Sermon de Mgr Wach pour la Messe de la fête de l'Immaculée Conception

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08/12/2023

Sermon de Mgr Wach pour la Messe de la fête de l'Immaculée Conception
Mgr Gilles Wach
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par Mgr Wach, Prieur Général de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

Candor est lucis æternæ et speculum sine macula1.

Marie est un reflet très pur de la lumière divine, de la beauté de Dieu.

Le Bienheureux Pape Pie IX, dans sa bulle Ineffabilis Deus, nous avertit que « toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, Marie a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grandes en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même ne réussira à la comprendre ».

Alors mes chers amis, n’est-il pas un jour plus beau que celui-ci pour émettre une consécration de notre Institut et de nos personnes. Consécration à Marie, c’est-à-dire renoncer à Satan et au monde pour se donner totalement à Elle, et ainsi recevoir grâces, bénédictions et protection.

La Sainte Vierge aussi se consacra solennellement en ces termes au jour de l’Annonciation : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole2 ».

Au consentement de Notre Dame, l’Incarnation s’accomplit, et le Christ en entrant dans le monde se consacra également, s’adressant en ces termes à son Père : « Vous n’avez voulu ni sacrifices, ni oblations, mais vous m’avez façonné un corps ; vous n’avez agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour les péchés, alors j’ai dit : Voici que je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté3 ».

Ces deux consécrations, de Notre Seigneur et de Notre Dame, prototypes de la nôtre–et je dirais même des nôtres, répétées annuellement–les contenaient toutes déjà.

Mais bien avant le jour de l’Annonciation, bien avant celui de la Présentation au Temple, Marie appartenait déjà toute à Dieu. Elle est l’Immaculée, sur laquelle Satan ni le monde n’eurent jamais nulle prise, mais qui vécut toujours sous la conduite du Saint-Esprit.

Victoire sur le démon et sur le monde, la consécration que nous avons prononcée, tout en laissant subsister en nous les séquelles du péché originel, rapproche ceux qui l’émettent de Marie Immaculée, les arrache davantage à l’empire du mal pour les livrer tout entier au service du bon Dieu, sous l’action de la grâce du Christ.

La vie de celui qui se consacre doit être une vie immaculée, une vie déjà céleste. Les consacrés que nous sommes doivent être, autant qu’il est possible ici-bas, des fils de la résurrection, un signe, un vivant témoignage des biens à venir, du Ciel. Il nous faut, mes chers amis, dans ce monde de ténèbres, resplendir des choses de Dieu, resplendir du Ciel, des lumières saintes.

Et pour les chrétiens que nous sommes, les séminaristes, les religieuses, les prêtres consacrés maintenant par l’acte solennel que nous venons de prononcer, rappelons-nous que, comme pour Marie quand Elle était encore sur terre, le Ciel commence dès ici-bas dans la pleine appartenance au Seigneur, dans l’adoration et dans la louange de Dieu, dans la joie de la charité, dans la contemplation, prélude à la vie du Ciel.

Ce matin, c’est l’amour de Marie qui nous attire au pied de cette vénérable statue, parée de lumière et de fleurs. En effet, nous l’invoquons aujourd’hui pour notre cher Institut, pour tous ses membres et ses œuvres en ces temps difficiles pour le monde et pour l’Église, nous souvenant qu’enfants déjà nous invoquions la Vierge sans taches et que jamais nous ne l’avions prié sans devenir meilleurs.

Nous aimons donc tous Marie et c’est d’un cœur unanime et profondément réjoui que dans toutes les Maisons de l’Institut, nous nous consacrons tous à Elle.

Nous voulons nous offrir tous à cette Vierge Immaculée, et ce n’est pas là une pure cérémonie mais une offrande sincère et véritable que nous lui avons tous faite de nous-même, de notre âme, de notre corps, de nos parents, de nos frères, de nos sœurs, de nos biens.

Nous sommes à Elle et nous savons que c’est par Elle et avec Elle que nous serons toujours plus unis à Jésus, notre divin Sauveur.


Avec Saint François de Sales, avec Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, avec Saint Alphonse, puisons dans Saint Bernard - « le chantre de Marie » - les vérités qu’il nous faut entendre ce matin pour nous convaincre que tout nous vient par Marie.

