Les Controverses — Troisième partie

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TROISIÈME PARTIE

Les règles de la foi sont observées dans l’Église catholique

AVANT-PROPOS

Ces deux fautes fondamentales auxquelles vos ministres vous ont conduit d’avoir abandonné l’Église et d’avoir violé toutes les vraies Règles de la religion chrétienne, ne vous rendent pas excusables le moins du monde, Messieurs; car elles sont si énormes que vous ne pouviez les méconnaître, et sont si importantes que l’une des deux suffit pour vous faire perdre le vrai christianisme. Puisque la foi hors de l’Église, ni l’Église sans la Foi, ne saurait vous sauver, non plus que l’œil hors la tête, ni la tête sans l’œil, ne saurait voir la lumière. Quiconque vous voulait séparer de l’Église vous devait être suspect, et qui méprisait si fort les saintes Règles de la foi devait être fui et méprisé, quelque contenance qu’il tînt, quoi qu’il alléguât. Mais, ce me direz-vous, ils protestaient de ne rien dire qui ne fût exprès en la pure, simple et naïve Parole de Dieu. Ah mon Dieu, comme crûtes-vous si légèrement? Il n’y eut donc hérésie qui alléguât plus hors de propos la Parole de Dieu que celle-ci, et qui en tirât des conclusions moins sortables, particulièrement dans les principales disputes. Vous l’aurez déjà peu remarqué ci-devant dans les deux premières Parties de ce Mémorial, mais je désire que vous le touchiez au doigt, afin qu’il ne vous demeure aucune excuse de reste. Vous ne deviez pas croire si légèrement; si vous eussiez bien avisé à vos affaires, vous eussiez vu que ce n’était pas la Parole de Dieu qu’ils avançaient, mais leurs propres conceptions voilées des mots de l’Écriture, et eussiez bien connu que jamais un si riche habit ne fut fait pour couvrir un si vilain corps comme est cette hérésie.

Car, par supposition, faisons que jamais il n’y eût Église, ni concile, ni Pasteurs, ni Docteurs, ni les apôtres, et que l’Écriture sainte ne contient que les Livres qu’il plaît à Calvin, Bèze et Martyr d’avouer, qu’il n’y a point de règle infaillible pour la bien entendre, mais qu’elle est à la merci des conceptions de quiconque voudra maintenir qu’il interprète l’Écriture par l’Écriture et par l’analogie de la foi, comme on veut entendre Aristote par l’Aristote et par l’analogie de la philosophie; confessons seulement que cette Écriture est divine, et je maintiens devant tous juges équitables que, sinon tous, au moins ceux d’entre vous qui avaient quelque connaissance et suffisance sont inexcusables, et ne sauraient garantir leur religion de légèreté et témérité. Et voici où je me réduis. Les ministres ne veulent combattre qu’avec l’Écriture, je le veux; ils ne veulent de l’Écriture que les parties qu’il leur plaît, je m’y accorde: au bout de tout cela, je dis que la créance de l’Église catholique l’emporte de tous pris, qu’elle a plus de passages pour soi que l’opinion contraire, et ceux qu’elle a, plus clairs, purs et simples, plus raisonnablement interprétés, mieux concluants et sortables. Ce que je crois être si certain, que chacun le peut savoir et connaître, mais de montrer ceci par le menu, ce ne serait jamais fait; il suffira bien, ce me semble, de le montrer en quelques principaux articles.

C’est donc ce que je prétends faire en cette troisième Partie, ou j’attaquerai vos ministres sur les Sacrements en général, et en particulier sur celui de l’Eucharistie, de la Confession et Mariage, sur l’honneur et invocation des Saints, sur la convenance des cérémonies en général, puis en particulier, sur la puissance de l’Église, sur le mérite de bonnes œuvres et la justification, et sur les indulgences; où je n’emploierai que la pure et simple Parole de Dieu, avec laquelle seule je vous ferai voir, comme par essai, votre faute si à découvert, que vous aurez occasion de vous en repentir. Et toutefois, je vous supplie que si vous me voyez combattre, abattre et enfin surmonter l’ennemi avec la seule Écriture, vous vous représentiez alors cette grande et honorable suite de Martyrs, Pasteurs et Docteurs, qui ont témoigné par leur doctrine et au prix de leur sang que la doctrine pour laquelle nous combattons maintenant était la sainte, la pure, l’Apostolique, qui sera comme une surcharge de victoire: car, quand nous nous trouverions en pareille fortune avec nos ennemis, par la seule Écriture, l’ancienneté, le consentement, la sainteté de nos auteurs nous ferait toujours triompher. Et à cette occasion j’ajusterai toujours le sens et la conséquence que je produirai des Écritures, aux Règles que j’ai produites en la seconde Partie; quoique mon dessein principal ne soit que de vous faire essayer la vanité de vos ministres, qui ne faisant que crier, la Sainte Écriture, la Sainte Écriture, ne font rien plus que d’en violer les plus assurées sentences. En l’assemblée des princes que se fit Spire l’an 1526, les ministres protestants portaient ces lettres en la manche droite de leurs vêtements:V.D.M.I.AE; par lesquelles ils voulaient protester: Verbum Domini Manet in Æternum (I Petri I, 25). Ne diriez-vous pas que c’est bien eux qui, seuls et sans compagnon, manient l’Écriture sainte? Ils en citent à la vérité des morceaux et à tous propos «en public, en privé », en leurs discours, en leurs livres, dans les rues, dans les banquets. Lisez les opuscules de Paulus Samosatenus, de Priscillien, d’Eunomius, Jovinien et de ces autres pestes; vous verrez un grand amas d’exemples, et presque pas une page qui ne soit fardée et colorée de quelques sentences de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ils font comme ceux qui veulent faire prendre quelque breuvage amer aux petits enfants: ils frottent et couvrent de miel le bord du gobelet, afin que ce simple âge, sentant premièrement le doux, n’appréhende point l’amer. Mais qui sondera au fond de leur doctrine, verra clair comme le jour que ce n’est qu’une apparence safranée, telle que celle le Diable produisait quand il tentait Notre-Seigneur, car il avançait l’Écriture pour son intention. «Ô Dieu», dit le même Lirinensis, «que fera-t-il à l’endroit des misérables hommes, puisqu’il ose attaquer avec l’Écriture le Seigneur même de majesté? Pensons de près à la doctrine de ce passage, car comme alors le chef d’un parti parla au chef de l’autre, ainsi, maintenant, les membres parlent aux membres, à savoir les membres du diable aux membres de Jésus-Christ, les perfides aux fidèles, les sacrilèges aux religieux, enfin les hérétiques aux catholiques. Mais comme le chef répondit au chef, ainsi pouvons-nous faire, nous autres membres, aux membres: notre chef repoussa avec les passages même de l’Écriture repoussons-les en même façon, et par des conséquences solides et naïves, déduites de la Sainte Écriture, montrons la vanité et piperie avec laquelle ils veulent couvrir leurs conceptions des paroles de l’Écriture.

C’est ce que je prétends ici, mais brièvement; et proteste que je produirai très fidèlement tout ce que je croirai être de plus apparent de leur côté, puis par l’Écriture même les convaincrai, afin que vous voyiez que quoique et eux et nous manions et nous armons de l’Écriture, nous en avons néanmoins la réalité et droit usage, eux n’en ayant qu’une vaine apparence par manière d’illusion; ainsi que non seulement Moïse et Aaron, mais encore les magiciens animèrent leurs verges et les convertirent en couleuvres, mais la verge d’Aaron dévora les verges des autres.

CHAPITRE PREMIER

Des Sacrements

ARTICLE PREMIER

Du nom de Sacrement

Ce mot de Sacrement est bien exprès en l’Écriture en la signification qu’il a en l’Église catholique, puisque saint Paul, parlant du mariage, l’appelle clair et net, sacrement (Éph. V, 32). Mais nous allons voir ceci ci-après; il suffit maintenant contre l’insolence de Zwingli et des autres qui ont voulu rejeter ce nom, que toute l’Église ancienne en ait usé: car ce n’est pas avec une plus grande autorité que le mot de Trinité, Consubstantiel, Personne, et cent autres sont demeurés en l’Église comme saints et légitimes; et c’est une très inutile et sotte témérité de vouloir changer les mots ecclésiastiques que l’Antiquité nous a laissés, outre le danger qu’il y aurait, qu’après le changement des mots, on n’alla au change de l’intelligence et créance, comme on voit ordinairement que c’est l’intention de ces novateurs de paroles. Or, puisque les prétendus réformateurs, pour la plupart, quoique ce ne soit sans gronder, laissent ce mot en usage parmi leurs livres, amusons-nous aux difficultés que nous avons avec eux sur les causes et les effets des Sacrements, et voyons comme ils méprisent l’Écriture et les autres règles de la foi.

