Formation
ŒUVRES
DE
ET
DOCTEUR DE L' EGLISE
ÉDITION COMPLÈTE (Edition d'Annecy)D'APRÈS LES AUTOGRAPHES ET LES ÉDITIONS ORIGINALES
ENRICHIE DE NOMBREUSES PIÈCES INÉDITES
ET HONORÉE DE DEUX BREFS PONTIFICAUX
PUBLIÉE SUR L'INVITATION DE Mgr ISOARD, ÉVÊQUE D'ANNECY
PAR LES SOINS DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION
DU Ier MONASTÈRE D'ANNECY
ANNECY
MONASTERE DE LA VISITATION
ANNECY, IMPRIMERIE J. ABRY & Cie
MCMXXVIII
Table des matières 199 Glossaire 187 Index historique 195 Fac similé 100
PRÉFACE
Ce volume contient la troisième Série des Opuscules, intitulée: Controverse, et le premier groupe de la quatrième Série qui a pour titre : Administration épiscopale. On y trouvera treize pièces inédites.
La pièce la plus importante de la troisième Série est le premier Titre du Codex Fabrianus dont le texte latin n'a jamais été publié dans les Œuvres de saint François de Sales ; Migne en a donné seulement la traduction, due à l'abbé de Baudry, au tome VI, col. 1149.
Dans cette pièce le Saint fait une description générale des erreurs des luthériens et des calvinistes et les réfute victorieusement. Elle lui avait été demandée par le sénateur Favre, comme une sorte d'introduction au commentaire qu'il se proposait de faire des lois de son pays. La première mention de ce traité se trouve dans une lettre de l'Apôtre du Chablais à son ami, en date du 14 octobre 1595 : " Je vous enverrai, " dit-il, " le plus tôt possible un chapitre de mes Commentaires contre les hérétiques, dans lequel je m'efforcerai de montrer que, loin d'être les vrais réformateurs de l'Eglise, ils font revivre les anciennes hérésies (L1, lettre 61). " Et le 25 octobre, Favre répond : " J'attens de bon cœur l'ornement que vous m'avez promis pour mon Code Savoysien. Entre autres poincts, " ajoute-t-il, " n'oubliez pas celuy là, que noz heretiques font mestier de nier tout et ne rien dire (id, append.21). " Il faut relire cette page pour voir comment saint François de Sales s'en est inspiré.
Le 10 octobre 1605, nous trouvons une nouvelle et dernière mention du travail du Saint dans une lettre de son ami : " Je vous baise les mains mille et mille fois de la souvenance que vous avez de moy et de mon chapitre, estant neanmoins bien desplaisant, non tant de la peine que de l'incommodité que ce chapitre vous donne parmy tant d'autres affaires plus importants et plus pressants. Je n'estime pas que j'en aye grand besoin devant un mois, parce, que le huictiesme et le neufviesme Livres restent encores a imprimer ; et quoy quil en soit, vous le pouvez finir par la ou il vous plaira. Et le dessein que je vous avois proposé se treuve trop long et trop ennuyeux ; car aussy bien fay je conscience de pipper tant de gens qui me prendront pour quelque grand theologien….Je treuveray tousjours belle la forme que vous luy donnerez et ne veux poinct luy en souhaiter de plus belle ; j'attendray donc sur ce poinct et vostre volonté et vostre commodité (L3, appendice C)). " Saint François de Sales, de son côté, faisant allusion à cet opuscule, écrivait à la baronne de Chantal le 30 janvier 1606 : " Je vous puis dire avec verité que j'en ay eu du travail sans mesure despuis que je me suis mis a la visite ; et, a mon retour, je treuvay une besoigne de laquelle il me fallut entreprendre ma part, qui m'a infiniment occupé. Le bon est que c'est tout a la gloire de nostre Dieu (L3,note 183)... "
On ne rencontre pas d'autres mentions du Codex dans les lettres connues des deux amis. II est vrai que tant d'entre elles, hélas, sont perdues !
Le Saint devait, au mois d'octobre 1605, avoir préparé tous ses matériaux, car les approbations sont du 1er novembre, et l'Epître dédicatoire du 3 des calendes de décembre (29 novembre). Les magistrats de Genève n'accordèrent la permission d'imprimer le Codex qu'à la condition de supprimer le. premier Titre, celui-là même dont saint François de Sales était l'auteur. Le président Favre, noblement, s'y refusa, et comme il avait obtenu un Privilège du Roi de France, en date du 15 décembre 1605, il s'adressa à Horace Cardon, imprimeur à Lyon, qui accepta de publier ce premier Titre. L'ouvrage parut donc en 1606. C'est un in-folio intitulé :
Codex Fabrianus definitionum forensium et rerum in sacro Sabaudiœ Senatu tractatarum. Ex ordine titulorum Codicis Justinianei quantum fieri potuit accommodatè ad usum forensem. In novem libros distributus. Authore et collectore Antonio Fabro J. C. Sebusiano, Serenissimi Sabaudiœ Ducis Consiliario, in suprema Sabaudiensium Curia Senatore, et in Gebennensis Ducatus Auditorio Prœside. Opus integrum, et omnibus juris studiosis utilissimum, sed Pragmaticis prœcipus necessarium. (Lugduni, sumptibus Horatii Cardon, M.DCVI. Cum Privilegio Regis [1] )
Les approbations sont données par quatre chanoines du Chapitre de Saint-Pierre de Genève, docteurs en théologie: Etienne Nouvellet, Jean Déage, Philibert Roget et Janus des Oches.
Ainsi donc, dix années s'étaient écoulées entre la première allusion faite au premier Titre du Codex et la publication de celui-ci. A quoi tenaient ces longs délais ? Il est à peine besoin de rappeler que les accablants travaux apostoliques de saint François de Sales dans le Chablais, les mille soucis de ses voyages à Paris, à Rome, et de ses premières années d'épiscopat ne lui permirent guère de s'adonner à ce travail qu'il livra à son ami encore inachevé pour qu'il y mit la dernière main. Bien que, dans sa lettre du 10 octobre 1605, Antoine Favre ait dit : " Je treuveray tousjours belle la forme que vous luy donnerez et ne veux poinct luy en souhaiter de plus belle, " il est manifeste qu'il a retouché l'ouvrage du Saint, qu'il y a mis son style et parfois son aigreur contre les " huguenotz ".
On verra que cet opuscule a des points de contact nombreux avec les Controverses. Nous les avons signalés en marge. Si les Controverses eussent été imprimées avant le Code Fabrien, on eût bien vite reconnu le véritable auteur du Titre premier de celui-ci. C'est pourquoi ce beau fragment devait figurer dans les Œuvres de saint François de Sales, bien qu'il ne porte pas son nom et que, dans sa forme sinon dans sa substance, il ait subi des modifications sensibles.
Parmi ces modifications, signalons particulièrement la conclusion dans laquelle Antoine Favre, prenant la plume, entreprend de faire, selon le goût du temps, divers éloges : l'éloge de ses princes d'abord, Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel 1er ; celui des prédécesseurs de François de Sales sur le siège de Genève : François Bachod, Ange Giustiniani et Claude de Granier ; enfin l'éloge du Saint luimême, magnifique dans sa sincérité. Nous avons cru intéressant de donner celui-ci en Appendice..
Ce Titre premier du Codex, est-il besoin. de le dire, est .absolument digne du génie de notre saint Docteur. Nous pouvons sur ce point nous en rapporter au P. Desjardins, de la Compagnie de Jésus, qui, dans sa brochure intitulée : Saint François de Sales, Docteur de l'Eglise (Paris, Lecoffre, 1877), a pu écrire cette juste page à sa louange : " Cet ensemble de polémiques contre le protestantisme a été merveilleusement résumé par le Saint lui-même dans une des plus belles pages que possède la théologie catholique. Elle est restée malheureusement enfouie dans un ouvrage qui ne porte pas son nom, mais celui de son ami, le président Antoine Favre. Ce savant jurisconsulte, préparant le commentaire des lois de son pays, connu sous le nom de Codex Fabrianus, désira mettre en tête l'exposé des hérésies contre lesquelles devait s'exercer la vigilance du magistrat. Car le pieux président ne pensait pas qu'il fût permis au Prince chrétien de laisser le champ libre à l'hérésie. Il n'osa pas pourtant se hasarder sur le terrain de la controverse théologique ; il recourut au zèle et à la science de son ami, de son " doux frère ", comme il aimait à le nommer. François de Sales répondit à ses désirs en lui envoyant un opuscule d'environ trente pages in-folio, vrai chef. d'œuvre qui, dans une série de courts paragraphes, présente l'exposé complet de l'erreur protestante, de la vérité con traire avec sa démonstration propre. Là, pas une parole qui ne porte coup. On croirait lire les articles de la Somme de saint Thomas. Le Docteur Angélique écrivit-il jamais plus belle page que celle de saint François de Sales sur le sacrifice de la Messe ?
" Dans cette composition, le saint Evêque ne voudrait pas trahir son ami. Fidèle à son rôle de jurisconsulte, il s'excuse parfois de ne pas suivre jusqu'au bout les sophismes des hérétiques, lui étranger à la théologie. Mais il a beau se cacher ; le maître de la science sacrée apparaît à chaque ligne. Seule la conclusion n'est pas de notre saint Docteur. Là, le cœur du vénérable magistrat s'est épanché à son aise. La splendide introduction que lui avait fournie son savant collaborateur, il la paie par les éloges les mieux mérités de son Evêque ; c'est une page qui vaut à elle seule tout un panégyrique. Il se garda bien sans doute de la montrer à " son doux frère» " ; l'humilité l'emportant sur l'amitié, celui-ci aurait bien pu retirer le prêt qu'il lui faisait. Quant à nous, nous souhaitons que ce beau travail, extrait des Œuvres du jurisconsulte savoisien, prenne place désormais dans les Œuvres du grand Evêque, à côté de ses Controverses. " .
Le vœu du P. Desjardins est aujourd'hui comblé.
Avec ce tome XXIII commence aussi, nous l'avons dit, la quatrième Série, donnée sous le titre général : A dministration épiscopale.
Cette Série nouvelle comprendra neuf groupes dont voici les titres :
A) Diocèse de Genève et Clergé en général ;
B) Chapitre de Saint-Pierre de Genève et Collégiales ;
C) Paroisses et chapelles ;.
D) Documents qui concernent des membres du Clergé ;
E) Documents qui concernent des Religieux ;
F) Documents qui concernent des laïques :.
G)Documents relatifs à diverses institutions ;
H) Le Prince-Evêque de Genève ;
I) Sujets divers.
Dans toutes les biographies de saint François de Sales on s'est appliqué avec plus ou moins de bonheur à montrer en lui l'Apôtre, le Prédicateur, l'Ecrivain, le Fondateur, le Saint, mais on a presque toujours négligé d'étudier l'Evêque, c'est-:à-dire le Chef religieux d'un Clergé et d'un peuple chrétien. Dans ses Œuvres, telles qu'on les avait publiées avant notre Edition, les quelques rares pièces concernant son Administration épiscopale étaient dispersées çà et là et ne pouvaient donner une véritable idée de ce qu'elle avait été. Nous espérons avoir un peu comblé cette lacune en classant dans un ordre logique les importants documents qu'il nous a été possible de recueillir.
Les procès-verbaux des Visites pastorales du saint Evêque ont paru, par les soins du regretté Mgr Rebord, dans le premier volume des Visites pastorales du Diocèse de Genève-Annecy, 1411-1900 (Annecy, J. Abry, 1921). Ils ne sont pas insérés dans notre Edition, n'ayant pas été rédigés par lui. On y trouvera par contre, les Constitutions et Ordonnances synodales, partie dans le texte même, partie en Appendice.
Seul le premier groupe, Diocèse de Genève et Clergé en général, figure dans ce volume. Entre autres documents précieux, on y lira deux pièces justement fameuses, dont presque tous les biographes de saint François de Sales ont cité quelques fragments : l'Advertissement aux confesseurs et l'Exhortation aux ecclésiastiques pour qu'ils s'appliquent à l'étude. C'est dans cette Exhortation si émouvante, d'une dialectique si entraînante et si forte, que le saint Evêque en vient à nommer la science du prêtre " le huitiesme Sacrement de la hiérarchie de l'Eglise ". Plusieurs autres pièces, quoique moins connues, présentent néanmoins un intérêt de premier ordre à qui veut le suivre dans son activité d'Evêque et de Chef.
Nous ne pouvons clore cette brève introduction sans exprimer notre gratitude aux collaborateurs bénévoles qui nous ont donné un si précieux concours. Nous remercions particulièrement: les RR. PP. Bénédictins de l'Abbaye d'Hautecombe pour les traductions latines, ceux de Maredsous (Belgique) pour les références patristiques, M. Levesque, le savant éditeur de Bossuet, pour les références de Luther et pour sa collaboration à l'établissement de plusieurs notes difficiles, M. le chanoine Gavard, du clergé d'Annecy, pour les références des Institutions de Calvin.
LES EDITEURS.
Annecy,
en la Fête de la Nativité de la Sainte Vierge,
8 septembre 1928.
Des pièces publiées dans ce volume, une partie a été revue sur les originaux ou sur des copies authentiques ; la provenance est indiquée à la fin de chacune.
Les documents qui ne sont suivis d'aucune indication sont ceux dont, à défaut d'Autographes ou de copies, on a dû emprunter le texte à quelques-unes des anciennes Vies du Saint ou à d'autres publications.
. Les Editeurs sont seuls responsables des titres et dates qui précédent chaque pièce, sauf indication contraire. Quand la date attribuée à un document n'est pas absolument sûre. elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer.
Les divergences (importantes ndlr) qui existent entre les différentes leçons d'une même pièce sont données au bas des pages… Les mots biffés dans les Autographes sont enchassés entre [ ].
Des points placés au commencement ou à la fin d'un document indiquent qu'il est incomplet.
…………………………
OPUSCULES
DE
SAINT FRANÇOIS DE SALES
TROISIÈME SÉRIE
CONTROVERSE
I
FRAGMENT SUR LA PRÉDESTINATION
[1594-1596 [2]]
(INÉDIT – EN LATIN)
SaInt Thomas, dont les adversaires auraient pu tirer quelque parti, fournit contre eux un argument essentiel. - Observations sur plusieurs de leurs propositions. - Même avec saint Augustin, ils ne sont d'accord qu'en paroles.
…………………………………………………………………..
Que dirai-je de saint Thomas, sur l'autorité duquel vous pouviez vous appuyer, en laissant de côté tous les Pères, pour présenter une justification de votre doctrine qui rot, sinon juste, du moins d'une témérité moindre ? Ce Docteur, bien loin d'avoir admis la prévision d'une grâce suffisante; distribuée dans la vision conditionnelle que vous supposez, apporte, dans son enseignement, un argument de toute première force contre vous. L'agent, dit-il (Ia,qu.23,art.4 ; qu.6 art.1) vise et veut d'abord la fin, avant les moyens ; or, la gloire est la fin, et la préparation par la grâce est le moyen : donc, Dieu veut donner la gloire aux élus avant de vouloir leur donner la grâce. La prédestination n'est donc pas, d'après saint Thomas, la volonté et l'élection se rapportant d'abord à la grâce, ensuite et conséquemment à la gloire, comme vous l'imaginez afin de-vous soustraire à nos arguments ; mais au contraire, elle consiste plutôt à vouloir accorder la gloire aux uns de préférence aux autres, et à la refuser à ceux-ci : par conséquent, à refuser aux derniers les moyens efficaces, et à les donner aux premiers. D'un autre côté, la raison de saint Thomas a toute sa force de conviction en entendant la volonté en général, abstraction faite de savoir si cette volonté est absolue ou conditionnelle, antécédente ou conséquente : ce qui est contre vous, non contre nous. Car, de même qu'il suffit que la volition des moyens suffisants ait été précédée par une volition antécédente de la fin et d'une velléité ou volonté conditionnelle, ainsi la volonté des moyens suffisants présuppose absolument la volonté et l'intention de la fin, cette intention de la fin devant différer de la volonté des moyens et la précéder d'une priorité de nature. C'est pourquoi l'argument de saint Thomas prouve sûrement que Dieu veut d'abord accorder antécédemment à chacun la gloire, et ensuite les moyens nécessaires pour l'obtenir : ce qui est contre vous. Mais il ne prouve pas que la volition efficace de la fin soit antérieure à la volition efficace des moyens, non pas efficaces, mais suffisants : ce qui serait contre nous. Il reste donc que l'opinion ci-dessus ne s'appuie sur aucun auteur sérieux ; et comme en matière de telle importance être seul est souverainement dangereux, cette opinion est loin d'être sûre.
Maintenant, quelques mots en particulier sur chacune des propositions de nos adversaires. La première a été réfutée par l'argument de saint Thomas : la volition de la fin, en effet, précédant celle des moyens, la préparation de la fin doit précéder aussi celle des moyens ; bien plus, les moyens ne sont préparés qu'en vue de la fin. Par suite, cette volition de la fin est la racine première de tous les biens surnaturels. Mais cette racine première, tout le monde la voit dans la prédestination : il s'ensuit donc que la prédestination est, ou tout au moins embrasse principalement la préparation de la fin, et non de la grâce seulement, comme le veulent nos adversaires. En outre, l'argument de saint Thomas montre que ce Docteur a été d'un avis différent puisque, selon lui, la prédestination comprend les moyens et la fin ; d'abord la fin, ensuite les moyens. En troisième lieu : ainsi l'entendent presque tous les scolastiques, comme on peut le voir dans le Lexicon theologicum [3]. En quatrième lieu, la première proposition des adversaires est en contradiction avec leur quatrième, car il n'y a presque personne (surtout parmi les chrétiens) qui, dans toute la série ou économie de la grâce, n'ait pas en partage une grâce plus que suffisante qui le justifie, lui fasse concevoir de bons désirs ; et cependant, dans la quatrième proposition il est dit que les réprouvés reçoivent la seule grâce suffisante : ce qui est faux, attendu que de nombreux réprouvés se trouvent être des chrétiens, lesquels ont plus que la grâce suffisante.
Deuxièmement, j'établis clairement la même conséquence : lorsque nos adversaires, [à propos de la réprobation des damnés,] emploient cette expression : " avant toute action de leur part, " selon eux cela doit s'entendre évidemment ainsi : avant toute action de leur part dans la pensée de Dieu. Or, d'après vous, ils ne se servaient pas déjà de la grâce suffisante qui était prévue devoir leur être donnée. Par conséquent, vous ne pouvez dire : " avant toute action de leur part, " car le mot " action " doit se prendre là, non seulement dans le sens positif, mais dans le sens privatif.
En troisième lieu, si les futurs réprouvés avaient usé suivant leur pouvoir de la grâce suffisante, Dieu les eût tous aimés. Par suite, si Dieu les a haïs, (Rm 9,13) c'est-à-dire ne les a pas aimés (selon l'interprétation même des adversaires), c'est qu'ils n'ont pas employé cette grâce. En effet, si Dieu aime dans l'hypothèse qu'ils ont fait usage de la grâce, et si cet usage est cause de sa dilection, il n'aimera pas dans l'hypothèse qu'ils n'en ont point fait usage, et cette omission sera cause de sa non dilection. Donc. d'après les œuvres, non seulement les œuvres faites, mais aussi l'absence des œuvres par rapport au devoir à accomplir. De tout cela il résulte que l'opinion des adversaires va contre l'autorité de saint Paul, primordiale en la matière.
Leur mépris pour l'autorité de saint Augustin (Prédest.des Saints 10,19 ; don de persév. 14,35)se voit en ce qu'ils ne sont d'accord avec lui qu'en paroles, tout en s'éloignant grandement de son sens. La seule chose qu'ils adoptent de celui-ci, c'est qu'ils nient comme lui la prévision [des mérites et des démérites] ; mais ce qu'il entend et prétend par cette négation, c'est ce dont ils ne s'embarrassent pas. Effectivement, Augustin veut que la grâce suffisante soit accordée aux seuls prédestinés ; eux, qu'elle l'est à tous. Augustin veut que le péché originel soit la cause de la réprobation ; eux, qu'il n'y en ait aucune. Augustin entend que la prédestination a lieu après la prévision du péché ; eux, qu'elle a lieu avant. Augustin ne nie pas qu'en Dieu soit la volonté de sauver tous les hommes ; eux le nient.[4] En vérité, leur seul point de contact avec Augustin, est qu'ils nient en nous toute cause de prédestination ; mais dans l'explication de leur pensée, ils s'écartent de lui : en somme, ils sont d'accord avec lui en paroles, non en réalité. Ils veulent, en effet, que le non usage de la grâce soit prévu ; pour Augustin, le péché originel seul est prévu. Et Augustin est bien moins sévère qu'eux, car il n'admet pas que quelqu'un soit rejeté sans faute, mais il donne comme cause juste à cette réprobation le péché originel ; eux, au contraire, prétendent qu'innombrables sont les réprouvés, sans relation aucune à une faute ou à un péché quelconque, et que seulement quelques-uns sont sauvés. Vraiment, à émettre de si dures paroles, il fallait le faire en union avec Augustin ; c'est, en effet, chose intolérable qu'on se mette en contradiction avec l'entière phalange si vénérable des Pères, sans avoir avec soi Augustin.
Mais, disent-ils, nous sommes d'accord avec Augustin sur le point principal de toute la question, à savoir en niant que la prédestination ait une cause : ce qui suffit. Nous aussi, à la vérité, nous sommes d'accord avec lui, car nous savons que le but poursuivi par Augustin a été par dessus tout de combattre Pélage : celui-ci enseignant que nous méritons le salut par le seul usage de notre libre arbitre, Augustin, pour l'attaquer avec plus de force, a nié qu'il y ait en nous une cause à la prédestination. Si nous nions, nous aussi, l'existence d'une cause à la prédestination de notre part, en tant que cette part est bien nôtre, nous avons le droit d'être considérés comme d'accord avec Augustin. Le but principal de celui-ci ayant été de combattre Pélage, notre opinion, en lui donnant un sens droit, ne peut s'éloigner plus que la vôtre de celle d'Augustin : en d'autres termes, s'il est vrai que nous avouons tous que c'est gratuitement et grâce à la miséricorde de Dieu que les prédestinés le sont, Augustin donne là-dessus son explication, vous une différente, nous encore une troisième ; mais nous, au moins, nous nous séparons d'Augustin avec d'autant plus de sécurité que nous suivons les traces de tous les autres Pères ; tandis que pour vous, l'abandon que vous faites de saint Augustin est d'autant plus dangereux, que vous vous éloignez et écartez davantage, en solitaires, de tous les autres.
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Revu sur l'Autographe appartenant à M. Pératé, à Versailles.
II
NOTES THÉOLOGIQUES
[1594-1596]
(INÉDIT – EN LATIN)
L'Homme peut-il par le seul effort de la nature connaître les vérités naturelles ?
Par vérités naturelles nous entendons celles qui peuvent être tirées des objets sensibles.
Première proposition. L'homme peut connaître séparément, soit telle vérité spéculative, soit telle vérité d'ordre pratique, parce que cela n'est pas hors de proportion objective avec la force naturelle ; parce que cela est indiqué [par l'Ecriture] : Romains l,20 ; Ps. IV,7 ; Sagesse, XIII,1 ; parce que les autres choses naturelles font des opérations en proportion avec leur forme.
Deuxième proposition. L'homme ne peut connaître dans leur ensemble ni les vérités spéculatives, ni celles d'ordre pratique, car tous les philosophes ont fait quelque erreur. Cette raison est apportée par Justin, in Parenetica (Cohort.ad Graecos 5): par Théodoret, De curandis Graec. aff.(Liv 1 et 5) ; par Lactance, lib. III Divin. Inst. ; par Augustin. lib. VIII Civit. (ch 11) [Autre raison :] parce, que l'erreur est la peine du péché originel ; Clément d'Alexandrie (lib. V Strom. ch 13 ) présente cette preuve en s'attachant aux empêchements extrinsèques, à savoir la brièveté de la vie, etc. Par ailleurs, les vérités en question ne sont pas en dehors de l'objet proportionné à l'intelligence humaine, mais il faudrait, pour les connaître, une vie d'une durée infinie et une mémoire également d'une étendue infinie. Toutefois les empêchements ci-dessus, quoique extrinsèques par rapport à l'intelligence humaine, ne sont pas extrinsèques, mais bien intrinsèques à l'homme, parce qu'il est .mortel.
Première proposition. Il peut en faire, et même conduisant au salut éternel (Second Concile d'Orange, canons XXIII, XXII, XXV; Concile de Trente, Sess. VI, chap. VII et XXI), attendu qu'il semble être contre le principe de nature que l'homme ne puisse faire le bien. En second lieu, parce qu'un tel homme ne pourrait autrement pécher, tout en portant en lui la loi naturelle. Quand nous parlons du salut auquel conduit l'œuvre moralement bonne, nous voulons dire qu'un empêchement majeur est supprimé : l'homme a moins d'entraves pour arriver au salut, puisqu'il agit moralement bien. [Dernier argument scripturaire:] Matt., V,47 : Est-ce que les payens ne font pas cela ?
Si donc l'homme connaît Dieu et rapporte son acte à Dieu, cet acte sera bon, bien que non d'une bonté parfaite ; s'il ne connaît pas Dieu, et qu'il fasse telles œuvres parce qu'honnêtes et confor mes à la raison, alors ces œuvres de par leur nature même sont rapportées à Dieu.
Objection.
Dieu concourt davantage à une œuvre moralement bonne qu'à une mauvaise ; mais il concourt à l'œuvre mauvaise d'un concours général : donc il concourt à la bonne d'un concours spécial.
Quant à l'élément matériel de l'acte bon et du mauvais, il y concourt physiquement de la même manière ; pour ce qui est de l'élément formel de l'acte mauvais, il n'y concourt d'aucune façon, cet élément formel étant une pure privation ; tandis qu'à l'élément formel de l'acte bon, il donne son concours. Il y a, en effet, différence réelle entre acte mauvais et acte bon : par conséquent, [le concours de Dieu s'exerce] à l'égard de l'acte bon tout entier, non à l'égard de l'acte mauvais tout entier. De même, Dieu permet seulement le mal, tandis qu'il veut, approuve, commande le bien. De même encore, Dieu concourt à l'élément matériel du péché, en tant qu'il est cause naturelle et nécessaire par supposition ; mais pour ce qui est du bien, il peut aussi y concourir en tant que cause libre.
L'opinion de Grégoire, [docteur] de Rimini [5], sur le concours de Dieu donné aux actes mauvais au moyen d'une influence s'unissant à la volonté qui se détermine, et aussi sur son concours aux actes bons au moyen d'une prédétermination de la volonté, cette opinion, dis-je, ne me satisfait pas, parce qu'elle supprime presque la liberté dans les actes bons, comme nous le dirons mieux plus loin. Ensuite, ce qu'elle avance est tout à fait impossible ; car si Dieu ne détermine pas la volonté à l'acte mauvais, il permet nécessairement que l'homme, s'il le veut, puisse faire un acte bon au moment où il en fait un mauvais.
Je l'explique autrement : ou bien la détermination en question est tout à fait nécessaire pour que nous fassions un acte bon, ou bien elle ne l'est pas. Dans le second cas, elle ne doit pas toujours être mise en ligne de compte ; dans le premier, il devient nécessaire pour nous, en son absence, de faire le mal, au moins si nous agissons. Par suite, ce ne serait pas seulement une permission que nous aurions à l'égard du mal à accomplir ; car la permission est indifférente aux deux termes de l'opposition, et toutes les fois qu'il est en notre pouvoir de nous déterminer à un acte mauvais, il est aussi en notre pouvoir de nous déterminer à un acte bon.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
III
FRAGMENT D'UN CATÉCHISME DIALOGUÉ
DIALOGUE POUR LE 16 JULLIET 1596
ENTRE FRANÇOIS ET BERNARD DE SALES [6]
Au nom du Pere et du Filz et du Saint Esprit, et de la benite Vierge Marie.
FRANÇOIS, parlant le premier, dira : Mon frere, estes vous Chrestien ?
BERNARD, placé vis a vis de François, respondra : Ouy, mon frere, je le suis, par la grace de Dieu.
FRANÇOIS - Quand vous a on fait Chrestien ?
BERNARD - Au saint Sacrement de Baptesme.
FRANÇOIS - Combien de choses principales promistes vous alhors ?
BERNARD - Troys : premierement, je renonçay au diable et a toutes ses œuvres qui sont toutes les sources du peché.
FRANÇOIS - La seconde qu'est elle ?
BERNARD - Je promis de garder les douze articles de nostre sainte foy.
FRANÇOIS - Dites la troysiesme.
BERNARD - Je promis de garder les dix Commandemens de Dieu et ceux de la sainte Eglise nostre Mere.
FRANÇOIS - Combien de sortes de Chrestiens. y a il ?
BERNARD - Il y en a de troys sortes : les premiers sont ceux qui le sont de nom seulement ; les secondz, ceux qui le sont de nom et de foy, et les troysiesmes, ceux qui le sont de nom et de foy et d' œuvres.
FRANÇOIS - Les premiers que sont ilz ?
BERNARD - Ce sont les heretiques, qui n'ont rien que le nom, a cause du Baptesme qu'ilz ont receu.
FRANÇOIS - Seront ilz sauvés, mourans en ceste sorte ?
BERNARD - Non, car ilz n'ont ni foy ni œuvres necessaires a salut, estans dehors de l'Eglise Catholique, Apostolique, Romaine.
FRANÇOIS -:- Les secondz Chrestiens que sont ilz ?
BERNARD - Ce sont les mauvais Chrestiens, qui ont la foy et le nom, mays qui ne font pas ce qu'ilz croyent.
FRANÇOIS - Seront ilz sauvés, mourans ainsy ?
BERNARD - Il n'y a pas moyen, s'ilz ne font une entiere penitence.
FRANÇOIS - La troysiesme sorte de Chrestiens qu'est elle ?
BERNARD - Ce sont ceux qui, a leur nom et a leur foy, joignent toutes sortes de bonnes œuvres.
FRANÇOIS - Ceux ci seront ilz sauvés ?
BERNARD - Ouy, sans doute, et leurs bonnes œuvres les accompaigneront apres leur mort..
FRANÇOIS - Le mot de Chrestien, que signifie il ?
BERNARD - Il signifie d'estre oinct d'huyle.
FRANÇOIS - De qui descend ce nom de Chrestien ?
BERNARD - De Nostre Seigneur JESUS qui s'appelle Christ.
FRANÇOIS - Pourquoy a il voulu que nous fussions ainsy nommés ?
BERNARD - A fin de nous honnorer de ce nom, et nous induire a le suyvre et a imiter sa sainte vie.
FRANÇOIS - Que represente ceste unction que ce nom porte ?
BERNARD - Elle marque la grace que nous recevons dans ce saint Sacrement.
FRANÇOIS - L'unction exterieure que l'Eglise ordonne aux Chrestiens, que signifie elle ?
BERNARD - .Elle denote les effectz, que la grace divine opere en l'interieur de nostre ame.
FRANÇOIS - Aves vous esté oinct ?
BERNARD - Ouy, par la grace de Dieu, en quattre parties de mon cors, au Bapteme et en la
Confirmation.
FRANÇOIS - Combien de foys vous a on oinct au Baptesme ?
BERNARD - Troys foys : la premiere sur l'estomach, la seconde sur les espaules, la troysiesme sur la
teste.
FRANÇOIS - Pourquoy cela? dites le.
BERNARD - L'unction sur l'estomach est pour nous embraser en l'amour de Dieu ; celle sur les espaules est pour nous fortifier a porter la charge des commandemens et des ordonnances divines ; celle sur le front, a fin que, publiquement et sans honte ni crainte, nous confessions la foy de Nostre Seigneur Jesuschrist.
FRANÇOIS - Et pourquoy l'unction de la teste en la Confirmation ?
BERNARD - Pour un accroissement de graces de force et d'esclaircissement pour comprendre et accomplir tout ce que nous devons sçavoir et fayre pour nostre salut.
FRANÇOIS - Estant donques Chrestien, vostre premier desir que doit il estre ?
BERNARD - D'aymer et servir Dieu, d'estre etemellement avec luy au Ciel.
FRANÇOIS - Vostre response est bonne; mays combien deves vous sçavoir de choses pour estre sauvé ?
BERNARD - Autant que j'ay de doigtz a la main : la premiere, la foy ; la seconde, l'esperance ; la troysiesme, la charité ; la quatriesme, les Sacremens ; la cinquiesme. les bonnes œuvres.
FRANÇOIS - Ou trouveres vous la foy, l'esperance et la charité des Chrestiens ?
BERNARD - Au Credo, au Pater et aux Commandemens de Dieu et de l'Eglise.
FRANÇOIS - Combien y a il de Sacremens ?
BERNARD - Il y en a sept.
FRANÇOIS - Combien y a il de bonnes œuvres ?
BERNARD - Troys, qui sont la source de toutes les autres : orayson, jeusne et aumosne. .
FRANÇOIS - Pourquoy croyes vous d'avoir esté mis en ce monde ?
BERNARD - Pour connoistre, aymer et glorifier mon Createur, et jouyr a jamais de la redemption de mon Sauveur.
FRANÇOIS - Quelle est la marque plus frequente que vous donnes pour prouver que vous estes Chrestien ?
BERNARD - C'est le sacré signe de la Croix, qui est le veritable signe du Chrestien. L'Eglise s'en sert en toutes ses saintes ceremonies et Sacremens, et le Chrestien s'en doit servir en toutes ses prieres et actions principales. [7]
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms.de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.
IV
FORMULE DE L'ABJURATION
DE MONSIEUR GABRIEL DE SAINT-MICHEL [8]
Abondance, 4 octobre 1596
(INEDIT - EN LATIN)
Moi GABRIEL DE SAINT-MICHEL, je reconnais et confesse, de cœur contrit et humilié, devant la Très Sainte Trinité et toute la Cour céleste et vous autres témoins, que j'ai gravement péché en adhérant aux hérétiques et en croyant leurs diverses hérésies, surtout celles-ci : que le saint Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas vraiment, réellement et substantiellement dans le très auguste Sacrement de l'Eucharistie ; qu'il n'est pas un vrai et propitiatoire Sacrifice pour les vivants et les morts, lorsque, d'une manière non sanglante, il est offert à la Messe par les prêtres ; qu'il n'existe aucun feu purificatoire après cette vie ; que les Saints et les Bienheureux qui sont dans les Cieux ne doivent pas être invoqués ; que l'Eglise Catholique visible peut errer et se tromper; et autres très nombreuses.
Venant maintenant, par la grâce de Dieu, à résipiscence, librement, spontanément et sincèrement j'abjure, j'exècre et j'anathématise ces hérésies et. toutes autres, de quelle provenance, espèce ou nom qu'elles soient. J'adhère en outre fermement et je me range en toutes choses aux enseignements de la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. Je professe de cœur et de bouche, et je promets et jure de toujours garder la foi qu'enseigne cette même sainte Eglise Romaine. Ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles de Dieu.
A Abondance, en présence des nobles seigneurs Ferdinand de Prez, seigneur de Corcelles(L5, note 468), Etienne de Compois, chevalier (L1, note 140), et Claude de Blonay (L2, note 148), le 4 octobre 1596.
GABRIEL DE SAINT.MICHEL.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
BRIEFVE MEDITATION
SUR LE SYMBOLE DES APOSTRES
POUR CONFIRMATION DE LA VERlTÉ CATHOLIQUE TOUCHANT LA REELLE PRESENCE
DU CORS DE NOSTRE SEIGNEUR AU SAINT SACREMENT DE L'AUTEL
[Janvier-avril ?] 1597 [9]
JE CROY
Si je considere sur vos saintz autelz, o mon Sauveur, mon Dieu, vostre tres sacré Cors, que vous aves assaysonné par tant de miracles pour nous nourrir en ces desers, et que, tout ravy en admiration, autre ne me demeure en bouche que ceste protestation de mon insuffisance: Qu'est cecy ? qu'est cecy ? Manhu ? manhu ? O Seigneur, regardes a moy l mon jugement naturel, ma chair, mes sens, me livrent
mille assautz : Hé, ce me disent ilz, comme se peut il faire que le Sauveur aye donné sa chair a manger ? O que ceste parole est dure ! et qui la peut ouyr (Jn 6,53)ni croyre ?
Mays, c'est par vostre grace, mon Dieu, que ces seducteurs n'ont encor rien grogné sur moy ; je leur ay tousjours opposé le mot et Symbole que vos Apostres enseignerent jadis a nos anciens. Suyvant le conseil de ces deux grans serviteurs de vostre Majesté, Ambroyse (Amb. liv III de Virg) et Augustin (Aug. liv I De Symb. Ad Catech. Ch 1 et liv II, ' Les Sermons II, III, IV sur le Symbole, désignés, comme le 1er sous le tit.. de Livres ont été attribués à saint Augustin, mais ne paraissent pas être de lai.' ch 1), je m'en suys armé comme de la marque de vostre sauvegarde, j'ay fermé et cacheté mon cœur de ce sceau, affin qu'il ne fust ouvert a leurs suggestions ; ce m'a esté comme un carquois qui m'a fourny mille et mille traitz pour les combattre. Et quoy ? disois je, ceste sacree parolle qui est sur le commencement de ce Symbole, ne suffiroit elle pas, quand il n'y auroit autre, pour rompre tous les effortz de ces seditieux ? JE CROY : c'est le mot que j'ay ja prononcé des mon Baptesme par la bouche de ceux qui m'y presenterent ; je suis donques croyant et fidelle (Jn 20,27), non pas entendeur ou compreneur, et partant, plus on me rend ce Sacrement malaysé a entendre et comprendre, plus on me le rend croyable et venerable. La foy a plus de lustre ou l'entendement a plus d'obscurité.
I
EN DIEU
LE PERE TOUT PUYSSANT, CREATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE
(Cyril. Liv 4 in Jn 6,51 c.13 – Hilar liv 8 de Trinit 14-16 et liv 4,14)
Dieu est Dieu. en toutes. ses œuvres, mais en celles qui sont plus grandes il faict mieux voir sa Divinité. Et puysque ce Sacrement est un grand œuvre de Dieu, quelle plus, asseuree marque peut il porter de son Ouvrier, pour estre receu en ma croyance, que d'estre admirable et incomprehensible ?
N'y a il pas troys Personnes, Pere, Filz et Saint Esprit, en une mesme, simple et seule essence ? La foy qui a digeré ceste sauveraine difficulté, quellepeyne peut elle avoir a croyre qu'un seul cors soit en plusieurs lieux ? Dieu ne veuille que je face comme ces rebelles qui mesdisoyent de sa divine Majesté, disant : Pourra il nous dresser une table au desert ? (Ps 77,19) Ce que je ne pourray mascher de cest Aigneau paschal, je le jetteray dans le feu (Ex 12,10) du pouvoir infiny de ce Pere tout puyssant auquel je croy. Ces petitz nuages de difficultés que nostre œil naturel void en ce Sacrement, comme dureront ilz au vent de la force de Dieu (Lc 1,17) ? quelle dureté tant insoluble que ce feu ne devore ?
La parolle de Dieu a eu tant de vertu que, par elle, les choses qui n'estoyent ont esté (Gn 1,1 ; Ps 148,5 ; Amb liv 4 de Sacr c.4 et 5): combien plus en aura elle, pour faire estre ou bon luy semble celles qui sont, et les changer en autres ? Elle a bien mis en un lieu ce qui n'estoit point : pourquoy ne mettra elle en plusieurs ce qui estoit en un ?
II
EN JESUS CHRIST SON FILZ UNIQUE, NOSTRE SEIGNEUR
(Chrysost.hom.60 ad populum Antioch, in Mt 82, 4à 6)
Quand je voy, O mon Sauveur, vostre Pere avoir tant aymé le monde qu'il vous a donné (Jn 3,16)pour en estre le Pasteur et Medecin, hé, quelle merveille est ce, dis je, [si] le Filz, d'esgale ains de mesme bonté, s'est encor donné luy mesme pour estre la pasture et la medecine, pour se rendre tousjours tant plus Sauveur, Roy et Seigneur, du tout et par tout nostre ?
III
QUI A ESTÉ CONCEU DU SAINT ESPRIT, NÉ DE LA VIERGE MARIE
(Amb liv 4 de Sacr c.4 et c.9 De myster 53 – Ep 61 ad Siricum 7 – Hieron contra Helvid. De pepetua virginit B.Mariae)
Comme fustes vous conceu, O mon Dieu, au ventre d'une Vierge, sans aucune œuvre virile ? Et pourquoy recherchera on l'ordre naturel en vostre cors qui a esté faict outre tout ordre naturel et est né d'une Vierge?
Et puysque vostre cors n'occupa desja point de place a la sortie qu'il fit du ventre virginal de vostre Mere (autrement il eust faict bresche a sa virginité), mais le penetra comme un rayon faict au verre, pourquoy trouvera on incroyable s'il n'en occupe point en cest admirable Sacrement ?
IV
A SOUFFERT SOUS PONCE PILATE. A ESTÉ CRUCIFIÉ, MORT ET ENSEVELY
(Chrys. ubi supra – Amb. ubi supra De msyteriis 9)
Celuy qui [t'a] tant aymé, O mon ame, que te pouvant sauver par une seule goutte de son sang et la moindre de ses souffrances, a voulu neantmoins tout exposer son cors aux douleurs et passions d'une mort tres amere pour te donner la vie, hé ! c'est Celuy la mesme qui, pour la te conserver, te nourrit de ce mesme cors. N'est il pas bien croyable ? L'amour des meres ne se contente pas d'avoir produit l'enfant de la substance d'icelles s'il ne l'en faict encor nourrir. Et pour vray, apres tant d'exquises representations de ceste Passion desquelles ont esté repeuz les serviteurs, comme ont esté l'aigneau paschal, la manne et plusieurs autres, c'eust esté une trop maigre et froide commemoration d'icelle, pour les enfans, de n'y employer autre que du simple pain et du vin.
V
EST DESCENDU AUX ENFERS. LE TIERS JOUR EST RESUSCITÉ DES MORTZ
(Iren l.5, 31 )
C'est luy qui, pouvant visiter en mille autres façons les siens qui estoyent au sein d'Abraham (Lc 16,23), descendit toutesfois es enfers pour les visiter en la reelle presence de son ame ; ce n'est merveille si, pouvant nous nourrir en plusieurs autres manieres, il a choysi la plus chere, admirable et aymable, qui est de nous donner en viande sa propre chair.
Que si, par la resurrection, il a delivré son cors des qualités grossieres de passibilité, pesanteur, espesseur et obscurité et autres semblables, si qu'il traversé la piërre (Mt 28,2), est entré les portes fermëes (Jn 20,19 et 26 ; Lc 24,36) (ce qui ne s'est peu faire sans mettre deux cors en un lieu, en sorte que l'un n'en occupast point) ; s'il s'est rendu invisible, impalpable, imperceptible et sans occuper place, pourquoy ne sera il, en ce saint Sacrement, invisible et sans occuper lieu, puysqu'il a .dict qu'il y estoit ? A quel propos rechercherions nous plus en luy les conditions d'un cors mortel et corruptible (1 Co 15,42) ?
VI
EST MONTÉ AUX CIEUX, EST ASSIS A LA DEXTRE DE DIEU LE PERE TOUT PUYSSANT
( Cyril. Liv 4 in Jn 6,62)
Trouverons nous estrange que ce cors vienne reellement et de fait, quoy que surnaturellement, dans les nostres, puysque, plus leger qu'un oyseau, outrepassant toutes les regles d'un cors humain, il est monté sur tous les cieux (Ep 4,10)." Il est assis a la dextre de Dieu le Pere, " sur tous les cieux, ou il n'occupe plus ni lieu ni place ; car, quelle superficie peut environner le cors qui est au pardessus de tout autre cors ? Pourquoy ne sera il bien icy bas sans tenir ni remplir aucun lieu ni aucune place ?
VII
ET DE LA VIENDRA JUGER LES VIVANS ET LES MORTZ
(Basil. Liv 2 de Bapt)
Ainsy, n'estant pas sujet a lieu, ni place, ni pesanteur, il comparoistra en l'air au dernier jour avec ses Saintz, visible a tous les hommes ou qu'ilz soyent.(Mt 24, 27 ; 25, 31 ; Ap 1,7), quoy qu'avec divers effectz ; non sans aussy grand miracle que celuy par lequel il est invisible en ce grand Sacrement.
Et lhors il jugera coulpables de son Cors et de son Sang ceux qui auront mangé et beu indignement ce tant pretieux et adorable Sacrement, pour n'avoir discerné le Cors de Nostre Seigneur (1 Co 11,27).De quelle viande fut il jamais dict que qui la mangeroit indignement estoit coulpable du Cors de Jesuschrist, sinon de celle cy, laquelle estant reellement le Cors de Jesuschrist, rend aussy reellement coulpables d'iceluy ceux qui en abusent et ne le discernent point ? On n'avoit pas rendu un si severe arrest pour la manne et l'aigneau paschal, quoy qu'en iceux on mangeast, par foy et spirituellement, Jesuschrist mesme (1 Co 10,3).
VIII
JE CROY AUSAINT ESPRIT
(S. Jean Damasc. Paroles liv 4, Orthod.Fid. c.13 et 14)
Comme tout ce que Dieu a faict il l'a faict par l'œuvre du Saint Esprit, ainsy maintenant il faict, par l'œuvre du Saint Esprit, ces choses supernaturelles qu'autre que la foy ne peut concevoir. Comme me sera faict cecy, dict la Sainte Vierge, car je ne connois point d' homme ? L'archange Gabriel respond : Le Saint Esprit surviendra en toy et la vertu du Sauverain t'enombrera (Lc 1,34).Et maintenant tu demandes comme le pain sera faict Cors de Jesuschrist ? Et je te respons aussy, moy : Le Saint Esprit enombre et opere ces choses par dessus toute parolle et intelligence.
Le Saint Esprit a dicté les Saintes Escritures (Jn 14, 26 ; 1 Tm 3,16 ; 2 P 1,20 ; Iren. Adv.Haeres. 2,c.28,2) ; eust il mis en icelles des parolles si expresses et vives comme sont celles cy: Cecy est mon cors (Mt 26,26 ; Mc 14,22 ; Chrys hom.60 ad populum Antioch.), si ce n'estoit le vray Cors de Nostre Seigneur ? N'y eust il pas faict mettre quelque declaration de son intention, s'il l'eust eu autre que ces parolles ne portent en leur sens propre et premier ? Et luy, qui est Docteur en l'Eglise, l'eust il1aissëe aller, en un article si important, a l'erreur et mensonge ? l'eust il abandonnée si longuement ?
IX
LA SAINTE EGLISE UNIVERSELLE, LA COMMUNION DES SAINTZ
(S.Leon epist. 23 ad Cler et pleb. Const.)
Et pour vray, comment pourroit on appeller l'Eglise sainte (qui n'est qu'une seule universelle), si elle n'eust maintenu la verité tant en ce faiçt comme es autres, en tous tems, en tous lieux et parmy toutes nations ? Ce qu'elle n'aurait pas faict si le vray Cors de Nostre Seigneur n'estoit en ce Sacrement. . .
Mays y a il plus parfaitte communion des Saintz que celle cy, en laquelle nous sommes tous un pain et un cors, d'autant que nous sommes participans d'un mesme pain qui est descendu du Ciel,vivant et vivifiant (Jn 6,33 sq) ? Et comme mangerions nous tous d'un mesme pain, si ce pain n'estoit le Cors de Jesuschrist ? autant de lieux, autant de pains divers y aurait il. Et si nous ne mangions qu'une mesme viande spirituelle par foy, quelle plus grande communion auroit le Chrestien avec les autres Chrestiens qu'avec les anciens juifz qui mangeoyent aussy Jesuschrist par foy, et par consequent une mesme viande spirituelle (1 Co 10,3)? N'avons nous rien plus qu'eux ?
X
LA REMISSION DES PECHÉS
Seigneur, vous aves dict que vostre Cors et vostre Sang en ce Sacrement estoit donné, rompu, respandu pour plusieurs en remission des pechés (Mt 26,28 ; Lc 22, 19 ; Mc 14, 24 : 1 Co 11,24 ; Chrysost. Hom. 61 ad populum Antioch.in Jn hom 46); ah ! ja n'advienne que je croye qu'autre sang ayt esté respandu et autre cors donné pour la remission de mes pechés que le vostre propre et naturel. Et quoy ? une simple figure et commemoration auroit elle bien ce pouvoir ? Le sang de la genisse respandu, quoy que figure du sang respandu sur la croix, ne sanctifioit que quant a la pureté de la chair ;non, c'est le propre sang de vostre Majesté qui nettoye nos consciences des œuvres mortes, pour servir au Dieu vivant (He 9,13)
XI
LA RESURRECTION DE LA CHAIR
Hé, beny Jesus, quand sera ce qu'en un moment, en un clin d'œil, a la derniere trompette, les mortz resusciteront, et la mesme chair d'un chacun, ja dissipée en cent mille façons, sera reproduitte l'autre foys en chair incorruptible et immortelle (1 Co 15,52) ? Mon Dieu, quelle merveille ! Mays ce pendant, j'admireray chose presque pareille : en un moment, en un clin d' œil, a la trompette de vostre parolle, vostre mesme Cors, qui est assis a la dextre du Pere au Ciel (Mc 16, 19), est en certaine façon reproduit en ce saint Sacrement par tout ou le mistere en est celebré.
Mays, O Seigneur admirable, si un peu de levain faict bien lever toute une grande masse de paste (1 Co 5,6 ; Chryssost. L.3 de sacerd.4 ; Iren. Liv 5,2 ; Cyril. Lv 4 in Jn 4,57 ; Greg Nis.Orat Catech 37), si une blüette de feu suffit pour embraser une mayson, si un grain mis en terre faict fertile la terre et en reproduit tant d'autres, ! combien dois je esperer que vostre beny Cors entrant au mien, la sayson estant venue il le relevera de sa corruption, l'enflammera de sa gloire et le produira immortel, impassible, subtil, agile, resplendissant et assorty de toutes les qualités glorieuses qui se peuvent esperer ! Ceste vigueur ne se peut trouver es figures ; il faut qu'elle parte de la verité de vostre tres pretieux Cors.
XII
LA VIE ETERNELLE
Et de faict, quelle autre viande, O Sauveur, si ce n'est vostre Cors, peut donner la vie eternelle (Jn 6,52)? Il faut un pain vivant pour donner la vie; un pain descendu du Ciel (Jn 6,33) pour donner une vie celeste, un pain qui soit vous mesme, mon Seigneur et mon Dieu, pour donner la vie immortelle, eternelle et perdurable. La manne, quoy que vraye figure de vostre Cors, ne pouvoit pas tant (Jn 6, 49) ; il faut une viande plus solide et moëlleuse, pour une telle vie. Quelle autre y peut estre employee que vous, qui estes vivant es siecles des siecles ? Amen.
FOI SANS DES-CALER [10]
NOTE CRITIQUE
SUR LE TRAITÉ DE LA DÉMONOMANIE
ATTRIBUÉ A SAINT FRANÇOIS DE SALES
L'Apôtre du Chablais a-t-il vraiment écrit un Traité sur la Démonomanie ?
Dans son Histoire du Bien-Heureux François de Sales, Charles-Auguste donne l'indication suivante au n° 138 de la Table des Preuves : " Traicté de la Demonomanie ou des Energumenes, par François de Sales, Prevost de l'Eglise de Geneve. Livre qui n'a pas encore esté mis en lumiere, composé lors qu'il estoit à Tonon pour la conversion des Heretiques, escrit en partie de sa main propre. Nous avons l'original en papier." Et au Livre III de la même Histoire, p. 140, il parle en ces termes de la composition de l'ouvrage : " En ces temps, plusieurs Chablaisiens estoyent tourmentez des malins esprits, et le Bien-heureux François prenoit beaucoup de peine pour les chasser de leurs corps, et de faict les chassoit. " Les " ministres continuoyent à dire que le Papiste estoit un sorcier et magicien ; les autres disoyent que ceste apparence de vexation se faisoit par la force de l'imagination...; d'autres encores, ou nioyent qu'il y eust des diables, ou, s'il y en avoit, qu'ils eussent tant de pouvoir sur les corps humains. Et ce qui aydoit à la continuation de telles meschantes parolles, estoit le pernicieux livre d'un certain qui se disoit medecin de Paris, combattant la puissance des exorcismes, contre le commun sentiment de l'Eglise ; lequel livre, tout remply de calomnies, quoy qu'il eust esté dedié au Roy, monstroit bien par son tiltre l'impieté et tromperie de son autheur. Ce qui fut cause que le Bien-heureux François, voyant que chacun se tenoit en silence, prit la liberté, non pas d'agir, mais de parler ;… et escrivit un livre de la Demonomanie, ou bien des Energumenes, lequel toutesfois il n'a pas mis en lumiere, quoy qu'il soit parfaict ; et ne sçait-on pas pourquoy. " Le biographe donne ensuite les titres des .neuf chapitres de ce Traité et un sommaire de l'ensemble. Il place sa composition avant la controverse, touchant la virginité de Marie, Mère de Dieu, soutenue par notre Saint contre le ministre Viret en 1597. (Voir ci-après, la note des PP. 30, 31.)
Le marquis de Cambis (Vie manuscrite de saint François de Sales, 1762, vol. 1er, p. 245) attribue également l'ouvrage à l'Apôtre du Chablais : " parce que le livre du medecin estoit fort gousté dans le " bailliage, dit-il, " François de Sales se crut en droit d'y répondre. " Le " precis " qu'il en fait est beaucoup plus long que celui de Charles-Auguste.
D'après Grillet (Dictionnaire historique... des départemens du Mont-Blanc et du Léman, Chambéry, 1807, tome III, p. 318), le Traité sur les énergumènes, Mss., 1597, se " conservoit, en 1792 dans les archives de Thorens, ". avec les autres " manuscrits non imprimés de saint François de Sales."
De même que M. de Cambis, les historiens de l'Evêque de Genève n'ont fait que répéter l'assertion de Charles-Auguste ; l'avocat Alibrandi, défendant en Cour de Rome la cause du Doctorat de notre Saint, n'hésita pas à classer ce Traité dans la liste de ses Œuvres ; D. Mackey.lui-même, s'appuyant sur le témoignage du biographe, témoignage irréfragable, lui semblait-il, a maintenu cette opinion dans son Introduction générale (Controv note 84). Quelques passages de la correspondance échangée entre François de Sales et Antoine Favre paraissent la favoriser. Le 16 avril 1596, le premier répond ainsi à une demande du second : " Selon vos désirs, j'écris au R. P. Chérubin au sujet de cette démonomanie" Plusieurs mois après, le 14 janvier 1597, le sénateur dit à son ami : " J'ay remis au Pere Cherubin vostre traitté incontinent que je le vis a Necy apres vous avoir laissé. Jem'asseure qu'il l'aura veu diligemment, car il me le promit, et je sçay qu'il desiroit extremement de le voir. " (L1, note 191). Qu'était ce " traitté " ? s'agit-il ici de celui des Energumènes ? Le savant Bénédictin l'a cru ; mais ne pourrait-on pas voir plutôt dans ces lignes une allusion à quelque partie des Controverses ?
Des objections furent faites, en effet, aux éditeurs, et ceux-ci, au moment de trancher définitivement la question, ont voulu l'étudier de nouveau, l'approfondit davantage. Des preuves que nous allons exposer, se dégagera la conclusion finale.
1. - Charles-Auguste n'est pas un témoin infaillible; ce ne serait pas la première fois qu'il aurait attribué à son saint oncle un écrit qui n'est pas de lui. On a vu (Op 1, note 224), qu'il a indiqué sous son nom, à la Table des Preuves, n° 94. des Memoires rédigés par le P. Chérubin de Maurienne, auxquels il fait de larges emprunts dans son Histoire (liv. II, pp. 120-122). A cette fausse attribution, s'ajoute encore une erreur de date.
2. - Le même biographe. suivi par Cambis, place en 1597 la rédaction du Traité de la Démonomanie, motivée. dit-il, par " le pernicieux livre d'un certain... medecin de Paris... dedié au Roy " Henri IV. Or, ce livre est, sans nul doute, le Discours veritable sur le faict de Marthe Brossier de Romorantin, imprimé à Paris par Mamert Patisson, en 1599 ; il fut, en effet. dédié au Roi, et même écrit sur son ordre ; le privilège est du 13 juillet. L'auteur avait caché son nom, mais on le sait aujourd'hui, grâce à un billet de Henri IV, du " dernier de may 1599 ", à " M. Marescot " Michel, docteur médecin de la Faculté de Paris. (Voir Lettres missives de Henri IV, publiées par Berger de Xivrey, tome V, 1850 pp. 127-129.) Sa Majesté ordonne au destinataire " de faire un discours à vray " de ce qu'il a reconnu en Marthe Brossier et lui enjoint de le faire imprimer. (Cf. Houssaye, M. de Bérulle et les Carmélites de France, Paris, Plon, 1872, chapitres IV, V,et notamment les pp. 166-171.) - Charles-Auguste et M. de Cambis se contredisent donc eux-mêmes quant à la date de la composition du Traité, qu'ils placent en 1597 ; cette composition, ayant suivi l'apparition du Discours veritable de Marescot, ne pouvait être antérieure aux derniers mois de 1599, puisque l'opuscule du médecin dut paraître au plus tôt vers la fin de juillet. Le témoignage du biographe est déjà fort infirmé par cette contradiction ; mais il y a plus.
3. - Habert (La Vie du Cardinal de Berulle, Paris, Camusat et Le Petit, 1646), parlant des ouvrages du fondateur de l'Oratoire, dit : " Le premier a esté celuy de l'Abnegation interieure... En suite on le pressa d'escrire celuy... des Energumenes, pour deffendre, à propos d'une possedée qu'il exorcisoit, la verité des possessions en general...Il est vray que ce traité, qui peut passer pour une merveille d'esprit, de doctrine et d'éloquence, ayant esté imprimé sans nom [11], a esté attribué au Bien-heureux Evesque de Sales... Une copie que M. de Berulle avoit envoyée à ce Bien-heureux Prelat pour luy en demander son sentiment, s'estant trouvée après sa mort parmy ses papiers, avec quelques remarques faites de sa main, donna sujet de croire que l'original estoit à luy... Mais le digne neveu et successeur de ce grand Prelat, M. de Geneve, que nous avons aujourd'huy, ne s'est pas plutost apperceu de cette erreur, que par une lettre escrite au Reverend Pere Gibieuf [12], il a renoncé pour son Bien-heureux Oncle à ce bien qui s'estait trouvé dans sa succession ; il a voulu, pour user de ses propres termes, faire restitution à nostre saint Cardinal pour cet autre Saint, quoy qu'il n'en fust pas besoin entre deux grands hommes à qui toutes choses avaient esté communes par l'amitié. " (Liv. III, chap. XII, pp. 818, 819.) - Ainsi, Charles-Auguste lui-même se serait dédit plusieurs années après la publication de son Histoire du Bien-Heureux François de Sales, parue en 1634.
4. - Aucun déposant aux Procès de Béatification du saint Evêque n'a fait mention du Traité qui nous occupe, plus considérable, cependant, que la Briefve Meditation sur le Symbole et les deux Lettres au ministre Viret dont plusieurs témoins ont parlé. Quelques-uns de ceux-ci, dans leurs dépositions au 2nd Procès de Genève, empruntent parfois leurs témoignages au neveu et successeur du Bienheureux ; leur silence au sujet du livre sur la Démonomanie semble prouver qu'on avait alors reconnu, malgré les affirmations du biographe, que sa composition ne devait pas être attribuée au Serviteur de Dieu.
5. - Si l'on compare le Traicté des Energumenes de M. de Bérulle avec l'analyse détaillée que M. de Cambis donne de l'ouvrage qu'il croyait être de notre Saint, on y retrouve absolument les mêmes divisions et le même ordre de pensées. (Voir Œuvres complètes de de Bérulle publiées par l'abbé Migne, Paris, 1856, tome unique, col. 835-874.)
De tout ce qui précède on doit conclure que l'hypothèse émise par D. Mackey dans la note indiquée plus haut ne peut plus être soutenue et qu'il faut penser tout le contraire ; au lieu de céder à M. de Bérulle un écrit sorti de sa plume, saint François de Sales reçut de lui le Traité qu'il venait de composer. Cela concorde parfaitement avec la déposition de des Hayes citée par le savant Bénédictin (Controv note 6) : En l'annee mil six cens, ayant a passer dans la ville de Necy, quantité de personnes me donnerent des lettres et des livres pour luy ; entre aultres, un docte Traicté des Energumenes, composé par monsieur de Berulle. D (Process. remiss. Parisiensis, ad art. 1.) La première partie de l'ouvrage avait été imprimée l'année précédente ; la seconde ne le fut jamais. Est-ce le manuscrit de celle-ci et un exemplaire de celle-là que l'auteur fit parvenir à notre Saint, ou bien le manuscrit complet de l'une et de l'autre ? On ne saurait le dire ; Charles-Auguste, nous l'avons vu, le désigne ainsi : " Livre... escrit en partie de sa main propre, " et parle d'un " original ". D. Habert l'appelle " une copie ", ce qui pourrait s'entendre aussi d'un imprimé, puisqu'au XVIIe siècle ce mot était fréquemment employé pour exemplaire. Grillet le classe parmi les manuscrits, et ajoute qu'il portait la date de 1597. Cette date fut sans doute mise au dos de la pièce par Charles-Auguste, comme il l'a fait pour d'autres documents qu'il a cotés, non sans commettre parfois quelques erreurs.
On pourrait objecter, au sujet de l'envoi fait par Pierre de Bérulle.à François de Sales : Se connaissaient-ils déjà en 1600 ? leurs relations ne datent-elles pas de 1602 ? - L'on ne rencontre, en effet, aucune trace de relations antérieures ; Bérulle était de huit ans plus jeune que notre Saint, et quand il entra au collège de Clermont, le gentilhomme savoyard avait quitté Paris. Toutefois, la conversion très récente du Chablais dut porter jusque dans la capitale le nom de l'Apôtre ; sa Briefve Meditation sur le Symbole y avait été réimprimée par Binet en 1598, la Defense de l'Estendart de la sainte Croix venait de paraître à Lyon (1600) : dès lors, rien d'étonnant que M. de Bérulle ait eu la pensée d'envoyer son Traité à . M. le Prevost de Sales» pour luy en de mander son sentiment. "
La question reste donc désormais tranchée : saint François de Sales n'est pas l'auteur du Traité des Energumenes : et lors même qu'il aurait, en 1597, composé un petit écrit touchant les possessions diaboliques, si fréquentes en Chablais à cette époque, le sommaire qu'en donnent Charles-Auguste et Cambis n'est certainement pas celui de cet écrit, mais bien celui de l'ouvrage de Pierre de Bérulle, puisqu'on y retrouve le même nombre de chapitres et les mêmes divisions.
VI
LETTRE AU MINISTRE LOUlS VIRET EN RÉPONSE A SES ATTAQUES CONTRE LA
VIRGINITÉ DE MARIE MÈRE DE DIEU [13]
(INEDITE)
[Mai ou juin ?] 1597.
Monsieur,
Les raysons que vous produyses contre ma Consideration sur le Symbole establissant tousjours tant plus sa verité par les fausetés sur lesquelles elles sont fondëes, prenes a gré, je vous prie, que je les vous monstre.
Voyci l'une de vos propositions : Estre faict de la semence de la femme, porté en son ventre l'espace accous tumé, estre nourry de sa propre substance, n'est pas estre faict outre tout ordre de nature. - Je dis que si, par le nom de femme, vous entendes une femme qui aye eu accointance d'homme, vous parles bien ; mays vostre assumption, par laquelle vous dites Jesuschrist avoir esté faict ainsy, est un blaspheme. Que si vous entendes, par le mot de femme, quelque femme que ce soit, quoy que vierge, vostre assumption sera vraye, mays vostre premiere proposition sera tres inepte ; car estre faict de la semence d'une vierge, estre porté en son ventre, quoy que l'espace accoustumé, estre nourry de son laict et substance, sont choses outre tout ordre de nature. Si donques il est dict a la Vierge : Tuconcevras et enfanteras (Lc 1,31), il est dict aussy cela devoir estre faict outre l'ordre de nature, par les paroles suyvantes : Le Saint Esprit surviendra en toy (Lc 1,35), et cretera. C'est outre l'ordre de nature que la semence de la femme vierge brise la teste du serpent (Gn 3,15) ; c'est encor outre l'ordre de nature que Nostre Seigneur soit descendu d'Abraham et de David (Mt 1,1) sans aucune œuvre virile. Quant au terme qu'il a demeuré au ventre de sa Mere, supposé la virginité d'icelle, c'est tousjours outre l'ordre de nature ; et neantmoins je n'ay point parlé de ce terme en ma Consideration, ni aussy n'ay point dict quil soit creu outre l'ordre naturel, mays seulement qu'il a esté faict outre iceluy.
La proposition de saint Pol (He 4,15), que Jesuschrist a esté faict semblable a nous en tout et par tout, hormis le péché, n'est veritable au sens que vous la proposes contre l'intention de l'autheur, car voyci des instances inevitables : Jesuschrist a esté jaict en tout et par tout semblable a nous ; nous ne sommes point nés d'une vierge, ne marchons dessus les eaux (Mt 14,25 ; Mc 6,48 ; Jn 6,19), n'entrons pas en aucun lieu les portes fermëes (Jn 20,19): donques, ni Jesuschrist. Qui ne voit ceste absurdité ? Il faut donques entendre la generale proposition de saint Pol avec ces deux declarations : l'une, que Nostre Seigneur a esté faict semblable a nous, mays non pas en semblable façon ; car il a esté faict par l'operation surnaturelle du Saint Esprit, et nous par l'operation naturelle de l'homme. La seconde, qu'il a esté semblable a nous, non pour demeurer ainsy perpetuellement, mays pour endurer et souffrir, ayant parfois monstré qu'il n'estait suject a demeurer en la condition de ceste nostre mortalité et infirmité, marchant sur les eaux, jeusnant quarante jours (Mt 4,2), se transfigurant (Mt 17,2), sortant du sepulchre (Mt 28,2), entrant les portes fermëes. Il a esté donq faict semblable a nous, mays non pas sinon pendant quil luy a pleu.
Cependant, la piece que vous attaques de ceste mienne Consideration n'est pas mienne, mays de saint Ambroyse, lequel vous attaques sous mon nom : " Liquet igitur, " ce dict il (De myster. c.9), " quod praeter naturae ordinem Virgo generavit, et hoc quod conficimus corpus ex Virgine est ; quid hic quaeris naturae ordinem in Christi corpore, eum praeter naturam sit ipse Dominus Jesus partus ex Virgine ? " Voyla mon garand, duquel la citation est a la marge (n° III p.14).; mays peut estre que la chaleur du desir de reprendre vous aura empesché de la voir.
Vostre second argument est faict en ceste sorte : Tout cors humain occupe place ; le cors de Jesuchrist est cors humain, ergo le cors de Jesuschrist occupe place. - Si, en la premiere proposition, vous entendes du cors humain selon l'ordinayre de la nature, vous parles bien ; si vous entendes du cors humain eslevé et assisté par la vertu divine, vous parles mal, car l'instance est inevitable en la sortie de Jesuschrist du ventre de sa Mere et du sepulchre, et a l'entrée qu'il fit les portes fermëes. Et vostre argument ne vaut non plus que celuy ci : Tout cors humain est faict de l'accointance de l'homme a la femme ; le cors de Jesuschrist est cors humain, donques il est faict par l'accointance. La faute gist en ce que en la premiere proposition il est parlé du cors humain qui n'a rien outre le naturel ; en la seconde il est parlé d'un cors humàin qui a beaucoup de surnaturel.
Quand vous dites que si le cors de Nostre Seigneur n'occupa point de place sortant du ventre de sa Mere, il n'en occupa donques point estant dans iceluy, d'autant que la virginité n'est non plus lezee par l'un que par l'autre, il semble que vous ne consideries pas bien en quoy gist la parfaitte virginité. Or, tous les medecins, philosophes, jurisconsultes et bons theologiens establissent la perfection de la virginité corporelle en deux choses : l'une est l'integrité des parties naturelles genitales ; l'autre, a n'avoir jamais eu connoissance d'homme : d'ou sont sorties les loix de ventre inspiciendo (Digest 25,4). Si donques la Sainte Vierge fut ouverte en l'enfantement, elle ne demeura plus vierge en sa perfection. Mays quant a avoir le ventre gros et remply de l'enfant, pourveu qu'il n'y ayt aucune ouverture ni fraction au ventre, n'est point contrayre a la perfection de la virginité ; et partant, Nostre Seigneur occupoit place dans le ventre de sa Mere, d'autant que cela ne violoit son integrité, et n'en occupa point en sortant, pour ne la point violer. Or, qu'il soit ainsy, Isaïe le monstre asses (Is 7,14), cottant pour chose insigne, que celle qui concevroit vierge, enfanteroit vierge. Ce n'eust pas esté chose rare d'enfanter vierge apres avoir conceu vierge, si elle eust enfanté avec ouverture a la façon des autres ; de quoy eust il servy de noter si particulierement la virginité de ceste Mere en l'enfantement, s'il n'y eust rien eu de singulier et extraordinaire ?
Certes, Siricius [14] et saint Ambroyse, en l'epistre 80 et 81 (Al 42 ; P.L. 16,1125) tiennent pour haeresie ce que vous dites de la Vierge ; et saint Augustin, parlant de Jovinien en l'Haeresie 82 (Liv De Haeresibus) ad Quodvultdeus, dict en ceste sorte : " Virginitatem Mariae destruebat, dicens eam pariendo fuisse corruptam. " Et tout au commencement du Livre premier contre Julien, Pelagien (ch 2) : " Hoc de Manichaeorum nomine et crimine faciebat etiam Jovinianus, negans Mariae sanctae virginitatem, quae fuerat dum conciperet, permansisse dum pareret : tanquam Christum cum Manichaeis phantasma crederemus, si Matris incorrupta virginitate diceremus exortum. Sed in adjutorio ipsius Salvatoris, sicut spreverunt Catholici velut acutissimum quod Jovinianus exseruerat argumentum, et nec sanctam Mariam pariendo fuisse corruptam, nec Dominum fuisse phantasma crediderunt, sed et illam virginem mansisse post partum, et ex illa tamen verum Christi corpus exortum, sic " spreverunt " vestra calumniosa vaniloquia. " Et quelle virginité pouvoit nier Jovinien estre en la Vierge en l'enfantement, sinon celle que vous nies ? Et quelle autre corruption y pouvait il mettre que celle que vous y mettes ? car de mettre en l'enfant la corruption qui se faict par l'accointance de l'homme, c'est une chose inintelligible. Parlant donques a Jovinien, je parle a vous.
Saint Augustin, en l'epistre ad Dardanum (Ep. 187,c.4,§13,14 ; c.6,§18), parle des cors selon l'ordre naturel, monstrant qu'ilz dependent du lieu et de la place ; et qu'au contrayre, la nature divine ne depend d'aucun lieu ni place, ains conserve tous les lieux et toutes les places. Mays quand il parle en particulier du cors de Jesuschrist, disant qu'il est " in aliquo caeli loco propter veri corporis modum (ch 12,41), " conforme au dire de saint. Pierre (Ac 2,30), il ne faict rien contre nous, car les bons entendeurs sçavent qu'il y a difference entre estre en un lieu, et occuper un lieu ou place ; tesmoins les Anges et les ames. Saint Augustin donques, en ceste epistre, combat les Ubiquitaires qui disent le cors de Nostre Seigneur estre par tout, et non les Catholiques qui confessent qu'il est en certains lieux, quoy que sans occuper lieu, a la façon des espritz ; ainsy qu'il penetra dedans la salle, les portes estans fermëes. Miracle lequel saint Augustin compare a la sortie que Nostre Seigneur fit du ventre de sa Mere (ep. 3. ad Volusianum, Al 137, c.2 §8)), en ceste sorte : " Ipsa virtus per inviolatae Matris virginea viscera, membra infantis eduxit, quae postea per clausa ostia membra juvenis introduxit. Demus Deum aliquid posse, quod nos fateamur investigari non posse. ln talibus rebus tota ratio facti est potentia facientis. "
Vous opposes le passage (Lc 2,23) : Tout masle ouvrant, la matrice, sera appellé saint au Seigneur. Mays en ce lieu la, ouvrir la matrice ne veut dire autre qu'estre conceu ; ainsy est il dict (Gn 30,22 ; 29,31) que le Seigneur ouvrit la matrice de Rachel et Lia long tems apres qu'elles furent desfleurëes, lhors qu'elles conceurent des enfans. Adjoustes que ces loix, selon leur rigueur, ne touchent point a Nostre Seigneur qui n'y avoit aucune obligation ; mays il s'y est sousmis, parce qu'en apparence et selon la commune estimation des hommes il y sembloit estre obligé. Ceste loy donques est observëe par ses parens (Lc 2,22), parce qu'il estoit estimé né comme les autres. Saint Augustin declaire cecy en ceste sorte, Qurest. 40. in Leviticum (in Heptateuchum, ; liv 3 in Levitic. Quaest.40 § 4): " Tale aliquid nato ex Virgine Domino " facerent, " magis propter consuetudinem [Legis] quam propter necessitatem. Sic enim baptizari etiam ipse dignatus est baptismo Joannis (Mt 3,13), qui. erat baptismus pœnitentiae in remissionem peccatorum (Mc 1,4 ; Lc 3,3), quamvis nullum haberet " ipse " peccatum " (1 Jn3,5).
Quand Nostre Seigneur s'esvanouït devant les deux disciples (en S. Luc, 24, verset 31), ne se rendit il pas invisible et imperceptible ? Item, se representant au milieu des Disciples, n'entra il pas imperceptiblement, impalpablement et sans occuper place ? puysque, comme dict saint Jan, chap. 20, verset 19, il entra les portes fermëes. Et de faict, son entrëe fut tant esloignëe de la façon naturelle des choses; que, comme dict saint Luc, chap. 24, verset 36, [37], les Disciples pensoyent voir un esprit ou fantosme. Et le dire de Nostre Seigneur : Touches et voyes (Lc 24,39)n'y est point contrayre ; car je ne dis pas que Nostre Seigneur fut tousjours invisible et imperceptible, mays confesse que, comme il a esté visible et perceptible, il a aussy esté invisible et imperceptible quand il luy a pleu : l'un n'empeschoit point l'autre, non plus que d'estre mortel et immortel en divers tems. Le " tangere vel tangi nisi corpus, nulla potest res [15], " n'est pas a propos, car on ne dict pas qu'autre que le cors soit palpable, mais on dict que le cors peut estre parfois impalpable.
Au reste, Monsieur, consideres, je vous prie, si vos raysons sont telles et vos consequences si fortes que, sans autre jugement de l'Eglise, il fallust appeller ma Consideration haeretique. Certes, c'est chose bien aysëe de trouver des difficultés es misteres de nostre sainte foy, mays cela ne suffit pas pour les rejetter. Ce pendant, prenes garde qu'admettant ouverture au ventre de la Vierge, vous vous rendes coulpable de l'hœresie de Jovinien et que, nous accusant de nier la verité du cors de Nostre Seigneur, vous ne faites rien que ce qui a esté faict contre les plus anciens Catholiques, ainsy que tesmoigne saint Augustin (ubi supra). La rayson humaine a bien tousjours dequoy debattre contre la foy, mays elle n'a pas asses dequoy l'abbattre.
Si vous n'aves les livres que je cite, venes, et je les vous ferav voir, et peut estre vous leveront ilz la honte de vous repentir quand vous verres de n'avoir pas tant contredit a ma Consideration qu'a la doctrine de l'ancienne Eglise.
Je m'offre du tout a vous pour estre, Monsieur,
Vostre tres humble serviteur selon Dieu,
FRANÇs DE SALES.
Revu sur le texte inséré dans le 1er et le 2nd Procès de Canonisation.
VII
AUTRE LETTRE AU MÊME, SUR LE MÊME SUJET
(INEDITE)
[Mai ou juin ?] 1597.
Monsieur, [16]
J'ay cecy a dire sur vos repliques. Vous confesses en fin que la conception de Nostre Seigneur est surnaturelle ; donques, il a esté conceu surnaturellement et outre tout ordre de nature. Or, estre conceu c'est estre faict ; donques, il a esté faict outre l'ordre de nature. C'est ce que vous aves nié formellement en vostre premier escrit.
Jamais, selon l'ordre naturel, enfant ne fut faict de la semence d'une vierge ; ni porté au ventre d'une vierge, ni nourry au ventre d'urie vierge ; c'est la rayson pour laquelle je dis que cela est outre tout ordre naturel. Ce que faisant, je ne destruis aucunement la verité de l'humanité de Nostre Seigneur, quoy que vous en puyssies imaginer, non plus que d'Adam, qui futfaict et produit outre tout ordre naturel. Les bons entendeurs sçavent que la diversité de la production des choses ne destruit point leur substance. Aussy n'ay je jamais dict que Nostre Seigneur n'aye un cors naturel aussy bien qu'Adam et Eve, quoy que je nie que aucun d'iceux art esté faict selon l'ordre de nature. D'ou s'ensuit que Nostre Seigneur est reellement la semence de la femme, d'Abraham et David, mays tout cela n'a point esté faict selon l'ordre naturel, mays selon la vertu d'En Haut (Lc 1,35). Et quand l'Escriture (Mt 1,1 ; Rm 1,3) dict que Nostre Seigneur est descendu d'Abraham et de David selon [la] chair, ce n'est pas a dire selon l'ordre naturel, mais selon la nature humaine, d'autant que selon la divine il n'est filz d'Abraham ni de David. Le sens de. ceste parolle, selon la chair, c'est a dire, [d'après vous,] " selon l'ordre naturel, " est infiniment absurde, puysque la conception, qui est le fondement de tout le reste, est purement surnaturelle.
Ce n'est pas aussy un argument a causa non clausa de dire que la virginité, pour estre en sa perfection, consiste en deux choses : l'une, l'integrité des parties genitales ; l'autre, n'avoir jamais eu connoissance d'homme. Or, la Vierge a esté, vierge en perfection ; donques, elle a eu l'un et l'autre. Vous ne refutes point les confirmations que j'ay produittes a ce mien dire, mais seulement persistes a vostre premiere proposition ; j'attendray donques que vous y respondies, avant qu'en alleguer d'autres, s'il y eschoit.
Naistre d'une Vierge, marcher sur les eaux (vide supra), entrer les portes fermëes, ne destruit point la nature humaine de Jesuschrist, qui ne laisse pour cela d'avoir un tres vray cors humain et naturel, non plus que saint Pierre (Mt 14,29). Mais cela destruit bien la consequence que vous tiries de saint Pol (supra), disant Jesuschrist avoir esté faict semblable en tout et par tout a nous, hormis le peché, dont vous faisies conclusion : donques il n'a pas esté faict outre l'ordre naturel ; car ces instances monstrent evidemment quil faut entendre le texte de saint Pol comme je vous ay declairé.
Je ne sçay a qui autre qu'a vous, puysque vous le voules ainsy, il pourroit sembler que j'aye jamais attribué a Nostre Seigneur un cors phantastique, Jovinien en reprocha autant aux Catholiques de son tems, comme saint Augustin vous a tesmoigné (supra) ; il n'en estoit rien pour tout cela. Je dis donques que, quant a sa substance, le cors de Nostre Seigneur est vrayement humain ; mais que, quant a ses operations et qualités, il est bien different maintenant des nostres, et l'a esté parfois pendant quil estoit icy bas : je l'ay asses prouvé, et ny a point de responce ni replique vallable contre ceste verité. Et si, n'estime qu'un cors semblable aux nostres ne puisse entrer les portes fermëes, et cœt: ; mays je dis que lhors que cela se feroit, il ne seroit plus semblable aux nostres en cela. L'Apostre met si clairement difference entre un cors reel, vray et humain, mais mortel et animal ou charnel, et ce mesme cors reel, vray et humain, mais immortel et spirituel, que, a qui le considerera, il ny a plus moyen de resister. - (1 Cor 15,44). Ce n'est cependant qu'un mesme cors en substance, mais different en qualités ; ainsy dis je que Nostre Seigneur n'a eu qu'un seul cors, vray, reel, humain, mais qui a eu des grandes diversités de qualités naturelles et surnaturelles. Il jeusne 40 jours surnaturellement, il a faim (Mt 4,2)naturellement ; il est conceu d'une Vierge et né d'une Vierge surnaturellement, il pleure (Lc 19,41 ; Jn 11,35), dort (Mt 8,24 ; Mc 4,38) et mange (Mt 11,19 ; Lc 14,1-15,2) naturellement; il marche sur les eaux surnaturellement, il marche parmi Hierusalem naturellement; il est transfiguré surnaturellement (supra), il est en la table naturellement. Confessons donq qu'estant vray Dieu et vray homme, il a peu sortir son cors du sepulchre, entrer les portes fermëes, sortir d'une Vierge sans ouverture, estre en plusieurs lieux et sans occuper place, sans que pour cela il laisse d'avoir un tres vray et reel cors humain, composé d'os, de chair et de sang (Lc 24, 39) : autant possible l'un que l'autre a Celuy auquel rien n'est impossible (Lc 1,37).
Ma these, que vous appelles, ne dict sinon que le cors de Nostre Seigneur a esté faict outre tout ordre de nature. Je croys que l'homme est faict quand il est conceu ; le reste s'appelle croistre et perfectionner. Mon garand (S.Amb. supra) en avoit dict de mesme, ains bien plus, car le mot de partus ex Virgine se peut entendre non seulement de la conception, mays de toutes les autres actions ou entremises necessaires a la parfaitte disposiition d'un filz : qui me faict tant plus croire que quelque chaleur, ou du desir de reprendre, ou du zele sans science,(Rm 10,2)vous a empesché de considerer que vous enveloppies dans vostre censure mon garand avec moy, pensant peut estre vous opposer a quelque absurdité.
N'occuper point de place n'est aucunement contraire a la nature d'un vray cors humain, mais c'est bien sur et outre la nature; et partant, un vray cors naturel humain, estant eslevé et assisté par la vertu divine, peut n'occuper point de place : vous ne prouveres jamais le contraire. Or, saint Pierre, assisté de la vertu divine, marchoit sur les eaux(supra), et neanmoins occupoit place ; aussi ne dis je pas qu'un cors eslevé par la vertu divine n'ayt jamais occupé place, mays seulement quil peut estre sans l'occuper, a sçavoir estant assisté et eslevé a cest effect, qui n'est aucunement possible.
Mes instances ne m'ont point esté niëes cy devant, sinon celles de la sortie du ventre de la Mere, laquelle j'avois tellement prouvée que je la pouvois bien reproduyre ; et de faict, vous n'aves aussi rien respondu a mes preuves, sinon par simples négatives qui vous sont fort aysëes. Et quand vous me dites que peto principium, vous me faites juger que vous me çroyes du tout ignorant a la maniere de raysonner, comme si je ne sçavois pas que petitio principii est argumentantis, non respondentis : or, je suis respondant. Vous attaques mes theses ; demeurer en son principe est vice a vous, mays non pas a moy. Or, vous le faites avec ces repetitions : " Le cors humain doit occuper place, le cors qui n'occupe place n'est pas naturel ; si le cors de Nostre Seigneur n'occupe place, il est phantastique. "
Quant au renversement, que vous appelles, de mon argument, vous n'aves que faire d'y employer vostre tems, car je confesse qu'il ne vaut rien. Pour bien respondre, il failloit monstrer que le vostre, vaut mieux, car c'est cela. que je nie ; et de faict, comme vous accommodes le mien, j'accommoderay les vostres.
Le. cors de Nostre Seigneur est cors humain ; le cors de Nostre Seigneur n'a pas tousjours occupé place, donques tout cors humain n'occupe pas tous jours place. Il y a donques plusieurs choses surnaturelles au cors de Nostre Seigneur, particulierement maintenant qui! est triomphant ; et si ne laisse pas d'avoir esté faict en tout et par tout semblable aux nostres, quoy quil n'ayt pas tousjours demeuré en mesme façon. .
Il n'est vrayement pas necessaire que copula et partus concurrat ad violationem virginitatis, car l'un des deux suffit ; qui est ce que je dis, et que les .Anciens ont soustenu contre Jovinien (S.Aug.liv1 contra Julianum § 4 ; De Haeres.82 ; Tractatus 121 in Jn § 4 – S.Hier. Dial.adv Pelagianos liv 2 § 4 ; Adv Jovionian liv 1 § 31 ; Contra Helvid cc.1,2,4 – S.Amb De Inst. Virginum cc.5,7,8). Et bien que l'un viole plus que l'autre, si est ce que l'un et l'autre repugne a la perfection de la virginité de la Vierge Marie ; je craindray donques tousjours de dire et de penser que Nostre Seigneur ayt ouvert le ventre de sa Mere, et par consequent quil ayt occupé place, d'autant que c'est une proposition condamnée pour haeretique de l'ancienneté.
Et quand a advoüer que la Mere de Dieu soit vierge pour n'avoir point eu connoissance d'homme, cela ne me suffit pas, puysqu'il ne suffit pas aux Anciens pour ne tenir Jovinien haeretique.
Je ne vous fais donques point de tort de vous attribuer l'erreur de ceux qui ont dict la Vierge avoir esté corrompue en l'enfantement, quoy que sans aucune connoissance d'homme ; car, quelle autre corruption ont ilz peu mettre en l'enfantement que celle que vous y mettes ? et dequoy est ce que les anciens Peres les ont repris que de ce dont je vous reprens ? Si vous ne quittes l'erreur de Jovinien, je ne quitteray point les reprehensions de saint Ambroyse, saint Hierosme et saint Augustin. Vous aves beau advancer le mot de virginité, si vous n'en accordes le double effect ; vous seres haeretique en effect, si vous adjoustes l'opiniastreté a l'erreur.
Ceux qui attribuent un cors aeré a Nostre Seigneur pour nier quil occupe place, sont fondés en l'air ; mays ceux qui, luy attribuans un cors reel, naturel et vrayement humain, dient que nonobstant ce il n'occupe point place quand et ou il luy plaist, sont fondés en l'Escriture et toute puyssance de Dieu. Ceux qui veulent le cors de Jesuschrist estre en plusieurs lieux sont autant esloignés de ceux qui le veulent estre par tout ou Dieu est : comme il y a difference entre le tout et une petite partie, entre le fini et l'infini. Les bons entendeurs sçavent cela.
Nous sçavons fort bien les fondemens pretenduz de l'Escriture, des Brentiens et autres reformés Ubiquitaires, a la façon de les combattre. Il me semble, si je sçay lire, que vous dites que les deux natures sont unies ensemble en une mesme hipostase, κοινωνιαν. Si cela est, c'est parler de la theologie en clerc d'armes. Jevous dirois pourquoy si je vous voyois, mays je n'ay loysir d'escrire ; aussy est ce hors nostre propos.
Vous prenes et reprenes le principe quand vous finisses disant, que c'est oster la verité du cors de dire quil n'occupe place. Jel'ay nié, je le nie. Vous ne le sçauries prouver, et moins encor vous eschapper de la force des authorités des Peres que j'ay cité, qui font droitement contre vous, nonobstant ce que vous dites quilz font contre moy ; ce qui vous est autant aysé a dire qu'impossible a prouver. Mays c'est l'ordinayre des vostres de nous imposer des opinions que nous detestons infiniment, comm'est celle ci, d'un cors phantastique en Nostre Seigneur et de l'ubiquité. C'estpour se bailler beau jeu en leurs accusations, lesquelles autrement seroyent impertinentes. Vous aves veu que Jovinien et Julien, Pelagien, en faisoyent de mesme, tesmoin saint Augustin (supra) ; mais ce ne sont sinon " calumniosa vaniloquia. " C'est chose claire qu'en l'Escriture : tunc Deus aperit vulvam mulieribus cum concipiunt, et concludit cum steriles sunt, ut sint virum expertœ. Ainsy est il dict d'Anne (1 R 1,5), que Dominus concluserat vulvam ejus, non pas certes a l'endroit du mary, cui salis aperta erat, mais eo quod non conciperet. Quant a ce que vous dites, que non fœtus aperit vulvam, sed genitor, je confesse que et l'un et l'autre aperit, et quidem pater primo ; mays je dis que, selon le stile des Escritures, aperiri vulva tunc dicitur cum mulier concipit. Et ne sçauries prouver qu'en saint Luc (2,23) ces. phrases soyent dites de l'enfantement, plustost que de la conception.
Quand a l'observation de la Loy (Lc 2,22), argumentum hoc non est extra rem, car je dis que si bien Nostre Seigneur non aperuisset vulvam, neanmoins ceste Loy luy compete, non ex rei veritate, sed ex communi hominum existimatione ; lesquelz tenoyent que more aliorum conceptus et natus esset, unde etsi ea Lege non teneretur, eam tamen adimplevit, non tam " propter necessitatem " quam " propter consuetudinem " (S.Aug supra). Et quant a la pleige quil avoit prise pour nous, il s'en acquitte en sa Passion, et tres abundamment.
Qui a jamais dict que, quod repente Christus ab oculis discipulorum evanuit (Lc 24,31), fuerit umbrae aut phantasmatis ? Imo sane virtus Dei est quae corpora, etiam solidissima et humana, oculis mortalium eripit, et les rend invisibles pro tempore, comm'il luy plaist : ainsy fit il quand, transiens per medium eorum, ibat (Lc 4,30).
Quant a son entrëe januis clausis, vous n'aves aucunement respondu. Ou il occupa place, ou il n'en occupa point. Si vous dites quil occupa place, vous gastes l'Escriture ; si vous dites quil n'en occupa point, vous gastes vostre generale proposition, laquelle, a la verité, n'est ni de l'Escriture ni de la Theologie, mais de vostre imagination. Estre parfois impalpable et invisible, ce n'est pas n'estre point cors parfois, mais seulement avoir des qualités surnaturelles ; non plus qu'estre immortel ou cors spirituel, comme parle saint Pol (1 Co 15;41;supra), n'est pas n'estre point cors, mais estre cors accompaigné de conditions spirituelles et glorieuses.
Et me croyes aussy, Monsieur, que le seul honneur que je porte a la verité de l'Evangile, a l'ancienne Eglise de Nostre Seigneur, qui est la colomne et fermeté de verité (1 Tm 3,15), et le desir de voir ceux qui ont presté le serment a Jesuschrist au Baptesme rëunis en la mayson de leur Pere, delaquelle i1z se sont sequestrés et hors laquelle neanmoins ilz ne peuvent que se perdre, me faict courir apres toutes sortes de travaux et difficultés, esperant.que incrementum dabit Deus (1 Co 3,6).Plus donques je m'oppose a vous en cest endroit, plus je suis, et de vous et de tous les autres,
Monsieur,
Tres humble serviteur selon Dieu
FRANÇs DE SALES.
Revu sur l'original indiqué ci-dessus note 16.
VIII
DEMANDES
AUX MINISTRES DE LA PRETENDUE RÈLIGION REFORMEE
SUR LEUR DOCTRINE TOUCHANT LA CENE [17]
[Avril-juin] 1598
1
Le saint mistere de l'Eucharistie ne fut onques appellé Cene en la Sainte Escriture. Au contraire, saint Pol tesmoigne expressement qu'il fut institué apres la cene (1 Co 11,25 ; Lc 22,20). Pourquoy donques est ce que ces pretenduz reformateurs ont laissé les anciens et accoustumés noms de ce Sacrement pour luy imposer celuy de Gene ? Ne monstrent ilz pas en cela un' extreme affectation de nouveauté ? Que s'ilz estiment que saint Pol aye employé le mot de cene pour signifier l'Eucharistie, quand il reproche aux Corinthiens la façon de faire leurs cenes (1 Co 11,20), ne sont ilz pas ineptes ? veu, que l'Apostre declaire (1 Co 11,21) qu'il parle d'une cene en laquelle on s'enyvroit, ou s'avançoit on de manger son souper en particulier, [que] les riches en avoyent plus que les pauvres, et qu'on pouvoit faire chacun chez soy : ce qui ne peut arriver en la manducation de la sacree viande.
II
Les Apostres ayans connoissance des langages de tous les coins du monde ou ilz ont conversé, qui sont en grand nombre et fort divers, n'ont toutesfois laissé l'ordre et façon de celebrer l'Eucharistie qu'en troys langages au plus [18]. Pourquoy donques est ce, et " par quelle authorité, que les ministres l'ont produit a leurs gens en tant de differens langages, difformes, desreglés et bastars ? Ont ilz eu plus de soin et de charité vers les peuples que les Apostres ?
III
Nostre Seigneur proteste qu'il ayme les petitz enfans, veut qu'on les laisse venir a luy (Mt 19,14 ; Mc 10,14 ; Lc 18,16), ains dict que qui n'est semblable a eux n'est sortable au Royaume des cieux (Mt 18,3). Pourquoy donq. est ce que les ministres leur refusent la Cene et l'accordent aux femmes, que l'Escriture n'appelle point ? notamment s'il est vray ce que Calvin escrit au milieu du § 33. du chap. 17. de son Livre 4 des Institutions, que le 6e chap. de saint Jan ne traitte point " du manger sacramental " du cors de Jesuschrist. Quel rideau pourront ilz tirer pour voyler ceste acception de personnes, preferans, en l'usage de ce Sacrement, les femmes aux petitz et innocens enfans, sinon qu'ilz ayent recours a la sainte Tradition ?
IIII
Saint Luc descouvre tres clairement (Lc 22,18) que ces parolles de Nostre Seigneur : Je ne boyray du fruict de la vigne jusqu'a ce que le Royaume de Dieu soit venu, furent dittes sur autre subject que celuy de la sainte Eucharistie, quoy qu'elles soyent rapportëes apres le recit de l'institution d'icelle, par saint Matthieu (Mt 26,29) et saint Marc (Mc 14,23). Quelle asseurance donques peuvent avoir les ministres, qu'il faille.employer, en l'usage du calice, le vin pur plustost que l'eau, ou la cervoise, ou le vin attrempé par l'eau ? Si cela revient plus a leur goust, si n'est il pas pourtant plus commandé en l'Escriture. Pourquoy ont ilz, en cest endroit, violé l'ancienne tradition de l'Eglise sans avoir aucune parole de Dieu a garand ?
V
L'Evangile porte expressement que Nostre Seigneur, donnant ce saint Sacrement, dict : Cecy est mon cors, cecy est mon sang, et commanda qu'on fist ce qu'il avoit faict. (Mt 26,26 ; Mc 14,22 ; Lc 22,19) Puys donq qu'il dict ces sacrosaintes parolles a mesme qu'il presentoit ceste sainte viande, pourquoy est ce que les ministres baillent leur Cene sans les dire, se contentans de les dire avant la communication ? Que ne font ilz ce que Nostre Seigneur fit, ou que ne confessent ilz qu'ilz ne le font ni veulent faire !
VI
Puysque nul. autre Sacrement au Viel ni au Nouveau Testament, voire ni aucun sacrifice ni ceremonie n'ont jamais esté institués avec parolles figurëes, comme peut estre que ce tres grand et, sur tous les autres misteres de la religion chrestienne, principal Sacrement du Cors de Jesuschrist, ayt esté institué par un parler figuré, comme vous dites ? Au lieu qu'il est escrit : Cecy est mon cors, vous voules gloser : " Cecy signifie mon cors. " (Controv. II,8,3). Dieu commanda aux Israëlites de se circoncire (Gn 17,10 ; Lev 12,3) : c'estoit un commandement un peu difficile ; toutesfois on le prend tout simplement, sans l'eluder et divertir par figures et metaphores. Il commande l'immolation et manducation de l'aigneau (Ex 12,3) ; il ordonne les oblations de plusieurs animaux.(Lev 1-7) ; il commande le Baptesme aux Apostres (Mt 28,19 ; Mc 16, 15) : toutes ces choses sont entendues comme sonne la lettre, on n'a point de recours aux figures. Et quand il a dit : Cecy est mon cors, vous y alles inventer un significat pour est ; une figure pour cacher ceste verité si claire !
VII
Pourquoy vous couvres vous du dire de saint Augustin (liv 3 de Doct.christ. 16) disant, qu'es choses absurdes et mal sonnantes, il faut recourir aux figures ? et pour ce, vous dittes les paroles de Nostre Seigneur en la cene devoir seulement estre entenduës figurement. On accordera bien que si, pour choses malsonnantes, saint Augustin entendoit ce qui est contre la loy de nature, blasmer, mentir, et, comme vouloyent les Capharnaites, deschirer Jesuschrist vivant (Jn 6,53), qui sont choses qui ne se peuvent jamais droittement commander, vous entendes saint Augustin comme il faut. Mays si vous voules entendre toutes choses qui semblent absurdes, quoy qu'elles ne le soyent, devoir estre expliquëes par figure, on vous soustient que vous estes lourdement trompés. Et que dires vous a ce que le mesme saint Augustin escrit (liv 2 Contra advers Legis etProphetarum 2 § 33) : Que cest adversaire de la Loy et des Prophetes demeure " en arriere avec ses semblables, qui dirent : Ceste parolle est dure, et qui la peut ouyr (Jn 6,61)? Car nous autres, d'un cœur fidele et de la bouche, nous recevons Jesuschrist nous donnant sa chai, a manger, (Jn 6,53)et son sang a boire, encores qu'il semble plus horrible de manger la chair humaine que de la massacrer, et de boire le sang humain que de le respandre. " Voyla comme saint Augustin ne court pas soudain aux figures, et dict aussi qu'on reçoit " d'un cœur fidele et de bouche " les choses qui, de prime face, semblent absurdes.
En l'Escriture Sainte, vous verres plusieurs choses qui, de premier abord, sembleront absurdes, lesquelles toutesfois on ne lira point a sens figuré : comme, lhors qu'il fut commandé a Abraham de mettre les mains sur son propre filz (Gn 22,2) ; a Esaye, de cheminer tout nud (Is 20,2) ; a Ezechiel, de manger du pain trempé en la fiente (Ez 4,12). Aucun d'eux ne voulut recourir aux figures et interpreter spirituellement, par metaphore, ce qui estoit commandé ; tout fut prins comme il sonnoit ; ni l'apparence du crime, ni du deshonneste ne leur fit chercher aucune figure.
Et outre plus, si tout ce qui semble absurde ne se doit croire, que respondres vous aux hreretiques Ariens, Montanistes et Manicheens, qui sentoyent mal de l'Incarnation du Filz de Dieu ? car il leur sembloit aussi absurde et indecent que la Divinité fust meslëe parmy les souilleures de nostre nature, que Dieu souffrist faim, playes et mort : qui n'est gueres different des absurdités que vous dites estre en la reelle presence du Cors de Jesuschrist en la. Sainte Hostie ; et toutesfois, vous tenes ces pestes d'haeretiques anciens pour hommes tres malheureux qui ont advancé ces choses la.
VIII
En la simple et toute pure loy de nature, Abel, Noë, Abraham, Melchisedech, Isaac et Jacob faisoyent des sacrifices exterieurs, outre les prieres et loüanges. Or, la loy de nature n'a pas esté abolie, ains consolidëe par l'Evangile ; pourquoy donques ne veulent les ministres recevoir en leur religion aucun sacrifice exterieur ?
IX
Saint Pol proteste (He 13,10) que nous avons un autel duquel n'avoyent puissance de manger ceux qui servoyent au tabernacle. Or, ceux qui ont servi au tabernacle ont eu l'autel de leur cœur, sur lequel ilz pouvoyent offrir les sacrifices spirituelz (1 P 2,5), et ont mangé par foy et en esprit Jesus- christ crucifié (1 Co 10,3) ; autrement ilz seroyent tous damnés. Quel autel donques est celuy la que nous avons de plus qu'eux ?
X
De Beze escrit clair et net, en sa Preface sur Josué [19] , que c'est a Calvin, " apres Dieu, qu'appartient l'honneur de la resolution despuis survie par toutes gens de bon jugement, " touchant " ce qu'il faut croire, chercher et recevoir en la Cene. " Que sont donques devenuz tous les devanciers ? Ce mistere si important aura il esté caché a toute l'Eglise ancienne, pour estre descouvert a ce seul pretendu mignon et favory du Saint Esprit ? Que ne confesse on donques franchement que ceste reformation est toute nouvelle et non jamais conneüe a l'ancienneté !
XI
Quelle loy vous exempte de laver les piedz les uns aux autres avant la celebration de la Cene, comme Nostre Seigneur fit et ordonna (Jn 13, 4 sq) ? Si ce n'est la Tradition, ce ne peut estre que vostre propre jugement.
XII
Nostre Seigneur establit ce saint mistere de son Cors et Sang le soir apres souper (Lc 22,20) : qui vous a dispensés de le faire a autre heure ? Ou si vous estimes que les circonstances observëes par Nostre Seigneur sont peu considerables ?
XIII
Le texte de l'Evangile (Lc 22,20 ; Mt 26,28) porte que le sang de Nostre Seigneur, qui estoit dans la couppe, fut respandu pour plusieurs en remission des pechés. Pourquoy nies vous que ceste remission aye lieu pour les pechés des deffunctz, plustost que pour ceux des mortelz ? Qui vous a baillé pouvoir de restraindre les graces de Dieu mesme, puysque Calvin,.liv 3 de son Inst., chap. 5, § 10, confesse que la priere pour les mortz estoit en usage en l'Eglise " avant treize cens ans " ?
XIV
Pourquoy prives vous les malades de ce Sacrement, contre l'institution d'iceluy qui ne les rejette point ? puysque telles gens en ont plus de necessité que les autres, et que " l'ancienne Eglise " le leur conferoit tres soigneusement, comme Calvin mesme confesse liv 4. [Inst] chap. 17, § 39..
XV
Calvin confesse librement, liv 4. Inst., ch. 2, § 3, que c'estoit une chose notoire et sans doute, que despuys l'aage des Apostres jusques au tems de saint Augustin, " il ne s'estoit faict nul changement de doctrine, " ni a Romme ni aux autres villes ; ce sont ses propres parolles. Pourquoy donques a il aboly de faire le signe de la Croix, tant en l'usage de ce Sacrement que des autres ? puysque saint Augustin proteste (Tractat 118 in Jn) que l'Eglise y employoit ce saint signe, et avant luy saint Chrisostome (Demonstr.quod Christus sit Deus et homo, 55 in Mt) et avant ces deux Saintz. Cyprian (Opus de Bapt et de Pass Christ.[20]); et long tems avant ces troys grans Peres, saint Clement (liv 8 Const Apost [21]c.16) et saint Denys (liv de Eccl Hier cc.4 et 5).