Écoutons Saint Bernard :

Voyons, mes frères, avec quels sentiments de dévotion Dieu a voulu que nous honorions Marie, Lui qui a mis en Elle la plénitude de tout bien. S’il est en nous quelque espérance, quelque grâce, quelque gage de salut, reconnaissons que tout cela déborde sur nous de Celle qui est comblée de délices…

Ôtez ce soleil qui éclaire le monde, c’en est fait du jour. Enlevez Marie, cette étoile de la mer, de notre grande et vaste mer, que reste-t-il, sinon une profonde obscurité, une ombre de mort et d’épaisses ténèbres ? C’est donc du plus intime de nos cœurs, du fond même de nos entrailles et de tous nos vœux que nous devons honorer la Vierge Marie ; car c’est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Elle4.

Cette doctrine, chers amis, ainsi énoncée, est claire et précise. Sans Marie, pas de progrès spirituel, pas de fécondité dans nos études, dans notre formation et dans notre apostolat, et notre salut même est en péril !

Voici ce qui nous anime ce matin : c’est de suivre - avec la même ferveur je l’espère pour tous – ce que le grand abbé de Clairvaux nous enseigne et qui caractérise sa théologie mystique, « le besoin du recours habituel à Marie et la vie d’union avec Elle ».

Marie est notre mère. Elle nous a été donnée au Calvaire par son divin Fils : « Ecce Mater tua ! »5

Ô homme, nous ditl Jésus, je n’ai pas eu une pierre pour reposer ma tête ; pour vous j’ai été dépouillé de mes vêtements, j’ai versé jusqu’à la dernière goutte de mon sang, je vais rendre le dernier soupir ; il ne me reste plus que ma Mère et je vous la donne.

Quel don plus précieux pouviez-vous nous faire en mourant ? Votre Mère devenir notre Mère. O Marie, nous sommes vos enfants, mais en devenant vos enfants nous sommes les frères de Jésus-Christ et les enfants de Dieu le Père.

Quelle gloire ! Quel titre !

Écoutons encore une cistercienne, fille de Saint Bernard, Sainte Gertrude, qui entendit des lèvres même de la Très Sainte Vierge les paroles suivantes : « On ne doit pas appeler mon Fils unique, mais bien mon premier-né, mon très doux Jésus. J’ai conçu le premier dans mon sein, mais après lui, ou plutôt par lui je vous ai tous conçus pour être ses frères et pour être mes enfants en vous adoptant dans les entrailles de ma charité maternelle. »

Dans l’Institut, et spécialement en ce jour béni du huit décembre, nous goûtons avec suavité le fait d’être vos enfants, ô Marie. Nous savourons le bonheur que j’appellerai le bonheur de Saint Jean, lui qui l’a reçue et gardée dans sa maison. Lui qui a pu la voir et l’entendre tous les jours, et aussi comme apôtre lui donner tous les jours la sainte communion.

Oui, notre bonheur aujourd’hui est le bonheur de Saint Jean. Saint Jean est votre enfant, et nous aussi.

Et nous jouissons ainsi de vos faveurs et de votre bienveillance qui nul ne peut en douter se sont manifestées souventefois sur notre cher Institut.

En effet, les persécutions ne manquent pas et le diable est aujourd’hui déchainé, pas seulement sur nous - car il déteste les prêtres et les œuvres sacerdotales - mais sur l’Église universelle.


Mais attention mes chers amis. Mais prenons garde, « noblesse oblige » dit le proverbe, ce qui veut dire que l’enfant d’une telle mère ne peut pas, ne doit pas se conduire comme le fils d’une misérable.

Un enfant, un fils de l’Immaculée, doit vivre d’une manière conforme à sa dignité, remplir les devoirs qu’elle lui impose et les vertus qu’elle exige, enfin porter en soi les traits de sa divine Mère. Car s’il ne ressemblait pas à Marie, Marie ne pourrait le reconnaître pour son enfant.

Pour bénéficier de ses grâces, de ses bénédictions et de sa protection, l’imitation de Marie est d’une grave nécessité.

Comme Marie, vous devez premièrement et avant toutes choses être les plus dévoués aux intérêts de Dieu, car Marie ne vivait que pour la gloire de Notre-Seigneur. Les intérêts de Dieu, vous ne les connaissez que trop bien, c’est la louange et l’adoration qui doivent monter de vos cœurs quotidiennement. C’est la prière qui est continuelle en vous. Vous devez être une louange continuelle à la Très Sainte Trinité.