ARTICLE II

De la forme des Sacrements

Commençons par ici: l’Église catholique tient pour forme des Sacrements, des paroles consécratoires; les ministres prétendus ont voulu réformer cette forme, disant que les paroles consécratoires sont charmes et que la vraie forme des Sacrements est la prédication. Qu’apportent les ministres de la Sainte Écriture pour l’établissement de cette réformation? Deux passages seulement, que je sache, l’un de saint Paul, l’autre de saint Matthieu. Saint Paul, parlant de l’Église, dit que Notre-Seigneur l’a sanctifiée, mundas lavacro aquæ in verbo vitæ (Éph. V, 26); et Notre-Seigneur même, en saint Matthieu, fit ce commandement à ses disciples: Docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti (Mt. XXVIII, 19). Voilà donc des passages bien clairs pour montrer que la prédication est la vraie forme des Sacrements? Mais qui leur a dit qu’il n’y a point d’autre verbum vitæ que la prédication? Je soutiens, au contraire, que cette sainte invocation, Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, est encore un verbum vitæ comme l’ont dit saints Chrysostome et Théodoret; aussi sont bien les autres saintes prières et invocations du nom de Dieu, qui ne sont pourtant pas prédications. Que si saint Jérôme, suivant le sens mystique, veut que la prédication soit une sorte d’eau purifiante, il ne s’oppose pourtant pas aux autres Pères, qui ont entendu le lavage d’eau être le Baptême précisément, et la parole de vie, l’invocation de la très-sainte Trinité, afin d’interpréter le passage de saint Paul par l’autre de saint Matthieu: enseignez les gens les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et quant à ce dernier, personne ne nia jamais que l’instruction ne doive précéder le Baptême, à l’endroit de ceux qui en sont capables, suivant la parole de Notre-Seigneur qui place l’instruction avant le Baptême. Mais nous arrêtant à la même parole, nous mettons l’instruction devant, à part, comme disposition requise en celui qui a l’usage de raison, et le Baptême à part encore; dont l’un ne peut être la forme de l’autre, ni le Baptême de la prédication, ni la prédication, du Baptême. Que si néanmoins, l’un devait être la forme de l’autre, le Baptême serait plutôt forme de la prédication que l’inverse; puisque la forme ne peut précéder, mais doit survenir à la matière et que la prédication précède le Baptême, et le Baptême survient par après la prédication: saint Augustin n’aurait pas bien dit quand il disait: Accedit verbum ad elementum, et fit Sacramentum, car il eût plutôt dû dire: Accedit elementum ad verbum. Ces deux passages ne sont donc pas advenants ni à propos pour votre réforme.

Or toutefois vos prétentions seraient en certaine façon plus tolérables, si nous n’avions en l’Écriture des raisons contraires, plus expresses que les vôtres ne sont, hors de toute comparaison. Les voici: Qui crediderit et baptizatus fuerit (Marc XVI, 15); voyez-vous la croyance qui naît en nous par la prédication, séparée du Baptême? Ce sont donc deux choses bien distinctes, la prédication et le Baptême. Qui doute que saint Paul n’ait catéchisé et instruit de la foi plusieurs Corinthiens qui ont été baptisés? Que si l’instruction et la prédication étaient la forme du Baptême, saint Paul n’avait pas de raison de dire Gratias ago Deo quod neminem baptizavi nisi Crispum et Caium, etc.(I Cor. I, 14), car donner forme à une chose, n’est-ce pas la faire? Bien plus, que saint Paul met à part l’acte de baptiser du prêcher: Non me misit Christus baptizare sed evangelizare (17).Et pour montrer que le Baptême est de Notre-Seigneur et non de celui qui l’administre, il ne dit pas Nunquid in predicationæ Pauli baptizati estis? mais plutôt Nunquid in nomine Pauli baptizati estis (13)? montrant que quoique la prédication précède, si elle n’est pas de l’essence du Baptême, pour attribuer au prédicateur et catéchiste le Baptême comme il est attribué au nom de celui qui est invoqué. Pour vrai, à qui regardera de plus près le premier Baptême fait après la Pentecôte, verra clair comme le jour que la prédication est une chose et le Baptême une autre. His auditis, voilà la prédication d’un côté, compuncti sunt corde, et dixerunt ad Petrum et ad reliquos Apostolos: quid faciemus, viri fratres? Petrus vero ad illos: pænitentiam, inquit, agite et baptizetur unusquisque vestrum in nomine Jesu Christi, in remissionem peccatorum vestrorum (Act. II, 37-38). Voilà le Baptême d’un autre côté mis à part. Autant on peut remarquer au Baptême de ce dévot eunuque d’Éthiopie (Act. VIII, 35-38), en celui de saint Paul, qu’il n’y eut point de prédication, et en celui du bon et religieux Cornélius. Et quant à la très-sainte Eucharistie, qui est l’autre sacrement que les ministres font semblant de recevoir, où trouveront-ils jamais que Notre-Seigneur y ait usé de prédication? Saint Paul enseigne aux Corinthiens comment il faut célébrer la Cène, mais on n’y trouve point qu’il y soit commandé de prêcher. Et afin que personne ne doutât que le rite qu’il proposait fût légitime, il dit qu’il l’avait appris ainsi de Notre-Seigneur: Ego enim accepi à Domino, quod et tradidi vobis (I Cor. XI, 23). Notre-Seigneur fit bien un admirable sermon après la Cène, récité par saint Jean, mais ce ne fut pas pour le mystère de la Cène qui était déjà complet. On ne dit pas qu’il ne soit convenable d’instruire le peuple des Sacrements qu’on lui confère, mais seulement que cette instruction n’est pas la forme des Sacrements. Que si en l’institution de ces divins mystères, et en la pratique même des apôtres, nous trouvons de la distinction entre la prédication et les Sacrements, à quels enseignements les confondrons-nous? Ce que Dieu a séparé, pourquoi le conjoindrons-nous? En ce point donc, selon l’Écriture, nous l’emportons, et les ministres sont convaincus de violation de l’Écriture, qui veulent changer l’essence des Sacrements contre leur institution.

Ils violent encore la Tradition, l’autorité de l’Église, des conciles, des papes et des Pères, qui tous ont cru et croient que le Baptême des petits enfants est vrai et légitime: mais comment veut-on que la prédication y soit employée? Les enfants n’entendent pas ce que l’on dit, ils ne sont pas capables de l’usage de raison, à quoi bon les instruire? On peut bien prêcher devant eux mais ce sera pour rien, car leur entendement n’est pas encore ouvert pour recevoir l’instruction, comme instruction; elle ne les touche point, ni ne peut leur être appliquée, quel effet donc peut-elle faire en eux? Leur Baptême donc serait vain puisqu’il serait sans forme et signification; la forme donc du Baptême n’est pas la prédication. Luther répond que les enfants ressentent des mouvements actuels de la foi par la prédication: c’est violer et démentir l’expérience et le sentiment même. Item, la plupart des baptêmes qui se ont en l’Église catholique se font sans prédication; ils ne sont donc pas vrais baptêmes, puisque la forme y manque. Que ne rebaptisez-vous donc ceux qui vont de notre Église à la vôtre? Ce serait un anabaptisme.

Or sus, voilà, selon les Règles de la Foi, et principalement selon l’Écriture sainte, comment vos ministres errent quand ils vous enseignent que la prédication est forme des Sacrements; mais voyons si ce que nous en croyons est plus conforme à la sainte Parole. Nous disons que la forme des Sacrements est une parole consécratoire, et de bénédiction ou invocation. N’y a-t-il rien de si clair en l’Écriture: Docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti (Mt. XXVIII, 19); cette forme, au nom du Père, etc. n’est-elle pas invocatoire? Certes, le même saint Pierre qui dit aux Juifs Pœnitentiam agite, et baptizetur unusquique vestrum in nomine Jesu Christi, in remissionem peccatorum vestrorum (Act. II, 38), dit peu après au boiteux devant la belle porte, In nomine Jesu Christi Nazareni, surge et ambula (Act. III, 6): qui ne voit que cette dernière parole est invocatoire? Et pourquoi pas la première, qui est de même substance? Ainsi, saint Paul ne dit pas Calix prædicationis de quo prædicamus, nonne communicatio Sanguinis Christi est? (I Cor. X, 16); mais au contraire Calix benedictionis cui benedicimus. On le consacrait donc et on le bénissait: ainsi au concile de Laodicée, c. 25, Non oportet Diaconum calicem benedicere. Saint Denis, disciple de saint Paul, les appelle «consécratoires», et en sa description de la liturgie ou messe, il n’y met point la prédication, tant s’en faut qu’il la tînt pour forme de l’Eucharistie. Au concile de Laodicée, où il est parlé de l’ordre de la messe, il ne se dit rien de la prédication, comme étant chose de décence mais non de l’essence de ce mystère. Justin le martyr décrivant l’office ancien que les chrétiens faisaient le dimanche, entre autres choses, il dit qu’après les prières générales, on offrait pain, vin et eau, et alors le prélat faisait de tout son effort prières et actions de grâces à Dieu, le peuple bénissait, disant: Amen. His cum Eucharistia consecratis, unusquisque participat, eademque absentibus dantur diaconis perferenda. Plusieurs choses sont ici remarquables, l’eau se mêlait au vin, on offrait, on consacrait, on en portait aux malades: mais si nos réformateurs eussent été là, il eût fallu lever l’eau, l’offrande, la consécration, et il eût fallu porter la prédication aux malades, ou c’eût été pour néant; car comme dit Jean Calvin, Misterii explicatio ad populum sola facit ut mortuum elementum incipiat esse sacramentum. Saint Grégoire de Nysse dit: Recte nunc etiam Dei verbo sanctificatum panem (et parle du Sacrement de l’autel) in Verbi Corpus credimus immutari; et après, dit que ce changement se fait virtute benedictionis. Quomodo dit le grand saint Ambroise, potest qui panis est Corpus esse Christi? consecratione; et plus bas: Non erat Corpus Christi ante consecrationem, sed post consecrationem dico tibi quod jam est Corpus Christi; et voyez-le bien au long, mais je me réserve sur ce sujet quand nous traiterons de la sainte Messe.

