonial de la Profession, cette belle formule

[95] - Ces trois mots et le titre de la Constitution sont de la main du Saint.

[96] - L'erreur des Mss. A, B et des deux éditions, où on lit " a ses fautes ", est rectifiée dans notre texte d'après le Ms. D.

[97] - var : mesme, celle qui l'aura veue ou sceue prendra l'advis (Ms. A et éd. de 1622) - [Nous rétablissons le texte d'après l'édition de 1619 et les Mss. B, D ; dans le premier, la correction a été faite parla Mère de Chantal. Voir aussi ses Responses ; éd. 1632, pp. 412, 413; M. 1849, pp. 266, 267.]

[98] - Au Chapitre de la fin d'année (note 53).

[99] - var : chasque Seur demandera a la Superieure (C-D) - [Le Ms. A portait la même leçon ; le Fondateur l'a corrigée en y substituant le membre de phrase qui, dans notre texte, est souligné, ainsi que le mot "reciproquement " plus bas.]

[100] - Le Ms. D et l'édition de 1619 ne donnent pas les derniers mots de l'alinéa.

[101] - [La Constitution que nous allons donner d'après le Ms. D et l'édition de 1619 a été supprimée dans les Mss. A, B et dans l'édition de 1622, suivant le désir du P. Binet. (note 160). On la retrouvera, mais plus abrégée et avec des variantes, dans les Manuscrits de la 3eme, 4eme. et 5eme rédaction et même dans celui qui est reproduit à l'Appendice. Sainte Jeanne-Françoise de Chantal cite en entier dans ses Responses :(Responses de nostre tres-honoree et digne Mere Jeanne Françoise Fremiot, sur les Regles, Constitu­tions et Coustumier de nostre Ordre de la Visitation saincte Marie. A Paris, M.DC.XXXII.) le texte définitif de cette Constitution ; elle ajoute que c'était l'intention du Bien­heureux que les Sœurs établies en de petites villes où il n'y a point d'Ursulines s'employassent à cette bonne œuvre. Voir l'édition de 1849, pp. 439-441.]

CONSTITUTION XXVI

DES ENSEIGNEMENS POUR LES SECULIERS

Quand il plaira a Dieu que les Seurs ayent un lieu propre, elles s'essayeront, les festes et Dimanches, d'attirer les filles et femmes de la ville au lieu praeparé pour cela, affin de leur enseigner familierement les exercices de pieté, comme: de l'examen de conscience, de la praeparation du matin, de bien dire le Chapellet et la Coronne, de se bien confesser et communier et de bien prier Dieu ; pourveu que cela se face hors de l'heure du Catechisme et des sermons qui se font en la ville, et que celles qui auront charge de cette instruction la prattiquent simple­ment, humblement et par maniere de conference et devis spirituel, en sorte que la modestie et bienseance soit observee. Et que d'abord elles enseignent a telles femmes et filles de ne leur apporter point de nouvelles de la ville, ni aucune sorte d'entretien inutile ; et que le lieu ou cest office se fera soit hors le commerce des Seurs, affin qu'elles n'en soyent point empeschees en leurs autres offices.

Quand en cette conference il se proposera quelque chose difficile, la Seur qui a cest office demandera tems pour s'en instruire, ou renvoyera aux Confesseurs et personnes de capacité pour s'en enquerir. (C-D)

[102] - C'était l'intention de saint François de Sales que la Visite canonique se fît chaque année par l'Evêque ou, à son défaut, par le Père spirituel ou Supé­rieur du Monastère (cf. la Constitution suivante) ; mais d'après le nouveau Code, can. 512, " l'Ordinaire du lieu doit visiter tous les cinq ans, par lui-même ou par son délégué, tous les monastères de moniales."

[103] - var : de porter la main (C-D) - [Ces mots sont biffés dans Je­ Ms. A.]

[104] - Phrase ajoutée au Ms. D par la Mère de Chantal

[105] - var : n'innove rien elle mesme ; mais si elle connoist qu'il soit necessaire de le faire, qu'elle en confere avec les anciennes et avec le Pere spirituel. (C-D)

[106] - Le Ms. D (1618) a " eschanger " qui est la vraie leçon, au lieu de " et chan­ger " qui se lit dans les Mss. A, B et dans les deux éditions. Celles-ci et toutes les­ suivantes donnent " abbreger ", qui est certainement une faute de lecture, puis­que les trois Manuscrits, portent "alberger, abberger ", c'est-à-dire: donner en. emphytéose ou céder la jouissance d'un héritage pour un temps très long et même à perpétuité, sous la réserve d'une redevance. (Voir le Supplément du Dictionnaire de Littré, au mot albergue.)

[107] - Dans le Ms. D et la première édition, la Constitution se termine ici.

[108] - Le Saint a complété le titre dans le Ms. D

[109] - A l' " Obeissance" qui a lieu après cette récréation. Voir Constitution IX, et plus loin, la fin de l'article VIII du Directoire spirituel pour les actions journalieres.

[110] - L'alinéa se termine ici dans le Ms. D et l'édition de 1619. Le premier­ donne en plus une phrase qui a été barrée et qui se trouve dans le texte du Ms. Q, art. 26.

[111] - Le samedi, à l' "Obeissance" qui suit la récréation du soir. Voir Constitutions 9 et 16..

[112] - Après Matines; voir Constitution 6.

[113] - Lacune dans le Ms. A, jusqu'à la Constitution 36.

[114] - var : Coadjutrices (C-D)- [C'est la Mère de Chantal qui, dans le Ms. B, a substitué les mots : " et Associees " à la leçon primitive.]

[115] - Cette incidente, jusqu'à " semblera ", a été ajoutée par la Mère de Chan­tal au Ms. D.

[116] - L'omission de ces deux derniers mots est sans doute une faute de l'im­primeur dans l'édition de 1622 ; ils se lisent dans les trois Manuscrits et dans l'édition princeps.

[117] - DE LA COADJUTRICE (D) - [La correction du Ms. D est du Saint.]

[118] - Ici reprend le Ms. A. Voir note 113.

[119] - var : et que proche des bonnes Festes elles ne soyent surchargees d'affaires qui leur puissent donner de l'empressement. (D) –[Prescription insérée dans le Directoire de la Sœur Œconome. Voir Coustumier de 1637, p. 137, et de 1850, p. 294.}

[120] - Ce mot est rétabli d'après le Ms. Q donné plus loin ; pour qui se lit dans les Mss. A, B et dans les deux éditions paraît être une erreur.

[121] - var : qu'elles prennent tems de venir aupres d'ellej es jours de festes lire les Regles - [La Mère de Chantal a modifié ce membre de phrase dans le Ms. D, y substituant la leçon de notre texte, sauf le mot " Tourieres"

[122] - var : aucune autre Seurj (D) - [Les mots qui, au texte, remplacent ceux­-ci, sont de la main de la Sainte qui a aussi ajouté à la deuxième ligne de l'alinéa: " et sans son assistante "]

[123] - C'est-à-dire, à l' « Obeissance» du soir.

[124] - On lit dans l'Histoire de la Galerie, par la Sœur Fichet : " La Sœur Sa­cristaine " - c'était alors la Sœur de Bréchard – " fit pour la parure du Jeudi Saint des petits anges en poupees de toutes grandeurs et habillés de diverses cou­leurs, qu'elle atacha bien proprement avec du crin bien fin au tour du tres Saint Sacrement. Le vent les fesoit tous bouger de maniere quil semblait quils fesoient la genuflection pour adorer notre divin Sauveur. Notre paradis fut admiré de toute la ville. Notre Fondateur l'ayant veu demanda a ses gens s'ils l'avaient trouvé bien devot ; ils dirent qu'ils avaient admiré l'invantion de la Sacristaine. " Alors le Bienheureux " vint demander nos Constitutions, qui n'estaient pas encore imprimees, " et " il ecrivit dedans : L'on ne fera point de poupees en toute la Mayson, beaucoup moins en mettra ton sur l'autel. Apres, il lut tout haut ce quil avait ecrit, nous disant quil avait remarqué qu'on s'etoit amusé a admirer les petits anges de notre paradis, au lieu d'adorer le Dieu des Anges et le Sauveur des hommes, et qu'en observant ce qu'il venait de nous marquer, nous ne serions pas cause des distractions du peuple qu'il faut atirer a devotion et non a curiosité." (Archives de la Visitation d'Annecy.)

[125] - var : Elle advertira de bonne heure celle qui appreste pour les malades, affin de bien suivre les heures ordonnees par le medecin, duquel elle recevra et taschera de bien entendre toutes les ordonnances (et mesme, sil est besoin, elle ad­vertira la Superieure des saysons esquelles les purgations sont propres, pour faire purger les Seurs sujettes a maladies ou chargees d'humeurs peccantes, selon l'advis du medecin), les marquera dessus ses tablettes pour les faire suivre de point en point, sans rien changer. (D) - [Cf. Coustumier, art. XXXIII, éd. 1637, p. 136 ; éd. 1850, p. I40.Voir plus loin le Directoire de la Seur Infirmiere.]

[126] - Ce titre ne se trouve pas dans le Ms. D

[127] - Nous ajoutons des chiffres arabes aux quatre Constitutions suivantes -qui, dans les Mss. A, B et dans les éditions, sont groupées sous un seul numéro d'ordre.

[128] - [La phrase suivante se trouve dans les trois Manuscrits et dans l'édition de 1619, mais elle a été biffée dans les Mss. A, B.] - Elle fera un roolle de tout ce qu'elle recevra et dont l'Œconome la chargera,.pour en rendre compte quatre foys l'annee. (C-D)

[129] - DES SEURS [DE LA CUYSINE] (D) - [Le mot " Domestiques " est une sub­stitution faite par la Mère de Chantal au Ms. D, où elle a aussi ajouté à la pre­mière ligne du texte : " et autre service du menage ".]

[130] - Or, elles auront en singuliere recommandation la netteté et proprieté, tant en leurs personnes qu'es choses qu'elles manient, et seront soigneuses de tenir les repas prestz a l'heure ordonnee. Elles suivront la direction de l'Œconome et de la Despensiere en ce qu'elles leur ordonneront pour leurs charges, et particulierement les soirs, apres la recreation, elles prendront l'ordre de la Despen­siere de ce qu'elles auront a faire pourle jour suivant. (D) - [Cf. Directoire pour les Seurs Domestiques, qu'on trouvera plus loin.]

[131] - SERVANTES (C-D) - [C'est ainsi que dans le Ms. D et l'édition de 1619 sont désignées les Sœurs Tourières; nous ne répéterons pas la variante.]

[132] - Par une erreur évidente, les Mss. A, B et les deux éditions primitives ont dispence au lieu de difference qui se lit dans le Ms. D et dans l'édition de 1628.]

[133] - A la fin du Formulaire pour la Profession donné plus loin.

[134] - var : et celle a qui la Superieure l'ordonnera, horsmis celle ­qu'on leur donnera particulierement pour Directrice tandis qu'elles seront No­vices, en ce qui regarde le Novitiat. (D) - [La leçon du texte a été, dans le Ms. D, substituée par la Mère de Chantal à cette phrase biffée.]

[135] - Ces trois derniers mots sont ajoutés par la Sainte au Ms. D.

[136] - var : Qu'elles ayent une grande fidelité a faire les negoces, et qu'elles rendent conte tous les soirs a la Superieure, l'Œconome. (D) - [Correction de la Sainte au Ms. D.] - Avant leur reception elles entreront dans le monastere pour y faire les exer­cices de la contrition et confession generale, et le jour de leur oblation. Et es grandes Festes elles y entreront aussi, notamment au jour qu'elles renouvelle­ront leur vœu et oblation, et mangeront au refectoir en la premiere table, tant au disné qu'au souper, quand les jours seront asses grans pour pouvoir sortir­ devant la nuit. (C-D)

[137] - Voir plus loin le Formulaire pour la vêture.

[138] - On trouvera plus loin le Formulaire, avec le détail des cérémonies prescrites par le saint Fondateur pour l'émission des vœux.

[139] - Lacune du Ms. A, jusqu'à la Constitution 49

[140] -Pour ce renouvellement, voir le Ms. Q, art. 45.

[141] - L'alinéa qui suit est omis dans la première édition. Le Ms. D le donne com­me une Constitution spéciale, intitulée : Des Retraittes ; elle est ajoutée, de la main de M. Michel, en marge, en regard des dernières lignes de celle De la Confession. Voir note 82.

[142] - Les trois derniers mots ne se trouvent pas dans le Ms. D ni dans l'édition de 1619.

[143] - ses coulpes -éd. de 1622 ; les Mss. et l'édition de 1619 ont le singulier, qui est meilleur.

[144] - Celle même, prescrite par Pie IV, que doivent émettre les ecclésiastiques avant leur entrée en charge.

[145] - Le " grand Livre fort espais..., intitulé le Livre du Couvent, où s'écrivent les Fondations, les élections des Supérieures, les Professions, rénovations et décès des Sœurs. (Coustumier et Directoire, art.39, éd. 1637)

[146] - Ce dernier alinéa ne figure ni dans le Ms. D ni dans l'édition de 1619.

[147] - var : - de faire l'expulsion ou ejection dont la Regle parle (C-D)

[148] - var : - pour prendre tous les moyens requis et convenables a cela. Mays comme ce retranchement est l'extremité des punitions dont on peut user au Monastere, aussi faut il qu'elle soit precedee de tous les essays possibles pour la correction et amendement de la coulpable. (C-D)

[149] - var : OBSERVATION (éd. de 1622 ; peut-être est-ce une faute de l'imprimeur.)

[150] - Ce mot est sans doute omis par erreur dans l'édition de 1622.]

[151] - Ici reprend le Ms. A note 140.

[152] - var : Au deces de chasque Seur, on fera appeller le Curé du lieu avec trois ou quattre (D)

[153] - var : - et dispense particuliere de l'Evesque. (D) - [La Constitu­tion se terminait ainsi dans le Ms. D. Le texte qui se lit dans la leçon définitive a été modifié et complété par la Mère de Chantal]

[154] - var : EPILOGUE (C) - [Le Ms. D donne l'Approbation sans aucun titre. Le mot Epilogue, qui est une invention de l'imprimeur de l'édition de 1619, a été vi­goureusement biffé par le Saint dans le Ms. A et corrigé par lui ; les mots souli­gnés sont aussi de sa main. Cf. note 43.]

[155] - Le P. Etienne Binet était Supérieur de Saint-Louis, à Paris. (L10,note 387).

[156] - " Je remercieray nostre bon Pere Binet de ses advis, quand je les auray leuz, et feray tout ce que je pourray et sçauray pour mettre en bon estat les Cons­titutions, " écrit saint François de Sales à la Mère de Chantal le 11 octobre 1620. Ces " advis ", conservés au 1er Monastère de la Visitation d'Annecy, occupent quatre grandes pages in-folio et sont de la main de la Sainte qui y a ajouté ses propres remarques. (L9, note 834). - Les notes de la Fondatrice sont, dans notre texte, imprimées en italiques, pour les distinguer de celles du P. Binet. Trois annotations du Fondateur, la première et la troisième écrites dans la marge, la deuxième dans l'espace laissé en blanc à la fin d'un alinéa, sont en caractères plus gros. Les initiales P. B. (Père Binet) ont été mises par la Mère de Chantal ; l'orthographe moderne seule est substituée à la sienne qui rendrait la lecture trop difficile. Les pages se réfèrent à l'édition des Constitutions de 1619 sur laquelle portent ces observations ; nous ajoutons les références à notre texte, qui est celui de l'édition définitive, pour .que le lecteur puisse se rendre compte des modifications, suppressions et addi­tions faites en conséquence par saint François de Sales. - M. Michel Favre, arrivé à Annecy le 11 octobre 1620, fut le porteur de ces " advis ", avec " une mimasse de lettres. " (L9, note 832). Il était allé à Paris, puis à Orléans accompagner les fondatrices du monastère de cette ville où il s'arrêta quelques semaines ; nous l'y trouvons encore le 15 septembre, comme le prouve une lettre de la Mère de Chantal à lui adressée. (Vie et Œuvres, Paris, Plon, Lettres, vol. l, 1877, p. 470.) C'est sans doute dans le courant du mois d'août qu'elle dût rédiger ces notes pour les donner à l'aumônier du Saint. puisque les Seurs destinées à Orléans, mais arrêtées à Paris, avaient l'espoir d'en partir, écrit la Sainte le 24 août, " sur le commencement du mois. " (Let­tres, vol. l, pp. 468, 469.)

[157] - A ce propos, il faut rappeler ce que le saint Fondateur écrit vers le 25 décembre à la Mère de Chantal : "Helas ! il n'est nullement vray que je me soys fasché en la partie superieure des advis que vous m'aves envoyés sur les Consti­tutions ; mais ayant de prim'abord jetté les yeux sur celuy de l'exclusion des maladives, qui est tout a fait contre mon esprit et sentiment, je dis par un'in­consideree soudaineté : Qui laissera gouverner la prudence naturelle, elle gastera la charité et ne sera jamais fait. " (L9, note 958).

[158] - Il n'y eut pas besoin de l'écrire, car cette concession fut retranchée.

[159] - Henri de Gondi, évêque de Paris et cardinal de Retz (L8, note 874) - La Constitution Des enseignemens pour les seculieres fut en effet supprimée.

[160] - Le Saint accéda au désir du P. Binet, confirmé par la Mère de Chantal, en ajoutant la Constitution XIX: Du Confesseur ordinaire, dans l'édition de 1622. (note 79)

[161] - En ce qui concerne de différer la Profession et de recevoir des jeunes filles avant quatorze ans, voir le Coustumier, articles IX et V.

[162] - Voir Directoire et Coustumier, art. XXIV et note 197..

[163] - " Quand la necessité requiert, l'on peut permettre que deux ou trois per­sonnes, au plus, contribuent pour effectuer ce bon œuvre," est-il dit à l'article III du Coustumier, et " que l'on ne concede aucun privilege par obligation aux fon­datrices Religieuses qui feront la sainte Profession; parce que les Regles et Constitutions obligent assez de les soulager, selon leur besoin, avec une entiere charité, soit au vivre, coucher, vestemens et autres services necessaires... Les privileges principaux des fondatrices sont d'estre les plus humbles, obeissantes et exactes en l'observance. "

[164] - Le Fondateur n'a pas fait l'addition proposée ici et plus bas.

[165] - Voir ci-après, note 187.­

[166] - var : INTENTIONS GENERALES POUR LES SŒURS - Que toute leur vie et exercices soyent pour s'unir avec Dieu, pour ayder par prieres et bons exemples la sainte Eglise et le salut du prochain ; et pour ce, elles ne doivent rien tant desirer que d'estre tellement vertueuses que leur bonne odeur, en aggreant a Dieu, se respande dans les cœurs des fidelles. Ce desir a fait escrire au commencement du Livre de leurs Professions ces troys souhaitz.

[167] - Le titre du Livre et les trois souhaits qui le suivent sont de la main de saint François de Sales qui a pris un grand soin pour les écrire avec ses plus beaux caractères. Ils occupent les quatre premières pages du Livre du Couvent du 1er Monastère d'Annecy (note 145). Bien que le Saint n'ait mis à la fin que la date de l'année, il est à peu près certain que ces souhaits datent du 6 juin, jour de l'Oblation de la Mère de Chantal et de ses deux com­pagnes.

[168] - Le Coustumier manuscrit de 1624, les éditions suivantes et toutes celles du Directoire portent :"ses vœux et son oblation"

[169] - La seconde partie du titre : et de la droiture de l'in­tention, est maintenue dans les éditions de 1631 et de 1633, mais à tort, puis­qu'elle y forme un article à part. Le Coustumier de 1628 et celui de 1637 l'ont supprimée

[170] - - Pour l'orayson, elles s'y formeront suyvant les enseignemens de l'Introduction a la Vie devote, du Traitté de l'Amour de Dieu, des Entre­tiens spirituelz et autres bons livres conformes a ceux la ; particulierement sur l'attrait et conduitte du Saint Esprit et de la direction qui leur sera donnee, ne s'amusant jamais sur des subtilités et vaynes sureminences qui ne sont que tromperies et deceptions. La serieuse prattique de cet exercice est une des plus importantes qui soyent en la Religion et vie spirituelle. [Dans le Manuscrit, cet alinéa a son correspondant à la fin de l'article De la sainte Communion. Voir note184.

[171] - var :[La fin de l'alinéa, qui est maintenue dans les éditions de 1631 et 1633, est supprimée dans le Coustumier de 1637 et dans les éditions suivantes du Direc­toire, sauf dans les deux dernières, 1889 et 1929. Cette omission fut faite par erreur, comme on l'a dit. Les deux alinéas qui suivent sont donnés ci-après dans le Manuscrit primitif.] - Quand on fait les mortifications usitees, ce n'est que quatre ou cinq a la fois. Les Seurs a qui on bayse les pieds, en avanceront un, s'inclinant un peu, et se tiendront debout et courbees quand c'est la Superieure ; a la fin, celles qui les auront baysés, retourneront au milieu du refectoir bayser terre, et retourneront en leurs places. Celles qui mangent a terre, ayant achevé, se tiendront a genoux ou assises en la mesme place jusques au signe, lequel estant donné, elles bayseront terre et se retireront en leur rang.

Les jours de feste et Chapitre et en l'absence de la Superieure, Assistente ou Commise, on ne dira point de coulpes ni d'avertissemens.

[172] - var : A la fin de la premiere table elle mettra les potages de la seconde. Les Seurs seront fort tranquilles et propres au refectoir.

Deux fois l'annee, on lira, durant la moitié de la premiere table, le Coustu­mier et le Directoire (excepté celuy de la Directrice et l'article des mortifica­tions), dont l'une des fois sera devant le tems de la Visite. Une fois l'annee on lira la Preface des Regles, les Entretiens, et les Sermons, selon les festes qui escheent.

[173] - var :La Superieure commencera les Graces du Breviaire, selon le tems, devant sa place ; les Seurs, rangees comme au Benedicite, respondront. Apres cela on fera les advertissemens. ­

Que si les Seurs Domestiques et Despensiere disent leurs coulpes, elles se mettront a genoux devant la Superieure, puis se retireront apres les avoir dites, avant que l'on fasse les advertissemens ; apres lesquelz la semainiere commencera le De profundis, que les Seurs poursuivront alternativement, et, s'approchant deux a deux, une de chasque chœur, feront l'enclin a la Superieure et s'en iront en le disant ; et l'ayant fini, elles iront en silence au lieu de la recreation.

La lectrice de la seconde table commencera et finira la lecture comme a la premiere, sans relire ce qui aura esté leu.