Ce qui soit dict, attendant que l'ample responce dressëe sur un petit traitté de la Croix, nagueres imprimé a Geneve [22], sorte de la main des imprimeurs.
IX
FRAGMENT DU QUATRIÈME LIVRE
DE LA DEFENSE DE L'ESTENDART DE LA SAINTE CROIX. [23]
[Mai-octobre 1598]
(INEDIT)
QUE LE MOT ADORER OU ADORATION
EST SOUVENT EMPLOYÉ POUR L'HONNEUR FAIT AUX CREATURES
SELON LA SAINTE ESCRITURE
CHAP.4
Quelle origine que le mot d'adoration aye eü, si est il certain qu'il ne veut dire autre que faire reverence, profession de. submission ou honneur a celuy que nous reconnoissons avoir quelque prœeminence. Venerer et adorer sont peu differens, sinon en ce, peut estre, que venerer signifie un peu plus l'habitude, adorer l'acte et l'exercice. Et partant, le mot d'adoration ne signifie pas seulement la reverence ou hommage que la creature doit a son Dieu immediatement, mais aussi l'honneur ou veneration qu'on porte aux creatures superieures ou qui ont rapport aux superieures ; si que l'Escriture et tous les anciens Peres employe (sic) le mot d'adorer ores pour la reverence faitte a Dieu, ores pour celle qu'on fait aux creatures.
Et de fait, saint Augustin tesmoigne (liv 10 de Civit c.1 et epist 59 ad Deogratias) que nous autres Latins n'avons point de simple mot latin pour signifier la veneration deuë a Dieu seul, mais avons emprunté et approprié a cest effect le mot grec latrie, faute d'autre plus commode. Et neanmoins, qui considerera de plus pres l'Escriture et les Anciens, trouvera que le mot d'adorer panche un peu plus a l'honneur deü a Dieu seul que non pas a l'autre ; de façon que l'hors que le mot d'adorer est seul en l'Escriture, il s'entend ordinairement de l'adoration de latrie. Nos peres ont adoré en ce mont, disoit la Samaritaine (Jn 4,20), et vous dites qu'il faut adorer en Hierusalem ; c'est a dire sacrifier, qui est la seule action exterieure qui est particulierement et perpetuellement destinee a l'adoration de latrie. C'est pourquoy les devanciers ont quelquefois fait difficulté d'appliquer le mot d'adoration a l'honneur des creatures, quoy qu'ilz sceussent que cela se pouvoit fort bien faire ; sur tout, ilz ont observé cecy quand ilz ont eu a faire avec les chicaneurs, heretiques, schismatiques et reformeurs.
Que le mot adorer s'applique a l'honneur des creatures, en voicy une preuve trop abondante : Abraham adora les enfans de Heth et l'Ange (Gn 23,7 ; 18,2), comme firent aussi Loth (Gn 19,1), Josue (Jos 5,15) et Balaam (Nb 22,31) ; Saul adora l'ame de Samuel (1 R 28,14) ; David commande qu'on adore l'escabeau des piedz de Dieu parce qu'il est saint (Ps 98,5 ; 131,7) ; l'Eglise d'Israël adora Salomon (1 Ch 29,20). Adjoustes les lieux ja cités au chapitre precedent et en l'Advant Propos [24]
Que les Peres en ayent fait de mesme et neanmoins ayent estimé que le mot d'adoration tirast un peu plus a l'honneur de latrie, j'en produiray ces exemples. Saint Hierosme , etc……………
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
X
DOCUMENTS RELATIFS A UNE CONFÉRENCE
ENTRE LE PERE CHÉRUBIN DE MAURIENNE, CAPUCIN
ET LES MINISTRES DE GENÈVE [25]
1
PREMIÈRE RÉPONSE DU PÈRE CHÉRUBIN A MONSIEUR JEAN SARASIN, DÉLÉGUÉ DE GENÈVE
(MINUTE INEDITE)
Thonon, 16 août 1598.
Frere Cherubin, respondant a la proposition faitte ce jourdhuy, seziesme d'aoust 1598, par noble Jean Sarazin [26], envoyé par lès seigneurs Scindiques [27] et Conseil de Geneve, dit :
Premierement, que la sommation faitte et affichee au pilier de la Place a esté faitte en consequence des conventions et promesses passees entre le sieur Herman Lignarius et luy, suivant lesquelles maistre Loüys Viret, ministre (note 13), auroit esté comminé, par ordonnance du lieutenant du sieur Juge maje de Chablaix [28], le sixiesme de ce moys, d'advertir dans six jours ledit Herman de comparoistre en ceste ville dans ledit tems, pour parachever ladite conference a la forme desdites conventions ; delaquelle ordonnance fut baillé extrait audit Viret, et l'original du passeport [29]. Apres lequel terme expiré, ne pouvant avoir aucune responce, ni moins treuver ledit ministre Viret en la ville, fut affigé ledit advertissement ; dont, pour verification de ce que dessus, on exhibe audit sieur Sarazin l'extrait de ladite ordonnance. [30]………………………………….
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
2
DEUXIÈME RÉPONSE DU MÊME A MONSIEUR SARASIN [31]
Thonon, 18 septembre 1598.
Frere Cherubin, respondant a la proposition faitte ce jourd'huy, 18 septembre 1598, par noble Jean Sarazin, deputé des sieurs Scindiques et Conseil de Geneve, dit : qu'outre l'ample acceptation des offres faitz par ledit sieur Sarazin en une sienne prœcedente proposition [32] (laquelle .acceptation auroit esté redigee en escrit et signee, puys remise a iceluy sieur Sarazin), il n'a a respondre autre, sinon que, quant a sçavoir la volonté des Seigneurs de Berne, il ne s'en estoit aucunement chargé, moins s'en veut charger des-ores, pour ny estre obligé, ni tenu de faire aucune consideration sur l'alliance qui pourroit estre entre lesdjts Seigneurs de Berne et lesdits Seigneurs de Geneve ; et que touchant la lettre envoyee a l'advocat des Prez, n'y ayant reconneu aucune marque publique, il attendoit de la voir authorisee, selon l'advis des seigneurs magistratz de ce pais de Chablaix [33]. Ce qu'estant fait maintenant par ceste proposition en laquelle ell'est advoüee, il accepte de nouveau les offres contenus en laditte lettre [34].
Et quant a la nomination des termes usités en toute legitime dispute, que ledit sieur Sarazin dit estre venu ouïr, a sçavoir : du lieu et tems, du nombre des disputans, des pointz de doctrine desquelz sera traitté en la dispute, des secretaires et des moderateurs, estant chose reciproque qui se doit passer de commun. accord entre les parties, il prie tres affectionnement ledit sieur Sarazin de se treuver icy mercredy prochain, 23 de ce moys, avec amples memoires et pouvoir d'en traitter ; et l'hors, il s'offre passer une pleyne et asseuree resolution touchant les pointz requis et autres tendans a mesme fin, sil y escheoit * [35]. Ou n'en voulant lesdits seigneurs Scindiques et Conseil de la ville de Geneve prendre aucune resolution sans avoir premierement communiqué le tout auxditz Seigneurs de Berne, pour le respect qu'ilz leur ont, on pourroit au moins, audict jour de mercredy, dresser les articles et memoyres touchant le lieu,. tems, nombre de disputans, moderateurs, secretaires, et les pointz de doctrine a disputer ; en reservant une pleyne resolution apres que lesdits Seigneurs de Berne auront fait sçavoir ausdits seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve leur volonté [36]. Dont la communication pourra estre faitte par lesdits Seigneurs de Geneve aux Seigneurs de Berne, ne voulant ledit Fr. Cherubin s'en charger, puysqu'a luy n'appartient, comme estant prest à. recevoir ceste conference, soit qu'elle vienne ou de Geneve ou de Berne; ou de tous deux ensemble.
FR. CHERUBIN
Revu sur l'Autographe conservé à la Bibliothèque publique de Genève . {Mss. M. f. 8).
3
TROISIÈME RÉPONSE DU MÊME A MONSIEUR SARASIN [37]
Thonon, 24 septembre 1598.
Frere Cherubin, suyvant la demande faite ce jourdhuy, 24 septembre 1598, par noble Jean Sarazin, tendant a ce que communication luy soit faite des termes et justes conditions a observer en la conference dont a esté traitté cy devant, et suyvant les offres faitz en la premiere proposition du susdit sieur Sarazin, en date du 16 aoust, an present, de la part des seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve (note 27) et acceptee par ledit Frere. Cherubin, ainsi quil appert par les actes cy devant sur ce passés, sur lesquelz il insiste, respond quant a present par les articles suyvantz :
1. Quant au lieu, pour plus grande commodité des parties, il nomme Thonon ou la ville mesme de Geneve, avec1es asseurances requises en tel cas, pour entrer, sortir et demeurer.
2. Quant au tems, pour bailler loysir aux preparations necessaires de part et d'autre, il nomme le cinquiesme novembre de la presente annee 98, laissant neanmoins ces deux articles du lieu et tems souz le bon plaisir de Son Altesse, puisqu'on aura dans peu de jours lhonneur de sa presence en ce lieu de Thonon [38].
3- Quant aux moderateurs de [la] dispute, il nomme R. M. François de Sales, Prevost de l'Eglise cathedrale, et magnifique seigneur Anthoyne Favre, conseillier. de Son Altesse, senateur au sauverain Senat de Savoye et President de Genevoys ( L1,note 30).
4. Pour secretaires, il nomme R. M. Claude d'Angevine, chanoyne de la Cathedrale (L1, note 158), et spectable sieur noble François Portier de Germinex, advocat au sauverain Senat de Savoye et Conseil de Genevoys [39].
5. Pour conferer, il prend avec soy jusques au nombre de cinq theologiens, luy faisant le sixiesme ; outre lesquelz il appellera trois ou cinq tesmoins sortables, pour tant plus rendre auctentique ce qui se passera.
6. Et quant aux pointz a traitter, pour prendre les plus importantz il propose ceux cy :
De la vraye regle pour connoistre les Livres canoniques ;
Du droit d'interpreter les Escritures ;
De la verité des Traditions catholiques ;
De la perpetuelle. visibilité de l'Eglise militante ;
Des marques d'icelle assignees par le Symbole Constantinopolitain : une, sainte, catholique, apostolique;
Du primat de saint Pierre et de ses successeurs ;
De la verité et realité de la presence du Cors de Jesus-christ en l'Eucaristie ;
De l'invocation des Saintz ;
De la justification par les œuvres.
Sauve (sic) neanmoins, appres la conference faicte sur lesditz pointz nommés, de la poursuyvre sur autres articles, sil y eschoit.
Sauve aussi, entre cy et le commencement de laditte conference, de nommer autres moderateurs et secretaires, si quelque incommodité survenoit pour laquelle les nommés ne puissent se trouver pour faire ce dont est question.
Et pour faire une bonne et solide conclusion de tous articles a passer touchant laditte conference et y mettre la demiere main, il demande que tout au plustost on aye communication de l'intention desditz seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve touchant les pointz sus escritz, pour en pouvoir faire une claire et finale resoulution en la presence de Son Altesse pendant que l'on en a la commodité. [40]
FR. CHERUBIN .
Revu sur l'original conservé à la Bibliothèque publique de Genève (Mss. M. f. 8).
4
QUATRIÈME RÉPONSE DU MÊME A MONSIEUR SARASIN
Thonon, 15 octobre 1598.
Frere Cherubin, respondant a la proposition produicte ce jourdhuy, 15 octobre 1598, de la part des seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve par noble Jean Sarazin leur deputé : .
Dit premierement : Que la matiere de la conference de laquelle a esté traicté cy devant ne peut estre le livre des Articles de la confession des esglises pretendues reformees dont on luy a exibé l'exemplaire [41], dautant que l'on n'est pas en different de tous lesditz articles ; mais il faudroit premierement conferer ensemble pour choisir ceux tant seulement desquelz on est en controverse. Pour ce, ceste proposition ne satisfait point au devoir. Et ayant pleu aux seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve que Fr. Cherubin nommast les pointz sur lesquelz on disputeroit, ayant fait ceste nomination, il semble tres raisonnable que lesditz pointz soyent vuydés les premiers ; ce qu'estant fait, il offre d'opposer et d'entrer en la discution de ceux qui seront choysis audit livret de Confession comme con troversés entre les parties, ou bien telz que les ministres voudront nommer.
2. Que le moyen choysi par les ministres de seulement s'escrire l'un a l'autre n'a aucune conformité a ce qui a esté cy devant traitté touchant la conference, ains en. rompt la suitte et le fil ; c'est sortir hors les termes d'icelle, et venir a nouveau traitté et renoncer au precedent.
3. Que ce moyen empeche beaucoup le fruict de la dispute, puisque l'experience monstre que, quoy qu'on aye tant escrit de part et d'autre, on est aussi frais de recommencer telle maniere de dispute qu'au commencement, et que ceste procedure a besoing de tout l'aage d'un homme, encor ny suffiroit il pas. Et de plus, que la conference de laquelle a esté traitté cy devant comprent asses touttes les commodités de ce nouveau moyen proposé maintenant, puisqu'on y devoit tout escrire, et fidellement ; et, outre cela, apportoit plusieurs autres commodités, comme le bien de la briefvete des resoulutions; de l'exibition des aucteurs qu'on auroit a proposer ; de la plus particuliere et claire declaration de l'intention d'un chacun, laquelle est bien souvent mal aisee a tirer des escritz. faitz entre absentz, et y va une grand piece de temps a envoyer et renvoyer, et les raisons se presseront plus et mieux en presence ; avec autres telles occasions qui se perdent par la voye proposee par les ministres. Ne voyant qu'on puisse amener autre difficulté sur ceste conference verballe, si non la crainte del'aigreur des parolles : a quoy desja a esté remedié, tant par les protestes faites cy devant d'apporter toutte la douceur et tranquilité d'esprit possible et necessaire en chose si importante, qu'aussi par la nomination des moderateurs, qui sont personnes d'honneur et empecheront les desordres et accidentz sinistres (en tant que touchent les nostres), par l'auctorité de Son Altesse qu'on offre d'y faire entrevenir. Et de nouveau proteste ledit Fr. Cherubin, d'apporter tout ce qu'on sçauroit desirer d'amitié et de bonne affection.
4. Ce moyen est trop adventageux pour les ministres, non pour la substance du moyen, car elle n'est pas autre que celle de celluy de la conference reduicte par escrit, mais pour plusieurs circonstances ; car les ministres sont tous jours en grand nombre, dans Geneve, ensemble, pour s'entraider et entreprester la main les uns aux autres, la ou. de nostre cousté, nous ne pouvons demeurer longuement plusieurs ensemble. Ilz sont en lieu ou iz peuvent empecher que noz escritz ne soyent ni veuz ni sondés, mais les leurs; qui seroit un brave moyen pour nous faire condamner entre les leurs : la ou nous n'avons telles commodités.
5. Dit que ce moyen ne semble viser a autre qu'a tirer les choses en longueur, dissiper et faire esvanouir tout le desseing projetté de ceste conference.
Dont il conclud a ce que l'on demeure dans les justes termes d'une conference de mesme forme qu'elle a esté cy devant proposee. Et prie fort instamment que, comme de sa part il a apporté toutte diligence a respondre. et nommer les termes de ladicte conference, n'ayant jamais esté le sieur Sarazin arresté icy que demy jour pour avoir les responces, qu'aussi du coustes seigneurs Scindiques et Conseil de Geneve il y soit procedé avec telle diligence, franchise et naifveté que l'affaire requiert, affin qu'au plustost on en sache la resoulution finale, mesme pendant que l'on a icy lhonneur de la presence de Son Altesse [42] : dont il demande que pour ceste sepmaine, au plus tard, il aye advis certain de la vraye intention desditz Seigneurs ; autrement, il sera a croyre qu'on n'aye point de vollonté d'entrer en conference amiable [43].
FR. CHERUBIN.
Revu sur l'original conservé à la Bibliothèque publique de Genève (Mss. M. f. 8).
XI
DÉCLARATION AU SUJET D'UNE CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES DE GENÈVE [44]
Annecy, 6 août 1605.
Sur les propos qui ont esté ci devant tenus, pour l'ouverture d'une conference dans la ville de Geneve, pour le sujet de la religion tant seulement, entre moy avec quelques predicateurs catholiques d'une part, et les ministres de la mesme ville de Geneve d'autre, j'ay fait cet escrit, et l'ay signé de ma main et scellé de mon sceau, pour declairer et attester que toutes fois et quantes que les ministres voudront y entendre, et convenir de conditions raisonnables, sortables et legitimes pour une telle assemblee ou conference, je m'y porteray avec toute promptitude et sincerité, esperant en la bonté de Dieu que son nom en sera glorifié, au salut et bien de plusieurs ames, ainsy que.je l'en supplie.
Fait a Neci, le 6e du mois d'aoust, l'an mil six cens et cinq.
FRANÇOIS, Evesque de Geneve.
XII
PREMIER TITRE DU CODE FABRIEN
[1595-1605 [45]]
(EN LATIN)
TIT'RE PREMIER
" DE LASOUVERAINE TRINITÉ ET DE LAFOI CATHOLIQUE: QUE PERSONNE NE DOIT SE
PERMETTRE D'EN DISCUTER EN PUBLIC"
Au siècle dernier, s'échappa de l'enfer une race d'hommes dont je ne sais si elle est plus digne d'horreur ou de pitié. Abandonnant l'unité de la religion chrétienne et de notre sainte foicatholique, et, par une juste conséquence, la vérité, ils introduisirent de tous côtés de nouveaux dogmes et de nouvelles hérésies, mais tirés en grande partie d'erreurs anciennes déjà condamnées. Ils se divisèrent en presque autant de sectes qu'il y eut parmi eux de chefs, préférant avoir des adeptes qu'être adeptes eux-mêmes. Semblables aux renards de Samson, dont les têtes séparées se mouvaient chacune de son côté,(Jg 15,4) mais qui tous avaient leurs queues réunies, ils eurent entre eux un lien commun : celui de porter l'incendie au sein de l'Eglise Romaine et de la détruire, s'il suffisait pour cela de le vouloir.
Parmi eux tous, les principaux et les plus fameux de nom et d'impiété furent : les Luthériens, les
Ubiquitaires, les Zwingliens. les Anabaptistes, les Swenckfeldiens, les Davidiens, les Samosaténiens, les Calvinistes, les Anglocalvinistes, les Puritains, les Adiaphoristes, les Osiandriens, les Mélanchtoniens. Nous laissons de côté les autres nombreux, pour ne pas dire innombrables, démons de moindre importance. L'extrême division de tous, ces hérétiques permet cependant d'établir parmi eux trois genres principaux auxquels peuvent se rattacher, comme autant d'espèces, les autres sectes inférieures : celui des Luthériens, celui des Calvinistes et .celui des Anabaptistes ; bien que la situation des Anabaptistes soit déjà telle, que tout le monde, à cause de leur infériorité, non certes en folie et en impiété, mais en nombre, les regarde à peu près comme des ennemis sans force et sans valeur. Aussi, Luthériens et Calvinistes se font-ils une gloire de ce que toute la place, pour ainsi dire, leur ait été abandonnée. C'est donc d'eux seuls que nous nous occuperons, car des autres, si ce n'était par les livres et la renommée, nous ignorerions presque jusqu'au nom.
Du reste, les édits de nos Princes et les nombreux décrets de notre Sénat touchant la religion (édits et décrets que nous n'avons pas jugé à propos de transcrire ici, parce qu'ils ont été imprimés [46] ) flétrissent et poursuivent non seulement les luthériens et les calvinistes, mais tous les autres hérétiques, comme sont évidemment tous ceux qui, sous un nom quelconque, ont abandonné la sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, et dont les erreurs ont été frappées d'un très juste anathème par le saint Concile de Trente agissant sous l'impulsion du Saint-Esprit.
Ç'a été une belle chose et, au milieu d'un si grand malheur, un bonheur pour la République Chrétienne, que ces sectes, qui avaient conjuré contre elle avec tant d'ardeur, eussent des caractéristiques si infamantes que personne ne pût au premier aspect douter qu'elles ne portent au front ce que les saints Canons (Trente, Sess 25)appellent les apparences distinctives de la perversité " hérétique ".
[Nous parlerons seulement de quelques-unes de ces caractéristiques et dirons peu de chose de chacune, p our ne pas avoir l'air de prétendre au rôle de théologien avec les savetiers [47] luthériens et calvinistes, nous qui faisons profession de juriste et de rien autre. Nous laissons à dessein le reste aux théologiens qui ont traité en si grand nombre et si bien ces matières ex professo.] Nous citerons les paroles mêmes de Luther et de Calvin, afin que n'aient pas le droit de se plaindre d'une invention ou d'un changement de notre part, ceux qui croiront difficilement cette chose en vérité incroyable, qu'un esprit humain ait pu imaginer des impiétés si absurdes et si clairement diaboliques, et des absurdités si impies qui ont cependant réussi à gagner tant d'adeptes. [Toutefois, nous prions tout d'abord les lecteurs catholiques et pieux de ne pas se scandaliser à notre sujet, comme si nous avions lu, contre les décisions de la sainte Eglise, des livres défendus. Nous pouvons, en effet, affirmer en toute vérité que rien n'a été fait par nous en cela qui ne soit permis à tout homme pieux et chrétien ; nous avons, dans une affaire de si haute importance, apporté les précautions nécessaires pour n'encourir en aucune façon les très justes censures de l'Eglise, .censures que nous craignons et respectons.]
I
PREMIÈRE CARACTÉRISTIQJJE DES HÉRÉTIQUES DE NOTRE TEMPS : LA NÉGATION
La première caractéristique de nos hérétiques, caractéristique qui, à mon jugement, ne manque pas d'importance, c'est qu'ils nient presque tout, n'affirment presque rien, si ce n'est qu'ils affirment la plupart du temps en niant, et nient en affirmant. Aussi est-il clair qu'ils sont du nombre de ceux dont Tertullien a écrit, à propos de tous les hérétiques (De Carne Christi c.15) : " Tout en croyant, ils ne croient pas. " Ils ne sont pas en cela semblables aux païens qui, comme dit le même auteur," tout en ne croyant pas, croient. "
Et je ne vois pas à qui mieux qu'à eux puisse convenir le nom d'αρνουμαι (je nie), que plusieurs grands écrivains ont estimé être le nom de l'Antéchrist, car la coutume habituelle de tous les antéchrists, c'est-à-dire des hérétiques, est d'établir presque toute leur doctrine sur la négation. S'ils font cela pour nous obliger à fournir nos preuves, se croyant eux-mêmes dispensés de prouver quoi que ce soit, en vérité ce sont de bien mauvais, non seulement théologiens, mais jurisconsultes. En effet, c'est un principe, pour les auteurs comme pour les interprètes de notre Droit, qu'une chose ne peut être douteuse qu'autant que celui qui l'attaque en justice prouve son accusation, même si celle-ci consiste en une négation, surtout s'il s'agit de troubler quelqu'un qui se trouve en possession tranquille de la chose controversée. Autrement, je le demande, qu'y aura-t-il de certain, qu'y aura-t-il de sûr, s'il suffit à un demandeur, même calomniateur, de nier ? Nos hérétiques méritent vraiment que nous leur appliquions ce que saint Jean écrit dans son Apocalypse ( 9,3 sq)au sujet de ces sauterelles sortant du puits de l'abîme, qui ont, dit-il, à leur tête comme roi, l'ange de l' abîme, qui se nomme en hébreu דדבא Abaddon, en grec απολλυων Appollyon, en latin Exterminans. Il signifie par là que les hérétiques ne construisent presque rien, mais détruisent tout ; n'affirment rien, nient tout ; sont tels enfin que, s'il faut les appeler chrétiens, il faut les dire chrétiens négativement, non pas affirmativement. Mais être chrétien négativement, n'est-ce pas, je le demande, ne pas être chrétien du tout ?
Nos hérétiques nient qu'en Dieu il y ait une puissance absolue : " L'invention des scolastiques, " dit Calvin (in cap.23 Is vers.9), " sur la puissance absolue de Dieu est un exécrable blasphème. " Et ailleurs, (Inst. Liv2 c.7 § 5) il appelle " impossible " ce qui n'a jamais été ou ne sera jamais : A cette négation est opposée l'affirmation du Christ, disant qu'il aurait pu prier son Père, et que son Père lui eût fourni plus de douze légions d'Anges ; et aussi faire passer un chameau par le trou d'une aiguille (Mt 26,53 ; 19,24); de même l'affirmation de Jean-Baptiste, que des pierres mêmes Dieu pourrait faire naître des fils à Abraham.(Mt 3,9).Quelqu'un d'esprit sain ne niera pas davantage que Dieu ait le pouvoir de faire ce dont il menace : par exemple, la destruction de Ninive (Jon 3,4), et une infinité d'autres choses du même genre, que cependant Dieu n'a jamais ou faites ou voulu faire. Comme l'a écrit élégamment Tertullien contre Praxéas (c.10) : " Dieu a pu (qu'on me fasse grâce !) donner des ailes à l'homme, comme il en a donné aux milans ; cependant, de ce qu'il l'a pu, il ne l'a pas fait nécessairement. Il a pu détruire Praxéas " (ajoutons, si cela vous plaît, Luther et Calvin) " et tous les hérétiques ; cependant, de ce qu'il l'a pu, il ne s'ensuit pas qu'il l'ait fait. " Or, ce n'est pas d'une puissance ordinaire que Dieu a pu tout cela, car autre a été l'ordre suivant lequel les choses ont été arrêtées et exécutées ; c'est donc d'une puissance absolue, c'est-à-dire d'une puissance libre de toute loi promulguée et de l'ordre de choses établi. Il ne s'agit pas cependant d'une puissance absolue, dans le sens de puissance affranchie de l'équité et de la justice, comme l'interprète à tort Calvin ; car l'équité et la justice sont la: foi intrinsèque de Dieu : loi qui n'est pas autre chose que Dieu lui-même, lequel étant sa loi à lui-même, aussi ne peut-il en aucune façon s'écarter de la loi et de l'équité. (August liv 9 in Gn, cc.17 et 18).
2. Ils nient en Dieu une volonté permissive, (Calvin dissertis verbis Inst liv1, c. 18 sect.1) et cela contre les innombrables affirmations de la Sainte Ecriture, par exemple celles-ci, Psaume 80,1 : Il les a abandonnés aux désirs de leur cœur ; Actes, 14,15 : Il a laissé toutes les nations suivre leurs voies ; Luc, 8,32 : Ils le prièrent de leur permettre d'entrer dans les porcs, et il le leur permit. Dieu veut donc bien des choses d'une volonté, non efficiente ou concourante, mais seulement permissive ; c'est-à-dire que ce qui est mauvais, d'une malice qu'on appelle morale, ne peut provenir jamais de Dieu, qui est bon et la bonté même.
3. Ils nient la simple prescience de Dieu. Voici, en effet, les paroles mêmes de Calvin (Inst liv 1c.16 sect 4) : " Augustin n'est pas lui-même exempt parfois de cette superstition, comme lorsqu'il dit (id. liv 2, c.4 sect 3 ; liv 1 De Praedest. Et Gratia)que l'endurcissement et l'aveuglement n'appartiennent pas à l'opération, mais à la. prescience de Dieu ; pourtant, un grand nombre de textes scripturaires ne supportent pas ces arguties, " etc. A cette négation. on peut opposer ce qu'affirme çà et là la Sainte Ecriture, à savoir que Dieu a prévu la trahison de Judas (Mt 26,21 ; Jn 6,71 ;13,18) le reniement de Pierre (Mt 26,34 ; Mc 14,30 ; Jn13,38), l'aveuglement des Juifs (Mt 13,13 ; Jn 9,39) ; toutes choses que le Christ a prédites et prévues, sans cependant les vouloir ou les faire.
4. Ils nient que le Fils de Dieu ait son essence du Père(Inst liv 1 c.13 sect 2 sq). Les Ecritures, au contraire, et le Christ lui-même, affirment que le Christ est. Fils du Père et procède du Père par génération. Qui donc peut, en effet, comprendre par un effort de son esprit ou de sa pensée, que celui qui est et est appelé Fils, n'ait pas son essence ou sa na ture de ce1ui dont il est le Fils ? Qu'a donc pu avoir le Fils du Père, sinon la Divinité ? Qu'y a-t-il de commun entre le Père et le Fils en dehors de l'essence ? Qu'a donc communiqué le Père au Fils, si ce n'est l'essence même ? C'est pourquoi les Ecritures, les Conciles, les Pères, enfin tout l'univers chrétien, proclament que le Fils est " Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu." ? (Symb Constant) .
Par conséquent, Dieu le Père possède la véritable essence divine, qu'il n'a ni de lui-même, contrairement à l'expression peu prudente de Calvin, ni de quelque autre, mais tout à fait de personne, l'essence n'engendrant pas et n'étant pas engendrée. Mais le Fils, qui a la même essence, l'a, non de personne, non de lui-même. mais du Père. Enfin, l'essence qui, si on la considère en elle-même, ne vient de personne, dans le Fils vient du Père. (Hilar liv 3 De Trinit ; Athan. In epist.Concil.Arimin.et Seleuc. ; Basil. Liv 2 contra Bunonium).
De 1a mort du Christ
5. Ils nient que la mort corporelle du Christ, si le Christ n'avait fait que subir cette mort, nous eût servi en quoi que ce soit : " Rien n'était fait, " dit Calvin (Inst. Liv 2 c.16 sect 10), " si tout s'était borné à la mort corporelle du Christ. " Dieu immortel ! chaque mot de l'Ecriture rapporte notre salut au sang, à la croix, à la mort du Christ ; tous les chrétiens proclament que le Christ a détruit notre mort par sa mort ; tous les Saints chantent le cantique de leur rédemption par ces mots (Ap 5,9) Vous nous avez rachetés, O Dieu, par votre sang. [Et ces crapauds osent coasser dans leurs mares, ] que rien n'a été fait par cette mort vivifiante ! Mais Isaie va jusqu'à dire que nous avons été guéris par la seule meurtrissure du Christ.(Is 53,5). Enfin, notre vie est fille de la mort du Christ; celui qui cherche la vie ailleurs que dans cette mort a perdu la vie. Quelle n'est pas l'audace de ces hérétiques de dire que rien n'eût été fait par la mort du Christ, alors que, à cause de 1a dignité infinie de Celui qui l'a subie, la plus petite goutte de son sang royal et divin eût suffi. à racheter des mondes innombrables !
6. Ils nient que le Christ soit Législateur et, par suite, qu'aucune loi soit proposée dans l'Evangile. Voici, en effet, les paroles de Luther (c.2 ad Galat:16) : " Il faut que tu saches ce qu'est en définitive le Christ : or, le Christ en définitive n'est pas Législateur. " Et aussitôt, il traite de " pestilentielle» la doctrine du Christ Législateur. Et un peu après : " Je travaille, " dit-il, " à désapprendre cette opinion invétérée du Christ Législateur et Juge, afin de la condamner et repousser. " Mais, tout au contraire, l'Epître de saint Jacques enseigne cette doctrine même, en appelant en propres termes le Christ Législateur (Jc 4,12), après Isaïe qui l'avait nommé du même nom en disant : Le Seigneur est notre Législateur. (Is 33,22).
7. Ils nient que le Christ soit Juge. Luther s'exprime, en effet, ainsi au passage cité plus haut : " J'étais persuadé de ces opinions pestilentielles. " Expliquant ensuite ces dernières, il énumère entre autres celle du Christ Juge, et dit qu'il travaille à la désapprendre. Tout autre est l'enseignement de saint Pierre, qui affirme ouvertement que le Christ a été établi par Dieu, Juge des vivants et des morts.(Ac 10,42).Et les autres Apôtres n'ont pas une doctrine différente, eux qui d'une voix unanime prêchent que le Christ jugera les vivants et les morts. (2 Tm 4,1).
8. Ils nient qu'il existe une Tradition simplement orale, et cela contrairement à l'affirmation expresse de saint Paul dans l'Epître aux Thessaloniciens : Gardez, dit-il, les traditions que vous avez reçues, soit de vive voix, soit par lettre.( 2 Th 2,14)Et en réalité, quelle sera la certitude et l'autorité des Saintes Ecritures, si l'on supprime la. Tradition, puisque cette certitude et cette autorité peuvent se prouver non par le témoignage de l'Ecriture, mais seulement par la Tradition ? Pourquoi appe1lerons-nous Livres canoniques les Evangiles de Matthieu et de Luc, plutôt que ceux de Thomas et de Nicodème ? Et si quelqu'un se met à nier cela et à rejeter, avec nos hérétiques, la Tradition non écrite, comment arriverons-nous à trouver une preuve contre lui ? En outre, où étaient donc l'Eglise et la foi de l'Eglise pendant tous les siècles où les matières de foi étaient traitées, non par l'écriture, mais seulement par la parole ? Est-ce que l'Eglise n'a pas été antérieure aux Ecritures ? Dans quel endroit de l'Ecriture trouveront-ils quelque chose qui nous oblige à croire qu'il faut ajouter foi seulement à ce qui est écrit ? Que dire du Baptême des enfants ; du Dimanche à sanctifier, de préférence à tout autre jour, en remplacement du Sabbat juif ; de la création des Anges, et de tant d'autres choses du même genre dont la. croyance est très certaine dans l'Eglise, et même parmi tous les hérétiques, mais dont la preuve par l'Ecriture est tout à fait inexistante ? C'est bien autrement, et magnifiquement comme toujours, que parle Augustin : " Je ne croirais pas à l'Evangile, si l'Eglise ne me disait que c'est l'Evangile." (Contra epist. Fundamenti c. 5 ; Tertull liv De coron. Milit. c.3 et 4 ) ; Basil. Liv De Spir.Sanct. c.17 ; August. Epist. 118 ad Januar. C.5).
9. Ils nient que, parmi les Livres de la Sainte Ecriture, ceux de Judith, de Baruch, de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, des Machabées et de Tobie aient une autorité canonique, attendu qu'ils n'appartiennent pas au Canon des Juifs (Controverses 2,1,4) ; comme s'il fallait attribuer une autorité plus grande à la Synagogue juive qu'à l'Eglise Catholique universelle, laquelle, d'un consentement unanime, a toujours tenu ces Livres pour canoniques. (Concile Carthag. 3, can.47 ; August. Liv 2 De Doct.Christ. c. 8) Quelques-uns, parmi ceux-ci, n'ont été écrits qu'après la fixation du Canon des Juifs : qui s'étonnera donc de ne pas les voir insérés dans ce Canon, si ce n'est celui qui, par ignorance de la chronographie, ne sait pas que c'est là une impossibilité ?
10. Ils nient que l'Epître de saint Jacques soit canonique,(Controverses 2,1,5) en ce sens que, lorsqu'on la leur oppose, ils mettent en doute la foi et l'autorité qu'elle mérite, foi et autorité qui ont cependant été toujours très certaines et, assurées. Luther, en effet, dans le livre qu'il a écrit Sur la captivité de Babylone, au chapitre Du Sacrement de l'Extrême-Onction, répondant à un argument tiré de l'autorité évidente de saint Jacques en faveur de l'Extrême-Onction, (Jc 5,14) expose en ces termes son opinion : " Je dis, moi, que si jamais on a déliré, c'est surtout en cet endroit qu'on l'a fait. Je laisse de côté, en effet, que plusieurs affirment avec grande probabilité que cette .Epître n'est pas de l'Apôtre Jacques, ni digne de l'esprit apostolique, bien que par l'usage elle ait obtenu de l'autorité, quel que soit par ailleurs son auteur. Toutefois, même si elle était de l'Apôtre Jacques, je dirais qu'il n'appartient pas à un Apôtre d'instituer un Sacrement de sa propre autorité. "
Voyez-vous l'audace et l'impudence de cet homme qui, non content d'avoir détruit autant qu'il l'a pu l'autorité de l'Epître apostolique, accuse encore l'Apôtre d'arrogance, si c'est lui qui a écrit l'Epître, en s'attribuant le droit d'instituer un Sacrement ! L'insensé apostat ne voit pas que l'Apôtre agit comme il le fait, non pour instituer le Sacrement de l'Extrême-Onction, mais pour exhorter les fidèles à en user ; ce qu'il n'aurait certes pas fait, si le Christ n'avait lui-même institué ce Sacrement.
11. Ils nient que les Saintes Ecritures contiennent des difficultés qui empêchent les fidèles de les comprendre aisément, (Controverses 2,1,10) de sorte qu'elles sont plus claires et plus faciles que les commentaires de tous les Pères. (Luther Assert. Artic. Damnatorum per Bullam Leonis X). Par cette négation ils accusent de mensonge [48] saint Pierre, lequel, quoique fidèle lui-même et instruit (à moins qu'il n'ait été peut-être inférieur à Luther en foi et en doctrine), a écrit cependant que les Epîtres de saint Paul contiennent beaucoup de passages difficiles,(2 P 3,16) que les infidèles et ceux qui sont peu instruits dénaturent, dit-il, comme les autres Ecritures, pour leur perdition. Mais quelle sera donc l'utilité, quelle sera surtout la nécessité des Docteurs dans l'Eglise de Dieu, si les rêves de ces hérétiques sont conformes à la réalité? A quoi serviront tant de commentaires des Pères, composés au prix de tant de veilles et d'études, achevés au prix de tant de fatigues, s'ils sont plus difficiles et plus obscurs que les saints Livres qu'ils ont prétendu expliquer ?
12. Ils nient que la véritable Eglise soit visible. (Calvin Instit liv. 4 c. 1 sect 3 sq ; Luther passim in liv De servo arbitr. EtDe abrog. Miss. Peivat.) Si cela était, pourquoi le Christ notre Seigneur l'aurait-il comparée à une ville située sur une montagne (Mt 5,14), à un festin ( Mt 22,2 ; Lc 14,16), à un bercail (Jn10,1), à un édifice construit sur le roc.( Mt 16,18 ;Lc 6,48).Pourquoi, en outre, nous renverrait-il à l'Eglise par ces paroles de l'Evangile : Dis-le à l'Eglise ?( Mt 18,17).Ne rendent-ils pas le Christ ridicule et imposteur, lui qui nous renvoie à l'Eglise, si celle-ci est invisible et si l'on ne peut l'apercevoir ? (Controverses 1,2,1 et 5).
13. Ils nient que le jugement de l'Eglise Catholique et visible soit infaillible en matière de foi.(Calvin Instit. 4, 8 sq ; Luther De Missa privat. Et De Unctione Sacerdotum ) A cette négation est certes contraire l'affirmation du Christ : Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle,(Mt 16,18)de même celle de Paul, qui l'appelle colonne et soutien de la vérïté. (1 Tm 3,15)Et effectivement, si l'on nous traitait d'une manière assez funeste et inhumaine pour que l'Eglise universelle pût errer en matière de foi et au sujet du vrai sens à attribuer à la Parole de Dieu, quel homme, je le demande, croirait qu'il ne peut errer ? Mais celui qui croit qu'il peut errer, comment peut-il être certain de ne pas errer ? Ce sera ainsi une conséquence nécessaire, que tous devront marcher dans l'incertitude au sujet de la foi et du sens àattribuer aux Saintes Ecritures.(Controverses 2,1,6) Où se rencontrera donc ce qui doit être pour nous tellement certain et assuré, que si un Ange du ciel voulait nous enseigner le contraire nous ne devrions pas le croire ? (Ga 1,8) Et, en effet, qui ne devrait plutôt croire à un Ange du ciel qu'à soi-même, si d'un autre côté l'autorité et la certitude de foi de l'Eglise était supérieure à l'autorité contraire de n'importe quel ange, en admettant, par impossible, qu'il puisse jamais exister une telle autorité contraire ?
14. Ils nient que l'autorité des Conciles, même généraux, soit telle que nous devions y adhérer fermement, à tel point qu'ils affirment le droit, non seulement pour le peuple, mais pour chaque homme privé, de peser et d'examiner la doctrine des Conciles en la confrontant avec l'Ecriture. (Calvin Instit. 4,c. 9, sect 8). Voici, en effet, les paroles de Luther (Liv Contra Reg. Angl. 2) : " Il appartient à tous les chrétiens et à chacun d'eux de connaître et de juger de la doctrine,. et cela leur appartient tellement, qu'il faudrait dire anathème à quiconque léserait ce droit le moins du monde. Car le Christ a dit : Gardez-vous des faux prophètes ….(Mt 7,15).Cette seule autorité suffit contre les sentences de tous les Pontifes, de tous les Pères, de tous les Conciles, de toutes les écoles, qui ont accordé le droit de juger et de décider aux seuls Evêques et ministres, et l'ont, d'une manière impie et sacrilège, arraché au peuple, c'est-à-dire à l'Eglise-reine. " Un peu plus loin il s'en prend au roi Henri : "Et pour faire ici mention de mon Henri et des sophistes qui font dépendre leur foi de la durée des temps et de la multitude des hommes, tout d'abord on ne peut nier que ce soit depuis plus de mille ans que le droit en question a été tyranniquement ravi ; car dans le Concile de Nicée, le meilleur de tous cependant, on commençait déjà à faire des lois et à s'attribuer le droit susdit. " Et peu après il ajoute : " Il est hors de controverse que le droit de connaître de la doctrine, d'en juger ou de l'approuver réside en nous-mêmes, non dans les Conciles, chez les Pontifes, les Pères, les Docteurs. "
Je vous le demande, qui que.vous soyez qui lisez ces phrases, a-t-on jamais rien écrit de plus arrogant et de plus impudent ? Ce ne sont pas les Conciles, les Pontifes, les Pères, les Docteurs qui ont le droit de connaître et de juger des doctrines, mais le seul Luther ; bien mieux, le premier venu de la lie du peuple, pourvu qu'il soit luthérien (car j'imagine que c'est là le sens de Luther; autrement c'en serait fini de lui et de tous les luthériens, s'ils avouaient qu'il faut croire à Calvin et aux calvinistes au sujet de l'interprétation des Ecritures). Et s'ils ont ce droit parce que chrétiens, est-ce que les Pontifes, les Pères, les Docteurs ne sont pas aussi chrétiens ? Ils l'auront en tant que brebis, non en tant que pasteurs. Belle raison vraiment, qui en arrive à faire conduire, régir et juger le pasteur par sa brebis ! .
Cependant, insiste-t-on, le Christ a averti chacun de prendre garde aux faux prophètes.(Mt 7,15).Qui le nie ? Toutefois, est-ce parce qu'il veut que chacun juge de leur doctrine, comme le pense Luther ? Pas le moins du monde ; mais parce que chacun peut facilement se rendre compte de leur personne (comme nous le faisons, pour notre trop grand malheur, à l'égard des luthériens et des calvinistes) au moyen de leur fruits et de leurs œuvres (Mt 7,16) ; car ils viennent et ne sont pas envoyés, (Mt 7,15 ; Jer 14,14 ; 23,21) ils dispersent les brebis et divisent le troupeau, en sorte que, malgré leurs apparences de brebis, il est facile de reconnaître qu'ils sont au-dedans des loups ravisseurs.(Mt 7,15).
15. Ils nient que l'homme ait aucunement le libre arbitre, (Calvin Instit.2,.2,4 ; Controverses 2,8,2) et cela si impudemment, que Calvin accuse d'audace les Pères grecs et de fausseté les latins, parce que ceux-ci se sont presque toujours servis du mot de libre arbitre, et ceux-là du mot de pouvoir propre. " Ils ont, " dit-il, " parlé sur ce sujet trop en philosophes, eux qui se vantaient d'être les disciples du Christ. En effet, le mot de libre arbitre a toujours été en usage chez les Latins, comme si l'homme était encore dans l'intégrité de la justice originelle. Mais les Grecs n'ont pas eu honte d'employer une expression beaucoup plus arrogante, en parlant de pouvoir propre, comme si l'homme conservait le pouvoir sur lui-même, " etc. Luther, de son côté, avec une audace non moins grande, a intitulé un de ses livres : Du serf arbitre. (Contra Erasmus 7) [49]
Contre cette erreur, le bienheureux Augustin a déjà écrit autrefois abondamment (Libris tribus De liber.arbitr. ; libr.unic. De grat. Et liber.arbitr.ad Valent.tom.7 et epist.46), ex professo et en nombre d'endroits, mais toujours pour en revenir à la doctrine qu'il a une fois exposée en ces mots résumant bien sa constante et persévérante pensée : " Il y a donc un libre arbitre, et celui qui le nie n'est pas Catholique. "
16. Ils nient que les fidèles puissent pécher mortellement, parce que, dit Calvin (Instit.3,4,28), " les péchés des fidèles sont véniels ; la raison en est que, grâce à la miséricorde divine, il n'y a pas de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus (Rm 8,1), leurs péchés ne leur sont pas imputés, ils sont effacés par le pardon. " Comme si les imprécations et les reniements de Pierre à l'égard de son Maître, l'adultère et l'homicide de David, bien mieux, la désobéissance d'Adam et d'Eve n'avaient pas été des péchés mortels ! Qu'a donc voulu dire celui qui, dans l'Apocalypse (Ap 3,1), a. adressé ces paroles à l'Evêque : Tu as un nom de vivant, et tu es mort ? Pourquoi donc David a-t-il, au prix de tant de larmes, de tant de sanglots, demandé que son péché fût effacé, qu'un cœur nouveau fût créé en lui, qu'il fût lavé de son iniquité, purifié de son péché (Ps 1,3 sq), si, puisqu'il était fidèle, (Ps 1,3-12) il n'avait à craindre aucune condamnation, aucune imputation de péché ?
17. Ils nient l'existence, comme Sacrements, de la Confirmation, de l'Ordre, du Mariage, de l'Extrême-Onction et de l'Absolution, et cela contre l'enseignement de la Sainte Ecriture en tant d'endroits. (Ac 8,15 ; 19,2 ; 1 Tm 4,14 ; 2 Tm 1,6 ; Ep 5,32 ; Jc 6,14 ; Jn 20,22) Mais rien n'est plus digne de ces grands théologiens que ce qu'affirme Calvin (Instit. 4,19, 4 sq), lorsqu'il dit que certains de ces Sacrements ont existé au temps des Apôtres, qui cependant n'existent plus aujourd'hui; comme si les Sacrements n'avaient été institués que pour un temps, non pour tout le temps que devait durer l'Eglise elle-même, c'est-à-dire jusqu'à la consommation des siècles !
18. Ils admettent, il est vrai, les deux autres Sacrements, le Baptême et l'Eucharistie, en niant toutefois l'efficacité du Baptême à remettre les péchés. S'il faut, en effet, en croire Calvin, l'eau duBaptême n'opère pas " notre ablution et notre salut" (Instit. 4,15, 2 et 10), ne contient pas " en soi la vertu de purifier, de régénérer et de renouveler. " Tout ceci cependant est affirmé très clairement par l'Apôtre Paul dans son Epîre à Tite, lorsqu'il dit que le Christ nous a sauvés par le bain de la régenération (Tt 3,5).C'est aussi ce qu'a ordonné de croire le Concile de Nicée, et encore celui de Constantinople, et ce que l'Eglise universelle elle-même proclame en chantant cette solennelle affirmation : " Je confesse un Baptême pour la rémission des péchés. "
19. Ils nient que les fils des fidèles naissent enfants de colère (Ep 2,4), ou soumis à la damnation, même avant le Baptême. Voici, en effet, ce que dit Calvin (Instit. 4,16,24) : " L'enfant d'un fidèle, dès le sein, de sa. mère est compris dans l'alliance par droit héréditaire, selon la formule de la promesse. " Comme si vraiment l'Apôtre ne s'écriait pas : Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité (Rm ,8).Or, la promesse n'a nulle part été faite à ceux qui sont nés du sang, ou de la volonté de l' homme, ou de la volonté de la chair ;mais seulement à ceux qui renaissent de l'eau et de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire qui sont nés de Dieu (Jn 1,13 ; 3,5).Personne ne doute que Paul, et encore moins le roi David, n'aient été engendrés par des parents fidèles ; et cependant ils n'hésitèrent pas à se confesser, le dernier, conçu dans le péché (Ps 1,7), le premier, enfant de colère par nature (Ep 2,4). Sur ce sujet il existe une importante déclaration de saint Augustin (Ep 28) : " Celui qui dit que dans le Christ sont vivifiés même les enfants qui quittent la vie sans avoir reçu le Sacrement, celui-là va certainement contre la prédication des Apôtres et condamne toute l'Eglise, à laquelle on s'empresse de courir pour faire baptiser les enfants, précisément parce qu'on croit sans. hésitation qu'ils ne peuvent en aucune autre façon être vivifiés. dans le Christ. " De même saint Jérome écrit (Ep 107 ad Laetam), après Tertullien (Contra Gentes) : " On ne naît pas chrétien, on le devient. "
Cependant, c'est une opinion bien peu sévère que celle des catholiques au sujet des enfants non baptisés, auxquels ne peut être imputé d'autre péché que le péché originel : à savoir, qu'ils sont. condamnés à la peine du dam seulement, non à celle du sens, et. qu'ils jouissent d'un bonheur naturel le plus grand possible en qualité et en quantité, en sorte qu'ils rendent gloire à Dieu pour sa justice, non seulement vindicative, mais aussi distributive.
20. Ils nient que dans l'Eucharistie le corps du Christ, vrai et réel, soit vraiment et réellement présent, et soit contenu sous les espèces du pain et du vin. C'est, en effet, ici l'enseignement paradoxal sur lequel Calvin et les calvinistes reviennent sans cesse (Instit.4,17,10 sq) ; ce qui les fait appeler par tout le monde les Sacramentaires, caractéristique qui leur est attribuée en propre et les distingue, parce qu'ils imaginent et inventent un Sacrement sans la chose de ce Sacrement. Sous ce nom ils sont, non seulement condamnés par tous les orthodoxes, mais encore rejetés même par les luthériens, comme perfides, rebelles et hérétiques.
A cette négation, ou plutôt à cet enfantillage des sacramentaires, s'oppose diamétralement cette parole du Christ, plus claire que le soleil, plus inébranlable que le firmament : Ceci est mon corps (Mt 26,26). Un jour Luther, à une époque où cependant il avait déjà abandonné entièrement toute retenue, fut invité à attaquer la parole en question ; mais il eut honte, cette fois, de l'attaquer, et confessa qu'elle était trop forte. De peur toutefois qu'on ne crût qu'il avait apporté un tempérament à son impudence passée et, de bon gré ou par bassesse, adopté l'opinion de l'Eglise Romaine, [50] il protesta qu'il eût volontiers rejeté cette opinion, s'il, avait aperçu la moindre possibilité de nier avec audace ce que le Christ avait affirmé d'une manière aussi ouverte et aussi constante. Il se contenta donc de nier la transsubstantiation, de façon à offrir à ses partisans un Christ présent dans le pain. ("Impanation" – De captivitate Babylonis Ecclesiae).
Quant aux sacramentaires, qui se croient d'autant plus subtils qu'ils sont en fait plus impudents, bonté de Dieu ! à quelle abondance follement variée d'opinions et d'expressions ne se sont-ils pas laissés aller lorsqu'ils se sont efforcés d'expliquer les paroles du Christ ! Ici la confusion a été plus grande, semble-t-il, que celle que nous lisons avoir régné parmi les bâtisseurs de la tour de Babylone (Gn 11,7). C'est à ce point que le très illustre Claude de Sainctes, évêque d'Evreux, dans son excellent ouvrage De Eucharistia,[51] a pu parfaitement tirer de leurs livres jusqu'à quatre-vingt-quatre interprétations fort différentes. Si on y joint toutes celles qui ont été surajoutées depuis, on n'en trouve pas moins de deux cents, et non seulement diverses, mais aussi, ce qui ne peut manquer d'arriver dans un mensonge de cette importance, presque toutes se contredisant mutuellement. Ceci ne s'est pas produit sans un jugement atdmirable et profondément sage du Dieu très bon et très grand : il fallait, en effet, que ceux qui ont osé, par cette épouvantable négation allant à l'encontre de la parole divine, violer et profaner un si grand Sacrement, un si parfait symbole d'unité, fussent précipités par là même dans un abîme de division.
Parmi ce déluge d'opinions calvinistes, deux paraissent être plus plausibles que les autres si nombreuses. L'une est celle qui introduit dans les paroles du Christ une façon de parler métaphorique, et prend le verbe êtree dans le sens de signifier(cf n° VI p.28).L'autre est celle qui, pour ne pas avoir l'air de s'écarter même matériellement des paroles du Christ, admet que son vrai corps se trouve dans le Sacrement de l'Eucharistie, mais par la foi, non par une présence réelle et corporelle qui précéderait la manducation ; en somme, qu'il s'y trouve sans s'y trouver, et que cette présence n'est vraie qu'en imagination. Que peut-on émettre de plus sot, de plus insensé que cette dernière interprétation ?
Quant à la première, [ses misérables défenseurs méritent vraiment d'être plutôt renvoyés à l'école de grammaire qu'à celle de théologie, pour y recevoir les verges toutes les fois qu'ils nieront que le verbe être désigne la vérité de la substance, non sa simple signification.] Mais que diraient ces partisans de métaphores s'ils avaient vu le texte hébraïque de saint Matthieu ? Ce dernier, qui a écrit son Evangile dans la langue même dont se servait Notre Seigneur Jésus-Christ lorsqu'il instituait le Sacrement et lorsqu'il conversait avec les hommes sur terre, a dû nous transmettre la formule d'institution qui mérite d'être préférée aux autres et doit fixer davantage notre attention. Or, voici ses expressions : Prenez et mangez ce mien corps, (Mt 26,26) sans addition du verbe être ou de tout autre semblable auquel les sacramentaires puissent substituer et nous imposer leur signifie. Cela admis, il reste en outre certainement manifeste que l'addition du verbe grec substantif (est), faite d'un commun accord par tous les autres Evangélistes (Mc 14,22 ; Lc 22,19) et par saint Paul (celui-ci d'après l'enseignement, non de ses collègues en apostolat, mais du Seigneur déjà monté au Ciel), que cette addition, disons-nous, n'a pas été, faite dans le but d'aplanir la voie. A l'interprétation mensongère ci-dessus et de faire croire qu'ils voulaient donner au verbe est le sens de signifie, mais pour exprimer plus ouvertement le même sens que saint Matthieu a exprimé dans la langue maternelle du Christ. Ils ont pour cela ajouté le verbe substantif au pronom ce, démonstratif de la substance, au nom substantif corps, et à l'adjectif dépendant mien, qui indique très énergiquement la personne elle-même du Christ ; de même ils ont ajouté le relatif qui, dont la portée naturelle, comme le savent tous les grammairiens, est d'exprimer une relation avec la substance. En sorte qu'il est impossible à personne, devant tant de mots réunis qui n'expriment que la substance et la vérité de la substance, de douter de l'intention que Notre -Seigneur Jésus-Christ a eue, en instituant son Sacrement [52], de parler de son corps véritable et réel, celui-là même qui ensuite fut donné et livré pour nous sur la croix, non en figure et signification, mais vraiment et réellement, afin que toutes les figures de l'Ancien Testament prissent fin avec la consommation de l'œuvre de la rédemption.
Ajoutons ces paroles si fortes de saint Paul : Car celui qui mange ou boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, en ne discernant pas le corps du Seigneur. Qu'a-t-on pu écrire de plus clair, soit pour exclure le sens mensonger de simple figure et signification, soit pour éliminer l'autre interprétation qui met la vérité du corps du Christ dans la foi du communiant, non dans la vérité du Sacrement, et attribue ainsi plus de valeur à la foi du communiant qu'à la puissance de Celui qui a institué le Sacrement ? Comment, en effet, communier plus indignement qu'en ne croyant point à la présence du corps du Christ ? Or, même celui qui mange et boit indignement, ne mange et boit sa propre condamnation que parce qu'il ne discerne pas le corps du Seigneur. Donc, le vrai corps du Seigneur est là, même s'il est mangé indignement et par un infidèle. Pour enlever tout doute à ce sujet, nous avons un grand nombre de miracles, attestés en de multiples relations historiques, où telle ou telle hostie consacrée, sacrilègement profanée, ici par un Juif perfide, là par un hérétique impie, a répandu du sang : miracles dont la vérité apparaît encore de nos jours aux yeux des habitants de Paris, de Dijon et de nombreux endroits de l'univers chrétien [53].
Du très saint Sacrifice de la Messe
21. Ils nient qu'il y ait dans l'Eglise du Christ un vrai sacrifice, un sacrifice méritant proprement ce nom. Tous les hérétiques de ce temps sont d'accord sur cette négation, et pensent avoir pleinement atteint leur but s'ils enlèvent à notre religion un sacrifice, sans lequel cependant la religion ne peut pas plus subsister que sans Dieu. Tous aussi, par le fait même, s'éloignent de l'enseignement exprès de Dieu et de la foi de tous les anciens Pères et de tous les chrétiens. Quoi de plus clair, en effet, que ces paroles : Ceci est mon corps qui est donné pour vous (Lc 22,19); Ceci est mon sang qui est répandu pour vous et pour plusieurs (Mt 26,28 ; Lc 22,20) en rémission des péchés (Mt id) ? Sans nul doute, ce corps très saint est donné, non pas seulement à nous en Sacrement, mais aussi pour nous en Sacrifice.(S1, serm 26) Mais à qui serait-il donné pour nous, si ce n'était au Père tout-puissant ? Et pour que personne ne puisse penser que c'est bien un sacrifice, mais non une hostie de propitiation, le Christ a ajouté en propres termes : en rémission des pidés. Je laisse de côté l'annonce faite par le Prophète Malachie, d'une oblation pure (Ml 1,11) qui serait offerte dans le monde entier ; j'omets bien d'autres très solides arguments scripturaires que les théologiens, eux, n'omettent pas. Notre foi est surabondamment établie par la parole ci-dessus, prononcée par la bouche du Seigneur,(Is 58,14)qui prouve avec la plus grande force et évidence que l'Eucharistie n'est pas uniquement un Sacrement devant nous être présenté, mais encore un Sacrifice devant être offert pour nous.
Qu'est-ce donc qui a pu pousser ces malheureux à obscurcir de leurs balivernes la splendeur des paroles du Christ ? Je le dirai en peu de mots, laissant aux théologiens le soin de développer l'argument. Je me contenterai de mentionner cette affirmation retentissante des novateurs, que ceux-ci présentent comme quelque chose de nouveau et d'inouï pour nous ; à savoir, qu'il y a une oblation unique, par laquelle le Christ a procuré la perfection pour toujours à ceux qui sont sanctifiés. (He 10,14) Ils en déduisent qu'il n'est pas besoin que le Christ s'offre plus souvent. Mais alors, dira quelqu'un, ces hérétiques renversent le sacrifice de l'autel en se basant sur le sacrifice da la Croix; qui peut vraiment croire cela ? Tu es dans le vrai en tirant une semblable conclusion ; car la coutume ordinaire de ces hérétiques est de détruire une vérité par une vérité. Tant est juste ce que Tertullien (adversus Praxeam 1,2, 178) a écrit : " Le démon a varié ses moyens pour attaquer la vérité ; il a parfois affecté de la défendre pour l'abattre. " Pareilles sont ces autres conclusions de nos hérétiques : La foi justifie, (Ga 3,8) donc la charité ne justifie pas ; la justice du Christ nous est imputée (Rm 4,22), donc il n'y a en nous aucune justice ; le Christ a mérité pour nous, donc nous n'avons aucun mérite ; le Christ est souverain Pontife (He 4,14 ; 5,5 ; 6,20 ; 7,26 ; 8,1 ; 9,11), donc il n'y a dans l'Eglise aucun souverain Pontife, vicaire du Christ ; le Christ est l'unique médiateur de rédemption, donc il n'existe aucun médiateur d'intercession ; le Christ a jeûné pour nous (Mt 4,2), donc nous ne devons pas jeûner ; enfin, pour ne pas tout énumérer, le. Sacrement est un signe, donc dans le Sacrement il n'y a aucune réalité. Tout cela parait quelque chose de grand et de plausible aux yeux du vulgaire ignorant. Et si vous ajoutez : le Christ est ressuscité et il est monté aux cieux (1 Co15,20 ; 2 Co 5,15) pour tous les fidèles et les élus, donc personne. ne ressuscitera et ne montera aux cieux, le vulgaire le croira aussi, pourvu toutefois que ce soit Luther ou Calvin qui l'affirme ; c'est, en effet, par un argument de même sorte que le leur que s'obtient ce dernier mensonge.
Mais auprès des savants et de ceux qui sont davantage versés dans la connaissance, soit de la théologie, soit de la logique, tous ces raisonnements sont parfaitement ridicules ; car les gens instruits savent qu'il nous faut, au contraire, raisonner ainsi : La foi justifie, donc bien plus la charité justifie, elle sans laquelle la foi est morte (Jc 2,17) : la justice du Christ nous est imputée, donc une réelle et vraie justice est produite en nous ; le Christ a mérité pour nous, donc nous avons des mérites que nous ont valus les mérites du Christ ; le Christ est souverain Pontife, donc parmi ceux qui pour le moment le remplacent, il faut qu'il y en ait un qui soit souverain Pontife ; le Christ est l'unique médiateur de rédemption, donc il peut et il doit y avoir de nombreux médiateurs d'intercession, qui, avec nous et pour nous, implorent de lui qu'il nous applique le prix et l'efficacité de sa rédemption ; le Christ a jeûné pour nous, donc à plus forte raison devons-nous jeûner à son exemple et imitation ; le Christ est ressuscité et monté aux cieux, donc nous aussi, si nous sommes non pas seulement fidèles, mais aussi élus, nous ressusciterons et monterons aux cieux, selon le raisonnement de Paul dans son Epître aux Thessaloniciens (1Th 4,13); enfin, il y a un signe dans le Sacrement, donc il faut que la chose signifiée y soit aussi.
De même, pour arriver à. ce qui nous occupe, de ce que le Christ s'est offert lui-même en sacrifice sur la croix, concluons plutôt qu'il s'est aussi offert en sacrifice dans l'Eucharistie, but évident de recommander et appliquer le premier sacrifice par le second. Il est très vrai que par le sacrifice de la Croix tout a été consommé et qu'il n'est nul besoin d'une nouvelle oblation ; toutefois il n'est pas moins vrai que l'Eucharistie est un sacrifice : il n'y a pas, en effet, deux sacrifices, celui de la Croix et celui de l'autel, mais un seul, parce que, d'un côté comme de l'autre, c'est une même chose qui est offerte, par un même sacrificateur, à une même fin et au même Père. Car c'est le même Christ qui, de part et d'autre, offre et est offert ; c'est le seul Père céleste à qui est faite l'offrande, et cela pour la seule rémission des péchés (Mt 26,28)et sanctification du nom de Dieu. Par conséquent, la différence n'est que dans la manière et la forme, puisque, comme nous l'avons dit, la chose offerte est le même Christ ; mais sur la croix il est offert dans sa propre apparence et forme, d'une manière sanglante, tandis que dans l'Eucharistie, il l'est sous l'espèce du pain et du vin, selon l'ordre de Melchisédech,(Ps 109,4 ; He 6 et 7)d'une manière non sanglante. La fin pour laquelle il est offert est la même des deux côtés : à savoir, la rémission des péchés : mais elle n'est pas atteinte de la même façon dans l'un et l"autre cas, attendu que sur la croix la rémission se fait par une rédemption, satisfaction et réparation sans bornes, tandis que sur l'autel, elle se fait par l'usufruit et l'application de cette rédemption, de cette satisfaction, de cette réparation. C'est le même Christ qui s'offre lui-même, mais sur la croix, c'est sans le ministère d'un autre prêtre inférieur ; sur l'autel, c'est non seulement par lui-même, comme au jour de l'institution [du Sacrement], mais aussi par les co-ministres de son sacerdoce établi par lui selon l'ordre de Melchisédech, qu'il a voulu être offert en tout lieu comme une oblation pure.(Ml 1,11).C'est un même Dieu à qui l'offrande est faite, mais sur la croix, c'est à un Dieu irrité et courroucé contre tout le genre humain ; dans l'Eucharistie, c'est à un Dieu apaisé et favorable, tout disposé à faire du bien à ceux auxquels est appliqué le fruit du premier sacrifice de la Croix.
Par suite, le sacrifice de la Messe n'est pas différent, mais est le même que celui de la Croix, bien loin de lui être contraire. Il n'est pas tant la répétition de l'offrande faite sur la croix, que sa continuation et sa reproduction persévérante, puisque l'acte de volonté, par lequel le Christ Rédempteur s'est offert et s'offre pour toujours au Père, est unique, perpétuel et très constant. De manière que cette oblation s'opère, de la part du Christ, non plusieurs fois ou par des actes réitérés, mais par un. acte unique que ne vient interrompre aucune cessation, bien que, par rapport à nous et à notre ministère, et par rapport aux actes extérieurs, cette oblation soit plutôt répétée que continue, tout en méritant toujours d'être considérée comme une même oblation. Ainsi le soleil, par un acte unique et continu, offre et communique sa lumière au monde inférieur, et n'est aucunement affecté en lui-même par l'alternance des nuits et des jours, bien que, par rapport à nous, la diversité des nuits et des jours nous fasse distinguer en lui un cours sans cesse recommencé dans son unité. Ainsi donc, celui qui dirait que le sacrifice de la Messe et celui de la Croix sont des sacrifices, dirait vrai à cause de la forme et des modes divers de la double offrande ; mais il est bien mieux et non moins vrai, tout au contraire plus vrai, de parler d'un seul sacrifice, à cause de l'identité, pour ainsi dire, de Celui qui à la fois offre et est offert, de Celui à qui il est offert et de la fin pour laquelle il est offert. C'est comme pour le soleil : celui qui parlera d'un seul, à cause de l'unité indivise de la substance du soleil, s'exprimera avec plus de vérité que celui qui, à cause de la distinction des jours, estimera devoir parler de plusieurs soleils. Tout ceci soit dit en passant.
Mais qui ne voit la duperie de Satan ? Les disciples de celui-ci (car en cette matière Luther se donne pour tel) font disparaître et détruisent le sacrifice de la Messe, comme pour reporter toute la vertu du salut du côté du sacrifice de la Croix. Cependant, lorsqu'ils passent au sacrifice de la Croix, ils lui enlèvent toute force et vertu, en affirmant, comme nous l'avons dit ci-dessus, que rien n'a été fait par lui, et ils réduisent toute l'œuvre de notre rédemption à je ne sais quels supplices de l'enfer dont il n'est pas fait la moindre mention dans l'Ecriture tout entière (Controv 2,8,4). Cela montre bien que tout leur plan est de mépriser une chose et de rejeter l'autre.
Dupouvoir des Pasteurs
22. Ils nient que le Christ notre Seigneur ait donné aux pasteurs de l'Eglise le pouvoir de remettre et d'absoudre les péchés. (Calvin Instit. 4,19, §14,16,17) Cependant les paroles du Sauveur, par lesquelles il affirme ce pouvoir, sont plus claires que le jour dans l'Evangile de saint Matthieu (Mt 16,19 ; 18,18) et de saint Jean (Jn 20,22).
De 1a descente du Christ aux enfers
23.Ils nient que le Christ soit descendu aux enfers vraiment et dans un sens historique, et disent qu'il y est seulement descendu mystiquement et dans un sens métaphorique, (Instit.2,16,9 et 10) bien qu'il soit écrit en termes très exprès dans le Symbole des Apôtres : " Il est descendu aux enfers. " Comme si le Symbole des Apôtres avait été conçu et avait dû être conçu en des termes de sens si difficile et si caché que jusqu'ici personne, hormis Calvin, n'ait pu le saisir ou le deviner, et non plutôt en ces termes faciles qui ont pour tout chrétien un sens obvie (Controv. 2,8,3) Combien elle est éloignée de l'interprétation calviniste cette exclamation de saint Paul aux Ephésiens : O que signifie : Il est monté, sinon qu'il était d'abord descendu dans les régions intérieures de la terre ? (Ep 4,9)
24. Ils nient que les bienheureux Saints doivent être invoqués par nous, et conséquemment ils nient que Dieu ait permis aucun commerce de nous à eux ou d'eux à nous : en quoi ils détruisent, autant qu'ils le peuvent, cette " communion des Saints " que tous les Apôtres ont enseignée d'une même voix. En voulant ramener cette communion à l'union d'une même foi avec nous, Calvin (Instit.3,20,21 et 24) agit en homme très ignorant et très irréfléchi, puisque les Saints, étant en possession de la béatitude, ne doivent plus être appelés croyants, mais voyants : la foi, en effet, au témoignage de l'Apôtre, disparaît dans les Bienheureux (1 Co 13,10).
25. Ils nient que les Saints s'occupent de nous et connaissent ce qui nous intéresse (Controv. 2,8,4) " Qui donc," écrit Calvin, " a-t-il révélé qu'ils aient des oreilles assez longues pour écouter nos voix ? " Qu'il me soit plus justement permis de m'écrier : Qui donc pourrait croire que Calvin ait une âme assez méchante et assez stupide, pour mesurer l'ouïe des esprits bienheureux à la longueur de leurs oreilles ? Le Christ n'a-t-il pas lui-même révélé que même les Anges dans le ciel se réjouissent du repentir des pécheurs ? (Lc 15,10) Mais comment peuvent-ils s'en réjouir s'ils ne le connaissent pas ? Et s'ils le connaissent, avec quelles oreilles l'ont-ils appris ? C'est, en effet, avec les mêmes oreilles que les âmes des Saints perçoivent nos voix, étant égaux aux Anges quant aux oreilles, aux yeux, aux mains et aux pieds, selon cette parole du Christ notre Seigneur (Lc 20,36) : Ils seront semblables aux Anges de Dieu. (Aug. De cura prro mort. Agend. c.1)
26. Ils nient que nous devions. nous occuper des morts ; ils nient que les âmes des défunts soient aidées par les prières des vivants, et qu'il soit laissé aux morts un lieu où ils puissent obtenir la rémission de leurs péchés.(Instit. 3,5) A cette négation s'oppose le très éclatant témoignage de l'Ecriture dans les Livres des Machabées (2 M 12,46) : Elle est sainte et salutaire, dit le Saint-Esprit, la pensée de prier pour les défunts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés ; celui aussi du Christ lui-même, disant dans l'Evangile, (Mt 12,32) que certains péchés ne sont remis ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. Il n'aurait pas parlé ainsi, s'il n'y avait eu certains péchés qui sont aussi remis dans le siècle futur, chose que même le païen Platon (Phaedo 62) n'a pas ignorée, lui qui, à la seule lumière de la raison naturelle, a admis le Purgatoire. Et saint Augustin, dans tout son livre intitulé : De la sollicitude que nous devons exercer envers les morts, a-t-il fait autre chose que nous apprendre, par le titre même du livre, que les prières des vivants aident ceux qui sont morts dans le Christ ? (Controv. 3,2,1 et 5 et 6 ; 3,9).
II
AFFIRMATIONS DES NOVATEURS
Ces nieurs nient tout cela, et encore d'autres points presque innombrables de la foi antique et catholique. Et si, en outre, ils ont l'air d'affirmer quelque chose au sujet de ce que nous croyons en commun avec eux, c'est d'une manière privative, putative et chimérique. L'art de nier leur plaît tellement, que même en affirmant ils nient et, suivant la parole de Tertullien rapportée plus haut, " tout en croyant, ils ne croient pas. " Je vais exposer séparément quelques-uns des points qui s'offrent à nous.
1. Ils affirment que Dieu, non seulement permet, mais déchaîne, veut et opère en réalité la mauvaise volonté de l'homme. Et Calvin ne rougit pas de taxer saint Augustin de superstition, (Instit. 2,4,3) parce qu'il rapporte à la seule " prescience " et permission " de Dieu l'aveuglement et l'endurcissement " du pécheur. Dans le même endroit il soutient en propres termes que Dieu, " par le ministre de sa colère, Satan, " dirige " les desseins " des impies "jusqu'au but vers lequel " il lui a plu d'exciter " les volontés et " d'affermir " les efforts ". Prenant son exemple dans le cas de Séhon, (Nb 21,21) roi des Amorrhéens, il dit (Instit. 2,4,3) : " Par conséquent, Dieu voulant le perdre, l'obstination de son cœur fut la préparation divine à sa ruine. " Il affirme aussi que Satan, lorsqu'il pousse les hommes au péché, " est plutôt l'instrument " dont se sert Dieu " pour agir, qu'un agent agissant de soi-même. J'avoue, " dit-il, (Instit. 3,23,4) " que tous les fils d'Adam sont tombés dans ce malheur, " (il parle du péché) " et cela doit être en définitive, comme je le disais en commençant, attribué au seul libre arbitre de la volonté divine. " Tout aussitôt il attaque ceux qui " ne veulent pas attribuer à un décret divin la perte d'Adam par suite de sa défection. " Parlant ensuite des damnés : " C'est de la prédestination de Dieu, " dit-il, " que dépend leur perdition. " De nouveau : " L'homme tombe, la providence de Dieu en ordonnant ainsi. " Bien plus, il appelle " œuvre de Dieu " (Instit. 1,18,1 ; cf Controv. 2, 8 11) l'inceste commis par Absalon et les mauvais traitements infligés aux Juifs par les Chaldéens. (Jr 50,25) Ailleurs il s'exprime ainsi : " J'ai déjà montré assez clairement que Dieu est appelé l'auteur de tout ce que ces censeurs veulent attribuer à sa vaine permission. "
Par une si abominable affirmation ils enlèvent à la volonté du Dieu très bon et très grand son immense bonté, et en nient la force, l'efficacité et la solidité, le péché consistant, non dans une efficience, mais dans une déficience, et vouloir le péché étant par conséquent déficience et non efficience. Cependant toute l'Ecriture enseigne que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés,(1 Tm 2,4)que personne ne périsse, (2 P 3,9) que Dieu a en haine le péché et l'iniquité, (Sg 14,9) que la perte des hommes vient d'eux-mêmes, mais de Dieu seulement leur bien et leur salut.(Os 13,9). Saint Augustin a cette belle expression : " Affirmer que la divine providence ne s'étend pas jusqu'aux choses de ce bas monde, ou que tous les maux sont commis par la volonté de Dieu, sont deux propositions impies ; mais la seconde l'est davantage. " (Aug. De Ordin. 1,1 ; De spirit. et lit. 31 ; De Civit Dei 5,9 et 10,14 De libero arbitrio passim et 2) Quant à saint Basile, il a prononcé un discours entier sur ce sujet : " Dieu n'est pas l'auteur des maux. " (P.G. 31).
De la rémission des péchés
2. Ils affirment que la rémission des péchés se fait par simple non-imputation, (Calvin Instit. 3,4,18 ; 3,17,10) ce qui n'est pas autre chose que nier la vraie rémission des péchés. Ils ne veulent pas, en effet, que les péchés soient effacés, lavés, éloignés de nous, chassés; que l'âme soit purifiée, blanchie, lavée, illuminée; que le cœur soit nettoyé, créé, renouvelé (toutes choses que l'Ecriture affirme si souvent) : mais ils veulent .que les péchés restent, sans être cependant imputés ; qu'ils soient couverts, non effacés ; cachés, non enlevés. Comme si le Christ ne détruisait .pas, mais recouvrait seulement nos iniquités du manteau de son innocence et de sa justice (id 3,11,3 ; 3,14,12) ; de même que Rachel ne se défit pas de l'idole de son père, mais, en s'asseyant dessus et en l'entourant de son vêtement, la couvrit (Gn 31,34) et la conserva. Mais si le Père :a horreur du péché, le Fils n'en a pas moins horreur ; si le Père ne peut le tolérer et le voir sans s'irriter, le Fils non plus ne peut le .cacher ou le couvrir par sa justice. Il faut donc qu'il le couvre en l'effaçant et en le lavant, car rien ne peut être caché à Dieu (He 4,13) ou passer inaperçu à ses yeux, si ce n'est ce qui n'existe pas du tout.
De la justification.
3. Ils affirment que l'impie est justifié par la seule imputation de la justice du Christ, en sorte qu'il n'y a en nous aucune justice provenant du Christ, mais que nous est seulement imputée celle qui est dans le Christ, non en nous. (Calvin Instit. 3,11,3 et passim). Par cette affirmation ils nient la force et l'efficacité de la justice du Christ, qui se montre surtout en ce qu'elle nous est utile non seulement par son imputation, mais par une dérivation et une infusion d'une justice formelle dans nos cœurs, en sorte que, non seulement nous soyons appelés enfants de Dieu, mais aussi que nous le soyons (2 Jn 3,1) ; que, par conséquent, nous ne soyons pas seulement justes de nom et de réputation, mais en réalité et en effet. De cela on trouve presque autant de témoignages que de paroles dans les Saintes Ecritures : La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (Rm 5,5) ; Vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur (Ep 5,8). Et l'invité qui a été chassé, l'a été, non parce que l'époux ou le fils du roi était dépourvu de la robe nuptiale, mais parce que lui-même ne l'avait pas (Mt 22,11) ; quant à l'enfant prodigue, le père ne s'est pas contenté de le couvrir de sa propre robe, maai il lui en a donné une neuve (Lc 15,22) ; et les Saints se promènent (au Ciel) en vêtements blancs, non pas simplement parce que l'Agneau est blanc, mais parce qu'ils ont blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. (Ap 7,13).
De la foi et de la charité
4. Ils affirment que la foi seule nous justifie, niant par cette affirmation que la charité et ses œuvres justifient en même temps (Calvin Instit.3,11,19 ; 3,17,10). A ce sujet il est admirable de voir avec quel élan contraire et avec quel effort opposé les Apôtres Paul et Jacques d'une part, Luther et Calvin de l'autre se combattent. " Par la foi, " dit Luther (ad Galat. 2,6), " l'homme devient Dieu; par la charité il reste un simple homme. " Paul, au contraire (1 Co 13,2) : Sans la charité, je ne suis rien. De nouveau Luther, au même endroit, se plaît dans ce délicieux argument, qui montre quel bon logicien il était : " La loi ne vient pas de la foi (Galat 3,12) ; .or, la loi n'ordonne pas autre chose que la charité ; donc la charité ne vient pas de la foi, mais est en combat avec elle. " Que répondez-vous à cela, grand Paul ? Quand j'aurais une foi assez grande pour transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. (1 Co 13,2). A son tour, Jacques : La foi sans les œuvres est morte (Jc 2,20) : or, les œuvres appartiennent à la charité : donc, sans la charité, la foi est morte, bien loin que la charité soit en contradiction avec la foi.
Le même Luther dit au même endroit : " Les effets, les obligations et les vertus de la charité sont contraires à la foi. " Et un peu plus loin : " La. charité, en effet, ou les œuvres qui la suivent ni n'informent la foi, ni ne l'ornent, mais ma foi informe et orne ma charité. " Paul, au contraire, déclare inutile la foi sans la charité, Jacques la déclare morte ; de plus, l'un et l'autre affirment que s'il fallait comparer entre elles les deux vertus, la charité l'emporterait sur la foi (1 Co 13, 13). Aussi est-ce avec raison que Luther s'étonne de lui-même et s'exclame ainsi (ad Galat 2,12) : " Cette théologie, qui est la nôtre, contraire à la raison, est étonnante et absurde, à savoir que je ne sois pas seulement sourd à la loi et délivré d'elle, mais que j'y sois entièrement mort. " Et un peu après : " Nous répondrons avec Paul que nous méritons le nom de justes par la seule foi dans le Christ, non par les œuvres de la loi ou la charité. " Où donc Paul a-t-il ajouté les mots : " ou la charité ", que tu ajoutes de toi-même, ô Luther ?
5. Ils affirment que toute œuvre bonne est un péché : telle est, en effet, la grande et habituelle proposition de Luther, qu'il enseigne ex professo en de nombreux passages. [54] Et pour empêcher quelqu'un qui aurait meilleure opinion de la bonté morale d'appliquer cette proposition aux simples actions moralement bonnes, Luther l'a expliquée par ces paroles plus claires (Confutation rationis Latomaniae ad praefat.): " Toute œuvre bonne est un péché dans les saints tant qu'ils sont viateurs. " Calvin, de son côté (Instit.3,14,9 et 10), soutient dans le même sens " que pas un seul acte n'est produit par les saint qui, s'il est examiné en soi, ne mérite une juste punition. " Ailleurs il ajoute (id 3,14,11 et Ant. Sess6 Conc.trid. ad c. 12 ; cf Controv. 2,8,11) : " Toute action d'un homme pieux, si elle était examinée au sévère jugement de Dieu, serait condamnable. "
A quoi donc aboutit cette affirmation, sinon à nier l'existence de toute œuvre bonne ? car, si elle est un péché, comment est-elle bonne ? Si elle est bonne, comment est-elle un péché ? Si ce qui est bon est un péché, donc le péché est chose bonne. Si le péché est chose bonne, donc Dieu défend de faire une chose bonne en dé fendant de faire le péché. D'un autre côté, si le bien est un péché, donc Dieu ordonne de faire le péché, puisqu'il ordonne de faire le bien. Et lui qui donnera à chacun selon ses œuvres (Mt 16,27 ; Rm 12,6), donnera un même traitement à tous, aux bons comme aux méchants : car. il faut qu'il inflige aussi une peine aux bons pour avoir péché en faisant le bien, ou qu'il donne la gloire aux méchants, leurs actes étant des péchés, tout autant que ceux des bons et des justes.
Que répondront nos hérétiques, si je leur demande non par quelle croyance, mais par quelles actions je mériterai de posséder la vie éternelle ? Répondront-ils par la parole du Christ au docteur de la loi : Tu aimeras ton Seigneur, etc.; fais cela, et tu vivras (Lc 10,25) ? Ils devront plutôt répondre : Ne fais rien, et tu ne pècheras pas. Si, en effet, il vaut mieux " travailler à son aise que de ne rien faire du tout, " comme disait Pline (Plin. Junior epist 1,9), n'est-il pas beaucoup plus sûr de ne rien faire que de mal agir et de pécher ? Ici, qui n'aperçoit dans cette espèce d'hommes une envie extraordinaire et continuelle de contredire ? Le bien, disent-ils, est le mal ; la lumière se confond avec les ténèbres, le chaud avec le froid. Nous leur dirons avec Paul (2 Co 6,15) : Quel accord y a-t-il entre la lumière et Bélial ?
6. Ils affirment que les commandements de Dieu ne peuvent être gardés (Controv.1,3,10). Par suite ils nient que nous soyons tenus ou liés par aucune loi ; car, suivant la règle de notre Droit (Codex Fabrianus 8,25,10,4), " les choses impossibles ne créent aucune obligation, " et personne ne peut justement exiger de nous plus que nous ne pouvons faire, sans être un bourreau excessivement dur et tyrannique. Mais vraiment, les commandements de Dieu, bien loin d'être impossibles à observer, le Christ les a appelés de sa propre bouche légers et suaves : Mon joug, dit-il, est doux, et mon fardeau léger (Mt 11, 30). Aussi David, Abraham, Job, Zacharie, Elisabeth, Jean-Baptiste ont-ils observé les préceptes de Dieu, comme le Saint-Esprit le déclare ouvertement dans les Saintes Ecritures. (Eccles.47,9 ; 44,20 ; Gn 18,19 ;22,12 ; Jb1,8 ; 2,3 ;Mt 11,9 ; Mc 6,20 ; Lc 1,17 ; 7,24).
Mais écoutons Luther dans son attitude de négateur : sa manière de s'exprimer est assez bien un aveu de mensonge. Voici ce .qu'il écrit (Comment.ad Galat. c.2): " Le chrétien, selon sa définition, est libéré de toute loi et n'est soumis à personne aucunement, ni au for interne ni au for externe. " De même : " Le ministre du péché, c'est tout simplement celui qui fait la loi ou en exige l'exécution, celui qui enseigne les bonnes œuvres et la charité, celui qui dit qu'il faut supporter la croix et les souffrances, imiter l'exemple du Christ et des Saints. Quiconque professe cela et y oblige est un ministre de loi, de péché (Galat. 2,17), de colère et de mort, la nature humaine étant dans l'impossibilité de suivre la loi, même s'il s'agit des justes qui possèdent le Saint-Esprit. " Et un peu plus loin : " Celui donc qui enseigne que la foi dans le Christ ne justifie qu'avec l'observation de la loi, celui-là fait du Christ un ministre de péché et un tyran cruel qui, comme Moïse, exige des choses impossibles que personne ne peut faire. " Même enseignement chez Calvin (Instit.7,5,sq), meilleur luthérien que théologien en cet article, aussi bien qu'en beaucoup d'autres.
Que l'incrédulité est seule un péché
7. Ils affirment que l'incrédulité est seule un péché. " Le Christ, " dit Luther (Resp. ad lib. Ambrosii Catharini. 2), " a ainsi ordonné les choses, qu'il n'existe aucun péché en dehors de l'incrédulité, et aucune justice si ce n'est la foi. ' Ailleurs (de captivit.Babyl.), il soutient âprement cette proposition : " Le baptisé, même en le voulant et au prix des plus grands péchés, ne peut perdre son salut, à moins qu'il renonce à la foi, parce que, " dit-il, " la foi enlève tous les péchés et empêche de pécher celui qui le voudrait. " Par cette affirmation ils nient de toute évidence que les impudicités les homicides, les parjures, les blasphèmes soient des péchés ; et cependant, c'est là une telle absurdité, que si quelqu'un ne la voit pas, jamais il ne trouyera quoi que ce soit d'absurde. Et, d'un autre côté, comment peuvent concorder entre elles ces propositions de Luther : " Toute œuvre bonne, même d'un croyant, même d'un juste, est un péché (Confutat.rationis Latomaniae) ; " et : " Aucun acte du juste, si ce n'est l'incrédulité, n'est un péché (Respons.ad lib.Ambr. Catharini) " ? Car si toute action bonne est un péché, comment aucune action mauvaise n'est-elle pas un péché ?
8. Ils affirment que les bonnes œuvres nuisent au salut, ou au moins lui sont une gêne. Luther, dans un certain sermon (Serm.in altera die Pentecostes), fait dire au Christ s'adressant aux fidèles : " Je suis l'unique porte (Jn 10,9)conduisant au Ciel. La voie est étroite, (Mt 7,14)il faut y entrer seul si tu veux y passer et pénétrer dans le rocher ; ceux qui sont tout garnis de leurs œuvres, comme les pèlerins de saint Jacques de leurs coquilles, n'y peuvent pénétrer ; si tu es chargé des lourdes pierres de tes œuvres, tu ne passeras pas avant de t'être déchargé de ton fardeau." Et ailleurs (Contra Latomum ; ad Galat.2) : "La justice de la loi, même du Décalogue, est impure et abolie par le Christ. " Qui t'a donc révélé, ô Luther, ces paroles du Christ ? Car tu ne les as pas trouvées dans l'Evangile, où rien n'est si fort recommandé par le Christ que l'observation des commandements (Mt 19,17 ; 20,1), si nous voulons entrer dans la vraie vie, et où il promet de donner une récompense, non aux croyants, mais aux ouvriers.
9. Ils affirment que les péchés ne sont aggravés par aucune circonstance. Luther, en effet, défend cette proposition parmi celles qu'il considère comme très certaines (Respons ad art Wormaciae damnatos, prop. 13) "Les circonstances des péchés, qu'il s'agisse des personnes (mères, filles, sœurs, parentes), du jour, du lieu, ou de tout ce qui est extérieur, sont égales et ne méritent pas qu'on s'en occupe. " Par quelle belle raison ? " Parce que le Christ n'a rien ordonné là-dessus dans ses lois. " Et ailleurs : " Pour les chrétiens, une seule circonstance compte, celle d'avoir péché contre son frère. (Mt 18,15). " Par cette affirmation ils nient l'inégalité des péchés, au moins dans le même genre de fautes. Qui donc, cependant, admettra une identité de malice pour la violation du lit nuptial du prochain, ou pour celle du lit nuptial paternel ? Faudra-t-il conclure que tuer son père ne soit pas plus grave que tuer son domestique, que vendre des colombes à un prix excessif dans le temple (Mt 21,12 ; Jn 2,14) ne soit pas plus grave que de le faire sur la place publique ? Pourquoi donc saint Paul fait-il tant de cas de la fornication de ce Corinthien, fornication si grave qu'il ne s'en rencontrerait pas de semblable même chez les gentils, puisqu'il s'agissait de quelqu'un qui osait violer la femme de son père ? (1 Co 5,1)
10.Ils affirment que les relations sexuelles sont nécessaires à tous, hommes ou femmes, si bien que personne ne peut vivre sans elles. Rh bien, m'est-il permis de citer les paroles de Luther ? Il est honteux vraiment de remuer un cloaque aussi infame ; mais si je ne reève pas ces propos personne, à mon avis, ne les croira.. Je ne les passerai pourtant pas tous en revue (qui en effet le pourrait ?), mais seulement quelques-uns, pris parmi ceux qui révèlent le lion à sa griffe. " Cette parole," dit-il (Serm de matrimo.habito Wittembergae anno 1522), "Croissez et multipliez " (Gn 1,28), n'est pas un précepte, mais plus qu'un précepte divin qu'il ne relève pas de nos forces ni de nous y opposer, ni de nous en abstenir, mais que c'est une chose aussi nécessaire, du fait que je suis un être humain, que de manger, de boire, de se soulager, de se moucher, de dormir ou d'être éveillé. La nature et ses penchants sont inscrits en nous, en même temps que les membres qui s'y rapportent.."
Un peu plus loin : " On trouve parfois " dit-il, " des épouses réfractaires qui, même si leur mari leur manifestait dix fois son désir, feraient la sourde oreille du fait de leur propre dureté. Sur ce point, il convient que le mari lui dise : Si toi tu ne veux pas, une autre y consentira ; quand la maîtresse ne veut pas, place à la servante ! Toutefois que le mari lance auparavant un deuxième et troisième avertissement." Peut-il y avoir, je vous prie, conseil plus éhonté que ce qu'une diabolique impudence a impudemment imaginer llà ?
Et encore est-il en cet endroit mesuré et modéré si l'on compare ce qu'il dit là avec ce qu'il écrit ailleurs ; car non content de s'exprimer dans les mêmes termes il y ajoute certains propos si obscènes, à propos des dérèglements charnels de l'un et l'autre sexe et zen particulier des femmes, que l'on ne peut sans honte et sans vergogne prêter les yeux ni les oreilles à de telles manifestations d'impudence, ni non plus les rapporter.
D'ailleurs, par une affirmation aussi absurde que celle-ci et plus digne d'un satyre que d'un homme, ils déclarent que les conseils du Christ (Mt 19,9 ; 5,27) et de Paul (1 Co 7,1 sq) lorsqu'ils recommandent d'observer la chasteté, de ne pas contracter de nouveau mariage, de faire le choix d'une continence volontaire pour le Royaume de Dieu, de ne pas approcher de femme, ces préceptes sont impossibles à respecter et font gravement injure aux jeunes filles non promises encore au mariage, aux veuves et aux autres qui ne sont pas pourvu de mari. Car si elles ne peuvent pas plus s'abstenir du plaisir que de manger et de boire, ceseront des courtisanes et des danseuses de mime. En vérité, pourquoi Luther cherche-t-il à refuser la continence à la nature humaine, puisque celle ci ne peut s'obtenir que par le Christ et dans le Christ ? Mais cependant, le Christ ouvre à celui qui frappe et exauce celui qui demande (Mt 7,7), pour que tous puissent dire avec l'Apôtre : Je peux tout en celui qui me fortifie (Ph 4,13) , le Christ, dont la puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. (2 Co 12,9). (Traduction : Mme Pochat, Menthon St Bernard, 74 )
11. Ils affirment que tous les Pasteurs de l'Eglise sont égaux. qu'aucun d'eux n'est supérieur à un autre, de telle sorte qu'il n'y a pas du tout lieu, entre eux, à distinction et à hiérarchie. Ils nient par là l'unité de la hiérarchie ecclésiastique, dans laquelle le Christ a, par l'Esprit-Saint, établi des Evêques pour régir l'Eglise de Dieu (Ac 20,28); ils contredisent aux témoignages unanimes de Cyprien (De unit. Eccles. Et simplic.Praelat.), d'Augustin (De unit.Eccles.), de Chrysostome (De Sacerdotio), de Denys (De Eccles.Heirarch.), et aussi de tous les Conciles, lesquels, depuis le premier jusqu'au dernier, accordent un honneur spécial et une mission spéciale aux Evêques. Parmi ces derniers, le Pontife Romain est " établi chef, pour enlever toute occasion de schisme, (S.Hier. in Jov. 1,26) " et pour que le corps de l'Eglise, au moyen du rattachement bien ordonné des membres entre eux, fasse un tout unique sous l'unique Chef suprême, le Christ Jésus. (Ep.1,22 ; 4,15 ; Col 1,8 ; 2,19)
De la certitude de la grâce et de la rémission des péché.
12. Ils affirment que tous les fidèles doivent croire avec pleine certitude que leurs péchés leur ont été remis et qu'ils sont dans la grâce de Dieu.(Luther Assert.contra Bullam Leonis X art10 et 11 ; Ep.ad Galatas 4 ; Calvin Instit. 9,2,16 sq) Par cette affirmation, ils nient l'enseignement de toute l'Ecriture, à savoir, que nous devons faire notre salut avec crainte et tremblement, nous efforcer de rendre certaine notre vocation par les bonnes œuvres,(Ph 2,12 ; 2 P 1,10)et ne pas être sans crainte au sujet du péché même pardonné.(Eccli 5,5).
13. Ils affirment que la justice est le bien propre des élus, en sorte que, l'ayant obtenue une fois, ils ne peuvent plus jamais la perdre (Instit.3,3,11). Par cette affirmation, de nouveau ils enlèvent toute crainte aux fidèles, de façon à remplacer l'espérance et la confiance, dignes d'un chrétien, par la présomption et l'impudence. En outre ils nient et renversent ce que l'Ecriture dit de la bonté et de la justice de Saül et de Salomon (1 R 9,2 ; 3 R 3,3), puisque nous sommes très certains de la réprobation du premier et très incertains du salut du second. Mais que répondront-ils à cette parole d'Ezéchiel (Ez 18,24) : Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, toute sa justice on ne s'en souviendra plus ? Que signifie ce que le Christ ordonne d'écrire à l'Evêque de Philadelphie : Tiens ce que tu as, de peur qu'un autre ne reçoive ta couronne(Ap 3,11) ? Quant à l'Apôtre Paul, bien que fidèle, et même très fidèle, que ne fait-il pas pour qu'après avoir prêché aux autres, il ne soit lui-même réprouvé (1 Co 9,27) ?
Mais écoutons, je vous prie, au moyen de quelle belle et juste comparaison Calvin (Instit.4,17,2) explique sa doctrine : " Il suit de là que nous " devons " nous promettre avec certitude que la vie éternelle est nôtre, puisque» le Christ 3 en a hérité, et que le royaume des Cieux, où il est déjà entré, ne peut pas plus nous manquer qu'à lui-même. Nous ne pouvons de nouveau être condamnés pour nos péchés, puisqu'il a voulu se les faire imputer comme s'ils étaient siens. 3 Toutefois, en cet endroit il faut remarquer que dans les premières éditions, surtout françaises, cette doctrine est exprimée plus durement que dans l'édition postérieure de 1602 [55]. Dans les premières, en effet, non seulement il est affirmé que " le royaume des Cieux ne peut " pas plus nous manquer» qu'au Christ, ce que porte expressément la dernière édition, mais que nos péchés ne peuvent pas plus nous faire condamner qu'ils ne peuvent faire condamner le Christ lui-mème. Voici les paroles françaises [56] : " Par quoy nous nous osons promettre asseurement que la vie eternelle est nostre, et ne nous peut faillir non plus qu'a Jesus Christ mesme ; d'autre part, que, par nos pechés, nous ne pouvons estre damnés non plus que luy. " C'est avec horreur que je cite ! et qui lira ou entendra ces paroles sans horreur ?
14. Ils affirment que les élus sont tout à fait certains de leur élection (Instit. 3,2,11 et 12 ; 3,24,7 sq) " Grégoire, " dit Calvin, " a fait chose très mauvaise et pernicieuse en assurant, dans son homélie 38e (Hom.in evang. 14), que nous sommes seulement sûrs de notre vocation, non de notre élection, et en exhortant, par conséquent, tout le monde à la crainte et au tremblement. " Par cette affirmation ils nient que l'espérance et la crainte puissent se trouver chez les prédestinés ; car, qui peut craindre la perte d'un bien qu'il est sûr de ne pouvoir perdre ? En nous exhortant à. la crainte et au tremblement, que fait le grand et jamais assez loué saint Grégoire, si ce n'est de nous donner le même conseil que nous donnent à chaque page les Saintes Ecritures ? Car, pourquoi pensons-nous que l'Evangile loue Siméon (Lc 2,25), non seulement de ce qu'il était juste, mais aussi de ce qu'il était timoré, sinon pour nous faire comprendre que la justice doit avoir pour compagne continuelle cette crainte sainte, non celle qui est servile. mais celle qui est filiale ? Aussi, que nos hérétiques mentent tant -qu'ils voudront en s'appelant justes ; il suffit pour faire apparaître leur mensonge, qu'ils ne veuillent pas se dire timorés, même au prix d'un mensonge. Ce n'est pas chez eux manque d'audace (il y a certes plus d'audace à se prétendre juste qu'à se confesser timoré), c'est plutôt honte, non évidemment de mentir, mais de s'exprimer en telle sorte que, par un mensonge sur le point en question, ils aient l'air de dire la vérité..
Il est beau d'entendre les sectateurs et disciples de Calvin parler de cette matière, chacun se glorifiant d'être aussi sûr de sa prédestination que de la mort du Christ. Si vous leur demandez d'où leur vient une telle certitude, ils répondent aussitôt qu'ils reçoivent intérieurement du Saint-Esprit je ne sais quelle communication, quelle voix céleste, les empêchant de douter de leur prédestination. Toutefois, si quelqu'un de ceux qui se croyaient fidèles et prédestinés, d'une certitude si grande et si infaillible, vient à retourner au bercail du Christ et à la foi catholique, aussitôt les autres s'écrient que c'était mensonge de sa part lorsqu'il se disait certain de son salut. Or, le converti s'était auparavant glorifié de la certitude de son salut et du prétendu avertissement de l'Esprit-Saint, avec tout autant d'audace que ceux qui sont restés dans le calvinisme. Qu'est-ce donc qui peut rendre plus certains ces derniers que le premier, qui autrefois fut très certain ? Si la voix céleste du premier l'a trompé, parce qu'elle exprimait le bavardage de Calvin au lieu de la voix de l'Esprit-Saint, pourquoi la voix céleste des autres ne les trompera-t-elle pas aussi ?
15. Ils affirment au contraire que le Christ, Chef de tous les prédestinés, a été incertain de son salut. Calvin (Instit.2,16,10 sq), en effet, avance ouvertement que le Christ a craint pour le salut de son âme ; et ce n'est pas en passant, mais ex professo, qu'il soutient cela. D'où il s'ensuit évidemment que le Christ a été incertain du salut de son âme ; car, pour craindre d'une crainte d'appréhension, telle que celle dont parle Calvin, il faut prévoir et soupçonner, comme au moins probable, le mal qu'on craint : qui peut redouter ou craindre un mal dont il se sait certainement garanti ? Affirmation, certes, digne de l'esprit et de la subtilité de Calvin : d'un côté, avec une souveraine impudence, il ordonne à chacun de ses disciples d'être très certain de son salut; de l'autre, par un blasphème inouï jusque là, il assure que le Christ était incertain du salut de son âme. Mais son impiété, après être montée jusqu'à son comble, continue en se laissant aller aux choses les plus basses. Calvin ajoute que le Christ souffrit " de cruels et horribles tourments, " – " on ne peut, " dit-il, " imaginer abîme plus épouvantable que de se sentir abandonné et rejeté de Dieu " – "lorsqu'il connut que, à cause de nous, il se tenait en qualité de coupable devant le tribunal de Dieu. "
16. Ils affirment que le Christ a laissé échapper une parole de désespoir, causée par l'impression ressentie dans sa chair : c'est là l'enseignement de Calvin (In Harmonia ad Mt 27,48). Par cette horrible affirmation ils nient que le Christ ait eu la pleine possession de toutes les passions de son âme, puisqu'elles ont pu se produire et s'échapper à son insu et sans son commandement. Que cet enseignement soit faux au delà de tout ce qu'on peut dire, cela apparaît d'abord très clairement du simple énoncé ci-dessus, mais aussi de ce fait que le bienheureux Jean l'Evangéliste, dans le récit de la résurrection de Lazare (Jn 11,33), assure que le Christ s'est troublé lui-même : il convenait, en effet, que Celui qui n'était pas moins vrai Dieu que vrai homme, excitât volontairement en lui-même les craintes, les angoisses et les sentiments de cette sorte avant d'être excité par eux. Aussi, après saint Jérôme (Comment.in Mt 4,26,37), disons-nous que dans le Christ il n'y a pas eu des passions, mais des " propassions ".
17. Ils affirment que le Christ a subi pour un temps l'ignorance. " Il a fallu, " dit Calvin (Instit.7,15),. " que le Christ fût pour un temps semblable aux simples enfants, en sorte qu'il fût privé d'intelligence pour ce qui regarde les choses humaines. " Mais par cette affirmation ils nient que fussent cachés dans le Christ tous les trésors de la science et de la sagesse ; ce qu'affirme cependant en termes exprès l'Ecriture.( Col 2,3) Nous avouons, en vérité, que le Christ ,enfant, pour ce qui regarde l'exercice et les œuvres externes, a grandi en sagesse et en grâce (Lc 2,40); toutefois nous affirmons, en outre, qu'en lui étaient les trésors de la sagesse, même lorsqu'il ne les montrait pas encore, et qu'il les conservait pour lui-même, avec l'intention de les dévoiler, en son temps, devant le peuple de Dieu. Il n'a pas, en effet, cessé d'être le Verbe (la Parole de Dieu], même lorsqu'il ne proférait pas de parole, ou de posséder la sagesse, même lorsqu'il ne montrait pas cette sagesse dans ses paroles notre foi croit qu'il fut, dès le premier instant de sa conception, compréhenseur en même temps que viateur.