Mais je veux finir par cette signalée sentence de saint Augustin: Potuit Paulus significando prædicare Dominum Jesum Christum, aliter per linguam suam, aliter per epistolam, aliter per Sacramentum Corporis et Sanguinis ejus: nec linguam quippe ejus, nec membranas, nec atramentum, nec significantes, sonos linguas editos, nec signa litterarum conscripta pelliculis, Corpus Christi et Sanguinem dicimus; sed illud tantum quod ex fructibus terræ acceptum, et prece mistica consecratum, rite sumimus. Que si saint Augustin dit Unde tanta vis aquæ ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo? non quia dicitur, sed quia creditur, nous ne disons rien au contraire: car à la vérité, les paroles de bénédiction et de sanctification avec lesquelles on forme et parfait les Sacrements n’ont point de vertu, sinon proférées sous la générale intention et créance de l’Église; car si quelqu’un les disait sans cette intention, elles seraient dites visiblement pour rien, parce que non quia dicitur, sed quia credictur.

ARTICLE III

De l’intention requise en l’administration des Sacrements

Je n’ai jamais trouvé aucune preuve puisée en l’Écriture, de l’opinion que vos prédicants ont en cet endroit. Ils disent que quoique le ministre n’ait aucune intention de faire la cène ou baptiser, mais seulement de se moquer et badiner, néanmoins, pourvu qu’il fasse l’extérieure action du sacrement, le sacrement y est complet. Tout ceci se dit à crédit, sans produire autre que certaines conséquences sans Parole de Dieu, par forme de chicanerie. Au contraire, le concile de Florence et celui de Trente déclarent que si quelqu’un dit que l’intention au moins de faire ce que fait l’Église n’est pas requise pour les ministres quand ils confèrent les Sacrements, il est anathème»; ce sont les termes du concile. Le concile ne dit pas qu’il soit requis d’avoir l’intention particulière de l’Église, car autrement les calvinistes, qui n’ont pas l’intention de laver le péché originel, ne baptiseraient pas bien, puisque l’Église a cette intention-là, mais seulement de faire en général ce que l’Église fait quand elle baptise, sans particulariser ni déterminer quoi ni comment. Item, le concile ne dit pas qu’il soit nécessaire de vouloir faire ce que fait l’Église romaine, mais seulement en général ce que fait l’Église sans particulariser qu’elle est la vraie Église: ainsi qui, pensant que l’Église prétendue de Genève fut la véritable, limiterait son intention à l’Église de Genève, se tromperait si jamais homme se trompa en la connaissance de la vraie Église, mais son intention suffirait en cet endroit, puisque encore qu’elle se terminât à l’intention d’une Église faussaire, si tant est qu’elle ne s’y terminerait que sous la forme et conception de la vraie Église, et l’erreur ne serait que matérielle, non formelle, comme disent nos docteurs. Item, n’est pas requis que nous ayons cette intention actuellement quand nous conférons le sacrement, mais il suffit qu’on puisse dire avec vérité que nous faisons telle et telle cérémonie, et disons telle et telle parole, comme verser l’eau disant Je te baptise au nom du Père, etc., en l’intention de faire ce que les vrais chrétiens font et que Notre-Seigneur à commandé, quoique; pour l’heure, nous ne soyons pas attentifs, et n’y pensions pas précisément. Comme il suffit pour dire que je prêche pour servir Dieu et pour le salut des âmes, si lorsque je veux me préparer, j’ai cette intention, bien que quand je suis en chaire je pense à ce que j’ai à dire et à m’en tenir en mémoire, et ne pense plus en cette première intention: ou comme celui qui a résolu de donner cent écus pour l’amour de Dieu, puis, sortant de sa maison pour ce faire, pense à d’autres choses, et néanmoins distribue la somme; car encore qu’il n’ait pas la pensée dressée actuellement en Dieu, si ne peut-on pas dire qu’il ait son intention en Dieu en vertu de sa première délibération, et qu’il ne fasse cette œuvre de charité délibérément et à son escient. Telle intention est du moins requise et suffit aussi pour la collation des Sacrements.

Or, que la proposition du concile soit éclairée, voyons voir si elle est comme celle des adversaires, sans fondement de l’écriture. On ne peut raisonnablement douter que pour faire la Cène de Notre-Seigneur, ou le Baptême, il ne faille faire ce que Notre-Seigneur a commandé pour cet effet, et non seulement qu’il faille le faire, mais qu’il le faut en vertu de ce commandement et institution; car on peut bien faire ces actions en vertu d’autre que du commandement du Seigneur, comme ferait un homme qui, dormant, songerait et baptiserait, ou bien étant ivre; pour vrai, les paroles y seraient et l’élément, mais elles n’auraient point de force, ne procédant pas du commandement de qui peut les rendre vigoureuses et efficaces; ainsi que tout ce qu’un juge dit et écrit ne sont pas sentences judiciaires, mais seulement ce qu’il dit en qualité de juge. Or, comment pourrait-on mettre une différence entre les actions sacramentelles étant faites en vertu du commandement qui les rend prenantes, et ces mêmes actions faites à d’autres fins? Certes, la différence n’y peut être que par l’intention avec laquelle on les emploie; il faut donc que non seulement les paroles soient proférées, mais proférées avec intention de faire le commandement de Notre-Seigneur en la Cène, Hoc facite, au Baptême, Baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti

Mais, à le dire franchement, ce commandement Hoc facite ne s’adresse-t-il pas au ministre de ce sacrement? Sans doute! Or, n’est-il pas dit simplement Hoc facite, mais facite in meam commemorationem; et comment peut-on faire cette action sacrée en commémoration de Notre-Seigneur, sans avoir l’intention d’y faire ce que celui-ci nous a commandés, ou du moins ce que font les chrétiens, disciples de Notre-Seigneur? Afin que, sinon immédiatement, au moins par l’entremise de l’intention des chrétiens ou de l’Église, on fasse cette action en commémoration de Notre-Seigneur. Je crois qu’il est impossible d’imaginer un homme face à la Cène en commémoration de Notre-Seigneur, s’il n’a l’intention de faire ce que Notre-Seigneur a commandé, ou au moins de faire ce que font ceux qui le font en commémoration de Notre-Seigneur. Il ne suffit donc pas de faire ce que Notre-Seigneur a commandé quand il dit Hoc facite, mais il faut le faire avec l’intention que Notre-Seigneur a commandé, c’est-à-dire in sui commemorationem; sinon avec cette intention particulière, au moins générale, sinon immédiatement, au moins médiatement, voulant faire ce que l’Église fait, laquelle à l’intention de faire ce que Notre-Seigneur à fait et commandé, si on s’en rapporte à l’intention de l’Épouse qui est ajustée au commandement de l’Époux.

Pareillement, Notre-Seigneur ne dit pas qu’on dise ces paroles Ego te baptizo, simplement, mais commanda que toute l’action du Baptême se fit in nomine Patris; il ne suffit pas qu’on dise in nomine Patris, mais il faut que le lavement ou aspersion même se fasse in nomine Patris, et que cette autorité anime et revigore non seulement la parole, mais toute l’action du Sacrement, laquelle de soi n’aurait point de surnaturelle vertu. Or, comment peut être faite une action au nom de Dieu, qui se fait pour se moquer de Dieu? Pour vrai, l’action du Baptême ne dépend pas tellement des paroles, qu’elle ne se puisse faire en vertu et en autorité toute contraire aux paroles, si le cœur, qui est le moteur, des paroles et de l’action, les dresse à une fin contraire et intention. Bien plus, car ces paroles, au nom du Père, etc., peuvent être dites au nom de l’ennemi du Père, comme ces paroles, en vérité, en vérité, peuvent et sont souvent dites en mensonge. Si donc Notre-Seigneur ne commande pas que l’on fasse l’action du Baptême ni qu’on dise les paroles, mais que l’action se fasse et que les paroles se disent au nom du Père, etc., il faut avoir au moins l’intention générale de faire le Baptême en vertu du commandement de Notre-Seigneur, en son nom et de sa part; et quant à l’absolution, que l’intention y soit requise, il est plus qu’exprès: Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis, il laisse cela à leur délibération. Et c’est à ce propos que saint Augustin: Unde tanta vis aquæ, ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo? non quia dicitur, sed quia credictur; c’est-à-dire, les paroles de soi, étant proférées sans aucune intention ou créance, n’ont point de vertu, mais étant dites en créance et vertu, et selon l’intention générale de l’Église, elles font cet effet salutaire. Que s’il se trouve des histoires que certains baptêmes faits par jeu ont été approuvés, il ne le faut trouver étrange, parce qu’on peut faire en jeu plusieurs choses et néanmoins avoir l’intention de faire véritablement ce que l’on a voulu faire; mais on appelle jeu tout ce qui se fait hors de saison et de discrétion, quand il ne se fait pas par malice ou sans volonté.