A la collation on ne dira que l'Ave Maria avec le signe de la Croix pour Benedicite et Graces. L'on donnera environ troys onces de pain, avec un peu de fruit cuit ou crud, et fera on la lecture tout au long.

Les Dimanches, toutes se mettront a genoux pour recevoir la benediction de la Superieure, apres celle de la lectrice.

[174] - C'est-à dire la Visite canonique. (note 102)

[175] - var : Une Seur tour a tour advertira de la presence de Dieu et par intervalle durant la recreation, et a la fin dira quelque bonne et sainte retenue. La derniere demy heure de celle du soir sera employee a la lecture de l'Epistre et Evangile du lendemain, si c'est feste ou qu'il en eschee de propre selon le tems, ou de quel­que point pour la Communion, ou de devotion ; ou s'entretenir et conferer de quelques bons et pieux sujetz, ainsy que la Superieure advisera.

A la fin elles penseront a ce dont elles auront besoin, tant pour leurs ouvrages que pour leurs charges, affin de le demander. Les officieres marqueront aux Seurs l'heure commode de leur donner ce qu'elles auront besoin, laquelle elles observeront fidellement.

[176] - var : L'Assistente advertira aussi de ce que l'on aura a faire pour l'Office, quand il y aura quelque chose d'extraordinaire.

[177] - Les deux phrases suivantes sont interverties dans les éditions du Direc­toire et dans le Coustumier.

[178] - var : Qu'elles ne soyent pas aussi si courtes que cela leur fasse oublier de dire ce qui est necessaire pour se bien declairer comme la chose s'est passee et a la façon la plus intelligible qu'elles pourront

[179] - var :Elles ne se confesseront point durant l'Office, tant que faire se pourra, sinon celles qui ne sont pas du chœur.

Au son de la cloche pour la Confession elles se rendront toutes si a propos au lieu assigné, qu'il ne faille point les aller chercher. Celle qui sera confessee ira diligemment appeller celle qui suit les deux ou troys qui vont apres elle, et ainsy consecutivement de l'une a l'autre.

Elles iront par ordre, commençant par les pretendantes, puis les Novices et Professes domestiques, continuant par les autres Novices et Professes, finissant par la Superieure.

Apres la Confession elles feront leur penitence le plus promptement qu'elles pourront, avec une grande contrition et genereuse resolution de s'amender.

[180] - Nous rétablissons entre crochets ce qui est omis, sans doute par distraction, dans le Ms. Au lieu de David, le Coustumier et le Directoire ont Daniel, qui est une erreur manifeste des copistes.

[181] - La leçon du Manuscrit, du Coustumier et de toutes les éditions du Direc­toire est certainement fautive ; le membre de phrase qui est inséré entre crochets dans notre texte, est tiré d'un Autographe de saint François de Sales qu'on trouvera dans le volume suivant.

[182] - Elles communieront par ordre, commençant a la Superieure, et ainsy des autres. Elles iront a la main droitte, feront j'enclin a la Superiéure en allant, et la genuflexion devant que s'agenouiller pour communier.

La Sacristaine commencera le Confiteor intelligiblement et, a mesme tems, la premiere s'ira mettre a genoux a la fenestre, le voyle baissé jusques sur le nez, ou plus haut, tenant la teste droitte et ferme, sans se remuer ni avancer.

Apres la sainte Communion elles se retireront aussitost a gauche, et feront la genuflexion au Saint Sacrement et l'enclin a la Superieure, se remettant a leurs places a genoux.

Les Sœurs communieront de plus que la Constitution n'ordonne, une fois chas­que semaine de Caresme, commençant le vendredy, et toutes les festes suivantes : de saint Paul, saint Joseph, sainte Catherine de Sienne,

[183] - var : et que la Superieure l'ordonne (laquelle peut aussi faire avancer ou retarder la Communion du jeudy au vendredy, ou mercredy, pour s'ajuster aux susdites festes):

[184] - var : notamment pour celuy du pais ou la Congregation se treuve establie, ou autres necessités publiques. Une, avec une Messe pour les ames du Purgatoire, proche le tems que l'on dit l'Office des Mortz. Une, au deces des plus proches parens de quelque Seur, quand la Superieure le treuvera bon; et les Seurs peuvent appliquer plusieurs de leurs Communions, avec permission, pour leurs parens decedés, durant l'anniversaire.

La Superieure ou autres communiant extraordinairement, n'empesche pas que troys Seurs ne communient selon leur ordre.

Quand elles sont petit nombre elles ne communieront que deux a la fois, affin que chacune n'ayt…

[185] - var : Au commencement de leurs Communions generales on mettra du parfum, tant qu'il se pourra. [Pour le dernier alinéa du texte, voir note 170)

[186] - Cet article est tiré d'une lettre de saint François de Sales, écrite probable­ment à la Mère Marie-Jacqueline Favre le 22 février 1620, ainsi qu'on l'a dit L9, note 341.

[187]-Il fut adressé primitivement à Mme de Villesavin (L8, notes 909,975,977), et adopté ensuite par les Religieuses de la Visitation ; on le trouvera dans le volume suivant. Il est donné à la fin du Directoire spirituel dans toutes les éditions de celuici

[188] - L'omission de ce membre de phrase : " Et si c'est... feront l'enclin ", semble être une erreur du Coustumier et des éditions du Directoire.

[189] - Cet alinéa, qui est donné dans le Directoire de 1631 et 1633, est supprimé dans les éditions suivantes et dans le Coustumier de 1637 ; il subsiste en 1628.]

[190] - Les trois articles suivants sont, dans le Coustumier et les éditions du. Directoire, groupés sous ce titre : Documents fort utiles ; excepté ce qui con­cerne les rapports avec la Superieure (voir ci-après) qui constitue un article à part, intitulé : Du devoir des Sœurs vers la Superieure.

[191] - var : oraysons, - Confessions et predications qu'autrement, ne prenant ja­mais de tout cela chose aucune qui soit contraire a leur Institut. Pour bon qu'il semble estre, et qu'en effet il le fust, si ne le serait il pas pour elles, je les en asseure. Chacun se doit perfectionner selon sa vocation; et d'autant plus

[192] - var : ce qui est compris - dans l'Institut. Et que la Superieure mesme ne­ change ni qu'elle n'invente rien qui soit contraire aux reglemens escritz, ains­ qu'elle les suive et face exactement les choses comme elles sont marquees, avec neanmoins la liberté dans les occasions que la Constitution troysiesme luy donne.. Et sur tout il est requis

[193] - Cette phrase ne se trouve pas dans le Coustumier ni dans les éditions du Directoire.

[194] - Dans les imprimés, cet alinéa vient plus bas; il est identique.

[195] - Les trois alinéas suivants ont été insérés, avec quelques variantes, dans le­ Coustumier de 1637, à la fin de l'article 28, De l'union entre les Monas­tères.

[196] - var : - tourner en recreation. Comme aussi elles auront un particulier respect pour le Curé du lieu ou elles seront establies, lequel doit faire leurs sepultures, sans toutefois qu'il ayt ni puisse avoir autre regard, droit, ni pre­tention sur le Monastere ni en l'eglise que celuy de les enterrer ; ayant encores voulu laisser a la Congregation cette marque d'union avec le cors ecclesiastique­ de la tressainte Eglise nostre Mere. [Cet alinéa manque au Couttumier de 1628.)

[197] - var : - sans interrompre les autres.

De parler bassement et courtement durant le silence pour choses necessaires.

De se retirer un peu en solitude lhors que plusieurs travaillent en mesme ouvrage durant le silence, ne quittant jamais les exercices communs pour quelque ouvrage sans necessité extraordinaire.

De se pourmener ensemblement pendant la recreation et, es jours de feste, apres le rapport des lectures, s'entretenant devotement. Elles peuvent faire des recreations extraordinaires par intervalle, mays rarement.

[198] - Nous possédons deux textes de ce Formulaire : le premier, de la fin de 1614, est inséré dans les Mss. P, Q des Constitutions, article 41°: De l'entree des Novices ; on le trouvera plus loin. Le second fut imprimé en 1622 et intitulé : La maniere de donner l'habit et recevoir a Profession les Sœurs de la Visitation, dites de Saincte Marie. (A Paris, chez Adrian Tiffaine, ruë sainct Jac­ques, à la Samaritaine, 1622.) Il mesure 18 cm. x 11 1/2, et se compose de 44 pa­ges, y compris celle du titre. - Un petit Manuscrit de 22 pages, de la main de M. Michel Favre, avec quelques corrections et additions de saint François de Sales, se conservait en 1897 à Nice, chez le Dr Moriez ; il porte l'inscription suivante mise par une Religieuse de la Visitation : Ce quayer et estrit de la main de nre b. h. Pere tres assuremant (Nous pouvons certifier, malgré cette affirmation, que le cahier n'est pas écrit par le Saint ; l'écriture de son aumônier ressemble à la sienne, mais quand on a l'habitude de l'une et de l'autre on ne saurait s'y tromper), quille donna au Rd Pere desquoex (de Quoex) lors Superieurs de Rd pere (sic) de Thaloire, et ce pour en avoir son advis et le faire imprimé, luy mesme layant porté a lion a cest esfaict, ainsy quit nous [a] assuré de sa propre bouche. Nous ignorons pour quelle raison l'impression de ce Formulaire ne se fit pas à Lyon. - Il est, à peu de chose près, semblable à celui de 1622 ; nous le reproduisons donc dans notre texte, donnant au bas les quelques ratures qui s'y rencontrent et les très petites variantes de l'imprimé, car rien ne prouve que ces dernières aient été voulues par le saint Fondateur - On remarquera que le Cérémonial de vêture de 1614 est plus court, que les formules sont en latin et en français, pour qu'on puisse employer les unes ou les autres, que la prétendante était au pied de l'autel de la chapelle extérieure pen­dant une partie de la cérémonie ; de là, des différences notables dans les explica­tions et prescriptions des deux Formulaires: celles du texte de 1622 sont plus détaillées. Celui-ci a, en plus, le " brief advertissement " du célébrant à la pré­tendante après qu'elle a fait la demande d'habiter dans la " mayson du Sei­gneur ", et la réponse de la future Novice à la question du " Pere spirituel ". Du reste, les formules des deux textes sont à peu près les mêmes ; les Oraisons sont identiques. Deux de ces dernières : Deus œternorum bonorum, Domine Jesu Christe, Filii Dei vivi, semblent avoir été tirées des écrits de Mgr Bascapé, évêque de Novare, mentionnés plus loin et publiés en 1609. Le Cérémonial qui s'y trouve inséré, fait pour les Ursulines du diocèse, a aussi l'Exuat te et l'ln­duat te, tels qu'on les verra ci-après. - " Vous recevres les Formulaires de la reception des Novices a la Profession et des prretendentes a l'habit, " écrit le Saint à la Mère de Chantal le 5 ou le 6 juil­let 1620. Et le 9 août suivant, à la même : " Je donnay un exemplaire du For­mulaire de la reception des filles a l'habit et aux vœux, tres bien escrit, a nos Seurs. Enfin, l'experience a fait voir que quand les filles demeurent a la treille un peu eslevees, on les void mieux et on les entend mieux par tout l'oratoire." (L9, notes 637,743). Le Manuscrit donné dans notre texte devait donc être revu par le Fondateur vers juillet 1620. Ses corrections et additions sont marquées d'un souligné.

[199] - Cette Oraison n'est pas dans les Ms. P, Q.

[200] - Dans le Formulaire de 1614 (Ms P, Q), cette Bénédiction vient après la cérémonie du cierge et l'Oraison Beatae et gloriosae semperque Virginis Ma­riae, parce que la Novice, qui était au pied de l'autel, rentrait alors dans le chœur intérieur pour l'Exuat te et l'imposition du voile.

[201] - Notre texte est celui qui fut imprimé à Paris en 1622, avec " la maniere de donner l'habit " (note 198). Les variantes sont tirées d'un petit Manuscrit de la main de la Sœur Marie-Gabrielle Clément (L8, note 667), gardé à la Visitation d'Annecy. Il se compose de 16 pages, dont les quatre dernières sont blanches, et a 18 cm. x 11 ½ ; l'écriture est jolie et très soignée. Plusieurs corrections sont autographes ; saint François de Sales a aussi tracé, en divers endroits, des lettres capitales qui indiquent des additions à faire ; ce sont les Oremus que récite le célébrant : Actiones nostras, Caput omnium, Defende, Respice, Famulam tuam, A bsorbeat, Deus qui pro nobis, et les versets qui les précèdent. - Après que le Saint eut complété ce Formulaire par les additions indiquées, il fut livré à l'imprimeur Tiffaine ; on y retrouve les mêmes formules employées aujourd'hui. Cependant, bien que cette copie ait été faite par la Sœur Clément après l'érection de la Visitation en Ordre religieux et qu'elle soit même posté­rieure au retour de Paris du Fondateur, elle reproduit néanmoins la formule des vœux des Ms. P, Q ; le Saint l'a corrigée ensuite de sa main, lui donnant la forme définitive. - L'imprimé de 1622 a, de plus que le Manuscrit, la répétition de certains passa­ges au nombre pluriel, dont on use lorsque plusieurs Novices font la Profession. A part les additions que nous venons de signaler, on verra que les divergences entre le Manuscrit et l'opuscule de 1622 se trouvent seulement dans les expli­cations données pour les cérémonies. - Nous avons dit que le petit cahier écrit par la Sœur Clément était postérieur au retour de Paris, octobre 1619; en voici quelques preuves.

a} Le 23 juin de la même année saint François de Sales écrit à la Mère de Chantal, alors elle aussi dans la capitale : " Quant a la Profession, le Pontifical... fait sortir les filles pour venir faire le vœu. " (L8, note 930). A cette date, les Novices sortaient encore pour l'émission des vœux ; le Manuscrit qui nous occupe a donc été rédigé plus tard, puisqu'il y est dit que " la Novice se mettra a genoux vis a vix (sic) du Prelat, esloignee de la grille de trois ou quatre pas..."

b} " Il faut prœparer tout ce qui sera requis pour la Profession, " lisons-nous; dans un billet de juillet, à la même : " Et ayant pensé a ce que vous me dites des habitz et de la demande qui s'en fait, j'incline qu'on la retranche. " (L8, note 956). Le Formulaire usité à cette époque fut sur ce point modifié ; cette modification paraît dans notre Manuscrit.

c) Enfin le 27 mars 1620 le saint Fondateur mentionne les " Formulaires " qu'il est en train de revoir : Je " mettray ces benitz vœux si expressement, " ajoute-t-il, " que ce sera asses pour tout le monde affin qu'il demeure en repos. " (L9, note 392). - Serait-ce la copie de la Sœur Clément qu'il revoyait alors ? Peut-être, puisque lui-même a corrigé la formule des vœux. Toujours est-il que la copie en question est antérieure à juillet 1620 ; en effet, nous avons vu plus haut (note 198) que le 5 ou le 6 de ce mois le Saint annonçait les " Formulaires " à la Mère de Chantal.- Cinq autres Formulaires manuscrits, antérieurs à celui dont nous parlons, sont insérés dans les rédactions primitives des Constitutions. On les trouvera plus loin, soit dans le texte même, soit sous forme de variantes, avec les expli­cations nécessaires. Notons seulement ici que dans les Ms. P, Q (août 1615-jan­vier 1617), le Formulaire de l'establissement des Seurs en la Congregation (art. 43) diffère essentiellement des précédents et de celui de 1622 en ce que la cérémonie se compose de deux parties . La première se faisait la veille de l'Obla­tion, au Chapitre, ou même au chœur, mais par la Supérieure, en présence de la -Communauté réunie ; la seconde avait lieu au chœur, et était présidée par l'Evê­que ou par le Père spirituel. Dans celle-là, nous voyons apparaître pour la pre­mière fois le drap mortuaire ; dans celle-ci, l'imposition de la croix d'argent à la nouvelle Sœur. Les paroles de saint Paul : Votre vie est cachee en Dieu avec Jesus Christ, qui ne figurent pas dans les textes antérieurs à 1615, lui étaient adressées par la Supérieure, qui lui remettait en même temps le Crucifix ; c'est par là que se terminait la cérémonie la veille de l'Oblation.

[202] - var : VIVE JESUS - POUR LE JOUR DE LA PROFESSION - Apres que le sermon est fini, le Prelat ou Pere spirituel, estant revestu avec la chappe, le bonnet en teste, ou la mitre si c'est l'Evesque, viendra avec ses assis­tans s'asseoir dans la chaire qui luy est preparee proche de la grille. - La Novice se mettra a genoux vis a vis du Prelat, esloignee de la grille de trois ou quatre pas, accompaignee de la Superieure et de l'Assistente qui seront a ses costés. Elle dira en voix intelligible : [Ici, le Saint a tracé au milieu, avant la demande, un A.]

[203] - Comme nous l'avons noté ci-dessus, cette phrase et toutes celles qui, dans la suite, concernent plus d'une Novice, ne figurent pas dans le Ms.

[204] - var : Prelat [Ce mot, que nous ne répéterons pas, est employé dans le Ms. au lieu de " Celebrant ".]

[205] - [La suite est omise dans le Ms. jus­qu'aux mots : " Apres quoy ", avant lesquels le Fondateur a tracé au milieu un B.]

[206] - Correction du Saint au Ms. qui portait : le Superieur.

[207] - var : le vœu sacré et l'oblation sainte... - [A ces mots, le Fondateur a substitué ceux qu'on lit au texte.]

[208] - var : Correction du Saint, modifiant la leçon des Formulaires antérieurs. Voir 1es Ms. K et Q.

[209] - var : Ce qui, dans notre texte, est souligné, a été ajouté au Manus­crit par le Fondateur qui, une ligne plus bas, après " mains ", a tracé une + et en marge un C : double signe indiquant l'addition à faire de la Benediction du voyle.

[210] - Dans le Manuscrit, un D précède cette formule que le Saint a corrigée,. comme nous l'avons dit. Notre texte est souligné aux endroits qu'il a modifiés.

[211] - Le Psaume est seulement indiqué dans le Manuscrit, où un E de la main du Saint marque sans doute l'addition à faire de l'Oremus qui le suit.

[212] - La lettre F indique, dans le Manuscrit, qu'il faut ajouter ce qui suit dans notre texte, jusqu'à l'imposition du voile.

[213] - Autre omission dans le Manuscrit, jusqu'aux mots : "Apres quoy " ; un G est tracé par le Saint.

[214] - L'addition de ce qui suit jusqu'à la fin de l'Oremus est indiquée au Ma­nuscrit par la lettre H.

[215] -L'addition de l'Oremus est marquée au Manuscrit par la lettre I qui précède ces deux mots.

[216] - Mot ajouté par le Saint au Manuscrit, ainsi que le dernier membre de phrase de l'alinéa suivant.

[217] - Le Formulaire manuscrit se termine ici.

[218] - De ce premier jet, il ne nous reste que quatre pages autographes, grand in-8°, dont deux se conservent à la Visitation de Gennes (Ille-et-Vilaine), et les deux autres à celle d'Annecy. Peut-être, est-ce une partie de l' " abrégé " des Constitutions que le saint Fondateur remit à Mme de Chantal le soir du 6 juin 1610, avant son entrée en la petite maison de la Galerie. (Mère de Chaugy, Mémoires sur la Vie et les vertus de sainteJj.-F. Frémyot de Chantal, Paris, Plon, 1874, Partie II, chap. 1.). - Ce fragment doit dater des premiers mois de 1610, alors que le Saint était encore en pourparlers avec le baron et la baronne de Cusy pour une " Congre­gation de quelques dames devotes. " (L4, note 335). Remarquer, en effet, qu'il n'y est pas question des " sorties " ; qu'en ce qui concerne le parloir il est dit : " les Dames... viendront voylees, " et le Fondateur prescrit " des voyles d'estamine, " sans expliquer qu'on ne les recevra qu'à l'Oblation. Probablement, Mme de Cusy ne se serait pas faci­lement accommodée de la coiffe que prirent les premières Sœurs pendant leur noviciat; aussi saint François de Sales lui écrit-il le 23 avril 1610 : "Pour cette premiere annee, nous vous laisserons en habit noir, avec le voyle de toyles noyres deliees..."

Le Saint a biffé par un léger trait diagonal les deux premières pages et une partie de la troisième; celles-là ont été imprimées par Vivès, tome VII, pp. 514, 515,521, et par Migne, tome V, col. 91, 92, note (39), et 96-98, note (41), col. 95. Nous désignons ce fragment sous la lettre F.

[219] - Au " costé droit de l'autel," dit la Sœur Fichet (Histoire de la Galerie), " estait une porte a laquelle il y avait une ouverture pour passer les ornemens et qui servait quelque fois de parloir... Une cave dessous la cuisine leur servoit de parloir des Sœurs et des seculiers, ou il y avoit une porte en laquelle estoit une treille qui les separait. A la porte, sur le grand chemin, il y avait un petit guichet couvert de fer blant, ou la Portiere dessendoit pour respondre aux seculiers... Lorsqu'il venoit des personnes de condission, l'on leur alloit parler au chœur. Dans ce mesme parloir en bas, notre Bienheureux Pere y recevoit les confessions."

[220] - " On lira a table " écrit en marge, de la main du saint Fondateur.

[221] - Ici commencent les deux: pages autographes conservées à la Visitation d'Annecy; elles sont inédites.

[222] - Au Ms. H, le Saint a tracé une + apres le mot "formelles ", et, en marge, un tiret suivi du chiffre 1. Ce double renvoi correspond au fragment autographe dont nous avons parlé ci-dessus, p. 207, qui en l906 appartenait à Mlle Gauvain, Besançon (Ms. L). Il débute ainsi : " - 1. Et par consequent... " Malheureuse­ment, la mutilation du feuillet nous a privés d'une partie de la minute des addi­tions faites par le Fondateur au 1er et au 4e article du Ms. H en vue de la rédac­tion du Ms. K.

[223] - Fin de la premiere addition de l' Autographe de Besançon ; reprise du Ms. H.

[224] - Entre autres la " Compagnie de Sainte Anne ". (note 9).

[225] - L4, note507 ; L5, note 58.

[226] - Une autre +, comme ci-dessus, est mise par le Saint au Ms. H, puis en marge un tiret et le chiffre 2 ; mais par suite de la mutilation du Ms. L, il ne reste sur celui-ci que les deux dernières lignes de la deuxième addition : " pour, avec moins d'empeschement et de danger, suivre leur entreprise.» (Voir page suivante, Hg. 5.)

[227] - p.102 § e et L4, note 556

[228] - Ce mot a été omis par distraction.