18. Ils affirment que les enfants, avant leur Baptême, croient et ont la foi (Luther Contra armatum minis Cocleum 2), qu'ils ne possèdent pas seulement l' habitus de la foi, ni ne croient pas seulement par la foi de l'Eglise, mais ont l'acte de foi et la foi proprement dite (Controv. 2,8,2). En affirmant cela, ils nient par le fait même que les enfants soient justifiés par le Baptême; car s'ils ont la foi avant le Baptême, et si, comme l'assurent nos hérétiques, " la foi seule " justifie, il s'ensuit que les enfants sont justifiés avant le Baptême. Cependant, qui ignore que la foi vient de l'audition, et que l'audition a lieu par la prédication de la parole de Dieu (Rm 10 ,17)? Et comment la parole de Dieu est-elle parvenue à l'âme de l'enfant sans prédicateur ? Qui donc a prêché aux enfants ? De plus, les actes de foi ne peuvent exister sans l'usage de la raison, comme tout le monde l'avoue et comme l'enseigne le bon sens naturel ; or, qui peut croire que les enfants jouissent de l'usage de la raison ?
Nous en avons assez dit au sujet de la première caractéristique de l'antichristianisme, qui montre bien ce que sont nos hérétiques, et qui consiste à tout nier, à ne rien affirmer, ou à n'affirmer que d'une manière négative et purement vide de sens, comme disent les jurisconsultes. Maintenant, examinons brièvement les autres caractéristiques qui impriment au front des sectes de notre temps ce nom affreux : HÉRÉSIE.
DEUXIÈME CARACTÉRI.ST1QUE DES HÉRÉTIQUES : LE MANQUE D'APPEL DIVIN
§ 1
Donc, la seconde caractéristique sera celle qui provient du manque d'appel divin (Controv. 1,1,1-3), car c'est tout à fait le propre de tous les hérétiques de manquer de vocation pour exercer leur ministère. Ils couraient, dit Dieu par la bouche d'Ezéchiel (Jr 23,21), en parlant des faux prophètes, et je ne les envoyais pas. Ils viennent, dit le Christ, sous des vêtements de brebis (Mt 7,15). Et Paul s'écrie (Rm 10,15) : Comment prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés ? Ailleurs encore (He 5,4) : Nul ne s'arroge cet honneur : il faut y être appelé par Dieu comme Aaron.
Or, il est évident par plusieurs raisons que Luther, Zwingle, Calvin et les autres hérésiarques du siècle passé manquaient totalement d'appel de Dieu : mais la première et la principale est que, devant la question qui leur est posée sur l'origine de leur vocation, ils ne savent trouver une réponse concordante. Calvin, en effet, assure que Luther et les autres novateurs, instigateurs des sectes nouvelles, ont entrepris leur ministère par suite d'une vocation, non ordinaire, mais extraordinaire, en sorte qu'il les considère comme des apôtres et des évangélistes. " Je ne nie pas, " dit-il,(Instit.4,3,4) " que Dieu ait envoyé parfois plus tard des apôtres, ou au moins, à leur place, des évangélistes, comme cela s'est produit de notre temps ; car ils étaient nécessaires pour retirer l'Eglise de la défection de l'Antéchrist. Cependant, la fonction elle-même, je l'appelle extraordinaire, parce qu'elle n'existe pas dans les églises bien constituées. "
Luther, au contraire (ad Galatas 1), avoue ouvertement avoir. été appelé par une vocation, non extraordinaire, mais ordinaire et médiate : " Nous sommes donc, " dit-il, " appelés, nous aussi, non pas, à la vérité, immédiatement par le Christ comme les Apôtres, mais par un homme. " Et lorsqu'il explique de quelle manière il a été appelé par un homme, il dit ceci (in Mt 4,9) : " Quand un prince ou un autre magistrat m'appelle, je puis me glorifier avec certitude et confiance d'être, par la voix d'un homme, appelé sur l'ordre de Dieu ; c'est là, en effet, le commandement de Dieu par la bouche du prince, qui m'assure de la vérité et de la divinité de ma vocation." Ailleurs il enseigne que " l'appel autrefois était fait par les Apôtres, qui ont choisi leurs successeurs, comme, " dit-il, " ces successeurs. sont encore appelés, même par les puissances charnelles et les magistrats, ou par les communautés. " Vous voyez ainsi Luther affirmer de sa vocation qu'elle n'est pas, comme celle des Apôtres et des Evangélistes, extraordinaire, mais ordinaire et médiate, et qu'elle dérive, non des Evêques ou des personnes ecclésiastiques. mais " des magistrats charnels; " c'est là sa propre expression.
Quant à Philippe du Plessis-Mornay, dans son traité français De l'Eglise (c.11) [57], qui plait tant aux calvinistes, il soutient que la vocation de Luther, de Zwingle et des autres fameux hérétiques de notre temps, ne provient pas de Dieu immédiatement et extraordinairement, comme le pense Calvin, ni médiatement " des magistrats charnels " comme l'enseigne Luther, mais médiatement des Evêques catholiques. En effet, dit-il, ils ont été ordonnés prêtres par les Evêques, et comme prêtres ils ont eu le devoir de dispenser la parole de Dieu. Par suite ils l'ont dispensée, non comme le faisaient leurs consécrateurs les Evêques, mais d'une façon bien plus juste et plus pure.
Qui ne rira de la folie de ces hommes qui ne conviennent même pas entre eux du fondement de leur vocation ? Qui n'admirera l'esprit ingénieux de du Plessis, qui estime connattre mieux que Calvin le fondement de la vocation de Calvin ? mieux que Luther le fondement de la vocation et de l'autorité de Luther ? Séparez-les l'un de l'autre, et je les jugerai, dit Daniel des faux témoins (Dn 13,51) : et il dit à l'un : Sous quel arbre les as-tu vus ? Il répondit : Sous un lentisque. Il interrogea aussi l'autre, qui dit : Sous un chêne ; et ainsi apparut la fausseté des témoignages. De même, si tu demandes à Calvin: Qui t'a appelé ? Dieu, répond-il, par un appel extraordinaire. Si tu interroges Luther : Le magistrat charnel, répond-il, par un appel ordinaire. Quant à du Plessis, comme un arbitre tombé du ciel pour mettre d'accord ceux qui se disputent, et comme s'il avait assisté à leur vocation, il affirme audacieusement : Luther a mal parlé, plus mal encore Calvin : c'est de nos Evêques qu'ils ont reçu leur vocation. Qui donc hésitera, et cela en se basant sur leurs propres aveux, à traiter leurs dires à tous de faussetés, lorsqu'ils se vantent de leur vocation ?
§ 2
De la vocation légitime de nos Evêques
Effectivement, non seulement ils ne s'entendent pas sur l'origine de leur vocation, mais aussi, qui plus est, ils sont d'un avis unanime sur la vocation légitime de nos Evêques. Voici les paroles de Luther (Comment Galat.11,1) : " Les Apôtres ont appelé leurs disciples, comme Paul l'a fait pour Timothée et Tite, lesquels, étant Evêques, ont ensuite appelé les Evêques leurs successeurs. Cette forme de vocation s'est continuée jusqu'à nos temps et persistera. jusqu'à la fin du monde ; et elle est médiate, parce qu'elle se fait par le ministère humain, bien qu'elle soit divine. " Et Calvin : " Il nous reste, " dit-il (Instit.4,5,11), " des Evêques et des curés; puissent-ils faire tous leurs efforts pour s'attacher à leur ministère, car volontiers nous concéderions que ce ministère est bon et excellent, pourvu toutefois qu'ils s'en occupent. " Et ailleurs (Praelectiones in Ez:prophetae c.13, praelec.35) " Nous voyons aujourd'hui comment les papistes s'attribuent avec arrogance le nom d'Eglise, sous prétexte de la succession ininterrompue qu'ils mettent en avant. Et à la vérité, nous sommes forcés d'avouer que le ministère ordinaire est de leur côté ; mais comme ils ont abusé de leur pouvoir, nous pouvons nous moquer de leurs prétentions. " Quant à Mornay, puisqu'il fait dériver de nos Evêques la mission de Luther et de ses disciples, ne reconnaît-il pas par là très ouvertement la vocation de nos Evêques ? Aussi Calvin avait-il raison, plus même qu'il ne le croyait, lorsqu'il disait que " dans les églises régulièrement constituées " il n'y a pas place pour sa mission ni celle des siens.
Ceci étant admis, on nous permettra de raisonner ainsi : L'Eglise du Christ a été une fois pour toutes constituée de telle manière que les portes de l'enfer ne puissent jamais prévaloir contre elle (Mt 16,18) : donc, il ne peut y avoir en elle de vocation extraordinaire, si ce n'est en tant qu'approuvée par l'ordinaire, le Christ n'étant pas divisé (1 Co 1,13). Nos hérétiques admettent que la vocation ordinaire " durera, " selon l'expression de Luther, " jusqu'à la fin du monde ; " donc nous devons ajouter foi à la vocation ordinaire. Si à cette dernière était contraire la vocation extraordinaire, le Christ admettrait deux vocations opposées entre elles, et serait auteur de division. C'est le cas d'interpeller nos réformateurs apostats avec les paroles de Tertullien (De praescript. Heretic. 37) : " Qui êtes-vous ! " vous autres, et " d'où venez-vous ? " Qui vous a envoyés évangéliser ? " Qu'ils montrent les origines de leurs églises," ajoute-t-il, " qu'ils déroulent la filière de leurs évêques. " Bien mieux, servons-nous des expressions mêmes de Luther parlant du mode d'appel institué par les Apôtres (ad Galat. 1) : " Il ne faut donc pas mépriser la vocation, car il ne suffit pas d'avoir la parole et la pure doctrine, il faut aussi que la vocation soit certaine ; celui qui s'ingère sans elle, vient pour égorger et perdre (Jn 10,10), Dieu ne bénissant jamais le travail de ceux qui ne sont pas appelés. Ainsi, aujourd'hui nos esprits fanatiques enseignent de bouche la foi, sans cependant faire aucun fruit. " Et il ajoute au même endroit : " Le diable a coutume d'exciter ses ministres à courir sans vocation et à se parer d'un faux zèle. "
TROISIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTIQUES : LE MÉPRIS DE L'EGLISE
Le troisième caractère de toutes les hérésies est de mépriser l'Eglise (Controv.1,2,7). Si quelqu'un, dit le Christ, n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain (Mt 18,17). Comme-conséquence à cette parole, saint Augustin affirme (Epist 118) fort justement que c'est folie et parfaite insolence de nier ou rejeter ce que toute l'Eglise admet. Bien plus, il se dit ailleurs (Contra epist Fundamenti 5) prêt à ne pas croire à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise n'était pas là pour le pousser à y croire. Et de nouveau, en un autre endroit, à propos du Baptême qui ne doit pas être réitéré aux hérétiques, il écrit ces paroles (Contra Cresconium grammaticum 1,33) : " Quoique les Ecritures canoniques ne nous offrent pas d'exemple à ce sujet, c'est cependant encore la vérité de ces Ecritures que nous suivons, lorsque nous agissons selon la volonté de l'Eglise universelle, Eglise qui s'appuie sur l'autorité des Ecritures. " L'Apôtre Paul n'a pu louer plus ouvertement l'autorité de l'Eglise, qu'en l'appelant colonne et base de la vérité (1 Tm 3,15). Et, en effet, si le Christ a voulu que l'Eglise, son épouse très chère, fût la mère de tous les chrétiens, comment peut-on la mépriser sans mépriser le Christ lui-même ? " Le Christ, " dit saint Augustin (De unitate Eccles.contra epist.Petiliani 19), " rend témoignage à l'Eglise... Si tu résistes, ce n'est pas à moi ou à un autre homme, mais au Sauveur lui-même que tu résistes le plus malheureusement du monde, à l'encontre de ton propre salut, car tu ne veux pas croire à la nécessité pour toi d'être admis en la manière qu'admet l'Eglise ; or, à cette Eglise rend témoignage Celui auquel, de ton propre aveu, on ne peut sans crime refuser de croire. "
Les novateurs de notre époque montrent bien leur impudence à fouler aux pieds l'autorité de l'Eglise par ce seul fait que tous, d'une voix unanime, proclament qu'elle est tombée dans l'erreur et l'apostasie, au point de s'attribuer audacieusement le qualificatif de réformateurs et de restaurateurs de l'Eglise. Aussi Luther se vante-t-il çà et là (ad Galat.1 ; in sermone Dominicae 8 post Trin.) de ne tenir aucun compte du sentiment de l'Eglise. Et dans cette fameuse dispute, de toutes la plus délicieuse, qu'il se glorifie d'avoir eue avec le démon (De Miss. Privat.et Unct.Sacerdot.), il rapporte que c'est convaincu par les arguments de ce dernier qu'il a abandonné la doctrine de l'Eglise. Tout aussitôt il insulte ainsi les catholiques en manière de triomphe : " S'il vous fallait soutenir les chocs du démon, vous ne chanteriez pas longtemps votre refrain sur l'Eglise et les anciennes coutumes. " Ailleurs (Début de ses œuvres) il se glorifie d'avoir, lui tout seul, combattu contre l'Eglise dès le commencement. Quant à Calvin, combien de fois n'a-t-il pas soutenu ex professo que l'Eglise peut errer (Instit.4,4,13)!
QUATRIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTlQUES : LE MÉPRIS DES CONCILES
La quatrième caractéristique des hérétiques est le mépris (Controv.2,4,3)des Conciles généraux, dont cependant l'autorité a toujours été si grande, que saint Grégoire de Nazianze n'a pas hésité à affirmer (Epist 1 ad Cledonium Apollinaristam) que ceux-là ne sont pas hérétiques, qu'un Concile catholique a approuvés, et que ceux-là sont hérétiques que n'admet pas un Concile catholique. Et saint Basile (epist 78) soutient que la meilleure et plus certaine façon de juger si tels ou tels sont oui ou non hérétiques, est de voir s'ils acceptent ou méprisent le Concile de Nicée.
Tout au contraire, Calvin déclare ouvertement que les Conciles peuvent errer et ont erré. Pour ce qui est de Luther, il s'exprime ainsi, avec son intempérance et son impudence de langage habituelles : " Le Pape ment en même temps que les Conciles.(In serm.Domin. 8 post Trin.) " Et peu après : " C'est folie que les Conciles veuillent établir les articles de foi, alors que souvent, il n'y a personne dans leur sein qui ait eu la moindre perception de l'Esprit divin. Ainsi il est arrivé, au Concile de Nicée, qu'en s'efforçant de tracer les lois de l'état spirituel, lois qui interdisaient le mariage à cet état, tous les Pères du Concile se sont certainement trompés. "
CINQUIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTIQUES : LE MÉPRIS DU SIÈGE APOSTOLlQUE
La cinquième caractéristique des hérétiques est le mépris du Siège Apostolique (Controv.2,6,15), point où excelle Luther qui, dans un certain endroit, après avoir dit que tout ce qui se fait contre l'Eglise Romaine tend à la gloire de Dieu, ajoute (tom.2 operum ; in Admonit. ad lectorem praeposita operi : Exemplum Papsticae doctrinae) : " Etant moi-même un des antipapes, appelé par révélation divine à dissiper, perdre et détruire (Jr 1,10) ce royaume [de malédiction [58]], je remplis cette mission avec passion et plaisir, comme je l'ai fait jusqu'ici. " Ailleurs tout en soutenant que la guerre contre les Turcs est illégitime, il dit ceci (Assert.artic.suorum contra Bullam Leonis X damnatorum art 34) : " Combien mieux n'agirait-on pas si l'Empereur et les Princes empêchaient l'idole Romaine de perdre les âmes ! car, s'il m'est permis de prophétiser une fois ce que je sais, au risque de n'être pas écouté, je dirai que c'en est fait du Christianisme, si le Pontife Romain n'est pas mis à la raison... La Papauté ne peut rien produire, si ce 'est péché et perdition.., Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (Mt 11,15 ;13,9 et 43), et s'abstienne de faire la guerre aux Turcs tant que le nom du Pape se fait entendre sur terre. J'ai dit. " Et ailleurs (ad art 28): " Par conséquent, l'enseignement et le sentiment du Pape, des Pères ou du Concile ne doivent servir de règle à personne, mais que chacun abonde dans son sens (Rm 14,5). " Mais pourquoi continuer là-dessus ? Si l'on retranchait des livres de Luther et de Calvin les insultes et calomnies déversées contre le Siège Apostolique, il en resterait bien peu de pages.
Et cependant, si quelqu'un doute que le mépris du Siège Romain soit une caractéristique de l'hérésie, qu'il écoute les paroles par lesquelles le Christ a établi l'Apôtre Pierre chef de l'Eglise : Et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (Mt 16,18). Par suite, celui-là n'appartient pas à l'Eglise qui ne s'appuie pas sur la pierre que la bouche du .Christ a si grandement magnifiée. Et puisque le même Christ a confié ses brebis à la garde de Pierre (Jn 21,15), elle n'est pas brebis du Christ celle qui ne veut pas avoir Pierre pour pasteur.
Que les hérétiques ne viennent pas, après cela, prétendre que le Pontife Romain n'est pas le successeur de Pierre, ou que l'autorité accordée à Pierre n'a pas été transmise au Pontife Romain ; car cette autorité ayant été conférée à Pierre pour le bien commun de l'Eglise, elle n'a pas dû cesser avec Pierre, lequel devait disparaître par la mort au bout de peu d'années, mais durer autant que l'Eglise militante, qui demeurera jusqu'à la fin du monde : par conséquent, l'Eglise doit avoir un successeur revêtu de l'autorité même dont jouissait Pierre (Contrv.2,6,10 et 11). Or, personne n'a jamais été appelé par l'Eglise successeur de Pierre dans ce sens, en dehors du Pontife Romain. Reconnaissons donc, ce qui est vrai, que le Siège du Pontife Romain est cette pierre sur laquelle a été bâtie l'Eglise, véritable bercail du troupeau du Seigneur. Aussi est-ce avec pleine vérité que saint Cyprien écrit (epist 55 ad Cornelium): " Il n'y a pas d'autre cause aux hérésies et aux schismes que le manque d'obéissance au Prêtre de Dieu, parce qu'on ne considère pas comme tenant la place du Christ celui qui seul est pour un temps Prêtre et Juge dans l'Eglise. Si à celui-là l'universalité des frères obéissait selon les enseignements reçus de Dieu, personne ne s'opposerait au collège des Prêtres ; personne ne se constituerait; après la sentence de Dieu, après le suffrage du peuple, après l'assentiment des Evêques, le juge, non plus de l'Evêque, mais de Dieu ; personne ne romprait l'unité de l'Eglise du Christ ; personne, par satisfaction et ambition personnelles, ne créerait une hérésie nouvelle. " Ailleurs le même Docteur a des paroles à peu près semblables. Et saint Jérôme n'écrit pas différemment à Damase, Pontife Romain (Epist 69 ad Pupianum ; De Simplicit. Praelat.) : " Ne reconnaissant comme premier Pasteur que le Christ, je m'unis de communion à Ta Béatitude, c'est-à-dire à la Chaire de Pierre : je sais que c'est sur elle qu'a été bâtie l'Eglise. Quiconque mange l'agneau hors de cette demeure (Ex12,3), est un profane ; quiconque ne se trouvera pas dans l'arche de Noé, périra quand le déluge se déchaînera (Gn7,15) ; qui n'amasse pas avec toi, disperse (Lc 11,23) : en un mot, celui qui n'est pas avec le Christ est avec l'antéchrist.
Enfin, on ne saurait dire combien admirable et étendu est l'accord des anciens Pères à louer le Siège de Rome, et combien ils se plaisent à inventer des noms et des titres glorieux pour ce Siège (Controv.2,6,13). Cyprien appelle la Chaire de Pierre " Eglise principale, " origine de l'unité sacerdotale (ad Cornelium 1,3), lien de l'unité (3,13), faîte sublime du sacerdoce (4,2), " racine et nourrice de l'Eglise. " Irénée (3,3) : Eglise où réside la principale puissance. Prosper (De Ingratis Ia): " La tête de l'honneur pastoral, le Siège de Pierre. " Augustin (Epist 162): " Le principat de la Chaire Apostolique. " Victor d'Utique (De persecut. Vandal.2) et notre Justinien (In Corp.Juris civ.Cod. 1,1 de Summa Trinitate in ep ad Joann.Papam) : " Chef de toutes les Eglises. " Léon (Serm 82 in Natali Sanctorum Petri et Pauli) et Prosper : " Chef de l'univers, du monde et de la religion." Ignace (In inscript.epist. ad Romanos) : " Eglise qui préside." Jérôme (Epist 16): " port très sûr de la communion catholique ".
Quant au Pontife Romain lui-même, bon Dieu, de quels titres magnifiques et mérités ils le glorifient ! Cyprien (Cornel. ad Cyprian.3 epist 11) l'appelle, " l'Evêque de la très sainte Eglise Catholique. " D'autres : " Le très saint et très heureux Patriarche, le Patriarche universel, le Chef des Conciles, le Chef de l'Eglise universelle, " comme le Concile de Chalcédoine (Act 3 et 16) ; " le très heureux Seigneur, porté au faîte de la dignité apostolique, le Père des pères, le Souverain Pontife de tous les pontifes, " comme Etienne, archevêque de Carthage (Epist ad Damasum, nomine Concilii Carthaginens. [59]) ; " le Souverain Prêtre, " comme Jérôme (In Praefat. Ev.ad Damasum) ; " le Prince des prêtres, " comme Valentinien (In ep. Ad Theodoso, initio Concilii Chalcedonensis) ; " le Gardien de la vigne du Seigneur, " comme le Concile de Chalcédoine (In epist.ad Leonem) ; " le Chef de la maison du Seigneur, " comme Ambroise (In 1 Tm 3,15) ; " le Vicaire du Christ, " comme Cyprien (1 epist 3).
Mais il est bon d'ajouter à tant de témoignages très antiques des Pères celui aussi de saint Bernard. Ce n'est pas que je ne le sache bien plus récent ; mais c'est que les calvinistes ont l'audace, à la suite de Calvin lui-même, de louer ce Docteur comme un contempteur du Siège Apostolique. Voici donc les noms qu'il décerne au Pontife Romain (Epist 190 ; De consid. 2,8): Confirmateur des Frères, grand Prêtre, Souverain Pontife, Prince des Evêques, héritier des Apôtres; Abel par sa primauté, Noé par son gouvernement, Abraham par son droit de patriarche, Melchisédech par son ordination, Aaron par sa dignité, Moïse par son autorité, Samuel par sa fonction de juge, Pierre par sa puissance ; Pasteur du troupeau du Seigneur, Porte-clefs de la maison du Seigneur, Pasteur de tous les pasteurs.
Et Calvin lui-même ne peut s'empêcher d'avouer et de reconnaître que dès le temps du grand Athanase, tous les gens pieux ont accordé volontiers à l'Eglise Romaine le plus possible d'autorité : " Mais, " dit-il (Instit.. 4,7,5), " tout cela n'avait pas d'autre sens que d'estimer à un grand prix sa communion, et de considérer comme une injure d'être excommunié par elle. " Pourquoi donc, ô Calvin, n'avais-tu pas, et tous les tiens aussi, l'obligation de faire de .même, s'il vous restait une étincelle de la piété antique ?
Quant à Luther, il a parlé avec tant d'éloges du Pape (Controv.2,6,14) dans tous les opuscules composés au commencement de sa défection, que dans ses ouvrages postérieurs, devenu plus audacieux et plus insolent, il s'est excusé d'avoir auparavant accordé au Pape tant et de si grandes choses. (In praefat. tome 1 ad lectorem)
Contre tous ces contempteurs de la Chaire Apostolique de Rome, il convient d'employer les expressions dont s'est servi autrefois saint Augustin contre Pétilien (Contra literas Petilian. 2,51), et d'apostropher Luther et Calvin, au cas où quelqu'un voudrait répondre en leur nom : " Que vous a fait la Chaire de l'Eglise Romaine, où Pierre a siégé, où siège aujourd'hui Anastase ? Pourquoi» appelez-vous« chaire de pestilence(Ps 1,1)la Chaire Apostolique ? Si c'est à cause des hommes que " vous supposez enseigner la loi sans la pratiquer, est-ce que le Christ, à cause des pharisiens dont il a dit : Ils disent et ne font pas (Mt 23,3), a injurié la chaire où ils siégeaient (Mt 23,13)? N'a-t-il pas honoré la chaire de Moïse, et repris les pharisiens sans toucher à l'honneur de la chaire même ? Si vous pensiez .à cela, vous ne blasphèmeriez pas, à cause des personnes que vous décriez, la Chaire Apostolique, avec laquelle vous n'êtes pas en communion. Qu'est-ce que tout ceci, sinon ne pas savoir que dire, et cependant ne pouvoir se tenir de mal dire ? .
SIXIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTIQUES : LE MÉPRIS DES PÈRES
La sixième caractéristique des hérétiques est le mépris des anciens Pères de l'Eglise, qu'ils devraient vénérer et avoir en grande estime s'ils écoutaient Jérémie, ou mieux l'Esprit-Saint parlant par Jérémie : Voici ce que dit le Seigneur : Tenez-vous sur les routes, et regardez, informez-vous des sentiers d'autrefois, quelle est la voie du salut, et marchez-y, et vous trouverez du soulagement pour vos âmes (Jr 6,16). Et ailleurs dans la Sainte Ecriture : Ne laisse pas échapper ce que racontent les anciens, car ils ont appris de leurs pères (Ecclesiast. 8,11). Aussi était-ce un excellent conseil celui de Sisinnius [60] à Théodose l'Ancien, qui le suivit, à savoir, qu'il fallait examiner la doctrine des hérétiques à la lumière de l'enseignement des anciens Pères, et que si on la trouvait contraire à cet enseignement, il fallait aussitôt la chasser de toute la surface de la terre.(Sozom. Hist 7,12).
Vincent de Lérins s'exprime mieux que personne lorsqu'il traite de l'autorité des anciens Pères (commonit.c.28): " Celui, " dit-il, " qui méprise ces Pères, que Dieu a répartis à travers les temps et les lieux, lorsque, au sujet du sens à attribuer à un dogme catholique, ils sont d'accord dans le Christ sur un point, celui-là ne méprise pas l'homme, mais Dieu. Si quelqu'un s'écarte de leur sentiment commun, qu'il écoute cette parole de l'Apôtre : Dieu n'est pas un Dieu de dissension, mais de paix (1 Co 14,33). " Et un peu après: " Il est de première nécessité désormais à tous les catholiques qui s'efforcent de se montrer les fils légitimes de notre mère l'Eglise, qu'ils s'attachent à la sainte foi des saints Pères, y restent étroitement unis et y meurent. "
Pour ce qui est des nouveautés profanes (1 Tm 6,20) des profanes, saint Augustin les pourchasse en se basant sur l'autorité des anciens Pères : " J'écrirai, " dit-il (contra Pelagianum 1,3), " peu de choses sur un petit nombre d'hérétiques, mais des choses telles que nos contradicteurs soient forcés de rougir et de s'avouer vaincus, si toutefois il leur reste quelque crainte de Dieu ou des hommes. " Son expression " peu de choses sur un petit nombre d'hérétiques " s'explique par ce fait, que le " petit nombre " en question était uni de communion ouverte avec les autres hérétiques. Ailleurs (id 2,9)le même Augustin, parlant de Cyprien, de Basile, d'Hilaire et autres Pères : " Tous ces grands hommes " dit-il, " admettent ces vérités [relatives au dogme du péché originel], ainsi que toutes celles conformes à la foi catholique, partout répandue dans le monde, en sorte qu'il suffit de leur autorité pour écraser votre nouveauté, bien fragile et bien subtile ; outre que leurs enseignements sont tels que la vérité atteste parler elle-même par leur bouche. " Et de nouveau un peu plus loin (id 2,10) : " Ce qu'ils ont trouvé dans l'Eglise, ils l'ont retenu ; ce qu'ils ont appris, ils l'ont enseigné (2 Th 2,14 ; 2 Tm 3,14) ; ce qu'ils ont reçu de leurs pères, ils l'ont transmis à leurs fils. " Nous en disons aujourd'hui autant de toi, grand Augustin, et de [tes] [61] contemporains, contre ces imposteurs, sans arriver cependant à les faire rougir de leur folie et de leur impudence.
III
NOUVEAUTÉS DE NOS HÉRÉTIQUES
En effet, tout lecteur des écrits de Luther et de Calvin, quelque négligent qu'il soit, remarquera dès le premier coup d'œil jusqu'à quel degré ils ont poussé le mépris de l'autorité des anciens Pères. Luther s'exprime ainsi quelque part ( In initio Assert. Art. per Bullam Leonis X damnat.) : " Je veux d'abord qu'ils sachent bien, et je les prends à témoins, que je ne veux céder en aucune façon à l'autorité d'un Père, pour saint qu'il soit. " Ensuite, comme entrant en lutte avec tous les Pères, il tâche de les secouer en tous sens pour les jeter bas : " Que d'erreurs n'a-t-on pas rencontrées dans les écrits de tous les Pères ! Que de fois ne diffèrent-ils pas d'opinion entre eux ! que de fois ne sont-ils pas d'avis différent les uns d'avec les autres ! Quel est celui d'entre eux qui n'ait plusieurs fois détourné les Ecritures de leur sens ? Chaque fois qu'Augustin se contente de disputer, il ne définit rien ; Jérôme, dans ses Commentaires, ne formule presque aucune affirmation positive. " Il conclut enfin : " Que personne ne m'oppose l'autorité d'un Pape ou d'un Saint quelconque, si elle n'est appuyée sur les Ecritures. " Et quelle superbe dans son livre Contre le Roi d'Angleterre ! " La Parole de Dieu, " écrit-il, " est au-dessus de tout. La divine Majesté me met dans la disposition de ne pas me troubler si mille Augustin, si mille Cyprien m'attaquaient ; Augustin et Cyprien, comme tous les élus, ont pu errer, et ont erré. " Et à la fin : " Je ne cherche pas ce que disent Ambroise, Augustin, les Conciles et la tradition des siècles ; je n'ai pas eu non plus besoin d'avoir le Roi Henri pour m'enseigner toutes ces choses, que je connaissais fort bien, au point de les avoir même attaquées. Elle est vraiment admirable la sottise de Satan qui, par une pétition de principe continuelle, m'attaque au moyen d'arguments que j'attaque moi-même. " .
Quant à Calvin, en homme plein de fraude et de tromperie, d'un esprit rusé et tenant du renard, il commence par dire (Instit. Praefat.) qu'il aurait toutes chances de vaincre les catholiques, " si la dispute devait être tranchée " sur l'autorité des Pères. Mais le fourbe au cœur double (Ps11,3), craignant de se trouver pris au piège de ses propres paroles, ajoute tout aussitôt : " En nous occupant des écrits des Pères nous nous trouvons dans une situation telle, qu'il faut toujours nous souvenir que nous avons le droit de prendre pour nous tout ce qui peut nous être utile, sans abdiquer notre liberté d'action. Celui qui ne fera pas cette distinction, ne pourra rien avoir de précis en matière de religion, ces saints hommes ayant ignoré beaucoup de choses, ayant été en lutte les uns avec les autres, parfois même s'étant contredits eux-mêmes. "
Or, ce que Calvin a ainsi débité en général et en gros, ensuite en particulier et en détail, il s'y est tenu dans toute son œuvre pour attaquer l'autorité des Pères, sans dissimuler ses dissentiments d'avec ces derniers, même sur les sujets où les Pères ont été unanimes dans leur enseignement. Et cela, non en matière légère, mais à propos des plus graves articles de notre foi : par exemple, au sujet de la question du libre arbitre, sur laquelle il dit que les Latins ont parlé avec arrogance (Instit. 2,2,4), " mais les Grecs avec plus d'arrogance encore ;" relativement à la question de la personne du Médiateur, question où il soutient que l'erreur des Anciens est inexcusable (id 2,14,3); par rapport à la question de la concupiscence, où, après avoir dit qu'à lui seul le témoignage d'Augustin contient le sentiment de toute l'antiquité (id 3,3;10), il avoue bientôt après qu'il n'est pas de son avis. Il affirme, dans la question de la satisfaction, que tous les Anciens, " ou ont fait erreur, ou ont employé un langage âpre et dur (id 3,4,38) ; " dans celle des prières pour les défunts, que tous les Anciens sont tombés dans l'erreur (id 3,5,10) ; " dans celle du mérite, que les vieux Docteurs ont fort mal veillé à la pureté de la foi (id 3,15,2); que l'antiquité a péché " par une excessive sévérité, " en exigeant " le célibat de l'Evêque (id 4,4,10) ; et à propos de la pénitence, que " l'austérité exagérée des Anciens ne peut en aucune façon être excusée (id 4,12,8) ; " touchant celle du Carême, que les anciens Pères ont jeté des germes de superstition et ont été les victimes " d'un zèle mal placé (κακοζηλια) et plein de superstition.(id 4,12,20) " Ailleurs il reproche à toute l'antiquité d'avoir permis aux laïques " de baptiser en cas de péril de mort, " tout en avouant que cet usage remonte presque aux origines de l'Eglise (id 4,15,20). Au sujet de la question de l'adoration, il reconnaît que les Anciens ont usé de la distinction entre une double adoration, celle de Doulie et celle de Latrie, tout en méprisant cette distinction au point de s'écrier (id 1,12,2) : " Qu'importe ! puisque tous ceux qui l'examinent la trouvent non seulement impropre, mais. tout à fait sans consistance. "
Lorsqu'il traite de l'Eglise Romaine, il s'exprime ainsi (id 4,6,16) : " Je veux commencer par dire que je ne nie pas le grand honneur que rendent les Anciens à l'Eglise Romaine, et la façon respectueuse dont ils parlent d'elle. " Et un peu plus loin (Controv. 2,11,14) : " L'opinion, répandue je ne sais comment, que cette Eglise a été fondée et constituée par le ministère de Pierre, avait pour résultat de procurer à cette Eglise une faveur et une autorité considérables ; c'est pourquoi en Occident elle s'appelait, par honneur, le Siège Apostolique. " Or, .au même endroit il méprise, autant qu'il le peut, l'Eglise Romaine, et nie qu'elle ait été fondée par Pierre. Il se met donc en contradiction manifeste avec toute l'antiquité.
De même il reconnaît (Instit.4,13,9) que dans l'Eglise antique les moines ont été en grand honneur, surtout à l'époque d'Augustin lequel, comme il l'observe, oppose, " dans son livre De moribus Ecclesiae Catholicae, la sainteté de la profession monastique aux calomnies des Manichéens. " Et cependant, il n'en méprise pas moins les moines, et non seulement ceux de notre. temps, mais les anciens si loués par saint Augustin. Il dit, en effet, que plusieurs choses lui déplaisent " dans cette forme ancienne " des moines: à savoir, " une prétention exagérée et un zèle mal placé (κακοζηλιαν), " et aussi qu' " elle a introduit dans l"Eglise un exemple inutile et dangereux. "
A propos des cérémonies du Baptême, il convient qu'elles sont d'une origine très antique (id 4,15,19) mais il ajoute aussitôt : " Il m'est cependant permis, et à toutes les personnes pieuses, de repousser tout ce que les hommes ont osé ajouter à l'institution du Christ. " Dans la question du Sacrement de l'Autel conservé comme viatique des malades (id 4,17,39), question de grande importance pour confirmer la foi en la présence réelle du corps du Seigneur, il se fait cette objection : " Mais ceux qui agissent ainsi suivent l'exemple de l'ancienne Eglise. " Il y répond en ces termes : " J'avoue qu'en une matière si grave, et où l'erreur n'est pas sans grand danger, rien n'est plus sûr que de suivre la vérité. " Comme si l'Eglise ancienne avait suivi la fausseté ! Et ailleurs, à propos des cérémonies de la Messe : " Si quelqu'un veut défendre des inventions de cette sorte en se basant sur leur antiquité, je n'ignore pas qu'assez près de l'âge apostolique la Cène du Seigneur a été couverte de rouille ; mais c'est là un effet de l'audace qu'a l'homme se fiant à lui-même. " Dans un autre endroit il avoue (id 4,18,8) que les anciens Docteurs ont d'ordinaire employé le mot de Messe " au pluriel ". Et ailleurs : " Je vois aussi que ces Anciens ont détourné ce mémorial [de la Passion du Seigneur] vers un autre sens que celui qui convenait à l'institution du Seigneur. " Et un peu plus loin : " Je ne pense pas qu'on puisse les excuser d'avoir, dans une certaine mesure, péché quant à leur manière d'agir. " De nouveau : " C'est avec raison qu'on leur reproche d'avoir trop incliné vers les ombres de la Loi. " Enfin, pour ne pas énumérer en particulier tous les écrits de cette sorte, ce qui serait un travail presque sans fin, disons que le même Calvin avoue que l'usage de la Confession est très antique, et cependant il le méprise.
En somme, si la caractéristique la plus propre à dénoter avec certitude l'hérésie, est le mépris de l'Eglise et de l'antiquité, il est hors de doute que Luther et Calvin, ainsi que tous leurs sectateurs, sont hérétiques au plus haut point, tant ils ont dépassé tous les autres hérétiques antérieurs en mépris de l'Eglise et de toute l'antiquité.
SEPTIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTIQUES : L'AMOUR DE LA NOUVEAUTÉ
§1
Leur septième caractéristique est non seulement de ne pas vénérer et révérer l'antiquité, mais de s'attacher de toutes leurs forces à la nouveauté. Contre eux s'applique bien ce passage de Vincent de Lérins (opusc.adversus prophanas omnium haeresum innovationes): " Evite les nouveautés profanes de langage (1 Tm 6,20), " dit saint Paul, " nouveautés que les catholiques n'ont jamais reçues ni suivies, tout au rebours de ce qu'ont toujours fait les hérétiques... C'est en quelque sorte la grande loi de presque toutes les hérésies, d'avoir du goût pour les nouveautés profanes, du dégoût pour l'antiquité, et de faire naufrage dans la foi à cause des oppositions qu'ils lui font, sous prétexte d'une science qui n'en mérite pas le nom. Par contre, le propre des catholiques est d'ordinaire de conserver les dépôts reçus des saints Pères et de condamner les nouveautés profanes. " .
Or, nous voyons quelle ardeur déploient nos novateurs pour introduire et établir des nouveautés. En matière de foi, ils ne disent rien contre les catholiques qui ne soit nouveau, ou au moins renouvelé des hérésies anciennes et passées de mode (Controv.1,11,7) , comme cela résulte très clairement de tout ce que nous avons dit jusqu'ici, et encore plus de ce qu'a écrit sur ce sujet l'Illustrissime Cardinal Bellarmin dont on ne louera jamais assez les mérites (Controv. De Eucharistia 3,8). Et en réalité, que signifie l'accusation qu'ils lancent contre l'Eglise, d'avoir erré durant de si longs siècles, sinon qu'ils apportent une doctrine nouvelle et tout à fait contraire à l'ancienne Eglise ? C'est ce qui explique qu'à leur apparition toute l'Eglise ait frissonné, comme font les brebis et les agneaux à la première vue du loup enragé qui vient vers eux.
" Tout d'abord, " dit Luther (Praef.tome 1 [62]), " j'étais seul, et certes tout à fait dépourvu d'aptitude et de science pour traiter de si grandes choses. " Et peu après : " Tous les allemands, l'esprit en suspens, attendaient l'issue d'une si grande affaire, que personne auparavant, ni évêque, ni théologien, n'avait osé entreprendre. " Cependant le même Luther, peu après le début de la Défense des paroles de la Cène, parlant des sacramentaires, s'exprime ainsi (Defensio verborum Coenae) : " Rien n'aide autant cette hérésie que sa nouveauté ; car nous autres allemands sommes ainsi faits, que nous nous attachons avec avidité à ce qui est nouveau pour nous. " Et dans sa Réponse au méchant écrit du Roi d'Angleterre, toujours à propos des sacramentaires : " Je n'ai pas jusqu'ici rencontré d'ennemis plus acharnés que ces bons frères, collègues, amis, que nous avons élevés comme des fils, dans notre sein, docteurs de sectes nouvelles, j'entends les sacramentaires et autres fanatiques ; vois de quelle façon ils nous récompensent. " Et un peu plus loin : " Nous autres au commencement nous nous sommes mis à affirmer et à revendiquer la liberté et l'honneur du Christ, et à foncer sur la tyrannie pontificale. Dans ce combat nous avons commenté nombre de textes scripturaires, et si nous n'avions pas ainsi ouvert la voie, il est à croire qu'ils n'auraient compris rien du tout au Christ ou à l'Evangile, tant s'en faut, je pense, qu'ils eussent pu par leurs propres efforts secouer le joug pontifical; ou bien, s'ils en avaient trouvé le moyen, la force d'âme leur eût tout à fait manqué. Car au moment où seul j'étais en pleine lutte, où seul je me voyais forcé de m'exposer aux traits et aux foudres de César et des Pontifes, à ce moment, dis-je, dans toute leur hauteur et fermeté d'âme, ils restaient plus muets que des grenouilles de Sériphe [63]. Pendant ce temps, Luther, abandonné de tous, combattant avec tout le monde, aidé de personne, était exposé seul au danger. " Et un peu après : " Je suis tantôt livré aux sacramentaires comme papiste, tantôt, aux papistes comme sacramentaire ; alors que, cependant, les papistes s'efforcent d'arracher le Christ aux Eglises, et les sacramentaires, le Sacrement de la Cène du Seigneur ; et ils se vantent d'être les seuls à prêcher le Christ, eux qui font de ses Sacrements dans l'Eglise, de simples signes ou des tessères militaires [64]. " Et après quelques phrases : " La reconnaissance des porcs et des chiens, lorsque quelqu'un leur jette des choses saintes ou des perles précieuses, consiste à se retourner aussitôt contre leur bienfaiteur et à le déchirer."
Jusqu'ici nous avons cité Luther, lequel dans la Défense des paroles de la Cène, redit à peu près les mêmes choses. Ailleurs (Epist. ad Argentinenses) il se plaint d'avoir appris l'éclosion, dans nombre d'endroits, de faux et nouveaux prophètes. Il dit aussi que les Strasbourgeois lui ont rapporté le grand bruit et tumulte excité par Carlostadt au sujet de l'Eucharistie, de la destruction des images et du Baptême. De nouveau, au sujet des sacramentaires, dans sa Défense des paroles de la Cène : " Cette secte a autant de manières de voir que de chefs, lesquels s'entendent sur le point principal, et revendiquent pour eux l'Esprit-Saint. Mais cet Esprit-Saint, quand il s'agit d'établir et de prouver, se trouve être non seulement différent, mais même contradictoire et inconstant ; ce qu'il permet, j'en suis persuadé, pour démontrer ouvertement que chacun d'eux se fourvoie également dans l'erreur. " Et aussitôt il énumère les sept opinions des sacramentaires.
En somme, il ressort de tous ces témoignages de Luther lui-même quelle nouveauté de doctrine il a introduite dans le monde ; car il se glorifie avec grand orgueil d'avoir été au début tout seul, et d'avoir tout seul lutté contre tout le monde. Puis il avoue que les sacramentaires ont semé de nouveaux dogmes, après être sortis de lui pour s'en séparer ensuite ; en sorte qu'il a été, lui, un novateur, et que les autres ont été plus novateurs que lui. Si cependant le témoignage de Luther au sujet des sacramentaires pouvait peut être paraître suspect à quelqu'un, écoutons les sacramentaires parler d'eux-mêmes. Théodore de Bèze, dans une Préface en français (In Comment.Calvini ad librum Josue [65]), exalte tellement la doctrine de son cher Calvin au sujet de l'Eucharistie, qu'il semble le mettre au-dessus des Apôtres. Voici ses propres paroles : " Une chose est à noter, comment ledit Calvin se porta prudemment à traitter ceste matière, tant en son Institution qu'au dit petit livret [66] ; car, voyant que la misérable contention esmeue pour le faict de la Cène, avoit allumé un feu qui étoit pour mettre division entre les eglises, tout son desir fut de l'esteindre par une claire exposition de la matière, sans s'attacher à personne. Ce qu'il a fait si bien et dextrement, que qui voudra bien considerer ses eszcrits, confessera que c'est à luy, après Dieu, qu'appartient l'honneur de la résolution depuis suivie par toutes gens de bon jugement." Ainsi donc, ô Bèze, le seul Calvin a connu la vraie façon de juger de l'Eucharistie ? Tout le monde, jusqu'à Calvin, a ignoré la portée et l'efficacité d'un si grand Sacrement ?
Vous voyez donc, ami Lecteur, qui que vous soyez, combien ces novateurs se complaisent dans leurs nouveautés : Luther, en osant ce qu'aucun théologien ou évêque n'avait tenté avant lui ; Bèze, en assurant que Calvin a compris et enseigné ce que personne autre n'a jamais su. Mais si vous voulez voir plus ouvertement l'attrait violent qu'ont ces novateurs pour la nouveauté, vous vous en rendrez facilement compte par leurs écrits et leurs actions. Ils ont lancé un Canon de l'Ecriture tout à fait nouveau, comprenant plus ou moins de Livres que ne l'a fait aucun Concile ou aucun Père ancien ; ils ont bouleversé l'Ecriture avec leurs innombrables versions nouvelles, personne ne se contentant de la version d'un autre (Controv. 2,1,6 et 7). Ils ont réduit les Sacrements au nombre nouveau de deux; ils ont introduit de nouveaux rites dans l'administration des Sacrements. Par une anarchie nouvelle, ils ont dénaturé la hiérarchie ecclésiastique ; par une invention toute récente, ils ont mis les ministres, à savoir les diacres, au-dessus des prêtres et. des évêques, et ceux-ci, que toute l'Eglise a toujours entourés de l'honneur du au premier rang, ils les ont relégués au dernier. Non contents de tant de nouveautés, ils ont déclaré une guerre acharnée aux mots antiques eux-mêmes. Parmi eux, en effet, tous ces mots de clercs, d'évêques, de prêtres sont passés de mode. Ils ont changé les mots de Messe et d'Eucharistie en celui, tout profane, de Cène ; le. mot autel, en celui de table. Calvin a condamné très ouvertement le mot de mérite, très ancien, très saint et très employé par tous les anciens chrétiens. Luther a remplacé le mot antique de libre arbitre par l'appellation blasphématoire de " serf arbitre " ; Calvin, de son côté, a taxé d'arrogance le même mot.
Mais qui ne reconnaîtra plus manifestement et plus expressément la fureur du changement dans Calvin, lorsque, à propos de la Trinité et de ces mots : personne, substance, consubstantiel (ομοουσιον), il écrit (Instit.1,13,5) : " Plût à Dieu que ces mots fussent ensevelis dans l'oubli ! Au moins on entendrait partout cette profession de foi commune, que le Père, le Fils et l'Esprit. Saint sont un seul Dieu. " Ailleurs il change le mot de personne en celui de résidence, si nous voulons nous en tenir aux plus anciennes éditions de ses Institutions, surtout aux françaises, celle en particulier que fit Thomas Courteau en 1564 [67]. Il faut, en effet, ajouter ceci : dans la dernière édition latine, qui est de l'année 1602, on trouve non pas " résidence " mais " subsistance ", pour signifier la personne ; par conséquent, comme je le suppose, les disciples de Calvin, avertis par ceux de notre religion, ont eu honte de cette nouvelle théologie, et ont jugé à propos de corriger ainsi leur docteur. En outre, alors que toujours les anciens Pères et toute l'Eglise prêchent la subsistance de l'Essence divine dans les Personnes, Calvin, au contraire, soit par une honteuse ignorance, à lui assez familière, soit par une in croyable envie d'innover, qui l'a très fortement agité, a dit que les Personnes subsistent dans l'essence.
Enfin Luther s'exprime ainsi à propos de ce mot, consubstantiel (Refutat. Rationis Latomianae ; cf Controv.2,4,3) : " Rien ne sert de m'objecter l' ομοουσιον employé contre les Ariens ; ce mot n'a pas été employé par beaucoup, ni par de très illustres personnages. " Et peu après il dit qu'il faut pardonner aux Pères qui, à un moment donné, se sont servis du mot consubstantiel, dont nous nous occupons, mot profane, étranger à l'Ecriture. " Si je hais cette expression, " ajoute-t-il ensuite, " et que je me refuse à m'en servir, je ne suis pas pour cela hérétique ; car, qui peut me forcer à l'employer, pourvu que je tienne la chose elle-même que le Concile a définie d'après les Ecritures ? Quoique les Ariens aient erré dans la foi, cependant (que ce soit avec une bonne ou une mauvaise intention) ils ont très bien fait d'empêcher qu'il fût loisible d'introduire dans les règles de la foi un terme profane et nouveau. " Que peut-on imaginer, je le demande, de plus impudent que ce charlatan ? Les Pères antiques et catholiques ont combattu près de trois cents ans pour maintenir ce mot très vénérable de consubstantiel, dont la prononciation diverse faisait reconnaître les hérétiques des catholiques, et voici que ce novateur et mauvais plaisant l'appelle un mot nouveau et profane ! Aussi, rien d'étonnant que parmi ses disciples et sectateurs, il s'en soit trouvé qui ont substitué, par une souveraine perfidie, " semblable en substance " à consubstantiel ; dignes disciples, à la vérité, de cet apostat et déserteur de la foi qui, après treize cents ans, accuse de profanation le Concile de Nicée, le plus auguste de tous ceux qui eurent jamais lieu, tout en attribuant aux Ariens un zèle pieux. Quelle différence avec Jérôme écrivant autrefois au Pape Damase (epist ad Damasum): " Je supplie Votre Béatitude, par le Crucifié, salut du monde, par la Trinité ομοοϋσιον, " etc. Tel était, en effet, le respect religieux que les très saints Pères avaient pour le mot consubstantiel, qu'ils s'en servaient dans leurs formules d'attestation. Mais on s'étonnera moins de voir l'âme hérétique de Luther s'offenser de ce mot, si l'on se souvient de la belle parole d'Ambroise (De Fide 3,7) : " Les Pères ont introduit ce mot dans l'exposé de fa foi, " parce qu'ils voyaient " qu'il était redouté des adversaires. "
§ 2
De la face extérieure de l'Eglise ancienne, transformée par nos hérétiques
Enfin, nos novateurs ont donné aussi une forme nouvelle à l'aspect extérieur de l'Eglise. J'en appelle ici à vous, ô Pères, non en tant que Docteurs et illustres interprètes de la Sainte Ecriture, mais en tant que témoins tout à fait dignes de foi de ce qui se passait dans l'Eglise au temps où vous en étiez les chefs; en sorte que si les adversaires n'ont pas honte de vous traiter de docteurs ignorants et faibles d'esprit,.ils admettent au moins vos paroles et vos écrits comme ceux de témoins fidèles et probes. Comment, en effet, pourraient-ils s'en dispenser, eux qui avouent que vous avez été fidèles et saints ? En outre, pour éviter toute tergiversation possible, je ne parlerai que de ce qui est bien constaté avoir été habituellement pratiqué par l'Eglise pendant. les premières cinq cents années de son existence ; car Calvin, après Luther. nous fait cette remarque (Instit. 1,11,13) : " Souvenons-nous des cinq cents ans environ pendant lesquels la religion florissait encore dans tout son éclat, et la doctrine plus pure était en vigueur. " Et ailleurs (id 4,2,3), à propos de l'époque d'Augustin : " C'est une chose hors de discussion que rien n'a été changé dans la doctrine depuis le commencement jusqu'à cette époque-là. "
Donc, de peur de ne pas en finir si nous énumérons les textes des anciens Pères qui se présentent de côté et d'autre sur notre sujet, bornons-nous au seul Augustin, que Luther reconnaît pour le meilleur Docteur après les Apôtres, et Calvin, pour un fidèle interprète de la vérité. En outre, dans saint Augustin n'examinons pas tout, mais un seul chapitre : lehuitième du Livre XXIIe de La Cité de Dieu (cf Controv.2,7,2). Dès le début du chapitre, vous verrez, au témoignage d'Augustin lui-même, le grand Ambroise pressé en songe, à Milan, d'exhumer et d'exposer les corps des saints Martyrs Gervais et Protais, le peuple accouru pour vénérer ces restes sacrés des Martyrs, et en particulier un aveugle, qui reçoit la vue au contact de ces reliques.
Vous y verrez qu'Augustin lui-même et Alypius n'étaient pas encore clercs : cette remarque d'Augustin veut dire qu'alors les clercs étaient distingués des laïques. Vous y verrez aussi le bienheureux Saturnin, évêque d'Uzales, Gelosus, prêtre, et les diacres de Carthage ; or, c'est l'évêque, comme exerçant la fonction principale, qui bénit les autres : preuve qu'alors les évêques étaient distincts des prêtres, et les prêtres des diacres, l'évêque étant considéré comme fort au-dessus du prêtre. C'est pourquoi, dès l'époque du même Augustin (Aug. De Haeresibus 58), Aérius fut condamné par l'Eglise comme hérétique pour avoir affirmé qu'il n'y avait nulle différence entre l'évêque et le prêtre. " Le souverain prêtre, à savoir l'évêque, a le droit de donner le Baptême; après lui, les prêtres et les diacres, mais avec la permission de l'évêque." Ce sont les paroles de Tertullien (De Baptismo 17).
Vous verrez Innocentia, pieuse femme de Carthage, obtenir la guérison d'un cancer incurable, par le signe de la Croix du Christ. Vous y verrez Hespérius de Fussales recourir aux prêtres pour faire délivrer sa maison de la présence des esprits malins, et un " de ces prêtres y offrir le Sacrifice du Corps du Christ " (ce sont les paroles mêmes d'Augustin), " priant de toutes ses forces pour faire cesser l'importunité des démons; et cette dernière cessa aussitôt, par la miséricorde de Dieu. " Par conséquent, à une époque où l'Eglise était dans toute sa pureté, le Sacrifice du Corps du Christ, au témoignage d'Augustin, était offert par les prêtres.
Vous verrez le même Hespérius, pour n'avoir à souffrir lui. même aucun mal, suspendre dans sa chambre de la terre, apportée par un ami de Jérusalem, du lieu où le Christ ressuscita le troisième jour ; puis, après que sa maison eut été purifiée de la présence des démons, ne plus vouloir garder dans sa chambre la terre sainte, et cela uniquement par respect. Vous le verrez demander aux évêques de la faire enfouir quelque part et d'élever une église en cet endroit: ce qui fut fait. Vous verrez aussi Rusticanus, paralytique, porté à cette église et s'en retourner aussitôt à pied et guéri.
Vous verrez un jeune possédé, tout. semblable à un mort, porté au tombeau des Martyrs Gervais et Protais pour y être guéri. Vous verrez des Religieuses y chantant les hymnes du soir et des oraisons. Vous verrez un jeune homme dont l'œil fut guéri par les prières des Saints pendant qu'il embrassait l'autel. Vous verrez une jeune fille, très connue de notre Augustin, qui, après s'être ointe d'une huile mêlée des larmes du prêtre qui priait pour elle (ce sont les expressions d'Augustin), fut délivrée du démon. Même guérison pour un jeune homme, grâce aux prières de l'évêque. Donc, on faisait déjà bénir de l'huile par les prières des prêtres, pour enchaîner et chasser les démons.
Vous verrez la jolie histoire du vieillard Florentius, tailleur d'Hippone, qui par les prières des Vingt Martyrs obtint de Dieu de quoi se nourrir et se vêtir, grâce au gros poisson qu'il vit tout palpitant au sortir de sa prière, et qu'il vendit trois cents bourses au cuisinier Carchisus, chrétien. Celui-ci, trouvant un anneau d'or dans le ventre du poisson, touché de compassion et pénétré d'une terreur religieuse, le remit à Florentius en disant : " Voici comment les Vingt Martyrs ont pourvu à ton vêtement. "Vous verrez je ne sais quels jeunes gens agacer de leurs moqueries la piété de Florentius : vous diriez que c'étaient déjà des calvinistes ou des luthériens.
Vous verrez un évêque, à Tiblis, porter des reliques de saint Etienne, martyr, et une grande multitude, partie l'accompagner, partie venir au devant de lui; puis une femme aveugle recouvrer alors la vue au contact des reliques. Vous verrez Lucillus, évêque, porter lui aussi les reliques de saint Etienne, au milieu d'un peuple le précédant et le suivant, et guéri d'une très pénible fistule dès que, chargé du saint fardeau, il toucha les reliques sacrées. Vous verrez le prêtre Hispanus délivré, au contact des reliques du même Martyr, d'une maladie de la pierre, déjà ancienne. Vous verrez le même prêtre, à demi-mort par suite d'une autre maladie, rendu à la vie par l'apposition sur son corps d'une tunique rapportée du tombeau du Martyr. Vous verrez Martial, homme de la première noblesse, avancé en âge, mais ayant horreur de la religion chrétienne, converti subitement, à la grande admiration de tout le monde, par les prières de saint Etienne et après avoir touché des fleurs rapportées de son autel ; puis, pénitent, baptisé par les prêtres, et ayant ensuite coutume, toute sa vie durant, de dire fréquemment cette prière de saint Etienne : 0 Christ, reçois mon esprit (Ac 7,58).
Vous verrez aussi trois podagres guéris par le même Martyr. De même, un enfant écrasé par une roue de char et presque mourant, saisi et emporté aussitôt par sa mère au tombeau du Saint, où non seulement il fut rendu à la vie, mais apparut sans la moindre blessure. Vous verrez une Religieuse, frappée d'une maladie très grave, dont la tunique fut portée au même tombeau alors que la malade était dans un état désespéré ; or, comme celle-ci mourut entre-temps, on mit sur son cadavre la tunique rapportée, et la Religieuse revint à la vie. De même pour la fille de Bassus le Syrien. Vous verrez le fils d'Irénée mort, et ressuscité par l'onction de l'huile du Martyr ; et aussi Eleusinus, petit enfant, déposé inanimé sur la confession du Martyr, ressuscité après la prière. Vous verrez Paul et Pauladia, aflligés tous deux d'un tremblement des membres par suite de la malédiction de leur mère, guéris à la confession du même Martyr. Vous verrez Augustin lui-même, sur le point d'adresser d'un lieu élevé la parole à ses ouailles, les exciter à louer Dieu et à le remercier. Il termine son chapitre remarquable par ces mots : " Qu'est-ce qui remplissait le cœur de ceux qui se réjouissaient ainsi, sinon la foi du Christ, pour laquelle le sang d'Etienne a été répandu ? "
Qui peut donc avoir le moindre doute sur la question de l'identité de l'Eglise de cette époque avec l'Eglise Catholique Romaine de notre temps ? Avons-nous aujourd'hui d'autres paroles, d'autres sentiments ? Remarquez l'aspect extérieur, étudiez les traits qu'Augustin, dans ce seul chapitre, a décrits avec tant de soin. Ne voyez-vous pas les clercs, les diacres, les prêtres, les évêques ? Ne remarquez-vous pas le Sacrifice du Corps du Christ, l'autel, la dédicace de l'église, les Religieuses, la bénédiction de l'huile et la bénédiction épiscopale, les corps des Saints conservés précieusement et glorifiés par tant de miracles, et leurs tombeaux placés dans les églises ? Avez-vous entendu le récit de la femme guérie par le signe de la Croix, du pauvre vêtu à l'invocation des Saints, la terre des Lieux Saints tenue en vénération, les reliques transportées avec honneur, et cela par les évêques, les Religieuses chantant des hymnes et des oraisons ? Qu'y a-t-il de semblable, je le demande, dans les synagogues de Calvin ou de Luther ? Ces derniers se moquent de tout cela, comme si c'étaient des coutumes introduites abusivement et superstitieusement, aux siècles derniers, dans l'Eglise de Dieu. Cependant, de l'aveu de nos mauvais plaisants, au temps d'Augustin l'Eglise était pure, sainte, nullement encore déformée par une doctrine perverse. Il est par suite étonnant que de ce seul chef tous les luthériens et calvinistes ne se sentent vaincus et convaincus, et ne considèrent Luther et Calvin comme des imposteurs, eux qui confessent l'état très pur de l'Eglise à l'époque d'Augustin, et qui d'autre part, ne tiennent pas pour un menteur ce dernier qui rapporte comme très vraies et très certaines toutes les choses racontées plus haut.
Vous nous avez trop libéralement concédé, ô Luther et Calvin. que l'Eglise de Dieu n'a été déformée par aucune erreur et aucun abus pendant ses cinq cents premières années : quoi, en effet, de plus facile pour nous que de prouver que les Pères de cette époque ont cru exactement tout ce que nous croyons aujourd'hui et qui fait le sujet de nos controverses ? Pour que vous ne pussiez plus en douter, deux Illustrissimes Cardinaux, remarquables lumières et ornements de notre siècle, Baronius dans ses Annales Ecclésiastiques, et Bellarmin dans ses Controverses, en avaient fourni la preuve. Vous pouviez cependant nier cela comme tout le reste, bien que non sans fausseté et impudence ; car il convient à des gens qui ont dépassé, non une fois, mais si souvent les limites de la honte, d'être impudents pour de bon et hardiment. Reconnaissez-vous donc vaincus maintenant par ce que vous avez avoué plus haut. En vérité, quels réformateurs, bon Dieu ! sont ces gens qui ont méprisé et repoussé comme profanes toutes les pratiques, toutes les œuvres de l'Eglise, tout ce dont celle-ci se parait à son époque de pureté et de sainteté ! N'est-ce pas plutôt le nom de déformateurs qui leur convient, et ne doivent-ils pas être considérés, hués et chassés par tout le monde comme d'ineptes et impudents novateurs ? Déjà autrefois Tertullien avait écrit ces belles paroles (Contra Hermogenem) : " Nous avons coutume de récuser les hérétiques comme de date récente. " Pourquoi donc ne récuserions-nous pas aussi les nôtres ?
HUITIÈME CARACTÉRISTIQUE DES HÉRÉTIQUES: L'ESPRIT DE DISSENSION
§ 1
La huitième caractéristique de toutes les hérésies est l'esprit de dissension (Controv. 1,3,4) ; car, comme dit l'Apôtre (1 Co 1,13) ; est-ce que le Christ est divisé ? Et (1 Co 14,33) : Dieu est un Dieu non de dissension, mais de paix. Aussi avons-nous coutume de dire que le propre des hérétiques est de diviser, comme celui des catholiques de réunir, le Christ étant venu (Jn 11,52) réunir en un seul bercail les brebis dispersées. C'est pourquoi l'Apôtre Jude décrit ainsi les hérétiques (Jude 19) : Ce sont ceux qui se divisent eux-mêmes.
Or, qui ne voit la dissension qui existe entre les hérétiques de notre temps ? Luther appelle ouvertement hérétiques les sacramentaires ; les sacramentaires en font autant pour les luthériens et les anabaptistes ; les anabaptistes pour les trinitaires ; les trinitaires pour les anglocalvinistes ; les anglocalvinistes pour les puritains ; et réciproquement. Mais qu'il nous suffise de citer le témoignage de Luther (Defensio verborum Coenae)qui, dans son livre contre les sacramentaires, non en passant, mais ex professo, démontre qu'en deux ans se sont fait jour sept interprétations très diverses et hérétiques de ces paroles : Prenez et mangez : Ceci est mon corps. (Mt 26,26 ; cf note 51). Après en avoir énuméré six, il ajoute : " A ceux-ci en succèdent d'autres, pour achever le nombre septénaire, lesquels prétendent qu'il ne s'agit pas ici d'un article de foi ; de sorte qu'il est libre à chacun de penser ce qu'il veut. C'est fouler aux pieds et détruire tout. Cependant l'Esprit-Saint réside en chacun d'eux, et personne ne veut être taxé d'erreur au milieu de démonstrations et d'arrangements du texte, si divers et opposés, alors qu'il faut qu'un seul arrangement soit le vrai. Combien grossièrement et manifestement le diable nous rit-il au nez ! " Voyez, je vous prie, avec quelle élégance et quelle justesse cet homme irascible fait la description de lui-même et des siens, tout en pensant décrire et mordre les autres !
Et dans sa Réponse au méchant écrit du Roi d'Angleterre : " Remarquez maintenant, de grâce, dans quelles dures conditions je conduis ces attaques. J'ai porté la guerre au dehors, je combattais à visage découvert contre les papistes. Pendant ce temps, les soldats mes compagnons, mes frères, à l'intérieur oppriment la patrie, portent le fer et le feu partout, exercent une boucherie cruelle et horrible parmi leurs propres concitoyens. " Et peu après, à propos de Carlostadt ou de Zwingle : " Mon Absalon, qui a chassé son père, après l'avoir dépouillé de son royaume et de sa gloire ; mon Judas, qui a trahi son maître et a dispersé le groupe des pieux disciples, n'avaient pas encore formé le même projet contre moi aussi. "
Mais le plus beau passage est celui où, après quelques mots, Luther provoque à la lutte tous ses adversaires : " Eh bien donc ! apparaissez tous, vous, papistes sectaires, ministres et satellites de Satan, et toute la troupe du diable, d'un commun accord réunissez vos forces ! Amenez ici vos escadrons, attaquez le seul Luther de toutes vos phalanges. Papistes, dirigez l'attaque en première ligne ; que les sacramentaires, les anabaptistes donnent l'assaut, " etc. En vérité, c'est à merveille qu'il met les sacramentaires et les anabaptistes derrière lui, non seulement parce qu'ils ont été ses sectateurs, mais aussi parce qu'ils viennent du même point de départ et ont suivi la même voie. Tous font front à l'Eglise Catholique, mais tous combattent les uns contre les autres (Is 19,2) : Je ferai courir les Egyptiens sus aux Egyptiens, dit le Seigneur. C'est là la guerre des Madianites (Jg 8,22), et,.comme l'écrit ailleurs Luther lui-même (De Votis monasticis), Dieu a tout arrangé pour que les impies se confondent toujours eux-mêmes, et pour que les mensonges ne concordent pas entre eux, mais se dévoilent eux-mêmes. Autrefois Hilaire a prononcé cette parole pleine d'à-propos et de poids (De Trinit. 7): " La guerre que se font les hérétiques est la paix de l'Eglise. "
§ 2
Et les hérétiques de notre temps, non seulement sont divisés de sentiment, mais aussi, comme nous l'avons déjà dit, sont poussés par l'esprit de dissension, car ils. ont supprimé tout ce qui pourrait amener la diversité des croyants à l'union ou à l'unité d'esprit et de foi. Parmi eux, nul siège principal (cf Controv. 1,3,4) auquel, comme le disait saint Irénée (Adversus Haeres 3;3), toute l'Eglise puisse recourir ; chacun s'arroge la verge du censeur; ils méprisent l'autorité des Conciles, dont la première utilité est de concilier entre elles les opinions divergentes par l'échange mutuel de vues entre les catholiques. Comment donc peuvent arriver à l'unité de sentiment ceux qui se sont fermé tous les chemins pour y parvenir ?
D'autre part, l'Ecriture Sainte est, d'après eux, l'unique voie pour connaître la vérité et s'entendre ; si nous portons nos regards de ce côté, nous arriverons facilement à l'unité de doctrine : c'est ce que crient nos hérétiques. Qui ne voit cependant ici les replis tortueux du serpent antique (Is 27,1 ; Ap 12,9) ? Presque toutes les controverses, en effet, roulent sur l'Ecriture Sainte elle-même (Controv. 2,1,10). Y a-t-il un hérétique, à l'exception d'un ou de deux, qui ait jamais autrement entamé sa lutte et troublé les foules dans l'Eglise de Dieu, qu'en en prenant prétexte dans l'Ecriture ? Tous les hérétiques ont l'habitude de crier : La Parole de Dieu, la Parole de Dieu ! tout en bou leversant l'Ecriture par les Ecritures, c'est-à-dire en étouffant l'esprit vivifiant sous la lettre qui tue (2 Co 3,6 ; 1 Th 5,19). L'Ecriture ayant un sens multiple, "celui qui en choisit un et le défend comme le sien propre, crée une hérésie et une secte propre. Il arrive alors ce que dit Augustin (Tract.18 in Jn)) : ".Les Ecritures, bonnes en soi, sont mal comprises; " et Hilaire (de Trinit. 2,3) : " La façon de comprendre constitue l'hérésie ; c'est le sens qu'on lui donne, non le texte lui-même, qui amène le crime d'hérésie ; " et Jérôme (Contra Luciferianos) : " La valeur des Ecritures ne consiste pas dans leur simple lecture, mais dans la manière de les comprendre ; " et ailleurs (ad Galatas 1): " Le démon emploie les Ecritures, et toutes les hérésies s'en font des oreillers qu'elles mettent sous le coude des gens de tout âge, selon l'expression d'Ezéchiel (Ez 13,18). " Mais entre tous, Vincent de Lérins s'exprime (Commonit. 25) avec le plus de clarté et de justesse, si bien qu'il semble avoir voulu dépeindre les mœurs et la tournure d'esprit des hérétiques de notre temps : " Lisez, " dit-il, " les opuscules de Paul de Samosate, de Priscillien, d'Eunomius, de Jovinien et des autres auteurs pestilentiels " (les luthériens et les calvinistes eux-mêmes considèrent tous ces personnages comme des hérétiques) : " examinez l'interminable liste des exemples apportés, et vous verrez qu'il n'y a presque aucune page qui ne soit fardée et colorée au moyen de phrases du Nouveau ou de l'Ancien Testament. " Et peu après : " Qu'est-ce que les vêtements de brebis, sinon les oracles des Prophètes et des .Apôtres ? Que signifient les loups dévorants (Mt 7,15), sinon les interprétations cruelles et délirantes des hérétiques ? etc.
Par conséquent, l'Ecriture toute seule ne peut amener l'union des esprits et des fidèles, mais elle a besoin d'un interprète qui en manifeste le sens dans le même esprit où elle a été écrite et révélée. Mais un interprète de cette sorte ne peut être autre que l'Eglise, colonne et fondement de la vérité (1 Tm 3,15), à l'autorité exclusive de laquelle il a toujours appartenu de discerner et de condamner les hérésies et les hérétiques. Aussi, quiconque affirme que l'Eglise peut se tromper, répand nécessairement un esprit de dissension dans les âmes des fidèles, et supprime entièrement toute certitude de croyance (Controv.1,2,6). C'est ce que font et ont toujours fait tous les hérétiques. Cependant, jamais exemple n'a été si frappant que celui des hérétiques de notre époque ; ces quatre mots de l'Evangile : Ceci est mon corps, ont été, en effet, compris par eux avec une telle diversité et contradiction de sentiments, que déjà de son temps Luther, comme nous le disions tout-à-l'heure, avait observé sept interprétations très dissemblables. Et comme il voyait les sacramentaires se glorifier impudemment de la Sainte Ecriture. " C'est là," dit-il (Contra Sacramentariois, Defensio verborum Coenae), " le pire : le diable nous est de beaucoup supérieur en finesse et en puissance ; partout il attaque et se défend; si nous recourons à. l'Ecriture, il nous y attend aussitôt, et se met à soulever des tas de contentions et de dissensions à. son sujet, au point de presque nous dégoûter d'elle et de diminuer notre assentiment et notre confiance en elle. Et cependant il nous faut continuellement lutter avec lui. " Et un peu après, à. propos de Satan : " Il trouvera .le moyen de faire naître par l'Ecriture tant et de si grandes sectes turbulentes, que tu ne sauras plus retrouver l'Ecriture, la foi, le Christ et toi-même. " Et aussitôt, revenant à. la même pensée : " Quoique le démon soit forcé de nous laisser tranquilles, cependant il n'a pas oublié ses artifices ; car à. la dérobée il a semé dans nos assemblées la zizanie, je veux dire les faux frères qui ont embrassé notre doctrine et nos paroles, non pour nous aider à. propager l'Ecriture, mais pour attaquer par derrière notre armée, au moment où nous combattons en première ligne, afin d'exciter les foules et nous faire une guerre furieuse. " Et peu après : "Mais il ne cessera pas ; il ira plus loin dans une occasion si favorable, et attaquera plusieurs articles de foi. Et déjà. ses yeux scintillent annonçant des erreurs au sujet du Baptême, du péché originel et de l'humanité du Christ; d'où se produira tant de confusion dans l'interprétation des Saintes Lettres, tant de dissensions et de sectes, que nous pourrons affirmer avec Paul (2 Th 2,7) que le mystère d'iniquité agit maintenant. " Luther voyait bien qu'après lui surgiraient de nombreuses sectes : " Si la machine du monde-se maintient encore quelques années, l'on sera obligé, à l'exemple des Pères, de recourir aux moyens humains de défense pour supprimer les dissensions, et l'on fera des lois et des décrets pour obtenir et conserver la concorde dans la religion ; ce qui amènera un résultat pareil à l'ancien. " Un peu plus loin, expliquant la nature de ces moyens humains de défense nécessaires pour supprimer les dissensions, il dit que ce seront les Conciles. Un peu plus haut, en parlant des sacramentaires et de leur hérésie, il avait dit : " En cette partie, il [le démon] a fait par l'Ecriture une dizaine de brèches environ et s'est préparé des échappatoires, si bien que je ne sache pas qu'il ait jamais existé une hérésie plus difforme, ni qui dès son origine ait eu tant de chefs, tant de sectes différentes, tant d'opinions discordantes, tendant toutefois finalement au même but, qui est de poursuivre le Christ. " Jusqu'ici Luther.
De ces citations vous voyez : 1. qu'il a considéré les sacramen taires comme des hérétiques et comme les plus affreux des hérétiques ; 2. que tous ces sacramentaires s'appuient impudemment sur les Ecritures; 3. que l'Ecriture seule ne peut calmer les flots des dissensions ; 4. que les Conciles sont l'unique voie pour arriver à la concorde ; 5. que l'usage des Conciles a été pratiqué par les Pères dans ce but: toutes choses parfaitement vraies, bien que dites par un menteur habitué à mentir. Toutefois, pour ne pas manquer de se montrer hérétique même ici, Luther fait un beau mensonge en appelant "' moyens humains de défense " les Conciles ; car elle est divine, non humaine, .l'assemblée qui commence ses décrets par ces mots : Il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous.(Ac 15,28 ; Controv. 2,4,2)S'il s'agit ici d'un moyen de défense purement humain, où en trouvera-t-on un, je le demande, qui sera divin ? Et s'il existe quelque part un autre moyen divin de défense, pourquoi donc Luther fait-il de si grands efforts pour éviter les moyens humains, pouvant s'en procurer de divins et, par le fait même, évidemment meilleurs et plus sûrs que les humains ? En vérité, quelqu'un peut-il croire que le Dieu très bon et très grand n'ait pas songé à fournir pour le besoin en question le moyen de défense voulu, moyen, par suite, totalement divin, destiné à conserver l'union et la paix de toute son Eglise ?
NEUVJÈME CARACTÉRJSTJQUE DES HÉRÉTIQUES : L'ESPRIT DE CONTENTJON
§ 1
La neuvième caractéristique des hérétiques est l'esprit de contention, de superbe, d'arrogance et d'obstination. Voici, en effet, la deScription que fait de leurs mœurs le bienheureux Jude dans son Epître canonique (11-13). Malheur à ceux qui se sont égarés dans la voie de Caïn, et se sont jetés pour un salaire dans l'égarement de Balaam, et se sont perdus dans la rébellion de Coré. Ils sont nuées sans eau, emportées au hasard par les vents, vagues furieuses de la mer, jetant l'écume de leurs hontes, astres errants. Ce sont des murmurateurs, des gens qui se plaignent sans cesse, qui vivent au gré de leurs convoitises, et leur bouche profère des paroles d'orgueil. Et saint Paul (1 Co 11,16) : Si quelqu'un veut contester, pour nous, nous n'avons pas cette habitude, non plus que l'Eglise de Dieu. Aussi saint Augustin définit-il avec raison l'hérétique (de Genesi ad litter. 7,9) : celui qui, " ayant une intelligence erronée des Ecritures, affirme avec entêtement ses fausses opinions, opposées à leur vérité. " Et ailleurs (In Jn, 18): " Les hérésies ne sont nées que parce que les Ecritures, bonnes en soi, sont mal comprises, et. que ce qui en est mal compris est affirmé avec témérité et audace. " Et de nouveau en un autre endroit (De Civit.Dei 18,51) : " Ceux qui, dans l'Eglise, ont des manières de voir mauvaises et malsaines, et qui, si on les reprend pour les amener à des manières de voir bonnes et saines, résistent avec obstination, ne veulent pas corriger leurs dogmes pervers, mais persistent à les défendre, ceux-là deviennent hérétiques."
Or, pour connaître le degré d'arrogance et d'orgueil des hérétiques de notre temps, il nous suffit d'entendre les paroles de leur père Luther. Celui-ci, dans sa Réponse au méchant écrit du Roi d'Angleterre, écrit (Œuvres 2) : " Je dirai franchement, et sans arrogance aucune, que j'ai purifié et éclairé l'Ecriture de telle sorte, que d'ici mille ans elle ne sera jamais ni plus claire, ni connue d'un plus grand nombre. " Et un peu auparavant : " C'est pour moi chose indifférente, maintenant que le monde entier adhère à mon parti, si ce monde vient de nouveau à me mépriser ; j'approuverai l'une et l'autre détermination, car, qui me soutenait au commencement, quand j'étais seul ? " Et ailleurs (contra Regem Angliae) il se vante étonnamment lui-même, et aussi son esprit d'entêtement : " L'arme, " dit-il, " avec laquelle les hérétiques obtiennent aujourd'hui la victoire, c'est la fureur incendiaire des imbéciles, des ânes et des porcs qui suivent la doctrine thomiste. Mais que ces porcs s'avancent et, s'ils l'osent, qu'ils me fassent brûler ! je suis ici à les attendre. Avec les seules cendres qui resteront de moi après ma mort, même si on les jette dans .mille mers, je poursuivrai et repousserai [68] cette abominable tourbe. En somme, si je vis, je serai l'ennemi de la Papauté ; si je suis brûlé, je serai deux fois son ennemi. Porcs thomistes, faites ce que vous pouvez : vous aurez Luther comme une ourse dans votre chemin, comme une lionne dans votre sentier (Os 13,7) ; partout vous le rencontrerez, et il ne vous laissera point de paix, jusqu'à ce qu'il ait brisé vos têtes de fer et vos fronts d'airain, soit pour votre salut, soit pour votre perte. Assez de patience perdue jusqu'ici. Désormais, puisque vous continuez, dans votre endurcissement et votre aveuglement, à montrer les cornes, et que volontairement vous êtes incorrigibles et indomptables, que personne n'attende de moi à .votre égard, monstres incurables, une parole douce ou caressante. Je veux que vous enragiez de plus en plus, jusqu'à ce que, après avoir épuisé vos forces et vos fureurs, vous vous écrouliez sur vous-mêmes au milieu de vos discours. Que celui qui aura le premier dompté l'autre, soit le vainqueur ; qu'il vous soit fait selon votre désir. " Et dans le même livre : " Nous n'appartenons pas au Pape, mais le Pape nous appartient; à nous de ne pas être jugés par lui, mais de le juger lui-même : car l' homme spirituel n'est jugé par personne, et juge tout le monde. " (2 Co 2,15).
Et de nouveau ailleurs (Praef. 1 tome 1): " Ce courant populaire m'était assez favorable, et les allemands, l'esprit en suspens, attendaient l'issue d'une si grande affaire, que personne auparavant, ni évêque, ni théologien n'avait osé entreprendre. " Enfin, çà et là on peut voir ce monstre furieux s'adresser des louanges extraordinaires, et débiter en réalité des propos pleins d'arrogance et d'impudence. Lui-même, du reste,. ne le nie pas, car répondant par lettre à un certain ami (epist praefixa argumentis suis in Psalmos tom 3) : " Tu me rappelles avec raison à la modestie, " dit-il; " je sens cela moi-même, mais je ne suis pas en pleine possession de moi, je suis entrainé par je ne sais quel esprit. Tout en ayant conscience de ne vouloir du mal à personne, je suis poussé à bout furieusement par mes ennemis, à tel point que je ne traite pas l'adversaire avec la convenance voulue. "
Pour montrer jusqu'où va l'esprit de contention et d'entêtement chez Luther, nous apporterons deux exemples, choisis parmi les innombrables que nous pourrions citer. Le premier sera tiré de la lettre qu'il écrivit aux Strasbourgeois, où il parle des sacramentaires en ces termes (tom 7) : " Je ne puis ni ne veux nier que si Carlostadt ou quelque autre avait pu me prouver, il y a cinq ans, qu'il n'y a rien dans le Sacrement de l'Eucharistie en dehors du pain et du vin, celui-là m'aurait rendu un grand service ; car je peinais dur et j'étais en proie à de graves soucis au sujet de l'élucidation de cette matière. De toute la tension de mes nerfs j'ai cherché à me tirer d'affaire, me rendant fortbien compte que c'était un moyen pour moi d'ennuyer grandement le Pape surtout. Mais je me vois pris ; nulle :voie pour m'échapper. " Et peu après : " Si encore aujourd'hui quelqu'un pouvait me prouver, par un témoignage solide des Ecritures, que dans le Sacrement de l'Eucharistie il n'y a que du pain et du vin, il ne serait pas nécessaire de m'entreprendre à ce sujet sur un ton si mordant ; car je suis, hélas ! porté plus qu'il ne faut de ce côté, autant que je puis connaître la nature de l'Adam qui est en moi. " Peut-on imaginer, je le demande, un esprit plus contentieux que celui de cet homme, qui ne cherche pas, selon ses propres expressions ce qui est vrai ou faux, mais ce qui peut ennuyer le Pape ou l'Eglise, et étudie, non par amour et désir de la vérité, mais par haine de la Papauté ?
On peut tirer un autre exemple encore plus typique d'un autre endroit où il dit à propos de la Messe (De captivit.Babylon.) : " Que répondre contre le Canon et l'autorité des Pères ? Je réponds d'abord : s'il n'y a rien à dire, il est plus sûr de tout nier que de concéder la Messe. " Qu'est-ce cela, je le demande, sinon vouloir défendre son opinion à tout prix et en employant toute espèce de moyens, selon le mot du poète (Horace Epist 1,1,65) :
Fais cela " si tu le peux, " comme il faut ; " si tu ne le peux, fais-le de n'importe quelle manière. "
Au sujet de Zwingle, de Carlostadt, d'Œcolampade, de Calvin, pères des sacramentaires et :fils de Luther, nous ne pouvons citer de témoignage plus approprié, plus certain et moins suspect que celui de Luther lui-même, lequel affirme que, semblables à Absalon, envieux du royaume et de la gloire de son père, ils ont lancé en avant leurs hérésies. Bien qu'il ne parle pas expressément de Calvin, qui du vivant de Luther n'était encore ni tellement décrié, ni tellement fameux, cependant ce qu'il dit des autres chefs des sacramentaires ne s'applique-t-il pas parfaitement à Calvin, d'autant plus orgueilleux et arrogant que les autres qu'il est venu après eux ? Si, en effet, Carlostadt et Zwingle ont été arrogants en contredisant leur père Luther, plus arrogant certes a été Calvin en contredisant Luther, Zwingle et tous les chrétiens de tous les âges. Quoi de plus arrogant que l'accusation lancée par Calvin contre tous les Pères, qui, d'après lui, seraient tombés dans l'erreur ou auraient parlé avec arrogance ? De même, quoi de plus arrogant que Bèze, qui attribue au seul Calvin l'honneur d'avoir vu juste, d'avoir découvert la vérité au sujet du mystère de l'Eucharistie, comme si personne, absolument personne d'entre les mortels, n'avait possédé la vraie doctrine sur l'Eucharistie avant l'époque de Calvin ? Et que donne-t-il à entendre, je vous prie, lorsqu'à la:fin de la Vie de Calvin écrite par lui [69], Bèze ajoute ces paroles d'Elisée voyant Elie enlevé au ciel (4 R 2,12) : Mon père, mon Père, char d' Israël et son conducteur ! sinon qu'il veut qu'on prenne Calvin pour Elie et lui-même pour Elisée ?
§ 2
De l'interprétation des Ecritures
L'on peut découvrir davantage cet esprit d'arrogance et d'obstination en écoutant disputer nos novateurs. Par exemple, qu'on leur demande si les actes de charité justifient, ils le nieront. Si vous leur objectez les paroles de l'Epîre de saint Jacques (Jc 2,14), que répondront-ils ? Luther s'écriera que, " si l'on a déliré quelque part, " c'est ici qu'on l'a fait, et qu'il vaut mieux rejeter l'Epîre de l'Apôtre qu'admettre le principe de la justification dans la charité. Qu'y a-t-il dans cette réponse, sinon de l'impudence et de l'entêtement ?
Quant à Calvin, il répondra que les paroles de saint Jacques ne regardent pas la justification, mais la manifestation de cette dernière. Si vous répliquez que les expressions de l'Apôtre ne peuvent supporter cette interprétation, puisque saint Jacques attribue la justification tout ensemble à la foi et aux œuvres, Calvin persistera dans son opinion et s'écriera que les catholiques sont tous vaincus, et convaincus de mauvaise interprétation (Instit .3,17,8). Mais devant quel tribunal ? Devant celui de l'Ecriture, dit-il. Or, c'est précisément au sujet de l'Ecriture que nous discutons, et elle nous donne très manifestement raison, puisque l'Apôtre a écrit justification et non pas manifestation de la justification. Si vous insistez : Consultons les Pères, les Conciles, l'Eglise. Fort bien, vous dira-t-il, pourvu qu'ils parlent d'après la règle de l'Ecriture.
Ne voyez-vous pas l'entêtement ? Il exige les Ecritures, nous les fournissons ; il les détourne par une interprétation fuyante. Nous lui opposons la vraie, l'authentique, celle qui ressort proprement de la force et de la signification des mots ; il ne l'admet pas. On demande qui de nous interprète plus justement, car il n'est pas admissible que quelqu'un soit témoin et juge dans sa propre cause ; lui, pour ne pas sembler vaincu, pour en imposer aux vieilles femmes et au vulgaire, il en appelle à l'Ecriture. Qui ne voit ici les détours de l'audace et de l'entêtement ? En somme, il veut qu'on l'entende lui seul, qu'on lui prête foi à lui seul. Si vous lui demandez s'il consent à écouter les Pères anciens et les Conciles : " Je les écouterai, " dit-il, " si leur jugement est exactement conforme à l'Ecriture. " Mais après qu'ils auront porté leur jugement, demandé-je, vous en tiendrez-vous à leur sentence ? Je m'y tiendrai, répond-il, si cependant je l'examine d'abord (Instit. 4,9,8). Qui vous a donc établi leur juge ? c'est justement de cela que nous nous enquérons. Pourquoi avez-vous le droit d'examiner leur sentence et leur interprétation, plutôt qu'eux ou nous celui d'examiner la vôtre, et qui sera juge en face d'un droit égal pour tous ? S'ils se trompent dans leur interprétation, parce qu'ils ont été hommes, comme vous objectez, pourquoi ne pouvez-vous vous tromper vous-même ? N'êtes-vous pas aussi un homme,[ fou tout au moins une bête ] ? Je n'imagine pas, en effet, que vous soyez un ange ou un dieu, ou quelque chose d'inanimé. Il n'y a pas à sortir de là (Virgil Aeneis 4,614). Et aussitôt le serpent ramène sa tête sur lui-même : Parce que, dit-il, j'interprèterai selon les Ecritures. Bonté de Dieu ! c'est précisément de ce qu'il s'agit, à savoir, qui interprète mieux les Ecritures.
Que faire avec ces impies qui toujours marchent en louvoyant (Ps 11,fin), et reviennent sans cesse à l'endroit d'où on les a souvent chassés ? Quelle obstination plus impudente que celle de ne pas s'en tenir au jugement de l'Eglise, des Pères, des Conciles ? Comment finir une discussion d'une telle importance, si personne ne peut trancher le litige et n'a l'autorité de définir en dernier ressort la question ? Sans aucun doute le désir de disputer sera sans fin. Toute république bien ordonnée a ses lois, ses lois bonnes et inviolables ; mais si elles étaient abandonnées au bon plaisir des parties, les procès n'auraient jamais de terme, chacun s'appuyant sur sa propre prudence (Pr 3,5), et non seulement abondant dans son sens (Rm 14,5), mais le faisant avec excès. De là, la nécessité des juges, même dans les affaires profanes ; à plus forte raison celle des Conciles dans l'Eglise de Dieu, de peur que, s'il n'y a aucun juge qui prononce sans appel, le mauvais vouloir des parties et leur envie de. disputer n'empêchent qu'il y ait jamais une fin aux litiges et aux appels.
Prenons en exemple Luther lui-même. Au commencement, il en appela du Légat du Siège Apostolique au Siège Apostolique lui-même (Epist Luther ad Leonem X an..1518): puis, une fois condamné par le Siège Apostolique, se tint-il tranquille ou se soumit-il ? Ni l'un ni l'autre, mais avec une impudence plus grande il en appelle au Concile. Mais, mon Luther, te soumettras-tu, au moins, si le Concile t'est défavorable ? Je distingue, répond-il: si la sentence est selon les Ecritures, je me soumettrai; autrement, je refuserai tout.- Cependant, insisté-je, qui jugera si le Concile porte une sentence conforme aux Ecritures ? Moi, répond Luther, car " l'homme spirituel juge de tout (1 Co 2,15)."Ainsi, du Concile et du jugement du monde entier tu en appelles à toi et à toi seul ? Ainsi, le suprême arbitre du droit divin et humain, ce sera la tête de Luther, tête folle, qu'elle vous plaise ou non ?
Ce que nous venons de dire de Luther, doit également se dire de tous les autres hérétiques ; car leur nom d'hérétiques leur vient justement de ce qu'ils choisissent pour leur usage une interprétation de l'Ecriture telle que, si elle concorde avec celle des Conciles et de l'Eglise, ils la défendent en se basant, non sur l'autorité de l'Eglise ou des Conciles, mais sur leur propre opinion ; si, au contraire, elle est différente, ils la soutiennent contre l'autorité de l'Eglise et des Conciles.
§ 3
De l'invocation des Saints d'après saint Augustin
Même résultat s'il s'agit de l'autorité de quelqu'un des Pères. Supposons qu'on demande si le bienheureux Augustin a été d'avis d'invoquer les Saints. Nous apportons un texte tiré de ses commentaires sur l'Exode (Quaest 118), où il enseigne ouvertement que, " par les prières des Martyrs, Dieu pardonne aux péchés de son peuple. " Nous apportons aussi le passage cité plus haut (De Civitat.Dei 22,8), où il affirme clairement que plusieurs personnes ont été guéries ou aidées par les prières de saint Etienne. Nous apportons encore le texte où le même Augustin écrit (De cura pro mort. agend. 4) que " les âmes des défunts sont recommandées aux prières des Martyrs, lorsque les corps des défunts sont ensevelis dans les lieux consacrés à l'honneur de ces Martyrs et contenant leurs reliques. " Comment nos mauvais plaisants échappent-ils à ces textes ? En disant tout simplement que ces choses ont été écrites non avec intention, mais en passant et par inadvertance. Or, nous citons un passage plus remarquable, où Augustin lui-même invoque le bienheureux Cyprien en présentant ainsi son désir (Lib 7 De Baptism. contra Donatistas) : " Puisse-t-il nous aider par ses prières, afin que, par la grâce du Seigneur, nous imitions ses vertus autant que nous le pouvons. " C'est là peu de chose, disent-ils, car Augustin ne s'arrête pas longtemps à ces prières. Que reste-t-il à faire, même au plus patient des hommes, avec ces gens-là ?
Cependant, pour les satisfaire, citons un autre texte où Augustin, non en passant, mais dans une prière prolongée et répétée, invoque un Saint régnant dans les Cieux. Ce texte se trouve dans le deuxième Sermon sur l'Annonciation (Serm 17 de Sanctis tom.10) :" O bienheureuse Marie, " dit-il, " obtiens le pardon de nos fautes, en priant pour nous, reçois nos prières dans le sanctuaire où elles sont exaucées, et rapporte-nous l'antidote de la réconciliation. Que par toi soit digne de pardon ce que par toi nous présentons ; que nous puissions obtenir ce que nous demandons avec confiance. Reçois ce que nous offrons, obtiens-nous ce que nous demandons, éloigne ce que nous craignons, car tu es l'unique espoir des pécheurs ; par toi nous attendons le pardon de nos fautes, et en toi, toute Bienheureuse, est l'espérance de notre récompense. Sainte Marie, secours les malheureux, aide les pusillanimes, console les affligés;. prie pour le peuple, interviens en faveur du clergé, intercède pour les femmes consacrées à Dieu ; qu'ils sentent ton aide tous ceux qui célèbrent ta sainte mémoire. Sois toujours intéressée aux désirs de tes clients et obtiens à tous ce qu'ils souhaitent ; occupe-toi à prier sans cesse pour le peuple de Dieu, toi qui as mérité, ô Bénie, de porter le Rédempteur du monde, qui vit et règne dans les siècles des siècles. "
Attendez-vous encore ou exigez-vous, vous tous luthériens et calvinistes, que nous vous présentions quelque chose de plus clair ? Nous avouons ingénument que nous n'avons rien et ne pouvons rien imaginer, même si vous nous donniez ce que nous ne demandons pas, le droit d'imaginer à notre fantaisie. Mais que répondez-vous ? Ce sermon, disent-ils, n'est pas d'Augustin [70]. Si vous demandez pourquoi : parce que, répondent-ils, il n'est pas dans la manière d'Augustin. Qui en juge ainsi, vous ou moi ? Que restera-t-il qui ne puisse être sûirement nié, si cette façon de rejeter l'autorité des Pères est une fois admise ? Car si les passages les plus clairs doivent être examinés suivant le goût de ceux qui discutent, ils ne seront jamais du goût des contradicteurs. Il faut cependant pardonner de bonne grâce à des gens qui se moquent si sottement des écrits des Pères, lorsque nous les voyons en agir ainsi à l'égard des Saintes Ecritures elles-mêmes, qu'ils n'admettent ou ne rejettent que suivant leur propre goût. Quel a pu être, en effet, le motif de Luther en condamnant l'Epître de saint Jacques? " C'est, " dit-il, " qu'elle ne respire pas l'esprit apostolique. " Pourquoi Calvin condamne-t-il les Livres des Machabées ? Parce que, dit-il, ils ne respirent pas l'esprit divin (Instit. 1,6et 7 ; 3,5,8 ; Acta Synodi Trid. cum antidoto Sess 4). Ainsi donc, de ce que la manne n'a pas la saveur d'un pain céleste pour les rebelles et les méchants, faudra-t-il dire que la manne cessera d'être un pain descendu du ciel ?(Ex 16,20).Parce que le soleil ne luit pas au profit du hibou, ne luira-t-il pas à notre profit ? A ce compte-là, c'en est fait de toute l'Ecriture, comme notre Augustin l'a savamment montré autrefois contre Faustus (2,2),lequel, avec l'insolence habituelle des hérétiques, prétendait non authentiques, mais falsifiés, les passages de la Sainte Ecriture qui lui étaient opposés.
J'ai vu un des premiers ministres de Genève qui, après s'être insolemment emporté contre l'intercession des Saints, ne pouvant être convaincu par l'autorité non seulement de l'Ecriture, mais aussi des Pères, finit par dire qu'il s'avouerait vaincu s'il était prouvé qu'Augustin eût jamais invoqué la Bienheureuse Vierge. Un catholique ayant cité le texte ci-dessus, et ayant interrogé le ministre en ces termes : " Que répondez-vous à cela, monsieur le grand docteur ? " celui-ci, tout d'abord hésitant et paraissant surpris, reprit ensuite courage et, comme s'il allait dire quelque chose de remarquable et d'élégant, avec un air de suprême réformateur de l'Eglise, prononça. ces paroles : " C'est là une tache sur un beau corps [71]. " Que pouvait faire le pauvre catholique avec ce charlatan, sinon demander à Dieu de ne pas lui imputer ce péché (Ac 7,fin ; Lc 23,34) ; parce qu'il ne savait ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait ? [Va donc te faire pendre avec tes taches et tes sornettes ] Ne pouvais-tu dire avec plus de vérité que la tache se trouve dans l'opinion de ton Calvin rejetant témérairement l'intercession de la Bienheureuse Vierge et des Saints ? Rien n'empêche, en effet, que des taches ne se trouvent sur un corps difforme, pour le rendre d'autant plus laid, qu'elles eussent rendu plus séduisant un corps déjà beau.
Nos novateurs se complaisent surtout dans leur opiniâtreté, lorsqu'ils rencontrent dans les livres des Pères quelque expression qui semble leur être favorable au premier aspect et seulement en apparence. C'est là un trait commun à tous les hérétiques présents et passés, ainsi que l'a autrefois observé notre Vincent de Lérins (Commonit. 7) : " Lorsque, " dit-il, " ils complotent d'échafauder une hérésie sous un faux nom, le plus souvent ils s'emparent de paroles écrites un peu trop obscurément par quelque ancien, pour que, par leur obscurité même, elles s'accordent en quelque façon à leur enseignement, et afin que le je ne sais quoi qu'ils émettent, ils ne paraissent ni les premiers ni les seuls à l'émettre. " Notre distingué ministre, dont nous venons de parler, appliquant cette façon de faire à tous les passages si clairs d'Augustin que nous avons cités, opposait ce seul endroit où, à propos du Christ, il s'exprime ainsi : " Il est le Prêtre qui, maintenant entré dans l'intérieur du voile, est seul, de tous ceux qui ont porté la chair, à intercéder pour nous. " (He 9,12 ; 7,25). Ainsi ce docteur subtil voulait montrer une contradiction entre Augustin et Augustin, sans voir que dans le dernier texte il s'agit de l'intercession .qui s'opère par la rédemption, ce que le contexte indique très clairement. Bien que cet art de tromper à propos des écrits des Pères :soit commun à tous les hérétiques, les calvinistes se le sont comme approprié, tellement ils y excellent. Cela s'est bien vu lors de la dispute publique qui eut lieu entre l'Illustrissime Cardinal et Evêque d'Evreux et ce misérable qu'on a honte de nommer, [quand ce ne serait que parce qu'il n'a pas honte de vivre après tant et de si évidentes, non seulement hérésies, mais faussetés ] dont il fut .convaincu en la présence très auguste du Roi très chrétien et dans une immense assemblée où la France entière était représentée [72].
§ 4
De l'intercession des Saints
Mais ajoutons encore à ces. caractéristiques d'opiniâtreté une .autre caractéristique ayant quelque rapport avec celles que nous avons examinées plus haut, bien que distincte : à savoir, que nos novateurs sont des disputeurs, comme disait le bienheureux Apôtre Jude (Jude 16), des amis de la contention, pour parler comme Paul (1 Co 11,16), de sorte qu'on a beau répondre à leurs arguments, on ne les satisfait jamais. Ici se vérifie le mot d'Augustin : On peut les convaincre, mais non les vaincre [73]. En voici un exemple dans cet article même dont nous avons écrit un peu plus haut : l'intercession des Saints.
Ils objectent qu'en invoquant les Saints nous donnons au Christ des coadjuteurs (Instit.3,20,21 et 27). Nous répondons en termes on ne peut plus clairs et précis que nous ne donnons de coadjuteurs, ni à Dieu que nous prions, car nous savons fort bien qu'il n'a pas besoin de coadjuteurs pour faire miséricorde, ni au Christ par qui nous prions, attendu que nous savons que son intercession auprès du Père est toute-puissante ; mais c'est à nous qui prions, que nous donnons des coadjuteurs, en ce sens q ne nos prières sont aidées par celles de nos frères, les pieux et les saints surtout, pour que Dieu les exauce par le seul Christ. Aussi ne reconnaissons-nous pas les Saints comme médiateurs, c'est-à-dire comme se tenant entre Dieu et nous, à la manière du Christ, qui est en effet entre Dieu et nous, parce qu'il participe à la fois à la nature divine et à la nature humaine, étant Fils de Dieu et fils de l'homme ; mais nous invoquons les Saints, pour que ceux-ci coopèrent aux prières que nous adressons par l'intermédiaire du seul Jésus-Christ notre Seigneur. Comme cependant nous comprenons qu'ils sont, eux, plus agréables au Christ et, en quelque manière, plus rapprochés de lui, étant déjà dans la gloire, la plupart des Anciens les ont appelés médiateurs : non point pour la raison qui fait donner au Christ le nom de Médiateur, parce qu'il occupe vraiment ce que je nommerai le milieu mathématique, mais parce qu'on dit de quelqu'un qui est rapproché d'un autre, même d'une distance minime, qu'il tient le milieu entre cet autre et celui dont il est éloigné davantage. Ainsi nous disons que les ombrages et les tentes tiennent le milieu entre nous et le soleil, bien que non seulement ils ne soient pas à mi-distance, mais qu'ils soient avec nous à une des extrémités. Si quelqu'un ne se contente pas de cette réponse, quel genre d'esprit peut-on lui supposer, sinon celui d'un entêté et d'un disputeur ?
Que ce seul exemple nous dispense d'en apporter beaucoup d'autres, car le plan que nous nous sommes tracé ne nous permet pas de nous appesantir davantage sur ce point. Je ne puis cepen dant omettre de citer une parole remarquable de Luther, écrite pour contredire l'Eglise Catholique. Celle-ci enseigne et a toujours enseigné que tout homme pieux et bon chrétien doit éviter l'excommunication, même injuste, parce que, si elle ne fait pas perdre actuellement le salut éternel, elle amène avec soi cependant, un danger très actuel de perdre ce salut. Luther, au contraire (Art 24, per Bullam Leonis X damnat.), a écrit qu'il faut enseigner aux chrétiens d'aimer l'excommunication, au lieu de la craindre. A quoi rime une opinion aussi impie, sinon à satisfaire le besoin de contredire qui tenait notre malheureux ?
DIXIÈME CARACTÉRISTIQUE
DE L'ESPRIT DE MÉDISANCE, D'INSOLENCE, DE MOQUERIE ET DE CALOMNIE
La dixième caractéristique de l'hérésie, c'est la médisance, l'insolence, l'esprit de moquerie et de calomnie. Moqueurs, dit d'eux le bienheureux Jude dans son Epître ; et saint Bernard, s'exprime ainsi au sujet des hérétiques de son temps (Serm 66 in Ct) : " Voyez ces détracteurs, ces chiens aboyants. Ils se moquent de nous parce que nous baptisons les enfants, que nous prions pour les morts, que nous demandons les suffrages des Saints. "
Pour prouver que nos luthériens et calvinistes sont pleins du même esprit, il n'est nul besoin de grande inquisition. En ce qui regarde Luther, il a mené sa campagne avec tant de pétulance et d'injures, que Bèze ne craint pas de le lui reprocher (In Imaginibus [74]). Mais qu'avons-nous besoin du témoignage de Bèze ? Le coupable lui-même avoue qu'il a agi et écrit d'une manière inconvenante, de la manière, dit-il, qui convient à quelqu'un qui ne se possède pas. Bonté divine ! de quelle impudence n'use-t-il pas envers le Souverain Pontife, .envers le Roi d'Angleterre, envers le corps épiscopal, envers les académies de Paris et de Louvain ! La moindre des injures qu'il lance contre eux, c'est de les traiter de " porcs, d'ânes, de très sots satellites de Satan, " et autres choses de ce goût [75]. Et cela si souvent et avec tant d'importunité, que si l'on supprimait de ses Œuvres toutes les injures, l'on réduirait facilement à un seul huit tomes de ses écrits.