CHAPITRE II

Du Purgatoire

AVANT-PROPOS

L’Église catholique a été accusée en notre temps de superstition en la prière qu’elle fait pour les fidèles trépassés, d’autant qu’en cela, elle suppose deux vérités que l’on prétend ne pas être, à savoir, que les trépassés soient en peine et indigence, et qu’on les puisse secourir. Or les trépassés, ou ils sont damnés ou ils sont sauvés; les damnés sont en peine, mais irrémédiable, et les sauvés sont comblés de tout plaisir; de sorte qu’aux uns manque l’indigence, et aux autres le moyen de recevoir secours, et par ce il n’y a lieu de prier Dieu pour les trépassés.

Voilà le sommaire de l’accusation. Mais certes, il doit suffire à tout le monde pour faire juste jugement sur cette accusation, que les accusateurs étaient des personnes particulières et l’accusé était le corps de l’Église universelle: et néanmoins, parce que l’humeur de notre siècle a porté de soumettre au contrôle et censure de chacun toutes choses, tant sacrées, religieuses et authentiques puissent-elles être, plusieurs personnes d’honneur et de marque ont pris le droit de l’Église en main pour la défendre; estimant ne pouvoir mieux employer leur piété et savoir, qu’à la défense de celle-là par les mains de laquelle ils avaient reçu leur bien spirituel, le Baptême, la doctrine chrétienne et les Écritures mêmes. Leurs raisons sont si prenantes que si elles étaient bien balancées et contre-pesées à celle des accusateurs, on connaîtrait aussitôt leur bon calibre, mais quoi? On a porté sentence sans ouïr partie. N’avons-nous pas raison, tous tant que nous sommes de domestiques et bons enfants de l’Église, de nous porter pour appelants et nous plaindre de la partialité des juges, laissant à part, pour cette heure, leur incompétence? Donc nous appelons des juges non instruits à eux-mêmes instruits, et des jugements faits partie non ouïe, à des jugements partie ouïe, suppliant tous ceux qui voudront juger sur ce différend, de considérer nos allégations et probations d’autant plus attentivement, qu’il s’agit non de la condamnation de la partie accusée, qui ne peut être condamnée par ses inférieurs, mais de la damnation ou du salut de ceux mêmes qui en jugeront.

ARTICLE PREMIER

Du nom de Purgatoire

Nous soutenons donc que l’on peut prier pour les fidèles trépassés, et que les prières et bonnes actions des vivants les soulagent beaucoup, et leur sont profitables; parce que tous ceux qui meurent en la grâce de Dieu, et par conséquent du nombre des élus, ne vont pas tous du premier abord en Paradis, mais plusieurs vont au Purgatoire où ils souffrent une peine temporelle, à la délivrance de laquelle nos prières et bonnes actions peuvent aider et servir. Et voici le gros de notre difficulté. Nous sommes d’accord que le Sang de notre Rédempteur est le vrai purgatoire des âmes, car en celui-ci sont nettoyées toutes les âmes du monde; dont saint Paul parle aux Hébreux purgationem peccatorum facientem (I, 3): les tribulations aussi sont certains purgatoires, par lesquelles nos âmes sont rendues pures, comme l’or est affiné en la fournaise. La pénitence et contrition est encore un certain purgatoire, dont David dit au psaume L: Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor: on sait bien aussi que le Baptême par lequel nos péchés sont lavés peut être appelé purgatoire, et tout ce qui sert à la purgation de nos offenses. Mais ici, nous appelons Purgatoire un lieu dans lequel, après cette vie, les âmes qui partent de ce monde, avant d’être complètement purifiées des souillures qu’elles ont contractées, ne pouvant rien entrer en Paradis qui ne soit pur et net, sont arrêtées pour y être nettoyées et purifiées. Que si l’on veut savoir pourquoi ce lieu est plutôt simplement appelé Purgatoire que les autres moyens de purgation rappelés ci-dessus, on répondra que c’est parce que, en ce lieu-là, on n’y fait autre que la purgation des taches qui sont restées au partir de ce monde, et qu’au Baptême, pénitence, tribulations et autres, non seulement l’âme s’épure de ses imperfections, mais s’enrichit encore de plusieurs grâces et perfections; qui a fait laisser le nom de Purgatoire à ce lieu de l’autre siècle, lequel, à proprement parler, n’est autre que pour la purification des âmes. Et quant au Sang de Notre-Seigneur, nous reconnaissons tellement la vertu de celui-ci, que nous protestons par toutes nos prières que la purgation des âmes, soit en ce monde, soit en l’autre, ne se fait que par son application; plus jaloux de l’honneur dû à cette précieuse médecine que ceux qui, pour la priser, en méprisent le saint usage. Donc par le Purgatoire, nous entendons un lieu où les âmes, pour un temps, sont purgées des tâches et imperfections qu’elles emportent de cette vie mortelle.

ARTICLE II

De ceux qui ont nié le Purgatoire, et des moyens de le prouver

Ce n’est pas une opinion reçue à la volée que l’article du Purgatoire: il y a longtemps que l’Église a soutenu cette créance envers tous et contre tous. Et il semble que le premier à l’avoir combattu semble l’hérétique Arius, ainsi qu’en témoignent saint Augustin, saint Épiphane et Socrates. Après vinrent certaines gens qui s’appelaient apostoliques du temps de saint Bernard, puis les pétrobusiens, il y a environ 500 ans, qui niaient encore ce même article, comme écrivent saint Bernard, et Pierre de Cluny. Cette même opinion des pétrobusiens fut suivie par les Vaudois, en l’année 1170, et quelques Grecs furent soupçonnés en cet endroit, de quoi ils se justifièrent au concile de Florence, et en leur apologie présentée au concile de Bâle.

Enfin, Luther, Zwingli, Calvin et ceux de leur parti ont tout nié du Purgatoire, car bien que Luther, in Disputatione Lipsica, dit qu’il croyait fermement qu’il y avait un Purgatoire, si ce n’est qu’après il s’en dédit dans le livre De abroganda missa privata. Enfin, c’est l’ordinaire de toutes les factions de notre âge de se moquer du Purgatoire, et mépriser les prières pour les trépassés, mais l’Église catholique s’est opposée vivement à ces derniers, avec l’Écriture sainte en main, de laquelle nos prédécesseurs ont tiré plusieurs belles raisons.

Car elle a prouvé que les aumônes, prières, et autres saintes actions pouvaient soulager les trépassés; donc, il s’ensuit qu’il y a un Purgatoire, car ceux de l’Enfer ne peuvent avoir aucun secours en leurs peines; en Paradis, tout bien y étant, nous ne pouvons rien apporter pour ceux qui y sont déjà. C’est donc pour ceux qui sont dans un troisième lieu que nous appelons Purgatoire. Elle a prouvé qu’en l’autre monde quelques défunts étaient délivrés de leurs peines et péchés; ce qui ne pouvait se faire ni en Enfer ni en Paradis, il s’ensuit qu’il y a un Purgatoire. Elle a prouvé que plusieurs âmes avant d’arriver en Paradis passaient par un lieu de peine, qui ne peut être que le Purgatoire. Prouvant que des âmes sous terre rendaient honneur et révérence à Notre-Seigneur, elle a prouvé l’existence du Purgatoire, puisque cela ne peut se penser des pauvres misérables qui sont en Enfer. Par plusieurs autres passages, avec diversité de conséquences toutes néanmoins bien à propos, en quoi l’on doit d’autant plus déférer à nos Docteurs, que les passages qu’ils allèguent maintenant ont été apportés à ce propos par ces grands anciens Pères, sans que pour défendre cet article, nous soyons allés forger de nouvelles interprétations, ce qui montre assez la candeur avec laquelle nous cheminons en besogne, la où nos accusateurs tirent des conséquences de l’Écriture qui n’ont jamais été pensées auparavant, ainsi sont mises tant de frais en œuvre pour combattre l’Église.

Or, nos raisons seront en cet ordre: 1. Nous citerons les passages de l’Écriture, puis des conciles en 2; en 3, des Pères anciens; en 4, de toutes sortes d’auteurs, après quoi nous amènerons les arguments de partie contraire, lesquels nous montrerons ne pas être de mise; ainsi nous conclurons pour la créance de l’Église catholique. Restera que le lecteur laisse à part sa propre passion, pense attentivement au mérite de nos probations, et se jette aux pieds de la Divine Bonté, criant en toute humilité avec David Da mihi intellectum et scrutabor legem tuam, et custodiam illam in toto corde meo, et alors, je ne doute point qu’il ne revienne dans le giron de sa grande Mère, l’Église catholique

ARTICLE III

De quelques passages de l’écriture dans lesquels il est parlé de purgation après cette vie et d’un temps et d’un lieu pour celle-ci

Ce premier argument est invincible: il y a un temps et un lieu de purgation pour les âmes après cette vie mortelle; donc il y a un Purgatoire, puisque l’Enfer ne peut apporter aucune purgation, et le Paradis ne peut recevoir aucune chose qui ait besoin de purgation. Or qu’il y ait un lieu et un temps de purgation après cette vie, voici de quoi:

1. Au psaume LXV. Transivimus per ignem et aquam, et eduxisti nos in refrigerium. Ce lieu est apporté en preuve du Purgatoire par Origène, homilia 25 in Numeros, et par saint Ambroise sur le psaume XXXVI, et au sermon 3 sur le psaume CXVIII, où il expose par l’eau, le Baptême, et par le feu, le Purgatoire.