[229] - L'article 3 se termine ici dans le Ms. H ; une +, un tiret et le chiffre 3­ renvoient à la troisième addition de l'Autographe de Besançon, où ne figure cependant pas la dernière phrase de l'alinéa de notre texte.

[230] - Par suite de la coupure d'une toute petite bande au bas de la page, ce mot a disparu de l'Autographe.

[231] - Une + et le chiffre 4 indiquent ici encore, dans le Ms. H, un renvoi à l'Autographe mutilé de Besançon. Il ne reste à celui-ci que trois lignes de cette quatrième addition, jusqu'au mot " traitter " ; la cinquième, qui est signalée au Ms, H à la fin de l'article, a complètement disparu.

[232] - Les six lignes suivantes, jusqu'à " pais ", ne se trouvent pas dans le Ms. H.

[233] - Dans le Ms. H, l'article se termine ici ; le Saint a tracé encore une + et le chiffre 5, renvoyant à l'addition qu'il se proposait de faire. Voir note 231.

[234] - C'est involontairement, sans doute, que le Saint a biffé " en" avec le membre de phrase supprimé, écrit en premier lieu ; nous le rétablissons.

[235] - On trouvera plus loin les deux Obediences écrites par saint François de Sales en 1611 et 1613 pour les voyages de la Mère de Chantal en Bourgogne.

[236] - La suite de cet alinéa se trouve avec quelques variantes dans le Ms. H, à la fin de l'article 7, qui est le 8e de notre texte. Voir note 241.

[237] - Cette phrase n'est pas dans le Ms. H.

[238] - Au Ms. H, cette dernière phrase est insérée dans l'article : Des sorties. extraordinaires (voir note 241) ; toutefois, la + et le numéro 6 ajoutés. par le Fondateur à la fin de cet article, montrent son intention de l'y transposer. Il l'a fait, en changeant seulement les derniers mots; voir la variante suivante.

[239] - Comme nous l'avons dit ci-dessus § III, Ms K, cet article et l'article 9 ne sont donnés dans aucun autre Manuscrit.)

[240] - Voir ci-dessus, Ms K.

[241] - La phrase qui termine l'article 6 de notre texte (note 239) est intercalée ici dans le Ms. H, précédée d'une + et avec le numéro 7 en marge : double renvoi marquant l'addition de l'alinéa : " Or, telles occurrences..." qu'on va lire. Mais l'Autographe de cette addition et de celles indiquées au même Manuscrit par d'autres chiffres n'a pas été retrouvé. Après la phrase dont nous venons de parler, le Ms. H termine l'article par le passage suivant, inséré plus tard avec quelques modifications dans l'article 6 ; voir ci-dessus, (a), p. 224. Enfin, quant aux sorties qui se feront pour plusieurs jours en affaires de grande importance, ainsy quil a esté dit ci dessus, aucune ne sortira qu'avec une compaigne de la Congregation, laquelle pendant le tems de la sortie tiendra place de Superieure a l'autre, pour l'ayder et fortifier en la devotion contre les tentations que les connoissances et autres amorces domestiques luy pourroyent exciter ; observant toutes deux..., etc. [La suite est conforme au texte du Ms. K; voir note 235)

[242] - Voir note 238.

[243] - D'après l'Histoire de la Fondation, l'élection des visiteuses se fit pour la première fois le 31 décembre 1611 et les visites commencèrent le 1er janvier 1612. Il semble, cependant, que le Fondateur ait donné lui-même d'abord une Obédience pour ces visites. L'Année Sainte (ancien Ms.) la place au 10 juin 1611 ; un Memoire sur l'establissement de la Visitation, au lendemain de l'Oblation des trois premières Religieuses. Quoi qu'il en soit de la date, nous cite­rons le passage du Memoire : " Le lendemain, " 7 juin, " le Saint aiant dit la Messe, les fit apeller et leur dit qu'il souhaitoit qu'elles commençassent le service des pauvres, et leur donna un reglement pour leur aprendre comme il faloit se comporter. Il fit mettre la Mere a genoux et lui fit dire ces paroles : " Monsei­gneur, nous demandons la sainte obediance pour aller servir les pauvres, afin que Notre Seigneur nous dise au jour du jugement : Venez les benites de mon Pere, parce que vous m'avez servi quand j'etois malade, vous m'avez revetu quand i'etois nud..."Il les benit en leur disant : " Mes tres cheres. Filles, il n'y a rien de si consolant en tout le christianisme que cet exercice, car il ravit le cœur de Dieu. " Il se retira, et elles allerent faire la lecture de leur reglement qui commençoit en cette sorte : " Mes Filles prendront la benediction de la Mere a genoux avant que de sortir pour le service des pauvres. L'une sera superieure de l'autre qui ne fera rien que par son ordre, et l'autre sera la surveillante de la su­perieure pour rendre conte a la Mere comme tout se sera passé, combien elles auront visité de pauvres malades et ce qu'il leur manque, et quand il faudra que je les assiste pour le corps et pour l'ame. " Les premières à visiter les malades furent la Mère de Chantal et la Sœur Marie-Jacqueline Favre ; on conçoit que cette visite ait été différée jusqu'à 1612, puisque toutes deux partirent pour la Bourgogne le 5 septembre 1611 et ne revinrent à Annecy que la veille de Noël.

[244] - " En ces visites, l'on assistoit les malades non seulement de consolation et de service de nos mains, " raconte la Mère de Chantal dans l'Histoire de la Fondation, " mais aussi de tout ce qui leur faisoit besoin : de vivres, linges, couvertes, oreillers, car l'on en trouvoit dans des pauvretés, miseres et salletees extremes, plains de vermine et de puanteurs telles, qu'il ne falloit pas un moindre amour que celui de ces cheres ames pour les manier ; ce qu'elles faisoient avec un courage nompareil... Il y en avoit de tout ulcerés, qu'elles pansoient ; d'autres tout plains de vermine, qu'elles tondoient ; enfin, elles faisoient tout ce qui estoit requis pour leur soulagement et netteté, leur changeant de linges, faisant leurs licts, donnant de la paille a ceux qui etoient couchés a platte terre, les accomodant proprement, et le lieu ou ils etoient. Elles les faisoient aussi visiter par leur medecin et leur donnoient des petits remedes selon son ordonnance. Quand il estoit necessaire de leur donner les Sacremens elles faisoient avertir M. le Curé, et metoient des linceuls sur les licts des malades et autres linges blancs sur les lieux mal propres ; et elles enseveliçoient ceux qui mouroient. "

[245] - Voir Ms K, in fine.

[246] - Consideration est une faute évidente ; peut-être faudrait-il lire commiseration.

[247] - Pour cet article, la rédaction du Ms. H se rapproche davantage de celle du Ms. G plutôt que de notre texte; aussi, afin d'éviter des répétitions inutiles,. on a cru préférable de rattacher au Ms. G, donné en seconde leçon, les variantes du Ms. H, les distinguant des autres par des lettres italiques et des demi-paren­thèses.

[248] - Cette première phrase est reproduite dans le Ms. H ; mais le saint Fonda­teur y a biffé les mots : " et feront... chambres " ; substitué " cinq et demi " à "six", et "six et demi " à "sept heures " ; puis, supprimé " et Tierce " après Prime ". Ces modifications lui furent suggérées par la Mère de Chantal qui .écrivit en marge du même passage : " L'oraison commencera a 5 heures et d. l'esté, l'ivert a 6 et d.; Prime, apres l'oraison ; Tierce et Sexte avant la Messe ; None, apres. Le tout, s'il plaist a Monseigneur. " (H)

[249] - var : apres laquelle elles se retireront pour se praeparer a dire Vespres [et Complies] despuis trois jusques a quatre heures. (H) - [En marge, de la main de la Sainte: Complies a cinq heures. Voilà pourquoi le Fondateur .a retranché et Complies à la ligne précédente,] A quatre heures (H) [Reprendre à la 2" leçon, lig. 3.]

[250] - Donc, au début, les Vêpres se chantaient sur les trois notes tous les jours ; c'est pour cela qu'il fallait uue heure entière pour Vêpres et Complies,

[251] - Une + et le chiffre 9 indiquent au Ms. H une modifica­tion à faire.

[252] - Fin de la 12e page du Ms. G; comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 101, il y a entre celle-ci et la dernière feuille une lacu­ne facile à constater (notes 283,298). Nous donnons la suite de l'article d'après le Ms. H.]

Mays le Caresme, qu'on dit Vespres avant disner et apres la Messe, il faut dire seulement Complies a cinq heures, et apres icelles les Letanies et la petite oray­son mentale. Et lhors on fera collation seulement a sept heures, observant nean­moins, quant au reste, l'ordre mis ci dessus.

Es jours de festes, on pourra employer le tems destiné aux ouvrages et au silence, a escrire, lire, composer cantiques et semblables choses.

Des le jour St Michel jusques a Pasques : elles se leveront a six heures et dis­neront a dix et demi, retardant tous leurs exercices a proportion de cela. Elles souperont a six et demi, commenceront Matines a huit heures et un quart, [la Sainte corrige " et un quart " en trois quarts] et seront toutes couchees a .dix et demi.

Ce qui a esté dit que toutes se treuvent couchees en esté a dix heures et en hyver a dix heures et demi, n'empesche pas qu'elles ne se puissent coucher in­continent apres leur retraitte ; comme il sera expedient que celles qui sont bien sujettes au sommeille facent de bon cœur, pour estre plus promptes et agiles au lever.

[253] - [horsmis Matines et Laudes, et Conpia, qu'elles diront a basse voix.] (H)

[Les mots et Conpia ont été ajoutés en surcharge par la Mère de Chantal, puis biffés comme tout ce membre de phrase. Une + tracée apres " posement. " indique au Ms. H une addition à faire ; en effet, ce Manuscrit n'a pas la suite de l'alinéa qui se lit dans notre texte ni les trois lignes qui le suivent. Par contre, il donne cette phrase qui a été supprimée dans le Ms. K : ]

Toutes apprendront l'exercice de l'orayson mentale pour le faire le mieux qu'elles pourront avec les autres ; comme aussi l'usage des aspirations et oray­sons jaculatoires. (H)

[254] - L'octave de la Purification fut prescrite par saint François de Sales à sa congrégation pendant les premières années. Le 8 février 1614, prêchant à la Visitation il dit : " en cette Maison l'on fait l'octave de la Purification de Nostre Dame. " Quand fut-elle abolie ? Nous l'ignorons, mais on se rappelle d'avoir lu cette phrase dans l'Entretien De la Modestie : " La feste de la Purification, je vous l'ay desja dit une fois, n'a point d'octave." (Entretiens 6 p.62 ; S3, note 13)

[255] - Aucun exemplaire de cet " Abbregé " n'est parvenu jusqu'à nous. – Ces " variations» dans la récitation de l'Office de Notre-Dame étaient encore en usage dans les Maisons de l'Institut en 1621. Le 24 août de cette année le Saint écrit à la Mère de Chantal alors à Paris : " Quant a l'Office, on m'a dit qu'on y treuvoit a redire dequoy, es festes principales, on mettoit les Pseaumes de Nostre Dame avec le chapitre, les versetz et l'orayson du jour. Mon Dieu, que cette plainte est delicate !... Mais il n'y a remede, il faut souffrir que chacun parle a son gré; et pour addoucir tout, tant que nous pourrons, il faudra donq dire tout a fait l'Office de Nostre Dame, et a la fin adjouster une commemoration du jour, car a cela on n'auroit rien a dire. " (L10, note 259). C'est ainsi qu'il se pratique maintenant, comme le prescrit le Directoire pour l'Office.

[256] - La suite de cet alinéa, jusqu'au mot " Superieure ", se retrouve avec de légères divergences, dans un fragment d'une rédaction antérieure, con­servé à la Visitation de Milan (Ms. M). Il fait partie de l'article intitulé : Du maintien exterieur et des devis. (Voir Ms K, et note 301 art. 29, variante (a).)

[257] - C'étaient les Sœurs Tourières; on le verra plus loin, à l'article 30 qui les concerne. L'édition de 1619 leur donne encore cette appellation (note 129). Les Pater et Ave furent ensuite prescrits aux Sœurs Domestiques, tan­dis que les Tourières sont tenues à la récitation du Chapelet. (notes 45,131).

[258] - Les deux alinéas suivants sont la reproduction textuelle du Ms. H.

[259] - Dans le Ms. H, cet article est de la main du Saint. Voir le fac-similé page suivante

[260] - La suite de l'alinéa de notre texte ne figure pas au Ms. H.

[261] - Voici les détails que la Mère de Chantal nous a laissés dans l'Histoire de la Fondation : " Sur la fin de l'annee " du noviciat, " notre saint Fondateur nous vint examiner pour la Proffession... Il voulut savoir nos pensees pour la coëffure. Nous lui proposames des voilles de crepe, ne pensant pas qu'il s'en pû faire d'autres etoffes. Ce Bienheureux, avec sa profonde humilité nous dit : " Ce­la est trop riche et delicat pour vous qui faites proffession d'une si grande sim­plicité et pauvreté ; il les faut faire d'etamine. " Ce que nous fimes aussitot, nous servant des lais d'une robe de la Superieure lorsqu'elle entra, car l'on n'avoit pas de quoi en acheter de neuve. " Le saint Evêque " vint un jour pour essaier comme quoi l'on s'acomoderoit de ce voille, et le fit mettre en plusieurs façons sur la tete de l'une de ces filles, et enfin il choisi celle que nous tenons mainte­nant, qu'il trouva la plus simple et dessante. " D'apres le Memoire (note 243), le Saint aurait répondu à la proposition des voiles de crêpe : " Cela est bon pour des dames Abbesses, mais pour nos Filles cela est trop delicat, puisqu'elles veulent faire profession d'une tres grande et tres profonde humilité. " La Sœur Fichet marque l'endroit où se passa le fait : " En la petite allee devant la chambre de nos premieres Meres, notre saint Fondateur leur faisoit quelques fois rendre conte de leur interieur... En cette mesme allee ce Bienheureux montra comme il vouloit qu'on se coëffa a la Proffession. Notre Mere de Brechard se decoëffa et recoëffa en sa presence, et le Bienheureux, qui etoit assis, se leva, puis prenant des ciseaux, lui mesme arondit son voille par derriere comm'ils sont maintenant. " (Histoire de la Galerie.)

[262] - Le " collet " et " les manchettes " furent supprimés; la Mère de Chantal a biffé la mention des secondes au Ms. P (fin 1615 - mars 1616) dont il sera parlé plus loin.

[263] - Cette coiffure était celle qu'avaient portée les trois premières Mères pen­dant leur noviciat . " Nous demeurames une annee entiere sen sortir et sen pran­dre aucun habit religieux, " écrit sainte Jeanne-Françoise de Chantal dans l'Histoire de la Fondation, " ains seulement des robbes toutes simples, sens hausses, plis ni gros manchons, avec des petits collets de toille blanche. La coëf­feure etoit d'un bandeau noir qui couvroit la moitié du front, avec une grande coëffe de taffetas sens façon, qui couvroit le visage etant baissee. " Le modèle en avait été confectionné par Mlle de Bréchard, chez le saint Fondateur, avant d'entrer à la Galerie. Plus tard, devenue Supérieure, elle en conta l'histoire d'une manière assez plaisante dans le récit qu'elle a fait de la Fondation ; dont mal­heureusement il ne nous reste que quelques pages. " Nostre Mere, " dit-elle, " donna la commission de faire» ces coiffes a celle qui estoit venue de Bourgongne avec elle, laquelle ne sachant bonnement par ou s'y prendre et ne vou­lant que personne s'aperçu de cette petite preparation, elle en fit un modelle comme elle pensa estre pour le mieux ; et apelant secretement un muet qui de­meuroit au logis de nostre Bh. Pere, elle luy essaya cet habit, estant assuree quil n'en diroit rien, car elle ne pouvoit pas l'essayer sur elle mesme, ny voir comme il iroit, dautant que despuis plusieurs annees elle ne se servoit point de miroir. Neanmoins, le muet ne fust pas plus tot dessendu en bas, qu'il monstra par signe aux autres domestiques ce qui c'estoit passé." (Ms.autographe conservé à la Visitation de Périgueux.). Jusqu'à la fin de l'année 1614, les Novices reçurent la coiffe au lieu du voile blanc. (Voir Ms K p.104).

[264] - Le texte définitif dispense la Supérieure de lire à table (voir Constit. 16), mais elle sert à son tour comme les autres Sœurs. C'est le P. Binet, de la Compagnie de Jésus, qui suggéra ce changement à saint François de Sales, comme on peut le voir dans les Remarques données plus haut.

[265] - L'article se termine ici dans le Ms. (H), où une + et le numéro 10 indiquent l'addition du dernier alinéa de notre texte.

[266] - Les prescriptions contenues dans ce dernier alinéa, retranchées au texte définitif, ont été insérées dans le Directoire, art. VII, De la refection. A propos du jeûne, une question fut posée au saint Fondateur, raconte la Sœur Fichet (Histoire de la Galerie) : " Monseigneur, et les jours de jeune comme ferons nous ? Les Carmelites ne mangent qu'une once de pain a colla­tion les jours de jeune d'Eglise, et ceux de la Regle elles en ont quatre. "- ­" Et bien," repondit notre Bx Pere, " nous qui recevons les infiermes, nous tien­drons le millieux ; nous mangerons trois onces de pain en tous tems, avec un peu de fruit. "

[267] - Addition du Fondateur au Ms. H, ainsi que plus bas.

[268] - Cet article est de la main du Saint dans le Ms. H. Voir le fac-similé p.121

[269] - Le Ms. H n'a pas la suite de l'alinéa.

[270] - Ces deux lignes forment dans le Ms. H un article à part, sous le n° 28 et le titre: Des penitences.

[271] - Aucune des Dames de la Congregation ne fera le vœu de chasteté ni d'obeissance

[272] - La suite de l'article, qui manque au Ms. H où il occupe le bas de la der­nière page, se trouve sur la feuille mutilée de Turin (Ms. I), qui a sans doute été détachée du même Ms. H. Voir p. 103).

[273] - A ces mots biffés, le Saint a substitué de sa main, dans le Ms.I, ceux qui se lisent au texte. Le souligné indique dans ce dernier les additions faites également par lui à cet article dans le même Manuscrit.

[274] - Sur les Oblats de Saint Ambroise, voir Op3, note 314. On peut consulter leurs Règles dans les Acta Ecclesiœ Mediolanensis (Mediolani, 1599), tome II, pp. 826-844, et, pour ce qui concerne particulièrement le vœu de pauvreté, la p.831 où se trouve la formule de ce vœu ; voir aussi à la même page, le chap.v : De conditionibus ad votum, cum subiec­tionis bonorum et fructuum, tum paupertatis, pertinentibus.

[275] - Le feuillet conservé à la Visitation de Turin est coupé ici

[276] - Cet article est le " douziesme " du Ms. H.

[277] - Serait est sans doute une faute de copiste pour aurait.

[278] - var : luy rendra - ce qu'elle avoit apporté, sinon quil eust esté usé ou mis en reparation par son consentement et pure donation a tel effect. (H) - [Fin de l'article au Ms. H. Une croix et un astérisque tracés par sainte Jeanne de Chantal indiquent des modifications et additions à faire. Elles paraissent soit dans notre texte, soit dans les Manuscrits donnés plus loin, à l'article De la pauvreté.]

[279] - On a dit plus haut, note 53, que cela se fait au Chapitre annuel.

[280] - Voir Entretiens, annexe II p.187

[281] - Les passages soulignés dans le texte, sont, au Ms. H, écrits de la main du Saint.

[282] - La suite de cet alinéa ne se trouve pas dans le Ms. H.

[283] - Cet article occupe 1a seizième et dernière page du Ms. G.

[284] - Par un lapsus calami, saint François de Sales a écrit premieres

[285] - Le Ms. K a s'exercer ; c'est une faute de lecture que corrige le Ms. H.

[286] - Pour les articles 20, 21, 24, 25, 28 le Ms. H nous fait défaut , mais nous avons le feuillet autographe appartenant à la Visitation de Milan (Ms. M), men­tionné ci-dessus, p. 104; nous en donnons les variantes avec les mots biffés. Les numéros d'ordre en chiffres romains sont également du Saint ; ils semblent avoir été ajoutés en marge après coup, et ne concordent pas avec ceux du Ms. K.

[287] - Cet article et le suivant sont donnés par le Ms. H. Le premier y figure sous le numéro 13

[288] - Il porte le n° 22, non seulement dans le Ms. H,mais aussi, avec plu­sieurs variantes, dans la feuille conservée à la Visitation de Turin (Ms. I), déjà mentionnée plus haut, p. 102, et note 272.. Le premier ne diffère de notre texte que par le mot " Dames " auquel a été substitué " Seurs ".

[289] - var : a la Superieure, - assistee de son Assistente et de la Portiere. Mays quant aux moyens qui seront en argent, ilz seront deposés en un coffre a troys clefz, desquelles l'une sera es mains de la Superieure, la seconde es mains de la Directrice et la troysiesme es mains de la Portiere. (ms I) - [Le membre de phrase souligné dans notre texte est écrit par le saint Fonda­teur au Ms. H, où H a biffé cette leçon : "l'autre par la Directrice et la troysiesme par la Portiere. " Plus bas, il a également remplacé " Directrice» par les mots soulignés.]

[290] - Ici se termine la deuxième page de la feuille de Turin ; quatre pages du Ms H, d'Annecy, mais d'une rédaction antérieure à la plus grande partie de ce ­Manuscrit, constituent la suite du feuillet de Turin (Ms. I).

[291] - C'est-à-dire par les " Seurs servantes ", appelées plus tard Tourières. ( note 257).

[292] -Pour cet article et le suivant, voir note 286.. Le­ feuillet autographe de Milan (Ms. M) donne au présent article le n° 35.

[293] - Cet article, qui subsiste avec quelques modifications dans les Manuscrits postérieurs, mais qui est supprimé dans la rédaction définitive, a été inséré. dans le Coustumier, art. v, avec des prescriptions plus détaillées.

[294] - Voir note 101, la Constitution 26 de l'édition de 1619, et les Remarques du P. Binet, note 155.

[295] - Nous corrigeons, d'après l'Autographe de Milan, le Ms. K ; par une erreur de lecture il porte : "dedans les chœurs es chambres ".

[296] - Le texte de cet article et du suivant est, dans le Ms. H, identique à celui du Ms. K, sauf le mot " Dames" au lieu de " Seurs ". Nous avons en plus,.pour les deux articles, la feuille de Turin (Ms. I) dent il est parlé ci-dessus, note 272) ; ils portent les numéros 20, 21 dans les deux Manuscrits.