Si quelqu'un maintenant doute de l'insolence et de l'esprit de moquerie de nos hérétiques, qu'il lise, s'il le peut, le badinage de Luther contre les théologiens de Paris (Ludus Lutheri a stolida et sacrilega Sorbona damnati) et le Passavant de Bèze (Ep.magistri Passavantii ad PatrumLysetum [76]). Il s'étonnera sans doute de la sottise et de la misère de ceux qui ont pris et prennent de tels hommes pour des réformateurs de l'Eglise et des rénovateurs de la piété et de la religion. Jesuis cependant forcé de citer de Calvin un endroit (Instit.4,7,27) où cet hérétique cherche à se dépasser en impudence, ou en imprudence, dans le soin d'inventer des calomnies et des injures. " Si, " dit-il, " nous en venons aux personnes, l'on sait assez quels vicaires du Christ nous trouverons : Jules, Léon, Clément, Paul seront les colonnes de la foi chrétienne et les premiers interprètes de la religion, eux qui n'ont admis au sujet du Christ que ce qu'ils avaient appris à l'école de Lucien. Mais pourquoi énumérer trois ou quatre Pontifes, comme si ce qu'ont professé il y a déjà longtemps et professent encore de nos jours, en matière de religion, les Pontifes avec tout le Collège des Cardinaux, était chose douteuse ? Car le premier point de la théologie cachée qui a cours parmi eux, c'est qu'il n'y a pas de Dieu ; le second, c'est que tout ce qui a été écrit et qui est enseigné du Christ n'est que mensonge et fable. Quoique ceci soit très notoire pour tous ceux qui connaissent Rome, les théologiens de Rome ne cessent pas, " etc. Qui, je vous prie, n'aura honte d'un menteur et d'un imposteur de cette virulence ? Et cependant, ce qui rend cette impudence intolérable, c'est que, au même endroit, Calvin affirme qu'il ne parle pas des personnes, mais de la Chaire de Rome ; de sorte qu'on peut lui objecter la parole d'Augustin rapportée ci- dessus : "Que". t'a " donc fait la Chaire de Pierre ? "
Et ces hérétiques ne se contentent pas de charger de tant d'injures l'Eglise militante de Dieu ; c'est encore peu pour eux, s'ils ne lancent les flèches de leurs injures même contre les citoyens de l'Eglise triomphante. Ecoutez Calvin (Instit.3,20,27) : " Nous concluons que les papistes ne laissent rien au Christ, eux qui ne comptent pour rien son intercession, si elle n'est pas accompagnée de celle de Georges, d'Hippolyte ou de semblables fantômes. " Ailleurs (id 3,20,21) il ment avec la plus grande effronterie, en accusant les catholiques de ne faire " aucune mention du Christ dans toutes leurs Litanies, Hymnes et Proses où ils ne refusent aucun honneur aux Saints défunts. " Quant à Luther, il fait si bien, dans un certain passage (Confut. Rationis Latomianae), le procès du bienheureux Thomas d'Aquin, qu'il n'a pas honte de dire de lui qu'il est probablement damné ! En somme, ces hérétiques n'ont rien respecté, ni au Ciel ni sur terre ; et vraiment il était juste qu'ils n'épargnassent pas le Docteur Angélique, eux qui n'ont épargné ni les Anges ni Dieu lui-même.
IV
DES ORIGINES DES HÉRÉSIES DE NOTRE TEMPS
§ 1
Toutes les hérésies ayant cela de commun que leur origine est basse et abominable (d'où cette parole remarquable de saint Jérôme (quoad sensum, Dialog.contra Luciferianos, 28) : Pour réfuter les hérésies, il suffit de les ramener à leur origine), voyons maintenant, en manière de corollaire, de quelle belle origine se glorifient les hérésies de notre temps.
Toutes procèdent de Luther, lequel a été l'auteur de toutes absolument ; du moins, Luther lui-même en témoigne : " Tout d'abord, " dit-il (In Praefat.1 tom. Oper.; in opere contra Sacramentarios et contra maledicum script.Reg. Angl. Cf note 75), " j'étais seul, et certes tout à fait dépourvu d'aptitude et de science pour traiter de si grandes choses. " Et Bèze, dans ses Images, parlant de Luther, dit qu'il a été suscité pour faire sortir la lumière de l'Evangile du milieu de très épaisses ténèbres. Quand même ni Luther ni Bèze ne rendraient ce témoignage,
il suffirait, pour le rendre, de la paix dont jouissait l'Eglise lorsque Luther engagea la guerre avec elle, et la subite levée de boucliers de tous les ordres de la société chrétienne contre lui dès qu'il apparut. Pour Luther, il est vrai, c'est une gloire dont il se pare d'avoir le premier et seul excité des troubles ; car il se félicite de ce que " les allemands, l'esprit en suspens, attendaient " quelle serait l'issue de la lutte provoquée par lui, et " que personne auparavant, " dit-il, " ni évêque, ni théologien n'avait osé entreprendre. " Pour lui, cette gloire hérétique était d'un si grand prix, qu'il se considérait comme offensé si l'on disait qu'il avait emprunté à d'autres ses opinions ; et parce que la plupart le considéraient comme un hussite, il réclamait par cette exclamation (Assert.articulorum par Leon. X damnat. Art 30) : " C'est faux de m'appeler hussite ! Hus n'est pas de mon avis ; mais s'il a été hérétique, je le suis dix fois plus que lui, car il a dit bien moins de choses que moi, et de moindre importance."
Voyons maintenant par quelles voies et sous quelle influence Luther est arrivé à ces nouvelles doctrines. Il est évident que ce n'est pas sous l'impulsion divine qu'il a commencé toute l'affaire (bien qu'il se .vante ailleurs, comme le font tous les hérétiques, d'avoir été appelé par Dieu {Epist. Ad falso nominat.ordin.Episcop.} ), mais que ç'a été par un entrainement humain et tout à fait charnel : " C'est," dit-il lui-même (in Praef ad 1 tom. Operum Lutheri), " par hasard, non volontairement et à dessein, que je me suis jeté dans ces agitations ; j'en atteste Dieu lui-même. " Qu'y a-t-il de plus opposé à une impulsion divine que ce qui arrive par hasard ? Quoi de plus clair, d'après les paroles ci-dessus, que notre apostat s'est jeté, non dans la prédication pacifique de l'Evangile, mais dans les agitations ? Et il n'est pas le seul à affirmer cela ; Philippe Mélanchton, fameux luthérien, s'exprime ainsi (in Praef. Ad 2 tom.Oper.Lutheri) : " Tels ont été les commencements de cette controverse dans laquelle Luther, ne soupçonnant ou ne rêvant rien au sujet du changement futur des rites, ne répudiait pas même absolument les Indulgences, mais y réclamait seulement de la modération. Ils font donc erreur ceux qui l'accusent d'avoir débuté sous l'impulsion d'une cause plausible, pour changer ensuite l'état public des choses et se procurer la puissance, à lui ou à d'autres. "
Les premiers mobiles qui ont porté Luther à abandonner la doctrine catholique, ont été en fait de purs et très grossiers blasphèmes. Voici, en effet, ce qu'il écrit de lui-même : " Je haïssais ce mot : Justice de Dieu, que, par suite de l'usage de tous les docteurs, j'avais appris à comprendre philosophiquement de la justice formelle et active de Dieu, par laquelle Dieu est juste et punit les pécheurs et les coupables. " Et peu après : " Je n'aimais pas, bien plus, je haïssais un Dieu juste et punissant les pécheurs, et je m'indignais contre lui en silence ; ce qui, si ce n'était un blasphème, était .certes un grand murmure. " Et..ailleurs. expliquant ce texte de saint Paul (tom 6 Oper.in Gn 28) : La justice de Dieu est révélée dans l'Evangile (Rm 1,16), il dit .que tous les Docteurs, à l'exception d'Augustin, l'ont interprété dans le sens de justice punissante de Dieu. Puis il ajoute : " Chaque fois que je lisais ce texte, je souhaitais que Dieu n'eût jamais révélé l'Evangile ; car, qui peut aimer un Dieu qui s'irrite, qui juge, qui .condamne ? " De nouveau ailleurs (in Gn 42) : " Autrefois, lorsqu'il me fallait lire, en priant, ce texte du Psaume : Délivre-moi dans ta justice (Ps 30,2), j'étais tout pénétré d'horreur, et de tout mon cœur je haïssais cette parole. " Et peu après : " Ici, vraiment, tous les Pères, Augustin, Ambroise, etc., se sont trompés, et se sont heurtés à ce passage comme à une pierre de scandale. " C'est de cette haine d'un Dieu irrité et juste, qu'il passa à la méditation où il dit avoir. trouvé sa foi justifiante : " Alors je me sentis renaître et entrer, toutes portes ouvertes, en plein Paradis. Là, soudain, l'aspect de l'Ecriture entière m'apparut tout nouveau. "
Au milieu de tout cela, voici ce que j'aitoujours estimé digne de remarque. D'abord, que la nouveauté-de Luther commença par la haine de Dieu, de tous les péchés le plus grave : source digne, en vérité, de s'épancher en tant de ruisseaux d'hérésies.
En second lieu, que Luther ne s'amenda pas après avoir lancé son hérésie, mais persista dans cette haine exécrable : " Car, " dit-il, " qui peut aimer un Dieu qui s'irrite, qui juge, qui condamne ? " Par ces paroles, non seulement il affirme sa haine de Dieu, mais aussi son impossibilité passée et présente d'aimer Dieu. Telle n'est pas, certes, la disposition d'esprit de celui qui chante avec joie : Le Seigneur est juste et aime la justice ; son visage considère l'équité (Ps 10,fin). Et ailleurs (Ps 71,1) : O Dieu, donnez votre jugement au roi, et votre justice au fils du roi. Et ensuite, à propos de chaque juste (Ps 57, 11) : Le juste se réjouira lorsqu'il verra la vengeance ; il lavera ses mains : dans le sang du pécheur.
En troisième lieu, Luther trahit sa très grossière ignorance en disant que tous les Docteurs, à l'exception d'Augustin, ont interprété le passage de saint Paul aux Romains dans le sens de la justice punissante de Dieu. En effet, même en laissant de côté Chrysostôme (Homil. 3,6) et Théodoret (Interpret. Ep ad Rm 1), certainement Thomas (id lect 6) et Nicolas ( in Gloss. In Ep ad Rm 1)de Lyre ( ce dernier est entre les mains de tous) interprètent ouvertement notre texte dans le sens de la justice par laquelle Dieu nous justifie, bien que l'opinion contraire ne soit pas entièrement improbable.
En quatrième lieu, Luther montre bien son impudence lorsqu'il affirme que le passage cité plus haut du Psaume n'a été compris par personne, parmi les catholiques et les Pères, dans le sens de la justice par laquelle Dieu nous justifie. Augustin lui-même (Enarrat. In Ps 30, Serm 1,6), Nicolas de Lyre (In Glossa ad Ps 30,1) et la Glose ordinaire expliquent clairement ainsi : Délivrez-moi dans votre justice, c'est-à-dire : Ma justice étant nulle, je ne puis être délivré par elle ; aussi désiré-je être délivré par la vôtre, ô Dieu bon. Cependant, à propos du texte dont il s'agit, la Glose ordinaire remarque doctement que l'interprétation ci-dessus est plutôt morale, attendu que, littéralement, le Psalmiste parle de la justice de Dieu en tant que juge ; comme s'il disait : Puisque vous êtes juste, Seigneur, délivrez-moi des mains de mes persécuteurs, qui m'oppriment et me persécutent injustement. Mais revenons à notre sujet.
Luther, après avoir ainsi commencé son enseignement, usa de nombreux mensonges et hypocrisies, chose qui devait arriver, pourétablir son hérésie. Car longtemps il flatta le Pontife Romain lui-même, et, quoiqu'il eût écrit injurieusement contre le Roi d'Angleterre, il lui envoya ensuite une lettre (Extat tom 2 ad finem, Ad Regem Anglorum Epist 1 sept. 1525)où, par des flatteries et des earesses, il s'efforce d'amadouer l'esprit du Roi en écrivant sur ce ton : " J'ai conscience que Votre Majesté a été très gravement offensée par mon petit livre que j'ai fait paraître sottement et précipitamment. " Et peu après : " Maintenant, grandement honteux, je n'ose lever les yeux devant Votre Majesté, moi qui me suis laissé aller à agir par légèreté contre un tel et si grand Roi, étant donné surtout que je ne suis que du rebut et un ver de terre, qui méritait seulement d'être vaincu ou laissé de côté par mépris. " Ensuite, à genoux aux pieds du Roi, il demande pardon et promet, si le Roi le désire, de chanter la palinodie. Mais, peu de temps après, le Roi d'Angleterre ayant une seconde fois écrit contre lui (Responsio ad Lutheri Epistolam [77]), de nouveau il attaque le Roi. avec des injures beaucoup plus atroces encore (Ad maledici et contumeliosi scripti Regis Angliae responsio titulum), se repent d'avoir écrit sa lettre, s'efforce par tout moyen d'excuser l'hypocrisie avec laquelle il avait promis de chanter la palinodie, et montre qu'il lui a écrit la lettre en question pour l'attirer à son hérésie : " Tout plein de mes convictions, " dit-il, " j'ai fait cette prière, et écrit cette lettre vainement suppliante, que ces porcs traitent indignement et déchirent. " Peu après il dit avoir usé du même stratagème à l'égard de Georges, duc de Saxe [78] ; quelques mots plus loin il affirme de nouveau qu'il ne se repent pas de ses stratagèmes, ayant agi pour propager l'Evangile, et n'a pas honte d'appeler zèle pieux et honnête de telles fictions et hypocrisies. Homme pieux, certes, qui estime faire acte de piété en servant la vérité même au prix de mensonges !
Qui croira jamais que ces lèvres trompeuses d'un Luther parlant d'un cœur double (Ps 11,3), ont été choisies par Dieu pour allumer de nouveau dans le monde la lumière de l'Evangile ! Où a-t-on jamais vu ou lu qu'une hérésie ait eu des origines si basses et plus exécrables que celle où tout a commencé, non sous l'impulsion d'un motif sérieux et volontairement, mais par l'effet du hasard ; par haine de Dieu, non par amour ; au moyen de mensonges et d'hypocrisie, non pour la vérité ? Quant à son auteur, c'était un homme fauteur de troubles et tellement violent, que, au témoignage de Philippe Mélanchton, (In Praefat 2 tom.) non seulement Erasme, mais aussi le duc Frédéric, sous la protection et les auspices duquel Luther lança son aventure tragique [79], lui souhaitaient une douceur et une modération que lui-même reconnaissait lui faire défaut (In epist.ad amicum note 75), en avouant qu'il agissait sans être en pleine possession de soi-même.
§ 2
Horrible début de l'hérésie luthérienne
Pour terminer ce que nous avons dit jusqu'ici, il nous reste à parler du début très honteux et tout à fait horrible de l'hérésie luthérienne. Nous avons rapporté plus haut le passage fameux de Luther où celui-ci assure que la Messe lui dép1aît tellement, qu'il est prêt à tout nier plutôt que de l'accepter. Mais quelle a bien pu être, je le demande, la cause d'une si grande haine ? Est-ce à une persuasion céleste d'un Ange ou de Dieu qu'il faut attribuer une pareille horreur de Luther pour la Messe ? Bien plus, certes : le maître qui a enseigné et occasionné ces colères de Luther contre la Messe, le beau maître bien digne que Luther jurât sur sa parole, ce fut le diable. Qui le croira ? Personne évidemment, si Luther lui-même ne le dit pas. Que Luther s'avance donc, et qu'il ne rougisse pas de dire quel docteur il a suivi au début, en s'efforçant de renverser la Messe ! notre Droit, en effet, a sagement pourvu à ce que l'origine et le début de chaque chose soient examinés,
Luther, dans son livre sur la Messe privée et l'Onction des Prêtres (Tom 7 Operum [80]), affirme et raconte non en passant, mais ex professo et clairement, que Satan lui apparut vers le milieu de la nuit, et fit si bien, au moyen de cinq arguments agrémentés aussi de comparaisons variées, que depuis, lui, Luther, se mit à mépriser tout à fait et à rejeter la Messe et l'onction des prêtres, Et malgré l'objection qu'il se fit, à savoir que le diable, étant menteur, ne méritait pas d'être cru, il ne put se persuader de triompher des arguments du démon, dont il exalte grandement la force et la fougue dans la façon de disputer. S'adressant alors aux catholiques : " Si vous deviez soutenir les chocs du démon, et écouter ses argumentations, vous ne chanteriez pas longtemps votre refrain sur l'Eglise, et les anciennes coutumes ; car Satan, en un clin d'œil, remplit de terreurs et de ténèbres l'esprit tout entier."» Ensuite, pour répondre au nom du diable à l'objection qu'il avait faite, il s'efforce de montrer par beaucoup de raisons que parfois le diable lui-même enseigne la vérité, et ment de telle sorte que son mensonge est mélangé de vérité. Enfin Luther ajoute : " J'avouai devant le. démon, convaincu par la loi de Dieu, que j'avais péché, que j'étais damné comme Judas ; mais je me tournai vers le Christ avec Pierre, et je considérai son immense bienfait et mérite. Le Christ effaça ma si horrible condamnation. En somme (telle est la conclusion de Luther), nous fûmes délivrés de leurs Messes privées et de l'onction des évêques. "
Allons, hommes de cœur, nos oreilles ont entendu, nos yeux ont vu ! Voilà donc cette fameuse liberté évangélique que Luther, et, à son exemple, les autres hérétiques de notre temps ont introduite ! " Nous avons été délivrés, " dit Luther, mais non au moyen de la liberté que le Christ nous a acquise par son sang précieux (Ga 4, fin ; Ac 20,28), mais au moyen de la liberté que Satan a apportée à Luther du fond des enfers. Bon Dieu ! qui entendit jamais pareille chose ? qui maintenant peut l'entendre sans horreur ? enfin, qui peut retenir ses. larmes en rapportant tout cela ? Et cependant, hélas ! on ne rencontre que trop d'hommes à se glorifier d'opinions aussi effrayantes, aussi honteuses et répugnantes, apportées de l'enfer, et à se mettre à la suite de leur auteur, le diable. Quant à nous, Catholiques, nous nous attachons au Christ et renonçons à Satan et à sa doctrine. Que Luther se fasse gloire, tant qu'il voudra, avec ses sectateurs, d'avoir reçu de Satan sa doctrine contre la Messe ; pour nous, nous écouterons toujours l'Apôtre qui, traitant du même mystère, mais bien autrement que Luther, nous dit : Pour moi, j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis (1 Co 11,23). Pour finir, à tous ceux qui suivent Luther; nous lancerons toujours cette apostrophe infamante on ne peut plus méritée, tirée de la confession même de Luther et sur laquelle personne ne peut chicaner : Vous autres, vous avez pour Père le diable (Jn 8,44).
V
QUELQUES HÉRÉSIES POLlTIQJJES DES NOVATEURS
[Même à ne tenir compte que de l'ennui qu'il y a à s'occuper de pareille matière, il serait temps que je misse fin à cette discussion qui m'a retenu plus longtemps que je n'avais pensé, si je ne me voyais obligé, par le zèle du bien public, de dévoiler le plus brièvement possible la ruine toujours plus grande dont les inventions de nos novateurs menacent les intérêts civils des chrétiens. Ainsi on ne doutera pas que ces novateurs ne soient hérétiques tout autant en matière politique qu'en matière religieuse. Nous atteindrons facilement notre but en exposant quelques-unes de leurs propositions, qu'ils défendent avec acharnement comme autant d'articles de foi.]
PREMIÈRE PROPOSITION POLITIQUE ET HÉRÉTIQUE
De la meilleure administration de la République
La première proposition est exprimée par ces claires paroles de Calvin (Instit.4,20,8) : La meilleure façon d'administrer la République est la façon aristocratique ou même démocratique, et par conséquent, la façon monarchique est la pire de toutes [81]. Tout en avertissant ceux qui sont soumis à des monarques de n'avoir rien à chan ger à l'état de choses, lui-même cependant, né et élevé sous un si grand Monarque [82], montre assez de quel esprit il était animé envers son Prince, puisqu'il méprise la monarchie et enseigne qu'il faut plutôt la tolérer, pour éviter un plus grand mal, que l'aimer à cause de son excellence. Notre homme, en effet, qui a voulu passer pour un grand politique, n'a pas ignoré que rien n'est plus dangereux que d'exciter le peuple et la partie dirigeante du peuple, par l'espérance d'un gouvernement meilleur, à ambitionner ou désirer le pouvoir ; car, après l'avoir ambitionné ou désiré, ils peuvent chercher à le capter. Lorsque nous parlons de monarchie avec louange, et cela même en présence de magistrats représentant la démocratie ou l'aristocratie, le même danger n'est pas à craindre, parce qu'il n'en saurait résulter aucune occasion de trouble, le désir de dominer ou de gouverner empêchant le grand nombre de ceux qui sont au pouvoir de souhaiter la monarchie.
Quant à la fausseté de l'assertion de Calvin : à savoir, que la domination de plusieurs est préférable à la domination d'un seul, elle ressort du témoignage de tous ceux qui ont écrit sur le gouvernement de l'Etat (Plat. Politic. ; Arist. Ethic.8,120 ; Senec. De Benefic. 2 ; Plutarch. De Monarch.; Philo.De confusione ; Cypr.De idolorum vanitate ; Hier.ad Rustic. ; Liptius, Politicis), et qui sont réputés particulièrement renseignés sur les matières tant. ecclésiastiques que civiles. Ainsi le Dieu très bon et très grand a régi son peuple d'Israël par des chefs, des Juges, des Rois ; les affaires de son Eglise, par les Souverains Pontifes ; celles du Ciel, par l'Archange Michel, sous la dépendance duquel sont, dit-on, les autres Anges. Bien plus, parmi les animaux qui vivent en troupeaux, l'un d'eux est toujours le chef des autres : ainsi pour les éléphants, les cerfs, les brebis, les grues, les abeilles et les huitres perlières, etc. En effet, ce mode de gouvernement, qui se rapproche davantage de celui du Dieu très bon et très grand, de même qu'il est le meilleur de tous, est aussi le plus souhaitable et le plus aimable, en sorte que Dieu semble en avoir répandu le désir dans la nature elle-même en la créant.
DEUXIÈME PROPOSITION POLITIQUE ET HÉRÉTIQUE
De l'égalité de tous les péchés
La seconde proposition est celle de Luther, que nous avons déjà rapportée plus haut : " Il n'y a absolument aucune distinction à faire entre les diverses circonstances que l'opinion commune de tous les hommes considère comme aggravant les péchés ; " de sorte que l'inceste commis par un individu avec sa fille ou sa sœur n'est pas plus grave que s'il était commis avec une veuve étrangère ou avec une courtisane ; de sorte aussi que l'homicide d'un ennemi est l'égal de celui d'un père, d'une mère ou du prince. [Si quelqu'un ne voit combien cela est préjudiciable à la République, il est bien digne d'être accusé d'avoir commis un inceste avec sa fille ou sa mère, ou bien d'avoir attenté à la vie du prince, pour apprendre par son expérience s'il pourra persuader aux princes ou aux magistrats ce qu'il s'est si sottement laissé persuader par Luther]
TROISIÈME PROPOSITION POLITIQUE ET HÉRÉTIQUE
Qu'il ne faut pas combattre contre les Turcs
La troisième proposition est encore de Luther (In Articulis a Sorbona damnatis ; in Assertionee artic.per Leonem X damnatorum 34): " Combattre contre les Turcs, c'est s'opposer à Dieu, qui visite nos iniquités par leur moyen. " Que peut-on dire, je le demande, de plus insensé, de plus inique et de mieux fait pour perdre toute la République chrétienne que cette proposition ? Faudra-t-il donc qu'aucun prince ne réprime les brigands des grands chemins, les ravageurs des champs, les incendiaires, enfin les ennemis qui portent la ruine au dehors ou au dedans ? Il est en effet certain que les hommes pervers qui tourmentent les bons, le font pour que, avec la permission de Dieu, ceux-ci soient visités par Dieu et corrigés. Faudra-t-il ne pas combattre la peste par les remèdes, la famine par les approvisionnements de diverses sortes, uniquement parce que, au moyen de ces afflictions, Dieu, non seulement nous visite et nous châtie, mais nous éprouve, nous traite comme siens et nous perfectionne ? Pourquoi donc le prince porte-t-il le glaive et le soldat les armes, si ce n'est pour réprimer les attaques des ennemis et chasser les envahisseurs de la République ? C'est pour cela, sans aucun doute, que les soldats sont loués, même dans l'Evangile (Mt 8,10 ; Lc 7,4), parce qu'ils peuvent être justes, comme Corneille, ce noble centurion dont il est question dans les Actes des Apôtres (Ac 10,1) ; c'est pour cela aussi qu'ils reçoivent l'approbation de Jean-Baptiste lui-même, non s'ils quittent la milice, mais s'ils ne frappent personne, s'ils ne font pas de calomnie et s'ils se contentent de leur solde (Lc 3,14). Le roi, dit saint Paul (Rm 13,4), ne porte pas le glaive sans cause, car il est le ministre de Dieu, le vengeur de sa colère. Au sujet des soldats il existe un merveilleux Sermon de saint Bernard aux chevaliers du Temple (ch 1), tout à fait approprié à notre cas : " Marchez avec confiance, soldats, et chassez avec intrépidité les ennemis de la Croix du Christ, assurés que ni la mort, ni la vie ne pourra vous séparer de la charité de Dieu (Rm 8,38). Avec quelle gloire ils retournent victorieux du combat ! Et ceux qui meurent au combat, quels bienheureux martyrs ! La vie est pleine de fruits, la victoire pleine de gloire, mais à l'une et à l'autre est préférée une mort sainte. " Et plus loin : " Les soldats du Christ combattent avec assurance les combats de leur Seigneur, sans craindre le péché en tuant les ennemis, ou le péril en étant eux-mêmes tués. Oui, le soldat du Christ tue en toute sûreté, et meurt avec plus de sûreté encore ; il est utile à lui-même en étant tué, au Christ en tuant. Certes, en mettant à mort un méchant, il mérite d'être appelé, non homicide, mais, qu'on me passe l'expression, malicide. "
QUATRIÈME PROPOSITION HÉRÉTIQUE ET POLITIQUE
Les lois des Princes n'obligent pas la conscience des sujets
La quatrième proposition est celle de Calvin (Instit.4,10,5) niant que les lois du Prince obligent en conscience. Pourquoi donc ? Parce que dit-il, " nos consciences ont affaire, non avec les hommes, mais avec Dieu. "
" Mais le fameux Achille, dont tu te dis faussement le fils,
N'a pas agi ainsi avec son ennemi Priam. " (Virg Aeneid.2,340)
Saint Paul a vécu en un temps où les princes et les empereurs, non seulement ne suivaient pas, mais poursuivaient le Christ et s'étaient ligués contre le Seigneur et contre son Christ (Ps 2,2). Et cependant il s'écrie (Rm13,1 sq): Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures, car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu. Celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre de Dieu ;. mais ceux qui résistent attirent sur eux-mêmes la condamnation. Il est donc nécessaire d'être soumis, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience, car ce sont des ministres de Dieu. Que réponds-tu à cela, Calvin ? Ne vois-tu pas que nos consciences ont aussi affaire avec les hommes, à savoir avec ceux qui tiennent la place de Dieu dans l'administration du pouvoir ecclésiastique ou politique ? Combien la proposition de Calvin diminue l'autorité des princes et des lois, chacun peut le voir, et les princes eux-mêmes peuvent le sentir et l'expérimen ter, s'ils permettent à ces enseignements impies et séditieux de prendre racine dans leurs Etats.
CINQUIÈME PROPOSITION HÉRÉTIQUE ET POLITIQUE
Que les sujets ne doivent pas souhaiter la puissance de leurs Princes
La cinquième proposition, dont je ne sais dire si elle est plus jolie ou plus dangereuse, est celle-ci de Calvin encore (in ch Is 19,4): Les sujets ne doivent pas souhaiter la puissance de leurs princes. Puis, parlant en particulier des Français et des Espagnols (on aurait pu croire qu'il parlât plutôt des Turcs ou des Indiens), il ajoute : Nous voyons dès lors quelle est la sottise de ceux qui désirent un roi puissant et commandant à de nombreuses provinces, et combien justement ils sont punis de leur ambition. Aujourd'hui la France et l'Espagne se glorifient d'obéir à de grands Princes ; mais elles sentent à leurs dépens combien futile est ce qui les fascine sous le fallacieux prétexte de la gloire. Ainsi donc, si nous t'en croyons, Calvin, il sera bon et convenable, ou au moins utile, aux sujets de désirer l'abaissement de leurs princes !
[O Rois, O Princes, permettez-moi de crier, pour votre sécurité et celle de vos peuples : Que faites-vous ? Qu'attendez-vous, vous, qui dans vos Etats favorisez, chérissez et recevez comme de grands prophètes de Dieu les auteurs et les sectateurs d'une doctrine aussi pernicieuse et pestilentielle ? C'est vous seuls, en effet, que j'interpelle, en m'étonnant de votre conduite; non ceux qui, pour empêcher les guerres et les factions de tout troubler, font comme malgré eux acte de seule tolérance, même à l'égard des gens qu'ils haïssent.] Quand donc les royaumes et les peuples vivent-ils plus heureux que lorsque les princes gouvernent de très vastes provinces, pourvu qu'ils le fassent avec justice et équité ? Quand donc la France a-t-elle été plus florissante que sous Charlemagne, roi et empereur très puissant ? Quand donc les Israëlites ont-ils été plus heureux que sous le règne du grand Salomon ?
SIXIÈME PROPOSITION POLITIQUE ET HÉRÉTIQUE
Aucun état ne peut être heureusement administré par des lois
La sixième proposition est de Luther (Tom 2, in Respons. Ad artic. Quos magistri nostri..excerpserant) -(nous parlons indifféremment de Luther et de Calvin, parce que nous ne croyons pas que leur enseignement soit fort dissemblable) : " Aucun état n'est heureusement administré par des lois." Et lorsque nos docteurs catholiques eurent tiré cette proposition des assertions de Luther et la lui eurent opposée comme une très absurde erreur, lui, non seulement ne la nia pas mais l'affirma expressément et en donna la raison par ces paroles : " C'est là un fait d'expérience. " Quelle expérience, Ô Luther ? As-tu connu, peut-être, de tes yeux, par ouï dire, ou par tes lectures, un état monarchique, aristocratique ou démocratique, qui ne soit régi et dirigé par des lois ? Es-tu par hasard meilleur politique et plus prudent que le Dieu très bon et très grand, ou mieux exercé dans l'art d'administrer heureusement un état ? Or, à son peuple d'Israël, Dieu a proposé et ordonné des lois à observer, non seulement morales et cérémonielle, mais aussi politiques et judiciaires. Aussi la Sagesse éternelle dit-elle ceci : C'est par moi que les rois règnent, et que les législateurs décrètent ce qui est juste (Pr 8,15). Donc, ceux qui, comme rois, règnent par Dieu, ceux-là aussi par Dieu font des lois afin de décréter ce qui est juste. Il est inutile de discuter cette proposition d'après ce qu'en disent Aristote (Liv 3 Politic.) et les auteurs profanes ; [je voudrais plutôt, si nous avions le loisir de le faire avec toute l'ampleur et l'abondance requises par la matière, traiter celle-ci comme elle le mériterait, d'après les raisons qui conviennent à unjurisconsulte, et que nous fournirait facilement notre Jurisprudence.] Qu'il suffise de dire que jamais chez les chrétiens un état n'a été administré sans lois.
SEPTIÈME PROPOSITION POLITIQUE ET HÉRÉTIQUE
La conscience n'a rien à voir avec la justice terrestre
La septième proposition de Luther, par laquelle nous voulons terminer, est tirée du passage qui traite de la différence entre la loi et l'Evangile (ad Galatas 5,2) : " La conscience n'a rien à voir avec la loi, les œuvres et la. justice terrestre. Par contre, qu'en matière civile l'obéissance à la loi soit exigée très sévèrement; qu'on ignore tout de l'Evangile, de la conscience, de la grâce, de la rémission des péchés, de la justice céleste..., du Christ, pour ne s'en tenir qu'à Moise, à la loi et aux œuvres. " Jusqu'ici, Luther. A l'opposé, le roi David avertit expressément tous les rois de servir le Seigneur avec crainte et tremblement : Et maintenant, dit-il (Ps 2,10), comprenez, ô rois ; apprenez, ô vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur dans la crainte, et tressaillez de joie avec tremblement. Attachez-vous à la discipline ;ce qu'une autre version traduit ainsi (Versio Syriaca ; S1, serm.112)) : Baisez le Fils. Par ces paroles il est hors de doute, comme tous les Anciens l'ont observé, que tous les rois sont invités au culte du Christ.
Est-ce que jamais la République chrétienne a été plus heureusement administrée que sous Constantin, Théodose l'ancien, Honorius, Théodose le jeune, Justinien, Charlemagne, Louis, nos Amédée [de Savoie [83]] tous empereurs, rois et princes très pieux ? C'est pourquoi, comme il convenait à un si grand Prophète de Dieu, Isaïe a dit, en parlant du Christ et de l'Eglise (Is 60,12) : La nation et le royaume qui ne te servira pas, périra. Et si le Christ porte écrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Ap 19,16), ce n'est pas pour autre chose que pour apprendre aux rois qu'ils ne peuvent régner d'une manière plus heureuse et meilleure qu'en étant fidèles au Christ, à l'Evangile et à la piété, car le Christ est la Sagesse qui dit dans les Proverbes (Pr 8,15): C'est par moi que règnent les rois.
MENSONGE INJURIEUX ET IMPUDENT DE LUTHER CONTRE TOUS LES PRINCES CHRÉTIENS
C'est donc un très mauvais service qu'a rendu Luther aux princes, répondant bien, cependant, à l'opinion qu'il avait d'eux. Il n'a pas honte, en effet, de qualifier tous les rois et les princes de " puissants chasseurs, " (Enarrat. in Gn 6,126 et 129 ; Assert.omn.artic. per Bullam Leon. X damnat.) comme parle l'Ecriture au sujet de Nemrod (Gn 10,9) : C'est faire trop d'honneur et donner trop de gloire, dit-il, " à la Papauté, que de dire qu'elle est la grande chasse de l'Evêque Romain " (De captiv.Babylon.); " et cet exemple de Nemrod convient aussi à toutes les puissances séculières, auxquelles cependant Dieu veut que nous soyons soumis, en les honorant, les bénissant et priant pour elles. " Or saint Jérôme (Lib hebr.quaest.in Gn 10,10) explique ainsi quel a été Nemrod et ce qui lui a valu le nom de " puissant chasseur " : c'est parce que, le premier, il s'empara d'un pouvoir tyrannique sur le peuple. Même interprétation chez Josèphe (Antiqu Jud. 1,4)parlant du même personnage. Mais quelqu'un dira peut-être que Luther n'a pas eu cette pensée en disant que tous les princes sont semblables à Nemrod. Je le croirais facilement moi-même, si je ne voyais l'application en question figurer dans les Commentaires de Luther sur la Genèse. Il avertit, en effet, au texte cité, que tous les tyrans et princes sont de puissants chasseurs, poursuivant, non les bêtes, mais les hommes, et il ajoute : " Plus tard ce fut le titre général de tous les tyrans et princes. "
Si quelque part sur terre il y a un prince assez luthérien pour vouloir avouer devant toi, ô Luther, qu'il en est ainsi, tu es un digne conseiller pour un si indigne prince, puisque tu veux que les princes, imitateurs de Nemrod, s'appliquent à favoriser, non le Christianisme, mais l'athéisme. Cependant, parmi ceux qui consentirent à avouer ou à supporter cela, tu ne pourras compter tous ces rois, ducs et princes chrétiens et catholiques, qui, de même qu'ils condamnent comme impies tes autres enseignements, aussi ne craignent-ils pas de taxer de témérité et d'impudence ta sotte et injurieuse dernière proposition. Peu leur importe ton opinion à .leur sujet, pourvu qu'ils offrent des hommages agréables à Celui " auquel servir, c'est régner. "
Louange donc gloire, honneur et bénédiction au Seigneur notre Dieu (Ap 5,13 ; 7,12), à la miséricorde duquel nous devons de voir enfin commencer à diminuer de force et à s'écrouler toutes ces hérésies. Aujourd'hui, en effet, presque personne dans le monde ne se fait hérétique ; seuls à le devenir sont ceux qui naissent parmi les héré tiques et d'hérétiques, et qui n'ont jamais entendu parler de notre religion catholique, sinon par des calomniateurs ; ou encore, ceux qui désirent plutôt abandonner l'état monastique ou sacerdotal que la religion elle-même, pour chercher parmi les hérétiques l'impunité des crimes qui les ont rendus infâmes parmi nous ; ou bien pour obtenir une plus large commodité de se livrer à la luxure et à la débauche, commodité qu'ils appellent liberté de conscience ; ou enfin, ceux qui sont empêchés de revenir à nous pour des motifs, d'utilité ou même de fausse honte, plutôt que pour des raisons. tirées de la science ou de la conscience. Il y a cela de commun aux hérésies et aux courtisanes : elles plaisent et voient leur importance et leur empire augmenter à cause de leur seule nouveauté, et elles déplaisent et perdent de leur prestige à cause de leur seule vieillesse.
[84] J'ai de la peine vraiment, et une peine si profonde que je pleure presque en écrivant, de ce que tant d'hommes, nourris dès. l'enfance de toutes ces sornettes, y persistent avec tant d'obstination ; hommes, du reste, de grande valeur et remarquables par leur doctrine et leur esprit ; bien mieux, plusieurs parmi eux (ce qui me chagrine davantage) sont à la fois des jurisconsultes et de grands. amis à moi, que, en dehors de la question de religion, je vénère et vénérerai toujours profondément. Si cela était permis, je souhaiterais d'être anathème(Rm 9,3)pour eux, afin qu'ils viennent à résipiscence et ne se laissent pas effacer du Livre de vie.
Je vous prie instamment, par les entrailles de la miséricorde (Lc 1,78) du Christ, hommes illustres, vous tous en quelque lieu que vous soyez, vous surtout qui m'aimez, d'examiner enfin une affaire de si grande importance avec sérieux et tranquillité, comme il convient, et dans un esprit d'humilité, non de superbe, comme cela s'est pratiqué jusqu'ici. Vous avez bien trop accordé à Luther, à Calvin et à leur inspiration, vous qui avez jusqu'ici préféré les nouveautés de ces imposteurs aux anciens Pères, au Concile de Trente et à toute l'Eglise. Qui croira jamais que vous avez été d'assez grands jurisconsultes pour pénétrer tous les textes les plus obscurs et les plus cachés de Papinien, et que cependant vous, même avertis et éclairés par tant de livres de nos théologiens, vous n'avez pas su percer à jour leurs inepties si sottes et puériles, si éloignées du sens commun ? Revenez, je vous en prie, à l'Eglise de Dieu qui vous a reçus avec bonté à votre naissance dans le bain de la régénération (Tt 3,5), et qui, pour vous recevoir de nouveau, toute vénérable par ses soupirs et ses larmes, va au-devant de votre conversion. La pénitence ne sera jamais trop tardive, si elle est vraie ; mais, elle sera plus digne de louanges, croyez-moi, et plus sûre, si elle est moins tardive. Combien n'avez-vous pas d'exemples de ceux qui avaient été des vôtres, et parmi les plus illustres, et qui, après être retournés à l'Eglise de Dieu, se sentaient seulement couverts de confusion d'avoir fait trop tard ce qu'ils auraient dû faire plus tôt ! Vous ne niez pas que cette Eglise, dont vous vous dites les réformateurs, est à la fois la nôtre et l'Eglise Romaine ; vous avouez donc que c'est la vraie. Autrement, c'était le mahométisme et le Coran, et non pas l'Eglise Romaine, qu'il fallait réformer, si vous ne cherchiez que la multitude des abus et la réforme d'une fausse Eglise. Si notre Eglise est la vraie, pourquoi en cherchez-vous une autre ? pourquoi en créez-vous une nouvelle ? Les abus, que vous étiez convaincus faussement d'y reconnaître si nombreux, ils devaient être corrigés dans la mesure où ils existaient, non par vous, mais par le Pasteur et le Recteur de l'Eglise. Quant à l'Eglise elle-même, il fallait la conserver telle quelle, parce qu'à la rendre nouvelle on la rendait par le fait même fausse. Si donc vous en créez une nouvelle, confessez qu'elle est fausse ; si vous conservez la nôtre, c'est donc de la nôtre que Paul a dit qu'elle est la colonne de vérité (Tm 3,15), en union avec laquelle, par conséquent, vous ne pouvez pas plus errer que demeurer dans la vérité en vous en éloignant.
Pour finir, je vous demande, dans la charité de Dieu et avec le respect que je professe pour vous, que si vous estimez que j'aie dit quelque chose de trop acerbe contre les hérésies ou les hérésiarques, vous croyiez que ce n'est pas pour vous offenser comme des adversaires que je l'ai dit et écrit, mais pour vous faire sortir, comme des amis, de votre sommeil léthargique [85].
XIII
NOTES SUR LE CULTE DES SAINTS
1608 et 1613 [86]
(INEDIT- EN LATIN)
1
Exemple de pèlerinages à des lieux saints, (2 R 15,7) ; de prières pour les défunts, ibid. ; car Absalon semble vouloir paraître se rendre en esprit de religion au pays de ses pères.
Les Hébreux appellent pain toute sorte de nourriture ; (1 R 14,27 sq)
2
L'invocation des Saints est dans la Messe des Ethiopiens, dans Génébrard, chap. VII, de la Liturgie Dionisienne [87]. " Fin du canon de nos Pères les Apôtres, dont la prière et la bénédiction soient sur nous. Ainsi soit-il. "
3
Remarquable exemple des vœux de dévotion que l'on fait pour honorer la mémoire et les monuments des Martyrs (2 R 15,8).
XIV
NOTES SUR LA SAINTE TRINITÉ
[1600-1616 ] [88]
(INEDIT – EN LATIN)
Unité dans la trinité, trinité dans l'unité; trinité détermine le nombre.
Trinité: unité en trois personnes, et, inversement, trois personnes en un seul Dieu.
Trinité et non triplicité ; trine et non triple ; l'un distinct de l'autre, non différent.
Arius, Sabellius : celui-là à admettant trois substances, celui-ci une seule personne. Distinction, non diversité ou différence.
Eviter les termes de séparation et division, parce que c'est un tout en parties distinctes. De même, le terme disparité, pour ne pas nier l'égalité ; les termes étrangers et différents.
Eviter le terme singularité, pour ne pas nier leur propriété de communication ; le terme unique, pour ne pas nier le nombre des personnes ; le terme confondus, pour ne pas nier l'ordre de nature..
Solitaires.
XV
NOTE SUR LA PRÉSENCE RÉELLE
DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST DANS L'EUCHARISTIE
[Paris, 1619 [89]]
(MINUTE INÉDITE)
Le Concile de Trente, en la session treysiesme, chap. premier, parle ainsy :
" Le saint Concile enseigne et confesse ouvertement et simplement, qu'au tres auguste Sacrement de la. sainte Eucharistie, apres la consecration du pain et du vin, Nostre Seigneur Jesus Christ, vray Dieu et vray homme, est contenu vrayement, reellement et substantiellement souz l'espece de ces choses sensibles. "
Quand il est dit que " Jesus Christ, vray Dieu et vray homme, " y est, il est par consequent dit que le vray cors de Jesuschrist y est ; car un vray homme ne peut estre sans un vray cors.
Et affin de tellement declairer la presence de ce cors sacré au tressaint Sacrement que nul ne puisse plus douter comme les Catholiques la croyent, je dis et asseure : que le vray cors reel, substantiel, naturel de JesusChrist, c'est a dire le mesme cors qui fut formé au ventre de la Vierge et de son tres pur sang, le mesme cors qui fut attaché en la croix et mis dans le sepulchre, le mesme cors qui fut resuscité, qui fut touché par saint Thomas (Jn 20,27), qui fut eslevé au Ciel (Mc 16,19 ; Lc 24,51)et qui y est maintenant, lequel saint Estienne vid (Ac 7,55) ; ce mesme cors, dis-je, est vrayement, reellement et substantiellement present en ce divin Sacrement de l'Eucharistie.
La sacree parole de Jesus Christ nous en asseure en saint Jean, (Jn 6,52) ; en saint Mathieu, (Mt 26,26) ; en saint Marc, (Mc 14,22) ; en saint Luc, (Lc 22,19) ; en la 1e. aux Corinth. (1 Co 11,24), ou les paroles sont claires plus que le soleil du mydi, pour cette verité.
Mays par ce qu'un cors, cors vrayement naturel, peut estre en quelqu'endroit ou naturellement ou surnaturellement, je dis que le sacré cors naturel, reel et substantiel de Nostre Seigneur Jesuschrist est au divin Sacrement non point naturellement, mais surnaturellement, par la toute puissance de Dieu. Ainsy, le vray cors naturel du Sauveur fut formé au ventre de la tressainte Vierge, non naturellement mais surna.turellement, par l'operation du Saint Esprit (Mt 1,18 ; Lc 1,35) ; ainsy ce mesme vray cors naturel fut enfanté de la tressainte Vierge, demeurant vierge,. non natu rellement mais sumaturellement, par miracle; ainsy ce mesme cors naturel estoit transfiguré sur la montaigne de Thabor, non naturellement mais sur-naturellement ; ainsy est-il resuscité, non naturellement mais sumaturellement. [90]
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVI
DÉCLARATION TOUCHANT UNE CONFÉRENCE AVEC LE MINISTRE DU MOULIN [91]
(MINUTE)
Paris, [février ou mars] 1619 [92].
Monsieur de Geneve m'a dit, qu'il ne voudroit, pour chose quelcomque, nier la venté de ses manquemens ; et qu'il est donq vray qu'au rencontre quil eut chez madame la Mareschale de Fervasq [93], il commit un defaut de memoire, ne treuvant pas, en l'ancienne version latine de la. Bible [94], un mot en l'endroit ou il pensait le treuver, bien qu'il soit plusieurs foys ailleurs, en la mesme version, pour le mesme sujet. Et quoy que cela ne soit qu'une simple faute de memoire, si est il marri qu'il luy soit arrivé, craignant que les espritz foibles n'en soyent troublés ; ne pouvant croire, toutefois, que monsieur du Moulin se vante de rien pour ce rencontre fait sans ordre ni reglement. Puysque, quant au fons de la question, qui estoit a sçavoir mon, si Nostre Seigneur avoit ordonné aux Apostres de sacrifier en l'Eucharistie, il advoüa en fin qu' ouy (Lc 22,19 ;1 Co 11,24), et que l'Eucharistie estoit un sacrifice representant celuy de la Croix : qui estoit tout ce qu'on pouvoit pretendre sur ce point. Dont ledit Monsieur de Geneve dit qu'il ne se veut nullement vanter, bien qu'il se resjouiroit grandement si ledit sieur du Moulin perseverait franchement a confesser la verité dudit Sacrifiée [95].
Revu sur l'Autographe appartenant aux Missionnaires de Saint François de saIes d'Annecy
Voir page suivante le fac.simile de la Déclaration.
( Patienter quelques secondes…Cliquer sur la page si rien n'apparaît)
A
LETTRES DE MONSIEUR CLAUDE DE PREZ
SYNDIC DE THONON (L2, note 182)
1
A MONSIEUR JEAN GAUTHIER, SECRÉTAIRE D'ÉTAT A GENÈVE
Monsieur mon Cousin,
(supra, notes 28,140 ; L4, note 273) J'estimoys, suyvant celle quil vous avoyt pleu m'escripre, que monsieur Sarrazin (L4, note 90) seroyt venu pour y satisfere entierement ; mais je voys bien que l'on luy a baillé sa leçon par escript, a fin de fere prendre long traict a ceste dispute et l'eviter entierement, sil est possible. Mais je laisse juger a la prudence de Messieurs [96] si un faict si important peut estre traicté de ceste façon, car par ledit seigneur Sarrazin, leur delegué, et encores par vostre lettre ils sont obligés a la dispute. Que si l'on se veut excuser sur Messieurs de Berne, c'est aultant a dire que nous ny voulons pas entendre, d'aultant qu'eux aussi ne veulent pas entrer en jeu ; mais ils ny ont pas si grand interest que vous, car ils n'ont envoyé personne et n'en ont faict aulcun semblant. Or, cecy n'est pas un affaire d'Estat ou il y aille au1cun hasard de perdre aulcune place ; mais il est question de maintenir par dispute, publiquement, la doctrine de laquelle on faict profession, afin de desabuser ceux qui nous tiennent pour heretiques et de raffermir les infirmes en la foy et qui s'esbran1ent par la veue d'une doctrine contraire ; car les escripts de nos docteurs ne peuvent estre leus ni entendus du Peuple, qui veut estre esclaircy par une conference faicte par vive voix, joint que tels escripts n'ont point de replicque. Ne venant donc point a ceste conference, ce sera donner a entendre que l'on n'a dequoy mamtenir ceste doctrine.
Cependant. je loue Dieu qui a encores enflammé le cueur de ces bons Seïgneurs pour la tüition de ceste querelle; laquelle je vois qu'.ils embrassent a bon escient, n'ayants aultre veue que la gloyre de Dieu et le salut de leurs prochains : que sont tesmoignages d'une vraye charité, sans laquelle nous ne pouvons estre Chrestiens. Mais, d'aultre costé, je m'esbahis de messieurs vos Ministres qui semblent ne vouloir incliner a ce party, soubs pretexte de certaines considerations humaines : comme s'il estoyt question de fere un gros d'armee pour assaillir ou defendre quelque place ! Que pleut a Dieu l'on n'eusse pas esté si prompts a eschauffer les cueurs des Princes pour s'entreliguer a la guerre ! nous ne serions pas a ceste heure en peyne de ceste dispute, jouissantz auparavant de libre exercice de nostre religion aultant paisiblement que point de nos voysins. Mais puis que Dieu veut ainsi exercer nostre foy, et mesmes nous chastier du mespris de sa parolle, c'est a nous d'aller au devant de son ire, comme de Celuy duquel depend nostre victoyre et la delivrance de ces tentations [97] si vives, que sans luy et sans son assistance nous n'en pouvons eschapper, nostre naturel resistant tousjours au Sainct Esprit, a la façon de nos peres qui ont mangé les aigretz et nous en avons les dentz agacez. Tant y a que nous avons esperance que Dieu benira le louable dessein de vos magnifiques Seigneurs en cest affaire, comme je l'en prie de tout mon cueur, et pour leur prosperité, et de la vostre en, particulier, demeurant,
Monsieur mon Cousin,
Vostre plus humble et affectionné cousin et serviteur.
DEPREZ.
De Thonon, ce 18. 7bre 1598.
II
A MONSIEUR SIMON GOULARD, MINISTRE, A GENÈVE [98]
Monsieur,
(supra, note 40). Jay recu le pacquet quil vous a pleu m'addresser, et vous eu remercie tres humbleuient. Je me crains que pour plusieurs le remede ne soyt arrivé trop tard. Vous sçavez comme prevoyant le danger j'ay crié : A l'ayde ! misericorde ! nous perissons ! Mais quand l'on nous a veu en danger et que l'on nous pouvoyt secourir sans danger, l'on s'est arresté sur des considerations humaines ; et cependant les orages ont mis en piece nostre fresle vaisseau. Vous avez entendu le naufrage quasi general. Si S. Paul n'eut retenu les batteliers, ils feussent peris en la tourmente ; mais les nautonniers qui debvoyent secourir nostre barque nous ont regardé de loing. Toutesfois, pour l'esperance du residu qui demeure encor sus pieds par la grace, je vous supplies au nom de Nostre Seigneur, que l'on ne recule plus ceste conference ; aultrement tout est perdu.
Je ne parle plus par cueur ; mon apprehension n'est pas une terreur panique, vous en voyez les effects ; Dieu, par sa grace, vueulle avoir pitié de sa pauvre Eglise et la delivrer de tous dangers, fortiffiant ses enfans par sa vertu, afin qu'ils ne defaillent en la foy. Continues, je vous prie, a vos devotes prieres pour nous : elles sont tres. necessaires.
Je vous suis, Monsieur,
Plus humble et affectionné serviteur,
DEPREZ.
De Thonon, ce XI. 8bre 1598.
Je salue tres humblement tous les peres et freres, me recommandant a leurs bonnes prieras.
A Monsieur
Monsieur Gou1ard,
fidelle ministre de la Parolle de Dieu
a Geneve.
A. S. Geneve.
III
AUX MINISTRES DE L'ÉGLISE DE GENÈVE
Messieurs,
(supra, note 43). Jay communiqué la vostre a ceux que jay peu de nostre Eglise, lesquels, au lieu d'en estre consolés, en ont comme receu un desespoir, puis qu'ils croyent vostre demiere resolution estre de ne vouloir entrer en dispute par vive voix : ce qui estoyt tres necessaire pour raffermir les infirmes, lesquels entrent en doute de la doctrine laquelle vous presches publiquement, et cependant ne la voules soustenir que par escript ; forme de disputer qui ne prendra jamais fin, et n'en pourra on jamais tirer aulcune resolution, car il ny a là que pour les gens sçavants et de loysir qui peuvent lire et comprendre vos escripts.
Vous avez veu comme l'orage et la tourmente ont ruiné nos eglises, sans que les nautonniers se soyent opposés. Dieu vueulle pardonner a ceux qui n'auront pas rendu leur debvoir a secourir ceux qui, perissants, ont imploré l'aide des spectateurs de telles tragedies.
Christ n' est pas divisé : il faudroict donc tascher a reünir ses membres et oster toute occasion de schisme et division en l'Eglise de Dieu, puis qu'ainsi est qu'hors d'icelle il ny a point de salut. Ceux qui sont en possession, .sont mieux fondés que ceux de dehors ; si vous ne monstres aultre zele a la defense de vostre cause, vous la perdres tout quicte. Si les Apostres se feussent voulu contenter d'estre enfermés dans des chambres a leur aise, et enseigner le peuple par escript sans oser soustenir leur doctrine de vive voix, ils n'eussent pas donné grand avancement au regne de Jesus Christ, lequel estant establi par ce moyen. doibt estre conservé de mesme. Vous ne pourres point accuser ceux qui se departiront de vostre doctrine, puis qu'au besoing vous ne les voules secourir lors quils vous declairent qu'ils n'ont.plus que tenir.
Nous sommes arrivés au temps de la desolation, et semble que Dieu, par un juste jugement, ayt bandé les yeux aux plus entendus et frappe les voyans d'aveuglement. Bref, les menaces d'Isaye sont executees sur nous. Dieu, par sa grace, nous fasse misericorde, car nous pouvons dire maintenant :
Las ! nous n'avons nul signe accoustumé
De ta bonté, prophetes nous defaillent ;
Nous n'avons nuls qui enseigne nous baillent :
Quand cessera ton courroux allumé ?
Et ce qui est dit ailleurs :
Tu nous as, contre nos plus proches,
Mis en querelles et reproches ;
Nos haineux s'en mocquent bien fort,
Rallie nous, o Dieu tres fort ! etc.
Las ! elle est en cendre reduicte,
Elle est entierement detruicte,
Tous perissent par ton courroux ;
Rallie nous, o Dieu tres doux ! etc.
Ce subit changement semblera bien estrange ; mais que voules vous qu'un pauvre peuple fasse, qui est delaissé a l'abandon, destitué de pasteurs et de pasture ?
Parmy nations ennemyes.
C'est donc a vous, Messieurs, d'y penser, quand vous voyez brusler la maison de vostre voysin.
Quant a moy, je pense que tous fidelles qui sont membres d'un mesme corps se doibvent unir par charité ; car, comme dit S. Augustin: Non est particeps divinae charitatis qui hostis est unitatis. Ceste union doibt estre recerchee plus soigneusement que nous ne faisons pas quand, au lieu de nous approucher pour entrer en conference, nous recullons. Les determinations des anciens Conciles n'ont pas esté prinses entre des absents, mais entre des presens, apres que les doubtes ont esté debattues d'une part et d'aultre. Si ce chemin a esté licite, voyre choysible aultrefoys, pourquoy ne le sera il encores aujourdhuy ? sinon que par nostre opiniastreté nous veulions donner lieu a nos passions plustost qu'a la raison.
Je croy fermement qu'il ny a difficulté de religion qui ne se puisse resouldre entre gens charitables et vuydes de toutes preoccupations, ains. seulement desireux de recerclier la verité pour la gloyre de Dieu et le salut de son Eglise ; car la promesse est infallible, que Jesus Christ a faicte aux siens, qui! seroyt avec eux jusqu'a la consommation du monde. Mais comment sera il au milieu d'une division ? Cerchons donc et embrassons, au nom de Dieu, ceste union, sans laquelle nous ne pouvons estre Chrestiens. Le principal lien, c'est la charité : que donc elle nous eschauffe, afin que non point par vaines disputes et ergoteries, mais par le fil de la verité nous puissions amortir le feu de la dissention qui embrase tout le monde, afin que la charité de Nostre Seigneur nous unisse tous par une vraye et vive foy ensemble pour le gloriffier eternellement.
Excuses moy, Messieurs, si je parle si franchement a ceux a qui je doibs tout honneur et respect ; mais le zele de lhonneur de Dieu et la ruine de nos eglises me contrainct a vous dire ce que vous entendes mieux que moy, mais vous n'en sentes pas peut estre les aigullions qui alterent nos ames. Tant y [a] que Dieu ne delairra point son Eglise. Mais, comme j'escrivois demierement a Monsr Goulard, il est necessaire, pour sauver le navire et .ceux qui sont. dedans, que les nautonniers demeurent aussi dedans, a peyne de naufrage. Vous y adviseres donc, sil vous plaist; et ne lairres de me tenir tousjours,
Messieurs,
Pour vostre .plus humble et affectionné serviteur,
DEPREZ.
De Thonon, ce XII. 8bre 1598.
A Messieurs
Messieurs les Ministres de l'Eglise de Geneve.
A Geneve.
Revu sur les photographies des autographes conservés à la Bibliothèque publique de Genève (Mss. M. f. 8).
B
ELOGE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES PAR LE PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE [99]
Extrait du dernier article du premier Titre de son Codex Fabrianus [100]
(EN LATIN - NON NUMERISE)
QUATRIÈME SÉRIE
ADMINISTRATION ÉPISCOPALE
A - DIOCËSE DE GENËVE ET CLERGÉ EN GÉNÉRAL
I
MANDEMENT POUR LE CARÊME ET LE SYNODE DE 1603
OBLIGATION DES BÉNÉFICIERS A LA RÉSIDENCE
Annecy, 15 janvier 1603.
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique, Evesque et Prince de Geneve, a tous ceux qui ces presentes verront, salut.
Suyvant les ordonnances et Constitutions apostoliques, et le general consentement de l'Eglise de Dieu, Nous intimons par ces presentes le jeusne et abstinence du saint Caresme en tout ce diocese, defendant tres expressement a toutes personnes, de quelle qualité qu'elles soyent, de ne point manger, vendre ni debiter les viandes lesquelles, selon les loix et coustumes de l'Eglise, sont prohibees en ce tems la, sans expresse licence par escrit de Nous, nostre Vicayre general [101] ou autres a ce deputés, nommés au bas des presentes [102].
Par lesquelles Nous intimons encor le Sinode pour le mercredy du second Dimanche apres Pasques, selon la loüable coustume; commandant a tous curés et autres a qui il appartiendra, de s'y trouver personnellement pour y entendre les Constitutions et ordonnances necessaires a leur charge et bien de leur troupeau [103].
Nous intimons aussi la residence a tous ceux qui ont des benefices qui, de droit ou par coustume, la requierent ; a ce que, dans deux moys precisement des la publication des presentes, ilz ayent a se rendre en leur devoir pour exercer personnellement leurs charges et offices, ou dire cause pour laquelle ilz pourroyent pretendre n'y estre obligés ; a faute dequoy il sera procedé contre eux, selon la rigueur des loix et canons.
Donné a Neci, le I5 janvier I603.
II
CONSTITUTIONS FAITES AU SINODE DU DIOCESE DE GENEVE
CÉLÉBRÉ A ANNESSI LE 2 OCTOBRE 1603 [104]
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve : a tous les ecclesiastiques de Nostre diocese, salut.
Desirant que les ordonnances faittes au dernier Sinode, (qui a esté, le premier celebré sous Nostre charge) soyent soigneusement observees, Nous les avons fait imprimer, affin que la communication en estant plus aysee, vous ne pretendies cause d'ignorance, mays que, les ayans devant vos yeux, vous les prattiquies selon leur teneur qui s'ensuit.
1. Nous avons intimé et de rechef publié les Canons des anciens Conciles.(Conc.Nic.in Corpus Juris can.16 D. 32 etin Decretal. 3,2,9 ; Conc Carthag.3 a.397 ; Conc.Illiberit. can.27 etc) qui defendent aux personnes ecclesiastiques de tenir en leurs maysons et logis aucunes femmes desquelles la demeure et sejour avec eux puisse justement: estre suspect ; et, en tant que de besoin, avons fait de nouveau ladite prohibition, sur peyne, de rigoureuse punition.
Il. (a) Nous avons donné et donnons pouvoir aux Reverens Surveillans de ce diocese [105] de dispenser de l'observation des festes commandees es parroisses qui leur sont commises, selon la necessité, inhibant a tous curés et autres quelconques, notamment aux officiers laicz, de ne point donner telles licences.
. III. Sur le differend qui pourroit naistre entre les curés pour les aumosnes, aux sepultures des fidelles qui. meurent en une parroisse et sont enterrés en l'autre, il a esté ordonné que les luminaires seront partagés esgalement entre lesditz curés, qui aussi, de part et d'autre, feront prieres et Sacrifices pour le deffunct. Neanmoins, le service annuel se fera par le curé qui aura ensevely le cors, au moyen dequoy le linceul et autres aumosnes des funerailles luy demeureront ; tous autres differens estant remis au jugement des Surveillans.
IV. Tous curés enseigneront le Cathechisme de l'Illustrissime Cardinal Bellarmin [106] les Dimanches et festes commandees, a l'heure qui sera jugee plus propre selon la condition des lieux [107] ; et, pour cet effect, s'essayeront les jours ouvriers d'apprendre ledit Cathechisme aux petitz enfans, affin qu'ilz en puissent respondre [108].
V. Les curés feront vuider leurs eglises, et notamment les chœurs d'icelles, des meubles profanes qui, pendant la guerre [109], y ont esté mis en asseurance, et ne permettront cy apres telles choses y estre mises sans evidente necessité.
VI. Tous ecclesiastiques suyvront en tout et par tout les decretz du tressaint Concile de Trente, et specialement en ce qui est de l'Office divin et celebration de la Messe. ; et nul ne sera receu ores-en-avant a l'examen pour estre ordonné prestre, qu'i1 n'apporte attestation du Surveillant de son lieu de sçavoir exactement les saintes ceremonies de la divine Messe,. selon l'usage de Trente.
VII. Tous les curés fourniront ou procureront pour leurs eglises des tabernacles, avec des ciboires propres pour reposer le tressaint Sacrement sur l'autel ; changeront tous les premiets Dimanches du moys les Communions qui sont reservees pour les malades, et ne garderont le Saint Sacrement qui aura esté exposé en la Feste Dieu que jusques au jour suyvant immediatement l'octave, auquel ilz le consumeront.
VIII. La residence est intimee a tous curés et ayans charge d'ames (s'ilz ne sont legitimement excusés), a peyne de privation de leurs benefices. ceste servant pour la derniere sommation.
IX. Est enjoint a tous ecclesiastiques de se maintenir en habit convenable et d'avoir tousjours la tonsure et couronne clericale en teste, et la barbe coupee sur la levre superieure. .
X. Les tavernes et cabaretz sont interditz a tous ecclesiastiques es lieux de leur residence, sans aucune exception de quel pretexte que ce soit, mesme des appointemens et par tout ailleurs, sinon en cas d'evidente necessité, auquel ilz s'y comporteront en toute modestie et sobrieté.
XI. Leur sont defenduz les jeux illicites en tous lieux, et les licites et autres passetems es places, carrefours, ruës, chemins et autres lieux publiqs. Comme aussi la chasse qui se fait a course de chiens et avec l'arquebuse, de laquelle le port leur est totalement inhibé ; et de plus, toutes autres chasses qui se trouveront defendues aux laicz mesmes, selon la diversité des lieux.
XII. Tous curés prendront les saintes Huyles chaque annee des mains de ceux qui sont establis pour les leur distribuer, et les tiendront en des vases honnestes et non fragiles ; et ceux qui les distribueront tiendront roolle de ceux qui les auront pris.
XIII. Nul ecc1esiastique ne demandera, sous aucun pretexte quel qu'il soit, tant pieux et devot. puisse il paroistre, aucun argent pour l'exhibition de la tressainte Communion, ni directement ni indirectement en quelque sorte que ce soit, sous peyne d'estre chastié exemplairement.
XIV. Nul ne fera au prosne aucune publication des choses et negotiations seculieres et profanes, ains seulement de celles qui concement le service [de Dieu] et des ames.
XV. Les curés ne permettront cy apres aux dames et autres femmes de dresser leurs bancs dans les chœurs des eglises, et procureront de faire oster ceux qui par abus y auroyent esté mis (L5, notes 571,572); comme aussi que les chassis ou vitres de leurs eglises soyent entiers et fermés, notamment ceux qui respondent aux autelz, pendant qu'on y celebre la sainte Messe.
XVI. Nul n'exorcisera dores-en-avant, s'il n'est specialement et de nouveau appreuvé. Et est defendu a tous exorcistes generalement de commander au malin qu'il aye a reveler les sorciers et sorcieres par leurs noms, ni aucune autre sorte de peché.
XVII. Les foires et marchés sont defendus aux ecc1esiastiques, sinon en cas de necessité, qui arrive peu souvent; et en ce cas, se comporteront selon leur qualité, non en marchans et negotiateurs.
XVIII. Est enjoint a tous ayans charge d'ames de tenir en bon estat les Registres des baptesmes, mriages et enterremens, et d'en rapportera chaque Sinode des Copies signees, dans Nostre greffe.
XIX. Les curés feront publier au. Prosne par troys divers Dimanches que les recteurs ou ..fondateurs des chappelles qui sont en leurs parroisses, ayent dans un moys apres la derniere publication, a comparoistre par devant nostre Vicaire general [110] pour l'instruire du service et moyen d'entretenir lesdites chappelles ; a faute dequoy elles seront rasees, et le revenu qui se trouvera, appliqué au maistre autel de la parroisse ou: a quelqu'autre, selon qu'il sera plus convenable.
XX. Les curés tiendront main a ce que les chappeliers rendent leur devoir, et les recevront aussi charitablement, leur communiquant les choses necessaires a la celebration des Messes, qu'ilz leur permettront de sonner a heure et en maniere competente.
XXI. Les curés feront au plus tost venir par devant eux les sages femmes de leurs parroisses pour lesexaminer de la forme et matiere du Baptesme, et, si elles l'ignorent, la leur apprendront, a ce qu'en cas d'extreme necessité elles pourront baptizer, avec la matiere, la forme et l'intention requises.
XXII. Est prohibé l'usage des prolles inconneues, caracteres et signes superstitieux, aux prieres et adjurations qui se font contre la tempeste.
XXIII. Toute autre façon de Prosne que celle qui a esté publiee par feu Monseigneur nostre predecesseur (que Dieu absolve) est entierement prohibee [111].
XXIV. Comme aussi toute autre sorte de forme d'absolution: que celle qui. s'ensuit : Misereatur tui, [etc.) Indulgentiam, [etc]
ABSOLUTIO [112]
Dominus noster Jesus Christus, qui est summus Pontifex, te absolvat ; et ego authoritate ipsius, miuhi licet i,ndignissimo concessa, absolvo te in primis ab omni vinculo excommunicationis, in quantum posssum et indiges ; deinde, ego te absolvo ab omnibus peccatis tuis, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.
PRECES POST ABSOLUTIONEM
Passio Domini nostri Jesu Christi, communio Beatae Mariae semper Virginis et omnium Sanctorum, quidquid boni feceris, et mali patienter sustinueris, sit tibi in remissionem peccatorum tuorum, in augmentum gratitae et praemium vitae œternae. Amen.
Il est. en :fin commandé a tous curés et vicayres d'avoir les presentes Constitutions et les affiger en leurs sacristies, ou autre lieu de leurs eglises ou ilz les puissent souvent voir et considerer, a la gloire de Dieu et salut du peuple.
FRANÇOIS, Evesque de Geneve.,
DECOMBA [113].
[Le texte ci-dessous, assez différent quant à la forme, de celui du placard, est inséré dans l'ancien Registre de l'Evêché de Genève, 1602-1607. En le reproduisant avec son orthographe, nous n'entendons pas affirmer qu'il n'a pas subi des retouches de la part du greffier ; certaines expressions et tournures de phrases ne sont pas de saint François de Sales.]
Pour le regard des festes de commandement de l'Eglise lesquelles tombent au temps des semaisons et moyssons, a esté ordonné en ladite assemblé de Clergé que, pour les necessités des lieulx et pauvres, les Surveilliantz auront autorité de Monseigneur le Reverendissime dispenser pour semer et recullir lors que la necessité evidente se presentera, a laquelle lesditz Surveilliantz auront tel esgard quilz en rendent bon compte a Dieu et a leur Prelat ; avec inhibitions et defenses a tous curés de ne s'ingerer a donner permission de travallier lesditz jours, a peyne de cinquante livres et de punition condigne. Es cas advenantz quil y en (sic) aye des infraeteurs de festes, les curés envoyeront memoires et noms des tesmoings par devant Nostre greffe pour y provoir comme de raison.
Sur la remonstrance faicte en ladite assemblé comme il advient souventefoys que ung corps mort en une parroche est pourté et enterré en une autre parroche, l'on demande a qui appertiendra le luminaire ? - A esté sur ce resolu que le luminaire, l'Office et sepulture achevé, se partagera par moityé, a la charge que le curé de la parroche de laquelle l'on a appourté ledit corps mort sera tenu dire et celebrer Messe pour ledit decedé.Et neantmoins, l'annuel appertiendra au curé en la parroche duquel ledit corps decedé sera enterré, et luy appertiendra le linceul mis sur ledit corps subterré rierre sa parrochiale. Ausquelz curés sont faictes tres expresses inhibitions et defenses, a peyne de cent livres, de ne s'entrebattre en maniere que ce soit en public d'aucunes funerallies, ains s'addresseront aux Surveilliantz deputés par Nous, pour estre reiglés comme verront a fere.
Et par ce que suivant les ordonnances de nostre antecesseur, il estoit pourté que le Catechisme seroit enseigné en touttes et cha cune les parroches de ce diocese le jour de Dimenche et restes, Nous, treuvant cela estre tres utile et necessaire, avons dict et ordonn6 que le Cathechisme de Belarmin sera enseigné par tous lesditz curés et viquaires lesdits jours de Dimenche et autres festes solennes, tant aux villes que villages de Nostre dit diocese, aux heures que seront par les Surveilliantz deputés (sic) ; a peyne de cinquante livres et de nostre indignation. Or, notamment seront enseigné Gerson [114], Grenade [115] et Guide des pecheurs [116].
Et comme Nous avons aussy esté informé que pour cause de ces troubles de guerre les parrochains des parroches de Nostre diocese. pour eviter aux ravages que journellement. se commettoient par les soldatz, reduisirent dans les eglises, voire dans les cueurs, des outres et autres meubles qui incommodent iceulx cueurs des eglises, avons faict pareillement injonction et commandement a tous parrochains, puis que il a pleut [a] Dieu nous fere jouyr a present d'une [heureuse] paix, de lever lesditz meubles et couffres troys [mois [117]] apres le commandement a eulx faict par les curés et autres de Nostre part ; a peyne de dix livres et d'estre lesditz meubles gettés sur les carreaulx. .
Et si, est enjoinct a tous prebstres, curés et autres de Nostre dit diocese de user du Concil de Trente, lire l'Office a forme d'icelluy et d'observer les ceremonies ordonnés et prescrites par les rubriques. Et si, est commandé a tous parrochains acheter des misselz et autres livres requis pour celebrer le divin service, a l'usage dudit Concil de Trente ; mesmement, a tous nouveaux prebstres qui desireront estre par Nous promeus a l'Ordre de prestrise, que, au paravant que se presenter par devant Nous, d'apprendre les ceremonies sacrees que l'on a accoustumé user en la celebration de la saincte Messe.
. Et pour autant quil est tres que (sic) convenable et suivant le debvoir, que tous sommes obligez de pourter honneur au sainct Sacrement de l'Eucharistie, est enjoinct a tous curés et autres prebstres de cette diocese de fere fere des cyboires; et aussy, que touttes les Dimenches premieres du mois ilz aient a renouveller ledit Sainct Sacrement gardé pour les malades, comme aussy le Corps de Nostre Seigneur mis sur l'autel le jour et Feste de Dieu, de le consumer en fin de l'octave. Et si, sont exhortés tous prebstres et curés pourtant le Sainct Sacrement aux malades distans de leur .eg1ise, de le pourter dans des boytes d'estaing, au col; et lequel Sainct Sacrement pourté a aucun malade se treuvant decedé, seront tenus rapporter dans leur eglise.
En outre, sommes esté adverti que plusieurs curés de Nostre diocese, au mespris de leur charge, ne font aucune residence en leurs cures et parroches, au grand interest des brebis a eulx commises ; leur est enjoinct resider en leurs benefices, a peyne de privation d'iceulx.
Daventage, est commandé a tous prebstres seculiers d'aller en habit decent et honneste, de coleur noire, avec leur grande robbe et bonnet carré, pourter la coronne.et barbe convenable a leur qualité. .
Ausquelz par mesme moien est inhibé et defendu, en suite des precedentes Ordonnances synodales, de ne frequenter lieulx et marchés publicqs, jeulx et tavernes dans leur parroche, a peyne d'estre rigoureusement punis ; et notamment est defendu toutte conversation impudicque.
Sommes aussy esté adverti que plusieurs curés, viquaires, prebstres et autres de Nostre diocese font estat de continuellement aller a la chasse avec harquebuse et levrier, contre le deubt de leur profession ; des a present leur est inhibé et defendu ledit port d'armes et ladite chasse, a peyne de cent livres et autre plus grande peyne sil y eschoit.
Ausquelz curés et viquaires est enjoinct de venir prendre tous les ans, vers les distributeurs deputés, les sainctz Huiles, avec des vases decentz et non fragiles ; dequoy lesditz distributeurs tiendront registres pour sçavoir les defalliantz.
Ausquelz curés et viquaires est tres expressement inhibé de ne prendre aucun argent de la Communion; aux mesmes peynes que dessus.
Fere le Prosne suivant la forme prescripte par Nostre predecesseur.
Et dautant que plusieurs prebstres, curés et viquaires escoutant confession ne sçavent observer la forme d'absolution suivant le sainct Concile de Trente, leur est commandé d'user d'icelle, s'adresser aux Surveilliantz pour icelle apprendre. Donner aux penitens penitence clere, en trois façons, sçavoir : en aumosne, jeune et oraisons ; comme tous prebstres, curés et autres de exhorter tous malades a l'Extreme Unction, mesme les blessés.
Pareilliement est inhibé et defendu de n'exorciser aucunement, silz n'ont permission de Nous, ni d'user d'aucunes superstitions, ains tant seulement des exorcismes accoustumés en l'Eglise.
Et si, avons en outre enjoinct a tous viquaires et curés de Nostre diocese de dresser les livres des baptisés, mariages et decedés, iceulx rapporter par devers Nostre greffe par chacune annee ; aux mesmes peynes que dessus.
Est aussy enjoinct a tous curés que, dans deux mois, ilz ayent a nommer et publier les recteurs des chappelles vacantes ; autrement, a faute de ce, seront rasees. unies et incorporees avec.le grand autel de leurs parroches.
Et a tous recteurs. des chappelles, fere le service deubt a icelles, a peyne d'estre punis rigoureusement. Et a tous curés ou viquaires que, quand aucun chappellier vouldra celebrer Messe, permettre icelle Messe estre sonnee a la maniere accoustumé ; a mesme peyne que dessus.
Est aussy enjoinct a tous curés ou. viquaires appeller femmes sages de leurs parroches, de sçavoir la forme qu'elles auront usé pour asseurer le Baptesme aux enfans par elles receuz.
Ausquelz curés et. viquaires est expressement inhibé et defendu de ne permettre estre faicte aucune publication laye (laïque) dans leurs esglises, ny moins y tenir aucun conseil par les gentz laicz : le tout aux susdites peynes.
Quant aux boytes de touttes ames, suyvant la conteste dont Nous avons esté informé, sera sur ce advisé par les Surveilliantz par Nous deputés [118],
Mays pour ce quil Nous a esté remonstré que plusieurs gentilhommes dressent des bancz dans les cueurs des eglises, occasion de quoy l'Office est empesché, Nous avons ordonné quil leur est permis d'y entrer ; mais quant aux femmes, qu'elles demeureront dans la nef.
III
REGLEMENTS POUR L'ENSEIGNEMENT DU CATECHISME
[Octobre 1603 [119]]
1 - POUR LA VILLE D'ANNECY
(FRAGMENT) [120]
…………………………………………………………………………..
On establira deux garçons pour faire l'assemblee des enfans, dont l'un les ramassera de la les pontz et l'autre deça [121].
L'un et l'autre portera une courte dalmatique bleue, avec. le nom de JESUS peint devant et derriere, et porteront chacun une clochette par le son delaquelle se fera la convocation des enfans [122].
Il n'y aura que deux classes, l'une pour les petitz enfans et l'autre pour les plus avancés [123].
Au commencement du Cathechisme on chantera quelques cantiques, en attendant l'heure de midy, et de rechef a la fin on en chantera un autre [124].
On commencera le Dimanche apres la feste du Cathechisme [125].
Seront priés Messieurs du Conseil [126] faire publier l'Edict fait par Son Altesse pour la Doctrine chrestienne [127].
…………………………………………………………………………………………….
Revu sur le texte inséré dans le IIe Procès de Canonisation.
II - POUR LES PAROISSES DU DIOCESE
On convoquera le peuple par le signe de la cloche, devant Vespres, de si bonne heure, que le Cathechisme puisse avoir deux heures, sur tout en tems d'esté [128].
Le signe de la cloche estant donné, le Portier ouvrira l'eschole ou l'eglise, disposera les bancs et attendra a la porte ceux qui viendront ; introduira les enfans et leur enseignera la façon de saluer, affin qu'ilz sçachent dire : Dieu nous donne sa paix, et former le signe de la Croix avec l'eau benite, comme aussi de reciter l'Orayson Dominicale et la Salutation Angelique ; ou s'ilz ne sont pas capables, il taschera pour le moins qu'ilz fassent la genuflexion au tressaint Sacrement devant le grand autel. Apres cela, il les envoyera a leurs bancs.
Le Prieur deputera quelques autres freres au secours du Portier [129], qui feront le mesme ; et ce Prieur et les autres officiers tascheront de se trouver de bonne heure a l'eschole, et auront soin que les enfans soyent enseignés et observent le silence.
On enseignera autant de tems que le Prieur trouvera estre a propos, lequel prendra garde qu'un chacun fasse bien sa charge ; et s'il n'est empesché de son office, assignera ceux qui devront disputer et respondre, choysissant tousjours les mieux instruitz et plus capables.
Le Sousprieur et Admoniteur prendront pareillement garde qu'il ne se fasse point de bruit, autrement ilz en feront signe tacitement au Silencier ; c'est pourquoy ceux cy demeureront en divers endroitz de l'eschole, sinon que le Prieur conferast avec eux ce pendant que les autres enseignent. "
Apres que quelque tems aura ainsy esté employé, de sorte que les maistres ayent eu une entiere liberté d'enseigner (qui, pour l'ordinayre, auront quatre ou six enfans), le Prieur baillera le signe avec la clochette et, s'agenouillant, en fera faire autant aux autres ; apres quoy il recitera l'orayson accoustumee d'estre faitte devant la dispute, et, ayant pris avec ses enfans la benediction du prestre (s'il y en a quelqu'un), il les fera monter en lieu eminent d'ou ilz puissent estre veuz, les uns d'un costé et les autres de l'autre. Ces enfans ayant formé le signe de la Croix et prononcé les parolles hautement, reciteront la partie du Cathechisme qui leur aura esté assignee, ceux cy en interrogeant, ceux la en respondant. Il les fera quelquefois arrester et leur demandera ce qu'il voudra, affin de les rendre par ce moyen plus prudens et plus attentifz. Toutefois, qu'il prenne garde que la dispute se fasse des choses qui auront esté dittes ; et pour ce, tous les enfans d'un mesme ordre et classe seront assis en un mesme lieu, affin que, sans perdre tems, il puisse demander a un chacun selon ce qui escherra. Et prenant occasion de ce qui aura esté recité, il fera un brief discours et abbregé, affin que tous puissent mieux imprimer ceste doctrine en leurs espritz ; et s'il ne peut pas le faire, il en priera quelqu'un des maistres ou officiers.
Quoy estant fait, on lira les petites Constitutions des bonnes mœurs [130], que tous entendent; et en apres on fera l'orayson, selon qu'il aura esté ordonné.
En fin (sinon qu'il fallust marquer les absens, ou corriger quelqu'un) il renvoyera ses enfans, les advertissant d'estre modestes, de se resouvenir des choses qui auront esté dittes et de revenir de bonne heure au premier jour de feste suyvant.
Il baillera des recompenses a ceux qui auront esté diligens et modestes : comme de devotes images, chapeletz, medailles et autres choses semblables ; car il fera, par ce moyen, qu'ilz se comporteront tous jours mieux. Le Chancelier marquera les absens au catalogue, ou, s'ilz sont malades, en fera le rapport au Prieur et aux autres officiers. Apres cela on entendra le sermon ou l'exhortation qui se fera par le prestre.
Tous les moys une fois pour le moins, le Prieur envoyera quelqu'un des officiers ou maistres a la Congregation generale ou diocesaine [131], qui rapportera tout l'estat et les necessités de son eschole ; comme pareillement toutes les escholes se visiteront les unes les autres par quelqu'un des leurs, affin qu'il se fasse une sincere et sainte communication de tous les fruitz et utilités spirituelles a la plus grande gloire de Dieu.
IV
AVERTISSEMENTS AUX CONFESSEURS
1603 ou 1604 [132]
EPITRE DÉDICATOIRE
Aux Reverens Curés et Confesseurs du diocese de Geneve, paix et dilection en Nostre Seigneur.
Mes tres chers Freres,
L'office que vous exerces est excellent, puisque vous estes establis de la part de Dieu pour juger les ames avec tant d'authorité, que les sentences que vous prononces droittement en terre sont ratifiees au Ciel. Vos bouches sont les canaux par lesquelz la paix coule du Ciel en terre sur les hommes de bonne Volonté (Lc 2,14) ; vos. voix sont les trompettes du grand JESUS, qui renyersent les murailles de l'iniquité, qui est la mistique Hiericho (Jos 6,1). .
C'est un honneur extreme aux hommes d'estre eslevés a ceste dignité a laquelle les Anges mesme ne sont point appellés ; car, auquel des ordres angeliques fut il onques dit : Receves le Saint Esprit : de ceux desquelz Vous remettres les pechés, ilz seront remis. (Jn 20,22)? Cela neanmoins fut dit aux Apostres et, en leurs personnes, a tous ceux qui par succession legitime recevroyent la mesme authorité. Estans donques employés pour cest admirable office, vous y deves nuit et jour appliquer vostre soin, et moy une grande partie de mon attention.
A ceste cause, ayant, il y a quelque tems, fait un amas de plusieurs remarques que j'estime propres pour vous ayder en cest exercice, j'en ay extrait ce petit Memorial que je vous presente, estimant qu'il vous sera bien utile.
ADVERTISSEMENS AUX CONFESSEURS
CHAPITRE 1
De la disposition du confesseur
Ayes une grande netteté et pureté de conscience, puisque vous pretendes de nettoyer et purger celle des autres, affin que l'ancien proverbe ne vous serve de reproche : Medecin, gueris toy toy mesme. (Lc 4,23) et le dire de l'Apostre : En ce que tu juges les autres, tu te condamnes toy mesme. (Rm 2,1).Si donq estant appellé pour confesser vous vous trouvies en peché mortel (ce que Dieu ne veuille), vous devez premierement aller a confesse et recevoir l'absolution ; ou, si vous ne pouves avoir ce bien, faute de confesseur, vous deves exciter en vous la sainte contrition,
Ayes un ardent desir du salut des ames, et particulierement de celles qui se presentent a la Penitence, priant Dieu qu'il luy playse de cooperer a leur conversion et avancement spirituel.
Souvenes vous que les pauvres penitens au commencement de leurs confessions vous nomment Pere, et qu'en effect vous deves avoir un cœur paternel en leur endroict, les recevant avec un extreme amour, supportant patiemment leur rusticité, ignorance, imbecillité, tardiveté et autres imperfections ; ne vous lassant jamais de les ayder et secourir tandis qu'il y a quelque esperance d'amendement en eux, suyvant le dire de saint Bernard.(Ep. 73 ad Rainald. Abbat.) : La charge des Pasteurs n'est pas des ames fortes, mays des foibles et debiles, car les fortes font asses d'elles mesmes, mays il faut porter les foibles. Ainsy, quoy que l'enfant prodigue revinst tout nud, crasseux et puant d'entre les pourceaux, son bon pere neanmoins l'embrasse, le bayse amoureusement et pleure dessus luy (Lc 15, 15) parce qu'il estoit son pere, et que le cœur des peres est tendre sur celuy des enfans.
Ayes la prudence d'un medecin, puysque aussi les pechés sont des maladies et blesseures spirituelles.. et consideres attentivement la disposition de vostre penitent pour le traitter selon icelle. Si donques, par exemple, vous le voyes travaillé de honte et de vergogne, donnes luy asseurance et confiance, luy remonstrant que vous n'estes pas ange, non plus que luy ; que vous ne trouves pas estrange que les hommes pechent; que la confession et penitence rend infiniment plus honnorable l'homme que le peché ne l'avoit rendu blasmé ; que Dieu premierement, ni les confesseurs n'estiment pas les hommes selon qu'ilz ont esté par le passé, mais selon ce qu'ilz sont a present ; que les pechés, en la confession. sont ensevelis devant Dieu et le confesseur, en sorte que jamais ilz ne soyent rememorés.
Si vous le voyes effronté et sans apprehension, faittes luy bien entendre que c'est devant Dieu qu'il se vient prosterner ; qu'en ceste action il s'agit de son salut eternel ; qu'a l'heure de la mort il ne rendra conte d'aucune chose si estroittement que des confessions qu'il aura mal faittes ; qu' en l'absolution on employe le pris et le merite de la Mort et Passion de Nostre Seigneur.
Si vous le voyes craintif, abbattu et en quelque desfiance d'obtenir le pardon de ses pochés, releves le en luy monstrant le grand playsir que Dieu prend en la penitence des grans pecheurs, que nostre misere estant plus grande, la misericorde de Dieu en est plus glorifiee ; que Nostre Seigneur pria Dieu son Pere pour ceux qui le crucifioyent (Lc 23,34), pour nous faire connoistre que, quand nous l'aurions crucifié de nos propres mains, il nous pardonnerait fort librement; que Dieu fait. tant d'estime de la penitence, que la moindre penitence du monde, pourveu qu'elle soit vraye, luy fait oublier toute sorte de peché, de façon que si les damnés et les diables mesmes la pouvoyent avoir, tous leurs péchés leur seroyent remis ; que les plus grans Saintz ont esté grans pecheurs : saint Pierre, saint Matthieu, sainte Magdeleine, David, etc ; et en fin, que le plus grand tort qu'on peut faire a la bonté de Dieu et a la Mort et Passion de Jesus Christ, c'est de n'avoir pas confiance d'obtenir le pardon de nos iniquités, et que, par article de foy, nous sommes obligés de croire la remission des pechés, affin que nous ne doutions point de la recevoir lhors que nous recourons au Sacrement que Nostre Seigneur a institué pour cest effect.
Si vous le voyes en perplexité pour ne sçavoir pas bien dire ses pechés, ou pour n'avoir sceu examiner sa conscience, promettes luy vostre assistance, et l'asseures que, moyennant l'ayde de Dieu, vous ne laisseres pas pour cela de luy faire faire une bonne et sainte confession.
Sur tout, soyes charitables et discretz envers tous les penitens, mays specialement envers les femmes, pour les ayder en la confession des pechés honteux.
1. S'ilz s'accusent d'eux mesmes, quelques parolles deshonnestes qu'ilz prononcent, ne faittes nullement le delicat ni aucun semblant de les trouver estranges, jusques a ce que toute la confession soit achevee ; et lhors, doucement-et amiablement, vous leur enseigneres une façon plus honneste de s'exprimer en ces matieres la.
2. Si en ces pechés honteux ilz embrouillent leur accusation d'excuses, de pretextes et d'histoires, ayes patience et ne les troubles nullement, jusques a ce qu'ilz ayent tout dit; et lhors vous commenceres a les interroger sur ce peché pour leur faire faire plus parfaittement et distinctement la declaration de leurs fautes, leur monstrant amiablement et faysant connoistre les superfluités impertinences et imperfections qu'ilz avoyent commis en s'excusant, palliant et desguisant leur accusation, sans toutesfois les tancer en aucune façon.
3. Si vous voyes qu'ilz ayent de la difficulté de s'accuser eux mesmes de ces pechés honteux, vous commenceres a les interroger des choses les plus legeres, comme d'avoir pris playsir d'ouyr parler de choses deshonnestes, d'en avoir eu des pensees ; et ainsy; petit a petit, descendant de l'un a l'autre, a sçavoir, de l'ouye aux pensees et des pensees aux desirs, aux volontés, aux actions, a mesure qu'ilz se descouvriront, vous les ires encourageant a tousjours passer plus avant, leur disant parfois telles ou semblables paroles : Que vous estes heureux de vous bien confesser ! croyes que Dieu vous fait une grande grace ; je connois que le Saint Esprit vous touche au cœur pour vous faire faire une bonne confession. Ayes bon courage, mon enfant, dites hardiment vos pechés et ne vous mettes nullement en peyne ; vous aures tantost un grand contentement de vous estre bien confessé, et ne voudries pour chose du monde n'avoir si entierement deschargé vostre conscience. Ce vous sera une grande consolation a l'heure de la mort d'avoir fait ceste humble confession. Dieu benisse vostre cœur qui est si bien disposé a se bien accuser. - Et ainsy vous presseres tout bellement et doucement leurs ames a faire une parfaitte confession. .
4. Quand vous rencontreres des personnes qui, pour des enormes pechés, comme sont les sorcelleries, accointances diaboliques, bestialités, massacres et autres telles abominations, sont excessivement espouvantees et travaillees en leurs consciences, vous deves par tous moyens les relever et consoler, les asseurant de la grande misericorde de Dieu, qui est infiniment plus grande pour leur pardonner que tous les pechés du monde pour les damner, et leur promettes de leur assister en tout ce qu'ilz auront besoin de vous pour le salut de leurs ames.
CHAPITRE II
De la disposition exterieure
S'il y a aucun Sacrement en l'administration duquel il faille paroistre en gravité et majesté, c'est celuy de la Penitence, puisqu'en iceluy nous sommes juges deputés de la part de Dieu. Vous y seres donq en robbe et surplis, et l'estole au col et le bonnet en teste, assis en lieu apparent de l'eglise, avec une face amiable et grave, laquelle vous ne deves jamais changer par aucuns gestes ou signes exterieurs qui puissent tesmoigner de l'ennuy ni du chagrin, de peur de donner quelque occasion a ceux qui vous verront de soupçonner que le penitent vous die quelque chose de fascheux et execrable.
Vous feres que vostre penitent tourne son visage a costé du vostre, en sorte qu'il ne vous voye pas, ni ne vous parle pas droit dans l'oreille, ains a costé d'icelle.
CHAPITRE III
Des demandes qu'il faut faire au penitent avant qu'il s'accuse
Le penitent estant arrivé, il faut avant toutes choses s'enquerir de luy quel est son estat et condition : c'est a dire, s'il est marié ou non, ecclesiastique ou non, Religieux ou seculier, advocat ou procureur, artisan ou laboureur ; car, selon sa vacation, il faudra proceder diversement avec luy.
Il faut, apres cela, sçavoir s'il n'a pas intention de bien s'accuser de toutes ses fautes, sans rien celer a son escient; comme aussi de quitter et detester entierement le peché, et de faire ce qui luy sera enjoint pour son salut. Que s'il n'a pas ceste volonté, il faut s'arrester la et l'y disposer, si faire se peut ; que s'il ne se peut faire, il le faut renvoyer, apres luy avoir fait entendre le dangereux et miserable estat auquel il est.
CHAPITRE IV
C'est un abus intolerable que les pecheurs ne s'accusent de nul peché d'eux mesmes, sinon entant qu'on les interroge. Il leur faut donques apprendre a s'accuser premierement eux mesmes en ce qu'ilz pourront, et puys les ayder et secourir par les demandes et interrogations.
Il ne suffit pas que le penitent accuse seulement le genre de ses pechés, comme seroit a dire, d'avoir esté homicide, luxurieux, larron ; mais est requis qu'il nomme l'espece, comme par exemple: s'il a esté meurtrier de son pere ou de sa mere, car c'est une espece d'homicide different des autres et s'appelle parricide; s'il a tué dans l'eglise, car en cela il y a sacrilege; ou bien s'il a meurtry un ecclesiastique, car c'est un parricide spirituel et est excommunié. De mesme au peché de luxure : s'il a defleuré une vierge, car c'est un stupre ; s'il a conneu une femme mariee, c'est adultere; et ainsy des autres pechés.
Non seulement on doit s'enquerir de l'espece du peché, mais aussi du nombre d'iceux, affin que le penitent s'en accuse, disant combien de fois il a commis tel poché, ou environ plus ou moins, au plus pres qu'il pourra selon sa souvenance, ou au moins disant combien de tems il a perseveré en son peché et s'il y est fort addonné ; car il y a bien de la difference entre celuy qui n'aura blasphemé qu'une fois, et celuy qui aura blasphemé cent fois, ou qui en fait mestier.
II faut de plus examiner le penitent sur la diversité des degrés du peché. Par exemple, il y a bien de la difference entre se courroucer, injurier, frapper du poing, ou avec un baston, ou avec l'espee ; qui sont divers degrés du peché de cholere. Item, il y a bien a dire entre le regard charnel, l'attouchement deshonneste et la conjonction charnelle; qui sont divers degrés d'un mesme peché. II est vray que celuy qui a confessé une action mauvaise n'a besoin de confesser .les autres qui sont necessairement requises pour faire celle la : ainsy, celuy qui s'est accusé d'avoir violé une fille une seule fois, il n'est pas obligé de dire les baysers et attouchemens qu'il a faitz parmi cela et a ceste occasion ; car cela s'entend asses sans qu'on le die, et l'accusation de telles choses est comprinse en la confession de l'action finale du peché.
J'en dis de mesme des pechés desquelz la malice se peut redoubler et multiplier en une seule action : par exemple, celuy qui desrobbe un escu fait un peché ; celuy qui en desrobbe deux ne fait aussi qu'un peché, et tout de mesme espece, mais toutesfois la malice de ce second peché est double au pris du premier. De mesme, il se peut faire qu'avec un mauvais exemple on scandalizera une seule personne et avec un autre mauvais exemple de mesme espece on [en] scandalizera trente ou quarante, et n'y a point de proportion entre l'un et l'autre peché ; c'est pourquoy il faut particulariser tant qu'il se peut bonnement faire, la quantité de ce qu'on a desrobbé, des gens qu'on a scandalizés par une seule action; et ainsy consecutivement des autres pechés, desquelz la malice croist .et decroist selon la quantité de l'object et de la matiere.
Encor faut il penetrer plus avant et examiner le penitent touchant les desirs et volontés purement interieures, comme seroit s'il a desiré ou voulu faire quelque vengeance, deshonnesteté ou semblable chose, car ces mauvaises affections sont pechés.
Il faut. passer plus outre, et esplucher les mauvaises pensees, encor qu'elles n'ayent esté suivies de desir et de la volonté. Par exemple: celuy qui prend playsir a penser en soy mesme a la mort, ruine et desastre de son ennemy, encor qu'il ne desire point telz effectz, neanmoins, s'il a volontairement et a son escient pris delectation et res-jouissance en telles imaginations et pensees, il a peche contre la charité et doit s'en accuser rigoureusement. C'est tout de mesme de celuy qui., volontairement, pour prendre playsir, s'amuse et prend contentement aux pensees et imaginations des voluptés charnelles; car il peche interieurement contre la chasteté, dont il se doit confesser, d'autant qu'encores qu'il n'a pas voulu appliquer son cors au peché, il a neanmoins applique son cœur et son ame. Or, le peché consiste plus a l'application du cœur qu'a celle du cors, et n'est nullement loysible de prendre a son escient playsir et contentement au peche, ni par les actions du cors, ni par celles du cœur. J'ay dit, a son escient, d'autant que les mauvaises pensees qui nous arrivent contre nostre gré ou sans que nous y prenions entierement garde ne sont nullement peché, ou ne sont pas peché mortel.
Outre tout cela, encor faut il que le penitent s'accuse des peches d'autruy, a l'exemple de David (Ps 18,14) ; car si par mauvais exemple ou autrement il a provoqué quelqu'un a peché, il en est coulpable, et cela s'appelle proprement scandale. Au contraire, il faut empescher le pénitent de ne point nommer ni donner a connoistre ses complices au peché, .tant que faire se pourra.
CHAPITRE V
Du soin que doit avoir le confesseur de ne point absoudre ceux qui ne sont point capables de la grace de Dieu
Le confesseur, apres cela, doit connoistre si le penitent est capable de recevoir l'absolution, laquelle ne doit estre conferee a certaines sortes de personnes desquelles je vous pro poseray quelques exemples qui vous serviront de lumiere pour tout le reste.
.1. Ceux qui sont en excommunication majeure, le confesseur ne les en peut absoudre sans l'authorité du Superieur, sinon qu'elle ne fust point reservee par iceluy..
2. Item, ceux qui ont quelque peché reservé, au Pape ou a l'Evesque ne peuvent estre absous sans leur authorité ; il les faut donq renvoyer a ceux qui ont le pouvoir, ou bien les faire attendre jusques a ce qu'on l'ayt obtenu, si cela se peut aysement.
3. Item, les faussaires, faux tesmoins, larrons, usuriers, usurpateurs et detenteurs des biens, tiltres, droitz et honneurs d'autruy, et de mesme les detenteurs des legatz pieux, aumosnes, primices, decimes, plaideurs iniques, calomniateurs, detracteurs, et genera1ement tous ceux qui tiennent tort au prochain ne peuvent estre absous s'ilz ne font reparation du tort et dommage en la meilleure façon que faire se pourra, ou au moins qu'ilz ne promettent de satisfaire par effect.
4. Item, les mariés qui vivent en. dissension l'un sans l'autre, ou qui ne veulent se rendre les devoirs de mariage, ne doivent astre absous pendant qu'ilz perseverent en ceste mauvaise volonté.
5. Les ecc1esiastiques mal pourveuz de leurs benefices, ou qui en ont des incompatibles sans legitime dispense, ou qui ne resident pas sans suffisante excuse, ou qui font mestier de ne point dire l'Office et ne se vestir ecclesiastiquement; tous ceux la ne doivent estre absous qu'ilz ne promettent d'y mettre ordre et corriger tous ces defautz;
. 6. Item, les concubinaires, adulteres, ivroignes ne doivent astre absous s'ilz ne tesmoignent un ferme propos non seulement de laisser leurs pechés, mays aussi de quitter les occasions d'iceux: comme sont, aux concubinaires et adulteres, leurs garces, lesquelles ilz doivent esloigner d'eux ; aux ivroignes, les tavernes ; aux blasphemateurs, les jeux ; ce qui s'entend de ceux qui font coustume de telz pechés.
7. En fin, les querelleux qui ont des rancunes et inimitiés, ne peuvent recevoir l'absolution s'ilz ne veulent de leur costé pardonner et se reconcilier avec leurs ennemis.
CHAPITRE VI
Comme on doit imposer les restitutions ou reparations du bien et honneur d'autruy
Apres donq que le confesseur a bien reconneu l'estat de la conscience du penitent, il doit disposer et ordonner ce qu'il voit estre necessaire pour le rendre capable de la grace de Dieu, tant en ce qui concerne la restitution des biens d'autruy et la reparation des tortz et injures qu'il a faittes, comme aussi en ce qui regarde l'amendement de sa vie et fuite ou esloignement des occasions de mal faire.
Et pour le regard des reparations et restitutions que l'on doit faire au prochain, il faut trouver moyen, s'il est possible, de les faire secrettement, sans que le penitent puisse estre diffamé. Et par ainsy, si c'est un larcin, il le faut faire rendre, ou chose equivalente,. par quelque personne discrette qui ne nomme ni decele en aucune façon le restituant ; si c'est une fause accusation ou imposture, il faut procurer dextrement que le penitent donne, sans en faire semblant, contraire impression a ceux devant lesquelz il avoit commis la faute, disant le contraire de ce qu'il avoit dit, sans faire semblant d'autre chose. Mais quant aux usures, faux proces et autres semblables embrouillemens de conscience, il est besoin d'en ordonner les reparations avec une exquise prudence, de laquelle si le confesseur ne se trouve pas prouveu suffisamment, il doit doucement demander au penitent quelque loysir pour y penser ; puys, s'addresser aux plus doctes, comme sont les deputés des quartiers [133], lesquelz, si le cas le merite, prendront Nostre advis, ou de nostre Vicaire general. Mays sur toute chose, il faut prendre garde que ceux desquelz on prend le conseil ne puissent en façon quelconque connoistre ou deviner le penitent, si ce n'est par son congé tres expres ; encor ne le faut il faire avec son congé, si ce n'est par une grande necessité et qu'il en prie le confesseur hors et apres la confession.