2. En Isaïe au chapire IV: Purgavit Dominus sordes filiorum et filiarum Sion, et sanguinem emundavit de medio eorum, in spiritu judicii et combustionis. Cette purgation, faite en esprit de jugement et de brûlement, est entendue de Purgatoire par saint Augustin au chapitre XXV de la Cité de Dieu. Et de fait, les paroles précédentes favorisent cette interprétation, dans lesquelles il est parlé du salut des hommes, et puis à la fin du chapitre, où il est parlé du repos des heureux, dont ce qui est dit, purgavit Dominus sordes, se doit entendre de la purgation nécessaire pour ce salut. Et parce que cette purgation est dite devoir se faire en esprit et de brûlement, elle ne peut s’interpréter bonnement que du Purgatoire et du feu de celui-ci.

3. En Michée, au chap. VII: Ne lætaris, inimica mea, super me quia cecidi; consurgam cum sedero in tenebris.Dominus lux mea est; iram Domini portabo, quoniam peccavi ei, donec causam meam judicet et faicat judicium meum: educet me in lucem, videbo justitiam ejus. Ce lieu était déjà en train de prouver l’existence du Purgatoire parmi les catholiques du temps de saint Jérôme, il y a environ 1200 ans, ainsi que le même saint Jérôme témoigne sur le dernier chapitre d’Isaïe; là où ce qui est dit, cum sedero in tenebris; iram Domini portabo, donec causam meam judicet ne se peut entendre d’aucune peine si proprement comme de celle du Purgatoire.

4. En Zacharie IX: Tu autem in sanguine testamenti tui, eduxisti vinctos tuos de lacu in quo non est aqua. Le lac duquel sont tirés ces prisonniers n’est que le Purgatoire, duquel Notre-Seigneur les délivra en sa descente aux enfers; ne se pouvant entendre des limbes, où étaient les Pères avant la résurrection de Notre-Seigneur, dans le sein d’Abraham, parce que là il y avait de l’eau de consolation, comme l’on peut voir en saint Luc (XVI, 22-25); dont saint Augustin, en l’epistre IC, ad Evodium,dit que Notre-Seigneur visita ceux qui étaient aux tourments des enfers, c’est-à-dire, au Purgatoire, et qu’il les en délivra : dont il s’ensuit qu’il y a un lieu où les fidèles sont tenus prisonniers, et duquel ils peuvent être delivrés.

5. En Malachie (III, 3): Et sedebit conflans et emundans argentum; et purgabit filios Levi, et colabit eos quasi aurum et argentum,etc. Ce lieu est exposé d’une peine purifiante par Origène, homil. 6 sur l’Exode, par saint Ambroise, sur le Psaume XXXVI (4) par saint Augustin, livre 20 (XXV, 26) de la Cité de Dieu, et saint Jérôme, sur ce lieu. Nous savons bien qu’ils l’entendent de la purgation qui se fera à la fin du monde par le feu et conflagration générale, là ou seront purgés les reliquats des péchés de ceux qui se trouveront vivants; mais nous ne laissons pas d’en tirer un bon argument pour notre Purgatoire, car, si les personnes de ce temps-là ont besoin de purgation avant que de ressentir l’effet de la bénédiction du Juge suprême, pourquoi est-ce que ceux qui meurent avant ce temps n’en auront encore besoin ? puisqu’il s’en peut trouver qui auront à la mort quelque reliquat de leurs imperfections. Pour vrai, si le Paradis ne peut recevoir aucune tache en ce temps-là, il ne les recevra pas encore maintenant. Saint Irénée à ce propos, au chap. XXIX. livre 5, dit que parce que l’Église militante devra monter alors au céleste palais de son Époux, et qu’il n’y aura plus temps de purgation, les fautes et déchets d’icelle seront incontinent purgés par ce feu qui précédera le jugement.

6. Je laisse à part le passage du Psaume XXXVII (1), Domine ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me; lequel saint Augustin interprète de l’enfer et du Purgatoire, si que in furore argui soit pour la peine éternelle; in ira corripi soit pour la peine du Purgatoire.

ARTICLE IV

D’un autre passage du Nouveau Testament sur ce sujet

7. En la première des Corinthiens: Dies Domini declarabit quia in igne revelabitur, uniuscujusque opus qualis sit ignis probabi; si cujus opus manserit quod superædificavit, mercedem accipiet, si cujus opus arserit, detrimentum patietur; ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per ignem. On a toujours tenu ce passage-ci pour l’un des plus illustres et difficiles de toute l’Écriture. Or, en celui-ci, comme il est aisé de voir à qui regarde de près tout le chapitre, l’Apôtre use (12) de deux similitudes: la première est d’un architecte qui fonde une maison précieuse et de matière solide sur un roc, la seconde est de celui qui sur un même fondement dresse une maison d’ais, de cannes et de chaume. Imaginons maintenant que le feu se déclare en l’une d’elles; celle qui est en matière solide sera hors de danger, mais l’autre sera réduite en cendres; que si l’architecte est dans la première, il sera sain et sauf; s’il est dans la seconde, s’il veut s’échapper, il lui faudra passer à travers le feu et la flamme, et se sauvera tellement, qu’il portera les marques d’avoir été au feu.

Le fondement en cette similitude est Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont saint Paul dit Ego plantavi, et Ego ut sapiens architectures fundamentum posui, et puis après Fundamentum enim aliud nemo ponere potest præter id quod positum est, quod est Christus Jesus. Les architectes sont les prédicateurs et Docteurs de l’Évangile; comme l’on peut connaître considérant attentivement les paroles de tout ce chapitre, et comme l’interprètent saint Ambroise et Sédule sur ce lieu. Le jour du Seigneur dont il est parlé s’entend comme le jour du jugement, lequel en l’Écriture sainte a coutume d’être appelé jour du Seigneur; en Joël (II, 1), Veniet dies Domini, en Sophonie (I,7), Juxta est dies Domini; puis, par ce qui y est ajouté, dies Domini declarabit, car c’est à cette journée-là que se déclareront toutes les actions du monde; enfin quand l’apôtre dit quia in igne revelatur, il montre assez qu’il s’agit du jour du jugement; en la seconde des Thessaloniciens (I, 7-8), In revelatione Domini nostri Jesu Christi de cœlo, cum Angelis virtutis eju, in flamma ignis, au Psaume XCVI (3), Ignis ante ipsum præcedet.Le feu par lequel l’architecte se sauve, ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per ignem, ne peut s’entendre que du feu du Purgatoire, car quand l’Apôtre dit qu’il se sauvera par le feu, et qu’il parle seulement de celui qui a édifié sur du bois, la canne, le chaume, il montre ne parler que du feu qui précédera le jour du jugement, puisque par celui-ci, passeront non seulement ceux qui auront bâti sur des matières légères, ou encore sur de l’or, l’argent, etc.

Toute cette interprétation, outre qu’elle s’apparente très bien avec le texte, est encore très authentique pour avoir été suivie par les anciens Pères.Saint Cyprien semble faire allusion à ce passage; saint Ambroise sur ce lieu, saint Jérôme sur le 4. d’Amos, saint Augustin surle Psaume XXXVII, saint Grégoire, Rupert et les autres y sont tout exprès; et des Grecsn Origèe en l’homélie 6 sur l’Exode, Œcumène sur ce passage, où il allègue saint Basile, et Théodoret rapporté par saint Thomas en l’opuscule premier, Contre les Grecs.

On dira qu’en cette interprétation il y a de l’équivoque et du malséant, en ce que le feu dont il est parlé est pris pour le feu du Purgatoire, pour celui qui précédera le jour du jugement. On répond que c’est une élégante façon de parler par la confrontation des deux feux, car voici le sens de la sentence: le jour du Seigneur sera éclairé par le feu qui le précédera, et comme ce jour-là sera éclairé par le feu, ainsi ce même jour par le jugement éclaircira le mérite et le défaut de chaque œuvre; et comme chaque œuvre sera éclaircie, ainsi les ouvriers qui auront œuvré avec imperfections seront sauvés par le feu du Purgatoire. Mais outre cela, quand nous dirons que saint Paul use diversement d’un même mot en un même passage et ce ne serait pas chose nouvelle, car il en use de pareille manière en d’autres lieux, mais qu’il en use si proprement que cela sert d’ornements à son langage, comme en l’épître II aux Corinthiens (5), Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccatum fecit; là où qui ne voit que peccatum pour la première fois se prend à proprement parler pour l’iniquité, et la seconde fois au figuré, pour celui qui porte la peine du péché?

On dira encore qu’il n’est pas dit qu’il sera sauvé par le feu, mais comme par le feu, et que partant, on ne peut pas conclure le feu du Purgatoire en vérité. Je réponds qu’il y a de la similitude en ce passage, car l’apôtre veut dire que celui dont les œuvres ne sont pas du tout solides, sera sauvé comme l’architecte qui s’échappe du feu ne laissant pas pour cela de passer par le feu, mais un feu d’autre calibre que n’est le feu qui brûle en ce monde. Il suffit que de ce passage, on conclut ouvertement, que plusieurs qui prendront possession du Royaume du Paradis passeront par le feu: or, ce ne sera pas le feu d’Enfer, ni le feu qui précédera le jugement; ce sera donc le feu du Purgatoire. Le passage est difficile et malaisé, mais bien considéré, il nous fait une conclusion manifeste pour notre prétention.

Et voilà quant aux lieux par lesquels on peut remarquer qu’après cette vie, il y a un temps et un lieu de purgation.