[297] - var ; sujette a l'Evesque, il commettra un ecclesiastique meur,. discret, docte et irreprochable qui, comme deputé de sa part, aura la surinten­ dance sur la Congregation et Mayson, a ce que les regles y soyent bien obser­vees et qu'aucun abus ne s'y introduise qui puisse alterer [le bon bruict] la bonn'odeur qui doit sortir de cette devote Compaignie, procurant l'advancement d'icelle tant es choses spirituelles que temporelles. Aussi luy appartiendra il de visiter la Mayson une fois l'an, assister aux elections de la Superieure et du Confesseur ordinaire, appreuver les Confesseurs extraordinaires, donner lës licences aux femmes d'entrer en la Mayson, signer les causes des sorties extraor­dinaires des Dames et celles des entrees des hommes, ainsy qu'il a esté dit ci­dessus. Bref, a ce deputé, comme au Pere spirituel de la Mayson, tant la Supe­rieure que les autres Dames pourront recourir es choses ou il sera besoin d'une speciale providence; bien que, quant a la Visite, il semble estre expedient qu'elle se fasse (ms I) [Reprendre au texte, lig. 12.]

[298] - Ici commence la dernière feuille du Ms. G; on constatera facilemenl une lacune entre les pages du même Manuscrit données plus hant (pp. 211-2)0, 233-2)6,2'. leçon) et celles-ci. Probablement, le début de cet article, avec le titre, se trouvait sur la partie de l'Autographe­ qui n'est pas arrivée jusqu'à nous. (Voir p.101 sq).

[299] - Cet article est exactement pareil dans les trois Manuscrits H, I, K.

[300] - Le feuillet autographe de Milan (note 286), donne à cet article le n° 30 : DES [CORRECTRICES... ZELATRICES.] (M) - La correction du titre est de la main de M. Michel Favre.

[301] - Une autre leçon de cet article, mais bien différente, termine la seconde page du feuillet de Milan, où elle porte le n°37. Nous la reproduisons ici en entier.

DU MAINTIEN EXTERIEUR ET DES DEVIS

Elles s'essayeront de se tenir en une contenance douce, humble et franche, avec une modestie religieuse par laquelle elles se porteront les unes aux autres un respect amoureux, s'entresaluant les unes les autres avec l'inclination de la teste lhors qu'elles s'entrerencontreront les unes les autres, sans pourtant faire ­des devis de choses non necessaires, sinon quand la Superieure le leur aura per­mis.

Mays quant au chœur et autres exercices spirituelz, elles [tiendront] se met­tront en un maintien le plus devot quil leur sera possible et ne parleront que pour choses extremement urgentes, ni ne sortiront que par necessité pressante. Que si quelqu'une fait faute au chœur, personne ne la reprendra là; mays si la faute se peut reparer, celles qui s'en appercevront la repareront froidement et sans empressement: comme, par exemple, si celle qui commence les Pseaumes avoit pris l'un pour l'autre, les autres reprendront le Psalme laissé sans donner signe de la faute. Mays celle qui l'aura faite, apres l'Office ira demander par­don, non tristement mais humblement, a la Superieure. (M) [Pour ce dernier alinéa, cf. note 256)

[302] - Cet article ne se trouve pas dans le Ms. H.]

[303] - Les mots entre crochets suppléent une omission du Ms. K.

[304] - Par une faute de copiste, on lit " les divisant ", dans le Ms. K.

[305] - Dans le Ms. H cet article et les deux suivants sont de la main du Saint, et y figurent sous les numéros 16, 17 et 18.

[306] - A partir de cet article, le Ms. K n'a plus de numéros d'ordre ; nous les ajoutons entre crochets.

[307] - L'article se termine ici au Ms. H ; une + et le numéro 17 mis en marge indiquent l'intention de l'Auteur d'y faire une addition.

[308] - La suite ne se trouve pas dans le Ms. H, où l'addition projetée est indi­quée par une + et le numéro I8 ajouté en marge.

[309] - C'est-à-dire aux Sœurs qui sortiront pour la visite des malades ou qui en reviendront. .

[310] - Le Ms. H résume en un seul et très court article les attributions des autres officières de la Maison, la Réfectorière exceptée. Une première leçon du même article se lit au commencement de la feuille mutilée de Turin (voir p.102 ; note272) où il ne porte pas de titre. Les deux textes sont reproduits successivement ci-dessous.

Outre cela, il y aura une Sacristaine, qui aura soin des paremens de la chap­pelle et de la parer. Une, qui ayt soin des malades, quand il y en aura. Une, qui ayt la charge des vestemens et lingeries des Dames, pour les retirer et dis­tribuer selon qu'il sera requis. Une autre, qui sera compaigne de la Portiere, pour estre presente a ce qui se fera a la porte. Et en fin une autre, qui aye le soin des provisions et de tout le mesnage de la Mayson, qui sera comme l'Œco­nome generale d'icelle. (I)

Article 19

DES AUTRES OFFICES DE LA MAYSON

Outre cela, une des Dames aura soin de parer la chappelle et sonner a propos pour les Offices et oraysons. Une autre aura charge des vestemens et lingeries des Dames, pour les retirer et distribuer selon quil sera requis. Une autre sera compaigne de la Portiere, pour estre presente a ce qui se fera a la porte. Et en fin une autre, qui aye le soin de toute la Mayson, comme Œconome generale d'icelle. + (Ms. H, où les signes ordinaires avertissent qu'il y a des modifica­tions et additions à faire.)

[311] - Les prescriptions contenues dans ces deux derniers alinéas, supprimées plus tard dans les Constitutions, sont insérées dans le Coustumier et Direc­toire, " Directoire de la Sœur Lingere ".

[312] - Les articles 39-42 n'ont pas leurs correspondants au Ms. H.]

[313] - Dans la suite, il fut décidé qu'une Sœur à tour de rôle serait désignée chaque semaine pour lire à la seconde table de même qu'à la première.

[314] - A l'époque où le Ms. K fut rédigé (1613), les trois rangs des Sœurs n'é­taient pas encore déterminés, il n'y avait pas de Sœurs domestiques portant le voile blanc et destinées au ménage, comme le saint Fondateur le régla dans la suite. Const 41, note 129).

[315] - Une autre rédaction de cet article, antérieure au Ms. K, se conservait en 1894 chez les Pères jésuites de Saint-Acheul (Ms. N)

[316] - var : les Seurs - bien satisfaites d'elle en son office. Et tant les unes que les autres pourront estre continuees tant quil semblera bon a la Superieure. (N)

[317] - var : se - fera [ainsy] en cette sorte : [le P. spirituel... Les Seurs escriront une ­chascune a part soy le nom de celle qu'elles jugeront plus propre pour la charge, et le plieront et garderont, sans s'entrecommuniquer l'un'a l'autre en façon quelconque ce q...] Le P. spirituel (et si l'Evesqu' y est il sera mieux que ce soit luy ) (N)

[318] - var : qui est - tiree de son nom. Ce qu'estant fait, on verra celle qui a le plus de voix, et elle demeurera Superieure. Que si il se treuve que deux Dames soyent nommees avec egalité de voix, la plus ancienne en reception [sera] prendra la charge. (N)

[319] - Pour cet article et les deux suivants, le Ms. H a les deux leçons dont nous avons parlé p.102 ; elles portent les numéros 23, 24, 25. La leçon qui a plus de rapports avec le Manuscrit de Thonon (G) et se rattache à celui de Turin (I) présente des divergences considérables; nous les distinguerons de l'autre texte du Ms. H par cette indication: H'.

[320] - Les mots de notre texte soulignés sont écrits par le Saint dans la seconde leçon du Ms. H.

[321] - var : receüe, - la Superieure prendra les voix de toutes les Dames dediees, et si la plus part d'icelles avec la Superieure y consent, la reception se ­fera; mais si la Superieure ne consent pas, la reception ne se doit pas faire, si­non que les deux partz [des] troys faysans le tout y consentist. Et tous­jours, en telles occasions, la Superieure advertira le Pere spirituel, affin quil s'enquiere des conditions de la fille qui est proposee, et que son advis serve. d'ouverture a la deliberation que les Dames en feront. (H')

[322] - var : des enfans - a la direction desquelz elles soyent necessaires. - Or, en ceci, on prendra les voix secrettement par febves noyres et blanches, ainsy quil sera dit cy apres en l'election de la Superieure . (H') – (La première rédaction de cet article n'est pas arrivée jusqu'à nous. Comme on l'a vu ci. dessus, dans les snivantes le mode d'élection de la Supérieure a été changé, et ne se fait plus par fèves.)

[323] - var : Celle qui voudra estre receüe au Noviciat, apres avoir eu asseurance de sa reception, entrera quelques jours auparavant en la Mayson, et se praeparera avant toutes choses par les Meditations qui sont mises en l'Introduction de la Vie devote ; et quand ce viendra a la dixiesme, elle specifiera le choix de la vie de la Congregation. Puis elle fera une (H')

[324] - var : de - Dimanche ou de feste, [le Pere spirituel, ou quelque Prestre de respect en son nom, fera la reception ainsy quil sera dit ci apres.] la Superieure la recevra, [ainsy quil sera dit...] luy [faysant changer] ostant ses habitz et coiffeures ; et elle estant a genoux, prendra les habitz et coiffeures de la Maysons dedans le refctoir ou ailleurs, en presence de toutes, puis elle l'amenera à la Messe et Communion sans autre ceremonie.(H') – Les dernières lignes de cette variante, que nous avons soulignées, sont de la main du Saint. Les variantes qui suivent sont tirées de la seconde rédaction de l'article ; voir note 319

[325] - var ; ses habitz - exterieurs dedans le refectoir ou en un autre lieu, en pre­sence de toutes les Dames (H')

[326] - Voir p.101 et note 263

[327] - Addition du Saint au Ms. H.

[328] - var : exhortation - affin qu'elle ne se trouble point, mais affin qu'elle s'humilie et face son prouffit de ce retardement, duquel par ce moyen elle pourra tirer plus de consolation, et la compaignie plus d'edification. (H')

[329] - La fin de l'article du Ms. H' est la reproduction textuelle du Ms.G donné en seconde leçon.

[330] - Un article concernant le Père spirituel est donné ci.dessus (art 26) ; dans le Ms H, un article analogue précède, comme dans celui-ci, la reception dei Novices. Dans les deux Ma­nuscrits y avait-il un autre article qui précisait davantage les attributions de cet ecclésias­tique ? leurs lacunes ne permettent pas de le dire.

[331] - A partir d'ici, le Ms. K non seulement n'a pas les numéros d'ordre, mais le mot " Article" est aussi omis ; nous rétablissons celui-ci et ceux-là entre crochets.- Les variantes qui suivent sont tirées des fragments conservés à la Visitation de Turin, de Caen et d'Annecy, et du Formulaire complet mentionné p.103 ; il est postérieur aux trois fragments. Nous désignerons les variantes du Manuscrit de Turin sous la lettre (I), et celles de Caen et d'Annecy sous la lettre (J1, J2) ; l'absence de désignation indiquera les variantes du Formulaire. Voir p.102.

[332] - Cette Preparation a l'Oblation est donnée à l'article 47 dans le Ms. K ; peut-être a-t-elle été déplacée par le copiste. Les variantes de ce Manuscrit seront reproduites plus loin, au bas du texte écrit par le saint Fondateur.

[333] - var : et lhors - les Dames pretendantes s'estans preparees selon qu'il a esté dit ci dessus, elles sortiront de la Mayson par la porte du cœur (sic), et apres elles, la Superieure et un'autre Dame. Or, les pretendantes sortiront hors les ba­lustres et s'agenouilleront sur le seuil de la porte d'icelles ; mais la Supe­rieure et l'autre Dame demeureront en dedans, a costé d'elles

[334] - On voit, par la description que la Soeur Fichet a fait de la maison de la Galerie que les Sœurs yétaient encore lorsque ce Formulaire futrédigé (voir p.103). "La lon­gueur de leur chœur, " dit-elle, " ne pouvait contenir que 5 Sœurs de rang au plus, au bout duquel estait une tendué d'ais qui les separaient du chœur des prestres, lequel, jusqu'au ba­lustre qui faisait la separation, n'avait de longueur que la place que pouvaient tenir deux Sœurs a genoux l'une devant l'autre. L'autel estait posé au millieu contre la paroye du chœur des Sœurs on l'on avait fait une ouverture de la longueur d'une feuille de papier, en sorte que, par derriere, les Sœurs pouvaient voir le St Sacrement a travers un crepe que l'on avait mis sur celle ouverture. A costé droit de l'autel estait une porte... par ou pour l'ordinaire nostre Bienheureux Pere passait quand il entrait dans la Maison et par ou les Sœurs passaient au presbiteire pour entendre les sermons et pour faire les Professions, qui se faisaient tous­jour au pied de l'autel. " (Histoire de la Galerie.)

[335] - Ici commence le fragment autographe conservé à la Visitation de Turin.

[336] - var : quil verra - plus a propos ; et [iceluy] l'ayant achevé, deux des Dames :[sortent] vont [prendre celle... la nouvelle...] aupres de la prœtendante (en de­dans neanmoins du cœur), laquelle estant a genoux entr'elles [devant l'autel.], elle dit en voix intelligible, se tournant du costé du Prestre :

Je, telle N., demande, pour l'amour de Nostre Seigneur Jesuschrist (I)

[337] - var ; garder - vostre obeissance et chasteté a Jesuschrist Nostre Seigneur ? (I) - [Le même signe de renvoi ajouté après ces mots à l'Autographe de Turin, précède une addition marginale faite à celui de Caen dont nous allons donner les variantes.]

[338] - var : donq - bien resolu de vous dedier a Dieu et de vivre a jamais ainsy ? Et elle respondra : Ouy, je l'ay resoulu en mon cœur, par ce quil m'est [tres] bon d'estr' ainsy. (I) - [Le fragment de l'Autographe de Turin se termine par cette variante, mais la leçon primitive continue sans lacune sur celui de Caen.]

[339] - Fin de l'Autograhe de Caen; celui d'Annecy commence à l'alinéa sui­vant.

[340] - Cette dernière phrase a été ajoutée après coup.

[341] - Le Saint a laissé cinq ou six lignes en blanc, puis tout au bas de la troisième page, après avoir tiré un trait de séparation, il a commencé à écrire les notes pour les Méditations pré­paratoires à l' " offrande ". Arrivé à la cinquième, la place lui a manqué ; alors il a employé le blanc laissé après le trait, pour tracer la 5e,6e 7e note. Plus tard il développa les pensées ëbauchées dans le Ms. G, comme on peut le voir plus loin : Medilations pour sept jours avant la Profession, et à l'article 10 du Couslumier, p. 37 de l'édition de 1628, et p. 47 de celle de 1850.

[342] - var : par -la grace de vostre toute puissance, je porte [le joug... les faciles..] constamment le joug et le fardeau de vostre doux amour et saint service en cette Congregation. Receves moy, O Jesus tres aymable et tres amiable, entre les bras de vostre tres desirable fraternité, affin que, par le merite de vostre tres sacree Passion, je puisse fidelement porter apres vous la croix que j'em­brasse et le renoncement que j'entreprens (Mt 16,24) [selon l'institut de cette Congrega­tion]. Receves moy, O St Esprit, mon vray Dieu, en vostre tres souveraine bonté et charité, affin que je m'abbandonne a jamais totalement a vostre divin amour, auquel je me sacrifie et me donne.

Et [me] retournant aussi mon cœur devers vous, [o Mere du Filz de Dieu eternel,] o tres glorieuse, tres sacree et tres douce Vierge Marie, Fille tres aymee .du Per eternel, Mere tres honnoree du Filz, Espouse tres chere du Saint Esprit, je vous supplie et conjure, par l'amour et la mort de vostre [cher] Filz et vostre Dieu, de me recevoir en vostre giron maternel, m'acceptant en vostre tres asseuree protection, affin que, comme je m'offre a [ce mesme Seigneur,] mon Dieu, vostre unique Filz, sous le saint nom de vostre Visitation, ainsy puissé-je a ja­mais [obeir a la tressainte...] suivre cette sainte inspiration et vocation.

O Cieux, oyes ce que je dis, et que la terre escoute les paroles de ma bouche que je prononce de tout mon cœur :

Je choysis JESUS, [Iuy devant toutes...] mon Seigneur et mon Dieu, pour estre [I'unique] le souverain object de mes affections (J2)

[343] - Le petit fragment gardé à la Visitation d'Annecy (voir p.102) commence, au recto, écrit de la main du Saint, par les mots et Jacob du Psaume Exaudiat qui est en entier ; et le secrétaire Thibaut reprend à ; " Ceci vous sera un voyle " etc.

[344] - Fin du recto du petit fragment.

[345] - Le verso du petit fragment commence ici ; il est écrit par Thibaut et va jusqu'aux mots : " et mourir en la... ".

[346] - Le Livre du Couvent (voir note 145).

[347] - Cet article subsiste, mais avec beaucoup de divergences dans le Manuscrit P dont les variantes seront données plus loin ; il ne figure pas dans le­ Manuscrit Q (août 1616-janvier 1617) ni dans les rédactions postérieures, mais le Manuscrit de 1618 et la première édition des Constitutions mentionnent encore l' " expulsion ", comme on l'a vu plus haut, Constit. 48, notes 147,148.

[348] - A partir d'ici, nous avons deux pages autographes de cet article, conser­vées à la Visitation de Bordeaux (Ms. O). Le haut du feuillet a été coupé; par­ suite de cette mutilation, le titre, les premiers mots de l'article et une ligne du verso ont disparu.

[349] - Ce membre de phrase jusqu'à " exhortation ", et les mots " cela, ains tascher de faire ", ont été coupés à l'Autographe.

[350] - La suite du Ms. autographe manque.

[351] - Cette Préface est postérieure au voyage de saint François de Sales à Milan-Turin (fin avril-mai 1613) ; la mention des diverses Congrégations qui fleurissaient en Lombardie, notamment dans le Milanais, et les références très précises aux règlements des Oblats de Saint Ambroise, des Guastales, etc., en sont la preuve. Elle est antérieure à la rédaction du Manuscrit P des Constitu­tions, c'est-à-dire à la seconde moitié de l'année 1615 ; car, à l'article 4 de ce Manuscrit nous lisons : " Ce n'est pas un point essentiel de la closture des maysons des servantes de Dieu que les autres femmes ne puissent pas entrer, comme il a esté declaré en la Preface... " Toutefois, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer, nous croyons que ce travail, qui dut coûter au Fondateur de longues études et de minutieuses recherches, fut commencé pendant l'au­tomne de 1614 et continué les mois suivants. Il est incomplet, et ne serait-ce pas volontairement qu'il aurait été laissé inachevé ? Peut-être devait-il servir de Préface aux Constitutions de la Congrégation, si un jour elles s'imprimaient; mais bientôt la fondation de la Visitation de Lyon se décida, et bientôt aussi surgirent les difficultés avec Mgr de Marquemont, les propositions de changements, les pourparlers. Il est donc assez probable qu'au lieu d'y mettre la der­nière main, le Saint l'a laissé de côté, en attendant la décision finale. Celle-ci ayant été de transformer la Congrégation en Ordre religieux, il n'était plus be­soin " de faire des apologies et esclarcissemens pour la Visitation ". Ce travail fut dès lors abandonné, mais, comme on l'a dit ci-dessus, note 4, les ma­tériaux recueillis furent utilisés pour la Preface des Regles. - Deux rédactions nous ont été conservées. Celle que reproduit notre texte et qui est la définitive, se compose de 28 pages in-4°, dont la seizième est laissée en blanc ; elle est toute écrite par M. Michel Favre, mais le Saint y a fait des retouches et a mis les références marginales : elle appartient au Monastère d'An­necy. Cette copie dut être communiquée à Mgr de Marquemont ; on peut s'en convaincre en comparant avec elle certains passages du Mémoire de l'Arche­vêque de Lyon et de la Réponse de saint François de Sales donnés ci-après.. Vraisemblablement, c'est pendant le séjour du premier à Annecy (30 octobre-5 novembre 1615) que la pièce en question lui fut présentée ; il l'emporta pour l'examiner à loisir, et il l'avait sans doute sous les yeux quand, les 18 et 19 janvier 1616, il se mit " a brouillasser " son écrit. (Voir sa lettre du 20 janvier au Saint, L7, note 981). - De l'autre rédaction il nous reste trois feuilles autographes, soit douze pages, chiffrées par le Saint, et un fragment du début ; celui-ci est conservé à la Visita­tion d'Annecy. La suite n'a pas été retrouvée, jusqu'à la page 13. Cette dernière, avec les pp. 14, I5, 16, appartenait à la Visitation de Rennes, aujourd'hui trans­férée à Gennes (Ille-et-Vilaine); le bas du second feuillet ayant été coupé, il résulte de cette mutilation que environ 1/4des pp. I5, 16 manque. La seconde feuille est à la Visitation de Turin et comprend les pp. 17, 18, 19, 20; elle n'a subi aucune coupure, mais la feuille qui la suivait n'est pas venue jusqu'à nous. En effet, celle gardée à la Visitation de Thonon porte les chiffres: 25. 26, 27, 28. Les nombreuses ratures et surcharges de ces pages indiquent un premier jet ; il y eut sans doute une autre rédaction entre celui-ci et la copie de M. Michel Favre donnée comme texte. Dans ce dernier, les mots corrigés par le Saint sont soulignés. - La seconde leçon reproduit le fragment autographe d'Annecy et les feuilles de Gennes, Turin, Thonon, avec les ratures sous forme de variantes. - Les ( ) aux références marginales indiquent celles ajoutées par les éditeurs.

[352] - var : affin que vos ames ne soyent pas estonnees de sçavoir que …si elles oyent dire…si jamais ces censeurs vous attaquent par des…vous oyes dire que le monde contrerolle, picotte et ergote contre vostre innocente, religieuse et sacree vocation, vos ames en soyent moins estonnees…ne s'estonnent point,…. ayant icy…

[353] - Caspalium ou Caspaliana (villa) était sans doute le nom d'une propriété proche d'une autre, Audurus, où se trouvait une église dédiée à saint Etienne. D'après le récit de saint Augustin, qui seul les nomme, ces deux endroits pa­raissent peu éloignés d'Hippone. (Op2, voir p.72 de externa facie…).

[354] - Chronique et institution de l'Ordre du Pere St François composée premierement en portugois par le R. P. Marco de Lisbone, en espagnol, par le P. Diego de Navarre, puis en italien, par Horace Diolo,

bolonais, maintenant en notre langue Françoise par D. S. Parisien. Volume second. Paris, chez Robert Fellet, MDCXXII. Le premier volume parut eu 1609, le second en 1622. Saint François de Sales a dû consul­ter la version italienne qui est antérieure.