CHAPITRE VII
Des cas reservés et de la confession de ceux qui sont en evident peril et article de mort
Or, les cas reservés a Sa Sainteté sont en asses grand nombre, mais neanmoins la pluspart sont telz qu'ilz n'adviennent presque point deça les monts ; et quant a ceux qui peuvent arriver, ilz ne sont pas de grand nombre. Il y en a cinq hors la.Bulle ln Caena Domini :[134]
1. Tuer ou frapper griefvement une personne ecclesiastique, par malice et volontairement. J'ay dit griefvement; parce que, quand le coup est leger et le mal de peu d'im portance, il peut estre absous par l'Evesque, sinon que le coup, quoy que leger de soy mesme, fust grandement scandaleux : comme par exemple, estant donné a un prestre faisant l'Office, ou en un lieu et compaignie de grand respect et considerable.
2. La simonie et confidence reelle.
3. Le peché du duel en ceux qui appellent provoquement et font le combat.
4. Les violateurs de la closture de monasteres des Religieuses enfermees, quand telle violation se fait a mauvaise fin.
5. La violation des immunités de l'Eglise, lequel cas cinquiesme estant difficile a discerner et n'arrivant gueres souvent, et tousjours par des actions publiques, ne se decide presque point en confession qu'il n'art esté decidé hors d'icelle par les Evesques ou leurs Vicayres.
Les cas de la Bulle Caena Domini qui peuvent arriver, sont aussi peu en nombre:
1. L'heresie, le schisme, avoir et lire les livres heretiques, la falsification des Bulles et Lettres Apostoliques.
2. La violation des libertés et privileges de l'Eglise, biens et personnes ecc1esiastiques, qui se fait volontairement ; l'usurpation des biens des ecc1esiastiques entant qu'ecclesiastiques.
Les cas que Nous nous sommes reservés sont peu en nombre :
1. Quant au premier commandement, Nous avons reservé la sorcellerie et les charmes ou nouëment d'esguillettes qui se font contre l'effect du mariage.
2. Quant au quatriesme, Nous avons reservé le parricide, qui se fait tuant ou battant pere, mere, beaupere, belle-mere.
3. Quant au cinquiesme commandement, Nous avons reservé le meurtre effectué volontairement.
4. Quant au sixiesme, Nous avons reservé la bestialité et sodomie, l'inceste au premier et second degré, et le sacrilege qui se commet avec les Nonains et Religieuses, violence et forcement de filles et de femmes..
5. Quant au septiesme commandement, Nous avons reservé le bruslement volontairement fait des maysons d'autruy, le pillement et larcin es choses sacrees.
Or, pour tous ces cas reservés, vous deves observer deux regles :
1. C'est de consoler les penitens qui les auront commis et ne point les desesperer, ains les renvoyer doucement a ceux ausquelz Nous avons donné le pouvoir, que Nous avons mis en grand nombre en tous les endroitz du diocese [135] ; car encores qu'ilz ne puissent pas absoudre des cas reservés au Pape, si est ce neanmoins qu'ilz leur donneront tousjours addresse pour obtenir l'absolution.
. 2. En cas d'extreme necessité et en l'article de. la mort, tous prestres, encores qu'ilz ne soyent point admis, de quelle sorte ou qualité qu'ilz soyent, peuvent et doivent absoudre de tous pechés generalement. Mesme celuy qui estant malade a demandé le confesseur, si apres cela il perd la parole et ne peut donner aucun signe, il doit estre absous sur le simple desir qu'il a eu de se confesser. Et de plus, on doit absoudre celuy lequel, bien qu'il n'aye pas demandé le prestre, le voyant neanmoins et l'escoutant, donne signe de vouloir l'absolution.
CHAPITRE VIII
Comment il faut imposer les penitences et des conseilz qu'on doit donner aux penitens
Le confesseur doit imposer la penitence avec des parolles douces et consolatoires, sur tout quand il voit le pecheur bien repentant, et luy doit tousjours demander s'il le fera pas volontier ; car en cas qu'il le vid en peyne, il feroit mieux de luy en donner une autre plus aysee, estant beaucoup meilleur, pour l'ordinaire, de traitter les penitens avec amour et benignité (sans toutesfois les flatter dans leurs pechés) que non pas de les traitter asprement. Et neanmoins, il ne faut pas oublier de faire connoistre au penitent que, selon la gravité de ses pechés, il meriteroit une plus forte penitence, affin qu'il face ce qu'on luy enjoint plus humblement et devotement.
Les penitences ne doivent point estre embrouillees et meslangees de diverses sortes de prieres et oraysons : comme par exemple, de dire trois Pater, une hymne, les oraysons des Collectes, d'antiennes, de Psaumes ; ni ne doit pas estre donnee en varieté d'actions : comme par exemple, de donner troys jours l'aumosne, de jeusner troys vendredis, de faire dire une Messe, de se discipliner cinq foys. Car il arrive deux inconveniens de cest amas d'actions ou d'oraysons : l'un, que le penitent s'en oublie, et plus, demeure en scrupule ; l'autre, c'est qu'il pense plus a ce qu'il a a dire ou a faire que non pas a ce qu'il dit ou qu'il fait, et ce pendant qu'il va cherchant en sa memoire ce qu'il doit faire, ou dedans ses Heures ce qu'il doit dire, la devotion se refroidit. Il est donques mieux d'enjoindre des prieres tout d'une mesme sorte, comme tout des Pater, ou tout des Psaumes qui soyent de suitte et qu'il ne faille pas aller chercher ça et la les uns apres les autres. Et mesme il sera bon de donner quelques unes de ces choses en penitence : comme, de lire un tel ou tel livre qu'on juge propre pour ayder le penitent, de se confesser tous les moys un an durant, de se mettre d'une Confrerie, et semblables actions lesquelles ne servent pas seulement de punition pour les pechés passés, mais de preservatif contre les pechés futurs.
Et pour le regard des conseilz que le confesseur doit donner au penitent en general, voyci les plus utiles a toutes sortes de personnes : se confesser et communier tres souvent et de choysir un bon confesseur ordinaire ; hanter .les sermons et predications; avoir et lire des bons livres de devotion, comme entre autres ceux de Grenade [136] ; fuir les mauvaises compaignies et suivre les bonnes ; prier Dieu bien souvent; faire l'examen de conscience le soir ; penser a la mort, au jugement, au Paradis, a l'enfer; avoir et bayser souvent de saintes images, comme de Crucifix et autres.
.
CHAPITRE IX
Comme il faut donner l'Absolution.
Cela fait, avant que de donner la sainte absolution, vous demanderes au penitent s'il ne requiert pas humblement que ses pechés luy soyent remis, s'il n'attend pas ceste grace du merite de la Mort et Passion de Nostre Seigneur, s'il n'a pas volonté de vivre desormais en la crainte et obeissance de Dieu.
Apres cela, vous luy pouves faire sçavoir que la.sentence de son absolution que vous prononceres en terre, sera advoüee et ratifiee au Ciel ; que les Anges et les Saintz de Paradis se resjouiront de le voir revenu en la grace de Dieu; et que partant il vive desormais en sorte qu'a l'heure de la mort il puisse jouir du fruict de ceste confession, et puisqu'il a lavé sa conscience au sang de l'Aigneau immaculé (Ap 7,14), JESUS CHRIST, il prenne garde de ne la plus souiller.
Telles ou semblables parolles de consolation estans dittes, vous osteres le bonnet pour dire les prieres qui precedent l'absolution. Et ayant proferé ces parolles : Dominus noster Jesus Christus, vous vous couvrires et estendres la main droitte vers la teste du penitent, poursuivant l'absolution ainsy qu'elle est mise au Rituel [137].
. Il est vray. comme le dit le docteur Emmanuel Sa (Aphorismi Confessariorum ex docto rum sententiis collecti), " es confessions de ceux qui se confessent souvent " on peut retrancher toutes les prieres qu'on fait devant et apres l'absolution, " disant simplement : Ego te absolvo ab omnibus peccatis tuis. ln nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. " On en doit dire de même, quand il y a multitude de penitens et que le tems est court, car on peut prudemment abbreger l'absolution, ne disant sinon : Dominus noster Jesus Christus te absolvat, et ego authoritate ipsius absolvo te ab omnibus peccatis tuis, in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Comme aussi quand il y a presse de penitens qui se confessent souvent, on peut les advertir qu'ilz dient le Confiteor a part eux, avant que de se presenter au confesseur, affin qu'immediatement estans arrivés devant luy et fait le signe de la Croix, ilz commencent a s'accuser ; car ainsy il ne se fait nulle obmission et l'on gaigne beaucoup de tems.
Le Pere Valere Reginald, de la Compaignie de Jesus, lecteur en Theologie a Dole, a nouvellement mis en lumiere un livre de la Prudence des Confesseurs, qui sera grandement utile a ceux qui le liront [138].
Voyla, mes chers Freres, 25 articles que j'ay jugés dignes de vous estre proposés, pendant que, distrait a plusieurs autres occupations, je n'ay sceu ni les mieux ageancer, ni mettre en escrit le reste [139]. Recommandes tous jours mon ame a la misericorde de Dieu, comme, de mon costé, je vous desire sa sainte benediction.
V
FRAGMENT DE CONSEILS AUX CONFESSEURS
[1603 ou 1604 [140] ?]
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Prenes garde sur tout de ne. pas user de parolles trop rudes a l'endroit des penitens ; car nous sommes quelquesfois si austeres en nos corrections que nous nous monstrons en effect plus blasmables que ceux que nous reprenons ne sont coulpables. Dieu ne veut pas cela ; il se plaint que nos humeurs trop severes rendent ses autelz desertz et ses sacrifices sans victimes : Parce que vous commandes, dit nostre Seigneur parlant a nous autres prestres, dans un pouvoir si absolu, mes pauvres brebis s'en sont fuyes de crainte (Ez 34,4). . .
Jesus Christ nostre Maistre n'eust jamais destiné les hommes pour estre confesseurs s'ilz n'eussent esté pecheurs. Or, les confesseurs estans eux mesmes pecheurs, ilz sont obligés d'estre humbles, debonnaires, et de se ravaler avec les pauvres penitens par une douce condescendance. Cependant, c'est ce que la pluspart des peres spirituelz ne sçavent point faire, et je m'en estonne, car la pierre de touche d'un parfait confesseur c'est qu'il soit pitoyable au vice d'autruy et implacable au sien propre. La veritable pieté, dit saint Hierosme [141], a tousjours de la compassion, et la fause n'a que de la barbarie.
En la Loy de grace il n'y a que douceur. La cholere de Nostre Seigneur est semblable aux pluyes de l'esté qui ne font que toucher la terre. Le Filz de Dieu est une paste de misericorde, et expres il s'est fait homme pour se joindre a une humeur misericordieuse ; pour cela, sa divine ame s'est unie a son humanité pour endurer, et elle a esté attachee a son cors affin de compatir avec douceur a ses creatures et se faire semblable a ses freres (He 4,15 ; 2,17 ). Je n'entens pas cette compassion qui pose un oreiller au vice et un carreau (Ez 13,18) pour mettre le peché a son ayse ; non, j'entens seulement que nous nous accommodions a la portee de chascun, donnant quelque chose, non pas a la malice, mais a l'infirmité. Les espritz ne veulent pas estre rudoyés, mais ramenés doucement ; tel est le naturel de l'homme. Il faut une dexterité toute sainte pour cette conduitte ; la conscience doit estre nostre guide en ces rencontres.
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ORDONNANCES SYNODALES
5 mai 1604
(Pour les Ordonnances faites aux Synodes de 1604,1606-1612, 1614-1616, nous n'avons que les sommaires insérés par le greffier épiscopal dans les Registres de l'ancien Evêché de Genève. On y trouve la pensée de saint François de Sales et les mesures prises par lui pour le bon gouvernement de son diocèsee, mais exprimées dans un style qui, souvent, n'est pas de lui ; pour cette raison, nous croyons devoir renvoyer ces documents à l'Appendice 1)
VI
AVIS AUX CONFESSEURS ET DIRECTEURS
POUR DISCERNER LES OPERATIONS DE L'ESPRIT DE DIEU
ET CELLES DU MALIN ESPRIT DANS LES AMES
[Après 1604 [142]]
Mes Freres, si Dieu vous a destinés a la conduitte des ames, vous deves continuellement luy demander ses lumieres pour bien connoistre les veritables operations de son Esprit. Si donques vous aves la direction de quelques personnes favorisees de ses dons extraordinaires et relevés, prenes garde :
Premierement, si elles se portent plus au sens le moïns receu de l'Escriture qu'a celuy qui, pour estre le plus commun, est le moins dangereux, parce que l'Escriture Sainte est la regle des conduittes de Dieu sur les ames.
2. C'est encor l'effect de l'Esprit de Dieu, de jetter une grande crainte avec une extreme confiance en ceux qu'il cherit : l'une vient de la connoissance de nostx:e infirmité, et l'autre descoule du saint amour. Le diable, au contraire, porte a des hautes pensees et a des sentimens bien relevés de vertu et d'une bonne vie, persuadant de se reposer en sa propre suffisance et en ses bonnes œuvres.
3. Mays la pierre de touche pour esprouver le bon d'avec le mauvais esprit et faire la diffèrence de celuy qui commence d'avec l'autre qui est bien avancé, c'est d'estre prompt a souffrir : car le mauvais devient. pire par les afflictions, et murmure contre la providence de Dieu ; celuy qui commence se fasche d'endurer, et puys il a regret de s'estre laissé saisir a l'impatience. Celuy qui avance traisne d'abord un peu sa croix ; toutesfois, quand il regarde son Sauveur et son Maistre portant la sienne au Calvaire, il la releve, il prend courage, il se resout a la patience et a benir Dieu. Le parfait, qui est un oyseau plus rare en ce siecle que le phœnix en l'Arabie, non seulement attend les affrontz, les persecutions et les calomnies, mais mesme va au devant sans temerité, et y court comme au festin des noces (Mt 22, ; Ap 19,9), jugeant encor qu'il est indigne d'avoir des livrees qui le font prendre pour un serviteur de la mayson de Dieu.
4. C'est encor une marque de l'Esprit de Dieu, d'estre doux et misericordieux a son prochain, lhors mesme qu'il est plus proche de tomber sous la rigueur de sa justice, de peur de l'ensevelir sous ses ruynes. C'est aussi le signe d'un esprit trompé du diable en ses devotions ou en sa conduitte, lhors que, sous certain zele, il fait l'exact juge de tout, et veut tout chastier, sans user de pitié et sans aucune clemence.
5. Ne pas quitter l'exercice des vertus pour les difficultés qui s'y rencontrent, est encor le signe d'une ame dont le sacrifice est aggreable a Dieu ; parce que cette Bonté infinie ne presente point d'espees flamboyantes pour empescher l'entree de son Paradis (Gn 3,fin) a ceux qui le cherchent purement, et bien qu'il permette que ses esleuz soyent dans les rigueurs, dans les souffrances et dans les croix, il les remplit de tant de grace, de force et de douceur, qu'ils s'estiment tres heureux et advantagés de patir pour l'amour de luy. Le diable, au contraire, leur fait voir une vengeance effroyable en Dieu, pour punir leurs moindres defautz ; il leur represente une cholere et une rigueur extreme en Celuy qui ne peut entendre crier la moindre de ses creatures sans luy donner du secours (Is 30,19), et qui se rend a la premiere larme qui sort d'un cœur veritablement contrit (Ps 1,19 ; 55,9 ; Is 38,5). Mais prenes garde a la ruse de nostre ennemy : avant que de les avoir portés
.au peché, il leur represente Dieu sans mains et sans foudre; et quand il les a renversés par terre, il le fait venir en leur imagination environné d'esclairs et de flammes, et tout couvert de feu pour les reduire en cendre.
6. .Examines encor si ces personnes se perdent en leur propre estime en relevant leurs graces et leurs propres dons, et lesquelz au contraire traittent avec mespris ou tiennent pour suspectes les faveurs que Dieu depart aux.autres; car la marque la plus asseuree de la sainteté c'est quand elle est fondee sur une vraie et profonde humilité et une ardente charité. Les operations surnaturelles, dit saint Bernard [143], se peuvent aussi bien faire par les personnes hypocrites que par les Saintz ; les humbles de cœur en font reconnoistre la solidité et la verité.
7. Et pour ce qui regarde les personnes trompees, Dieu mesme, si vous les en croyes, leur sert de garant et de couverture. Mays observes leurs parolles spirituelles, et en matiere de ces expressions extraordinaires, soyes bien sur vos gardes. Par exemple, quand elles disent : Je suis asseuree de ce que Dieu veut de moy ; il vous advertit par ma bouche de ce qui est necessaire a vostre salut et a vostre conduitte, faites cela par mon advis, j'en respons devant Dieu ; et semblables paroles qui marquent un grand esclarcissement des choses interieures et une conversation dans les. Cieux : (Ph 3,10) juges avec discretion si leurs actions sont conformes a ces hautes lumieres.
8. Voyes aussi si le rapport que l'on fait a ces personnes de l'infirmité d'autruy leur donne plus de mouvement d'indignation et d'horreur que de compassion et de pitié de leur misere ; parce que c'est un faux zele de s'escrier contre le vice de son frere, d'en descouvrir les defautz sans necessité et contre la charité: Telles personnes, d'ordinaire, pensent faire admirer leur vertu en publiant les fautes du prochain.
9. De plus, examines si, lhors qu'on parle de Dieu, ces personnes s'esgarent en des termes affectés, voulant faire voir que leur feu ne peut demeu:rer sous la cendre et que, par ceste estincelle, on pourra descouvrir les brasiers qui sont en leur interieur.
10. Si vous voules probablement juger si ces ames ont de vrays. sentimens de Dieu et si les graces qu'elles disent recevoir de sa Bonté sont veritables, voyes si elles ne sont point attachees a leur propre jugement et a leur propre volonté, et a ces mesmes faveurs ; mais au contraire, si elles leur donnent du soupçon et les laissent irresolues jusques a tant que, par l'advis de leurs directeurs et de plusieurs personnes pieuses, doctes et experimentees, elles soyent confinnees en la creance de ce qu'elles doivent estimer de tout cela : car le Saint Esprit cherit sur toutes choses les ames humbles et obeyssantes ; il se plaist merveilleusement a la condescendance et a la sousmission, comme estant Prince de paix et de concorde (Is 9,6 ; 1 Co 14,33). Au contraire, l'esprit de superbe donne de l'asseurance, et rend ceux qu'il veut tromper fiers, opiniastres et fort resoluz, et leur fait tellement armer leur mal, qu'ilz ne craignent rien a l'esgal de leur guerison, leur persuadant que ceux qui leur parlent portent plus d'envie a leur bonheur que d'affection a leur salut. Tel est le genie des novateurs.
11. En fin, pour conclure tout ce discours, voyes si ces personnes sont simples et veritables en leurs parolles et en leurs actions ; si elles ne recherchent point de produire leurs graces sans qu'il soit necessaire ; si elles desirent ce qui eclate a l'exterieur.
12. C'est, tout au contraire, un effect de l'heureuse conduitte du Pere des lumieres (Jc 1,10)d'inspirer par des sentimens interieurs, se couler doucement dans l'ame et y descendre comme la pluye sur la toison (Ps 71,6).Saint Jean Chrisostome (Homel. 1 in Mt) dit qu'a la verité Dieu fit entendre aux Hebreux ses commandemens avec de grans effroys et plusieurs bruitz de tonnerres (Ex 19,16), mays il le failloit pour espouvanter des gens qui ne se fussent pas rendus a composition que par crainte ; et que, d'autre part, nostre Seigneur vint doucement a ses Apostres, qui estoyent plus dociles et moins ignorans des misteres divins. Il est vray qu'il y eut quelque son et un petit bruit (Ac 2,2) ; mars Dieu le permit a cause des Juifz, et pour des raysons marquees en l'Escriture Sainte (Ac 2,13).
VII
EXHORTATION AUX ECCLÉSIASTIQUES
POUR QU'ILS S'APPLIQUENT A L'ÉTUDE
[1603-1605 [144] ?]
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Ceux d'entre vous qui s'employent a des occupations qui leur empeschent l'estude font comme ceux qui veulent manger des viandes legeres, contre le naturel de leur estomach grossier, et de la vient qu'i1 defaille peu à peu. Je vous puis dire avec verité qu'il n'y a pas grande difference entre l'ignorance et la malice; quoy que l'ignorance soit plus a craindre, si vous consideres qu'elle n'offence pas seulement soy mesme, mais passe jusques au mespris de l'estat ecclesiastique.
Pour cela, mes tres chers Freres, je vous conjure de vaquer serieusement a l'estude, car la science, a un prestre, c'est le huitiesme Sacrement de la hierarchie de l'Eglise, et son plus grand malheur est arrivé de ce que l'Arche s'est trouvee en d'autres mains que celles des Levites (1 R 4,3). C'est par la que nostre miserable Geneve nous a surpris, lhors que, s'appercevant de nostre oysiveté, que nous n'estions pas sur nos gardes et que nous nous contentions de dire simplement nostre Breviaire, sans penser de nous rendre plus sçavans, ilz tromperent la simplicité de nos peres et de ceux qui nous ont precedés, leur faisant croire que jusqu'alhors on n'avoit rien entendu a l'Escriture Sainte : ainsy, tandis que nous dormions, l' homme ennemy sema l'ivraye dans le champ de l'Eglise (Mt 13,25), et fit glisser l'erreur qui nous a divisés et mis le feu par toute ceste contree ; feu duquel vous et nioy eussions esté consumés avec beaucoup d'autres, si la bonté de nostre Dieu n'eust misericordieusement suscité ces puissans espritz, je veux dire les Reverens Peres Jesuites, qui s'opposerent aux heretiques et nous font en nostre siecle glorieusement chanter : (Lm.3,22) Misericordiœ Domini quia non sumus consumpti (C'est grâce aux miséricordes du Seigneur que nous n'avons pas été consumés.).Ces grans hommes, en la seule vertu de Celuy duquel ilz portent le nom, commencerent fortement a diviser ce parti, a l'heure mesme que Calvin pensa separer la realité dedans le Testament que Dieu nous a laissé. Pour cela, pressés des heretiques, mays plus sensiblement oppressés de ceux qui ne sont nos freres qu'en apparence, ilz souffrirent et souffrent encor des persecutions qui sont toutes venues de Geneve ; mays leur courage infatigable, leur zele sans apprehension, leur charité, leur profonde doctrine et l'exemple de leur sainte et religieuse vie, les a, par revelation de leur saint Fondateur, asseurés que ces violences dureroyent un siecle, apres lequel ilz seroyent triomphans de l'erreur et des heretiques [145]. Aussi voyons nous desja qu'on cesse d'oppresser leur innocence a mesure que deschet la secte des calvinistes ; ainsy se va diminuant la hayne populaire que les heresiarques avoyent jetté dans l'esprit du .vulgaire contre eux. Ce sont des austruches qui digerent le fer des calomnies en la mesme façon qu'ilz devorent les livres par leurs continuelles estudes ; qui ont, en supportant une infinité d'injures et d'outrages, estably et affermy nostre creance et tous les sacrés misteres de nostre foy ; et encor aujourd'huy, par leurs grandissimes travaux, remplissent le monde d'hommes doctes qui destruisent l'heresie de toutes partz.
Et puysque la divine Providence, sans avoir esgard a mon incapacité, m'a ordonné vostre Evesque, je vous exhorte a estudier tout de bon,. affin qu'estans doctes et de bonne vie, vous soyes irreprochables, et prestz a respondre a tous ceux qui vous interrogeront des choses de la foy.
VIII
CONSTITUTIONS SYNODALES
20 avril 1605 [146]
La negligence que la pluspart des ecclesiastiques sousmis a Nostre charge a monstré a l'observation de nos premieres Ordonnances [147], et la necessité que Nous avons conneu estre au commencement de Nostre Visite generale [148], affin d'obvier aux contentions et disputes qui pourroyent arriver entre les curés et les parroissiens, Nous ont poussé a faire ces Constitutions.
Premierement, Nous avons ordonné .que les Constitutions par Nous faittes au Sinode du second octobre l'an mil six cens et trois seront derechef publiees, mesme en ce qui est des tavernes et cabaretz, sous quelque pretexte que ce soit, pour estre observees avec les presentes.
Que tous possedans des benefices ayant charge d'ames, ayent a resider en personne dans six semaines, a peyne d'excommunication, s'ilz ne sont deüement dispensés ; dequoy ilz seront tenus de faire apparoir par devant Nous ou par devant nostre Vicayre general [149] dans le mesme tems. Et affin que les possesseurs de ces benefices ne pretendent cause d'ignorance, il est enjoint a leurs vicayres de les en advertir et leur notifier la presente Ordonnance, de bouche ou par escrit, et de rapporter dans le moys a nostre Vicayre general un acte par lequel il apparoisse de leur diligence ; a peyne, contre chaque defaillant, de cinquante livres.
[150] Il est inhibé a tous ecc1esiastiques de n'exorcizer par cy apres, sinon qu'ilz soyent de nouveau admis par Nous ou par nostre Vicayre, et l'admission sera donnee par escrit a ceux qui seront treuvés capables d'exercer telle charge ; ausquelz Nous defendons, a peyne d'excommunication, d'exorcizer sinon dans les eglises. et de tenir les possedés dans leurs maysons, sur tout les femmes. et filles, et de faire des voyages et pelerinages avec elles; a peyne de vingt cinq livres, et autre arbitraire.
Il ne sera loysible a aucuns Religieux, de quel Ordre qu'ilz soyent. de prescher riere Nostre diocese s'ilz n'ont la permission par escrit, de Nous ou de nostre Vicayre ; laquelle ilz seront tenus demonstrer aux curés des lieux ou ilz voudront prescher, et de .les en advertir avant qu'ilz commencent leurs Grandes Messes, affin qu'ilz ayent loysir d'en advertir les parroissiens pour y assister.
Tous les parroissiens seront tenus de se confesser a Pasques vers leurs curés, ou autres qui auront pouvoir d'ouyr les confessions ; et pour la sainte Communion, seront tenus de la prendre en leur parroisse [151], de la main de leurs curés ou autres par eux deputés. Que s'il s'en treuvoit quelques uns qui ne voulussent pas se communier de la main de leurs curés, ilz seront tenus de les en advertir et de leur demander licence d'aller ailleurs, laquelle [152]leur sera donnee par le curé sans s'informer autrement de l'occasion ; et les mesmes parroissiens rapporteront attestation. dans huit jours apres Pasques, du prestre qui les aura communiés, a peyne d'estre tenus pour heretiques .
Pour ce qui est de ceux qui frequentent parmi les terres des heretiques, voysins de Nostre diocese, ou bien qui sont contraintz d'y demeurer pour gaigner leur vie, Nous avons donné pouvoir a tous curés et autres qui ont permission de confesser, de les ouyr en confession, et absoudre de n'avoir pas celebré les [153] festes commandees par nostre Mere la sainte Eglise, de n'avoir pas jeusné les jours de Veille, de Quatre Tems et de Caresme; comme aussi d'avoir mangé de chair ces mesmes jours, excepté les vendredis et samedis ; et pareillement, d'avoir esté aux presches des ministres (huguenotz), pourvu qu'ilz n'ayent pas pris la Cene.
Pour eviter plusieurs differens et disputes qui arrivent entre les curés et les parroissiens de Nostre diocese a l'occasion du linceul qui se met sur les deffunctz les portans en terre, Nous avons ordonné qu'il sera au choix des heritiers du deffunct, ou autres qui auront charge des funerailles, de laisser ce linceul au sieur curé, ou de le reprendre en luy payant six florins; et pour le couvrechef ou toilette qui se met sur les petitz enfans, deux florins.
Sur les plaintes qui Nous ont esté faittes que plusieurs curés retiennent le luminaire que l'on porte aux funerailles et obseques le jour de l'enterrement, sans en vouloir fournir pour les Messes qui se disent le lendemain, mays en demandent d'autre, Nous avons ordonné que les curés seront tenus de representer le luminaire le lendemain et pendant les troys jours que l'on a accoustumé de faire prier pour les deffunctz, si tant est que ce luminaire puisse suffire ; passé lesquelz troys jours, ce qui restera appartiendra aux curés. Et advenant que l'on ne face pas dire les Messes le lendemain, ilz ne seront nullement tenus de representer !e luminaire.
Parce qu'en plusieurs eglises de Nostre diocese les curés sont priés de fournir le luminaire des sepultures et, quand il vient au payement, sont contrainctz bien souvent d'en tomber en proces avec leurs parroissiens : desirant d'y obvier, Nous avons ordonné que les curés fournissans le luminaire le peseront en presence de ceux qui le leur feront fournir, avant que de le donner, comme aussi quand ilz le reprendront ; et leur sera payé de la cire qui se treuvera usee a rayson de cinq florins pour livre du poids d'Annessi, et a mesme prix leur sera payé le luminaire qu'on leur fera fournir tout le long de l'annee.
[154] Ayant reconneu qu'il y a plusieurs chappelles de peu de revenu et chargees par la fondation de grand service, auquel les recteurs ne peuvent pas satisfaire, Nous avons ordonné que le recteur d'une chappelle qui n'aura, pour exemple, que dix florins de revenu, ne sera obligé de dire que vingt Messes par an, a rayson de six solz pour Messe, et ainsy des autres ; n'entendant pas, toutesfois, d"obliger ceux qui possedent des chappelles de bon revenu a plus de service qu'elles ne se treuvent chargees par leur fondation.
Nous commandons a tous ecc1esiastiques demeurans riere Nostre diocese de faire par cy apres celebrer la feste de saint Pierre aux Liens avec son octave, comme estant le Patron de Nostre Eglise cathedrale ; comme aussi le jour de la Dedicace d'icelle, qui est le huitiesme d'octobre.
Nous estant venu a notice que plusieurs curés et autres, possedans des benefices riere Nostre diocese intentent des proces contre leurs parroissiens, quelquefois plustost par animosité que pour zele qu'ilz ayent de maintenir les biens de leurs eglises et benefices, et lesquelz il seroit facile d'appointer au commencement : Nous avons defendu a tous curés et autres beneficiers d'intenter par cy apres des proces avec leurs parroissiens qu'au prealable ilz n'en ayent conferé avec leur Surveillant [155], lequel ayant entendu les parties, taschera de les mettre d'accord ; que s'il voit le tort estre du costé des parroissiens et qu'ilz ne veuillent pas se mettre a la rayson, il sera permis aux curés de poursuivre leur droict par justice.
Sur la remonstrance qui Nous a esté faitte par nostre Procureur fiscal [156] que, bien que toutes alienations des biens d'Eglise soyent defendues de droict, sinon qu'elles soyent evidemment au prouffit et utilité d'icelle (auquel cas faut il avoir encor la permission des Superieurs), plusieurs beneficiers, tant curés, recteurs des chappelles qu'autres, sans Nostre sceu et consentement ou de nostre Vicayre general, vendent, eschangent et alienent les fons de leurs benefices, ce qui donne occasion a beaucoup de procez, ausquelz desirant obvier : Nous avons declairé nulz tous les contractz d'alienation et eschange. des ecclesiastiques, faitz et qui se feront par cy apres sans Nostre sceu ou de nostre Vicayre, enjoignant aux possesseurs des benefices de remettre dans six moys ce qui se treuvera aliené de la façon, a peyne de cinquante livres ; avec inhibition a tous beneficiers de n'aliener les biens dependans de leurs benefices sans Nostre permission, a peyne de cent livres ; commandant aux Surveillans d'y tenir la main, chacun riere sa surveillance, et d'advertir nostre Procureur fiscal de ceux qui contreviendront, pour y estre par apres pourveu ainsy que de rayson.
ORDONNANCES SYNODALES
12 avril 1606
(Voir à l'Appendice I la Pièce B, et ci-dessus, la note 141)
IX
COMPTE-RENDU DE L'ETAT DU DIOCÈSE DE GENÈVE
ENVOYÉ A SA SAINTETÉ PAUL V
Novembre 1606 [157]
(MINUTE- EN LATIN)
ETAT DE L'ÉGLISE DE GENÈVE
Il y a soixante-et-onze ans que l'Evêque de Genève, en même temps que son clergé. fut chassé de sa ville épiscopale par les hérétiques [158], et se vit indignement dépouillé de tous ses biens meubles et de la majeure partie de ses biens immeubles. C'est pourquoi il a aujourd'hui comme résidence Annecy, dans le duché de Genevois, [en attendant que vienne pour lui le jour du retour.]
Les revenus de la mense épiscopale sont très restreints: à peine arrivent-ils à la somme de mille écus d'or [159] ; [en sorte que, après avoir défalqué les honoraires des officiers de l'évêché, il ne reste pas de quoi entretenir décemment l'Evêque et sa famille domestique. Mais celui qui n'a pas appris à être dans l'abondance, doit apprendre à supporter la pauvreté.] (Ph fin, 12).
L'Evêque actuel de Genève, FRANÇOIS DE SALES, est le sixième des évêques qui ont eu leur résidence hors de la ville de Genève. Il est natif du diocèse même, et a été choisi dans le Chapitre cathédral, dont il fut le Prévôt pendant dix ans [160]. Il pratique la résidence, et se trouve dans la quatrième année de son élection et de son sacre [161]. [Ayant été empêché, pendant les deux premières années, par suite des guerres et des mauvais temps [162], de visiter son diocèse, il a, ces deux dernières années, visité personnellement deux cent soixante églises paroissiales, distribué lui-même au peuple partout, du mieux que ses faibles moyens le lui ont permis, le pain de la parole de Dieu, et administré le Sacrement de la Confirmation à d'innombrables fidèles.] Il compte l'an prochain visiter le reste du diocèse [163].
Il a eu pour prédécesseur Claude de Granier, Prélat digne d'une mémoire éternelle (Eccli.45,1), qui chaque année, selon les décrets ecclésiastiques, réunissait le Synode; qui, d'après la prescription du Concile de Trente (De Reform. Sess.24,ch 18), élevait aux charges curiates ceux qu'un examen avait désignés comme les plus dignes; qui presque à chaque Quatre Temps faisait les Ordinations, et qui avait soin de faire réciter l'Office selon l'usage romain [164]. Son successeur, bien qu'indigne, tâche de suivre le plus possible ses traces.
Dans l'Eglise de Genève, qui a pour Patron Saint-Pierre-auxLiens, il y a trente chanoines, y compris le Prévôt, dignité majeure, le Chantre et le Sacristain ; trois charges qui ont toujours existé. Chacun des chanoines reçoit une prébende qui est absolument égale pour tous, en sorte que le Prévôt ne touche rien de plus que les autres. Il y a aussi six enfants de chœur avec leur maitre, huit mansionnaires qui s'occupent du chant et de la musique, et quatre autres qui ont pour fonction de porter la croix, de sonner les cloches, de diriger les cérémonies et de veiller aux ornements sacrés.
Or, déduction faite des charges et dépenses nécessaires, la part qui revient à chaque chanoine n'arrive pas à quarante écus d'or par an (L9, note 326) ; c'est là une prébende tout à fait insuffisante à entretenir le moindre individu. Il est cependant remarquable de voir avec quelle perfection et dévotion, malgré une si grande pauvreté, les Offices divins sont célébrés par cette Eglise [laquelle, loin de suspendre ses instruments aux saules et de se taire à cause de son exil, chante sur la terre étrangère le cantique de Sion et le cantique du Seigneur (Ps 136,2).Elle fait ses Offices dans l'église des Frères Mineurs de l'Observance à Annecy (L6, note 210 ; Op1, notes 229,281). Tous les chanoines sont ou nobles de père et de mère, ou docteurs, d'après leur Statut confirmé par le Saint-Siège (Op1, notes 274,332) ; parmi eux il s'en trouve actuellement dix qui sont de bons prédicateurs de la parole de Dieu.
Dans le Diocèse de Genève il y a quatre églises collégiales : celle d'Annecy, avec douze chanoines et autant de bénéficiers [165] ; celle de Sallanches, avec treize chanoines et quatre bénéficiers (L7, note 852 ; L2, note 227) ; celle de La Roche, avec quinze chanoines (L3, note 171); celle de Samoens avec dix chanoines [166], Dans ces quatre Collégiales l'Office divin se célèbre chaque jour avec chant ; mais toutes ont également de fort petits revenus.
Il y a aussi six abbayes d'hommes : Aulps, Hautecombe, Chézery, de l'Ordre de Citeaux ; Abondance et Sixt, des Chanoines réguliers de Saint-Augustin, et Entremont, des Chanoines de Saint-Ruf [167]. Elles sont toutes possédées par des Commendataires.
Il existe aussi cinq prieurés conventuels : le Saint-Sepulcre d'Annecy, Notre-Dame de Peillonnex, tous deux des Chanoines réguliers ; Talloires, de l'Ordre de Savigny ; Contamine et Bellevaux, de l'Ordre de Cluny [168]. [Le dernier seul est possédé en titre.]
Il y a quatre monastères de Chartreux [169].
Item, trente-cinq prieurés ruraux de divers Ordres, dont douze se trouvent unis à diverses églises, soit du diocèse, soit d'ailleurs. Parmi les autres, onze sont possédés en titre, douze en commende.
Les églises paroissiales sont au nombre de quatre cent cinquante, dans chacune desquelles les Sacrements sont administrés et le peuple est instruit des points de la religion catholique par un enseignement à sa portée. .
Il y a quatre couvents de mendiants : à Seyssel, de Saint Augustin ; à Annecy, de Frères Prêcheurs; encore à Annecy et à Cluses, de Frères Mineurs de l'Observance [170]. [Depuis dix ans, un cinquième, de Frères Capucins, est venu s'ajouter à Annecy [171].]
Il y a deux monastères de femmes cloîtrées de Sainte-Claire : l'un à Annecy, l'autre à Evian (L3, note 101 ; L1, note 264).
De même deux monastères ou abbayes de femmes : Sainte- Catherine près d'Annecy, et Bonlieu (L3, note 151 ; L5, note 544), de l'Ordre de Citeaux.
Un aussi de Chartreusines,.(L3, note 60) à Mélan
Enfin, il y a ici à Annecy une Congrégation de femmes gardant la clôture, sous le vocable de la Visitation Sainte-Marie, qui demande actuellement à être admise par le Saint-Siège au titre d'Ordre religieux [proprement dit ], sous la Règle de saint Augustin.(L8, note 721 et lettres 1386,1409,1415)..
Toute la population des paroisses ci-dessus est vraiment catholiqueet professe la piété antique, bien que pendant vingt ans l'hérésie de Calvin ait régné dans soixante-dix paroisses; car, grâce àl'autorité du Sérénissime Duc et aux prédications de nombreux ouvriers apostoliques, soit séculiers soit réguliers appartenant à divers Ordres, spécialement Capucins et Jésuites, les hérétiques sont revenus au Pasteur de leurs âmes, (1 P 2,10).en sorte que, après avoir été alors ténèbres, ils sont maintenant lumière dans le Seigneur (Ep 5,8). [172]
Il existe quinze écoles de garçons, où sont enseignées la grammaire, les humanités et surtout la Doctrine chrétienne en forme de Catéchisme [173]. Dans dix bourgs la parole de Dieu est prêchée chaque jour pendant tout le temps du Carême.
INCONVÉNIENTS ET MAUX DE L'ÉGLISE DE GENÈVE
AUXQUELS LE SAINT-SIÉGE APOSTOLIQUE PEUT APPORTER REMÈDE
Il n'y a point de diocèse dans le monde chrétien qui ait plus besoin d'un Séminaire de clercs que celui de Genève. Cependant, jusqu'ici c'est en vain qu'on a travaillé à son érection. La mense épiscopale, en effet, est trop faible pour qu'on puisse rien en retrancher ; la mense capitulaire est très pauvre et ne suffit pas à nourrir les chanoines, comme d'ailleurs les autres églises collégiales. Quant aux abbayes ou prieurés, bien que riches, on ne peut rien en toucher du tout, parce que ceux qui les tiennent les tiennent bien, et que le plus souvent ces bénéfices sont rendus exsangues par suite des diverses pensions qui leur sont imposées. Si cependant le Siège Apostolique, dans sa suprême autorité, destinait à l'érection du Séminaire quelques prieurés ruraux aussitôt qu'ils viendront à vaquer, sans aucun doute l'affaire réussirait fort bien. Pourtant il faut absolu ment qu'elle se fasse, soit de cette façon, soit par une contribution générale du clergé [174].
Dans la seule Eglise cathédrale le maître de théologie possède une prébende théologale [175], et le Pénitencier une autre, pour s'employer à recevoir les confessions. Mais ces deux chanoines, ne pouvant être sustentés sur leurs prébendes, qui ne montent pas à quarante écus par an, ne peuvent remplir convenablement leurs fonctions. On pourrait remédier à cet inconvénient, si le Siège Apostolique unissait aux prébendes de théologal et de pénitencier deux prébendes laïques à prendre sur les Monastères voisins [176].
Il est surprenant de voir à quel point la discipline régulière est partout ruinée dans les abbayes et prieurés de ce diocèse (j'excepte les Chartreux et les Mendiants [177]). Chez tous les autres l'argent s'est changé en scorie et le vin a été mêlé d'eau (Is 1,22), bien plus, s'est transformé en venin. Aussi font-ils blasphémer les ennemis de Dieu (2 R 12,14), qui disent chaque jour :. Où est donc le Dieu de ces gens (Ps 41,11) ?
On peut remédier à ce mal, soit en envoyant des sujets meilleurs pris dans d'autres Ordres, soit en faisant des visites annuelles et en employant des moyens de coercition, soit enfin en remplaçant les Religieux par des chanoines séculiers [178]. Le premier remède est très facile ; le troisième est très utile et, vu les besoins de cette province, serait excellent pour procurer la plus grande gloire de Dieu ; le seçond est très difficile et très incertain, car ce qui s'obtient par la force est presque comme n'existant pas [179].
De certaines Religieuses à réformer, et d'autres à. aider
Les portes des monastères des Sœurs Cisterciennes sont ouvertes à tous [180], aux moniales pour sortir et aux hommes pour entrer [181].
D'un autre côté, soit les Cisterciennes, soit les Clarisses manquent du secours que le Concile de Trente (De Regular.25,10), non sans y être poussé par l'Esprit-Saint, veut leur voir accordé : à savoir, qu'au moins trois fois par an leur soit donné un confesseur extraordinaire. Elles se trouvent, en effet, obligées de se confesser toujours à un seul et même confesseur, et il ne leur est jamais loisible de demander le ministère d'un autre : avec quel danger pour les âmes, je l'ignore, Dieu le sait (2 Co 12,2).
De même, elles ne présentent jamais les postulantes à l'Evêque ou à son Vicaire, pour que soit examiné leur désir d'embrasser les vœux de Religion [182].
Le diocèse de Genève est situé au milieu de très hautes montagnes, dont cependant les sommets et les escarpements sont semés le plus souvent de villages renfermant des familles très nombreuses. Dans le but de fournir à ces familles les secours de la religion, nos aïeux bâtirent des églises où pussent venir, à chaque jour de fête, les curés habitant le fond des vallées, pour apporter à la population le bienfait du très saint Sacrifice de la Messe. Au début, le nombre des familles étant très restreint en ces lieux de difficile accès, cette visite extraordinaire des curés devait tout à fait suffire ; d'autre part, il eût été impossible de maintenir là à demeure des clercs, qui, surtout à cause du petit nombre des champs et des paysans, n'auraient pu être nourris et entretenus sur la dîme four nie par les habitants. Mais aujourd'hui que Dieu a multiplié ces populations, et que les déserts ont été, grâce au travail et à l'industrie, changés en champs et en prairies, il serait à souhaiter qu'on attachât des pasteurs à ces troupeaux spirituels ; les dîmes qu'on touche chaque année suffiraient à les entretenir.
Ce qui empêche que cela se fasse, le voici : à peu près toujours, les dîmes des lieux en question appartiennent à des Abbés et à des Monastères. Elles leur ont, en effet, été attribuées lorsque les greniers spirituels des Monastères étaient pleins, débordant de l'un dans l'autre, et que les moines, tels des brebis fécondes, abondaient dans leurs sorties (Ps 143,13). Mais aujourd'hui, que généralement, comme cela a été dit plus haut, leurs successeurs n'ont conservé du moine que l'habit, ces pauvres habitants des montagnes crient comme des troupeaux sans pâturages (Mc 6,34) : Pourquoi donc ces gens-là se nourrissent-ils de notre lait s'habillent-ils de notre laine, et ne paissent notre troupeau ni par eux ni par d'autres (Ez 34,3) ? Et ce qu'ils disent paraît juste.
J'ai vu de mes yeux et visité une église paroissiale située sur une très haute montagne, où personne ne peut arriver qu'en grimpant des pieds et des mains, et distante de l'église la plus voisine de six milles italiens. Or, un seul et unique curé administrait les deux églises et célébrait la Messe aux jours de fête dans l'une et l'autre, au prix de quelle peine, de quel péril, de quelle inconvenance, je n'ai pas à le dire, surtout l'hiver, lorsque tout est couvert de glace et de neige dans ces parages [183]. Dès que j'arrivai, tout le
monde, hommes et femmes, du premier au dernier du pays, de s'écrier : Comment se fait-il que nous respections tous les droits. ecclésiastiques, que nous payions les dîmes et les prémices, et qu'aucun curé ne nous soit accordé, mais que nous soyons au contraire comme des béliers qui ne trouvent pas de paturages (Lam 1,6); Tout, en effet, était touché par l'Abbé le plus voisin [184].
Sans doute, c'est aux Evêques à décider ce qu'il y a à faire dans ces cas ; mais cela ne peut presque se réaliser. D'abord, des procès s'entament devant des laiques pour le possessoire ; ou bien, dans le cas contraire, ils font tomber sur celui qui a osé prendre une décision toutes sortes d'appels, dont ils abusent plutôt qu'ils n'usent : n'étant pas chargés d'un grand poids, ils en font peser un sur autrui, comme dit saint Bernard (De Consid. 3,2). Plût à Dieu qu'un Visiteur Apostolique, fidèle et prudent, pût venir donner à toutes les églises, comme à autant de familles, la mesure de froment qui est nécessaire à chacune (Lc 12,42) !
Outre les quatre cent cinquante paroisses qui, nous l'avons dit, sont habitées par de vrais catholiques, il y en a cent trente autres qui sont, partie sous la domination tyrannique de Berne, partie sous le gouvernement du Roi Très Chrétien. [185] Pour ce qui regarde celles qui sont occupées par les Bernois, il n'y a rien à en espérer jusqu'à ce que la ville de Berne elle-même soit ramenée à l'ordre.
Pour ce qui regarde les autres qui sont en la possession du Roi Très Chrétien, [avec raison le Roi lui-même ordonne de toujours espérer, et sur son ordre j'ai espéré pendant quatre longues années ; mais mes yeux commencent à se lasser d'attendre sa parole, et disent : Quand me consolera.t-il [186] ? (Ps 118,82) Au sujet de toute cette affaire, le très docte et Illustrissime cardinal del Bufalo, étant Nonce du Saint-Siège en France, poussé par son zèle pour la gloire de Dieu, a fait les plus grands efforts pour amener le Roi à établir pour nous, dans les églises en question, le même droit d'entrer en possession des biens ecclésiastiques et, ce qui est le principal, de remplir les fonctions de la religion catholique, qui a été établi dans tout le reste du royaume en faveur des Evêques et des clercs (Op1, note 333 et série IIB, n° I-VI).]
Je n'ajouterai rien au sujet de Genève, car ce que Rome est pour les Anges et les Catholiques, Genève l'est pour le diable et les hérétiques. Que tous ceux qui professent la foi romaine, c'est-à-dire la foi orthodoxe, que surtout le Souverain Pontife et les princes aient à cœur que cette Babylone ou soit détruite, ou se convertisse, mais plutôt qu'elle (Ez 18,2 ; L5, note 436) se convertisse et vive,[187]et qu'elle loue Celui qui vit aux siècles des siècles.
FRANÇOIS, Evêque de Genève.
Revu sur l'Autographe conservé dans les Archives de l'Evêché de Saint-Jean de Maurienne
X
MÉMOIRE TOUCHANT LES REVENUS ET LES CHARGES DE LA MENSE ÉPISCOPALE
[Novembre 1606, ou vers le 15 janvier 1697 [188]]
( EN LATIN)
Total du revenu de la mense épiscopale de Genève
Elle possède le mandement de Thiez [189], duquel elle perçoit en florins de notre monnaie ……..7500
En outre, de la secrétairerie épiscopale, florins ………………………………………………….700
Elle ne possède rien d'autre, pas même une modeste maison où puisse habiter l'Evêque
Emoluments fournis annuellement au Vicaire général et au Chancelier, florins ………………..450
Location de la maison où réside l'Evêque [190], florins……………………………………………500
Location de la maison de la prison, florins………………………………………………………..40
Repas dus, aux fêtes plus solennelles, à tous chanoines servant à l'autel l'Evêque officiant, florins…100
Item, outre les aumônes spontanées et à la volonté de l'Evêque, celui-ci est tenu de par la coutume, de partager aux mendiants chaque semaine au moins un quart de froment (Op1, note 156) ; or, le total du froment annuellement distribué monte environ à florins ……………………………………….150
Item, pour renouveler les livres qu'on appelle des Reconnaissances féodales, du susdit mandement de Thiez, comme l'on fait maintenant [191], il faudra dépenser florins………………………………3000
On ne renouvelle pas ces livres chaque année, mais aumoins tous les trente ans. .
Il reste donc, une fois prélevé les dépenses nécessaires susdites, environ sept mille florins pour l'entretien de l'Evêque, c'est-à-dire environ, en écus d'or ………………………………………..860
Cependant, il faut de nouveau noter que si, par suite d'un hiver ou d'un été excessif, d'une tempête ou d'une peste, les champs ont à souffrir ou restent incultes, les revenus de l'Evêque diminuent bien, mais nullement ses charges, lesquelles alors surtout augmentent plutôt, à moins qu'il ne veuille être plus cruel que l'autruche dans le désert.(Lam.4,3) S'il y a des procès à poursuivre pour les droits ecclésiastiques, tout se fait, naturellement, aux frais de l'Evêque.
Tout cela est exactement vrai : je n'affirme que ce qui est connu et appuyé sur les meilleures preuves.
Aussi, le très saint Concile de Trente ayant décidé qu'aucune pension ne devait être imposée (De Reform. 24,13)aux Evêques dont la mense n'excéderait pas la valeur de mille ducats par an, il n'est pas équitable que l'Evêque de Genève soit obligé à payer un droit de décime [192], posé que,
A l'EVÊQUE DE GENÈVE, pour son entretien personnel et celui de sa famille, il ne reste que 860 écus, et qu'il a à gouverner six cents paroisses: gouvernement très difficile, très pénible et très exposé à des dépenses variées, tellement que des revenus aussi maigres que je l'ai dit ne suffisent qu'à grande peine aux charges même nécessaires. Si dorénavant on enlève à celui qui est dépourvu même ce qu'il a,(Mt 13,12 ; 25,29 ; Mc 4;23)non seulement l'administration publique ecclésiastique sera conservée plus difficilement dans ce diocèse, mais elle se verra forcée à tomber tout à fait, à moins que Dieu ne daigne de nouveau accorder sa manne céleste à ceux qui manqueront de la farine d'Egypte.(Ex 16,13).
FRANÇOIS, Evêque de Genève.
Revu sur l'Autographe appartenant aux Missionnaires de Saint-François de Sales d'Annecy.
XI
PREMIER MANDEMENT POUR LE JUBILÉ DE THONON
(MINUTE)
Annecy, [mars] 1607 [193].
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu Evesque et Prince de Geneve, aux RR. Curés, Vicaires et autres Ecclesiastiques ayans charge des ames en son diocœse.
Ayans receu la Bulle du Jubilé, delaquelle le present Sommaire est extrait [194], Nous vous commandons et ordonnons de le publier, en toutes vos eglises, aux peuples qui vous sont commis, vous res-jouissans mesme de Nostre part avec eux de cette grande commodité quilz auront de proffiter spirituellement, recueillans avec devotion et charité les graces qui si liberalement leur sont departies en leur propre diocoese. A quoy vous les convierés et exhorteres le plus quil vous sera possible, au nom de Nostre Seigneur, duquel je vous souhaite la sainte benediction.
Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Trévise (Italie).
XII
PUBLICATION D'INDULGENCES [195]
(MINUTE INÉDITE)
INDULGENCES CONCEDEES PAR N. S. PERE PAUL V POUR LES CHAPELETZ, ROSAIRES, CORONNES, MEDAILLES, CROIX ET IMAGES BENITES A L'INSTANCE DE TRES ILLUSTRE ET REVERBNDISSIME PERE EN DIEU Mr FRANÇOIS DE SALES, EVESQUE ET PRINCE DE GENEVE LE MOYS D'APVRIL 1607
1. Ayant une de ces croix, medailles, couronnes, images, chapelletz et rosaires, en se confessant, ou communiant, ou celebrant Messe, et disant apres la Messe, ou Communion, ou Confession un Pater noster et Ave Maria, ou priant Dieu en quelqu'autre maniere pour Sa Sainteté, pour l'exaltation de nostre Mere sainte Eglise, extirpation des haeresies et pour les ames de Purgatoire, a chasque foys on gaigne Indulgence pleniere.
2. Item, disant la couronne ou le chapelet, ou l'Office de Nostre Dame ou l'Office des Trespassés, ou les Pseaumes penitentielz, ou aucune des Laetanies generales, ou les particulieres de Nostre Seigneur ou de Nostre Dame, on gaigne toutes les Indulgences et graces concedees a ceux qui visitent ce jour-la toutes les eglises qui sont dedans et dehors les murailles de Romme.
3. Item, chasque fois qu'on dira cinq fois le Pater noster par devotion du tressaint nom de Jesus, ou des cinq Playes, ou bien disant cinq foys l'Ave Maria, ou faysant commemoration, avec l'antienne Sub tuum prœsidium et une orayson de Nostre Dame, par devotion d'icelle sacree Vierge, ou faysant quelqu'autre chose pour son amour, ou devotion de quelque Saint ou Sainte, on gaigne deux cens ans d'Indulgence. .
4. Chasque fois qu'on fait l'examen de conscience avec repentance de ses pechés, ou qu'on aura propos de les confesser, soixant'ans, d'Indulgence.
5. Item, chasque foïs qu'on s'exercera en quelqu'œuvrede misericorde, ou qu'on accompaignera ou visitera le Saint Sacrement, ou escoutera la Messe ou le sermon, ou par devotes leçons ou meditations on acquerra ferveur d'esprit ou bons propos, ou qu'on recommandera a Dieu les ames de Purgatoire, ou priera pour celles qui sont en peché mortel, on gaigne cent et cinquante ans d'Indulgence.
Item, concede que douze fois l'annee on puisse délivrer un'ame de Purgatoire, disant ou faysant dire cinq Messes pour chasque fois.
Item, jeusnant les vendredy de l'annee, en devotion de la Passion de Nostre Seigneur, et les samedy, en devotion de Nostre Dame, on gaigne pour chascun desditz jours sept ans et sept quaranteynes, et pour les jours d'un an entier Indulgence pleniere en forme de Jubilé ; et mourant sans avoir achevé cette devotion, l'intention suffit.
Item,disant un Pater noster et Ave M aria, ou le Psalme Laudate Dominum omnes gentes, ou faysant un (sic) commemoration de Nostre Dame avec l'antienne et orayson, ou Magnificat, quant a ceux qui sçauront, ou ceux qui ne sçauront avec un Salve, on supplee au (sic) defautz commis recitant l'Office divin ou escoutant la Messe.
Prononçant le nom de JESUS a l'article de la mort, et ne pouvant de bouche, l'invoquant de cœur, Indulgence pleniere.
Disant trois Pater et Ave pour les ames des fideles decedés ou qui decederont ce jour-la, en memoire et honneur des trois fois que Nostre Seigneur pria au Jardin des Olives, on gaigne tous (sic) les Indulgences que Sa Sainteté a concedees a quelquonques autres medailles, images, croix, couronnes, rosaires, a la requeste de quelle personne que ce soit.
Donnant bon exemple ou exhortant, ou, en quelle sorte que ce soit, estant cause que quelqu'un quitte un peché ou un. vice, ou un mauvais propos, on gaigne la remission de la troysiesme partie de ses pechés. .
Toutes les susdites graces et chascune d'icelles se peut appliquer pour les ames de Purgatoire; et pour les gaigner, il suffit d'avoir quelqu'une des susdites choses benites, propre et (sic) empruntee. Que si quelqu'une se perdoit ou rompait, on en peut mettr'un'autre en sa place qui aura les mesmes Indulgences.
Toutes les dittes choses n'ont leur valeur que deça les mons et non point en Italie.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
XIII
SECOND MANDEMENT POUR LE JUBILÉ DE THONON
Thonon, 8 mai 1607 [196].
FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Saint Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, aux RR. Curés et autres ayans charge des eglises de Nostre diocoese. .
Affin que les peuples qui Nous sont commis ne perdent point la favorable occasion de prendre les graces du saint Jubilé qui se celebre maintenant en cette ville de Thonon, ainsy que ci devant il a esté publié (note 193 et n° XI), Nous ordonnons par ces presentes que vous ayes a repeter la publication d'iceluy, exhortans de rechef un chacun d'employer cette benediction au proffit et salut de son ame, asseurans de Nostre part qu'en laditte ville de Thonon ni es lieux circonvoysins il ni a aucune sorte, pas mesme de soupçon, de maladie contagieuse, ni incommodité qui puisse empescher le libre et desirable acces a cette sainte devotion [197].
Si supplions tous les Seigneurs Rmes Ordinaires des autres lieux, de vouloir prendre la mesme asseurance sur ce tesmoignage que Nous en faysons, et la faire donner aux peuples de leurs diocoeses, affin que ceux qui auroyent l'intention [et devotel volonté [198] de venir puiser en cette pleyne source les saintes Indulgences, n'en soyent point divertis par les faux bruitz que l'ennemi des ames fidelles a respandu a cett'intention [199]. .
A Thonon, le VIII May 1607.
FRANÇ8, E. de Geneve.
Par commandement de mondict Seigneur,
B. MANIGLIER [200].
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse Statella, à Syracuse (Sicile).
ORDONNANCES SYNODALES
30 juin 1607 et 23 avril 1608
(Voir à l'Appendice I les pièces C, D, et ci-dessus la note 141)
XIV
REQUÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES ET DE MONSEIGNEUR MILLIET, ÉVÊQUE DE MAURIENNE AU DUC DE SAVOIE
La piété, apanage des princes de Savoie. – " Maligne production de proces " contre les gens d'Eglise. - Prière au duc d'assurer aux suppliants et à leur clergé la conservation et la paisible jouissance des revenus ecclésiastiques, suivant la teneur des " Articles " qu'ils envoient à Son Altesse.
janvier 1609 [201],
A SON ALTESSE.
Monseigneur;
Encor qu'entre tant de perfections desquelles Dieu a comblé les ancestres de Vostre Altesse, il soit malaysé de discerner celle qui tient le premier rang, si est ce que la pieté envers Dieu presente un esclat si particulier et si signalé entre toutes, qu'il donne toute asseuranceaux tres humbles et tres obeissans orateurs de Vostre Altesse, Philibert, Evesque de Maurienne [202], François, Evesque de Geneve, supplians, tant a leur nom que de leur clergé, et aux autres ecclesiastiques soubsignés,
de luy remonstrer :
. Que le malheur de cest aage a tellement perverti la conscience de plusieurs que, destournant l'usage du secours de la justice a une inique et maligne production de proces, se ruinant eux mesmes ilz font miserablement consumer, par toutes sortes de procedeures, contentions et chicaneries, les personnes, moyens et loysir des gens d'Eglise qui estoyent destinés au service de Dieu et des ames, au grand prejudice du bien publiq et de l'intention de ceux qui, anciennement, ont fait les fondations pieuses ; entre lesquelles, comme les devanciers de Vostre Altesse tiennent en toute sorte le premier rang, aussi semble il qu'Elle ayt plus d'interest a la maintenance et conservation d'icelles.
C'est pourquoy les susditz ecclesiastiques la supplient tres humblement de les relever de tant d'ennuis par une favorable, mais tres juste et tres equitable declaration, suyvant les Articles ci jointz, affin qu'avec plus de tranquillité ilz puissent s'acquitter de leurs devoirs spirituelz envers Dieu et le peuple; continuant d'implorer la souveraine bonté de Dieu pour la prosperité et benediction de la couronne de Vostre Altesse, laquelle ne les obligera pas moins en la grace qu'Elle leur fera de les rendre paysibles en la jouissance de leurs revenuz, que ses Serenissimes praedecesseurs ont fait leur en donnant les droitz et tiltres.
PHILIBERT, Evesque de Maurienne, tant a son nom que de son Clergé.
FRANÇOIS, Evesque de Geneve, tant a son nom que de son Clergé.
H. ABBÉ DE LA MANTE [203].
VESPASIEN, Abbé de Nostre Dame d'Abondance [204]
CHARLES DE LA TOUR, Prieur de Talloires (L5, note 53).
D. THOMASO BERGIERA [205], conservatore della Santa Casa della Madona Santissimo in Tonone
DE BLONAY, pour le Prieur de Saint Paul [206].
D. TUOMASO BERGIERA, per il Priore di Bordigni [207].
Son Altesse mande au Senat de Savoye de pourvoir promptement sur le contenu en la Requeste et Articles dont elle faict mention et a icelle attachez.
Thurin, le dernier janvier 1609.
BOURSIER [208].
ARTICLES PRESENTÉS A SON ALTESSE POUR LA CONSERVATION DES BIENS ECCLESIASTIQUES DE SAVOYE AFFIN QU'IL LUY PLAYSE D'EN ORDONNER L'OBSERVATION
D'autant que les dismes et premices doivent estre payees a l'Eglise, tant par disposition du droict divin que humain, et neanmoins, a tous propos et contre toutes les raysons, les payemens d'icelles sont differés, evités et empeschés par mille sortes de subterfuges que la longueur des proces fournit : playse a Son Altesse d'ordonner a ses magistratz, entant que de leur connoissance et jurisdiction, pourvoir a ce que, sans difficulté ni dilation, lesdittes dismes et premices soyent payees aux ecclesiastiques, au moins par provision, moyennant bonne et suffisante caution de rendre le tout, avec despens, dommages et interestz, s'il est dit en fin de cause.
Parce que plusieurs, sans tiltre ni fondement, refusent le payement des dismes des biens de leurs universités et aux communs par eux cultivés et ensemencés, apres l'expiration de troys annees des leur culture et ensemencement et de la collecte des fruitz ; comme aussi ilz le refusent des terres semees de meslange d'orge et pesettes, avoyne et pesettes, et encor de toutes lesdittes troys especes que l'on appelle communement bataille, au moyen dequoy, par divers artifices, petit a petit ilz s'exemptent dudit payement : playse a Son Altesse ordonner que les dismes seront payees de tous lesditz fons et desdittes batailles, comme dessus.
D'autant qu'en plusieurs lieux et presque par tout il se treuve grande diversité de quotes de la disme en la mesme dismerie, sans qu'il y ayt autre rayson que de la diversité des humeurs, du pouvoir et de la conscience des personnes, les plus riches et moins conscientieux amoindrissant tous-jours la quote, appuyés sur les commodités qu'ilz ont de donner delay et duree aux proces ; au moyen dequoy les ecclesiastiques n'ont aucune certitude de leur revenu, d'autant que les dittes dismes leur sont differenciees, non seulement par regions, mais voire aussi par particulieres prestations en chacune d'icelles, au moyen de quoy lesditz ecclesiastiques les vont petit a petit perdant par la continuelle mutation de la quote : playse a Son Altesse ordonner qu'en chacune dismerie la disme se payera a mesme quote et la plus commune d'icelle dismerie, et uniformement par tous, sinon que les particuliers refusans fussent munis de tiltres suffisans au contraire.
Comme aussi les servis et prestations annuelles deuês aux ecclesiastiques seront payés sur une reconnoissance et deux confins deuement verifiés par devant les commissaires, qui, a ces fins, seront deputés par les juges, au moins par provisions et a caution telle que dessus [209].
ORDONNANCES SYNODALES
6 mai 1609, 28 avril 1610 et 20 avril 1611
(Voir à l'Appendice I les pièces E, F, G, et ci-dessus la note 141).
XV
QUELQUES PIÈCES DU RITUEL DE 1612 [210]
(EN LATIN)
1
PRÉFACE AUX CURÉS
8 février 1612
FRANÇOIS DE SALES, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique Evêque et Prince de Genève, aux très chers dans le Christ et Révérends Recteurs des églises paroissiales du diocèse de Genève, salut éternel.
Ce qu:'Holopherne imagina, Frères très chers, lorsqu'il assiégeait Béthulie et qu'il fit couper et occuper de toutes parts son aqueduc et toutes ses fontaines, afin qu'il ne restât pas la moindre goutte d'eau pouvant étancher la soif des assiégés (Jdt 7,6 ; S1, serm.7) : c'est ce que reproduisent tous les hérétiques qui combattent l'Eglise, surtout ceux de notre temps. Ils ont résolu, en effet, soit de supprimer tout à fait, soit de corrompre par leurs fausses opinions les Sacrements, au moyen desquels comme par autant de canaux et de conduits bien adaptés, notre Sauveur très bon et très grand fait couler dans nos cœurs les ondes salutaires de la grâce. Ils empêchent ainsi que la très suave impétuosité du fleuve qui jaillit jusqu'à la vie éternelle (Jn 4,14)ne puisse continuer à réjouir la cité de Dieu (Ps 45,5). Tout d'abord, ils s'efforcent, par une simple négation, d'abolir entièrement la Pénitence, l'Ordre, la Confirmation, le Mariage et l'Extrême-Onction ; puis, par une souveraine impiété ou impudence, ils enlèvent au Baptême la rémission efficace des péchés, et à l'Eucharistie la présence du Corps du Seigneur qui donne la vie.
Quant aux rites antiques par lesquels notre Mère l'Eglise, com me revêtue de tissus d'or d'une agréable variété (Ps 44,14), brille et resplendit dans l'administration de ses Sacrements, ils s'efforcent de tout leur pouvoir, non seulement de les repousser, mais de les faire disparaître sous leurs sarcasmes et leurs éclats de rire. Mais l'Eglise possédant, non hors de ses murs, mais au milieu (Ps 45,6) d'elle-même le Saint-Esprit, cette source abondante d'eaux vivifiantes qui, par les Sacrements, se répand dans les âmes des fidèles, c'est chose vaine et puérile de la part des hérétiques d'avoir imaginé, délibéré et tenté de prendre par la soif et de réduire à discrétion la Béthulie des chrétiens. En effet, couper des ruisseaux qui tirent leur origine de la ville elle-même, c'est manifestement priver d'eau, non les citoyens enfermés, mais bien plutôt les ennemis qui se tiennent au dehors, non les assiégés, mais les assiégeants.
Bien plus : par le fait même que les ennemis de l'Eglise, avec des efforts plus violents et une excessive audace, ont tourné leurs attaques contre le nombre, la dignité et les cérémonies des Sacrements, tous les Evêques d'abord, réunis au très auguste Concile de Trente, puis la plupart d'entre eux séparément dans leurs provinces, avec une ardeur toujours croissante, ont lutté avec d'autant plus d'énergie et de fermeté en faveur de leur nombre sacré de sept, de la religieuse solennité de leurs rites et de la sainteté qui appartient à tout ce qui les touche.
Parmi eux, et au nombre de Nos prédécesseurs, Nous rappelons l'illustre Ange Giustiniani, homme d'une doctrine et d'un talent incomparables (L6, note 662), qui, au retour du Concile, où il intervint, dépensa les plus grands efforts dans ce sens. Mais ayant, par suite de la récente et malheureuse défection de la ville de Genève [211], trouvé tout ce diocèse un peu troublé, il jugea à propos de consacrer la principale partie de ses travaux à la confirmation de la foi catholique. Quoique, en effet, parmi nos populations, personne ne professât ouvertement l'hérésie, quelques-uns toutefois ne jugeaient pas le crime d'hérésie aussi exécrable qu'il l'est en réalité : hommes non pas froids à l'égard de la foi, il est vrai, mais sans doute non plus bien chauds (Ap 3,15). En outre, quelques demi-savants, grands admirateurs de belles-lettres et d'antiquité classique, prétendaient, non certes condamner les cérémonies catholiques, mais les soumettre à leur censure et jugement. A toutes ces maladies de l'âme, l'excellent Pontife, avec la puissance remarquable de parole qu'il avait lorsqu'il devait traiter des choses divines, opposa un remède de toute actualité par ses très fréquentes prédications et ses entretiens particuliers. Il obtint enfin que généralement dans le diocèse, mais surtout dans cette cité [d'Annecy], les hérétiques et leurs hérésies fussent tenus pour infâmes, dignes d'horreur et d'abomination. Au milieu de ces soucis, occupé et empêché aussi par les embarras multiples et très compliqués, par lesquels la malice des hommes et des temps a coutume d'entraver les efforts des meilleurs pasteurs, notre Evêque, quoique plein de vigilance et de force, ne put, dans le bref espace des douze années qu'il exerça sa charge épiscopale, rendre entièrement leur splendeur à la discipline ecclésiastique et à l'administration des Sacrements.
Mais voici que lui succède Claude de Granier, homme cher à Dieu et aux hommes, dont la mémoire est en bénédiction (Eccli. 45,1):homme que la droite du Très-Haut conduisit d'une manière admirable à cause de son amour de la vérité (Ps 44,5), de sa douceur et de sa piété, lui faisant partager la gloire des saints (Eccli. 45,2), afin de l'enrichir dans ses pénibles labeurs et de faire fructifier ses travaux (Sg 10;10). En effet, tout ce que nous voyons dans ce diocèse qui ne soit pas à regretter, tout cela à peu près, il est juste que nous le reportions avec simplicité à ce remarquable Prélat (note 164). C'est lui qui introduisit dans toutes les églises du diocèse, avec autant de douceur que d'efficacité, les prières et Offices ecclésiastiques corrigés selon les prescriptions du Concile de Trente (De Reform. 24,18). C'est lui qui, le premier dans nos provinces françaises, adopta la coutume, on ne peut plus utile et sainte, et prescrite par le même Concile, de conférer les églises paroissiales au concours : il donna ainsi l'exemple aux autres Evêques, afin que, comme il avait fait, ils fissent aussi eux-mêmes (Jn 13,5). Il ramena à la modestie cléricale le costume des prêtres, autant que les difficultés des lieux le permirent ; il érigea presque partout de pieuses confréries dédiées au culte du Très Saint Sacrement et de la Bienheureuse Vierge Marie ; il rétablit l'usage de célébrer chaque année le Synode ; il plaça de ci et de-là des ecclésiastiques appelés Surveillants, ayant faculté et mission de relever, d'avertir, d'exhorter les autres prêtres et de veiller sur leur conduite. (L6, note 185). Enfin il n'omit rien, autant que le lui permit la dureté des temps, pour ramener la vie de l'Eglise à l'antique coutume de temps meilleurs.
Or, parmi les projets qu'il avait formés dans ce but, je n'estime pas qu'il faille mettre au dernier rang celui d'une nouvelle et exacte édition du Rituel, sur le modèle de celui de la sainte Eglise Romaine. S'il existe; en effet, de nombreux exemplaires de Rituels dont le titre annonce au lecteur l'ordre et la série des rites de l'Eglise Romaine, on n'en rencontre presque pas qui répondent au titre et tiennent ce que celui-ci promettait. Aussi, notre excellent Prélat estimait, et avec juste raison, qu'il ferait chose avantageuse en éditant un Rituel, de tout point conforme au Romain, que tous dans ce diocèse adopteraient unanimement à l'exclusion de tout autre, et qu'ils suivraient comme règle unique dans la célébration des rites, au milieu des divergences si grandes qui existaient.
Mais, pendant environ les dix dernières années de sa vie, il se trouva tracassé, occupé et empêché en partie par des guerres désastreuses, en partie par le devoir de restituer plusieurs églises au culte et d'amener à la pénitence, par lui-même ou par ses collaborateurs, des milliers d'hérétiques qu'il rendit, tels des fils ressuscités. à notre Mère l'Eglise qui les pleurait (Lc 7,12). Sur ces entrefaites, pendant que se différait l'édition du Rituel, notre Evêque, au très grand regret de tous les bons, nous est enlevé et, comme il faut l'espérer, élevé au Ciel. C'est pourquoi Nous, qui Nous. estimerons très heureux, non seulement d'avoir remplacé un tel Père dans sa charge, mais de Nous montrer son successeur et imitateur dans la façon dont Nous la remplirons, Nous vous présentons enfin cette édition du Rituel qu'il avait lui-même grandement souhaitée.
Et voici maintenant Notre procédé. Tout d'abord, Nous étant adjoint quelques membres doctes et pieux de Notre clergé cathédral et ayant réuni un certain nombre de Rituels de diverses provinces, Nous avons extrait avec soin du seul Rituel Romain tout ce qui touche aux cérémonies de l'administration des Sacrements ; des autres, surtout de l'ancien Rituel de Genève (note 137), plusieurs formules de bénédictions qu'il Nous a paru à propos de maintenir dans nos populations à cause de la louable coutume qui en a été introduite. Ensuite, de tous les exemplaires qu'il Nous fut possible de consulter, Nous avons de ci et de là tiré différentes règles et de nombreux enseignements qui fourniront une ample lumière aux curés et à leurs vicaires sur l'exercice bien réglé de leurs fonctions ; c'est ainsi que, à l'exemple des abeilles, Nous avons, de diverses fleurs, amassé le miel dans notre ruche. Est aussi ajouté un Calendrier, où sont notés les fêtes et Offices établis et reçus dans Notre diocèse, soit par la coutume ancienne, soit par les récentes Constitutions synodales. Enfin, Nous avons joint à ce livre l'abrégé des principaux points de la religion chrétienne tels qu'ils doivent être exposés aux fidèles chaque dimanche. Vous aviez déjà à part ce formulaire édité par ordre de Notre Révérendissime Prédécesseur [212] ; maintenant, vous le trouverez ici revu et corrigé des erreurs qui s'y étaient glissées, afin que le présent volume réunissant tout ce qui touche à votre ministère, vous l'ayez ainsi plus facilement sous les yeux.
Il ne paraissait pas, en effet, qu'on pût désirer autre chose touchant le sujet qui Nous occupe, sinon ces exhortations catéchistiques et familières sur les Sacrements et autres principaux points de la religion, que la plupart d'entre vous m'ont souvent demandées. Je vous promets, s'il plaît à Dieu, de vous les donner aussitôt que les nombreuses sollicitudes et occupations qui m'envahissent de toute part m'auront accordé un peu de loisir et de tranquillité d'esprit [213]. Vous verrez alors, je pense, que ce travail ne devait pas être uni au Rituel, mais qu'il requiert un volume entier à part.
Maintenant donc que, par la grâce de Dieu, Nous avons opportunément terminé une œuvre désirée depuis tant d'années, il vous reste à vous en servir tous avec joie et unanimité. Et afin que personne n'omette de le faire par paresse ou négligence, Nous vous ordonnons et prescrivons au nom du Seigneur, à chacun de vous en particulier et à tous ensemble, que dans l'administration des Sacrements et l'accomplissement solennel des bénédictions et cérémonies saintes, nul dorénavant n'ait la présomption, sous aucun prétexte, d'employer d'autres rites que ceux qui sont contenus dans ce Rituel. Ainsi tous, non seulement d'une même foi, mais d'une seule et même bouche, d'une seule et même façon, nous bénirons le Seigneur Dieu dans les églises et, suivant le précepte de l'Apôtre, tout se fera parmi nous avec bienséance et avec ordre.
Donné à Annecy, le 8 février 1612 [214].
2
APPENDICE AU CALENDRIER
CONTENANT L'INDEX DES FÊTES DONT LES OFF'ICES DOIVENT ÊTRE RÉCITÉS NON SEULEMENT DANS L'ÉGLISE CATHÉDRALE, MAIS AUSSI PAR TOUS LES CLERCS DU DIOCÈSE DE GENÈVE
En janvier
Le 22 janvier, fête des saints martyrs Vincent et Anastase ; double.
En février
Le 1er février, fête de sainte Brigitte, vierge; double, et la fête de saint Ignace est transférée au premier jour non empêché par une fête de neuf leçons.
Le 3 février, fête de saint Blaise, évêque et martyr ; semi-double.
Le 11 février, fête des saints martyrs Victor et Ursus, qui souffrirent avec le reste de la légion Thébaine dans la plaine d'Agaune, toute voisine, ayant pour chef le bienheureux Maurice ; semi-double.
Le 22 avril, fête de saint Anselme, confesseur pontife, lequel, originaire du diocèse voisin d'Aoste, élevé à l'archevêché de Cantorbéry en Angleterre, illustra toute l'Eglise par ses exemples, ses écrits et ses miracles. Semi-double, mais qui, à cause de la fête des saints martyrs Sotère et Caïus, est transféré au premier jour non empêché par un double ,ou un semi-double.
Le 4 mai, fête du Très Saint Suaire, lequel, longtemps conservé dans cette province, a toujours été chez tous les nôtres en grande vénération. Double solennel.
Le 8 mai, fête de saint Pierre, évêque et confesseur, qui administra longtemps, avec une admirable sainteté de vie, l'Eglise archiépiscopale voisine de Tarentaise. Semi-double; mais à cause de l'Apparition de saint Michel, on le transfère au premier jour non empêché par un double ou un semi-dou
En juin
Le 6 juin, fête de saint Claude, évêque et confesseur; qui fut archevêque de Besançon, et dont les reliques, à cause d'innombrables miracles, sont honorées d'un concours extraordinaire de fidèles au monastère de Saint-Oyend, voisin de ce diocèse (L5, note 110). Double.
Le 15 juin, fête de saint Bernard de Menthon, confesseur non pontife, qui, né dans ce diocèse d'une illustre famille, devenu archidiacre d'Aoste, illustra spécialement toutes nos régions par la sainteté de sa vie et de nombreux miracles ; Double, avec mémoire des saints martyrs Vite, Modeste et Crescence.
Le 19 juin, fête des saints martyrs Gervais et Protais ;'semi-double.
Le 26 juin, fête de saint Anthelme, évêque et confesseur, lequel, après avoir été longtemps prévôt de l'Eglise cathédrale de Genève, puis Chartreux, fut élevé à l'évêché voisin de Belley, et brilla par sa grande sainteté et ses divers miracles. Semi-double, mais transféré, à cause de la fête des saints martyrs Jean et Paul, à un jour non empêché par une fête de neuf leçons.
Le 2 juillet, en l'Office de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie, on fait mémoire des saints martyrs Processe et Martinien.
Le 28 juillet, fête des saints martyrs Nazaire et Celse, et de saint Innocent, Pape et confesseur. Saint Nazaire, faisant route d'Italie à Trèves et s'étant un peu arrêté dans la ville de Genève, y convertit plusieurs personnes à la foi, entre autres Celse, tout jeune homme, citoyen de Genève, qu'il eut ensuite comme compagnon de martyre. Double. .
Le 31 juillet, fête de saint Germain, évêque et confesseur ; semidouble.
Le 1er août, fête de saint Pierre Apôtre ès-liens, Patron de l'Eglise cathédrale de Genève; double solennel avec octave. Et le jour octaval, la fête de saint Cyriaque et de ses Compagnons est transférée au jour suivant, avec mémoire de la vigile et de saint Romain.
Le.2 août, des saints Machabées, martyrs, dont la fête, à cause de la solennité du Patron de l'Eglise cathédrale, a été transférée du ler août au jour suivant. Double.
Le 16 août, fête de saint Théodule, évêque et confesseur, qui gouverna très heureusement l'Eglise voisine de Sion en répandant une merveilleuse odeur de sainteté, et dont la mémoire, à cause de la multitude de ses miracles, est très célèbre partout dans nos contrées.
En septembre
Le 7 septembre, fête de saint Grat, évêque et confesseur, qui gouverna l'Eglise voisine d'Aoste.
Le 20 septembre, fête des saints martyrs Eustache et ses Compagnons ; semi-double, avec mémoire de la vigile.
Le 22 septembre, fête des saints Maurice et ses Compagnons, dont le sang a baigné presque tous ces pays, qui sont les protecteurs devant Dieu de nos provinces et ont été déjà autrefois très honorés par nos aïeux. Double.
Le 27 septembre, fête des 55. Martyrs Côme et Damien ; double.
En octobre
Le 1er octobre, fête du saint Ange Gardien, d'après l'Office récemment publié par l'ordre de Paul V, Souverain Pontife ; double.
Le 2 octobre, fête de saint Léger, évêque et martyr; semi-double.
Le 8 octobre, Dédicace de l'église de Saint-Pierre de Genève (note 154); double solennel, avec octave.
Le 9 octobre, fête des saints martyrs Denis et ses Compagnons ; double, avec mémoire de l'octave.
Le 15 octobre, jour octaval de la Dédicace de l'église de Genève, double.
Le 26 octobre, Révélation des saints Maurice et ses Compagnons ; semi-double, avec mémoire de saint Evariste.
En novembre
Le 22, fête de sainte Cécile, vierge et martyre; double
En décembre
Le 6 décembre, fête de saint Nicolas, évêque et confesseur; double.
En outre, tous les jeudis, hors du Carême, de l'Avent et des vigiles, s'il ne se rencontre aucune fête double ou semi-double, on fera l'Office semi-double du Très-Saint-Sacrement de l'Eucharistie. L'adoration de ce Sacrement étant, par une insigne perfidie, un objet de moquerie de la part des hérétiques, il convient que; surtout dans ce. diocèse, on l'honore avec la plus grande dévotion possible [215].
3
FORMULAIRE DU PRONE [216]
IN NOMINE PATRIS, ET FILII, ET SPIRITUS SANCTI. AMEN.
Peuple chrestien,. encor que nostre bon Dieu exauce toutes les prieres qui luy sont devotement presentees au nom de Jesus Christ son Filz, toutesfois il s'est reservé des lieux et des jours esquelz il veut estre plus particulierement servi et invoqué; comme aussi en iceux il reçoit plus favorablement nos requestes (S1, serm 42).. C'est pourquoy la sainte Eglise, fondee sur les divines promesses et coustumes apostoliques, a tres bien ordonné qu'es saintz jours de Dimanches et festes nous nous assemblions en l'eglise, laquelle a esté. appellee par Nostre Seigneur mayson de Dieu et de priere (Mt 21,13 ; Lc 19,46). Et c'est pour, en icelle, celebrer le tressaint Sacrifice de la Messe, auquel nostre Sauveur, par les mains des prestres, s'offre et presente reellement,sous les especes de pain et de vin, a Dieu son Pere etemel, pour hostie et offrande vivante, en remembrance et commemoration de sa Mort et Passion ; affin que, par ce divin Sacrifice, nous fassions hommage, reconnoissance et action de graces a Dieu nostre Createur de tous nos biens et personnes, et qu'en vertu d'iceluy nos prieres soyent encor plus aggreables devant le throsne de sa divine Bonté.
Pour donq faire aujourd'huy cette sainte celebration au mieux que nous pourrons, sçachans que Dieu regarde volontier a la priere des humbles (Ps 101,18)et ne mesprise point le coeur contrit et humilié (Ps 1,19), nous mettrons les genoux a terre et, nous humiliant de tout nostre cœur devant sa divine face, nous le remercierons de tous les biens que nous avons eus et qui nous sont preparés, et principalement de la Mort et Passion de Nostre Seigneur Jesus Christ, par laquelle nous avons esté delivrés de la damnation etemelle ; nous tenans et reconnoissans pour ses pauvres et miserables creatures, indignes et inutiles serviteurs (Lc 17,10), dependans en tout et par tout de sa sainte misericorde et mercy, a laquelle nous recourons pour avoir pardon et remission de nos offenses et iniquités.
Et a cette intention nous nous accuserons de tous nos pechés en general, avec vray propos de les confesser en particulier en tems et lieu, selon l'ordonnance de Dieu et de son Eglise. Nous dirons donq en cette sorte :
" Je me confesse a Dieu tout Puyssant, a la glorieuse Vierge Marie, au bien heureux saint Michel Archange, au . bien heureux saint Jean Baptiste et a saint Pierre et saint Paul, apostres, a monseigneur saint N., mon Patron, et a tous les Saintz et Saintes de Paradis, et a vous, mon Pere spirituel, pour ce que j'ay grandement peché en pensees, en paroles et en œuvres : et le tout par ma faute, par ma coulpe et par ma tres grande coulpe. Et partant, je prie la glorieuse Vierge Marie, le bien heureux saint Michel Archange, le bien heureux saint Jean Baptiste, saint Pierre et saint Paul, apostres, monseigneur saint N., mon Patron, et tous les Saintz et Saintes du Paradis, et vous, mon Pere spirituel, de prier pour moy vers .mon Dieu, mon Createur, affin qu'il luy playse me pardonner. "
Misereatur vestri, etc. I ndulgentiam, etc.
En cette mesme reconnoissance et humilité, nous demanderons a Dieu son ayde et secours pour toutes nos necessités :
Et premierement, qu'il luy playse dresser nos ames a son saint service, affin que, sur le fondement de la vraye foy, nous puissions avoir une sainte esperance de nostre salut par le moyen de la charité, en l'observation de ses commandemens.
Nous prierons par apres pour tous nos superieurs, tant spirituelz que temporelz ; pour nostre Saint Pere le Pape et pour tous les Prelatz, pasteurs et personnes ecclesiastiques qui sont legitimement deputés au gouvernement des ames, et specialement pour Monseigneur le Reverendissime nostre Evesque et Pasteur, affin qu'il playse a Dieu leur faire la grace de si bien repaistre et guider les brebis qui leur sont commises, que, estans garantis de toutes fauses opinions et seductions, elles vivent et perseverent ça bas en l'union de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, attendans d'estre receus en l'Eglise triomphante, la haut en Paradis.
Nous prierons de mesme, comme conseille saint Paul.(1 Tm 2,1), pour tous Princes et magistratz chrestiens, et particulierement pour Sa Majesté et pour la Reyne regente et pour Messeigneurs les Princes du sang [217]; et non seulement pour eux, mays pour tous ceux qu'ilz ont ordonnés pour gouverner de leur part, affin qu'il playse a Dieu leur donner le don de force et de conseil pour nous maintenir en sainte paix et tranquillité, et administrer droittement la justice, affin que, sous leur obeissance, " nous passions tellement par les biens temporelz, que nous ne perdions pas les etemelz." (Or. 3e Dim. apr. Pentec.)
Davantage, s'il est ainsy que nostre Sauveur prevoyant la ruine de Hierusalem pleura sur icelle (Lc 19,41), nous devons deplorer et regretter de tout nostre cœur la perdition des pauvres ames des infideles, schismatiques, desvoyés et faux chrestiens, qui se font un thresor de l'ire de Dieu pour lejiour de son courroux (Rm 2,5), a ce qu'il luy playse les esclairer de sa sainte grace et verité.
De plus, Nostre Seigneur reputant estre fait a soy ce qui est fait au moindre des siens.(Mt 25,40), nous prierons pour tous les pauvres affligés et necessiteux, pour les vefves, orphelins, malades, prisonniers, pelerins, et generalement pour tous ceux qui sont en tribulation et adversité, affin qu'il playse au Pere des misericordes et de toutes consolations (2 Co 1,3)de les assister de son Saint Esprit, affin que, recevans leur affliction en humilité, ilz puissent posseder leurs ames en patience (Lc 21,19).
Specialement nous prierons qu'il playse a Dieu avoir en sa garde les femmes enceintes, et mesme de cette parroisse, conduisant le fruict de leur ventre au saint Sacrement de Baptesme pour avoir part a l'heritage du Ciel.
S'IL FAUT RECOMMANDER QUELQU'UN:
Nous prierons aussi pour tel N., ou telle N., de cette parroisse, lequel estant touché d'une griefve maladie se recommande a vostre charité, a ce qu'il playse a Dieu luy envoyer ce qu'il sçait 1uy estre plus prouffitable a son salut.
Nous demanderons aussi a ce Pere celeste nostre pain quotidien (Mt 6,11 ; Lc 11,3), ainsy qu'il nous a enseigné, le priant de conserver et multiplier les fruitz de la terre et de donner sa benediction aux labeurs de nos mains, affin que nous les puissions recueillir en bonne paix et santé, pour user rsobrement d'iceux, selon sa volonté, et en faire part aux pauvres necessiteux.
Finalement, puisque la Sainte Escriture tesmoigne et l'Eglise a tous-jours creu que c'est une sainte et salutaire pensee de prier pour les fidelles trespassés (2 M 12,fin)nous prierons pour nos peres, meres, freres, parens et amis et tous autres fidelles decedés, et en particulier pour ceux desquelz les cors reposent en cette. eglise ou cimetiere, et tous bienfacteurs d'icelle (et mesme pour tel N. ou telle N.), lesquelz estans trespassés au giron . de .l'Eglise, sont et seront tous-jours ses enfans, appartenans a un mesme Royaume de Jesus Christ et membres d'un mesme cors avec nous ; affin que, s'ilz estoyent detenus en quelque peyne, il playse a Dieu les en retirer et les colloquer au repos eternel.
Or, affin que nos requestes soyent plus aggreables au Pere eternel, nous les luy presenterons selon la forme que Nostre Seigneur son Filz nous a monstree en l'Orayson dominicale (Mt 6,9 ; Lc 11,2), laquelle nous reciterons maintenant, tant pour nous en resouvenir que pour commencer nos pneres par icelle.
Vous dires donq humblement avec moy :
Pater noste [etc.] C'est a dire :
Nostre Pere qui estes es cieux, vostre nom soit sanctifi6, vostre Royaume nous advienne, vostre volonté soit faitte en 1a terre comme au Ciel. Donnes nous aujourd'huy nostre pain quotidien, et nous pardonnes nos offences comme nous pardonnons a ceux qui nous ont offencé, et ne nous induises point en tentation, mais delivres nous du mal. Ainsy soit il.
Nous reciterons aussi la Salutation ange1ique, tant en memoire de nostre Redemption qui fut annoncee par l'Ange en cette Salutation, que pour nous joindre a la communion de tous les Saintz en la personne de la glorieuse Vierge Marie, laquelle nous prions de prier pour nous Dieu le Pere, au nom de son Filz, nostre unique Sauveur. Donq vous dires apres moy:
Ave, Maria gratia plena [etc.] C'est a dire :
Je vous salue Marie, pleine de grace, le Seigneur est avec vous ; vous estes benite entre les femmes et benit est le fruit de vostre ventre, JESUS. Sainte Marie, Mere de Dieu, pries pour nous pecheurs, maintenant et a l'heure de nostre mort. Ainsy soit il. .
De plus, parce que non seulement nos prieres, mais aussi toutes nos actions doivent estre fondees en la vraye foy, sans laquelle, comme dit l'Escriture (He 11,6), il esl impossible de plaire a Dieu, nous ferons generale protestation de vouloir vivre et mourir en la foyde l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, par le recit du Symbole des Apostres, disans : .
Credo in Deum Patrem omnipotentem, (etc.] C'est a dire :
Je croy.en Dieu le Pere tout puyssant, [etc.)
Benedicite Dominus, nos et ea quae sumus sumpturi, benedicat dextera Christi. ln nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. C'est a dire :
Benisses le Seigneur, ains plustost, que le Seigneur nous benisse, et que, tant nous que tout ce qui est pour nostre usage, soit beni par la dextre de Jesus Christ. Au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Ainsy soit il.
Encores est il requis sur toutes choses au vray chrestien d'observer la volonté de Dieu pour parvenir a la vie eternelle, la loy sans les œuwes estant morte, comme dit saint Jaques (Jc 2,20). Oyes donq avec reverence les Commandemens de Dieu, pour les apprendre et garder de point en point, moyennant sa sainte grace.
1. Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ay tiré de la terre d'Egipte, de la mayson de servitude. Tu n'auras point d'autre Dieu que moy. Tu ne te feras tailler aucune idole ou semblance des choses qui sont en haut au ciel, ou de celles qui sont ça bas en terre; ou de celles qui sont es eaux sous la terre. Tu ne les adoreras ni serviras.
2. Tu ne prendras point le nom de ton Seigneur Dieu en vain (Ex 20,2) [etc.]
(Quelquefois pourront dire les Commandemens comme dessus est escrit, et d'autres fois comme s'ensuit :)
Voyla les Commandemens de Dieu ainsy qu'ilz furent donnés a Moyse, lesquelz, pour en avoir meilleure souvenance, on peut reduire en la maniere suyvante :
1. Un seul Dieu tu adoreras et aymeras parfaitement.. [etc.]
Or, non seulement Dieu veut estre ouÿ et obeye, mays aussi il veut que l'Eglise soit escoutee et obeye, a peyne, pour ceux qui font au contraire, d'estre reputés devant luy pour infidelles, payens et publicains (Mt 18,17), ne pouvant " avoir Dieu pour Pere, qui n'aura l'Eglise pour Mere " (S.Cyp. De Unit.Eccles. 5,6). Vous apprendres donq ses Commandemens et les garderes de bon cœur ; c'est a sçavoir :
1. Les Dimanches Messe ouyras, et festes de commandement : [etc.]
S'il y a des festes ou vigiles on pourra dire : Obeyssans donq ausditz Commandemens, vous jeusneres tel ou tel jour, et vous observeres la feste de N. tel ou tel jour, vous abstenans de toute œuvre servile, pour vacquer au service de Dieu ne plus ne moins que le jour de Dimanche ou de Noel (selon la feste).
S'il y a quelque feste de vœu, il dira :Vous aves (tel jour) la feste de N., que vos predecesseurs ont voüee pour telle occasion, laquelle vous estes obligés de faire comme le Dimanche, selon vostre vœu.
S'il y a quelque feste de devotion, il dira :Vous aves (tel jour) la feste de N., laquelle n'est pas de commandement, mays seulement de devotion, pour ceux qui la voudront garder.
Puis il pourra adjouster : Et quant a present, vous n'aves autre feste de commandement.
S'il faut publier quelque mariage, il dira :Il y a traitté de mariage en la face de nostre Mere sainte Eglise entre N. et N. ; parquoy, si quelqu'un sçait aucun empeschement pour lequel ledit mariage ne deust sortir en son plein et dernier effect, qu'il ayt a le reveler, autrement il n'en sera creu par apres.
S'il faut adviser de quelque larcin ou de quelque chose perdue : j'advise ceux ou celles qui auront desrobbé ou treuvé N. N., qu'ilz le rendent, autrement ilz encourront la malediction donnee contre ceux qui violent la. loy de Dieu.
S'il y a aussi quelque Monitoire [218], il se publiera icy.
Que s'il n'y a aucune feste a commander, il dira : Quant a cette semaine. vous n'aves aucune feste de commandement ni de devotion.
Et finira disant : Mays seulement je vous recommande d'aymer Dieu sur toutes choses et vostre prochain comme vous mesmes (Mt 22,37 ; Lc 10,27). Que donq tous desbatz, vengeances, dissensions et malveuillances cessent et ne se treuvent jamais entre vous (2 Co 12,20). Et la benediction, grace et paix de Dieu (Ph 4,7) vous soit donnee a jamais, † au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Ainsy soit il.
Ou bien:
Et la benediction donnee a saint Pierre et saint Paul, a sainte Marie Magdeleyne repentante, au bon Larron en l'arbre de la Croix, vous soit donnee a tous et a toutes, † au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Ainsy soit il.
ES JOURS DES l'ESTES SOLEMNELLES BT AUTRES COMMANDEES L'ON POURRA COMMENCER, AU COMMENCEMENT DU PROSNE :
" Peuple chrestien, encor que nostre bon Dieu, " etc., et le reste qui s'ensuit jusques a l'absolution : Indulgentiam, etc., inclusivement. Et apres l'on pourra faire la fin de cette sorte :
Je vous recommande d'aymer Dieu sur toutes choses et vostre prochain comme vous mesmes. Parquoy tous desbatz, vengeances, dissensions et malveuillances cessent et ne se treuvent jamais entre vous. Et la benediction, grace et paix de Dieu vous soit donnee a jamais, † au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit. Ainsy soit il.
SECUNDA DOMINICA POST EPIPHANIAM
OMNES PAROCHI, CONCEPTIS VERBIS DECRETUM CONCILII TRIDENTINI DE MATIIIMONIO (De Reform 24,1), PROMULGABUNT HOC MODO:
Le Sacrement de Mariage. estant de si grande importance a l'Eglise et republique chrestienne, affin que desormais il soit celebré plus convenablement et saintement, nostre. Mere la sainte Eglise Catholique, Apostolique, Romaine a declairé nulz et de nul effect tous mariages qui se font sans la presence de l'Evesque ou du Curé, ou de quelqu'un deputé de la part de l'Evesque ou de la part du Curé, et sans l'assistence de deux tesmoins. Laquelle ordonnance ayant des long tems esté publiee par tout ce diocese, vous est maintenant derechef dec1airee, publiee et annoncee, affin que nul n'en pretende cause d'ignorance.
SINGULIS VERO FESTIVITATIBUS SANCTISSIMAE TRINITATIS
OMNES PAROCHI DOCEBUNT POPULUM DE MODO ET RITU SACRAMENTI BAPTISMATIS ADMINISTRANDI, SUB HAC VERBORUM FORMULA :
Parce que l'Eglise nous propose aujourd'huy en l'Escriture de l'Evangile (Mt 28,18) le commandement de Nostre Seigneur donné a ses Apostres pour l'administration du saint Sacrement de Baptesme, et que d'ailleurs chaque fidelle peut et doit l'administrer en cas d'extreme necessité, partant vous deves sçavoir qu'en ce cas la d'extreme necessité, c'est a dire quand il y a danger que la creature qui doit estre baptizee ne meure promptement, il suffit de prendre de l'eau naturelle et commune, et la respandre sur l'enfant en telle sorte qu'elle le touche, en disant ces paroles : Je te baptize au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit.
Et affin que vous les puissies mieux retenir, pour en user en cas de laditte necessité, je dis encor une fois, que, mettant l'eau et la respandant sur la creature en telle sorte qu'elle la touche, il faut dire : Je te baptize au nom du Pere, et du Filz, et du Saint Esprit.
SINGULIS DOMINICIS QUINQUAGESIMAE
UNUSQUISQUE PAROCHORUM MONEBIT POPULUM HIS VERBIS :
Mercredy prochain nous commencerons le saint Caresme et ferons l'imposition des saintes Cendres, selon l'institution apOstolique et catholique. Partant, un chacun soit averty de rendre son devoir, en s'abstenant despuis ledit jour jusques au jour de Pasques de l'usage de la chair, des œufs et du fromage, sinon que pour quelque cause raysonnable il en fust dispensé des Superieurs ecclesiastiques. Comme aussi un chacun doit jeusner tous les jours, le Dimanche reservé, sinon que pour l'aage, maladie ou autres occasions il en soit exempté. Et parce que ce saint tems est sayson de la cueillette spirituelle des bonnes œuvres, on vous exhorte au nom de Dieu de vacquer plus soigneusement a prieres, aumosnes et penitences, en vous preparant de faire la sainte Confession et Communion de Pasques, a la gloire de Dieu et salut de vos ames.
4
FÊTES COMMANDÉES BT FÊTES DE DÉVOTION
Les fêtes de commandement en janvier sont :
Le premier jour, la Circoncision de Nostre Seigneur.
Le 6. les Roys.
Les festes de dévotion :
Le 17, saint Anthoyne.
Le 20, saint Sebastien, Martyr.
En fébvrier, festes de commandemenl :
Le 2, la. Purification de Nostre Dame.
Le 24, saint Mathias, Apostre.
Fête de devotion en febvrier :
Le premier, sainte Brigide, Vierge.
En mars, feste de commandement :
Le 25, Annonciation de Nostre Dame.
En avril, festes de devotion :
Le 23, saint Georges, Martyr.
Le 25, saint Marc, Evangeliste.
En may, feste de commandement :
Le premier, saint Jaques et saint Philippe, Apostres.
Festes de devotion en may :
Le 3, l'Invention de la sainte Croix.
Le.4, le Saint Suaire.
En juin, festes de commandement :
Le 24, la Nativité de saint Jean Baptiste.
Le 29, saint Pierre et saint Paul, Apostres.
Festes de devotion en juin :
Le 6, saint Claude, Evesque.
Le 11, saïnt Barnabé, Apostre.
Le 15, saint Bernard de Menthon.
En julliet, feste de commandement :
Le 25, saint Jaques, Apostre.
Festes de devotion en julliet ;:
Le 2, la Visitation de Nostre Dame.
Le 22, sainte Marie Magdeleyne.
En aoust, festes de commandement :
Le 10, saint Laurent.
Le 15, l'Assomption de Nostre Dame.
Le 2., saint Barthelemy, Apostre.
Festes de devotion en aoust :
Le premier, saint Pierre aux Liens.
Le 16, saint Roch et saint Theodose.
En septembre, festes de commandement :
Le 8, la Nativité de Nostre Dame.
Le 21, saint Matthieu, Apostre.
Le 29, saint Michel, Archange.
Festes de devotion en septembre :
Le 6, saint Grat, Evesque.
Le 14, l'Exaltation de la sainte Croix.
Le 22, saint Maurice, Martyr.
En octobre, feste de commandement:
Le 28, saintz Simon et Jude, Apostres.
Feste de devotion en octobre :
Le 18, saint Luc, Evangeliste.
En novembre, festes de commandement :
Le premier, la feste de Toussaintz.
Le 30,saint André, Apostre.
Festes de devotion en novemlwe :
Le 11, saint Martin, Evesque.
Le 25,sainte Catherine, Vierge et Martyre.
En decembre, festes de commandement :
Le 21, saint Thomas, Apostre.
Le 25, la Nativité de Nostre Seigneur Jesus Christ.
Le 26, saint Estienne, Protomartyr.
Le 27, saint Jean l'Evangeliste et Apostre.
Festes de devotion en decembre :
Le 6, saint Nicolas, Evesque.
Le 8, la Conception de Nostre Dame.
Le 28, les Innocens.
Le 31, saint Sylvestre, Pape.