ARTICLE V

De quelques autres lieux par lesquels la prière, l’aumône et les saintes actions pour les trépassés sont autorisées

Le deuxième argument que nous tirons de la sainte parole pour le Purgatoire est pris du chapitre XII (43) des Macchabées, la où la Sainte Écriture rapporte que Judas Macchabée envoya à Jérusalem 12000 drachmes d’argent pour faire des sacrifices pour les morts et après elle ajoute: Sancta ergo et salubris est cogitatio pro defunctis exorare, ut a peccatis solvantur; car voici notre discours: c’est chose sainte et profitable de prier pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, donc après la mort, il y a encore un temps et un lieu pour la rémission des péchés; or, ce lieu ne peut être ni le Paradis, ni l’Enfer; donc c’est le Purgatoire.

Cet argument est si bien fait, que pour y répondre nos adversaires nient l’autorité du Livre des Macchabées et le tiennent pour apocryphe; mais à la vérité, ce n’est que faute d’autre réponse; car ce Livre a été tenu pour authentique et sacré par le concile de Carthage au canon 47, et par Innocent I, en l’épître ad Exuperium, et par saint Augustin, livre 18 de la Cité de Dieu (chap.XXXVI), dont voici les paroles: Libros Machabæorum non Judœi sed Ecckesia pro canonicis habet, et le même saint Augustin, au livre 2De doctrina Christiana, chap.VIII, et Gélase, au décret des Livres canoniques qu’il fait en un concile de 70 évêques, et plusieurs autres Pères qu’il serait long de citer. De sorte que vouloir nier l’autorité du Livre, c’est nier l’autorité de l’Antiquité.

On sait bien tout ce qu’on apporte pour le prétexte de cette négation, qui ne fait pour la plupart que montrer la difficulté qui réside dans les Écritures, mais non leur fausseté. Seulement, il me semble nécessaire de répondre à une ou deux objections qu’ils font.

La première, c’est qu’ils disent la prière avoir été faite pour montrer la bonne affection qu’ils avaient à l’égard des défunts, non pas qu’ils pensent que les défunts en aient besoin; ce que l’Écriture contredit par ces paroles ut a peccatis solvantur.

Ils objectent que c’est une erreur manifeste de prier pour la résurrection des morts avant le jugement, car c’est présupposer ou que les âmes ressuscitent et par conséquent meurent, ou que les corps ne ressuscitent pas si ce n’est par l’entremise des prières et bonnes actions des vivants, qui serait contre l’article Credo resurrectionem mortuorum. Or, que ces erreurs soient présupposées en ce lieu des Macchabées, il apparaît par ces paroles: nisi enim eos qui ceciderant resurrecturos speraret, superfluum videretur et vanum pro defunctis orare. On répond que c’est en cet endroit qu’ils ne prient pas pour la résurrection ni de l’âme, ni du corps, mais seulement pour la délivrance des âmes; en quoi ils présupposent l’immortalité de l’âme, car s’ils eussent cru que l’âme fût morte avec le corps, ils n’eussent point pris de soin de leur délivrance; et parce que parmi les Juifs, les croyances de l’immortalité de l’âme et de la résurrection des corps étaient tellement jointes ensemble que qui niait l’une, niait l’autre. Pour montrer que Judas Macchabée croyait en l’immortalité de l’âme, il dit qu’il croyait à la résurrection des corps.Ainsi, l’apôtre prouve la résurrection des corps par l’immortalité de l’âme, quoiqu’il puisse de faire que l’âme soit immortelle sans la résurrection des corps; voici comme il y a en la Ire aux Corinthiens (XV, 32): Quid mihi prodest si mortui non resurgunt? comedamus et bibamus, cras enim moriemur; or, il ne s’ensuivrait aucunement qu’il fallût s’abandonner ainsi, encore qu’il n’y eût point de résurrection, car l’âme qui demeurerait en cette souffrance, souffrirait la peine due aux péchés, et recevrait la récompense des vertus; saint Paul donc, en cet endroit-là, met en compte la résurrection des morts pour l’immortalité de l’âme, parce que, de ce temps-là, qui croyait l’un, croyait l’autre.

Il n’y a donc point lieu de refuser le témoignage des Macchabées en preuve d’une juste croyance; que si à tout rompre, nous le voulons prendre comme témoignage d’un simple mais grave historiographe, ce qu’on ne peut nous refuser au moins faudra-t-il confesser que l’ancienne Synagogue croyait au Purgatoire, puisque toute cette armée-là fut si prompte à prier pour les défunts.

Et à la vérité, nous avons les marques de cette dévotion en d’autres passages de l’Écriture, qui nous doit faciliter la réception de celui que nous venons d’alléguer; en Tobie (IV, 18): Panem tuum et vinum tuum super sepulturam justi constitue, et noli ex eo manducare et bibere cum peccatoribus; certes ce vin et ce pain ne se mettaient pour autre sur la sépulture sinon pour les pauvres, afin que l’âme du défunt en fût aidée, comme disent communément les interprètes sur ce passage. Peut-être qu’ils diront que ce Livre est apocryphe, mais toute l’Antiquité l’a toujours tenu en crédit; et pour vrai, la coutume de mettre la viande pour les pauvres en sépultures est très ancienne, même en l’Église catholique, car saint Chrysostome qui vivait il y a plus de 1200 ans en l’homélie 32 sur le chap. IX de saint Matthieu, en parle de cette façon: Cur post mortem tuorum pauperes convocas? cur presbiteros ut pro eis orare velint obsecras?

Mais que penserions-nous des jeûnes et austérités que pratiquaient les anciens après la mort de leurs amis? Ceux de Jabes Galaad, après la mort de Saül, jeûnèrent 7 jours, autant en firent David, Jonathan et ceux de sa suite. On ne pourrait penser que ce ne fut pour secourir les âmes des défunts, car à quel autre propos peut-on rapporter le jeûne de 7 jours? Aussi, David (IIRois XII, 16) jeûna et pria pour son fils malade, lequel étant mort, parce qu’il mourait enfant et innocent, n’avait besoin d’aide, et partant il cessa de jeûner (20). Bède, il y a plus de 700 ans, interpréta ainsi la fin du Ier Livre des Rois. De sorte que, en l’ancienne Église, la coutume était déjà entre les saintes personnes d’aider par les prières et saintes actions les âmes des trépassés, qui suppose clairement la foi d’un Purgatoire.

Et c’est de cette coutume que parle tout ouvertement saint Paul dans la Ire aux Corinthiens, l’alléguant comme louable et bonne: Quid facient, qui baptizantur pro mortuis, si mortui non resurgent? ut quid et baptizantur pro illis? Ce lieu montre bien entendu très clairement la coutume de la primitive Église de jeûner, prier, veiller pour les âmes des trépassés: car, premièrement, dans ces Écritures, être baptisé se prend fort souvent pour les afflictions et pénitences, comme en saint Luc (XII, 50), où Notre-Seigneur, parlant de sa Passion, dit: Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarctor donec perficiabur? et lui-même en saint Marc (X, 38), Potestis bibere calicem quem ego bibiturus sum, et baptismo quo ego baptizor baptizari? où Notre-Seigneur appelle Baptême ses peines et afflictions. Voici donc le sens de cette écriture: si les morts ne ressuscitent point, pourquoi se met-on en peine et affliction, priant et jeûnant pour les morts? Et aussi cette sentence de saint Paul ressemble à celle des Macchabées citée ci-dessus: Superflum est et vanum orare pro mortuis, si mortui non resurgunt. Qu’on me tourne ce texte dans tous les sens, en autant d’interprétations que l’on voudra, qu’il n’y en aura pas une qui joigne bien à la Sainte Lettre que celle-ci. Ni ne faudrait dire que le Baptême dont parle saint Paul serait seulement un Baptême de tristesses et de larmes, non de jeûnes, prières et autres actions, car avec cette intelligence sa conclusion serait très mauvaise: il veut conclure que si les morts ne ressuscitent point, et si l’âme est mortelle, qu’en vain l’on s’afflige pour les morts; mais, je vous prie, n’aurait-on pas plus d’occasion de s’affliger par tristesse pour la mort des amis s’ils ne ressuscitent point, perdant toute espérance de jamais les revoir, que s’ils ressuscitent? Il entend donc des afflictions volontaires que l’on faisait pour impétrer le repos des morts, lesquels on pratiquerait sans doute en vain si les âmes étaient mortelles, ou que les morts ne ressuscitaient pas; en quoi, il faut se souvenir de ce qui a été dit plus haut, que l’article de la résurrection des morts et celui de l’immortalité de l’âme étaient conjoints tellement ensemble dans la croyance des juifs, que celui qui avouait l’un, avouait l’autre, et que qui niait l’un, niait l’autre. Il apparaît donc par ces paroles de saint Paul que la prière, jeûne et autres saintes afflictions, se faisaient louablement pour les défunts; or, ce n’étaient pas pour ceux du Paradis qui n’en avaient besoin, ni pour ceux de l’Enfer qui n’en pouvaient recevoir le fruit; c’était donc pour ceux du Purgatoire; ainsi l’a exposé saint Ephrem et les Pères qui ont débattu avec les Pétrobusiens. Autant on peut en déduire de ce que disait le bon Larron à Notre-Seigneur «mémento mei dum veneris in regnum tu »; car pourquoi se serait-il recommandé, lui qui allait mourir, s’il n’avait cru que les âmes après la mort pouvaient être secourues et aidées? Saint Augustin tire de ce passage que quelques péchés sont pardonnés en l’autre monde.