[355] - Au XIIIe siècle, plusieurs veuves et d'autres pieuses femmes dégoûtées du monde, s'enfermaient en de pauvres et très étroites cellules bâties sur les toits ou sous les portiques des églises, pour y vivre en recluses. Plus tard, elles se transformèrent en tertiaires ou en pinzochere ou pizzochere, nom dérivé de bizzoco, c'est-à-dire celui qui, tout en restant dans le monde, porte un habit religieux. Il y en avait un certain nombre dans la Vénétie aux XVe et XVI" siè­cles : les unes appartenaient à l'Ordre des Servites, d'autres étaient des tertiaires Carmélites ou Dominicaines, ou d'un autre Ordre mendiant.

[356] - Le docteur Diego Ferez de Valdivia naquit à Baeza (Jaen) vers 1510, de Jean Ferez et de Catherine de Valdivia. Il fut archidiacre à Jaen, professeur à Grenade et prédicateur remarquable. Accusé auprès du tribunal de l'Inquisi­tion, il se vit condamné à la prison, mais son innocence ayant été reconnue, on lui rendit la liberté. Quelques démêlés avec son Evêque lui firent abandonner sa charge d'archidiacre ; il se fixa à Valencia, puis à Barcelone où il mourut le 20 février 1589. - La traduction italienne de l'ouvrage de Ferez porte ce titre : Avvertimenti spirituali per tutti queIIi che specialmente si sono dedicati al servizio di Dio, composto per il molto R. P. il dottor Diego Ferez, tradoto di lingua spagnuola nella toscana [da Filippo Giunti]. Firenze, Filippo. Giunti, 1590.

[357] - C'est la Constitution Ascendente Domino, du VIII des calendes de juin 1584, mentionnée L8, note 437. - Les crochets du texte ont été mis par saint François de Sales.

[358] - Ordre militaire fondé en 1317 par Denys, roi de Portugal, pour défendre les frontières de son royaume contre les Maures. Jean XXII confirma cette insti­tution par Bulle du I4 mars 1319, et soumit les Chevaliers du Christ à la Règle de saint Benoît et aux Constitutions de Cîteaux. Ils faisaient les vœux de chas­ teté, pauvreté et obéissance ; mais Alexandre VI leur permit de se marier et les dispensa aussi de l'étroite pauvreté. Cet Ordre fut réformé en 1449 et en 1503. (D'après Moreri, 1740, tome III)

[359] - Martin Azpilqüet ou Azpilcueta, appelé communément " docteur de Navarre " parce qu'il était de ce royaume. Né le 13 décembre 1491, entré fort jeune chez les Chanoines réguliers de Roncevaux, il apprit à Alcala les humani­tés, la philosophie, la théologie, et vint ensuite en France étudier le Droit, qu'il professa à Toulouse et à Cahors. Retourné en Espagne, il rétablit l'étude du Droit canonique à l'Université de Salamanque, dont il occupa la première chaire jus­qu'à ce que Jean, roi de Portugal, l'appelât en celle de Coïmbre qu'il venait de fonder. Il y enseigna seize ans, puis passa en Castille et de là dans son pays. Ayant appris que Barthélemy Caranza, archevêque de Tolède, était accusé d'hérésie, il se rendit à Rome pour le défendre ; il y reçut de grands honneurs, surtout â la Cour pontificale, où il était connu et estimé par ses écrits. C'est là qu'il mourut le 21 juin 1586. - L'ouvrage indiqué dans la marge par saint François de Sales est intitulé : Martini ob Azpilcueta doctori Navarri Consilio­rum sive responsorum libri quinque juxta ordinem Decretalium dispositi, nunc primum in lucem editi. Romae, 1590-1592.

[360] - Ici commence l'Autographe conservé à la Visitation de Gennes. Il a été­ donné au tome VII de Vivès, p. 472, mais sans les ratures.

[361] - var : car – [nul Evesque n'a pouvoir d'authoriser chose quelcomque hors les confins de sa jurisdiction, et de donner...]

[362] - Jean-Pierre Giussano vit le jour à Milan en 1553 et eut pour-parents deux nobles patriciens, Othon Giussano et Suzanne Veggia. D'abord docteur en mé­decine, puis prêtre, il entra dans la famille de saint Charles Borromée, fut pré­sent à sa mort et ensuite chargé par les Oblats d'écrire sa Vie. Nul ne fut plus que lui dans l'intimité du Saint ni plus apte, par conséquent, à en retracer les actions et les vertus. Giussano mourut à Monza en 1621. La Vie de saint Charles parut à Rome en 1610 et à Brescia en 1613. (D'après une Note du chanoine Charles Gorla, érudit milanais.)

[363] - Le vénérable Bascapé, évêque de Novare, que saint François de Sales connut à Milan en 1613, avait fondé en cette ville en 1584, étant simple Barna­bite, une Congrégation de femmes chargées d'enseigner la Doctrine chrétienne et de visiter et assister les maisons de charité. (Note du R. P. Premoli, Assis­tant général des Barnabites. Cf. note 198 et à l'Appendice, la lettre de D. Mazenta au Saint, 2 octobre 1615.)

[364] - Sur le collège des Guastales, voir L6, note 593.

[365] - Dans le Ve Concile Provincial, Partie III, Quae ad Moniales pertinent, saint Charles dit qu'on éditera un Rituel unique pour les Vêtures et les Profes­sions des Sœurs. Il fut publié seulement en 1641 par le cardinal archevêque Monti, sous ce titre: Ordo admittendi virgines ad Monasterii ingressum habitumque regularem suscipiendi, Ritus item servandus ad Professionis emissionem, ad Provinciae Mediol. usum. Jussu Eminentiss. et Reverendiss. D. D. Caesaris S. R. E., Tit. S. Mariae Traspontina: Gard. Montii et S. Med. Eccl. Arch. editus. Mediolani, apud Impressores Archiep. MDCXLI.

[366] - Voir note 274. Pour le vœu d'obéissance que font les Oblats de St Ambroise, voir Institutiones ad Oblatos Sambrosii pertinentium Epitome, in libros quatuor distributa (Acta Ecclesiae Mediolanensis (Mediolani 1599) tom II Pars V pp 826-844, lib I cap III De forma Oblationis.

[367] - L'Autographe est coupé (note 351)

[368] - Mots disparus dans la mutilation de l'Autographe de Gennes qui se ter­mine avant les points de suspension.

[369] - Commencement de l'Autographe gardé à la Visitation de Turin (note 351). Il est inédit.

[370] - L'épitre CIX de saint Augustin est celle-là même qui contient sa Règle dont saint François de Sales cite ici quelques passages, chapitres X, XI.

[371] - Il eut lieu en 549. (Cf. Hefele-Leclerc, tome Ill, p. 163.)

[372] - Fin des quatre pages autographes de Turin. D'après la numérotation de la feuille conservée à la Visitation de Thonon, il y a une lacune de quatre pages. Voir note 351.

[373] - L'Autographe inédit de Thonon commence ici.

[374] - Jacques, fils de Louis de Billy de Chartres, né en 1535, à Guise, où son père était gouverneur. Il devint abbé de Saint-Michel en l'Erm, de l'Ordre de saint Benoît, par la résignation de son frère Jean qui se retira chez les Char­treux ; dans ce monastère il composa les ouvrages qui rendirent son nom im­mortel. Outre la connaissance des langues, il possédait celle des Pères, la théo­logie, les mathématiques et le Droit. Il traduisit du grec en latin les Œuvres de saint Grégoire de Nazianze (Paris, 1569, in-fol.) et de saint Isidore de Péluse, divers traités des saints Chrysostome, Basile et Jean Damascène; on a aussi de lui d'excellentes observations sur les Pères grecs et quelques ouvrages de piété en prose et en vers. Sa mort arriva à Paris, le 25 décembre 1581, alors qu'il se trouvait chez Genébrard, son intime ami. (D'après Moreri, 1740, tome II.)

[375] - Le reste manque

[376] - var : de l'outrecuydance. – [Or, ce n'est pas que l'un et l'autre ne soit fort bon, mais c'est... En somme, il n'y a genre de vie mortelle qui ne soit sujet a des inconveniens, a cause de la foiblesse de nostre esprit humain. La seule vie eternelle est exempte de peril et d'inconveniens; tout autre genre de vie y est sujet. Et] souvent [on remedie a un mal...]

[377] - La phrase suivante, avec la rature qui la suit, sont écrites en travers dans la marge.

[378] - var : d'inconveniens. - En la mortelle, le soin des Pasteurs fait tout et peut tout avec la grace de Dieu ; leur nonchalance.. [Ici s'arrête l'Autographe conservé à Thonon.]

[379] - Ni l'original de ce Mémoire ni une copie faite par sainte Jeanne-Fran­çoise de Chantal n'ont pu être retrouvés ; nous devons donc nous contenter du texte donné par Migne (tome VI, col. 1127), nous bornant à substituer à l'ortho­graphe moderne celle de Mgr de Marquemont. Après avoir " brouillassé " en " deux soirees l'advis... promis sur les Regles de la Visitation, " il l'envoya à saint Fran­çois de Sales avec sa lettre du 20 janvier 1616 (L7, note 981). Le Fon­dateur parle de ce Mémoire, le 2 février de la même , année, à la Mère Favre (L7, note 367), et ce jour-là même il répond à l'Archevêque. Malgré la méthode adoptée de renvoyer à l'Appendice les documents qui ne sont pas du Saint, il a semblé utile de s'en écarter pour celui-ci, afin que le lec­teur puisse mieux se rendre compte des objections faites par Mgr de Lyon et des réponses de l'Evêque de Genève.

[380] - Les Religieux et Religieuses d'un Ordre proprement dit étaient frappés par le droit civil français d'incapacités qui les constituaient dans une sorte de mort civile. L'émission des vœux solennels les rendait incapables d'hériter, de recevoir des legs, de posséder en propre, de tester, etc. Dans les pays coutumiers, cette mort civile des Religieux existait déjà au XIIIe siècle; elle fut généralisée par François 1er. Cf. l'édit de 1532, et l'édit de Henri III, de 1579. (Voir Paul Viollet, membre de l'Institut, Histoire du droit civil français, Paris, Larose,. 1905, p. 309; et C. Landry, La mort civile des Religieux dans l'ancien droit français, Paris, Picard, 1900.)

[381] - Souvent les Parlements avaient attaqué les Règles et Constitutions de la Compagnie de Jésus. C'était, disait-on, déroger à la discipline de l'Eglise et à toutes les anciennes institutions canoniques, nommément en ce qui regardait les vœux simples des scolastiques. Ces vœux, après deux ans de noviciat, étaient par un privilège spécial concédé par Grégoire XIII (25 mars 1584), un empêche­ment dirimant du mariage ; mais le Général de la Compagnie pouvait dispenser des vœux et renvoyer les sujets. La question des vœux simples des Jésuites fut portée devant le Parlement par les avocats de l'Université, les 17 et 19 décem­bre 1611 : Plaidoyé de Pierre de la Martelière, avocat en la cour, contre les Jésuites..., Paris, J. Petit-Pas, 1612, in-8°. Bibl. Nationale, H.4670.

[382] - Le saint Fondateur donna en effet à ses Filles la Règle de saint Augustin.

[383] - Sur les Ursulines de Paris, voir L8, note 341). Leur Maison fut érigée en Monastère le 11 novembre 1612,en exécution de la Bulle de Paul V, du 12 juin précédent. - " Monseigneur de Paris " est Henri de Gondi sur qui le cardinal Pierre, son oncle, s'était entièrement déchargé du gouvernement du diocèse. (L8, note 874). C'est en effet à Henri que fut adressée la Bulle pontificale ; c'est lui encore qui, après avoir présidé le matin du 11 novembre la premiere cérémonie de vêture, envoya dans l'après-midi au nouveau Monas­tère ses lettres d'érection, revêtues de l'approbation épiscopale. (Voir Leymont, Mme de Sainte-Beuve et les Ursulines de Paris, Lyon, 1890, chap. X, pp. 200-202, 207-209, et la Bulle, pp. 403-418.)

[384] - Charlotte-Marguerite de Gondi, veuve de Florimond d'Halwin, marquis ode Maignelais (L4, note 265), fréquentait beaucoup le couvent des Capucines. Leur vie si humble, silencieuse et pénitente l'attirait invincible­ment ; son plus ardent désir eût été d'y prendre le voile. Par ordre de Paul V, le Nonce Robert Ubaldini (L4, note 302) fit examiner cette vocation par M. de Bérulle, M. du Val et le Père Suffren. Après cet examen et le compte-rendu qui lui en fut envoyé, le Pape prononça qu'il serait plus utile à la religion que Mme de Maignelais demeurât dans le monde ; le Nonce lui commu­niqua le Bref apostolique relatif à cette décision. La date en est fixée par la marquise elle-même, dans le Procès de Béatification de son amie, Mme Acarie : ce fut, dit-elle, pendant le noviciat de celle-ci à Amiens ; par conséquent, en 1614

[385] - Notes 10,224,359

[386] - C'est par une erreur de lecture que Migne a : " concile de Navarre ". Mgr de Marquemont fait allusion aux pages de la Préface de 1614, où saint François de Sales cite le " docteur Navarrus ", Martin Azpilcueta. (note 359)

[387] - La nouvelle Congrégation ne fut pas fondée sous le vocable de la Visi­tation parce que les Sœurs devaient servir les malades, comme le pensait l'Ar­chevêque de Lyon, mais parce que son Fondateur trouvait dans ce mystère des lumières spéciales sur l'esprit qu'il voulait donner à ses Filles. (L4, note 555. Mgr de Marquemont revient au titre de Présentation adopté par lui pour la Congrégation inaugurée dans sa ville épiscopale en 1614 et qui ne subsista que quelques mois. (Voir L6, notes 1030,1045, le récit du merveilleux changement du vocable de " Présentation " en celui de " Visita­tion " sur les patentes royales obtenues pour l'établissement éphémère fait à Lyon.) Comment le Saint refuse de changer le nom de son Institut, on le verra ci-après, note 410).

[388] - Le Concile de Trente ne porte pas défense d'ériger des Communautés religieuses sans l'approbation du Saint-Siège ; il dit seulement (Sess. XXV, cap. III) qu'on ne peut en fonder aucune sans la permission de l'Evêque du diocèse dans lequel elle est établie.

[389] - Allusion à l'alinéa de la Préface de 1614 ; " Mays quant aux simples Congregations... " et notamment à ce membre de phrase : " et qu'il ne faut pas estimer que le Saint Siege ayt jamais voulu lier les mains aux inferieurs Prelatz, en ce qui ne regarde que leurs troupeaux particuliers et... l'avancement des ames en la perfection chrestienne. "

[390] - " Nulle Religion ne peut estre instituee sans l'expresse approbation du Siege Apostolique, " avait écrit le Saint dans sa Préface que Mgr de Marquemont paraît citer.

[391] - On verra plus loin que la formule des vœux fut en effet modifiée.note 411.

[392] - Voir ci-après, note 409, la réponse du saint Fondateur touchant ces entrées et ces sorties.

[393] - Cette proposition fut acceptée par le Saint , note 406

[394] - L'Archevêque vise sans doute ici l'article 6, DES SORTIES, du Ms. P des Constitutions, et surtout ce passage : " Les Seurs qui seront voylees en icelle... ne sortiront point du tout, sinon pour des causes justes, saintes et de grande importance, selon qu'il sera advisé par l'Ordinaire du lieu ou elles se treuvent ; auquel Ordinaire il appartiendra de considerer la qualité des peuples, des tems et des occasions, pour discerner et ordonner quand, comment et pour quelles causes les Seurs pourront sortir. " (Voir note 428). Dans sa Réponse, p. 341, le saint Fondateur demande, avec une humilité tou­chante, que Mgr de Marquemont veuille bien corriger " l'incivilité du langage ".en cet endroit-là, et partout où " il sera a propos. "

[395] - Cf. note 395, où le Saint lui-même dit cela.

[396] - Nous n'avons pas l'Autographe de cette pièce, mais seulement une copie .de M. Michel Favre ; elle a huit pages in-8°, dont la dernière est blanche. En tête de celle-ci, on lit, de la main de Mgr Charles-Auguste de Sales: Pro insti­tutione Ordinis Visitationis. Bien que le document ne soit pas daté, nous sa­vons par la lettre du 2 février 1616 à la Mère Favre, que ce jour-là même le Saint fit sa réponse au Mémoire de Mgr de Marquemont. (note 379).

[397] - Le P. François de Bugey, connu aussi sous le nom de François de Chambéry (L1, note 179), ne paraît pas avoir été à Rome à la fin de 1613 ;­ ce fut cependant alors que dut être présenté au Pape Paul V le "sommaire ", des Constitutions de la Congrégation naissante. M. Philippe de Quoex, se trou­vant à Rome, obtint les Indulgences dont il est question ici ; saint François de Sales l'écrit lui-même le 27 avril 1616 (L7, note 527), et dans sa lettre du 27 janvier 1614 au pieux ecclésiastique il le remercie au nom de " ces bonnes Dames " de la Visitation (L6, note 354).

[398] - Scipion Cobelluzzi, qui devint plus tard cardinal, était en 1613 secrétaire des Brefs. Par suite d'une erreur de lecture, Migne, tomeVI,col.1I39, a Obellusio­

[399] - On se rappelle qu'Elisabeth Arnault des Gouffiers, Religieuse du Paraclet, demeura à la Visitation d'Annecy où elle voulait alors entrer, depuis la fin de mai 1613 jusqu'à la fin de septembre de l'année suivante. II s'agissait de faire déclarer la nullité de ses vœux émis par contrainte : c'est l' " affaire " à laquelle le Saint fait allusion, et dont il est plus d'une fois parlé dans les lettres de 1614, alors que Philippe de Quoex la poursuivait à Rome. (L5, note 649 ; L6, notes 346 sq,451,540,568,574,999).

[400] - Le 2 octobre 1569, Lodovica Torella, comtesse de Guastalla (L6, note 593), ajouta plusieurs codicilles au testament déjà fait, entre autres celui qui concerne le confesseur et le clerc. " Au gouvernement des âmes des jeunes filles et femmes, j'ordonne que soit pourvu par messieurs les Conser­vateurs d'un confesseur de bonne vie et de mœurs saintes ; et parce que je désire qu'il ait toutes les bonnes qualités requises à un pasteur des âmes, je veux qu'il soit donné d'après les conseils des Pères de la Compagnie de Jésus... Son office sera de confesser ordinairement tout le personnel de la maison, de célébrer la Messe chaque jour et faire quelques exhortations ou pieuses lectures pour l'édification des susdites jeunes filles et de celles qui les dirigent... Pour le service du confesseur, on commettra un clerc qui devra servir la Messe, être présent aux autres exercices spirituels, et pourra aussi suppléer aux services de la maison du dit confesseur. " (Lo specchio delle Dame cristiane nella vita di Paola Maria, nel secolo Contessa Lodovica Torella, fondatrice dei ven. Monastero di S. Paolo conversa et del nobile Collegio della Guastalla ; Ms. anonyme, a. 1833, Archives privées de Saint-Barnabé, Milan.)

[401] - Il y avait alors trois différentes Congrégations d'Ursulines : les Religieu­ses à vœux solennels, vivant en des monastères cloîtrés ; les Sœurs à vœux sim­ples, avec la vie commune, mais sans clôture, et celles qui, tout en faisant des vœux simples, demeuraient dans leurs familles. Ces dernières sont les plus anciennes en fondation; elles furent établies par sainte Angèle Merici et on les a toujours appelées " Ursulines congrégées ". (L4, note 506). Saint François de Sales parle de celles-ci et des autres Sœurs à vœux simples. Elles furent introduites à Novare (1586) et en d'autres parties du diocèse par le chanoine Boniperti.

[402] - Les " escritz pastoraux de Monseigneur de Novare " portent ce titre : Scritti publicati da Mons. Reverendiss. D. Carlo, Vescovo di Novara, nel governo deI sua Vescovato dall' anno 1593 fino al 1609 ; ridotti in un volume per commodità de'Cleri et popoli della sua Chiesa. ln Novara, appresso Girolamo Sesalli, MDCIX. - Le " Formulaire de la reception " des Ursulines y est inséré aux pp. 433-435, et à la fin il y est dit : Finita benedictione, chorus inchoat : Te Deum laudamus, et prosequitur, et piœ mulieres atque aliœ virgines eam ita vestitam associant domum versus, seu ecclesiam interiorem ad osculum reliquarum, si in Congregatione recipitur. – " Monseigneur de Novare " est Jean-François Bascapé qui, d'abord chanoine de la métropole de Milan et secrétaire intime de saint Charles, prit ensuite l'ha­bit des Barnabites avec le nom de son saint maître, le 21 mars 1578. Il joignait à un excellent jugement une connaissance peu commune du latin classique, et .contribua pour une large part à la rédaction des nouvelles Constitutions de son Institut, élaborées en 1578 et publiées l'année suivante. En 1580, il fut délégué par son Archevêque à la cour d'Espagne, pour y traiter des affaires très délicates avec Philippe II ; sa mission eut un plein succès. Elu Général en 1586, n'ayant que trente-six ans, le P. Bascapé mit sa vertu et ses talents au service de sa Congrégation; sa perspicacité, sa droiture, sa fermeté firent concevoir à tous les plus belles espérances. Son gouvernement tendait surtout à perfectionner J'esprit intérieur, estimant que par là seulement il donnerait à l'Institut des bases solides. Après avoir refusé plusieurs évêchés, il dut accepter celui de No­vare (18 février 1593) ; au témoignage de ses diocésains, on vit reluire en lui le zèle et la sainteté qu'on avait admirés en saint Charles. L'église de Novare le vénère encore aujourd'hui comme l'un de ses plus éminents évêques des temps modernes. Mgr Charles Bascapé mourut le 6 octobre 1615. (Don Premoli, Storia dei Barnabiti nel Cinquecento, Roma, Desclée, 1913, cc. XVI-XIX. Voir à l'Ap­pendice du présent volume, deux fragments de lettres du P. Mazenta, du 14 dé­cembre 1614.)