Notes que sont aussi de commandement tous les jours du Dimanche, le second et tiers jours de Pasques, le jour de l'Ascension de Nostre Seigneur, le second et tiers jours de Pentecoste, le jour de la Feste Dieu ; item, les jours des Dedicaces et Patrons des eglises, comme de mesme les festes legitimement voüeès par authorité du Praelat, a chacun selon sa parroisse et lieu d'habitation. Toutes lesquelles festes de commandement un chacun doit sanctifier, s'abstenant de toutes œuvres serviles et oyant entierement et devotement la sainte Messe ; et ce, sous peyne de peché mortel, s'il n'y a legitime excuse. Et quant aux autres festes de devotion, combien que personne ne soit astreint sous aucune peyne de les garder ou celebrer, toutesfois celuy fera bien qui, selon la louable coustume du diocese, rendra en icelles son devoir envers Dieu, les Saintz et l'Eglise.
Au reste, est defendu a tous curés et vicayres de ne publier au Prosne et solemnité de la sainte Messe aucune chose profane, comme venditions, accensemens de biens, payement de tailles, ou servis, et autres choses semblables; ains seulement ce qui concernera le service de Dieu et de son Eglise, comme festes, jeusnes, processions et autres commandemens qui viennent de la. part de Monseigneur le Reverendissime.
5
(EN LATIN)
Cas réservés à l'Evêque dans le diocèse de Genève
1.Incendie de maisons, biens importants faits de propos délibéré
2.Homicide volontaire réalisé
3.Parricide, non seulement de celui qui tue ses parents, mais encore de celui qui les mutile ou blesse gravement
4.Péché contre nature, comme la bestialité et la sodomie.
5.Inceste de sang ou d'alliance ainsi que de parenté spirituelle entre compère et commère, actifs et passifs
6.Adultère publique
7.Usure publique
8.Empoisonnement et maléfice, surtout de ceux qui par liens et incantations semblables empêchent la consommation du mariage.
9.Sacrilège de vol d'une chose sacrée importante dans un lieu sacré
10.De même sacrilège de fornication avec une moniale, ou avec une perosnne dans un lieu sacré.
Qu'on sache que personne ne peut absoudre des excommunications réservés à l'Evêque, par la loi ou le droit, ni modifier des vœux ou en dispenser, ni absoudre des nourritures interdites en temps de Carême, sans son autorisation et délégation.
6
EXORCISME CONTRE LES PROBLEMES DANS LE MARIAGE
PROVENANT DU DIABLE OU DE MALEFICES [219]
(EN LATIN)
Notre secopurs est dans le nom du Seigneur
Qui a fait le ciel et la terre [220]
Le Seigneur soit avec vous
Et avec votre esprit
Prions
Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu et de la bienheureuse Vierge Marie, qui a institué au paradis terrestre le mariage pour le service, la conservation et la multiplication da la nature humaine, et qui a honoré admirablement le mariage dans l'accomplissement du premier de tes miracles : par le mérites et les prières de la bienheureuse Vierge Marie, ta Mère, ceux de tous les saints et saintes, daigne † bénir ceux-ci que tu as unis par le lien conjugal et les délivrer totalement de tout lien, envoutement et maléfice de Satan, et leur donner la fécondité et la grâce pour qu'ils puissent librement user de leur mariage pour en gendrer, concevoir, porter, enfanter et nourrir une progéniture agréable à Dieu et aux hommes
Au nom du Père † et du Fils † et du Saint Esprit †. Amen.
Que JESUS, Fils de Marie, Maître et salut du monde, vous soit clément et propice. Amen.
Psaume 127
Heureux ceux qui craignent le Seigneur : ceux qui marchent selon se voies etc
Gloire au Père, au Fils etc.
Prions
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, qui a admirablement disposé le sein de la bienheureuse Vierge Marie pour qu'elle Te conçoive du Saint Esprit, Te porte, T'enfante et Te nourrisse, Toi , notre Dieu et notre Sauveur, nous invoquons humblement ta clémence pour que tu donnes la fécondité à tes serviteurs N. et N. afin qu'ils puissent engendrer, concevoir, porter, enfanter et nourrir des enfants pour ma vie éternelle.Amen
Au nom du Père †, et du Fils †, et du Saint Esprit †. Amen
Psaume 1
Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies et ne marche pas dans la voie du péché.
Gloire au Père et au Fils etc.
Que JESUS, Fils de Marie, Seigneur et salut du monde, qui a accordé un heureux enfantement à la Vierge Marie, sa Mère, t'accorde de pouvoir porter en ton sein, de nourrir, engendrer et bien élever des enfants agréables à Dieu et aux hommes.
Au nom du Père † et du Fils † et du Saint-Esprit †. Amen
Puis le curé, ou un autre prêtre qui a fait l'exorcisme, veillera que les époux disent avec grande dévotion (ou le prêtre pour eux) le verset du Ps 96,1 : Que soient cofondus tous ceux qui adorent des idôles et mettent en elles leur confiance.
XVI
NOTES POUR DES ORDONNANCES SYNODALES
24 avril [1613 [221] ?]
(EN LATIN -INÉDIT)
24 avril.
Qu'il soit permis aux prêtres approuvés .d'entendre en tout temps tous les autres prêtres en confession.
De même, que hors du temps pascal tous les curés et vicaires puissent entendre les confessions de tous les laïques qui viennent les trouver. Mais si un curé étranger vient dans une paroisse qui n'est pas la sienne, et qu'i1 veuille publiquement entendre les confessions, qu'il en demande la permission au curé propre du lieu.
Declarer qu'es oppositions qui se feront aux proclamations des mariages, l'opposant sera tenu de specifier la cause de son opposition, laquelle sera mentionnee au renvoy qu'en fera le proclamant ; et, en tous cas, seront tousjours renvoyees les parties par devant l'Official ((Appendice I, J), sans que les curés en ayent aucune connoissance de cause.
Item, que les fiancemens seront tenus pour nulz, si les promesses ne. se font par paroles expresses entre ceux qui peuvent parler, et sous le tesmoignage de deux tesmoins (masles ou femelles).
Des Monitoires : qu'on jurera de ce que l'on dit avoir perdu.
Grenade, consense [222].
Les bourgades, pour le Catechisme (notes 106,128).
M. de la Croix. M.du Crest
M. Gariod. M. Pruma [223].
De la résidence, et de la pluralité des bénéfices incompatibles. (Appendice I, E,F)
Avertissement à faire au sujet Des informations qui ne doivent pas être faites par des laïques
des chandelles. Des chastelains qui molestent ceux qui ont licence de travailler
Du supérieur du mois de mai.
De la confession des prêtres et des curés
Du chant.
Pour les Messes nouvelles : que nul n'en die de solemnelle sans avoir l'attestation du Surveillant, et qu'en icelle ne se facent balzs et carroux. Pour a quoy obvier, les sieurs Surveillants assistent auxdittes Messes.
Le livre n'est baisé que par messieurs les chanoines parés pour la Messe.
La paix sera donnée par le prêtre assistant aux chantres, lesquels la donnent à messieurs les chanoines des églises collégiales ; ensuite, le prêtre assistant principal la donnera aux plus anciens chanoines de la cathédrale.
Que ceux qui vont habiter en pays hérétique soient avertis qu'ils doivent recevoir licence de leurs curés. Ces derniers leur enseigneront leur devoir de s'abstenir de viande les jours défendus ; qu'ils les dispensent, en Notre nom, de l'observation des fêtes non solennelles, et que ces fidèles reviennent à Pâques trouver les curés les plus voisins.(note 151 sq ; Append. I, B)
M. le Doyen.
Dans les endroits où les catholiques. vivent mélangés aux hérétiques, on fera la profession de foi.
Inculquer les assemblees [224] et enjoindre aux sieurs Surveillants d'enbvoyer les roolles des presens, et des raysons des absens.
Foires es jours de feste. – Saint Bedouillier, 2e jour de Pentecoste à Mieussy [225] - Bazoche [226]
Faculté aux Surveillants d'absoudre des cas réservés.
Defenses, dans le Rituel, contre la bazoche et les tavernes, es jours de feste et pendant les Messes parroissiales [227].
Les provisions de ceux qui n'ont pas [été] enregistrés.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
XVII
FRAGMENT
D'UN COMPTE-RENDU DE L'ÉTAT DU DIOCÈSE DE GENÈVE
CONCERNANT LES MONASTÈRES
[Janvier ou février 1614 [228] )
(MINUTE – EN LATIN)
……………………………………………………………………
Il est surprenant de voir jusqu'à quel point la discipline de tous les Réguliers (j'excepte les Chartreux et les Mendiants) est détruite, en sorte que l'argent, chez eux, a été changé en scorie (Is 1,22). C'est pourquoi le nom du Seigneur est blasphémé à cause d'eux chez les hérétiques (2 R 12,14) qui disent chaque jour : Où est donc le Dieu de ces gens-là (Ps 41,11)?
Je pense qu'on peut remédier à ce mal de trois façons :
D'abord, en introduisant des moines meilleurs, appartenant à d'autres Ordres, par exemple : à la place des Cisterciens, les Feuillants ; a la place des Chanoines réguliers de cette ville d'Annecy, les Barnabites [229];. et ainsi pour les autres. C'est ce qui a déjà commencé à se faire au monastère d'Abondance, où les Feuillants ont été substitués aux Chanoines réguliers.
En second lieu, en remplaçant les Chanoines réguliers par des chanoines séculiers [230]. Si pour tous les cas cela peut paraître un peu dur, pour la plupart cependant ce serait opportun; car dans ce diocèse, les chanoines réguliers ne diffèrent des séculiers qu'en ce qu'ils portent le froc, comme on l'appelle, et aillenrs la patience [ou scapulaire]. Ce que les chanoines séculiers touchent par des distributions journalières, eux ont coutume de le toucher par des prébendes, et, après les avoir touchées, ils assistent aux Offices quand cela leur plaît ; s'ils n'y assistent pas, ils n'en sont pas plus pauvres. Du reste, aucune observance de la discipline régulière parmi eux, aucunes Constitutions écrites, aucune émission expresse de vœu. Pourquoi donc ne sont-ils pas transformés en chanoines séculiers, bien plus utiles à la république chrétienne ? D'autant plus qu'il y a ici en Savoie une multitude de gens nobles, sans revenus suffisants, dont les fils, parmi ceux qui suivent la profession ecclésiastique, pourraient de cette manière être commodément pourvus. Et si l'on agissait de même à l'égard de certains autres moines, il n'y aurait, à mon avis, qu'à s'en féliciter.
[231] En troisième lieu, si ces moines étaient maintenus, il faudrait les visiter chaque année et user à leur égard de coercition. Mais il ne conviendrait pas du tout qu'une telle visite fût faite par les Supérieurs de leurs Ordres; car les moines et les Abbés de Cluny, de Savigny et de Saint-Ruf ne savent pas même ce que c'est que réforme. Or, étant un sel affadi, comment pourraient-ils appliquer à leurs inférieurs le remède nécessaire (Mt 5,13 ; Mc 9,49)?
Pour ce qui est des monastères de Chanoines réguliers de ces régions, ils n'appartiennent à aucune Congrégation, ne célèbrent aucun Chapitre, ne sont soumis à aucune visite ni à aucune Règle. Quoique les Monastères de Sixt et de Pellionnex (L1,note 293) ; L2,note 265)) soient visités par l'Ordinaire, auquel ils sont assujettis par un droit antique (bien que jusqu'ici ils aient à peine voulu obéir), cependant Nous n'avons rien obtenu d'eux, parce qu'ils manquent de Règle et de Constitutions, et que par ailleurs, en ce qui regarde la profession ecclésiastique, ils se conduisent avec assez de bienséance. Aussi devraient-ils être visités par un autre Visiteur.
J'avoue que le premier et le second remèdes semblent devoir être très utiles, tandis que le troisième est très difficile et très incertain; car ce qui s'obtient par la force est presque comme n'existant pas.
Quant aux Religieuses, les deux Monastères de Clarisses [232] marchent fort bien, et je n'y vois rien à désirer si ce n'est qu'il soit donné aux Religieuses le secours que le saint Concile de Trente (note 179), non sans être inspiré de l'Esprit-Saint, leur a. accordé et a voulu qu'on leur donnât: à savoir, qu'au moins trois fois par an un confesseur extraordinaire leur soit envoyé. Car elles sont obligées de se confesser toujours à .un seul et même confesseur, ne pouvant, dans aucun cas et sous aucun prétexte, se confesser à un autre (note 182) ; avec quel danger pour les âmes, je l'ignore, Dieu le sait (2 Co 12,2).
Il faut en dire de même des Chartreusines de Mélan (L3, note 60), qui jusqu'ici ont mené une vie assez digne de louange, sans garder exactement la clôture, mais cependant avec une clôture suffisante. Elles sortent, en effet, près du monastère, pour se récréer, dans des prés voisins, mais toujours en commun, et vont parfois à l'église. Réciproquement, elles permettent à toutes les femmes séculières d'entrer chez elles, les hommes seuls étant exclus.
Mais les monastères de moniales Cisterciennes sont entièrement ouverts, et aux moniales pour aller visiter chez eux leurs proches et leurs parents, et aux hommes pour entrer chez elles (note 181). Je ne vois aucun autre moyen de les réformer, sinon de les établir dans les villes et de les soumettre à d'autres Supérieurs, qui s'occupent plus sérieusement du soin de leurs âmes.
…………………………………………………………….
Revu sur les deux Autographes indiqués dans la première note de cette pièce.
ORDONNANCES SYNODALES
16 avril 1614, 6 mai 1615 et 20 mai 1616
(Voir à l'Appendice I, les pièces J, K, L., et ci-dessus note 141)
XVIII
ORDONNANCES SYNODALES
(MINUTE)
[233] ORDONNANCES
FAICTES ET PRONONCEES PAR MONSEIGNEUR LE REVERENDISSIME
AU SYNODE DE L'AN 1617 [234]
1
Tous ceux qui, de droict, sont obligés d'estre presents au Synode, y comparoistront désormais en surplis et bonnetz quarrés (Append. I,G), et les Surveillans prendront garde de venir de si bon'heure qu'ils puissent assister a l'assemblee qui se faict sur le jour avant la celebration dudict Synode [235], pour preparer ce que l'on doit proposer et declarer selon les difficultés.et necessités du diocaese.
2
Tous les curés, apres leur retour du Sinode, diront trois Messes : une du Saint Esprit; pour tout le clergé de ce diocese ; un'aultre pour la paix [236] et pour la prosperité de noz Princes et bonne conduicte des magistrats establis par iceulx ; la troisiesme, pour les Evesques, curés et ecclesiastiques du diocaese, trespassés.
3
Tous les curés exhorteront leurs parroissiens aux prieres particulieres pour la paix et conservation des Estats de Son Altesse, lesquelles ils feront ez villes tous les jours ; es villages, les jours des festes et Dimanches, sur le soir, ou a Vespres, si on les y chante et que le peuple y accoure.
4
Les Surveillants estants es lieux de leurs surveillances appelleront a eux tous les confesseurs extraordinaires, a. sçavoir ceux qui ne sont pas curés, pour voir leurs admissions et r'envoier ceux qui n'en ont poinct (Append I, C, E). Et pour ce que plusieurs, apres les avoir obtenues, sont devenus extremement ignorans, les Surveillants les examineront pour voir s'il sera expedient continuer leurs admissions tout le temps que leurs patentes designent, ou bien s'il sera bon de les revocquer ; leurs (sic) declareront la revocation d'icelles de Nostre part.
5
Les prebstres qui vouldront estre admis a l'administration des Sacrements se presenteront aux Examinateurs deputés au Synode [237], le premier jeudy de chasque moys, si l'ors ne se rencontre feste solemnelle ; et en ce cas, ils se presenteront le jeudy prochainement suivant pour estre examinés, et puis appreuvés par le Reverend sieur nostre Vicaire general [238] ou ses substituts. Et dequoy les curés feront advertir les autres prestres de leurs parroisses, affin qu'ilz ne se presentent les aultres jours, esquels ils ne seront receus.
6
Ceux qui doresnavant vouldront estre promeus aux Ordres sacrés se presenteront, en suitte de l'ordonnance du sainct et sacré Concile de Trente (De Reform.21,2), avec bon et suffisant. Tiltre ; lequel ne sera estimé tel s'il n'est au moins de six vingt florins, et sil n'est faict et stipulé en la presence du Surveillant. Ils representeront aussy attestations de leurs curés comme trois proclamations auront esté faictes au prosne de leurs eglises, sans qu'il se soit treuvé aulcun empechement en eux pour la reception des Ordres sacrés (Append. I,D). Ils seront aussy tenus de s'exercer en l'exercice des Ordres quilz ont et d'en apporter le certificat de leurs curés par escrit, comme encores de leurs aages et bonnes meurs; en .quoy les sieurs curés sont exhortés .ët conjurés, de la part du Juge .eternel; d'estre fort conscientieux et.vëritables.
7
Nul ecclesiastique, tant seculier que regulier, ne sera receu a prescher la parolle de Dieu avant quil soit examiné par les deputés et appreuvé par Nous ou nostre Vicaire general (Append. I,G). Nous exceptons touttesfois les docteurs et gradués en theologie, qui pourront estre admis sans examen, et ceux ausquels par le passé Nous avons donné telle licence ; et n'entendons comprendre en cette defence les sieurs curés qui, par leurs establissemens, non seulement peuvent mais doivent enseigner les peuples a eux commis, selon leur portee.
8
Tous les confesseurs de ceste ville, tant seculiers que reguliers, et encores ceux de la surveillance d'icelle, s'assembleront deux fois l'annee, a sçavoir, avant Caresme et la Toussainct, pour faire une conference touchant le Sacrement de Penitence ; pour laquelle conference tous les confesseurs de chasque surveillance s'assembleront aussy une fois l'annee (note 224), a sçavoir avant le Caresme, en la bourgade ou se distribuent les sainctes Huiles, et ce en la presence du Surveillant (note id) ou autre deputé pour y presider.
9
La distribution des sainctes Huiles se fera premierement par le petit Ouvrier ou sous Sacristain de l'Eglise cathedrale, aux deputés des villes et bourgades, qui luy avanceront, pour chasque cure qui sera marquee en leurs reolles, deux sols. Et les deputés les distribueront aux curés designés en leurs roolles ; de chascun desquels ils recepvront quattre sols.(Append.I,L), deux desquels seront pour le remboursement. des deux avancés audict sous Sacristain, et les aultres deux pour la despensè faite a venir prendre et accroistre l'huile. Ce qui se fera precisement dans le temps qui est entre Pasques et Pentecoste, et dans la quinzaine suivante lesdiz distributeurs envoyeront a nostre Vicaire general lë roolle de cëux qui les auront prises (Append. F). Advisëront en la refusion desdictes sainctes Huiles, de verser petit a petit l'huile non sacree dans la sacree, et non au contraire, et de ne les bailler a porter qu'a personnes constituees en Ordres sacrés.
[239] Nous implorerons le bras seculier affin que les libraires, tant residants au pais qu'estrangers, n'exposent leurs livres en vente premier qu'avoir donné la liste d'iceulx a nostre Vicaire general, en ceste ville, et ailleurs aux curés des lieux esquels ils les vouldront exposer ; pour empecher que les livres prohibés ne soient semés au prejudice des consciences.
12
Tous ecclesiastiques qui tiennent des. femmes, de quel aage qu'elles soient, pour leurs services ou aultrement, les congedieront et feront retirer dans le mois; a peine d'excommunication termina elapso incurrendœ, reservee a Nous, et aultre chastiment arbitraire (Append. E). Saufz celles que le droict permet : comme meres, sœurs, belles meres, belles sœurs, cousines germaines et niepces de frere ou de sœur. Que si, le mois passé, il se treuve quelqu'un qui n'ayt satisfait a la presente constitution les. Surveillants.en.donneront certificats a nostre Vicaire general..
12
Pour remedier; aultant que Nous pouvons, aux grands scandales que plusieurs ecclesiastiques donnent au peuple chrestien par la frequentation des tavernes, mesprisants les deffences auparavant faictes [240], Nous les renouvellons soubz plus grande peine, asçavoir, d'excommunication ipso facto incurrendae et reservee a Nous ; laquelle encourront tous ecclesiastiques qui, dans l'enclos de leurs parroisses et lieux de leur sejour : boiront et mangeront en taverne, saufz es cas de nopces, baptesmes, funerailles et Confrairies seulement ; dont Nous n'exceptons aulcunement les fiançailles, ni anniversaires, ni mises de dismes, ni appoinctements, ni aultre pretexte quel quil soit.
13
Tous beneficiés, tant curés que chappellains, apporteront ou envoiront le plustot quils pourront tous les tiltres et documents de leurs: eglises et chappelles es archives de 1'Evesché, pour y estre conservés et gardés.(Append. I, E); lesquels seront communiqués aux possesseurs et recteurs desdites eglises et chappelles selon les occurrences et necessités. Et de ce, les Surveillants advertiront les curés et aultres beneficiés de leurs quartiers, affin quils dressent des registres de leurs dicts tiltres, qui leurs (sic) suffiront pour l'exaction de leurs revenus. Les Chapitres remettront esdites archives au moins les registres generaulx de leurs tiltres,
14
Tous les curés remettront ou envoiront dans trois mois les livres baptismaulx, matrimoniaulx et funeraulx au greffe de l'Evesché ; a peine de suspension ab officio lesditz trois mois estants expirés.
15
Les confesseurs advertiront les femmes de n'entrer ez monasteres des Religieux, en suitte des ordonnances des saincts Peres et Souverains. Pontifes de l'Eglise.
16
Les confesseurs prendront garde de n'ouïr les confessions des femmes dans les sacristies, chambres et aultres lieux particuliers, mais es confessionnaulx et lieux exposés a la veue de tous.
17
Nous renouvellons la deffence des jeux illicites, conformement aux saincts Canons (Conc.Trente De Reform.22,1 et 24,12), voire encores des licites ez lieux publicqs et sacrés, ou aultres esquels l'on peut donner scandale [241].
18
La modestie de l'ornement corporel sera tellement recommandee aux ecclesiastiques, que l'on ne les verra plus porter les moustaches longues, ni les pitcadilles ou rotondes, mais feront voir en eux grande moderation en touttes sortes d'habits.
19
Nous renouvellons le commandement de la residence es benefices aiants charge d'ames [242], en suitte du sainct Concile (Sess. 6,2 et 23,1) avec ordonnance de citer ceux qui ne resident n'en estants dispensés par la faveur des indults apostolicqs.
20
Les ecclesiastiques paroistront des ores ez assemblees publiques, avec le bonnet carré, ils marcheront es villes avec la sotane (Append. I, C,D) et le manteau ; es villages, au moins avec la sotanelle.
21
Les ecclesiastiques n'intenteront aulcun proces, tant criminel que civil, quils n'ayent communiqué avec les moderateurs deputés qui resideront en ceste ville, pour. voir si le proces peut estre evité ou appoincté, et, quand besoing seroit de plaider, pour ne le faire sans bon fondement.(Append.I, D)
22
S'il arrive quil soit necessaire a quelque ecclesiastique de vendre son vin en detail, il ne vendra soub ce pretexte aulcune aultre chose, et ne permettra que le vin soit beu es chambres de sa maison.
23
Tous ecclesiastiques seculiers sachent quils sont obligés a l'obeissance des Constitutions synodales, et que les Reguliers les observent en ce qui les regarde : comme de n'ouïr les confessions ni prescher sans approbation, de n'absouldre des cas reservés les personnes de ce diocese, et generalement, quils gardent les aultres ordonnances qui les concernent traictants avec les seculiers.
. 24
Tous les curés assisteront au Synode, a peyne d'amende arbitraire.(Append. I, D,H,K) Et estants arrivés, se presenteront au greffier de l'Evesché pour donner leurs noms et payer le droict que les saincts Canons appellent cathedraticum (Decretum Gratiani 2,10,3,1-4-5-6-8-10 ; Greg IX Decretales 1,31,16 ; 3,39,9 et 20), estimé a deux sols ; et ceux qui n'assisteront au Synode feront le mesme debvoir par procureurs.
25
Les curés des villes et bourgades ne manqueront de faire la Doctrine chrestienne en leurs eglises tous les Dimanches ; a peine de chastiment arbitraire [243]. Les curés encores des villages sont exhortés de ce faire selon les commodités quils en auront.
26
Nous renouvellons le commandement d'avoir et tenir le Rituel dressé pour l'usage de ce diocese (Append. I, H,J), et faire le Prosne y contenu (note 216), en le lisant au peuple.
27
Les curés adviseront de n'adjouster aux prieres que l'on faict pour les trespassés, tant es funerailles qu'es anniversaires, nouveaux responsoires ni proses non approuvees qui ne sont contenues au Rituel de ce diocese [244].
28
. Les curés permettront a leurs parroissiens de faire leurs confessions aux confesseurs approuvés quils desireront; mais quils leur en rapportent des certificats, a faute de quoy ils ne seront tenus pour confessés [245]. Ils ne donneront pas touttesfois ce congé, si bon ne leur semble, pour la saincte Communion.
29
Les curés bailleront les proclamations des mariages et rendront les Monitoires publiés et signés, sans demander aulcun emolument (Append. I,E).
30
L'on intimera et observera l'ordonnance de l'Eglise de ne celebrer les mariages que de matin a la Messe, en laquelle les filles recepvront la benediction ; et seront exhortés, avec leurs espoux, de se communier en la mesme Messe, en suitte de la rubriche (sic) du Messel (Append. A,D,F, J).
31
Les curés adviseront soigneusement que l'on ne chante es eglises certains Noels pleins de paroles indignes, profanes et contraires a la pieté et reverence deue aux lieux et choses sacrees [246], comme encores de n'adjouster es Psalmes que l'on chante es solemnités de la Nativité de Nostre Seigneur, certaines paroles ridicules et pleines de blaspheme ; mais observeront diligemment au service de Dieu les sainctes et seules cerimonies que l'Eglise Catholique a religieusement instituees.
Revu sur l'original conservé à la Visitation d'Annecy.
XIX
SENTIMENT SUR LA COLLATION DES BÉNÉFICES ET LA NOMINATION DES CURÉS [247]
Il est raysonnable de remettre le soin d'une [charge] [248] a celuy qui en peut le moins abuser; et si j'avais de la creance [249] pres les grans, je prefererais la conscience a la science et a la qualité de la mayson ; aucun n'auroit charge dans l'Eglise, qui ne fust deschargé des vices qui l'ont [250] esbranlee [251]. Je distribuerois les dignités a ceux qui les fuyent, et non pas a ceux qui les suivent ; mais je n'advancerois pas, comme fit un Roy de France [252], un prestre qui dormiroit en l'eglise. Tous ces poursuivans qui recherchent leur fortune au domaine de Jesus Christ tesmoignent [253]manifestement qu'ilz en sont incapables, et coulpables d'ambition ; ilz n'y recherchent pas, dit saint Paul aux Romains.(Rm 10,3), la justice de Dieu, mais leurs interestz propres.
Ceux qui dient qu'il faut remplir les sieges vacans et donner leurs places aux doctes, n'en disent pas asses s'ilz n'y adjoustent : et humbles ; car la science enfle. et ne doit estre estimee qu'autant qu'elle est fructueuse a salut .
Il y a bien des degrés auparavant que d'entrer au cabinet de la vraye doctrine : il faut passer par devant ceux qui veulent sçavoir pour sçavoir, et qu'on appelle curieux ; de la,. venir a ceux qui veulent sçavoir pour paroistre sçavans, et qu'on nomme vains ; par apres, a ceux qui veulent sçavoir pour tirer la science a leur usage et a leur commodité, et qu'on peut estimer avaricieux ; et puis, monter a ceux qui veulent sçavoir pour edifier, et c'est la qu'est la charité.. Mais le [plus haut] point est a vouloir sçavoir pour estre edifié, car c'est la le cabinet de la vraye science.
…………………………………………………………………..
[254] C'est que les bons curés ne sont pas moins necessaires que les bons Evesques, et les Evesques travaillent en vain s'ilz ne sont soigneux de pourvoir leurs eglises parroissiales de curés devotz, de vie exemplaire et de suffisante doctrine, parce que ce sont les pasteurs immediatz qui doivent marcher devant les brebis (Jn 10,4), leur enseigner le chemin du Ciel et leur donner l'exemple qu'elles doivent suivre. L'experience m'a fait connoistre que le peuple se portait facilement aux exercices de devotion lhors qu'il avait des personnes ecclesiastiques qui, par la parole de Dieu et le bon exemple, l'excitoyent a fuir le vice et embrasser la vertu ; et qu'au contraire la populace se detraquoit fort facilement de l'exercice des vertus chrestiennes lhors que leurs prestres estoyent ignorans, peu soigneux du salut des ames et de mauvaise vie.
APPENDICE DU PREMIER GROUPE DE LA IVe SÉRIE
SOMMAIRES DES ORDONNANCES SYNODALES DE SAINT FRANÇOIS DB SALES (note 141)
A
ORDONNANCES DU 5 MAI 1604
A esté dict et arresté que pour chose que sera (sic) esté prinse et derobbee ne surpassant la valeur de trois florins, ne sera lasché aucun Monitoire (note 218).
Et que au paravant que venir a la seconde publication, l'impetrant se viendra purger par serment sur la venté du contenu en icelluy, entre les mains du curé ou vicaire des lieulx. Que si il le faut publier en divers lieulx, attestation au pied, dudict curé [255].
Ceux qui sont tenus pour concubinaires notoirement, et neantmoins ne le confessent, le curé sera tenu Nous en advertir.
[256] Les ventemens qui se font en plusieurs endroictz de ce diocese, par les vicaires, curés et autres prebstres tant seculiers que reguliers, avec les corporaux, sur ceux qui ont mal aux yeux, sont des a present prohibés ; comme aussi d'y mettre de l'eau qui a esté versee dans le calice apres la Postcommunion. Bien permettons Nous de leur toucher les yeux avec la patene.et les corporaux apres la celebration de la saincte Messe, et apres que l'Evangile de sainct Jehan sera dict.
Au paravant que impartir la benediction nuptiale, laquelle se fera de mattin, estant deuement confessés et communiés l'espoux et espouse.
Seront tenus tous curés Nous rapporter rolle de ceulx qui n'ont poinct communié a Pasques.
L'Office des mortz ne se doibt fere les jours de Dimenche : neantmoins cela est toleré pour eviter a scandale et ne lever la devotion des gentz. .
Et si, avons ordonné que tous curés et beneficiés seront tenus ballier au vray la valeur de leurs benefices toutes foys et quantes quilz en seront summés, avec purgation de serment entre les mains du commissaire deputé.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1602-1607, de l'ancien Evêché de Genève.
B
ORDONNANCES DU 12 AVRIL 1606
Monseigneur le Reverendissime, en l'assistence des sus nommés et autres de son Clergé, a ordonné et statué de nouveau que les defenses des tavernes estoient reiterees, et autres constitutions pourtees par ses Ordonnances synodales faictes le second octobre 1603 (note 104 sq); et notamment la residence a tous curés de sa diocese, et aux vicaires de le notifier a leurs maistres, et de justifier de la dispense dans six sepmaynes a peyne de privation de leurs benefices .
Plus est inhibé a tous curés et exorcistes de ne exorciser aucune femme sans Nostre permission, ou de nostre Vicaire, dans leur cure, sinon publiquement dans l'eglise, ni les tenir dans-leur cure ; pareillement, ne fere aucune peregrination avec lesdictes femmes : a peyne de vingt cinq livres et autre peyne arbitraire.
Ne sera loisible a aucun Religieux incogneu, de quel Ordre quil soit, de prescher en aucune parroche, sil n'a lettres patentes de Nous ou de nostre Vicaire general.
Tous seront tenus se confesser [à Pâques] vers leurs curés, ou vers autres qui seront de Nous licentiés, ayant touttesfois attestation des confesseurs, ou vers ceulx qui auront privilege de Sa Saincteté, en rapportant attestation d'eux a Pasques seulement; et se communier en leur parroche audict temps de Pasques, a peyne d'excommunication..
Et lesquelz confessenrs pourront recepvoir au sainct Sacrement de Communion ceulx qui auront habité vers les heretiques pour cause de leur pauvreté et pour gagner leur vie, et qui n'auront celebre les festes de l'Eglise ; mais ceulx qui font actes heretiques ne seront receuz.. .
Et par ce quil Nous est venu a notice que, en plusieurs endroictz et parroches de ceste diocese, la coustume est que ensepvelissant les decedés, de mettre ung linceul sus les corps d'iceulz et de se servir d'un linceul honneste, lequel les curés ne perçoipvent, mais appartient [aux héritiers] [257] : affin que l'honneur deubt et service soit faict avec la decence requise, a esté ordonné quil ne sera plus exigé par cy apres pour ledict linceul sinon six florins, et pour le couvrechief accoustumé mettre sus les petitz enfans, deux florins seulement. .
Et pour l'aulmone qui se donne pour la celebration des Messes, qu'elle sera, pour la Grande Messe de quattre solz, et pour la petite de deux solz ; et neantmoins sera permis de prendre ce que sera donné de libre volonté.
. Et dautant quil y a des chappelles ausquelles les recteurs sont chargés de celebration de Messes plus que le revenu ne peut porter, l'on a reduict icelles Messes a six solz, et que a concurrence dudict revenu et proportion elles seront celebrees.
Et comme Nous avons heu des plaintes et veu des proces sur l'excessive exaction qu'aucuns curés font de luminaire qui se faict en la sepulture des decedés et durant l'annee du dueil: a quoy desirant obvier, a esté dict quil ne sera loisible a qui que ce soit d'user es eglises que de cire pure, et que pour chasque livre de ladicte cire pure fournye par les curés, ne sera permis de demander et se fere paier plus haut que de cinq florins, poidz de ceste ville d'Annessy, lequel sera pesé au commencement et a la fin du dueil..
Plus a esté ordonné que le luminaire qui sera mis en faisant les funerailles et Office, ledict Office achevé et cessé, appertiendra au curé. Est touttesfois ordonné que le curé sera tenu de donner deux chandoilles pour les pauvres.
Plus a esté ordonné que la reste de sainct Pierre ad vincula, avec l'octave, seront celebrees par toute la diocese ; ensemble, le jour de la Dedicasse le jour qu'elle tombera, qu'est le huictiesme d'octobre [258].
Et finalement, attendu qui! y a des curés, chappelliers et autres qui se rendent odieulx a leurs parrochains a cause des proces quilz intentent contre leurs parrochains et autres. a esté ordonné que aucun proces ne sera meu que prealablement ilz n'ayent communiqué avec les Surveilliantz pour en avoir leur advis.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1602-1607. de l'ancien Evêché de Genève.
C
ORDONNANCES DU 30 JUIN 1607 [259]
Monseigneur FRANÇOIS DE SALES, par la grace de Dieu et du Sainct--Siege Apostolique Evesque et Prince de Geneve, avec son Clergé assemblé dans le refectoire de Sainct François de ceste ville d'Annissi [260], a dict, constitué et ordonné :
Que pour eviter a tous pechés que pourroient estre commis par les parrochains de chasque parroche occasion des festes qui ne sont observees, que par cy apres les Survelliantz en ballieront dispense.
Plus a esté conclud, ordonné et arresté, par l'advis de mondict Seigneur et sondict Clergé, que dores en avant il sera permis a tous de pouvoir user de beurre en temps de Caresme, en conferant l'aulmone aux pauvres, telle que sera ordonné, ou d'assister a une procession [en compensation] ; en consideration que, en ce pais, ny a ny huille d'olive ny de noix des environ trois ou quattre annees.
Tous curés et vicaires seront tenus de fere les quattre livres des baptizés, communiés, [mariés] et decedés, chacun en leur parroche., mesme de ceulx qui ne feront leur debvoir a Pasques ; les appourter et remettre par devers nostre greffe, et lesdictz vicaires s'en allantz, les laisser [à la cure]. Et ce, a peyne de cinquante livres.
Est aussy inhibé et defendu a tous curés, vicaires et autres prebstres de ne baptizer avec cerimonies dans les maisons; a la mesme peyne que dessus.
Nul ne sera receu au sainçt Sacrement de Mariage sans recepvoir la benediction, qui n'aura esté oncques marié; et sera neantmoins celebree la Messe de sponso et sponsa ou, si fere ne se peut, sera faicte commemoration de sponso et sponsa.
Tous vicaires sont suspendus de l'exercice de l'administration des sainctz Sacrementz jusques a ce quilz ayent comparu par devant les Surveilliantz pour sçavoir silz ont le pouvoir et admission. Et l'ayantz, iceulx prebstres [sont tenus] d'user de la forme d'absolution par Nous prescripte [261], a peyne cinquante livres. .
Tous curés ou vicaires tiendront le Sainct Sacrement reveremment et decemment, avec les ournementz requis et necessaires a un [tel] tressainct et auguste Sacrement; lequel Sacrement iceulx prebstres feront consumer dans l'octave..
Ausquelz prebstres, de quelle qualité et condition quilz soient, sont rafraischies [les défenses des [262]] tavernes, soub les peynes cy devant indites, et [l'ordre] de pourter la barbe et habitz decentz a leur qualité..
Ausquelz curés et prebstres enjoignons, que se praesentant l'occasion de la decision de cas de conscience, que l'on s'addresse au Penitentier
Et dautant que les messagiers de Sainct Bernard [263], Sainct Antoenne [264] et Nostre Dame du Puys [265], faisant cuelliette des questes par les parroches de ceste diocese, vont faisant icelles questes par les maisons pour frustrer les curés de leur quattriesme, avons dict [et] ordonné que de toutes lesdictes oblations, lesdictz curés en auront la quattriesme partie par cy apres et comme ilz ont heu cy devant. .
Tous beneficiés paieront [les] decimes, suivant ce quilz sont cottizés au cottet respectivement, entre cy et la feste de sainct Jehan Baptiste; laquelle passee, sera mis un exacteur a leurs despens, auquel sera remis le cottet, qui retirera deux solz pour florin.
Et affin que tous confesseurs puissent sçavoir comme ilz se pourront compourter pour les cas de conscience, l'on fait sçavoir que tous les quatriesme jours du mois l'on s'assemblera en ceste ville, si ce n'est jour de feste, pour decider des questions occurrentes [266] ; ceulx qui ne pourront y assister, ilz pourront mander par missive.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1602-1607, de l'ancien Evêché de Genève.
D
ORDONNANCES DU 23 AVRIL 1608
Mondict Seigneur le Reverendissime, en l'assemblee de sondict Clergé, sur la plainte faicte par le seigneur et commandeur ae Sainct Antoenne de Chambery [267], sur ce que, allant et venant leur messagier et procureur a la queste par ce diocese de Geneve, quelques uns des curés et seculiers les veullent molester et inquieter en leurs questes: suivant la coustume de tous temps observee, a esté dict et ordonné que des aulmones et questes que seraient faictes en commun aux eglises, les curés en retireroient seulement la quatriesme partie; et pour le regard des Messes et aulmones donnees ausdictz messagiers de Sainct Antoenne en particulier, que lesdictz curés ny prendroyent et percepvroient aucune chose : avec inhibitions et defenses a tous scindiques et curés de les troubler, ny en retirer rien et d'emploier aucune chose en taverne ny autre usage prophane ; et ce, a peyne de l'amende de dix livres.
Comme aussi pour les Messes et aulmones qui se font par les parroches pour la boyte de touttes ames et trespassés (note 118), que les curés exigent plus exactement quilz ne doibvent : a esté dict, que les Survelliantz se transpourteront par les parroches dependant de leur survelliance, pour avoir instruction des coustumes observees en icelles, pour, icelles instructions veues et rapportees par devers Nous, estre donné tel ordreet reiglement que verrons estre expedient et de raison.
Plus a esté dict et ordonné que aucun Monitoire apostillé (note 218) ne sera publié par aucun curé; lesqueIz Monitoires les impetrantz d'iceulx seront tenus aporter au paravant la Messe : autrement, la publication sera diferee au prochain Dimenche par ledict curé, auquel est inhibé que pour la publication d'iceulx, ny pour autres offices pastoraulx quelz qu'iIz soyent, iIz n'en prennent aucune chose, sinon que ilz fussent requis se transporter par les maisons.
Ausquelz curés est faïcte injunction de porter habit decent, et la barbe selon leur qualité ecclesiastique.
Est inhibé de ne frequenterjeux publics, tavernes, sous les peynes pourtees par nos precedentes Constitutions sinodales, et ne travallier de labeurs rustiques [publiquement [268].]
Comme aussy, de ne conferer le sainct Sacrement de Baptesme par les maisons et chappelles avec application du sainct cresme et autres cerimonies de l'Eglise, a peyne de vingt cinq livres, sinon que ce soit de Nostre particuliere et expresse licence; ce qui se faisant, sera le tout redigé par escript, [et] lesdictes cerimonies avoir estés observees.
Et seront tenus iceulx curés enseigner les meres sages de chacune parroche la maniere et forme de baptizer l'enfant, prenant par trois fois de l'eau, disant : " Je te baptize au nom du Pere, et du Filz, et du Sainct Esprit. ". .
Et de comparoir toutes les annees au Sinode et appourter les quattre livres que leur [est] commandé de fere ; iceulx remettre par devers le greffe, a peyne de l'amende de dix livres. Ou bien, mander souffisante excuse ou procure souffisante, avec lesdictz registres.
Et si, est de rechiefz inhibé et defendu de n'intenter aucun proces sans le sceu et advis de leurs Survelliantz, a la mesme [peine] que dessus, suyvant nos precedentes Sinodales [269],
Toutes persones mariees nouvellement en premieres nopces seront tenu prendre la benediction a la Messe, ou bien, [a] defaut de la Messe, le lendemain au mattin.,
Est ordonné ne recepvoir a confesse et a la saincte Communion ceulx qui vont a Geneve et mangent le vendredy et sammedy de la chair, prennent la Cene et font autres actes par lesquelz ilz renoncent purement a nostre religion [catholique [270] ; et ne seront neantmoins refusés ceulx qui, par necessité, se transportent a Geneve et travaillient les jours de feste, et ne sont obligés icelles observer, en cas de necessité..
Les chappelles ausquelles ne sera faict aucun service, combien que soient esté proclamees par trois diverses Dimenches suyvant les attestations rapportees, les revenus d'icelles seront joinctz et unis au maistre autel..
Item, que toutes permissions de travallier les jours de feste seront par cy apres donnees solemnellement et autentiquement, affin que l'on n'en puisse abuser..
Tous desirantz estre promeuz aux sacrés Ordres seront tenus fere fere trois proclamations aux parroches de leur origine. Sil y a persone qui sçache quelque empechement, soit de leur parentage, vie et deportementz, quilz ayent a le dec1arer et reveler, et de ce en rapporter attestation ; autrement, a faute de ce, ne seront poinct receuz.
Et finalement a esté dict et arresté que les trois [jours] de la celebration du Sinode, comme la veille, jour d'icelluy et de lendemain, seront par cy apres privilegiés, et ne se pourra esdictz jours fere aucune execution, quelle qu'elle soit, a peyne de nullité et de l'amende.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1608-1611, de l'ancien Evêché de Genève.
E
ORDONNANCES DU 6 MAI 1609
Mondict Seigneur le Reverendissime, en l'assemblee de sondict Clergé, sur les plaintes et contestes qui seroient survenues sur les permutations de benefices pourtant cure d'ames qu'autres simples benefices, auroit dict, statué et ordonné, comme il [appert] par les presentes Constitutions synodales :
Que tous beneficiés desirant resigner leurs benefices par cause de permutation, par devant Nous ou nostre Vicaire general, seront tenus par cy apres exprimer la situation et vraye valeur du revenu et en quoy le dict revenu consiste. Et en cas que telles permutations soient treuvees justes et raisonnables, seront les dictes permutations registrees par devers le greffe deuement, a charge touttesfois que les provisions qui pourroient estre faictes en suite d'icelles ne pourront et ne sera loysible d'estre expediees que passés et escoulés vingt jours entiers, y comprenant le jour de ladicte resignation. Autrement, et en cas que les provisions fussent expediees avant ledict temps de vingt jours-sus establys espiré, a declaré telles provisions nulles et nullement faictes, lesdictz benefices vaccans, et sera d'iceulx benefices proveu par voye de concours. Que si lesdictz benefices sont chappelles dependant de droict de patronage, seront les patrons et presentateurs d'icelles tenus presenter et nommer pour recteurs desdictz benefices, dans le temps pourté par le droict, gentz capables pour estre institués : a faute de quoy fere, seront les chappelles par Nous conferees comme si icelles chappelles ne dependoient d'aucun presentateur.
Et cas advenant que pendant les susdictz vingt jours sus ordonnés il arrivat que l'un des permutans vint a deceder au paravant que les permutations heussent sorti leur plain et entier effect, sera permis a l'autre permutant survivant de demeurer dans son benefice paisiblement, sans contredite, sans que telle permutation et resignation luy peut appourter prejudice et comme si oncques elle n'eut esté faicte.
Tous tenant cures ou qui en obtiendront par cy apres, qui les auront resigné ou resigneront par cause de permutation avec des chappelles ou autres benefices en faveur de quelques uns, soit moiennant provision ou permutation simplement, des a present ne leur [sera] permys de se pouvoir inscrire au concours pour en obtenir d'autres.
Sera touttesfois loisible a ceulx qui auront obtenu benefices ou qui en obtiendront par cy apres, et desquelz ilz seront possesseurs, de se pouvoir inscrire a un autre concours, a charge neantmoins qu'en obtenant un'autre cure ou benefice, ilz seront tenus au mesme instant de resigner purement et simplement entre [Nos] mains, ou de nostre Vicaire general, celle qu'ilz possedaient au paravant, pour estre mise en concours.
Tous impetrans benefices, soit simples ou autres, seront tenus d'exprimer l'incompatibilité dans leurs provisions; autrement, seront telles provisions nulles et de nul effect, et comme telles les declarons.
. Et par ce que plusieurs chappelliers tiennent et possedent chappelles sans estre d'icelles institués, a esté dict et ordonné que tous chappelliers feront et Nous rapporteront leurs institutions par devers le greffe dans trois mois ; autrement, et a faute de ce, seront par Nous tenus comme intrus, et d'icelles en sera par Nous proveu a d'autres comme verrons a fere.
Tous tenant benefices, soient (sic) cures ou chappelles, seront tenus de remettre le rolle du revenu d'iceulx, et en quoy il consiste, dans trois mois; a peyne de vingt cinq livres contre les defalliantz, des a present declaré. Et si ledict revenu consiste en rentes volantes ou censes foncieres, en rapporter inventaire, et iceulx fere renover dans deux ans. .
Sur la plaincte a Nous faicte que aucuns curés prennent argent pour publier mariages et Monitoires, des a present il est inhibé a tous curés que, pour publication de mariages ou Monitoire, il n'en soit prins aucun argent ; a peyne de vingt cinq livres et autre plus grande, sil y eschoit.
Ne sera aussy publié aucun Monitoire que preallablement les impetrantz d'iceulx ne se purgent par serment sur la verité du contenu en iceulx. Et ou ledict Monitoire sera esté refusé de publier, sera mis au pied : " N'a esté publié par ce que l'impetrant ne s'est purgé par serment. "
Tous curés ne pourront recepvoir en confession [à Pâques [271], les parrochains d'autre parroche sans la permission de leur curé ou vicaire en icelle.
Lesquelz curés tascheront de n'imposer aux penitentz penitences confuses [272], mais specifiques (sic) et tendantz a douceur plus tost 'qu'a rigueur. Et ne pourront absoudre concubinaires.
Et par ce que plusieurs prebstres ignorantz s'entremeslent de la collation des Sacrementz sans avoir permission de Nous ou de nostre Vicaire, Nous avons enjoinct a tous Surveilliantz de Nostre diocese de Nous rapporter rolle desdictz vicaires et prebstres, pour, sur ce, estre proveu
Et par ce que il se treuve plusieurs riere Nostre diocese qui font profession d'enseigner la jeunesse, qui ne sont d'Eglise, avons dict et ordonné quilz seront tenus au paravant fere profession de foy entre les mains de leur Surveilliant ; a peyne d'estre declaré incapable et rigoureusement chastié.
Ausquelz Surveilliantz est permis donner a leurs parrochains, en cas de necessité seulement, permission par escrit de pouvoir travallier, et defendu de ny commettre aucun abus; qui n'en pourront estre recherchés aucunement. Et touttesfois, leur est commandé de fere inhibition a leurs parrochains de prevariquer les festes locales et de les interrompre.
Puisque par Nos Sinodales cy devant faictes [273] estoit inhibé a tous prebstres ne tenir femmes suspectes, est derechef inhibé de ne tenir femme, sinon que ce soit mere, bellemere, tante, seur ; a peyne d'estre chastié rigoureusement.
Comme semblablement les tavernes et jeux en lieu public sont defendus a tous prebstres, sous les peynes cy devant par Nous indites [274]. .
Si est commandé a tous curés de ce diocese ayant leur esglise propre, d'enseigner le Cathechisme aux enfans ; a peyne de dix livres, et a Nos officiers d'y tenir main.
Comme aussy de Nous rappourter rolle des communiantz de leur parroche toutes les annees, sous la mesme peyne que dessus, et des baptizés et mariages.
Ausquelz curés est inhibé de ne recepvoir aucunes patentes de passagiers, qui soient trassees, rompues et deschirees.
Sur la remonstrance verbale faicte [par] nostre Prqcureur fiscal [275], comme encour qu'il soit pourté par Nos Constitutions sinodales cy devant faictes [276], se presenter au Sinode et de rapporter annuellement leurs quattre livres, ce neantmoins, au mespris d'icelles, plusieurs curés ne tiennent compte d'obeir a icelles, de sorte quil Nous auroit requis qu'elles fussent refrechies : quoy ouy par Monseigneur le Reverendissime, seroit esté dict et ordonné que tous curés seroient tenus de se presenter audict jour de Sinode toutes les annees personnellement, produire et remettre leurs quattre livres en bonne et deue forme ; a peyne de dix livres. Ou bien, [en] cas de necessité, envoyer lesdictz registres, avec souffisante attestation, et excuse de leur indisposition.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1608-1611 de l'ancien Evêché de Genève.
F
ORDONNANCES DU 28 AVRIL 1610
Mondict Seigneur le Reverendissime, apres avoir donné acte de la presentation de comparantz pour leur servir et valloir ainsi que de raison, a dict [et] ordonné quil sera passé a la celebration dudict Sinode par les cy devant nommés, que sera autant vallable comme si tous avoient esté presentz. Et neantmoins, faisant droict sur les requisitions dudict Procureur fiscal, a dict et ordonné que tous curés seront tenus de comparoir au Sinode par cy apres et donner leur nom, payer deux solz ; a peyne de l'amende de dix livres, laquelle est declaree contre chacun contrevenant et defalliant.
Plus, tous curés seront tenus de enseigner le Cathechisme Plus, d'achepter les Tables des Cas de conscience. - Tous curés achepteront les [Tables des] Indulgences que sont concedees a ceulx que sont de la Confrarie du Sainct Sacrement.
Pour la celebration des festes, le Manuel se dresse, en fin duquel se mettront les festes qui se debvront celebrer [277], Ausquelz [curés] est inhibé de ne dispenser en façon que soit, sinon aux Survelliantz, ausquelz Nous avons permis de pouvoir dispenser.. .
Les defenses des tavernes sont refrachies, sauf quand il se font des festins pour mariages, baptizés, chantres et sepultures..
Comme [aussi sont interdits] les habitz indecens, jeux en lieu public et les jeux des cartes et dés; aux mesmes peynes..
Tous ayant cures, pour venir en concours, resign[eront] au mesme temps leùr cure pour obtenir autre, suivant Nos precedentes Sinodales. [278]
Tous tenans benefices incompatibles seront tenus iceulx resigner dans six mois ; autrement seront declarés vaccans, sinon quilz ayent obtenu dispense..
Pour eviter aux contestes des fruictz des benefices a qui doibvent appertenir, est declaré que la prise de tout benefice commence a la feste de sainct [Jean] Baptiste et finissent (sic) a l'autre sainct Jehan suivant ; et s'adjugeront ad ratam temporis.
Tous curés seront. tenus venir prendre, toutes les annees, les sainctz Huilles aux lieulx accoustumés et establys, a peyne de dix livres contre les contrevenantz; desquelz curés Nous en sera donné le nombre dans la feste de sainct Jehan Baptiste, et la distance de chasqun lieu, pour provoir sur la dispense pour venir [les] querir et conferer a iceulx.
Tous venantz et se presentantz aux Ordres seront tenus appourter attestation vitœ et morum de leur curé, a forme du statut de Milan [279] ; autrement ne seront receus.
Tous curés ministrantz le sainct Sacrement de Baptesme escripront le jour de la nativité par cy apres ; ausquelz est defendu de ne baptizer soiemnellement dans les maisons, a peyne d'irregularité . Quand l'on assiste au Baptesme, se contracte affinité ; et si c'est en necessité, ny a poinct d'affinité, laquelle survenant, l'Evesque en peut dispenser. Estant l'enfant baptizé par un laïc, sera redigé par escript.
Tous curés sont exhortés de celebrer et de conferer le Sacrement de Mariage le mattin, affin que l'on puisse [donner] la benediction matrimoniale, quoy qu'il est loisible le conferer a toutte heure ; que si viennent le soir, de les exhorter de venir le mattin. .
Il sera loisible de ne laisser le linceulx sur le corps des decedés, mais paieront le linceulx selon la commune valeur. Et quant au luminaire, paieront au curé fournisseur cinq florins pour livre. Ceulx qui .ne fourniront aucun luminaire, en sorte que [l'on) soit contrainct de le fournir, l'on ne fournira que deux chandoilles [280] ; que si ilz en vullent davantage, ce sera a leurs despens.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1608-1611, de l'ancien Evêché de Genève.
G
ORDONNANCES DU 20 AVRIL I611
Mondict Seigneur le Reverendissime...[281]dict que tous les absentz seront adjournés pour comparoir par devant nous, [Procureur fiscal,] pour se voir declarer d'avoir encouru la peyne de dix livres.
Sont des a present reiterees les defenses a tous prebstres et curés, des jeux, tavernes, propos lascifz, barbe et habit indecentz et non convenables a leur qualité ; sous les peynes de dix livres. Comme semblablement, frequenter les foires et marchés, et ne passer contractz usuraires ; sous lesdictes peynes.
Item, ne pourront prendre les curés ny vicaires aucune chose pour la publication des mariages ni Monitoire, sinon quil fallut que allassent hors leur maison d'habitation et parroche ; a peyne de six livres contre les contrevenantz.
Quand l'espoux et l'espousee sont de deux parroches, se celebrera le mattin la Messe ou se converront, et ce faict, leur sera donné la benediction nuptiale ; sinon que l'espousee estant amenee en la maison de leur (sic) espoux, sera celebré lendemain, et non passé midy.
En, touttes villes et bourgades sera enseigné le Cathechisme. Et ne sera permis a aucun prebstre de prescher sans Nostre permission, ou de notre Vicaire ; et sont exhortés avoir des bons livres. .
Item, est inhibé a tous prebstres de ne administrer aucun Sacrement sans permission des curés ou leurs vicaires.
Item, est inhibé a tous ne se confesser allieurs [à Pâques] sans pennission de leur curé; et ou ilz se confesseront, en rapporter attestation.
Et sera baillé roolle des prebstres qui ministreront les Sacrementz sans permission..
Et n'est loisible a aucun curé ou prebstre pour ouyr confession prendre aucune sorte d'argent, sinon [ce] qui leur sera ballié par voye d'aulmone..
Au registre des baptizés, d'autant que il advient que plusieurs sont baptizés long temps apres leur naissance, sera apposé le jour de ladicte collation du Baptesme, et neantmoins dict : " naiz tel jour.. " Et tous prebstres qui auront baptizé [enfants] qui ne sont de leur parroche, seront tenus le rappourter en la parroche dudict baptizé.
En la reception des permutations, a esté ordonné que touttes permutations seront faictes par les permutantz en plaine santé ; a ce appeller les Examinateurs, pour sçavoir si elles seront de recepvoir ou non. Et seront tenus les dictz permutantz de ballier la valeur du revenu d'iceulx [bénéfices.]. .
Tous prebstres et curés seront tenus de comparaître par cy appres au Sinode avec le surpellis, bonnet carré et habitz decens. ; a peyne . de trois livres. Et ne pourront estre executés pour aucun debte civile pendant trois jours, sçavoir : de l'arrivee, jour du Sinode et du lendemain..
Et par ce quil y a plusieurs proces pour le Clergé, que aussy quil y a restatz, a esté dict et ordonné que les deputés du Clergé s'assembleront demain a une heure apres midy, pour les afferes dudict Clergé, au pallais de Monseigneur le Reverendissime [282], pour deliberer ce quj sera de fere pour le bien et utilité dudict Clergé.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1608-1611, de l'ancien Evêché de Genève.
H
ORDONNANCES DU 9 MAI 1612
Monseigneur le Reverendissime...[283]dict et declare avoir esté dressé un Manuel pour la maniere de ballier et conferer les sainctz Sacrementz,[284] lequel veut et entend estre observé dans son diocese par tous les curés estantz dans icelle (sic), et d'en achepter chacun et d'en avoir dans deux mois, a peyne de l'amende.
Ledict Rituel a l'usage de Rome, auquel est contenu un Calendrier ou sont des estoilles pour monstrer les festes que doibvent estre celebrees.
Et sont des a present les defenses rafreschies, sous les peines cy devant indites, voire de suspension sur la diffamation.
Sur le refus que font quelques curés d'ouyr en confession leurs parrochains en autre temps que aux festes solemnes, a esté dict, enjoinct et commandé d'ouyr en confession leurs parrochains touttes fois et quantes quilz se presenteront.
Est inhibé de n'en prendre rien, sinon quil leur sera loisible de dresser un tronc pour y mettre des oblations que leur seront donnees [285].
Et que le Cathechisme sera enseigné pour l'instruction de la jeunesse, affin que le service de Dieu soit faict.
Que tous curés comparoistront au Sinode, a peyne de dix livres, sinon en cas d'extreme necessité ; ou bien feront apparoir de souffisante excuse.
Que par cy apres ne sera publié aucun Monitoire quil ne soit deuement scellé et signé, et en probante forme.
Qu'il ne sera celebré Messe en la sepulture d'aucun [corps] lors et quand lesditz corps seront apportés apres midy.
Et finalement, que au Mariage sera observé le Rituel par Nous dressé.
Et que les deputés du Clergé comparoistront demain, a deux [heures) apres midy, dans Nostre palais de Nostre residence, pour deliberer sur ce que touche les afferes et negoces de Nostre dict Clergé.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1612-1615 de l'ancien Evêché de Genève.
I
FRAGMENT D'ORDONNANCES DE 1605-1613 [286]
…………………………………………………………………………..
Attendu la grande estendue de Nostre diocese, environné en divers endroitz d'heretiques avec lesquelz une partie de nos diocesains sont contraintz non seulement de frequenter, mays encor de demeurer la pluspart du temps ; desirans sçavoir si un chacun fait devoir de vray catholique, Nous enjoignons a tous curés, vicayres et autres ayans charge d'ames riere ce diocese, de rapporter toutes les annees au Sinode, par devant Nous ou nostre Vicayre general et Official, les noms et surnoms de ceux qui ne se seront confessés et communiés aux Pasques precedentes, ainsy que dessus a esté dit.
Leur commandons d'abondant de rapporter aussi les noms et surnoms des adulteres et concubinaires qu'i1z reconnoistront en leurs parroisses, lesquelz ayant esté par eux admonestés de quitter telz vices n'y auront satisfait.
Nous defendons a tous curés, vicayres et autres ecclesiastiques de publier aucuns Monitoires et censures les jours et festes de la Nativité de Nostre Seigneur, Pasques, Ascension, Pentecoste, du pretieux Cors de Nostre Seigneur, Annonciation et Assomption de Nostre Dame, saint Pierre aux Liens, la Toussaint et es jours du Patron et Dedicace des eglises, esquelles telles publications [ne] sedevront faire…………………………………………..
J
ORDONNANCES DU 16 AVRIL 1614
A esté dict, resolu et declaré que touttes oblations faictes particulierement aux chappelles sont et appartiennent aux curés des parroches riere lesquelles les chappelles sont situees et fondees.
Est inhibé et defendu a tous curés de ce .diocese de n'ouyr en confession, a Pasques, les parrochains d'autre parroche, sans la licence du curé de la parroche de laquelle sont parrochains ; et se confessant allieurs, attendu ladicte licence, en seront tenus rapporter attestation.. .
Que sur l'opposition de. publication de Monitoire ou de mariage, les parties seront renvoyees par devant Nous ou nostre Vicaire general et Official, pour estre reiglé comme en ayant la cognoissance.. Tous curés seront tenus et obligés publier Monitoire au prosne de leur eglise pour neant..
Auront aussy tous curés de ce diocese le Rituel et [auront soin] d'observer les ceremonies portees par icelluy; a payne de dix livres.
A tous prebstres, de pourter habit decent, et aussy la barbe et de pourter aussy la coronne, ausquelz prebstres, les tavernes sont defendues, aux peynes indites cy devant..
A esté commandé a tous curés de fere le Cathechisme, comme aussy feront le Prausne le jour de Dimenche, selon la forme prescripte et balliee par le Rituel (note 216).
Tous. desirant venir aux sacrés Ordres, feront fere attestation d'avoir esté faictes proclamations super vita et moribus, a forme du Concile de Trente..
Comme aussy, tous ceulx qui se vouldront marier seront tenus fere fere trois proclamations ; et, se voulliantz espouser, venir de matin. Et [les] admonester de soi (sic) confesser et communier, et puis apres s'espouser..
Que touttes resignations seront faictes vingt jours auparavant que de les mettre en execution..
Touttes provisions Apostoliques fulminees par devant Nous, ou nostre Official et Vicaire general, seront mises a execution et mises en possession par nostre greffier qui en fera registre dans le mois. Se paiera le luminaire fourny par les curés, a discretion des curés et ciriers voisins. (note 280)
Et finalement a esté ordonné que tous prebstres desirant obtenir admissionem in vicarium se presenteront le premier Dimenche de chacun mois, ou bien, sil est feste solemne, le lendemain.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1612-1615, de l'ancien Evêché de Genève.
K
ORDONNANCES DU 6 MAI 1615
Monseigneur le Reverendissime, apres avoir conferé avec son dict Clergé, aurait dict et ordonné que pour l'annee prochaine 1616 seroit procedé a son Sinode a forme du Pontifical [287]; a quelles fins tous curés de sa diocese comparoistront et demeureront trois jours, tous jours en habit decent, pour estre faict deliberations en les establissementz requis. .
Plus, a esté dict et ordonné que les festes commandees par le Rituel (notes 277,284) seront celebrees; et quant aux festes de devotion, l'on pourra travailler, et ne sera loisible adjouster condition. Que si l'on veut estre. dispensé de la celebration [de quelque fête [288]] il faudra recourre (sic) aux Survelliantz ; ordonnant neantmoins que les festes seront faictes selon la coustume des lieulx.
Quant aux Rogations, a esté dict quil les faut fere, car l'on est [obligé de] les fere suivant ce qu'est pourté au Missel ; mais non pas fere feste, car il ny a poinct de commandement.
Il a esté aussy ordonné quil sera loisible aux curés, comme par advertissement paternel, de pouvoir advertir les parrochains d'appourter argent, soit pour les talles, que pour paiuer les soldatz, attendu l'urgente necessité [289].
Que tous prebstres et curés de Nostre diocese observeront nos Sinodales cy devant faictes ; aux peynes y indites.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1612-1615, de l'ancien Evêché de Genève.
L
ORDONNANCES DU 20 MAI 1616
Monseigneur, en l'assistence de son dict Clergé… auroit dict et ordonné que tous curés de ce diocese auroient quattre livres, sçavoir : des communiantz, mariages, decedés et des baptizés., ausquelz seroit inscript le jour de la naissance, le jour auquel seront baptizés.. les noms des parrains et marrainnes, et le nom du curé et ministre ; sus peyne de l'amende de dix livres. Et notamment des mariages, sçavoir : les noms de l'espoux et espouse, de leurs pere et mere respectivement, et des tesmoins, sçavoir de deux ou trois.
Plus, que les flambeaux que seront donnés pour les funerallies des decedés . les heretiers d'iceulx s'en pourront servir pendant l'annee du dueil aux services ; laquelle passee, appertiendront a l'eglise en laquelle le corps est enterré, sauf ceux qui sont donnés aux eglises qui accompagnent le corps.
Plus, que tous curés viendront querir les sainctz Huilles touttes les annees et les viendront prendre vers les distributeurs accoustumés (ausquelz seront tenus paier quattre solz pour leurs despenses), qui registreront les. noms de ceulx qui en seront [pourvus] et les remettr[ont] par devers Nostre greffe dans l'octave de Pentecoste.
Plus, que tous distributeurs qui pretendent d'avoir droict de distribuer les dictes Huilles feront apparoir de leurs droictz dans quinzaine ; autrement sera sur ce proveu. Et [prendront garde] de ne les distribuer sinon a ceulx quilz en ont de coustume.
Tous Survelliantz seront tenus de Nous donner advertissement et noms des curés qui tiendront femmes suspectes, et de la vie et meurs d'iceulx.
Les tavernes, jeux es lieux publicqs sont defendus a tous ecclesiastiques, sinon a. une lieue de son (sic) eglise.
Plus, que le Praune sera faict selon la forme prescripte par Nostre antecesseur [290].
Plus, que les osties des communions seront consumees de trois septmaines en trois septmaines.
Plus. que tous curés maintiendront leur autel decemment.
Plus, que tous venantz aux Ordres. et mesmes ceulx qui seront desja subdiacres [y viendront] en habitz decentz., et convenables a leur qualité ; lesquelz seront tenus d'apprendre leur chant, autrement ne seront receuz.
Revu sur le texte inséré dans le Registre de 1616-1617 de l'ancien Evêché de Genève.
II
LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er AU SÉNAT DE SAVOIE
CHARLES EMANUEL, par la grace de Dieu, Duc de Savoye, Prince de Piedmont, etc.
A Nos tres chers, bien amés et feaux Conseillers, les gens tenans Nostre Senat dela les monts, salut.
Veu les Requeste et Articles cyattachés, a Nous presentés de la part du Clergé de Savoye, et le tout bien considere, attendu le faict dont il s'agit : de Nostre certaine science et avec l'advis de Nostre Conseil, vous mandons et ordonnons par ces presentes, que, le tout bien et deuement considere, ayes a pourvoir sur les fins, et conclusions desdicts articles le plus promptement que faire se pourra, ainsy et comme verres estre a faire par rayson et justice, vous donnant de ce faire plein pouvoir, authorité, mandement et commission: car tel est Nostre vouloir.
Donné a Turin, le dernier janvier mil six cens neuf.
C. EMANUEL.
Veu, PROVANA.
Boursier [291]
EXTRAIT DES REGISTRES DU SOUVERAIN SÉNAT DE SAVOIE
Sur la Requeste presentee par les seigneurs Reverendissimes Evesques de Maurienne et de Geneve, les Reverens seigneurs Abbé d'Abondance et Conservateur de la Saincte Mayson de Nostre Dame de Thonon, du premier de ce mois [292], tendant a fin verification de lettres patentes par eux obtenues de Son Altesse le dernier janvier dernier, et Articles par eux presentés a sa dicte Altesse y attachés :
Veu par le Senat ladicte Requeste presentee par lesdicts seigneurs demandeurs et supplians y nommés, du premier de ce mois, ensemble les dictes lettres par eux obtenues de Son Altesse, du dernier janvier, ensemble les Articles y attachés, et autre Requeste presentee a sa dicte Altesse dudict jour de janvier, avec les conclusions du Procureur general, signé FAVIER [293], et tout ce qui faisait a voir et considerer, et qu'a esté produict et remis par devant le Senat, veu et consideré :
Le Sénat, en enterinant quant a ce lesdictes lettres et Articles y annexés, a dict et ordonné que les supplians seront maintenus en la possession, jouissance et perception des dismes, premices et novelles y mentionnees, chacun en droict soy et riere leurs dismeries respectivement: le tout selon la coustume locale et ancienne observation des lieux ou lesdictes dismes, premices et novelles y sont deues, tant par la quote que qualité des fruicts decimables. Et en cas de refus et empeschemens, seront les possesseurs contraincts au payement de la quote accoustumee et dont les parties seront d'accord, et qualité des fruicts decimables ; nonobstant opposition ou appellation, et sans prejudice d'icelle, en prestant par les supplians la caution offerte.
Faict a Chambery, au Senat, et prononcé au Procureur general et aux procureurs desdictes parties, le 9 avril 1609.
DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNÉS OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITÉE AUJOURD'HUI (L11, note 724)
(L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans les Glossaires des tomes précédents.)
*A - pour à l'égard de, envers, dans, dans un, de, en, pour, pour le
*AAGE - pour temps, vie.
*ACCENSEMENT - convention par laquelle un terrain est donné à cens, c'est-à-dire sous la redevance d'une rente.
*ACCOMMODER - pour traiter
*ACCOUSTUMÉ (avoir) – avoir coutume
ACCOUSTUMEE D'ESTRE FAITTE - que l'on a coutume de faire
A CESTE CAUSE - pour cette raison
*ADDRESSE pour indication
*ADVANTAGÉ - pour favorisé
ADVIENNE - arrive
ADVISER - pour avertir
AERÉ - pour composé d'air
*AFFECTIQNNEMENT - pour ardemment
*AFFIGER - afficher
*AINS - bien plus, et même, mais, mais au contraire
*AMAS-pour accumulation.
AMENER - pour apporter.
*A MESME - en même temps
*AMlABLE - aimable.
*AMlABLEMENT - aimablement, doucement
ANCIENNETÉ (de l') - des A nctens
*A PEYNE - sous peine
*APPAROIR terme de palais : constater
APPAROISSE DE (il) - soit constaté
APPELER PROVOQUEMENT provoquer
*APPERT (il) - il est évident
APPOINCTEMENT, APPOINTEMENT - arbitrage dans les différends
*APPOINCTER, APPOINTER régler par un accommodement
*ASÇAVOIR MON - à savoir sans doute, avec une nuance ironique
*ASSEURANCE - pour sûreté
*ASSEURÉ- pour sûr
ASSUMPTION - du lat. ASSUMPTIO, mineure d'un syllogisme
*ATTREMPÉ:- tempéré
*AU - pour dans le, le, pour le
*AUCUN - pour quelque
AUDIT - pour dans le dit
AU MOYEN DEQUOY - en conséquence
*AUPARAVANT - pour antérieurement
AUPARAVANT QUE - avant de
AU PARDESSUS - au-dessus ; synonyme de : outrepassant toutes les règles du corps humain
AUQUEL - pour dans lequel
*AUSSI - pour aussi bien, non plus
*AUTANT - pour aussi
*AUTRE - pour autre chose, rien autre chose, rien d'autre, un autre.
*AUTRES - pour d'autres
*AUX - pour dans les.
*AVANCER (s') - pour prendre la liberté
*AVANT QUE - pour- avant de
*BAILLER - donner
BAILLER (se) - se donner.
BASTARD - d'origine douteuse et illégitime
BAZOCHE - représentation joyeuse
*BELLEMENT (tout) - tranquillement
BENEFlCIÉ - bénéficier, pourvu d'un bénéfice
*BENIT, BENITE - pour béni, bénie
*BIENFACTEUR - du lat. BENEFACTOR, bienfaiteur
BLASMÉ - pour déshonorable
*BONNEMENT - de bonne foi
BRAVE - pour brillant . Cf. l'ital. BRAVO.
*BRUSLEMENT - incendie
*ÇA BAS – ici-bas.
*CARROUX - forme dérivée de. CAROLE, danse en rand, ronde
*CE - pour ceci, cela.
*CE PENDANT. - pour en attendant, pendant
*CERVOISE - du lat. CEREVISIA, bière, liqueur eniwante
*CESTE - pour celle-ci.
CHAIR - pour viande.
CHAPPELIER - pour bénéficier d'une chapelle
CHAPPELLAIN - pour desservant de chapelles
*CI DEVANT, CY DEVANT-pour antérieurement
CLERC D'ARMES - pour novice, inexpert, maladroit
*COL - cou
*COLLOQUER - mettre, placer
*COMBIEN QUE - bien que
*COMME - pour comment
COMMINÉ - sommé ou sommé avec menaces
*COMMODITÉ - pour avantage, facilité, possibilité
*COMMUNICATION - employé par Calvin dans le sens de communion
*COMMUNIER (se) - pour communier
*COMPAROISTRE - pour apparaître, paraître
*COMPETER - pour convenir
COMPRENEUR - celui qui comprend ; mot formé par analogie avec entendeur
*COMPRINS - ancienne forme de compris
CONNEU - pour reconnu.
CONSENSE - accord, intelligence avec un autre Cf. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue
française (Paris, 1883), t.II, p. 251.
*CONSIDERABLE - pour digne de considération
CONSOLATOIRE - de consolation
CONTE - pour compte
*CONTENTION - pour débat
*COTTER - compter, noter
COULER (se) - pour se glisser
*COULPE - du lat. CULPA, faute
*CREANCE - pour assurance, croyance religieuse
*CY APRES - pour à l'avenir, désormais
*DANS - pour avec.
*DAVANTAGÈ - pour de plus
*DE - pour à, au, avec, du, en, par,sur
*DEÇA - en deça
*DEÇA LES- de ce côté des, deça des
*DEDANS - pour dans.
*DEFAUT - pour faute.
*DEHORS - pour hors
*DELA LES - au-delà des
*DEPUTÉ - pour délégué
*DES - pour par les
*DES-CALER (foi sans) - foi qui ne des-cale pas. qui ne sort pas de sa CALE, qui ne bouge pas, donc inébranlable
*DESCHET - pour déchoit
DESCOUVRIR - pour montrer
*DES ORES - dès à présent, dès maintenant, désormais, dorénavant
*DESREGLÉ - pour contraire au règles
*DESSUS - pour ci-dessus, sur
*DETENU - pour retenu.
*DEVANT - pour avant
*DEXTRE - droite
*DEXTREMENT – adroitement
DIGERER - pour accepter, croire
*DISSIPÉ - pour dispersé
DISTRAIT A - détourné vers
*DIVERTIR - pour détourner, détourner du vrai sens
*DONT - pour c'est pourquoi, d'où
*DORES-EN-AVANT - dorénavant
*DRESSER - pour diriger, disposer, mettre
*DROITTEMENT - pour directement, légitimement
DURER AU - résister au
*DU TOUT - pour entièrement, tout à fait
EMPESCHER DE NE POINT NOMMER - empêcher de nommer
*EN - pour à, à la, avec, par, sur
*EN APRES - ensuite.
EN DEVOTION DE - par dévotion pour
EN LA - pour à.
EN L'AIR - pour dans les airs
ENOMBRER - couvrir de son ombre, envelopper de sa protection. Cf. le lat. OBUMBRARE.
EN PUISSENT RESPONDR – puissent répondre à ce sujet, sur
*EN QUOY -pour et en cela
ENSUIT (s') – il suit
*ENSUIVRE - pour suivre
*ENTANT QUE - considérés comme, dans la mesure où, dans la mesure où ils.
ENTANT QUE DE BESOIN – autant qu'il en est besoin.
*ENTENDRE - pour aqiescer
*ENTRE - pour chez
*ENTRE CY - entre le jour précédent
ENTREPRESTER (s') – se prêter mutuellement
*ESCHEOIT (s'il y) -le cas échéant, s'il y a lieu.
ESCLAIRCISSEMENT, ESCLARCISSEMENT - pour lumière.
ESCRIER (s') - pour crier
*ESSAYER (s') - s'exercer à
ESVANOUIR - pour disparaître.
*ET SI - pour et cependant, pourtant, malgré cela pourtant
*FAIRE - pour dire, prendre
FAIRE AU CONTRAIRE - agir en sens contraire
FAIRE LA FIN - finir, terminer
*FAUTE (a) -à défaut
*FlANCEMENT - fiançailles
FlGUREMENT - figurativement
*FORME - pour formule
*FORME DE (a la) - pour conformément
FRAIS DE – prêt à.
FREQUENTER PARMI -fréquenter.
FUNERAULX (livres) – Iivres où sont consignés les funérailles
FUYES (s'en sont) - se sont enfuies
*GASTER - pour détruire.
*GENIE - pour esprit
*GRIEFVE - grave
HAUTEMENT - pour à haute voix.
*HONNESTE - pour convenable
*HUMEUR - pour disposition d'esprit
*IMBECILLITÉ - du lat. IMBECILLITAS, faiblesse
*IMPERTINENCE - pour ce qui est hors de propos, déplacé
*IMPERTINENT - pour hors de propos Négatif de pertinent (latin PERTINENS à propos)
*INHIBITION - interdiction.
INSTANCE - pour argument nouveau qui a pour objet de détruire la réponse faite au premier
*IRE - du lat. IRA, colère
*JA - déjà.
JA N'ADVIENNE - puisse-t-il n'arriver.
*JOURD'HUY (ce) - aujourd'hui
JURER - pour prêter serment.
*JUSQUES A TANT QUE – jusqu'à ce que
LA - pour cette.
*LA OU - pour tandis que
*L'AUTRE FOYS -,pour de nouveau, la seconde fois
*LEÇON - pour lecture
LEUR ASSISTER - leur donner assistance
*LEVER-pour enlever, ôter
*LHORS, L'ORS - alors ce jour-là
*LIBREMENT - pour franchement, spontanément, volontiers
MAINTENANCE - action de maintenir.
*MARRI – fâché
MEDECINE - pour remède
*MEMORIAL - pour aide-mémoire
*MERCY - pour pitié
*MESME - pour surtout.
*MESSEL – missel
*MESTIER (faire) – faire coutume.
METTRE DE (se) - pour s'enrôler dans
*MOELLEUX - pour substantiel.
*MOINS - pour et moins encore, moins encore.
*NAlFVETÉ - pour sincérité.
*NE…NE - pour ni…ni.
NEGOTIATION - pour affaire quelconque.
NETTOYER - pour purifier.
NOMINATION - pour proposition.
NOMMER - pour désigner, indiquer, proposer
NONAIN - synonyme de NONNE, moniale, religieuse.
NON AU CONTRAIRE – ne pas faire le contraire.
NON PAS SINON – pour seulement. ..
*NON PLUS - pour pas plus
*ONQUES - du lat. UNQUAM, jamais.
*OPPOSER – pour se porter comme opposant.
*ORATEUR - titre que prenaient autrefois les gens d'Eglise écrivant à des souverains
*ORDONNÉ - pour donné par commandement.
*ORES:.. ORES – tantôt...tantôt.
*OUBLIER (s'en) – les oublier
*OUTRE -pour au delà de, en dehors de.
OUTRE LE - pour rien de plus que
OUTRE L'ORDRE, OUTRE TOUT ORDRE – contrairement à l'ordre, en transgressant l'ordre
*OUTRE PLUS – en outre.
*PARACHEVER – achever, terminer
*PAR AlNSY - aijnsi.
*PAR APRES' - ensuite. .
*PAR CY APRES- à l'avenir, dorénavant.
PAR DESSUS - pour au delà de
PAR DEVANT - devant
PARMI - pour dans
*PARQUOY - par suite, et que par suite
*PASSIONS - pour souffrances
*PASTURE - pour nourriture
PERDURABLE - du lat. PERDURABILlS, qui dure touiours .
PITCADILLE - soit PICADILLE, petit feston de bordure pour les manches Voir Quicherat, Hist. du
costume en France,
PILI.EMENT - pillerie
*PITOY ABLE -pour compatissant, plein de pitié
*PLEIGE - caution
*PLUS - pour davantage, de plus, encore
*POUR - pour par
*POUR CE - pour cela
*POUR CE QUE - pour parce que
POUR LE - pour au
*PREMIER QUE - avant de
*PRENDRE - pour recevoir
PRES LES - auprès des
*PRIMAT - pour primauté
*PRIME FACE (de) - à première vue
PRIMICE - prémice
*PRINS - ancienne forme de pris
*PRIS - pour prix
*PRIS (au) - en comparaison
PROBABLEMENT - pour avec vraisemblance
*PROCEDURE - pour manière de procéder, procédé
PROCLAMANT - celui qui fait une proclamation
PRODUIRE - pour étaler, faire montre de
*PROPOS -pour proposition
PROPRE - pour en propriété
PROTESTE ,- protestation
*PROUVEU - pourvu.
PSALME - psaume
PUISSANCE - pour pouvoir,
PUISSE IL - pour qu'il puisse
.PURGER - du lat. PURGARE, purifier
*QUAND - pour quant
QUELQUONQUE - pour n'importe quelle
QUERELLEUX -
QUE VOUS APPELLES – comme vous l'appelez
*QUI - pour ce qui, quel
*QUOY - pour et cela
*RAMASSER - pour rassembler, réunir
*RAPPORTER - pour faire le rapport de
*RECIT - pour récitation
*REDUIT - pour rédigé
*REFORMATION - du lat. REFORMATIO, Réforme
*REFORMEUR - sectateur de la Réforme
REFUSION - le fait de verser une chose dans une autre Du lat. REFUNDERE.
*REGARD DES (pour le) - au sujet des, pour ce qui est des,
*REGARDER A - prendre en considération, tourner les regards vers
*REMEMBRANCE - souvenir
*REMEMORÉ - remis en mémoire
*REMONSTRANCE - pour observation
*REMONSTRER - pour faire remarquer
*RENCONTRE - pour relation fortuite
*REPENTANCE -repentir
*REPRESENTER - pour présenter de nouveau
*REPRESENTER (se) - pour se présenter de nouveau
*RESOULUTION - éclaircissement et décision d'une difficulté, d'une question
*RESOUVENIR (se) - se souvenir
RESPONDRE - pour aboutir, correspondre
RESTITUANT - celui qui fait une restitution
REVENIR PLUS AU GOUST - Plaire davantage
*RIERE – dans, dans le territoire de
ROTONDE - col monté sur carton et qui s'étalait en montant vers la nuque Voir Quicherat, Hist. du
costume en France, pp. 455,476.
SACROSAINT - du lat. SACROSANCTUS, saint et sacré
SAUVE - pour sauf
*SAYSON - pour temps
*SEELLÉ - scellé
SENTIR MAL - pour juger mal
SERVIS - servitudes, terme de droit
*SI - pour cependant, toutefois, de même, de toute façon
*SI BIEN - pour bien que, quoique
*SI EST CE QUE - il est pourtant vrai que, il n'en est pas moins vrai que, néanmoins, toutefois
S'IL EST AINSY QUE - s'il est vrai que
*SI QUE - de sorte que
*SIX VINGT - six fois vingt, cent vingt
*SOL -:- pour sou
*SORTABLE - pour propre, apte, convenable
SOUS - sous l'apparence de
*SOUVENANCE - souvenir
*SPECTABLE - du lat. SPECTABILIS, honorable
*SUBMISSION - du lat. SUBMISSIO, soumission
*SUFFISANCE - capacité
*SUITTE DE, DES, DU (en) - suivant, suivant le, suivant les
*SUPERNATUREL - du lat. SUPERNATURALIS surnaturel
*SUR - pour au-dessus de, pour, sous
*SUS – ci-dessus
*TANT – pour, si, tellement
*TANT PLUS - d'autant plus, plus
*TANT SEULEMENT - seulement
*TARDIVETÉ – lenteur
TELZ - pour tels autres
*TENIR TORT - faire un tort continu
TIERS - troisième
*TIRER - pour tendre
TOUCHÉ - pour atteint
TOUCHER A - concerner, regarder
*TOUTES FOIS ET QUANTES - autant de fois que
*TRAVAILLÉ - pour tourmenté
*TRAVAUX - pour souffrances
*VACATION - occupation, profession
VEILLE - pour vigile
VENDITION - vente
VENU A NOTICE (nous estant) – ayant appris, ayant été informé, étant venu à notre connaissance
*VERS - pour à, auprès de
VERS LES – pour à l'égard de
*VIANDE - pour aliment, nourriture
*VIEL - pour ancien .
VIENT (il) - on en vient
DE:S DESTINATAIRES DE QUELQUES PIÈCES DE CE VOLUME [294]
ET DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES
AMÉDÉE V, VI, VIII, IX, princes de Savoie ………………………………………………….83
ANNECY. Voir CATÉCHISME, CONSEIL DE VILLE, PONTS
ARVIÈRE (chartreuse d') ………………………………………………………………………170
ASSEMBLÉES DE PRËTRES …………………………………………………………………224
AULPS (abbaye et Abbé d'). Voir FORCLAZ. (La)
AVERTISSEMENTS AUX CONFESSEURS …………………………………………………132
AVULLY Antoine de Saint-Michel (seigneur d'). Voir CONFÉRENCE avec de La Faye …………..25
BAUME Pierre (de la), Evêque de Genève …………………………………………………….158
BAZOCHE ……………………………………………………………………………………...226
BELLARMIN……………………………………………………………………………………106
BERNE (délégués de). Voir ERLACH.
BERNE (Seigneurie de). Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES …………………………….36
BÉRULLE Pierre de. Voir TRAITÉ DE LA DÉMONOMANIE.
BIBLE (ancienne version de la) …………………………………………………………………94
BIBLE DE 1590, 1592 (texte officiel de la) ……………………………………………………94
BIOT (paroisse du). Voix FORCLAZ (La).
BOITES DE TOUTES AMES BULLE ln CœnaDomini ………………………………………118
BURDIGNIN (prieuré de) ……………………………………………………………………….207
CALVIN Jean ……………………………………………………………………………………82
CANTIQUES COMPOSÉS .PAR SAINT FRANÇOIS DE SALES ……………………………124
CAPUCINS à Rumilly (couvent des) ………………………………………………………….171
CAPUCINS à Saint-Julien (couvent des) ………………………………………………………..171
CAPUCINS à Thonon (couvent des) …………………………………………………………….171
CAPUCINS de Gex ………………………………………………………………171 sq variante **
CATÉCHISME A ANNECY. Voir CONFRÉRIE, PROCESSIONS………119,120,123;sq variante(a),125
CATÉCHISME DANS LE DIOCÈSE DE GENÈVE…………………………………..119,128,129
CATÉCHISME DE BELLARMIN………………………………………………………….106,107
CHABLAIS (saint François de Sales en) …………………………………………………..6,7,9,17
Charles-Emmanuel 1er, duc de Savoie. Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES …34,35,36;38,42
…………………………….199,201,291
CHÉRUBIN DE MAURIENNE, Capucin. Voir CONFÉRENCE AVEC LIGNARIUS et CONFÉRENCE AVEC
LES MINISTRES …………………………………….25,26,27,30,32,36
COLLÈGES ET ECOLES DU DIOCÈSE DE GENÈVE ………………………………………173
COMBE (Decomba) Maurice de la …………………………………………………………….113
CONFÉRENCE A THONON AVEC LIGNARIUS ………………………………..…….25,27,29
CONFÉRENCE A THONON AVEC LES MINISTRES (Pourparlers au sujet d'une). Voir CHÉRUBIN,
PREZ (de), SARASIN……………………………….25,26,29,31,40,43,44
CONFÉRENCE DE FONTAINEBLEAU……………………………………………………….72
CONFÉRENCE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A GENÈVE avec Antoine de la Faye…..71
CONFÉRENCE DU MËME A GENÈVE AVEC LES MINISTRES (Pourparlers au sujet d'une)..44
CONFÉRENCE DU MËME A PARIS avec du Moulin …………………………………………95
CONFESSIONS ………………………………………………………………………………..139
CONFRÉRIE DU CATÉCHISME ……………………………………………………………..129
CONSEIL DE VILLE D'ANNECY en 1603 ……………………………………………………126
CORDELIERS de Cluses. Voir FRÈRES MINEURS DE L'OBSERVANCE.
CROIX Jacques de la …………………………………………………………………………….223
DOCTRINE CHRÉTIENNE (Arrêt du Sénat de Savoie pour l'enseignement de la) …………...127
Du FAY DE LA MÉSANGÈRE, Marguerite d'Alègre (dame) ………………………………92,93
DUMONT Claude ………………………………………………………………………………108
Du MOULIN Pierre ……………………………………………...…………….91, sq (a)variante,94
ERLACH Benoît et Rodolphe d ' ………………………………………………………………...36
EXORCISME COMPOSÉ PAR SAINT FRANÇOIS DE SALES ……………………………..219
FAVRE Antoine* …………………………………………………………………………………..99
FAVRE D'USILLON Jacques ……………………………………………………………………156
FERVAQUBS (Fervasq) Anne d'Alègre (maréchale de) ………………………………….92,93,95
FORCLAZ (église paroissiale de la) …………………………………………………………….184
FORESTIER Claude, seigneur d'Yvoire …………………………………………………………44
FRÉDÉRIC, électeur de Saxe …………………………………………………………………….79
FRÈRES MINEURS DE L'OBSERVANCE, de Cluses ………………………………………..170
GAUTHIER Jean* ………………………………………………………………………………96
GENÈVE (Compagnie des pasteurs de). Voir CONFERENCE AVEC LES MINISTRES.
GENÈVE (Seigneurie de). Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES.
GENÈVE (Syndics de) ……………………………………………………………………………27
GENÈVE. Voir MINISTRES
GENEVOIS (guerre des) ………………………………………………………………………..109
GEORGES, duc de Saxe ………………………………………………………………………….78
GIUSTINIANI Ange ……………………………………………………………………………211
GOULARD Simon* ………………………………………………………………………………98
GRÉGOIRB DE RIMINI, Ermite de Saint-Augustin……………………………………………....5
HÔPITAL DE NOTRE-DAME DU PUY (quêteurs de l') ………………………………………265
HOSPITALIERS DE SAINT-ANTOINE de Chambéry et leur COMMANDEUR ……..…264,267
HOSTIE DE PARIS (sainte) ……………………………………………………………………..53
INSTITUTION CHRÉTIENNE de Jean Calvin (éditions latines et françaises de l'). ………..55,67
ITALIQUE (Bible) …………………………………………………………………………….94
JUBILÉ DE THONON EN 1607…………………………………………….…193,196,197,199
LAMBERT(maison) …………………………………………………………………………..190
LEÇONS DE THÉOLOGIE données par saint François de Sales ……………………….144,266
LIGNARIUS Herman. Voir CONFÉRENCE A THONON et CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES.
LONGUEVILLE Louise de Bourbon (duchesse de )……………………………………….92, sq
MENTE (Abbé de la). Voir SALUCES
Ministres de Genève* Voir CONFÉRENCE……………………………………….………..17,102
MONITOIRE …………………………………………………………………………………218
NOELS ET CANTIQUES …………………………………………………………………….246
PAIX DE 1618 (Conclusion de la). …………………………………………………………..236
PÉNITENCIER DE LA CATHÉDRALE D'ANNECY ……………………………………….176
PONTS D'ANNECY (les) ……………………………………………………………………..121
PORTIER DE GERMINEX François. ………………………………………………………….39
PREZ Claude* de, Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES et SARASIN …..25,34,40,43,96,97,102
PROCESSION DU CATÉCHISME ………………………………………………………125,128
PRÔNE COMPOSÉ PAR SAINT FRANÇOIS DE SALES (formulaire du). ……………111,216
PRUMAZ Claude-Amédée…………………………………………………………………….223
RÉFORME DES MONASTÈRES DE SAVOIE …………………………………………….179
RELIGIEUX MISSIONNAIRES EN CHABLAIS ET TERNIER, collaborateurs de saint François de Sales ……………………………………………………………………………………..172
RITUEL ANCIEN DU DIOCÈSE DE GENÈVE …………………………………………...137
RITUEL DE 1612 …………………………………………………………………………….210
SAINCTES Claude (de), Evêque d'Evreux ……………………………………………………51
SAINTE-CATHERINE (abbaye de) …………………………………………………………181
SAINT-MICHEL Gabriel de …………………………………………………………………...8
SALES FRANÇOIS* de (Saint). Voir ASSEMBLÉES, BIBLE, CANTIQUES, CATÉCHISME, CATÉCHISME DE BELLARMIN, CHABLAIS, CONFÉRENCE, CONFESSIONS, CONFRÉRIE, DUMONT, EXORCISME, LEÇONS DE THÉOLOGIE, PROCESSION, PRÔNE, RITUEL, SYNODE, TRAITÉ DE LA DÉMONOMANIE, VIRET, VISITE PASTORALE……100,160,161,172,186,215,237,251,252,255sq,259,269,272,274,279,282,284,,285,286
…………………287,289,290,
SALES Jean-François de …………………………………………………………………….157
SALUCES Adrien (de), Abbé de la Mente…………………………………………………..203
SÉRIPHE ou SERIPHOS (île Cyc1ade) ………………………………………………………63
SURVEILLANTS du diocèse de Genève …………………………………………………135,155
SYNODE …………………………………………………………………………..…103,104,235
TESSÈRE MILITAIRE ………………………………………………………………………64
THÉOLOGAL de la Cathédrale d'Annecy …………………………………………………..175
THIEZ ou THY (mandement de) …………………………………………………………….189
THONON. Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES et CONFÉRENCE AVEC LIGNARIUS.
TRAITÉ DE LA DÉMONOMANIE …………………………………………………………..11
VALLON (chartreuse de)…………………………………………………………………….169
Viret Louis. Voir CONFÉRENCE AVEC LES MINISTRES ……………………………………9,13,16
VISITE PASTORALE de saint François de Sales …………………………………...148,163,183
TABLE DES MA TIÈRES
Préface ……………………………………………………2.
Avis au Lecteur …………………………………………..5
TROISIÈME SÉRIE : CONTROVERSE
1 - Fragment sur la prédestination, [1594-1596], (Inédit). - Saint Thomas, dont les adversaires auraient pu tirer quelque parti, fournit contre eux un argument essentiel. - Observations sur plusieurs de leurs propositions. - Même avec saint Augustin, ils ne sont d'accord qu'en paroles ……………………5
II - Notes théologiques, [1594-1596], (Inédit). …………………………………………………..8
III - Fragment d'un Catéchisme dialogué, 16 juillet 1596……………………………………….9
IV - Formule de l'abjuration de M. Gabriel de Saint-Michel, 4octobre1596 (Inédit) ………11
V - Briefve Meditation sur le Symbole des Apostres, [janvier-avril?] 1597 …………………….12
Note critique sur le Traité de la Démonomanie attribué à saint François deSales …………..17
VI - Lettre au ministre Viret en réponse à ses attaques contre la virginité de Marie, [mai ou juin ?] 1597, (Inédite) ……………………………………………………………………………………..20
VII - Autre Lettre au même, sur le même sujet, [mai ou juin ?] 1597, (Inédite) …………………24
VIII - Demandes aux ministres sur leur doctrine touchant la Cène, [avril-juin] 1598 ……………27
IX - Fragment du IVe Livre de la Defense de l'Estendart de la sainte Croix, [mai-octobre 1598], (Inédit) ………………………………………………………………………………………………31
X - DOCUMENTS RELATIFS A UNE CONFÉRENCE ENTRE LE P.CHÉRUBIN DE MAURIENNE, CAPUCIN, ET LES MINISTRES DE GENÈVE………………………………….32
1.Première réponse du P. Chérubin à M. Sarasin, délégué de Genève, 16 août 1598, (Minute inédite)………………………………………………………………………………………33
2) Deuxième réponse du même à M. Sarasin, 18 septembre 1598 …………………………34
3) Troisième réponse du même à M. Sarasin, 24 septembre 1598 …………………………35
4) Quatrième réponse du même à M. Sarasin, 15 octobre 1598 ……………………………37
XI - Déclaration au sujet d'une conférence avec les ministres de Genève, 6 août 1605 …………..39
XII - PREMIER TITRE DU CODE FABRlEN, [1595-1605] …………………………………….40
I.Prima nota haereticorum nostri temporis : negatio. De potentia Dei absoluta.- De voluntate Dei permissiva.- De simplici Dei praescientia - De essentia quam Dei Filius habet a Patre. - De morte Christi. - De Christo Legislatore. - De Christo Judice. - De Traditione non scripta. - De Libris canonicis. - De Epistola D.Jacobi. - De Scripturarum difficultate. - De Ecclesia visibili. - De Ecclesia judicio infallibili - De Conciliorum generalium auctoritate. - De libero arbitrio - De peccato. mortali. - De quinque Sacramenti quae novatores negant. - De Baptismi efficacia. - De fidelium liberis non baptizatis. - De Sacramento Eucharistiae - De sacrosancto Missœ Sacrificio. - De potestate Pastorum. - De Christi descensu ad inferos. - De Sanctorum invocatione. - De cure quam Sancti gerunt de nobis. - De cura pro mortuis agenda. . ……………………………………………………………………………………44
II. Affirmationes novatorum. - De Deo mala operante et efficiente. - De remissione peccatorum. - De justificatione - De fide et charitate. - De bonis operibus. - De servandis Dei mandatis. - De incredulitate, quod sola sit peccatum. - De incommodis bonorom operum ad salutem. - De peccatorum circumstantiis negligendis et de peccatorum œqualitate.- De necessitate carnalis copulae. - De Pastorum omnium œqualitate. - De certitudine gratiae et remissionis peccatorum. - De justitia electorum. - De electionis divinae certitudine. - De Christo incerto salutis suae. - De Christi desperatione. - De Christi ignorantia. - De fide actuali infantium nondum baptizatorum ………………………………………………….55
Secunda haeereticorum nota : vocationis defectu. ………………………………………………62
§ 1 ………………………………………………………………………………..62
§ 2. De legitima Episcoporum nostrorum vocatione …………………………….63
Tertia nota fuereticorum : contemptus Ecclesiœ ………………………………………………64
Quarta nota hœreticorum : contemptus Conciliorum. . ………………………………………...64
Quinta nota hoereticorum : contemptus Sedis Apostolicae …………………………………….65
Sexta hoereticorum nota : contemptus Patrum …………………………………………………67
III. Novationes hoereticorum nostrorum. …………………………………………………………67
Septima nota hœreticorum : de studio novitatis. ………………………………………………..69
§ 1………………………………………………………………………………….69
§ 2. De externa facie Ecclesiae veteris ab haereticis nostris innovata …………….72
Octava nota hoereticorum : de spiritu dissensionis. …………………………………………...75
§ 1………………………………………………………………………………….75
§ 2. Hœreticos nostri temporis agi spiritu dissensionis …………………………...76
Nona haereticorum nota : de spiritu contentionis. …………………………………………….78
§ 1…………………………………………………………………………….…...79
§ 2. De interpretatione Scripturarum ……………………………………….……80
§ 3. De invocatione Sanctorum ex D. Augustino …………………………….…..81
§ 4. De Sanctorum intercessione …………………………………………………83
Decima nota : de spiritu maledicentiae, procacitatis, irrisionis et calumniae ………………….84
IV. De principiis haeresium nostri temporis. …………………………………………………….85
§ 1 ………………………………………………………………………………………...85
§ 2. Horrendum principium hœresis Lutheranae …………………………………………88
V. Haeresis nonnullae politicae novatorum. ……………………………………………………89
Prima propositio politica et haeretica : De optima Rei Publicae administratione …………….89
Seconda propositio politica et haeretica : De peccatorum omnium aequalitate ………………90
Tertia propositio politica. et haeretica : Non esse praeliandum contra Turcas ……………….90
Quarta propos.haeretica et politica : Legem Principum non obligare conscientiam subditorum..91
Quinta propos.haeretica et politica : Non debere subditos Principum suorum potentiam optare..91
Sexta propositio politica et haeretica : Nullam rempublicam legibus fœliciter administrari…92
Septima propos.politica et haeretica : Nihil conscientiae commune esse cum terrena. justitia ..92
Lutheri contra Principes affines christianos invectivum et impudens mendacium……………93
XIII - Notes sur le culte des Saints, 1608 et 1613, (Inédit) ……………………………………….95
XIV - Notes sur la Sainte Trinité, [1600-1616], (Inédit) ………………………………………….95
XV - Note sur la présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie,1619, (Minute inédite)……………………………………………………………………………………………….96
XVI - Déclaration touchant une conférence avec le ministre du Moulin, [février ou mars] 1619, (Minute) …………………………………………………………………………………………….97
Fac similé……………………………………………………………………………………………100
APPENDICE DE LA IIIe SÉRIE
A) LETTRES DE M. CLAUDE DE PREZ, SYNDIC DE THONON
I- A M. Jean Gauthier, secrétaire d'Etat à Genève ………………………………………… .101
II - A M. Simon Goulard, ministre à Genève ……….……………………………………….102
III - Aux Ministres de l'église de Genève …………………………………………………….103
B) ELOGE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES par le Président Antoine Favre …104
(EN LATIN - Non numérisée)
QUATRIÈME SÉRIE : ADMINISTRATION ÉPISCOPALE………..105
A) DIOCÈSE DE GENÈVE ET CLERGÉ EN GÉNÉRAL
1 - Mandement pour le Carême et le Synode de 1603; obligation des bénéficiers à la résidence, 15 janvier 1603…………………………………………………………………………………. 105
II - Constitutions faites au Sinode du diocese de Geneve, celebré a Annessi le 2 octobre 1603 …106
III - RÈGLEMENTS POUR L'ENSEIGNEMENT DU CATÉCHISME [octobre 1603] :
1) Pour la ville d'Annecy (Fragment) ………………………………………………112
2) Pour les Paroisses du Diocèse ……………………………………………………114
IV - AVERTISSEMENTS AUX CONFESSEURS, 1603 ou 1604 Epître dédicatoire ……………….116
CHAP. 1. De la disposition du confesseur. - CHAP. II. De la disposition exterieure. - CHAP. III.