Les intérêts de Dieu, le connaître davantage, approfondir les grands mystères de notre sainte religion par la lecture et l’étude des docteurs de l’Eglise et de son admirable Magistère.

Les intérêts de Dieu : témoigner de son existence, de son admirable beauté, de la magnificence de sa vérité, de son inégalable charité.

Puis, comme Marie, vous devrez exercer la charité envers le prochain. Voilà un autre trait de la Sainte Vierge que nous devons reproduire.

On reconnaîtra que vous êtes ses enfants si vous vous aimez les uns les autres, si vous vous soutenez dans la pratique des vertus, si vous vous soutenez dans la charité, si vous cherchez à ramener ceux d’entre vous qui s’égareraient, si vous réparez les fautes à l’endroit du prochain par le mauvais exemple, les mauvais conseils, les mensonges, les jalousies ou la zizanie.

Si vous réparez, disais-je, c’est une exigence pour recevoir le pardon de Dieu. Et si vous savez pardonner sans retard à l’égard de votre cher prochain sans traîner à leur endroit d’interminables rancunes.


Comme Marie, vous devez reproduire les deux plus belles vertus qui ont conquis le cœur de Dieu : la pureté et l’humilité.

Marie a plu à Dieu par sa virginité. Dieu a trouvé le cœur de Marie plus pur que les ailes des anges, et c’est pour cela qu’il en a fait son trône.

C’est par la vertu de pureté que vous serez digne de Dieu et de Marie.

Comment oseriez-vous apporter au pied des autels de l’Immaculée une âme esclave de coupables affections ? Comment pourriez-vous présenter un cœur sali par le vice ? Ce serait ne plus comprendre votre vocation.

Pureté donc de pensées, de désirs, de paroles, de regards, d’allures ; respect pour votre corps, temple du Saint-Esprit.

Personne plus que vous, chers amis, ne doit fuir loin de ce qui perd aujourd’hui tant de nos contemporains.

Marie est devenue Mère de Dieu par son humilité : « Ecce ancilla Domini6 », a-t-Elle dit. Soyez humbles, à son exemple, dans vos pensées, dans votre manière de faire, d’être tout simplement.

Marie ne se pare jamais que de modestie et de simplicité. C’est pour cela qu’Elle fut si belle aux yeux de Dieu et des hommes.

Voilà, mes bien chers amis, pourquoi ce matin notre Institut tout entier s’est consacré à l’Immaculée.

Voilà pourquoi, comme tous les ans, nous attendons tant de cette protection divine. Mais en même temps, nous sommes conscients qu’il faut tous être dignes et vivre en cohérence avec cet acte consécratoire.

Et pour vous convaincre définitivement, laissons encore une fois la parole au grand Abbé de Clairvaux, Saint Bernard, et ce sera ma conclusion :

Ô vous, qui comprenez que dans le flux et le reflux de ce siècle, vous flottez au milieu des orages et des tempêtes plutôt que vous ne marchez sur la terre, tenez vos yeux fixés sur cette étoile, pour ne point périr dans la tourmente.

Si les vents des tentations se déchaînent, si vous vous heurtez aux écueils des tribulations, regardez l’étoile, appelez Marie. Si vous êtes secoués par les flots de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, appelez Marie. Si la colère ou l’avarice ou les convoitises assaillent le frêle esquif de votre âme, levez les yeux vers Marie. Si, accablé de l’énormité de vos fautes, confus des plaies hideuses de votre conscience, épouvanté de l’horreur du jugement, vous commencez d’être absorbé dans l’abîme de la tristesse et du désespoir, pensez à Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les doutes, pensez à Marie, invoquez Marie. Que Marie ne soit jamais loin de vos lèvres, jamais loin de votre cœur ; et, pour obtenir le suffrage de sa prière, n’oubliez pas l’exemple de sa vie. En la suivant, vous ne vous égarez pas ; en la priant, vous ne désespérez pas ; en la contemplant, vous n’errez pas. Avec son appui, vous ne tombez pas ; sous sa protection, vous ne craignez pas ; sous sa conduite vous ne vous lassez pas ; si elle vous est propice, vous parvenez au port7.

Ainsi soit-il !

  1. Sagesse 7, 26.
  2. Luc 1, 38.
  3. Heb. 10, 8.
  4. Sermon pour la Nativité de la B.V.M.
  5. Jean 19, 26.
  6. Luc 1, 38.
  7. Serm. II super Missus est.