[403] - D'après Moroni (Dizionario storico-ecclesiastica, vol. XVI, Venezia, 1842, p. 121), ces Confréries datent, en Italie, du XIIIe siècle. Les invasions des barbares et les dissensions civiles ayant pris fin, on commença à faire d'une ville à l'autre des processions publiques de pénitence. Les hommes marchaient nu­-pieds, deux à deux, précédés d'un Crucifix. Pour se distinguer entre elles, ces Compagnies prirent ensuite une bannière, donnèrent un sac pour vêtement à leurs membres et adoptèrent le nom de flagellanti ou battuti, de la discipline que ceux-ci prenaient en chantant les louanges de Dieu dont ils imploraient le pardon et la paix. On les appelait aussi disciplini ou disciplinanti ; ils portaient la discipline suspendue à la ceinture de cuir ou au cordon qui retenait leur sac. Il ne faut pas les confondre avec une secte d'hérétiques nommés Flagellants. (Moroni, ouvrage cité, vol. LXVII, 1854, p. 147, et LX, 1853, p. 102.)

[404] - C'est-à-dire, la Preface donnée ci-dessus, note 351.

[405] - Martin Azpilcueta, docteur de Navarre (note 359).

[406] - C'est ce que saint François de Sales avait dit dans la Preface de 1614, mais ensuite il rectifia son assertion par une note marginale (note 358) ; il s'exprime différemment dans la Preface des Regles, p. 7. Voir le Mémoire .de Mgr de Marquemont, note 381..

[407] - " Il y a beaucoup à pâtir dans cette ville, " surtout pour les femmes ma­lades et indigentes, " avec seulement un pauvre hôpital qui n'a pas le moyen de leur faire de grandes charités. " (Lettre du Saint à la duchesse de Mantoue, fin novembre 1613, L6, note 253).

[408] - La Mère de Chantal écrit à ce sujet dans l'Histoire de la Fondation du Monastère d'Annecy : " Ces pauvres bonnes gens que nous servions se fondoient d'amour et de reconnoissance. Et certes, ils nous donnoient de grandes leçons et nous estions toutes ravies des vertus qu'ils pratiquoient dans leurs miseres... L'on n'entendoit que des parolles de benediction ;... leurs exemples nous proffitoient grandement et nous animoient plus qu'il ne se peut dire a l'amour de Nostre Seigneur, a souffrir et faire tout ce qui luy plairoit. Cet exercice de charité donna une grande ediffication et satisfaction a la ville qui admiroit la vertu de ces cheres ames. "

[409] - En cas de maladie très grave et dangereuse de leurs filles et mères. (Constitutions, Mss. K, P, art. 3.)

[410] - Les lettres patentes de Charles-Emmanuel au souverain Sénat de Savoie en faveur de la Visitation sont datées du 17 mai 1614 (L6, note 1002) ; elles furent enregistrées le 30.

[411] - Notes 364,384. Quant à la formule des vœux, le saint Fondateur y apporta les modifications demandées par l'Archevêque de Lyon. (Voir ci-après, le Formulaire inséré dans le Ms. P.)

[412] - Les six lignes qui restent de cet article au Ms. P reproduisent le texte du Manuscrit de Guingamp (K); comme nous l'avons dit dans l'introduction ci-dessus, elles. ont été biffées, preuve qu'une leçon différente avait remplacé celle de 1613.

[413] - Sur les Congrégations fondées par saint Charles Borromée et " plusieurs autres Prelatz de grande authorité en Italie," voir notes 9,10,363,364,398,400.. Parmi ces Prélats, saint François de Sales dut avoir particulièrement en vue Mgr Bascapé, évêque de Novare, dont il cite les " escritz pastoraux " dans sa Réponse à Monseigneur de Marque­mont, 2 février 1616 (note 402). La Congrégation établie à Rome par sainte Françoise est celle de la Tour des Miroirs, souvent mentionnée dans les documents qui regardent la Visitation. (L4, note 507 ; L5, note 58).

[414] - Cet alinéa ne se trouve pas dans le Ms. P, où la Mère de Chantal a tracé ­un signe X pour indiquer, sans doute, l'addition à faire.

[415] - Voir ci-dessus, II Ms Q, c.. Les prescriptions contenues dans cet alinéa furent mises en vigueur pour la première fois à l'occasion de l'admission de Mar­guerite Favrot, veuve Masson. (L8, note 87). Elle écrit dans ­le Livre du Noviciat : " Je Marguerite Favrot, vesve de feu Desiré Masson, a son vivant de Pouligny, apres avoir obtenu d'estre reseu (sic) a l'esses (essai) en la Maison de seans, y ayant demeuré six semaine entiere, veu et consideré et observé les reigle et exercices d'icelle, j'ay humblement et volontairement de­mender que lon tira les voys pour y estre admise ; ce qu'ayant obtenu par la grace de Dieu, je promets de me disposer au plustost quil me sera possible pour jouir du fruict de telle benecdition. Fait a Nycy, ce 27 aost 1616. MARGUERITE FAVROT. " Le 6 juin de l'année suivante, elle prenait l'habit de la Congrégation..

[416] - [Au Ms. P, la fin de l'alinéa a été ajoutée par la Mère de Chantal; nous en donnons les variantes :] L'on observera pourtant de n'en recevoir pas qui soient tout a fait incapable (sic) d'observer la reigle, sinon que ce fust personne de…

[417] - Ce fut une sainte et charitable condescendance en ste Melanie, de permettre que les femmes qui avoyent mené une mauvaise vie fussent receuës en.. sa Congregation pour y faire pœnitence ; mais en ce tems que la charité n'est pas si grande et que chacun pense rehausser sa reputation en desdaignant ceux qui ne l'ont pas entiere, affin de s'accommoder aucunement au siecle courant, on ne­ recevra en cette Congregation aucune fille ni femme de laquelle la reputation et renommee ayt esté souillee.

[418] - cela – [et tienne lieu de lois, de vœux et de jurisdiction,] - [Les mots : " ni de liens si indissolubles comme beaucoup d'autres, " et le dernier membre de phrase de notre texte, à partir de " affin ", sont biffés dans le Ms. P.]

[419] - Ajouté au Ms. P par la Mère de Chantal, qui a biffé " freres et oncles ", etc., leçon donnée par le Ms. K ; voir note 230 et p. 174.

[420] - La Mère de Chantal a ajouté cet alinéa en marge du Ms. P, indiquant :par une +, à la fin du troisième alinéa de l'article, l'endroit où il fallait insérer .cette addition qui, dans le Ms. Q, a été transposée à la fin. La Sainte a écrit " lesconfesseurs, medecins, " etc.

[421] - La Prœface pour l'instruction des ames devotes (note 369 sq)

[422] - Au Ms. P, tous les alinéas qui suivent, excepté les deux derniers, sont précédés d'un chiffre: 1-7.

[423] - Au demeurant, [on ne doit] recevoir en la Mayson [que trois telles] fem­mes en mesme tems... - [La Mère de Chantal a écrit en marge du Ms. P., puis biffé : Lon en pourra recevoir plus, sil y a necessité de le faire. Ensuite elle a corrigé le texte ainsi ] : Au demeurant, l'on prendra garde de ne recevoir en la Maison tant de telles femmes en mesme tems, qu'elles puissent aporter de l'empeschement. Elles au­ront leur logis a part et n'entreront point au dortoir ni en aucun ofice de la Maison sans le congé de la Superieure ; et la Superieure

[424] - var : - jamais les Seurs ne leur parlent qu'es treilles [fermees, sinon que la Superieure en permette l'ouverture; ce qui ne se doit faire que pour des extra­ordinaires et signalees occasions].

[425] - [Ajouté en marge du Ms. P par sainte Jeanne de Chantal :] Et neanmoins sera soigneuse de prendre garde aux paroles et contenance des Seurs, affin d'en rendre conte a la Superieure ; comme aussi si ceux qui les entretien­nent ne parlent point de chose impertinente et indigne de leur vocation. (Cf. le texte définitif, ci-dessus, Constit. 15) [C'est aussi la Sainte qui a écrit en marge du Ms. P, la phrase : " Les Novices...se pourra. "]

[426] - [Au lieu de cette dernière phrase, le Ms. P donne la suivante, ajoutée par la Mère de Chantal, et insérée plus tard dans le texte définitif; voir note 72:] Elles tiendront tous jours le voile baissé devant les hommes, sinon que la Su­perieure les en dispence.

[427] - [Nous avons dit ci.dessus p. 174 que le Ms. P donne deux leçons de cet article : nous reproduisons intégralement la première ; la seconde est celle de notre texte.]

DES SORTIES DES SEURS

Les Congregations establies en tiltre de simple Congregation pieuse ne sont point sujettes a la rigoureuse et parfaite clausure, non pas mesme en Italie et a Romme. Celle ci, donq, demeurant exempte d'une si estroitte clausure, sera neanmoins obligee a garder estroittement celle qui est requise pour la conser­ vation et bienseance de sa vocation. Et partant, les Seurs qui seront voylees en icelle (ce qui se dit a cause des Seurs Servantes) ne sortiront point du tout, sinon pour des causes justes, saintes et de grande importance, selon quil sera advisé par l'Ordinaire du lieu ou elles se treuvent; auquel Ordinaire il appartiendra de considerer la qualité des peuples, des tems et des occasions, pour dis­cerner et ordonner quand, comment et pour quelles causes les Seurs pourront sortir (On a fait remarquer que ce passage fut censuré par Mgr de Marque­mont ; saint François de Sales, avec son humilité ordinaire, en a complètement changé le texte.). Mais en tous cas que les Seurs devront sortir, on observera que de celles qui sortent il y en ayt une si bien qualifiee qu'elle puisse tenir lieu de Mere a l'autre, suivant cest advis de saint Hierosme (Ep. 130,19) : Les femmes et filles de­diees a Dieu, qui vivent " dans le monastere, ne doivent jamais sortir seules, sans Mere."

[428] - Dans le Ms. P, cet alinéa est ajouté par la Mère de ChantaL

[429] - Cela se pratiquait encore en 1619, ainsi qu'on le voit par les lignes sui­vantes écrites par le Saint à la Mère de Chantal le 23 juin (L8, note 931) : " Quant a parer l'autel, on verra si on pourra continuer a faire comme il a esté fait jusqu'a present. Quant a moy je n'y voy nul inconvenient ; mais il faut subir l'esprit des autres. " Les mots en italiques, qui manquent au texte du billet, sont rétablis d'après une lettre de la Sainte (vol. IV, p. 558), où elle donne à entendre que la coutume de sortir pour parer l'autel s'était maintenue, du moins dans quelques Monastères, jusqu'à 1636, mais qu'elle était désapprouvée comme contraire à la clôture et aux canons de l'Eglise. Au Coustumier de 1628,et dans les Responses de la Fondatrice, 1631(Response sur la Constitution XXXV De la Sacristine), on trouve en effet la même licence, laquelle est retranchée dans le Coustumier de 1637 : " Quand il sera requis qu'elle pare l'autel (s'entend quand il sera besoin qu'elle le fasse parer)..., elle se tiendra en grande reverence de­vant la grille, faisant couvrir l'autel.. aux Sœurs Tourieres ou au clerc, par qui elle le fera parer, " etc. Pendant que la Sacristine sera à la grille, l'église devra être vide, excepté de ceux qui la pareront, et fermée à clef ; la Sœur sera assis­tée de son aide, ou d'une autre, selon qu'il plaira à la Supérieure (pp. 144, 145).

[430] - Les mots "despuis cinq et demy " sont biffés dans le Ms. P.

[431] - var :- quelque exercice corporel selon que la Superieure aura ordonné. Et pendant ce tems la [demeureront ensemble, sinon que les officieres ayent quelques affaires qui les appellent ailleurs; et] - [La suite de la phrase est identique à celle du texte, mais biffée dans le Ms. P où nous lisons, de la main de la Sainte :] elles ne seront point obligees de demeurer ensemble, sinon que la Superieure [l'ordonnej] le commande; [et celles qui se treuveront ensemble...] et en ce cas, elles pourront parler de choses bonnes et utiles, se gardant de toutes inutilités. [Reprendre au texte]

[432] - L'antienne de Notre-Dame ne se chante plus après Vêpres, mais se dit à droite voix. ( Constit. XI)

[433] - [La Mère de Chantal a écrit en marge du Ms. P :] Le N une dimittis sera chanté les grandes festes.

[434] - - gardant neanmoins le silence. [Addition de la Sainte.]

[435] - - elles se leveront seulement a cinq heures trois cars, en­treront en l'orayson selon l'ordinaire jusques a sept heures et un cart que Prime se dira. [Les mots en italiques représentent des corrections de la Sainte qui a modifié la leçon du Ms. K (note 253), reproduite primitive­ment dans le Ms. P.]

[436] - Dans le Ms. P, la phrase suivante a été ajoutée par la Mère de Chantal

[437] - Appelé " Abbregé " dans le Ms. K, article 11 ; voir plus haut, note 255.

[438] - Le texte définitif, Constit. XXI., prescrit de porter la sainte Com­munion aux malades " tous les huit jours"

[439] - -la tres Ste. Communion aux malades tous les quinze jours ; s'entent a celles qui seront si mal qu'elles ne pourront en fasson quelconque [dessendre] venir au chœur. [Addition de la Sainte,]

[440] - - ne seront pas coupees au cors, ains [Correction de la Mère de Chantal.]

[441] - - coucheront seule. [Au Ms. P, cette dernière phrase a été ajoutée en marge par la sainte Fondatrice.]

[442] - Le mot Regle est employé ici et dans nombre d'articles pour Constitu­tions, car saint François de Sales ne donna à ses Filles la Règle de saint A u­gustin qu'en 1618.

[443] -- [En marge, de la main de la Sainte :] Et la lecture se com­mencera par un article de la Reigle. Or, cette lecture doit estre faite

[444] - -la lecture ne se fera que jusques a la moytié de la table. [Au Ms. P, c'est la Mère de Chantal qui a ajouté en marge la phrase : "mais quant... table. "]

[445] - [Les mots : " et celles de Pentecoste, de l'Ascension, Trinité et Feste Dieu, " ont été ajoutés au Ms. P par la Sainte. Cf. note 74.]

[446] - et advertissemens permis, a l'ordinaire. [Cette phrase et la précédente sont une addition de la Fondatrice au Ms. P.]

[447] - Pour cette phrase et la dernière de l'article, voir ci-dessus, note 266

[448] - [Addition marginale de la Fondatrice au Ms. P:] Et s'il arrivoit a quel­ques unes, par infirmité, negligence ou en autre maniere, de manquer a l'obeis­sance des Reigles ou aux commendements de la Superieure, l'on leur pourra im­poser des penitences et mortifications celon la grandeur ou petitesse des fautes, et tous jours avec esprit de charité. (Cf. texte définitif, Constit. 3.)

[449] -celles qui s'addresseront au Pere spirituel ou a la Superieure lors que, pour quelque grande occasion, elle serait absente. Que si quelque Seur desire les faire voir a celle qui est demeuree en charge, il faut que les autres ne s'en apersoivent pas. Mais pourtant, toutes telles lettres seront tous jours res­mises a celle qui a le seau (sic) [puis remises a la Portiere pour les faire tenir] pour les cacheter. [Addition marginale de la Mère de Chantal au Ms. P.]

[450] - var : - et sil s'en treuve qui soient de bonne complection la Supe­rieure le leur permetra avec discretion. Celles qui voudront, ayant licence, faire la discipline, la feront le vendredi toutes ensemble. [Cette variante reproduit une addition marginale de la Mère de Chantal]

[451] - [Au lieu de cet alinéa qui, dans le Ms. P, se trouve au commencement de l'art. 40, le même Manuscrit donne la leçon suivante, mais encadrée par deux traits, puis barrée :] Mais pourtant, si quelque Seur avoit quelque bien et commodité hors de la Congregation, c'est a dire qui n'eusse pas esté remis et assigné pour son dot et entretenement a la Congregation, elle pourra en disposer a son gré, avec l'advis de la Superieure ou du P.spirituel ; a la charge neanmoins qu'elle n'employe aucune chose pour sa personne qui peust en façon quelcomque ressentir a la proprieté particuliere, comm' il arriveroit si elle en vouloit acheter des robbes, boites ou semblables choses qui fussent particulierement pour elle.

[De la main de la Mère de Chantal :] Il faut icy mettre le 20. point de l'article de la Superieure, qui parle de la pauvreté et simplicité des meubles de la Maison.

[Le texte du Ms. Q prouve qu'on a tenu compte de cette note de la Sainte ; à l'article 25 du Ms. P : Des officieres de la Mayson, et premierement de la Superieure, elle a barré l'alinéa en question, ajoutant en marge le n° 20.

[452] - A cette époque, les femmes n'étaient majeures qu'à vingt-cinq ans.

[453] - ou anneaux [Addition de la Sainte, ainsi que les mots: " pour les malades. "]

[454] - Les cuillères d'argent furent ensuite autorisées pour toutes les Sœurs, " a cause de l'honnesteté, et pour en cela suivre l'exemple du bienheureux Pere saint Augustin, " comme le dit la Constitution 5. du texte définitif. (note 55).

[455] - [Addition marginale de la Sainte au Ms. P:] en sorte que mesme le mot de tien et mien ne s'entende pas entre elle (sic), mais nostre…

[456] - [Au Ms. P, " cette" est biffé, et après "sorte" il y a une + de la main de la Mère de Chantal qui a rempli la marge par l'addition suivante, premier jet de l'alinéa : " Et faudra observer... " du Ms. Q, p. 371 :]

Et la Congregation aymera en toute choses la pauvreté et mediocrité, voire mesme es bastiments, rentes et revenus ; fuiant l'abondance et superfluité des richesses, et evitant toute particularité ou proprieté de chose quelconque, pour petite qu'elle soit. Elle (sic) [n'useront] ne se serviront de meubles superflus et mondains, comme de tapis, tapiseries, mirouers, bagues, aigneaux (anneaux), vaiselles d'argant (sic), si ce ne sont de cuilleres pour les malades. Ce qui ne s'entant pas pour l'eglisse, laquelle pourra et devra estre ornee et anbellie au­tant que les moiens de la Maison le porteront, voire mesme de meubles enpruntés quant il seroit bezoin.

[457] - C'est-à-dire de celles qui ont fait le vœu perpétuel dechasteté et l'Oblation.

[458] - Cf. Ms P (e) p.172. Ces diverses prescriptions relatives aux lettres. turent plus tard insérées dans le Coustumier, art. 30 de l'édition de 1628, et à la suite de l'art. 24 dans celle de 1637.

[459] - [En marge du Ms. P, de la main de la Mère de Chantal :] [Mais enfin, pour garder la bienseance de leur retraite et receullement (sic). elles s'amuseront le moins quil se pourra a faire des lettres, n'escrivant que pour choses necessaires, comme...] Elles n'ecriront point des

[460] - Dans le Ms. P, ce qui suit a été ajouté par la sainte Fondatrice

[461] - et Seurs Servente (sic) [Addition de la Sainte]

[462] - [Ce dernier alinéa est ajouté par la Sainte en marge du Ms. P.] Attendu que c'est la parole de [Nostre Seigneur] Dieu qu'en toutes assemblees faites en son nom il se treuvera

[463] - [Au lieu de cette phrase, le Ms. P donne la leçon du texte définitif : " La veille…se pourra " (voir ci-dessus, p. 41, II. 17-20); c'est une addition de la Mère de Chantal, qui a aussi ajouté le dernier alinéa de la présente Constitution.]

[464] - Pour cette phrase, le Ms. P donne la leçon du texte définitif (note 69), ajoutée en marge par la Mère de Chanta1.

[465] - Cet alinéa est barré dans le Ms. P.

[466] - [occasion] congé [Correction de la Mère de Chantal au Ms. P.]

[467] - Les deux derniers mots ne se trouvent pas dans le Ms. P.

[468] - [Dans le Ms. P, l'article se termine ici ; mais la sainte Fondatrice a écrit en marge cette note :]

Faut icy aporter le 12 point de l'article de la Superieure. [C'est l'article 25,voir ci-après, p. 383), d'où nous extrayons l'alinéa auquel fait allusion la Sainte, pour en rattacher les variantes au texte du Ms. Q.]

[Qu'elle donne la charge, selon le tems et les occurrences a...] Au commence­ment de l'annee, la Superieure nommera celles qu'elle jugera plus propres pour instruire les filles et femmes de la ville qui viendront es jours de festes, [comm'il .est dit cy dessus.] Et que cette instruction se prattique simplement, humble­ment et par maniere de conference et devis spirituel, en sorte neanmoins que la modestie et bienseance soit bien observee.

[La première phrase qui suit est ajoutée en marge par la Sainte :] Et que d'a­bort elles enseignent a telles femmes et filles de [ne leur aporter point les nou­velles de la ville, ni aucune sorte d'entretien inutile ; et que le lieu ou cet office se fera soit hors le commerce des Seurs, affin qu'elles n'en soyent point empeschees en leurs autres offices. (note 101, Constit. XXVI.)

[469] - Cet article, le suivant et une partie du 25 sont, dans le Ms. P, copiés par un autre secrétaire que nous n'avons pas réussi à identifier.

[470] - La phrase suivante ne se trouve pas dans le Ms. P.

[471] - Ici reprend, dans le Ms. P, l'écriture de M. Michel Favre. La Sainte, sans biffer les premiers mots, y susbstitue : "Et partant... "

[472] - La Mère de Chantal a écrit en regard des cinq premières lignes de cet alinéa, au Ms. P : Il doit demeurer. Un double signe: =1= et X, tracé par elle, in­diquait d'abord une suppression à faire. La suite de l'alinéa, à partir de "affin " est légèrement barrée ; elle figure, avec quelques variantes, dans l'addition à la Constitution XXIX.

[473] - C'est ici que le Ms. P donne l'alinéa reproduit plus haut, note 466

[474] - Reprise de l'écriture du secrétaire inconnu.

[475] - Par une faute de copiste on lit sincere dans les deux Manuscrits.

[476] - faire que se soit [Correction de la Mère de Chantal au Ms, P.]

[477] - "faut mettre ce point an l'article 5" Qu'elle ne permette pas que les Seurs aillent au parloir despuis que l'Ave Maria est sonnee, si ce n'est pour chose extremement urgente ; et que lhors elle envoye deux Seurs avec celle qui ira, lesquelles auront charge de faire vistetement retourner celle qui aura esté appellee. Mays, tant quil se pourra, que l'on renvoye a un'autre heure.

[Ce qui suit est légèrement barré par la Sainte :] Qu'elle face fermer les portes du tournoir, [de la grille] et du parloir a deux clefz, dont elle aura l'une et l'Assistente l'autre, affin que ces lieux la ne soyent point ouvertz que pour des causes legitimes. Et quant aux portes de la treille de la nef et la grande porte de l'eglise, elles se fermeront par dehors, et ce par l'une des Seurs Servantes qui, apres avoir fermé, en remettra les clefz a la Superieure, les reprenant aussi le matin pour les ouvrir. [Cf. art. 6, note 429]

[478] - Cette note et le numéro qui la suil sont de la Mère de Chantal. La transposition sug­gérée par elle a été faite, car le point d'observance contenu dans ce passage se trouve à la fin de l'article 5 du Ms. Q: De la façon de parler avec les es/rangers. Voir note 425, et le texte définitif, Constitution VI.