Des demandes qu'il faut faire au penitent avant qu'il s'accuse. - CHAP. IV. De quoy il faut que le
penitent s'accuse. – CHAP.V. Du soin que doit avoir le confesseur de ne point absoudre ceux qui ne
sont point capables de la grace de Dieu. - CHAP. VI. Comme on doit imposer les restitutions ou
reparations du bien et honneur d'autruy. - CHAP. VII. Des cas reservés et de la confession de ceux
qui sont en evident peril et article de mort. - CHAP. VIII. Comment il faut imposer les penitences et
des conseilz qu'on doit donner aux pe nitens. - CHAP. IX. Comme il faut donner l'Absolution …116
V - Fragment de conseils aux Confesseurs, [1603 ou 1604 ?]……………………………………….125
VI - Avis aux Confesseurs et Directeurs pour discerner les opérations de l'esprit de Dieu et celles du malin esprit dans les âmes, [après 1604] ……………………………………………………………126
VII - Exhortation aux ecclésiastiques pouf qu'ils s'appliquent à l'étude, [1603-1605 ?] ……………128
VIII - Constitutions synodales, 20 avril 1605 ……………………………………………………….129
IX - COMPTE-RENDU DE L'ETAT DU DIOCÈSE DE GENÈVE ENVOYÉ A SA SAINTETÉ PAUL
V, novembre 1606, (Minute)
Status Ecclesiae cathedralis. - Status Cleris Diocaesis Gebennensis.- Status populi
Ecclesiae Gebennensis incommoda, ac mala quœ opportunis remedüs a Sancta Sede Apostolica
curari possunt et auferri. - De Seminario erigendo. - De Theologo et Paenitentiaro - De
Regularibus reformandis. - De Monialibus quibusdam reformandis et aliis juvandis. - De
numero ecclesiarum parrochialium augendo. - De haereticis hujus Diœcesis …………………..132
X - Mémoire touchant les revenus et les charges de la mense épiscopale, [novembre 1606, ou vers le 15
janvier 1607] ………………………………………………………………….141
XI - Premier Mandement pour le Jubilé de Thonon, [mars] 1607,(Minute) …………………………142
XII – Publication d'Indulgences, avril 1607, (Minute inédite) ………………………………………143
XIII - Second Mandement pour Je Jubilé de Thonon, 8 mai 1607. ………………………………...144
XIV - Requête de saint François de Sales et de Mgr Milliet, évêque de Maurienne, au duc de Savoie,
janvier 1609. - La piété, apanage des princes de Savoie. – "Maligne production de proces "
contre les gens d'Eglise. - Prière d'assurer aux suppliants et à leur clergé la conservation et la
paisible jouissance des revenus ecclésiastiques, suivant la teneur des " Articles " qu'ils
envoient à Son Altesse………………………………………………………………….146
Articles presentés a Son Altesse pour la conservation des biens ecclesiastiques de Savoye, affin
qu'il luy playse d'en ordonner l'observation ………………………………………………147
XV - QUELQUES PIÈCES DU RITUEL DE 1612 ……………………………………………….148
1)Prœfatio ad parochos, 8 février 1612 ………………………………………………….149
2)Appendix ad Calendarium …………………………………………………………….151
3)Formulaire du Prône ………………………………………………………………….154
4)Fêtes commandées et fêtes de dévotion ……………………………………………….158
5) Casus episcopales Gebennensis diœcesis …………………………………………….161
6) Exorcismus pro impeditis in matrimonio a dœmone vel maleficis ………………….161
XVI - Notes pour des Ordonnances synodales, 24 avril [16131], (Inédit) ………………………162
XVII - Fragment d'un compte-rendu de l'Etat du diocèse de Genève, concernant les Monastères, janvier
ou février 1614], (Minute) ……………………………………………………………..164
XVIII - Ordonnances synodales, 12 avril 1617, (Minute)……………………………………….166
XIX - Sentiment sur la collation des bénéfices et la nomination des curés ……………………..171
APPENDICE DU PREMIER GROUPE DE LA IVe SÉRIE…………..172
I
SOMMAIRES DES ORDONNANCES SYNODALES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
A - Ordonnances du S mai 1604 …………………………………………………………………..173
B - Ordonnances du I2 avril 1606 …………………………………………………………………173
C - Ordonnances du 30 juin 1607 …………………………………………………………………174
D - Ordonnances du 23 avril 1608 …………………………………………………………………176
E – Ordonnances du 6 mai 1609 ……………………………………………………………………178
F- Ordonnances du 28 avril 1610 ………………………………………………………………….180
G - Ordonnances du 20 avril 1611 …………………………………………………………………..181
H- Ordonnances du 9 mai 1612 …………………………………………………………………….182
I - Fragment d'Ordonnances de 1605-1613 (?) ………………………………………………………183
J - Ordonnances du 16 avril 1614 ……………………………………………………………………183
K- Ordonnances du 6 mai 1615 ……………………………………………………………………184
L - Ordonnances du 20 mai 1616……………………………………………………………………184
II
Lettre de Charles-Emmanuel 1er au Sénat de Savoie ……………………………………………..185
Extrait des Registres du souverain Sénat de Savoie………………………………………………...186
Glossaire des locutions et mots surannés …………………………………………………………187
Index des destinataires de quelques pièces et des notes historiques et biographiques de ce volume…195
Terminé ce 5 février 2006
Annecy J.G.
.
[1] - Les références des nombreux auteurs cités sont non pas en marge, mais à la fin de chaque article dans la première édition et les suivantes. Pour les autres indications, voir ci-après, la note 45.
[2] - L'écriture des quatre pages autographes reproduites ici et au numéro suivant est celle si régulière et soignée des Controverses ; elles doivent donc être de la même époque. On voit d'ailleurs que saint François de Sales s'adresse au hérétiques. (Op 1, note 83)
[3] - Lexicon theologicum, concinnatum a Joanne Altenstaig, sacrae theologiae àoctore, in hac editione repurgatum (Venetiis, 1579). L'édition précédente, imprimée à Anvers par Bellère, est de 1576.
[4] - Par distraction, sans doute, le Saint a écrit : " Augustinus negat... isti non negant "
[5] - Grégoire de Rimini, célèbre théologien de l'Ordre des Ermites de Saint Augustin, né à Rimini, mourut à Vienne en 1358. Saint François de Sales cite probablement sa Lectura in Librum 1 et II Sententiarum qui fut plusieurs fois imprimée depuis 1482.
[6] - On lit dans l'ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation auquel sont empruntés titre et texte : " Le sezieme jour de juillet 1596, les jeunes freres de saint François de Sales, Jean-François et Bernard, ayant été envoiez en Chablais. par madame leur mere pour visiter notre saint Missionnaire, il saisit cette occasion pour faire reciter publiquement le Catechisme et attirer ainsi la jeunesse de Thonon. Il y avait parmi elle plusieurs convertis qui cependant n'étaient pas. encore connus ; tous d'ailleurs, par crainte sans doute, se tenaient à l'écart. L'Apôtre décida Bernard, le plus jeune, alors âgé de treize ans, à être son repondant en cette action chretienne et publique ; et voicy mot a mot le Catechisme qu'il avoit ecrit de sa main et sur lequel nous l'avons coppié." Plusieurs documents relatifs à l'enseignement de la "Doctrine chrestienne " seront donnés dans le groupe A de la IV" Série.
[7] - " Le reste de ce Catechisme ". ajoute le Ms. cité, " est deschiré dans un vieux cayer, et nous n'avons jamais sceu en recouvrer la suitte. Mais nous avons appris des seigneurs de Lullin et de Charmoisy, du sieur Bouvard et autres anciens du Chablais, que despuis lors nôtre saint Apôtre tenoit le Catechisme, en publiq ou dans les maisons particulieres, le plus souvent qu'il pouvoit, sur tout dans les maisons de monsieur de Blonay ou de monsieur Marin, procureur. fiscal et officier du prince. .
[8] - Il était fils d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, et de Jeanne-Andrée de Saint-Jeoire. (L1, lettre 71). Gabriel a été qualifié " baron de Saint- Jeoire ", titre qu'il ne porta pas longtemps. Son oncle, François- Melchior de Saint-Jeoire, baron d'Hermance, mourut en 1595 .(id., lettre 1), mais le partage définitif de son hoirie n'eut lieu que le 17 août 1607 ; pendant ces douze années, les droits de chacun des héritiers, les Saint-Michel, les de Prez et les Mouxy, restèrent fort mal définis. Le 17 février 1604, Antoine, baron d'Avully, voulant pourvoir à l'établissement de ses fils et se trouvant gêné pour disposer des biens propres aux Saint-Michel, fit un peu hâtivement leur part dans les biens qu'il pensait lui revenir dans l'héritage de son beau-père François-Melchior. Il assura à son fils aîné la baronnie d'Hermance et stipula que Gabriel aurait celle de Saint-Jeoire ; c'est donc après le 17 février 1604 que celui-ci porta le titre de baron, qu'il dut abandonner trois ans plus tard, lors du partage définitif des biens de son oncle ; car la baronnie de Saint-Jeoire fut attribuée aux Mouxy, tandis que les Saint-Michel eurent pour leur lot La Chapelle, Hermance et une partie de Larringe. (Note du Cte Pierre de Viry.) Dans un acte du 20 janvier 1616, Gabriel, qui signe comme témoin, est dit " seigneur de Vulliez en Chablais. " (R. E.) La date de sa mort nous est inconnue aussi bien que les particularités de sa conversion ; Charles-Auguste (Histoire, etc., liv. III, p. 110) et les déposants au Procès de Canonisation de saint François de Sales ne font que la mentionner.
[9] - Dans sa Préface du Traité de l'Amour de Dieu, datée du 29 juin 1616.saint François de Sales indique lui-même l'année de la composition de cette pièce : " Il y a dix neuf ans, " dit-il ;donc, en 1597, et probablement dans les premiers mois, car sa publication est antérieure aux deux lettres ou dissertations adressées au ministre Viret en mai ou juin, comme le prouve le début de notre n° VI .
On sait que la nuit de Noël 1596 l'Apôtre du Chablais eut la joie de célébrer pour la première fois la Messe en l'église Saint-Hippolyte de Thonon. Depuis lors, Viret, qui avait quelques mois auparavant essuyé un humiliant échec, redoubla ses blasphèmes contre la sainte Eucharistie et l'auguste Sacrifice. Il " crioyt par tout à l'ecervellée que la Messe des papistes estoit une pure idolatrie, que le restablissement d'icelle au Chablaix estoit la desolation predite par le prophete Daniel, et specialement,. que .l'article catholique de la reelle presence du Cors du Sauveur en l'Eucharistie destruysoit le Symbole et l'analogie de la foy (car il estait bien ayse de dire ce mot d'Analogie non entendu par ses auditeurs, affin de paroistre fort sçavant). Et sur cela, " continue le Saint, " les autres predicateurs... me chargerent d'escrire quelque chose en refutation de cette vanité ;et je fis ce qui me sembla convenable, dressant une briefve Meditation sur le Symbole des Apostres pour confirmer la verité. " (Préface du Traité de l'Amour de Dieu, et P. de la Rivière, La Vie de l'Ill. et Rme François de Sales, Lyon, 1625, liv. II, chap. XI, p. 159.) Imprimée aussitôt, " toutes les copies furent distribuees en ce diocese, ou je n'en treuve plus aucune, " ajoute le saint Evêque ;et en effet, il n'a pas été possible de découvrir un seul exemplaire de la première impression. A son défaut, nous empruntons notre texte à la seconde, dans l'opuscule intitulé : La Conference accordee entre les predicateurs catholiques de l'Ordre des Cappucins et les Miinistres de Genève... Ensemble les Thesses qui ont esté affigées audit Geneve, qui seront mises à la fin dudit livre.(A Paris, par Denis Binet, pres la porte Sainct Marcel, 1598. Avec Privilege du Roy.)
En réalité, la deuxième partie de ce petit volume in-12 (Bibliothèque de la ville de Genève, Ba 1613 bis) forme un opuscule spécial, avec son frontispice, sa vignette, sa date, etc., comme en celui de la Conference ; en voici le titre: Les Theses qui ont esté affigées dans la ville de Genève : Pour estre disputées entre les Predicateurs Catholiques, de l'Ordre des Cappuccins, et les Ministres dudit Genéve, en la ville de Thonon. A Paris,... 1598. (Voir la Préface de la Defense àe l'Estendart de la sainte Croix ). La première "These " est donnée ci-après, n° VIII ; la présente " Meditation ", qui constitue la seconde dans le petit imprimé, y porte le titre suivant : Simple Considération sur le Symbole des Apostres, pour confirmation de la Foy catholique touchant le Tressainct Sacrement de l'Autel. Nous croyons devoir substituer à ce titre celui qui figurait dans la première édition, puisque le saint Auteur lui-même nous l'a conservé dans une ébauche de sa Préface du Traité de l'Amour de Dieu, bien que dans sa première lettre à Viret il la désigne par le mot de " Consideration. "
Dom Mackey a signalé dans son Introàuction générale (Controv. Note 73)l'erreur commise par l'abbé Truchet en attribuant au P. Chérubin la composition de cette pièce " remplie de vues si élevées et si gracieuses, " et qui " respire une piété si fervente." (Vie du P. Chérubin de Maurienne de l'Ordre des Frères Mineurs Capucins, Chambéry, 1880, chap. IX.) Le titre de l'opuscule imprimé par Binet en 1598, et l'Approbation des Docteurs (3 et 12 août), où l'on mentionne seulement le Capucin, ont sans doute donné lieu à la méprise.
Les ( ) des manchettes indiquent ici et aux n" VIII, IX ci-après, pp. ,", 50. des références ajoutées ou complétées par les éditeurs.
[10] - Anagramme du nom François de Sales. (Op 1,note 85)
[11] - M. de Bérulle fit paraître l'opuscule sous le pseudonyme de Léon d'Alexis ; il porte ce titre : Traicté des Energummes, suivi d'un discours sur la possession de Marthe Brossier: contre les calomnies d'un mèdecin de Paris. A Troyes, 1599. (Houssaye, ouvrage citè, p. 169, note (5). Sur le Discours de la possession, etc.. voir ibid., pp. 180, 181, et les notes (1), (2) de ces pages.)
[12] - Les recherches faites aux Archives Nationales (Fonds de l'Oratoire) pour retrouver cette lettre n'ont donné aucun résultat.
[13] - Louis Viret, né à Orbe, au pays de Vaud, ministre à Thonon de 1590 à 1598, et adversaire acharné de saint François de Sales au temps de sa mission en Chablais, ne fut pas heureux dans ses attaques et s'attira de la part du Saint des réponses décisives qui le mirent plusieurs fois en fâcheuse position parmi ses coreligionnaires.
" Il était. non pas docte, mais rusé, malicieux et tout propre pour tromper des ames simples. " (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. II, p. 100.) Après les Quarante-Heures célébrées à Annemasse (7, 8 septembre 1597), il. avoua franchemet qu'il n'avoit lu en sa vie plus de quatre feuilles des escrits des saints Docteurs ; un auteur protestant le dit également peu versé dans la philosophie et d'une santé si faible qu'il pouvait à peine suffire aux services ordinaires. " (P. Charles de Genève, Hist. abrégée des Missions des PP. Capucins de Savoile, 1657, imprimée à Chambéry en 1867, p. 45; Guillot, François de Sales lit les protestants, Genève, 1873, chap. IV, p. 43.) C'est un homme aussi médiocre qui osa entrer en lice avec l'Apôtre du Chablais et le P. Chérubin. Provoqué à plusieurs reprises par les vaillants missionnaires, honteux de ses défaites et témoin irrité des éclatantes manifestations de foi au cours des premières Quarante-Heures de Thonon (20-22 septembre 1598), Viret, jugeant sa position intenable, quitta la ville avec Jean Clerc son collègue, et n'y revint plus. Le mois suivant il est reçu au ministère bernois par le Chapitre de Payerne qui lui confie le poste de diacre de ce lieu ; il prête serment le 27, jour où le Petit Conseil de Berne avait confirmé son élection. Pasteur à Dompierre en 1601, par nomination du même Chapitre, il refusa en 1608 la charge de diacre à Lucens, et dut mourir en 1614 à Dompierre, puisqu'un nouveau pasteur y fut nommé cette année-là. (Note de M. G. Kurt, archiviste de l'Etat de Berne.)
Lorsque François de Sales publia sa Briefve Meditation sur le Symbole, Viret s'en prit à l'article concernant " Jésus, né de la Vierge Marie ". Contrairement à la croyance alors commune parmi les protestants, ce ministre prétendait que Marie avait enfanté à la manière des femmes ordinaires et qu'il était hérétique de soutenir l'enfantement miraculeux. Le Saint réfuta ces erreurs dans les deux lettres que nous publions ici. En discutant les arguments de son adversaire il se trouve amené à le suivre dans tout le détail des objections présentées par lui, d'en reprendre même les termes ; mais il le fait avec toute la délicatesse que comporte un tel sujet.
Si la date attribuée aux trois Sermons dogmatiques sur la sainte Eucharistie est juste (S1, note 128), l'échange des lettres entre le ministre et le saint Missionnaire aurait eu lieu avant le mois de juillet ; car on lit dans le deuxième Sermon (S1, sermon 44) : " A Dieu ne playse que je die ce que nos adversaires respondent en cest endroit ; c'est chose hors de respect. A quelque prix que ce soit, ilz veulent que ce qu'ilz ont dict une fois soit vray ; ilz ayment mieux blesser la virginité de la Mère de Dieu que confesser leur faute. " Allusion évidente aux assertions blasphématoires du ministre, réfutées si victorieusement par saint François de Sales dans les deux pièces qui vont suivre. Pour ces raisons, il semble assez probable qu'elles aient été écrites en mai ou juin ; le séjour de notre Saint à Annecy depuis la fin de mai jusque vers le 23 juin (L1, lettres 97,98) n'infirme pas l'hypothèse.
Dans les deux Procès de Béatification, ces lettres figurent parmi les Scripturœ compulsatœ ; nous en tirons le texte de la première, que le Procès de 1632 fait précéder de ce titre : Au ministre Viret, pour response sur le faict de l'Analogie du Symbole.
[14] - Le Pape saint Sirice qui condamna Jovinien, moine de Milan, qui niait la virginité de Marie. Les deux lettres du Pontife et de saint Ambroise se suivent parmi les Œuvres de ce dernier, et dans les éditions modernes elles portent le même numéro, soit XLII.
[15] - Formule employée par Viret dans son attaque et empruntée à Lucrèce, De natura rerum, lib. l, vers. 298.
[16] - Une copie de cette lettre, de la main de Georges Rolland, mais signée par saint François de Sales qui a écrit aussi les clausules, se conserve aux Archives Nationales, Fonds de l'Oratoire, M. 231. Elle a six pages in-4° et porte au bas des pp. 1,3,5 et 6 la signature de Ducrest, le notaire apostolique du 1er Procès de Béatification ( Il l'a cotée de la manière suivante : Au ministre Viret, estant a Thonon, response pour l'Analogie du Symbole – 1597. Seconde lettre de Frabçois de Sales, Prevost de l'Eglise de Geneve, au ministre de Tonon Louys Viret, par laquelle il conste : 1. Que ce ministre avoit esté pris en contradiction sur son premier escrit et sur ses repliques touchant cette proposition : Que la conception de N.S. est surnaturelle. 2. Que ce Prevoist fait voir combien ce ministre argumente mal, et par consequent deçoit les simples gents. 3.Qu'il est conveincu de l'erreur de Jovinian, disant que la Vierge a esté corrompue en l'enfantement, quoy que sans aucune connaissance d'homme.4. Ce Prevost fait voir que le ministre parle de la Theologie en clerc d'armes et qu'il nous impose, cpommefont les siens, des opinions que nous detestons. 5.Enfin, les parolles avec lesquelles il conclud sont tres considerables. ). Tout en reproduisant cette copie, nous substituons l'orthographe du Saint à celle de son fidèle serviteur. La découverte de ce document parmi les papiers de M. de Bérulle ne manque pas d'intérêt ; on peut se demander si l'auteur ne l'aurait pas envoyée lui-même à son ami.
[17] - Ce titre se trouve en tête de la présente pièce dans l'opuscule dont il est parlé note 9, imprimé à Paris en 1598. Ainsi qu'on l'a dit dans la même note, ces Demandes précèdent, comme première " These ", la Simple Consideration sur le Symbole, bien qu'elles lui soient postérieures quant à la rédaction. Les six derniers mois de 1598 sont exclus pour celle-ci par l' " Approbation des Docteurs ", signée les 3 et 12 août. D'autre part, on voit par les dernières lignes du paragraphe XV, que lorsque saint François de Sales les traça, il comptait sur l'apparition assez prochaine de sa Defense de l'Estendart de la sainte Crois ; or, terrassé par la maladie à peine ce travail commencé (octobre 1597), il ne put guère le reprendre qu'au printemps de l'année suivante. Le 10 avril il retournait à Thonon où il demeura jusque vers le 15 mai ; si ces pages ont été écrites en Chablais, il faut les placer entre ces deux dates, mais notre Saint a pu tout aussi bien les rédiger à Annecy ou à Sales. Devaient-elles être une sorte de préparation à la Fête-Dieu (21 mai), ou plutôt, n'auraient-elles pas été composées en vue des Quarante-Heures de Thonon, en projet dès le commencement de l'année ? Dans sa lettre du 10 avril au Nonce de Savoie, l'Apôtre dit que" la nouvelle " s'en est déjà " répandue dans les environs " et qu' " on se dispose de tous côtés à venir assister à cette dévotion. " (L1, lettre 108).
[18] - En syriaque, en latin et en grec. (Cf. Les Controverses, Partie II, chap. 1; art. VII)
[19] - Commentaires de M. Jean CaIvin sur le livre de Josué, avec une Preface de Theodore de Beze (Geneve, MDLXV). On trouvera plus loin (Pièce XII), cité par saint François de Sales, le passage auquel il fait allusion ici.
[20] - De XII operibus, (al. actionibus) cardinalibus Cbristi ; ouvrage attribué à saint Cyprien, mais dont l'auteur est Arnauld ou Ernand de Bonneval. (voir Défense Estendart note 91).
[21] - Aujourd'hui, parmi les écrits supposés de saint Clément.
[22] - Le Brief Traitté de la vertu de la Croix et de la maniere de l'honorer, par Antoine de la Faye, paru en octobre 1597. (Voir Préface de la Défense de l'Estendart..)
[23] - Ce fragment du liv IV, découvert longtemps après l'apparition de notre édition de la Defense, doit avoir fait partie d'une rédaction intermédiaire entre le premier jet, qui a été reproduit in extenso liv 4, manuscrit du 4e livre, et le texte définitif liv 4 ch. V
[24] - On peut les voir au liv 4, ch. V et manuscrit de Défense.. - Pour son IV' Livre, au moins pour les premiers chapitres, le Saint écrivit donc trois rédactions ; il est regrettable qu'il ne nous reste que ce fragment de la deuxième.
[25] - Le dossier relatif à cette conférence, conservé à la Bibliothèque publique de Genève, M. f. 8, est très curieux ; il a 72 pages, et les pièces qui le composent s'échelonnent du 5 août au 29 décembre 1598. L'abbé Fleury en a publié une partie dans l'Appendice de sa brochure : St François de Sales, le P. Chérubin et les Ministres de Genève, Paris, 1864. Notre premier document ne se trouve pas dans ce dossier, d'où nous tirons les trois qui le suivent. Le second est écrit par l'Apôtre du Chablais, le troisième et le quatrième sont de la main de Georges Rolland.
Avec la lettre à M. Sarasin (L1, lettre 117), ces pièces, qui portent la signature autographe du P. Chérubin (L1, note 330), prouvent l'intervention directe de saint François de Sales dans les négociations relatives à la reprise de la conférence commencée le samedi de la Passion, 14 mars 1598, " au logis du Pere Capuccin. " Le professeur de Genève, Herman Lignarius (L1,note 302 ; Op 1, note 244), s'y était présenté " avec un licentié de leur Theologie et quelques autres, plusieurs escholiers en la dicte Theologie, le ministre Viret de Thonon, et grand nombre des apparens de la ville. J'y vins aussi, appellé par mon fils de la part du ministre, " ajoute Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, dans sa lettre à "M. de Charançon, conseiller de S. A. et maistre en la Chambre des Comptes de Savoye, " où il raconte en détail ce qui se passa de part et d'autre. (Imprimée dans l'opuscule La Conference accordée... etc., 1598 ; voir ci-dessus note 9).La dispute, continuée le dimanche des Rameaux, devait encore se poursuivre le lendemain ; mais Lignarius partit le matin même, promettant néanmoins de revenir après Pâques : il ne reparut plus.
Aux actes de la conférence rédigés et publiés par M. d'Avully sur le conseil de notre Saint (avril-mai), le professeur calviniste répondit par un récit bien différent et une longue attaque au sujet du Purgatoire. Le P. Chérubin le somme alors de venir en personne à Thonon soutenir sa thèse, et Viret est chargé de lui intimer ce défi. Pour mettre sa responsabilité à couvert, le ministre déclare que ses collègues de Genève viendront assurément pour une discussion sérieuse, si on leur obtient un sauf-conduit du duc de Savoie. Son Altesse le signe à Cham béry le 24 juillet, et bientôt il est affiché sur la place de Thonon. Viret en ayant reçu une copie, s'en va à Berne pour traiter de l'affaire avec les autorités civiles et religieuses, tandis que le syndic de Prez, calviniste opiniâtre, s'adresse aux Genevois. Il écrit au syndic Favre et au ministre Goulard, " aux fins d'envoyer vers le Capuchin Cherubin des gens lettrés pour discuter avec luy sur la religion, afin que, par ceste dispute, le pauvre peuple, qui est esbranlé, soit confirmé. " (Reg. du Conseil de Genève, 5/15 août 1598, fol. 123.) Les pasteurs refusent de se prononcer avant de savoir l'opinion du Conseil de Berne, d'autant plus que Lignarius est absent ; mais le même jour un nouveau message leur arrive du médecin Canal. Le 13, il a vu " affiché au pillier de la place publique de Thonon un double du passeport de Son Altesse,.… et au pied du dict passeport, une sommation signee par ledict Pere Cherubin, " annonçant pour le dimanche, 16 août, " une publique assemblee " à laquelle on convoque les ministres. Mis ainsi au pied du mur, les magistrats arrêtent " que les sieurs ministres» choisiront. quelqu'un qui aille a Thonon dire... au Capuchin qu'on convienne de l'ordre qui devra estre tenu en la dispute et qu'il propose ses theses ; apres ce, qu'on y pourvoira."(Fleury, p. VI, et cf. les pp. 79-81.) Jean Sarasin est le délégué choisi ; le 16 août, en présence de témoins, il s'abouche avec le Religieux dans la maison de " damoysel1e Jeane du Maney, vefve de noble François du Foug, " l'hôtesse de saint François .de Sales (L1, notes 132,319). Il dit d'abord que les ministres de Berne étant provoqués aussi bien que "ses Seigneurs et superieurs " de Genève, ceux-ci ne peuvent accepter la conférence sans le consentement de ceux-là qui n'ont encore donné aucune réponse. Dès son arrivée, des gens capables seront députés pour soutenir la dispute, à condition qu'on y procède avec les formalités requises. Sarasin ajoute qu'il faudra convenir " du lieu et jour, des assistans, de l'opposant..., du respondant,... de la matiere dont se devra traitter, des juges qui en devront decider, et finalement, " du " but de la susdicte dispute, affin qu'il " en puisse resu1ter fruict a l'honneur et gloire de Dieu et edification de son Eglise. " (Dossier cité ; cf. Fleury, Appendice, pp. VI, VII.)
Notre texte est 1a réponse partielle à la proposition du délégué genevois ; saint François de Sales l'a écrite sur le même feuillet où il a rédigé ensuite la minute de la lettre du 16 août à Don Juan de Mendoça (L1, note 324)
[26] - Voir L4, note 273 où l'on a rectifié l'erreur commise L1,note 330, en attribuant à Jean Sarasin " le jeune" la lettre adressée par notre Saint à son père.
[27] - En 1598, les syndics de Genève étaient: Dominique Chabrey, Claude Andrion, Jean Du Pan et Jean Favre.
[28] - A cette époque, le Juge-maje était Claude d'Orlié, et son lieutenant, Claude de Prez. (L2, note 170 ; Op 1 note 202 ; L1, note 168)
[29] - Le passe-port accordé par le duc de Savoie aux ministres et mentionné ci-dessus.
[30] - D'après Fleury (p. 83), le P. Chérubin aurait ajouté : " Puisque Lignarius est absent, attendons son retour." Le Registre du Conseil de Genève note à la date du 8/18août (fol. 124), qu'ayant entendu le rapport de Sarasin, la Seigneurie se proposait d'envoyer quelqu'un à Thonon, " soubz les conditions portees par l'acte pris en la. justice du dict Thonon, comme aussy de la response sur iceluy du dict P. Cherubin. "
[31] - A Thonon, Jean Sarasin avait entendu les doléances des calvinistes qui demandaient du secours, " d'autant qu'a ce defaut ils " couraient le " danger d'estre perdus. " (Reg. du Conseil de Genève. Ses communications transmises aux magistrats, puis aux ministres, ceux-ci répondirent verbalement qu'il n'appartenait pas à un Capucin de provoquer " telle dispute, mais a Son Altesse et aux Seigneurs de Geneve, " et prétextèrent de nouveau la nécessité d'en " recevoir prea1ablement le bon ordre des Seigneurs prochains, " leurs " bons alliez, " puisqu'ils étaient " entierement conjoints en mesme confession, " et qu'au surplus, eux aussi " estoyent appellez expressement " à la conférence. (Décision de la Compagnie des Pasteurs, citée par l'abbé Fleury, p. 84.) Vaine attente, car à Berne, nul ne s'inquiétait de cette question. Pour les Thononais, le silence des ministres devenait un scandale, et leur impatience se trahissait par les lettres du syndic de Prez à ses amis genevois. Le 8 septembre, Sarasin en reçoit une qui contient. cet avis : " Le capuchin hurle merveilleusement contre les ministres de ceste Esglise_ parce qu'ils reculent la dispute,... occasion de quoy plusieurs du dict lieu sont esbranlez. " (Reg. du Conseil, 29 août/8 sept.) Le Conseil, à qui cette lettre est communiquée, arrête aussitôt " qu'on die ouvertement aux spectables pasteurs que Messieurs desirent qu'ils envoyent quelques uns pour soustenir la verité de nostre religion ; " en même temps, il fait répondre à de Prez qu'il s'en tient à ce qui fut réglé le 16 août par son mandataire.
Sur ces entrefaites, Lignarius revient de Berne à Genève, où on l'instruit des provocations du missionnaire et des résolutions prises par les magistrats ; rien ne peut le décider à recommencer la lutte. Plus encore que le P. Chérubin, il redoutait saint François de Sales, alors à Thonon, et trop bien connu des ministres, de Bèze et la Faye en particulier. Aussi, le 16 septembre, accompagné de ceux-ci, le professeur comparait devant le Conseil, tous trois " remonstrans le peu d'esperance qu'il y a en la dispute que le Capuchin de Thonon recerche, et desirans qu'elle se rompe." (Reg. du Conseil, 6/16 septembre.) Une fois de plus, les pasteurs se dérobaient comme ils se déroberont toujours. Cependant, syndics et conseillers s'étaient trop avancés pour couper court. aux négociations ; ils renvoyèrent donc à Thonon le sieur Sarasin, avec mission d'obtenir du P. Chérubin la déclaration nette des conditions qu'il entendait poser. Le délégué traita certainement aussi avec saint François de Sales ; nous en avons la preuve dans le billet que celui-ci lui adresse à Thonon même (L1, note 330), par lequel il le prie de mettre ses " dires par escrit ", ainsi que les raisons qui ont motivé sa venue. La déclaration de Sarasin étant du 18 septembre, on doit dater du même jour ou, au plus tôt, de la veille, les lignes qui la lui demandaient.
Comme nous l'avons dit dans la note 25, la réponse qu'on va lire est de la main de l'Apôtre du Chablais.
[32] - Celle du 16 août ; voir note 26.
[33] - Le député genevois reprochait au P. Chérubin de n'avoir " encore recherché la volonté et intention desdicts Messieurs de Berne et ycelle faict sçavoir a ses dicts Seigneurs, ne moings donné aulcune response aux lettres escrites, au nom de ses dicts Seigneurs, a M. l'advocat des Pres sur ce subject, comme il estoit tenu faire. " (Déclaration de Sarasin, 18 septembre ; voir Fleury, Appendice, p. IX.)
[34] - Cette lettre avait été écrite à Claude de Prez, le 4 septembre, par Jean Gautier, secrétaire d'Etat ; on peut la voir dans la brochure souvent citée, Appendice, p.VIII ; - Le 18, le syndic de Thonon confie au délégué de Genève une réponse pour son correspondant, qui est à la fois un cri d'alarme et un pressant appel ; elle démontre ce que l'on pensait en Chablais de l'attitude des ministres dans une affaire si grave. (Voir ce document à l'Appendice du présent volume.) .
[35] - Par cet astérisque, saint François de Sales a renvoyé à un passage qui avait été omis ; il est précédé du même signe et comprend les trois dernières lignes du recto de l'Autographe et les six écrites au verso. Dans notre texte, ces lignes : " Ou n'en. voulant... leur volonté " sont insérées à leur place ; après "volonté", le Saint a ajouté : Ut sup., pour indiquer qu'on doit reprendre aux mots : " Dont la communication, . etc.
[36] - Les magistrats de Genève durent attendre jusqu'au 5 octobre la réponse de Messieurs de Berne, décrétée par ceux-ci dans la séance du 20/30 septembre. (Archives de l'Etat de Berne, Ratsmanual ,436, p. 151.) "Ils ne sont d'advis, " disent-ils, d'envoyer à Thonon " personne de leur part pour disputer, esperans obtenir davantage par prieres a Son Altesse de laisser ses sujets de Chablaix en leur religion, que par ladicte dispute, pour laquelle toutefois ils licencient Lignaridus, non a leur nom, mais a celuy de Messeigneurs, lesquels ils desirent qu'ils suivent l'advis des pasteurs de ceste Esglise. "(Reg. du Conseil de Genève, 25 sept./5oct.) - Les Bernois se faisaient d'étranges illusions sur le résultat de leur délégation au duc de Savoie. Benoît et Rodolphe d'Erlach, membres l'un du Petit Conseil, et l'autre du Grand Conseil, nommés le 7/17 septembre, stationnèrent d'abord plusieurs jours à Morges, au lieu de se hâter d'aller à Thonon ; mais le 13/23, le Gouvernement de Berne leur envoya l'ordre formel d'accomplir leur mission. (Archives de l'Etat de Berne, R. M. 436, p. 126 ; Deutsch Missivenbuch QQ, 35.)Arrivés dans la capitale du Chablais le 2 octobre, jour de la clôture solennelle des secondes Quarante-Heures, ils se présentèrent au prince le soir même. On sait l'accueil qu'ils en reçurent : la réponse de Charles-Emmanuel fut un refus catégorique. Toutefois, le 4, pendant le repas qu'il avait. offert aux délégués de Fribourg et de Berne, ces derniers renouvelèrent leurs instances pour le maintien de trois ministres dans le pays : " J'y consens" - répondit le duc, " à condition que vous recevrez aussi les prêtres qu'il me plaira d'envoyer à Berne. " Condition inacceptable pour les représentants du canton qui, déçus et irrités, durent rapporter à la Seigneurie l'insuccès de leur mission, avec une lettre du duc de Savoie, datée du 9 octobre, où le prince déclarait que les habitants du Chablais retournaient au catholicisme librement et de leur propre volonté. (Archives d'Etat. de Berne, U. P. 60, 205. - Cf. Ramon, Vie de Saint François de Sales (M. 1909), tome I., liv. II, chap. VI pp.130 seqq. ; L2, lettre 204 du Saint à Clément VIII, 15 novembre 1603 ; Op1, note 337).
Avant que la réponse de leurs " bons alliez " de Berne parvint aux Seigneurs de Genève, Jean Sarasin se dirigea de nouveau vers Thonon où " Cherubin, " note le Registre du Conseil à la date du 12/22 septembre, lui a " donné jour au 23 de ce mois, qui eschoit a demain, pour se resoudre aux conditions de la dispute par luy recerchee. " (Voir F1eury, p. 91.) Ces conditions, posées le 24, sont consignées dans la pièce suivante.
[37] - Cette pièce et la suivante furent sans doute rédigées par saint François de Sales comme les deux qui précèdent. Notre hypothèse est confirmée par l'écriture de Georges Rolland, qui a servi de secrétaire (cf. ci-dessus, note 25), et par le style, plus clair et plus concis que celui des deux derniers documents relatifs à la conférence, dus au P. Chérubin. (On peut les voir dans Fleury, brochure citée, pp. XXIII et XXXI.)
[38] - Le duc de Savoie y était attendu pour le célébration des secondes Quarante-heures (ler et 2 octobre) ; il arriva le 28 septembre. (note 36).
[39] - Les savants éditeurs de l'Armorial de Savoie n'ont pu découvrir les liens de parenté de François Portier de Germinex avec les autres membres de la famille (vol. V, p. 12). Docteur en droit, reçu avocat au Sénat à la rentrée du 13 novembre 1595, et bourgeois d'Annecy le 31 mars 1601, il teste le 13 octobre 1620. Sous la date du 23 novembre suivant, le Registre des Délibérations du Conseil de Ville d'Annecy mentionne une lettre adressée de Chambéry aux Administrateurs du Collège Chappuisien, " contenant que feu noble et spectable sieur Françoys Portier de Germenex... aurait, avant son trespas, institué ses heretiers : ung seminaire de pauvres enfantz, selon la facilité de ses biens, pour iceulx faire instruire au College d'Annessy l'espace de trois ans durantz, et les trois ans revolus serait resolu des aultres a la discretion de l'exequuteur de son testament,... monsieur de Myudry, " sans doute Sébastien Portier, seigneur de Mieudry. -(Mugnier, Les Registres des entrées à l'audience du Sénat de Savoie, -octobre 1559 mai-1629 (Chambéry, 1898) ; Reg. du Cons. de Ville d'Annecy ; Archives de la Visitation d'Annecy, Collection Vuÿ.)
[40] - A Genève, les conditions proposées furent trouvées " du tout deraisonnables " par la Compagnie des Pasteurs qui résolut d'envoyer au P. Chérubin la Confession de foy commune aux. églises suisses, afin qu'elle fût discutée article par article, non pas de vive voix, mais par écrit. Le 9 octobre, Bèze et Pinaud soumettent au Conseil de Ville leur décision et demandent en même temps " leur permettre d'escrïre une epistre consolatoire a l'eglise de Thonon, " pour raffermir les calvinistes ébranlés ; à qui on expédia aussi différentes brochures. Claude de Prez, ayant reçu le paquet, adresse aussitôt une lettre désespérée au ministre Goulard : " Je me crains, " lui dit.il, " que, pour plusieurs, le remede ne soyt arrivé trop tard. Vous sçavez comme, preyoyant le danger, j'ay crié : A l'ayde ! misericorde ! nous perissons ! Mais quand... l'on nous pouvoyt: secourir sans danger, l'on s'est arresté sur des considerations humaines ; et ce pendant, les orages ont mis en pieces nostre fresle vaysseau. Vous avez entendu, le naufrage quasi general,.. " (Voir cette lettre à l'Appendice.) Le syndic fait allusion aux conversions très nombreuses qui marquèrent les secondes Quarante-Heures et qui les suivirent. " Touttefoys, " ajoute-t-il, " pour l'esperance du residu qui demeure encore sur pied par la grace, je vous supplie, au nom de Nostre Seigneur, que l'on ne recule plus ceste conference ; aultrement, tout est perdu. " Cette lettre était du 12 octobre ; Bèze, Finaud et Jaquemot, chargés d'y répondre, se présentèrent le 14 devant le Conseil pour lui communiquer l' " advis, destiné a l'eglise de Thonon, avec leurs excuses de ne vouloir suivre a la dispute de vive voix, mais par escript. Estant sur ce ouy le sieur Sarrazin, qui dict l'honneur de la Seigneurie y estre desja engagé, " on " arreste que ledict sieur retourne et declare que les ministres offrent soustenir nostre Confession de foy par escrypt ; et ou cela ne sera accepté par l'adversaire, que nos ministres facent la dispute de vive voix sur ladicte Confession, veu qu'elle contient la plus part des theses proposees par Cherubin. " (Reg. du Conseil, 4/14octobre, cité par Fleury, p. 97, note (x) ; voir aussi pp. 94-96, et xxv, n° 9.) Le lendemain le délégué genevois était de nouveau à Thonon.
[41] - En 1566, parut à Zurich, en un in-8° de 48 folios : Confessio et expositio simplex orthodoxœ fidei et dogmatum catholicorum syncerœ religionis Christianœ ; concorditer ab Ecclesiœ Christi ministris qui sunt in Helvetia, etc. Traduite aussitôt en français par les soins de Bèze et Hallex, elle fut imprimée sous ce titre : Confession et simple exposition de la vraye Foy et articles catholiques de la pure religion Chrestienne, faite d'un commun accord, par les Ministres de l'Eglise de Jesus Christ, qui sont en Suisse... ausquels se sont conjoints les Ministres de l'Eglise de Geneve. Mise en lumiere pour tesmoigner a tous fideles qu'ils persistent en l'unité de la vraye et ancienne Eglise chrestienne,et qu'ils ne sont point semeurs d'aucune nouvelle ou erronée doctrine, et par conséquent aussi n'ont rien de commun avec sectes ni hérésies quelconques. Laquelle Confession de Foy, ils publient maintenant et expressément, afin que tous hommes craignant Dieu en puissent juger. - Item, la Confession de Foy des Eglises de France, présentée au Roy Tres-Chrestien, pour monstrer qu'elles sont de mesme opinion et union que celles-ci. A Geneve, de l'Imprimerie de François Petrin, pour Jean Durant (Etabli à cette époque à Genève, comme imprimeur et éditeur). M. D. LXVI. L'exemplaire qui se conserve à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève (Be. 3388) est un in-8° de 280 pages, plus 12 feuillets de pièces liminaires.
[42] - Charles. Emmanuel quitta définitivement Thonon le 22 novembre.
[43] - En effet, les ministres n'avaient " point de vollonté d'entrer en confe.rence. " De Prez eut beau leur envoyer ce même jour une longue lettre qui, par sa franchise, mérita leur censure : la dispute verbale. " estoit tres necessaire, " disait-il, " pour raffermir les infirmes, lesquels entrent en doute de la doctrine laquelle preschez publiquement, et cependant ne la voulez soustenir que par escript ; forme de disputer qui ne prendra jamais fin, ou n'en pourra on jamais tirer aulcune resolution, car il n'y a la que pour les gens sçavants et de loysir, qui peuvent lire et comprendre vos escripts. " (Voir cette lettre à l'Appendice.) Les pasteurs répondirent que, bien au contraire, ils croyaient leur détermination " sage et tres profitable au bien de l'Eglise, " et persistèrent à vouloir discuter par écrit sur la Confession de Foy " pour plusieurs raysons tres pertinentes. " Bèze et la Faye élaborèrent un projet de réponse au P. Chérubin., qui déplut aux magistrats ; ceux-ci chargèrent alors MM. Chabrey, Lect et Roset d'en conférer avec les ministres, afin d' " amender les points qu'on ne trouvait pas raysonnables. " Cela fait et la nouvelle rédaction approuvée par la Seigneurie, on la confia à Charles Liffort qui devait se rendre à Thonon au commencement de novembre. Cette fois, les pasteurs, " plustost que d'estre soupçonnés d'avoir fuy la lice, " avaient l'air d'accepter même la conférence orale, tout en posant force conditions sur lesquelles le P. Chérubin se montra large et accommodant. Nous n'avons pas à le suivre dans le détail des derniers débats, puisque saint François de Sales, parti pour Rome, ne pouvait plus y intervenir; résumons seulement les faits relatés par Fleury, pp. 101-112 et XX-XXXVII.
Après la réplique de l'intrépide Capucin, il y eut un nouvel échange de lettres, répétition, en quelque sorte, des précédentes. Par les Registres du Conseil, on voit que les magistrats de Genève tiennent toujours à une discussion verbale ; de nouveau, le 13 novembre, ils réclament des ministres une réponse " plus ouverte et pertinente, se declarant plus particulièrement sur l'acceptation de ladicte dispute. " Signée par Bèze au nom de ses collègues, elle est remise le 22 novembre à leur antagoniste. Celui-ci fait toutes les concessions que lui permet sa conscience, sans parvenir à triompher de la mauvaise foi des adversaires qui ripostent (14 décembre) par un écrit désigné par eux sous le titre de " derniere resolution " Ils y protestent tout d'abord " que ce n'est a Fr. Cherubin ni a aultre particulier d'assigner dispute publique, ains qu'il appartient aux souverains Princes et Magistrats ; " puis, pour conclusion, ils somment le missionnaire de " respondre cathegoriquement, sans tournoyer au delay par sa procedure de playdeur, plustost que de théologien. " Lorsque trois délégués genevois, porteurs de cette insolente réplique, arrivèrent à 'Thonon, le destinataire était malade ; il ne put écrire aux magistrats que le 18 janvier 1599, une lettre dont le ton est assez mystérieux. (Voir Truchet, Vie du P. Chérubin de Maurienne, Chambéry, 1880, p. 105.) Le 23 suivant, la Seigneurie " arreste qu'on se saysisse " du Capucin, " s'il est possible, " et la Compagnie des pasteurs s'écrie, triomphante, par l'organe de Bèze : " Enfin, la voilà évanouie cette dispute si impudemment demandée par le Capucin Chérubin, et, à sa grande humiliation, le voilà regardé par les siens comme un furieux, et condamné à rester la bouche close comme un captif (Disputatio autem illa tamimpudenter expedita, tandem evanuit, et quidem cum ipsius summo dedecore, ut qui tanquam furiosusa suis ipsis agnoscaturet quasi captivus occluso ipsi ore teneatur. ). " (Lettre latine aux ministres de Berne, 30 janvier 1599 ; Bibliothèque publique de Berne, Miscellanea Eccles.)
[44] - Les recherches faites à Genève pour retrouver la trace des pourparlers relatifs à cette conférence n'ont pas abouti. En 1604, au moment où saint François de Sales allait quitter Dijon, le ministre Cassegrain lui avait offert de disputer avec lui à Genève même ; l'Evêque accepta avec joie, mais les genevois refusèrent leur consentement. Bientôt, cependant, ils s'en repentirent, " non point pour autre cause, sinon parce qu'ils estoyent chargez et couverts d'opprobres par les catholiques " qui les taxaient de lâcheté. (Charles-Auguste, Histoire. etc., liv. VI, pp. 318,334) Plus récemment encore, au mois de mai 1605, ils .avaient essuyé un nouvel échec en la personne du même Cassegrain, contradicteur d'André Valladier (L3, notes 73,74,75). Le débat eut lieu à Vosne, chez le baron de Lux, et dura huit jours ; mais, écrit le Saint, " le Jésuiste feit si excellemment, que le ministre, ne pouvant supporter ses efforts du combat, demeurast pasmé sur la place, avec une tres-grande confusion. " (Lettre du 1erjuin 1605, à Vespasien Aiazza, ibid. Pour couvrir leurs défaites, les docteurs de Genève faisaient courir le bruit qu'ils avaient des leurs " qui tiendroyent bien coup au sieur de Sales, " pourvu que fussent observées les conditions posées l'année précédente par le baron de Lux. " Je sais, " dépose le P. Claude-Louis-Nicolas de Quoex, "que le Serviteur de Dieu apprenant cette rumeur, ne voulant pas sembler manquer de courage, ni permettre que le nom de Dieu fût blasphémé, envoya immédiatement " aux ministres " la convention suivante, signée de sa main. " Et le déposant en cite le texte. {Déposition latine, Process. remiss. Gebenn. (II), ad. art. 15.)
A cette époque, Claude Forestier, seigneur d'Yvoire, hérétique obstiné (L3, note 249), était assez ébranlé dans ses convictions ; mais, plus apte à " manier l'épée qu'à défendre le calvinisme, " il confessait à notre Saint ne pouvoir répondre pertinemment à ses arguments et l'assurait que les ministres de Genève, très doctes à son avis, seraient en mesure de le faire. Un jour, le gentilhomme propose au saint Prélat de leur en porter la parole : " Non seulement," répond-il, " je vous laisse toute liberté d'aller à Genève et de provoquer, en mon nom, tous les ministres à la discussion ; mais de plus je vous permets, s'ils refusent de venir jusqu'à nous, de demander l'autorisation pour que je puisse y aller moi-même, afin que la conférence sur les matières controversées se fasse, pour la plus grande gloire de Dieu, au milieu de cette ville qu'ils se glorifient d'appeler la tête de leur confession. " (Déposition du P. de Quoex, ubi supra.) Il semble, d'après ces détails, que le seigneur d'Yvoire ne fut pas étranger aux négociations pour la conférence projetée en 1605.
[45] - Nous avons, dans notre Préface, fait l'historique de cette pièce remarquable, dit pourquoi il faut l'attribuer à saint François de Sales, bien qu'elle ne porte pas son nom, expliqué les raisons pour lesquelles sa rédaction doit se placer entre les dates extrêmes indiquées ci-dessus. Le lecteur y est aussi renseigné sur l'édition princeps du Code Fabrianus (1606) d'où est tiré notre texte. Les éditions de 1608, 1610, 1661, 1667, 1740 ont été encore consultées : la première est, à peu de chose près, exactement conforme à celle de 1606, même pour les fautes d'impression dont un certain nombre est rectifié dans les autres. Celles-ci présentent en outre quelques variantes; lorsqu'on a cru devoir les adopter de préférence à la leçon du texte primitif, une note signale le changement. - Des innombrables références marginales, celles insérées entre ( ) sont dues aux éditeurs ; les autres se trouvent dans les anciennes éditions du Codex, non pas en marge, mais à la fin de chaque article. Elles sont assurément de saint François de Sales ; c'est pourquoi nous les reproduisons dans leur forme assez irrégulière, nous bornant à les compléter, au besoin, entre [ ], à corriger les erreurs, imputables sans doute à J'imprimeur, et à substituer des chiffres romains aux arabes, pour plus de clarté et d'uniformité. Il a semblé utile d'ajouter aux références des saints Pères, des renvois à la Patrologie grecque et latine de l'abbé Migne.
Les textes de l'Institution de Calvin cités par le saint polémiste concordent avec ceux de l'édition de 1568 dont voici le titre : Institutio Christianae Religionis, Johanne Calvino Authore. Additi sunt nuper duo Indices, ante ab A.Marlorato collecti : quorum prior res praecipuas, posterior in ea expositos copiosissima Sacrae Scripturae locos continet. (Genevae, Excudebat Franciscus Perrinus, M.D.LXVIII). C'est à elle, très probablement, qu'il fit ses emprunts. A la p.86 et plus loin encore, notre Saint indique en marge la première édition des Œuvres de Luther, imprimée à Wittemberg en 1558 (Œuvres latines, 7 volumes in-folio), d'où il tire ordinairement ses citations. Un exemplaire de cette édition se conserve à Paris, à la Bibliothèque de l'Institut de France ; toutefois, comme elle est assez rare, nous renvoyons de préférence à celle d'Iéna (1600-1612, 4 volumes in-folio), souvent réimprimée, mais sans changements. Ainsi qu'on l'a dit dans la Préface, Antoine Favre ajouta du sien à l'œuvre de son ami ; peut-être en modifia-t-il par endroits la forme, et sans nul doute le style. Bien qu'il soit malaisé de faire le départ de ce qui appartient à l'un ou à l'autre, il est cependant certains passages et des membres de phrases plus mordants, injurieux même, avec allusions personnelles, sur lesquels on ne peut se méprendre. A coup sûr, l'auteur n'en est pas le Saint, mais le jurisconsulte. Ils sont distingués dans notre texte par leur insertion entre crochets brisés [ ]. Le titre " De summa Trinitate…audant " est emprunté au Codex Justinianus, lib. l, tit. IV. (Voir Op 1, note 95).
[46] - On peut les voir dans le Brief Recueil des Edicts de tres illustre Prince Emanuel Philibert,... Duc de Savoye, et des Arrests donnez par son souverain Senat seant à Chambery, sur le faict de la Religion, Justice et Politique (Chambery, François Pomar l'aisné, 1567) ; dans Bally, Recueil des Edits et Reglemens de Savoye, depuis Emanuel Philibert jusques à present (Chambéry, 1679), et dans la Raccolta de Duboin (Tonna, 1818-1869), notamment au tome VI. (Op1, notes 253,264)
[47] - Allusion au proverbe : " Ne sutor ultra crepidam ; Que le savetier ne s'élève pas au-dessus de sa chaussure ", c'est-à-dire : que chacun se mêle de son métier.
[48] - L'édition de Francfort (1608) porte mendacii, au lieu de mendaci qui se lit dans celle de 1606.
[49] - Cette référence très 1aconique du Codex siguifie : Ouvrage publié par Luther contre 1e. livre d'Erasme : Diatribe de libero arbitrio (1524), qui fut réimprimé au tome VII des Œuvres du même auteur.
[50] - Videretur est substitué ici à viderent, d'après les éditions de 1661 et 1673.
[51] - Grand théologien, prédicateur fameux et l'un des premiers controversistes du XVIe siècle, Claude de Sainctes avait quinze ans lorsqu'en 1540 il fit profession chez les Chanoines réguliers de Saint-Augustin à l'abbaye de Saint Chéron près de Chartres. Ensuite, à Paris, au collège de Navarre, il étudia les humanités, la philosophie et la théologie, et y reçut le grade de docteur. Le cardinal de Lorraine l'employa au Colloque de Poissy (1561), puis le fit déléguer par Charles IX au Concile de Trente. Ses écrits, ses sermons et ses disputes contre les huguenots lui acquirent une telle réputation qu'en 1575 il fut pourvu de l'évêché d'Evreux. Malheureusement pour lui et pour sa gloire, Claude de Sainctes devint un des plus ardents ligueurs. Saisi à Louviers par les gens de Henri IV, on trouva parmi ses papiers un écrit où il justifiait l'assassinat de Henri III et disait que son successeur méritait le même sort. Sans l'intervention du cardinal de Bourbon et d'autres prélats, l'évêque d'Evreux eût sans doute subi la peine capitale ; mais à leurs prières on se contenta de le condamner à la prison pour le reste de sa vie. Il mourut peu après (1591) en celle de Caen. (Moreri, 1740, tome VII.). L'ouvrage du célèbre controversiste mentionné ici par saint François de Sales est intitulé : De rebus Eucharistia controversis Repetitiones, seu libri decem ; Parisiis, Lhuillier, 1575 (1 Vol. in-folio).
[52] - Le mot testamenti, qui se lit dans les éditions de 1606 et 1608, est corrigé dans celle de 1610.
[53] - A Paris, en 1290, un juif ayant reçu des mains d'une femme chrétienne une hostie consacrée, lui donna des coups de canif ; aussitôt, il en sortit du sang en grande abondance. Le même prodige se renouvela lorsqu'il la pendit avec un clou, la frappa à coups de fouet et la perça avec une lance. Cette sainte hostie fut conservée à Saint-Jean-en-Grève jusqu'à la Révolution. (Voir Léon de Saint-Jean, Carme, Histoire de l'Hostie miraculeuse de Paris, Paris, 1653 ; Théodoric de Saint-René, Carme, Remarques historiques données à l'occasion de la Sainte Hostie miraculeusement conservée pendant plus de 400 ans dans l'église paroissiale de Saint Jean en Grève, Paris, 1725). - Sur l'hostie miraculeuse qui se vénérait à Dijon depuis 1433, voir L3, note 39.
[54] - In Assert. Artic. Per Leonem X damnati , art. 31,32 ; et opusculo illo tom 1 quod Contra sententiam Scholasticorum inscripsit et toto libro Confutationis Lutheranae contra rationem Latomianam.
[55] - La première édition latine de l'Institution fut imprimée à Bâle en 1536 et ne comprend que six chapitres (petit in-8° de 514 pages). Remanié et successivement augmenté par l'auteur, l'ouvrage eut en latin de nombreuses éditions : Strasbourg, 1539, in-folio en dix-sept chapitres, et 1543en vingt-et-un chapitres ; Genève, 1550, 1553, etc. Celle de 1559 (Genève, Robert Estienne, in-fol.) fut, dans la pensée de Calvin, l'édition définitive ; les deux impressions faites encore de son vivant ne sont que des reproductions de celle-là. Depuis sa mort, les éditions de l'lnstitution ont été très nombreuses : nous avons donné dans la note de la page 68, le titre de celle de 1568, Genève. L'allusion à celle de 1602 (in-8°), faite également dans cette ville par Jean Le Preux. prouve que saint François de Sales a écrit ce passage à une date postérieure. En 1541 parut la traduction française (in-8°) due à Calvin lui-même ; elle ne porte pas d'indication de lieu, mais il est établi qu'elle fut imprimée à Genève. D'autres éditions la suivirent: 1545 (in-8°), 1551 (in-folio), 1554, etc., sorties aussi de Genève, et en 1559-1560 l'Institution est publiée en français, ainsi qu'en latin, sous sa forme définitive. De 1559 à 1566 elle est réimprimée chaque année, souvent en plusieurs lieux à la fois, et très fréquemment depuis lors. (Voir la Bibliographie à la fin de l'édition du Corpus reformatorum : J. Calvini opera quae supersunt omnia, (edit. G. Baum, Ed. Cunitz, Ed. Reuss, 59 vol. in-4°, Brunswick, 1863-1900), et le tirage à part du volume LIX,sous le titre de Bibliographia Calviniana, édité à Berlin par Alfred Erichson, 1900. Pour les différences entre les premières éditions de l'Institutio et l'édition définitive de 1559, cf. les deux volumes sur cet ouvrage dans le Corpus reformatorum.)
[56] - Dans la dernière édition française revue par Calvin (Genève, Jean Crespin, 1560).
[57] - Sur Philippe de Mornay, seigneur du Plessis-Marly, (cf L5, note 235). Le traité en question fut imprimé pour la première fois à Londres pax Thomas Vautrollier, en 1579 (in-8°) ; l'édition de Genève (1599) est la seconde et porte ce titre: Traitté de l'Eglise, auquel sont disputées les principales questions meuës sur ce point en nostre temps, par Messire Philippes de Mornai, Seigneur du Plessis-Marli, Conseiller du Roi en son Conseil d'Estat,... Gouverneur pour Sa Majesté en la Ville et Senéchaussée de Saumur, et Sur-Intendant de sa Maison et Couronne de Navarre. Reveu et augmenté par l'autheur et les passages des Peres emploiez à la marge contre les calomnies ordinaires de ce siècle. A Geneve, par Jean Le Preux, M. D. XCIX (in 8°).
[58] - Ce mot est ajouté d'après le texte de Luther.
[59] - Stephanus archiepiscopus Concilii Mauritaniae et Episcopi trium Copnciliorum Africae. Cette pièce a été reconnue comme apocryphe.
[60] - Sisinnius succéda au Pape Jean VII en 708, mais ne régna que quelques jours. Les éditions du Codex ont, par erreur, Cymini. (Cf. Les Controverses, 2,5,1)
[61] - Les éditions consultées portent suis ; le sens demande tuis.
[62] - Préface à la première édition de ses Œuvres, datée du.1er mars 1545.
[63] - Sériphe ou Seriphos, l'une des îles Cyclades, autrefois si déserte et inculte que Rome avait coutume d'y envoyer en exil les coupables de grands crimes. Les anciens prétendaient que les grenouilles de cette île étaient absolument muettes et que, transportées ailleurs elles reprenaient leur coassement ordinaire. De là le proverbe: Seriphia rana, pour désigner les personnes qui ne savent rien dire.
[64] - Les tessères militaires étaient de petites tablettes de bois, sur lesquelles on inscrivait le mot d'ordre qui servait de reconnaissance aux soldats des armées romaines.
[65] - Voir note 69
[66] - " Aussy, il escrivit en françois, " dit Bèze, " un petit traitté et bien familier de la Cene du Seigneur, pour l'usage de ceux de langue françoise. " Il parut en 1541 (in-12). On conserve à la Bibliothèque publique de Genève, Be. 2703, un exemplaire de l'édition de 1545 ; c'est un petit in-8° de 70 pages, intitulé: Petit Traicté de la saincte Cene de Nostre Seigneur Jesus Christ. Auquel est demontré la vraye institution, profit et utilité d'icelle. Ensemble, la cause pourquoy plusieurs des Modernes semblent en avoir escrit diversement. [Geneve, 1. Gerard.] 1545. - Cet opuscule a été réuni avec d'autres dans le Recueil des opuscules de J. Calvin, 1566 (in-4°) ; peut-être est-ce à cause de cette réunion de divers écrits en un seul volume, qu'on lit " aux petits livrets " dans l'édition du Codex de 1610 et en d'autres encore.
[67] - Faite à Genève (in-8°) sur l'édition de 1562, qui est divisée en quatre Livres comme l'édition latine de 1559. Pour les éditions antérieures, voir note 55.
[68] - Le texte de Luther a fatigabo.
[69] - Cette Vie occupe 22 pages de l'in-folio: Commentaires de M. Jean Calvin sur le livre de Josué, avec une Preface de Theodore de Beze contenant en brief l'histoire de la vie et mort d'iceluy, deduite selon l'ordre des temps : Geneve, de l'imprimerie de François Perrin, MDLXIIII. - L'édition latine du même ouvrage, également imprimée par Perrin (in-5°), est de la même année. (note 65). En 1565 on publia à part la Préface des Commentaires, sous ce titre : Histoire de la vie et mort de feu M. J. Calvin, prinse de la Preface de Theodore de Beze aux Commentaires du dit Calvin sur Josué ; Geneve, François Perrin.
[70] - Dom Morin, Etudes, Textes, Découvertes (Tamines, Belgique, Duculot-Roulin, 1913), tome I, pp. 497, 498, attribue ce sermon au bienheureux Ambroise Autpert, abbé bénédictin de Saint-Vincent sur le Volturno.
[71] - Selon toute probabilité, le ministre en question est Antoine de la Faye, et Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, le catholique qui l'interpella. (Estendart Ste Croix préface ; L1, notes 193,298 ; L2, note 320). La scène se passa à Genève peu après l'abjuration solennelle du gentilhomme (26 août 1596), qui avait irrité au plus haut point l'adversaire. Celui-ci, voulant arracher à l'Eglise le nouveau converti, se vanta d'aller trouver saint François de Sales à Thonon " pour luy faire voir en sa presence quil l'avoit mal instruict. " Malgré ses bravades et les sommations d'Avully, la Faye n'eut jamais le courage de sortir de Genève ; alors le Saint résolut de l'y rejoindre avec le baron, l'avocat du Crest, le chanoine Louis de Sales et quelques autres, parmi lesquels sans. doute le sénateur Favre, que Charles-Auguste ne nomme cependant pas (Histoire, etc., liv. II, pp. 107, 108). La conférence dura trois heures ; on discuta. " chaudement et vivement sur les articles choisis par ledict de la Faye. Entre aultres, je me resouviens fort bien, parce que j'estois present, " dépose Georges Rolland, " quils disputerent sur l'invocation des Saincts ; sur quoy le Bienheureux le pressa tellement par la force de ses arguments et raisons, l'empeschant de passer a d'aultres mattieres, que le ministre se meit en colaire et rompit par ce moyen la dispute, sans faire aulcune response vallable ny qui peult contenter le seigneur d'Avully, auquel il avoit promis de faire voir que la doctrine catholique... estoit faulce. " Ainsi, " par son silence et ignorance, la confusion luy estant tombee sur le visage, " le néophyte " demeura confirmé en nostre religion jusques a la mort. " (Process. remiss. Gebenn, (1), ad art. 16.)
[72] - Allusion à la fameuse conférence de Fontainebleau, tenue le 20 mars 1600 par ordre de Henri IV, où le cardinal du Perron, évêque d'Evreux (L6, note 892), confondit Philippe de Mornay (L5,note 235).
[73] - Saint François de Sales a dû rencontrer cette citation dans quelque ouvrage où elle aura été attribuée à saint Augustin ; mais elle ne se trouve nulle part dans ses Oeuvres. On peut indiquer, comme renfermant l'idée, les textes suivants du saint Docteur : Pertinacia non sinit corrigi ; et : Contentionis sunt cupidiores quam veritatis. (Epist. LVII, § 2, et CCXXXVIII, § 2 ; P. L.. tom. XXXIII, col. 225 et 1039.) Toutefois, ce qui se rapproche le plus de la pensée et de l'expression est ce texte de saint Jérôme: Facilius eos vinci posse quam persuaders. (Dialogus advers. Luciferianos, § 28; P. L., tom. XXIII. col. 182.)
[74] - Icones, id est verae imagines virorum doctrina simul et pietate illustrium... Tbeodoro Beza auctore ; Geneve apnd I. Laonium, 1580, in-4°. Le passage que vise saint François de Sales, au septième portrait, est celui-ci : Evangelicae lucis flammae et densissimis tenebris sensim profundae.
[75] - Cf. Luther et le Luthéranisme, par H. Denifle-J. Paquier (Paris, Picard, 1913), au tome 1er, chap. VI, § 9 : " Bouffonneries de Luther ", et au tome IV, § 3 : " Langage obscène de Luther contre la Papauté."
[76] - Epislola magistri Benedicti Passavantii responsiva ad commissionem sibi datam a venerabili D.Petro Lyseto; 1558, in-8°. Tout ce petit volume est une satire. Après sa première édition, d'antres parurent en 1568, 1584, 1593, etc.
[77] - La lettre de Luther et la réponse du Roi d'Angleterre mentionnée ici furent publiées ensemble à Dresde en 1527, sous ces titres Epistolae ad Henricum VIII, in qua veniam peti eorum quae prius stultus ac praceps in eumdem Regem effuderit. – Invictissimiprincipis Henrici VIII, Regis Angliae, ad Martini Lutheri epistolam responsio. (In 8°.). En 1543, elles parurent aussi à Rome en un in-4° intitulé : Litterarum quibus invictissimus princeps Henricus VIII, Rex Anglia,... respondit ad quadam Epistolam M. Lutheri ad se missam eti^psius Lutheranae quoque epistolae exemplum.
[78] - Georges, dit le Barbu (1471-1539), très opposé à la Réforme qu'il combattit. Après sa mort, le protestantisme s'établit dans son pays.
[79] - Frédéric, électeur de Saxe, né le 17 janvier 1463, mort le 5 mai 1525, fut des premiers protecteurs de Luther, à qui il donna pour retraite le château de la Wartbourg, jusqu'à ce que Charles-Quint fût sorti d'Allemagne.
[80] - L'ouvrage fut composé en allemand en 1533 (Von der Winkelmesse und Pfaffweihe.), puis traduit eu latin par Juste Jonas ; il parut sous ce titre : De Missa privata et Unctione sacerdotali, libellus D. M. Lutheri e germanis in latinum translatus per Justum Jonam ; Wittenbergœ, 1534. La conférence du diable avec Luther a été extraite de cet ouvrage : Récit de la conférence du Diable avec Luther fait par Luther même dans son livre de la Messe privée.. en latin, et traduction française avec des remarques par M. l'abbé de Cordenoy ; 3e éd, augmentée, Paris, 1684. - On trouve ce même récit dans le tome l du Traité historique et dogmatique sur les apparitions, les visions et les révélations particulières..., par Nicolas Lenglet-Dufresnoy ; Paris, 1751.
[81] - En résumant si brièvement les idées de Calvin sur les trois formes de gouvernement, l'auteur du premier Titre du Codex force un peu sa pensée. Calvin, dans son texte français, plus développé que le latin, reconnaît des inconvénients dans chacun des régimes. Seulement, il regarde le gouvernement de plusieurs.(Aristocratia)comme le plus passable et le plus sûr (l'autorité des uns tempérant celle des autres), et la "Monarchie " comme plus défectueuse, étant très difficile, dit-il, que " les Rois se modèrent si bien, que leur volonté ne se fourvoye jamais d'équité et droiture. "
[82] - Jean Calvin, deuxième fils de Gérard Cauvin, naquit à Noyon en Picardie le 10 juillet 1509, sous le règne de Louis XII, à qui succéda en 1515 François 1er.. Envoyé à Paris en 1523, il y fait ses humanités et sa philosophie ; en 1528 il va étudier le Droit à Orléans, sous Pierre Taisan de l'Estoile ; mais dans l'automne de l'année suivante, attiré par la réputation du grand jurisconsulte italien Aldato, il se fait inscrire à l'Université de Bourges. Deux ans plus tard, il abandonne le Droit pour les Lettres, et se fixe de nouveau à Paris (fin juin 1531) où il est un des premiers élèves des nouveaux lecteurs royaux, Danès pour le grec et Vatable pour l'hébreu. (Voir A. Lefranc, La jeunesse de Calvin, Paris 1888 ; E. Doumergue, Jean Calvin. Les hommes et les choses de son temps, vol. I-V, Lausanne, 1899-1917 ; vol. VI, VII, Neuilly-sur-Seine, 1926, 1927.)
[83] - Les plus illustres princes de la Maison de Savoie du nom d'Amédée, auxquels sans doute il est fait allusion ici, sont: Amédée V (1249-1323), surnommé le Grand pour ses rares vertus, ses belles qualités et ses exploits militaires ; Amédée VI, dit le Comte-Vert (L4, note 460) ; Amédée VIII, .premier duc de Savoie, "le Salomon de son siècle ", qui. porta la tiare de l'anti-:pape sous le nom de Félix V (L3, note 453), et le bienheureux Amédée IX que l'Eglise plaça sur les autels en 1677 (L4, note 284).
[84] - Ce qui suit semble devoir être attribué, en grande partie du moins, au président Favre.
[85] - Le jurisconsulte termine cet article, le dernier du premier Titre de son Codez, par un magnifique éloge de son saint ami; on le trouvera à l'Appendice de cette IIIe Série.
[86] - Les fragments 1 et 2 se trouvent en tête de deux grandes pages des Sermons conservés à la Visitation de Turin : le premier, au recto du folio 16, où il est suivi du plan pour le 1er dimanche de l'Avent, 30 novembre 1608 (S2,serm.73) ; le second est au recto du folio 19, dont le reste est laissé en blanc, tandis que le verso est occupé par le plan du sermon pour la fête de l'Immaculée Conception de la même année (S2, serm74). L'un et l'autre fragments semblent donc devoir remonter à cette époque ; toutefois, la différence de l'encre et l'écriture plus fine permettraient même de leur assigner une date antérieure à 1608. Le n° 3 est sans doute de 1613, puisqu'il est écrit sur le feuillet d'un plan de sermon pour le 3e dimanche de l'Avent de cette année. L'Autographe, encore inédit, appartient aux RR. PP. Salésiens, à Turin.
[87] - Traicté de la Liturgie, ou saincte Messe, selon l'usage et forme des Apostres et de leur disciple Sainct Denys, Apostre des François, par Gilb. Genebrard, Archevesque d'Aix. Dernière édition (A Paris, chez Laurent Sonnius, 1602). chap. VII : " Du mot de Missa. "
[88] - Ces notes sont écrites sur la longueur d'une petite bande de papier rectangulaire ; les caractères très rapides et peu formés ne permettent pas d'assigner une date, même approximative, à ces lignes. Nous les croyons cependant postérieures à la période de la mission du Chablais et antérieures aux dernières années de la vie du Saint.
[89] - Le sujet traité dans ce document et les expressions mêmes font songer aux trois pièces de 1597 données ci-dessus (numéros V-VII, pp. 18, 30-43) et aux sermons de la même époque sur la sainte Eucharistie. Mais, écriture et orthographe sont d'une période bien postérieure à celle du Chablais et, au surplus, les caractères gros et bien formés ressemblent beaucoup à ceux du numéro suivant ; nous datons donc l'un et l'autre de la même année, tout en faisant les réserves convenables pour celui-ci. Pendant son dernier séjour à Paris, saint François de Sales convertit bon nombre de calvinistes ; il n'est pas invraisemblable que ces pages aient été destinées à l'un d'eux.
[90] - Notre texte est-il complet ? Il occupe deux pages de la feuille autographe ; le haut de la troisième ayant été coupé, il est permis de supposer qu'il contenait encore quelques lignes de la main du Saint, car autrement la mutilation ne pourrait guère s'expliquer. Ce qui reste de la troisième et de la quatrième pages est en blanc.
[91] - Pierre du Moulin, ou Dumoulin naquit à Buhy, dans le Vexin,.en 1568, fut sept ans professeur à Leyde (1592-1599) et vingt ans ministre à Paris-Charenton (1599-1619). Mais vers la fin de 1619, tandis qu'il revenait de présider le synode d'Alais, il apprit que ses lettres très compromettantes à Jacques 1er, roi d'Angleterre, l'exposaient aux poursuites de Louis XIII. Il se retira alors à Sedan, où le duc de Bouillon le fit nommer professeur de théologie de cette ville ; il y passa le reste de sa vie et y mourut en 1658, laissant de très nombreux écrits. (Voir Haag, La France protestante, 2e éd., 1886, tome V, col. 797-824) Déjà de son vivant, plusieurs de ses coreligionnaires blâmaient sa violence et son défaut de sincérité. C'est d'ailleurs ce qui perce dans le récit qu'il fait, dans son autobiographie, de la conférence qu'il eut à Paris avec le saint Evêque de Genève. (note 95).
[92] - Le 9 février 1619, Anne de Rohan écrivait : " A cette heure, M. le prince de Joinville ne bouge de l'hôtel de Mme la maréchale de Fervaques qui est toujours fort mal. " (Lettre citée pax Haag, ubi not. prœced., tome 1er, p. 127.) Du. Moulin dit en effet qu'elle mourut pendant l'hiver, le jour même de la conférence et peu après celle-ci. De cette double indication, on peut déduire approximativement la date de la présente pièce, écrite sans doute pour l'une des personnes qui assistèrent à la discussion entre saint François de Sales et le ministre. Ce dernier mentionne dans son récit Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissieux ou, Royssi (L5, note 492). M. d'Andelot, " la duchesse de Longueville, sa mere (a) ," et " Mme de Berengalt ", sœur de la malade, mais catholique (b.). Nous pouvons ajouter Mme de Roissieux, qui dut probablement faire partie du " grand train " de son mari. Bien qu'il ne soit pas question d'elle, mais de Claude Hanapier, dame de Rossieux, dans L8, lettre 1510, à la Mère de Chantal, on peut voir à son sujet L8, note 863)
(a)- La "duchesse de Lougueville " était Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et d'Anne de Montalia; mariée en 1617 à Henri Il de Longueville, elle mourut le 9 septembre 1637. Sur sa mère, (L8, note 955). C'est sans doute de cette rencontre " chez madame la maresehale", que la Mère Angélique Arnauld parle en ces termes dans sa déposition (Process. remiss. Parisiensis, ad art. 24) : " Conferant une fois a Paris en la presence de Madame la comtesse de Soissons, elle se facha si fort des insolences du ministre, qui estoit du Moulain, que " si le Bienheureux ne l'eut retenue ; qui u'estoit aucunement esmeu, ceste princesse disoit qu'elle l'eust faict jetter par la fenestre. "
(b)- Il n'y a pas de doute sur la lecture du manuscrit, mais il semble bien que Berengali est un nom mal entendu, ou mal lu sur des notes écrites en abrégé. Parmi les soeurs d'Anne d'Alègre, aucune ne le porta, et une seule fut mariée à un catholique : Marguerite, qui devint en 1597 dame de la Mésangère par son alliance avec George. du Fay, seigneur du dit lieu, dont le nom a pu prêter à confusion.
[93] -Fille de Christophe d'Alègre, seigneur de Saint-Just et d'Oisery, et d'Antoinette du Prat, Anne fut d'abord mariée (1er septembre lS83) à Paul de Coligny, dit Gui XIX, comte de Laval, qui la laissa veuve le l5 avril 1586. En 1599, elle épousa Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques, veuf lui aussi, et maréchal de France depuis 1595 ; il mourut en 1613. ( P. Anselme, Hist. chron. de la Maison royale de France, 3" éd., 1733, tome VII, p. 711 ; Moreri, 1740, tomes 1 et III.)
[94] - Par " l'ancienne version latine de la Bible ", saint François de Sales entendait la Vulgate reçue dans l'Eglise depuis saint Jérôme, version qui par son antiquité et son usage universel se distinguait des versions latines assez récentes, faites d'après le texte grec. C'est en effet " la version Vulgatte " qui est désignée dans le Jouma1 de du Moulin. Les " Bibles produites ", d'après ce récit, ne sont évidemment pas un choix d'éditions diverses de la Vulgate, publiées depuis l'invention de l'imprimerie, éditions qu'on n'avait pas communément sous la main. Il s'agit sans doute du texte officiel édité par Sixte-Quint en 1590, ou plutôt de l'édition de Clément VIII, de 1592. Dans ces deux éditions, comme d'ailleurs dans les éditions antérieures, non officielles, mais assez répandues, telles .que celles de Plantin, d'Anvers, ou celles de Henten, de Louvain, on lit au verset 24 de 1 Cor., XI: Quod pro vobis tradetur. Il n'y a guère que Robert Estienne qui dans ses éditions de la Vulgate (v. g. en 1545) ait imprimé frangitur à la place de tradetur, parce qu'au lieu de s'appuyer uniquement sur des manuscrits de la Vulgate, il se laissa influencer par des manuscrits de la version latine antérieure à saint Jérôme, dite l'Italique, et par les leçons de plusieurs manuscrits grecs. La version reçue dans l'Eglise avant saint Jérôme, porte en effet frangitur. Il est vrai qu'il n'existait pas encore d'édition imprimée de l'Itala ; mais saint François de Sales avait pu la rencontrer citée dans les Œuvres des Pères latins, par exemple dans l'Appendice aux Œuvres de saint Ambroise, Commentaria in 1 Cor., XI, 24. Il avait pu voir également la même leçon dans des traductions latines des Pères grecs, v. g. saint Jean Chrysostome, Homil. XXVII, in 1 Cor., XI. Ces souvenirs se mélant dans sa mémoire au cours d'une discussion imprévue, lui ont fait croire qu'il avait vu cette leçon frangitur dans quelque édition catholique de la Vulgate, au chap. XI, verset 24 de l'Epître indiquée. Le Saint ajoute dans sa " Déclaration» qu'elle se trouve plusieurs fois ailleurs ; en effet, l'expression frangere panem, " rompre le pain ", ou fractio panis, "fraction du pain ", appliquée à l'Eucharistie, est employée dans 1 Cor.10,16 ; Ac. 2 42-47, 20, 7). L'erreur de du Moulin est beaucoup plus grave. C'était de sa part ignorance ou calomnie que d'attribuer à une falsification la leçon du texte officiel de la Vulgate : Quod pro vobis tradetur. Cette traduction remonte à saint Jérôme : ce n'est donc pas une interpolation faite par les catholiques dans l'intention de combattre plus facilement les protestants. La divergence de traduction entre l'Italique et la Vulgate vient de ce que le texte grec de 1 Cor.XI, 24, portait, à l'origine, une formule abrégée assez elliptique: Ceci est mon corps, qui est pour vous, το υπερ υμων. Les copistes, en face des manuscrits primitifs, ont, pour préciser le sens, pour exprimer ce qui était sous-entendu, ajouté, les uns le participe présent, πλωμενον, "rompu ", en se guidant sur le même verbe employé dans la phrase ; les autres, le participe présent, διδομενον, " donné ", explication plus naturelle qui se rapproche de la formule de l'Evangile de saint Luc : Quod pro vobis datur. Si l'on fait attention que l'expression " rompre le pain ", signifiait distribuer, donner en nourriture, l'addition frangitur se trouve être équivalente de datur : ce qui, en passant, réfute l'interprétation que du Moulin donne du texte de saint Paul, 1 Cor.10,16 : Le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur. D'ailleurs, en mettant le texte à la première personne, il en change par là même le sens exact. Calvin lui-même (Instit 4, 17, 10 et 20), dont du Moulin accepte l'autorité, trouve les deux formules équivalentes. Toutefois, au lieu de datur, comme dans saint Luc, la Vulgate met ici le futur, tradetur : ce qui marquerait un rapport plus direct de la Cène au sacrifice de la Croix ; mais l'une ou l'autre leçon du grec au participe présent, marque plus expressément que la Cène en elle-même est un vrai sacrifice.
[95] - Les historiens de saint François de Sales et les déposants aux deux Procès de Béatification semblent avoir ignoré sa rencontre avec du Moulin chez Mme de Fervaques ; ç'est donc au ministre que nous en empruntons les détails, d'après le Ms. autographe conservé à Paris, à la Bibliothèque de la Société d'Histoire du protestantisme Ms. 90 : " Cette rencontre. m'est advenue la derniere année de ma demeure à Paris. " La maréchale " estoit malade d'une maladie dont elle est morte à Paris ; elle estoit de nostre religion, mais elle avoit une sœur nommée madame de Berengalt, laquelle pour espouser un mari s'estait revoltée de la religion. Voyant sa sœur malade à la mort, elle me fit avertir par voyes obliques que je ferois bien de la visiter. Je partis incontinent de ma maison et vins à la porte de celle de la malade, laquelle je treuvé fermée. Mais arriva monsieur de Roissy, homme de grande qualité, suivy d'un grand train. Je me fourray parmi te train et entray, et montay en la chambre de la malade. Et comme je commençois à parler à elle, voici entrer l'Evesque de Geneve, envoyé par la Princesse de Piemont, sœur du Roy, pour exhorter la malade à mourir en la religion catholique romaine. Là, il y eut quelque contestation entre l'Evesque et moy. " Sur ce, M. de Royssi demande à la mourante par lequel des deux elle veut être assistée : " J'en prie monsieur du Moulin," répond-elle. Alors, plusieurs catholiques sortirent, tandis, que d'autres demeurèrent. " Je parlay à la malade, " continue le ministre, " et la oonsolay le mieux que je pus. " Çependant, " trois seigneurs de qualité, entre lesquels estoit monsieur Dandelot (c), rentrèrent en la chambre... et me dirent : Monsieur du Moulin, il y a là bas des princesses et dames qui desirent vous voir conférer avec monsieur l'Evesque. " Apres plusieurs difficultés de la part du ca1viniste, celui-ci se décida à suivre les gentilshommes en une grande salle où estoit madame la duchesse de Longueville, sa mère et plusieurs autres. Leur ayant demandé de quelle matiere ils vouloient que nous traitassions, ils dirent..., de ces paroles du Seigneur : Cecy est mon corps ; qui sont paroles dont l'Apostre saint Paul, en la 1re aux Corinthiens, chap. x, donne l'exposition, a sçavoir : " Le pain que je romps est la communion de mon corps ; " c'est donc du pain qu'on rompt. Puis je dis à l'Evesque que je m'ebahissois comme il m'osait alleguer un passage corrompu et falsifié ; car en la 1ere. aux Corinthiens, chap. X (sic, pour XI), verset 24, saint Paul récite exactement comme Jesus Christ a institué la sainte Cene : " Ayant rendu graces, il dit : Prenés, mangés, ceci est mon corps qui se rompt pour vous. " Mais l'Eglise romaine, en sa version, a mis : qui sera livré pour vous, y ayant osté ce mot de rompre, de peur qu'on ne reconnoisse qu'il parle d'un corps qui peut estre rompu au Sacrement, ce qui ne convient pas au vray corps du Christ. Sur cela, l'Evesque me dit que j'estais un calomniateur, et qu'on treuvera que le mot qu, est rompu se treuvera en la version Vulgatte. Bibles furent produites, et fut trouvé que je disais la verité ; dont. l'Evesque fut confus, et là dessus la conference fut rompue. Madame de Longueville me tira à part et me dit qu'elle avoit desjà ouy parler de moy ; mais que maintenant, m'ayant veu et ouy, ce luy seroit un comble de joye si je me rendois catholique. Ce que je ferois volontiers, si on me monstroit en la Parole de Dieu que Dieu .ait commandé aux prestres de sacrifier le corps de Jesus Christ. Je remontay vers la malade, laquelle peu après rendit l'esprit. " (Voir La Vie de M. Pierre Du Moulin, Ministre de l'Eglise réformée de Sedan et professeur de Théologie, escrite par luy mesme, publiée dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français, Paris, 1858, n° 7, pp. 467, 468. – (Cette autobiographie est l'éloge continuel de la personne de l'auteur, avec le blâme permanent de tous les autres.) D'après la " Déclaration " de saint François de Sales, la conférence avec du Moulin ne roula pas seulement sur une question de texte : frangitur au lieu de tradetur. Cette question même ne dut venir qu'incidemment. Le fond de la discussion porta sur la réalité du sacrifice de la Cène et sur le pouvoir donné aux Apôtres et à leurs successeurs de perpétuer ce sacrifice. Du Moulin n'en parle pas expressément, n'y ayant pas eu, sans doute, l'avantage; il se rabat sur une question incidente où son antagoniste eut " un defaut de memoire ". Indiquant plus exactement le fond du débat, la note du Saint insinue que son adversaire fut contraint de céder à la force de ses arguments. Sans vouloir l'avouer, le récit du ministre le laisse entrevoir malgré lui, puisqu'il nous montre la duchesse de Longueville, qui avait suivi la discussion, lui témoigner qu'elle serait au comble de la joie s'il se rendait catholique : ce qui suppose que du Moulin, habile à se défendre, dut cependant reconnaître la solidité des preuves apportées par l'Evêque de Genève, ou du moins qu'il n'eut plus rien à répondre. Mais dans son Journal, écrit vingt-deux ans plus tard, le ministre, plus obstiné encore dans son opposition calviniste, ne craint pas d'avancer - ce qui à son point de vue est une condition impossible à réaliser - qu'il se ferait catholique, si on lui montrait par l'Ecriture que Dieu a. " commandé aux prestres de sacrifier le corps de Jesus Christ. " (Sur ce point. comme sur les autres questions dont il est parlé ici, on peut voir J. Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, tome II, pp. 380388; Dictionnaire de Théologie catholique, Paris, Letouzey, 1913, tome V, article: L'Eucharistie d'après la Sainte Ecriture, par Mgr Ruch.)
(c) - Charles de Coligny, marquis d'Andelot (1565-1632), fils. puîné de Gaspard II de Coligny.
[96] - Les syndics et magistrats de Genèye.
[97] - La fin de cette lettre est inédite
[98] - Estendart Ste Croix, note 140.
[99] - Antoine Favre vient de faire l'éloge de Mgr Claude de Granier, prédécesseur du Saint.
[100] - On sait qu'en 1602, Henri IV voulut entendre prêcher le jeune Coadjuteur de l'Evêque de Genève, et " monstra d'en avoir eu du contentement, " écrit modestement notre Saint." (L1, note 50 ; Op2, notes 45, 85)..
[101] - Jean Favre (L3, note 332).
[102] - L'éditeur Migne, qui a publié ce texte au tome VI, col. 89, n'a pas donné les noms de ces ecclésiastiques; peut-être n'eut-il entre les mains qu'une minute où ces noms ne figuraient pas.
[103] - En cette année 1603, le Synode ne put avoir lieu à l'époque indiquée, car le saint Evêque dut se rendre en Piémont pour prêter serment de fidélité au duc de Savoie et à son fils aîné, Philippe, prince de Piémont, et leur faire hommage de la seigneurie de Thiez. Comme lui-même l'écrit, il voulait aussi " obtenir la mainlevee des revenuz " de l'évêché, que Son Altesse lui " avoit fait saysir un peu apres " son élévation à l'épiscopat. (L2, notes 188,194). Parti d'Annecy le lundi de Pâques, 31 mars, il prête serment à Mondovi le 1er mai et ne fut de retour que vers le 18, fête de la Pentecôte. Le Synode dut être renvoyé au 2 octobre. (Voir la pièce suivante et les notes qui l'accompagnent.)
[104] - Titre et texte sont la reproduction du placard imprimé à Thonon par Marc de la Rue, que les curés du diocèse de Genève devaient " affiger en leurs sacristies ou autres lieux de leurs eglises. ". Saint François de Sales désigne ces Statuts, et même ceux de quelques Synodes postérieurs, tantôt sous le nom de Constitutions, tantôt sous celui d'Ordonnances ; mais en réalité, des articles qu'ils contiennent, un grand nombre sont empruntés à Mgr de Granier. Les Constitutions de celui-ci, comme le remarque Mgr Rebord dans son excellente étude : Synodes de Saint François de Sales, de son prédécesseur et de ses successeurs (Annecy, Impr. Commerciale, 1921), p. 9, " ne moururent point avec lui. En se dispensant d'en publier de nouvelles, " notre Saint " les a vraiment faites siennes, sauf à en rappeler certains articles plus ou moins mis en oubli, à en modifier d'autres, à les compléter, et à frapper de censures certains violateurs plus gravement coupables. " Chaque année, à moins qu'il fût absent du diocèse, saint François de Sales célébrait le Synode avec une solennité telle que les laîcs eux-mêmes y étaient attirés. Dans ces assemblées, nous dit le chanoine Jay, " il faisait des allocutions si pieuses et si paternelles, que les ecclésiastiques repartaient tout animés d'un nouveau zèle pour leurs fonctions. " (Déposition latine, Process. remiss. Gebenn. (I), ad art. 28.) Le premier jour du Synode, à la Messe pon.tificale, il donnait la sainte Communion à tout le clergé, puis s'organisait " une procession generale par toute la ville, en laquelle, outre les prestres des Chapitres, cent curez, revestus de surpelis " précédaient leur Evêque qui, en chape et mitre en tête, " alloit tout dernier." (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. V, p. 302.) Au retour, il faisait prononcer une solennelle profession de foi. Le second jour, le Bienheureux laissait la parole à l'un des chanoines ou autre titulaire. Il faisait relire les Statuts des Synodes précédents et " n'en établissait aucun nouveau sans avoir d'abord recueilli à leur sujet les avis des curés présents. Après la solennité, il réunissait ceux-ci et les partageait en quatre commissions, à la tête desquelles il mettait un président; on y traitait les différentes questions concernant la discipline ecclésiastique et le ministère des âmes. " (Déposition citée.)
[105] - Sur les surveillants ou archiprêtres, voir L6, note 185).
[106] - Robert Bellarmin (L7, note 622) remplissait la charge de provincial de la Compagnie de Jésus à Naples lorsque Clément VIII l'appela à Rome (janvier 1597) et le nomma consulteur du Saint-Office. Vers la même époque, à .la prière du cardinal Tarugi, il composa un petit Catéchisme et un autre plus étendu qui furent imprimés peu après et commencèrent à se répandre. Par Bref du 15 juillet 1598, le Pape approuva ce Catéchisme qu'il souhaitait voir adopté dans tous les diocèses de l'univers, et même, par un ordre formel, il l'imposa à ceux des Etats Pontificaux. Si l'on excepte l'Evangile et l'Imitation de Jésus-Christ, aucun livre n'a été aussi souvent réédité et traduit. Il fut publié pour la première fois en italien, sous ce titre : Dichiarazione più copiosa della dottrina christiana, composta per ordine di Clemente VIII dal Card. Rob. Bellarmino ; 1598. La première traduction française parut deux années après : Catechisme et ample declaration de la doctrine chrestienne,... traduit de l'italien en françois par Fr. Pericard (év. d'Avranches); Paris, 1600. (Voir Couderc, S. J., Le Vble Cardinal Bellarmin, Paris, 1893, tome 1er, chap. XIX, p. 235.). Saint François de Sales faisait un grand cas de ce Catechisme, comme, d'ailleurs, de tous les ouvrages du Bienheureux Bellarmin. Evêque, lui-même l'enseignait et, nous dit Georges Rolland, il " en feit achepter quantité de copies imprimees lesquelles il distribua et donna a tous les petits enfans. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 35.)
[107] - Voir note 128. (Règlement pour l'enseignement du Catéchisme).
[108] - Rd Claude Dumont, curé de Bonne (L11, note 745), dépose que la première année de sa prêtrise (juin 1609) et avant qu'il possédât aucun bénéfice, son Evêque lui " commenda de faire le Cathechisme et instruire des fondementz de la doctrine chrestienne les jeunes enfantz et autres, selon les occasions qui s'en presenteroient, en tout le diocese, et specialement en l'eglise de Bonne. " Il devait exhorter " tous les peres et meres et autres ayant en charge la jeunesse, de soigneusement faire assembler leurs enfantz et jeunes gens de leur charge, " dit-il, " au lieu et heure que pour cest exercice je choisirois, ainsy que par patentes escrites et signees de la main du Bien-Heureux, et seelees de son seel, le 10 de juillet 1610. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 35.)
[109] - S'agit-il de la guerre de la France contre la Savoie, envahie par Henri IV au mois d'août 1600, puis évacuée par ses troupes vers la fin d'avril 1601 ? (L2, notes 63,65). Le texte insèré dans le Registre de l'Evêché, où on lit : " pour cause de ces troubles de guerre,"» et encore : " puis que il a pleut a Dieu nous fere jouyr a present d'une [heureuse] paix, " fait plutôt songer à des évènements récents. Or, huit mois avant la réunion du Synode, les Genevois, pour se venger de la fameuse " Escalade " tentée par Char les-Emmanuel contre leur ville dans la nuit du 8 décembre 1602, s'étaient rués sur Thonon, puis, au mois de mars, sur Evian dont ils avaient saccagé l'église et pillé des maisons. D'inutiles propositions de paix échangées en avril les ayant rendus plus audacieux; encore, ils saisirent plusieurs prêtres, tandis que d'autres ne durent leur salut qu'à la fuite. Dans une lettre du 18 mai 1603, le Saint. parle des " volleries et pilleries de ceux; de Geneve, " et le 15 juin, de " l'abandonnement de cent eglises..., presque desolees. " (L2, lettre 182 et note 222). Un mois plus tard (21 juillet), le traité de Saint-Julien, conclu entre le duc de Savoie et la République genevoise, mettait fin aux; vexations et rendait la paix au diocèse si éprouvé de saint François de Sales.
[110] - C'était encore le chanoine .Jean Favre.
[111] - La " façon de Prosne " imposée par Mgr de Granier est insérée dans ses Constitutions synodales de 1582, Partie II, chap. Il ; Mgr Rebord l'a reproduite à l'Appendice de son livre déjà cité: Synodes, etc., p. 238. - Mais, est-ce bien de ce formulaire qu'entend parler notre Saint, ou de celui qu'il composa lui-même " du vivant et par le commandement de son feu predecesseur,... qui est aussi tout entier de sa façon " ? (D. Jean de Saint-François, Vie du Bien-Heureux François de Sales, 1625, liv. III, p. 179.) Quelques lignes de la Préface du Rituel de 1612 permettent de croire qu'il s'agit de ce dernier : " Nous avons joint à ce livre, " écrit l'Evêque à ses prêtres, " l'abrégé des principaux points de la religion chrétienne tels qu'ils doivent être exposés aux fidèles chaque dimanche. Vous aviez déjà à part ce formulaire, édité par ordre de Notre Révérendissime Prédécesseur ; maintenant vous le trouverez ici revu et corrigé,... afin que le présent volume réunissant tout ce qui touche à votre ministère, vous l'ayez ainsi plus facilement sous les yeux. " On trouvera plus loin, avec plusieurs pièces du Rituel, le Formulaire du Prosne dû à saint François de Sales.
[112] - [Cette formule diffère légèrement de celle prescrite par Msr de Granier. L'une et l'autre présentent quelques différences avec le texte du Rituel romain que le Saint imposa à son clergé en 1612.]
[113] - Maurice de la Combe, procureur, l'un des greffiers de l'évêché en 1601, 1602 et pendant la vacance du siège, fut confirmé dans son office par le nouvel Evêque et le remplit bien des années encore. On trouve son écriture dans des actes de 1617, et il signe ordinairement Decomba.
[114] - Saint François de Sales, qui estimait beaucoup toutes les Œuvres du chancelier Jean Gerson, veut sans doute recommander ici plus particulièrement à ses prêtres la traduction de l'Opus tripartitum, parue sous ce titre : Instruction des curez pour instruire le simple peuple, c'est assavoir le livre des troys parties, des commandements de Dieu, de confession et de l'art de bien mourir : composé en latin et en françoys par Jehan Gerson, pour l'instruction de tous simples chrestiens. Et à la suite : Le livret de Jesus, lequel contient la doctrine necessaire à tous chrestiens. A Poitiers, par Enguilbert de Marnef, vers 1516. - Réimprimé à Paris en 1541 et, en la même ville, chez Guillaume Thiboust, en 1556.
[115] - Probablement, l'Introductio ad Symbolum fidei (Coloniœ, 1595 ; Lugduni, 1597), que le Saint cite dans ses Controverses, dans ses Sermons et dans le Traitté de l'Amour de Dieu ; ou encore : Catechismus in Symbolum fidei, Aloysio Granatensi auctore, a Joan. Paulo Gallucio, Saloensi, latinitate donatus (Venetiis, Dam. Zenarius, 1586)- Une traduction des Œuvres spirituelles de Louis de Grenade (in-folio) avait été imprimée à Paris, en 1602 {IVD note 49 sq).
[116] - La Guide des Pecheurs, ou est ensèigné tout ce que le Chrestien doibt faire depuis le commencement de sa conversion jusques la fin de sa perfection... A Douay, Jean Bogard, 1577. - Quelques mois auparavant, le 3 juin 1603, saint François de Sales suggérait à Mgr de Revol, évêque nommé de Dol, la lecture de ce livre du savant Dominicain. (L2, notes 200,201).
[117] - Les mots insérés entre [ ] ont été omis par le greffier.
[118] - Les " boytes de touttes ames " datent d'un temps immémorial et sont encore en usage dans le diocèse d'Annecy. Actuellement, la " cueillette " qui chaque dimanche est déposée dans le tronc, est réservée aux fidèles défunts, pour lesquels on dit d'ordinaire une Messe le lundi. Mais autrefois, l'emploi de la somme recueillie variait suivant les lieux : ici, elle était destinée aux trépassés; là, elle servait au luminaire ; ailleurs, la " boyte de touttes ames " constituait une sorte de " fabrique ", car il n'y en avait pas alors, et c'est avec ce revenu qu'on entretenait le bâtiment de l'église, les ornements sacerdotaux, etc. -En certains endroits, le curé seul ouvrait le tronc et avait la responsabilité de l'attribution des offrandes ; en d'autres, le sacristain gardait une seconde clef ; en quelques localités, les syndics et les conseillers devaient veiller, avec le curé, à la répartition des aumônes. On comprend que des " contestes" pussent parfois surgir ; mais, vu les différents usages, il était difficile d'imposer un règlement général et de le faire accepter partout. D'ailleurs, le jeune Evêque n'était pas homme à trancher les choses si brusquement ; d'après un article des Ordonnances synodales de 1608, il se borna, semble-t-il, à charger les Surveillants de se porter sur les lieux " pour avoir instruction des coustumes observees, " et en référer ensuite à leur Prélat qui se réservait d'y mettre " tel ordre " qu'il jugerait " estre expedient ". Aucun document à ce sujet n'est parvenu jusqu'à nous, et même, depuis le Synode de 1608, nulle mention n'est faite des " boy tes de touttes ames ".
[119] - Dans ses Constitutions synodales du 2 octobre 1603, le nouvel Evêque prescrit l'enseignement du Catéchisme dans tout son diocèse, " ce qui n'estoit encores au paravant practiqué, " dit Georges Rolland (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 35). Il est probable que les Règlements qu'il traça datent de la même époque ; Charles-Auguste semble l'insinuer en les plaçant à la suite des susdites Constitutions (Histoire, etc., liv. V, p. 306).
[120] - Ce fragment, qui n'est inséré que dans le second Procès de Canonisation, tome V, concerne évidemment l'enseignement de la Doctrine chrétienne à Annecy ; le premier et le dernier articles ne laissent aucun doute à cet égard. Le " Bien-Heureux luy mesme prit la peyne d'enseigner le Catechisme environ deux ans en cette ville, sans estre assisté de personne... Il quictoit mesme le disné a moytié, affin de se treuver en l'eglise a l'heure assignee... Avec un zele et amour non pareil, faisoit assembler les petits enfants toutes les dimenches dans l'eglise de Sainct Dominicque ; mais ils n'y étaient pas seuls, il y avait, au contraire, " si grande affluence de peuple qu'on ne s'y pouvoit tourner, " assure un témoin. " Tous y accouroient, tant nobles, ecclesiastiques, que populace ; chescun en rapportant beaucoup de fruict pour sa consolation et advancement a son salut. " (Dépositions de Georges Rolland, et de François Favre, ibid., ad art. 26.)
[121] - Ces ponts sont assurément les trois qui, jetés sur le grand canal du Thiou, reliaient entre elles les parties plus habitées de la ville ; le pont de la Halle, construit l'année précédente aux frais du sieur de la Bretonnière, intendant du duc de Nemours (L2, note 237), pour remplacer l'ancien en bois ; le pont Morens, le seul de pierre avant le XVII" siècle, et le pont Saint-Joseph.
[122] -" Pour donner le signe aux peres et aux meres des enfants de l'heure.du Cathechisme, affin quilz les y conduysissent, " dépose l'aumônier du Saint, " il deputa deux jeunes hommes a gage, " que lui-même payait, remarque Rolland, " pour, toutes les dimenches de l'annee et sammedys en Caresme, aller inviter les gentz par les rues, sonnant une clochette,... criantz a haulte voix : A la Doctrine chrestienne, a la Doctrine chrestienne ! on vous y enseignera le chemin du Paradis. " (Déposition de Michel Favre, Procès cité, ad art. 35.)
[123] - Il en fut ainsi au début ; mais " parce que le nombre s'accreust en sorte que le saint Evêque ne peut plus satisfaire seul a l'instruction de tant de personnes, il establit trois classes, " nous apprend M. Michel Favre, et appela à son secours quelques-uns de ses chanoines. " J'ay esté des premiers que le Serviteur de Dieu associat a luy, " dépose Etienne de la Combe (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 35). " Nous estions environ six, du nombre desquels il estoit; il ne manquoit jamais son tour, et, de plus, pour inviter chescun a y venir, il assistoit aux leçons des aultres, avec une singuliere charité, modestie et bon exemple. " Bientôt, cependant, six maîtres ne suffirent plus ; il en fallut. douze, " tant chanoynes qu'aultres ecclesiastiques, " mais " advouoit on qu'en la classe du Bienheureux on y proffitoit plus qu'en aulcune aultre predication. . C'est qu'il avait une grace singulliere et sembloit estre en ses delices lors quil enseignoit le Cathechisme. " Un régent au Collège d'Annecy nous le represente "sur un petit theatre faict a ce dessein, et, de la, interrogeant, escoutant, instruisant non seulement son petit peuple, mais tout le monde qui y accouroit de toutes parts, avec une souplesse et affabilité incroyable, Et parfois, quand quelqu'un manquoit, soit aux billets quil composoit luy mesme et distribuoit (a), soit a bien prononcer, il rioit si suavement et, corrigeant le deffaut, le remettoit en train d'une maniere si amiable, qu'il sembloit que si le respondant n'eusse pas manqué, il n'eusse pas si bien dict ; ce qui redoubloit le courage aux petits et donnoit une singuliere satisfaction aux grandz. . (Dépos. d'Amblard Comte, Procès cité, ad art. 30) - Le témoignage d'un notaire, Jean Roget, n'est pas moins intéressant : Le Serviteur de Dieu enseignait " la Doctrine chrestienne mot a mot, comme un pere tres charitable, reiterant diverses fois les demandes pour imprimer dans les ames les fondements de la foy. " Avant d'interroger les enfants, il " les nommoit tous pax leurs noms, comme s'il en. eut heu le roole entre les mains. Notamment les petitz alloient tressalliant de joye, respondoient a l'envy les uns des aultres, et se tenoient plus glorieux lors quils pouvoient avoir des mains du BienHeureux quelques presentz en images, medaillies, couronnes et Agnus Dei, quil leur donnoit appres quils avoient bien respondu..., et mesmes des caresses particulieres quil leur faisoit pour les induire a bien apprendre et bien respondre. . (Procès cité, ad art. 27 ; cf. les dépositions de Georges Rolland et de Michel Favre, ubi supra.)