ARTICLE VI

De quelques lieux de l’Écriture par lesquels il est prouvé que quelques péchés peuvent être pardonnés en l’autre monde

Il y a quelques péchés qui peuvent être pardonnés en l’autre monde; ce n’est ni en enfer, ni au ciel, c’est donc au Purgatoire. Or, qu’il y ait des péchés qui se pardonnent en l’autre monde, nous le prouvons premièrement, par le passage de saint Matthieu (XII, 32), où Notre-Seigneur dit qu’il y a un péché qui ne peut être pardonné ni en ce siècle ni en l’autre; donc, il y a des péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, car s’il n’y avait point de péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, il n’était pas nécessaire d’attribuer cette propriété à une sorte de péché de ne pouvoir être remis en l’autre siècle, ainsi suffisait-il de dire qu’il ne pouvait être remis en ce monde. Certes, quand Notre-Seigneur eut dit à Pilate Regnum meum non est de hoc mundo (Jean XVIII, 36), Pilate fit cette conclusion Ergo Rex es tu?(37), laquelle fut trouvée bonne par Notre-Seigneur qui y consentit; ainsi, quand il dit qu’il y a un péché qui ne peut être pardonné en l’autre siècle, il s’ensuit très bien donc qu’il y en a d’autres qui peuvent être pardonnés. Ils voudront dire que ces paroles ne veulent dire autre chose, sinon in æternam, ou nunquam, comme l’a dit saint Marc (III, 29). Cela va bien, mais notre raison ne perd rien de sa fermeté pour cela: car, ou saint Matthieu a bien exprimé l’intention de Notre-Seigneur, ou non. On n’oserait dire que non, et s’il l’a bien exprimée, il s’ensuit toujours qu’il y a des péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, puisque Notre-Seigneur a dit qu’il y en a un qui ne pouvait l’être. Mais de grâce, dites-moi, si saint Pierre avait dit (Jean XIII, 8) Non lavabis mihi pedes in hoc sæculo ne que in alio, n’aurait-il pas parlé faussement, puisque, en l’autre monde, ils ne peuvent être lavés? Aussi dit-il in æternum. Il ne faut donc pas croire que saint Matthieu eût exprimé l’intention de Notre-Seigneur par ces paroles, neque in hoc sæculo neque in alio, si en l’autre monde, il ne peut y avoir de rémission. On se moquerait de celui qui dirait je ne me marierai ni en ce monde, ni en l’autre, comme s’il entendait qu’en l’autre monde l’on peut se marier. Qui dit donc qu’un péché ne peut se remettre ni en ce siècle ni en l’autre, présuppose qu’on puisse avoir rémission de quelques péchés en ce monde, et en l’autre également. Je sais bien que nos adversaires essaient par diverses interprétations de parer à ce coup-là, mais il est si bien porté qu’ils ne peuvent s’en échapper. Et de vrai, il vaut bien mieux avec les Pères anciens entendre correctement, et avec toute la révérence que l’on peut, les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que pour fonder une nouvelle doctrine les rendre grossières et mal agencées. Saint Augustin, saint Grégoire, Bède, saint Marc, saint bernard, et ceux qui ont écrit contre les pétrobusiens, se sont servis de ce passage avec notre intention, avec tant d’assurance que saint Bernard pour déclarer cette vérité n’en apporte point d’autre, tant il fait état de celui-ci.

En saint Matthieu (V, 25-26) et en saint Luc (XII, 58-59): Esto consentiens adversario tuo cito, dum es eum eo in via; ne forte tradat te adversarius judici, judex tortori, et mittaris in carcerem: amen, dico tibi, non exies inde donec reddas novissimum quadrantem. Origène, saint Cyprien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin disent que le chemin dont il est parlé, dum es in via, n’est autre que le passage de la présente vie. L’adversaire sera notre propre conscience, qui combat toujours contre nous et pour nous, c’est-à-dire qu’il résiste toujours à nos mauvaises inclinations et à notre vieil Adam pour notre salut comme l’exposent les saints que j’ai évoqués. Le juge est sans doute Notre-Seigneur (Jean V): Pater omne judicium dedit Filio. La prison pareillement, l’enfer ou le lieu des peines de l’autre monde auquel, comme en une grande geôle, il y a plusieurs demeures, l’une pour ceux qui sont damnés, qui est comme pour les criminels, l’autre qui est pour ceux qui sont en Purgatoire, qui est comme pour dettes. Le quatrain dont il est dit non exies inde donec reddas novissimum quadrantem sont les petits péchés et d’infirmité, comme le quatrain est la moindre monnaie que l’on peut devoir. Maintenant, considérons un peu où doit se faire cette reddition dont parle Notre-Seigneur, donec reddas novissimum quadrantem. Et premièrement, nous trouvons de très anciens Pères qui ont dit que c’était en Purgatoire: Tertullien, Cyprien, Origène; Eusèbe Emissene, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Bernard. Quand il est dit donec solvas ultimum quadrantem, n’est-il pas présupposé que l’on puisse payer, et qu’on puisse tellement diminuer la dette qu’il n’en reste plus que le dernier liard? Que si, comme il est dit au Psaume Sede a dextris meis donec ponam inimicos tuos, etc., il s’ensuit très bien ergo aliquando ponet inimicos scabellum pedum, ainsi disant non exies inde donec reddas, il montre que aliquando reddet vel reddere potest; qui ne voit qu’en saint Luc (XII), la comparaison est tirée non d’un homicide, ou de quelque criminel qui ne peut avoir espérance de son salut, mais d’un débiteur qui est mis en prison jusqu’au paiement, lequel étant fait, aussitôt, il est mis dehors? Voici donc l’intention de Notre-Seigneur: que pendant que nous sommes en ce monde, nous tâchions par la pénitence et ses fruits de payer selon la puissance que nous en avons par le Sang du Rédempteur, la peine à laquelle nos péchés nous ont obligés; puisque, si nous attendons la mort, nous n’en aurons pas si bon compte au Purgatoire, où nous serons traités à la rigueur.

Tout ceci semble avoir été dit par Notre-Seigneur, même en saint Matthieu (V, 22), quand il dit: Qui irascitur fratri suo, reus erit judicio, qui dixerit fratri sur racha, reus erit consilio, qui dixerit fatue, reus erit gehennæ ignis. Ici, il s’agit de la peine que l’on doit recevoir par le jugement de Dieu, comme il apparaît dans ces paroles reus erit gehennæ ignis; et néanmoins, il n’y a que la troisième sorte d’offense qui soit punie par l’enfer; donc au jugement de Dieu, après cette vie, il y a des autres peines qui ne sont pas éternelles, ni infernales; ce sont les peines du Purgatoire. On peut dire que ces peines se souffriront en ce monde, mais saint Augustin et les autres Pères l’entendent pour l’autre monde. Et puis ne peut-il pas se faire qu’un homme meure sur la première ou seconde offense de laquelle, il est parlé ici et là, ou paiera-t-il les peines dues à son offense? Ou si vous voulez qu’il ne les paie point, quel lieu lui donnerez-vous pour sa retraite après ce monde? Vous ne lui donnerez pas l’enfer, à moins de vouloir ajouter à la sentence de Notre-Seigneur, qui ne donne l’enfer qu’à ceux qui auront commis la troisième offense; le loger en Paradis, vous ne le devez faire, parce que la nature de ce lieu céleste rejette toute sorte d’imperfection; n’alléguez pas ici la miséricorde du juge, car il déclare en cet endroit vouloir user encore de justice: faites donc comme les anciens Pères, et dites qu’il y a un lieu où elles seront purgées, puis s’en iront en Paradis.

En saint Luc (XVI, 9), il est écrit: Facite vobis amicos de mammona iniquitatis, ut cum defeceritis, recipiant vos in æterna tabernacula. Défaillir, qu’est-ce autre que mourir? Et les amis, que sont-ils d’autre que les saints? Les exégètes l’entendent tous ainsi. Il s’ensuit deux choses: que les saints peuvent aider les trépassés et que les trépassés peuvent être aidés des saints; car à quel autre propos, peut-on entendre ces paroles facite amis qui recipiant? Il ne peut s’entendre de l’aumône, car souvent l’aumône est bonne et sainte, et toutefois ne nous acquiert pas des amis qui puissent nous recevoir en d’éternels tabernacles, comme quand elle est faite à des personnes mauvaises avec droite et sainte intention. Ainsi, est exposé ce passage par saint Ambroise, et par saint Augustin (livre 21, chap. xxvii de la Cité de Dieu), mais la parabole dont use Notre-Seigneur est trop claire pour nous laisser douter de cette interprétation, car la similitude est prise d’un économe, qui étant démis de son office et demandant secours à ses amis, Notre-Seigneur le compare à la mort, et le secours demandé aux amis, à l’aide que l’on reçoit après la mort, de ceux auxquels on a fait l’aumône; cette aide ne se peut recevoir en paradis ou en Enfer; c’est donc par ceux qui sont en Purgatoire.