[479] - dite ci dessus. [Suit, dans le Ms. P, l'alinéa qui a été plus tard inséré dans l'article 14, De la pauvreté, d'après les indications de la Fondatrice. Voir note 451.

[480]- Il faut commanser anseit (en cet ?) article et le prendre au petit livre (Ce " petit livre" devait être ou une autre rédaction des Constitutions, ou bien un recueil de notes devant servir à les corriger.).

[481] - La suite de cet alinéa est biffée dans le Ms. D (1618) ci-dessus,note 110 ; voir remarque (g), où elle commence par ces mots : " Elle aura un roolle ou elle mar­quera a qui... " etc. Les mêmes prescriptions et celles contenues dans la page suivante, se retrouvent sous une autre forme dans le Directoire de la Seur Assistante qu'on lira plus loin.

[482] - Reprise de l'écriture de M. Michel Favre, dans le Ms. P.

[483] - auparavent la visite et l'heure du coucher. [Ajouté au Ms. P par la Mère de Chantal qui, ensuite, a légèrement barré ce dernier alinéa et écrit en marge :] Ce dernier point semble devoir estre oté.

[484] - A partir d'ici jusque vers la fin de l'article 30, nous retrouvons dans le Ms. P l'écriture du secrétaire inconnu.

[485] - Au petit livre. [Note de la Sainte au Ms. P, en regard du premier alinéa. Voir note 481).

[486] - La fin de cette phrase,la suivante et celles qui se lisent (notes 487,488), sont biffées dans le Ms. de 1618. On les lit, avec quelques modifications, dans le Directoire de la Seur Portiere donné plus loin.

[487] - [La Mère de Chantal avait d'abord écrit en marge du Ms. P, en regard de ce dernier alinéa : Faut meitre seit article en la regle de l'Ospitaliere (Cette" reg!e " ne se trouve dans aucun Manuscrit.). Puis elle a biffé cette note, et modifié le texte comme il suit :] entre -les mains de l'Ospitaliere leur (sic) ardes, et tout le reste qui sera donné a la Maison elle le remettra a l'Œconome.

[488] - [Addition de la Sainte au Ms. P :] Si! y avoit quelque Seur qui s'amusat autour de la porte du parloir ou tournoir, elle en avertira la Superieure. (Cf. le texte définitif, note 92)

[489] - Au petit livre. [De la main de la Sainte, en marge du Ms. P. La même indi­cation est répétée en regard des articles 30-33.]

[490] - Ici reprend l'écriture de M. Michel qui achève le Ms. P

[491] - Elle ne s'arestera point a parler au chapelin ordinaire, ni moins aux estrangers, sinon pour les choses necessaires. [Addition marginale de la Mère de 'Chantal au Ms. P ; elle figure dans le texte de 1619 ; voir note 124. Déjà elle avait été adoptée, mais avec quelques variantes, dans le Ms. Q ; voir ci-après, le dernier alinéa de cet article 31]

[492] - [Note de la Sainte en marge du Ms. P:] La regle de l'Ospitaliere doit estre isi, et celle des Seur veillante, 38 et 39. (Cf. ci-dessus, note 487)

[493] - selon quil- eit marqué en leur Directoire a part. [Substitué par la Mère de Chantal au membre de phrase de notre texte, biffé dans le Ms. P, où tout le reste de cet article est encadré et barré par un trait.]

[494] - [De la main de la Sainte, en regard du premier alinéa du Ms. P : Ce premier point. Peut-être a-t-elle voulu indiquer qu'il devait être maintenu ; le deuxième alinéa est encadré et barré.]

[495] -auront la teste couverte et [Addition de la Mère de Chanta!.]

[496] - [De la main de la Fondatrice, en marge du Ms. P :] Il me semble que ce point et le suivant doit estre mis en la Regle (C'est-à-dire: maintenu ici, et non pas renvoyé au Directoire ou au livre des Avis.).

[497] - ne doivent parler ni [Correction de la Sainte au Ms. P.]

[498] - a laquelle elle hobeiront. [Addition de la même.]

[499] - ne fera [Correction de la Sainte au Ms. P.]

[500] - Dans le Ms. P, cette dernière phrase est encadrée par des traits et barrée. On devait sans doute y substituer les neuf lignes écrites sur une bande de papier collée au même endroit et qui, dans le Ms. Q, figurent à l'article 14, De la pau­vreté, 2" alinéa. Voir note 451).

[501] - l'admettra au premier essai [Substitué par la Mère de Chantal à la leçon primitive du Ms. P, qui était celle de notre texte],

[502] - La suite de l'alinéa se trouve parmi les Additions aux Constitutions publiées par sainte Jeanne de Chantal (addition à la Constitution XLIII), qui cite dans ses Réponses ce passage, avec de légères variantes. (Voir l'édition de 1849, pp. 396-398 ; cf. note 101).

[503] - L'article se termine ici dans le Ms. P

[504] - Ces mots, laissés en blanc dans les deux Manuscrits, sont rétablis d'après le texte définitif, note 199

[505] - Le prénom supposé de la prétendante rappelle celui de la Sœur Paule­ Jéronyme de Monthoux qui se nommait Paule. (L9, note 853). Elle prit le voile avec la Sœur Jeanne-Marie de la Croix le 27 décembre 1614 ; c'est pour elles que ce Formulaire fut rédigé, et ensuite inséré dans les Mss. P, Q.

[506] - Cette formule de l'acte de réception, qui ne se trouve pas dans le For­mulaire de 1622, est donnée dans le Coustumie : éditions de 1628, art. XL. ; 1637, art. XXX1X, ; 1850, art. XXXIX, .

[507] - Voir ci-après, note 525, les Meditations préparatoires à la Profession, et note 347, seconde leçon, Ms. G.

[508] - var : au chœur, pour la consolation de ceux qui les pourront voir [Le membre de phrase qui dans notre texte est entre parenthèses, a été ajouté par la Mère de Chantal au Ms. P, avec la variante que nous reproduisons. Plus tard, la Fondatrice raya les mots : "en Chapitre ", et y substitua. " au ceur ".)

[509] - var : [diront Complies, s'il en est tems.] - [C'est la sainte Fondatrice qui a substitué la leçon de notre texte à celle que portait le Ms. P.]

[510] - var :[Le membre de phrase souligné est de la main de saint François de Sales dans le Ms. P qui portait : " de vivre a jamais en obeissance et pauvreté, en la Congregation de ceans, selon les regles et Constitutions d'icelle pour " etc. Voir note 411).}

[511] - Ce n'est pas à l'article suivant, mais au 45. que se trouve la formule de la confirmation des vœux, et la manière d'écrire cette confirmation. (note 515)

[512] - La fin de cet article et le premier alinéa du suivant sont, dans le Ms. P, écrits de la main du secrétaire inconnu.

[513] - Le Coustumier et Directoire a un article spécial intitulé: Des Retraites, où la manière de les faire est minutieusement détaillée. (Editions de 1628, ,art. XXIV, ; 1637 et 1850, art. XXV) Quant aux prescriptions relatives à la cérémonie du renouvellement des vœux, elles sont aussi insérées dans le même ouvrage, partie dans le Directoire pour l'Office, " Calen­drier des fétes stables» (éditions de 1637, p. 15; 1850, p. 183), partie dans le corps du Coustumier, articles et pages indiquées ci-dessus, note 506.

[514] - var : ayent a prattiquer les oraysons et exercices que pour cela seront marqués dans leur Directoire, et faire...] - [Cette leçon du Ms. P a été modifiée par la Mère de Chantal qui l'a remplacée par celle de notre texte.

[515] - Depuis l'érection de la Congrégation en Ordre religieux (1618), la formule­ du renouvellement des vœux est ainsi conçue : "Je, N. N., confirme et renouvelle de tout mon cœur les vœux que j'ai faits à mon Dieu, pour le servir à jamais en la Congrégation de céans, par obéissance, chasteté et pauvreté. Au nom du. Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. "

[516] - Les Sœurs Tourières, qui font le " vœu de perpétuelle obéissance ", le renouvellent ainsi : " Je, N. N., reconfirme le vœu d'obéissance que j'ai fait à, mon Dieu. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. "

[517] - [Cet article ne figure pas dans le Ms. Q. A Lyon, l'expulsion et plusieurs autres choses étaient censurées (L8, note 326) ; peut-être est-ce pour cette raison que l'article a été omis. Cf.Ms. K, art. 49.] [de se separer et retirer] - [Correction de la Sainte qui a aussi barré la phrase : " de sorte... chasteté... " et modifié ainsi celle qui la suit :] Et neanmoins saint Augustin, en sa Regle, ordonne a la Congregation que si [etc.]

[518] - [dediees] - [Corrigé par la Mère de Chantal]

[519] - Malgré de nombreuses recherches, ce texte attribué à saint Augustin n'a pu être trouvé.

[520] - C'est la Sainte qui a ajouté ici et à la phrase suivante : "l'Evesque et... ou le Grand Vicayre. "

[521] - var : [la liayson] - (Corrigé par la Sainte qui a modifié aussi la variante)

[522] - Ces trois derniers mots ont été ajoutés par la Mère de Chantal.

[523] - Ici encore, les mots " Prelat ou " sont de la Sainte.

[524] - Cet article, avec quelques variantes, sert de début au 1er Entretien de saint François de Sales à ses Filles. (Entret. p.32)

[525] - A l'article 42 ci-dessus, nous lisons : " Si la Novice est treuvee propre a l'establissement,... on l'advertira de se bien preparer a cela par la confession annuelle et les exercices qui a cet effect seront dressés. " Les Me­ditations reproduites ici devaient servir à cette préparation. Elles pourraient dater de 1616, alors que, suivant l'avis de Mgr de Marquemont, les Religieuses de la Visitation commencèrent à faire des vœux simples perpétuels. Notre texte, inséré dans le Coustumier de 1628 et dans les éditions suivantes (art. X) est la leçon définitive : a-t-elle été retouchée par saint François de Sales, ou par sainte Jeanne de Chantal ? Nous n'osons affirmer que tout est du Saint; quelques changements nous semblent moins heureux. - Le Manuscrit des Constitutions conservé à Guingamp (Ms. K) donne aussi ces Meditations ; elles remontent probablement à 1613, date de ce Manuscrit. Cependant, les sujets des Méditations à faire avant l'oblation sont déjà indiqués dans le Manuscrit de Thonon (Ms. G) ; voir note 348. Les variantes entre le texte définitif et celui de 1613 sont très peu nombreuses; on trouvera celles de ce dernier au bas des pages. - Enfin, un Autographe de huit pages grand format, d'une belle écriture et sans ratures, est gardé précieusement à la Visitation de Turin. Il y a des divergences considérables entre ce texte et les deux précédents ; il est reproduit en seconde leçon. Ces pages durent être envoyées ou données à Dona Ginevra Scaglia qui, on s'en souvient, après avoir longtemps espéré la fondation d'un Monastère de la Visitation à Turin, entra chez les Dominicaines de Chieri, par l'avis de saint François de Sales lui-même. Elle y prit l'habit en septembre ou au com­mencement d'octobre 1621. (L8, note 419 ; L10, note 327). - Voici quelques preuves en faveur de la destinataire : 1. Ce que nous avons dit de l'apparence de l'Autographe montre qu'il était destiné à une personne de respect. - 2. Le mot scorticato ajouté au commencement, en marge, pour expliquer en italien, " escorché ", indique la nationalité de celle-ci. - 3. A la der­nière Méditation, parmi les Saints proposés pour Protecteurs, se trouve saint Dominique. - 4. L'attestation signée en 1672 par François, marquis de Sales, et contresignée par le " P. Gregoire Botty, Vicaire du College de S. Dalmase de Thurin ", confirme notre hypothèse ; des rapports intimes s'établirent en effet, grâce à D. Guérin, entre Dona Ginevra et les Barnabites de Saint. Dalmase. Le Saint envoya-t-il ces pages à la Novice ou les lui remit-il en 1622, lors­qu'il lui fit une visite, étant à Turin ? " J'ay veu Sœur Marie Chrestienne, " écrivait-il à la Mère de Chantal au commencement de septembre, " que j'ay treuvee au dessus de tout ce que j'en avois pensé, en pieté, en generosité. " (L10, note 778). Saint François de Sales était en Piémont depuis la fin de mai ; il rentra dans sa ville épiscopale le 24 août. Il est plus vraisemblable de placer la rédaction de ces Méditations à son retour, sur la demande de la Do­minicaine, car en voyage, il n'avait pas sans doute sous la main celles écrites quelques années auparavant pour ses Filles de la Visitation, qu'il arrangea .alors pour la Novice de Chieri.

[526] - Alexandre Luzago (non pas Louis), remarquable par sa charité extraor­dinaire ënvers les pauvres, né en 1571, mort à Milan le 7 mai 1602 ; c'était un ami du cardinal Frédéric Borromée. Voir Vita di Alessandro Luzago, gentil' huomo bresciano, par Ottavio Hermanni, prévôt de Saint-Laurent de Brescia, (Brescia, 1608). Elle fut traduite en français en X625, par le P. Antoine de Balinghem, et en 1628 par Claude Gaspard Bachët, sous ce titre : Vie du ­bienheureux Alexandre Luzague.

[527] - Ces deux mots sont ajoutés d'après le texte de 1613­

[528] - Ces notes sont écrites sur un feuillet de médiocre grandeur, partie de la main de saint François de Sales, partie de celle de sainte Jeanne de Chantal. Elles doivent se rapprocher du billet adressé à cette dernière vers le 8 juillet 1619, où le Fondateur parle de retrancher ce qui concerne " les habitz du monde " de la Novice. (note 201). Serait-ce pour la Profession de la Sœur Marie-Anastase Pavillon (L8, note 932), 9 juillet, que le Formulaire inséré dans les Mss. P, Q fut considérablement modifié, et fut-elle la première à n'avoir qu'une seule cérémonie au lieu des deux qui se faisaient à cette époque, l'une la veille et l'autre le jour même ? (note 508 sq). La chose parait assez probable. Ce qui est certain, c'est que les modifications indiquées dans ces notes sont antérieures au départ du Saint de Paris, 13 septembre 1619. Les additions de la Mère de Chantal semblent prouver qu'elle se proposait de poser les questions verbalement à son Bienheureux Père ; ils durent les résoudre ensemble avant de se séparer. De là notre date approximative.

[529] - Ici commence l'écriture de la Mère de Chantal qui a employé le blanc laissé par le Saint au verso du feuillet et dans la marge . Nous respectons son orthographe.

[530] - Saint François de Sales a dû prendre ces notes partie en vue de la correction des Constitutions, partie pour la rédaction du livre des " Advertisse­mens " qu'il projetait. La Mère de Chantal les recueillit avec bien d'autres qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous, et en constitua le Coustumier et Directoire. Le saint Fondateur notait, on le voit, les observations que lui avaient faites ses Filles, y ajoutant parfois une réflexion personnelle, une réponse et même une innocente malice. Quelques-unes de ces remarques ont pu aussi lui être adressées par des prêtres ou des Religieux, soit directement, soit par l'entremise de l'une des Sœurs. La date approximative attribuée à ces notes est suggérée par le contenu de plusieurs d'entre elles, comme nous l'indiquerons dans les pages suivantes.

[531] - Dans le Ms. P des Constitutions, qui remonte à août-novembre 1615, il n'est pas question de " solitude" ou retraite à l'article 45, Du renouvelle­ment... des vœux (note 513) ; par contre, le Ms. Q mentionne la retraite, et dans le Ms. D, qui fut rédigé après avril 1618 et avant la mi-octobre de la même année, il est dit expressément, au même article, que les Sœurs« feront chacune la retraitte selon qu'il sera ordonné par la Supe­rieure." (Ibid., p. 115.) Ces notes sont donc antérieures.

[532] - C'est-à-dire la jeune baronne de Thorens, Marie-Aimée de Rabutin­ Chantal, décédée le 7 septembre 1617. (Voir ci-après, p. 565) La mention de cette mort dans les présentes notes confirme la date que nous leur attribuons..- Quelle est la Religieuse qui ne vit mourir que la belle-sœur du Saint ? Il est assez difficile d'en désigner une parmi les dix-sept qui entrèrent après le décès de la Sœur Roget (juin 1613) ; toutefois, nous proposons avec quelque vraisemblance la Sœur Paule-Jéronyme de Monthoux (L9, note 853) comme étant des plus anciennes et plus particulièrement chargée de Marie­-Aimée lorsqu'elle entrait au Monastère.

[533] - Ces crochets et ceux qu'on voit plus bas ont été mis par le Saint.

[534] - Pour ce no 33 on peut confronter ce que le saint Fondateur écrit à la Mère Paule-Jéronyme de Monthoux le 9 novembre 1620 (L9, note 886) : " En vostre chappelle, vos fenestres doivent estre voylees, affin qu'on ne vous puisse pas voir distinctement... " Voir aussi dans le Coustumier, au Ceremonial : " Ceremonies qu'il faut observer pendant la sainte Messe ", p. 224, et " Pour les Predications , p. 226.

[535] - Cf. note 56, où il est prescrit de relire le matin " les pointz de la meditation " ; prescription qu'on ne trouve pas dans le Ms. Q.

[536] - Lors de la rédaction du Ms. P des Constitutions (août-novembre 1615), les Sœurs se réunissaient encore après Prime; (note 430), où on remarquera une correction de la Mère de Chantal. Dans le Ms.Q on lit (note 434) : " et pendant ce tems elles ne seront point obligees de s'assembler, sinon quand la Superieure l'ordonnera. " Malgré la liberté laissée, les Religieuses s'assemblaient peut-être encore souvent; mais dans le Ms. D (1618) il n'est plus question de réunion pour l'après Prime : " elles se retireront, " y est-il dit, " pour ce qui leur aura esté ordonné. ".(note 57).

[537] - Le mot de Profession, au lieu d' "establissement " et d' " Oblation " qui subsistent dans le Ms. Q, est à noter pour la date. Saint François de Sales reçut le Bref qui érigeait la Congrégation en Ordre religieux dans la première quin­zaine de juillet 1618 ; dès lors on put délibérer si la cérémonie qui se faisait la veille de l' "establissement " devrait être maintenue (voir ci-dessus, pp. 407, 408). On se rappelle qu'en ce jour, après les cérémonies au Chapitre, toutes les Sœurs accompagnaient la Novice dans sa cellule où elle plaçait «son Crucifix en son oratoire»; c'est à cela sans doute qu'il est fait allusion ici. (notes 509,529).

[538] - Cet " article " est tiré du Coustumier manuscrit de 1624 ; comme on peut le voir, la Mère de Chantal y résume les pensées du saint Fondateur.

[539] - La fin de cette phrase est évidemment une addition de sainte Jeanne de .Chantal.

[540] - Dans une Lettre circulaire de 1626, qui devait servir de Préface au Cous­tumier, sainte Jeanne-Françoise de Chantal cite ces paroles de son Bienheureux Père, qu'elle a ensuite insérées dans l'édition de l'ouvrage (De l'union entre les Monasteres, p. 108) : "Bien qu'il (le Monastère d'Annecy) soit établi dans une :petite ville, néanmoins la divine Providence a voulu que le germe de la Congrégation de la Visitation y fût, et qu'en ce lieu elle ait reçu sa loi et ses fondements. Et partant, les autres Monastères (sans toutefois aucune dépendance d'autorité) .le doivent toujours reconnaître comme leur mère et matrice et avoir une très particulière communication avec lui, y ayant volontiers recours dans les doutes .et difficultés qui pourraient arriver en la pratique des Règles et Coutumes, pour savoir comme elles doivent être entendues et observées. " En effet, ajoute la Sainte, " le principal moyen extérieur " que le Bienheureux " a jugé propre pour conserver notre union, c'est celui de la continuation de la conformité et corres­pondance que tous les Monastères ont toujours eues a celui d'Annecy en ce qui regarde l'entière observance de ce qu'il a reçu de son saint Fondateur. " (Lettres, vol. II, p. 579.) Cette circulaire ne fut jamais envoyée à l'Institut; dans son humilité, la Mère de Chantal craignit d'avoir parlé avec trop d'autorité et en .empêcha l'impression. (Voir ibid., note (x), p. 572.)

[541] - Le 7 avril 1626 sainte Jeanne-Françoise de Chantal écrit à la Mère de Blonay, Supérieure à Lyon; " Je vous assure, ma fille, que comme je me fis lire, l'autre jour que j'étais au lit, le Coutumier, je trouvai bien cela que M. Rosset a accommodé (s'entend quelques articles) ; car pour les Directoires, il les faut laisser comme notre Bienheureux Père les avait faits. " (Lettres, vol. Il, p. 593.) Sur cette affirmation de la Sainte nous donnons ici les Directoires pour les offi­cieres ; il est neanmoins évident qu'elle y a ajouté certains détails auxquels le saint Fondateur est étranger. Nous les signalerons en leur lieu.

[542] - L'Imitation de Jesus Christ.

[543] - Traicté de l' Imitation de Nostre Dame, par le P. Arias, de la Compagnie de Jesus; Paris, 1595

[544] - Le Gerson de la Perfection religieuse, et de l'Obligation que chaque Religieux a de l'acquerir, par le P. Pinelli, de la Compagnie de Jesus; Lyon, Jean Pillehotte, MDC1V. (L2, note 353).

[545] - Le Chemin de Perfection, composé par la Mere Terese de Jesus... Nouvellement traduicte d'Espagnol en Françoys... reveuë, corrigee pour la 2e edition. Chez Guillaume de la Noüe, a Paris, 1601. (L3, note 47).

[546] - Le manuscrit du premier Coustumier est de 1624; les mots " tout le Coustumier " ont donc été ajoutés par la Mère de Chantal.

[547] - Cet alinéa a dû être ajouté par sainte Jeanne de Chantal; on a vu, note 429, que du vivant du Fondateur il était permis de sortir du monastère pour parer l'église.

[548] - Il est probable que quelques parties de ce Directoire sont dues à la Mère de Chantal, ou au moins qu'elles ont été rédigées de concert avec elle.

[549] - Ce dernier membre de phrase a été certainement ajouté par la Mère de Chantal.

[550] - Le Pelerin de Lorete. Vœu a la glorieuse Vierge Marie, Mere de Dieu, pour Monseigneur le Daufin, par Louis Richeome, Provincial de la Com­pagnie de Jesus. A Bordeaux, par S. Millangcs, Imprimeur ordinaire du Roy. Avec Privilege de Sa Majesté, 1604.