(a) - " Il prenait la peyne, " dit Georges Rolland (ubi supra), " d'escrire de sa main des billiets, quil donnait aux petits enfants, sur les points quils debyoient estre interrogé.. ponr le leur faire apprendre par cœur ; et, appres. qu'ils les ayoient recités, le Bienheureux faisoit snr cela une exhortation... avec tant de clairté et facillité,. ajoute Michel Favre (ibid.), que le menu peuple, femmes et enfants rapportaient les exemples, comparaisons et hystoyres quil avoit desduictes, toutes entieres en leurs maysons. " L'aumônier du Saint, non seulement parle des " billiets." mais il en " exhibe la teneur " à Messeigneurs les Juges du 1er Procès, " escripte partie de sa main, partie de celle " de son Evêque. Combien on regrette que pas un seul ne soitt parvenu jusqu'à nous !
[124] - Il est à présumer que saint François de Sales était l'auteur de quelques-uns de ces cantiques, comme d'une partie de ceux que l'on chantait à la procession mentionnée dans la note suivante. Le 25 juin 1608, il écrira à la baronne de Chantal: " Quant aux cantiques, je vous asseure que je n'ay pas tant de loysir que d'en faire..." (L4, lettre 461). Et l'année précédente, en la remerciant de ceux qu'elle lui avait envoyés, il ajoutait : "... si bien ilz ne sont pas de si bonne rime que beaucoup d'autres, ilz ne laissent pourtant pas d'estre de bonne affection ; et si je n'estois point meslé par la dedans, je les ferois.chanter en mon catechisme. " (Lettre du 11 février 1607, L3, note 335).
[125] - La partie des Règlements qui nous manque devait sans doute contenir un article relatif à cette fête ; plusieurs déposants en donnent les détails et nous permettent ainsi de suppléer à cette lacune. " Pour tant mieux faire valoir l'importance de ceste instruction, " dit Michel Favre (ubi supra), " et la rendre considerable aux yeux du peuple qui, pour l'ordinaire, ne s'attache qu'a l'exterieur, "le saint Prélat. institua la procession du Cathechisme, qui se faisoit solexnnellement par toutte la ville le dimenche appres l'Epiphanie. Les garçons et les fillies estoient vestus de blanc, les uns en anges, les aultres en vierges, chantant les Litanies de Nostre Dame et des chansons et cantiques spirituelz, une partie desquelz ce Bienheureux avoit composé. " Les enfants étaient " par classes ; il les suyvoit comme leur Curé, " observe François Favre (ubi supra, ad art. 30), " avec les aultres cathechistiques, fort devotement, portant le rochet, le camail et le bonnet.." Il faisoit porter la croix en teste de la procession par un de ses aumosniers, et moy mesme "- c'est M. Michel qui parle – " l'ay souvent portee, qui faisois la classe des plus petitz. " Pour attirer les enfants et le peuple, le Saint dut probablement faire célébrer, le 11 janvier 1604, " la feste du Cathcchisme ", avant d'en entreprendre l'enseignement qui, dans ce cas, aurait commencé le 18, deuxième dimanche après l'Epiphanie. .
[126] - Du Conseil de Ville, composé des quatre syndics et des conseillers dont le nombre a varié entre dix et vingt-huit. Les syndics élus le 1er mai 1603 étaient : Jacques Battandier, docteur ès-droits; Jean Paquellet, seigneur de Moyron; Aimé Communal et Noël Ruffier, procureurs au même Conseil. (Reg. des Délibérations du Conseil de Ville.)
[127] - De quelle date est cet Edit dont nous n'avons pu retrouver le texte ? Charles-Emmanuel se borna-t-il à renouveler les ordonnances portées par un Arrêt du Sénat de Savoie, sous Emmanuel-Philibert, le 21 février 1562 ? L'une de ces ordonnances est ainsi conçue : " Tous maistres d'escole seront tenuz lire et faire apprendre par cueur tous les jours à leurs disciples et escoliers la Doctrine Chrestienne et Catholique contenue aux livres de Maistre Pierre Canisio, docteur en theologie. Et aux enfans de leurs escoles et à ceux qui n'entendent encore la langue latine, mais sont abecedaires et commençans à lire, les apprendront lesdictz maistres d'escole à lire et eppeler leurs lettres sur le Catechisme françoys et autres livres catholiques faictz pour ce effect, approuvez de la saincte Faculté de theologie de Paris, Reims et autres lieux... " (Brief Recueil des Edicts de tres illustre Prince Emanuel Philibert,... Duc de Savoye, et des Arrests donnés par son souverain Senat seant à Chambery, sur le faict de la Religion, Justice et Politique (Chambery, François Pomar l'aisné, 1567), p. 6 ; Bally, Recueil des Edits et Reglement de Savoye, depuis Emanuel Philibert jusques a present (Chambéry, 1679), p. 73 ; Duboin, Raccolta, per ordine di materie, delle Legge,... Editti, Manifesti, etc., pubblicati sotto il felicissimo dominio della Real Casa di Savoia (Torino, 1818-1869), tome XlV, 1847, p. 1253.) A Thonon, au mois de novembre 1598, le duc Charles-Emmanuel avait enjoint à " tous peres et meres et chefs de famille " d'envoyer " leurs enfans au catechisme es jours deputés, " et même " les serviteurs, chambrieres et autres domestiques. " (Op1, notes 265,266).
[128] - Georges Rolland (ubi supra) et le chanoine Nicolas Baytaz (Procès cité, ad art. 35) disent qu'en la ville d'Annecy on sonnait "la clochette a l'heure de midy. " Probablement, dans les autres " villes et burgades " du diocèse, la convocation se faisait à la même heure ; mais quant aux villages, le saint Evêque avait ordonné " que les curés feroient le Cathechisme aux prosnes. " (Dépos. de Louis de Genève, curé de Viuz en Faucigny, ibid.)
[129] - On voit par cet article et les suivants que saint François de Sales, non content d'établir l'enseignement de la Doctrine chrétienne, institua une vraie " Confrerie du Catechisme ", où étaient aussi enrôlés des laïques. C'est, d'ailleurs, ce que nous apprennent plusieurs témoins, entre autres le chanoine Baytaz et Amblard Comte, (note 123) : " Demandant un jour a ce Bienheureux, " raconte le premier, " qu'il me fist la grace d'unir à la Confrarie du Cathechisme de cette ville les enfantz de chœur de la Cathedrale auxquelz j'enseignais le Cathechisme, affin quils peussent participer aux Indulgences de ladicte Confrarie, luy, grandement content que j'entreprisse cette bonne œuvre, me fist toutes sortes de caresses, me disant et reiterant par plusieurs fois : Vous estes donques mon filz, puisque vous voulez enseigner la Doctrine chrestienne., " (Ubi not. prœced.)
[130] - Les recherches faites pour découvrir ce qu'étaient ces " petites Constitutions " n'ont pas abouti.
[131] - Qui avait son siège à Annecy (note 129).
[132] - Aucun exemplaire de la première édition de cet opuscule n'ayant été retrouvé, il n'est pas possible de déterminer d'une manière certaine la date de sa composition. D'ordinaire, on lui assigne celle de 1603 ; un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation (Archives du ler Monastère d'Annecy) va même jusqu'à la fixer au 9 janvier ; mais il est invraisemblable que saint François de Sales ait rédigé en un seul jour, et un mois à peine après son sacre, " les vingt cinq articles pour l'instruction des Confesseurs. " Les dernières lignes de son Epître dédicatoire semblent d'ailleurs contredire l'hypothèse, et plus encore ce qu'il écrit dans la Préface du Traitté de l'Amour de Dieu : " A mesme que l'on imprimoit cette orayson, " - l'Oraison funèbre du duc de Mercœur- " j'appris que j'avois esté fait Evesque, si que je revins soudain icy pour estre consacré et commencer ma residence. Et d'abord on me proposa la necessité qu'il y avoit d'advertir les confesseurs de quelques pointz d'importance ; et pour cela j'escrivis vingt cinq Advertissemens, que je fis imprimer pour les faire courir plus aysement parmi ceux a qui je les addressois ; mais despuis ilz ont esté reimprimés en divers lieux. Troys ou quatre ans apres, je mis en lumiere l'Introduction a la Vie devote... " etc. D'après ces derniers mots, l'opuscule aurait été publié au plus tôt en 1604, puisque l'impression de l'édition princeps de l'Introduction se fit en août-octobre 1608. D'autre part, il est antérieur au mois d'octobre 1605, car dans une lettre du 4 au P. Possevin (L3, note 138), l'Auteur mentionne, après la Defense de la sainte Croix, " un autre livret qui a reçu l'approbation de plusieurs " et qui, évidemment, est celui qui nous occupe. - Pour les raisons exposées ici, nous laissons osciller la date entre 1603 et 1604. Les " vingt cinq Advertissemens " furent insérés dans les Œuvres in-folio de 1637 et les éditions subséquentes ; mais, bien qu'en 1616 ils eussent été déjà " .reimprimés en divers lieux ", ces tirages à part doivent être devenus très rares. Un seul nous est connu, nous lui empruntons notre texte ; il se conserve à la Bibliothèque publique de Besançon, sous la cote 237. 114, et porte ce titre : Advertissement aux Confesseurs, par François de Sales, Evesque de Geneve. .Avec une maniere devote pour dignement et avec fruict, recevoir le precieux Corps de Jesus Christ. Œuvre tres necessaire, tant à tous Cures, Vicaires, Confesseurs et autres Prestres qu'autre sorte de Penitens, qui desirent d'acquerir le salut de leur Ame. (A Lyon, par Jean Charvet, M.DC.XX. Avec Permission.) - Ce petit volume de 137mm sur 85mm, relié, couverture flexible en parchemin, a 138 pp. chiffrées, y compris le feuillet du titre ; les deux feuillets de la fin sont occupés par l'Approbation des Docteurs, le Permis d'imprimer et le " Consentement du Procureur du Roy, " qui n'est pas daté, tandis que les deux autres pièces sont suivies des dates : 24 et 25août 1615. Dès lors, ne serait-ce point par une faute d'impression que le titre de l'opuscule porte celle de M.DC.XX, et ne faudIait-il pas lire M.DC.XV ? Avec les chiffres romains, rien de plus facile qu'une erreur semblable ; elle ne serait pas la première de ce genre rencontrée dans les livres de cette époque. Cette édition de 1615, ou de 1620 (?) a-t-elle été faite au su de l'Auteur ? a-t-il lui-même remanié son premier travail pour le partager en neuf chapitres, tel que le donnent l'exemplaire de Besançon, l'édition ln-folio de 1637 et toutes celles qui l'ont suivie ? Aucun document ne permet de répondre à cette double question ; mais si, d'une part, il est probable que saint François de.Sales se borna d'abord à numéroter les " vingt cinq articles " et que l'opuscule parut poux la première fois sous cette forme plus simple, de l'autre il est certain que peu après 1610 le Saint le révisa, y faisant même quelques additions. Nous en avons la preuve dans l'avant-dernier alinéa de notre texte (note 139).
[133] - Sans doute les surveillants ou archiprêtres (L6, note 185)..
[134] - Ainsi désignée parce qu'elle se lisait tous les ans le Jeudi-Saint, qui porte dans la liturgie le nom de Cœna Domini. Depuis la reconstruction de la Basilique de Saint-Pierre, c'est du haut de la Loggia, avant la bénédiction papale, que se faisait cette lecture par un cardinal-diacre, en présence du Pape, du Sacré Collège et de la Cour romaine. On y prononçait la peine d'excommunication contre certaines catégories de grands pécheurs. Le texte, tel qu'il parut dans sa dernière forme sous Clément XI en 1701, se trouve dans Fèrraris, Bibliotheca canonica, au mot Excommunicatio, art. 2. On peut aussi en voir une analyse exacte dans le célèbre ouvrage de Joseph de Maistre, Du Pape, liv. II, chap. XV. - Cette longue série d'excommunications, d'anathèmes et d'interdits, rangés sous vingt chefs distincts, n'a pas été rédigée d'un seul coup : il est possible d'en suivre les accroissements dans le cours des temps. Paul Hinsehius, dans son Kirchenrecht, tome V, p. 647, n° 2, nous donne même les principales étapes de ce développement. Les débuts sont certainement plus anciens que la date de 1420, sous Martin V, que certains auteurs assignaient comme origine. On peut affirmer sans hésitation qu'il faut remonter au delà d'Urbain V et de sa Bulle Apostolicitatis officium (1363), qui est comme un prototype de la Bulle in Cœna Domini. Comme Urbain V se réfère à Boniface VIII, en rattachant à son nom un certain nombre de sentences, on se trouve ainsi atteindre l'année 1301. Mais on peut remonter encore plus haut, grâce aux rapprochements qui se laissent remarquer entre la Bulle et les Processus generales bien antérieurs. Ces procès ou sentences d'excommunication solennelle contre des catégories de pécheurs, dont les actes s'attaquaient à l'Eglise ou à l'ordre social qu'elle protégeait, se publiaient plusieurs fois par an, et finirent par être réservés surtout au Jeudi-Saint. L'étude de ces rapprochements plus ou moins tentée dans le cours des derniers siècles par divers canonistes, a été poussée plus à fond par M. Emil Göller, Die papstliche Pönitentiarie, tome 1. 1re Partie, Darstellung, pp. 242 et suiv. (Rome, Löscher, 1907; in-8°.) Elle permet de constater des liens très étroits entre les formules de Boniface VIII dans sa Bulle de la huitième année de son pontificat et celles de Grégoire IX (1229) ; et même d'affirmer que les origines de la Bulle in Cœna Domini peuvent remonter au moins au XIIe siècle. (Cf. dans Le Canoniste contemporain de 1916, pp. 19-30, l'article de A. Villien, La Bulle " in Cœna Domini ".) Quoi qu'il en soit des origines, Jules II décréta en 1511 que la Bulle aurait force de loi, et en 1536 Paul III se réserva l'absolution des censures qui y sont fulminées. Saint Pie V rendit le même édit que Jules II, gardant, comme Paul III, tous les Cas indiqués dans la Bulle, dont aucun prêtre ne pouvait absoudre, sinon dans le danger de mort. Saint Fxançois de Sales le rappelle à la page suivante. La Bulle fut longtemps publiée à Rome seulement. Vint une époque où l'on estima cette publication insuffisante, et les Souverains Pontifes voulurent qu'elle fût promulguée dans tous les diocèses et dans toutes les églises. Mais, comme certains articles concernaient des questions mixtes et réclamaient des exemptions ecclésiastiques, il y eut des résistances de la part des Etats et même du clergé: ainsi en Espagne, en Allemagne, à Venise, en France. En 1510, le Concile de Tours ne se montra pas favorable ; et si quelques évêques tentèrent cette promulgation, des sentences des Parlements ordonnèrent de les citer comme coupables du crime de lèse-majesté à l'égard de l'autorité royale. Ces conflits et ces oppositions irréductibles décidèrent Clément XIV, en 1770, à supprimer la lecture et la publication de la Bulle. Mais la suppression de la publication n'entraînait pas l'abrogation des pénalités qui y étaient portées. Elles eurent toujours force de loi jusqu'à la Bulle Apostolica Sedis de Pie IX, qui ne maintint cependant comme censures latae sententiae d'ordre commun que celles qui étaient insérées dans sa Constitution.
[135] - C'étaient les surveillants, comme le prouve le texte des Patentes qui les étab1issaient en leur charge (elles seront données dans le volume suivant). Au témoignage de Georges Rolland, leur nombre variait de vingt à vingt-cinq.(Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 28.)
[136] - Les Œuvres spirituelles du docte Dominicain, et plus particulièrement, sans doute, La Guide des Pecheurs et le Memorial de la Vie Chrestienne, traduit en François par N. Colin (Douay, 1576), que saint François de Sales aimait à reoommanderà ses pénitents. (notes 115,116 ; L2, note 202).
[137] - Si le texte que nous. reproduisons a été revu et complété par saint François de Sales pour l'édition faite par Charvet en 1620 (?), le Rituel mentionné ici serait celui que le Saint donna à son diocèse en 1612, Mais lors de la première impression des " Advertissemens ", il ne pouvait être question que de l'ancien, représenté aujourd'hui par un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque publique de Genève, où il est coté Bd, 42. C'est un volume in-8°, relié, de 48 feuillets non numérotés, dont deux manquent ; il est imprimé en caractères gothiques. Le premier feuillet faisant défaut, il n'est guère possible de connaître exactement le titre, le lieu et la date d'impression ; toutefois la teneur de l'explicit y supplée en partie : Finit Manuale ad usum Gebennensem. J. B. Ces initiales sont celles de Jean Belot, qui imprima les Missels de 1498 et de 1508 ; on peut donc supposer que le Rituel date des dernières années du XVe siècle ou des premières du XVIe, et qu'il parut à Genève, (D'après Lafrasse, Etude sur la Liturgie de l'ancien diocèse de Genève, publiée dans les Mémoires de l'Acad. Salés.tome XXVI, 1903, art. III, pp. 48, 49 ; voir aussi le tome XXVII, 1904. chap. VI, pp. 129-146.)
[138] - Sur le :P. Reginald ou Regnault, voir L10, note 15. Le livre " nouvellement mis en lumiere " par ce Jésuite est intitulé : De prudentta et cœteris in Confessario requisitis tractatus ; Lugduni, H. Cardon, 1610, in-8". Cette édition de 1610 est la première et fut suivie, en 1611, de quatre autres, imprimées à Lyon, Brescia, Rouen, Cologne. Il est ainsi hors de doute que saint François de Sales revit ses "Advertissemens " et y fit quelques additions plusieurs années après leur première publication. (note 132).
[139] - Donc, le saint Evêque avait autre chose en projet. Les fragments que quelques-uns de ses biographes nous ont conservés (notes 140,142), seraient-ils une partie de ce "reste" qu'il n'avait " sceu mettre en escrit " avant 1605 ? Il est à peine besoin de dire que saint François de Sales fut toujours le premier à mettre en pratique les enseignements qu'il donne ici à ses prêtres. " Dieu l'avoit excellemment doué de touttes les perfections requises a un excellent confesseur, " dépose le P. Philibert de Bonneville (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 27), " car il avoit une douceur indicible, laquelle, accompagnee du saint zele des ames, faisoit qu'il recepvoit les pœuitentz comme pere, avec les entrailles de charité…. Il avoit une rare doctrine, avec laquelle il resolvoit touttes (sic) leurs doubtes ; un jugement prompt et solide pour cognoistre la diversité des personnes et appliquer le remede convenable..."–" Il s'accommodoit aux humeurs de tous, afin de proufiter a tous. J'ay appris de quelques personnes qui estoient tombees en des fautes notables, qu'il leur monstroit une douceur et affabilité non pareille, afin de les attirer avec suavité a resipiscence. Quelques fois il leur disoit avec humilité quelque sienne imperfection, pour leur donner courage de se confesser entierement ; d'aultres fois il leur disoit : " Ne suis je pas vostre pere qui ne desire que vostre salut ? De quoy aves vous honte ? " Ou bien : " Il y a encores quelque chose de reste ; dictes tout, n'apprèhendé rien ; courage ! " (Dépos. de Victor Vincent de la Croix, ibid., ad art. 44.) – " Il recepvoit voirement touttes sortes de personnes a bras ouvertz, mais les pecheurs penitents, avec une partialité cordiale, " dit à son tour Michel Favre, l'aumônier du Bienheureux (ibid., ad art. 27) ; et la Mère de Chantal : " Il a esté tout a fait incomparable en la charité qu'il a exercee au confessionnal et au zele avec lequel il s'y employoit " les six, sept et huit heures de suite. " Il se donnoit tout entier a ce saint exercice sans mesure ni limite que de la necessité de ceux qui recouroient a luy,... parce qu'il sçavoit qu'en ce Sacrement se faisoit le grand profit des ames. Tous les dimanches et festes, quantité de personnes y venoient : seigneurs, dames, bourgeois, soldatz, chambrieres, paysans, mendians, malades, galeux... ; il les recevoit tous avec egal amour et douceur. Les enfans mesmes n'estoient pas esconduitz, " mais accueillis " si amiablement qu'ilz prenoient playsir d'y retourner. Il donnoit a ses penitens tout le tems et le loysir qu'ilz desiroient, jamais il ne les pressoit : " Ne faites point de difference entre vostre cœur et le mien, " leur disait-il pour les encourager ; " je suis tout vostre, nos ames sont egales. " - " Il a pleuré avec quelques uns leurs pechés, " ajoute la Sainte, " et traittoit si amiablement ses penitens, qu'ils se fondoient devant luy... Dieu seul peut sçavoir le nombre infini d'ames que sa Majesté divine s'est acquise par l'entremise de ce Bienheureux ; en matiere de gouverner les ames, il estoit incomparable. " (Procès cité, ad art. 42.)
[140] - Mgr de Maupas (La Vie du Vble Serviteur de Dieu François de Sales, Paris 1657), à qui nous empruntons ce fragment, le donne comme faisant partie des Advertissemens aux Confesseurs, qu'il ne cite pas d'ailleurs en entier. (Voir Partie IV, chap. v.) Ni Charvet, l'imprimeur lyonnais mentionné ci-dessus. note 132, ni aucun des anciens éditeurs des Œuvres du Saint ne l'ont reproduit et, parmi les modernes, Migne est le seul à l'avoir inséré dans le document en question, après les deux premiers alinéas, tome IV, col. 71. Il semble, par conséquent, assez douteux que nous ayons ici un morceau des Advertissemens ; nous l'en détachons donc, lui assignant, mais sous toutes réserves; la même date.
[141] - Saint François de Sales a dû prendre cette sentence dans quelque auteur spirituel, car elle ne se trouve pas dans les Œuvres de saint Jérôme. On peut citer ce texte, comme approchant du sens : " Vana religio est quae caret misericordia ; Vaine est la religion qui manque de miséricorde." Il n'est pas du saint Docteur, mais d'Eusèbe (De morte Hieronymi, 87; cf. P. L., tome XXII, col. 257), qui se dit son disciple à cause de l'étude assidue de ses Œuvres.
[142] - Ces Avis sont tirés de la Vie de saint François de Sales par Mgr de Maupas, Partie IV, chap. VI, p.218. L'historien n'en indique ni la source ni la date, mais les place à la suite de divers extraits des Advertissemens aux Confesseurs et intitule le chapitre : De quelques marques que ce B. H. donne aux Confesseurs et Directeurs pour discerner les operations de l'Esprit de Dieu et celles du malin esprit. - A quelle époque furent rédigés ces Avis ? Impossible de le dire. Si nous les rapprochons des Advertissemens, ce n'est pas sans observer qu'une date plus reculée leur conviendrait peut-être mieux, car ils supposent, outre les lumières surnature1les, une grande expérience dans 1a conduite des ames. (Cf. ci-dessus, le premier alinéa de la note 139)
[143] - Ce texte n'a pu être trouvé dans les Œuvres du saint Docteur.
[144] - Cette exhortation est empruntée, comme les deux pièces précédentes, à la Vie du Saint par Mgr de Maupas (Partie IV, chap. IV, p.201), qui écrit : " Outre les avis marquez dans le Synode suivant, " - celui de 1603 - le Serviteur de Dieu faisait à ses prêtres " des leçons particulieres de tout ce qui concernoit leurs conditions, leurs charges et leurs obligations, car ce saint Evesque ne pouvoit souffrir l'ignorance en son clergé ; c'est pourquoy, jamais il ne conferoit avec ses ecclesiastiques.que, les ayant exhortez à bien vivre, il ne les excitât à bien étudier. " Et le biographe cite les conseils qu'on va lire. De son côté, André de Sauzéa, qui fit partie de la famille épiscopale pendant les premières années qui suivirent le sacre.de François de Sales (L3, note 342 ; Op1, note 146), dépose au Procès de Paris, ad art. 47 : " Il enseigna en chambre, a Nicy, beaucoup de choses de la theologie a ses çhanoines et aultres, et, comme s'il eust esté chanoine theologal, leur en faisoit des leçons en latin et les leurs dictoit par escript. " Jean-François de Blonay nous apprend à son tour que le jeune Evêque " avoit introduict divers bons exercices parmy les ecclesiasticques d'Annessy, comme la predication, le cathechisme, les academies. Et pour avoir encour plus d'acces, il se resoullut d'enseigner en son pallais quelques leçons de theollogie trois fois la semaine, ou tous les ecclesiasticques accouroient. Mais, " ajoute le déposant, " les grandes occupations qui luy survindrent... furent cause que cest exercice ne peust durer long temps. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 43.). D'après ces témoignages, nous croyons plus vraisemblable de placer ce document dans les débuts de l'épiscopat de notre Saint, nous appuyant même sur la phrase finale : " Et puysque la divine Providence, sans avoir esgard a mon incapacité, m'a ordonné vostre Evesque, " etc.
[145] - Les Jésuites les mieux renseignés sur la vie de saint Ignace et les origines de sa Compagnie n'ont rencontré le récit de cette révélation dans aucun document manuscrit ou imprimé ; d'où ils concluent qu'elle aura été transmise par tradition et que saint François de Sales l'aura apprise par l'un des Pères qui entretinrent avec lui des relations plus intimes.
[146] - Charles-Auguste, Histoire, etc., indique ce document à la Preuve 22, sous ce titre : " Constitutions Synodales secondes, faictes par le mesme Reverendissime Evesque de Geneve François de Sales, l'an mille six cents et cinq. Nous en avons une copie en papier. " Au livre VI, p. 330, il en cite le texte in-extenso ; c'est celui que nous donnons ici, en ajoutant au bas, des variantes tirées de la Vie du Saint par le P.de la Rivière (liv. ID, chap. XIII) qui a mélangé quelques articles de 1605 avec des extraits des Constitutions de 1603. " Parce que j'en ay recouvert quelques-unes qui contiennent tout plain d'articles de grande ediftcation, " dit-il, " j'ay jugé expedient d'inserer icy les plus remarquables ; " il faut donc croire que le Religieux eut entre les mains soit les originaux, soit des copies authentiques. (Cf. à l'Appendice J, la dernière note des Ordonnances de 1604.) Dans le Registre épiscopal, le greffier a beaucoup abrégé le vrai texte, mais il a inscrit la date du Synode.
[147] - Celles de 1603 (voir le n° II note 104)
[148] - En réalité, le saint Evêque ne put entreprendre ses grandes tournées pas torales que le 16 octobre suivant ; parti d'Annecy la veille, il coucha à Corbonod en Michaille qu'il visita le lendemain. (L3, notes 142,147). Mais déjà il avait été à Desingy (21 octobre 1603), Veyrier (28 octobre 1604), Sixt, Viuz-enSallaz, Samoens, etc., sans compter un voyage à Gex en août 1603, un assez long séjour à Thonon en septembre de la même année, et le Carême qu'il venait de prêcher à La Roche.
[149] - Le chanoine Jean Favre (L3, note 332).
[150] - (Var.) Ayant reconneu beaucoup d'abus se commettre par les exorcistes riere Nostre diocese, defendons a tous ecclesiastiques, tant seculiers que reguliers, de n'exorcizer par cy apres, sinon qu'ilz soyent par Nous ou par nostre Vicayre genera1 de nouveau admis, et par escrit ; ausquelz aussi Nous inhibons, à peyne , d'excommunication, de n'exorcizer hors des eglises et de ne tenir les possedés dans leurs cures, specialement les femmes et filles, ni avec icelles faire voyages et peregrinations ; sous peyne de vingt cinq livres contre les transgresseurs, applicables aux œuvres pies.
[151] - (Var.) Quant a la sainte Communion, tous seront tenus de la recevoir a Pasques en leurs paroisses .
[152] - (id) aussi lesditz curés seront obligés de leur donner, et lesditz parroissiens tenus de leur apporter attestation du prestre qui les aura communiés, a peyne d'estre tenus pour heretiques. Et ceux qui se treuveront en voyage au tems de Pasques, retournans en leur mayson rapporteront semblable attestation; a faute dequoy, seront tenus se confesser et communier en leurs parroisses huit jours apres leur retour.
[153] - (id) permettons a tous ceux qui ont pouvoir d'administrer le Sacrement de Penitence, de les absoudre d'avoir travaillé es jours dès
[154] - (Var) Ayant reconneu, faisant Nostre Visite, plusieurs chappelles chargees de fondations de grans services ausquelz les recteurs ne peuvent satisfaire, attendu le peu de revenu qu'il y a : ordonnons que lesditz recteurs ne seront obligés qu'a dix Messes par an lhors, par exemple, que le revenu de la fondation ne se montera annuellement qu'a soixante solz ; tellement qu'ilz ne seront tenus d'acquitter les Messes qu'a rayson de six solz pour chacune.
[155] - C'est-à-dire avec l'ecclésiastique chargé par l'Evéquc de surveiller la paroisse sur laquelle, ainsi que sur plusieurs autres, s'étendait sa juridiction. (note 135).
[156] - Depuis le sacre de saint François de Sales, ce procureur fiscal était Jacques Favre d'Usillon; en 1616, on le trouve encore dans la même charge. Natif de Thorens, chanoine de Saint-Pierre de Genève le 21 décembre 1601, étant seulement acolyte, il fut ordonné diacre le 2 mars 1602 et prêtre le 23. Après la mort de .M. Déage, précepteur du Saint (8 juin 1610), il joignit à son office de procureur fiscal celui de vicaire général substitué. (Mgr Rebord, Dictionnaire du Clergé séculier et régulier du diocèse de Genève-Annecy dès 1535 à nos jours, vol. II, Annecy, 1920, p. 754, et R. E.)
[157] - Jean-François de Sales, délégué par son frère pour la Visite ad limina en 1606 et porteur de cette pièce, dut quitter Annecy le 29 ou 1e 30 novembre, ou dans les premiers jours de décembre. La lettre que lui confia notre Saint pour le cardinal Baronius est du 28 novembre (L3, note 301) ; le 8 janvier 1607, non seulement le voyageur était à Rome, mais il avait déjà obtenu une audience du Pape. (L3, note 517, lettre d'Anastase Germonio à saint François de Sales.). Ces données fixent approximativement la date de ce compte-rendu. Bien que l'Autographe soit une minute, il est d'une beauté remarquable : huit pages in-folio (35 cm. x 24), dont les deux dernières laissées en blanc ; écriture très ferme et soignée qui, sans les ratures et les surcharges, ferait croire que saint François de Sales avait l'intention d'envoyer cette rédaction à Rome. Chaque recto porte au bas la signature du Notaire apostolique Ducrest, preuve que lors de l'examen des Ecrits du Serviteur de Dieu, cet Autographe fut aussi présenté ; en effet, le texte fait partie des Scripturae compulsatae du premier et du second Procès. Lorsqu'en 1618 l'Evêque de Genève chargea D. Juste Guérin de faire en son nom la Visite au seuil des Apôtres (L7, note 461 ; L8, notes 295,344,434), il n'écrivit pas de nouveau l' " Etat " de son diocèse, mais utilisa la minute de 1606, la corrigeant et modifiant par endroits. Quelques mots qu'il a, sans les biffer, encadrés par des traits, et plusieurs passages mis par lui entre crochets devaient sans doute être supprimés par le copiste de 1618 ; dans notre texte, ils sont insérés entre ces signes [ ]. Parmi les additions, on remarquera celles concernant la Visitation et les Barnabites. - Ces modifications et additions sont omises dans le texte donné par Charles-Auguste (Histoire, etc., liv. VI, éd. lat., p. 296, et franç., p. 357) et par les éditeurs qui l'ont suivi. On les trouvera au bas du nôtre sous forme de variantes ; elles sont marquées d'un * pour les distinguer de celles qui appartiennent à la rédaction primitive.
[158] - En 1535, quand le Chapitre de Saint Pierre de Genève dut abandonner sa résidence, Pierre de la Baume, fils du comte de Montrevel, en Bresse, et le dernier Evêque avant la réforme, avait quitté depuis deux ans (14 juillet 1533) sa ville épiscopale, où d'ailleurs il demeura fort peu. Son prédécesseur, Louis de Savoie, lui fit prendre de bonne heure l'habit ecclésiastique et lui obtint les abbayes de Saint-Just de Suze et de Saint-Oyen de Joux (Saint-Claude), puis le demanda pour coadjuteur ; le 11 avril 1523, le nouvel Evêque, qui était aussi chanoine de Lyon, prit possession de son siège. D'un caractère timide et versatile, Pierre de la Baume devint le serviteur très soumis de Charles III, duc de Savoie, à qui le Prélat défunt avait cédé sa juridiction temporelle sur Genève. Il résidait ordinairement à Notre-Dame de Pignerol, dont il était abbé commendataire. Le prince avait tout intérêt à l'y garder ; cependant, en 1526, il le renvoya auprès de son troupeau, où les syndics mêmes l'invitaient à revenir. L'année suivante, l'Evêque ayant fait gracier quelques criminels, le duc s'en irrite et ordonne la saisie de tous les revenus qu'il possède dans ses Etats, en particulier ceux de Suze et de. Pignerol ; sous l'empire de la crainte, Mgr de la Baume se retire alors à Besançon. Pendant son .absence, la Réforme avait progressé rapidement à Genève ; aussi Clément VII, par une Bulle très sévère et sous peine d'excommunication, lui ordonna-t-il de s'y rendre au plus tôt pour l'arracher à l'hérésie. L'Evêque, se faisant escorter par l'avoyer et huit députés de Fribourg et beaucoup de noblesse, y arriva le 2 juillet 1533 ; hélas ! quelques jours après, à la suite de mécontentements et cédant de nouveau à la peur, il sortit de la ville pour ne plus y revenir, malgré les supplications du Conseil et des syndics. En vain le Pape, qu'il rejoignit à Marseille au mois d'octobre de la même année, lui renouvela-t-il ses reproches et ses instances ; Pierre de la Baume invoqua l'appui de François 1er, roi de France, pour que le Souverain Pontife ne l'obligeât pas à retourner à Genève. Il voulut y rentrer par force au commencement de 1535 et alla même à Rome dans ce but en 1538 ; ses tentatives échouèrent.. " Pour se délivrer de ses importunités et le dédommager de la perte de ses revenus, " Paul III le créa cardinal l'année suivante. Sur son ordre, il quitte Rome au début de 1544 ; arrivé en Franche-Comté, il entreprend la Visite du diocèse de Besançon dont il avait pris possession par procureur le 2 janvier 1542, après avoir été coadjuteur de Mgr de Vergy depuis 1529. Surpris d'une fièvre aiguê dans son prieuré d'Arbois, il meurt le 4 mai de la même année 1544. Pierre de la Baume fut un des cardinaux qui signèrent la Bulle de fondation de la Compagnie de Jésus ; il représenta à saint Ignace lui-même que la nouvelle Société ne pouvait mieux commencer sa mission que par la conversion de Genève. (D'après Besson, Mém. pour l'hist. eccles. des dioceses de Geneve, Tarentaise, etc., 1759, pp. 61-66, et Fleury, Hist. de t'Eglise de Genève (Genève, 1880), tomes I, chap. XXIV, pp. 354 seq., et II, chap. v, pp. 89 seq.)
[159] - Voir L9, note 326)
[160] - Les Bulles qui conféraient à François de Sales la première dignité du Chapitre (7 mars 1593) arrivèrent de .Rome le 11 mai, et dès le lendemain, le Vicaire général François de Chissé en fit la reconnaissance. Mais l'élu n'ayant pas encore reçu les Ordres, on remit à la fin de décembre son installation solennelle. Voir S1, serm 7,.le discours qu'il prononça lors de sa prise de possession.
[161] - On sait que le sacre eut lieu le 8 décembre 1602.
[162] - Au sujet de ces guerres, voir note 109.
[163] - Comme nous l'avons dit note 148, le Saint était parti d'Annecy pour la Visite le 15 octobre l605 ; il y revint le 26 novembre, " apres avoir battu les chams six semaines durant, sans arrester en un lieu, sinon au plus demi jour. " (Lettre à la Baronne de Chantal, L3, note 167). Les paroisses de la Michaille, du Valromey, de la Chautagne eurent le bonheur de voir le bon Pasteur qui acheva sa tournée par Versonnex-en-Genevois, pour la reprendre le 17 juin de l'année suivante. Cette fois, elle se prolongea pendant quatre mois et demi ; cent quatre-vingt-cinq paroisses furent visitées par l'infatigable Evêque. Commençant par Alby et par les environs d'Albens et de Rumilly, il parcourut la vallée des Bauges, d'où descendant sur Faverges, il monta à Megève pour redescendre à Sallanches. Après les vallées de Chamonix, du Giffre et de Boëge, ce fut le tour du Chablais oriental, de la vallée de l'Arve et des Bornes ; arrivé à Contamine-sous-Marlioz, François de Sales interrompit ses courses apostoliques pour célébrer en sa ville épiscopale la fête de la Toussaint. Un mois et demi de nouveaux labeurs (7 octobre-23 novembre) lui permirent en 1607 d'achever la visite générale de son vaste diocèse. (Voir Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. VI, pp. 340-343, et 37S-379 ; Hamon et Letourneau, Vie (M. 1909), tome 1 chap. V et VI. Cf. aussi L3, lettres 358, 365 à 367 ; notes 418,435,439 ; L11, préface). Aux détails sur ses tournées que notre Saint donne dans ses lettres à la baronne de Chantal, s'ajoutent les nombreux témoignages de ceux qui l'accompagnèrent ou qui le virent à l'œuvre. " Non seullement il preschoit tous les jours, mais il se trouvoit des rencontres quil estoit contrainct de faire deux, voyre trois predications d'un mesme jour, ainsy que j'ay. souventes fois veu..., ayant heu l'honneur de le suivre et le servir domestiquement," dépose Noël Rogeot (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 27). Et Georges Rolland : " En la Visite generale, ou je le suyvis...,ce ne feut sans souffrir de grandes incommodités..., estants une grande partie des eglises situees riere montagnes dont y en a plusieurs de difficile abord ; en sorte quil estoit forcé de faire des grandes montees et descentes a pied, quoy quil feut asses pesant de sa personne et subject a sueurs... Il faisoit tous actes de curé, et mesme en une parroisse il confera un jour tous les Sacrements, sauf l'Extreme Onction ; et cette parroisse s'appelle Chilly... Il s'informoit de la bonne ou mauvaise vie des curés et des parroissiens,... les corrigeoit et reduysoit a meilleure vie ; sur tout, il reconcillioit les inimitiés, il escoutoit les plainctes de chacun et faisoit droict à tous, ordonnant ce qui estoit necessaire pour les Offices divins et pour la conservation des revenus ecclesiastiques. " (Ibid., ad art. 35 et 47.) - Un autre domestique, François Favre, semble particulièrement frappé de la charité et de l'endurance de son maître : " Il est souventes fois descendu de cheval, " dit-il, " pour conferer le Sacrement de Confirmation, estant en chemin, a des pauvres, infirmes et impotens qui n'avoient moyen de se faire porter a l'eglise, et quelquefois mesme exposé a l'injure des temps, comme de la pluye ou du vent... Le Bienheureux se rendoit infatigable pour la peyne quil prenoit en cette Visite, et tous ceux qui le voyoient en ce travail en demeuroient estonnés et consolés. J'ay esté tesmoin oculaire de ses actions,… et je ne sçauroy rien dire approchant de ce que j'ay veu. Il couchoit sur la dure la plus part du temps, car il... se rencontroit en de si pauvres lieux qu'il n'y avoit point de quoy le recepvoir que fort miserablement. Et neantmoings, parmy toutes ses incommodités, on luy voyoit tous-jours un visage joyeux et content aussy bien que s'il heust esté tres accommodé; car c'estoit ses cheres delices que de se rancontrer.parmy ces mesayses. " (lbid., ad art. 47.)
[164] - Mgr de Granier mourut le 17 septembre 1602 (L1, note 114). On peut voir dans L2, lettre 165, le bel éloge que saint François de Sales fait de son prédécesseur au Pape Clément VIII, et vers note 211.
[165] - C'était la Collégiale de ND de Liesse (L9, note 575)
[166] - Y compris le doyen, l'archiprêtre-curé et le sacristain. (L6, note 411). Sur ces Collégiales et sur les abbayes et prieurés mentionnés dans les deux alinéas qui suivent, on peut voir aussi le tome précédent, Op1, notes 311 à 318)
[167] - On trouvera des renseignements sur ces abbayes dans : L1, note 98 ; L9, note 183 ; L1, note 243 ; L2, note 376 ; L1, note 293 ; L2, note 263 ; L10, notes 156,157
[168] - Sur ces prieurés, voir : L2, note 265 ; L6, note 211 ; L2, notes261,264 ; L4, note 246 ; L2, notes 262,301. Voir aussi notes précédentes de L10
[169] - Charles-Auguste (p. 298 de l'éd. latine et p. 359 de la française) ajoute les noms de ces chartreuses: Pommiers (L4, note 278), Le Reposoir (L5, note 269), Vallon et Arvière. - D'après Besson (Mem. pour l' hist. eccles. Des dioc de Geneve, etc., p. 104), ce fut en 1136 que les seigneurs de Ballaison firent don à Hugues, fils de saint Bruno, des fonds qui leur appartenaient dans la terre de Vallon, pour y bâtir une chartreuse. Huit ans après, Rodolphe, seigneur de Faucigny, acheva la fondation de ce monastère qui a donné à l'Ordre un Prieur général de renom mort en 1331. La chartreuse fut détruite au XVII" siècle et les Religieux se transférèrent à Ripaille. (L6, note 432 ; L8, note 408). La chartreuse d'Arvière, septième de l'Ordre, située dans un lieu sauvage et désert des montagnes du Valromey, dut sa fondation (1140) à Amédée III, comte de Savoie, qui céda le territoire d'Arvière pour l'y bâtir. Humbert son gendre, sire de Beaujeu, seigneur de Bugey et Valromey, confirma et augmenta cette donation, et son fils Guichard de Beaujeu, fit construire la première cellule. Plusieurs seigneurs contribuèrent par leurs libéralités à doter le monastère et à terminer la bâtisse. Par Bulle du 2mai 1144, adressée à saint Arthold, premier Prieur, le Pape Luce II désigna les limites de la nouvelle chartreuse et la prit sous sa protection. (Besson, ouvrage cité, p. 164.)
[170] - Sur les couvents nommés, voir : L4, notes 33,64 ; L7, note 771. Celui de Cluses, dont il n'a pas encore été question, fut érigé par Bulle du Pape Paul II (15 juin 1471), à la sollicitation du bienheureux Amédée IX, duc de Savoie. Le P. Jean Bourgeois et plusieurs Religieux du monastère de Notre-Dame de Myans, ayant prêché en Faucigny contre l'hérésie de Luther, y obtinrent des succès qui leur valurent la confiance et l'appui de Janus de Savoie, baron et seigneur de la province. A sa requête, le duc accorda des patentes pour la fondation du couvent, et le Souverain Pontife, la Bulle d'érection ; en 1484, la construction en était achevée, et le 15 juin de l'année suivante l'église put être consacrée par l'Archevêque de Tarentaise. Du vivant de notre Saint, les Cordeliers de Cluses jouissaient encore d'une grande réputation ; mais au XVIIIe siècle leur ferveur se refroidit, l'esprit d'indépendance et l'esprit mondain pénétrèrent dans leurs murs. Aussi, lorsque la tempête révolutionnaire se déchaîna en Savoie, on vit les principaux d'entre eux fléchir au premier choc : le 16 avril 1793 ils prêtèrent le serment civique devant la municipalité, et le renouvelèrent le 20 à l'église paroissiale, en présence du Conseil et du peuple. Le couvent fut saisi au profit du trésor national ; l'encan des meubles eut lieu le 25 septembre de la même année. (Lavorel, Cluses et le Faucigny, Partie l, chap. XII, et Partie II, chap. 1 et IV; publié dans les Mém. de l'Acad. Salés., tomes XI et XII, Annecy, 1888, 1889.)
[171] - Le couvent des Capucins d'Annecy datait de 1593 (L5, note 734).
(A)Var. A ces couvents sont venus s'en ajouter dernièrement cinq de Frères Capucins : à Annecy, Thonon, Rumilly, Saint-Julien et La Roche* , sans compter la résidence des mêmes Frères à Gex**. En outre, deux collèges de Clercs réguliers de Saint-Paul : un à Annecy, un autre à Thonon***.
*- Charles-Emmanuel 1er attribua aux Capucins les "galeries" .et les dépendances de son château de Thonon, jadis ruiné par les Bernois. Il devint ainsi le fondateur de cette Maison, simple hospice dès 1002, et couvent régulier en 1608. Bâti à l'extrémité de la ville, dans un site magnifique, ce couvent était l'un des plus agréables de la Province ; il fut dédié à Notre Dame de Compassion et saint François de Sales en consacra l'église le 9 juillet 1617 (L8, note 64). Les fils du Patriarche d'Assise s'établirent à Rumilly en 1612, grâce aux libéralités de Philibert de la Vulliane ou Veillane, seigueur de Laude, à celles aussi des gens de la ville et des environs. A la Révolution, le couvent fut vendu ; l'église consacrée par notre Saint le 31 août 1618 n'existe plus. Saint-Julien posséda depuis 1602 un hospice qui ne devint couvent qu'en 1615. Les Capucins durent cet établissement an marquis de Lucinge ; la tourmente révolutionnaire les en déposséda. (D'après le P. Eugène de Bellevaux, Nécrologe et Annales biogr. des FF. Min. Cap. de la Prov. De Savoie, 1611-1902, pp. XVII-XIX.). A La Roche, ces Religieux ne s'établirent qu'en 1617 (L7, note 477 ; L8, note 63).
**- Sur l'hospice de Gex, fondé en 1612, voir Op1, note 421)
***- Les Barnabites se fixèrent à Annecy en 1614, et à Thonon l'année suivante. (L6, notes 462,547 ; L7, note 131)
[172] - Dans sa belle lettre du 15 novembre 1603 à Clément VIII (L2, lettre 204), saint François de Sales, résumant l'histoire de l'apostasie du Chablais et de sa conversion, avait attribué toute la gloire de celle-ci au duc de Savoie, à Mgr de Granier. et aux prédicateurs qui lui furent adjoints après qu'il eut, pendant trois ans, supporté seul les labeurs d'un très difficile apostolat. Ici, il ne parle pas avec moins de modestie à Paul V de ces grands évènements ; mais on sait à quoi s'en tenir. (voir L11, p.10 sq, un aperçu rapide de la célèbre mission et des travaux de l'Apôtre.) Parmi les Religieux dont le Saint mentionne les prédications, il faut rappeler : un Dominicain (son nom ne nous a pas été conservé) et un Jésuite, le P. Saunier, qui furent les premiers à évangéliser le bailliage de Ternier (L2, note 256 ; L1, note 239) ; puis les Capucins Chérubin de Maurienne et Esprit de Beaume. L'un, après. avoir eu Annemasse pour centre de ses travaux, devint en novembre 1597 l'auxiliaire de François de Sales ; l'autre, dès le mois de septembre, l'avait rejoint à Thonon, avec le P. Antoine de Tournon. (L1, notes 120,224). Les PP. Hume ou Humaeus (L1, note 278), Portal, supérieur à Thonon en 1600, et Fourier, qui lui succéda en 1602 (L2, note 166), comptent parmi les premiers Religieux de la Compagnie de Jésus qui exercèrent en Chablais un fructueux apostolat, trop souvent entravé par les guerres de l'époque. (Op1, notes 214,238).
[173] - Il y avait des collèges à Annecy, La Roche, Rumilly, Thones, Evian, Thonon ; des écoles, à Sixt, Cluses, Sallanches, Bonneville, etc. On a.vu plus haut, (note 127), que l'enseignement de la " Doctrine chrestienne " avait été très expressément enjoint aux " maistres d'escale " par le duc Emmanuel .Philibert.
[174] - Touchant les efforts tentés par saint François de Sales et son prédécesseur pour l'érection d'un Séminaire, (voir L7, note 976 ; L8, notes 291,344). - La phrase : " Omnino tamen...". n'aurait.elle pas été ajoutée en 1618 ?
[175] - D'après les prescriptions du Concile de Trente (De Reform. Sess. V, cap. r), toutes les églises cathédrales devaient avoir un théologal, chargé d'enseigner l'Ecriture Sainte et la théologie. Le Chapitre de Saint Pierre de Genève nommait à cette fonction l'un de ses membres, et la nomination était confirmée par l'Evêque. (Cf. Mém. De l'Acad. Salés., tome XIV, 1891, p. 275.) Lorsqu'en novembre 1599 François de Sales envoya au Nonce de Savoie le Mémorial sur les prébendes théologales à ériger dans le diocèse, le tbéologal de la catbédra1e ne percevait que celle de son canonicat, et déjà le Prévôt en demandait pour lui une du prieuré de Talloires; mais elle ne fut pas obtenue. (Op1, notes 306,310).
[176] - Au sujet des prébendes laïques des monastères, voir Op1, note 290, le § 4 du Mémoire adressé à Mgr Riccardi à la fin d'avril 1599. Les démarches du Saint, restées sans succès pour le théologal, échouèrent également pour le pénitencier ; aussi décida.t-il avec son Chapitre de " reserver une portion " pour celui-ci " a la premiere vacance de quelque cure qui la pourroit porter. . En septembre 1615, celle de Gruffy étant devenue vacante, l'Evêque ordonna de lui attribuer 200 florins des revenus de ce bénéfice. (L7, note 142 et lettres 91,92)- On a dit dans cette note qu'un pénitencier fut établi à la cathédrale en 1607, mais le texte ci-dessus prouve que déjà l'année précédente elle en possédait un. Toutefois, c'est en 1607, lors du remaniement de ses Statuts, que le Chapitre dut y insérer l'article relatif au chanoine qui en exercerait les pouvoirs (Cf. Mém. de l'Académie Salés.)
[177] - De concert avec le P. Claude-Louis-Nicolas de Quoex. saint François de Sales entreprit 1a réforme du prieuré de Talloires en 1609. (L4, note 246).
[178] - Ici, Charles-Auguste insère un long fragment qui, selon toute probabilité, appartient à l'Etat du Diocèse de 1614 dont on trouvera plus loin quelques pages, sous le n° XVII. Pour le rattacher à la rédaction de 1606, le biographe a fait plusieurs modifications aux deux textes autographes, comme on peut s'en rendre compte en comparant ceux-ci avec le sien (pp. 300, 301 de l'éd. latine).
[179] - Pendant sa mission du Chablais et dans un Mémoire présenté à Clément VIII en 1598, François de Sales avait proposé seulement le second de ces remèdes : l'envoi d'un Visiteur. (L1, notes 215,243 ; Op1, notes 275,279). L'expérience de quelques années lui persuadant que l'issue de ce projet serait " très difficile et incertaine, " il s'arrête aux deux autres qu'il soumet déjà au Nonce en 1603. (L2, note 261 sq,375). Treize ans plus tard, dans les Mémoires pour le rétablissement de la discipline religieuse destinés au prince de Piémont, Victor-Amédée, il insistera sur l'impossibilité de réformer les Monastères d'hommes de l'Ordre de Citeaux et plusieurs de Chanoines de Saint-Augustin ; l'unique moyen qu'il suggère est la substitution des Feuillants, des Oratoriens, etc., aux anciens moines, et le transfert dans les villes, de quelques Communautés déchues, pour les unir aux Collégiales.
[180] - Charles-Auguste a interpolé ici encore quelques lignes de l'Etat de 1614 (voir note 178).
[181] - " L'entrée en était autant permise aux séculiers que la sortie en était libre aux Religieuses, " écrit le P. Grossi en parlant de l'abbaye de Sainte-Catherine (Vie de la Vble Mers de Ballon, Annecy, 1695,liv. II, chap. l, p. 102). "Les visites fréquentes et le séjour qu'elles aloient faire ou chez leurs parens ou chez leurs amis, les faisoient rentrer dans l'esprit du monde. " Bon nombre de " valets, tant pour la culture des terres que pour la garde du bétail, " demeuraient dans le même corps de logis que les Cisterciennes, de sorte que celles-ci étaient sans cesse exposées à " la rencontre de ces gens là ."
[182] - Ce double abus existait encore en 1617; saint François de Sales le signale au cardinal Bellarmin dans sa lettre du 17 septembre (L8,note 221). Pour ce qui regarde en particulier les Clarisses, à qui on interdisait un confesseur extraordinaire, voir L6, note 506 ; L7, note 169 sq.
[183] - " Il visita toutes les eglises et toutes les chappelles de son diocese, " dépose François Favre, valet de chambre du saint Prélat (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 47), et mesmes quelques unes, comme Nouvel, qui est parroisse, et La Forclaz enChablays, qui sont de tres difficile et dangereux abord, lesquels (sic) n'avoient jamais esté visités par Evesque, au moingts de memoire d'homme, ainsy que les habitants de ces lieux la nous ont asseuré. " Bien que Novel soit à 977 mètres d'altitude et La Forclaz à 854,tout nous porte à croire qu'il s'agit de celle-ci dans le texte du Saint. La première, visitée par lui le 13 septembre 1606, avait un curé (voir Rebord, Visites Pastorales du Diocèse de Genève-Annecy, tome II, 1922, pp. 470,471, et cf. tome I,1921, pp. 341-343), tandis que la seconde, à neuf kilomètres du Biot (a) et sa filleule, était à la charge du curé de son église-mère. Or, le procès-verbal de la visite faite au Biot le 3 septembre de la même année nous apprend que les syndics et conseillers ont remontré " comme ladicte parroche est ample, remplie d'un grand peuple, pour êstre de l'estendue d'une lieue, voire davantage; et que d'ailleurs " le curé " est chargé du service d'une filiolle, de La Forcle, lieu distant et difficile d'acces, a quoy luy seul bonnement ne peut souffire, pour ne pouvoir estre en deux lieux en mesme temps. " Ils ajoutent que, plusieurs fois, des enfants sont " morts sans Baptesme, d'autres sans confession, " et supplient qu'il soit enjoint au curé de s'adjoindre un vicaire. Mais " venerable messire Pierre Duc " proteste " n'avoir moien entretenir ledict prebstre, attendu le peu de revenu quil a... ; et par ce demande luy estre assigné portion congrue contre le seigneur Abbé d'Aux. " Le lendemain, saint François de Sales est à La Forclaz, où " il y a trente feux, " et là encore on réclame une " portion congrue" . (Ouvrage cité, tome II, pp. 96, 97.) Dès le XIII" siècle, l'abbaye d'Aulps (L1, note 243) eut des droits très étendus sur les revenus des paroisses environnantes, et même celui de nomination aux cures ; par contre, elle devait. pourvoir à l'entretien des églises et de leurs recteurs: Le Biot et La Forclaz furent de ce nombre. Le relâchement des moines et l'introduction d'abbés commendataires qui, trop souvent, se contentaient de toucher les revenus par l'entremise de fermiers, avaient réduit les deux paroisses en l'état de pénurie décrit dans le procès-verbal cité. La seconde, qui aux XIII" et XIV" siècles possédait un curé, dut attendre jusqu'en 1663 pour avoir un vicaire résident ; huit ans plus tard il prit le nom de'curé, et La Forclaz fut détachée définitivement du Biot le 11 décembre 1671. (Mém. de l'Acad. Salés., tome XXVIII, 1905, p. 15 ; Rebord, Matériaux pour servir à la monographie des Paroisses, Annecy, 1921, p. 259.). Les particularités que nous rappelons concordent parfaitement avec les détails donnés par notre Saint ; il nous semble donc hors de doute que la paroisse dont il parle est La Forclaz. Anciennement, le sentier par 1equel on y accède aujourd'hui n'existait pas ; il fallait y grimper par des pentes escarpées et des rochers abrupts, couverts de neige et de glace pendant les longs mois d'hiver. L'église actuelle est celle-là même que visita saint François de Sales ; elle a seulement subi quelques réparations.
(a)- Cette distance est bien celle de " six mille ilaliens " indiquée par le Saint; en effet, le "mille romain" équivalait en Italie à 1490 mètres, chiffre qui, multiplié par 6, nous donne 8.940. Aujourd'hui, le "mille toscan ou romain" équivaut à 1 km.1/2 environ ; nous avons ainsi exactement les 9 kilomètres qui séparent La Forclaz du Biot.
[184] - Depuis 1590, l'Abbé commendataire d'Aulps était Philibert-François Milliet, évêque de Maurienne, et en 1618, archevêque de Turin. (L2, note 217). Le 14 août et le 3 septembre 1606, saint François de Sales visita l'abbaye dégénérée..
[185] - (Var)-et qui sont comprises dans le bailliage de Gex, (b) les Pères Capucins et des prêtres travaillent avec grande ardeur à leur conversion, selon la volonté du Roi, chose qui dernièrement encore n'existait pas.- [Un signe après le mot " possidentur " renvoie en marge, où le Saint écrivit en 1618 la variante qu'on vient de lire, la substituant aux onze lignes du texte insérées par lui entre crochets.]
(b)- Le 12 septembre 1613, saint François de Sales écrivait à Mgr de Revol, évêque de Dol : " Nous avons bien un petit quartier ou, despuis peu, on a restabli l'exercice de l'Eglise par l'authorité du Roy, et selon l'edit de Nantes... Il y a la, nombre suffisant de fort bons pasteurs et de bons Peres Capucins qui, n'estant poiut ouys des hommes, sont veus de Dieu, lequel sans doute aggree bien leur sainte inutilité presente, laquelle il recompensera par apres d'une moisson plantureuse. " (L6, note 180). Et le 21 janvier 1618,quelques semaines avant d'ajouter à sa rédaction de 1606 les lignes que reproduit notre variante note 185, le Saint, parlant à Louis XIII des. Capucins de Gex, disait : Ils " y travaillent avec beaucoup de zele et d'incommodités. " (L8, lettre 1392).Le P. Gérard de Tournon était alors, avec le P. François de Chambéry, l'un des principaux ouvriers (L8, note 772 ; L1, note 179 ; L6,note 532) ; mais il faut mentionner avec eux deux autres infatigables missionnaires : les PP. Diègue de la Cité-Neuve (L5, note 306) et Maximilien de Moulins, supérieur de l'hospice dès ses débuts (Op1, note 432). A la tête des prêtres qui consacrèrent leur dévouement au bailliage de Gex, se trouvait le curé Etienne Dunant, qu'on a souvent rencontré dans la correspondance du saint Evêque (L4, note 85). Les noms de plusieurs de ses coopérateurs sont indiqués dans Op1, notes 417,418,424,425 sq, 437,438,442.
[186] - Comme on l'a dit dans Op1, notes 357,372, ce fut seulement en juillet 1612 que le saint Evêque rentra en possession de la majeure partie des églises du bailliage ; mais depuis lors, que d'obstacles lui furent encore suscités par les calvinistes et que de difficultés ne rencontra-t-il pas, faute de ressurces, pour le rétablissement du culte dans les paroisses ! (L5, notes 238,459 et lettres 799,800,821,822 ; L6, lettre 913 ; Op1, série IIB, n° I-XII).
[187] - Les mots qui suivent ont été ajoutés après coup seraient-ils une addition faite en 1618 ?
[188] - Par une lettre du 15 janvier 1607 (L3, note 315), saint François de Sales présentait à Mgr Pierre-François Costa, Nonce à Turin, les députés du clergé chargés de lui remettre "les notes des revenus ecclésiastiques " et de recevoir de lui " les ordres nécessaires pour le paiement des décimes." Ce Mémoire pourrait bien avoir fait partie des pièces envoyées alors au prélat, à moins qu'il ait été expédié à Rome en novembre 1606, avec l' " Etat du diocèse ".
[189] - Les sires ou seigneurs de Faucigny, maîtres de cette province, y possédaient des places fortes et des châteaux, entre autres celui de Thiez ou Thy, en la terre de Sallaz, situé dans le bas de la vallée de Viuz. Ardutius, soixante-et. onzième évêque de Genève, eut de son père Rodolphe le château et la seigneurie, qu'il laissa à sa mort (25 juillet 1185) aux évêques ses successeurs. Thiez fut le nom primordial du château et, par suite, devint celui du " mandement " lui-même. Le châtelain des évêques résidait au premier, et leurs mandataires subalternes à Viuz, chef-lieu du second. L'autorité des prélats dans leur châtellenie " était souveraine, " et leur juridiction, comprenant le droit d'exécution capitale, s'étendait sur quatre paroisses : Ville-en-Sallaz, Bogève, Saint-André et Viuzen-Sallaz. L'administration temporelle était confiée à des délégués ; d'où la désignation de mandement, du latin mandare, transmettre une charge (A)." Tous, à leur entrée en fonctions, devaient. prêter serment sur les Evangiles, de remplir fidèlement leur mandat. " A leur avènement, les évêques prenaient possession du fief ou par eux-mêmes ou par délégation. - Lors de la spoliation du Prince Evêque, le mandement de Thiez resta à celui-ci, malgré les revendications des Genevois. (D'après l'abbé Rollin, Monographie de Viuz-en-Sallaz, dans les Mém. et doc. de l'Acad. Salés., tome XIX (Annecy, 1896), pp. 7-13. Cf. L2, note 188 ; L3, note 393 ; Op1, notes 275,281,285.
(A)- Pour avoir ignoré cela, Datta (1835), suivi par Vivès et Migne, a traduit : " En vertu du décret de Thiez."
[190] - Depuis son sacre jusqu'en 1610, saint François de Sales habita la maison Lambert que fit bâtir vers 1462, et en face de la cathédrale (aujourd'hui rue de l'Evêché, n° 15), Pierre Lambert, chanoine de Genève et évêque de Caserte, au royaume de Naples.
[191] - Ces livres des Reconnaissances furent terminés en 1613 par le châtelain Pierre de Musy. (L8, note 893).
[192] - Déjà en 1598, saint François de Sales avait demandé au Pape Clément VIII l'exemption, pour l'Evêque de Genève, du paiement des décimes, l'une des formes de l'impôt qu'avec l'autorisation du Saint-Siège le duc de Savoie percevait, dès 1587, sur les biens ecclésiastiques. (Op1, série IIA, n°. VI, IX, XI, notes 275,284 ; L2, note 302 ; L7, note 740,741).
[193] - Saint François de Sales fait sans doute allusion à ce Mandement lorsqu'il dit dans celui du 8 mai (voir ci-après, n° XIII), que le Jubilé de Thonon a " ci devant esté publié ". Le P. Chérubin lui en avait apporté la Bulle en revenant de Rome, ainsi que le Saint l'écrit à M. de Sauzéa le 12 mars 1607 (L3, note 344) ; il devait s'ouvrir le 1er mai et se clore le 30 juin.
[194] - Ce " Sommaire " n'a pu être retrouvé.
[195] - Il est fort probable que ces Indulgences aient été apportées par le P. Chérubin avec la Bulle du Jubilé de Thonon et en vue de celui-ci. Dans ce cas, la date d'avril serait celle de leur publication.
[196] - Le saint Evêque, arrivé probablement à Thonon le 28 avril, y avait ouvert solennellement le Jubilé le 10. mai, et s'y arrêta tout ce mois. Il dut en partir pour présider les obsèques d'Anne d'Este dont le corps fut apporté à Annecy le 6 juin ; au commencement de juillet nous le retrouvons à Thonon, où il était encore le 10. (L3, notes 388,391).
[197] - En effet, des bruits alarmants, répandus surtout par les Bernois et les Genevois, menaçaient d'entraver le succès du Jubilé. Un feuillet volant trouvé parmi les lettres de M. d'Albigny, gouverneur de Savoie, et daté de Lyon, 7 mai 1607, nous renseigne à ce sujet ; on ignore les noms de l'auteur, qui est un Religieux, et du destinataire de ce document non signé. " Mardi dernier (1er mai), le pacquet du Roy pour ceux de Geneve estoit icy. Le lendemain on me communiqua quelques lettres de leur agent pres du Roy, qu'il escrivoit a quelques particuliers freres, et leur donnoit advis comme Sa Majesté leur avoit promis d'empescher ses subjects d'aller au Jubilé a Tonon. Et d'ailleurs j'ay sceu pour certain qu'il avoit trouvé mauvais la publication que l'Archevesque en fit faire, par nos Peres, le dimanche apres Pasques (22 avril). Si ay je advis de plusieurs autres endroits, des ce jourd'huy, qu'on poursuit tous jours a le publier et personne a y aller, si elles ne sont retenues a Geneve ou de ceux de Berne, comme on fait courir le bruit icy qu'ils y donnent tout empeschement. Le pretexte qu'on a trouvé de la deffence est de la contagion qu'on dit estre en plusieurs endroits et quelques lieux proches de Tonon, et qu'on se pourroit la mesler et troubler nostre bonne santé ; que le peuple devoit employer sa devotion en tant d'autres lieux pies et devots qu'il y a en France, ou bien la reserver pour un Jubilé que le Pape doit bien tost envoyer. Et partant, deffences furent faites a toutes personnes de n'aller au dit Tonon, sur peine de cinq cents francs d'amende. " (Turin, Archives de l'Etat, Lettere particolari, Mazzo 7.) Malgré ces défenses, les pèlerins français accoururent très nombreux, notamment du Dauphiné, de la Bourgogne, du Charolais. Ils se mêlèrent à ceux de la Lorraine, de l'Allemagne, du Piémont, du Valais et du canton de Fribourg. Depuis la mi-mai, l'affluence des étrangers alla toujours grandissant ; Genève s'était assez apaisée, mais Berne, inflexible jusqu'à la fin, ne laissa libre passage qu'aux Fribourgeois dont le nombre et la piété furent pour tous un sujet d'admiration. Beaucoup de convertis de la Sainte-Maison de Thonon firent, le jour de la Pentecôte, une très pieuse procession en habit bleu et avec l'insigne de Notre-Dame de Compassion. Quantité de pécheurs qui ne s'étaient pas approchés des Sacrements depuis quinze, vingt, trente et quarante ans, les reçurent avec une contrition extraordinaire. (Relation conservée à Turin, Archives de la Grande Maîtrise de l'Ordre des Saints Maurice et Lazare ; Mazzo 3, n° 50.)
[198] - Ces trois mots, très oblitérés sur l'Autographe, ont été mal interprétés par les éditeurs précédents, qui ont lu : "l'intention desirable de venir..." Le dernier mot est sûrement " volonté " ; les deux qui le précèdent restent douteux.
[199] - Par lettres patentes du 2 avril 1607, le duc de Savoie avait invité ses sujets à se prévaloir de la précieuse faveur accordée à Thonon par le Souverain Pontife ; il donnait en même temps un sauf-conduit aux étrangers qui voudraient aussi gagner le Jubilé. Une prorogation de celui-ci pendant tout le mois de juillet, d'abord refusée par le Pape, fut ensuite accordée ; mais, " à cause des dangers et des soupçons. provoqués par les Genevois, on dut le clôturer avant la fin du même mois, sur les instances de Charles-Emmanuel. (Lettres échangées entre le cardinal Borghese et le Nonce de Savoie, 26 mai, 8, 15, 2I et 28 juillet 1607 ; Archiv. Vaticanes, Borghese I,903, et II, 407, 287.)
[200] - Balthazard Maniglier (L1, note 284), chargé de l'administration des biens de la Sainte-Maison de Thonon, dont il fut nommé vice-préfet deux mois plus taro.
[201] - Le style de cette Requête parait bien être celui de saint François de Sales qui dut la rédiger, de concert avec l'Evêque de Maurienne, dans la première quinzaine de janvier 1609 au plus tard, puisque le duc rendit son décret le 31 du même mois. Très probablement, les " Articles " qui suivent celui-ci furent écrits par un tiers ; pour cette raison, ils sont reproduits en caractères plus petits. L'imprimé de 1609, auquel Migne emprunta son texte, n'ayant pu être retrouvé, nous donnons le nôtre d'après cet éditeur, tome V, col. 253.
[202] - Sur ce Prélat, voir L2, note 218.
[203] - L'initiale H. que l'on trouve dans l'édition de Migne, est certainement une erreur de lecture ou une faute d'impression. On peut hésiter entre deux Abbés de la Mente : Sylvestre (L7, note 960)et Adrien son neveu, l'un et l'autre Abbés commendataires d'Hautecombe. Adrien de Saluces, fils de René, comte de la Mente, en fut pourvu après 1606et avant le 21 juin 1610, date des Bulles par lesquelles Paul V, qui avait d'abord accepté la renonciation de Sylvestre, le rétablit dans son ancienne dignité. Six ans plus tard, l'abbaye fut définitivement attribuée à son neveu qui alliait au titre d'Abbé celui de vicaire général du monastère de Saint-Michel de La Cluse, siège de la Congrégation bénédictine de Saint-Michel. Reçu sénateur le 7 décembre 1633, élu en 1639 doyen du Chapitre de Saint-Jean de Lyon, dont il était chanoine, Adrien testa en cette ville le 1er juillet 1640 et y mourut avant le 5. (Blanchard, Hist. de l'abbaye d'Hautecombe, 1874, Partie III, chap. VII, pp. 349, 351.)
[204] - Vespasien Aiazza (L3, note 69).
[205] - Thomas Bergera, chevalier des Saints Maurice et Lazare (L1, note 221)..
[206] - Claude de Blonay signe pour son :fils Jean-François, Prieur commendataire de Saint-Paul en Chablais. (L2, notes 148,323 ; L5, note 675 ; L10, note 156).
[207] - C'est-à-dire Burdignin, prieuré rural de l'Ordre de Saint-Benoît, situé en Chablais, Le Prieur commendataire était sans doute un parent du signataire: Philibert Bergera, clerc de Turin et docteur ès-droits, institué le 25 août 1606 ; il décéda en juin 1620. (R. E. 1602-1607 et 1613-1622.)
[208] - Pierre Boursier (L6, note 148).
[209] - Voir à l'Appendice II, la lettre du duc de Savoie au Sénat " dela les monts ", 31 janvier 1609, et l'extrait du Registre de celui-ci, qui fit droit à la requête le 9 avril suivant.
[210] - L'un des très rares exemplaires de ce Rituel se conserve dans les Archives du Chapitre de la Cathédrale d'Annecy. C'est un in-8°, de 390 pages chiffrées et 48 non numérotées. Celles-ci, qui se trouvent au commencement, comprennent le frontispice, la Préface, le Calendrier de l'Eglise universelle avec les additions propres au diocèse de Genève, diverses notions sur le comput ecclésiastique et la Table des matières. L'impression est en rouge et noir ; le volume porte ce titre : Rituale Sacramentorum ad prœscriptum sanctœ Romanœ Ecclesiae, jussu Reverendissimi Patris Francisci de Sales, Episcopi et Principis Gebennensis editum. In quo non tantum ritus, sed etiam canones ac regulœ Sacramentorum rite administrandorum, aliaque plurima documenta ad munus pastorale recte obeundum, continentur. Lugduni, apud Joannem Charvet, 1612. Cum Privilegio Regis. (La vignette représente le baptême de Notre-Seigneur.) Nous ne devons songer à donner, de ce Rituel, que ce qui est évidemment de saint François de Sales : la Préface, l'Appendice au Calendrier, le Formulaire du Prône, les Fêtes commandées et celle de dévotion, les Cas résexvés à l'Evêque, l'Exorcisme pour les mariés. Quant aux Canons relatifs à l'administration des Sacrements et aux Funérailles, ils_ne sont pas de lui. La plupart se trouvent dans un Pastorale publié à Anvers en 1589, et intitulé : Pastorale, Canones et Ritus ecclesiasticos qui ad Sacramentorum administrationem aliaque Pastoralia officia rite obeunda pertinent, complectens : Jussu et auctoritate Reverendissimi et Illustrissimi Domini, Domini Joannis Hauchini, Mechliniensis Archiepiscopi, pro uniformi Pastoralium officiorum exercitio in hanc formam redactum, et in lucem emissum. Antverpiœ, Ex officina Christophori Plantini, archi-typographi Regii, 1589. (Bibliothèque publique de Lyon, cote 317368.)
[211] - Les Bulles de saint Pie V conférant à Ange Giustiniani l'évêché de Genève sont du 13 octobre. 1568 ; il dut donc prendre possession de son siège environ trente.deux ans après la défection de la malheureuse ville (1535).
[212] - Voir ce Formulaire note 216.
[213] - Le saint Evêque commença-t-il à rédiger ces " exhortations " catéchistiques ? Aucun fragment n'en a été retrouvé.
[214] - Migne, au tome VI, col. 91, a donné en français cette Préface, avec la date du 8 février 1603 en tête du document, et celle du 2 février à la fin. Il l'a tirée, dit-il, du Rituel de 1632, édité par Mgr Jean-François de Sales, frère de notre Saint. En effet, la traduction de la Préface de celui-ci a été mise au commencement du volume en question, où elle est faussement datée du 8 février 1608. Il y a erreur des deux côtés, puisque saint François de Sales n'a publié aucun Rituel avant celui de 1612.
[215] - " Il a monstré aussy la grande foy quil avoit au tres sainct Sacrement de l'autel, " dépose un témoin au 1er Procès de Béatification de saint François de Sales, " en ce que non seullement il celebroit la saincte Messe tous les jours et communioyt plusieurs personnes les Dimanches et festes de commandement, mais encore en l'introduction quil a faict en son diocese de celebrer le divin service tous les jeudis de l'annee, hors l'Advent et le Caresme, a l'honneur de ce tres divin Sacrement.. (Martin Berrot, chanoine régulier de Saint-Augustin au Saint.Sépulcre d'Annecy, ad art. 24.)
[216] - Les curés du diocèse de Genève avaient déjà ce Formulaire, comme le dit saint François de Sales dans sa Préface du Rituel (note 212). On ignore la date de sa rédaction; peut-être faut-il la placer après la conversion du Chablais, et certainement avant le voyage du Prévôt à Paris (fin décembre 1601). Le P. Antoine Chevallier, Récollet, qui fut un des collaborateurs de l'Apôtre dans sa grande mission, s'exprime ainsi : " Il fit un petit livret qu'il me monstra, escript de sa main, quil fit imprimer et intituler : Le Prosne dressé par le commandement de Messire Claude de Granier, que les curés " devaient " lire tous les dimanches a leur peuple par maniere de predication, " et " qui, d'un admirable artifice, contient toutte la Doctrine chrestienne, que le peuple a si bien apris (comme j'ay apperceu au païs de Valromay, qui est tout de son diocese qu'il semble avoir esté tiré de la nuict au jour. " (Archives de la Visitation d'Annecy, Memoires de quelques actes de la saincte vie de feu Monseignr Messire François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, Ms.). Dans sa déposition au 1er. Procès de Genève (ad art.44). M. Michel Favre mentionne également cette " manière de faire le Prosne " que le Bienheureux " a despuys faict incerer dans le Rituale Sacramentorum. " On peut voir aussi la Vie du Bien-Heureus Mre François de Sales, 1625, par D. Jean de Saint-François, liv. III, p. 179. (Cf. note 118).
[217] - Pour quelle raison Louis XIII, Marie de Médicis et les princes de la famille royale de France sont-ils nommés ici, au lieu des souverains de Savoie ? Peut-être, parce que l'impression du Rituel se faisait à Lyon, avec le " Privilège du Roi " ; peut-être aussi, en vue des curés du bailliage de Gex, des exemplaires de l'ouvrage contenaient-ils cette variante dans l'invitation à la prière pour ceux qui gouvernaient le pays.
[218] - " La victime d'un vol important obtenait parfois de son Evêque une lettre dont les curés étaient obligés de donner lecture en chaire, par laquelle était enjoint, sous peine d'excommunication, au voleur, à ses complices, à tous ceux qui avaient quelque connaissance du vol, de restituer ou de faire connaître ce qu'ils savaient. " Cette lettre s'appelait Monitoire. (Mgr Rebort Synodes de Saint François de Sales, etc, chap. V, p. 49.)
[219] - Les chanoines de la Combe et Questan attestent que cet Exorcisme fut composé par saint François de Sales qui le récitait lui-même souvent. (Process.Gebenn. (1). ad art. 50.) ". Addo " dépose le premier . " ledict Serviteur de Dieu a eu une grâce particulière pour guérir ceux qui étaient privés de la consommation du mariage par des sortilèges…Il célébrait pour eux la messe et prononçait l'exorcisme qu'il avait spécialement composé à cet effet et placé dans son Rituel. Selon ses dires et les récitsdes autres, il a opéré beaucoup de guérisons."
[220] - Nous omettons le reste des répons ordinaires
[221] - Avons-nous, dans ces Notes, les matériaux pour plusieurs Synodes, ou furent-elles prises en vue d'une seule assemblée ? Si on en juge par l'apparence de l'Autographe, les caractères, la couleur de l'encre, etc., la seconde hypothèse semble plus probable. D'autre part, il est difficile de concilier avec une date unique les divers détails contenus dans ces pages. Elles sont certainement postérieures à 1612, comme le prouve la mention du Rituel (note 227), édité cette année-là. Le quantième, 24 avril, mis en tête de ces Notes pourrait être la date du Synode ; on se rappelle qu'il se tenait ordinairement le mercredi de la deuxième Semaine de Pâques (note 103). Or, en 1613 seulement, ce mercredi tomba le 24 avril, alors que saint François de Sales ne se trouvait pas à Annecy, d'où il était parti le 15 pour son pèlerinage à Milan. (L5, note 731). Toutefois, ce voyage s'étant décidé assez précipitamment et le départ ayant même été anticipé, il n'est pas invraisemblable que nous .ayons ici le projet des Ordonnances synodales de 1613 dont le texte définitif manque dans les Registres épiscopaux. Mais que signifient les noms des quatre ecclésiastiques inscrits plus bas ? Le saint Evêque songeait-il à les proposer pour chanoines de sa cathédrale ? Ils le devinrent en effet plus tard : M. Gariod en 1618, les autres en 1620 et 1621 ; ajoutons que M. Ducrest ne fut tonsuré qu'en 1615. Si l'on suppose qu'il s'agit de candidats au Chapitre, il est impossible alors d'attribuer à tout notre texte la date de 1613 ; c'est pourquoi, en la proposant à cause du quantième qui prouve en sa faveur, nous n'entendons pas exclure une des années postérieures (dans ce cas, le quantième susdit n'indiquerait pas le jour fixé pour le Synode) ; à moins que les quatre noms mentionnés aient seuls été inscrits longtemps après, sur la feuille conservée par le Saint.
[222] - Consense ou consence c'est-à-dire accord, intelligence avec un autre. (Cf. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, Paris, 1883, tome II, p. 251) Saint François de Sales renvoie à Grenade, Traité de la Doctrine Chrestienne liv III chap. XI, 6 : " Sixième avis touchant le complice ou compagnon du peché. "
[223] - Jacques de la Croix, fils de noble Philibert de la Croix et de noble Louise de Varax. Il fut docteur en théologie et chanoine de la cathédrale, devint curé de Passy le 1er. avril 1621, permuta avec Cholex le 6 février 1623, et mourut en juin 1632. (D'après des notes de M. le Comte Pierre de Viry, et Mgr Rebord, Dictionnaire du Clergé, etc. vol. II, Annecy, 1920, p. 460.). Sans doute, François Gariod est le même qui est nommé L9, note 868. - Selon toute vraisemblance, le Saint mentionne ici Gabriel Ducrest, chanoine en 1620, (L9, note503 ; L6, note 919). Prêtre le 20 septembre 1614, et docteur en théologie, Claude-Amédée Prumaz fut institué chanoine de Saint-Pierre de Genève le 8 février 1621, et pourvu deux années plus tard (6 juin 1623), de la cure d'Anthy. (Mgr Rebord, id p.649.) D'après Jérôme Genin et Rd Louis Gorfon, déposants au second Procès de Canonisation de saint François de Sales, M. Prumaz aurait été aussi curé de Saint-Symphorien. Il décéda en juin 1657.
[224] - C'est de ces " assemblees", sans doute, que parle le P. Philibert de Bonneville dans sa déposition (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 47) : " En quelque lieu de son diocese, " dit-il, le Bienheureux. avoit faict des congregations de prebstres, lesquelles s'assembloient deux fois l'annee ; et apres avoir celebré la sainte Messe et faict la Communion, il faisait faire la predication des vertus requises a un prebstre et du debvoir des pasteurs pour le bien des ames a eux commises. J'ay esté deux fois appellé a la congregation qui se faisait a Evian, en laquelle presidoit le seigneur abbé d'Abondance, Vespasien Aiazza. Et quand ce Bienheureux se trouvoit en ces quartiers, il faisait luy mesme la predication, et apres icelle il alloit disner, observant le silence et faisant lire quelques livres devotz pendant le repas ; lequel estoit suivy d'une conference spirituelle pour traicter ou des difficultés qui pouvoient estre arrivees sur l'intelligence des Constitutions synodales, ou des moyens qu'on debvoit tenir pour faire plus de prouffict pour le salut des ames." Les Surveillants devaient assister aux " assemblees " qui se tenaient dans leurs districts respectifs. (note 144 ; et ci-après, p. 392, § 8.)
[225] - C'est-à-dire Mieussy, paroisse unie à la mense capitulaire. (L7, note 145).
[226] - Les clercs dépendant des cours de justice formaient au Moyen-Age une sorte de corporation : les clercs ou confrères de la Basoche ; ils ont représenté nombre de pièces joyeuses. Aux XVIe et XVIIe siècles, ces "hystoires" étaient fréquentes en Savoie à l'occasion de tètes populaires ; on dressait les trétaux sur la place publique, le peuple prêtait le concours de ses bras ou de sa bourse, " les syndics eux-mêmes venaient parfois en aide à la Basoche. " (Gonthier, Œuvres historiques, 1902, tome II, p. 446.) Bvidemment, le saint Evêque veut désigner ici ces représentations.
[227] - Le Rituel de 1612 ne contient pas ces défenses.
[228] - Ce texte est la reproduction de trois pages autographes, dont la première appartenait, en 1893, à Mme. Doroz, née d'Arcine (Besançon), et les deux autres se conservent à la Visitation d'Annecy. Entre celles-ci_et celle-là, il n'y a pas de lacune. Plusieurs raisons persuadent que nous n'avons pas ici le fragment d'une seconde minute de l'Etat de 1606 ; mais les plus péremptoires sont la proposition faite par le Saint de substituer les Barnabites aux Chanoines réguliers d'Annecy, et la mention des Feuillants déjà introduits à l'abbaye d' Abondance. Cette introduction, projetée dès 1604, ne se réalisa que le 7 mai 1607 (L2, note 376) ; quant aux Pères Barnabites, l'Evêque ne les ayant connus qu'en 1613, lors de son voyage à Milan, il ne pouvait songer, en 1606, à les appeler dans son diocèse. Très probablement, ces pages datent de janvier ou février 1614, et sont une partie du document que le 27 janvier, saint François de Sales annonçait en ces termes à M. Philippe de Quoex, alors à Rome : " Par le premier, Dieu aydant, je vous escriray pour la visitation des eglises des Apostres et vous envoyeray l'Estat de cette Eglise.". (L6, note 352)
[229] - Les Chanoines réguliers désignés ici sont ceux du prieuré du Saint. Sépulcre. Le projet du Saint n'aboutit pas. (L2,note 266 ; L6, note 211).
[230] - Ce qui précède est inédit, ainsi que les pages suivantes (note 232) ; le reste, comme on l'a dit plus haut, a été 1ntercalé par Chades-Auguste (Histoire etc., liv. VI, pp. 300,301 de l'éd. lat.) dans l'Etat du Diocèse de 1606. (notes 178,180)
[231] - Ici commence l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy - Dans les deux alinéas suivants, on retrouve les pensées que saint François de Sales avait déjà exposées dix ans auparavant à Mgr Tolosa, Nonce apostolique à Turin. (L2, note 261 sq).
[232] - Les monastères d'Annecy et d'Evian. (L3., note 101 ; L1, note 264).
[233] - Le Ms. de ces Ordonnances, conservé à la Visitation d'Annecy, est de la main d'un secrétre, mais corrigé par le saint Evêque ; nous maintenons l'orthogxaphe du premier et soulignons les modifications faites par le second.
[234] - En 1617, le mercredi après le dimanche du Bon Pasteur tombait le 12 avril ; on se rappelle que, sauf empêchements majeurs, le Synode se tenait ce mercredi. Saint François de SaIes, qui avait prêché le Carême à Grenoble, était à Annecy le 6 avril ; rien n'autorise à supposer que l'assemblée ait été retardée. - Les Ordonnances faites en 1617 ne figurent pas dans les Règistres de l'ancien Evêché.de Genève
[235] - C'est-à-dire la veille de la réunion générale qui avait lieu le deuxième jour. La durée du Synode était de trois jours, y compris ceux de l'arrivée et de la clôture. (Voir Appendice I , les Ordonnances synodales de 1608, 1611 et 1615.)
[236] - La paix ménagée à la suite de la guerre pour la succession du Montferrat, aignée le 21 juin 1615 par le duc de Savoie, par la France, l'Angleterre, la République de Venise et, le lendemain, par le Marquis d'Ynoyosa au nom du roi d'Espagne, n'avait pas été de longue durée , Philippe III et le duc de Mantoue n'en ayant pas rempli les conditions, Charles-Emmanuel reprit les armes en 1616. (L6, notes 8,77,493,676,925 ; L7, notes 68,802). Le 2 mars 1617, saint François de Sales écrivait de Grenoble " que l'on traittoit fort la paix en Espagne, et y avoit diverses opinions si elle se feroit ou non ; " il tenait ces nouvelles de M. de Créqui (L7, note 882). Bien des mois devaient s'écouler encore avant la réalisation de ces espérances ; Verceil, assiégée le 24 mai par le gouverneur de Milan, tombait le 26 juillet (L8, note 109) et ne fut restituée au duc de Savoie que le 15 juin 1618. D'autre part, l'exécution des clauses du traité de Pavie (9 octobre 1617) présentant de grandes difficultés, on attendit la paix définitive jusqu'au 10 juillet. (L8, notes 259,578).
[237] - Ils étaient nommés chaque année, au nombre de neuf pour le moins. (L7, note 155). Le Bienheureux "luy mesme, " dépose François de Lachat, " interrogeait pour les sainctz Ordres, pour l'administration des sainctz Sacrements, nonobstant quil heut six ou sept Examinateurs." (Process.remiss. Gebenn. (1), ad art. 46.)
[238] - Jean-François de Sales remplissait alors cette charge. (L7, notes 136,159).
[239] - Saint François de Sales a croisé cet article d'un trait vertical: a-t.il voulu le supprimer ?
[240] - Les Ordonnances synodales de 1604, 1606 et 1615 exceptées, toutes portent cette défense.
[241] - Le saint Evêque avait fait cette double interdiction dès 1603 ; il la renouvela en 1608, 1610 et 1611. (Append. I, D, F, G.)
[242] - Voir les Constitutions de 1603, § VIII, et les Ordonnances de 1606 à l'Appendice I, B.
[243] - " A peyne de cinquante livres et de Nostre indignation, " lisons-nous dans les Constitutions de 1603 (2e leçon) ; en 1609, l'amende est réduite à " dix livres " (Append. I, E) ; en 1611 et 1614, elle n'est pas indiquée. - Au sujet de l'enseignement du Catéchisme, voir notes 107,129.
[244] - Dans le Rituel publié par le Saint en 1612,.es prières pour les défunts se trouvent aux pages 93-151.
[245] - Il s'agit ici de la confession pascale. (Ordonnances de 1605, note 151 sq ; id de 1606 :Append.I ).
[246] - Onze ans auparavant, M. des Oches, curé de Talloires avait demandé à son Evêque " s'il seroit loysible aux filles de chanter en l.'eglise quelque Noel appreuvé ou autre chanson spirituelle. " Il répondit " qu'ouy, car cela se prattique a Rome et par toute l'Italie, et moy mesme, " ajoutait-il, " l'ay fait ainsy faire en cette ville " d'Annecy " et a La Roche. " (L3,note 178, lettre du 7 janvier 1606).
[247] - Pour les deux premiers alinéas de notre texte nous avons deux leçons : l'une, qui parait la plus authentique, nous a été conservée par Longueterre (La Vie de tres illustre Messire François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, Lyon, Cœursilly, 1624, p. 414) ; l'autre est citée par Mgr de Maupas dans sa Vie du Saint (Partie IV, chap. IV, p. 200) : nous en donnons les variantes, bien qu'elles nous semblent être une paraphrase due au biographe. Les paroles du saint Evêque ont-elles été recueillies par quelque auditeur, ou bien les a-t-on trouvées écrites de sa main ? Ni l'un ni l'autre biographe ne nous renseigne sur leur origine; tous deux emploient l'expression vague : " disait-il.. " Quoi qu'il en soit, la valeur du sentiment qu'ils rapportent assigne au texte de celui-ci une place parmi les Œuvres de saint François de Sales; il en est de même d'une réponse touchant la nomination des curés, qu'on lira ci- après.note 254
[248] - Par une faute d'impression, sans doute, le texte de Longueterre a "chose" ;nous le corrigeons d'après celui de Maupas.
[249] - (Var).. auprés des Roys, des Princes et des grands seigneurs, je les porterois à preferer toujours, aux benefices, un homme de bonne conscience, suffisamment docte, à un autre d'une science plus sublime et moins conscientieux; et si,…
[250] - (Var) …miserablement ébranlée. Ouy, je ne distribuerois jamais les dignitez ny les titres, avec les revenus de l'Eglise, qu'à ceux qui les fuyent, et non pas à ceux qui les recherchent. Et si, pour quelque consideration que ce fut, je ne voudrois avancer un prestre qui ne s'employeroit au salut des ames ; …
[251] - Il " n'avoit aucun egard aux lettres de recommandation, non plus qu'a la doctrine des concurrants vicieux", affirme Michel Favre, " disant quil faisoit plus d'estat d'un ecclesiastique mediocrement cappable et de bon zele, que d'un grand docte et de mauvaise ediffication. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 28.) Et Albert de Genève (ibid.) : " Estant le plus doux et agreable amy qui aye jamais esté, il n'a jamais voulu consentir ny contribuer a l'election d'aucun curé ou chanoyne ; "sans tenir compte des "recommandations et puissantes supplications que ses plus chiers amys luy peussent faire, " il remettait "toutes nominations aux concours. " – " Une fois, " raconte le P. Philibert de Bonneville (ibid.), " je le treuvay aulcunement pencif ; il me dict : " Je suis importuné pour conferer une telle cure aultrement que par le concours ; et quoy que des principaux de cette ville si employent, je n'en feray rien, parce que je veux exactement faire observer les decretz du Concille sacré de Trente, principalement en la collation des benefices. " Il ajouta " que deux raisons l'incitoient a les suivre : la premiere, pour la descharge de sa conscience, parce que l'une des plus importantes obligations de sa charge estoit de pourvoir les benefices vaquantz, de personnes cappables qui s'employassent soigneusement en ce qui concerne l'honneur de Dieu et le salut des ames, et le faisant ponctuellement selon que le sacré Concille l'ordonne, il estoit deschargé devant Dieu. L'aultre raison estoit parce qu'il ne croyoit pas qu'on y puisse plus sainctement pourvoir que par les concours. - Pleust a Dieu, " s'écria-t-il, " qu'en ces mattieres de benefices, et en touttes aultres, les decretz du sainct Concille feussent tres soigneusement observés en toutte l'Eglise ! "
[252] - Serait-ce Henri III ?
[253] - (Var)… assez qu'ils sont autant incapables de servir à l'autel, c'est à dire de travailler à l'avancement du Christianisme, que coupables d'ambition, parce, dit l'Apostre, qu'ils ne recherchent pas…
[254] - L'alinéa suivant est inédit. Il est emprunt6 à la déposition déjà citée du P. Philibert de Bonneville, Capucin, à qui le Bienheureux expliqua un jour en ces termes, " pourquoy il avoit tant de soing de bien prouvoir les cures vacantes, de bons plebains et curés.".
[255] - C'est-à-dire, qu'un Monitoire ne pourra être publié en dehors de la paroisse de celui qui l'a obtenu, s'n ne porte au bas l'attestation de son curé.
[256] - Pour cet alinéa, nous substituons au texte du greffier épiscopal " Decomba " (note 146), celui que nous a conservé le P. de la Rivière, Vie du Saint, liv. III, cbap. XIII, p. 272, qui a dû le copier sur un original Dans le Registre, cet article est résumé ainsi : " Ces ventemens que sont faict (Sic) aux infirmes de veue, des a present sont inhibés et defendus, comme aussy de getter [sur les yeux] de l'eau du calice, sinon que les ablutions soient entierement dictes, et apres la Messe; et est aussy permis de leur fere baiser la patene et corporal seulement en expulsant l'eau du calice. "
[257] - Cette addition est faite d'après ce qui est porté dans une ordonnance analogue de 1605. (note 154)
[258] - Il s'agit de la Dédicace de la cathédrale; le mot " ensemble" doit s'entendre pour "semblablement, de même ". (Ordonnances de 1605, note154)
[259] - Le Jubilé de Thonon avait obligé le saint Evêque à retarder le Synode qui aurait dû être .convoqué pour le 2 mai.
[260] - C'était le couvent des Cordeliers (L7, note 771).
[261] - A la fin des Constitutions synodales de 1603 et dans les Advertissemens aux Confesseurs. (notes 118,137)
[262] - Mots disparus dans une déchirure. Les défenses en question dataient de 1603 (p.107), et furent renouvelées en 1605, 1606 .
[263] - De l'hospice du Grand-Saint-Bernard (L7, note 645). On trouvera dans le tome suivant, une Lettre de recommandation écrite par le Saint en faveur d'un Religieux de ce monastère, envoyé quêter en Belgique.
[264] - Comme on le voit par la pièce suivante, ces "messagiers" venaient de Chambéry, où les Chanoines réguliers Hospitaliers de Saint-Antoine de Viennois, fondés en Dauphiné vers 1180, avaient établi leur seconde Maison à la fin du XIIe siècle. Ils étaient destinés, par leur fondation, " à soigner les malades atteints d'une terrible sorte de peste, qu'on appelait le feu sacré. " Leur église de Chambéry, " bâtie au XIVe siècle, occupait une partie de l'emplacement sur lequel est construit l'hôtel de Ville et une partie de.la place voisine. Auprès d'elle se trouvaient l'hôpital des Antonins» et la " Commanderie ", soit leur résidence. L'Ordre " dont]e recrutement était très aristocratique, disparut en. 1777, et les bâtiments furent loués comme caserne ; l'église, désaffectée, a servi de Bibliothèque municipale de 1818 à 1862. Il ne reste plus rien aujourd'hui de toutes ces constructions. " (G. Pérouse, Le Vieux Chambéry, Chambéry, Dardel, 1921, p. 95.)
[265] - L'Hôpital de Notre-Dame du Puy envoyait dans toutes les provinces de France et dans les pays voisins, des quêteurs pour recueillir des offrandes. D'ordinaire, c'étaient des " donats " ou " croisés " qui servaient les malades dans l'établissement. Les Archives de l'Hôtel-Dieu actuel conservent, sous les cotes Vc. 7, 8 et 10, diverses pièces relatives à ces quêtes faites à Genève et en Savoie de 1504 à 1543. Une affiche, récemment trouvée, recommandait aux fidèles " les messagers ", et annonçait des Indulgences pour les membres de la Confrérie de l'Hôpital de Notre-Dame du Puy et les bienfaiteurs de cet Hôpital. (Note de M. le chanoine Mercier, du Puy; cf. Bulletin de la Société d'agriculture, etc., du Puy, 1924, fasc 1-2, p. 83.)
[266] -(note 144) - Le saint Evêque avait si fort à cœur l'instruction de son clergé, qu'il s'en occupait même lorsqu'il était hors d'Annecy. En 1605, "preschant un Caresme a La Roche, "dépose François.Bonier, "il appelloit un jour de la semaine les curés voysins, du nombre desquel j'estois, pour leur enseigner les cas de conscience. Il y en avoit de ceux qui se desdaignoient de venir ;mais ce bon Evesque invitoit les presentz de les y conduire, avec une douceur et debonnaireté incomparable, sans que je sceusse remarquer en luy aucune sorte d'aigreur. " (Process. remiss. Gebenn. (1), ad art. 32.) Son zèle le portait même à les instruire en particulier, comme nous l'apprend, entre autres, Pierre de Montfalcon (ibid., ad art. 27) : " Il prenoyt la peyne de me faire quelques leçons des cas de conscience sur le second Livre de Tollet, " soit sur le Livre II de l'Instructio sacerdotum... octo Libris divisa (al. Sùmma. casuum conscientiœ), du cardinal François Tolet; Rome, 1601. (L10, Avant-propos ; L2, note 209) Une édition revue et corrigée fut imprimée à Lyon en 1611, par Horace Cardon; saint François de Sales dut sans doute la connaître.
[267] - C'6tait le supérieur des Antonins (note 264). De 1599 à 1617, la charge appartint à Georges des Marquets. On signale, pendant son administration, deux séjours que saint François de Sales fit à la Commanderie de Saint-Antoine; en 1606 et en 1612, lors des stations du Carême prêchées par lui devant le Sénat. La proximité de la maison du président Favre lui avait fait choisir cette résidence. (D'après Perrin, Les Hospitaliers de la Commanderie de Saint-Antoine de Chambéry, p. 134 du tome II des Mémoires de l'Académie de Savoie Chambéry, 1890.) Ni l'ouvrage de Perrin, ni l'étude de Rabut, Les Antonins de Chambéry, ne donnent le nom du procureur des années 1607, 1608.
[268] -Les " precedentes Constitutions "sont celles de 1603, 1605 et 1607 - Par une erreur du greffier, le :Registre porte :rustiquement.
[269] - Celles de 1605 et de 1606. (notes 154,237).
[270] - Ici encore nous corrigeons.une erreur du scribe, qui a écrit : ecclesiastique.
[271] - Mots rétablis d'après les Ordonnances de 1614, ci-après, p. 417.
[272] - C'est-à-dire embrouillées, compliquées ; (cf.Constitutions de 1603, ci. dessus, F.seconde leçon, et les Advertissemens aux Confesseurs,note 135).
[273] - Constitution synodales de 1603 note 105
[274] - Dans les Constitutions de 1603, § x, et à plusieurs reprises les années suivantes. (note 150 sq).
[275] - Jacques Favre d'Usillon (note 156)..
[276] - En 1608
[277] - Le " Manuel " en préparation était le Rituale Sacramentorum qui parut en 1612. Saint François de Sales y inséra, en effet la liste des " Festes commandees et de devotion " dans son diocèse.
[278] - Celles de 1609.
[279] - On peut le voir dans les Acta Ecclesiœ Mediolanensis, a Carola, cardinali S. Praxedis, Archiepiscopo, condita, Federizi Card. Borromai, Archiepiscopi Mediolani, jussu undique diligentius collecta et edita. (Mediolani, ex Officina Typographica quon. Pacifici Pontii, MDXCIX ; 2 vol.in-folio.) Ce qui concerne l' " attestation vita et morum " se trOuve au tome 1er, première Partie, dans les Constitutiones et Decreta condita in provinciali Synodo Mediolanensi IIII (1580) : " Quae pertinent ad Sacramentum Ordinis l, p. 144.
[280] - Sur le "linceul". et le "luminaire", voir les Ordonnances de 1605 et 1606.
[281] - Les trois lignes que nous supprimons ici ne sont que la répétition du début de la pièce précédente.
[282] - Saint François de Sales habitait alors l'hôtel Favre que le Président, son ami, lui avait laissé l'année précédente en allant se fixer à Chambéry. (L4, notes 488,494)
[283] - Nous supprimons la phrase concernant les absents, qui se lit déjà au.commencement de la pièce précédente
[284] - Le Rituale Sacramentorum dont quelques pièces ont été donnéesci-dessus (notes210,221).
[285] - Cf. la pièce précédente et, pour les trois articles qui suivent, les Ordonnances de 1609.
[286] - Ce fragment est emprunté à la Vie du Saint parle P. de la Rivière (liv. III, chap. XIII), où l'historien a groupé plusieurs articles des Statuts synodaux de 1603, 1604 et 1605. (notes 147,256). De quelle date est-il ? on ne saurait le dire ; peut-être faut-il le placer entre les dates extrêmes que nous indiquons.
[287] - Pontificale Romanum, Clementis VIII jussu editum (Romae, apud Jac. Lunam, 1595), publié en 1596 avec la Constitution apostolique du 10 février. (L8, note 930)
[288] - Ces mots sont ajoutés pour plus de clarté. Il est évident qu'il s'agit ici non pas de la célébration de la Messe, mais du chômage de certaines festes locales ou " commandees " (Voir les Ordonnances de 1607 et de 1609)
[289] - Les frais de la guerre du Montferrat et les continuelles levées de troupes exigeaient ces contributions, (L6, notes 8,804,807)
[290] - Mais rédigée par notre Saint. sur l'ordre de Mgr de Granier. (notes 111,216)
[291] - François Provana, grand chancelier (L5, note 717) et Pierre Boursier, secrétaire de Charles-Emmanuel (L6, note 148).
[292] - Cette Requête du 1er avril au Sénat, ne nous est pas parvenue.
[293] - Pierre Favier du Noyer de Lescheraine (L2, note 163 ; L4, note 588).
[294] - Les caractères et les chiffres gras désignent les noms des correspondants avec notes biographiques. Les noms suivis d'un astérisque * indiquent les auteurs ou les destinataires des pièces qui figurent à l'Appendice. Les chiffres en italique renvoient aux numéros des lettres (ou à la page du volume où se trouve la lettre) ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples :
376 = note de bas de page n° 376
190, 721 = note de bas de page n° 190 , et lettre n°721
1017, I J = lettres n° 1017 et appendice I, lettre J