ARTICLE VII

De quelques autres lieux desquels par diversité de conséquences, on conclut la vérité du Purgatoire

Saint Paul aux Philippiens dit de telles paroles: Ut in nomine Jesu omne genu flectatur, cœlestium, terrestrium et infernorum. Aux cieux, on trouve assez de genoux qui fléchissent au nom du Rédempteur, sut terre, l’on en trouve beaucoup dans l’Église militante; mais en enfer, où en trouvera-t-on? David se défie d’y en trouver aucun quand il dit In inferno autem quis confitebitur tibi? (Psaume VI, 6).Et Eséchias (Is.XXXVIII, 18), Quia non infernus confitebitur tibi; on doit encore rapporter ce que chante David ailleurs (Psaume XLIX, 16): Peccatori autem dixit Deus: quare tu enarras justitias meas et assumis testamentum meum per os tuum? car si Dieu ne veut recevoir de louanges du pécheur obstiné, comment permettrait-il à ces misérables damnés d’entreprendre ce saint office? Saint Augustin fait grand cas de ce lieu par ce propos. Il y a un semblable passage en l’Apocalypse (V, 2-3): Quis dignus apperire liberum et solvere septem signacula ejus? et nemo inventus est, neque in cœlo, neque in terræ, neque subtus terram; et plus bas (13-14): Et omnem creaturum, quæ in cœlo est, et super terram, et sub terra, omnes audivi dicentes Sedenti in throno et Agno: Benedictio, et honor, et gloria, et potestas, in sæcula sæculorum; et quatuor animalia dicebant. Ne constitue-t-il pas ici une Église en laquelle Dieu soit loué sous terre? Et que peut-elle être, sinon le Purgatoire?

ARTICLE VIII

Des conciles qui ont reçu le Purgatoire comme article de foi

Arius, comme je l’ai dit auparavant, commença à prêcher contre les catholiques, disant les prières qu’ils faisaient pour les morts être superstitieuses; il y a encore des sectaires à notre époque sur ce point. Notre-Seigneur nous donne la règle en son évangile comme l’on doit se comporter en pareilles occasions. Si peccaverit in te frater tuus, etc., dic Ecclesiæ; si quis Ecclesiam non audiverit, sit tibi tanquam ethnicus et publicanus Écoutons donc ce que l’Église nous enseigne à cet endroit: en Afrique, au concile de Carthage, en Espagne au concile de Bracarense, en France au concile de Chalon, etc., et en tous ces conciles, vous verrez que l’Église tient pour authentique la prière pour les trépassés, et par conséquent le Purgatoire. Et après, ce qu’elle avait défini par parties, elle l’a défini en son corps général au concile de Latran sous Innocent III, au concile de Florence, et finalement au concile de Trente.

Mais quelle plus sainte résolution de l’Église voudrait-on avoir que celle qui est couchée en toutes ses messes? Regardez les liturgies de saint Jacques, saint Basile, saint Chrysostome, de saint Ambroise, desquelles se servent encore tous les chrétiens orientaux, vous y verrez la commémoration pour les morts comme elle se voit, à peu de choses près, en la nôtre. Quoi? Si Pierre Martyr, l’un des habiles qui ont suivi le parti adverse, sur le chap.3 de la 1re lettre aux Corinthiens, confesse que toute l’Église a suivi cette opinion, je n’ai plus à faire de m’amuser sur cette preuve. Il dit qu’elle a erré et failli; ah, qui croirait cela? Quis es tu qui judicas Ecclesiam Dei? Si quis Ecclesiam non audiverit, sit tibi tanquam ethnicus et publicanus. Ecclesia est firmamentum et columna veritatis, et portæ inferi non prævalebunt adversus eam. Si sal evanuerit, in quo salietue? si Ecclesia erraverit, a quo corripietur?si Ecclesia, fida custos veritatis, veritatem amiserit, veritas a que reperietur? Si Christus Ecclesiam abjecerit, quem recipiet? qui neminm nini per Ecclesiam admittit. Et si l’Église peut errer, et vous, Pierre Martyr, pourriez-vous ne pas errer? Sans doute, et c’est pourquoi je croirai donc plutôt que vous avez erré et non l’Église.

ARTICLE IX

Des Pères anciens

C’est une belle chose et pleine de consolation, de voir le beau rapport que l’Église présente avec l’ancienne, particulièrement en la croyance: disons ce qui fait notre propos sur le Purgatoire. Tous les anciens Pères l’ont cru et attesté que c’était la foi apostolique. Voici les auteurs que nous en avons: entre les disciples des apôtres, saint Clément et saint Denis, après saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, Tertullien, Cyprien, Jérôme, Augustin, Origène, Boèce, Hilaire, c’est-à-dire toute l’Antiquité, même devant 1200 ans que tous ces Pères ont vécu; desquels il m’eût été très aisé d’apporter quelques témoignages qui sont recueillis dans les livres de nos catholiques, comme dans le catéchisme de Canisius, de Sanderus, De visibili Monarchia, de Genebrad, en sa Chronolgioe, de Bellarmin, en sa Controverse du Purgatoire, de Stapleton, en son Promptuaire; ais surtout qui voudra voir au long et fidèlement cités les passages des Pères anciens, qu’il prenne en main l’œuvre de Canisius revue par Busæus. Mais certes, Calvin nous délivre de cette peine, car il écrit: Ante 1300 annos usu receptum fuit ut precationes fierent pro defunctis, et ajoute: sed omnes, fateor, in errorem abrepti fuerunt; nous n’avons donc que faire de chercher le nom et le lieu des anciens Pères pour prouver le Purgatoire, puisque pour se mettre en compte, Calvin les tient pour zéro. Quelle apparence y a-t-il qu’un seul Calvin soit infaillible et que l’Antiquité tout entière ait failli? On dit que les anciens Pères ont cru au Purgatoire pour s’accommoder au vulgaire: belle excuse; n’était-ce pas aux Pères d’ôter toute erreur du Peuple, s’ils l’y voyaient adhérer, et non l’y entretenir et y condescendre? Cette excuse ne fait donc qu’accuser les Anciens. Mais comment est-ce que les Pères n’ont pas cru à bon escient le Purgatoire, puisque Arius, comme je l’ai dit auparavant, a été tenu pour hérétique parce qu’il le niait? C’est pitié de voir l’audace avec laquelle Calvin traite saint Augustin parce qu’il fit prier et pria pour sa mère sainte Monique et, pour tout prétexte, apporte que saint Augustin semble douter du feu du Purgatoire. Mais cela ne change rien à notre propos, car il est vrai que saint Augustin dit qu’on peut douter du feu et de sa qualité, mais non du Purgatoire: or, soit que la purgation se fasse par le feu ou autrement, soit que le feu ait même qualité que celui de l’Enfer ou non, il est avéré qu’il y a un Purgatoire et une purgation. Il ne met donc pas en doute le Purgatoire, mais la qualité de celui-ci. Ce que ne nieront jamais ceux qui verront comme il en parle aux chapitres XVI et XXIV du même Livre de la Cité, et au livre De cura pro mortuis agenda, et en mille autres lieux. Voilà donc comme nous sommes au chemin des saints et des anciens Pères quant à cet article du Purgatoire.

ARTICLE X

De deux raisons principales et du témoignage des étrangers pour le Purgatoire

Voici deux invincibles raisons du Purgatoire: d’abord, il y a des péchés légers et qui ne rendent pas l’homme coupable de l’Enfer; si donc l’homme meurt en cet état, que deviendra-t-il? Le Paradis ne reçoit rien de souillé, l’Enfer est une peine trop criminelle, il n’est pas dû à raison de son péché; il faut donc avouer qu’il restera en un Purgatoire, où, étant bien purifié, il ira par la suite au Ciel. Or qu’il y ait des péchés qui ne rendent pas l’homme coupable de l’Enfer, Notre-Seigneur le dit en saint Matthieu (V, 22): «Qui irascitur fratri suo, reus erit judicieux; qui dixerit fratri suo racha, reus erit consilio; qui dixerit fatue, reus irit gehennæ ignis.» Qu’est-ce, je vous prie, d’être coupable de la géhenne du feu, sinon être coupable de l’Enfer? Or, cette peine n’est due qu’à ceux qui appellent fatue: ceux qui montent en colère, ceux qui expriment leur colère par parole non injurieuse et diffamatoire, ne sont pas au même rang. Ainsi, l’un mérite le jugement, c’est-à-dire que sa colère soit mise en jugement, comme la parole oiseuse, de laquelle Notre-Seigneur dit qu’il faut rendre compte; l’autre mérite le Conseil, à savoir qu’on délibère s’il sera condamné ou non. Le 3e seul est celui-là qui sans doute infailliblement sera damné: donc, le 1er et le 2e sont péchés qui ne rendent pas l’homme coupable de la mort éternelle, mais d’une correction temporelle; et partant, si l’homme meurt avec ces péchés, par accident ou autrement, il faut qu’il subisse le jugement d’une peine temporelle, moyennant laquelle son âme étant purgée il ira au Ciel avec les Bienheureux. De ces péchés parle le sage: car le juste ne peut pécher, tant qu’il est juste, de péchés qui méritent la damnation. Il s’entend donc qu’il commet des péchés pour lesquels la damnation n’est pas due, que les catholiques appellent véniels, lesquels peuvent se purger en l’autre monde, au purgatoire.

La deuxième raison est que, après le pardon, demeure en partie la peine due à celui-ci, comme par exemple, le péché est pardonné au roi David, le Prophète lui disant: Deus quoque transtulit peccatum tuum, sed quia blasphemare fecisti inimicos nomen Domini, filius tuus morte morietur.

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