[551] - Consolation, instruction et resjouissance pour les malades et person­nes affligees, par le R. P. Estienne Binet, de la Compagnie de Jesus. Pont­-a-Mousson, par Melchior Bernard et Charles Marchant, 1617. - C'est la troi­sième édition ; en 1621 parut la cinquième, et depuis, un certain nombre d'au­tres. La première est de 1616, et porte le pseudonyme du P. Binet, c'est-à-dire Arviset.

[552] - Nous supprimons ici La façon de faire les habitz et les tuniques ; le Saint a dû laisser ces détails à la Mère de Chantal, ainsi qu'un alinéa plus bas concernant la longueur des vêtements.

[553] - Comme nous l'avons dit, note 429, du vivant du saint Fondateur les Sœurs du voile noir sortaient encore pour parer l'autel ; la phrase qui attribue cette charge aux Sœurs Tourières a donc été corrigée par la Mère de Chantal.

[554] - Après la mort du président Frémyot, arrivée le 20 ou le 21 janvier 1611 (L2, note 344 ; L5, notes 45,52), des affaires compliquées, appelèrent en Bourgogne la Mère de Chantal. Le 22 août, ayant renouvelé ses vœux de chasteté et d'obéissance, " pressée du désir d'une vie toute parfaite, " elle fit celui de pauvreté entre les mains de son Bienheureux Père, et partit le 6 septembre sous la conduite de son gendre, le baron de Thorens. Celui-ci " ad­mirait la sagesse de ses déportements, de ses paroles et de son soin à expédier bien promptement les affaires, pour s'en retourner en sa chère Savoie. " Une de ses parentes " lui dit en colère que c'était une honte de la voir cachée sous deux aunes d'étamine ; que l'on devait mettre ce voile en mille pièces. " La Sainte se contenta de répondre en souriant : " Qui aime mieux sa couronne que sa tête ne perdra point, s'il se peut, l'une sans l'autre. " Elle témoignait par là que le ­voile et l'état religieux lui étaient plus chers que sa vie. Pour sa parenté et ses sujets, la seconde séparation fut aussi sensible que la première; mais rien ne pouvait émouvoir cette généreuse femme, qui, dès qu'elle le put, reprit le chemin d'Annecy. (Voir Chaugy, Mémoires, etc., Partie II, chap. IV ; L5, notes173,221).

[555] - D'après une note jointe à la copie que nous reproduisons, ce mot avait ­disparu de l'Autographe qu'il ne nous a pas été possible de retrouver.

[556] - Les " dix semaines " durent se prolonger et devinrent presque quatre mois. Si la nécessité de votre presence " estoit extreme et grande et qu'elle ne peust estre remediee que par vous, c'est a dire que vous ne puissies suppleer par autruy aux affaires, " écrivait le saint Evêque à la Mère de Chantal le 15 novembre 1611, " vous pourries librement arrester le tems requis a cela, que je re­metz a vostre discretion et prudence. " (L5, note 218). Le retour eut lieu la veille de Noel. (L6, note 155).

[557] - Michel Favre, aumônier du Saint.

[558] - Les affaires de Guy de Rabutin, baron de Chantal (L3, note 443) " avaient été extrêmement mal conduites, " de sorte qu'à sa mort la Mère de Chantal fut contrainte de faire un second voyage en Bourgogne pour y mettre ordre. (L6, note 129). "Une chose édifiait grandement, " écrit la Mère de Chaugy : " lorsque cette sainte femme traitait des affaires, elle ne s'alléguait jamais, se tenant pour vraiment morte au monde ; mais disait toujours : " Vous devez à mes enfants telle et telle chose. " (Mémoires, etc., Partie II, chap. VIII.)

[559] - Sœur Péronne-Marie, cinquième Religieuse de la Visitation. (L5, note 248)

[560] - Elles demandèrent six semaines, après lesquelles la Sainte revint bien vite dans sa ruche de la Visitation.

[561] - Nous possédons deux textes de ce Desfy : l'un, qui contient seulement le Desfy pour l'examen particulier ; il est donné en seconde leçon. L'autre a de plus la petite préface de saint François de Sales et le Desfy general ; il figure .dans notre texte. Au sujet de ce dernier, la Mère Françoise-Madeleine de Chaugy, .qui le fit imprimer pour l'envoyer à tous les Monastères de l'Institut, l'accompagnait de la lettre suivante :

VIVE JESUS

" Mes tres honorees Seurs, - Entre les precieux papiers que Monseigneur de Geneve, nostre digne Prelat (Charles-Auguste de Sales, évêque de Genève de 1645 à 1660.), trouva le .mois de may de cette annee 1658 dans une vieille archive du chasteau de la Thuille, ce Defy s'est trouvé escrit most a most de la propre main de nostre Bienheureux Pere. C'est le premier Defy de l'Ordre, auquel nous remarquons tant de lumieres pour faire nos defys, et pratiques des vertus, que je croirais d'estre larronesse d'un tresort a nostre ­cher Institut sy je n'en faisoit part a Vos Charités, estimant qui! est autant a vous qu'a nous, puisque toute la Visitation estoit enclose dans cette petitte racine d'Annessy quand ce Bienheureux la cultivoit et arroussoit avec tant de soin. Nous avons la grace d'avoir encor parmy nous, deux des Seurs qui ont ressu de la bouche et de la plume de ce Bienheureux le Defy que vous offre en bonne estraine,

" Vostre indigne Seur,

FRANÇOISE MADELENE DE CHAUGY.

Dieu soit beny. "

Il peut se faire que la Mère de Chaugy ait légèrement retouché l'original avant de le livrer à l'impression : par exemple, qu'elle ait ajouté les prénoms des Sœurs, au lieu de les désigner simplement par leur nom de famille, comme l'avait fait le Saint. Pour la Mère de Chantal, i! nous semble à peu près sûr qu'il aura écrit : "Avec nostre Mere ", ainsi qu'on le voit dans la seconde leçon, sans l'addition de ses noms et prénoms. - Cette seconde leçon est de la main de M. Michel Favre et se compose de deux, feuillets détachés ; le verso du premier est laissé en blanc, le texte se termine ­au verso du second. L'original est conservé à la Visitation de Turin. - La date que porte le Sacré Cartel est 1614, mais il faut se rappeler que la Sœur Roget, nommée au n° 6 (voir ci-après, p. 495), mourut en juin 1613 ; dès lors, ce qui la concerne ne peut être du 1er janvier de l'année suivante. D'autre­ part, Mme des Gouffiers ne se rendit à Annecy qu'à la fin de mai 1613 et y de­meura jusqu'en septembre 1614 ; ce qui la regarde est donc bien de cette année. Les pages de M. Michel ne sont pas datées; en outre, le n° 6, attribué à la Sœur Roget dans le Défi imprimé et qui, en effet, convient assez bien à la jeune ma­lade, n'est suivi d'aucun nom dans la minute, pas plus que le n° 7 qu'on ne ­retrouve pas dans le texte de 1614. - Par ce qui précède nous sommes amenés à conclure qu'il y a eu deux rédactions : le premier feuillet de M. Michel Favre, qui se termine avec le n° 8, c'est-­à-dire avec la Sœur Milletot, entrée le 14 août 1610, serait un Défi particulier ­donné aux premières Religieuses le 1er janvier 1611. La mention du " Saint du moys " au n° 3, pour la Sœur de Bréchard, favorise l'hypothèse, car à partir de­1612, les Sœurs tirèrent chacune au sort un Saint protecteur pour l'année, au lieu de le tirer chaque mois. (L5, note 263 ; Entret. Hist. de la Galerie, p.187). Le second feuillet n'est-il pas une minute du Sacré Cartel de 1614 ? - Il reste cependant une difficulté pour le n° 6 destiné à la Sœur Roget, car il y a quelques variantes entre les deux textes. Le saint Fondateur aurait peut­-être complété la minute avant le décès de la jeune Sœur, ou bien la Mère de Chaugy aurait ajouté son nom.

[562] - Sœur Anne-Jacqueline Coste (L4, note 79)

[563] - Notes que le Saint n'a pas utilisées dans son Défi.

[564] - La date de l'année, qui manque à cette pièce, est tout indiquée par le séjour de saint François de Sales à Lyon en 1615, du 28 juin au 10 juillet.

[565] - Saint François de Sales, encore sous le coup de l'émotion que lui avait causé la mort de son angélique belle-sœur, a écrit cette petite Notice dans leLivre du Couvent. La Mère de Chanta!, qui en sa qualité de Supérieure aurait dû la rédiger, ne pouvait évidemment le faire. Ce pieux office revint donc de droit au saint Fondateur ; en le remplissant, il a laissé un modèle des courtes Notices qui doivent s'écrire dans le même Livre au décès de chaque Sœur, à la suite des rénovations de ses vœux. (note 145). On voit .encore sur l'Autographe la trace de ses larmes. - Est-ce le 7 septembre, date de la mort de Marie-Aimée, que le Saint traça cette page, ou quelques jours après ? Il est plus probable qu'il le fit l'un des jours suivants ; en effet, il ne dit pas : " ce jourd'buy ", en indiquant la date du décès, et .il ajoute à celle-ci: " qui estoit la veille de la Nativité de Nostre Dame".

[566] - Voir L2, note 347 ; L8, notes 183,184,190 ; et au même tome, les lettres écrites par le Saint après la mort de sa belle-sœur, notes 189 sq, 282,355,356

[567] - Sur Mgr André Frémyot, voir L2, note 326.

[568] - L8, notes 453,756,836

[569] - La fondation du monastère de Paris se fit le 1er mai 1619, mais la Mère de Chantal était arrivée de Bourges dans la capitale dès le 6 avril. Sur cette fondation et sur les difficultés qui l'accompagnèrent, voir L8, notes 806,833,861,874,881,884,957..

[570] - L'établissement de la Visitation à Dijon fut différé jusqu'au 8 mai 1622. Voir L10, notes 361,534,754 et la lettre du 23 janvier 1622 à la Sainte.

[571] - La Mère de Chantal ne partit d'Annecy que le 22 octobre et arriva à Bourges le 14 novembre. (L8, notes 703,756). Elle quitta Dijon le 28 octobre 1622 ; après deux courtes haltes à Lyon, où elle revit son Bienheureux Père, et des visites aux monastères de Montferrand, Saint­ Etienne, Grenoble et Belley, elle s'arrêta à Chambéry, puis à Rumilly chez les. Bernardines, et ne rentra à Annecy que vers le 15 janvier 1623 pour recevoir la dépouille mortelle de saint François de Sales. (L10, note 840 et voir la Mère de Chaugy, Mémoires, etc., Vartie II, chap. XIII-XV.)

[572] - Le texte de ce Bref est donné à l'Appendice de L8, note 985.

[573] - Les affaires temporelles de la Sœur de Mouxy ne purent être réglées dans le délai de six mois accordé par le saint Evêque. Au commencement de juillet 1620 elle n'avait pas encore pu prononcer les vœux solennels. (L9, note 632).

[574] - Janus, et non pas Gallois qui est une erreur du greffier, car à cette épo­que il n'y avait pas un autre chanoine de la cathédrale du nom de Regard. (L6, note 4 p.83)

[575] - Il était âgé de quarante-huit ans lorsqu'il déposa au 1er Procès de Béati­fication de l'Evêque de Genève le 19 juiJlet 1632, et se dit " fiJz d'honnorable Thomas Roux et de Jeanne Valier, bourgeois de Chambery, a present habitant Annessy ; docteur en theologie, chanoyne de S, Pierre de Geneve et, par dispense, curé d'Evire. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad 2um interrog.) François Roux naquit à Sallanches, fut ordonné prêtre le 14 mars 1620 et décéda au mois de mars 1663. (Rebord, Dictionnaire du Clergé, etc., II, Annecy, 1920, p. 700.)

[576] -L'aumônier du Saint (L7, note 532).

[577] - Deux serviteurs de l'Evêque (L6, note 329 ; L7, note 439 ; Op1, note 151)

[578] - Denys-Simon de Marquemont (L7, note 41).

[579] - Les peines que les voyageuses endurèrent furent en effet bien grandes ; difficultés et obstacles se multiplièrent pour les empêcher de faire l'œuvre pour laquelle leur saint Fondateur les envoyait à Moulins. La Mère de Monthoux ne put jamais y être Supérieure ; elle fut la fondatrice du monastère de Nevers, établi le 23 juillet 1620. Pour plus de détails, voir l'Appendice III de L9 et L10, notes 132,210,490.

[580] - Prieur de Saint-Paul, en Chablais. (L2, note 323)

[581] - Les points de suspension indiquent la suppression de formules et de membres de phrases sans intérêt.

[582] - Claude de Blonay (L2, note 148) avait eu cinq fils et quatre filles : Jacques, qui contresigne la présente pièce, marié à Marie d'Avise {L+6, notes 108,109) ; Gabriel, assassiné en 1610 (L4, note 598) ; Jean-François, notre Prieur , et deux autres fils morts peu de temps après leur mère. Des filles, Françoise-Madeleine, l'aînée, épousa Amé de Mojonnier (L8, note 555); une autre, dont on ignore le nom, décéda sans alliance; Gabrielle entra à Sainte-Claire d'Evian (L7, note 847) ; Aimée, la cadette, fut la dixième Religieuse de la Visitation d'Annecy et, en 1615, l'une des fondatrices du monastère de Lyon (L5, note 538).

[583] - Sans doute Georges Mingon, bourgeois d'Annecy, nommé à la charge de notaire le 2 janvier 1579, par Jacques de Savoie, duc de Genevois. Le 16 fé­vrier 1612, M. Claude de Charmoisy donne en sa faveur une " attestation d'ho­norabilité par devant noble et spectable Geoffroy Bavoz, président du Sénat de Savoie. Il avait épousé Jeanne Duret qu'on trouve mentionnée dans une pièce de 1593. M. Mingon reçoit et rédige les premiers contrats relatifs à la Visitation et, le 29 décembre 1610, l'acte de l' " admodiation " faite par saint Fran­çois de Sales à Me Bally des revenus du mandement de Thiez. (Voir Bruchet, Inventaire sommaire des Archiv. dép. de la Haute-Savoie; Annecy, 1904,. B. 139, p. 56; 526, 527, pp. 208, 20g; 779, p. 254.) Dans ses lettres de 1615, la Mère de Chantal fait plusieurs fois mention du dévoué notaire qu'elle honora d'une particulière bienveillance : " Faites bien tous mes honneurs vers M. le Prévôt, " écrit-elle le 12 septembre à M. Michel Favre, " et à tous nos autres. amis et amies,... mais tout à part au bon M. Mingon. " (Sainte Jeanne-Fran­çoise Frémyot de Chantal, sa Vie et ses Œuvres, Paris, Plon ; Lettres, vol. I (1877), p. 49.) L'intérêt témoigné par ce dernier pour la construction du premier monastère a fait croire aux éditrices des Lettres de la Sainte qu'il était " archi­tecte ou maître maçon. (ibid., note (2), p. 29) ; la présente note rectifie cette erreur. (L6, note 405).

[584] - De la main du saint Evêque.

[585] - Abbé commendataire d'Abondance, ami intime de la familIe de Blonay­ aussi bien que de saint François de Sales. (L3, note 69).

[586] - Sur Maurice de Savoie, voir L3, note 451, et sur Gré­goire XV, L10, note 712. - Ce Mémoire et le suivant sont copiés par M. Michel Favre qui partit pour.­Rome, muni de ces pièces, en avril 162I. (L10, note 78 et, à la même page, la lettre à lui adressée par le Saint à cette occasion.) L'aumônier­ de l'Evêque a écrit en tête de la première : Duo Memorialia prœsentavit Illus­trissimus Cardinalis Sabaudiœ Domino nostro Gregorio XV, pro Monia­libus Visitationis Beatœ Mariœ. Primum continet quœ sequuntur. - Et au. début de la seconde : Alterum Memoriale quœ hac semipagina includuntur­ continet. (L10, note 87 et à l'Appendice les Suppliques à Sa Sain­teté Grégoire XV et au cardinal Ludovisi, avec la note 883)

[587] - Une minute autographe de ce Mémoire est conservée au monastère de la Visitation de Voiron. Elle occupe trois pages in-4°; sur la quatrième, M. Michel Favre a écrit la note suivante : Rationes quibus Summus Pontifex Paulus PP. Q. motus fuit dispensare Moniales Visitationis B. M'" a recitatione Of/icii magni

[588] - Don Juste Guérin (L7, note 461), délégué à Rome en 1618 par le saint Evêque pour la visite ad limina, s'y occupa beaucoup des affaires de la Visitation, surtout en ce qui concernait la dispense de l'Office canonial, comme on peut le voir dans les lettres que lui adressa le Fondateur à -cette époque, (L8, notes 295,339,434,461).

[589] - L7, note 622, au cardinal Bellarmin..

[590] - Cette Maison eut d'humbles débuts qui remontent au moins à la fin du XIIe siècle. Située alors dans la ville haute, sur la place du Martroy, elle portait le vocable de Saint-Nicolas. Le soin des pauvres semble avoir été attribué à une Congrégation d'hommes jusqu'au milieu du XIIIe siècle. En 1258, le roi saint Louis ayant acheté un nouvel emplacement, y fit élever des bâtiments spacieux, augmenta le personnel, le soumit à une règle fixe, et installa dans l'Hôtel-Dieu quelques clercs et prêtres et treize ou quatorze Sœurs au plus, ayant contracté les trois vœux sous la Règle de saint Augustin. Au XVIe siècle, les Constitutions des Religieuses de Pontoise existaient encore dans le trésor de .l'Hôtel-Dieu. Le Cérémonial, publié au XVIIe, porte ce qui suit, au chap. III, Du Chant : " Tous les jours l'on chantera avec notte le petit service de la Vierge selon l'usage romain, avec la Messe du jour ou de la feste qui eschet... De plus, les dimanches et festes de l'année l'on chantera en nottes les grandes Vespres selon le Bréviaire romain, et les grandes festes le grand service de mesme usage... . (Cérémonial des Religieuses du prieuré royal hospitalier de S. Nicolas de Pont-Oise, Ordre de Saint Augustin; Paris, Robert Sara, 1641.). - Dans les salles de l'Hôtel-Dieu de Pontoise ce sont aujourd'hui les Sœurs de Saint-Paul de Chartres qui soignent les malades. Cette Congrégation suit d'autres statuts que ceux de l'ancien prieuré, mais le principe et l'essence des deux Règles sont les mêmes. (Voir La Règle de l'Hôtel-Dieu de Pontoise, publiée par Léon Le Grand, archiviste aux Archives Nationales; Paris, 1891.)

[591] - Avant la mort du saint Fondateur quatre autres Monastères devaient s'établir : Valence, 8 juin 1621 ; Dijon, 8 mai 1622 ; Belley, le 20 août, et Saint­ Etienne le 1er octobre de la même année. (L10, notes 164,361,789,838).

[592] - La faveur implorée par les Religieuses ayant été accordée, les Monastères déjà établis furent érigés en Ordre proprement dit, comme celui d'Annecy, par l'autorité des évêques respectifs. Cette érection avait été faite à Lyon et à Mou­lins en 1620 par Mgr de Marquemont, grâce à un Bref spécial sollicité par celui­ci. (L9, note 397).

[593] - On conserve à Paris (Bibliothèque Nationale, n° 4353) un petit in-4° de 42 pages, dont l'écriture et l'orthographe indiquent qu'il remonte aux premières années du XVIIe siècle, La première page porte le titre ci-dessus, la deuxième est blanche; sur la troisième, se trouve la note que nous reproduisons en petits caractères, puis le titre: Sommaire des Constitutions, etc et enfin l'Article 1er. - Ce Manuscrit n'est pas une nouvelle rédaction due à la plume de saint Fran­çois de Sales; c'est un "Sommaire " ou plutôt une compilation des leçons pri­mitives des Constitutions, particulièrement des Mss, H, K, Q, Cependant, il y a certaines. variantes qui ne se rencontrent dans aucune de ces rédactions et qui ne sont pas sans intérêt; voilà pourquoi on a jugé à propos de donner ce Manuscrit en Appendice, tout en supprimant les nombreux passages, et même des articles entiers, qui figurent déjà dans les textes précédents, auxquels nous avons renvoyé. - Les fautes d'orthographe, de grammaire, de syntaxe fourmillent dans ce Sommaire nous les reproduisons, sans nous astreindre à répéter (sic) chaque fois, pour ne pas fatiguer le lecteur. - Quant à la date du présent recueil, on peut la conjecturer de celle du Ms. Q (1616-janvier 1617), à laquelle elle est postérieure. Les notes marginales ont dû être ajoutées après la réception du Bref de Paul V (23 avril 1618) qui enjoignait à l'Evêque de Genève d'ériger sa Congrégation en Ordre religieux. Peut-être ce Manuscrit fut-il envoyé, ou même rédigé à Paris, lorsqu'on traita sérieusement d'une fondation de la Visitation en cette ville. Dès son départ de Moulins, vers le 15 octobre 1617, et son arrivée dans la capitale, Mme des Gouffiers travailla activement pour faire aboutir le projet : ne serait-ce pas elle qui aurait fait dresser ce Sommaire des Constitutions ? - Quoi qu'il en soit, nous croyons pouvoir le placer entre la seconde moitié de 1617 et la première de 1618.

[594] - Note marginale : Il a plu a Sa Sté de moderer cest article, et pour iceluy ont voulu queces veufves ne sortiront que deux fois en leur vie.

[595] -id : Tout le present article a esté retranché, fors la 7e condition

[596] - Mgr Charles Bascapé (note 402).

[597] - Nous n'avons pas songé à dresser ici, pour ce volume, en toute rigueur scientifique, le Lexique de saint François de Sales. Un tel travail, à peine est-il besoin de le dire, ne pourra être établi qu'après l'achèvement de cette publication. Notre but a été surtout de rendre provisoirement service aux lecteurs français ou étrangers qui seraient peu familiarisés avec les particu­larités du vieux langage. On voudra bien, en se servant de ce recueil, se souvenir de la pensée d'ordre tout pratique qui l'a inspiré.

[598] - Les caractères et les chiffres gras désignent les noms des correspondants avec notes biographiques. Les noms suivis d'un astérisque * indiquent les auteurs ou les destinataires des pièces qui figurent à l'Appendice. Les chiffres en italique renvoient aux numéros des lettres (ou à la page du volume où se trouve la lettre) ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples :

376 = note de bas de page n° 376

190, 721 = note de bas de page n° 190 , et lettre n°721

1017, I J = lettres n° 1017 et appendice I, lettre J